Presse Nouvelle Magazine 216 avril mai 2004
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LA CONFERENCE DE BERLIN SUR L’ANTISEMITISME

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    Presse Nouvelle Magazine 216 avril mai 2004 Presse Nouvelle Magazine 216 avril mai 2004 Document Transcript

    • Avril/Mai 2004 n°216 6/05/04 14:15 Page 1 LA PRESSE NOUVELLE N° 216 - ARIL/MAI 2004 - 23e A N NÉE Magazine Progressiste Juif MENSUEL EDITE PAR L’U.J.R.E. L e N° 5€/ 3 2 F Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide LA CONFERENCE DE BERLIN SUR L’ANTISEMITISME Lucien Steinberg S ous l’égide de l’OSCE (organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) des délégations officielles de 55 pays se sont réunies à Berlin, les 28 et 29 mai, pour débattre des manifestations d’antisémitisme dans ces pays, ainsi et surtout des mesures à adopter et des actions à mener pour combattre ce fléau. Les chefs de délégation étaient fréquemment des personnages de rang élevé, tel Colin Powell, Secrétaire d’Etat US ou Joshka Fischer, ministre des affaires étrangères d’Allemagne. La délégation française, dirigée par M. Renaud Muselier, incluait entre autres Madame Simone Veil, ancien ministre et présidente de la Fondation de la Shoah, Madame Nicole Guedj, Secrétaire d’Etat aux droits des victimes et M. Roger Cukierman, président du CRIF ainsi que M. Haim Musicant directeur général. La résolution finale de la conférence reconnaît « les formes nouvelles de l’antisémitisme et « déclare sans ambiguïté que les développements internationaux ou les sujets politiques, y compris ceux concernant Israël et d’autres endroits au Moyen Orient ne peuvent jamais justifier l’(antisémitisme. Roger Cukierman a regretté que la volonté réelle de la France de combattre l’antisémitisme, ainsi que la coopération entre les autorités françaises et le CRIF ne soit pas toujours imitée ailleurs. Il s’est étonné, en particulier qu’un personnage poursuivi par la justice française, tel Tariq Ramadan, soit nommé conseiller du président de la Commission Européenne, Romano Prodi, et ce, dans un groupe de sages consacré au dialogue et à la culture. Madame Simone Veil a souligné avec force que la France n’était pas un pays antisémite, tout en déplorant des agissements antisémites, dûment réprimés cependant. Elle a aussi remarqué que, dans certaines écoles où les écoliers musulmans étaient nombreux, il y avait une sorte de « compétition » quant à qui était davantage la victime, des Juifs ou des beurs… Un membre de la délégation US s’est félicité de l’acceptation par la Russie d’une interprétation selon laquelle la critique d’Israël pouvait être parfois une expression d’antisémitisme. M. Heinrich Rau, président de la République Fédérale d’Allemagne, constatait que l’antisémitisme avéré était derrière bon nombre de critiques formulées à l’égard de l’Etat d’Israel ces dernières années. Il est parfaitement licite de critiquer des Juifs ou des institutions juives, mais nul n’ignore que, souvent, ce sont des tenants d’opinions profondément antisémites qui les expriment. En marge de la conférence, le professeur Julius Schoeps, directeur du Centre Moses Mendelsohn d’études juives européennes redoutait un retour de l’antisémitisme « par la porte de service ». Il redoutait surtout que les pays ex-socialistes, qui dénoncent avec énergie le communisme, n’évitent l’écueil de rapprochement du Juif du communiste, reproduisant en quelque sorte le cliché « judéo-communiste » cher à la propagande nazie. (M. Schoeps s’exprimait par de longues périphrases, mais le soussigné pense ne pas avoir trahi sa pensée – LS). Il se référait en parti- culier à la Ministre des Affaires Etrangères de Lettonie, Sandra Kalniete, qui avait déclaré le communisme et le nazisme «également criminels », et parlait du « génocide » dont son pays aurait été victime après la seconde guerre mondiale. Du coup, M. Korn, vice-président du Conseil Central des Juifs d’Allemagne a quitté la salle, trouvant inadmissible que cette dame ait parlé de l’Holocauste sans mentionner le rôle des auxiliaires SS lettons dans la « solution finale », en particulier dans le ghetto de Varsovie. M. Schoeps évoquait aussi le cas de Kornel Dobrentei à Budapest, ou celui du Père Henryk Jankowski, ancien confesseur de Lech Walesa, qui mettent en garde la Pologne contre l’Europe, l’Occident en général, et surtout contre les Juifs. Des journalistes israéliens et allemands ont fait état de frictions dans la coulisse entre les délégués de Turquie et de certains pays arabes, et leurs homologues occidentaux. La résolution finale réclame un renforcement de la collecte et de l’échange de données sur les violences antisémites, une meilleure coopération entre les institutions européennes et les ONG, le renforcement des législations réprimant l’antisémitisme. L’accent est mis sur le rôle de l’éducation La conférence s'est close sur un geste hautement symbolique : le président de l'OSCE, le délégué bulgare Solomon Passi, a remis l'étoile jaune portée par son grand-père, sous le nazisme, au ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer. Une conférence consacrée à la propagande raciste et antisémite par Internet, et les moyens de la combattre, sera organisée par la France courant juin 2004. Chers Lecteurs, amis fidèles, A peine soufflée sa soixantième bougie, PNM traverse la plus grande crise de son histoire. Une histoire glorieuse dont rendent comptent toutes ces signatures prestigieuses, certaines appartenant à des intellectuels qui sont toujours des nôtres, d’autres nous ayant déjà quitté. Le 26 avril dernier nous est parvenu un courrier du cabinet Avvale, huissiers de justice auprès de la Cour de Paris. Ce courrier constitue un dernier avis avant expulsion pour les locaux du 14 rue du Paradis. Comme vous le savez, en raison de la baisse d’activité de l’UJRE, un certain nombre de locaux ont été cédés en sous-location il y a de cela bien longtemps. Les loyers de ces sous-locataires n’ayant pas toujours été honoré aussi scrupuleusement qu’il l’aurait fallu, l’UJRE s’est retrouvé dans ce conflit moral, selon lequel fidèle à sa tradition et aux valeurs qui la fondent, elle ne pouvait procéder à l’expulsion de ces personnes. Progressivement, la dette s’est accumulée, et bien qu’ayant rompu toute relation juridique avec ces sous-locataires nous sommes aujourd’hui dans cette situation où nous sommes nous-même menacés de perdre ce qui nous est si cher. Il nous reste à jeter toutes nos forces dans cette bataille, et pour ce faire aucun soutien ne doit être épargné. Soyez des nôtres dans ce combat ! Dans l’immédiat, le journal que vous recevez est daté de avril-mai 2004. Vous recevrez, le moment venu, un numéro daté de juin 2004. Nous vous prions de nous en excuser ! BILLET • Le billet de Lucien Steinberg (p. 6) DOSSIER MOYEN-ORIENT • Mordekhaï Vanunu (p.4) • Sharon vs. Arafat (p.4/5) • L’ensablage américain (p.5) KIOSQUE EUROPE DE L’EST • Procès Milosevic (p.3) • Une passion russe pour Mel Gibson (p.3) MEMOIRE • Juifs de Hongrie (p.6) • Juifs de Dordogne (p.8) • La Chorale Populaire Juive de Paris (p.7)
    • Avril/Mai 2004 n°216 6/05/04 14:15 Page 2 P.N.M. AVRIL/MAI 2004 2 Les Juifs dans le mouvement de l’histoire e Parti communiste a organisé début mars une exposition sur le thème “Emancipation juive et émancipation humaine”. Cette exposition, qui fut présentée à la Fête de l’Humanité, il y a quelques années a été enrichie de nouvelles contributions. Elle montre comment au fil des siècles, les conditions ont permis à des juifs de jouer un rôle important, en France et dans le monde, dans les domaines des idées et des luttes pour l’épanouissement humain. Au cours de l’inauguration, lundi 1er mars 2004, Marie-George Buffet a notamment déclaré : « Je voudrais souligner (…) combien est injuste le reproche qui nous est parfois adressé, lorsque nous dénonçons la politique du gouvernement israélien actuel, d’antisionisme et antisémitisme. La lutte contre l’antisémitisme est consub- stantielle de notre identité communiste, de notre raison d’être (…) (…) Aujourd’hui comme hier, toutes les militantes et tous les militants communistes sont appelé(e)s à combattre avec toute la vigueur nécessaire tout acte de xénophobie, de racisme, d’antisémitisme. Comme Parti, nous souhaitons développer nos échanges, collaborer avec les institutions religieuses, les organisations laïques, pacifistes, les personnalités signataires du « Manifeste pour une autre voix juive », l’UJRE, continuer nos discussions avec le CRIF. Car aujourd’hui encore, émancipation juive et émancipation humaine sont indissociables. Il faut avoir la lucidité de regarder cette société qui produit souffrance, misère et exclusion ; et permet à la bête immonde de sortir à nouveau ses crocs ! En cette période de déshumanisation de la société, la visée communiste moderne relève le défi d’une nouvelle renaissance de la France. Seuls ? Sûrement pas ! Avec le mouvement social, avec le monde associatif, avec les représentants de toutes les familles de pensées, porteuses des aspirations populaires. C’est à cet effort que veut contribuer cette exposition, modestement mais avec ambition, par la mémoire, la connaissance, le dialogue. C’est un effort collectif. Mais je ne saurais terminer ce propos sans exprimer ma reconnaissance aux communistes juifs pour la contribution qui est la leur. Et pour ce qu’elles et ils y apportent personnellement : je pense par exemple au goût du questionnement, à la fermeté des convictions et bien sûr au fameux humour. » MEMOIRE pèlerinage annuel sur l’emplacement des Camps du Loiret. Dépôt de gerbes à Beaune-la-Rolande à 10 heures, cérémonie à Pithiviers à 11 heures 30. LA QUESTION QUE JE N’AI PAS POSEE Nadine SZCZECINIARZ recherche toute personne ayant connu ses parents, tous deux anciens membres de l’UJRE : son père Abraham (ou Dany) SZCZECINIARZ, décédé le 22 mars 1998, et sa mère Renée SZCZECINIARZ née MULDWORF, décédée le 16 mars 2004. Merci de la contacter au 01 40 82 99 54. L NATZWEILER-STRUTHOF Le 19 mai prochain, le Maire de Paris, Bertrand Delanoë, posera la 1ère pierre du monument du seul camp nazi sur le sol français (Bas-Rhin) NATZWEILER-STRUTHOF de catégorie III, classé NN, la pire, qui manque dans la « série de mémoriaux unique au monde » des camps de concentration et d’extermination au cimetière du Père-Lachaise, érigés par les Amicales de déportés de 1949 à 1994. Aron Skrobek, ancien rédacteur de la Naïe Presse, journal de langue yiddish où il écrivait sous le nom de David Kutner y fut abattu par un SS, au lieu dit tristement célèbre « LE RAVIN DE LA MORT » le 21 juillet 1943. Un des 22 000 internés assassinés dans ce camp et ses 70 kommandos. Il fut l’un des fondateurs en 1940 de l’organisation de la MOI, « SOLIDARITE », et l’un de ses responsables. Arrêté par la police de Vichy le 16 décembre 1942. Déporté le 15 juillet 1943 par le convoi NN parti du Fort de Romainville. SOLIDARITE prit le nom en avril 1943 d’U.J.R.E. Les anciens déportés survivants se font de plus en plus rares, les enfants, les petits enfants, les familles doivent s’investir. Toute participation, même très modeste, au financement du mémorial sera importante. Les participations sont à envoyer à : Amicale N AT Z W E I L E R - S T R U T H O F , monument Père-Lachaise – CCP Paris 020-5021532T. Ce monument sera inauguré en septembre 2004 à l’occasion du 60ème anniversaire de l’évacuation des survivants par les nazis vers les camps situés en Allemagne. BEAUNE-LA-ROLANDE, PITHIVIERS Le 23 mai prochain, l’Union des Déportés d’Auschwitz organise son Plaques – AMEJD Dans le but de perpétuer la mémoire des enfants juifs déportés de 1942 à 1944, et qui ont fréquenté les écoles parisiennes, l’Association pour la Mémoire des Enfants Juifs Déportés organise des cérémonies de dévoilement de plaques commémoratives. Contre l’oubli venez nombreux, le 15 mai 2004 à : • 10h. à l’école du 14 rue Titon, Paris 11° (83 élèves, livrés par la police du gouvernement de Vichy aux nazis, puis déportés.) • 9h.15 à l’école élémentaire du 18 rue Ampère, Paris 17° • 10h.30 à l’école élémentaire du 20 rue Jouffroy d’Abbans AVIS DE RECHERCHE … Pierre MARKIEWICZ effectue des recherches sur les « immigrés juifs de Russie dans le 18° arrondissement de Paris, de 1905 à 1945 ». A ce titre, il cherche à consulter un album de photographies prises par Maurice Kacef, et à rencontrer des (petits-)enfants de Juifs de Russie ayant résidé dans le 18°. Toute personne susceptible de l’éclairer sur leurs métiers, commerces, associations d’entraide, oratoires, activités culturelles, politiques et sociales peut également le contacter (01 46 38 87 26). SOUSCRIPTIONS - Liste n° 13 - arrêtée au 4 mai 2004 (*) NOM H. F. F. G. B. S. J. C. J. W. C. S. G. W. A. E. H. J. H. G. E. S. N. D. G. K. E. Z. M. F-L L. L. Y. TOTAL Don PNM 30,00 € 10,00 € Don UJRE 50,00 € 50,00 € 10,00 € Don pour que le mouvement Juif Progressiste vive ! 100,00 € 150,00 € 130,00 € 30,00 € 100,00 € 30,00 € 20,00 € 60,00 € 80,00 € 100,00 € 180,00 € 330 € 800 € (*) sauf mention explicite (carte, réabonnement ou don), les règlements reçus sont imputés en priorité en renouvellement d’abonnement, puis en don. Pour rappel, l’adhésion à l’UJRE et les dons (UJRE, PNM) sont déductibles des revenus déclarables. Nous prions les abonnés à PNM de bien vouloir renouveler spontanément leur abonnement, pour nous épargner des frais de relance. Votre PNM vous en remercie d’avance COURRIER DES LECTEURS ◆ Notre ami Léon Landini nous a fait observer avec raison qu’une phrase douteuse s’est glissée dans notre dernier numéro : « sans compter le pacte MolotovRibbentrop qui, libérant Hitler, fut la cause directe de la seconde guerre mondiale ». Notre ami rappelle les efforts de l’URSS pour conclure une alliance avec la Grande-Bretagne et la France. Devant cet échec, l’URSS a été amenée à conclure le pacte en question le 25 août 1939. L’Allemagne a attaqué la Pologne le 1er septembre 1939. La phrase douteuse est une citation directe du périodique l’Arche. Nous reviendrons sur le texte de Léon Landini dans un prochain numéro. La rédaction ◆ Cher PNM, Dans votre rubrique « Livre », y aurait-il un espace de dispute avec Jean-Claude Milner, « Les penchants criminels de l’Europe démocratique » … JeanRémi Durand-Gasselin PNM : oui, bien sûr, nous réfléchissons à créer un débat sur le sujet de ce livre, « le retour de la barbarie », dans les pages dossier d’un prochain numéro. CARNET SZYMON ZAJDOW un évadé d’Auschwitz-Birkenau Il est décédé le 22 avril 2004 à Paris. A ses obsèques sont venus ses déjà peu nombreux compagnons des brigades internationales d’Espagne et les rescapés déportés des camps d’Auschwitz-Birkenau. Avec l’aide du comité clandestin de Résistants, il s’en est évadé en 1944. Caché par ses camarades à Cracovie jusqu’à la Libération, Szymon Zajdow vit un certain temps dans cette Pologne ruinée où a péri sa famille. Ces dernières années, il a vécu à Paris, et était membre de la société « Varsovie ». Près de sa tombe, notre amie Stefa Skurnic, a prononcé avec grande émotion les mots d’adieu, et exprimé nos condoléances à sa femme et à ses enfants. Szymon Zajdow est l’exemple d’un homme pour qui la lutte contre l’injustice fait partie de la vie. Nous ne l’oublierons pas. Honneur à sa mémoire ! Eva Golgevit Déportée Résistante d’Auschwitz.
    • Avril/Mai 2004 n°216 6/05/04 14:15 Page 3 P.N.M. AVRIL/MAI 2004 3 EUROPE DE L’EST PROCES MILOSEVIC UNE JUSTICE EMBARRASEE Robert Joseph Dans une seconde phase de son procès, après deux ans d’accusation, Slobodan Milosevic présentera en juin sa défense devant le Tribunal pénal de La Haye, sauf nouvel avatar. L’ancien président de Serbie et de Yougoslavie a soumis à la Cour une liste de quelque 1660 témoins, dont Bill Clinton et Madeleine Albright. Combien en retiendra-t-elle ? De plus, un nouveau juge présidera le tribunal, après la brusque démission du Britannique Richard May pour raison de santé. Laissera-t-on autant de temps à la défense qu’à l’accusation. Ce qui paraissait simple il y a deux ans, va encore prendre des années. C e procès revêt un caractère historique. Il est le plus important après Nuremberg. Pour la première fois, un ancien chef d’Etat, au pouvoir il y a peu, passe en justice pour des abominations commises pendant ses présidences. Cette « première eut méritée d’être exemplaire et ce n’est pas le cas. La durée, la démesure, la confusion, l’absence de sérénité entachent ses premiers travaux. Milosevic coupable, c’était, disait-on, l’évidence. Et pourtant…Après 2 ans, la justice internationale semble embarrassée. Déjà par la longueur de l’accusation, elle a donné une piètre image de cette justice tant réclamée mais dont on mesure les limites. Procureur « indépendant » chargé d’une mission spécifique par le Conseil de Sécurité de l’ONU ? Clara Del Ponte, avec acharnement et la volonté d’accumuler le maximum de preuves, documents et témoignages, a occupé 293 jours d’audience, quelque 1800 heures pour entendre 296 témoins à charge. Pourtant, avant même le procès elle annonçait que l’accusé serait condamné à la détention à perpétuité (Le Figaro, 6.4.2001). Elle n’a guère tenu compte des avis de la Cour lui enjoignant de mieux cibler ses dossiers. Rapidement, ses difficultés sont apparues : d’abord elle s’est heurtée à Milosevic lui-même qui assure vigoureusement sa propre défense et qui aussi, sujet à hypertension, a entraîné maintes suspensions des travaux ; plusieurs témoins à charge se sont révélés douteux, beaucoup répétitifs, inutiles. La stratégie de Carla Del Ponte était mise en cause par ses pairs. Dès le début du procès la Cour réduisait le nombre de ses témoins ; en avril 2002 elle lui laissait un an pour son accusation ; en avril 2003 le juge May lui intimait d’en finir pour l’année. Elle a abrégé son œuvre en février 2004. Pour la Cour, plus Madame le Procureur accumule les pièces à conviction, plus elle rend difficile le travail de la défense et plus elle noie, sous l’amas, les juges eux-mêmes qui devront rendre un jugement. Le successeur de Richard May aura dû absorber 32 000 pages de minutes d’audience, sans parler des centaines de milliers de pages de documents. « C’est la responsabilité personnelle de Slobodan Milosevic que l’accusation entend démontrer pour les crimes qui lui sont imputées, rien que cela mais tout cela » affirmait Mme Del Ponte (Le monde, 25.8.02). Elle a bâti trois actes d’accusation, pour le Kossovo, la Croatie et la BosnieHerzegovine. 66 chefs d’accusation, notamment génocide, complicité de génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre. Les services du procureur indiquaient récemment qu’il est difficile de prouver juridiquement le génocide, d’apporter les preuves « des intentions. L’accusation imputée au « communiste » Milosevic l’ensemble des drames et de centaines de milliers de victimes qu’a connu l’ex-Yougoslavie à partir de la rupture de la Slovénie et de la Croatie en juillet 1991. Ni les dirigeants occidentaux qui ont présidé à la dislocation de la République fédérative, ni les leaders séparatistes de l’UCK au Kossovo, ni le président croate Franjo Tudjman et son homologue bosniaque l’islamiste Alija Izetbegovic (tous deux décédés depuis, fortement compromis dans les malheurs et massacres) n’auraient partagé la moindre once de responsabilté avec Milosevic. La multiplication des témoignages – y compris des « témoins cachés » a créé un malaise. Certes, il fallait entendre la voix des rescapés décrivant les tourments subis, les multiples atteintes aux droits de l’homme. Aussi d’éminentes personnalités, acteurs directs à des Une passion malsaine Tatiana Englebert Ce film qui ferait à lui seul reculer de plusieurs décades, si ce n’est siècles, les relations entre le monde juif et chrétien, fait affluer les foules. Le gouvernement l’a programmé dans toutes les provinces. S ’il est un pays sans lequel la Passion du Christ déchaîne moins de controverses que de conversions, ce pays n’est autre que la Russie. Chassez le naturel et il revient au galop. Mais le naturel a t-il jamais été chassé ? De mémoire immémoriale, les orthodoxes n’ont jamais aimé les catholiques. Il est des gens qu’ils aiment encore moins certes, mais la spécificité du traitement réservé aux « papistes » c’est que là où la législation s’est quelque peu ouverte pour l’ensemble des autres cultes, les catholiques sont à peu près considérés comme la secte Falung Long en Chine, accusés de faire du prosélytisme. Et pourtant, avec le film de Mel Gibson, les Russes se sont trouvé une raison d’aimer ce qui vient de l’Ouest et singulièrement des Catholiques. L’archidiacre Maxim Kozlov, personnalité très en vue dans la sphère religieuse, avec de très solides entrées au Kremlin, a à ce propos déclaré au journal Izvestia : « Le film a déjoué tous mes préjugés et mes doutes. Il est presque étonnant, eu égard à l’état actuel de l’industrie du cinéma et de l’état des consciences, que ce film soit possible. Je n’aurais jamais imaginé qu’un film aussi sincère et profond, revenant aux fondations de notre foi, soit possible dans la société occidentale. Je crois que la Passion de Gibson n’est pas seulement un fait de l’histoire du cinéma mais de l’histoire du christianisme. » Ce que le clergé semble apprécier dans ce film se trouve concentré dans les propos d’une autre grande figure religieuse Veselov Chaplin au Moscow Times. « Dans cette version, le seigneur est moins doucereux ou social que dans les autres versions produites par l’Occident», déclare Chaplin. Ce que les gens retiennent à la sortie du film c’est en substance « les juifs ont tué le Christ ». « Lorsque je suis sortie du Pouchinski » dit Féodor, étudiant en relations internationales, « j’avais les larmes aux yeux. Que l’on aime ou que l’on n’aime pas les juifs, le fait est que ce sont eux qui ont tué le christ. ». Pour Yevgueni Satanovsky, le président de la section russe du Congrès Juif Mondial : « Ce film a été tourné par les héritiers de ces Romains qui se réjouissaient des tortures et des exécutions publiques en Judée il y a 2000 ans. Cette tradition s’est ensuite transportée à la chrétienté. La tradition de la cruauté, de l’inquisition, des pogroms et aussi de chercher des coupables pour ses propres vices.» Néanmoins, pas question de se replier sur un réflexe communautaire et d’appeler au loup ajoute Satanovsky. « Nous sommes comme les Français après la révolution française, nous nous sommes éloignés de la religion et nous ne nous en rapprocherons pas. » Cette façon de voir les choses n’est pas partagée par tout le monde. Sous couvert d’anonymat, certains titres divers, surtout comme négociateurs pendant les guerres. Elles ont livré leurs impressions sur l’accusé pour l’avoir approché, leur analyse de certains événements. Ces témoignages ont-ils apporté des preuves de la culpabilité personnelle de Milosevic ? Ce procès n’échappe pas à son environnement politique. Les fortes et constantes pressions des dirigeants occidentaux sur la Serbie, au nom de la défense des droits de l’homme, pour qu’elle livre à La Haye son ex-président et les autres personnes accusées par le tribunal soulèvent maintes interrogations sur la justice internationale. Ainsi, fermeté à Londres, dont le ministre de l’Intérieur Jack Straw, aujourd’hui aux Affaires Etrangères, a libéré Augusto Pinochet, qui depuis multiplie les pieds de nez. Régulièrement Washington menace de couper des crédits si Belgrade ne s’exécute pas, alors que les USA contestent la Cour Pénale Internationale afin de préserver leurs ressortissants. Madame le procureur, forte de l’autorité supérieure du droit international, y ajoute l’arrogance, traitant le président Kostunica d »homme du passé » et ne manifestant aucun respect pour ce pays et ses populations, jugées coupables. Claude Jorda, magistrat français, président du Tribunal pénal, le remarquait : « Parce que la justice internationale transperce les souverainetés…toute mise en place d’un système de justice internationale se heurte quand même aux Etats souverains » (L’Humanité 4.8.02). Il y a réflexion à ce sujet, tant les institutions qui « transpercent les souverainetés » se multiplient et que cette justice, très sélective au fond ;, émane des pays occidentaux qui ont contraint l’ONU à regarder commettre des horreurs aujourd’hui reprochées à un seul homme. Que Slobodan Milosevic ait une part importante de responsabilité dans les drames, sans doute. Mais pourquoi lui seul ? Le vaincu ? Son procès risque d’être historique à un second titre : il sera sans doute encore longtemps le seul ex-chef d’Etat à connaître une telle situation. (16 avril 2004) admettent que bien sûr ils savent qu’il n’y aura pas de résurgence des pogroms : « néanmoins il est étonnant de vivre dans un pays où presque un siècle de communisme n’a pas suffi pour tordre le coup à toutes ces c. » déclare en riant Natalya. LA PRESSE NOUVELLE Magazine Progressiste Juif édité par l’U.J.R.E. N° paritaire 64825 C.C.P. Paris 5 701 33 R Directeur de la Publication : (Intérim Lucien STEINBERG) Rédaction - Administration : 14, rue de Paradis 75010 PARIS Tél. : 01 47 70 62 16 Tarif d’abonnement : France et Union européenne: 6 mois 25 euros 164 F 1 an 50 euros 328F Etranger, hors U.E : 63 euros 413 F
    • Avril/Mai 2004 n°216 6/05/04 14:15 Page 4 P.N.M. AVRIL/MAI 2004 4 MOYEN-ORIENT Mordechaï Vanunu, un régime de liberté sous astreinte Teresita Dussart avec l’édition internationale du Haaretz MordechaïVanunu l’ancien technicien des sites nucléaires de Dimona goûte à ses premiers jours de liberté, entouré de ses supporters, une fois passé le gros du cirque médiatique. Dix-huit ans de prison, pour l’essentiel passé à l’isolement, c’est ce que lui aura valu la diffusion des informations du programme atomique du site de Dimona, dans le désert du Neguev. Informations qu’il avait glanées en tant qu’employé du site et qu’il avait ensuite cédé au journal britannique le Sunday Times, photos à l’appui. C es informations avaient permis de diffuser à large échelle, l’état exact de l’arsenal nucléaire israélien et ce au-delà des alliés d’Israël, lesquels étaient pour l’essentiel au fait de ces informations. D’aucuns aujourd’hui, y compris parmi ceux qui se sont opposés à la libération de Vanunu ou à l’élargissement de ses libertés d’aller et venir, ont émis l’opinion qu’au final la publication de ce sujet par le Sunday Times avait rendu service à Israël, en affermissant auprès des nations arabes, l’idée qu’elles avaient en face d’elles une puissance nucléaire d’une nature très dissuasive. Il n’en reste pas moins que l’exemployé de Dimona est considéré par la majorité des Israéliens comme un traître, qu’il lui est interdit de s’approcher du littoral, des représentations diplomatiques étrangères, de donner des interviews, d’obtenir un passeport et de voyager à l’extérieur des frontières du pays. Mordechaï Vanunu a pour sa part déclaré qu’il avait dit tout ce qu’il avait à dire sur le sujet, qu’il ne détenait plus d’informations de nature à endommager la sécurité de l’état d’Israël, compte tenu de sa période d’emprisonnement très longue. La capture de Vanunu par le Mossad constitue certainement une des pages du Mossad les plus rocambolesques avec à la clé beaucoup d’imprudences de la part de Vanunu, hélas. Un signalement était parvenu au Shin Bet, le service de renseignement militaire, selon lequel un ancien employé de Dimona s’apprêtait à livrer des informations très dommageables. Cette fuite est le fait de la maladresse d’un journaliste, Ami Doron. Ce dernier avait lui-même essayé de publier un an plus tôt un livre sur le site de Dimona, ensemble avec un correspondant du quotidien Haaretz, Eli Teicher. Soumis à le censure militaire ce livre ne sera jamais publié. Toutefois comme spécialiste du sujet, Ami Doron est contacté par le Sunday Times qui cherche à authentifier les informations de Vanunu. Ami Doron, lui-même surpris par l’énormité de ce qu’avance son compatriote appelle une source à l’intérieur du site de Dimona, Yoav Deigi. A partir de là, une brêche dans la chaîne de sécurisation de l’information est ouverte. Itzhak Shamir est alors Premier ministre. L’information remonte jusqu’à lui. Reste que tout cela est très flou. Ils n’ont pas encore de nom à mettre sur l’auteur de la fuite. Sur l’initiative de Shabtaï Shavit, le chef du Shin Bet, le Mossad, le service extérieur du renseignement est sollicité pour vérifier et retracer tout cela. Shavit fait appel à un vétéran du Mossad pour mettre en place une opération ad hoc. Tout d’abord la piste part en Australie. Heureusement pour Vanunu, il peut encore disposer d’un répit. Lorsque les hommes du Mossad arrivent, il à déjà prit le large pour Londres. Toutefois ce répit n’est que de courte durée. Face à la puissance de feu du Mossad, il n’est qu’un fétu de paille. Le monde ne saurait être assez grand pour un fugitif avec le service de renseignement le plus aguerri et le plus déterminé du monde à ses trousses. En croisant les listes de passagers, les barbouzes arrivent à remonter jusqu’à lui. A Londres cependant, ils sont face à un dilemme. En effet, entre 1981 et 1985, les relations entre Israël et le Royaume-Uni traversent une crise, notamment en raison des libertés, toujours contraires à l’éthique, que le Mossad a pris dans ce pays comme dans d’autres. Le premier des inci- dents à eut lieu lorsqu’un agent du Mossad a perdu dans un supermarché de Hambourg, un sac contenant des passeports anglais de contrefaçon destinés à être utilisés pour des opérations d’infiltration du Mossad en Chine. La presse britannique en a fait des gorges chaudes. Pendant ce temps, les gorges profondes des deux camps ont les boules. Un autre incident, et celui-là est bien plus significatif, parce qu’il jette une lumière plus crue sur le peu de cas que le Mossad fait de la vie. Un des agents du Mossad ayant infiltré l’antenne de l’OLP au Royaume-Uni, il était informé que des membres de cette section projetaient d’assassiner Yasser Arafat. Ces individus arrêtés et liquidés en Palestine, les services britanniques ne pardonnent pas au Mossad de ne pas avoir partagé une information qui aurait pu sauver des vies. Plusieurs agents travaillants sous couverture à l’Ambassade de l’état hébreux à Londres sont expulsés. Dans ce contexte très délicat, capturer Mordechaï Vanunu était exclu. Restait à inventer un scénario de nature à faire sortir Mordechaï par lui-même du Royaume-Uni : le piège d’amour. Une jeune femme nommée Cindy fait office de proie. Se faisant passer pour une juive américaine, en voyage touristique à Londres, elle l’aborde. L’exemployé de Dimona est alerté à plusieurs reprises par le rédacteur en chef du Sunday Times que « Cindy est très probablement une agente du Mossad », mais le cœur de Mordechaï est ferré. D’autant plus que le Sunday Times tarde à publier ses informations. Et pendant que le Sunday se tâte, l’autre Sunday, le Sunday Telegraph participe à une manœuvre de déstabilisation imaginée par le CIA, consistant à le ridiculiser, photo à l’appui. Il finit par céder, encore une fois, malgré les mises en garde répétées de plusieurs personnes de son entourage et se rend à l’invitation de Cindy en Italie. A peine arrivé dans l’appartement à Rome où les « amants » devaient se retrouver, il est assommé par une équipe du Mossad, neutralisé et embarqué par voie maritime en Israël. Dix-neuf ans se sont écoulés depuis. Mordechaï s’est converti à la religion anglicane. Il songe désormais à émigrée aux Etats-Unis, et reprendre des cours d’histoire. Que la liberté lui soit douce ! Y a pas photo ! Roland WLOS Aujourd’hui, alors qu’il devient de plus en plus difficile de ne pas voir la responsabilité d’Israël dans l’escalade de la violence au Proche Orient, certains parmi les plus fervents soutiens d’Israël, en viennent à dire que si la situation est bloquée, c’est parce qu’Ariel Sharon et Yasser Arafat sont aux commandes. S elon eux, aucune avancée positive ne serait possible avec ces deux hommes, parce qu’Ariel Sharon ne connaît que les méthodes militaires expéditives et que Yasser Arafat, lui, couvrirait les exactions terroristes. Même si ce raisonnement renvoyant dos à dos les deux protagonistes tranche singulièrement avec les discours manichéens auxquels les partisans inconditionnels de l’Etat nous avaient habitué, force est de constater qu’il élude les causes réelles du conflit. Car cellesci résident, avant tout, dans l’occupation et l’appropriation coloniale brutale, avec son cortège d’humiliations, de meurtrissures et de misère, foulant aux pieds le droit internatio- nalement reconnu aux Palestiniens d’être maître de leur destin. Pour ce qui est de la responsabilité de ces deux dirigeants, parlons-en : Ce qui les différencie c’est d’abord que Yasser Arafat a été un des protagonistes des accords d’Oslo avec Itzhak Rabin (ce qui leur valu le prix Nobel de la paix avec Shimon Peres). Quant à Ariel Sharon, lui, ne les a jamais acceptés, et pire, il s’est acharné à démolir tout ce qui avait été édifié. Sans remonter à son rôle lors des massacres de Sabra et Chatila, ni à la provocation sur l’esplanade des mosquées, qui mit le feu aux poudres. Depuis qu’il est arrivé au pouvoir en mars 2001, Sharon suit inlassablement sa propre “ feuille de route ”. Il ne poursuit qu’un seul objectif “ ce n’est pas une paix fondée sur le compromis, mais l’assujettissement total des Palestiniens ” expliquait l’historien et pacifiste israélien Zeev Sternhell, dans le journal Haaretz. Il ne faut pas être grand clerc pour constater que cette stratégie a enfoncé la région dans la violence et fertilisé le terreau du terrorisme. Après avoir soutenu dans le passé la montée du Hamas pour combattre le Fatah et l’OLP – aujourd’hui, il a découvert que ses hélicoptères pouvaient efficacement exécuter ses chefs. De plus, en dépit des promesses qu’il fit devant la Communauté
    • Avril/Mai 2004 n°216 6/05/04 14:15 Page 5 P.N.M. AVRIL/MAI 2004 Internationale, il annonce que Yasser Arafat peut très bien devenir désormais la cible de ses tueurs. Cela au lendemain de sa visite à G.W. Bush, qui avait donné quitus à sa politique et soutenu son plan unilatéral. Quant à Yasser Arafat, il condamne toutes les actions terroristes, qui tuent inconsidérément hommes, femmes et enfants en semant la peur. Il est assiégé par les forces d’occupation israéliennes à Ramallah, depuis décembre 2001. Sans souscrire à tous ses faits et gestes, il faut reconnaître que sa vie et son combat se confondent avec la lutte de son peuple pour la liberté et l’indépendance. Pendant les premières années qui ont suivi les accords d’Oslo, sous sa direction, un climat de confiance réciproque avait fait baisser les tensions et diminuer les actes de violence. C’est pourquoi on ne peut accuser l’autorité palestinienne - 5 dont les forces de sécurité ont été démantelées par l’armée israélienne par la suite – d’avoir brisé ce processus, elle qui avait tout à y gagner pour le bien du peuple palestinien. L’assassinat d’Itzhak Rabin, et ce qui s’ensuivit, a permis à tous ceux des deux bords qui refusaient la paix, de relever la tête pour en arriver à la situation que l’on connaît aujourd’hui. Pourtant, malgré l’enfermement qui lui est imposé, malgré cette menace permanente, malgré l’échec d’Oslo, malgré tout ce qui s’est écroulé autour de lui, Yasser Arafat semble envisager l’avenir avec une certaine sérénité. Dans une interview récente de Yasser Arafat, la teneur de son propos détonne sérieusement avec les discours bellicistes de Sharon. On peut lire en effet : “ Il n’y a pas que Sharon, il y a aussi les groupes de militants israéliens, ceux qui ont construit avec nous l’initiative de Genève, ceux qui sont avec nous contre le mur de la honte, et tous ceux qui manifestent à nos côtés. Il faudra bien que la paix finisse par s’installer tôt ou tard sur cette terre. C’est la Terre Sainte et il est nécessaire pour la paix du monde qu’il y ait la paix sur la Terre Sainte, la terre des trois religions. Nous en avons tous besoin, Israéliens et Palestiniens. Et on voit bien aujourd’hui que le monde entier en a besoin … Ma main reste tendue pour la paix ”. Quelle que soit l’appréciation personnelle que l’on peut avoir et le sentiments que l’on porte à Yasser Arafat, on ne peut pas le ranger dans le même camp qu’Ariel Sharon. Au regard de l’histoire, il faudrait vraiment être de mauvaise foi pour mettre à égalité ces deux hommes. Alors que selon moi, y a pas photo. Comparaison n’est pas raison. L’ensablage américain Jacques Dimet L’aggravation de la situation en Israël/Palestine et l’enlisement de Washington en Irak sont deux facettes d’une même stratégie. L a situation au Proche et Moyen Orient reste obéré par deux conflits qui dépassent largement les frontières de ces régions et qui risquent d’embraser le monde. Bien que de nature différente, ces deux conflits ont des liens pour la raison évidente qu’ils se situent dans la même partie du monde. Dans le conflit qui oppose Israël aux Palestiniens, l’issue est toujours confuse. Le Premier ministre israélien s’en tient à sa propre feuille de route, qui est bel et bien de fermer toutes les portes de sortie pacifique du conflit et de laisser à Israël le contrôle complet de la région. Le président Arafat, à la fois président de l’Autorité palestinienne et de l’OLP, reconnu par la communauté internationale, est toujours retenu, au mépris de toutes les règles internationales dans son bureau de Ramallah. Ariel Sharon parle même désormais, ouvertement, de la possibilité de liquider physiquement le leader palestinien sans que cela ne suscite trop de réactions, il faut bien le dire, de la part des Etats occidentaux, par delà les condamnations de principe. Les gouvernants israéliens se sont attachés, particulièrement ces dernières années, à liquider toute l’infrastructure palestinienne, s’en prenant en premier lieu aux forces de sécurité et de défense, ce qui leur permettaient ensuite d’affirmer que les éléments régaliens de la Palestine n’était pas en mesure d’assurer la sécurité des Palestiniens et des Israéliens. Le leader israélien a pris dans le même temps la décision de liquider les colonies juives de Gaza (et quatre en Cisjordanie) et d’évacuer complètement la bande de Gaza, limitrophe de l’Egypte et séparée physiquement du reste de la Palestine. Ce retrait annoncé de Gaza s’accompagne d’une liquidation systématique des cadres palestiniens, qu’il s’agisse du Hamas ou du Fatah. Comme si l’espoir ainsi caressé était de rendre ingouvernable Gaza. La situation en Cisjordanie n’est guère meilleure puisque le retrait de quatre colonies juives illégales s’accompagne d’un morcellement de fait du territoire. La plupart des colonies de peuplement resteront ; d’autre part le fameux mur de sécurité empiète sur la Cisjordanie rendant impossible toute continuité territoriale palestinienne et par là même tout développement économique et social. Nous assistons, de fait, à une véritable colonisation de l’ensemble de la Cisjordanie. Dans ses débordements, Sharon a reçu le soutien enthousiaste, il n’y a pas d’autres mots, de George Bush. Le président américain s’oppose au retour des réfugiés, soutient la construction du Mur (même si son secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Colin Powell semble plus réservé), soutient le plan d’évacuation de Gaza et de contrôle de la Cisjordanie et, surtout, remet en cause les frontières de 1949 (qui prévalaient en 1967). Dans le même temps les assassinats par l’armée israélienne de militants et de responsables du Hamas, comme le cheikh Yassine puis le docteur Rantissi, ne peuvent que renforcer les groupes extrémistes et pousser au désespoir des pans entiers de la jeunesse palestinienne. Revient en mémoire ces paroles d’Ehud Barak alors qu’il était chef d’état-major de l’armée israélienne : « si j’étais un jeune palestinien, j’aurais été un terroriste ». La situation en Palestine est également bloquée par la situation en Irak où les Américains se retrouvent ensablés. Manifestement, le peuple irakien, ne veut pas de l’occupation et l’arrestation de Saddam Hussein n’a pas affaibli la résistance mais l’a renforcée, l’hypothèque d’un retour des bassistes au pouvoir étant levée. Les Américains qui, pourtant, auraient du être échaudés par leurs expériences en Corée, au Vietnam et plus récemment en Somalie, semblent oublier qu’on ne fait pas le bonheur d’un peuple sans lui et que le colonialisme (dans sa plus strict définition : imposition de règles et de modes de vie d’une autre puissance, contrôle des richesses) est aujourd’hui inopérant. Bush a entraîné son pays dans la guerre, il n’a pas de porte de sortie et le soutien sans ambiguïté qu’il apporte à Sharon peut en attisant le feu dans cette région là, faire un peu oublier ce qui se passe plus au sud. Faire du conflit israélo-palestinien un enjeu international c’est tout simplement « régionaliser » les autres conflits. Sauf qu’au rythme où se succèdent les morts de soldats américains en Irak le syndrome du Vietnam devient de plus en plus pressant. ◆ La Libye envisagerait de compenser certaines familles juives émigrées. Notre confrère Jerusalem Report écrit, dans son numéro du 22 avril 2004 qu’une délégation de Juifs originaires de Libye s’apprêterait à se rendre dans son pays d’origine à l’invitation des autorités libyennes. Elle devrait négocier le dédommagement de plusieurs centaines de familles juives, chassées de Libye et qui vivent actuellement en Israël, en Italie et dans divers autres pays. Le magazine fait état de 623 familles. Le nombre des Juifs ayant quitté la Libye est de l’ordre de 38 000. Reste à savoir s’il s’agit d’autre chose que d’un artifice de propagande. L.S. ◆ 6.780.000 Israéliens au printemps 2004. A la veille du 56° anniversaire de l’indépendance d’Israël, le bureau central des statistiques annonce que la population du pays s’élève à 6 780 000 habitants, dont 5 180 000 Juifs (soit 81 % et 19% d’Arabes). Jérusalem est la ville la plus peuplée, avec 692 000 habitants dont 464 000 juifs et 228 000 Arabes. 66% des Juifs israéliens sont nés en Israël et 34 % à l’étranger. Lors de la déclaration de l’Indépendance en 1948 les pourcentages étaient inversés, avec à peine 35% nés dans le pays. Les originaires de l’ex-URSS représentent, avec 1,2 million d’habitants, plus du cinquième de la population juive. Les autres groupes numériquement importants sont ceux des originaires du Maroc (500 000) Irak (245 000) Roumanie (240 000) et Pologne (220 000) Il est né 144 000 bébés en 2003. S’y sont ajoutés 21 000 immigrants, dont 11 000 de l’ex-URSS et 1800 de France. L.S. (La Libye envisagerait de compenser certaines familles juives émigrées, 6 780 000 Israéliens au printemps 2004) Le 12 mai 2004, à 15 :00, le Président de l’UJRE, Lucien Steinberg, est convoqué au Commissariat Central du X° arrondissement, pour une «enquête d’expulsion locative», de l’UJRE, des locaux du 14 rue de Paradis. Tous les soutiens seront les bienvenus.
    • Avril/Mai 2004 n°216 6/05/04 14:15 Page 6 P.N.M. AVRIL/MAI 2004 6 LE BILLET DE LUCIEN STEINBERG ROUMANIE - VADIM L'antisémite qui vire sa cuti Monsieur Corneliu Vadim Tudor, ancien et prochain candidat à la Présidence de la Roumanie, est, ou plutôt était connu jusqu'ici, et ce depuis le changement de régime en 1989, comme xénophobe, antisémite, antiaméricain, anti-tzigane, anti-magyar, etc. S on journal, ROMÂNIA MARE était connu pour son ton virulent. Est-ce la raison pour laquelle il avait remporté près du quart des suffrages aux dernières élections présidentielles en Roumanie ? A mon avis, c'est une hypothèse vraisemblable. En outre, cet ancien poète quasi-officiel de feu Nicolae Ceausescu, pouvait jouer la carte démagogique de la misère. Car la misère prédomine dans la Roumanie de 2004, au point que certains ont la nostalgie des "années d'avant". Mais le quart ne suffit pas, il en faut davantage. Qu'à cela ne tienne: Vadim, qui vouait aux gémonies "la mainmise des Juifs et des Américains sur la malheureuse Roumanie", a décidé de changer de discours. Manifestement, convaincu par sa propre propagande démagogique, il a conclu que, pour gagner, il fallait mettre les Juifs et l'Amérique dans son jeu. Il s'est adressé, par conséquent, à un institut israélien de communication, dont la réputation est sujette à caution. Est-ce sur les conseils de cet institut qu'il écrivit, le 1er février 2004, la lettre suivante, reprise dans le quotidien israélien Haaretz (n° de Pessach) ? "Cette lettre est une confession, en tant que chrétien qui croit en Jésus et en tant qu'être humain. Je présente mon point de vue concernant certaines de mes déclarations précédentes qui ont offensé le peuple juif. Je demande pardon à Dieu et à ceux que j'ai offensé. Je sais que Dieu ne me pardonnera qu'après que les hommes que j'ai blessés me l'auront pardonné. J'avoue que j'ai eu tort de nier l’Holocauste en Roumanie entre 1941 et 1944, sous le régime Antonescu. Je promets de ne plus laisser passer la moindre déclaration antisémite de mon parti et du journal roumain « Mare » que je publie... Nous ne sommes pas des anges, seulement des êtres humains...Je demande pardon à tous les Juifs blessés par mes exagérations, parlées ou publiées. C'est ainsi que j'ai changé. Israël a des ennemis réels et dangereux. Je ne suis pas votre ennemi. Engageons le dialogue, pour un monde meilleur, pour le peuple juif et pour le peuple roumain." Il ajoute que ses anciens propos ne sont pas ceux de "Vadim 2004" et cite un homme politique roumain qui affirmait il y a près d'un siècle :"seuls les boeufs n'évoluent pas". Son évolution l'amène à dire que, dans un pays comme la Roumanie "on ne peut rien faire sans les conseils de l'Amérique ou d'Israël". Ou encore:"Voyez ce qui est arrivé à Hitler. Avec sa force militaire et sa propagande, son régime aurait pu tenir 100 ans. Il n'a tenu que 12 ans. Dieu l'a châtié parce qu'il avait maltraité ceux qu'il ne fallait pas maltraiter." Vadim affirme qu'il a "vu la lumière" à la fin 2003. Il aura 55 ans en novembre, date des prochaines élections présidentielles. Passons sur ses échanges verbaux avec son conseil en communication, qui lui rappelle certains de ses articles. Vadim ne s'en souvient pas, doute de les avoir écrit, se demande s'il était conscient lors de leur écriture, etc. Son leitmotiv: je ne suis pas antisémite. Et qui sait ? Peut-être croit-il sincèrement, à présent, ne pas être antisémite et ne jamais l'avoir été. Peut-être... NB : Une dépêche AFP en date du 28 avril nous apprend que M. Corneliu Vadim Tudor envisage de se rendre le mois prochain à Auschwitz, en pèlerinage, pour se recueillir dans ce cadre. La destruction des juifs de Hongrie Tersita Dussart La Fondation de la Mémoire de la Shoah organise entre le 4mai et le 6 juin une exposition au Musée de la résistance Jean Moulin, sur le thème de la tragédie des juifs de Hongrie. O n a beau déjà les avoir vues ces photos, dont certaines sont inscrites dans l’inconscient collectif, le cœur n’est pas réglé pour s’y faire. Derrière cette petite silhouette résignée de petite fille au foulard, les mains dans les poches, marchant derrière celle que l’on imagine être sa grandmère et ses deux petites sœurs à destination des chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau, on essaye de retracer une identité, une histoire. On voudrait par l’esprit maintenir la petite foulée, mais la voix-off du Kaddish, que le scénographe de l’exposition, Marc Touitou, a imaginé, n’invite pas à ce genre de rêverie. « Le plus impressionnant était la voix suave du SS s’adressant à une mère : tu veux rester avec tes enfants, alors reste. » Lecture du journal d’un rescapé de Birkenau. Le SS sait que sur la rampe de sélection, les enfants vont vers la mort et la mère avec, mais il ne s’emballe pas. « Alles in ordnung ». Pendant que des dizaines de milliers de juifs hongrois se dirigent vers cette mort certaine entre le 15 mai et le 9 juillet 1944, Paris attend sa libération. La déportation massive de juifs hongrois, jusque là la moins touchée des communautés juives d’Europe centrale, se poursuit à un tel rythme que la rampe d’arrivée du train à Birkenau devra être prolongée pour se rapprocher des chambres à gaz. 437 402 d’entre eux seront déportés en 56 jours et 147 convois. Ce qui en fait l’opération d’extermination la plus intensive de la Seconde Guerre Mondiale, rappelle la brochure de la Fondation de la Shoah. La tragédie s’abat sur les juifs hongrois alors que les nouvelles qui lui parviennent par la BBC, lui font espérer une libération imminente de la « ghettoïsation » dans laquelle elle est plongée. Le clou de l’exposition, dont sont issues une grande partie des photographies est l’album dit de Lily Jacob. Lily Jacob, survivante d’une famille de trois générations, tous morts à Auschwitz-Birkenau, réussit lors la libération du camp à mettre la main sur ce qui constitue à ce jour l’une des sources les plus précieuses de la vie à l’intérieur du camp. L’album photo, dit aussi album d’Auschwitz, est composé d’une série de 235 photographies réalisées par les chefs du service photographique de la SS. Photos réalisées selon toute vraisemblance entre le 20 et le 25 mai 1944. L’exposition, dont le support est essentiellement photographique, retrace la genèse de cette destruction, en commençant par la proclamation de la première loi anti-juive en 1938 à l’instauration de Ferenc Szalasi, le chef du parti fasciste des Croix fléchées, en passant par la période du régent Horthy. Ce dernier comme chacun sait ayant retourné sa veste (après que, près de 500 000 juifs aient été assassinés), lorsqu’il comprit que le vent allait tourner. Notamment après que l’aviation américaine eut bombar- dé Budapest le 2 juillet 1944. Quatre jours plus tard, Horthy décrétait la fin des déportations. Mais les exactions antisémites, elles, se poursuivront, préludes aux marches de la mort de 200 kilomètres. Ceux qui restent seront fusillés, « faute de temps », par les croix fléchées. A la fin de la guerre il reste d’une communauté qui comptait environ 700 000 personnes avant la guerre, 90 000 personnes vivantes. L’exposition offre l’occasion de voir réunis des documents dont certains sont inédits en France provenant de Hongrie et du Musée de Yad Vashem en Israël. C’est aussi une occasion alors que l’Europe s’ouvre à l’Est, d'interroger l’examen qu’elle fait de sa mémoire. Si la collaboration de la Mairie de Budapest, et les propos rassurants de son maire, présent au vernissage de l’exposition, augurent d’une prise de conscience, il serait bon d’en avoir la confirmation en voyant certaines de ces photos, et les chiffres qui vont avec, figurer dans les manuels d’histoire des écoliers de ce pays.
    • Avril/Mai 2004 n°216 6/05/04 14:15 Page 7 P.N.M. AVRIL/MAI 2004 7 La Chorale Populaire Juive de Paris Un écho de la conférence d’Eva Golgevit R a y m o n d e S TA R O S W I E C K I Le 4 avril 2004, notre amie Eva GOLGEVIT retraçait, à la Maison de la Culture Yiddish, l’histoire de La Chorale Populaire Juive de Paris auprès de l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide. A mbiance chaleureuse, les personnes présentes étaient contentes d’entendre en yiddish, l’historique de la chorale, dont les manifestations ont fortement marqué la communauté juive de Paris, Nancy, Bruxelles … Le temps de le faire traduire, Eva nous permettra prochainement de publier le texte de sa conférence, qui demeure un témoignage inestimable pour ceux de nos lecteurs ayant encore dans l’oreille, les chants de La Chorale Populaire Juive de Paris. Dans cette attente, qu’il nous soit permis de la remercier pour la ferveur avec laquelle elle a su faire revivre ‘’ce qui se passait autrefois’’. Comme Eva, nous formons le vœu qu’un historien retrace cette histoire non encore écrite, car nous avons beaucoup appris à travers cette conférence : D’abord que l’histoire de la Chorale Populaire Juive de Paris partait des années 20, sous l’égide de la Kultur Ligue, qu’elle se mobilisait dès qu’éclatait la guerre civile en Espagne, pour aider le peuple espagnol dans sa lutte contre le fascisme, qu’en septembre 1937, elle organisait deux concerts dans le cadre du Congrès Mondial pour la défense de la culture Yiddish … La guerre hitlérienne dispersait la Chorale Populaire Juive de Paris, mais elle se recréait après guerre, et chantait des œuvres inspirées du génocide, comme le poème Shmulik de Dora Teitelbaum, dont le soliste Oyzer Kawka, ancien déporté, souvent, ne pouvait achever le chant, étreint par l'émotion … Nous apprenons aussi qu’au 14 rue de Paradis, où la chorale se retrouve après-guerre, au sein de l’Union (UJRE), se trouvaient aussi la Naïe Presse, la C.C.E. (Commission Centrale de l’Enfance), le club de jeunes des Cadets, le club sportif YASC … Eva nous apprend aussi qu'elle a joint la chorale après la déportation, à sa libération d'Auschwitz. Kaufman n'était déjà plus seul à diriger la chorale. En été 1945, l'UJRE engageait Holodenko, qui harmonisait le chant de Hirsch Glick, devenu l’hymne des partisans des ghettos Ne dis jamais que tu vas ton dernier chemin… . Eva, rescapée d’Auschwitz, en assurait le récitatif, et avec toute la chorale, ils chantaient avec flamme ce chant se concluant par Vi a parol zol geyn dos lid fun dor tsu dor (que ce chant se transmette de génération en génération !). Et aussi tant de concerts où participaient ... - Kawka à Pithiviers chantant Unzer mut is nich gebrokhen (notre courage n’est pas brisé), Esther, Rosette, Felix, Shayndele Munsztein …, - le concert réalisé à Bruxelles, à la demande de l’organisation « Solidarité ». Certains présents dans la salle s’en souviennent encore, ils y avaient assisté, - l’almanach du 20° anniversaire de la chorale en 1950, malheureu- sement épuisé, - le concert exceptionnel du 21 novembre 1970, vrai triomphe, donné à la salle Gaveau pour les 40 ans de la chorale, avec la cantate Souviens-toi, mon peuple de Moshe RAUCH pour la musique, une oeuvre composée sur la base des écrits dans le ghetto de Varsovie d''Emmanuel RINGELBLUM, - le concert du 17 mai 1981, enfin, couronnant les 50 ans de la chorale. Nous découvrons aussi à travers cette conférence que le fils d’Eva, Jean Golgevit, transmet aux jeunes générations le goût de chanter en yiddish, Merci, Eva, nous avons compris ce jour que l’histoire de la Chorale Populaire Juive de Paris était un peu la tienne. Puissent donc les historiens penser à la retracer aussi, et comme toi, à la fin de ta conférence, nous te disons a dank. C U LTU R E THÉÂTRE LA SOUPE AUX ORTIES, pièce de Roger Defossez mise en scène par Xavier Lemaire est à l’Espace R a c h i d u 9 m a i a u 1 juillet 2004. Plein tarif 20€, tarif réduit 15€, membres UJRE 12€. 1 500 000 français ont été prisonniers en Allemagne durant la guerre de 39-45. C’est grâce à la fraternité et à l’humour qui régnait dans les camps qu’ils ont pu supporter leur captivité. Aujourd’hui, soixante ans après, alors que la France et l’Allemagne se sont réconciliées, il n’est plus l’heure de gémir. Cette comédie rend hommage à ces hommes, dignes du plus grand respect. EXPOSITIONS ◆ Au Musée de la Résistance nationale, exposition de photographies sur « Oradour-sur-Glane, village martyr » du 8 mai au 31 octobre 2004 (fermé en septembre). Parc Vercors – 88 avenue Marx Dormoy – 94500 Champigny sur Marne (Contacts : www.musee-resistance.com, museern@wanadoo.fr, 01 48 81 45 97). ◆ A la Maison de la Culture Yiddish, exposition de photographies sur « Scènes de la vie juive en France », tirées des archives de la Bibliothèque Medem et de l’association Mémoires Juives. YIDDISH ◆ Charlotte Messer. YOYNES UN DER VALFISH : Cette pièce du Studio Théâtre, que nous avons pu applaudir en janvier au théâtre Dejazet, jouée en yiddish, et surtitrée en français, est à nouveau représentée le samedi 19 juin 2004, à 17h. au théâtre de l’Epée de Bois, à la Cartoucherie de Vincennes. Le nombre de places est limité, il est plus sûr de contacter la Maison de la Culture Yiddish pour réserver (01 47 00 14 00). MUSIQUE ◆ Le Messie de Haendel, mardi 8 juin 2004, à 20:45 en l’église SAINTGERMAIN-DES-PRES, avec les chœurs Vincent d’Indy et l’orchestre de Paris. Places en prévente à l’UJRE (demander Raymonde) au tarif de 8€ (scolaires et étudiants), et 15€ (3° catégorie non numérotés). CONFÉRENCES ◆ Juifs et Musulmans, colloque au Grand amphithéâtre de la Sorbonne (9h. à 18h.15) et à l’Institut du Monde Arabe (de 20h.30 à 22h.30) organisé par l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, Le Monde des Religions et l’Institut Européen en Sciences des Religions. EXPOSITIONS ◆ A la Maison Auschwitz Mémoire et Solidarité, 39 Bd. Beaumarchais, Paris 3°, exposition des œuvres de Zelman BRAJER du 19 avril au 28 mai 2004 (lundi au vendredi, de 10 à 12h. et de 14h.30 à 17h.).
    • Avril/Mai 2004 n°216 6/05/04 14:15 Page 8 P.N.M. AVRIL/MAI 2004 8 LIVRES LES JUIFS EN DORDOGNE 1939-1944 CHRONIQUE D’UNE TRAGEDIE Bernard Reviriego, attaché de conservation aux Archives Départementales de la Dordogne, nous livre, sous ce titre, un fort volume de 526 pages, sous-titré « De l’accueil à la persécution » (Ed. Archives départementales de la Dordogne – FANLAC). L’auteur est, de par ses fonctions même, familier avec les documents, et il en publie un grand nombre. Mais les documents ne parlent par eux-mêmes que lorsque un auteur sait les faire parler. Bernard Reviriego le fait, avec maîtrise. Avec cœur aussi. O n le comprend dès qu’on contemple la couverture du livre : la photo de Abner Seboni, dont tout ce qu’on sait est qu’il a été déporté à Auschwitz en 1943. Homme au visage clair, avec un chapeau de paille périgourdin typique, portant veste croisée, gilet et cravate. Qu’est-ce qui le distingue du périgourdin moyen ? Sur le côté gauche, une étoile, et au centre, la lettre J. Votre chroniqueur aborde l’ouvrage par un chapitre final, intitulé « Parcours de vies ». Sur 223 pages, Reviriego nous livre des notes biographiques des juifs déportés, fusillés, évadés. En voici un exemple, au hasard : AMBOR Adolphe, allemand, né le 12 octobre 1917. Peut-être domicilié à Brantôme, 7 rue Joussaud. Incorporé au 647° GTE groupement de travailleurs étrangers. Transféré de Périgueux à Nexon le 27 février 1943, convoi (de déportation) n° 51 (CDJCCCXV-31). Il faut ajouter que les GTE avaient été créés par Vichy, et qu’ils étaient constitués, en grande partie, par des hommes, très souvent juifs, qui s’étaient portés volontaires en 1939 pour combattre l’ennemi. La patrie « reconnaissante » les enfermait dans ces groupements, avant de les livrer aux nazis. Ce n’était pas la raison d’être « officielle » de ces GTE – il s’agissait, pour les moralistes de Vichy, de ne pas laisser divaguer des étrangers indésirables et désoeuvrés. Notons encore qu’à l’époque, Vichy avait choisi de mentionner les Juifs assignés aux GTE sous le nom de « palestiniens ». En réalité, il n’y avait guère de titulaires de passeports palestiniens aux GTE. Le lecteur non prévenu de 2004 risque d’être surpris. Un autre exemple : COHEN Joseph, né le 25 août 1888 à Tiberia (Syrie, act. Israel), domicilié à Grange d’Ans, fusillé au cimetière d’Azerat, le 1er avril 1944. Il était amputé du bras et de la jambe droite (pensionné pour fait de guerre) et chevalier de la Légion d’Honneur. La première partie de l’ouvrage décrit l’installation des Juifs en Dordogne, essentiellement en provenance d’Alsace en un premier temps – la population de cette région ayant été évacuée au début de la guerre en septembre 1939. Une grande partie des Juifs d’Alsace, notamment les quelque 9 000 de Strasbourg, se sont retrouvés en Dordogne. Après la défaite de la France en mai-juin 1940, il y eut de nombreux réfugiés qui s’y sont ajoutés. Bien entendu, des organisations juives ont vu le jour, certaines officielles, d’autres clandestines et Bernard Reviriego en brosse le tableau. Il ne s’étend pas sur la création de l’UGIF, dont Vichy voulait faire la seule organisation juive officielle. Il montre, cependant, que son caractère « officiel » n’a pas suffi pour préserver son personnel et ses dirigeants de la déportation. Le rôle du Mouvement National contre le Racisme MNCR, précurseur de l’UJRE, est dûment mentionné. La persécution, largement traitée, recouvre des aspects qui vont du sordide au sinistre. Nous ne pouvons pas entrer ici dans tous les détails, depuis le recensement des Juifs, en passant par les rafles, les déportations – vers Drancy, première étape vers Auschwitz et d’autres camps, les exécutions sommaires – que ce soit par des militaires allemands de la division Brehmer, ou par des auxiliaires français et nord-africains de l’occupant. Pour ces derniers, ils sont mentionnés dans les archives sous le nom de « bicots », vocable tombé quelque peu en désuétude ces temps derniers. Un mot, qui montre bien le peu d’estime que même les autorités de Vichy avaient pour ces mercenaires. Un peu à l’instar des nazis, y compris des SS et de la Gestapo, on remarque une certaine gêne des hommes de Vichy d’appeler les choses par leur nom. Circonlocutions sans fin, ou encore, des longues listes d’exceptions prévues de la déportation – exceptions dont il ne sera guère tenu compte en fin d’opération. On a assigné à la Dordogne la livraison d’un nombre donné de Juifs, et quand on trouve trop « d’exceptions », on passe outre, on arrête et on envoie à Drancy. L’essentiel étant de remplir son quota. Les autorités de Dordogne n’ont guère fait preuve de plus d’humanité que celles de la région parisienne. René Bousquet, chef de la police de Vichy, n’a ménagé aucun effort pour faire arrêter le maximum de Juifs « étrangers ». On lit avec effarement le détail de la préparation, et de l’exécution de la rafle d’août 1942 en Dordogne – depuis le « ramassage » des Juifs en passant par le soin à apporter à leurs logements et mobiliers, et aux apaisements à fournir aux Juifs arrêtés : Il conviendra de faire connaître aux Israélites qu’ils seront dirigés sur l’Europe centrale, spécialement en Galicie, où les autorités allemandes envisagent de constituer une grande colonie juive. Il y aura lieu d’insister sur les assurances données par le Reich concernant le traitement bienveillant dont les Israélites seront l’objet, et de leur laisser entrevoir qu’ils auront vraisemblablement la possibilité de se faire envoyer, par la suite, les objets mobiliers qu’ils auront laissé en France (page 181 et facsimilé p. 182). Aucun détail n’est négligé lors du « ramassage » : ainsi à Neuvic, la rafle commence à 4 heures 30 du matin. Quatre gendarmes montent à bord du bus et se dirigent vers Douzillac pour procéder à l’arrestation d’une personne. Le bus se dirige ensuite sur SaintAstier où 5 personnes sont arrêtées, trois gendarmes supplémentaires montent à bord. Il se dirige ensuite vers Coursac, avec un résultat nul, puis vers Annesse avec quatre personnes, puis vers Razac avec un résultat nul, enfin vers Périgueux. A partir de Douzillac, l’escorte aura été de sept gendarmes en permanence (page 192). L’auteur s’efforce de déterminer le nombre total des victimes en Dordogne. Il aboutit à 1 412 victimes non juives et 1 186 à 1 196 victimes juives, dont 976 à 986 déportés et 204 fusillés.. L’estimation la plus haute du nombre des Juifs ayant vécu en Dordogne est de 7 441 personnes en 1943. Ceci donne une moyenne de 16,07 % de Juifs morts en déportation ou exécutés, Bernard Reviriego s’est efforcé de dresser la liste nominative des déportés de Dordogne – un travail digne d’éloges. Votre chroniqueur invite les lecteurs de PNM de ne pas hésiter à faire l’effort de lecture de cet ouvrage – ouvrage dur et parfaitement lisible. J’ajouterais à ce titre celui d’un livre tout récent, intitulé LES CRIMES DE LA DIVISION « BREHMER », œuvre de l’historien Guy Penaud. Le sous-titre est éloquent : « la traque des résistants et des juifs en Dordogne, Corrèze, Haute-Vienne (mars-avril 1944). (°) En raison de l’extension des actions de la Résistance dans cette région au premier trimestre 1944, la Wehrmacht a décidé de procéder au « nettoyage ». Je dis bien la Wehrmacht, et non pas les SS. L’initiative appartenait au général Karl-Heinrich von Stüilpnagel qui était à toutes fins utiles gouverneur militaire de la France occupée. Personnage complexe, titulaire des plus hautes décorations militaires, qui allait finir pendu pour avoir été activement mêlé à la conjuration qui a abouti à l’attentat contre la personne d’Hitler, le 20 juillet 1944… Le général Walter Brehmer, commandant la « division B » comme Brehmer était très proche de Stülpnagel… En fait, cette « division » n’était pas une unité d’élite, étant composée d’hommes d’âge plus mûr, qui avaient des missions statiques. Mais son armement était très largement supérieur à celui dont disposaient les résistants français. En outre, le général pouvait compter sur le soutien du gouvernement de Vichy. Celui-ci avait ordonné aux divers préfets, entre autres, de remettre aux militaires allemands, sur leur demande, les listes des juifs des diverses localités de la région. Les divers chapitres du livre sont déployés par ordre chronologique – débutant par l’attaque de Brantôme dans le Nord de la Dordogne, le 24 mars, suivis de développements quotidiens, puis par départements. La liste des villes, bourgs et villages attaqués, des juifs fusillés ou déportés, des autres résistants assassinés ne peut être lue sans un serrement de cœur…près de trois cents… Pas moins de 13 pages, à écriture serrée, sont consacrés aux noms des fusillés – jour après jour, du 26 mars au 19 avril 1944. Guy Penaud évoque aussi l’étrange destin du général Brehmer : bien que très proche de Stülpnagel, ayant exécuté ses ordres le 20 juillet 1944, il ne fut pas spécialement inquiété par ses supérieurs, ni par Hitler. Bien au contraire, il eut de l’avancement, devant le dernier commandant militaire de Berlin jusqu’au moment de la capitulation. Prisonnier de guerre de l’armée soviétique, il est resté détenu jusqu’en 1955. Entre temps, il fut condamné à mort par contumace par un tribunal militaire français. On le croyait mort, ce qui arrangeait ses co-accusés… De retour en Allemagne, il a vécu tranquillement jusqu’à son décès en 1967. L’historien, de la période dégage deux conclusions : d’une part, les massacres des hommes de Brehmer n’ont pas permis d’écraser la résistance française, bien au contraire. Une seconde conclusion de Guy Penaud, à propos du jugement du Kommandeur August Mayer, du SD1 de Limoges : le tribunal militaire a considéré que l’accusé devait bénéficier de circonstances atténuantes, s’agissant des exécutions de juifs. 1 SD : Sicherheits Dienst (Service de Sécurité) (°) Préface de Roger Ranoux. Edkitons La Lauze, Périgueux 2004, 424 pages. Editions Fanlac, Archives Départementales de la Dordogne. Périgueux 2003. Prix : € 28