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La mise en scène de la virilité chez les femmes politiques candidates à l'élection présidentielle
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Mémoire de Master 2 au Celsa, mention très bien.

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  • 1. UNIVERSITE PARIS – SORBONNE Ecole des Hautes Etudes en Sciences de l’Information et de la Communication MASTER PROFESSIONNEL 2e ANNÉEOption : COMMUNICATION POLITIQUE ET DES INSTITUTIONS PUBLIQUES« LA MISE EN SCENE DE LA VIRILITÉ DES FEMMES CANDIDATES A L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE » Préparé sous la direction de Madame le Professeur Véronique RICHARD Directeur du CELSA Sophie DUPIN DE SAINT-CYR Option : Communication politique et des institutions publiques Promotion : 2009-2012 Soutenu le : Note au mémoire : Mention : 1
  • 2. 2
  • 3. RemerciementsJe souhaite remercier Dalya Guérin, pour son soutien et son suivi attentif durant les mois derecherche et de rédaction de ce mémoire, ainsi que Laurent Raverat, qui a accepté d’être monrapporteur professionnel.J’aimerais ensuite remercier Virginie Julliard, Rainbow Murray et le responsable du pôleconseil d’une grande agence de communication (qui a préféré rester anonyme), qui ont bienvoulu m’accorder un peu de leur temps et se prêter au jeu de l’interview. 3
  • 4. 4
  • 5. SommaireIntroduction……………………………………………………………………………………………p 8I - Les stratégies de présentation de soi viriles des femmes politiques...……………………………p 15A- Les femmes politiques en France………………………………………………………………...p 15La condition féminine en politiqueVirtus et Fortuna, symbolique de l’exclusion du genre féminin en politiqueLes différences droite/gaucheB - La présentation de soi des femmes politiques…………………………………………………...p 22La présentation de soiLe genre mis en scène visuellement : analyse des affiches de campagneC – Les différences de stratégies de mise en scène de soi…………………………………………..p 34La neutralité de Martine Aubry contre l’oscillation de Marine Le PenL’ambiguïté de la stratégie de Ségolène RoyalII – L’autolégitimation virile des candidates à l’élection présidentielle…………………………….p 44A – Virilité et légitimité en politique………………………………………………………………..p 44L’illégitimité des femmes en politiqueEtre Président de la République en FranceLa nécessaire virilité du détenteur du pouvoir politiqueB – L’autolégitimation des femmes politiques par la présentation de soi virile……………………p 53Autolégitimation et légitimité cathodiquePersonnifier le pouvoir et incarner l’Homme présidentielLa nécessaire virilité du détenteur du pouvoir politiqueC – La virilité au cœur des stratégies de présentation de soi………………………………………..p 58Le choix des thématiquesL’héritage et l’inscription dans une tradition virileFaire de sa féminité un argument politique à des fins de légitimationIII – Le relais de ces stratégies de présentation de soi dans la presse………………………………..p 70A – La presse et les femmes politiques………………………………………………………………p 70Une parenthèse désenchantéeLe corpsL’éternelle « fille de » ? 5
  • 6. B – Stratégies relayées, stratégies déconstruites…………………………………………………....p 78Une stratégie déconstruite et non relayée : Ségolène RoyalUne stratégie relayée mais parfois dénoncée : Martine AubryUne stratégie efficacement relayée : Marine Le PenC – L’autonomie de la presse face aux stratégies de mise en scène de soi des candidates…………p 84La langue employée et ses conséquencesLes comparaisons : « diviser pour mieux genrer »Une technique journalistique contre les stratégies de présentation de soi : l’anecdoteConclusion…………………………………………………………………………………………...p 96Bibliographie……………………………………………………………………………………….p 101Résumé……………………………………………………………………………………………..p 105Mots-clés………………………………………………………………………………………...…p 107Annexes…………………………………………………………………………………………….p 109 6
  • 7. 7
  • 8. Introduction« Les femmes sont des hommes comme les autres ! » a affirmé Marine Le Pen lorsqu’on lui ademandé son avis sur le choix de François Hollande de créer un ministère du Droit desFemmes.1 Avec une femme devenue le « troisième homme » de la compétition électorale, laquestion du genre était, comme en 2007, omniprésente pendant la campagne présidentielle de2012. « Guerrière », « fille de », « candidat » (au masculin), les surnoms dont la presseaffuble les prétendantes à la magistrature suprême sont révélateurs du mouvement permanententre masculin et féminin, virilité et féminité.Ce mémoire a pour objet d’étudier les stratégies de présentation de soi des femmes politiquesdu point de vue du genre, et plus particulièrement de la virilité, et d’observer le relais de cesstratégies dans la presse. Le terme « genre » est la traduction française de « gender », enanglais. Il s’impose en France, comme néologisme, dès les années 60. Le genre, selonVirginie Julliard2, désigne « la construction sociale, historique et culturelle des rapports desexes. » Il s’agit du genre « ressenti », « social », contre le genre « biologique ».J’exploite ici la théorie du genre en tant que distinction entre réalité biologique et identitéconstruite. Je pose qu’il peut exister une différence entre le genre biologique de l’individu(masculin ou féminin) et le genre mis en avant dans la présentation de soi (virilité et féminité).Chez les femmes politiques et candidates à l’élection présidentielle, c’est la notion de virilitéqui m’intéresse, qu’elle soit naturelle ou mise en scène. Il existe plusieurs degrés de définitionde cette notion qui, aussi bien dans Le Petit Larousse3 que dans Le Petit Robert4, sonthiérarchisés sous une forme ternaire. En première définition, on trouve la virilité comme« ensemble des caractères physiques et psychiques du sexe masculin ». Au premier sens, ausens biologique donc, virilité et masculinité sont indissociables. Le second degré de définitiondit ceci : la virilité est « la capacité d’engendrer, de procréer ; la vigueur sexuelle. ». En seconcentrant sur le sexe masculin, cette définition s’éloigne paradoxalement du corps1 Le Point.fr, 8.03.20122 Emergence et trajectoire de la parité dans l’espace public médiatique (1993 — 2007), Histoire et Sémiotiqueau profit d’une étude sur le genre en politique à l’occasion du débat sur la parité soutenue le 2 décembre 2008à l’Université Paris II-Assas p 4203 Le Petit Larousse 20034 Le Petit Robert de la langue française 2007 8
  • 9. biologique en ce qu’elle fait davantage référence au phallus métaphorique, le symbolelacanien désincarné du désir et de la puissance (la fameuse « vigueur » sexuelle), plutôt qu’ausimple pénis. On s’éloigne donc peu à peu de la masculinité « de base », la masculinitébiologique. Le dernier degré de définition s’écarte définitivement de l’identité physique,naturelle, pour entrer dans la dimension culturelle et historicisable de la virilité : la virilitécomme « mâle énergie, courage », pour Le Petit Larousse, ou comme « caractères morauxculturellement associés au masculin » pour Le Petit Robert.Tout au long de ce mémoire, j’étudierai ainsi la présence de ces caractères moraux chez lesfemmes politiques, et leur concrétisation dans leurs choix de mises en scène médiatiques etcommunicationnelles, en me libérant des contraintes du biologique inhérentes au premierdegré de la définition du concept. Je me rapprocherai ainsi du point de vue de Jean-JacquesCourtine, professeur d’anthropologie à la Sorbonne, qui a collaboré à l’ouvrage « Histoire dela virilité » en trois tomes5, et qui soutient « qu’à partir du moment où on considère que lavirilité, comme ensemble de valeurs, n’est pas nécessairement liée au sexe masculinbiologique, elle doit circuler. Le courage, la fermeté morale n’ont pas de sexe. »6La virilité au sens moderne s’est construite dès le départ sur des caractères moraux biendistincts des attributs purement physiques du masculin. La notion prend une dimensionpolitique au XVIe siècle avec Machiavel, dans Le Prince, où il oppose la virtus masculinec’est-à-dire la force de l’âme, l’action « phallique », à la fortuna féminine, la nécessitéextérieure, la chance, à laquelle la virtus du Prince doit imposer sa loi s’il veut bien gouverneret ne pas rester dans la passivité (versant féminin de l’action virile).7Dans le cadre qui m’intéresse, le monde politique, la distinction qu’opère Machiavel entreforce morale, action masculine (virtus) et instabilité, passivité féminine (fortuna), estessentielle pour saisir l’importance de la virilité. C’est bien le politique qui a attribué au vir (à« l’homme », donc) le monopole symbolique de la bonne gouvernance. En France, le pouvoirpolitique semble en effet être l’apanage des hommes. Bien qu’il n’existe pas, comme sous lamonarchie, de code édictant l’interdiction de l’accès des femmes à la fonction suprême, ilsemble qu’il y ait un verrouillage symbolique de la Présidence de la République pour les5 Seuil, 20116 Jean-Jean Courtine dans une interview pour Les Inrocks « C’est quoi un homme viril ? » 17.10.20117 Silvia Lippi, « Virilité en perte », La clinique lacanienne, 2007/1 n°12, p 203-225 9
  • 10. individus de sexe féminin. Les femmes réussissant à s’inscrire dans le jeu politique seraientdonc pour la plupart des femmes viriles. Mais elles peuvent revendiquer leur virilité sous desformes bien différentes. Catherine Achin, maître de conférences en science politique àluniversité Paris-VIII et chercheur au CSU/CNRS, a ainsi établi une typologie de la virilitédes femmes en politique.8Elle définit une première catégorie de femmes politiques viriles comme étant celles des« femmes-homme à l’identité sexuelle douteuse », des femmes imposantes, par le physique oule charisme, qui ont choisi de ne pas utiliser leurs attributs féminins pour peser dans le jeupolitique. C’est typiquement le cas de Martine Aubry, dont la mine souvent renfrognée, lavoix grave, les vêtements neutres et l’importante carrure en ferait presque un homme parmiles hommes.Catherine Achin définit une seconde catégorie de femmes en politique, les « femmes viriles »qui, paradoxalement, sont celles qui exploitent le plus leurs attributs féminins et leursexualité, pour affronter les hommes en politiques. Cet usage du sexe ou du genre pouraccéder au pouvoir est une pratique agressive, à la manière de la sexualité virile. Elle prendl’exemple d’Elisabeth Guigou, mais on pourrait également inscrire Ségolène Royal dans cettecatégorie.Il se peut que certaines personnalités politiques de sexe féminin aiment à osciller entre cesdeux catégories, se constituant ainsi leur propre image virile. C’est notamment le cas deMarine Le Pen, et je le développerai par la suite. J’ai ainsi choisi ces trois femmes (SégolèneRoyal, Martine Aubry et Marine Le Pen) comme principales figures de mon analyse.J’illustrerai donc régulièrement mes arguments par des exemples issus de leurs campagnesélectorales.La virilité des femmes en politique peut donc prendre deux formes différentes : une formedans laquelle la femme « s’oublie » pour endosser les caractères physiques ou les attitudes dumâle, réclamant ainsi le droit d’être considérée à égalité avec les hommes politiques ou d’êtretraitée de façon neutre, à l’instar du genre neutre qu’elles mettent en avant dans leur viepolitique. La seconde forme que peut prendre cette virilité féminine est l’inverse de la8 Catherine Achin et Elsa Dorlin, « Nicolas Sarkozy ou la masculinité mascarade du Président », Raisonspolitiques, 2008/3 n° 31, p. 19-45. 10
  • 11. première : les femmes vont sur-jouer leur féminité, souligner dans leur apparence physique etleur comportement ce qui fait d’elles des femmes, tout en usant pour ce faire de l’agressivitéde la sexualité virile pour tenter d’imposer aux mâles composant l’environnement politique lapuissance de leur féminité. C’est bien cette agressivité et cette revendication de puissance quifont d’elles des individus virils.« La mise en scène de la virilité chez les femmes candidates à l’élection présidentielle » Lesujet soulève alors plusieurs questions : comment les matériaux traditionnels d’une campagnepolitique participent-ils à la construction d’une identité virile chez les femmes politiques?Comment expliquer le verrouillage symbolique de l’accès des femmes à la plus haute fonctionde l’Etat ? Quelles qualités la fonction de Président de la République nécessite-t-elle ? Quelsliens peut-on faire entre virilité et légitimité à prétendre à la Présidence de la République ?Quant à la presse, relaie-t-elle les messages émis par les candidates ? Cherche-t-elle àconforter ou à déconstruire les stratégies de présentation de soi élaborées par les femmespolitiques ?Pour répondre à ces questions, je poserai la problématique suivante : dans quelle mesure lesstratégies de présentation de soi des femmes politiques mettent-elles en évidence la nécessitéde paraître virile ?Cette problématique contient plusieurs hypothèses :1ère hypothèse : Des stratégies de mise en scène de soi viriles imprègnent la communicationdes femmes candidates à l’élection présidentielle française.2ème hypothèse : Ces stratégies de mise en scène de soi participent à la légitimation de lacandidature de ces femmes politiques.3ème hypothèse : La presse relaie ces stratégies de présentation de soi viriles.De manière générale, j’entends qu’il y a, chez les femmes candidates à l’électionprésidentielle, un choix conscient de paraître virile ou de souligner leurs caractéristiquesphysiques ou comportementales qui s’apparentent à la virilité. Je m’intéresserai donc à la 11
  • 12. question des moyens mis en œuvre pour aboutir à la construction d’une identité bienspécifique. La notion de présentation de soi sera analysée plus précisément en première partie.Cadres théoriquesLes cadres théoriques mobilisés afin de répondre à cette problématique sont variés. Cettequestion relève du domaine de la sociologie politique puisqu’il me faudra poser quelquesbases théoriques, tout au long de ce mémoire, relatives à la participation des femmes à la viepublique et les spécificités historiques liées à la fonction présidentielle française. Cettesociologie est manifestement dépendante du domaine de la science politique ainsi que du droitconstitutionnel, dont il me faudra également mentionner quelques principes. J’aborderaiégalement le domaine de la communication politique en entrant dans l’analyse de mon corpus,dont je détaillerai ensuite la composition.MéthodologieJ’ai choisi une méthodologie qualitative, en confrontant trois cas révélateurs de cetteprésentation virile de soi. Je déploierai pour cela des analyses d’images et de contenu, enexploitant des documents qui respectent les bornes chronologiques globales suivantes : avril2007 (début de la campagne officielle des élections présidentielles de 2007) – mai 2012 (finde la campagne des élections présidentielles de 2012). Néanmoins, la grande majorité desdocuments analysés sont issus de la campagne présidentielle de 2012, avec des borneschronologiques allant de novembre 2010 (annonce de la candidature de Ségolène Royal auxprimaires socialistes) à mai 2012 (fin de la campagne présidentielle de 2012)CorpusLes types de document qui composent mon corpus d’analyse sont les suivants : - Les clips de campagne, d’avril 2007 à avril 2012 - Les discours de candidatures des femmes politiques étudiées, de mars 2012 à juin 2012 12
  • 13. - Les affiches de campagne, d’avril 2007 à avril 2012Mon corpus se compose également de nombreux articles de presse, afin d’observer si cesstratégies de présentation de soi trouvent un relais bienveillant dans la presse, ou si aucontraire la presse entreprend de déconstruire les messages émis par les femmes politiques.Les articles sont issus des journaux suivants : Lemonde.fr, lefigaro.fr et libération.fr,Ouestfrance.fr ainsi que de deux hebdomadaires, lepoint.fr et lexpress.fr, l’un et l’autre detendance centriste, dirigés par de médiatiques directeurs de la rédaction, et ayant un importantsocle de lecteurs sur internet.Je me suis également servie d’autres journaux en ligne pour alimenter ma réflexion et marédaction. Néanmoins les articles qui seront utiles à l’analyse du traitement médiatique desfemmes étudiées seront uniquement issus des journaux précités, et dans les borneschronologiques suivantes : - Marine Le Pen: du 1er mai 2011 (annonce de sa candidature) à mai 2012. - Martine Aubry : du 26 juin 2011 (annonce de sa candidature) à octobre 2011 (fin des primaires socialistes). - Ségolène Royal : de novembre 2010 (annonce de sa candidature aux primaires socialistes) à octobre 2011, avec possibilité de puiser dans des articles datant de sa candidature à l’élection présidentielle de 2007. Néanmoins, pour des raisons d’équilibre et d’égalité de traitement, je me concentrerai davantage sur sa candidature aux primaires socialistes de 2011.La première partie de ce mémoire exposera le contexte de la condition des femmes dans la viepolitique française, tout en décrivant le concept de « présentation de soi » et en l’appliquant,du point de vie du genre, aux stratégies communicationnelles des candidates à l’électionprésidentielle choisies pour l’étude. La seconde partie sera consacrée à l’étude des notions delégitimité et de virilité en politique et à l’observation des stratégies d’autolégitimation descandidates. Enfin, la troisième partie analysera le relais ou la déconstruction de ces stratégiespar la presse à travers un corpus d’articles. 13
  • 14. 14
  • 15. Partie I – Les stratégies de présentation de soi viriles des femmes politiquesIl est nécessaire, en premier lieu, de replacer la problématique dans le contexte sociologiqueet politique actuel en ce qui concerne la place des femmes dans la vie politique. Après cetterapide contextualisation, j’étudierai plus précisément les stratégies de présentation de soi destrois femmes politiques et candidates à l’élection présidentielle choisies pour cette analyse. Jemettrai particulièrement en lumière ce qui les oppose, afin de démontrer la possible pluralitédes stratégies de présentation de soi virile.A – Les femmes et la politique en France.Cette première sous-partie a pour objectif d’éclairer la problématique en la replaçant dans lecontexte de la condition des femmes en politique, tant dans les difficultés qu’elles rencontrentque dans l’incompatibilité symbolique entre féminité et politique. Je conclurai en nuançantmon constat et en montrant quelles sont les différences de traitement des femmes politiquesselon qu’elles soient de droite ou de gauche.1 – La condition féminine en politiqueDans sa thèse9, Virginie Julliard, maître de conférences à l’Université de Compiègne avec quij’ai eu l’occasion de m’entretenir, distingue trois « ères » dans la condition des femmes enpolitique depuis les débuts de la Vème République. L’ère pré-parité, de 1958 jusqu’à la findes années 90, la « parenthèse enchantée » de la parité, de la fin des années 90 jusqu’en 2005et l’ère post-parité. Quasi-absentes de la vie politique jusque dans les années 90, à de raresexceptions, la vie politique se peuple de femmes en même temps que l’on commence àévoquer la question d’une loi sur la parité.Avant cela, les partis constituaient de véritables oligarchies masculines et la VèmeRépublique était la « République des mâles », selon une expression de Mariette Sineau10,chercheur au CEVIPOF et spécialiste de la question du genre. Elle explique l’absence des9 Emergence et trajectoire de la parité dans l’espace public médiatique (1993 — 2007), Histoire et Sémiotiqueau profit d’une étude sur le genre en politique à l’occasion du débat sur la parité soutenue le 2 décembre 2008à l’Université Paris II-Assas.10 « Les femmes politiques sous la Vème République – A la recherche d’une légitimité électorale », RevuePouvoirs, n°82, 1997, pp. 45-57 15
  • 16. femmes de la vie publique par les effets néfastes du nouveau scrutin uninominal majoritaire àdeux tours, qui empêche le renouvellement des personnalités politiques dans descirconscriptions devenues des « fiefs électoraux ». Ainsi les femmes ont dû entrer dans la viepolitique « par le haut », c’est-à-dire en étant nommées dans les cabinets ministériels, à peinesorties de l’ENA, pour ensuite se chercher un fief local, alors que le système électoral de laVème République privilégie davantage les parcours ascendants.« De fait, pour s’imposer en politique sous la Cinquième, s’intégrer à l’establishment, bref, avoir undestin national, les femmes ont dû adopter la voie de la « compétence », privilégier ce mode d’entréeen politique par rapport à la voie de l’élection ou à celle du militantisme. Pour être prestigieux, cemodèle est socialement élitiste, plus adapté aux filles de la haute bourgeoisie parisienne qu’à cellesdes classes moyennes et populaire de province. »11Ceci explique leur faible présence dans la vie publique. Mariette Sineau insiste sur le fait queles femmes sont bien souvent plus nommées qu’élues et donc en proportion moindre dans lesdiverses institutions d’une République qui favorise la légitimité électorale. Les femmes sontdonc conviées au gouvernement, mais non à la représentation.Le changement a lieu presque brutalement au milieu des années 90, lorsque le nombre dedéputés de sexe féminin dépasse le cap symbolique des 10% en 1997, quelques années aprèsque, pour la première fois, une femme, Edith Cresson, est nommée Premier ministre. C’est ausein du gouvernement que le changement se ressent le plus. Si Alain Juppé, Premier ministrede 1995 à 1997, avait amorcé ce changement en présentant un gouvernement avec un nombreinédit de femmes, la véritable révolution a lieu avec l’arrivée de Lionel Jospin au pouvoir. Eneffet, les femmes ministres de Juppé (aussi surnommées péjorativement les « jupettes »), donton déplorait l’instrumentalisation afin de faire passer des réformes impopulaires etl’affectation à des portefeuilles ministériels de moindre importance, sont rapidement limogéesquand se présentent les premiers sondages défavorables.Le Gouvernement de Lionel Jospin confie à des femmes des portefeuilles de premier ordre,comme le suivi de la réforme des 35 heures par Martine Aubry, alors Ministre de l’Emploi etde la Solidarité de 1997 à 2000. Cette même année est l’année charnière où l’on vote la loi sur11 Mariette Sineau, Profession femme politique. Sexe et pouvoir sous la Cinquième République, Presse deSciences-Po, 2001, p 153 16
  • 17. la parité qui prévoit des sanctions pour les partis ne présentant pas un nombre suffisant defemmes pour les élections au scrutin uninominal et ne respectant pas une parité totale pour lesélections au scrutin de liste. La période 2000-2005, représente une « parenthèse enchantée »,selon Virginie Julliard, durant laquelle les médias encensent les femmes politiques par desportraits élogieux et où les partis, notamment lors des élections régionales de 2004, font deleur mieux pour respecter la loi. On aboutit d’ailleurs à un résultat inédit de 47,6% de femmesélues dans les conseils régionaux cette année-là.Au milieu des années 2000, on referme la parenthèse. La loi sur la parité n’a pas engendré larévolution escomptée, puisque l’on compte, sous la XIIIème législature, environ 18,5% defemmes à l’Assemblée nationale, faisant de la France l’un des mauvais élèves de l’Europedans ce domaine. Catherine Achin note que le renouvellement de la classe politique est« marginal » et que la domination masculine, dans le domaine de la politique, s’en trouverelativement inchangée.12 On remarque que souvent, les partis préféraient payer les amendes,plutôt que de respecter les quotas prévus par la loi. Mais l’événement majeur qui marque cesannées-là, du point de vue de la question des femmes en politique, c’est la candidature deSégolène Royal à l’élection présidentielle de 2007. Ce n’est pas la première fois qu’unefemme est candidate à l’élection présidentielle, mais c’est bien la première fois qu’issue d’ungrand parti, elle a une chance de la gagner. Rivale de Nicolas Sarkozy, la campagne de 2007est une féroce bataille des genres 13, relayée dans les médias. Au-delà des aspects de quotas etde parité, c’est la première fois que la question du genre en politique, et la manière del’exploiter à des fins stratégiques, est clairement posée.2 – Virtus et Fortuna, symbolique de l’exclusion du genre féminin en politique.Le genre féminin, ou « féminité », est constitué de l’ensemble des caractères physiques,psychiques et moraux culturellement attribués aux individus de sexe féminin. Au-delà desconsidérations concrètes évoquées dans la partie précédente (faible nombre de femmes élues,système électoral défavorable…), il est à présent temps de considérer les rapports entre genreféminin et politique et leur incompatibilité symbolique. C’est la théorie de Jane Freedman,professeur à l’Université Paris 8 et au King’s College of London. Elle s’interroge, en effet, sur12 Catherine Achin, « Au-delà de la parité » Mouvements 2012/1 n° 69, pp 49-5413 Analysée par Catherine Achin et Elsa Dorlin, « Nicolas Sarkozy ou la masculinité mascarade duPrésident », Raisons Politiques, n°31, août 2008, pp. 19-46. 17
  • 18. la relative absence des femmes dans la vie politique française et anglaise. Mais alors que laplupart des chercheurs s’attardent à trouver les causalités sociologiques d’une telle mise àl’écart du politique, Jane Freedman privilégie l’approche symbolique. 14 Ainsi lesreprésentations dominantes de la féminité seraient responsables de l’exclusion des femmes dela classe politique. Il y aurait donc une non-coïncidence entre les représentations de laféminité et celles du pouvoir.Les attributs culturellement attribués au genre féminin sont nombreux et ancrés dansl’imaginaire commun. Nul besoin d’en rédiger une liste, ces caractères précis, positifs ounégatifs, qui correspondent à une vision archétypale du genre féminin, viennent facilement àl’esprit. Mais la féminité, c’est encore Pierre Bourdieu qui en parle le mieux :« Etre féminine, c’est essentiellement éviter toutes les propriétés et les pratiques qui peuventfonctionner comme des signes de virilité, et dire d’une femme de pouvoir qu’elle est très féminine n’estqu’une manière particulièrement subtile de lui dénier le droit à cet attribut proprement masculinqu’est le pouvoir. »15L’incompatibilité entre féminité et pouvoir politique semble historique : « la puissancegénitale a toujours symbolisé la puissance tout court. »16 Dès 1515, Machiavel révèle, dans LePrince, que la vertu politique, est liée à la virilité. Le terme « virtus » provient d’ailleurs de« vir » qui en latin signifie « homme ». Il oppose donc la virtus masculine, la force de l’âme,l’action « phallique » à la fortuna féminine, la nécessité extérieure, la chance (versant fémininde l’action virile).17 Dans le chapitre XXV18, il symbolise le rapport entre la virtus et lafortuna par la métaphore d’un fleuve déchainé contre une digue, la fortuna étant la nature nonmaitrisée et débridée contenue par la virtus, symbolisée par l’érection de ces digues solides etdroites. Ainsi, la vertu politique, puisqu’elle est intrinsèquement liée à l’homme, estincompatible avec les caractères de la féminité, qui sont justement définis comme étant lesaspects contraires à la virilité. Aux hommes donc, et au politique, l’action, la rigueur, ladroiture et aux femmes, l’incontrôlable, l’accidentel et le désordre. « Le masculin associé à la14 Femmes politiques : mythes et symboles, L’Harmattan, collection « Logiques politiques », 1997, recensé parManon Tremblay dans Recherches féministes, vol. 10, n°2, 1997, p 233-23615 La Domination masculine, Points Seuil «Essais », 1998, p 13616 Michel Foucault, cité par Christophe Deloire et Christophe Dubois dans Sexus Politicus, Documents J’ai Lu,2006, p 17.17 D’après Silvia Lippi, « Virilité en perte », La clinique lacanienne, 2007/1 n°12, p 203-22518 «Combien peut la fortune dans les choses humaines et comment on doit s’opposer » dans Le Prince, Le Livrede Poche, Edition de 2000, p 158 18
  • 19. virtus et le féminin à la beauté est révélateur de la dissymétrie d’image entre les deux. Le défiest donc aussi là, qui consiste à assurer la compatibilité d’image entre le féminin et lepolitique, longtemps construits comme antinomiques. »19Les femmes, historiquement exclues du monde politique, sont bien souvent restées dansl’ombre du pouvoir, sans jamais y accéder. Est-ce d’ailleurs un hasard si le français est l’unedes seules langues au monde où le terme « reine » désigne uniquement l’épouse du roi ? Pourune femme, on parlera donc de « régence » au lieu de « règne » et surtout, « d’influence » aulieu de « pouvoir ».20« La Révolution guillotine le roi, donc le père notera justement Balzac, mais si Capet est condamné àmort c’est parce qu’il a subi l’influence de l’Autrichienne et des émigrés efféminés, qu’il n’a pas été lepère que l’on attendait, qu’il n’a pas été l’homme viril que l’on espérait. »21« C’est une posture des plus traditionnelles »22 que de cantonner les femmes à l’ombre dupouvoir, avec tout cela comporte en connotation de noirceur et de manigances. Les femmesd’influence ont rarement bonne réputation : on pense à Marie-Antoinette, citée par EricZemmour, qui ne s’est pas trouvée, à la postérité, auréolée de gloire, mais également à desexemples plus récents, comme celui de Marie-France Garaud, « conseillère » de JacquesChirac et battue à l’élection présidentielle de 1981 :« J’ai fait Jacques Chirac […] Je n’ai pas eu de pouvoir : j’ai eu de l’influence » [dit-elle] en 81 dansl’émission « Cartes sur table ». S’il ne s’agit pas pour celle-ci du pouvoir de l’oreiller, sa fonction de19 Marlène Coulomb Gully dans Présidente : le grand défi – Femmes, politique et médias, Payot, 2012, p 1220 « Sous l’ancien Régime, la femme gouvernante prend les traits de la régente ou de la favorite. Longtemps, lepouvoir féminin a été perçu comme un pouvoir occulte. Il est loin d’être comparable au pouvoir légitime, réelet symbolique, puisqu’il a besoin d’un autre sujet pour être exercé, là où le véritable pouvoir s’exerce seul. Si lepouvoir de la régente est légitime, il s’exerce dans l’attente de la majorité du fils, il est donc indirect ettemporaire. Son pouvoir est souvent perçu comme une captation illégitime. Catherine et Marie de Médicis,Anne D’Autriche ont régenté la France, ce verbe a gardé de leurs passages au pouvoir sa consonance négative.Gardienne des traditions d’un règne qui n’est plus, la reine mère devient une despote malfaisante lorsqu’ellecontinue d’exercer une influence décisive sur son fils devenu roi (Catherine de Médicis). Ce pouvoir occulte estle seul que les femmes aient exercé par le passé, aussi a-t-il durablement marqué les représentations desfemmes de pouvoir et la conception que les femmes, elles-mêmes, se font du pouvoir » Virginie Julliard, thèsecitée, p 53621 Eric Zemmour dans Le Premier Sexe, J’ai Lu, 2009, p 8222 Marlène Coulomb Gully, op.cit. p 162 19
  • 20. conseillère étant parfaitement licite dans l’organigramme gouvernemental, on note cependant que laréférence au couple qu’elle a formé avec Pompidou est permanente. »23Conseillère occulte ou « favorite à la cuisse légère » – c’est ainsi que de nombreux médias,dont TF1 avec le Bêbête Show, ont caricaturé Edith Cresson – la trajectoire de la femme enpolitique, puisqu’elle est bien souvent plus nommée qu’élue, est suspecte. Peut-être leursimple présence est-elle symboliquement suspecte.3 – Les différences droite/gaucheLe constat peu optimiste de la condition des femmes en politique doit être nuancé et observé àtravers le prisme des clivages partisans qui composent le paysage politique français. Lagauche semble être plus ouverte à la question de la féminisation de la vie politique et de laparité que la droite, une droite plus conservatrice, plus patriarcale, même, selon MarlèneCoulomb Gully, qui cite alors Huguette Bourchardeau, ancienne députée socialiste, parlantdes candidats RPR à l’élection présidentielle : «Tous les candidats adoptent le style du père,c’est à qui aura le style le plus gaullien. »24 C’est d’ailleurs sous un gouvernement de gauche,qu’en 2000, est votée la loi sur la parité. Une étude montre par ailleurs que le Conseil nationalet le Secrétariat national du Parti Socialiste (ensemble des organes législatifs et exécutifs duparti) comptait environ 40% de femmes en 2003, contre environ 19% pour l’UMP, à la mêmeépoque et au sein des mêmes structures.25Le féminisme a également plus pénétré les structures partisanes de la gauche, surtout depuismai 1968 qui a vu s’associer marxisme et féminisme, par exemple dans le combat pourl’IVG.26 Selon Mariette Sineau, la gauche serait ainsi plus sensible à la condition desfemmes :« […] l’idéologie de gauche, qui a pour principe général de prôner l’égalité – entre les classes commeentre les sexes – incite les femmes à reconnaitre (et condamner) les injustices politiques dont ellessont victimes. Au contraire, l’idéologie de droite, qui s’accommode mieux de certaines formesd’inégalités, qu’elles soient dites « naturelles » ou sociales, n’est guère propice à une prise de23 Marlène Coulomb Gully, op.cit. p 8724 Marlène Coulomb Gully, op.cit. p 7925 Etude citée par Catherine Achin et Sandrine Lévêque dans Femmes en politique, Coll. La Découverte –Repères, p 52.26 Catherine Achin et Sandrine Lévêque, op.cit, pp 40-41 20
  • 21. conscience féministe. On pourrait dire que les femmes parlementaires de droite « consentent » à ladomination (et à l’ordre traditionnel des genres), en niant subir des discriminations dans leur propreparcours politique. »27Elle insiste d’ailleurs sur le fait que les femmes de gauche sont plus sensibles aux théories duféminisme que les hommes de gauche, alors qu’il existe un relatif consensus sur le rejet de laquestion à droite, hommes et femmes confondus.Malgré l’écriture très engagée politiquement de Mariette Sineau, on distingue tout de mêmeque, si la question des différences genrées, avec la promotion de politique de discriminationpositive est très prégnante à gauche, l’apparent consensus sur la question, à droite, ne signifiepar pour autant un désir d’exclusion des femmes politiques et l’attachement à une visionstéréotype de la hiérarchie des genres. Après tout, l’UMP, autrefois RPR, a élu une Présidentebien avant le Parti Socialiste. Il s’agit de Michèle Alliot-Marie, en 1999. J’ai pu m’entreteniravec un responsable, qui a préféré rester anonyme, du Pôle Conseil d’une grande agence decommunication publique. Dans notre entretien informel, nous avons évoqué Michèle Alliot-Marie :« Avant [la loi sur la parité], il y avait des femmes en politique, mais elles n’avaient pas comprisqu’elles pourraient apporter quelques chose de complémentaire, de différent des hommes. Ellesavaient vraiment tendance à masquer leur féminité. Je me rappelle des femmes du courant « FemmesAvenir » au sein du RPR. On disait vraiment que c’était des hommes déguisés en femmes. Ou desfemmes déguisées en hommes. On ne savait pas très bien. La femme emblématique du RPR, c’estMichèle Alliot-Marie. Tout est dit ! Quand elle a été élue à la tête du RPR, c’était un immense pas enavant. Mais bon, c’est tout de même une femme martiale, militaire, masculine en fait. »Ainsi, droite et gauche ont leur propre approche du genre en politique, qu’il s’agit de ne pasdécrire grossièrement. Si la gauche est plus sensible aux questions féministes et promeutl’expression des genres, elle souligne se faisant la différence des genres et donc leur inégalité.L’expression exacerbée du genre féminin peut également être néfaste en politique, comme jele développerai par la suite. La droite peut effectivement être étiquetée de conservatrice,notamment sur la question de la parité, mais elle soutient une égalité des genres, incarnée parexemple par la figure ambiguë de Michèle Alliot-Marie, qui peut être un symbole positif.27 Mariette Sineau, op.cit. p 254 21
  • 22. Les deux perspectives, celle de Mariette Sineau et celle que je lui oppose, nuancent le constatpessimiste de la condition des femmes en politique. Malgré des résultats relativementmédiocres du point de vue de la parité et de l’inclusion symbolique des femmes dans lechamp politique, le domaine de la vie publique semble au moins ouvert au débat sur laquestion du genre. Un débat qui ne semble pas prêt de se clore.B - La présentation de soi des femmes politiquesIl s’agira ici de présenter les femmes politiques dont je vais plus précisément étudier lesstratégies de présentation de soi, tout en éclaircissant cette dernière notion. J’analyseraiensuite les différentes façons qu’elles ont d’exploiter – ou de contenir – leur féminité dansleur communication.1- La présentation de soiPar l’emploi de la tournure « présentation de soi », j’entends m’inspirer des travaux d’ErvingGoffman et j’avance que toute prise de parole, déplacement ou activité publique des femmespolitiques pendant la campagne présidentielle, intense moment d’expression politique, fontpartie d’une plus large stratégie de communication, élaborée en amont et pendant lacampagne, qui serait la bonne mise en scène de soi, c’est-à-dire la capacité à donner à autruil’expression de soi-même que l’on a intérêt à susciter.28 La métaphore théâtrale filée tout aulong de l’ouvrage d’Erving Goffman semble trouver une résonnance dans l’analyse de lacommunication des femmes politiques en campagne présidentielle puisqu’il s’agit bien pourelles d’incarner des identités stratégiques29 – je n’irai pas jusqu’à parler de « rôles » pour nepas tomber dans des considérations psychologiques. Ces identités stratégiques, ce sont cellesqu’elles ont intérêt à incarner à des fins électorales.28 D’après Erving Goffman, La Mise en scène de la vie quotidienne, Les Editions de Minuit, 1973, p 1229 D’après la théorie d’Annie Collovald dans Identité(s) stratégique(s), Actes de la recherche en sciences sociales.Vol. 73, juin 1988. Penser la politique-2. pp. 29-40. 22
  • 23. Je n’étudierai ces présentations de soi30 que du point de vue du genre.31 En effet, avec laparité, certains universitaires ont déterminé que la féminité ou la virilité pouvaient être desressources mobilisables en politique. Alors que jusque-là, le genre des hommes et des femmespolitiques apparaissaient comme des attributs « naturels », la loi sur la parité a été l’occasionde démontrer qu’il s’agissait de capitaux politiques comme les autres, à exploiter dans desstratégies de communication.32J’ai donc choisi trois femmes politiques et candidates à l’élection présidentielle – par le biaisde primaires, pour deux d’entre elles – selon un critère que j’ai développé en introduction, àsavoir la coïncidence des identités genrées stratégiques de ces femmes à la typologie deCatherine Achin et Elsa Dorlin des femmes en politique33.Ségolène Royal correspond ainsi, selon moi, à la catégorie des « femmes viriles », dont laféminité constitue une arme pour affronter les hommes politiques sur leur propre terrain. Lavirilité se trouve alors dans l’exacerbation et l’agressivité du genre. Née le 22 septembre1953, Ségolène Royal est diplômée de l’IEP de Paris, de l’Université Nancy-II et de l’ENA.Elle devient juge administrative et avocate. Issue d’une famille nombreuse et catholique, ledivorce de ses parents entraînera une rupture entre la fille et le père, militaire de haut grade.Elle se met en concubinage avec son camarade de promotion à l’ENA, François Hollande, etl’annonce de leur séparation, retentissante, aura lieu le jour du second tour de l’électionprésidentielle de 2007. Remarquée par Jacques Attali, elle devient chargée de mission àl’Elysée puis, de 1983 à 1988, conseillère de François Mitterrand dans le domaine des affaires30 Je rapprocherai mon analyse de celle opérée par Catherine Achin lors de la campagne présidentielle de2007 : « La campagne de 2007 et la lutte entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont ainsi permis de travaillersur les « identités stratégiques » des deux candidats. Il s’agit là d’analyser le travail de présentation de soi et laconstruction des images des candidats par l’interaction avec d’autres acteurs de l’espace politique, comme lesjournalistes, les sondeurs et les autres candidat-e-s. […] L’usage de la masculinité dans sa version exacerbée etmise en scène, la virilité, constitue une ressource d’action tout aussi disponible, même si ces capitaux corporelsidentitaires n’ont pas la même valeur lorsqu’ils sont mobilisés par les femmes et par les hommes. » CatherineAchin « Femmes et hommes en politique ; comprendre la différence. » publié sur le site de Médiapart le10.03.201231 Marlène Coulomb Gully, op.cit. p 13: “ l’argument de genre est partie prenante de ces stratégies deprésentation de soi, et l’on verra qu’entre la neutralisation active de sa féminité par Arlette Laguiller etl’incarnation qualifiée de féminine d’une Christiane Taubira, par exemple, se déploie tout un spectre depossibilités, chaque candidate jouant sa partition de façon spécifique. »32 Catherine Achin « Femmes et hommes en politique ; comprendre la différence. » publié sur le site deMédiapart le 10.03.201233 Dans « Nicolas Sarkozy ou la masculinité mascarade du Président », Raisons politiques, 2008/3 n° 31, p. 19-45. La typologie qu’elles développent est sensiblement la même que celle de Jane Freedman, d’après monentretien avec Virginie Julliard. 23
  • 24. sociales et de l’environnement. Après un échec aux municipales en 1983 dans le Calvados,elle cherche à nouveau une implantation locale.Le jour de la seconde investiture de François Mitterrand en tant que Président de laRépublique, elle va publiquement lui demander une circonscription, que celui-ci lui accorde.Ce sera la seconde circonscription des Deux-Sèvres, réputée ingagnable par la gauche.Jusqu’ici, le parcours de Ségolène Royal correspond en tout point au schéma de la trajectoiredes femmes en politique de Mariette Sineau évoqué dans la précédente partie. Découverte parun homme, elle est nommée par un homme puis accompagnée dans son ancrage local…par unhomme. Néanmoins, après une vigoureuse campagne, elle remporte la circonscription. De1992 à 1993, elle devient ministre de l’Environnement sous le Gouvernement Bérégovoy. De1997 à 2000, sous le Gouvernement Jospin, elle obtient le portefeuille de l’Enseignementscolaire, puis celui de la Famille et de l’Enfance. Elle accède à la Présidence de la régionPoitou-Charentes en 2004 mais est surtout investie par le Parti Socialiste, trois ans plus tard,pour être candidate à l’élection présidentielle de 2007, à laquelle elle échoue. Elle seraégalement candidate malheureuse au Congrès de Reims, en 2008, pour la Présidence du parti,ainsi qu’aux primaires socialistes en 2011.Martine Aubry, elle, correspond davantage à la catégorie « femmes-hommes » politiques, àl’identité genrée trouble, d’après la typologie de Catherine Achin et d’Elsa Dorlin. Née le 8août 1950, elle est la fille de Jacques Delors, ministre des Finances de 1981 à 1985 puisPrésident de la Commission Européenne de 1985 à 1995 qui jouit toujours d’une excellenteréputation. Diplômée d’Assas, de l’IEP de Paris et de l’ENA, elle est haut fonctionnaire auministère du Travail puis au Conseil d’Etat. Elle évolue par la suite dans divers ministèressous Mitterrand, presque toujours à l’Emploi à des postes techniques. En 1991, elle estnommée ministre du Travail sous Edith Cresson, jusqu’en 1993, ayant été reconduite parPierre Bérégovoy.Pierre Mauroy, ancien Premier ministre et maire de Lille, lui propose alors un ancrage local.Son parcours est ainsi sensiblement similaire à celui de Ségolène Royal, à l’exception de leursthématiques de prédilection qui sont bien différentes, et j’aurai l’occasion d’en reparler. Elledevient donc, grâce à un homme, maire adjointe d’une importante ville. Elle est également leporte-parole de la campagne de Lionel Jospin en 1995, après que son père, Jacques Delors, aitrenoncé à l’investiture. En 1997, à la suite de la « vague rose », elle est élue députée dans la 24
  • 25. cinquième circonscription du Nord, puis, rapidement, se voit confiée la place de numéro deuxdu Gouvernement par Lionel Jospin, avec le portefeuille de l’Emploi et de la Solidarité. Elledémissionne en 2000 pour briguer la mairie de Lille, à laquelle elle est élue un an plus tard,pour se voir néanmoins battue à la députation en 2002. Elle se consacre dès lors pleinement àson mandat de maire. En 2008, elle est élue Première Secrétaire du Parti Socialiste, à l’issuedu Congrès de Reims. Candidate aux primaires socialistes, elle échoue au second tour face àFrançois Hollande.Marine Le Pen, elle, semble osciller en permanence entre les deux catégories de femmespolitiques décrites par Catherine Achin et Elsa Dorlin, comme je l’expliquerai par la suite.Son parcours est résolument atypique par rapport aux deux précédentes candidates,puisqu’elle n’est pas diplômée d’une grande école et qu’elle entame un parcours politiquetraditionnel, ascendant plutôt que descendant. Néanmoins, le rôle du père est capital dans sondestin politique, comme pour Martine Aubry, toute proportion gardée. Née le 5 août 1968,elle est la benjamine des trois filles de Jean-Marie Le Pen, que l’on ne présente pas. Diplôméed’Assas, elle devient avocate. Elle se marie deux fois à des cadres du parti. Son compagnonactuel, Louis Aliot, est vice-président du Front National. En 1993, elle se présente auxélections législatives dans la 16e circonscription de Paris, dans laquelle elle obtient le score de11% au premier tour. Cinq ans plus tard, elle est élue au Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais.En 2000, elle prend la tête de l’association « Génération Le Pen » contre Bruno Gollnisch, sonbut assumé étant la dédiabolisation du parti. En 2002, elle échoue au second tour des électionslégislatives à Lens mais se retrouve tête de liste, deux ans plus tard pour les électionseuropéennes, et obtient un siège au Parlement européen, qu’elle gardera en 2009. En 2007,son père la nomme vice-présidente du FN après que Bruno Gollnisch a remporté les électionsdu comité central. Elle devient directrice stratégique de la campagne de son père pour lesélections présidentielles de 2007. Malgré le faible score du FN à cette élection, Marine Le Penest l’une des rares cadres à obtenir un score satisfaisant aux élections législatives qui suivent,même s’il ne lui permet pas de gagner un siège à l’Assemblée nationale. En 2011, elleannonce son souhait de succéder à son père à la tête du parti, contre Bruno Gollnisch. Malgrél’opposition de certains cadres et des organes de presse d’extrême droite, elle est éluePrésidente du FN avec 67,65% des voix. Candidate à l’élection présidentielle de 2012, elleobtient 18% des suffrages au premier tour. 25
  • 26. Ces trois courtes biographies montrent que le parcours des trois femmes correspond àl’archétype des trajectoires féminines en politique – avec une réserve pour Marine Le Pen. Laplace des hommes, et notamment du père, même s’il s’agit de pères de substitution pourSégolène Royal, est fondamentale dans le succès de leurs carrières politiques. Façonnées parles hommes politiques, ces femmes en ont-elles adopté les caractères, par stratégie oumimétisme ?2 – Le genre mis en scène visuellement: analyse des affiches de campagne« Tonalité de la voix, posture et gestuelle des principaux candidats sont pensées et travailléesdans les moindres détails. »34Scrutées par les médias et les électeurs, les femmes politiques soignent leur apparence,d’autant plus qu’elles savent que, puisque ce sont des femmes, on prêtera plus d’attention àleur aspect physique35 et que surtout, on sera intransigeant, comme l’exprime MarlèneCoulomb Gully au sujet d’une ancienne candidate à l’élection présidentielle, HuguetteBouchardeau:« Ce retour permanent sur son physique et le handicap qu’il constitue pour sa carrière soulignent lacontrainte forte et ambiguë de l’apparence physique pour les femmes politiques. Belles, elles sontsoupçonnées d’avoir usé de leurs charmes ; laides, elles sont dénigrées. Les femmes sont toujours« trop » belles ou « trop » laides, probablement parce qu’elles sont toujours de trop dans cet universmasculin. »Etre trop belle, on l’a justement reproché à Ségolène Royal. « Une élection présidentiellen’est pas un concours de beauté ! » dira-t-on de sa candidature36. La séduction des femmesdans la vie politique est immédiatement connotée. En 2007, Ségolène Royal a pourtant subide nombreuses transformations physiques visant à la rendre plus séduisante37. Femme34 Virginie Julliard, op.cit., p 52235 « L’image corporelle reste plus au cœur des représentations des femmes politiques que de celles deshommes politiques. Même dans l’espace public, cette image du corps féminin est privatisée, tantôt à lasexualité, tantôt à la maternité. » Jane Freedman, Manon Tremblay, op.cit. p 23436 Une « gauloiserie » de Jean-Luc Mélenchon, en 2005.37 « Une opération de chirurgie faciale a arrondi et affiné le bas de son visage ; les lunettes qu’elle portait à uneépoque ont disparu, rendant plus visible le bleu de ses yeux ; des cheveux plus courts au brushing souple ont 26
  • 27. politique « féminine », sa rivale, pendant les primaires socialistes, peut apparaître comme sonantithèse. Martine Aubry, au sourire renfrogné, fait ainsi preuve de moins de « disponibilitéféminine anthropologique »38 et donc d’une moindre volonté de séduire. D’une structurecorporelle plus imposante alors que sa rivale est plus gracile, Martine Aubry correspondobjectivement à la catégorie des « femmes-homme » dans laquelle Catherine Achin classeMargaret Thatcher et Jane Freedman, l’impressionnante Golda Meir39. Quant à Marine LePen, au sourire plus féroce que rayonnant et à la voix rauque et virile d’une fumeuse, elleoscille entre les deux catégories, puisqu’elle se rapproche de la femme politique séductricepar sa blondeur soigneusement entretenue et ses changements vestimentaires méticuleusementdécortiqués par la presse, comme j’aurai l’occasion d’en reparler.Pour mieux cerner la façon dont les candidates expriment leur genre et se servent – ou non –de leur féminité, j’ai choisi de comparer leurs présentations de soi genrées sur leurs affichesde campagne. L’affiche de campagne a en effet l’intérêt d’être un pur produit de présentationde soi, peu brouillé par des messages programmatiques plus complexes et moins personnels. Ils’agit donc de se présenter aux électeurs et de laisser une forte impression, uniquement grâceà des signes corporels, au sens barthésien du terme. J’ai donc analysé ces affiches à travers leprisme du genre.remplacé les serre-têtes et autres queue-de-cheval qu’elle affectionnait auparavant. Ségolène Royal a choisi,pour cette campagne, de se conformer aux critères de beauté valorisés par la norme contemporaine. Enfin,où Nicolas Sarkozy apparaît dur (« brutal » disent ses détracteurs), Ségolène Royal use désormais de sonsourire comme d’une arme stratégique. […] le sourire de la candidate confirme son inscription dans le genre,de même que les métamorphoses physiques qu’on a observées et qui en ont fait une incarnation de laféminité. » Marlène Coulomb Gully, op.cit. p 23738 Selon l’heureuse formule de Marie-Joseph Bertini dans « Marie-Joseph Bertini, Femmes : le pouvoirimpossible » Questions de communication, 14, 2008, pp 328-33039 Selon Virginie Julliard, lors de notre entretien 27
  • 28. - Martine Aubry : une virilité soulignée Pour son affiche de campagne lors des primaires socialistes de 2011, Martine Aubry a choisi un fond bleu, dénué du logo du Parti Socialiste. Si ce choix semble avant tout politique (le rouge n’aurait pas été assez saillant pour une candidate issu du parti dont c’est la couleur officielle), il n’est pas dénué de signification. En effet, le bleu, couleur froide, est la couleur du masculin par excellence. Si ce postulat binaire (bleu pour les garçons, rouge ou rose pour les filles) semble être banal, il est pourtant fortement ancré dans la culture populaire, et ce, depuis la fin du Moyen-âge, selon l’historien Michel Pastoureau40. Lebleu sert ainsi à représenter le calme et le stoïcisme viril, contre le rouge, qui connotedavantage l’excitation voire l’hystérie féminine.Le choix de la pose de la candidate est également très significatif. C’est l’une des raresaffiches de la présidentielle 2012 où le ou la candidat(e) est intégralement de face. Une poserare pour une personne de sexe féminin car, de manière générale, les femmes sontreprésentées de façon désaxée, le buste orienté différemment de la direction du regard. Cetteiconographie, selon Michel Pastoureau, a déjà cours au Moyen-âge durant lequel le féminin sereprésente par des corps désaxés, signe de folie. Une iconographie qui est ancrée dans lesmentalités et qui est toujours influente aujourd’hui, à en juger par les représentations de lafemme dans les affiches publicitaires, notamment pour les cosmétiques.Sur cette affiche, la candidate affronte donc directement le vote des électeurs, une attitudeexclusivement virile41 mise en abyme dans le choix de la pose. Son sourire fermé connoteégalement une attitude virile qui s’oppose à l’éclat d’un sourire ouvert, traditionnellementplus féminin. La coupe de cheveux est à mi-chemin entre le masculin et le féminin, rappelantles chanteurs efféminées des années 70, soulignant encore une fois l’apparence trouble du40 La Couleur de nos souvenirs, chez Seuil, 201041 Selon Pierre Bourdieu dans La domination masculine, op.cit , p 33: « [En Kabylie], les usages publics et actifsde la partie haute, masculine du corps – faire front, affronter, faire face, regarder au visage, dans les yeux,prendre la parole publiquement – sont le monopole des hommes ; la femme qui, en Kabylie, se tient à l’écartdes lieux publics, doit en quelque sorte renoncer à faire un usage public de son regard (elle marche en publicles yeux baissés vers les pieds). » 28
  • 29. genre de la candidate. L’unique touche de féminité réside dans la couleur choisie pour laveste, le rose. Mais cet aspect féminin de la veste est annulé par la coupe résolument neutre dela veste de tailleur.L’élément le plus intéressant de cette affiche est le choix de la mise en scène du second plande la photo. On y aperçoit distinctement trois corps d’homme tronqués, de face et de dos.Homme parmi les hommes, le visage de la candidate masque le visage de celui qui se trouvederrière elle, créant ainsi une figure mi-homme mi-femme qui correspond tout à fait à lacatégorie de femme virile dans laquelle j’ai choisi de la ranger. Le premier homme qui se tientderrière elle porte un costume et le cordon d’un badge, symbolisant ainsi le travail et laréussite, tandis que le second, dont on n’apercevoit que l’épaule, arbore une veste de jogging,qui connote l’univers compétitif et viril du sport. « Soutenue » picturalement par ces deuxsymboles, la candidate incarne la réussite masculine et le pouvoir. - Ségolène Royal : le sur-jeu de la féminité La première affiche de Ségolène Royal pour les élections présidentielles de 2007, qui ne sera finalement pas retenue, la montre au milieu et au second plan d’une foule de personnes qui l’entoure. Contrairement à Martine Aubry, le sourire de Ségolène Royal est ouvert et elle ne regarde pas l’objectif. Sur cette photo, la candidate est au centre des attentions et est exclusivement entourée d’hommes qui la regardent, ce qui connote une féminité presque magnétique, qui a un fort pouvoir sexuel sur les hommes ; une féminité virile, en somme. Le choix du nom en police rose vient souligner lesur-jeu de féminité qui règne dans cette affiche. On notera également le choix de l’italiquepour la police, qui évoque le corps désaxé dont je parlais auparavant, mais également lasoumission féminine, arme sexuelle redoutable, la flexibilité, la souplesse, contre le caractèrefranc, affirmé et implacable d’une police droite, comme celle utilisé par Martine Aubry. Onnote que le choix de l’italique sera conservé pour toutes les affiches de Ségolène Royal pourla campagne de 2007. 29
  • 30. Il s’agit ici de l’affiche officielle pour le premier tour de l’élection présidentielle de 2007. Le positionnement de Ségolène Royal semble alors clair et elle mise sémiologiquement tout sur sa féminité exacerbée. Son visage, légèrement orienté de trois-quarts et épuré par le choix du noir et blanc évoque la délicatesse et la sensualité d’un mannequin. Sa peau d’une blancheur virginale évoque la vertu féminine de la chasteté. Malgré le fait qu’elle regarde l’objectif, son regard semble perdu dans une rêverie, une attitude culturellement définie comme féminine. Le visageest encadré de rouge, couleur du sentiment et de l’excitation, comme je l’ai déjà mentionné, etle slogan mérite que l’on s’y attarde puisqu’il est tout à fait égocentré. Ségolène Royal, qui,sur cette photo, incarne la quintessence de la femme désirable, lisse de tout défaut, choisitsémantiquement de ne faire qu’une avec « la » France et semble faire de son sexe le principalargument de sa campagne. Cette affiche est celle du second tour de l’élection présidentielle de 2007. Ségolène Royal conserve le même argument : la France présidente, c’est elle. Cependant, elle nuance les signes apparents de sa féminité, certainement pour se donner une image plus rigoureuse face à Nicolas Sarkozy. Elle s’attribue d’ailleurs la couleur de son adversaire, le bleu de l’UMP. Si cette affiche semble plus « institutionnelle », avec le choix de la couleur qui vient réincarner une femme quasi-immatérielle sur l’affiche précédente, elle conserve les principaux éléments d’une féminité soulignée. Le sourire est ouvert et éclatant et le blanc, symbolede la chasteté et de la fragilité, reste la couleur prédominante. 30
  • 31. Cette affiche est celle de Ségolène Royal pour les primaires socialistes de 2012. A première vue, la candidate semble avoir conservé son principal argument de campagne, c’est-à-dire sa féminité qui lui permet d’être la France personnifiée. Cela semble d’abord évident dans son slogan de campagne, qui use du même artifice qu’en 2007, c’est-à-dire associer « la France » à une photo de Ségolène Royal pour que l’unese fonde symboliquement dans l’autre. Ici, cet artifice sémantique prend une forme visuelle,car l’affiche reprend les codes graphiques du timbre postal de la République française (lerouge mêlé de blanc), faisant de Ségolène Royal une nouvelle Marianne. Elle adopte la mêmepose que la représentation de ladite Marianne sur le timbre, c’est-à-dire de profil ou de trois-quarts, selon les années, le visage tourné vers l’horizon.Une différence est notable, néanmoins, par rapport à 2007 : la présence de termes appartenantaux champs lexicaux de la force et de la justice, thèmes virils, et j’y reviendrai. On peut déjàentrevoir l’un des aspects du changement de stratégie de Ségolène Royal entre 2007 et 2012.Si son image purement physique a peu changé, cette affiche annonce un changement dans lecontenu de son discours.La candidate affiche ici un sourire éclatant, redoublant de féminité par rapport à uneMarianne souvent renfrognée sur les timbres. Ce désir d’incarner la figure allégorique de laRépublique française, symbole à la fois de féminité et de patriotisme, mais aussi d’érotismevirginal, semble être entièrement assumé sur cette affiche. Le choix de l’icône est significatifpuisque Marianne semble être la figure de la féminité française la plus sexuellementagressive, à l’opposé de la pure Jeanne d’Arc, par exemple. Marianne était, pour lesmonarchistes du XIXème et le XXème, le symbole de la prostituée. A mi-chemin entre lafemme sensuelle et la mère nourricière, elle est souvent représentée seins nue, comme dans lecélèbre tableau d’Eugène Delacroix, La liberté guidant le peuple. C’est donc à cette figure àla sexualité clairement accentuée que Ségolène Royal s’identifie, comptant sur son fortpouvoir de séduction pour « contraindre » les électeurs.L’affiche évoque également les muses du Pop Art immortalisées par Andy Warhol,séductrices (Marilyn Monroe, Brigitte Bardot), respectables et autoritaires (Jackie Kennedy) 31
  • 32. voire provocatrice (Liza Minnelli) mais toutes puissantes dans leurs domaines respectifs. Au-delà de la sensualité féminine, c’est bien la puissance virile d’une séduction active qui estexprimée en creux dans cette affiche. - Marine Le Pen : une séduction travailléeLa seconde affiche est l’affiche officielle de la campagne de Marine Le Pen 2012. Lapremière est une ébauche et le projet a du être abandonné, certainement à cause del’utilisation des couleurs tricolores du drapeau français, dont l’usage à des fins publicitairesest très réglementé. Elle vaut néanmoins d’être analysée. Héritière du père, femme d’extrêmedroite à la rhétorique dure et agressive, Marine Le Pen, sous certains aspects, mériterait d’êtreclassée dans la catégorie des femmes-homme à l’identité ambiguë. Cependant, la candidateoscille entre les deux catégories et joue de sa féminité pour affirmer le caractère unique de sonidentité et se détacher politiquement du lourd héritage de son père, comme je l’expliquerai parla suite. Elle parvient donc à effectuer un redoutable équilibre entre sa rigueur, sa rugositépolitique et sa féminité accentuée.Dans ce sens, son physique est son principal atout, sa blondeur et son regard azur, mis envaleur dans cette affiche, étant ses deux armes privilégiées pour affirmer sa qualité de femmedans le microcosme exclusivement masculin qu’est l’extrême droite. Sa féminité lui permetainsi de sortir du carcan du candidat stéréotype de l’extrême droite, qui parvient rarement àrassembler au-delà de son propre camp dans les urnes. Sur ces affiches, l’usage de saféminité est manifeste, notamment dans la première, où le regard est franc comme celui de 32
  • 33. Martine Aubry, mais également séducteur, et où la pose évoque celle des stars de cinéma,allongées et soumises à la caméra, l’œil métonymique de l’homme.Le « Oui ! » saillant de son slogan évoque au choix le cri d’orgasme ou la soumission tacitede l’acceptation de la demande en mariage. L’utilisation du terme « La France » rapprocheces affiches de celles de Ségolène Royal ; mais le nom de la candidate n’est pas mentionné etsa blondeur se fond dans le blanc du drapeau tricolore. Elle aussi semble ne vouloir fairequ’une avec la France et utilise ainsi son sexe comme argument de campagne.La seconde affiche est plus institutionnelle et moins provocatrice sexuellement. On pourrait larapprocher de celle de Martine Aubry, ce qui montre l’oscillation permanente de Marine LePen entre les deux catégories de femmes politiques viriles. Elle fait également face à l’objectifet son sourire est fermé. Son slogan, dénué de l’exclamation exaltée, semble plus nuancé et lenom de la candidate apparaît désormais sur l’affiche. Femme séductrice, elle a troqué le noircontre le bleu marine de la première affiche et devient ici femme-homme de pouvoir.Ces différentes façons de mettre en scène son image, s’opposant parfois et se recoupantsouvent, montre la largeur de la palette des stratégies de présentation de soi des femmespolitiques du point de vue du genre. Les différentes mises en scène visuelles d’elles-mêmesque j’ai pu mettre en évidence, montrent que des stratégies de présentation de soi genréeimprègnent bel et bien la communication politique de ces candidates. Toutes ont choisi detravailler leur image du point de vue du genre. Martine Aubry a fait le choix de souligner savirilité, pour évoquer l’univers du pouvoir et de la réussite. Ségolène Royal sur-joue saféminité pour personnifier la France et tacher ainsi d’en être la meilleure représentante. Quantà Marine Le Pen, elle se montre séductrice, cassant ainsi les codes rigoureux de sa famillepolitique et créant une certaine surprise.Au-delà de l’expression physique du genre, présentée dans les affiches de campagne, et sanspour autant cesser d’analyser les stratégies visuelles des candidates, je vais développerl’aspect plus discursif de leurs stratégies de mise en scène de soi genrées. 33
  • 34. C – Les différences de stratégies de mise en scène de soiCette partie a pour objet de mettre en lumière les différences de stratégies de présentation desoi genrées, à travers l’analyse des clips de campagnes et des discours de candidatures deMarine Le Pen, Ségolène Royal et Martine Aubry.Les discours de candidature servent principalement, comme le nom l’indique, à annoncer unecandidature à une quelconque élection ainsi que l’ébauche d’un programme. Mais le ou lacandidat(e) s’en sert souvent pour se faire connaitre aux yeux de ses concitoyens : c’est doncun texte aussi personnel que politique.Le clip de campagne est également un exercice assez traditionnel. En un laps de tempsimparti, les candidat(e)s doivent se présenter, ainsi que leurs programmes, aux citoyens.J’aimerais ajouter quelques précisions : si Marine Le Pen a réalisé son clip dans l’optique dele faire diffuser à la télévision, et à destination de tous les citoyens, celui de Martine Aubryn’est pas sorti du cadre de la campagne des primaires socialistes, puisqu’elle n’a pas étéfinalement investie par son parti. Au-delà de cette distinction, il existe peu de différencesentre l’exercice réalisé au niveau national et l’exercice restreint au contexte de primairesinternes : les exigences sont les mêmes. Quant à Ségolène Royal, il semble qu’elle n’ait pasvoulu réaliser de clip pour la campagne des primaires socialistes. C’est pour cela que j’aianalysé, de manière plus succincte, son premier clip de campagne de 2007, en gardant àl’esprit le changement de stratégie de la candidate d’une élection à l’autre. A des fins decomparaison, l’analyse du clip de 2007 s’est tout de même avérée intéressante.1 – La neutralité de Martine Aubry contre l’oscillation de Marine Le PenOn aurait tort, a priori, de classer Martine Aubry et Marine Le Pen dans la même catégoriedes « femmes-homme » viriles, même si cela semble tentant. Influencée par l’aspect physiqueet l’accent autoritaire de Martine Aubry, comme par la rude rhétorique d’extrême droite – quel’on a rarement entendue dans la bouche d’une femme – ainsi que par la voix gouailleuse deMarine Le Pen, je les aurais sans doute classées dans la même catégorie. Et pourtant, après lespremières conclusions de l’analyse des affiches de campagne, j’ai confirmé mon hypothèse endécryptant les discours et les clips, c’est-à-dire qu’il serait au contraire pertinent de lesdifférencier. 34
  • 35. Ce qui prime en effet, chez Martine Aubry, c’est une rigoureuse mise en scène de la neutralitégenrée, c’est-à-dire le choix de faire le non-choix entre présentation de soi virile et usage deses caractères féminins. C’est ce que l’on observe dans son discours de candidature, tant entermes de dispositifs scéniques que d’effets linguistiques.Sobre face à ses militants, elle est seule devant la caméra, se détachant sur un fond gris bleu etvêtue d’une veste noire sur une chemise blanche. Aucun signe distinctif de féminité, ni devirilité mise en scène, malgré la masculinité reconnue des traits physiques et de la carrure dela candidate.Des trois candidates, elle est la seule à évoquer, dans son discours, son engagement pourl’égalité des droits des hommes et des femmes : «L’égalité des droits, et d’abord entre lesfemmes et les hommes, doit enfin devenir une réalité. » Sans s’y inclure, elle énoncesimplement cette proposition. Sa neutralité mise en scène lui permettrait ainsi de faire ce typede proposition, sans que cela entre en contradiction avec une stratégie fondée sur la mise enscène d’un genre en particulier. D’ailleurs, qu’est ce que l’égalité homme-femme sinon lavolonté de négation des différences de genre, et donc un effort de neutralité ?Le clip de campagne de Martine Aubry dure 1 minute et 48 secondes et présente enintroduction le slogan de la candidate, « La volonté du changement ». C’est un slogansémantiquement neutre du point de vue qui m’intéresse, bien loin des slogans fortement 35
  • 36. personnifiés de Ségolène Royal qui montraient l’usage primordial de son genre commeargument politique.Le clip débute sur quelques accents d’une guitare rock qui préludent à une chanson « pop-rock ambiante » qui donne du dynamisme à l’ensemble. La candidate est montrée debout surune estrade – des images très habituelles et très sobres d’un meeting politique sans fastesapparents -, vêtue de sa sempiternelle veste de tailleur noire sur chemise blanche.Le clip est monté de façon thématique, déclinant les divers thèmes de campagne de lacandidate, qui s’inscrivent sur un fond de couleur et sont ensuite illustrés par un extrait dediscours sur le sujet. L’ensemble est très technique et le programme politique l’emporte sur laprésentation de soi. Comme lors du discours de candidature, les thématiques avancées 42, parleur diversité, ne permettent pas d’analyser le choix de la candidate du point de vue de la miseen scène du genre. Les thèmes culturellement plus « féminins » (l’accès à la culture, lacréation d’un pacte éducatif, l’écologie) s’entremêlent sans hiérarchie aux thèmes connotésplus « virils » (les banques d’investissement, la police de proximité).On remarque d’ailleurs, sur les huit thèmes ainsi abordés, un savant équilibre qui fait quedeux thèmes qui se suivent alternent connotations viriles et féminines. Ainsi, « créer unebanque publique d’investissement » précède « instaurer un nouveau pacte éducatif » et« autoriser le mariage pour tous » succède à « rétablir une police de proximité ». Cet équilibreordonné contribue à l’effort de neutralité récurrent chez cette candidate.Un extrait se révèle plus saillant que les autres. Martine Aubry annonce vouloir « combattrel’extrême droite » sur un ton aussi belliqueux que viril. Elle ajoute suite à cela : « Pour fairebarrage à la droite extrême, je suis prête. » Une affirmation qui mêle virilité dans le ton et lecontenu sémantique, à laquelle vient s’ajouter une touche de féminité dans l’emploi duparticipe passé féminin audible « prête ». Un nouvel exemple d’équilibre entre virilité etféminité, souvent utilisé par Marine Le Pen d’ailleurs, qui participe à la mise en scène de laneutralité de la candidate.42 J’aborderai plus précisément l’aspect genré des thématiques en seconde partie, en m’appuyant sur lesthéories du chercheur britannique Rainbow Murray, notamment dans l’article «True” and “Assumed” GenderDifferences: A Study of Representation in the French Parliament » Paper for PSA 2011, University of London 36
  • 37. Cet équilibre et cette égalité quasi-parfaite entre féminité et virilité, que l’on peut observertant dans le clip de campagne que le discours de Martine Aubry, semble opérer une fusion desgenres qui se rapprocherait de la neutralité, s’opposent à la stratégie de présentation de soigenrée mise en scène par Marine Le Pen.Marine Le Pen présente plutôt une oscillation permanente entre virilité et féminité,mouvement notamment mis en scène dans son clip de campagne. Sans entrer dans desconsidérations psychologiques, à savoir si cette virilité est innée ou jouée, on ne peutqu’observer la trajectoire stratégique de Marine Le Pen, de la virilité à la féminité, et lepermanent aller-retour entre les deux. Contrairement à Martine Aubry, le résultat de cetteoscillation n’est pas la neutralité, mais bien l’érection de deux pôles genrés, l’un viril, l’autreféminin, qui soutiennent la construction de l’identité politique de la candidate.Sur fond bleu, la candidate est vêtue d’une veste de tailleur qui rappelle le vert des treillismilitaires. « Mes chers compatriotes […] Le Président du pouvoir d’achat aura été celui dudésespoir d’achat ». Immédiatement, la candidate se met en scène, et son discours sonnebeaucoup moins technique et beaucoup plus personnel que celui de Martine Aubry. Onretrouve chez elle « l’humour gaulois » de son père et son amour des jeux de mot et d’uneexpression sans détour très virile. « Toujours pour les plus gros, toujours moins dans votreportefeuille. » On observe un autre pan de la rhétorique de la candidate, une rhétoriquefamilière, populaire à l’accent populiste, traditionnel chez les grandes figures – toutesmasculines – de l’extrême droite française. 37
  • 38. Contrairement à Martine Aubry, Marine Le Pen n’a choisi qu’un seul sujet pour sonallocution : c’est le pouvoir d’achat, un thème rassembleur et peu marqué au niveau du genre.On comprend que c’est dans la présentation de soi, et non de son programme, que la candidatepourra faire s’épanouir sa stratégie de mise en scène. « Je contrôlerai sévèrement les margesde la grande distribution […] Fini le hold up ! » dit-elle plus tard, reprenant la virilethématique du Far-West et incarnant le shérif défendant une population oppressée.Mais on distingue un tout autre visage de la candidate dans son discours de campagne, où ellesur-joue, au contraire, sa féminité. La blondeur soigneusement brushée, la candidate arbore unfoulard rose sur une veste de tailleur noire, une touche de féminité qu’on lui a rarement vuavant 2012.Dès la première phrase de son allocution, elle prononce le mot « candidate », ce qui pose toutde suite les jalons de son discours : ce sera celui d’une femme candidate à l’électionprésidentielle, une précision que ni Ségolène Royal ni Martine Aubry n’ont jugé utiled’afficher si tôt dans l’allocution. « Ma présence comme candidate à cette électionprésidentielle résulte d’un dur combat. » A mi-chemin entre la femme et le guerrier, cettephrase met en abyme toute la complexité de la personnalité de Marine Le Pen, entre mise enscène et naturel.« Le moment est venu de dire clairement à toutes les Françaises et à tous les Français quel estle sens de ma candidature. Présidente de parti, femme, mère de trois enfants, je lutte. » Ellefait ainsi de son sexe son argument politique premier – puisqu’à lui seul, il représente le« sens » de sa candidature – et affirme sa féminité par une structure ternaire, un procédérhétorique fort en littérature. Toute l’essence du discours est donc là.Le mot « mère » est d’ailleurs répété sept fois lors du discours, alors qu’il est absent desdiscours des deux autres candidates. Quant au mot « femme », on le trouve cinq fois chezMarine Le Pen, contre trois fois chez Royal et Aubry. On remarquera également que sonusage est très différent puisque Marine Le Pen s’associe en permanence au substantif « Je suisune femme », tandis que les deux autres candidates ne s’impliquent pas linguistiquement danscette catégorie : « il faut assurer l’égalité homme-femme », « je veux rassembler les femmeset les hommes de gauche »…Enfin, il faut souligner la phrase « Je suis une Française parmi 38
  • 39. les Français.», qui met au même niveau sa nationalité et son sexe en termes d’argumentpolitique, un parallèle inédit au Front National :« […] La présence de Marine Le Pen jouant tout à la fois sur sa filiation (fille de …), son genre (les« gars de la Marine ») mais aussi sur la mise en scène d’une féminité « ajustée » aux milieuxpopulaires qu’elle entend séduire, témoigne d’une tentative d’invention d’une figure de féminitépolitique d’extrême-droite […] »43Ces deux analyses comparées montrent bien la différence des stratégies de présentation de soigenrées des deux candidates. Si l’une soigne la mise en scène de la neutralité de son genre,l’autre choisit d’aller et venir, de façon permanente, entre virilité et féminité.2 – L’ambiguïté de la stratégie de Ségolène Royal« Durant les débats pour la primaire socialiste [en 2006], à une question d’un journaliste surses différences par rapport à ses deux adversaires, Ségolène Royal répond : « il y en a une,bien visible. » Lors de son investiture officielle, elle souligne qu’en « choisissant une femmepour mener le combat des idées socialistes, vous avez, plus de deux siècles après Olympe deGouges et Rosa Luxembourg, un véritable geste révolutionnaire. » Durant une émission,pendant la campagne officielle, elle déclare que « le temps des femmes est venu ». SégolèneRoyal fait du genre un argument de campagne. »44En effet, comme l’on également remarqué Catherine Achin et Elsa Dorlin, la campagne deSégolène Royal en 2007 était extrêmement genrée, pour rivaliser avec la virilité agressivemise en scène par Nicolas Sarkozy45. Ségolène Royal sur-jouait donc sa féminité et sesattributs féminins, ce qui lui a valu de nombreux commentaires peu élogieux dans la presse etle milieu politique46.Son clip de campagne, en 2007, illustre bien ce constat :43 Catherine Achin, tribune sur le site de Médiapart, op.cit.44 Marlène Coulomb Gully, op.cit. p 23045 Catherine Achin et Elsa Dorlin, op.cit.46 Marlène Coulomb Gully, op.cit., pp 229-251 « Le duel Sarkozy-Royal : Napoléon vainqueur de Marianne » 39
  • 40. Habillée en blanc sur fond de ciel, elle évoque une féminité virginale, qui fait écho à sesaffiches de campagne de l’époque. « Françaises, Français vous me connaissez. Je suis unefemme, une mère de famille de quatre enfants. J’ai les pieds sur terre. » C’est ainsi qu’elle faitde son genre un argument politique. Tandis qu’elle décline ses qualités, des photos d’elledéfilent encore, pour les illustrer. On s’arrête alors sur une photo d’elle serrant la main àFrançois Mitterrand. Elle narre en voix off « [J’ai tenu mes engagements dans toutes mesresponsabilités] […] comme conseillère de François Mitterrand pendant sept ans. […]. » Elles’attarde longuement sur son expérience de mère de famille, de femme politique, sansfinalement aborder une thématique politique précise.Qu’en est-il de sa stratégie de présentation de soi en 2011 ? Voici ce que révèle l’analyse deson discours de candidature pour les primaires socialistes. N’oublions pas que Ségolène Royalest une candidate particulière par rapport aux deux autres, puisqu’elle a eu cinq ans pourréfléchir aux erreurs commises durant la campagne présidentielle de 2007. Ce discours estd’ailleurs représentatif de ce qu’elle essaye de ne surtout pas reproduire, c’est-à-dire l’hyper-féminisation de sa campagne présidentielle précédente, symbolisée par son slogan, « la FrancePrésidente ».Si elle use toujours, de façon plus nuancée, de la personnification, ce discours montre satendance à effacer sa féminité au profit d’une ambiguïté plus importante entre son genrebiologique, qu’elle avait justement tendance à sur-jouer, et la virilité. 40
  • 41. On remarque d’abord un mouvement permanent entre la féminité et la virilité, dès la mise enscène visuelle de sa déclaration de candidature.On y voit la candidate, habillée de blanc et de rose, couleurs très féminines, et en compagniede cinq hommes, élus dans la région. Ségolène Royal a ainsi repris le blanc virginal de sesaffiches de 2007, en l’agrémentant d’une touche plus féminine encore, le rose, qui estégalement la couleur de son parti. Comme sur l’une de ses affiches de 2007, Ségolène Royalest accompagnée d’hommes. Elle n’est néanmoins plus entourée par eux, mais se tientdésormais devant eux, adoptant ainsi une posture de meneur. Ici commence l’ambiguïté : alorsqu’il était clair que les affiches de 2007 mettaient en scène le fort pouvoir séducteur de lacandidate, qui était alors au centre de l’attention des hommes, il est ici difficile de trancher :se met-elle en scène comme étant un homme parmi les hommes ? Veut-elle se montrer enposture de domination sur les hommes, exploitant ainsi le canon paradoxalement très fémininde la dominatrice ? Ou veut-elle conserver la disposition de son affiche, qui faisait d’elle unobjet séducteur et attirant ? L’ambiguïté est entière.Elle semble en effet vouloir effacer une féminité auparavant sur-jouée et cette recherche de laneutralité est manifeste jusque dans le choix des verbes, car je n’ai recensé qu’un seulparticipe passé qui, mis au féminin, change à l’oral : « Je m’y suis préparée et j’y suis prête ».Un tel effacement de sa féminité, jusque dans la langue du discours, contraste grandementavec la Ségolène Royal que l’on a connue pendant la campagne de 2007.Ségolène Royal semble ainsi vouloir sortir de la catégorie « femme politique féminine » danslaquelle l’ont enfermée Catherine Achin et Elsa Dorlin – entre autres – en 2007. Les raisons 41
  • 42. de ceci seront développées dans la seconde partie et le succès de cette stratégie de virilisationsera mesuré en troisième partie, lorsqu’elle sera soumise à l’épreuve de la presse.En conclusion de cette première partie, je soulignerai le poids des injonctions paradoxalesdont sont victimes les femmes politiques, notamment en termes de présentation de soi genrée.«Ségolène connaît les périls qu’il lui faut éviter. Ne passer ni pour une virago féministe, nipour une séductrice. Ne pas apparaître asexuée comme Arlette Laguiller, ni trop virile,comme Michèle Alliot-Marie. »47 D’après Catherine Achin48, ces injonctions montrent lesdifficultés, pour ces femmes, d’inventer un nouveau rôle de féminité gouvernante. On risquela stigmatisation en jouant sur sa féminité, on s’expose au soupçon sur sa sexualité ou « sonaccomplissement en tant que femme. »49.Leurs parcours, plus jalonnés par les nominations que par les élections, semblent suspects àl’œil du politique. Leur simple présence dans le jeu politique est souvent aussi dénigrée queleur façon d’y entrer. J’ai pu établir que les parcours de Ségolène Royal et de Martine Aubryétaient sensiblement semblables, et correspondaient à l’archétype précédemment décrit. Celuide Marine Le Pen, plus atypique, n’en a pas moins toujours été régi par les hommes.A l’issue de cette première partie, je peux donc établir que des entreprises de virilisation, trèsdiverses, teintent effectivement les stratégies communicationnelles des candidates à l’électionprésidentielle. Si Martine Aubry semble cultiver une certaine ambigüité genrée, avec unenette préférence pour la virilité dans la composition de ses affiches, la virilisation de SégolèneRoyal entre 2007 et 2011 est évidente. Quant à Marine Le Pen, dont la situation en tant queleader d’extrême droite est sans doute plus complexe, elle semble savamment osciller entreune séduction féminine et une rigueur virile.Les concordances de stratégies de mise en scène de soi des candidates laissent à penser qu’ilexisterait une véritable nécessité de paraître virile, quand on est une femme en politique. C’estl’hypothèse à laquelle je tenterai de répondre dans la seconde partie de cette étude.47 Christophe Deloire et Christophe Dubois, op.cit. p 36448 Dans sa tribune publiée sur le site de Médiapart, op.cit.49 Des soupçons dont Arlette Laguiller, par exemple, a souvent été victime. 42
  • 43. 43
  • 44. Partie II – L’autolégitimation virile des candidates à l’élection présidentielleJe soulignerai ici l’importance de la notion de « légitimité » dans l’exclusion des femmes, tantconcrète que symbolique, du champ politique. Je démontrerai ainsi que les stratégies deprésentation de soi genrée étudiées précédemment, de la mise en scène de la neutralité à lavirilisation, font partie des processus d’autolégitimation des candidates à l’électionprésidentielle. J’établirai ainsi que la question de la mise en scène du genre est au cœur desprocessus d’autolégitimation politique de soi.A – Virilité et légitimité en politique.Cette partie a pour objet d’expliquer l’illégitimité des femmes en politique et surtoutd’éclairer les liens entre pouvoir politique et virilité. Ainsi je justifierai les stratégies deprésentation de soi genrées que j’ai pu observer chez les candidates par leur volonté des’autolégitimer dans un milieu qui leur est hostile.1 – L’illégitimité des femmes politiques.« Elle n’est pas outillée ». Ainsi Nicolas Sarkozy a-t-il commenté la candidature de Ségolène Royalaux élections présidentielles françaises de 2007. […] Cette déclaration du chef de l’UMP estrévélatrice du statut toujours marginal des femmes en politique française, notamment sur la scèneprésidentielle. »50Comme le dit Marlène Coulomb Gully, les femmes, en politique, sont souvent « de trop »dans cet univers masculin ; la politique, comme l’ensemble des civilisations occidentales etmalgré les avancées connues depuis la moitié du XXème siècle, demeure fondée sur laprééminence de l’homme51. Tout semble détourner les femmes d’une carrière politique, quece soit la vie familiale, la tradition ou l’éducation52.50 Manon Tremblay, « Mariette Sineau : La Force du nombre – Femmes et démocratie présidentielle » dansRecherches féministes, vol. 22, n°1, 2009, p 17751 D’après Catherine Achin, tribune publié sur le site de Médiapart, op.cit.52 « On peut penser que la socialisation anticompétitive qui leur est souvent prodiguée fait que les femmes,devenues adultes, présentent moins souvent les traits de personnalité indispensables pour s’affirmer dans ununivers aussi concurrentiel et âpre que le jeu politique – ce que l’on appelle en psychosociologie l’assertivité et 44
  • 45. De plus, tantôt vue comme une « pistonnée », une « favorite » ou une technocrate, lesparcours typiques de la plupart des femmes en politique (que j’ai décrits en première partie etdont deux de nos candidates sont issues) ont mauvaise réputation dans un pays qui valorise lalégitimité démocratique, et d’autant plus depuis la réforme du 6 novembre 1962, prévoyantl’élection du Président de la République au suffrage universel direct. La Vème Républiqueprivilégie plutôt les parcours ascendants, du militantisme « de base » jusqu’à la consécrationdu suffrage universel, plutôt que les nominations, qui sont considérées commedémocratiquement illégitimes.Cette illégitimité symbolique et démocratique se manifeste dans le sexisme dont les femmessont continuellement victimes. Les témoignages sont nombreux :« On ne les prend pas d’abord pour ce qu’elles sont : des individus qui font de la politique et qui sontde sexe féminin. On tend à les ramener à leur corps pour les déprécier dans l’exercice de leur fonctionpolitique. Comme me l’a confié une députée : « Personne ne m’a jamais dit que je n’étais pas unevraie élue parce que j’étais une femme. Mais je l’ai senti plus d’une fois. »53Un sexisme qui flirte parfois avec la misogynie 54, et même au sein des hautes instances de laRépublique :« Il n’y a pas dix ans, Roselyne Bachelot affirmait que l’injure sexiste était monnaie courante auPalais Bourbon (« L’Assemblée nationale est un haut lieu du machisme et du sexisme en France,l’ambiance y est celle d’une chambrée de caserne »). Dans tous les cas, l’agression sexiste révèlecombien la femme n’a pas encore, en politique, la même légitimité que l’homme, si bien qu’elle n’estpas autant protégée que lui par sa fonction – le traitement infligé à Édith Cresson lors de sonaccession à Matignon en 1991 est ici très éloquent… »55la capacité de dominance. » Grégory Derville et Sylvie Pionchon, « La Femme invisible, sur l’imaginaire dupouvoir politique » Revue Mots Les Langages du Politique, n°78, 2005, pp 53-6453 Mariette Sineau, «Les femmes politiques sous la Vème République, à la recherche d’une légitimitéélectorale » op.cit.54 « Quand estimant nécessaire de conquérir une légitimité démocratique, écrit Élisabeth Guigou, je décidaique, ministre, mon devoir était de participer aux batailles électorales. Là j’allais vraiment découvrir ce que lapolitique réserve aux femmes. » En campagne dans le Vaucluse, elle a été l’objet d’insultes relevant del’obscénité : ce qu’elle dénonce être le « pain quotidien des femmes en campagne électorale. » MarietteSineau, op.cit.55 Grégory Derville et Sylvie Cherpion, op.cit. 45
  • 46. Moins violemment, cette illégitimité se manifeste de façon plus insidieuse dans la langueutilisée pour se référer au monde de la politique. Ayant conduit trente-deux entretiens semi-directifs avec un large panel d’interrogés, Gregory Derville et Sylvie Cherpion ont tiréd’édifiantes conclusions56. Les interrogés avouaient ne pas être habitués au terme « femmepolitique » mais ne pouvaient en trouver d’autres, ou bien multipliaient les lapsus (« il/elle »).En somme, ils ont remarqué le recours quasi exclusif au genre masculin (« les hommespolitiques »). Ces manières d’exprimer le genre en politique reflète le fort ancrage de ladomination masculine, et l’inadaptation du féminin au monde du pouvoir, au sein del’inconscient collectif.Françoise Héritier, anthropologue féministe, estime pour sa part que :« Les femmes sont marquées dès le départ d’une indignité physique constitutive et elles devronttoujours faire la preuve par l’excellence de leurs actes […] alors qu’il suffit aux hommes d’afficher cesigne sexuel pour affirmer à la fois leur aptitude naturelle et intellectuelle [...] d’autorité et de droit àrégenter.»57Je mentionnerai également, comme dernière manifestation de l’illégitimité des femmes enpolitique, le discours – répandu – selon lequel l’entrée des femmes en politique marquerait ledéclin du monde politique lui-même.« Les femmes entrent en politique quand le politique est vidé de sa substance, quand le pouvoir estailleurs, aux mains des lobbies et de la finance, aux mains des hommes. […] C’est parce qu’elle n’apas fait son deuil de la puissance du politique – et la société française dont elle est après tout issue –rechigne encore à voir enjuponné le velours rouge des fauteuils de l’Assemblée nationale. » dit EricZemmour, « viriliste » revendiqué, dans son ouvrage, Le Premier sexe.Les femmes n’entreraient donc en politique que parce que ce milieu est déjà dévalorisé etdéserté par les hommes (Eric Zemmour trace d’ailleurs un parallèle avec l’Educationnationale). En faisant coïncider féminisation et dévalorisation de ce milieu, ce type dediscours est l’une des plus violentes charges contre la présence des femmes en politique.56 Grégory Derville et Sylvie Cherpion, op.cit.57 Françoise Héritier dans Masculin/féminin. Dissoudre la hiérarchie, citée par Virginie Julliard, thèse citée, p501 46
  • 47. L’entremêlement de ces différents discours, qu’ils s’agissent de résultats de recherchemontrant les contradictions entre politique et féminité présentes dans l’inconscient collectif,de plaidoyers politique d’intellectuels comme Eric Zemmour ou de (nombreux) témoignagesde la difficile condition des femmes en politique par les intéressées, montre la prégnance, àtous les niveaux de la société, de l’idée de l’illégitimité des femmes politiques.Considérées illégitimes à entreprendre une carrière dans un milieu qui leur est si hostile,cette « loi salique symbolique » a empêché les femmes d’accéder – jusqu’ici – à laprestigieuse fonction présidentielle. Mais que représente cette fonction ?2 – Etre Président de la République en FranceQuand le Général de Gaulle reprend le pouvoir en 1958, il contemple le désastre politiquecausé par la IVème République, son Assemblée nationale toute puissante, ses partis politiquesoccupés à d’incessantes tractations, ses gouvernements éphémères et surtout, son Président dela République, aussi symbolique qu’impuissant.La Constitution de 1958, qui donne naissance à la Vème République, bouleverse le systèmepréexistant, en faisant du Président de la République le premier personnage de l’Etat et la« clef de voute » du régime, selon le Général lors d’une conférence de presse en 1962.Comme le dit Mariette Sineau, « Divers traits institutionnels de la Ve République laconstituent pourtant en une sorte de République des mâles, assurant à ceux-ci le monopolelégitime de la politique. »58, notamment la réforme du mode de scrutin pour l’électionprésidentielle, qui la personnalise fortement et qui fait de l’accès à la fonction une lutteféroce59 pour le pouvoir. Comme je l’ai précédemment évoqué en citant les travaux deGrégory Derville et de Sylvie Cherpion, ce n’est généralement pas ce à quoi les femmes sontencouragées dans leur éducation.L’article 5 de la Constitution résume les principales attributions du pouvoir présidentiel : « LePrésident de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, lefonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de lÉtat.58 Les Femmes politiques sous la Vème République – A la recherche d’une légitimité électorale, op.cit.59 Edouard Herriot, ancien Président radical du Conseil des Ministres pendant la IIIe République, dira de ce typede scrutin qu’il encourage les « combats de gladiateurs » 47
  • 48. Il est le garant de lindépendance nationale, de lintégrité du territoire et du respect destraités. »Il possède de nombreux pouvoirs propres, dont ceux non négligeables de pouvoir dissoudrel’Assemblée nationale (art. 12) et celui de prendre les pleins pouvoirs en cas de crise (art. 16),alors inédits. Le Président de la République française jouit de pouvoirs extraordinairescomparés à ses nombreux homologues : ainsi, contrairement au Président américain, il ne peutêtre victime d’une procédure d’impeachment. Enfin, dans les faits, le Président de laRépublique française s’arroge bien plus de prérogatives qu’il n’était initialement prévu dansles textes, grâce à une pratique du pouvoir qui a sacralisé le « domaine réservé » du Président(la défense nationale et la politique étrangère notamment) ainsi que le parlementarismerationalisé, qui fait qu’en cas de fonctionnement « normal » du régime (c’est-à-dire horspériode de cohabitation), le Président bénéficie d’une majorité solide et dévouée àl’Assemblée nationale, qui lui permet de faire aisément voter les projets de loi auxquels iltient.Malgré les dispositions de l’article 20 (« Le Gouvernement détermine et conduit la politiquede la Nation. Il dispose de ladministration et de la force armée […] ») et de l’article 21(« Le Premier ministre dirige laction du gouvernement. Il est responsable de la Défensenationale. Il assure lexécution des lois. […] »), le Président de la République assume souventseul, et selon son bon vouloir, la direction politique du pays, en demandant à son Premierministre et à son Gouvernement de suivre la même ligne que lui. Ceci, encore une fois, n’estguère prévu dans les textes mais a été, en quelque sorte, « constitutionnalisé » par la pratiquedu pouvoir initiée par le Général de Gaulle et poursuivie par ses successeurs, de toutescouleurs politiques. L’origine de cette pratique, exceptionnelle au regard des autres systèmesconstitutionnels en Occident, est ancrée dans la réforme du mode de scrutin de 1962.La corrélation est reconnue et il semble ainsi que la légitimité démocratique l’emporte sur letexte constitutionnel, élaboré lorsque le Président de la République était encore élu par uncollège de grands électeurs. Ceci explique pourquoi la notion de légitimité est essentielle pourcomprendre le fonctionnement de la Vème République et pourquoi les procédures delégitimation sont si importantes pour tout candidat à l’élection présidentielle. 48
  • 49. Le Président de la République concentre donc en sa personne quasiment toute l’autorité del’Etat. Son irresponsabilité, aux termes de l’article 68, évoque l’héritage de la loi salique desmonarchies d’antan et ce vieil adage, « le Roi ne peut mal faire. ». Ce n’est d’ailleurs pas leseul héritage de la monarchie que l’on peut trouver dans les Républiques françaisessuccessives, comme je l’ai mentionné précédemment.Bien qu’il n’existe plus de code édictant l’interdiction de l’accès des femmes à la fonctionsuprême, il semble ainsi qu’il y ait un verrouillage symbolique de la Présidence de laRépublique pour les individus de sexe féminin, qui peut être expliqué par l’illégitimitésymbolique des femmes en politique, mais pas uniquement.Ce verrouillage a également plusieurs origines culturelles, dont le modèle patriarcal dessociétés occidentales ainsi que le fort héritage monarchique français, une monarchie biendifférente de celles que l’on peut trouver en Europe, caractérisée par l’absolutisme etl’exclusivité masculine du trône. Le Roi, concentrant tous les pouvoirs en ses mains 60, étaitl’incarnation de Dieu sur terre. Pierre de Bérulle, théoricien historique de l’absolutisme,peindra ainsi la monarchie absolue : « Un monarque est un Dieu selon le langage delécriture […] Un Dieu non subsistant, mais dépendant de celui qui est le subsistant par soi-même ; qui étant le Dieu des Dieux, fait les rois Dieux en ressemblance, en puissance et enqualité, Dieux visibles, images du Dieu invisible. »61 Dieu étant, dans la religion catholique,une entité anthropomorphique et toujours masculine, son image sur terre ne pouvait êtreincarnée par une femme. Les femmes se trouvaient ainsi déjà exclues de la représentation, nonpas de la représentation du peuple telle qu’on la connait aujourd’hui, mais bien de lareprésentation du pouvoir de Dieu sur terre, les rendant par la même illégitime à prétendre autrône.L’autre causalité historique de l’exclusion symbolique des femmes en politique est la traditionextrêmement prégnante de l’Homme providentiel, datant du XIXème siècle. Le XIXème voiten effet les premiers pas hésitants des Républiques, remplacées successivement par unemonarchie et par un Empire. C’est qu’en effet les premières Républiques ne prenaient pas encompte le désir populaire, ancré dans la personnalité du peuple français, de voir à la tête de60 Les opposants à la Vème République et à la réforme de 1962 établiront de nombreux parallèles entrel’absolutisme et ce nouveau régime.61 Discours de l’Etat et des Grandeurs de Jésus, adressé à Louis XIII en 1623 49
  • 50. l’Etat quelqu’un qui incarnerait véritablement le pouvoir, à la manière du Roi ou del’Empereur et contrairement aux collèges et aux Assemblées qui ont échoué les uns après lesautres. On trouve la preuve de l’existence tangible de ce désir populaire dans les plébiscites de1851 et de 1852 qui ratifièrent le coup d’Etat du Président Louis-Napoléon Bonaparte puis leretour à l’Empire. On en trouve également une preuve dans la formidable popularité duGeorges Boulanger, le Général autoritaire, et le nombre d’adhérents à son mouvement.La figure de l’Homme présidentiel est une figure éminemment virile puisqu’elle concentre lesnotions d’autorité, d’action contre la fatalité (toujours le schéma de la virtus contre la fortuna)et de détermination. Le Général de Gaulle, en sa qualité de militaire, par la personnalisationdu pouvoir qu’il a imposé et par son usage régulier des « référendums plébiscitaires », en estla dernière incarnation archétypale. Aucune de ces qualités n’est culturellement,historiquement associée au genre féminin. C’est bien cette tradition du pouvoir viril et lesprincipes constitutionnels qui la corroborent autant qu’ils l’accroissent qui assurent lareproduction de l’hégémonie masculine sur la fonction présidentielle. 62 Etre Président enFrance reste donc encore symboliquement inaccessible aux femmes, du moins aux femmesféminines et ne peut être envisageable que pour un candidat de sexe masculin certes, mais uncandidat de sexe masculin viril.3 – La nécessaire virilité du détenteur du pouvoir politiqueVirilité et légitimité semblent indissociables. C’est bien la représentation sociale dominante,dont découle l’usage linguistique intempestif du genre masculin quand on se réfère à l’universpolitique.63 L’universel, l’idéal de la représentation démocratique, reste toujours pensé aumasculin64 , qui est identifié, de façon abusive, au neutre. Comme le dit Virginie Julliard65, la62 « […] l’ordre établi, avec ses rapports de domination, ses droits et ses passe-droits, ses privilèges et sesinjustices, se perpétue en définitive aussi facilement, mis à part quelques accidents historiques et que lesconditions d’existence les plus intolérables puissent apparaître comme acceptables et même naturelles […]Pierre Bourdieu, La Domination masculine, op.cit. p 1163 Voir la partie II-A-1 et les entretiens semi-directifs menés par Gregory Derville et Sylvie Cherpion, op.cit.64 Armelle le Bras, « Mariette Sineau : Femmes et pouvoir sous la Vème République, de l’exclusion à l’entréedans la course présidentielle » Paris, Presse de Science po, 201165 Thèse citée, p 429 50
  • 51. sphère politique valorise certains attributs associés au masculin (combativité, assurance ouautorité), contrairement aux qualités féminines66.Gregory Derville et Sylvie Cherpion citent notamment l’anthropologue Françoise Héritier(mais on peut également mentionner Georges Balandier) qui affirme que dans presque toutesles sociétés, le pouvoir est lié à l’exercice de la puissance virile 67.Eric Fassin, Professeur de Sciences Politiques à Paris VIII raconte en effet cette anecdote68révélatrice de l’universalité de cette représentation : en pleine campagne présidentielle, en2008, Barack Obama fait une partie de bowling devant quelques caméras et un parterre demilitants. Sa performance n’est pas extraordinaire :« Non seulement Obama ne joue pas comme un adulte, mais sur MSNBC, un présentateur, JoeScarborough, nhésite pas à le comparer à « ma fille de quatre ans et demi ». Au cas où lallusionserait passée inaperçue, sa collègue y insiste en riant : « Obama joue au bowling comme une fille ! »Et lui de renchérir : « Les Américains veulent que leur Président, si cest un homme, soit un vraihomme. Avec un score de 150, « on est un homme, ou une femme qui sait jouer ». Mais Obama seraitdécidément trop « délicat » (il utilise le mot dainty, comme on le dit dune jeune fille exquise). »L’énergie virile qui a déserté la performance sportive de Barack Obama fait donc s’interrogerces journalistes sur la capacité à gouverner du candidat…En France, cette représentation culturelle est également très prégnante, à en juger par lespropos de certains hommes politique, comme le très gracieux : « La France a envie qu’on laprenne, ça la démange dans le bassin.» (Dominique de Villepin) ou « Les villes, c’est commeles femmes, il ne suffit pas de les séduire, il faut savoir les prendre.» (Raymond Barre), et elle66 « Les attributs sociaux associés au féminin (maternité, douceur, patience) se situent aux antipodes desvaleurs du monde politique. De plus, ils paraissent ne nécessiter aucun apprentissage. Pour autant, et quoiquecela contrarie la construction de leur féminité, les femmes désireuses de mener une carrière politique peuventadhérer aux critères de la virilité qui désigne « le conformisme aux conduites sexuées requises par la divisionsociale et sexuelle du travail.» Virginie Julliard, thèse citée, p 43067 « En Mélanésie, où elle [la puissance virile] apparaît comme un des moyens exprimant et légitimant par lelangage du corps et des « humeurs » (le sang, le sperme) toutes les formes de la domination (des hommes surles femmes, de quelques hommes sur tous les autres), comme en Afrique. La symbolique des royautésafricaines de la tradition renvoie toujours aux signifiants de la puissance, dont celle du sexe. Léquivalent du roiest alors lÉtalon, le Taureau, le Lion, le Bélier. » George Balandier, « Le Sexuel et le social, lectureanthropologique », Cahiers internationaux de sociologie, vol. 76, janvier-juin 1984, pp. 5-19. Paris : Les Pressesuniversitaires de France.68 Dans « Des identités politiques », Raisons politiques 3/2008 (n° 31), p. 65-79. 51
  • 52. est également partagé par le citoyen lambda 69 : « On comprend que d’un point de vue qui liesexualité et pouvoir, la pire humiliation pour un homme consiste à être transformé enfemme. »70Catherine Achin, Elsa Dorlin et Juliette Rennes, toutes trois spécialistes du genre en politique,analysent l’institution du Président de la République comme étant un véritable rôle, ce qui serapproche de l’analyse goffmanienne des stratégies de mise en scène de soi que j’ai évoquéeen première partie.71 « Les normes juridiques, les rites, les savoirs accumulés et les routines,les attentes qui pèsent sur les rôles, constituent des « contraintes » pour les acteurs, qui sontautant des impositions de manières dagir que des ressources pour laction. »72 Il y aurait doncdes contraintes inhérentes au rôle codifié du Président de la République, qui barreraientl’accès à la fonction à tous ceux – toutes celles – qui n’auraient pas les attributs requis pourpouvoir l’incarner. « […] On sait par exemple à quel point en France la figure tutélaire dugénéral de Gaulle, premier Président de la République de la Ve République a pesé sur ladéfinition contemporaine du rôle présidentiel et a rendu délicate lémancipation de ce moulepour ses successeurs. »73Dans l’univers viril de la politique, les femmes seraient donc vues comme des usurpatrices,transgressant le principe fondamental de la hiérarchie des sexes74 et dévalorisant le milieuqu’elles pénètrent.75J’ai donc tenté de démontrer que le déficit de légitimité des femmes en politique, qui leurinterdit l’accès, notamment, à la fonction présidentielle, est enraciné dans la représentation69 « L’homme politique idéal doit être – si j’ose dire - couillu » formule d’un lecteur du monde (14.04.2007)citée par Marlène Coulomb Gully, op.cit. p 24970 Pierre Bourdieu, La Domination masculine, op.cit., p 3871 « Lun des outils les plus heuristiques de cette approche réside dans la notion de « rôle », telle quelle a étéenvisagée par les sociologues Peter Berger et Thomas Luckmann. Selon eux, si les institutions sont objectivéesdans le langage, les symboles et les objets matériels, elles ne vivent quà travers la manière dontles rôles rattachés à linstitution sont tenus. Le rôle, cest donc « lensemble des comportements qui sont liés àla position quon occupe et qui permettent de faire exister cette position, de la consolider, et surtout de larendre sensible aux autres. Cette perspective permet déchapper à lopposition stérile entre une approche entermes dapprentissage des rôles qui fait prévaloir une certaine « logique des institutions », et une analyseinteractionniste qui tend à linverse à présenter les rôles comme des comportements résultant des seulesattentes des partenaires. » Catherine Achin et al. « Capital corporel identitaire et institution présidentielle :réflexions sur les processus dincarnation des rôles politiques », Raisons politiques 3/2008 (n° 31), p. 5-17.72 Catherine Achin et al. op.cit73 Catherine Achin et al. op.cit74 D’après Mariette Sineau, Les Femmes politiques sous la Vème République, op.cit.75 D’après Eric Zemmour, op.cit. 52
  • 53. sociale, imposante et populaire, qui lie virilité et pouvoir politique légitime. Une virilité dupouvoir politique qui se met souvent en scène, notamment depuis la fin du XIXème. On peutl’expliquer par l’influence des diverses ligues d’extrême droite, l’avènement de la compétitionpolitique suscité par l’émergence d’élections au suffrage universel direct mais également parl’apparition et la chute des courants idéologiques totalitaires qui ont marqué l’inconscientcollectif. La guerre a donné à la virilité de nouvelles caractéristiques qui s’ajoutent à la forcemorale : le sens du sacrifice et l’acceptation d’affronter la mort.76 Les idéaux fascistes etnazis, quant à eux, ont construit des stéréotypes physiques très précis de l’homme viril, qui sesont largement diffusés en Europe, ainsi que l’exprime l’historien Henri Amouroux : « un motqui revient dans la presse à l’époque [de l’Occupation], c’est la virilité. Les Français étaientattirés, séduits par les Allemands virils. Ils se disaient, enfin, nous sommes gouvernés ! »77De cet entremêlement d’idéologies, de compétition politique et de tradition politique séculaireest née la nécessité de souligner, voire de mettre en scène sa virilité pour quiconque souhaiteaccéder au trône républicain suprême. Mais heureusement, comme le dit Marlène CoulombGully qui cite un ancien Premier ministre français : « Pierre Mauroy décrète que Simone Veilest le seul homme du gouvernement (Le Figaro, 11.02.1981). Pour bien gouverner, il fautdonc faire preuve de virilité qui, concession à souligner, n’est pas l’apanage des seulshommes. »78B – L’autolégitimation des femmes politiques par la présentation de soi virileIl s’agit désormais de démontrer que les candidates à l’élection présidentielle veulent pallierleur déficit de légitimité en mettant en place des processus d’autolégitimation, sous forme destratégies de communication. C’est le concept de « légitimité cathodique » de Jean-MarieCotteret, Professeur de Sciences Politiques à Paris I, qui m’accompagnera tout au long de madémonstration.76 Alain Corbin, historien français, dans une interview au journal Sud-ouest, le 12-01-201277 Henri Amouroux, historien, dans l’émission « Apostrophes » « Les intellectuels et la collaboration », le 01-12-197878 Marlène Coulomb Gully, op.cit., p 93 53
  • 54. 1 – Autolégitimation et légitimation cathodique.Le verbe « légitimer » signifie « reconnaître par la loi, justifier ce qui est fondé en droit »79.La fonction de Président de la République est donc légitime, puisqu’elle émane d’un corpusconstitutionnel qui la justifie autant qu’il la contraint. Cependant, trop souvent la confusionest faite entre « légitimité », c’est-à-dire une autorité, une domination reconnue de manièreconsensuelle avec une base juridique en fondement, et « légalité », qui recouvre uniquementce qui est strictement conforme au droit. La légitimité, de manière plus large, peuts’émanciper des textes et être consacrée par une pratique si celle-ci reçoit le consentementtacite ou explicite d’un groupe d’individus donné.C’est l’exemple du « domaine réservé » du Président de la République, qui lui arroge lemonopole de la gestion de la Défense et des Affaires étrangères alors que ceci n’est pas prévude manière légale, c’est-à-dire dans les textes. Cependant la légitimité démocratique duPrésident de la République, entérinée par la réforme du scrutin présidentiel de 1962 et lapratique du pouvoir qui en découle l’emporte aux yeux du peuple sur l’aspect strictementlégal du texte constitutionnel, comme je l’ai mentionné auparavant.Les candidates n’auraient d’autre choix, pour acquérir la légitimité politique qui leur faitdéfaut en tant que femmes, que de mettre en place des processus de légitimation d’elles-mêmes. C’est ce que j’entends par « autolégitimation ». Selon Max Weber 80, il existe troisfondements de la légitimité qui s’appliquent aussi bien à l’Etat qu’à l’homme (ou la femme)de pouvoir. En premier lieu il cite la légitimité « traditionnelle », « l’autorité de l’éternel hier[…] sanctifié par […] l’habitude enracinée en l’homme de les respecter. ». Sous certainsrégimes, comme la monarchie, ce principe s’est souvent – mais pas toujours – allié au secondfondement, la légitimité « charismatique », qui se caractérise « par le dévouement […] dessujets à la cause d’un homme [en tant qu’il se singularise] par des qualités prodigieuses. »Notre système démocratique contemporain, d’un point de vue strictement légal, se fonde surle troisième principe énoncé par Weber : la légitimité dite « rationnelle-légale », justifié par« une compétence positive fondée sur des règles établies rationnellement. ». Ces trois79 Dictionnaire Larousse 200380 Max Weber, « Le Métier et la vocation d’homme politique », in Le Savant et le politique, pp 124-127, 1919,trad. J. Freund, Plon/UGE, 1959 54
  • 55. principes sont exposés en suivant deux axes : du moins légal au plus légal et du plus archaïqueau plus moderne.Cependant il est exclu d’isoler la légitimité rationnelle-légale comme unique donnéeexplicative de notre système politique actuel. Selon Jean-Marie Cotteret, « la légitimité dupouvoir passe aujourd’hui aussi par la capacité des gouvernants à communiquer. »81 Lescandidates à l’élection présidentielle compenseraient donc leur déficit de légitimité par uneautolégitimation communicationnelle et médiatique :« Actuellement la vie politique française s’articule autour de deux pôles de légitimité : la légitimitéélective qui, juridiquement, règle la vie politique, confère l’autorité aux élus, et impose l’obéissanceaux électeurs et cathodique qui, elle, confère aux plus apparents, ceux qui accèdent aux médias, uneautorité réelle ».82On peut rapprocher cette légitimité cathodique de la légitimité charismatique décrite par MaxWeber puisqu’elle semble en être la continuité naturelle, s’adaptant à la fois aux évolutionsdes technologies de la communication et aux nouvelles exigences de la vie politique.« Le duel, affrontement physique d’homme à homme ayant disparu, lui succède la guerre des images.[…] Dans notre société de l’image, le passage devant les caméras pour un débat politique est un desespaces privilégiés de l’exploit. […] Le combat des chefs politiques est passé de l’agora au plateau detélévision. »83Ce processus d’autolégitimation, ne répond à aucun critère inscrit dans des corpus légaux et semontre par là même difficile à définir pour les gouvernés et à maîtriser pour les gouvernants.S’entourant de conseillers en communication, les postulant(e)s au pouvoir et les titulairestentent de s’auto-légitimer en se construisant une image qu’ils pensent être conforme austéréotype populaire du détenteur du pouvoir présidentiel. C’est donc par la communication etpar la mise en scène de soi qu’ils tenteront de s’auto-légitimer. Ainsi, pour prétendre à lalégitimité présidentielle, les candidates construisent une image virile ou virilisante d’elles-mêmes, se rapprochant au plus près des figures archétypales du pouvoir politique français,comme l’Homme providentiel.81 Jean-Marie Cotteret, Gouverner c’est paraître, Puf Quadrige, 2002, p 6182 Jean-Marie Cotteret, Gouverner c’est paraître, op.cit, p 2383 Christine Castelain-Meunier, Les Hommes aujourd’hui : virilité et identité, Acropole, 1998, p 30 55
  • 56. 2 – Personnifier le pouvoir et incarner l’Homme providentielA la lumière de cette démonstration, on peut à présent apprécier certains extraits des clips decampagne et des discours de candidatures des femmes politiques comme étant des tentativesd’incarner des figures du pouvoir traditionnellement viriles.Ségolène Royal a mené une campagne présidentielle très personnifiée en 2007, comme je l’aimentionné en première partie. Elle semble avoir conservé ce ressort stratégique en 2011, ainsique le montre cet extrait de son discours de candidature : « La gauche n’a pas à rougir devouloir redonner au monde l’image de sa grandeur et la preuve de son unité. » dit-elle avantd’entamer un développement en deux points, commençant par ces deux phrases : « J’ail’expérience des grandeurs […] » ainsi que « J’ai compris que le rassemblement dessocialistes devait se construire […] ». Elles correspondent parfaitement aux deux premièrespropositions, auxquelles elles répondent dans une structure anaphorique qui met en valeur lepronom personnel « je ».On peut y voir une mise en abyme discursive de sa stratégie de personnification, elle quivoulait, en 2007, incarner la France.84 Contexte des primaires socialistes oblige, c’est ici lagauche, et non plus la « France Présidente » que Ségolène Royal souhaite représenter. Onremarque qu’il s’agit toujours d’un substantif féminin (« la gauche » ou « la France »), ce quilui permet d’adapter les codes de la personnification virile du pouvoir à son genre biologique,genre dont elle fait à quelques reprises un argument politique, comme je le développerai par lasuite.Martine Aubry, elle, prononce ces mots dans la péroraison du discours de son clip decampagne : « Avec vous, avec tous, je suis prête à écrire une nouvelle page de l’Histoire deFrance […] J’ai besoin de vous, de votre force, de votre enthousiasme, de vos valeurs ! »L’appel à l’aide est l’un des procédés rhétoriques favori du Général de Gaulle, l’Hommeprovidentiel par excellence, à la fin de ses discours, et cela a d’ailleurs été repris par NicolasSarkozy durant la campagne présidentielle de 2012. L’appel à l’aide est paradoxalement unprocédé rhétorique très viril car il suppose que celui qui l’emploie ne soit pas associé aux84 Voir partie I – B – 2 et l’analyse des affiches de campagne. 56
  • 57. notions de faiblesse et de fragilité, comme une femme politique peut l’être, car cela viendraitruiner l’effet escompter, celui d’incarner une force fédératrice. C’est donc parce que MartineAubry a réussi à se construire une image de neutralité, et qu’elle bénéficiait déjà d’un capitalviril assez important, qu’elle peut se permettre une telle péroraison que l’on imagine mal, parexemple, dans la bouche de la Ségolène Royal de 2007.Mais c’est sans aucun doute Marine Le Pen qui use le plus des stratégies de personnificationet qui tente d’incarner l’Homme providentiel. Cela s’explique probablement par son besoin delégitimité plus important, puisqu’elle porte la candidature de l’extrême droite à l’électionprésidentielle. Or, j’ai déjà évoqué l’attachement de ce type de courants idéologiques auxfigures traditionnelles du pouvoir.Dans certains extraits de son clip de campagne, elle incarne le personnage de l’Homme seul,thème très proche de celui de l’Homme providentiel, celui qui sait ce qui est bon pour lepeuple et qui, même incompris au début, saura le guider vers la lumière. Une figure qui aégalement une forte résonance dans l’idéologie fasciste et de forts accents machiavéliques.C’est ainsi qu’elle énonce : « De la CGT au MEDEF, de la gauche à la droite, tous sont pourcette Europe [celle de Bruxelles]. Pas moi […] Je n’aime pas les dogmes et les idéologies. »Elle ajoute, sur les élites politiques : « Je ne suis pas de leur bord. » Puis, sur la guerre enLybie : « Je pense à la guerre en Lybie, que seule j’ai dénoncée. »L’oscillation entre virilité et féminité85 l’a d’ailleurs sans doute mené à choisir, pour sondiscours, un sujet neutre mais populaire comme le pouvoir d’achat. Nouveau leader del’extrême droite, et on remarquera la difficulté de mettre ce terme au féminin, Marine Le Pena choisi de réaliser un clip de campagne sobre, fondé avant tout sur la parole plutôt que sur lesimages, voulant principalement fédérer autour de sa personne. Son discours est trèspersonnalisé, notamment avec une longue anaphore en « Je veux… » et surtout quelquesprocédés rhétoriques très révélateurs. « Dès mon élection, j’imposerai une baisse de 5% destarifs du gaz. L’Etat contrôlera les services publics. Je mettrai fin par exemple fin au racketdes radars automatiques. » Outre l’emploi du verbe « imposer », qui connote une vision trèsmonarchique de la gouvernance, elle fait succéder, comme sujets des deux phrases qui sesuivent, « L’Etat » et le pronom personnel « je », les faisant fusionner, à la manière de la85 Voir partie I-C-1 57
  • 58. maxime royale « L’Etat, c’est moi. ». Elle s’impose donc comme un leader incontestable, à lamanière d’un monarque en évoquant à la fois l’omnipotence et la virilité d’un Roi de traditionfrançaise.Elle utilise également, un peu à la manière de Ségolène Royal mais dans une stratégie de miseen scène du genre totalement opposée, la personnification : « Je veux redonner une voix à laFrance. La France est écoutée quand elle sort du lot. » La voix de la France, métonymie de laFrance, c’est donc elle.Elle achève son discours par ces mots : « Je ne vous abandonnerai pas. » Des mots quirappellent ceux de François Mitterrand à la veille de sa mort « Je crois aux forces de l’esprit etje ne vous quitterai pas. » Une expression très forte, qui évoque la figure patriarcale et qui faitécho au « J’ai besoin de vous » de Martine Aubry. On s’amusera des références croisées desdeux candidates, chacune évoquent une figure virile forte du camp opposé.L’illégitimité politique initiale de ces candidates les encourage à s’auto-légitimer par le biaisde stratégies de communication qui favorisent la mise en scène de soi dans le rôle le plustraditionnel – et le plus légitime – de la politique française, l’Homme providentiel. Ainsi, ellesmettent en scène les ressources politiques86 qui leur font défaut. On constate donc que laquestion du genre, et plus particulièrement de la virilité, est au cœur de leurs différentesstratégies de présentation de soi.C – La virilité au cœur des stratégies de présentation de soiIl s’agira ici de montrer que le dénominateur commun aux stratégies de présentation de soides candidates à l’élection présidentielle réside dans la mise en scène d’une certaine virilité,afin d’acquérir la légitimité politique qui en est indissociable. J’organiserai la première partiede cette démonstration en deux temps, en analysant d’abord le choix des thématiques descandidates dans leurs clips de campagne et leurs discours de candidature, puis en soulignantce qui relève, dans ce même corpus, de l’héritage patriarcal et de l’inscription dans unetradition virile. La troisième sous-partie nuancera néanmoins cette démonstration, car elle86 Catherine Achin, Elsa Dorlin et Juliette Rennes, op.cit. 58
  • 59. révèlera qu’une féminité également sur-jouée et mise en scène peut parfois faire partie de lastratégie d’autolégitimation d’une candidate.1 – le choix des thématiquesComme je l’ai déjà évoqué à propos du clip de campagne de Martine Aubry 87, le choix desthématiques est un choix genré. Certaines thématiques sont culturellement définies commeétant « féminines » et d’autres « masculines », comme le dit le chercheur britanniqueRainbow Murray88 : « [Women] will be “ghettoised” within policy areas traditionallyassociated with [them] and previously neglected […] »89. Pendant longtemps sous la VèmeRépublique, les femmes politiques, et notamment les rares femmes ministres, étaientcantonnées dans certaines thématiques dont il était très dur de sortir. « […] while womenmight be trying to cover the full range of policies, they are still expected to be the public faceof “feminine” policies. »90Le ministère de la Défense dut ainsi attendre jusqu’en 2002 pour avoir une femme à sa tête etencore était-ce la très virile Michèle Alliot-Marie. Ces thématiques, on peut aisémentl’imaginer, concernent les domaines du social, de l’environnement, de l’enseignement…Ensomme, des domaines relevant du care, soit de « la transposition dans l’espace public destâches traditionnellement assurées par les femmes dans le domaine privé. »91, dont lacrédibilité et la légitimité sont moindres dans le champ politique.L’anthropologue Marc Abélès en fait le constat lors d’une enquête de terrain d’un an àl’Assemblée nationale :« La représentation des deux sexes au sein des commissions est notoirement inégale. On envoie lesfemmes de préférence aux Affaires culturelles, familiales et sociales et à la Production et auxEchanges. Si elles siègent aussi en nombre plus limité à la commission des Lois, les Affaires87 Partie I-C-188 «True” and “Assumed” Gender Differences: A Study of Representation in the French Parliament » Paper forPSA 2011, University of London89 « Les femmes seront ghettoïsées dans des thématiques politiques qui leur sont traditionnellement associéeset qui étaient auparavant négligées. »90 « Alors que les femmes essayaient de s’emparer de tous les thèmes politiques, on attendait d’elles qu’ellessoient la vitrine des politiques « féminines » » Rainbow Murray, op.cit.91 Marlène Coulomb Gully, op.cit. p 21 59
  • 60. étrangères, la Défense, et les Finances demeurent l’apanage des hommes. L’observateur qui s’étonnedu caractère ultra masculin de ces aréopages ne reçoit que des réponses évasives : cela tiendrait àl’incompétence ou à l’inexpérience des élues, mais, assure-t-on, cette situation ne va pas durer. »92A la tentative de Martine Aubry de mettre « la société du care » au sein du projet socialistepour 2012, en insistant sur le « bien-être et le respect » qui devaient l’emporter sur « lematérialisme et le tout-avoir », le journaliste Jean-Michel Apathie a répondu en lui décernant« un prix de nunucherie ».93Le responsable du pôle Conseil de l’agence de communication spécialisée dans le consultingpolitique m’a d’ailleurs tenu ces propos :« A la base, la politique, c’est tout de même une affaire d’hommes. Par exemple, mon grand-père étaitmilitant et ma grand-mère ne faisait que suivre. Il n’y a pas vraiment eu de femmes politiques jusquedans les années 90. Avant quand il y en avait, elles n’avaient que des rôles secondaires, ou étaientcantonnées à des questions « féminines », comme la famille. Et, de manière générale, elles étaient plusconseillères que « politiques. » La politique suit un modèle très patriarcal, très « De Gaulle auxaffaires et Tante Yvonne à la maison ».La formule de Rainbow Murray (« les femmes vitrines des politiques féminines ») estd’ailleurs à propos lorsque l’on pense aux années pré-parité où les femmes, assignées à desSecrétariats d’Etat qui n’étaient ni régaliens et souvent sans grand intérêt, servaient de vitrinesà des gouvernements arborant fièrement le blason de la modernité, à travers cet ersatz deparité.Entre 2007 et 2011, Ségolène Royal semble en tout cas avoir compris l’importance du choixdes thématiques des discours qui participent à mise en scène communicationnelle. Dès sespremiers pas de ministre, au début des années 90, elle montre une certaine appétence pour dessujets essentiellement « féminins » et en fait des combats notoires, comme celui qu’elle amené contre les mangas japonais, responsable selon elle de la violence chez les enfants ou sonengagement en faveur de la contraception chez les adolescentes du Poitou-Charentes. Sesportefeuilles successifs n’ont jamais dépassé les frontières du care (Environnement,Enseignement, Famille). En 2007, elle privilégie les thèmes sociaux et sociétaux par rapport92 Marc Abélès, Un ethnologue à l’Assemblée, Poches Odile Jacob, 2000, p 5293 « La société du care de Martine Aubry fait débat » par Samuel Laurent dans Le Monde du 14.05.2010 60
  • 61. aux sujets plus régaliens ou économiques et fait de la famille, l’un de ses principauxarguments de campagne94.Semblant avoir appris de ses erreurs, elle nuance cette stratégie lors de sa candidature dans lecadre des primaires socialistes. Dans son discours de candidature, elle parle d’insécurité (« Estce équitable que certaines zones du pays soient devenus des zones de non-droit où la police neva plus parce que les caïds font la loi ? »), encourage l’action des PME (« Nous avons mis enplace de nouveaux outils financiers de proximité, préfigurant la banque publiqued’investissement, prévue par le projet des socialistes pour soutenir les PME, artisans,commerçants qui sont aujourd’hui bridés par manque de crédits […] ») et aborde la questionde la condition ouvrière : « Et toutes les luttes sociales des ouvriers qui se battent contre lesdélocalisations financières, et les parents d’élèves qui se battent pour maintenir les écoles deleurs enfants. » On admire l’étrange parallèle entre les « ouvriers » et les « parents d’élèves »,seule référence du discours au thème de la famille. La virilisation de son discours semble iciévidente.Le sujet de prédilection de Martine Aubry est une thématique à connotation masculine. Ayantofficié auprès de plusieurs ministres du Travail, avant de le devenir elle-même, MartineAubry est connue comme étant « la Dame des 35 heures ».J’ai déjà évoqué, concernant cette candidate, l’agencement savant des sujets politiques dansson clip de campagne, qui fait s’alterner thématiques « féminines » et thématiques « viriles »95(l’accès à la culture puis les banques d’investissement, la création d’un pacte éducatif puis lapolice de proximité…). Son discours de candidature montre la même organisation : Pêle-mêle, elle évoque l’emploi, l’Education nationale, la justice, l’action sociale, ladiplomatie…sans aucune hiérarchie dénotant une stratégie d’appropriation de thèmes plusconnotés que d’autres, en matière de genre. Un équilibre qui semble mettre en abyme sastratégie de mise en scène d’une stricte neutralité.Ainsi les thématiques choisies dans les discours participent bien à cet effort de légitimation autravers de stratégies de présentation de soi. Une stratégie virilisante pour Ségolène Royal oudédiée au maintien de la neutralité pour Martine Aubry (donc du masculin, puisque la94 Comme le montre la mise en scène de son clip de campagne. Voir Partie I-C-295 Voir partie I-C-1 61
  • 62. neutralité est, par défaut, virile96.) J’évoquerai plus tard, à dessein, les thématiquesprivilégiées par Marine Le Pen.2 – L’héritage et l’inscription dans une tradition virileLa figure du père joue (ou a joué) un rôle non négligeable dans le destin politique des troiscandidates. Qu’il s’agisse d’un patriarche comme Jean-Marie Le Pen, d’une icône commeJacques Delors ou des divers pères de substitution de Ségolène Royal, la figure du pèreoccupe une place primordiale dans les stratégies de mise en scène de soi de ces femmespolitiques. Renié, exploité ou inventé, la gloire ou l’opprobre des géniteurs rejaillit sur laprogéniture, ainsi que leur virilité, par la même occasion. La référence au père est donc – pourla plupart d’entre elles – un garant de légitimité ainsi qu’un moyen de s’auto-légitimer en serevendiquant symboliquement d’une virilité héritée.Durant son discours de candidature, Martine Aubry s’écarte à deux reprises de la neutralitépour évoquer son père, Jaques Delors, ancien ministre et Président de la Commissioneuropéenne dont elle revendique à deux reprises l’héritage, de façon implicite : « Je vous ledis aussi en m’appuyant sur ce que j’ai de plus cher, les valeurs transmises par ma famille[…] », « Vous le savez bien, cest presque dans mes gênes, l’Europe est pour moi un combatde toujours. ». Une revendication discrète, qui se lit entre les lignes, mais qui est bienprésente.Ségolène Royal, quant à elle, cite François Mitterrand dès le second paragraphe de sondiscours de candidature : « […] cette Venise Verte, qui bénéficia de l’attention de l’Etat, avecla venue de François Mitterrand venu en 1992 appuyer notre volonté commune […]. » Elleinvoque ici le père, elle qui est la seule des trois candidates à ne pas voir une ascendancemobilisable comme argument politique. Elle s’inscrit donc de fait dans la lignéemitterrandienne, ce qui lui donne une stature de potentiel chef d’Etat mais également uneposture d’héritier de cet homme dont la vigueur virile, tant dans la pratique du pouvoir quedans les conquêtes amoureuses, est de notoriété publique.97 Elle le citera une nouvelle fois aucours de son discours.96 Voir partie II-A-397 A ce sujet, Christophe Deloire et Christophe Dubois dressent un portrait édifiant de l’ancien Président de laRépublique dans leur ouvrage Sexus Politicus, Ed. Albin Michel, 2006, « L’exception française » pp 175-229 62
  • 63. Plus loin, elle fait référence à un autre homme d’Etat : « […] la conception désintéressée de lapolitique qu’avait le Général de Gaulle […] ». On comprend la manœuvre, d’un point de vuepolitique : bien qu’il soit l’ennemi historique du camp socialiste, Charles de Gaulle est unefigure fédératrice de la politique française et quiconque souhaite un jour postuler à l’électionsuprême doit revendiquer, à un moment ou un autre, les mêmes aspirations à une politiquetrans-partisane que l’ancien Président. Du point de vue du genre, Ségolène Royal évoque icile souvenir de l’homme dont Pompidou avait dit qu’il avait laissé la France « veuve »98 ,allusion à la virilité de ce Président militaire. Ainsi, Ségolène Royal exploite ces deux figuresviriles. Je suppose qu’elle le fait à la fois pour se créer une lignée politique et pour que lagloire virile qui auréole ces deux hommes rejaillisse sur celle qui les fait revivre dans sondiscours.Il faut ensuite s’intéresser au lieu du discours. Alors qu’elle avait choisi la ville de Vitrolles,dans la Nord, bastion socialiste par excellence, pour son discours de candidature en 2006,Ségolène Royal s’adresse ici à l’ensemble des sympathisants socialistes depuis son proprefief, la région Poitou, dont elle est présidente depuis 2004. Elle a donc choisi de s’exprimerdans un milieu très rural, qu’elle décrit d’ailleurs dans le tout premier paragraphe de sondiscours : « Dans ce pays de terre et de chemins d’eau, creusé à mains d’hommes depuis leonzième siècle, pour gagner des pâturages et sortir les paysans de la misère, créant un paysageétonnant […] ». Un discours qui encense la ruralité et le travail de la terre, thème viriltristement célèbre pour avoir été exploité par les idéologies fascistes et collaborationnistesdans les années 30 et 40, puis par la droite poujadiste. Aujourd’hui dénué de toute connotationpolitique, à force de partage entre l’extrême droite louant le sol français et l’extrême gauches’octroyant le monopole de la cause paysanne, le thème du travail de la terre reste tout demême un apanage du travail viril. Ségolène Royal s’inscrit ici de façon inédite dans latradition paysanne virile.Le rapport au père de Marine Le Pen est autrement complexe. A la fois son mentor et sonboulet, Jean-Marie Le Pen fait rejaillir sur sa fille des années d’outrance et de polémiquesplutôt que du prestige politique. Or, l’un des souhaits les plus ardents de Marine Le Pen,comme on a pu le voir dans sa rapide biographie, est de « dédiaboliser » (selon l’expression98 «Le Général de Gaulle est mort ; la France est veuve… » cité par Marlène Coulomb Gully in Présidente : legrand défi. Femmes, Politique et Médias, Ed. Payot, 2012 63
  • 64. désormais consacrée) le Front National, laissant au placard « Durafour crématoire » et autres« détails » afin d’avoir une véritable chance de gagner une élection nationale. Bien que lafigure de Jean-Marie Le Pen soit d’une virilité incontestable (ancien « Para », homme àfemme et homme de fer…), Marine Le Pen, de par sa ressource virile naturelle, semblefinalement trouver plus d’inconvénient que d’avantage dans cette filiation.Voici ce qu’elle dit dans son discours de candidature : « Je considère que nous avons traversédes siècles d’obscurantismes tragiques, de guerres parfois inutiles, de pouvoir absolu, derévolutions sanglantes dont les effets n’ont pas toujours servi les pauvres, d’exploitation del’homme par l’homme […] » Du point de vue du genre, cette phrase n’est pas anodine.Fustigeant la violence, Marine Le Pen incarne la « paix féminine ». Le niveau de lecture peut-être triple, car la candidate balaie autant le passé sulfureux de son parti, le poussant vers unemodernité apaisée, que l’héritage belliqueux du père, se construisant une identité opposée àcelle de Jean-Marie Le Pen. Elle évoque également l’exploitation de « l’homme parl’homme ». On peut bien entendu prendre le mot « homme » non pas dans son acceptionuniversel, mais bien dans sa réalité biologique. Marine Le Pen ferait alors du sexe masculin etde la virilité pugnace la cause des maux du monde, auxquels seul un leader de sexe fémininpourrait remédier. Encore une fois, elle semble faire de son sexe et de sa féminité unargument politique.L’héritage de Jean-Marie Le Pen est en effet lourd à porter. Pour avoir une chance à l’électionprésidentielle, Marine Le Pen a dû se distinguer de son père à la fois pour ne pas êtreenfermée dans la catégorie « Fille de » et pour faire oublier ses dérapages et échecs électorauxsuccessifs depuis dix ans. Durant la campagne, Jean-Marie Le Pen a d’ailleurs multiplié les« bourdes »99, ce qui n’a pas profité à sa fille.C’est donc pour devenir présidentiable à part entière et éviter d’être éclaboussée par son pèrequ’elle tente de nier son héritage, voire de s’en construire un nouveau. On trouve des indicesde cette stratégie au sein de son discours.99 Il a d’ailleurs, selon lui, été écarté de plusieurs meetings de la candidate. 64
  • 65. « Je suis citoyenne française mais je suis aussi mère. Comme toutes les mères, je voudrais quema famille puisse vivre dans un climat de sécurité, que mes enfants puissent rentrer le soirsans que je craigne en permanence les vols, les rackets, les trafics de toutes sortes. »Plusieurs arguments politiques se retrouvent ici : Marine Le Pen établit d’inédits parallèles etfait de sa maternité son atout le plus efficace dans la lutte contre la délinquance, l’un desthèmes privilégiés par les électeurs du Front National. La mère pourrait donc réussir là où lepère a échoué. Elle n’est donc plus la fille de Jean-Marie Le Pen, mais une adversaire à sonniveau, niant ainsi son lien de parenté avec l’ancien Président du Front National.Enfin, il faut relever l’unique citation du discours, une citation du roi Henri IV : «Qu’ils nes’inquiètent pas des obstacles, du mépris, des injures, de la fatigue ; qu’ils se remémorent enchaque moment difficile cette phrase d’Henri IV : l’immense amour que je porte à la Francem’a toujours tout rendu facile ». Elle s’inscrit ainsi symboliquement dans l’illustre lignée desrois de France, elle qui prétend à la fonction suprême de la monarchie républicaine.Outrepassant le père biologique, elle s’insère donc dans l’Histoire de France pour s’affirmer,seule, sur la scène politique française.Pour Martine Aubry et Ségolène Royal, évoquer le père fait donc partie d’un processusd’autolégitimation virilisant. Pour Marine Le Pen, c’est peut-être, au contraire, le sur-jeu de saféminité qui pourrait la délivrer de la légitimité corrompue du père. Ainsi, contrairement àMarine Le Pen, Martine Aubry semble vouloir utiliser son héritage – certes plus léger àporter, quitte à être cataloguée « fille de… », Ségolène Royal, quant à elle, semble vouloir seconstruire une lignée pour en extraire de la légitimité.3 – Faire de sa féminité un argument politique à des fins de légitimationLe sur-jeu de la féminité peut parfois faire partie des stratégies communicationnellesd’autolégitimation des femmes politiques. C’est notamment observable chez Marine Le Pen etSégolène Royal. Martine Aubry ne semble jamais présenter une féminité exacerbée etrespecte scrupuleusement la mise en scène de sa propre neutralité genrée.Ainsi, en des circonstances très particulières, une mise en scène de soi féminine peut s’avérerbénéfique pour acquérir la légitimité politique traditionnellement octroyée au genre masculin. 65
  • 66. On remarque ainsi, dans le discours de candidature de Marine Le Pen, de nombreusesréférences à sa féminité100 et à sa condition de mère. On aurait pourtant pu penser que sacondition de femme était un handicap pour diriger un parti d’extrême droite. A cetteremarque, le responsable du Pôle Conseil d’une agence de communication publique a réponduceci :« Marine Le Pen gênait le parti parce que c’est une femme. A l’extrême droite, cette problématique estamplifiée. Mais bon, elle peut utiliser son genre parce qu’elle a compris qu’elle n’avait rien à perdre,qu’il fallait qu’elle se distingue de son père et que de toute façon, qu’elle soit féminine ou pas, ceuxqui n’allaient pas voter pour elle parce qu’elle était une femme, elle les avait déjà perdus. Alors elle adécidé de s’adoucir, d’incarner une nouvelle génération pour le parti. C’est une femme moderne : elleest divorcée et le social, la famille, ce n’est pas son truc. »Donc le fait qu’elle multiplie les allusions au thème de la famille dès le troisième paragraphede son intervention relève bien d’une mise en scène de sa féminité.C’est donc par stratégie, pour se détacher du père et gagner en légitimité de manièreautonome que Marine Le Pen s’est écartée de sa virilité que l’on qualifie souvent de« naturelle » pour adopter une attitude plus féminine, tant dans son comportement que dansses propos. Première femme leader d’un parti d’extrême droite susceptible de gagner uneélection nationale, Marine Le Pen utilise ainsi son sexe et sa féminité pour changer l’image duparti et la rendre plus lisse.Sa stratégie d’hyper-féminisation est donc justifiée et peut se lire d’une triple façon, comme jel’ai mentionné auparavant (pour se rendre « présidentiable », en tant que leader d’extrêmedroite, pour effacer l’héritage du père et pour redorer le blason de son parti).Ségolène Royal, elle, a emprunté la trajectoire opposée, puisqu’elle est passée d’un sur-jeu desa féminité à une mise en scène de soi plus rigide et plus virile. Ainsi, son clip de campagnede 2007 (ou elle dit notamment « C’est comme ça que je conçois la politique […] Moi-même,ayant dû concilier la vie familiale et la vie professionnelle, je sais que ce temps est précieux»)évoque celui de Marine Le Pen en 2012 (« Présidente de parti, femme, mère de trois enfants,100 Voir partie I-C-1 66
  • 67. je lutte »). Mais pourquoi n’a-t-elle pas, en 2007, directement élaboré une stratégie de mise enscène de soi virile au lieu de présenter, au contraire, une féminité exagérée ?101« Si Ségolène Royal a « joué » les femmes en politique, c’est parce que Nicolas Sarkozy a lui aussi, etlui d’abord, « joué » les hommes en politique dans une forme quasi inédite sous la CinquièmeRépublique de sur-virilisation (le « je vous parle en tant que mère » de Ségolène Royal et le« karcher » de Nicolas Sarkozy). »102Ainsi la mise en scène de soi féminine peut être une ressource défensive face au sur-jeu de lavirilité d’un adversaire et peut être une arme politique pour se distinguer de ses pairs :« Pour être élu, un candidat doit nécessairement attirer l’attention des électeurs. Il doit êtreremarquable (ou éminent) et présenter un certain relief par rapport à l’ensemble des autres citoyens.Un individu dont l’image ne se détache pas de celle des autres dans l’esprit de ses concitoyens passesimplement inaperçu et n’a guère de chance d’être élu. […] Pour être élu, peut-on dire en utilisant levocabulaire de la psychologie cognitive, un individu doit être saillant (salient) d’une manière oud’une autre […] le relief dépend de l’environnement dans lequel l’individu se trouve et dont son imagedoit se détacher. »103Ainsi le sur-jeu de la féminité peut constituer une stratégie efficace au sein d’un milieu quasi-exclusivement masculin. Face à Nicolas Sarkozy et sa stratégie d’hyper-virilisation104,Ségolène Royal a voulu se distinguer par sa féminité. Une stratégie qui, comme on a pu leconstater, n’a pas porté ses fruits.En conclusion, je dirais que virilité et légitimité politique sont liées, au grand dam descandidates à l’élection présidentielle qui souffrent d’emblée d’un déficit de légitimité due àleur condition de femme dans ce milieu viril. Pour pallier cela, elles mettent en place desstratégies d’autolégitimation qui consistent – la plupart du temps – à adopter dans leurcommunication des caractères culturellement attribués aux hommes en cherchant à évoquer lafigure traditionnelle de l’Homme providentiel. Elles veillent à ce que leur choix de101 Voir partie I-C-2102 Catherine Achin et Elsa Dorlin, op.cit.103 Bernard Manin, Principes du Gouvernement représentatif, Champs Essais, 1995, p 182104 « Nicolas Sarkozy et la masculinité mascarade du Président », Catherine Achin et Elsa Dorlin, op.cit. 67
  • 68. thématiques ne soit pas trop connoté « féminin » et elles revendiquent également leur filiation,biologique ou affective, à un homme politique illustre. Néanmoins, il peut arriver qu’unestratégie de mise en scène de soi virile semble moins pertinente pour arriver à ses fins(politiques) qu’un sur-jeu de sa féminité. C’est ainsi que l’on assiste à l’hyper-féminisationépisodique de Marine Le Pen, lorsqu’elle tente de faire oublier le passé sulfureux de son père,de donner une image de modernité au Front National et de s’imposer comme unique leader duparti loin de l’ombre du patriarche. Ségolène Royal, quant à elle, a usé de cette stratégie –sans succès – pour affronter la virilité exacerbée de son adversaire et se distinguer au sein dela sphère politique. Mais les stratégies élaborées par les candidates et leurs équipes, sont-ellesrelayées de manière fidèle et efficace vers le citoyen ? 68
  • 69. 69
  • 70. Partie III – Le relais des stratégies de présentation de soi dans la presseCette dernière partie a pour objet d’étudier le relais des stratégies de présentation de soi desfemmes politiques candidates à l’élection présidentielle dans la presse. Peut-on observer unrelais fidèle, dans la presse, de ces stratégies communicationnelles ?A – La presse et les femmes politiquesIl s’agit ici de confronter les opinions de chercheurs (qui sont en grande majorité deschercheurs de sexe féminin) concernant le traitement des femmes politiques par la presse.J’illustrerai ensuite ces différents points de vue en analysant des thèmes récurrents propres autraitement médiatique spécifique de la femme politique en France, à savoir la relationpère/fille ainsi que l’attachement à la description du corps et aux habitudes vestimentaires.1 – Une parenthèse désenchantée« […] les médias sont un des lieux de médiation d’une société avec elle-même, et peuvent s’y saisir lesreprésentations du genre et s’y jouer la scène de ses transformations […] Dans nos sociétéscontemporaines, les médias ont une responsabilité particulière dans la constitution des savoirs, lacirculation des représentations et le renforcement ou l’infirmation des croyances. Ils sont susceptiblesde participer à la définition des identités, notamment sexuées. »105Les médias, et notamment la presse participent directement au succès (ou à l’échec) desstratégies de communication politique. Encensés un jour, conspués le lendemain, les hommespolitiques savent que cet organe de légitimation106 peut rapidement les mener du capitole à laroche tarpéienne.Mais les femmes politiques savent qu’elles auront du mal à se hisser jusqu’au capitole sansl’aval d’une presse qui ne réserve pas, selon un consensus des études françaises récentes sur lesujet, un traitement égal aux hommes et aux femmes politiques. Selon Virginie Julliard, lesmédias contribuent à la définition des identités genrées mais ils peuvent également relayer etalimenter les stéréotypes genrés qui nuisent à quiconque tente de les transgresser, et105 Virginie Julliard, op.cit, 2008, p 12106 Voir les écrits de Jean-Marie Cotteret sur la légitimation cathodique et médiatique, que j’ai mentionnés enseconde partie. 70
  • 71. particulièrement en politique. Des chercheurs comme Marie-Joseph Bertini, Professeur àl’Université de Nice-Sofia Antipolis et Jane Freedman conçoivent un lien de cause à effetentre le discours tenu par les médias, notamment leurs définition des identités genrées et lescaractères qui leur sont attribuées, et l’exclusion symbolique des femmes en politique.107Marie-Joseph Bertini et Marlène Coulomb Gully s’accordent également sur la disparitéquantitative du traitement médiatique des hommes et des femmes politiques. 108 « Et ce n’estpas le discours des médias qui leur donnera davantage de place dans la société : ceux-cimaintiennent les femmes en marge du pouvoir. […] Le constat est édifiant : les femmesreprésentent seulement 18 % des personnes citées dans les médias. »109Au-delà de cette différence quantitative, les médias, selon Marie-Joseph Bertini et JaneFreedman, semblent en général insidieusement mais efficacement discréditer les rares femmesqui accèdent aux premières pages des journaux, en les enfermant dans des figurescaricaturales et réductrices. Marie-Joseph Bertini en recense cinq : la muse, la madone, lamère, l’égérie, et la pasionaria. Elle affirme ainsi que les médias assignent chacune à sa place,et maintiennent la femme dans sa position de dominé. Jane Freedman insiste, quant à elle, surla grille de lecture très genrée des médias qui distinguent de façon explicite femme politique 110« féminine » et femme politique « virile » , en les renvoyant en permanence à desstéréotypes.On aurait pu penser que la loi sur la parité, en 2001, permettrait que la presse devienne lenouveau vecteur d’une valorisation des caractères dits « féminins » en politique. Ceci n’a duréqu’un an et la « parenthèse enchantée » s’est refermée dès les élections présidentielles de107 Cécile Sourd, « Femmes ou politiques ? La représentation des candidates aux élections françaises de 2002dans la presse hebdomadaires », Revue Mots n°75, Usage politique du genre, 2005, p 76108 « Une enquête dans le Monde en 2002 rappelle cette évidence « à fonctions égales, la visibilité des femmespolitiques dans les médias reste largement inférieure à celles des hommes qui occupent des fonctionscomparables. » Marlène Coulomb Gully, op.cit., p 143109 Marieke Stein : « Marie-Joseph Bertini, Femmes le pouvoir impossible » Fayard, Coll. Essai, 2002110 « […] la presse dépeint encore les politiciennes en fonction de stéréotypes traditionnels associés à laféminité (dont ceux de lépouse, de la mère et de la fille), [mais] aussi en fonction de qualités contradictoires,qualités tantôt intrinsèques à leurs rôles maternels et familiaux (par exemple la douceur ou lempathie),tantôt associées à lidentité masculine (la combativité ou lentêtement par exemple). Ce chapitre est aussiloccasion de réfléchir sur lidée de différences femmes-hommes en politique, plus précisément surlexistence dapproches «féminines» et «masculines».» Manon Tremblay, « Jane Freedman : Femmespolitiques, mythes et symboles » op.cit. 71
  • 72. 2002. Catherine Achin a d’ailleurs bien remarqué les disparités dans le traitement descandidatures de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal dix ans plus tard.111« Les soupçons d’incompétence et d’illégitimité travaillent les portraits en clair-obscur parusdepuis les débats sur la parité, et il paraît décidément bien difficile de sortir des schémasarchétypaux qui travaillent nos imaginaires et nos mythes. » L’incompétence et l’illégitimité,d’après Virginie Julliard seraient ainsi encore largement mobilisées pour disqualifier,explicitement, certaines femmes politiques, comme Ségolène Royal semble en avoir fait lesfrais.112Ce bref condensé des théories des chercheurs français spécialisés dans le genre et les médiasme permet d’établir le contexte dans lequel s’inscrit mon analyse du corpus de presse réservéau traitement des candidatures de Marine Le Pen, Martine Aubry et Ségolène Royal. Avantd’observer le relais (ou l’absence de relais) de leurs stratégies de présentation de soi dans lapresse, je vais montrer qu’elles sont soumises à un traitement médiatique spécifique quirejoint en pratique les théories énoncées dans cette partie. Comme le dit Virginie Julliard,l’intérêt que les médias accordent au physique des femmes politiques ou à leurs rôlesfamiliaux ne faiblit effectivement pas.1132 – Le corpsPour décrire la différence de traitement que réserve la presse aux hommes et aux femmespolitiques, on peut d’ores et déjà souligner l’importance que revêtent le physique et l’allurevestimentaire d’une femme, dans un article qui lui est consacré. Des éléments qui apparaissentsecondaires quand il s’agit d’un homme. « L’histoire des femmes passe par l’histoire de leurcorps. Parce qu’en fait elles ne sont (ou elles n’ont été longtemps ?) qu’un corps... Ce corpsméconnu d’elles-mêmes a été célébré, écouté, inventé, interrogé, décodé par l’imaginairemasculin pendant des siècles. »114 Le corps reste donc davantage au cœur des représentations111 « Les journalistes et commentateurs ont beaucoup reproché à Ségolène Royal de « faire la fille » tout en larenvoyant la plupart du temps à ce rôle, sans réserver un traitement symétrique à Nicolas Sarkozy : son hyper-virilisation est restée invisible pour la plupart des observateurs, qui n’ont pas vu là l’un des ressorts de larupture vantée par le candidat. » Catherine Achin, tribune dans Médiapart, op.cit.112 Virginie Julliard, op.cit., p 499113 Virginie Julliard, op.cit., p 440114 Jane Freedman, citée par Cécile Sourd dans son mémoire : « L’exclusion symbolique des femmes politiquesdans les médias français », soutenu le 15 décembre 2003 à l’IEP de Lyon. 72
  • 73. de la femme et la presse s’en fait le miroir. Ainsi les parures et les vêtements des candidatessont soigneusement décrites dans les pages des magazines et des quotidiens. « Déviante parrapport à la norme puisque « illégitime » en politique, la femme se voit présentée dans lesmédias dans sa singularité de femme, constamment renvoyée à l’altérité de son corps. »115 Dusourire aux chaussures, en passant par la coiffure, tout est passé en revue par une presse qui,parfois, semble vouloir garder les femmes enfermées dans leurs coquilles charnelles afin dene pas les laisser se mélanger aux hommes.Marine Le Pen fait particulièrement l’objet de ce type de commentaires et ses choixvestimentaires sont bien plus scrutés que ceux des deux autres candidates étudiées. On encommente les évolutions, et ce que cela dénote en termes de stratégie : « "On la connue"Versaillaise bcbg", vamp jouant de cheveux longs, working girl en tailleur-jupe, rocknrollversion jeans. Elle sest longtemps cherchée." Aujourdhui, elle sest notabilisée […] et oscilleentre deux types de tenues, selon quelle opère en meeting ou sur un plateau TV. […] Demême joue-t-elle de sa blondeur […] Jusquà jouer des codes mêmes machistes, […] Elle aopté pour le blond bébé, celui de la femme idéale. Cest aussi bien le blond de lidiote, de lacandeur, de la victime que celui de la femme glaciale et mécanique. Résultat : elle peut sepermettre des propos bien plus durs que si elle était brune. »116. L’emploi de l’expression« jouer de » montre que le journaliste n’est pas dupe et semble parfaitement conscient quecette blondeur soigneusement entretenue fait partie d’une plus large stratégie de présentationde soi.La transformation physique de Marine Le Pen fascine les journalistes : « Pour l’heure, ladame est avenante comme une présentatrice de télévision. Elle a perdu 10 kilos en quatre ans.Et la fête, assure-t-elle, c’est fini, pour démentir son surnom au Paquebot, «la night-clubbeuse». Elle a aussi renoncé à ses longs cheveux de Loana, adoptant la coupe de ClaireChazal et Laurence Ferrari »117. La coiffure de Marine Le Pen trouble particulièrement carcette blondeur, symbole fort d’une féminité presque érotique, semble contraster avec le styleoral et politique viril de la candidate.115 Cécile Sourd, mémoire cité, p 36116 Le Monde, 18.04.2012117 Libération, 15.01.2011 73
  • 74. Sa métamorphose en termes d’habitude vestimentaire fait également la joie des journalistes.Une transformation qui fascine car elle est paradoxale : en changeant de look pour devenir« la parfaite mère de famille », une figure pourtant très féminine118, Marine Le Pen est devenuplus que jamais redoutable et virile dans la construction de sa nouvelle légitimité politique.Un paradoxe, une ambivalence remarquée par les journalistes : « Son look est classique etélégant, sans excès de sophistication. Sa force, cest lambivalence de son style : à la foisproche et lointain, avenant et distant, "accessible" mais aussi "hautain", voire autoritaire. »119Marine Le Pen est sans conteste l’un des personnages politiques qui fascine le plus la presse,mais aurait-on attaché tant d’importance à son allure si elle avait été un homme ?Au-delà de l’attachement de la presse à l’enveloppe corporelle des femmes politiques, onrecense un second lieu commun propre au traitement médiatique des femmes, c’est-à-dire ladéfinition par le statut familial.120 Rares sont les candidates dont on ne mentionne ni le statutmarital, ni le nombre d’enfants. « Assignées au monde privé de la famille et du foyer versus lemonde public de la politique, les femmes restent cantonnées aux rôles de 121fille/épouse/mère. » . Je n’analyserai que le rôle de « fille » en montrant la prégnance de telsschémas dans la presse.3 – L’éternelle « fille de » ?La « fille de » est un cas typique. Il concerne particulièrement Martine Aubry etparadoxalement, dans une moindre mesure, Marine Le Pen, qui semble s’être peu à peudétachée, pour les journalistes, du joug du père après avoir acquis une certaine autonomieidentitaire.118 Le Monde, 18.04.2012119 Le Monde, 09.12.2011120 Pour saisir l’ampleur de ce phénomène, l’étude du cas d’Arlette Laguiller, célibataire sans enfants àl’élection présidentielle de 1974, est particulièrement révélatrice. Marlène Coulomb Gully, op.cit., « ArletteLaguiller, la matrice androgyne », pp 40-49121 Julie Boudillon, « Une femme d’extrême droite dans les médias. Le cas de Marine Le Pen », Revue Motsn°78, « usages politiques du genre, pp 79-89 74
  • 75. « Le discours journalistique implique donc que les femmes en politique sont légitimées par leurparenté, une connotation qui est beaucoup moins présente dans le discours à propos des hommespolitiques qui sont dans la même position, comme fils ou comme neveu d’un autre député ».122Dans les articles et les portraits que la presse consacre à Martine Aubry en cette période decampagne, on mentionne bien souvent son lien de parenté avec l’ancien pilier du PartiSocialiste Jacques Delors. La périphrase la plus courante pour la désigner est d’ailleurs « lafille de Jacques Delors »123 « […] Jacques Delors déclare urbi et orbi : "Ma fille est lameilleure." Une déclaration qui nest pas que sympathique, elle est aussi très forte. CarJacques Delors nest pas du genre fiérot à se pousser du col, ni à la ramener. Cest lui, on sensouvient, qui avait refusé de se présenter à lélection présidentielle de 1995 alors que toutle PS était à ses pieds, le suppliant en vain. Il ne sétait pas senti dy aller. Pas senti à lahauteur dune situation politique quil jugeait trop compliquée pour lui. Cest dire quil nesengage pas à la légère, que le label Delors, cest du sérieux, et que, quand il dit "Ma fille estla meilleure", on est prié de le croire sans quaucun procès en népotisme puisse sérieusementlui être fait. »124 Contrairement au clan des Le Pen, la famille Delors est une famille respectéeet encensée par la presse. La légitimité politique de Jacques Delors rejaillit sur sa progéniturequi se voit couronnée du statut d’héritier et qui pourrait même arriver au bout du chemin quele père n’a pas osé emprunter. Même si elle est parfois attaquée par ses adversaires sur sonstatut de « fille de », la presse fait de cette filiation une caution de légitimité pour « l’héritier »qu’est Martine Aubry.« Les femmes ne semblent pas avoir dans ces représentations une existence indépendante.Elles ne peuvent se légitimer que par référence à un homme. »125 La question du lien deparenté entre Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen exalte tout de même la presse, le patriarchedu Front National étant l’une des figures majeures de la vie politique française depuis lesannées 70. La presse la décrit comme un « clone » de son père, selon les propos rapportés dela mère de l’intéressée126 ou expose leurs divergences : « Ces deux là sadorent. Il est lhommede sa vie, son héros […] Mais il est jaloux. Jaloux dêtre supplanté. Jaloux de constater que lesjournalistes qui le honnissaient, lui, la courtisent, elle. [...] Il supporte mal quelle renie ses122 Jane Freedman, citée par Cécile Sourd dans son mémoire cité plus haut123 Le Monde, 27.06.2011, Le Figaro, 18.11.2011…).124 Le Point 26.08.2011125 Jane Freedman, citée par Cécile Sourd dans son mémoire, cité.126 Libération, 15.01.2011 75
  • 76. saillies sur la Shoah. Il souffre de la voir normaliser un parti que lui a toujours voulu horsnorme, de la voir rompre avec une part de ce quil est, lui. »127 Marine Le Pen est donc parfoistotalement assimilée à son géniteur : « Le Menhir laisse le devant de la scène à son clone enperruque blonde. »128 Le motif du « clone » revient assez souvent. Péjoratif, il évoquel’univers sombre de la science fiction et fait de Marine Le Pen une créature « hybride », entrel’homme et la femme. Néanmoins, comme le dit Julie Boudillon, une telle dénomination peutcomporter une connotation positive pour l’intéressée :« Il semblerait que Marine Le Pen, qui d’ailleurs se réclame parfois de la ressemblance physique avecson père, s’approprie l’ethos de son père, marque de fabrique garante en partie de son succèsélectoral. En réalité, face à l’électorat du Front national, elle construit sa légitimité en jouant sur cetaspect viril, constitutif de l’ethos populiste des leaders d’extrême droite. »129« "Marine Le Pen occupe largement la scène de ses meeting, écartant les bras poursymboliser le rassemblement, parlant haut et fort dune voix rauque, comme son père.»130 Laverdeur du père rejaillit inévitablement sur la fille et, au sein de l’écriture journalistique, onobserve, à la manière du motif du « clone », une étrange fusion entre les deux figures. Ainsi,celui que l’on surnomme « le Diable de la République » - ce surnom ayant d’ailleurs donnénaissance à un documentaire éponyme sur le personnage – a une fille qui, depuis qu’elle estentrée en politique, se trouve affublée du surnom « la fille du diable »131. Pourtant au fil de lacampagne, « la fille du diable » devient rapidement le diable lui-même, comme le montre letitre de cet article traitant du look vestimentaire de la candidate : « le diable s’habille en jeanbrut »132 . La fille devient le père et jouit de sa légitimité et de sa virilité.Et ceci, même quand les journalistes s’appliquent à accentuer leurs différences : «La fille lissele discours du père, laisse les oriflammes frontistes aux combattants d’autres guerres. «Luic’est lui, et moi c’est moi.» La Shoah, l’Indochine, l’Algérie ? «Culture du XXe siècle.» 133Impossible pour la presse d’évoquer Marine Le Pen sans mentionner Jean-Marie d’unequelconque façon. Lors de la campagne, rares sont les articles qui n’évoquent pas le chef du127 Le Point, 11.05.2011128 Libération, 15.01.2011129 Julie Boudillon, article cité, p 87130 Le Monde, 18.04.2012131 Libération, 15.01.2011132 Le Monde, 09.12.2011133 Libération, 15.01.2011 76
  • 77. clan Le Pen. La seul mention de ce nom suffit finalement à fonder la légitimité de la fille, quel’on accuse étonnamment peu d’être « fille de », comparé aux diverses attaques dont estvictime Martine Aubry, et que j’ai pu recenser.Au fil de la campagne, la fille dépassera le père comme l’élève, le maître, dans les intentionsde vote et les sondages. Marine Le Pen devient symboliquement la cheffe du clan et la pressele relaie : « Jaloux de lui voir promise par presque tous les sondages une place au second tourde la présidentielle quand lui-même ne lavait obtenue, cette place, que par effraction, en 2002[…] Créer la polémique, cest tout ce qui lui reste pour voler la vedette à sa fille. Pourreprendre le pouvoir sur elle. »134Ces deux cas de « fille de » sont différents : Martine Aubry semble, sous la plumejournalistique, autant jouir de la légitimité politique de son père que de souffrir de son ombre.Quant à Marine Le Pen, elle semble être, au fil de la campagne dans la presse, dégagée del’ombre nuisible de son père pour finalement le surpasser en termes de popularité et deprédiction de succès électoral. Son nom lui octroie la légitimité virile et la visibilité nécessaireà une carrière prospère en politique, et son propre parcours en fait une figure de la politique àpart entière. Pour la presse quotidienne et hebdomadaire, d’ordinaire peu ouverte à l’extrêmedroite, Marine Le Pen fait un sans faute.134 Le Point, 11.05.2011 77
  • 78. B – Stratégies relayées, stratégies déconstruites : le surprenant consensus de la presseIl s’agit à présent, à travers le corpus, d’observer si la presse choisit de relayer, de dénoncerou de déconstruire les stratégies de mise en scène de soi genrées des candidates. A ma grandesurprise, j’ai observé un réel consensus des organes de presse, tout formule confondues(quotidienne ou hebdomadaire) et toutes identités partisanes confondues – aussi bienLibération que Le Figaro, par exemple – sur le fait de soutenir ou de défaire les stratégies decommunication des candidates. Si ma troisième hypothèse avançait que la presse, de manièregénérale, relayait les messages émis par les candidates, je me suis rendue compte que celafonctionnait plutôt au cas par cas. Si la presse relaie efficacement la stratégie de Marine LePen, elle semble déconstruire en permanence la stratégie et les messages émis par SégolèneRoyal. Le consensus de la presse est moindre concernant Martine Aubry, puisque sa stratégieambiguë et parfois inconstante provoque quelque fois des commentaires dissonants.1 – Une stratégie déconstruite et non-relayée : Ségolène RoyalDe manière générale, ce qui prédomine dans le traitement de la candidature de SégolèneRoyal par la presse, c’est la déconstruction de sa stratégie, d’une part par la constructiond’une contre-identité constituée en grande partie d’attributs féminins « négatifs » et d’autrepart par la mise en évidence et la dénonciation des tentatives de virilisation etd’autolégitimation.« Ségolène Royal ne séternise dailleurs pas sur cette bataille de chiffres, et conduit lentretiensur un autre terrain : "Cette augmentation ne tient pas compte de la pénibilité des tâches...".Ségolène Royal se dit forte de son expérience et "complètement aguerrie". Elle prometdésormais de revenir "dans la campagne en faisant de la politique par la preuve". »135 Lastructure anaphorique souligne les contradictions de la candidate qui déclare vouloir faire dela politique « par la preuve » et qui pourtant, n’étant pas à l’aise avec les chiffres – la preuvela plus tangible du discours politique – se réfugie à nouveau dans le care féminin. Lecommentateur met ici en évidence l’incapacité de la candidate à être à la hauteur de l’identitépolitique qu’elle tente pourtant de mettre en scène, dénonçant ainsi la stratégie de SégolèneRoyal. Sa prétendue incompétence est un terme récurrent, même de manière détournée, dansle traitement de sa candidature par la presse : « Certains ont jeté le soupçon sur sa compétence135 Le Monde, 8.07.2011 78
  • 79. malgré toute son expérience de laction politique trois fois ministre, députée pendant dix-huitans, présidente de Région. »136Sa stratégie est une nouvelle fois montrée du doigt lorsqu’elle choisit, pendant la campagne,de se positionner davantage sur les sujets de prédilections de la droite, réputés plus« masculins » : « Ségolène Royal tente de se montrer ferme, développant largument de lapression quexercerait la présence dimmigrés illégaux sur les salaires, tout en se défendantde tenir un discours de droite […] »137Il arrive quelque fois qu’elle soit infantilisée et ses propos, quelque peu tournés en ridicule :"Je vais prouver que je suis la plus forte et la plus expérimentée pour battre Nicolas Sarkozy »ce qui se transforme en gros titre en : « Royal : prouver qu’elle est « la plus forte ».138Le plus flagrant est sans doute la tournure très psychologisante que peuvent prendre certainsarticles sur Ségolène Royal. C’est notamment le cas d’un article paru dans Le Figaro du10.10.2011 : « Deux psychiatres ont analysé pour Le Figaro la défaite de Ségolène Royal et ledilemme du second tour entre Martine Aubry qui la trahie et François Hollande qui laquittée. » Cet entremêlement de la vie publique et de la vie privée est assez propre autraitement médiatique de la candidature de Ségolène Royal, où l’émotionnel prime enpermanence sur le rationnel. Ségolène Royal est sans cesse renvoyée à son affect, à sa vieprivée et finalement, en quelque sorte, à l’espace privé, pendant féminin, selon PierreBourdieu, de l’espace public au sein duquel seuls les hommes sont habilités à s’exprimer.139Aucun cliché n’est épargné dans cet article : on y parle de « blessure narcissique », de« larmes », de « gifle électorale ». Le vocabulaire de la blessure est omniprésent, SégolèneRoyale est psychanalysée et ramenée à la fragilité de sa condition de femme. L’article ne faitabsolument pas allusion aux conséquences politiques de la défaite (comme cela a été le casavec Martine Aubry et les autres prétendants à l’investiture socialiste), mais bien uniquementà l’impact émotionnel. Ségolène Royal semble même être, par ce traitement exceptionnel etcette féminisation intense, rayée du champ politique.136 Le Monde, 27.06.2011137 Le Monde 3.05.2011138 Le Figaro, 14.08.2011139 Pierre Bourdieu, La Domination masculine, op. cit. p 33 79
  • 80. L’article évoque, théâtralement, le « dilemme » qui l’oblige à choisir entre son ancien mari etsa rivale. Plusieurs psychologues sont invités à se prononcer sur la question : « SégolèneRoyal a donné limage dun personnage à la Jeanne dArc, seule, qui mène son combat pour lavérité et la justice […] Cette défaite va renforcer Ségolène Royal dans cette posture de femmeseule. ». Il s’agit ici d’un discours très genré : on convoque la traditionnelle figure de Jeanned’Arc et on dresse un portrait très iconique de Ségolène Royal. Seulement on note que la« femme seule » n’est ici pas utilisée avec la même connotation que « l’Homme seul », figureemblématique de la tradition politique française. On est plutôt, une nouvelle fois, dans leregistre du privé, de la femme célibataire, isolée et vulnérable. Pour la presse, etcontrairement à ce que la candidate tente de mettre en scène, Ségolène Royal n’est pas unefemme politique virile. C’est même tout juste une femme politique.Ce serait une femme faible, qui se voile les yeux, en décalage avec la réalité de la viepolitique : « Prête à se battre contre tous. Royal nest pas la favorite pour les primairesaujourdhui. Au journaliste qui le lui fait remarquer, elle rétorque fermement : «Vous aveztort.»140 Il arrive parfois qu’on lui prête des caractères positifs liés au féminin, même si celareste assez rare : « Tout cela, encore une fois, fait chaud au cœur et contredit cette idée toutefaite que la politique serait un jeu impitoyable où il ne sagirait que de combattre lautre àdéfaut de le tuer. Ségolène Royal, au fond, et malgré elle, a révélé au PS sa vraie nature, toutede charité. Cest pourquoi, malgré les apparences, elle est la grande gagnante des primaires etreste la madone du PS. »141De manière générale, il n’existe pas de continuité entre la stratégie de mise en scène de soiorchestrée par Ségolène Royal et l’identité que lui façonne la presse. Les efforts de virilisationet d’autolégitimation sont sapés par les journalistes qui la ramènent en permanence à son sexeet à son illégitimité à prétendre à la Présidence de la République. Non seulement la renvoie-t-on à son genre biologique, mais en plus on lui attribue les caractères péjoratifs culturellementaffectés au féminin (le caprice, la colère, la faiblesse…). Il serait dur de déterminer qui de lapresse ou de Ségolène Royal est responsable pour cette dissonance flagrante entre lesmessages qu’elle émet et ce qui est reflété dans la presse. A-t-elle abusé de l’utilisation de songenre à des fins politiques pendant la campagne précédente ? A-t-elle trop mélangé vie privéeet vie publique au cours de sa carrière, dont l’exemple le plus retentissant fut la publication dephotos de ses nouveaux nés dans Paris Match en 1992 ?140 Le Figaro, 24.01.2011141 Le Point, 13.10.2011 80
  • 81. 2 – Une stratégie relayée mais parfois dénoncée : Martine AubrySi la presse ne semble pas prendre le contre pied de l’identité genrée mise en avant parMartine Aubry, elle dénonce toutefois les quelques tentatives de féminisation de la candidate,en soulignant leur caractère artificiel et électoraliste. « Les femmes seraient-elles la nouvellecible électorale de Martine Aubry ? […] Le 14 septembre, elle réunissait son groupe desoutien féminin à la Mansouria, restaurant marocain du 11e arrondissement - "tenu par unechef femme", tient à préciser son équipe, pour parler avortement, égalité professionnelle,violences faites aux femmes... Elle veille aussi à son image dans la presse féminine. On lavue ainsi, dans Grazia du 9 septembre, sur une étonnante photo enlacée par les bras tatouésdune amie artiste noire de Roubaix. Du people ciblé où elle parle shopping - Zara ou Armani-, grands couturiers - elle trouve Lagerfeld " génial " mais trop cher - musique, danse,bouquins, régime ... et de lÉlysée où elle se voit. »142 La mention de « l’étonnante » photoavec son amie artiste ou ses propos rapportés et orchestrés de manière presque comiqueconcernant la mode montrent que la presse ne veut pas d’une Martine Aubry qui semble reniersa stratégie initiale pour courtiser certains segments d’électeurs.Si la presse montre parfois une Martine Aubry qui force sa nature en se féminisant, c’estparadoxalement à son avantage puisque cela met en évidence, par contraste sa virilité – etdonc sa légitimité – « naturelle » contre une féminisation « forcée ». C’est l’Express du25.09.2011 qui en parle le mieux : « Mardi, cest sur le plateau du " Grand journal "quelle brocarde " lattitude " de DSK vis- à-vis de la gent féminine. […] Pour autant, il ne fautpas sy tromper : cest surtout pour sattirer les faveurs de la moitié de lopinion que MartineAubry sautorise cette attaque ad hominem. La candidate fait même dune pierre deux coups :en plus de dégainer la " carte femme ", elle marque sa différence avec François Hollande, dontle positionnement a parfois manqué de tranchant sur ce sujet. » Le journaliste dénonce doncune tactique électoraliste contraire à sa stratégie initiale de présentation de soi, mais lui donne,en fin de compte l’avantage face à son adversaire. « Elle ne fait pas de son sexe un étendard[…] Mais l’argument principal pour rallier les féministes à Martine Aubry porte moins sur lebilan que sur sa crédibilité. Avant d’être une femme, elle est «présidentiable». Onentend «envergure», «solidité», «responsabilité» » (Libération 21.09.2011).Les journalistes sont-ils tous si conciliants avec la stratégie de Martine Aubry ? Le consensusde la presse est ici moins solide que pour Ségolène Royal et Marine Le Pen. Si certains louent,142 Le Monde 21.09.2011 81
  • 82. entre les lignes, sa virilité quasi « naturelle », d’autres évoquent son ambiguïté genrée en destermes moins laudatifs : ils (re)construisent l’image d’une femme mal à l’aise avec son genre,hésitant à se positionner. C’est l’exemple de cet article du Monde 17.10.2011 à l’intitulé lourdde sous-entendus « La candidate incertaine ». On y relate entre autres, les coups de colère deMartine Aubry : « Si cest comme ça, jarrête tout ! Je pars, explose Martine Aubry, qui a déjàempoigné son sac à main ». Le détail du sac à main pourrait symboliser la féminité contrariéede la candidate. On peut également citer l’anecdote du crayon dans l’œil. « Devant le grandmiroir du bureau du premier étage, la nouvelle première secrétaire du PS se refait une beauté,tout en calant au téléphone avec le porte-parole du parti, Benoît Hamon, les derniers détails dela réunion. Soudain, le crayon de maquillage glisse et senfonce profondément dans lœil de lapatronne du parti. […] Elle ne supporte plus les flashes des photographes, ce qui, pour unepersonnalité politique de premier plan, savère gênant. » Le journaliste manipule les symbolesde la féminité (l’accessoire, le maquillage) pour en faire des objets signifiant le malaise de lacandidate par rapport à son genre.Malgré la dénonciation des rares tentatives de féminisation de la candidate, la presse relaie lastratégie de Martine Aubry en soulignant l’ambiguïté du genre qu’elle met en scène. Ce statutde femme-homme lui permet d’acquérir une certaine légitimité politique, comme le montrentcertains articles de presse qui, sans pour autant explicitement la louer, mettent en valeur lesqualités de la candidate.3 – La stratégie fidèlement relayée : Marine Le PenL’ambivalence genrée de Marine Le Pen est parfaitement relayée dans les médias quidécrivent tour à tour sa féminité et son pouvoir de séduction (« Mère de trois enfants, divorcéedeux fois, la candidate frontiste aime à s’appuyer sur son parcours personnel : « Je sais ce quec’est que d’élever des enfants seule », l’entend-on dire souvent. Blonde, apprêtée, elle saitaussi jouer sobrement de son charme. Elle n’a rien de repoussant. Elle est dans une certaineséduction et joue sur le fait qu’elle est une femme »143 et la virilité agressive héritée de sonpère (« A la fin des années 90, quand Bruno Mégret tenta de s’emparer du FN en attaquant leclan familial - surnommé le «canal alimentaire», c’est Marine Le Pen qui a rugi, plus fortencore que son père, crinière dehors. On a découvert un mélange de Saint-Just et de Fouquier-143 Le Figaro, 17.04.2012 82
  • 83. Tinville, elle était prête à tout pour couper les têtes.»144 Une stratégie relayée à grand renfortd’images et de comparaisons : « Ce débat qui devait tourner autour des mesures de sonprogramme en faveur des femmes, Marine Le Pen ne la pas abordé comme un match de boxe- cest pourtant son habitude - mais comme une corrida. Elle était le torero. »145Ce mouvement permanent entre féminité et virilité est une stratégie de mise en scène de soiqui est parfaitement décodée par la presse qui, pour autant, ne la contrecarre ni ne ladéconstruit : « Cette touche virile brouille ainsi les pistes et impose la singularité de sonpersonnage. « « C’est une femme avec un ethos, une façon d’être masculine […] Elle a unevoix de fumeuse, un parler gouailleur, une certaine agressivité, en somme des traits que l’onassocierait à un homme. […] Marine Le Pen joue sur les deux tableaux, sa féminité et samasculinité, c’est assez troublant. Elle se présente ainsi comme une femme forte. » […]L’ambiguïté de Marine Le Pen ne se borne pas à son personnage public : l’ambivalence deson discours brouille également les pistes électorales »146Marine Le Pen est à la fois la candidate dont la stratégie est la plus commentée, certainementparce qu’elle est la plus transparente et la plus prononcée mais également celle dont lastratégie est relayée le plus fidèlement et le plus objectivement. Je n’ai recensé aucunetentative de déconstruction et de reconstruction d’une identité alternative, comme c’est le caspour Ségolène Royal. Marine Le Pen est sans doute la candidate qui fascine le plus et quipourtant suscite le moins de critiques sur sa présentation de soi144 Libération, 15.01.2011145 Le Monde, 05.04.2012146 Le Figaro, 17.04.2012 83
  • 84. C – L’autonomie de la presse face aux stratégies de mise en scène de soi des candidatesAu-delà du simple relais ou de la déconstruction, on observe que la presse se permet quelquelibertés avec les stratégies de présentation de soi genrées des candidates, en choisissant de lesappuyer, de façonner des contrastes ou de construire, comme pour Ségolène Royal, desidentités genrées alternatives. Voici quelques exemples de techniques au travers desquelles lapresse arrange à sa manière les stratégies dont elle se fait le relais plus ou moins fidèle.1- La langue employée et ses conséquencesLes journalistes peuvent utiliser un langage plus implicite dans la rédaction de leurs articles.Ils peuvent ainsi choisir de véhiculer d’insidieux messages, presque subliminaux, dont ilspeuvent être eux-mêmes inconscient. C’est souvent le cas lorsqu’il s’agit de nommer lescandidates à l’élection présidentielle, ou d’y faire référence. Comme le dit Marlène CoulombGully : « [on note] la mention de « Marie-France » (Garraud) par son seul prénom, comme lesont souvent les femmes politiques dans les médias, ce qui contribue à les délégitimer dans lecadre de la sphère publique. »147 Ainsi, pendant la campagne de 2007, les journalistes ontpopularisé la fameuse formule « Ségo-Sarko », se référant à l’homme avec la distance du nomde famille, et à la femme avec la familiarité du prénom.Parfois, c’est le contraire qui se produit : « Côté PS, le maire de Dijon, François Rebsamen,tacle Mme Royal […] »148 Marque de respect ou écriture inconsciente, sans verser dans larecherche des causalités psychologiques de la rédaction, la différence est manifeste : SégolèneRoyal est renvoyée à son genre avec l’emploi du titre d’appel « Madame » tandis queFrançois Rebsamen jouit de son autonomie par rapport à son sexe. La différence est plusmanifeste dans l’article suivant : « Martine Aubry a certes répété que Mme Royal avait "tout àfait le droit" dêtre candidate aux primaires. »149 Malgré les efforts de construction d’unenouvelle identité stratégique, comme je l’ai expliqué auparavant, la presse semble vouloirenfermer Ségolène Royal dans son genre biologique, dont elle a autrefois tiré profitpolitiquement. « Les gens croient quêtre président, cest toujours plus facile que ça paraît.Cest un long travail, (...) il faut un projet, ça ne simprovise pas", a déclaré jeudi Mme147 Marlène Coulomb Gully, op.cit., p 63148 Le Monde, 9.01.2011149 Le Monde 25.01.2011 84
  • 85. Royal »150 On remarque ici un habile jeu de contraste, conscient ou inconscient, entrel’emploi du terme masculin « président » accolé sous forme de propos rapporté à « MmeRoyal », les rendant incompatibles de fait.Ainsi, le niveau le plus élémentaire de l’usage de la langue montre que la presse s’attache àdéconstruire l’identité virile voulue par Ségolène Royal. Qu’elle soit nommée par sonprénom, quand son adversaire est appelé par son nom de famille, ou l’inverse, la différence detraitement est significative en ce sens qu’elle isole Ségolène Royal des autres candidatslégitimes, en employant insidieusement l’argument du genre.Un argument du genre qui peut tout aussi bien être explicitement posé, lorsqu’il s’agitd’autres candidates, comme Marine Le Pen avec laquelle la presse se montre (étonnamment.)cordiale.Marine Le Pen est la seule candidate à l’élection présidentielle à susciter de tellesinterrogations explicites sur son genre, comme le montre le titre de cet article du Figaro du17.04.2012, « Marine Le Pen brouille les genres ». La Présidente du FN navigue en effet enpermanence entre virilité et féminité, une stratégie qui soulève de nombreux commentairesdans la presse : «Être femme en politique n’est toujours pas aisé. Certaines sont attaquéespour leur féminité ou leur statut de mère de famille, d’autres parce qu’elles utiliseraient troples attributs des hommes. Et puis, il y a Marine Le Pen qui brouille les pistes. Trois expertsanalysent son art de battre des cils tout en tapant du poing. » Alors que la presse s’estmontrée plus subtile ou plus réservée sur la question du genre mis en avant par les deuxprécédentes prétendantes à la Présidence de la République, en usant de références, métaphoreset anecdotes en tout genre, c’est la première fois que le mot « genre » est employé pour parlerd’une candidate.En effet, comme je l’ai évoqué auparavant, Marine Le Pen ne cultive pas une ambiguïté tirantsur la neutralité, comme Martine Aubry. Elle entretient plutôt deux pôles fortement genrésentre lequel elle fait d’incessants allers retours. Une stratégie si forte, et donc si visible, nepeut qu’éveiller de nombreux commentaires : « Inconsciemment, nous avons un regard sexuésur les orateurs […]. Si Marine Le Pen sagitait trop, ce serait mal perçu, elle paraîtrait trop150 Le Monde, 04.02.2011 85
  • 86. virile. Avec elle, tout passe davantage par le visage, les yeux, le sourire, autant de mimiquesqui visent à adoucir le propos et à créer la connivence. […] C’est l’opportunisme du caméléon[...] »151.Un vrai caméléon en effet, qui arrive à esquiver les écueils récurrents dont sont victimes lesfemmes politiques : « Alors que Ségolène Royal était la cible d’attaques misogynes en 2007(« Ce n’est pas un concours de beauté », « Qui va garder les enfants ? », etc.), Marine Le Pensemble épargnée par la verve sexiste. Les médias ont à peine évoqué sa perte de poids et sanouvelle coupe présidentiable, alors qu’Eva Joly est régulièrement raillée pour ses monturescolorées ou sa chevelure désordonnée. Peut-être parce que le nouveau visage de l’extrêmedroite est aussi une femme à poigne ? « Elle est couillue, c’est un lion ! » dixit sa sœurYann. »152 Elle peut ainsi tenir des discours très différents sur sa condition féminine, quiseront relayés par une presse qui n’en relèvera pas les contradictions. Ainsi, elle déclare dansLe Point du 8.03.2012 : «Non, être une femme nest pas un atout en politique. Au contraire,cest plus exigeant, car la vie familiale percute de plein fouet lactivité politique: être une mèreet une candidate à la présidentielle, ce nest pas facile. », se positionnant en victime desinégalités hommes-femmes, pour affirmer ensuite, dans le Monde du 05.04.2012 : « On nestpas une espèce à protéger ! » afin de se justifier de son opposition au principe de parité et à lacréation du ministère du Droit des Femmes.Alors que la presse relève explicitement les contradictions du genre de Marine Le Pen, elle nesemble pas pour autant déconstruire sa stratégie d’ambivalence genrée. Les journalistes semontrent néanmoins assez rudes avec Ségolène Royal dont ils ne traitent le genre que defaçon implicite, l’isolant et la renvoyant sans cesse à une hyperféminité dont elle veut sortir etdéfaisant ainsi une stratégie murie depuis son échec à la présidentielle de 2007.2 – Les comparaisons : « diviser pour mieux genrer »« [Pour les journalistes], une candidature de femme entre nécessairement en concurrence avecles autres candidatures de femmes. »153 Alors quand Martine Aubry et Ségolène Royal entrent151 Le Figaro, 17.04.2012152 Le Figaro, 17.04.2012153 Marlène Coulomb Gully, op.cit., p 78 86
  • 87. en compétition l’une contre l’autre lors des primaires socialistes de 2011, la presse répertorieleurs différences et semble accentuer ce qui les distingue, virilisant et légitimant MartineAubry et, par contraste, féminisant Ségolène Royal, qui voit se déconstruire sa stratégied’autolégitimation virile dans les pages des journaux :Le Figaro, 14.08.2011 : « Martine Aubry. «La France souffre dun triple déficit», celui des finances publiques, de lemploi, et de la compétitivité, indique-t-elle dans le Journal du Dimanche (JDD). Les deux tiers des déficits publics sont dus à la politique de Nicolas Sarkozy, dit-elle en sappuyant sur un rapport de la Cour des comptes. « Ségolène Royal. «Ce nest pas juste une crise financière, mais une crise de civilisation», avance la présidente de la région Poitou-Charentes dans un entretien accordé au Parisien-Aujourdhui en France. Selon elle, «le niveau de vie des gens et lemploi» sont menacés. Aubry. Il faut immédiatement «supprimer 10 milliards deuros de niches fiscales», selon la maire de Lille. Elle promet daffecter 50% de la marge financière dégagée par cette mesure et par la reprise de la croissance à la réduction des déficits, reprenant ainsi une mesure figurant explicitement dans le programme du PS. Elle soppose en revanche à la règle dor, à savoir fixer dans la Constitution le principe déquilibre des finances publiques. Royal. «Je propose que les dépenses nouvelles soient gagées par des économies». Elle accuse Nicolas Sarkozy davoir «doublé le déficit public» en partie à cause de «cadeaux fiscaux aux grandes fortunes». Aubry. La candidate veut supprimer les avantages fiscaux liés aux heures supplémentaires «qui bloquent les embauches». Elle veut allouer 50% des futures marges de manœuvre budgétaires aux «investissements davenir», cest-à-dire en grande partie à lemploi. Royal. Elle ne mentionne quune seule fois les mots «emploi» et «chômage» dans linterview au Parisien, pour dénoncer la situation actuelle. Sans avancer de proposition sur le sujet.L’article oppose les points de vue des deux candidats sur des sujets précis, comme la dette oul’emploi, en ne faisant que rapporter leurs propos après la mention de leurs noms. Néanmoinstout semble extrêmement calculé. Lorsqu’elles s’opposent sur le déficit, le journal rapportedes propos techniques à Martine Aubry et mentionne un rapport de la Cour des Comptes,tandis que Ségolène Royal reste plutôt évasive sur le sujet, sans mentionner de chiffre, et 87
  • 88. évoque plutôt l’aspect social de l’enjeu. Tout au long de l’article, on prêtera à Martine Aubryun discours très technique, agrémenté de chiffres et de propositions, tandis qu’on accordera,au mieux, à Ségolène Royal, le pendant social du problème économique – la fameuseproblématique du care féminin – et au pire, l’absence de toute proposition et le report de laresponsabilité sur les précédents gouvernants. On attribue donc à Martine Aubry le monopolede la crédibilité sur ces sujets très masculin tandis que Ségolène Royal semble totalementillégitime à gérer ces problématiques. En somme, on érige Martine Aubry en gouvernantlégitime et rationnel, tandis qu’on souligne l’incapacité et l’incompétence de Ségolène Royal(« Elle ne mentionne quune seule fois les mots «emploi» et «chômage» […] Sans avancer deproposition sur le sujet. »), en la cantonnant au domaine de l’affect.« Quant à la maire de Lille, "sa seule expérience électorale, cest une législative perdue en2002. Passer de rien à une campagne présidentielle, ce nest pas facile", lance celle qui futcandidate du PS à lElysée en 2007. […] Martine Aubry, elle, na pas réagi aux attaques deMme Royal. Contacté par Le Monde.fr, le député Olivier Dussopt, porte-parole de lacandidate, ne souhaite faire "aucun commentaire", assurant que Mme Aubry "reste concentréesur son message, son projet et sa campagne". »154 Face à la « bassesse » des attaques de sarivale, le journaliste offre à Martine Aubry la grandeur et la distance de celui qui n’est pasatteint par les critiques.Ségolène Royal est renvoyée à son genre biologique et Martine Aubry s’en trouve viriliséepar comparaison. « Invitée, lundi 24 janvier au soir, de Canal+, Martine Aubry a certes répétéque Mme Royal avait "tout à fait le droit" dêtre candidate aux primaires. Mais elle na pusempêcher de noter, dans un éclat de rire : "Elle est un peu impatiente, là, Ségolène". Et derappeler, paraphrasant Mitterrand, quil y a "beaucoup de belles fleurs au PS" […].»155Lespropos rapportés par les journalistes montrent la distance et de l’ironie de la candidate.Il y a également la formule « là, Ségolène », dont on ne saura jamais si elle n’était pas plutôt« la Ségolène », une formule cavalière dont Martine Aubry a été obligée de se justifier. Dansl’article du Figaro qui compare leurs discours sur les enjeux économiques (voir tableau plushaut), Martine Aubry apparaît, contrairement à Ségolène Royal, comme légitime sur dessujets pourtant très techniques et souvent réservés aux hommes. Lorsque la presse relate son154 Le Monde, 8.09.2011155 Le Monde 25.01.2011) 88
  • 89. refus de répondre aux critiques de Ségolène Royal, elle incarne alors la sobriété contrel’outrance, l’impassibilité virile contre l’agitation féminine.Ainsi, les comparaisons effectuées entre les deux femmes par la presse avantagent souventMartine Aubry à qui l’on accorde, de façon schématique, une stature d’homme. Et c’est parcontraste que Ségolène Royal se voit affublée des aspects les plus vils de la féminité.3 – Une technique journalistique contre les stratégies de présentation de soi : l’anecdoteOn a vu auparavant que la presse entreprenait de déconstruire la stratégie d’autolégitimationgenrée de Ségolène Royal, en la renvoyant de façon systématique aux attributs négatifs de laféminité. L’une des techniques littéraires pour y parvenir est le récit d’anecdotes savammentsélectionnées et construites. Nombreuses sont les anecdotes, dans la presse, qui montrentSégolène Royal dans toute son hyperféminité, de préférence en compagnie d’un homme quiviendra souligner le contraste entre féminité et légitimité virile.« Ségolène Royal assure que cest elle qui ly a poussé. Elle vante son combat contre «leslobbies pétroliers et automobiles» et sa résistance aux «manœuvres politiciennes», commelorsque Luc Châtel, en visite dans sa région, a refusé de monter dans un prototype de la MIApour une photo à ses côtés. »156 On a ici la description d’une femme vantarde et en creux lescepticisme du journaliste avec l’emploi de la formule « assurer que ». Luc Châtel, alorsministre en exercice, est décrit comme un homme réaliste peu réceptif aux fanfaronnades de lafemme.« Colère et champagne pour Ségolène Royal : la socialiste na pas apprécié quon fasse passerson intervention après dautres réactions lors de son passage à France 2. […] Dans la loge, lacandidate à la primaire socialiste pique une grosse colère parce que des réactions enregistréesdautres ténors de la gauche ont précédé son intervention en direct. "A lavenir, vous allez merespecter", dit-elle, menaçante, aux journalistes de la chaîne publique. Puis, toujours aussiagacée, elle demande quon lui serve une coupe de champagne. Jean-Marie Le Guen,député très proche de lex-patron du FMI, sen voit aussi proposer une, mais refuse: "Ce nestpas vraiment le moment." »157156 Le Figaro, 2.09.2011157 L’Express, 24.05.2011 89
  • 90. Cette anecdote, que le journaliste a sciemment choisi de relater, montre une Ségolène Royalcapricieuse, colérique et superficielle, trois nouveaux attributs négatifs de la féminité, avecdes termes infantilisants à la limite de l’offense (« pique une grosse colère »). La figure del’homme, ici incarnée par Jean-Marie Le Guen, incarne à nouveau l’autorité et la contenance,qui condamne la femme pour son comportement irresponsable. La femme politique qu’estSégolène Royal est alors vue comme une « mineure », un individu politique inférieur.« Le point faible de François Hollande, cest linaction, déclare ainsi la présidente de Poitou-Charentes à propos de son ex-compagnon. "Est-ce que les Français peuvent citer une seulechose quil aurait réalisée en trente ans de vie politique ? Une seule ? demande-t-elle. […]Pierre Moscovici, coordonnateur de la campagne de M. Hollande pour la primaire PS, a aussiappelé jeudi au respect entre les candidats socialistes. Ce ne sont pas de tels propos qui ferontavancer la campagne de la primaire. Je suis, comme François Hollande, favorable à unecampagne du respect (...) Lobjectif, cest de battre Nicolas Sarkozy [en 2012, et il faut donc]éviter toute forme dattaque qui, demain, donne des atouts au candidat de la droite contre lecandidat socialiste. »158 L’article compile les piques que Ségolène Royal adresse à sesadversaires, François Hollande et Martine Aubry. Il n’est rédigé qu’à partir de proposrapportés mis entre guillemets. La pièce se joue en deux actes et s’achève par lacondamnation de l’homme, qui dresse le portrait d’une femme candidate irresponsable, voirehystérique, attaquant de façon virulente ses adversaires.Dans la presse, la parole rapportée de l’homme joue un rôle fondamental dans ladéconstruction de la stratégie genrée de Ségolène Royal, ainsi qu’on le voit : « Son score à laprimaire PS ne lui permettra pas de peser pour la suite. Ses larmes de déception, dimanchesoir, ont ému les dirigeants socialistes. Laurent Fabius, qui est pro-Aubry, a trouvé sacampagne «extrêmement courageuse, digne». «Ça doit être très difficile pour elle sur le planhumain, mais je pense quelle doit être saluée», a-t-il dit. Durant la campagne, son anciencompagnon François Hollande, meilleur expert de la vie des socialistes, confiait sa certitude :«Elle pense vraiment quelle a une chance.» Entre 2007 et 2011, Ségolène Royal avaitpourtant changé. Tous ses rivaux en convenaient : elle était beaucoup mieux préparée quil y aquatre ans. »159 La compassion est omniprésente dans cet article. On y relate les « larmes dedéception », on évoque la difficulté de la défaite « au plan humain », on s’émeut du fait158 Le Monde, 8.09.2011159 Le Figaro, 10.10.2011 90
  • 91. qu’elle puisse « penser avoir une chance » et enfin on lui reconnait, comme à une écolière, lefait qu’elle était « beaucoup mieux préparée ».Aurait-on pu écrire ceci d’un homme ? Probablement pas. C’est l’anecdote d’un événementpolitique entièrement fondée sur l’affect et l’impact émotionnel, personnel, d’un événementpolitique, très loin de la respectueuse distance que l’on réserve aux hommes dans un contextesimilaire. Les « larmes de déception » ont dissout en l’espace d’un instant l’identité virilequ’elle avait tenté de construire durant la campagne des primaires, et la presse a bondi. Deuxhommes sont présents dans le récit de l’anecdote, Laurent Fabius et l’ancien compagnon,François Hollande. Leurs propos rapportés sont compatissants et participent à la mise enévidence de la fragilité de la candidate, qui doit être louée pour ses efforts malgré la défaite.Ségolène Royal, principal objet d’un article où elle n’a pas le droit à la parole est ici unefigure archétypale de la faiblesse féminine.A titre de comparaison, j’évoquerai la place des hommes dans les anecdotes relatées à proposde Martine Aubry.« Volontariste, «résolue à se battre», Martine Aubry a voulu prouver à ses adversaires, quilaccusent dêtre une candidate de substitution à Dominique-Strauss-Kahn, quelle avait enviede se lancer dans la course. En hausse dans les sondages, elle est désormais quasiment àégalité avec François Hollande, lautre favori. » (Le Figaro, 29.06.2011). Dans la langueemployée et le style narratif, on constate qu’il n’y a pas de différence de traitement (le prénomet le nom sont utilisés pour les trois protagonistes). Contrairement à Ségolène Royal, lorsqu’ils’agit de Martine Aubry et qu’un homme intervient dans l’article, ils sont à égalité. Une miseen abyme, en quelque sorte, du résultat des sondages évoqués dans l’article. Le vocabulaire ducombat (« se battre », « ses adversaires ») participe à l’idée que Martine Aubry est l’égale deshommes dans l’arène politique. C’est donc un nouvel exemple qui montre le relairelativement fidèle de sa stratégie par la presse.Elle est d’ailleurs attaquée, en bonne et due forme, par son principal adversaire, FrançoisHollande : « Jai été dès mon premier vote à gauche. Je me suis engagé au Parti socialiste trèstôt, jai été un militant, jai été un élu, jai conquis tous les mandats que jai gagnés. Je naihérité de rien, a-t-il fait valoir, visant Martine Aubry, fille de Jacques Delors. »160 En relatantl’attaque de François Hollande contre Martine Aubry, le journaliste en fait des adversaires160 Le Monde 11.10.2011 91
  • 92. égaux, d’homme à homme. A titre de comparaison, je n’ai pas recensé d’attaques de FrançoisHollande contre Ségolène Royal dans mon corpus.La personnalité ambiguë de Martine Aubry semble interroger la presse. La Une de Libérationdu 20.01.2011 est l’une des unes du journal qui a engendré le plus de débats cette année.Les traits sont durs et le maquillage, presque outrancier, comme s’il fallait à tout prix lagrimer…en femme. Les journalistes et les internautes ne sont pas dupes. Les débats sontnombreux : « un mage », « un revenant », « Docteur Hyde » peut-on lire sur les forums.L’Express du 20.09.2011 tranche : « Dark Knight et Blue Velvet ». Entre le Joker de Batmanet Isabella Rosselini. L’ambiguïté règne toujours.Comme Marine Le Pen, Martine Aubry a parfois un comportement dont on pourrait dire qu’ilest, dans l’imaginaire commun, opposé à son genre biologique. Sa familiarité, voire lavulgarité de ses propos est retranscrite de manière minutieuse dans la presse : « "Je vousemmerde, je suis moi-même", leur répond-elle parfois »161. Son commentaire sur la « gauchemolle »162 incarnée par François Hollande a également fait couler beaucoup d’encre,notamment sur la connotation sexuelle de la métaphore. Martine Aubry incarnerait donc la« gauche dure » contre la mollesse de son adversaire. Nul besoin de filer la métaphore, celasemble assez clair.161 L’Express, 28.06.2011162 Le Monde, 13.10.2011 92
  • 93. Dans le portrait que lui consacre Ouest France le 28.06.2011, on voit que la presse relaietoujours l’ambigüité genrée de la candidate : « Femme d’Etat », « mère sévère »,« teigneuse », « bonne vivante »… Les qualificatifs pleuvent pour décrire Martine Aubry, quidécide enfin de faire ce à quoi son père, Jacques Delors, avait renoncé en 1995 : briguerl’Elysée. » Tout au long du portrait se dessine une femme à la « King », comme l’a décritCatherine Achin. Le titre du portrait est révélateur : « Une dame de fer qui pleure parfois ». Ilfait référence à Margaret Thatcher, « The Iron Lady », qui était d’ailleurs l’exemple queCatherine Achin a choisi pour illustrer sa théorie de la « King ». On lit le portrait d’uneMartine Aubry qui est « une femme impériale et implacable » mais qui peut « verser deslarmes ». Elle est autant passionnée de football et de sport que d’art et de littérature. Unêtre « avec ses passions, ses paradoxes et sa face noire […] capable de cette violence propre àla politique où l’on trahit, où l’on ment. ». Martine Aubry n’est donc ni homme, ni femme,donc mi homme, mi femme, c’est un « être » neutre, ce qui paraît tout à fait en adéquationavec l’identité genrée qu’elle met en avant dans sa communication.Contrairement au traitement réservé à Ségolène Royal par la presse, lorsque, dans des articles,des hommes surgissent aux côtés de Martine Aubry, ce n’est pas pour la condamner. Bien aucontraire. Puisqu’elle est leur égale, ils viennent la chercher: « Que veux-tu que je te dise ?Elle veut pas, elle veut pas !" […] Claude Bartolone est désespéré. Tout est en place pourque Martine Aubry prenne le parti, et elle ne veut pas ! Depuis des mois, les fabiusiens et lesstrauss-kahniens, soucieux de préserver lavenir élyséen de leurs champions respectifs et doncdempêcher Ségolène Royal de semparer du PS, poussent Martine Aubry à incarner lacandidate des "reconstructeurs". Ils sont presque arrivés à leur fin. »163On vient la chercher, comme l’Homme providentiel, cette figure très gaullienne de la solitudeet de l’entêtement (« Elle veut pas, elle veut pas ! »). Lorsqu’en effet Martine Aubry estdécrite comme une femme seule, elle n’incarne pas la même figure de la « femme seule » queSégolène Royal, la femme abandonnée et isolée. Non, Martine Aubry, c’est plutôt la cheffequi n’a besoin de personne et encore moins des hommes pour prendre le pouvoir : « Sobre.Seule devant un fond bleu, agrémenté des drapeaux français et européen, seule en scène, sansténor socialiste à ses côtés, Martine Aubry a lancé, mardi 28 juin dans sa ville de Lille, sacampagne pour la primaire socialiste et donc la présidentielle.» 164 Dans ce style littéraire trèsromancé et rare dans un article de presse quotidienne, on peut sentir la déférence, consciente163 Le Monde, 17.10.2011164 Le Monde 28.06.2011 93
  • 94. ou inconsciente, du journaliste envers Martine Aubry et surtout l’impeccable relais de sastratégie de neutralité genrée.De manière générale, la presse se montre plus tendre avec Martine Aubry qu’avec SégolèneRoyal. Le meilleur exemple est cet extrait d’un article du Point du 22.09.2011 : « "Oui, je suisune femme politique, mais je suis socialiste, républicaine, et cest en ce nom-là que je me batspour légalité entre les hommes et les femmes. […] A trois semaines du premier tour de laprimaire du 9 octobre, la maire de Lille a ironisé sur le "manque denvie" quon lui prête, "ceque, chez les hommes, on appellerait modestie" ». L’utilisation du discours rapporté et laconstruction de la proposition montre la volonté du journaliste de relayer fidèlement lesparoles de cette dernière.En conclusion, il semble que la presse se montre traditionnellement peu tendre avec lesfemmes politiques, les renvoyant sans cesse à leur genre biologique, soulignant leurincompétence « naturelle », les enfermant dans leur statut marital ou familial et les tenant àpart, de manière général, de l’univers viril de la politique en se focalisant davantage sur leurnouvelle couleur de cheveux que sur leur programme politique. Mais en y regardant de plusprès, on s’aperçoit que la presse réserve un traitement différent à chaque candidate à l’électionprésidentielle. Le plus étonnant est peut-être le consensus des divers organes de presse, auxsensibilités politiques et aux formats assez hétérogènes, sur la façon de traiter les stratégies deprésentation de soi viriles des candidates.Ainsi, Marine Le Pen a l’honneur de voir sa stratégie d’ambivalence genrée soigneusementrelayée par la presse, malgré les interrogations explicites qu’elle suscite. Martine Aubry voitsa stratégie d’ambiguïté genrée relayée, sauf lorsqu’elle tente de se féminiser à des fins que lapresse qualifie d’électorales. Les journalistes l’empêchent donc de sortir de sa neutralité mi-naturelle mi-mise en scène. Quant à Ségolène Royal, elle voit sa stratégie de virilisationentièrement déconstruite au profit d’une hyper-féminisation aux attributs négatifs. Sans douten’ont-ils pas oublié sa stratégie de 2007. 94
  • 95. 95
  • 96. ConclusionDans quelle mesure les stratégies de présentation de soi des femmes politiques mettent-ellesen évidence la nécessité de paraître virile? Telle était l’interrogation qui a sous-tendu maréflexion tout au long de ce mémoire.J’ai pu observer les différentes stratégies de présentation de soi communicationnelles etmédiatiques élaborées par les candidates et leurs équipes en les analysant à travers le prismedu genre, notamment du genre viril. Pourquoi Marine Le Pen, Ségolène Royal et MartineAubry se sont-elles évertuées, de façon différente, à mettre en scène un genre qui necorrespond pas à leur genre biologique ? Si j’ai employé le terme « nécessité » dans laproblématique, c’est bien parce que cette mise en scène révèle l’obligation structurelle enpolitique de posséder les caractères culturellement attribués au sexe masculin, cest-à-dire lescaractères virils, pour incarner le pouvoir. Cette obligation découle de la tradition politiquefrançaise qui fait du Président de la République un rôle aux aspects rigides et inaltérables,auquel on ne peut prétendre que si l’on est considéré comme légitime. Et c’est bien le lienentre légitimité politique et virilité qui éclaire la volonté de ces femmes de masquer leurféminité et d’adopter les vertus du mâle afin d’accéder à la magistrature suprême.Ces stratégies de présentation viriles, qui m’ont interpellé, ont été le point de départ d’unerecherche destinée à comprendre l’illégitimité des femmes et la forte masculinité du milieu.C’est grâce à l’analyse de ces stratégies que j’ai pu saisir l’enjeu principal de laproblématique, c’est-à-dire le lien nécessaire, inéluctable, entre légitimité politique etcaractères culturellement associés à la virilité.J’ai d’abord émis l’hypothèse que des stratégies de mise en scène de soi viriles imprègnent lacommunication des trois femmes candidates à l’élection présidentielle de 2012. Cettehypothèse se trouve confirmée à l’issue de l’analyse du corpus composé des clips decampagnes, des affiches et des discours de candidature des trois femmes politiques étudiées.La nuance majeure que j’apporte désormais à l’hypothèse est que ces stratégies, si elles onttoutes comme objectif de viriliser les candidates, sont très différentes les unes des autres etn’ont pas forcément les mêmes résultats.A une virilisation exacerbée, Martine Aubry préfère une neutralité qui se fonde sur une subtilealliance de caractères masculins et féminins. Choix des thématiques de campagne, mise en 96
  • 97. scène visuelle de ses allocutions, références, tout est savamment équilibré pour ne verser nidans l’excès de féminité ni dans une virilité trop brutale et trop affirmée. Il en résulte la miseen scène d’une neutralité sobre et d’une ambiguïté genrée qui la distingue de ses rivales.Ce n’est pas en effet l’ambiguïté qui caractérise la stratégie de présentation de soi de MarineLe Pen, mais bien une ambivalence genrée. Marine Le Pen joue sur les deux tableaux. Avecsa blondeur hitchcockienne et sa virulence d’extrême droite, elle oscille en permanence entreune hyperféminité, dont elle se sert parfois de manière agressive ou qu’elle utilise pourcautionner des propos corrosifs sur l’immigration et la délinquance, et une virilité qu’ellesemble avoir héritée de son père pour son âpreté et sa rhétorique mordante.Quant à Ségolène Royal, semblant avoir appris de ses erreurs stratégiques de 2007 et del’échec de ses efforts d’hyperféminisation face à la virilité du candidat Sarkozy, elle nuancedésormais sa stratégie, en tentant de se viriliser tout en continuant, en apparence, à faire deson sexe un argument politique pour incarner « la France ».J’ai ensuite avancé que ces stratégies de mise en scène de soi participaient à la légitimation dela candidature de ces femmes politiques. Après avoir distingué l’origine du lien entrelégitimité et virilité dans la tradition politique française, j’ai pu établir que ces stratégies demise en scène de soi viriles avaient pour objet d’acquérir une légitimité suffisante pourconcourir, au même titre que les hommes, à la Présidence de la République. A défaut d’êtrelégitimes, d’emblée, dans le champ politique, les candidates ont donc élaboré ces stratégies deprésentation de soi qui s’apparentent à des processus d’autolégitimation.L’hypothèse est confirmée, mais doit être à nouveau nuancée. J’ai en effet découvert qu’en derares circonstances, une présentation de soi féminine peut également faire partie d’unprocessus d’autolégitimation. C’est notamment le cas pour Marine Le Pen qui, désirant à lafois moderniser le Front National et se libérer de l’héritage accablant de son père, a parfoisfait de son sexe et de sa maternité des arguments politiques pour gagner en légitimité en tantque personnalité politique autonome. C’était également le cas pour Ségolène Royal, en 2007,qui a opposé une féminité qu’elle voulait saillante à l’hypervirilité de Nicolas Sarkozy.Enfin, ma dernière hypothèse affirmait que la presse relayait ces stratégies de présentation desoi viriles. L’hypothèse n’a pu être vérifiée de manière si générale, puisqu’il se trouve que lapresse réserve un traitement spécifique à chacune des candidates. Il est d’ailleurs étonnant devoir à quel point ce traitement spécifique fait consensus entre les différents organes de presse 97
  • 98. aux opinions politiques parfois divergentes, puisque je n’ai recensé que très peu dedissonances dans le corpus d’articles choisis pour l’analyse.La presse soutient la stratégie de présentation de soi de Marine Le Pen dont elle se fait lefidèle relais, tout en exprimant explicitement des interrogations concernant l’ambivalencegenrée de la candidate. La stratégie est mise en évidence, soulignée, mais toujours justementrelayée.La stratégie de Martine Aubry est relayée mais dénoncée à la moindre incartade vers uneféminisation qualifiée d’électoraliste.La stratégie de Ségolène Royal est celle qui est la plus malmenée par la presse, qui semblevouloir la ramener sans cesse aux caractères les plus vils culturellement attribués au sexeféminin et à sa stratégie d’hyperféminisation de 2007 dont elle a tenté, durant les primairessocialistes, de se défaire.Pour résoudre la problématique initiale et confirmer mes hypothèses, j’ai choisi l’analyse decontenus c’est-à-dire d’articles, d’images et de discours. Dans l’optique d’une prolongation decette recherche, on pourrait envisager l’analyse d’entretiens semi-directifs qui seraientconduits avec des citoyens lambda ou des femmes politiques, pour recueillir leursimpressions, leurs attentes et leurs exigences en matière de présentation de soi descandidat(e)s à l’élection présidentielle.Ce mémoire avait donc pour objectif de rendre explicite un phénomène observable depuisquelques années en communication politique, c’est-à-dire la virilisation des femmes politiquesdont les aspirations deviennent de plus en plus élevées. Des femmes qui s’entourentdésormais d’équipes de conseillers en communication et qui savent aussi bien construire quecontrôler leur image, en verrouillant notamment l’accès à leurs vies privées qui lesramèneraient, aux yeux du public, à leur condition de femme. Le cas de Ségolène Royal, dontj’ai comparé les stratégies de 2007 et de 2011, est parfaitement révélateur en ce sens.Contrairement à la « pipolisation » tout azimut de 2007, la campagne de 2012 a montré un netchangement en termes de stratégies communicationnelles pour les candidates, avec unemoindre exposition de la vie privée et de plus grands efforts dans la construction d’une imageet d’une identité « d’homme d’Etat ».Au-delà de l’élection présidentielle et de ses prérequis, c’est une fenêtre sur la condition desfemmes françaises en politique que j’ai tenté d’ouvrir. La conclusion de ce mémoire pose la 98
  • 99. question de l’inefficacité de certaines mesures de discriminations positives, comme la loi surla parité, qui cherchent à gagner par le nombre une guerre culturelle et symbolique.En effet, comme le montre le découpage réalisé par Virginie Julliard des différentes étapes dela féminisation du monde politique, il y a eu un grand impact symbolique de la loi sur la paritéau début des années 2000. Un phénomène qui s’est vite essoufflé, puisque la « parenthèseenchantée de la parité » s’est refermé extrêmement vite. Face à des politiques dediscrimination positive qui échouent les unes après les autres, ce mémoire a également pourobjet de montrer la prégnance de certaines représentations genrées dans l’inconscientcollectif, les causalités historiques de l’exclusion des femmes du monde politique et par làmême, la vacuité, à mon sens, des « politiques-vitrines » que constituent les mesures dediscrimination positive. La loi sur la parité en est un exemple, puisqu’au lieu de prendre encompte la nécessité de travailler sur les représentations et d’arriver à une réconciliation desgenres par l’éducation, elle creuse le fossé entre homme et femme par la contrainte légale etl’imposition de quotas.Le véritable enjeu n’est pas, selon moi, de rendre acceptables les qualités culturellementféminines dans l’univers politique (en se référant à l’éternelle querelle du care féminin contrele cure masculin). Au contraire il s’agit de déconstruire, à la manière des chercheurs adeptesde la théorie du genre, les schémas culturels historiques (et « historicisés », pour reprendreune terminologie bourdieusienne) qui ont attribué, presque arbitrairement, tel ou tel caractèreà un sexe ou à l’autre, cantonnant les femmes à « l’oikos nomos » et les hommes, àl’organisation de l’espace public.Où en est-on aujourd’hui ? Marine Le Pen, Ségolène Royal et Martine Aubry ont toutes lestrois échoué à l’élection présidentielle, dans des proportions différentes. Le second tour del’élection présidentielle a vu le retour à la « norme-mâle », pour reprendre une expression deCatherine Achin. Les élections législatives ont amené quarante femmes supplémentaires àl’Assemblée nationale ainsi qu’une nouvelle aspiration à davantage de parité, à tous les posteset dans tous les cabinets de la République. En pensant, comme depuis dix ans, que le nombrefera flancher les mentalités et que le quantitatif finirait par devenir qualitatif. Ce qui peut êtrediscutable. 99
  • 100. 100
  • 101. BibliographieOuvragesABELES (Marc), Un ethnologue à l’Assemblée, Odile Jacob, 2001, 334 p.ACHIN (Catherine) et LEVEQUE (Sandrine), Femmes en politique, Coll. Repères LaDécouverte, 2006, 122 p.BOURDIEU (Pierre), La Domination masculine, Points Essais, Editions du Seuil, 1998, 177 p.CASTELLAIN-MEUNIER (Christine), Les Hommes aujourd’hui, virilité et identité, Ed. Acropole,1988, 274 p.COTTERET (Jean-Marie), Gouverner c’est paraître, PUF : Quadrige, 1991, 182 p.COULOMB-GULLY (Marlène), Présidente : le grand défi – Femme, politique et médias, Payot,2012, 383 p.DELOIRE (Christophe) et DUBOIS (Christophe), Sexus Politicus, J’ai Lu, 2006, 379 p.GOFFMAN (Erving), La Mise en scène de la vie quotidienne, Tome 1 « La Présentation desoi », Les Editions de Minuit, 1973, 251 p.MACHIAVEL (Nicolas), Le Prince, Le Livre de Poche Classique, édition de 2000 (parutionoriginale : 1532), 190 p.MANIN (Bernard), Principes du Gouvernement Représentatif, Champs Essais, 1995, 336 p.PACTET (Pierre) et MELIN-SOUCRAMANIEN (Félix), Droit Constitutionnel, Sirey Université,2007, 615 p.SINEAU (Mariette), Profession femme politique. Sexe et pouvoir sous la CinquièmeRépublique, Presses de Sciences Politiques, 2001, 305 p.WEBER (Max), « Le Métier et la vocation d’homme politique », Le Savant et le politique,1919, trad. J. Freund, Plon/UGE, 1959, 186 p.ZEMMOUR (Eric), Le Premier sexe, J’ai Lu, 2006, 123 p. 101
  • 102. Travaux universitairesJULLIARD (Virginie), « Émergence et trajectoires de la parité dans l’espace public médiatique(1993-2007). Histoire et Sémiotique au profit d’une étude sur le genre en politique àl’occasion du débat sur la parité", thèse soutenue le 2-12-2008 à l’Université Panthéon-AssasSOURD (Cécile), « L’Exclusion symbolique des femmes politiques dans les médias français »,mémoire soutenu le 15-09-2003 à l’IEP de LyonArticlesACHIN (Catherine) « Femmes et hommes en politique ; comprendre la différence » site deMediapart 10.03.2012ACHIN (Catherine) et DORLIN (Elsa), « Nicolas Sarkozy ou la masculinité mascarade duPrésident», Raisons politiques, 2008/3 n° 31, p. 19-45.ACHIN (Catherine) et al. « Capital corporel identitaire et institution présidentielle : réflexionssur les processus dincarnation des rôles politiques », Raisons politiques 3/2008 (n° 31), p. 5-17.BALANDIER (Georges), « Le Sexuel et le social, lecture anthropologique », Cahiersinternationaux de sociologie, vol. 76, janvier-juin 1984, Paris : Les Presses universitaires deFrance pp 5-19BOUDILLON (Julie) « Une femme d’extrême droite dans les médias. Le cas Marine Le Pen »,Mots n°78, Usages politiques du genre, 2005, pp 79-88COLLOVALD (Annie) « Identités stratégiques » Actes de la Recherche en Sciences sociales,vol. 73, juin 1988, pp 29-40DERVILLE (Grégory) et PIONCHON (Sylvie) « La femme invisible. Sur l’imaginaire du pouvoirpolitique » Mots n°78 Usages politiques du genre, 2005, pp 53-54FASSIN (Eric) « Des identités politiques », Raisons politiques 3/2008 (n° 31), p. 65-79.LIPPI (Sylvia) « Virilité en perte », La clinique lacanienne 1/2007 (n° 12), p. 203-225.MURRAY (Rainbow) «True and Assumed Gender Differences: A Study of Representation inthe French Parliament in 2011» Paper for PSA, University of London, 2011 102
  • 103. SINEAU (Mariette) « Les femmes politiques sous la Ve République – A la recherche d’unelégitimité électorale » Pouvoirs n°82, 1997SOURD (Cécile), « Femmes ou politiques ? La représentation des candidates aux électionsfrançaises de 2002 dans la presse hebdomadaire » dans Mots n°78, Usages politiques dugenre, 2005, pp 68-77STEIN (Marieke) « Marie-Joseph Bertini : Femmes, le pouvoir impossible » Pauvert/Fayard,coll. Essai, 2002, 252 p.TREMBLAY (Manon) « Jane Freedman : Femmes politiques, mythes et symboles »Recherches Féministes, vol. 10, n° 2, 1997, pp 233 – 236TREMBLAY (Manon) « Mariette Sineau, La force du nombre - Femmes et démocratieprésidentielle », Recherches féministes, vol.22, n°1, 2009, p 177-180 103
  • 104. 104
  • 105. RésuméDu point de vue du genre, les stratégies de présentation de soi des femmes candidates àl’élection présidentielle s’apparentent à des efforts de virilisation. Elles mettent ainsi en scène,dans leurs affiches, clips de campagne ou leurs discours, un genre qui ne correspond pas àleur genre biologique. Si elles le font toutes de façon différente, leur objectif semble être lemême : la présentation de soi virile. C’est à partir de ce constat que j’ai cherché lesmotivations sous-jacentes à ces stratégies de mise en scène de soi. Il semblerait que la femmesouffre d’une illégitimité politique presque naturelle et qu’au contraire, virilité et légitimitépolitique soient indissociables. On en trouve de nombreux exemples dans la tradition politiquefrançaise. Les femmes politiques candidates à l’élection présidentielle se viriliseraient doncpour acquérir de la légitimité ; leurs stratégies de mise en scène de soi peuvent donc être vuescomme des processus d’autolégitimation. Mais ces processus d’autolégitimation virile sont-ilsrelayés dans la presse ? Pas de manière si générale : la presse semble soutenir et relayer lastratégie d’une candidate et déconstruire celle d’une autre. C’est finalement la question de lacondition des femmes en politique qui se pose et de l’efficacité des solutions légales mises enplace pour pallier leur manque de légitimité. 105
  • 106. 106
  • 107. Mots-clés- Femmes politiques- Genre- Autolégitimation- Mise en scène de soi- Président de la République 107
  • 108. 108
  • 109. AnnexesAnnexe 1 : Interview avec le responsable d’un pôle conseil en communication…………...p 111Annexe 2 : Discours de candidature de Marine Le Pen………………………………………p 114Annexe 3 : Discours de candidature de Ségolène Royal……………………………..............p 120Annexe 4 : Discours de candidature de Martine Aubry………………………………………p 133 109
  • 110. 110
  • 111. Interview avec une responsable du pôle conseil d’une agence de communication publiqueJ’ai eu l’occasion de m’entretenir avec le directeur du pôle conseil d’une grande agence decommunication publique. Militant de droite, il a préféré rester anonyme. Notre échange n’apas pris la forme d’une rigoureuse interview, mais plutôt d’une discussion. Voici un condenséde ses propos.« A la base, la politique, c’est tout de même une affaire d’hommes. Par exemple, mon grand-père était militant et ma grand-mère ne faisait que suivre. Il n’y a pas vraiment eu de femmespolitiques jusque dans les années 90. Avant, quand il y en avait, elles n’avaient que des rôlessecondaires, ou étaient cantonnées à des questions « féminines », comme la famille. Et, demanière générale, elles étaient plus conseillères que « politiques. » La politique suit unmodèle très patriarcal, très « De Gaulle aux Affaires et Tante Yvonne à la maison ». C’est ceque j’appelle l’époque pré-parité, avant que la loi de 2000 ne soit votée. C’est-à-dire qu’il yavait peu de « femmes politiques » parce qu’il y avait peu de femmes en politique à la base,très peu de militantes ! Quand la parité a été votée, on s’est dit « c’est bien gentil, mais on netrouvera jamais 50% de femmes à faire élire ! ». On était obligé de refuser des hommes sur leslistes pour les municipales mais d’aller chercher leurs épouses !Le vrai déclic, ça a donc été la loi de 2000. Avant, il y avait des femmes en politique, maiselles n’avaient pas compris qu’elles pourraient apporter quelques chose de complémentaire,de différent des hommes. Elles avaient vraiment tendance à masquer leur féminité. Je merappelle des femmes du courant « Femmes Avenir » au sein du RPR. On disait vraiment quec’était des hommes déguisés en femmes. Ou des femmes déguisées en hommes. On ne savaitpas très bien. La femme emblématique du RPR, c’est Michèle Alliot-Marie. Tout est dit !Quand elle a été élue à la tête du RPR c’était un immense pas en avant. Mais bon, c’est toutde même une femme martiale, militaire, masculine en fait. Et impossible de savoir si c’estnaturel ou sur-joué, moi je pense que c’est une sorte d’habitus. Elle a vécu à fond dans cemilieu pendant 30, dans ce milieu d’homme, alors c’est presque du mimétisme. C’est très vraide l’ancienne génération de femmes politiques, un peu moins de la nouvelle. Mais quandmême, il y a toujours un côté viril un peu sur-joué, pour faire oublier que féminité égalefaiblesse. Le milieu politique reste misogyne. Si elles se sont virilisées, c’est pour ne pas se 111
  • 112. faire trop attaquer. Moi je l’ai déjà entendu au niveau local, quand j’ai proposé des militantespour des postes en fédération : « oui, mais bon j’ai un problème : c’est une fille. »Ségolène Royal a pu jouer de son genre en 2007, mais parce qu’elle est de gauche. Ça aide.Le féminisme vient de gauche, après tout.Marine Le Pen gênait le parti parce que c’est une femme. A l’extrême droite, cetteproblématique est amplifiée. Mais bon, elle peut utiliser son genre parce qu’elle a comprisqu’elle n’avait rien à perdre, qu’il fallait qu’elle se distingue de son père et que de toute façon,qu’elle soit féminine ou pas, ceux qui n’allaient pas voter pour elle parce qu’elle était unefemme, elle les avait déjà perdus. Alors elle a décidé de s’adoucir, d’incarner une nouvellegénération pour le parti. C’est une femme moderne : elle est divorcée et le social, la famille,ce n’est pas son truc. Ça lui a quand même fait gagné un million de voix de plus que son père.Martine Aubry, c’est encore la génération d’avant, elle est plus âgée. C’est un peu la MAM degauche. Mais je pense que la masculinité est plus jouée chez MAM, car ça lui a permis de sefaire respecter. Chez Aubry, ça paraît plus naturel : on n’a pas besoin de ça à gauche.Je ne pense pas que la presse joue beaucoup avec les stéréotypes mais c’est vrai qu’il a unedifférence de traitement. On n’appellera pas une femme par son nom de famille, ce n’est pasrespectueux.Je ne pense pas que Ségolène Royal se soit virilisée en 2011. Je crois qu’elle s’est viriliséependant la campagne de 2007. Entre les deux tours, elle s’est raidie, elle est devenue plusmartiale. C’était l’idée de « l’ordre juste ». » 112
  • 113. 113
  • 114. Déclaration officielle de la candidature de Marine Le Pen à la Présidence de la République à Henin Beaumont 13.03.12Ma présence comme candidate à cette élection présidentielle résulte d’un dur combat.Un combat que nous avons gagné, contre tous les sectarismes, toutes les pressions pour ladémocratie, pour la France.A partir d’aujourd’hui des millions de citoyens vont reprendre espoir, pouvoir entrer dans lacampagne, et vont enfin être représentés à l’élection.J’espère me montrer digne de leur confiance.Qu’ils sachent qu’ils peuvent avoir confiance en moi, que je suis consciente de la tâcheimmense, des sacrifices inouïs nécessaires au redressement de notre pays ; qu’ils sachent queje suis prête, comme eux, à me battre pour ma patrie ; que je sais que notre combat est celuides enfants que nous sommes vis-à-vis de nos aïeuls, de nos parents mais aussi des parentsque nous sommes et de notre responsabilité vis-à-vis de nos enfants.Qu’ils ne s’inquiètent pas des obstacles, du mépris, des injures, de la fatigue ; qu’ils seremémorent en chaque moment difficile cette phrase d’Henri IV « l’immense amour que jeporte à la France m’a toujours tout rendu facile ».Le moment est venu de dire clairement à toutes les Françaises et à tous les Français quel est lesens de ma candidature.Présidente de parti, femme, mère de trois enfants, je lutte.Je combats en politique tout ce qui blesse dans la France d’aujourd’hui, ce qui affaisse laFrance aujourd’hui et je défends la vision de la France que j’aime.Je suis citoyenne française mais je suis aussi mère.Comme toutes les mères, je voudrais que ma famille puisse vivre dans un climat de sécurité,que mes enfants puissent rentrer le soir sans que je craigne en permanence les vols, lesrackets, les trafics de toutes sortes.Comme toutes les mères, je m’inquiète pour mes enfants.Et pour toutes les mères, je veux que l’on retrouve l’ordre et la tranquillité.Mais je constate que ca n’est pas le cas, que nous n’en prenons pas le chemin !Je trouve honteux que les politiques de gauche comme de droite, au pouvoir depuis desdécennies mentent sciemment sur ce sujet. Le nombre des agressions ne fait que croître … Lenombre des immigrés impliqués dans ces agressions lui aussi ne cesse d’augmenter. Sur cesujet le mensonge est partout, il est devenu le dernier rempart pour protéger les politiques 114
  • 115. d’une réalité souvent irrespirable pour les habitants des grandes villes, mais aussi égalementdes campagnes.Un simple tour aux urgences de n’importe quel hôpital de France, permettrait aux aveugles etaux sourds qui nous gouvernent de s’en rendre compte par eux même.En tant que mère, je souhaite comme tous les parents de France que mes enfants réussissentleur vie.Je demande à l’école de leur transmettre le savoir accumulé par les générations brillantes quinous ont précédées mais aussi l’envie d’être eux-mêmes, donc différents des autres. Je neveux pas du nivellement par le bas.Je ne veux pas que la bien-pensance politique impose dans la plupart des collèges et lycées ladictature des plus faibles intellectuellement ou des plus violents.Je ne veux pas d’une école qui banni la note parce qu’elle refuse de voir la vérité en face etrechigne à combattre la baisse dramatique du niveau scolaire.Je ne veux pas d’une école qui ne permette qu’aux enfants dont les parents ont un niveausocial ou de fortune suffisant de s’en sortirEst-ce là la justice sociale que nous voulons ?A ce sujet, recruter 60 000 enseignants pour améliorer l’éducation est une absurdité.Avons-nous vraiment besoin de 60 000 enseignants de plus déprimés, dégoutés, incapables dese faire obéir ? !Nos enseignants souffrent d’un mal que la société a trop longtemps toléré, le refus de touteforme d’autorité sur certains élèves. Aucun investissement matériel et humain ne pourraréparer les dégâts d’une société qui cède en permanence aux lois des individus insoumis et desminorités violentes.Mais je suppose qu’à l’Ecole alsacienne ou dans les grands lycées élitistes de Paris, ou sontscolarisés les enfants de beaucoup de nos dirigeants actuels de gauche comme de droite, on nesouffre pas de ce problème !On me dit farouchement anti-immigration. C’est vrai.On ose me dire xénophobe ou raciste. Rien ne peut plus aller à contre sens de la vérité de mavie. Je le dis simplement, je refuse totalement les immigrés qui ne veulent pas reconnaitrel’autorité du droit et de la culture française.La civilisation française est une alchimie splendide de nos arts, de nos lois, de nos lettres, denos droits fondamentaux chèrement acquis, de nos croyances, de nos valeurs, de nostraditions, de nos habitudes, de nos mœurs, de nos codes, de notre mode de vie et il faudraitmaintenant tourner la page ? 115
  • 116. J’aime passionnément la France et sa culture. Je considère que nous avons traversé des sièclesd’obscurantismes tragiques, de guerres parfois inutiles, de pouvoir absolu, de révolutionssanglantes dont les effets n’ont pas toujours servi les pauvres, d’exploitation de l’homme parl’homme, pour un arriver à une conception hautement civilisée des droits de l’homme et ducitoyen .Je ne veux pas que cette civilisation plie sous les coups de l’intérêt sordide des financiers, oude l’idéologie de fanatiques dont les conceptions nous ramènent à l’Inquisition. Nous nepouvons continuer à vivre dans la peur.Je veux avec les Français, une France inscrite dans le monde moderne, fière de sa civilisationet ne cédant pas à ceux qui veulent lui imposer des principes qui ne sont pas les siens.Tout au long de notre Histoire nous avons su évoluer vers une amélioration des rapportshumains et cette évolution est un progrès de notre civilisation.Pouvons-nous remettre ce progrès en cause sous la pression de minorités religieuses ? Chacunpeut pratiquer son culte et respecter ses coutumes, chrétien, juif, musulman, bouddhiste, il n’ya qu’une seule condition dans le respect la Constitution française.Je suis Européenne, à la condition que l’Europe n’impose pas ses lois et ses règlements à laFrance.Aujourd’hui Bruxelles commande et avec elle la toute-puissante finance régit de plus en plusle monde économique dont dépend notre travail et notre pouvoir d’achat.La marge de manœuvre de nos politiques devient si faible pour gérer les intérêts de la Francequ’on est en droit de se demander à quoi il peut servir de les élire.Ils ne peuvent plus agir. Ils ne peuvent plus que regarder le peuple s’enfoncer dans lapauvreté, la précarité, l’angoisse.Je trouve honteux le mensonge des politiques qui prétendent avoir le pouvoir de changer lesort des Français alors qu’ils sont impuissants.Eux-mêmes soumis, ils veulent soumettre tout le monde et se contentent de concentrer ledébat sur des sujets secondaires ou en limitant les libertés individuelles par des lois sur letabac, par des radars sur toutes les routes.Je suis indignée que cette terrible maxime « les promesses n’engagent que ceux qui y croient» soit devenue le credo de tous nos politiques.Dans quelle société vivons-nous pour accepter d’un tel cynisme ?Je veux l’honnêteté en politique. Je préfère ceux, qui comme moi reconnaissent un état dechose, font peu de promesses, mais décident avec les Français de lutter pied à pied contre cesdictatures celle de l’Europe et des minorités, au nom de notre liberté et de notre prospérité. 116
  • 117. Je veux rappeler solennellement que le modèle de société que propose la gauche affairiste quiveut revenir au pouvoir est diamétralement opposé à mes convictions.Je ne veux pas non plus de cette « dictature du malheur ».Je ne veux pas qu’on transforme tout le monde en assisté dans l’unique but de prendre lepouvoir sur leur subsistance, sur leur vie, sur leurs rêves et donc sur leur âme et leurconscience.Je ne veux pas d’un système où plus personne ne s’enrichit par son travail, et où seules lesbanques profitent.Elles ont déjà assez profité de l’explosion de notre dette et des intérêts que nous leur versons.Ce temps a assez duré.Je ne veux pas non plus de cette gauche trotskiste, et des « lendemains qui chantent » qu’ellepromet, dont on sait qu’ils seront payés de larmes amères, comme celles versées dans les paysde l’Est et au Cambodge.Je veux une France ou chaque différence puisse s’exprimer, où gagner sa vie ne soit pas unpêché, où les plus pauvres soient soutenus et aidés, où toutes les réussites soient encouragéesqu’elles soient matérielles ou spirituelles.Economiquement je souhaite que l’entreprise soit valorisée et non dénigrée, protégée et nonassistée.Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour développer les possibilités de création de valeurpar la France, et pour cela je m’opposerai au modèle de la loi de la jungle, où la concurrencedéloyale est devenue insurmontable, où la délocalisation, la destruction économique, lapauvreté et le chômage de masse sont devenus l’horizon infranchissable.Je rendrai à nos entrepreneurs la liberté de se battre à nouveau à armes égales.Mais je suis aussi une femme qui lutte contre la droite des mensonges ; la droite qui aabandonné ses valeurs.J’en ai assez des mensonges, du cynisme électoraliste.Je trouve honteux de promettre tous les cinq ans l’inverse de ce qu’on fait le reste du temps.Je suis de ceux et de celles qui pensent que la fin ne justifie pas les moyens… qui pensent quela valeur de l’homme se mesure moins au résultat obtenu qu’aux moyens mis en œuvre pour yparvenir.Qu’on ne peut pas rompre avec les valeurs de droiture, d’honnêteté, de loyauté, de courage,uniquement pour accéder au pouvoir.Mais aussi qu’accéder au pouvoir n’a aucun sens si on se refuse à l’exercer.Je dis que la France ne peut perdre cinq années de plus. 117
  • 118. Je pense que les puissants ont eu le pouvoir trop longtemps et qu’il faut maintenant que lepeuple français se redresse, redevienne exigeant avec ses dirigeants.Je suis une Française parmi les Français. J’ai des convictions fortes que je ne veux imposer àpersonne.Mais je veux les porter, parce que ce sont celles, je pense, de la majorité des Français.Je pense que les Français doivent enfin avoir le courage de voter pour eux-mêmes, pour leursenfants, et ne plus voter pour tout donner à d’autres.Je dis que les politiques sont disqualifiés pour les affaires de l’Etat.Je dis que le peuple doit parler et à nouveau se faire entendre.Je dis que l’esprit de la France n’est pas mort.J’affirme que La France peut retrouver le chemin de la réussite et de la grandeur, le peupleretrouver le chemin de la fierté, de la dignité retrouvée et de la liberté.J’appelle les Français à me suivre sur ce chemin, tous les Français quel que soit leur parcours,leurs origines, qu’il soit homme ou femme, jeunes ou vieux, qu’ils croient au ciel ou qu’ilsn’y croient pas, parce que les Français le méritent, parce que la France le mérite.Vive la République.Vive la France. 118
  • 119. 119
  • 120. Déclaration officielle de la candidature de Ségolène Royal à la Présidence de la République dans le Poitou 36.06.12Mes chers Amis, mes chers Compatriotes,Pour m’adresser aux Français, j’ai choisi d’être parmi vous, les habitants du Marais, que l’onappelle encore les maraîchins, pour vous dire la plénitude et le bonheur que je ressens endécidant de m’engager dans la campagne présidentielle, afin de continuer à être utile à laFrance, à notre pays, à notre patrie.Dans ce pays de terre et de chemins d’eau, creusé à mains d’hommes depuis le onzièmesiècle, pour gagner des pâturages et sortir les paysans de la misère, créant un paysageétonnant, cette Venise Verte, qui bénéficia de l’attention de l’Etat, avec la venue de FrançoisMitterrand venu en 1992 appuyer notre volonté commune, en lançant ici les grands travaux derestauration, sur ce port d’Arçais, de ne pas laisser détruire ce monument de la nature, chargéd’histoire, paysage étonnant d’une richesse humaine et biologique extrême, qui a échappé dejustesse à la destruction parce que nous nous sommes mobilisés, pour sauvegarder ce qui doitl’être.C’est un lieu paisible et reposant, où l’on apprend à ralentir, comme il en existe aux quatrecoins de notre beau pays, la France.Ce lieu symbolise les valeurs de l’action politique telles que je les aime:  la fidélité à ses racines, et votre présence affectueuse, maires ruraux et anciens maires, est la preuve de cette amitié au long cours de tous ceux qui m’entourent et m’accompagnent depuis le début, ma toute première élection, ici il y a plus de vingt ans, sur ce sud Deux-Sèvres qui me rappelait mon enfance et mon adolescence rurale des Vosges ;  la persévérance car il nous en a fallu pour prouver qu’un autre développement, harmonieux et cohérent, respectueux de l’environnement et créateur d’emplois était possible ;  l’esprit visionnaire, car il en fallait pour faire, il y a vingt ans déjà, de l’excellence environnementale et de l’économie solidaire, notre feuille de routepour réhabiliter, année après année, résultat après résultat, un grand site national candidat au patrimoine mondial de l’Unesco. 120
  • 121. J’en retiens que l’action politique doit obtenir des résultats rapides, mais en pensant toujoursaux conséquences de ses actes sur les générations futures.Enraciner, protéger, préserver pour bien rassurer les Français afin d’engager le pays dans leschangements nécessaires. Voilà quelle sera la bonne façon de présider la France en 2012.Oui, c’est à vous que je confie solennellement le sens que revêt à mes yeux le beau combatrépublicain qui doit rendre aux Français, en 2012, le droit à l’espérance.A tous ceux qui sont inquiets et même angoissés, souvent pour eux et toujours pour leursenfants.A tous ceux qui sont révoltés par trop d’injustices, par trop d’inégalités qui se creusent chaquejour davantage entre les gagnants et les perdants du système actuel.A vous qui êtes résignés.A vous qui ne reconnaissez plus la France telle que vous l’aimiez.A vous qui ne croyez plus à l’efficacité de l’action politique au point de croire que le pays estdéfinitivement vaincu par la globalisation financière qui appelle une moralisation et les règlesd’un ordre international juste, toujours promis et jamais réalisé.C’est à vous que je m’adressevous qui avez perdu et qui avez peur de perdre encoreVous me l’avez dit partout où je suis venue depuis 2007, dans de nombreux départements deFrance :« On nous a tout pris ».« On nous a pris nos retraites ».« On nous a pris notre dignité au travail ».« On nous a pris la sécurité ».« On nous a pris notre système de santé, et même notre école. »Eh bien moi je veux vous rendre tout cela.Et même plus encore, car il faudra construire notre avenir commun et rendre à chacun uneespérance pour que, pour nos enfants, demain soit meilleur qu’aujourd’hui et que l’ascenseursocial redémarre pour tous ceux qui font des efforts, qui veulent travailler, créer, entreprendre,mais qui sont bridés par tant de barrières.Pour que la situation de nos enfants soit égale ou meilleure que la nôtre tout simplement.C’est ce que l’on appelle le progrès social.C’est le vrai sens de notre histoire, histoire que je veux écrire avec vous. 121
  • 122. Qui ne voit que notre Etat Providence, a été tellement démoli que les acquis de la Résistancedevront être à nouveau reconstruits.Je pense en particulier à la Sécurité Sociale, aux retraites, à la santé, à la dignité au travail, à laliberté des médias qu’il faudra rendre indépendant du pouvoir de l’argent, comme leproclamait le conseil national de la Résistance.Pourquoi la droite qui nous gouverne a oublié les leçons de l’après-guerre et la conceptiondésintéressée de la politique qu’avait le Général de Gaulle, auquel elle se réfère tout entournant le dos à sa pensée, « il faut compenser les ferments de divisions sous peine de dangermortel » disait-il, ou encore « il faut viser haut et se tenir droit ». On en est loin.Ce n’est pas parce que la droite qui nous gouverne a abandonné ce qui lui restait commeréférence structurée que la gauche doit rougir d’être fidèle à sa mission en reprenant ledrapeau « de cet acte d’énergie, de cet acte de foi qui conditionne la résurrection de la France.La France est malade il faut que la guérison soit à son œuvre » écrivait-il. Jamais ces motsécrits dans une autre période sont, pour aujourd’hui, n’est-ce pas, criants de vérité. Eh bien,puisqu’une partie de la droite affairiste les a laissé tomber, n’hésitons pas à les porter. Et unjour prochain, tous les républicains humanistes convergeront vers la gauche unie, pouraccomplir le changement.Oh j’ai bien entendu et vous aussi (« désormais quand il y a une grève en France pluspersonne ne s’en aperçoit »), le mépris à l’égard de tous ceux qui sont obstinément descendusdans la rue pour défendre les acquis sociaux et la valeur travail, sa juste reconnaissance pardes salaires et par des retraites qui permettent de vivre et pas seulement de survivre. Et toutesles luttes sociales des ouvriers qui se battent contre les délocalisations financières, et lesparents d’élèves qui se battent pour maintenir les écoles de leurs enfants.La gauche n’a pas à rougir de défendre la sécurité sociale, l’œuvre de ceux qui en regroupanttoutes leurs forces ont permis à la France de retrouver son équilibre moral et social.La gauche n’a pas à rougir de vouloir redonner au monde l’image de sa grandeur et la preuvede son unité.C’est pour toutes ces raisons que je propose aux Français de construire un ordre socialjuste, appuyé sur la force citoyenne de chacun d’entre vous.Je m’y suis préparée et j’y suis prête.1/ J’ai l’expérience des grandeurs et de la dureté d’une campagne présidentielle, de cemoment majeur de la vie politique du pays. 122
  • 123. L’élan populaire de 2007 me demande un devoir de fidélité.Les rudesses qu’il faut savoir endurer je l’ai ai vécues sans me laisser aller à copier lesmauvaises méthodes qui dégradent le débat politique.Jamais je n’ai manqué à ce devoir de dignité, de tenue et d’exemplarité,de ce que les citoyenssont en droit d’attendre.J’ai beaucoup réfléchi à ce qui nous a manqué alors pour l’emporter et à la part d’erreurs quim’incombe.2/ Oui, j’ai compris mes erreurs, j’ai appris que je n’ai pas toujours su me faire comprendre endonnant parfois, faute de temps pour expliquer, l’impression d’improviser.J’ai compris que le rassemblement des socialistes devait se construire, qu’il n’était pasautomatique comme je l’imaginais dans le feu de mon action difficile tournée vers notreadversaire commun. Alors que, sans doute, j’aurais dû aller chercher, un par un et une parune, ceux qui pouvaient être légitimement contrariés par le résultat de la compétition interne.On gagne ensemble ou on perd ensemble. Et les Français le veulent ce changement, etl’exigent cette unité, sans étouffer un débat d’idées et de propositions de haute tenue qui leurdonnera la liberté de choisir.L’union est un combat, je ne l’oublierai pas, tout le monde se rassemblera derrière celle oucelui qui sera désigné, les 9 et 16 octobre prochain par le vote des primaires. Je voudrais unenouvelle fois, en responsabilité rassurer tous les Français qui s’inquiètent des divisions. Si jesuis désignée je rassemblerai et je sais que François, Martine, Arnaud, Manuel, et peut-êtred’autres, partagent le même sens des responsabilités puisque nous nous retrouvonsrégulièrement pour en parler. Personne n’est isolé , les inquiétudes en ce sens doivent êtrelevées.Je sais désormais que c’est dans les moments difficiles que l’on doit faire preuve de la plusgrande force morale.Il le faut car 2012 ne sera pas 2007 : ce n’est pas une revanche qu’il faut prendre, c’estun nouveau départ, parce que notre pays a besoin de trouver unenouvelle voie et donc lavictoire doit être au rendez-vous.« La victoire, disait François Mitterrand, vous ne la rencontrerez que si vous la forcez. C’estune affaire de volonté, de continuité et de clarté d’esprit dans la fidélité aux engagements. Lachance, c’est vous qui la forgerez de vos mains ». C’est cette conviction qui nous rassemble,nous socialistes. 123
  • 124. 3/ Mais laissez moi aussi évoquer les réussites et les compétences d’une action qui m’adonnée, à la présidence de la région où nous sommes avec plus de 60 % des voix des Françaisqui me voit travailler et obtenir des résultats, avec toutes les équipes qui m’entourent et lespartenaires économiques et sociaux.Je veux être la Présidente des solutions.celle de la morale de l’action,celle du socialisme qui marche et qui obtient des résultats.J’entends trop souvent dire, qu’il n’y a plus rien à faire, que l’on n’aurait plus qu’à subir, à sereplier sur soi, à se méfier du voisin ou à le jalouser.Moi je vous assure que l’on peut agir efficacement et rapidement, et pas seulement à la margepour changer concrètement la vie quotidienne dès 2012.Ici nous apportons la preuve de cette compétence par les résultats obtenus dans cette région oùnous démontrons, comme dans un laboratoire, ce qu’il est possible de faire, dès 2012 danstout le pays, dans plusieurs domaines.Nous mettons en pratique ce pouvoir d’impulsion et cette volonté de transformation enrassemblant les forces vives, entreprises, associations, élus de toutes tendances, organisationsde salariés et de professions libérales, autour de plusieurs objectifs clairs fixés par la région.Je voudrais vous en donner quelques exemples.1/ Nous tenons le cap de la conversion écologique de l’économie par la croissance verte.Et la région Poitou-Charentes est devenue la première région écologique d’Europe avec unplan sur l’énergie solaire et les énergies renouvelables unique dans son ampleur.Cette mutation nécessaire, loin d’être une contrainte, est une chance de développer denouvelles filières industrielles, de créer de nouvelles richesses, de nouveaux emplois, denouveaux métiers.Demain, conformément à cet effort couronné de succès, je veux faire de la France la premièrepuissance industrielle écologique d’Europe et reconquérir les emplois industriels perdus dansles industries traditionnelles, et le pays le plus en avance sur les mutations énergétiques, leséconomies d’énergie, les énergies renouvelables, les ….. de l’après-pétrole et de la sortie dunucléaire.Nous y mettrons tous les moyens nécessaires car c’est de là que viendra la nouvelle croissanceet par conséquent la lutte contre les déficits. 124
  • 125. 2/ Deuxième exemple : la Région Poitou-Charentes, est la seule collectivité publique enFrance à être entrée dans le capital d’une entreprise industrielle stratégique, Mia Electric, àhauteur de 30 %, pour accompagner la mutation écologique de l’entreprise Heuliez etproduire une voiture électrique.Demain, conformément à cet effort couronné de succès, toutes les régions seront autorisées àdéfendre leurs industries et l’Etat n’hésitera plus à entrer au capital des banques et des grandesentreprises qu’il renfloue par des fonds publics.3/ Troisième exemple : nous avons mis en place de nouveaux outils financiers deproximité, préfigurant la banque publique d’investissement, prévue par le projet dessocialistes pour soutenir les PME, artisans, commerçants qui sont aujourd’hui bridés parmanque de crédits et auxquels je demanderai en contrepartie de cette aide de prendre desjeunes en alternance, et des seniors en tutorat.4/ Quatrième exemple : nous sommes la première région pour la création de nouvellesentreprises dans le domaine de l’économie sociale et solidaire : nous proposonssystématiquement, chaque fois qu’une entreprise est en difficulté, un soutien aux salariés pourqu’ils examinent un projet de reprise en coopérative et ça marche même si c’est parfoisdifficile. Je pense à ces ouvrières du textile, « Chizé confection et Couture venise verte » quiont repris leur entreprise et qui aujourd’hui manquent de main d’œuvre qualifié.Cette autre vision de l’économie et cet engagement social-écologique, autour de projets forts,a déclenché une nouvelle dynamique régionale. Et cela sans augmenter les impôts depuis2004 : en défendant le pouvoir d’achat des habitants du Poitou-Charentes et en optimisant ladépense publique, car tout euro dépensé doit être un euro utile.Une démocratie sociale vivante et une démocratie participative qui associe directement lescitoyens aux décisions qui les concernent notamment par la création du budget participatifdans les lycées, qui par exemple, a débouché sur des actions culturelles massives ou encoresur la création du pass contraception.C’est ainsi, de nos jours, que l’on doit gouverner pour transformer, en écoutant pour agirjuste. 125
  • 126. 5/ Cinquième et dernier exemple : le pacte pour l’emploi des jeunes créé ici deviendra demainune grande cause nationale afin que toute la nation se mobilise pour en finir avec ce fléau del’inactivité des jeunes, principal souci pour les parents et les grands-parents qui savent quel’oisiveté ne mène à rien de bon.Je veux que tous les jeunes aient une bonne raison de se lever le matin, soit pour un emploisoit pour un apprentissage, soit pour une formation en alternance, soit pour un service civique,soit pour un engagement première chance comme nous le faisons ici avec succès.Chacun aura compris que si la puissance de l’Etat vient, au lieu de l’inertie actuelle, en appuide toutes les initiatives locales, alors nous gagnerons ce combat crucial contre le chômage desjeunes. Toutes les régions de France sont engagées dans ce combat, avec moi elles auront lesoutien de l’Etat.Mais nous savons que la situation budgétaire et financière de la France est très difficile, desefforts seront à fournir, tous ceux qui vous disent que tout va bien pour être réélus vousmentent.Seulement, les efforts ne seront acceptés que s’ils sont équitablement répartis, ce qui est loind’être le cas aujourd’hui.C’est la condition impérative de la reconquête d’une cohésion sociale gravement dégradée etsans laquelle il n’y a pas de relèvement possible.C’est pourquoi je veux vous apporter la garantie d’une action équitable.Oui, je veux être une présidente équitable pour construire avec tous les Français un nouvelordre social juste.C’est parce que nous serons équitables que nous serons efficaces.Nous tiendrons fermement ce cap, cette boussole de l’équité.-Est ce équitable que les grandes entreprises du CAC 40 ne paient que 8 % d’impôts enaugmentant le salaire des patrons de 25 %, tandis que les PME, les artisans, les commerçantssont imposés à plus de 30 %, alors même qu’ils ont créé 80 % des emplois au cours desdernières années ? Les socialistes proposent de changer cela par une réforme juste de lafiscalité des entreprises. Et je mettrai en place un Grenelle des PME et un « small businessact » à la française.-Est ce équitable que les 1 % des Français les plus fortunés reçoivent 15 milliards de cadeauxfiscaux tous les ans depuis dix ans ? Les socialistes proposent de changer cela par une réforme 126
  • 127. juste du système fiscal. Dès 2012 seront lancés les Etats Généraux de la fiscalité pour quechaque Français puisse adhérer au bien-fondé de la réforme.-Est ce équitable que les niches fiscales coûtent plus de 65 milliards d’euros par an et que ladroite s’en prenne au revenu des plus pauvres mais encourage ainsi sans vergogne l’assistanatdes plus riches ?-Est ce équitable que 10 % des Français les plus fortunés possèdent plus de 60 % dupatrimoine immobilier ? Et qu’il soit de moins en moins facile pour les revenus moyensd’accéder à la propriété ? Les socialistes proposent de changer cela en permettant à chaquefamille d’accéder plus facilement à la propriété de son logement.-Est ce équitable que les jeunes délinquants sortent de prison plus délinquants que quand ils ysont entrés, vu l’état catastrophique des prisons ? Je ferai l’encadrement militaire desdélinquants, et j’ai proposé au Ministre de la Défense de l’expérimenter ici dans un régimentqui doit fermer et qui pourrait redonner à des jeunes sans repères un métier, une autorité, uneinstruction civique, en un mot la reconquête de l’estime d’eux-mêmes pour repartir du bonpied.-Est ce équitable que certaines peines ne soient pas accomplies par les voyous et cela sous lesyeux des policiers qui les ont arrêtés et de la justice qui les a jugés ? Je veux une politique desécurité et de justice efficace et qui aura les moyens de fonctionner.-Est ce équitable que certaines zones du pays soient devenus des zones de non-droit où lapolice ne va plus parce que les caïds font la loi ? Les socialistes proposent que les maires aientles moyens de donner à tous leurs habitants, en appui sur des services de l’Etat quifonctionnent bien, le droit fondamental à la sécurité.-Est ce équitable que les petits paysans éleveurs aient tant de mal à vivre de leur travail alorsque les prix augmentent pour les consommateurs ? Je propose des circuits courts pour que lajuste rémunération du travail agricole permette de maintenir des campagnes vivantes.-- Est-ce équitable que l’immigration clandestine soit le plus souvent le fait de trafiquants peuscrupuleux qui espèrent ainsi une baisse des salaires. Je propose une politique del’immigration, humaine mais ferme, car la cris économique ne nous permet absolument pasd’ouvrir les frontières mais nous impose un devoir de co-développement et de transfert detechnologie.-Est ce équitable que les prix flambent et que les salaires stagnent ? Je propose le blocage des50 produits de première nécessité et le blocagedu prix de l’énergie pour maintenir le pouvoird’achat des Français. 127
  • 128. -Est ce équitable que les revenus du travail soient plus imposés que les revenus du capital? Les socialistes proposent de changer cela.-Est ce équitable que les salaires et les retraites des femmes soient ainsi rabotées ?-Est ce équitable que les banques qui ont été renflouées par l’Etat n’aient aucun compte àrendre sur les tarifications bancaires et l’endettement angoissant des ménages qui en résulte ?Je propose que la réforme bancaire qui sera faite, sera la première action du nouveaugouvernement.-Est ce équitable que les salaires soient aussi bas qu’ils soient à peine supérieurs aux minimasociaux ? Les socialistes proposent une conférence salariale qui s’attachera à une plus justerépartition des résultats des entreprises qui marchent.-Est ce équitable q’un compte excédentaire en début de mois ne soit pas rémunéré et qu’en finde mois, pour le moindre découvert, des pénalités et des crédits revolving plongent desfamilles et les retraités dans la précarité ? Je propose que des règles bancaires protègent lesusagers.-Est ce équitable que l’égalité des chances à l’école recule ? Je veux changer cela, en faisantde l’Education, encore l’Education, toujours l’Education la grande priorité du nouveau pacterépublicain. Nous en reparlerons au cours des semaines qui viennent.Car la liste est longue de ces injustices qui s’aggravent, et je pourrai la prolonger, je le ferai envenant vers vous pour prouver que des solutions existent et que les Français peuventreprendre confiance dans l’action publique.Ce souci d’équité, d’ordre social juste est d’autant plus impératif que, comme vient de le direla Cour des Comptes, le déficit français est deux fois plus élevé que celui de l’Allemagne, etsupérieur à celui de l’Italie où la croissance est pourtant moindre.La droite au pouvoir nous répondra : c’est la crise. Or celle-ci n’explique que 40 % du déficitselon la Cour des Comptes.C’est dire à quel point les politiques de relance économique, de soutien aux entreprises, d’uneFrance forte de ses talents, de sa créativité sont d’une extrême urgence, face à la coupableinertie d’une équipe au pouvoir.A quel point aussi le nouvel horizon de la croissance verte et de l’excellenceenvironnementale, de l’investissement dans l’enseignement supérieur et la recherche doit nouspermettre de repartir de l’avant, appuyée sur la réforme des financements bancaires. 128
  • 129. A quel point aussi, ce n’est pas le moment, de faire reculer l’école, de baisser l’exigence deformation des enseignants et de renvoyer vers pôle emploi le recrutement de ceux qui ont lalourde charge de construire l’égalité des chances pour nos enfants.On nous dit que l’éducation coûte cher ? Mais laissez moi vous répondre que bien plus élevéest le coût de l’ignorance, de la délinquance, de la violence, du chômage, de l’angoisse desparents et de la perte du sens de l’effort et des principes de l’éducation civique.Il faudra aussi d’ailleurs répondre à la crise morale par l’exemplarité du comportement desélus qui sont là pour servir et pas pour se servir,en ayant toujours à l’esprit que la meilleureéducation c’est celle qui se fait par l’exemple et que l’autorité n’est légitime que lorsqu’elles’impose les mêmes droits et les mêmes devoirs qu’à ceux qui sont censés obéir aux règles.C’est cela la République du Respect que j’ai toujours défendue et que je continuerai àdéfendre car c’est elle qui permettra de gagner le combat contre toutes les formes de violence.« La France est-elle finie ? » se demande certains avec inquiétude.La France ne doit pas être effacée de l’histoire.L’actuel président de la République décide de se retirer d’Afghanistan parce que lesAméricains le font? Mais c’est la France, ne croyez vous pas, qui aurait du être la première àle faire.Le ministre des Affaires étrangères déclare qu’il va agir pour une Etat Palestinien, parce queles Américains le font ? Mais c’est la France, ne croyez vous pas, qui aurait dû être lapremière à le faire. Nous aurons une politique étrangère digne de notre tradition diplomatique.L’Europe est à reconstruire, avec un idéal et des outils économiques communs, elle doitprotéger nos salariés contre les produits venus d’ailleurs qui ne respectent pas les mêmesnormes sociales et environnementales.En 2012, la France va se relever, trouver en elle l’énergie vitale de le faire avec la forcecitoyenne qui va nous animer. Voilà ce que je vous propose. Mettez-vous en mouvement,rejoignez ces forces citoyennes.Je ne m’adresse pas seulement aux socialistes et à la gauche mais à tous ceux qui veulent queça change, à ceux qui se sont laissés piéger dans des promesses fallacieuses, faites en 2007,par le candidat de la droite. Tout était possible, disait-il,Oui, on a vu pendant quatre ans, que tout était possible même le pire. 129
  • 130. La France d’aujourd’hui, beaucoup de Français ne s’y reconnaissent plus, ce n’est pas celleque nous voulons transmettre à nos enfants. Et c’est pour changer cela, pour être utile à laconstruction d’une France que nous serons fiers de transmettre à nos enfants, que je m’engagedans cette candidature présidentielle.La politique a trop menti, le sectarisme règne, les plus fortunés sont les plus choyés tandis quetous les autres sont condamnés au déclin.Il nous avait promis « La République irréprochable » et nous avons la collusion avec lepouvoir financier.Il nous avait promis « L’Etat impartial » ?Et nous avons un démantèlement de la protection sociale au profit des amis du pouvoir quitiennent les assurances privées et autres fonds de pension.Il nous avait promis « un plan Marschall » pour donner du travail aux jeunes ? Et nous avonsune situation explosive que dénonce les maires de droite comme de gauche, et à laquelle ilfaudra répondre de toute urgence.Il avait promis aux classes moyennes, à la France qui travaille, d’accéder à la propriété. Rienn’est plus difficile aujourd’hui.C’est un déclassement que nous subissons, un glissement, qu’il faudra stopper pour retirer laFrance vers le haut.Il nous avait promis de la démocratie et nous avons un pouvoir solitaire et autocratique, où lePrésident décide seul, ignore le peuple, croit qu’il est tout, et que le Parlement n’est rien.Nous ferons bien marcher la démocratie parlementaire, la démocratie sociale et la démocratiecitoyenne et participative.Il nous avait promis davantage :« d’impartialité, d’honnêteté, de responsabilité, de transparence dans l’exercice du pouvoir ».C’est tout le contraire qui a été fait.Il nous avait dit que « La France qui gagne perdrait tout si elle méprise la France qui ne sesent pas bien ».C’est exactement ce qui est en train de se passer.Chers amis, 130
  • 131. Sur le fronton de nos écoles et nos mairies notre devise est inscrite : Liberté, Egalité,Fraternité, auxquels j’ajoute la laïcité, la solidarité et la liberté d’entreprendre et de créer.Mobilisons nos cœurs et nos intelligences,mettons en mouvement la force citoyenne du peuple Français, qui, lorsqu’il est uni autour desvaleurs qui le rassemblent, continue, comme il le fera, si nous sommes nous même unis et à lahauteur de la tâche qui nous attend, et nous le serons, pour qu’en 2012,la France renoue avec son histoire prestigieuse qui la faisait admirer dans le monde entier etvers laquelle se tournaient, pour s’en inspirer, tous les regards des peuples qui ont soif de bienêtre et de liberté.Mes chers amis,Nous ferons tout pour que ce rêve devienne en 2012, une belle réalité, et que très rapidementla vie quotidienne des Français s’améliore.Je vous remercie. 131
  • 132. 132
  • 133. Déclaration officielle de la candidature de Martine Aubry à la Présidence de la République à Lille 28.06.12Mes chers compatriotes,J’ai souhaité aujourd’hui m’adresser à vous.Dans moins d’un an a lieu l’élection présidentielle. La France a rendez-vous avec ladémocratie, c’est-à-dire avec elle-même.Notre pays subit de grands désordres, désordre économique, désordre budgétaire, désordresocial, qui entraînent d’autres désordres dans les vies comme dans les lieux de vie. Unpouvoir enfermé dans ses certitudes, a touché à tout sans rien régler.Je le dis : on ne peut pas innover, créer, soigner, éduquer, et soumettre ces nécessités vitalesaux seules lois du marché. On ne peut pas critiquer le pouvoir financier, tout en le laissantcontinuer ses pratiques détestables. On ne peut pas protéger les Français en imposant lesrecettes libérales qui les fragilisent.On ne gouverne pas en opposant les jeunes aux plus âgés, les travailleurs aux chômeurs, lesFrançais aux étrangers. On ne préside pas la France sans porter haut ses valeurs et sonidentité, qui ont fait l’admiration du monde. Derrière l’apparence de l’énergie, trop souventconfondue avec l’agitation, ce pouvoir a surtout une réalité : une politique injusteexclusivement menée au profit des privilégiés.Il est temps, il est grand temps que cela change vraiment.Je veux rendre à la France sa force, sa sérénité, son unité.Je veux redonner à chacun le goût de lavenir et lenvie dun destin en commun.Aussi, j’ai décidé de proposer ma candidature à l’élection présidentielle.Oui, la France connait des heures difficiles. Mais je suis résolue à me battre de toutes mesforces pour lui redonner avec vous un avenir. Il n’est pas de plus beau combat, il n’est pas demission plus noble.J’ai la conviction que face aux multiples défis de notre monde, une vision claire, une actioncohérente et un langage de vérité permettront de récréer de la confiance, de redresser notrepays et de le rassembler dans la justice. La peur, le repli sur soi et le défaitisme : ce nest pasla France!- Je vous le dis ici dans ma ville de Lille, capitale d’une grande région industrielle où rien n’ajamais été donné, où tout a été conquis par le courage des femmes et des hommes. Lille, terred’hospitalité pour ceux venus d’ailleurs, qui contribuent aujourd’hui à notre prospérité. Lille,que j’aime tant, qui m’a tant donné et qui m’a tant appris. 133
  • 134. - Je vous le dis en m’appuyant sur ce que j’ai de plus cher, les valeurs transmises par mafamille : la morale, le sens de la justice et le goût des autres. Je puise ma force dans mesconvictions de toujours, celles de la République et celles de la gauche. Pour moi, la libertérime avec l’égalité, pour donner à chacune et chacun les moyens de construire sa vie. Pourmoi, seule la fraternité permet une société apaisée où chacun donne le meilleur de lui-mêmeaux autres. Pour moi, la laïcité est une valeur inestimable que nous devons protégerprécieusement.- Je le dis aussi après trois années de travail à la tête du Parti Socialiste, confiante dans legrand projet du changement que nous avons préparé tous ensemble pour répondre à vosattentes et aux besoins du pays. J’ai vu, j’ai entendu, j’ai écouté, j’ai échangé avec beaucoupd’entre vous.Les difficultés et même la colère sont là, mais le désir d’agir pour que notre pays retrouve unsens est puissant. Nul n’ignore la situation réelle de la France et la dureté de la crise. Nousaurons des efforts à réaliser, mais je m’y engage, ils seront justement répartis. On ne peut pasdemander toujours plus à ceux qui ont peu et donner à ceux qui ont déjà tout. Tout ne seraévidemment pas possible tout de suite, mais nous reprendrons ensemble le chemin du progrès.- Je m’adresse à vous aujourd’hui pour vous dire que je veux relever le défi d’une Franceinnovante, compétitive et écologique.Nous avons des ressources puissantes pour être dans le peloton de tête des nations. Nosouvriers, nos employés, nos cadres, nos agriculteurs, nos entreprises, nos chercheurs, nosartistes, nos créateurs débordent de compétences, d’imagination et d’initiatives. Nos jeunessont énergiques et créatifs. Il faut leur faire confiance et leur donner les moyens de leurautonomie.Nous avons tous les atouts pour réussir dans la compétition mondiale en bâtissant, dans uneFrance conquérante, un nouveau modèle économique, social et écologique, qui donnera à laFrance une génération davance.- Je veux aussi restaurer la justice associée à la promesse républicaine.Les Français doivent pouvoir vivre de leur travail, avec des emplois qui valorisent etpermettent de progresser. Les jeunes doivent pouvoir faire des projets de vie et de travail. Lesparents doivent pouvoir éduquer et protéger leurs enfants.Chacun doit avoir accès aux soins et à un logement digne. Nos anciens ont droit à une retraitedécente et à une prise en charge de la perte d’autonomie par la solidarité nationale. La sécuritéqui est un droit essentiel, doit être assurée : le gouvernement utilise l’insécurité pour fairepeur, moi je veux la combattre. Nous nous appuierons sur des services publics rénovés, 134
  • 135. attentifs à chacun, et sur une fiscalité juste.Je vous promets de nouvelles conquêtes. L’égalité des droits pour tous, et d’abord entre lesfemmes et les hommes, doit enfin devenir une réalité. La culture doit être mise en avant pournous inspirer, nous faire grandir et nous réunir.- Je veux enfin que notre pays retrouve toute sa voix dans le monde.La France ! Notre France, avec une diplomatie et une défense respectées, doit œuvrer pour lapaix, la démocratie et la prospérité du monde!Et aussi pour l’Europe ! Vous le savez bien, l’Europe est pour moi un combat de toujours.Mais je veux une nouvelle Europe, une Europe qui produit et qui protège, une Europe qui faitrespecter de nouvelles règles dans le commerce international, une Europe forte et en mêmetemps solidaire.Redonner à la France son poids et sa voix, rassembler dans la justice, tout cela sera possiblegrâce à un vrai souffle démocratique : une présidente qui préside, un gouvernement quigouverne, un parlement renforcé et respecté, l’indépendance de la justice et des médiasassurée, des syndicats et des associations au cœur du changement, une nouvelledécentralisation réelle et démocratique. Il faut oser la démocratie jusqu’au bout, comme nousle faisons avec nos primaires citoyennes !Mes chers compatriotes de la métropole et des Outremers,Nous rêvons d’un véritable changement au profit de tous, un changement où les mots setransforment en actes.Je suis enthousiaste à l’idée d’aller à votre rencontre.Je veux plus que tout rassembler, rassembler aujourd’hui les femmes et les hommes degauche, les écologistes et les humanistes, pour que demain en 2012 nous puissions rassemblerles Français et la nation toute entière.Avec votre soutien, avec votre confiance, je prends aujourd’hui devant vous l’engagement dela victoire en 2012.Vive la République !Vive la France ! 135

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