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Mémoire 5e partie

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Nicolas-Victor Duquénelle (1807-1883) est un antiquaire rémois du XIXe siècle. Cet exemplaire, extrait du mémoire de Romain Jeangirard soutenu en 2010, présente l'antiquaire au XIXe siècle, entre …

Nicolas-Victor Duquénelle (1807-1883) est un antiquaire rémois du XIXe siècle. Cet exemplaire, extrait du mémoire de Romain Jeangirard soutenu en 2010, présente l'antiquaire au XIXe siècle, entre tradition et modernité. D'autres suivront et seront publiés sur le blog consacré : nicolas-victor.duquenelle.over-blog.com

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  • 1. UNIVERSITE DE REIMS CHAMPAGNE-ARDENNEU.F.R Lettres et Sciences HumainesMaster « Sociétés, Espaces, Temps »Mention « Histoire de l’art »Spécialité « Histoire de l’art et de la culture »Année universitaire 2009-2010 MEMOIRE DE MASTER II présenté par Romain JEANGIRARD le 23 juin 2010 NICOLAS-VICTOR DUQUENELLE OU L’ANTIQUAIRE ACCOMPLI (1842-1883) Sous la direction de : Madame Marie-Claude Genet-Delacroix (Université de Reims) Madame Frédérique Desbuissons (Université de Reims)
  • 2. DES RESEAUX ET DES HOMMES 72
  • 3. IV. DU LOCAL A L’EUROPEEN : LES TROIS CERCLES DE DUQUENELLEA tous les plans, du local à l’européen, l’antiquaire rémois s’est constitué un cercle de réseauxsavants, lui permettant ainsi d’échanger sur ses travaux et de commercer ses découvertes, mais ausside demander conseil auprès de ses pairs les plus glorieux comme Adrien de Longpérier ou Féliciende Saulcy, ou auprès de ceux les plus en capacité de répondre géographiquement à ses demandesdans une Europe certes mondialisée, mais disposant de frontières et de moyens de locomotionencore lents.L’échange savant s’étend et se coordonne du local au global, tant de par les correspondancesétablies entre les institutions qu’entre les hommes. Il s’explique dans sa dimension géographique,les communications offrant des courants d’échange ; dans sa dimension sociale car il existe uneculture européenne cosmopolite des élites ; et dans sa dimension économique, l’objet collectionnén’ayant aucune valeur d’usage mais « une valeur d’échange » 282. Ces élites européennes constituentune notabilité savante dont Nicolas-Victor Duquénelle fait partie. Elles se composent del’aristocratie, de la bourgeoisie et des « nouvelles couches issues de la méritocratie » disposant detemps, d’argent et d’un capital culturel constitué par l’héritage familial et l’instruction 283.L’échange savant au sein de l’Europe culturelle s’explique enfin dans sa dimension historique :l’affirmation de laïcisation, le progrès du rationalisme, le « regain de curiosité pour les civilisationsde l’Antiquité » appelé par François de Polignac et Joselita Raspi-Serra « la fascination del’Antiquité » ou l’éminence de la science archéologique contre le rêve antique dès le XVIIIesiècle 284, la thématique à vocation européenne 285 d’histoire des collections, des cours souverainesaux bourgeois, par « européanisation du goût » 286 , le préromantisme européen du XIXe siècle.L’essor des « relais culturels » en Europe tels les salons, académies et sociétés savantes dès leXVIIIe siècle et leur mutation au début du XIXe siècle, et particulièrement leur encouragement enFrance sous la Monarchie de Juillet et le second Empire, aboutissent à « l’impérialisme des cultures282 GRAN-AYMERICH, Op.cit, 2007, p. 12-19.283 MAURER, Catherine, Religion et culture dans les sociétés et dans les Etats européens de 1800 à 1914 : France,Allemagne, Italie et Royaume-Uni dans leurs limites de 1914. Rosny-sous-Bois, Bréal, 2001, p. 147-162.284 POLIGNAC (de), François, RASPI-SERRA, Joselita (éd.), « Rome découverte, Rome inventée : l’Antiquité entre lerêve et la science ». In : La fascination de l’antique, 1700-1770 : Rome découverte, Rome réinventée, catalogue del’exposition du musée de la civilisation gallo-romaine, Lyon, 20 décembre 1998-14 mars 1999. Paris : éd. Somogy,1998, p. 10-17.285 GAEHTGENS, Thomas W., L’image des collections en Europe au XVIIIe siècle : leçon inaugurale faite le jeudi 29janvier 1999. Paris : Collège de France, 1999, p. 5-6.286 Ibid., p. 28-31. 73
  • 4. savantes » entre 1815 et 1914 287 et, par transfert du privé au public, à une croissance des collectionsmuséales publiques au XIXe siècle 288.Aussi, ce réseau de cercles savants permet à l’antiquaire de promouvoir à tous échelons ses travauxet ses collections rémoises, devant les collectionneurs comme devant les amateurs. Evoquant lecollectionnisme particulièrement, Dominique Poulot analyse les intérêts du collectionneur du XIXesiècle à correspondre à tous les échelons. La constitution d’un réseau savant lui permet de maîtriser« une activité difficile tout en construisant une identité au sein de la vie sociale des échanges, desaccumulations, des dispersions » 289. Par cette correspondance, l’antiquaire rémois assure sapostérité dans l’histoire des collections au XIXe siècle. Surtout, elle lui permet de replacer sacollection dans un corpus plus large de contribution à l’historiographie antiquaire. Nicolas-VictorDuquénelle en appelle à de nombreux intermédiaires pour une « systématisation de larecherche 290 ».L’intérêt de ces correspondances entre antiquaires et historiens de l’institution savante locale àl’Europe lettrée réside surtout dans le fait que, pour la France particulièrement, l’archéologie, sesméthodes et son organisation sont restés longtemps un apanage privé, cest-à-dire « le faitd’individus, de collectionneurs ». Il réside aussi dans le fait que « la curiosité antiquaire constitue leconcept moderne du patrimoine », cest-à-dire la prise de conscience, le souci de la protection, de laconservation et de la transmission des traces du passé. Ces correspondances démontrent enfin queles archéologies nationales se sont constituées par les échanges, qui ont permis la constitution d’uncorpus archéologique européen depuis la Renaissance jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle, àl’heure des nationalismes ; la stratigraphie est une invention scandinave et la problématiqueinterprétation des mégalithes trouve sa réponse en Grande-Bretagne 291. Les cercles rémois et champenois287 GERBOD, Paul, L’Europe culturelle et religieuse de 1815 à nos jours. Paris : Presses universitaires de France, 1989,p. 61-107.288 POULOT, Dominique, « La muséographie du siècle ». In : Patrimoine et musées, l’institution de la culture. Paris :Hachette, 2001, p. 77-82.289 POULOT, Dominique, « L’histoire des collections entre l’histoire de l’art et l’histoire ». In : PRETI-HAMARD,Monica, SENECHAL, Philippe (dir.), Collections et marché de l’art en France : 1789-1848, coll. Art & Société. Actesdu colloque de l’Institut national d’histoire de l’art, Paris, 4-6 décembre 2003. Rennes : Presses universitaires deRennes, 2005, p. 437.290 Ibid., p. 437.291 SCHNAPP, Alain, « Le patrimoine archéologique et la singularité française ». In : NORA, Pierre (dir.), Science etconscience du patrimoine. Actes des 7e Entretiens du patrimoine, Théâtre national de Chaillot, Paris, 28, 29 et 30novembre 1994. Paris : Fayard/éditions du patrimoine, 1997, p. 75-78. 74
  • 5. Nicolas-Victor Duquénelle a le souci, pour s’élever toujours davantage dans laconstitution d’un réseau de cercles savants à toutes échelles, d’appartenir à une base locale forte etimpliquée dans la vie culturelle de la ville. L’antiquaire rémois constitue en premier lieu un réseau local et régional de cercles savants, àpartir de l’Académie nationale – ou impériale, selon le régime politique – de Reims, dont il estmembre depuis le 4 mars 1842, après signature du diplôme de membre résidant et paiement de lacotisation qui officialisent son engagement auprès de l’Académie, soit un an après sa fondation parle cardinal Gousset et le docteur Landouzy. Les résidants, ou titulaires, sont recrutés en nombrelimité et doivent s’acquitter d’un paiement de cotisation et d’un droit d’entrée. La Sociétéacadémique de Reims, bien que nouvelle au XIXe siècle, se calque sur le mode ancien, en fixant lenombre de titulaires à trente. Ces derniers ont des devoirs : une assiduité aux séances et uneprésentation périodique de travaux personnels. Nicolas-Victor Duquénelle s’en acquitte. Il existedonc au sein l’académisme rémois une aristocratie des résidants et un repli sur des rites et desprivilèges, considérant qu’une démocratisation risque d’affaiblir l’identité collective 292 de lacorporation savante de la cité et d’abaisser l’élitisme socioculturel. Reconnue quatre ans après sonadhésion, en 1846, d’utilité publique, l’institution rémoise a pour but de « contribuer audéveloppement des sciences, des arts et des belles lettres, de recueillir et publier les matériaux quipeuvent servir à l’histoire du pays, et d’encourager les travaux utiles et les actions méritantes pardes récompenses diverses 293 ». Cette reconnaissance publique permet à l’Académie de Reims dedevenir une personne morale. De ce fait, l’institution peut vendre, passer des contrats, « ester » enjustice, recevoir des donations ou des legs sans réserve du droit des tiers 294.L’archéologie régionale naît au XIXe siècle, alors que la curiosité antiquaire aux XVIIe et XVIIIesiècles était essentiellement un fait parisien et que l’engagement public de l’archéologie, sousl’Ancien Régime et la Révolution, était très faible, à l’instar des pays voisins. Elle se développe parl’impulsion dispensée à l’archéologie monumentale sous la monarchie de Juillet par la création dela Commission des monuments historiques en 1834 ; par l’implosion des sociétés savantesprovinciales initiée par Arcisse de Caumont permettant la superposition des matériaux et descontributions de l’échelon local pour la constitution d’une archéologie nationale ; par les Antiquitésnationales sous le second Empire malgré le soupçon « de césarisme impérial » 295.292 CHALINE, Jean-Pierre, Sociabilité et érudition : les sociétés savantes en France, XIXe-XXe siècles. Paris : éditionsdu Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, 1998, p. 116-121.293 « Article 1 ». Statuts de l’Académie Nationale de Reims. Disponible sur : http://pagesperso-orange.fr/acadnat.reims/Statuts.htm (consulté le 31 mai 2009).294 CHALINE, Jean-Pierre, Op.cit, 1998, p. 112.295 SCHNAPP, Alain. In : NORA, Pierre (dir.), Op.cit, 1997, p. 73-81. 75
  • 6. L’adhésion de l’antiquaire à l’Académie témoigne de son intégration à la sociabilité savante. Selonla définition du concept générique et historique de Maurice Agulhon qui constate l’« essor de lasociabilité érudite » 296 et « un élan irrésistible de cette forme cultivée de sociabilité 297 », elle traduitla réussite de l’embourgeoisement de la France au XIXe siècle. Les sociétés de ce siècle, héritièresde la tradition d’Ancien Régime 298 et du réseau des sociétés de pensées du XVIIIe siècle démantelépar la Révolution 299, sont régénérées par les notables provinciaux dès le premier quart du XIXesiècle et donnent « une occasion de sociabilité distinguée à l’élite aisée et cultivée », cest-à-dire dese mondaniser et se réunir. « Le goût du passé, des ruines, des archives a joué un rôle considérableau XIXe siècle en attendant la sauvegarde du patrimoine » et a permis la renaissance des modèlesinstitutionnels 300, entre la tradition d’Ancien Régime par l’élection limitée des membres ou le« recrutement d’une élite urbaine cultivée » et la modernité du siècle pour mieux s’ouvrir à lasociété, qui deviennent des « lieux d’épanouissement d’une civilité distinguée » et de l’érudition 301.Nicolas-Victor Duquénelle répond au profil de cette nouvelle bourgeoisie : héritier de la pharmaciefamiliale en 1829, il fait partie des professions libérales. Les professions libérales sont la secondesource fondamentale de recrutement académique : elles représentent au XIXe siècle un cinquième àun tiers de membres. Les listes annuelles recensant les membres de l’Académie de Reims révèlentqu’il cesse son activité à partir de 1863 302, et qu’il aurait donc vécu de la rente de cette date à samort, en 1883. Son aisance financière explique sa distinction au sein de la sociabilité savante,corporation élitiste aux critères intellectuels et « cénacle d’esprit distingué » 303. L’antiquaire rémoisappartient à la bourgeoisie locale, selon les indices d’aisance et d’instruction. L’entrée dans lesprofessions libérales implique à minima l’obtention d’un baccalauréat et un niveau d’instructionélevé 304.L’antiquaire, membre de l’Académie, édite ses publications dans les Annales puis dans les Travaux.On compte onze publications entre 1842 et 1855 que sont : « Quelques réflexions sur l’atelier296 CHALINE, Jean-Pierre, Op.cit, 1998, p. 32-66.297 Ibid., p. 32.298 ROCHE, Daniel, Le Siècle des Lumières en province : académies et académiciens provinciaux, 1680-1789, coll.Civilisations et sociétés. Paris : Ecole des Hautes études en sciences sociales, 1978, 520 p.299 JACQUART, Jean, « Préface ». In : CHALINE, Jean-Pierre, Op.cit, 1998, p. 1.300 LEMERCIER, Jean-Pierre, « Les Académies de province ». In : FUMAROLI, Marc, BROGLIE (de), Gabriel,CHALINE, Jean-Pierre (dir.), Elites et sociabilité en France. Actes du colloque de la Fondation Singer-Polignac àParis, 22 janvier 2003. Paris : Perrin, 2003, p. 52-55.301 CHALINE, Jean-Pierre, « La sociabilité mondaine au XIXe siècle ». In : FUMAROLI, Marc, BROGLIE (de),Gabriel, CHALINE, Jean-Pierre (dir.), Elites et sociabilité en France. Actes du colloque de la Fondation Singer-Polignac à Paris, 22 janvier 2003. Paris : Perrin, 2003, p. 21-31.302 Cf. Annexe 1303 CHALINE, Jean-Pierre, Op.cit, 1998, p. 187.304 Ibid., p. 225-228. 76
  • 7. monétaire de Damery 305 », « Nomenclature d’objets d’antiquités récemment découverts àReims 306 », « Note sur un denier inédit de Massanès Ier, archevêque de Reims 307 », « Note sur unedes sépultures de l’époque gallo-romaine découvertes à Reims en 1846 308 », « Découvertesarchéologiques à Reims pendant l’année 1847 309 », « Notice sur une médaille gauloise inédite 310 »,« Physiologie de l’antiquaire 311 », « Examen des monnaies d’or anglaises du XVe siècle trouvées àVillers-Allerand et déposées au musée de Reims en 1850 312 », « Rapport sur quelques publicationsarchéologiques en 1851 313 », « Note sur quelques antiquités trouvées à Reims en 1852 314 » et« Compte-rendu du bulletin de la Société de sphragistique 315 ». Ce catalogage permet de montrer laproduction prolifique de l’antiquaire durant ces treize années, soit statistiquement 0,85 publicationannuelle éditée par les soins de l’Académie. Outre les missions des sociétés savantes qui sont derecenser, étudier, faire connaître et aider à préserver et à valoriser le patrimoine 316, leur nature-même est la publique est la publication à caractère scientifique, dont l’objet est « la vulgarisationdes connaissances humaines » 317. Si les communications de l’antiquaire sont régulières de 1842 à1852, elles deviennent en revanche rares voire inexistantes ensuite.Le rôle de Nicolas-Victor Duquénelle au sein de l’Académie ne se limitait pas à la publication.Cette pratique de l’édition montre, au-delà de la production historique et archéologique locale del’antiquaire, ses présences en séances plénières pour présenter sa collection à ses pairs, tantôt devisu, tantôt par la lecture de communications. Ses travaux, d’ailleurs, trouvent écho dans les305 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Art.cit., 1842-1843, p. 349-354.306 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Nomenclature d’objets d’antiquités récemment découverts à Reims ». Annales del’Académie de Reims, 1843-1844, vol. 2, p. 35-40.307 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Note sur un denier inédit de Massanès Ier, archevêque de Reims ». Séances ettravaux de l’Académie de Reims, 23 mai 1845 – 16 janvier 1846, vol. 3, n°1, p. 110-113.308 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Note sur une des sépultures de l’époque gallo-romaine découvertes à Reims en1846 ». Séances et travaux de l’Académie de Reims, 6 février - 7 mai 1846, vol. 4, n°11, p. 109-114.309 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Découvertes archéologiques, à Reims, pendant l’année 1847 ». Séances ettravaux de l’Académie de Reims, 13 juin 1847 – 7 janvier 1848, vol. 7, n°2, p. 394-402.310 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Art.cit., 1848-1849, p. 224-226.311 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Physiologie de l’antiquaire ». Séances et travaux de l’Académie de Reims, 20avril – 28 juin 1849, vol. 10, n°12, p. 202-221.312 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Examen des monnaies d’or anglaises du XVe siècle trouvées à Villers-Allerandet déposées au musée de Reims en 1850 ». Séances et travaux de l’Académie de Reims, 4e trimestre 1850 – 1er trimestre1851, vol. 13, n°1, p. 285-287.313 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Rapport sur quelques publications archéologiques en 1851 ». Travaux del’Académie Impériale de Reims, 4e trimestre 1852 – 1er trimestre 1853, vol. 17, n°1, p. 41-49.314 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Note sur quelques antiquités trouvées à Reims en 1852 ». Travaux de l’AcadémieImpériale de Reims, 4e trimestre 1852 – 1er trimestre 1853, vol. 17, n°1, p. 200-210.315 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Compte-rendu du bulletin de la Société de Sphragistique ». Travaux del’Académie Impériale de Reims, 2e – 3e trimestre 1855, vol. 22, n°1, p. 101-105.316 JACQUART, Jean. In : CHALINE, Jean-Pierre, Op.cit, 1998, p. 1.317 CHALINE, Jean-Pierre, Op.cit, 1998, p. 20-21. 77
  • 8. comptes-rendus lus par le secrétaire général Charles Loriquet, pour les sessions annuelles de 1875-1876 318, 1878-1879 319, 1881-1882 320.L’antiquaire est régulièrement invité à participer aux commissions de travail de l’institution, tellesla commission, nommée par l’Académie dans sa séance du 16 août 1844, placée sous saresponsabilité et celles de Joseph-Louis Lucas et Louis Paris « qui devra exprimer àl’administration (municipale) le vœu de voir les fouilles (de l’ancien cimetière Saint-Nicaise)soumises à une surveillance active, et lui proposer les mesures qu’elle jugera les plus efficaces »pour optimiser « la conservation des objets qui intéressent la science historique ou archéologique »,compte-tenu des risques de rapts de trésors par les ouvriers et des manques de réglementation et delégislation 321 ; la commission installée en séance du 8 juillet 1845, composée de Nicolas-VictorDuquénelle, Charles Leconte, Louis-Emile Dérodé-Le Roy, Louis Gonel et Marc-Hector Landouzy,chargée « d’étudier la limpidité et la qualité de la bière gazeuse » à la demande de MonsieurBenoît 322 ; la commission nommée le 20 mars 1846 pour la préparation de la question historique àmettre au concours de la séance solennelle du 3 avril 1846 composée de l’antiquaire Duquénelle, del’avocat Joseph-Louis Lucas, de Louis Paris, des abbés Bandeville et Nanquette, et deGuillemin 323; la commission installée le 30 avril 1846 chargeant Duquénelle, Leconte et Henriot-Delamotte « de faire quelques expériences sur quatre tablettes du Carthame hong-hoa, employé enChine pour la tenture » 324 et dont le rapport est rédigé par l’antiquaire rémois 325 ; la commissionnommée le 10 juin 1847 composée, outre Duquénelle, de l’abbé Bandeville et de Louis Paris,« chargée de recueillir et de publier les anciens sceaux de la province de Champagne », à lademande d’Edouard de Barthélemy 326 ; la commission fixée en séance solennelle du 6 août 1847,composée de Narcisse Brunette, d’Alphonse Gosset et de Monsieur de Maizière, qui « doit318 LORIQUET, Charles, « Compte-rendu des travaux de l’année 1875-1876 ». Travaux de l’Académie nationale deReims, 1875-1876, vol. 59, n° 1-2, p. 11-31.319 LORIQUET, Charles, « Compte-rendu des travaux de l’année 1878-1879 ». Travaux de l’Académie nationale deReims, 1878-1879, vol. 65, n° 1-2, p. 23-53.320 LORIQUET, Charles, « Compte-rendu des travaux de l’année 1881-1882 ». Travaux de l’Académie nationale deReims, 1881-1882, vol. 71, n° 1-2, p. 11-37.321 LUCAS, Louis-Joseph, « Communication », Séances et travaux de lAcadémie de Reims, 5 juillet 1844-7 mars 1845,vol. 1, p. 165-166.322 « Séance du 8 juillet 1845. – Correspondance ». Séances et travaux de l’Académie de Reims, 23 mai 1845-16 janvier1846, vol. 3, p. 149-150.323 « Séances des 20 mars et 3 avril 1846. – Correspondance ». Séances et travaux de l’Académie de Reims, février-mai1846, vol. 4, p. 105-108.324 « Séance extraordinaire du 30 avril 1846 ». Séances et travaux de l’Académie de Reims, 20 novembre 1846-27 mai1847, vol.6, p.11-13.325 Ibid, p. 105-107.326 « Séance du 10 juin 1847. – Correspondance ». Séances et travaux de l’Académie de Reims, 13 juin 1847-7 janvier1848, vol.7, p. 1-7. 78
  • 9. déterminer si le projet de Nicolas Maillet sur le travail des engrais offre des opportunités 327 ; saparticipation en 1857, avec Collery, Charles Givelet, Charles Loriquet et Louis-Auguste Reimbeau,à la commission de contre-expertise de la note de Collery sur les statuettes qui décorent les piliersdu chœur de Saint-Remi de Reims, et chargée de rencontrer l’abbé de la basilique 328 ; lacommission chargée d’examiner, durant l’année 1865, un « mémoire sur l’origine de l’imprimerie àReims » 329 ; la commission sur les arquebusiers de Reims en 1868, comme en témoigne cetextrait de lettre adressée par le secrétaire général Charles Loriquet à Louis-Simon Fanart 330 :« Veuillez me dire quel jour vous pourriez réunir chez vous la commission des arquebusiers. […]Les membres de la comm[iss]ion sont M.M. Fanart, Duquenelle, Givelet, Cerf [et] Maldon » ; lacommission du 9 juin 1870, enfin, relative au concours d’histoire, comme le montre une lettre deCharles Loriquet en date du 7 juin de la même année 331 : « Font partie de la commission M.M.Fanart, Duquenelle, (Louis) Paris, Mennesson, Givelet, Cerf, Gosset fils, Lalande, le secrét[ai]reg[énéra]l ». Pour ces deux dernières réunions cependant, Nicolas-Victor Duquénelle fait parvenirdeux missives au secrétaire général pour l’avertir de son absence. Dans les deux cas excusé, ilfournit un avis sur les mémoires présentés en 1868 sur le thème des arquebusiers de Reims et admetune supériorité du second « due aux recherches, aux citations et surtout à l’ordre méthodique dutravail 332 » ; il donne en revanche pouvoir pour juger les mémoires présentés sur les questionsd’histoire « à [ses] collègues, plus compétens que [lui] en pareille matière », dans sa lettre àCharles Loriquet du 1er juin 1870 333. Ces commissions contribuent à définir les missions del’Académie de Reims et le rôle particulier de l’antiquaire Nicolas-Victor Duquénelle en son sein.L’Académie dispose d’un poids culturel important. Ainsi, elle impulse des initiatives locales.L’antiquaire Duquénelle, dans le cadre de ses compétences et connaissances reconnues, est nommémembre de la commission archéologique pour l’exposition rétrospective rémoise de 1876 dont il fûtpar ailleurs l’un des nombreux contributeurs à la tenue de cette exposition par le prêt d’objetsd’antiquités. Cette commission, dont le président est le maire de la ville, décide d’organiser cetteexposition à l’occasion du concours régional de mai 1876, de recueillir les objets d’art prêtés puisde dresser, afin d’organiser au mieux cette exposition, un catalogue sommaire des objets présentés327 « Séance du 6 août 1847. – Lectures ». Séances et travaux de l’Académie de Reims, 13 juin 1847-7 janvier 1848,vol.7, p. 143-149.328 COLLERY, « Note sur les statuettes qui décorent les piliers du chœur de Saint-Remi de Reims ». Travaux del’Académie impériale de Reims, 1857-1858, vol. 27, n° 1-2, p. 265-273.329 LORIQUET, Charles, « Compte-rendu des travaux de l’année 1865-66 ». Travaux de l’Académie impériale deReims, 1865-1866, vol. 43, n° 1-2, p.9-33330 A.M.C.R, 2S 5 : Académie de Reims : concours, correspondance, imprimés (1849-1879)331 A.M.C.R, 2S 5 : Académie de Reims : concours, correspondance, imprimés (1849-1879)332 A.M.C.R, 2S 5 : Académie de Reims : concours, correspondance, imprimés (1849-1879)333 A.M.C.R, 2S 5 : Académie de Reims : concours, correspondance, imprimés (1849-1879) 79
  • 10. dans le palais archiépiscopal le 24 avril. Outre la commission archéologique organisatrice de cettemanifestation culturelle, Duquénelle est l’un des membres du Bureau d’organisation del’exposition, aux côtés de trois présidents, respectivement archevêque, maire et chevalier de laLégion d’honneur 334 : « Les Membres du Bureau d’Organisation de l’Exposition sont :M[onsei]g[neu]r l’Archevêque de Reims, Président d’Honneur ; M.M. le Maire de la Ville deReims, Président d’Honneur ; A. Dauphinot, chevalier de la Légion d’honneur, Président ;Duquenelle, Vice-Président […] ».L’antiquaire fait partie de sections de l’Académie, qui ont pour but de spécialiser les travaux et deréunir les professionnels d’une discipline. Nicolas-Victor Duquénelle faisait partie de la section denumismatique, qui avait pour objet d’étude l’étude des monnaies. La participation et l’appartenancede l’antiquaire à cette section sont confirmées par la lecture de ce dernier en séance publique du 13décembre 1850 relative à l’examen des monnaies d’or anglaises du XVe siècle et trouvées à Villers-Allerand, dont les recherches ont été suivies par l’abbé Querry, et dont la commission émet le vœud’acquérir ces pièces pour enrichir les collections du musée de Reims 335 : « Dans l’une de sesprécédentes séances, l’Académie a renvoyé à la section de numismatique l’examen de quelquesmonnaies d’or. Le rapport dont je vais donner lecture est l’œuvre de notre collègue M[onsieur]l’Abbé Querry […] ». De 1864 à 1866, Nicolas-Victor Duquénelle est le vice-président de la commission pour laconstitution d’un musée archéologique à Reims, dès constitution de cette dernière en séance le 10juin 1864 336, à la suite des grandes découvertes effectuées sur les promenades de Reims, mais aussidans le but de conserver les pièces éparses du tombeau de Jovin et autres vestiges archéologiques.En cette qualité, signe encore une fois de sa compétence reconnue, il est l’un des coorganisateursdes fouilles et est chargé d’obtenir des souscriptions pour le musée archéologique, dont il est avecAlphonse Gosset, Prosper Tarbé, Edouard Werlé et François Clicquot l’un des fondateurs ; ce quimontre sa notabilité et son implication sociale rémoise à Reims 337.Près de vingt ans plus tard, le 2 décembre 1882, une nouvelle commission d’archéologie estconvoquée par l’Académie chez Nicolas-Victor Duquénelle. Les membres, outre l’antiquaire, sontCharles Loriquet, Charles Cerf, Charles Givelet, Victor Diancourt, Alphonse Gosset, Louis334 Exposition rétrospective. Catalogue des objets d’art et de curiosité. Tableaux, dessins, tapisseries, etc., exposés dansles salles et salons du Palais Archiépiscopal le 24 avril 1876. Reims : Dufour et Keller, 1876, p. 7-8.335 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Examen des monnaies d’or anglaises du XVe siècle trouvées à Villers-Allerandet déposées au musée de Reims en 1850 ». Séances et travaux de l’Académie de Reims, 4e trimestre 1850 – 1er trimestre1851, vol. 13, n°1, p. 285-287.336 « Commission archéologique de Reims : constitution de cette commission par l’Académie dans sa séance du 10 juin1864 ». Travaux de l’Académie impériale de Reims, 1863-1864, vol. 40, n°3-4, p. 421-424.337 JADART, Henri, Victor Duquénelle, antiquaire rémois, 1807-1883. Notice sur sa Vie, ses Travaux et ses Collectionsavec diverses Œuvres posthumes publiées par l’Académie de Reims. Reims : Michaud, 1884, p. 10-12. 80
  • 11. Demaison et Henri Jadart. Ils émettent un double vœu : la restauration de la mosaïque despromenades, qui interviendra en 1885, et un nouvel emplacement pour le musée 338.L’antiquaire exerce aussi des responsabilités au sein de l’Académie puisqu’il est membre du conseild’administration de 1861 à 1864 et de 1865 à 1867 339. Celles-ci interviennent cependant pour lapremière fois près de vingt ans après son adhésion à l’institution. Elles constituent une part évidentede son influence croissante mais sont à relativiser dans le cadre de l’ancienneté, qui est aussi uncritère d’autorité. La faiblesse des effectifs du groupement permet à l’antiquaire d’être associé auxresponsabilités, de se reconnaître comme un membre à part entière de l’institution savante, et de sedéfinir comme faisant partie d’une « aristocratie d’égaux ayant conscience de former une éliteprivilégiée » 340.Ainsi, l’institution locale est la plateforme et la base d’une notoriété et d’une intégration dans lesréseaux savants. L’antiquaire entretient des relations avec des membres de l’Académie, comme entémoigne la correspondance entretenue avec Charles Loriquet, à propos d’une convocation encommission et de la présentation de la mosaïque des promenades lors du congrès archéologique de1861 341. L’influence locale de Charles Loriquet, secrétaire général de l’Académie mais aussiarchiviste et bibliothécaire de la ville, est éminente. Sa correspondance et ses notes permettentd’esquisser deux typologies d’échanges savants. En premier lieu, il s’agit de l’échange« professionnel » sur les méthodes et les sources de l’archéologie. Dans un brouillon de lettre nondatée 342, il avoue à son correspondant la préciosité de son soutien : « […] j’ai compté [et] je compteencore [beaucoup], permettez moi de vous le dire, sur votre appui, sur vos bonnes paroles en mafaveur […] », avant d’évoquer une prise de contact avec Louis Régnier et Adrien de Longpérierpour leur demander conseil à propos de ses ouvrages, reçus au concours de l’Académie : Reimspendant la domination romaine, d’après les inscriptions, avec une dissertation sur le tombeau deJovin 343 et La mosaïque des Promenades et autres trouvées à Reims, étude sur les mosaïques et sur 344les jeux de l’amphithéâtre . Cette correspondance donne lieu à des confrontations de points devue. Ainsi, Charles Loriquet écrit : « Monsieur Rénier […], qui avait eu l’obligeance de m’indiquerplusieurs points à réformer, a pu voir de mauvais œil que je n’adoptais pas [toujours] sans conteste338 GIVELET, Charles, JADART, Henri, DEMAISON, Louis, « Le musée lapidaire rémois, dans la Chapelle basse del’Archevêché (1865-1895) ». Travaux de l’Académie nationale de Reims, 1893-1894, vol. 95, t. 1, p. 183-282.339 Voir Annexe 7.340 CHALINE, Jean-Pierre, Op.cit, 1998, p. 131-136.341 A.M.C.R, 2S 18 : Mosaïque des promenades.342 A.M.C.R, 2S 1 : Correspondance diverse (1806-1882).343 LORIQUET, Charles, Reims pendant la domination romaine, d’après les inscriptions, avec une dissertation sur letombeau de Jovin. Reims : Dubois, 1860, 329 p.344 LORIQUET, Charles, La mosaïque des Promenades et autres trouvées à Reims, étude sur les mosaïques et sur lesjeux de l’amphithéâtre. Reims : Brissart-Binet, 1862, 427 p. 81
  • 12. sa manière de voir et que [sur] d’autres points, je l’attaquais même un peu » ; et, évoquant Adriende Longpérier, ajoute : « je suis quelquefois [une ou deux fois] en dissentiment ». Ce typed’échange lui permet enfin de faire connaître ses travaux et de faire reconnaître l’intérêt historiquede l’archéologie locale, et plus particulièrement de la mosaïque des promenades, auprès des plushautes institutions, ici le Comité des travaux historiques et scientifiques, puisqu’il écrit : « J’envoiedes exemplaires à M[essieurs] L. Rénier, Vitet, Maury, L. Delisle, de Longpérier [et] de Lasteyrie,membres de la commission, [ainsi] qu’à Monsieur le secrét[ai]re perpétuel ».En second lieu, il s’agit d’un échange personnel. Dans cette même lettre, il précise : « le seul desmembres de la commission que je connaisse [personnellement] est M[onsieur] Léon Delisle ». Lesvocations respectives de l’antiquaire Duquénelle et de l’historien Loriquet sont de nature différentemais sont complémentaires pour la recherche, la description et l’interprétation des antiquités, et leurcontextualisation historique. Pour cela, Charles Loriquet avait accès à la collection Duquénelle pourvoir les objets puis les commenter. Ses écrits le confirment lorsqu’il écrit que « plusieurs petitsautels que possède M[onsieur] Duquénelle, portant trois figures accolées ou plutôt fondues sur unemême tête, particularité curieuse du culte local que personne n’a expliquée, je crois, mais surlaquelle on a cru pouvoir établir une nouvelle explication de la triple figure qui se voit sur lesmédailles à la légende Remo » ; ou encore lorsqu’il évoque des monuments épigraphiques, « deuxpierres […] qui ont été recueillies à Reims même, il y a quelques années, par (son) collègueM[onsieur] Duquénelle, qui a eu l’obligeance de les (lui) communiquer » ou qu’il établit une listedes marques de fabrique dont plusieurs appartiennent à la collection de Nicolas-VictorDuquénelle 345. Ses multiples interventions lui facilitent la constitution d’un réseau autour del’institution, approchant ainsi les relations de ses collègues académiciens, comme le montre cettelettre du 6 septembre 1849 recueillie par Charles Loriquet, envoyée par Charles Grouët à Duchene,tous deux en relation avec l’Académie 346 : « […] Veuillez me rappeler au souvenir de notremeilleur correspondant M[onsieur] Laberge, de n[o]tre ami l’antiquaire Duquenelle et de M.M Ch.Loriquet et Barrois […] ».Outre Charles Loriquet, Nicolas-Victor entretient à l’échelon rémois et à ses alentours, des relationscollégiales ou amicales avec Monsieur Counhaye, de Suippes, « l’un des doyens de l’archéologiedans le département de la Marne, fut l’ami fidèle et le consciencieux collaborateur de M[onsieur]Duquénelle, dont il pourra suivre jusqu’au bout les nobles traditions 347 ».345 LORIQUET, Charles, Op. cit., 1860, pp. 22, 286, 296-304.346 A.M.C.R, 2S 7 : Archéologie, paléographie, épigraphie, linguistique, enseignement des langues, tombeau de Jovin :notes classées de façon thématique (1854-1883)347 JADART, Henri, « Compte-rendu des travaux pendant l’année 1886-87 ». Travaux de l’Académie nationale deReims, 1886-1887, vol. 91, t. 1, p. 28. 82
  • 13. Selon Henri Jadart 348, Nicolas-Victor Duquénelle serait rentré en contact avec descollectionneurs champenois lors de l’exposition rétrospective de 1876, ce qui suggère un premierélargissement régional du réseau des cercles savants ou professionnels de l’antiquaire. Il aurait eneffet à cette occasion correspondu avec Frédéric Moreau, Eugène Deulin, Julien Gréau ou encoreavec des collectionneurs ayant des attaches rémoises comme Anatole de Barthélémy, Léon Foucher,Etienne Saubinet et Joseph-Louis Lucas. Une lettre de Léon Maxe-Werly du 5 janvier 1877 àl’attention du président de l’Académie de Reims, atteste de la relation amicale de l’expéditeur du pliet de l’antiquaire rémois 349 : « […] Ces clichés sont, je le reconnais, indignes de figurer dans lacollection de monnaies rémoises offertes à la Ville par mon ami M[onsieu]r Duquenelle et leregretté M[onsieu]r Saubinet, à qui je dois une reconnaissance éternelle […] ».A l’Académie de Reims enfin, il incombe à l’antiquaire de présenter les travaux et les publicationsdes sociétés savantes dont il est membre correspondant ; ce qui démontre son assiduité aux séancesde l’Académie ainsi que sa responsabilité académique, mais aussi une ouverture vers les sociétéssavantes de province qui furent largement impulsées dans le second tiers du XIXe siècle par Arcissede Caumont. Son adhésion en 1845 à la Société Française de Reims pour la conservation desMonuments Historiques montre son implication locale dans un combat national. Les cercles provinciaux et nationaux L’antiquaire s’est en second lieu constitué un réseau de cercles savants provinciauxet parisiens, cest-à-dire interrégionaux et centraux. Cette pratique repose sur deux formes qui luipermettent d’élever sa notoriété et de propager largement le contenu de ses travaux et laconnaissance de sa collection, qui, selon Ernest Bosc 350, fait partie de cent plus grandes du XIXesiècle. Pour la première forme, il s’agit de faire publier et éditer par les sociétés savantesprovinciales et parisiennes les travaux de Duquénelle, afin de rendre compte de ses découvertes etdes objets faisant partie de sa collection ainsi que de son apport pour une meilleure connaissance dela science archéologique. Cette pratique lui offre ainsi une publicité dans la France des territoires,chez ses pairs comme chez les amateurs passionnés. En 1858, Edouard de Barthélémy cite les348 JADART, Henri, Op.cit, 1884, p. 13-15.349 A.M.C.R, 2S 1 : Correspondance diverse (1806-1882).350 BOSC, Ernest, Op.cit, 1883, 695 p. 83
  • 14. travaux de Nicolas-Victor Duquénelle pour l’étude de la numismatique rémoise, dans la Revue dessociétés savantes de France et de l’étranger 351.En 1881, le Bulletin Monumental 352 publie une note sur quelques cachets d’oculistes rémois :« Nous avons publié ce cachet peu de temps après sa découverte, et à l’insu l’un de l’autre. C’est àl’obligeance de M.M. Duquénelle et Maxe-Werly, que nous en devions les empreintes. Il fait partiedu riche cabinet de M[onsieur] Duquénelle. Le cachet de M. Claudius Martinus a été trouvé àReims, rue des Moulins, au mois de juin 1879. […]. Le cachet de Magilius. Reims (Marne). Cecachet fait partie du cabinet de M. Duquénelle, à qui nous en devons les empreintes. Il a été trouvé àReims ; c’est un schiste ardoisier, de couleur verte ; d’après les mesures qui nous ont été envoyéespar M. Duquénelle, ses dimensions sont, en largeur 0,043 m., en hauteur 0,032 m., en épaisseur0,009 m. ».L’antiquaire est donc associé à la publication puisqu’il est sollicité pour les mesures de l’objetd’antiquités. Il ne pourrait donc s’agir d’une tournée provinciale de la Société françaised’archéologie publiant dans ses publication à large diffusion, les Bulletins Monumentaux, lesrecherches régionales et territoriales ; mais d’une association des organismes associatifsarchéologiques – ici la Société française d’archéologie – aux recherches et aux travaux del’antiquaire par une correspondance qui lui permettait de décrire avec précision les objets. Il existeune large diffusion des travaux, des recherches, et des collections de l’antiquaire ; ajouté au fait quele Bulletin Monumental est une revue trimestrielle ayant joué un rôle déterminant dans l’étude et ladécouverte des monuments, et connaissait déjà une vaste diffusion compte tenu du fait qu’elle étaitl’une des premières revues françaises de référence de l’architecture et de l’archéologie.La contribution de Nicolas-Victor Duquénelle, au niveau local, à un recueil des monuments françaiset à un mélange des objets préhistoriques et antiquités nationales, se lit aussi dans les publicationsparticulières. Henri du Cleuziou, dans son ouvrage intitulé L’Art national : étude sur l’histoire del’art en France, évoque successivement un poignard de l’âge du bronze, des torques en bronzecomprenant bracelets et rondelle, trouvés dans des cimetières gaulois de la Marne, des fibules etépinglettes « qu’elles (les femmes gauloises) affectionnaient particulièrement », des émaux figurantun coq et un dauphin, de « charmantes fioles » gallo-romaines « incontestablement de fabricationnationale », un vase gaulois emprunté aux hanaps, des vases gaulois à compression, avecornementation, des bouteilles et verres à boire, des « poteries parlantes noires gauloises, avecornementations en barbotine blanche et jaune, « une délicieuse burette […] où les ornements351 BARTELEMY (de), Edouard, « Annales de l’Académie impériale de Reims. 24 vol. in-8°, 1841-1856 ». Revue dessociétés savantes de la France et de l’étranger, 1858, t. IV, p. 50-55.352 HERON DE VILLEFOSSE, Antoine-Marie, THEDENAT, Henri, « Notes sur quelques cachets d’oculistesromains ». Bulletin Monumental, 1881, IX, 47, p. 259-286, p. 563-611. 84
  • 15. appliqués à chaud sont parsemés avec un goût si parfait » qui appartient à l’art romain, un trépied enbronze « d’apparence romaine » et enfin des fibules rondes tricolores 353. Tous ces objets,constitutifs d’une histoire de l’archéologie en France et d’une histoire de l’art national,appartiennent alors à la collection rémoise de Duquénelle. Pour autant, il convient de s’interrogersur la nature de l’obtention de ces informations par son auteur : soit l’auteur a pu recourir auxpublications institutionnelles locales et nationales pour recenser les collections d’antiquités, soit cedernier et l’antiquaire ont échangé par mode épistolaire. La seconde forme de constitution de réseaux savants provinciaux et parisiens consistait endes demandes d’adhésion par Nicolas-Victor Duquénelle en qualité de membre correspondant, auxsociétés savantes de province et de la capitale. Et comme Henri Jadart le disait dans son ouvrageposthume consacré à l’antiquaire : « Les relations de Monsieur Duquénelle devaient nécessairementl’agréer, hors de Reims, à de nombreuses sociétés savantes ».Le 23 mars 1846, il fut reçu après souscription à la Société française d’archéologie pour laconservation et la description des Monuments Historiques 354, fondée en 1834 par Arcisse deCaumont. Quatre ans plus tard, il fût reçu par élection à la Société Archéologique de Soissons. Ilavait du auparavant envoyer une lettre de recommandation adjointe à une lettre de motivation, quiavaient sûrement été examinées en commission délibérative. Il apparaît en effet dans unepublication de 1868 dans la liste des membres correspondants 355. En 1851, il fut admis à la Sociétéde Sphragistique de Paris qui avait pour missions l’étude des cachets et de la sigillographie. Iladhéra en 1856 à la Société des Antiquaires de France, ainsi dénommée après 1814, remplaçantl’Académie Celtique fondée le 9 germinal an XII par Jacques Cambry, Jacques Antoine Dulaure etJacques le Brigant. Elle avait pour but l’étude de la civilisation des Gaulois, de l’histoire et del’archéologie françaises, qui étaient les objets d’étude de prédilection de l’antiquaire Duquénelle. Ilfigurait bien dans la liste des associés correspondants du Bulletin de la Société de 1864 356. Le 12août 1855, Adrien de Longpérier, son présentateur, lui répondait par retour de courrier sur lesconditions d’adhésion à cette institution parisienne 357 : « Je m’empresse de répondre à la questionque vous m’adressez. La société des antiquaires tient maintenant ses séances au Louvre, dans unlocal où se trouvait autrefois la Bibliothèque Standish appartenant au roi Louis-Philippe. Nosséances ont lieu, comme par le passé, les 9, 19 et 29 de chaque mois. Mais nous entrons pour deux353 CLEUZIOU (du), Henri, L’Art national : étude sur l’histoire de l’art en France, I : Les origines, la Gaule, lesRomains. Paris : A. Le Vasseur, 1882, 566 p..354 JADART, Henri, Op.cit, 1884, p. 16-19.355 « Membres correspondants ». Bulletin de la Société Historique et Archéologique de Soissons, 1868, vol. 2, p.393.356 « Liste des associés correspondants nationaux et étrangers ». Bulletin de la Société impériale des antiquaires deFrance, 1864, p. 16.357 JADART, Henri, Op.cit, 1884, p. 44-45. 85
  • 16. mois en vacances, le 1er septembre. […] Vous serez peut-être étonné si la société ne vous décernepas le titre de correspondant ; mais je dois à cet égard vous faire connaître la situation particulièredans laquelle nous sommes. Nos règlements imposent aux correspondants, comme aux membresrésidants, des conditions onéreuses. On est tenu de payer un diplôme de 25 francs et d’acheter, auprix de 6 francs, les volumes des mémoires à mesure qu’ils paraissent, cest-à-dire à peu près tousles deux ans. Il s’en suit qu’on ne peut nommer correspondants que ceux qui le désirent et qui enfont la demande par écrit ; parce qu’alors cette demande, faite en connaissance de cause, constitueune sorte d’engagement. S’il peut vous être agréables d’être des nôtres, je me chargerai volontiersd’être votre présentateur […] ».En 1861, il fut procédé à son adhésion à la société française de numismatique et d’archéologie,disciplines dans lesquelles il semblait exceller compte tenu de ses travaux et de ses responsabilitésen commissions et sections de l’Académie. Le cas de son adhésion à la Société Archéologique deSens en séance du 4 avril 1866 est intéressant car il révèle les modalités et les conditions devalidation d’une adhésion d’un membre correspondant 358 : « M[onsieur] Duquénelle, membre de[sic] l’Académie de Reims, présenté par M.M Bazy, Genouille et Julliot est admis au nombre desmembres correspondants […] ».Dans le cas de cette société provinciale, les modalités d’adhésion puis de validation par lacommission statutaire étaient le parrainage et la présentation. A la même date, il rejoignait lacommission de Topographie des Gaules à l’invitation de Félicien de Saulcy 359. Créée par NapoléonIII, « elle atteste des goûts archéologiques de l’Empire » 360.D’ores et déjà, deux critères d’adhésion peuvent être dégagés à partir d’études de cas : le critère dereconnaissance et le critère matériel ou financier, auxquels Duquénelle semblait satisfaire puisqueses demandes d’adhésion en qualité de membre correspondant avaient toutes été retenues.Selon Jean-Pierre Chaline, le titre de correspondant est un gage de reconnaissance, de distinction etde recommandation. Son rôle effectif et sa part réelle d’activités sont cependant moindres. Lecorrespondant, surtout, témoigne d’une ouverture à l’extérieur de la société savante qui l’accueille,de son rayonnement et de sa bonne intégration dans l’espace culturel local 361.Au XIXe siècle, les objets d’antiquités circulent et sont commercialisés dans un monde savant deplus en plus globalisé. Ces échanges savants peuvent en avoir cette finalité. Deux lettres adresséespar Félicien de Saulcy à Nicolas-Victor Duquénelle démontrent cette théorie 362. La première de ces358 « Extrait des procès-verbaux ». Bulletin de la Société archéologique de Sens, 1867, X, p. 376-378.359 JADART, Henri, Op.cit, 1884, p. 16.360 SCHNAPP, Alain. In : NORA, Pierre, Op.cit, 1997, p. 78.361 CHALINE, Jean-Pierre, Op.cit, 1998, p. 116-119, p. 148.362 SCHNAPP, Alain. In : NORA, Pierre, Op.cit, 1997, p. 45-47. 86
  • 17. lettres, datée du 9 septembre 1869, montre l’aspect lucratif du commerce des objets antiques et lerecours à ces méthodes marchandes par les antiquaires et les savants : « La trouvaille que vousvoulez bien m’annoncer m’intéresse au plus haut point. Je possède déjà de ces pièces trouvées aupays chartrain ou à Moinville, près de Melun. S’il était possible d’en acquérir une dizaine les plusvariées possible, aux prix de 20 fr[ancs] pièce, j’en serai ravi […] ».La seconde des lettres, non datée, enrichit quant à elle notre connaissance sur l’échange des objetsd’antiquités par les collectionneurs : « […] En revanche, les deux autres [monnaies] sont tout à faitnouvelles pour moi, et je n’ai pas le courage de ne pas accepter avec une vive reconnaissance l’offreque vous vous bien me faire de conserver ces pièces pour ma collection. […] ».Henri Jadart souligne l’utilité de ce commerce qui n’était pas forcément lucratif et qui permettaitaux savants ou archéologues d’apporter un éclairage nouveau ou de nouvelles interprétations sur lesantiquités. Il s’agit, pour la troisième forme, de relations amicales ou cordiales, exercées dans un cadreprivé, donnant lieu à des échanges de vue et à des demandes de service réciproques. Les lettres ci-dessous, pour la plupart, sont reprises de la notice biographique de Henri Jadart 363. Elles sontcertainement issues de la correspondance de l’antiquaire 364, composée de vingt-et-une liasses etrépertoriée sous le numéro vingt-cinq de la série I de description des monuments et des antiquitésde la ville de Reims, que ce dernier a légué aux archives de l’Académie de Reims, et dont cetteinstitution fait état dans l’une de ses publications 365. Cette correspondance n’existe plusaujourd’hui : alors conservée au Palais du Tau, elle a brûlé lors du bombardement de l’arméeallemande, du 4 septembre au 6 octobre 1914 366. En 1852, Adrien de Longpérier fait appel à laconnaissance de Duquénelle sur des objets trouvés à Reims pour dresser une liste alphabétique desnoms de potiers imprimés sur les vases de terre rouge 367 : « La société des antiquaires de Francem’a chargé de dresser pour son annuaire une liste alphabétique des noms de potiers imprimés surles vases de terre rouge. En réunissant ce que j’avais noté depuis longtemps, j’ai déjà pu former uncatalogue de 1300 noms. J’espère que vous me pardonnerez d’avoir recours à votre obligeance pourobtenir la copie des estampilles qui se trouvent sur les vases ou fragments découverts à Reims.363 JADART, Henri, Op.cit, 1884, 57 p.364 A.N.R., Série I, n°25 : Correspondance de savants et d’amateurs avec V. Duquénelle (1840-1883), cartoncomprenant 21 liasses numérotées.365 « Académie de Reims : inventaire des archives (1841-1886) ». Travaux de l’Académie nationale de Reims, 1885-1886, vol. 79, t. 1, p. 243.366 JADART, Henri, « Sur les ruines et les pertes causées à Reims par le bombardement de l’armée allemande, du 4septembre au 6 octobre 1914 ». Comptes-rendus des séances de l’année 1914. – Académie des inscriptions et belles-lettres, 1914, n° 7, p. 590-593.367 JADART, Henri, Op.cit, 1884, p. 43-44. 87
  • 18. J’aurai soin d’indiquer à la reconnaissance des antiquaires, le nom de ceux qui voudront bienprendre part à ce travail de collection […] ».L’Académicien apporte son estime à l’antiquaire, mais surtout sa confiance dans les compétencesen matière d’histoire et d’archéologie de Duquénelle pour lui demander un tel service. Cette lettredémontre également toute la logique de constitution des cercles savants, puisqu’Adrien deLongpérier promet à l’antiquaire d’associer tous ceux qui auront bien voulu l’aider dans sadémarche auprès de la Société des antiquaires de France, équivalant à une certaine reconnaissance.En 1869, Félicien de Saulcy et Nicolas-Victor Duquénelle se prêtaient à une relation épistolaireavec comme objet d’étude la numismatique, après envoi par l’antiquaire à l’Académicien d’unesérie de monnaies. Ce dernier le remercie et converse avec son confrère à ce propos 368 : « […]Voilà ce que je regarde comme très probable à propos de l’histoire de ce curieux petit monument. Jevais aujourd’hui même le montrer à la séance de l’Académie des Inscriptions à mes deux confrèresLe Normant et Longpérier. Je suis sûr qu’ils seront très satisfaits d’examiner cette rare médaille.Demain matin, je ferai porter au chemin de fer une petite boîte à votre adresse, et contenant la pièced’or en question et la pièce gauloise à la tête de face sous le sanglier. […] ».L’échange de correspondances et la pratique savante sont une réalité, par la demande de conseil oumême l’envoi d’objets d’antiquités afin de recueillir l’avis de ses confrères.Nicolas-Victor Duquénelle correspondait également très fréquemment avec Charles Robert del’Institut et membre correspondant de l’Académie nationale de Reims, dont les relations semblaientdavantage amicales que collégiales. En effet, dans le compte-rendu des travaux de l’Académienationale de Reims pour les années 1887 et 1888, Henri Jadart dédie une notice nécrologique à celuiqui « resta l’intime confident de M[onsieur] Duquénelle et participa à toutes les découvertesarchéologiques faites au sein de cette ville, qu’il considérait à bon droit comme sa secondepatrie 369 ». En 1852, cet Académicien inclut dans son ouvrage la description du monogramme et dumatériau, et l’interprétation d’une pièce trouvée à Reims en 1840 et appartenant à Duquénelle, quilui a transmis à ce sujet une communication 370. Le 26 mai 1879, Charles Robert envoie une lettre àl’antiquaire rémois 371 : « J’ai communiqué dans la dernière séance des antiquaires de France votrebuste (tête d’empereur en marbre, trouvée à Reims en 1878) aux hommes compétents, avant de ledéposer de votre part sur le bureau. Personne ne s’est prononcé ; les plis du cou ont même paru à unde nos confrères peu conformes aux usages antiques. L’opinion générale m’a paru cependant368 Ibid, p. 46-47.369 JADART, Henri, « Compte-rendu des travaux pendant l’année 1887-88 ». Travaux de l’Académie nationale deReims, 1887-1888, vol. 83, t. 1, p. 11-32370 ROBERT, Charles, Etudes numismatiques sur une partie du nord-est de la France. Metz : Nouvion, 1852, p. 206-207.371 JADART, Henri, Op. cit., 1884, p. 50. 88
  • 19. incliner à rapporter votre empereur au moyen-empire, pendant que le même confrère maintenait sesdoutes sur l’antiquité du marbre. J’ai fait porter ledit buste chez Rollin et Feuardent, qui ont unegrande habitude des têtes romaines ; dès que je serai libre, j’irai prendre leur avis que je vous feraiconnaître […] ». Charles Robert réitère cet exercice d’analyse et d’interprétation en 1882 lorsqu’il a« la bonne fortune d’avoir à examiner deux petits médaillons de terre […] communiqués parM[onsieur] Duquénelle », ayant fait l’objet d’une lecture devant la Société nationale des antiquairesde France 372 puis d’une publication 373. Au-delà de la diffusion des idées, de la confrontation despoints de vue, de l’apport local pour la construction du « matériau archéologique national », il y aaussi la diffusion et échange des objets par le fac-similé, cest-à-dire la reproduction exacte,imprimée, gravée ou photographiée – en fin de XIXe siècle pour cette dernière technique –, par ledessin, ou encore par le moulage, au plâtre ou à la cire.L’antiquaire Nicolas-Victor Duquénelle était « lié de vieille amitié » avec Monsieur Bretagne,secrétaire perpétuel à la Société d’archéologie lorraine. Ce membre correspondant de l’Académie deReims, dont Henri Jadart écrit la notice nécrologique, était également un ami de Charles Robert 374.Nicolas-Victor Duquénelle était également en collaboration avec Pierre-Jules Blavat-Deleulle,originaire de la Meuse, membre titulaire de la Société archéologique champenoise, membrecorrespondant et lauréat de l’Académie de Reims. A son propos, le secrétaire général de l’Académienationale de Reims Henri Jadart, écrit qu’il laissa « à son actif le souvenir vivant des services qu’ilrendît à M[onsieur] Duquénelle » 375. Il semble en effet qu’il ait bien existé une collaboration entreDuquénelle et Blavat-Deleulle, de par la co-acquisition d’objets aujourd’hui propriétés du muséeSaint Remi de Reims 376. Léon Maxe-Werly, qui menait des recherches archéologiques dans leBarrois et qui était membre correspondant de l’Académie nationale de Reims, faisait égalementpartie du cercle privé de Duquénelle. En 1860, Charles Robert prie ce dernier de présenter devantl’Académie son travail sur les monnaies frappées à Provins. Empêché, l’antiquaire rémois chargeLéon Maxe-Werly de le remplacer 377. Il existait donc des cercles savants homogènes, bien établisautour de personnalités disposant d’une notoriété certaine et d’une influence réelle.372 Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 1882, p. 145.373 ROBERT, Charles, Médaillons de terre du cabinet Duquénelle. Nogent-le-Rotrou : impr. Daupeley-Gouverneur,1882, 7 p.374 JADART, Henri, « Compte-rendu des travaux pendant l’année 1891-1892, lu à la séance publique du 7 juillet1892 ». Travaux de l’Académie nationale de Reims, 1891-1892, vol. 91, t. 1, p. 26.375 JADART, Henri, « Compte-rendu des travaux pendant l’année 1900-1901, lu à la séance publique annuelle du 10juillet 1902 ». Travaux de l’Académie nationale de Reims, 1901-1902, vol. 111, t. 1, p. 37.376 M.S.R., Fonds de documentation : Collection Duquénelle377 MAXE-WERLY, Léon, « Lettre à M. Ch. Robert sur l’origine du type des monnaies de Provins ». Travaux del’Académie impériale de Reims, 1860-1861, vol.31, n°2, p. 209-215. 89
  • 20. Entretenir des contacts privés permet aussi à l’antiquaire de disposer de relais provinciaux etparisiens, qui ainsi pourront présenter des objets de sa collection devant les plus prestigieusesinstitutions archéologiques et faire connaître son nom. Ces relations permettaient aussi àl’antiquaire de disposer des conseils judicieux des plus hautes sphères parisiennes, commeLongpérier, mais aussi d’approcher directement ou indirectement de spécialistes d’une disciplineafin de connaître leur opinion sur un objet d’antiquités.L’amitié scientifique est cependant à relativiser. Emmanuel Bury a étudié l’amitié du point de vuerhétorique comme argument du discours savant. Il énonce les « trois commerces savants » énoncéspar Pierre Gassendi, qui a contribué à la construction de l’image de la vie savante et intellectuelleau XVIIe siècle : la lecture, la méditation solitaire et la communication. La civilité savante, présentedans les savoirs traditionnels de l’humanisme, fait partie de l’institutionnalisation et des valeurs dela République des lettres, par l’échange des savoirs. La déclaration d’amitié est envisagée commeune procédure rhétorique qui amène au discours scientifique, cest-à-dire comme « l’amorce de lacommunication savante » dans le cadre général de la sociabilité savante. L’amitié est aussi unargument de transmission intellectuelle, par la déclaration de service appelée le bon échange savant.L’amitié doit faire les preuves de l’esprit de l’expéditeur au destinataire, et de sa disponibilité à laparticipation du discours scientifique. L’amitié est donc une conséquence du savoir, visant à lareconnaissance mutuelle dans les réseaux d’échanges. Elle fait surtout partie intégrante de ladimension argumentaire de la démarche savante, de la construction et de la légitimation du discourssavant, pour une rationalisation optimale de la procédure objective par l’énonciation de méthodesdans le débat scientifique 378.Disposer de contacts permet aussi à Duquénelle de réaliser d’autres desseins que la correspondancearchéologique. Dans une lettre adressée en 1862 à un membre du cabinet de l’Empereur à propos dudon d’antiquités à l’empereur pour le musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain-en-Laye,l’antiquaire demande au destinataire de la lettre un bien curieux service 379 : « […] J’ai eu il y adeux ans l’honneur d’être reçu par l’empereur au camp de Chalons, et pour témoigner à sa Majestéma vive reconnaissance pour le bienveillant accueil qu’elle a daigné me faire, je voudrais pouvoirde nouveau offrir les quelques antiques dont je vous donne ici le détail. Mais pour obtenir cettefaveur, j’ai besoin d’être présenté, et j’ai pensé Monsieur que vous, qui m’avez dans quelquescirconstances, témoigné tant de bienveillance, vous consentiriez à me venir en aide et protection, et378 BURY, Emmanuel, « L’amitié, entre argument et sentiment dans l’échange savant au XVIIe siècle ». In :DARMON, Jean-Charles, WAQUET, Françoise (dir.), L’amitié et les sciences, de Descartes à Lévi-Strauss, colloqueinternational de Paris, Ecole normale supérieure, 16 et 17 janvier 2009. Ressource vidéo disponible sur « Savoirsmultimédia » de l’Ecole normale supérieure : http://www.diffusion.ens.fr/index.php?res=conf&idconf=2214# (consultéle 26 avril 2010).379 M.A.N., « Fonds Correspondance » : lettre du 18 avril 1862. 90
  • 21. m’aider, selon la promesse que vous avez bien voulu me faire, à obtenir ce que je désire siardemment. Si vous voulez bien vous intéresser à moi et au but que je voudrais atteindre, faites lemoi savoir par un mot et de suite je me rendrai à Paris au jour indiqué. […] ». Nous ignorons lasuite donnée à cette lettre, toujours est-il que le Palais impérial reçoit les objets d’antiquités un moisplus tard.L’échange savant semble se nouer par la recommandation. Dans une lettre d’un passionnéd’antiquités, le chef d’escadron Mourat de Rennes, adressée à Charles Loriquet le 31 mai 1875,l’expéditeur souligne son intérêt pour « les bas-reliefs représentant un personnage tricéphaleappartenant à M[onsieur] Duquénelle » dont la connaissance a été diffusée par la publication del’archiviste et bibliothécaire de la ville de Reims 380. Très intéressé, l’amateur rennais précise qu’il asollicité l’antiquaire rémois « pour des détails plus circonstanciés sur ces curieux monuments, et, sipossible était, un fac-similé » avant d’ajouter à l’auteur de Reims pendant la domination romaine,d’après les inscriptions, avec une dissertation sur le tombeau de Jovin que sa démarche de prise decontact, demeurée vaine, avait été précédée par la recommandation de Charles Robert 381.L’antiquaire disposait donc de cercles provinciaux et parisiens en grand nombre qui lui permettaientde faire connaître ses travaux et sa collection sur tout le territoire national mais surtout dans lasphère parisienne. Ces cercles pouvaient ainsi répondre à ses interrogations ou à ses attentes, etréciproquement. Les cercles étrangers L’antiquaire s’était enfin constitué un réseau de cercles savants européens. Sarelation avec ces sphères se manifestait sous diverses formes, qui exaltaient un collectifarchéologique européen. L’archéologie française en Europe se décline par l’initiative étatique dès lerègne de Louis XIV par le financement de missions extra-muros 382, et se complémentarise desinitiatives privées du XVe siècle avec la propagation d’une littérature de la curiosité et du voyageen Italie 383, au XVIIe siècle par la correspondance « des antiquaires de l’Europe lettrée », Fabri dePereisc particulièrement en France 384. Plus tard, au XVIIIe siècle, Montfaucon et Caylus « suivent380 LORIQUET, Charles, Op.cit, 1860.381 A.M.C.R., 2S 7 : Archéologie, paléographie, épigraphie, linguistique, enseignement des langues, tombeau de Jovin :notes classées de façon thématique (1854-1883).382 SCHNAPP, Alain. In : NORA, Pierre (dir.), Op.cit, 1997, p. 76.383 POMIAN, Krzysztof, Collectionneurs, amateurs et curieux. Paris, Venise : XVIe-XVIIIe siècle, coll. Bibliothèquedes histoires. Paris : Gallimard, 1987, p. 9.384 Ibid, p. 77. 91
  • 22. passionnément les fouilles de Herculanum et de Pompéi 385 » alors que le baron d’Hancarvilles’aventure en Europe 386. Au XIXe siècle, l’archéologie en Europe s’organise. La première forme intervient par des publications savantes dans les revues archéologiqueseuropéennes auxquelles Nicolas-Victor Duquénelle contribuait.Ses travaux sont cités par Celestino Cavedoni dans la revue italienne Annali dell’Instituto dicorrespondenza archeologica 387, lequel institut créé à Rome en 1829 coordonne les recherchesinternationales ; diffuse, par la publication des Annales, l’étude des monuments ; et annonce l’essorde « la nouvelle archéologie » de coopération internationale par des « échanges savants fructueux »et l’adoption des méthodes de l’archéologie, et de son « rapport à la philologie et à l’histoire » 388 :« Questo insigne medaglioncino d’oro fu primamente edito dal Mionnet (Méd. Rom. It. p.117,119),e poscia più minutamente descritto dal ch[e] Duquenelle (Revue num. 1852 p.233) sopra un altroesemplare piu nitido del primo, che si scoperse presso Reims ».Les travaux de Duquénelle sont également cités dans la revue britannique ArchaeologicalJournal 389, publication annuelle, créée en 1843 390, qui présente les travaux sur les vestigesarchéologiques et architecturaux, sites et monuments, de toutes les périodes, éditée par the RoyalArchaeological Institute. Cette revue relate la remarquable découverte survenue à Reims en 1855 enliaison avec des vestiges de l’Empire Romain. Un bronze et soixante dix instruments médicinauxfurent découverts à cette occasion, et qui appartenaient au cabinet des curiosités de l’antiquairerémois : « Notices of various stamps used by Roman oculists or empirics have been communicatedon several occasions at the meetings of the institute. In the course of the year 1855, a remarkablediscovery had been made at Rheims, connected with these vestiges of the Roman empirics. […] Anoculist’s stamp was found with these reliques, and bronze bowls, in one of which were two firstbrass coins of Antoninus. These curious objects in connection with the history of medicine amongstthe Romans are in the possession of M. Duquenelle, who has formed an extensive collection of localantiquities at Rheims ».Les travaux de Nicolas-Victor Duquénelle sont enfin évoqués dans la rubrique « Numismatics »d’une seconde revue britannique, à propos de la publication de l’antiquaire sur l’archevêque de385 GRAN-AYMERICH, Eve, Op.cit, 2007, p. 30.386 HASKELL, Francis, De l’art et du goût jadis et naguère, coll. Bibliothèque illustrée des histoires. Paris : Gallimard,1987, p. 80-105.387 CAVEDONI, Celestino, « Dichiarazone di alcune monete dell’Imperatore M. Aurelio Probo». Annali dell’Institutodi correspondenza archeologica, 1858, T. XXX, p. 87-100.388 GRAN-AYMERICH, Eve, Op.cit, 2007, p. 48-55.389 « Proceedings at the meetings of the archaeological Institute ». Archaeological journal, 1856, vol.13, p. 282.390 GRAN-AYMERICH, Eve, Op.cit, 2007, p. 135. 92
  • 23. Reims Massanès Ier 391. En effet, quelques pages de Annual journal of the British ArchaeologicalAssociation 392 sont réservées à la promotion des publications savantes. L’institution a été fondée en1843 pour promouvoir l’étude de l’archéologie, de l’art et de l’architecture et la préservation desantiquités nationales du Royaume-Uni.Ces revues sont comme en France avec l’exemple de l’Académie Nationale de Reims et de sesAnnales ou Travaux, des publications officielles et reconnues de sociétés savantes. Il s’agirait doncplutôt de contacts entre sociétés savantes européennes, que de relations privées entre membresd’instituts savants européens ou, pour le cas qui nous intéresse, d’une intervention directe del’antiquaire. Cette dernière appréciation est largement confirmée par les notes de bas de page desarticles de ces publications, renvoyant respectivement pour la revue italienne à une publication de laRevue Numismatique de 1852, et pour la première revue britannique à une publication du tome XIIde la Revue Archéologique d’octobre 1855. Il existe une tradition antiquaire des liens directs entre « curieux de l’Europe savante 393 »,qui est perpétuée au XIXe siècle.Nicolas-Victor Duquénelle entretient une relation épistolaire régulière de douze lettres, de 1852 à1874, avec le baron Jean-Joseph-Marie-Antoine de Witte, de nationalité belge, associécorrespondant de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et membre résidant de la Société denumismatique belge. Ce dernier a d’ailleurs pu rendre compte de recherches archéologiques dansdes publications françaises, telle la Revue archéologique 394. Il existe alors une typologie européennede la recherche archéologique au XIXe siècle. Henri Jadart 395, dans sa notice, avait retranscrit deuxlettres du baron de Witte adressées à l’antiquaire rémois. En voici, pour l’une d’entre elles écritedepuis Vieux-Dieu en Belgique le 27 juillet 1814, deux extraits : « Je vous suis très reconnaissantde la lettre que vous avez bien voulu m’écrire pour signaler à mon attention un moyen bronze dePostume, variété du n°75 de mon ouvrage. J’ai quitté Paris le 21 juillet, et malheureusement je necompte y retourner que vers la fin du mois de septembre. J’aurais été heureux de recevoir votrebonne visite et de voir en même temps votre belle médaille. […] J’aurai soin d’écrire à M. le MajorMarkl à Linz, et je lui dirai les regrets que vous avez de ne posséder aucune monnaie de Claude leGothique et de Quintille qui mérité son attention ».391 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Note sur un denier inédit de Massanès Ier, archevêque de Reims ». Séances ettravaux de l’Académie de Reims, 23 mai 1845 – 16 janvier 1846, vol. 3, n°1, p. 110-113.392 « Recent archaeological publications ». The journal of British archaeological Association, 1847, vol.2, p. 220.393 JADART, Henri, Op.cit, 1884, p. 19.394 WITTE (de), Jean, « Bas-relief de Reims ». Revue archéologique, avril-septembre 1852, t.I, p. 561-564.395 JADART, Henri, Op.cit, 1884, p. 47-49 93
  • 24. A la lecture de ces extraits, il apparaît d’abord que les deux numismates ne se limitaient pas àl’écriture et s’entretenaient directement à Paris. Nicolas-Victor Duquénelle se rendît essentiellementà Paris sous le Second Empire Français, qui promût l’archéologie nationale.Il apparaît ensuite que le réseau de l’antiquaire pouvait s’élargir par des connaissances d’amis. Entout cas, selon Henri Jadart 396, l’antiquaire aurait été en relation avec le Major Markl de Linz enAutriche, spécialisé en numismatique sous les règnes de Claude II et Quintilius. Il aurait égalementcorrespondu avec Renier Chalon, de Belgique, et John Evans, vice-président de la société desantiquaires de Londres.La finalité de cette constitution d’un réseau européen de cercles savants était la visite du cabinet decuriosités de l’antiquaire par des amateurs, touristes et collectionneurs étrangers, comme en attestecette lettre parvenue d’un britannique de Wakefield, Monsieur N. Fermell, datée du 15 avril1864 397 : « Etranger ici et ayant peu de connaissance de votre langue, je vois néanmoins, avec leplus grand intérêt, les noble monuments des jours long passés qui adorne votre citée, et ayantentendue que vous avez une collection assez répandue des petits monuments qu’on troue en lesmonnaies des Romains, j’ai pris la liberté de demandez si vous m’en voulez accorder une vue, avantque je part pour Paris à onze heure ».396 Ibid, p. 18.397 Ibid, p. 18. 94

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