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Etude PwC sur le Développement Durable 2012

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Dans un contexte de crise, alors que les résultats de la conférence Rio +20 n’ont pas été à la hauteur des attentes, PwC publie son rapport annuel « Le développement durable, synthèse et priorités à l’usage des décideurs », en partenariat avec les Ateliers de la Terre. Il dresse un bilan des avancées en matière de développement durable, et hiérarchise les priorités pour proposer de nouveaux modèles de consommation et de production.

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    Etude PwC sur le Développement Durable 2012 Etude PwC sur le Développement Durable 2012 Document Transcript

    • Après Rio+20 Le développement durable, synthèse et priorités à l’usage des décideursÉtude publiée à l’occasion dela Global Conference 2012des Ateliers de la TerreSeptembre 2012
    • Neuilly-sur-Seine,le 1er septembre 2012Sous la direction de Maître Bettina Laville, associéeen charge du Développement Durable de Landwell& Associés, ce rapport a été corédigé par MaîtreBettina Laville et Mme Laure Allibert, Consultante.RemerciementsNous tenons à remercier les personnes qui ont accepté d’exprimerleurs points de vue dans ce rapport.Nous sommes également très reconnaissants, pour l’aide qu’ilsnous ont apportée, à M. Florent Dubois, Mme Syrine El Abed,Mme Hélène Louboutin, M. Gabriel Miche de Malleray Consultantsau sein du département Développement Durable de PwC,dirigé par Thierry Raes et Sylvain Lambert, associés, et à M. Rémide la Selle, Avocat chez Landwell & Associés.
    • | Après Rio+20 Le développement durable, synthèse et priorités à l’usage des décideursD epuis quarante ans, la dans ce domaine. Nous l’avions largement • une synthèse globale et thématique communauté internationale expliqué lors du premier rapport 2011. résultant des grandes conférences s’est mobilisée autour des internationales du développement enjeux environnementaux A partir du réseau d’échanges des durable ;planétaires. Les phénomènes extrêmes personnalités des Ateliers de la Terre • des interviews de décideurs.ainsi que les dégradations climatiques et des expertises des Associés de PwCet environnementales, de sujets de et de Landwell, nous pensons donc Il permettra ainsi de mettre enprospective et de controverses, sont utile, au vu du succès du premier, de lumière les grandes tendances d’undevenus des réalités tangibles. Les publier ce deuxième document de monde en transition souvent brutalescientifiques, qui ont longtemps alerté synthèse, tentative de hiérarchiser et de montrer que la transversalité dule monde sans être entendus se sont les priorités à l’usage des décideurs. développement durable n’exclut pas laorganisés en communautés d’influence priorisation des mesures qui s’imposent.et sont écoutés maintenant de la Ce rapport est issu de l’analyse dessociété civile comme des chefs d’Etat. progrès effectués chaque année dans Il sera présenté lors de la Global la connaissance des menaces contre Conference des Ateliers de la Terre,Cependant, le calendrier laborieux la durabilité et a pour but d’être un think tank international œuvrant à lades négociations internationales, la fil rouge pour garantir la continuité promotion du développement durable etmultiplication des urgences, la pression des décisions sur le long terme. à l’élaboration de nouveaux modèles dedes mutations économiques, la multiplicité société. L’édition 2012 illustrera aussi ledes agences mondiales empêchent Ce rapport adoptera une approche fait, qu’à l’heure où la mondialisation estsouvent les dirigeants du monde de économique en croisant : devenue une réalité et où les acteurs dedégager des priorités qui privilégieraient • une analyse de la conjoncture, des la société civile gagnent en influence, illes questions essentielles de survie au tendances géopolitiques et est primordial d’adopter une approchequotidien des peuples. Il leur est de économiques mondiales influençant de co-construction pour parvenir àplus difficile de démêler les questions les évolutions d’un développement des solutions efficaces et partagées.prioritaires étant donné les nombreuses plus durable : croissance, conflits,publications et rapports scientifiques révolutions… PwC / Ateliers de la Terre | 3
    • | Calendrier des conférences internationales2012 12 au 17 mars 2012 Marseille (France) • 6e forum mondial de 19 au 26 juin Roumanie • 11e Conférence des 8 au 19 octobre 2012 Hyderabad (Inde) • 11e conférence desAnnée internationale l’eau. parties à la convention parties à la Convention RAMSAR sur la sur la Diversitéde l’énergie protection des zones Biologique (CDB) et 14-25 maidurable pour tous humides. 1re Conférence des Bonn (Allemagne) parties siégeant en • Réunion des organes tant que Réunion des subsidiaires à la 1er au 5 octobre 2012 Parties au Protocole de Convention climat. Hyderabad (Inde) Nagoya sur l’APA. • 6e conférence des parties siégeant en 20 au 22 juin 2012 26 novembre - tant que Réunion des Rio (Brésil) Parties au Protocole de 7 décembre 2012 • Conférence des Cartagena sur la Doha (Qatar) Nations Unies sur le prévention des risques • 18e Conférence des développement biotechnologiques parties à la Convention durable (CNUDD/ relatifs à la CDB. Climat (CCNUCC). Rio+20).2013 3 au 15 mars • 16e Conférence des parties à la convention 6 au 10 mai • 6e Conférence des parties de la 1er juin • 6e Conférence des parties de laAnnée internationale CITES sur le convention de convention de commerce Stockholm (Polluants Rotterdam (PIC).de la coopération international des organiquessur l’eau espèces de faune et de persistants). Octobre flore sauvages menacées d’extinction. • 11e Conférence des Mai parties de la Istanbul convention de Bâle • 11e Forum des Nations (déchets). unies sur les forêts.4 | | 2012
    • | Calendrier de la Conférence de Rio+20 1 Décembre 2009 Mai 2010 2011 Novembre 2011 • Adoption de la • 1 conférence re • Au cours de l’année, de • Date d’envoi au résolution des Nations préparatoire nombreuses réunions Secrétariat de la Unies pour la tenue de (PrepCom) de la de préparation ont été Conférence pour des la Conférence Rio- Conférence Rio-2012. organisées dans le contributions 2012 au niveau Cette réunion fut cadre des répondant aux politique le plus élevé centrée sur le bilan de Commissions objectifs et thèmes de possible. La résolution la mise en oeuvre Economiques la Conférence, qui définit les objectifs et effective des textes des Régionales des donneront lieu à un les thèmes de Rio+20 Sommets précédents Nations Unies. document de base aux ainsi que la mise en sur l’environnement et négociations. Un place d’un secrétariat le développement processus de Mars 2011 ad-hoc pour la durable. Les deux consultation également préparation de la grands thèmes de la • 2e conférence ouvert aux acteurs de Conférence. CNUDD ont été alors préparatoire la société civile. actés : l’économie verte (PrepCom) de la dans le contexte du Conférence Rio-2012. L’idée d’une « économie Décembre 2011 développement durable et de l’éradication de la bleue » concernant les • Réunion pauvreté et le cadre océans a été ajoutée. Intersessionnelle de la institutionnel du Le processus Conférence Rio-2012. développement d’élaboration d’une durable. déclaration finale de la CNUDD a été acté. Janvier 2012 Mai 2012 16 au 19 juin 2012 20 au 22 juin 2012 • Publication du « Draft • Les Co-Chairs • Des « dialogue days », • Conférence Rio+20 en Zero » le document de élaborent un texte de journées de débats présence des chefs base des négociations compromis devant thématiques dédiés à d’Etat. à partir des servir de base aux la société civile contributions des Etats négociations. (citoyens, ONG, et des représentants entreprises, des 9 groupes majeurs. collectivités locales, 13 au 15 juin 2012 universitaires, • Dernière étape de syndicats, etc.) ont été Mars 2012 négociation entre les organisées. • Un nouveau Draft, de négociateurs des 206 pages est publié. 193 États.1. Note de Décryptage des enjeux de la Conférence Rio+20. « Mettre au monde une économie verte équitable et une gouvernance démocratique de la planète dans un cadre de développement durable ». Organisation Internationale de la francophonie. PwC / Ateliers de la Terre | 5
    • | Sommaire Introduction 8 1.1. De Rio à Rio+20 : de l’utopie au réalisme 14 Un 12 20 ans après Rio, un bilan escamoté mais indispensable 14 développement page La première tentative mondiale de co-construction 19 durable ou Temps du possible ou résignation à l’impossible ? 20 une croissance 1.2. Réformes en débat à Rio+20 : quelle gouvernance, verte pour quelle économie ? 22 7 milliards Des réformes institutionnelles à minima 22 d’individus ? Verdir la croissance ou changer l’économie ? 24 01 1.3. Les perspectives de l’après Rio +20 : soyons lucides 27 Urbanisation, industrialisation et risques de crises 28 Effets de seuils dans l’altération des fonctions régulatrices essentielles de la planète 30 2.1. La dégradation des ressources s’aggrave et menace Les leviers 32 d’atteindre des effets de seuils 34 d’actions page L’eau, bien rare et menacé 34 Les pressions sur les écosystèmes naturels s’accentuent 35 des acteurs L’impérieuse conciliation de la demande énergétique et de la maîtrise du économiques réchauffement climatique 38 pour assurer la 2.2. Les leviers techniques et économiques d’une gestion durable vie humaine en des ressources naturelles 44 ménageant les L’eau comme facteur de production : vers un usage durable ? 44 ressources Réinjecter les ressources utilisées dans le système de production : vers les économies circulaire et de fonctionnalité 47 02 Produire en pratiquant l’efficacité énergétique 51 2.3. L’économie verte, libérale ou inclusive ? 56 Instruments économiques : les marchés 56 Verdissement de la croissance ou invention de l’économie verte ? 59 6 | Le développement durable, synthèse et priorités à l’usage des décideurs | 2012
    • 3.1. Les réponses technologiques sont indispensables maisPour réussir 64 insuffisantes 66Rio +30 : Mieux page 3.2. L’adaptation doit être l’inspiratrice de toutes les politiques 68co-construire Changement climatique, sécurités hydriques, alimentaires et humaines 69 Le facteur humain de la lutte, adapter les entreprises et les sociétés 73 3.3. Co-construire de nouveaux modes de production et de consommation 76 Découpler l’essor économique de la consommation des ressources 76 Changer les usages : du consumérisme à la consommation durable 78 3.4. Co-construire la Gouvernance dans le contexte de la rareté 80 La nécessaire co-construction d’une gouvernance de l’eau 80 Biodiversité, désertification et océans, quelques petites questions de gouvernance en suspens… 8303 Gouvernance du climat et de l’énergie, la trop lente politique des « petits pas » ? 85 3.5. Co-construire à 7 milliards ? 90 Qu’entendons-nous par coproduction ? 90 Conditions et méthodes de la co-construction 92Conclusion 94 page04Annexes 98 Principales données chiffrées et objectifs à long terme 99 page05 Frontières planétaires mises en jeu par la croissance mondiale 104 Tableau de suivi 2011 des objectifs du Millénaire pour le développement 105 PwC / Ateliers de la Terre | 7
    • | Introduction « Il devient urgent de La conférence de Rio+20, qui s’est tenue renouvelables, c’est-à-dire, en les utilisant de s’occuper des choses au Brésil du 20 au 22 juin 2012, devait façon « efficace et sobre », en s’appuyant sur la importantes mais il devient marquer une étape importante pour dresser chasse au gaspillage, la meilleure répartition de plus en plus important un bilan du concept et des démarches de des richesses et l’intégration partagée des de s’occuper des urgences » développement durable. Elle devait également progrès techniques. Les fondements de Rio permettre de mener des réformes autour de 1992 sont plus que jamais d’actualité : Jean Paul Delevoye, président de deux thèmes principaux : la croissance la gestion actuelle et future des ressources du Conseil Economique Social verte dans un contexte d’éradication de la doit permettre de satisfaire les besoins et Environnemental pauvreté et la réforme de la gouvernance des générations actuelles sans remettre en mondiale du développement durable. cause celles des générations futures ou les équilibres fondamentaux de la biosphère. Les résultats obtenus ne furent pas à la hauteur des attentes et des programmes Jusquil y a peu de temps, les politiques de annoncés dans un contexte de crises développement axées sur la croissance et le économiques et financières. Ces crises, en développement des richesses constituaient le particulier celle de la dette, réduisent les dogme des économistes et l’étalon du progrès capacités d’action des Etats, commencent des Nations. La tendance à l’uniformisation à déstabiliser les puissances émergentes, relative des modes de vie consécutives à encore fragiles, favorisent la tendance la globalisation, au développement des naturelle des dirigeants politiques à technologies de l’information pouvait donner repousser les échéances et semblent masquer l’illusion d’une possible universalisation la gravité des crises environnementales et des modes de vie à l’occidentale. On sait sociétales majeures qui affectent, à moyen cependant clairement aujourd’hui que et long terme, la planète et ses habitants. l’application de ce modèle de développement à l’ensemble de la planète nécessiterait des On entretient ainsi l’illusion que le mode ressources 3 à 6 fois supérieures à celles qui de vie des pays riches, « encore riches »… sont disponibles. Ces approches atteignent pourrait être maintenu voire étendu à ainsi leurs limites environnementales, l’ensemble de la planète et qu’un certain sociales, économiques et financières. « retour à la normale » sera possible lorsque les Etats auront trouvé les La croissance des populations et le ressorts nécessaires pour sortir de la crise déplacement des centres de gravité économique que nous traversons. Ce n’est démographique sont en effet en train de pas la bonne approche. Certes, il ne s’agit faire émerger de nouvelles dynamiques pas d’abandonner la voie de la recherche qui aggravent les tensions géopolitiques et de la prospérité mais de rompre avec la la pression sur les ressources. Les risques croissance fondée sur l’usage irrationnel des de crises sociales, environnementales et ressources. Car les écosystèmes n’attendent économiques augmentent également avec pas et les bouleversements majeurs qui les l’urbanisation et l’industrialisation. affectent sont sur le point d’atteindre des effets de seuil, des points de basculement Il faut cependant parvenir à concilier sur lesquels il sera difficile de revenir. protection de notre biosphère et bien être de l’humanité, sauvegarde des biens communs Les solutions durables ne peuvent être mondiaux et vie décente d’une population qui fondées que sur les ressources disponibles et compte 7 milliards d’individus aujourd’hui 8 | | 2012
    • et pourrait en compter 9 ou 10 Mds en 2050. Le Ainsi, les principales menaces sur la nature sontsommet de Rio, selon le principe 4 de la Déclaration l’épuisement des ressources non renouvelables,de Rio : « pour parvenir à un développement durable, la dégradation des ressources renouvelablesla protection de lenvironnement doit faire partie par les pollutions et l’altération des fonctionsintégrante du processus de développement et ne peut régulatrices essentielles du système naturel. Enêtre considérée isolément », entérinait une primauté, effet, l’utilisation des ressources renouvelablesaujourd’hui remise en cause, du développement. nécessite également l’existence de services deEnvironnement et développement ne peuvent régulation naturels qui permettent leur production.être dissociés ou hiérarchisés mais ils doivent être Or, comme l’ont démontré Christian de Perthuisconciliés. La protection adéquate des écosystèmes et Pierre Antoine Jouvet « la détérioration de ceset des biens publics mondiaux est en effet services risque de provoquer la raréfaction, voiredirectement corrélée à la capacité des populations la disparition de biens antérieurement considérésà vivre dans des conditions de vie acceptables comme disponibles en quantités infinies : l’eau,et à répondre à leurs besoins fondamentaux. l’air, la stabilité du climat, la biodiversité. » « Dans cette perspective, c’est moins l’indisponibilité deD’autant qu’à ce jour, ainsi que le montre les telle ou telle ressource qui pose problème que lerapports successifs sur le sujet, la consommation déséquilibre cumulatif introduit dans des capacitésdes ressources, les dégradations de régulatrices essentielles du capital naturel.l’environnement qu’elles engendrent, n’ont pas Restaurer ces capacités est l’enjeu de la croissancepour autant permis d’assurer le développement verte durant les prochaines décennies. » 2équilibré et le bien être des 7 Mds d’humains.Au cours des 25 dernières années, l’économie La dégradation de ces ressources etmondiale a quadruplé et des centaines de millions équilibres nuit donc aux développementsde personnes ont bénéficié, mais inégalement, humains et économiques. De plus, commede cette croissance. A l’inverse, 60 % des biens et nous l’illustrerons dans ce rapport, lesdes services écologiques majeurs dont dépendent dommages environnementaux accroissent lesles moyens d’existence se sont dégradés ou inégalités, en exerçant un impact négatif suront été utilisés sans souci de durabilité. les populations déjà défavorisées. Prenons quelques exemples parmi les plus prégnants.La dégradation des écosystèmes pèse directementsur l’offre d’alimentation humaine, les moyens L’eau est indispensable au développement humain.d’existence des plus défavorisés et plus largement Les menaces sur cette ressource soulèvent dessur l’ensemble des activités économiques. En fait questions sur la capacité à assurer la sécuritéelle les entrave. C’est pourquoi il est étonnant que hydrique et alimentaire d’une population de20 ans après Rio 92 et 40 ans après Stockholm, 9 milliards d’individus. La banque mondialedes acteurs économiques, heureusement estime ainsi que le manque d’eau sera l’un desde moins en moins nombreux, continuent principaux facteurs limitant du développementd’opposer écologie et économie. La protection économique ces prochaines années. Les usagesadéquate des milieux naturels est fondamentale agricoles, industriels et domestiques de l’eaupour la survie des populations et des secteurs doivent être conciliés et une gouvernance deéconomiques qui en dépendent ainsi que pour cette ressource doit être co-construite entreles nombreux services d’approvisionnement, les usagers, les dirigeants et les entreprises.de régulation et culturels qu’elles assurent. Le changement climatique relève aussi de la sphère de la préservation des biens publics mondiaux.2. P. A. Jouvet, C. de Perthuis, « La croissance verte : de l’intention à la mise en œuvre ». Les Cahiers de la chaire Economie du Climat. no 15 juin 2012. PwC / Ateliers de la Terre | 9
    • Il crée des contraintes physiques nouvelles, remet la société civile. L’interdépendance de ces facteurs en cause les équilibres Nord Sud et appelle à nous demande aussi de repenser nos conceptions développer de nouveaux modes de gouvernance. de la prospérité en privilégiant la sobriété. Les perspectives de croissance de la demande énergétique ne faciliteront pas la mise en œuvre L’adaptation de nos sociétés au fait que nous des mesures destinées à réduire les émissions de ayons atteint les limites de la planète passera GES. Il faudra cependant assurer cette transition en effet par l’optimisation de l’utilisation des énergétique en menant de front les deux volets ressources naturelles. Comme l’illustrait une de la lutte contre le réchauffement climatique : note de l’Organisation internationale de la l’atténuation des émissions et l’adaptation Francophonie, cette sobriété « doit être la valeur des individus, des sociétés et des Etats. centrale du XXIe siècle, tant sur le plan moral, personnel, culturel, technologique, économique que Les ressources naturelles et la biodiversité sont financier. Cela implique également la sobriété et par conséquent aujourd’hui déjà fortement le partage dans l’usage de ces ressources. Il faudra bouleversées par les activités humaines. La obtenir de chaque ressource énergétique, minérale croissance démographique, le développement ou issue de l’activité biologique de la planète, le économique et les marchés mondiaux sont meilleur usage possible au service de tous ».3 des facteurs de profondes évolutions qui, collectivement, accentuent les pressions sur La rareté peut engendrer d’autres valeurs que les ressources, en augmentant la demande celles qui ont dominé le XIXe et le XXe siècle, sans de denrées alimentaires, d’énergie et de sacrifier les progrès que ces siècles ont apportés, de matières premières, entrainant l’épuisement de façon inégale, à l’humanité. Elle peut fonder, dans certaines ressources et l’altération des fonctions le respect des écosystèmes naturels et des équilibres régulatrices des écosystèmes. Ces enjeux humains, un ordre économique nouveau, qu’il demandent aux acteurs économiques et étatiques s’agit non plus d’imposer mais de co-construire, de favoriser la co-construction de nouveaux tel est le thème de ce rapport. Après avoir évalué modes de consommation et de production et les promesses des résultats de la conférence Rio d’en améliorer la gouvernance mondiale. +20 pour la bonne marche du développement durable, nous analyserons comment l’altération Le principe no 8 de la déclaration de Rio de de la fonction climatique, aggravée par une Janeiro de 1992 sur l’environnement et le demande énergétique exponentielle peut, à travers développement durable indiquait qu’il fallait les trois grandes fonctions des écosystèmes, réduire et éliminer les modes de production et (l’eau, la biodiversité et les ressources naturelles) de consommation non viables. De nouveaux conditionner la poursuite des développements modèles durables, permettant de découpler la économiques et humains ou leur stagnation. consommation des ressources de la croissance Nous nous attacherons ainsi à partir des grandes économique, doivent être co-construits et mis en données mondiales, à mettre en exergue les leviers œuvre par les acteurs étatiques, économiques et identifiés pour parvenir à une gestion plus durable. 3. Organisation Internationale de la francophonie. Note de Décryptage des enjeux de la Conférence Rio+20. « Mettre au monde une économie verte équitable et une gouvernance démocratique de la planète dans un cadre de développement durable ». 2012.10 | | 2012
    • Nous devons tenir compte de la raretédes ressources et donc fonder de manièreradicalement différente le progrès de l’humanité,qui doit co-construire, malgré les antagonismesentre les pays, un ordre économique nouveau dela planète, guidé par le souci de la préservationdu capital commun, la production de biensessentiels et l’adaptation aux mutations diversesqui s’annoncent. PwC / Ateliers de la Terre | 11
    • Un développement durable ou une croissance verte pour 7 milliards d’individus ?0112 | Un développement durable ou une croissance verte pour 7 milliards d’individus ? | 2012
    • « Les humains n’aiment C’est à l’espèce humaine, qui a de leur zone de juridiction. Lepas à se plier à des limites : modelé la planète selon ses désirs, sommet de Rio, selon le principed’abord parce qu’ils qu’il incombe que cette aspiration 4 de la Déclaration de Rio : « pourappartiennent au règne des à l’absolu se conjugue avec la parvenir à un développement durable, sobriété. Après la conférence des la protection de l’environnementvivants et que toute forme Nations Unies sur l’environnement doit faire partie intégrante dude vie tend à sa propre humain, qui s’est tenue à Stockholm processus de développement et neexpansion, puisant dans les en Suède en 1972, le rapport peut être considérée isolément »ressources que lui offre son Bruntland (1987) avait mis à entérinait la primauté duenvironnement au risque jour la notion de développement développement, l’oublier ade les épuiser. Ensuite parce durable en affirmant la nécessité provoqué les mauvaises surprisesque, chez les humains, de protéger l’environnement tout de Copenhague, entre autres.5la conscience de soi s’est en assurant le développement.développée au point que La conférence de Rio+20, qui s’estchacun d’eux – chacun de En 1992, la conférence de Rio tenue au Brésil du 20 au 22 juinnous – se vit comme quelque a donné lieu à la création de 2012, sans être la catastrophechose d’absolu ». 4 l’agenda 21 ainsi qu’à l’adoption que certains craignaient, n’a pas de trois grandes conventions : été à la hauteur des attentes etCette citation, que nous mettions en sur la diversité biologique (CDB), des programmes annoncés, dansexergue à la fin du rapport de 2011, sur les changements climatiques un contexte ou les crises socialesnous paraît encore plus d’actualité (CCNUCC) et sur la lutte contre la et économiques, réduisent lesaprès la conférence de Rio 2012. désertification. Cette convention capacités d’actions des Etats, et place l’homme et non la nature les rend réactifs au très court au centre du développement terme tandis que pourtant la durable et affirme les droits des crise environnementale s’accélère Etats à la gestion des ressources mais paraît encore se situer dans de leur espace ; les Etats doivent un long terme maîtrisable, ou toutefois exploiter leurs ressources bien fatal… Les crises multiples et conduire leurs développements n’ont pas servi d’aiguillon pour en minimisant leurs externalités accélérer les réformes nécessaires. négatives et les impacts au delà4. F. FLAHAULT, « Le crépuscule de Prométhée », 2009, page 13.5. Déclaration de Rio de 1992. PwC / Ateliers de la Terre | 13
    • | 1.1. De Rio à Rio+20 : de l’utopie au réalisme 1.1.1. 20 ans après Rio, un bilan à l’occasion de Rio+20 par le Secrétaire général de l’ONU ne s’y est pas trompé : « aujourd’hui, escamoté mais indispensable notre monde et notre planète vivent le meilleur et le pire moment de leur histoire. Le monde connaît Le contexte international de « Rio 1 992 » était une prospérité sans précédent, mais la planète est bien différent de celui que nous connaissons 20 soumise à un stress inouï. Les inégalités entre les ans après ; on a pu le qualifier de « petite fenêtre de riches et les pauvres ne cessent de se creuser et plus la fin de ce XXe siècle quand même particulièrement d’un milliard de personnes vivent encore dans le mouvementé, y compris en Europe, notamment avec dénuement. Des vagues de revendications se font jour la chute du mur de Berlin. » Et nous remarquions dans de nombreux pays, en une quête universelle d’un qu’à Rio, il avait « fallu à cette occasion intégrer monde plus prospère, plus juste et plus viable ». 7 toute la partie de l’Europe centrale et de l’Est dans les négociations internationales en tant que La conférence de Rio+20 malgré plusieurs nouveaux États, mais comme tout cela n’était pas rapports, comme celui du PNUE, et celui déjà cité totalement inscrit dans les faits et que ceux-ci étaient du Groupe de haut niveau n’a pas dressé un vrai à peine naissants et n’avaient pas de réelle voix bilan de 20 ans de gouvernance de l’environnement diplomatique, ils n’étaient pas en capacité d’exercer et du développement. La Déclaration finale balaye une quelconque opposition au sein de l’Europe. » 6 d’une phrase ce qui aurait dû à notre sens faire l’objet au moins d’une session de préparation du De plus, même si le FMI pointait un ralentissement Sommet : « nous reconnaissons que les progrès de la croissance mondiale dans son rapport accomplis ces 20 dernières années, c’est- à-dire depuis de 1992, la montée des pays émergents était la Conférence des Nations Unies sur l’environnement considérée comme un atout mondial, un relais de et le développement de 1992, ont été inégaux, coopération pour les plus pauvres, et pas encore y compris en ce qui concerne le développement une menace pour les membres du G8. Bref, nous durable et l’élimination de la pauvreté. Nous avons changé de monde, et le rapport de haut insistons sur la nécessité de poursuivre la mise en niveau des Présidents Halonen et Zuma, commandé œuvre des engagements souscrits précédemment. 6. B. LAVILLE « Rio+20 : un retour sur l’histoire ». Les dossiers de l’environnement de l’INRA no 33 Juin 2012. 7. President Tarja Halonen and South African President Jacob Zuma. The Panel’s final report, « Resilient People, Resilient Planet : A Future Worth Choosing », paragraphe 1 14 | Un développement durable ou une croissance verte pour 7 milliards d’individus ? | 2012
    • Nous reconnaissons par ailleurs qu’il est nécessaire environnementaux sans précédent qui sontde progresser plus rapidement pour ce qui est en cours : la surface de la terre se réchauffe,de combler l’écart de développement entre pays la fonte de la neige et de la glace s’étend etdéveloppés et pays en développement et d’exploiter le niveau moyen de la mer augmente. 8 Lesles possibilités effectives ou potentielles offertes par émissions de gaz à effet de serre, notammentla croissance et la diversification de l’économie, dues aux modifications d’affectation des solsle développement social et la protection de et à la demande croissante en énergies fossiles,l’environnement pour parvenir au développement continuent d’augmenter. Les conséquencesdurable » (paragraphe 19 de la Déclaration finale). du changement climatique exacerbent les problèmes environnementaux existants.« Nous reconnaissons que depuis 1992, l’intégrationdes trois dimensions du développement durable a S’agissant de la biodiversité, s’il était prévu deprogressé de manière inégale et a subi des revers, sauvegarder son érosion en 2010, cet objectif n’a puaggravés par les multiples crises financières, être atteint. La demande croissante de ressourceséconomiques, alimentaires et énergétiques, qui a accru l’appauvrissement et la dégradation desont venues remettre en cause l’aptitude de tous les l’environnement. L’accès aux ressources minièrespays, en particulier des pays en développement, à est également de plus en plus difficile. 9réaliser le développement durable. À cet égard, ilest essentiel de ne pas revenir sur les engagements En outre, l’environnement marin est de plus en plussouscrits lors de la Conférence de 1992. » dégradé et les ressources en eau s’appauvrissentFinalement la Déclaration des chefs d’Etat lie alors qu’un tiers de la population mondialeimplicitement les difficultés de l’après Rio aux devrait être touché par la rareté en eau en 2025.crises actuelles : « nous reconnaissons également que Certains PVD sont particulièrement affectés parles conséquences des multiples crises qui frappent la désertification et la dégradation des sols.le monde aujourd’hui sont l’un des principauxproblèmes auxquels doivent faire face tous les L’exposition aux substances dangereusespays, en particulier les pays en développement. » (pesticides, déchets dangereux) se poursuit dans(Paragraphe 20 de la déclaration finale). les pays en développement et les économies émergentes, malgré les progrès enregistrés dans laLe paragraphe 22 émet plutôt un satisfecit sur la mise en œuvre des conventions internationales.manière dont avance le développement durabledans les différents pays : « Nous prenons acte des Or, les systèmes sociaux et biophysiquesprogrès réalisés sur la voie du développement durable peuvent atteindre des points de basculementaux niveaux régional, national, sous-national au delà desquels les impacts sont graves, pluset local. Nous notons que les politiques et plans rapides et potentiellement irréversibles.régionaux, nationaux et sous-nationaux traduisentles efforts déployés en faveur du développement Le résumé pour les décideurs du rapportdurable, et que la détermination accrue des du programme des Nations Unies pourgouvernements depuis l’adoption d’Action 21 s’est l’environnement de 2007 10 établissait ainsi quetraduite par l’adoption de mesures législatives et la « ces changements sans précédent sont causés parcréation d’institutions ainsi que par la conclusion des activités humaines dans une société mondialisée,et l’application d’accords et d’engagements industrialisée et interconnectée, provoquésinternationaux, régionaux et sous- régionaux. » par des flux croissants de biens, de services, de capitaux, de populations, de technologies,Les chambardements écologiques d’informations, d’idées et de travail et affectent même des population isolées ». Le « développementPourtant, les rapports successifs sur ce sujet, déjà humain » est ainsi mis en péril. Les populationscités, mettent tous en exergue les changements pauvres restent les plus vulnérables.8. Résumé pour les décideurs du rapport « Avenir pour l’environnement mondial, GEO 4, l’environnement au service du développement », du Programme des Nations Unies pour l’Environnement de 2007.9. Communication de la Commission Européenne, « Rio+20: vers une économie verte et une meilleure gouvernance ». 20 juin 2011.10. Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Résumé pour les décideurs du rapport « Avenir pour l’environnement mondial, GEO 4, l’environnement au service du développement ». 2007. PwC / Ateliers de la Terre | 15
    • Un développement humain durable ? Au cours des 30 dernières années, l’espérance de vie a augmenté de 10 % dans le monde passant de Le développement humain durable est lié 62,5 ans en 1980 à 68,9 ans en 2008. De grandes directement à la promotion de la dignité humaine inégalités demeurent néanmoins notamment en et au respect de tous les droits fondamentaux, Afrique où l’espérance de vie a même reculé dans économiques, sociaux, culturels, civils et politiques. certains pays à cause du VIH/Sida. Les décès Il s’agit de la réactualisation du premier principe imputables au paludisme ont baissé de 20 % dans de la déclaration de Rio : « les êtres humains sont au le monde en dix ans. Des progrès importants centre des préoccupations relatives au développement ont ensuite été accomplis dans la lutte contre durable. Ils ont droit à une vie saine et productive, la mortalité infantile (diminution supérieure à en harmonie avec la nature ». Environnement un tiers) mais une proportion croissante de ces et développement sont indissociables, la décès se trouve en Afrique sub-saharienne. 12 protection adéquate des écosystèmes et des biens publics mondiaux est notamment directement Figure 1. Esperance de vie par région de l’OMS et groupe de revenus corrélée à la capacité des populations à vivre dans des conditions de vie acceptables et à Pour les deux sexes répondre à leurs besoins fondamentaux. 1990 2009 Plages de valeurs par pays Cependant, à ce jour, la consommation des Minimum 36 47 ressources, les dégradations de l’environnement Médiane 68 72 n’ont pas pour autant permis d’assurer le Maximum 79 83 développement équilibré et le bien être des 7 Mds d’humains ainsi que l’illustre l’état Régions de l’OMS de réalisation des Objectifs du millénaire Région africaine 51 54 pour le développement (OMD). En cela, Région des Amériques 71 76 les années 2000, en séparant, au sein des Région de l’Asie du Sud-Est 59 65 institutions internationales, le traitement Région européenne 71 75 de la pauvreté de celui du maintien des Région de la Méditerranée orientale 61 66 équilibres environnementaux, a constitué une Région du Pacifique occidental 69 75 régression qui n’a pas été assez remarquée. Groupe de revenu Les huit OMD furent définis pour la première fois Faible revenu 52 57 lors du Sommet du Millénaire des Nations Unies Revenu moyen inférieur 63 68 en septembre 2000. Ils établissent des objectifs Revenu moyen supérieur 68 71 mondiaux pour réduire l’extrême pauvreté et la Revenu élevé 76 80 faim, améliorer la santé et l’éducation, autonomiser les femmes et assurer un environnement durable Mondial 64 68 d’ici 2015. 11 L’état d’avancement des OMD est très inégal géographiquement, certaines Statistiques sanitaires mondiales OMS 2012. régions se trouvent à la traine et aucun des OMD n’a été atteint dans les Etats fragiles. 11. cf. en annexe tableau de suivi 2011 des OMD. 12. G8 France 2011. Nouveau monde, Nouvelle idées. Rapport de Deauville sur la redevabilité. Engagements du G8 pour la santé et la sécurité alimentaire : bilan et résultat.16 | Un développement durable ou une croissance verte pour 7 milliards d’individus ? | 2012
    • Les statistiques publiées par le Stockholm La croissance des populations et le déplacementInternational Peace Research Institute (SIPRI) des centres de gravité démographique sont enpermettent clairement de montrer qu’il y a train de faire émerger de nouvelles dynamiques.aujourd’hui deux fois moins de guerres qu’il y a Les tensions géopolitiques et la pression sur les20 ans (17 en 2009 et 35 en 1989). Les conflits ressources sont aggravées par l’augmentationinterétatiques ainsi que les guerres civiles ont continue de la population mondiale ainsidécliné depuis les années 1970 alors que les que par l’élévation du niveau de vie des paysconflits internes et les nouvelles formes de émergents et leur désir naturel d’accéderviolence se sont multipliés. 13 Les conflits armés aux conditions de vie occidentales. 16et la violence ont déraciné plus de 4 millions depersonnes en 2011, à l’intérieur ou à l’extérieur Figure 2. Taux de scolarisation dans le primairedes frontières de leurs pays. La violence post Taux net ajusté de scolarisation dans le primaire*, 1999, 2004 et 2010 (pourcentage)électorale en Cote d’Ivoire, la situation dégradée Afrique subsaharienneen Somalie ou les soulèvements du « printemps 58 68arabe » ont tous été des facteurs contributifs. 14 76 Asie de l’Ouest 84Environ 1,4 Md de personnes vivent encore dans 89 92des conditions de grande pauvreté mais on Asie du Suds’attend à ce que d’ici à 2015, le taux mondial 77 89de pauvreté, qui était à 45 % en 1990, passe 93sous la barre des 15 % (alors que la cible était Caucase et Asie centrale 9423 %). 15 Cette tendance planétaire reflète 94,5essentiellement la croissance rapide de l’Asie de 93,9 Amérique latine et Caraïbesl’Est. En revanche, l’Afrique sub-saharienne reste 94 95en retard. Le monde a atteint la cible consistant 95à réduire de moitié la proportion de personnes Asie du Sud-Est 92n’ayant pas accès à une eau potable améliorée 94mais la faim et la persistance, voire l’augmentation 95 Afrique du Norddes inégalités demeurent un défi mondial. 88 95 96L’éducation est considérée comme l’un des Asie de l’Est 96vecteurs pour améliorer cette situation. Ce 97,3sont certains des pays les plus pauvres qui 96,6 Régions développéesont connu les plus grandes avancées dans le 97domaine de l’éducation notamment en Afrique 97 97subsaharienne (de 58 % à 76 % de 1999 à 2010). Régions en développement 82Concernant l’égalité des genres, dans 2 pays 88sur 3, elle est atteinte à l’école. De larges fossés 90subsistent cependant en ce qui concerne l’accès 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100des femmes à des emplois rémunérés, dans au 1999 2004 2010 * Défini comme le nombre d’élèves, ayant l’âge de fréquenter l’école primaire, inscritsmoins la moitié de toutes les régions du monde. dans une école primaire ou secondaire, exprimé en pourcentage de la population totale dans ce groupe d’âge.13. L’Iraq et l’Afghanistan ne font pas partie de cette catégorie.14. Rapport 2012 sur les OMD.15. Rapport 2012 sur les OMD.16. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. PwC / Ateliers de la Terre | 17
    • Le point de vue Yann Queinnec Sans surprise, les droits de l’homme n’ont pas donné lieu à des innovations marquantes au sortir de Rio+20. Tout au plus figurent-ils en fond d’écran du projet de résolution « L’avenir que nous voulons », partout et nul part dans une longue succession d’appels à l’action des Etats et des parties prenantes. Le grand mérite de l’exercice est toutefois de rappeler, comme l’ont fait les principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme adoptés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU (résolution 17/4 du 16 juin 2011), une réalité fondamentale que le paragraphe 43 de la résolution exprime en insistant sur le fait « qu’une large participation du public et l’accès à l’information comme aux instances judiciaires et administratives sont indispensables à la promotion du développement durable » en précisant que « le développement durable implique la participation active et concrète des organes législatifs et judiciaires aux niveaux régional, national et infranational (…) ». En creux c’est reconnaître qu’en l’état actuel de nos connaissances et des relations géopolitiques, il est vain d’espérer aboutir à des outils de gouvernance mondiaux dotés des pouvoirs et moyens adaptés aux enjeux. Cette nouvelle invitation faite aux Etats à prendre des initiatives audacieuses est moins paradoxale qu’il n’y paraît. Elle encourage une régulation venant d’en bas. Cette perspective est particulièrement parlante appliquée au rôle que peuvent jouer les entreprises transnationales et la régulation de leur activité. Ce serait donc au niveau national qu’une législation ou une jurisprudence bien inspirée pourrait créer des précédents utiles, se propager dans d’autres systèmes de droit et contribuer ainsi à l’amélioration des pratiques à l’échelle globale. L’arrêt de la Cour suprême de Californie du 2 mai 2002 dans l’affaire Kasky v Nike Inc, celui de la chambre criminelle de la Cour de cassation du 9 novembre 2010 dans le dossier dit des « biens mal acquis », ou encore le dossier Kiobal v. Royal Dutch Petroleum sur lequel la Cour Suprême américaine doit se prononcer le 1er octobre sont à ce titre emblématiques. De même une obligation pesant sur les sociétés mères de grands groupes peut-elle constituer un formidable vecteur de propagation du global au local. Une telle ambition, fondée sur une initiative nationale, ne serait pas envisageable sans les apports hétérogènes que représentent les normes publiques internationales telles que la convention tripartite de l’OIT, les principes directeurs de l’OCDE, le Pacte et les principes directeurs de l’ONU ou encore la norme ISO 26 000 et le GRI qui toutes servent à leur manière le respect des droits de l’homme dans la globalisation. Ainsi, bien appliquée, l’obligation de reporting social et environnemental récemment réformée en France peut-elle devenir un outil efficace de prévention et réparation des atteintes aux droits de l’homme, dans l’ensemble des filiales et jusqu’aux partenaires dispersés sur toute la chaine de valeur. L’Union Européenne vient aussi de s’engager sur cette voie… Ce rapprochement des échelles global/local par l’effet de textes nationaux est sans doute sous-estimé et assurément sous-exploité par les parties prenantes des entreprises. Leur utilisation constructive conditionnera et constituera le terreau d’une gouvernance mondiale assumée et efficace. Yann Queinnec, Directeur associé d’Orientation Durable18 | Un développement durable ou une croissance verte pour 7 milliards d’individus ? | 2012
    • la participation active du secteur privé, notamment1.1.2. La première tentative dans le cadre des partenariats public-privé, quimondiale de co-construction constituent un outil précieux, peut contribuer au développement durable. Nous sommes favorables àActeurs étatiques, entreprises la mise en place de cadres nationaux, notammentet société civile dans le domaine réglementaire, qui permettent aux entreprises commerciales et industrielles d’adopterNous l’observions dans notre étude de 2011, des initiatives en matière de développement durable,en 1992, les ONG agissaient comme aiguillon en tenant compte de leur responsabilité sociale.des négociations mais pas comme parties Nous lançons un appel au secteur privé afin qu’ilprenantes, rôle qu’elles occupent aujourd’hui mette en œuvre des pratiques responsables, tellesmédiatiquement et quasi-institutionnellement. que celles encouragées par le Pacte mondial. »Les collectivités locales n’étaient pas organiséessur le développement durable comme elles le sont Au delà de la Déclaration finale, leaujourd’hui par les Agendas 21. Elles sont aussi « bouillonnement » à Rio en 2012 n’a pas dedevenues des acteurs à part entière. Ceci est encore commune mesure avec 1992, qui restait uneplus vrai après Rio+20, car les conclusions de la Conférence onusienne classique, certes sur un sujetConférence ont consacré leurs rôles respectifs. nouveau : La Terre, mais dominée par les Chefs d’Etats. Or, en 2012, les dirigeants de grands paysLe paragraphe 42 de la déclaration finale du manquaient et le Brésil a confisqué leur débatSommet insiste sur le fait que « les organismes sur la Déclaration finale. Les innovations, débatspublics et législatifs, à tous les niveaux, ont un rôle sociétaux ou rencontres décisives ont été, cette foisclef à jouer dans la promotion du développement la, organisés du coté des évènements périphériques,durable. Nous reconnaissons en outre les efforts par exemple par les collectivités locales,déployés et les progrès réalisés aux niveaux local lesquelles avaient leur Sommet, les entreprises,et sous-national, ainsi que le rôle non négligeable (qui organisaient le « Corporate Sustainabilityque les autorités locales et sous- nationales et les Forum » à l’initiative du Global Compact, et lecollectivités peuvent jouer en vue du développement Business day le 19 juin), les juristes avec le Congrèsdurable, notamment en se rapprochant des citoyens Mondial de Justice (sur le thème Gouvernanceet des parties prenantes et en leur fournissant les et Droit pour la Durabilité Environnementale)informations nécessaires, selon qu’il convient, sur et les ONG avec le Sommet des peuples.les trois dimensions du développement durable… » Le Sommet des peuplesLe paragraphe 53 est moins dynamique, car ilprend acte de la réalité : « Nous prenons note de Rio+20 a également vu l’ascension de la sociétéla contribution précieuse, potentielle et effective civile, quatre des huit jours du Sommet lui ayantdes organisations non gouvernementales à la été consacrés. Mais c’est surtout les échangespromotion du développement durable, du fait de par le Net qui ont donné à cette conférence leleur expérience, longue et variée, de leur savoir- retentissement mondial au niveau des citoyens.faire et de leurs capacités, notamment en matière C’était d’ailleurs une volonté de l’ONU, commed’analyse, de partage de l’information et du savoir, le disait le Secrétaire Général de Rio+20, M. Shade promotion du dialogue et d’appui à la mise Zukang, dans un entretien exclusif pour DAESen œuvre du développement durable. » Mais la News « cela va être une conférence internationalereconnaissance des ONG sera plus importante dans comme aucune autre auparavant. Par ailleurs,les institutions onusiennes issues de Rio +20. la Conférence va se caractériser par la taille et l’engagement fort et sans précédent de GrandsLe secteur privé trouve une place accru à travers Groupes de la société, acteurs non étatiques,l’économie verte et les technologies, et aussi comme dont le rôle est fondamental dans la constructionpartenaire à part entière, selon le paragraphe 46. du futur que nous voulons. En outre, Rio+20« Nous reconnaissons que le développement durable sera différent de la CNUED en 1992 en ce que lessuppose une participation active du secteur public Grands Groupes font à présent partie de la réunioncomme du secteur privé. Nous sommes conscients que officielle, intervenant et prenant part aux tables PwC / Ateliers de la Terre | 19
    • rondes aux côtés des Etats membres une crise économique, sociale mais aussi traitement de la crise, et le temps deet des organisations internationales. morale, dont l’Europe est devenue un des la considération du long terme « pourLors de la Conférence de Rio en 1992, principaux foyers. La généralisation d’un assurer le bien être des générationsles Grands Groupes étaient largement modèle de développement insoutenable actuelles et futures, nous devonsconfinés dans un forum mondial pour la pour la planète et la surexploitation des voir au-delà de la crise économiquesociété civile dans le Parc de Flamengo. ressources naturelles ont engendré des immédiate. Nous reconnaissons qu’ilLe grand fossé entre les acteurs non changements climatiques provoqués est important de trouver comment laétatiques et les Etats membres a été à par l’être humain sans équivalent à croissance économique, la protectionprésent largement comblé » et d’ajouter : l’échelle de l’histoire géologique. Les de l’environnement et l’intégration« la Conférence Rio+20 concerne chaque politiques d’austérité généralisée sociale pourraient se compléter etfemme, homme et enfant sur la planète instaurées en Europe se révèlent se renforcer mutuellement. »autant que ceux qui ne sont pas encore socialement douloureuses et jusqu’icinés. C’est votre Conférence, même si vous économiquement inefficaces. De même, Finalement, sur le plan international,ne serez pas physiquement présents à Rio. les plans européens de relance opérés le concept de développement durableRejoignez le débat mondial. Connectez- en réponse à la crise financière de 2008 sert à maintenir une vision de longvous à la Conférence au travers les medias ont généralement cherché à relancer terme dans un monde où la crisesociaux et notre site internet. Faites le système économique sur les mêmes donne le tempo des urgences.part de vos opinions à vos délégations bases inefficaces que par le passé.officielles et à vos Grands Groupes favoris.Lancez vos propres initiatives pour un Une quantité de signaux d’alertes 1.1.3. Temps du possible oudéveloppement durable, qu’elles soient témoignent que le système économique résignation à l’impossible ?grandes ou petites. Engagez-vous pour actuel est à bout de souffle. Nos chargesconstruire l’avenir que nous voulons. » financières n’ont d’équivalent que nos Mais peut-on ainsi dissocier l’action dettes écologiques. Les inégalités sociales de court terme et la vision de longUn Sommet de toutes les crises ne cessent d’augmenter, tandis que terme ? Alors que l’élaboration et la des centaines de millions de personnes mise en œuvre de solutions durables20 ans après 1992, les forces en continuent, au Nord comme au Sud, à demanderaient d’établir un consensusprésence, tant au niveau des Etats vivre dans la misère et l’extrême pauvreté. et de prendre le recul nécessaire,que des groupes majeurs, ont donc Il est illusoire d’espérer sortir de la crise l’urgence et l’exigence politique ne leconsidérablement changé. Malgré la systémique à l’œuvre en approfondissant permettent pas. Comme nous le disionsprise de la conscience de la nécessité les mesures qui l’ont provoquée. La nature déjà l’année passée, sommés de répondrede co-construire les changements, la et l’ampleur de cette crise nécessitent aux urgences, en particulier lors demise en œuvre des réformes nécessaires au contraire de changer de paradigme. catastrophes environnementales ouselon les agendas internationaux La prospérité d’aujourd’hui n’a pas de bien de périls financiers, les décideursau sein de l’ONU est cependant sens si elle hypothèque celle de demain privilégient le court terme à un rythmefreinée par le contexte des crises et si elle n’est une réalité que pour une de plus en plus accéléré. Paradoxalement,écologique, financière, économique, minorité de la population mondiale. » ils sont accusés de négliger lessociale et alimentaire. Depuis 2008, générations futures, de ne pas mener lesla crise monétaire puis économique Pourtant le G20 des 18 et 19 juin à actions de long terme, correspondantet celle de la dette souveraine ont Mexico, lequel se tenait en même temps en particulier au temps de la nature.enfermé les dirigeants dans des que le Sommet RIO+20, reconnaissaitcontraintes de court terme, parfois aussi que « depuis notre dernier Sommet, Christine Lagarde estime ainsi que « lamême à un rythme quotidien, selon la reprise mondiale continue d’être constitution d’une gouvernance mondialeles fluctuations des marchés. confrontée à un certain nombre de bute [sur] « la désynchronisation défis. (…) L’économie mondiale reste des temps ». Le temps politique estUn collectif belge donnait peu avant vulnérable, entraînant des répercussions un temps très court, où l’horizon seRio+20 une description assez juste du négatives sur la vie quotidienne des mesure en fonction des prochainescontexte où elle se déroulait : « le début populations du monde entier et affectant élections. (…) le temps institutionneldu XXIe siècle est caractérisé par une l’emploi, le commerce, le développement à l’inverse est beaucoup plus long etsuccession de crises globales. La crise et l’environnement. » Mais il ajoutait, en étiré, opposé symétriquement à celuifinancière la plus importante depuis la établissant du coup deux temporalités des marchés, beaucoup plus courtSeconde Guerre mondiale a débouché sur nécessaires à la décision, le temps du (…). La gouvernance mondiale doit17. Extraits de « Pour une gouvernance mondiale » (Autrement 2010) de Jean Marc Vittori. Le Monde économie 30 juin 2011.20 | Un développement durable ou une croissance verte pour 7 milliards d’individus ? | 2012
    • répondre à deux impératifs : représentativité Le vrai bilan de Rio +20, c’est encore une foiset efficacité. Elle reste à inventer ».17 le rapport « résilient people, résilient planet » 20 qui l’a le mieux traduit, en opposant la bonneLe rapport de Davos de 2009 estimait déjà que diffusion du concept de développement durableles tensions géopolitiques et l’incertitude des et le défaut de volonté politique soutenuemarchés financiers pourraient conduire les pour en imposer sa déclinaison : le rapportentreprises et les gouvernements à négliger Brundtland avait raison à l’époque et il a encorecertains risques moins immédiats comme le raison aujourd’hui. Le problème, c’est que,changement climatique, même si « l’inaction 25 ans plus tard, le développement durablesur les risques à long terme affaiblirait la reste une notion généralement admise, maiscapacité mondiale à gérer les défis futurs ». qui n’est pas mise en pratique au quotidien.Or, le choix de la temporalité de l’action paraît Les auteurs se sont demandés quelle enessentiel à l’efficience de celle-ci. Nous disions la était la raison et quelles mesures pouvaientmême chose en conclusion de Rapport de 2011 : être prises pour remédier à cet état de« Aussi voit-on émerger un temps de la décision fait et de donner deux explications :qui pourrait être appelé « le temps du possible », Le développement durable a indubitablementlequel ne satisfait personne, puisqu’il n’est pas assez « souffert du manque de volonté politique. Peu deopérationnel comparé par exemple à la rapidité voix s’élèvent contre le développement durable,dévastatrice des instruments boursiers ou bien mais rares aussi sont les mesures qui sont prisesdes phénomènes extrêmes, ni assez efficace, selon pour le mettre en pratique, nos orientations, nosles projections scientifiques et économiques, pour politiques et nos institutions privilégiant le courtassurer le bien-être des générations futures. » 18 terme de façon disproportionnée. Autrement dit, les bénéfices sont à long terme et courent sur plusieursIl faut cependant dans ce « temps du possible », générations, mais il faut que la volonté politiqueavec une capacité d’action réduite par les se manifeste dès aujourd’hui. » (Paragraphe 10crises, parvenir à concilier environnement et du rapport « résilient people, résilient planet »)développement, protection des biens communsmondiaux et bien être d’une population qui Il y a une deuxième explication à la question decompte 7 milliards d’individus aujourd’hui et savoir pourquoi le développement durable nepourrait en compter 9 ou 10 Mds en 2050. s’est pas encore concrétisé, une explication qui suscite des discussions passionnées : « la notionComme nous le remarquions il y a quelques de développement durable n’a pas encore trouvé samois dans un article de la Revue Vraiment place dans les débats généraux menés aux échelonsDurable, « l’adaptation aux mutations diverses, nationaux et internationaux sur les orientationsenvironnementales bien sûr, mais aussi économiques économiques. La plupart des décideurs économiqueset « géo-locales » auxquelles nous sommes contraints, considèrent encore que le développement durabledoit modifier la mesure que nous avons du temps, n’entre pas dans le cadre de leurs fonctions liées àcar elle doit être… rapide, mais il ne s’agit pas de la gestion macro-économique ou à d’autres typesla même vitesse. (…) La vitesse qui nous détruit de politiques économiques.(…) Pendant tropn’est pas comparable à celle qui nous protège, nous longtemps, les économistes, les défenseurs des droitsreconstruit. Celle-ci sert une urgence rationnelle sociaux et les spécialistes de l’environnement setandis que la première relève de la démesure ».19 sont livrés à un dialogue de sourds. Le moment est venu d’unifier les disciplines, de mettre au pointLe Sommet Rio +20 n’a pas échappé à cette un langage commun qui réconcilie les parties encontradiction, mais a tenté de donner des présence et qui place le développement durableéchéances en tout cas pour ce que l’ONU au cœur de l’économie. La classe politique et lesmaîtrise à peu près, c’est à dire son propre décideurs auront ainsi beaucoup plus de mal àcalendrier institutionnel : des échéances ignorer la question. » (paragraphe 11 et 12 duprécises pour les institutions nouvelles, et rapport « résilient people, résilient planet »)pour les Objectifs de développement durable.Un peu mieux qu’à Copenhague… Magistral bilan, qu’il aurait fallu lire aux Chefs d’Etat à Rio+20….18. Extrait de « Le développement durable, synthèse et priorités à l’usage des décideurs » étude PwC -2011.19. Extrait de l’« urgence immobile », article de Bettina Laville, revue Vraiment Durable, n° 1, page 74.20. President Tarja Halonen and South African President Jacob Zuma. The Panel’s final report, “Resilient People, Resilient Planet : A Future Worth Choosing”, paragraphe 1. PwC / Ateliers de la Terre | 21
    • Deux thèmes principaux avaient été identifiés lorsque, par sa Résolution 64/236 du 24 décembre 2009, l’Assemblée Générale des Nations Unies avait lancé le processus de préparation de la Conférence sur le Développement Durable (CNUDD) à Rio de Janeiro en juin 2012 : le cadre institutionnel du développement durable ainsi que l’économie verte dans le cadre du développement durable et de l’éradication de la pauvreté. Plus tard, la Présidente du pays hôte, le Brésil avait insisté sur la prééminence du thème de la pauvreté.| 1.2. Réformes en débat à Rio+20 : quelle gouvernance, quelle économie ? 1.2.1. Des réformes de rendre des comptes en ce qui concerne la mise en œuvre des politiques convenues, l’absence d’une institutionnelles à minima voix forte et faisant autorité au sein du système mondial de gouvernance, ainsi que le manque de La gouvernance mondiale du développement ressources humaines et financières sont autant mondial est rendue difficile par le fait que pour d’éléments qui expliquent cette situation. En outre, assurer la gestion commune des ressources les nouveaux rôles et responsabilités des économies terrestres, des mécanismes de régulation doivent émergentes ne sont pas suffisamment définis. » 22 être mis en place par les Etats. Or, chacun est tenté d’adopter la stratégie du « passager Ce constat des faiblesses de la gouvernance clandestin » ou de gérer les autres crises qui mondiale du développement durable faisait s’imposent économiques, sociales, qui donnent la l’unanimité mais les opinions divergeaient sur fausse illusion que les enjeux environnementaux les réformes à mettre en œuvre pour la renforcer. ne réclament pas de solutions immédiates. Les Certains plaidaient pour un renforcement du difficultés à obtenir des avancées concrètes dans PNUE actuel, d’autres pour la création d’une OME les mécanismes d’accès au partage des bénéfices (Organisation mondiale de l’environnement) ou de la biodiversité ainsi que dans la répartition d’une ONUE (Organisation des Nations Unies des efforts dans la lutte contre le réchauffement pour l’Environnement), comme l’UE à l’initiative climatique, en sont des exemples probants.21 de la France, ainsi qu’une centaine de pays africains qui paraissaient avoir rejoint cette La Commission Européenne estime à cet égard que position. Les pays émergents et les États-Unis « par rapport aux structures économiques existant voyaient cependant d’un mauvais œil la création à l’échelle mondiale, en matière d’environnement, de ce qui aurait pu être le pendant de l’OMC, en la gouvernance internationale est déficiente. La introduisant des régulations contraignantes. fragmentation institutionnelle, la non-obligation 21. PwC « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. 22. Communication de la Commission Européenne, « Rio+20: vers une économie verte et une meilleure gouvernance ». 20 juin 2011. 22 | Un développement durable ou une croissance verte pour 7 milliards d’individus ? | 2012
    • A Rio+20, les différentes forces en présence forum politique intergouvernemental de hautse sont affrontées et c’est finalement, pour la niveau pour remplacer la Commission degouvernance mondiale de l’environnement, un développement durable des Nations unies (CDD)renforcement du Programme des Nations Unies a été décidé. Il permettra de renforcer le rôlepour l’Environnement qui a été acté. L’UE a ainsi consultatif et la participation des représentantsobtenu un renforcement et un rehaussement du de la société civile (accrédités auprès desstatut du PNUE et une reconnaissance de son rôle Nations unies) au niveau international afincomme autorité environnementale mondiale. de mieux faire usage de leur expertise.Le nombre de pays participants passerait ainsià 153, au lieu d’une vingtaine aujourd’hui. L’autre thème de la conférence était l’économie verte dans le cadre du développementConcernant la gouvernance mondiale du durable et de l’éradication de la pauvreté.développement durable, l’établissement d’unLe point de vue de Mark Hallé Rio+20, le sommet de Copenhague et les moratoire sur les négociations multilatérales de derniers rendez-vous de l’Organisation l’environnement et de commencer enfin à aborder Mondiale du Commerce furent des échecs. toutes les promesses et les accords non réalisés. Dans cette optique, une dynamique de succès est à créer L’une des raisons de ce constat est que, dans ce genre qui insufflerait l’espoir parmi nos populations. de sommets, les pays riches de l’OCDE ne parviennent plus à imposer leurs idées aux autres pays émergents, Une deuxième conclusion est que nos structures lesquels peinent également à avoir une position unique intergouvernementales sont fatiguées, manquent sur ces enjeux communs. Une deuxième raison est que la de visibilité et de courage et sont constamment négociation internationale est perçue, principalement dépassées par la dynamique naturelle de créativité et par les pays en voie de développement, comme d’innovation de nos sociétés. Nous devons consacrer promettant beaucoup mais réalisant peu : l’injustice nos moyens financiers et nos efforts à des organisations est toujours présente dans le système international. qui ne sont pas exclusivement gouvernementales. L’impatience ainsi que l’échec à fournir des principes Si le progrès à l’échelle nationale reste lent, ce d’équité n’ont cessé de grandir jusqu’à atteindre un niveau n’est pas le cas au niveau des régions et provinces paralysant toute avancée au niveau international. lesquelles sont en train de réaliser des accords très prometteurs sur l’économie verte et le climat. Afin de surmonter ces difficultés, il est essentiel de commencer enfin à réduire l’écart flagrant entre Cela est aussi valable pour le secteur privé, dans les pays riches et les pays pauvres, et entre riches lequel la réflexion est beaucoup plus avancée qu’elle et pauvres d’un même pays. Et dès lors que l’on se ne l’est dans les négociations internationales. décidera à réaliser cette ambition, il faudra mettre fin à cette perte massive de moyens financiers que Et comme toujours, la société civile dans sa diversité représente l’organisation d’événements comme la et flexibilité représente une force inexploitée qui, une conférence de Rio. Si nos gouvernements ne sont pas fois canalisée, portera une dynamique incroyable. encore prêts à aller vers un développement durable, il est de leur devoir de nous le faire savoir, au lieu Mark Hallé, Vice président affaires internationales de considérer un échec comme une réussite. Institut international du développement durable Extrait et traduit de l’article : “Life After Rio : A Par conséquent, une première conclusion qui commentary by Mark Halle, IISD ». Juin 2012. s’impose est la nécessité de mettre en place un PwC / Ateliers de la Terre | 23
    • l’investissement, de la fiscalité, ou des est en train d’en faire le fil directeur de1.2.2. Verdir la croissance échanges et du développement, l’OCDE sa stratégie de développement durable,ou changer l’économie ? peut montrer la voie d’une économie comme l’Afrique du Sud, le Burkina plus propre et plus sobre en carbone, Faso, l’Ethiopie, le Gabon, le Kenya.Lancé par les Nations unies, le compatible avec la croissance. » 23thème d’économie verte (alliant Après des débats donc très vifs, ladéveloppement, lutte contre la De quoi évidemment alimenter la Déclaration de Rio +20 affirme quepauvreté et respect de l’environnement) méfiance du Sud, souvent allergique la réalisation d’une économie vertetraduisait l’idée d’une nécessaire aux productions de l’OCDE… doit avoir pour objectif de contribuertransition vers de nouveaux modes à l’élimination de la pauvreté et àde production et de consommation. Le thème de l’économie verte créait la croissance économique durable, donc une ligne de fracture entre d’améliorer l’intégration sociale et leCe concept n’avait toutefois pas été les pays du Nord et les pays du Sud. bien-être de l’humanité, et de créerclairement défini et faisait l’objet L’Europe y voyait notamment une des possibilités d’emploi et de travaild’interprétations antagonistes. Pour possible réponse à la crise économique, décent pour tous, tout en préservant lecertains, dont la plupart des pays du tandis que les pays du Sud redoutaient bon fonctionnement des écosystèmesNord, la transition vers l’économie qu’il conduisît à l’adoption de normes de la planète. La mise en œuvre desverte consistait à amender le système environnementales susceptibles de politiques de promotion de l’économieéconomique actuel en vue de le leur barrer l’accès aux marchés des verte revient à chaque pays, afin que soitrendre moins destructeur. Pour pays du Nord ; il est vrai que les Pays privilégiée l’approche la mieux adaptéed’autres, comme un certain nombre du Nord ont adopté ce concept, comme à ses plans, stratégies et priorités end’ONG et d’experts, il s’agissait de la France, qui a intitulé sa dernière matière de développement durable.le transformer en profondeur. stratégie de développement durable « Pour une économie verte, durable et Qualifiée de « formidable bourrageEn fait, c’est l’OCDE qui avait lancé le équitable », comme le Canada, comme de crâne », certains dirigeantsthème de la croissance verte comme dernièrement le Japon dont le Premier sud-américains se sont clairementsalvateur pour ses membres dans ministre Yoshihiko Noda a annoncé que opposés à ce qu’ils ont considéréle contexte de la crise, en affirmant « l’innovation verte sera un des piliers de comme l’« offensive impérialeclairement : « la crise a convaincu un la revitalisation de notre économie. Je contre la souveraineté des peuplesbon nombre de pays de la nécessité de demanderai au gouvernement de rédiger et le progrès scientifique. »se tourner vers un nouveau type de un plan drastique pour une stratégie decroissance économique. Forts de ce croissance verte pour la fin de l’été. » Ainsi le jour de l’ouverture duconstat, de nombreux gouvernements sommet, la sous-secrétaire argentinemettent en place des mesures destinées à Pourtant de nombreux pays du Sud à la Planification et aux Politiquespromouvoir une reprise verte. Au même déclinent dans leur propre pays des environnementales, Silvia Revora atitre que l’innovation, l’écologisation stratégies d’économie verte ; citons le déclaré que les politiques vertes de taxepeut jouer à long terme un rôle moteur Viet Nam. Inspirés par l’exemple sud- carbone et autres promues par certainsen faveur de la croissance économique à coréen, les responsables vietnamiens pays, essentiellement européens,travers, par exemple, les investissements misent aujourd’hui sur l’économie verte, visent à violer la souverainetédans les énergies renouvelables et clairement appréhendée comme modèle des pays du Sud et à entraver leurl’amélioration du rendement d’utilisation de développement permettant de développement. « Nous disons « non »de l’énergie et des matières » et d’ajouter, corriger les excès du système productif à l’imposition d’une économie verte etsans trop faire référence à l’acquis de actuel. Le pays vient d’adopter une « oui » au développement souverain dans20 ans de développement durable « en Stratégie Economie Verte pour l’horizon lequel nous exerçons le contrôle de nosanalysant conjointement les politiques 2050 qui vise 3 objectifs : réduire les ressources, sur la base de nos réalités. »économiques et environnementales, en émissions de C02 et développer uneréfléchissant à comment stimuler l’éco- économie bas-carbone, promouvoir les Le jour de la clôture du sommet, dansinnovation et en se penchant sur les autres technologies propres et encourager les son discours aux 50 000 délégués,aspects essentiels de la transition vers efforts des citoyens vers un mode de le Président bolivien Evo Moralesune économie plus verte, qu’il s’agisse consommation plus durable. Le Maroc a a dénoncé l’économie verte commede l’emploi et des qualifications, de également un plan d’économie verte et étant un concept oligarchique et23. Présentation des rapports sur l’économie verte sur le site Internet de l ‘OCDE.24 | Un développement durable ou une croissance verte pour 7 milliards d’individus ? | 2012
    • colonialiste « L’économie verte est un nouveau L’économie verte est donccolonialisme dont le but est de soumettre les devenue un sujet idéologiquegouvernements et les nations anticapitalistes. Elle dans l’enceinte de l’ONU et auest conçue pour coloniser et privatiser la biodiversité sein d’ONG radicales, mais s’estafin de la mettre au service de quelques uns (…) imposée comme un des moyensL’environnementalisme est une stratégie impériale de transformer l’économiequi quantifie chaque rivière, chaque lac et chaqueressource naturelle afin de les convertir en argent actuelle, porteuse de crises et de(…) En mesurant en argent l’utilité de la nature, pollutions, en une économie plusil colonise la nature. L’environnementalisme du vertueuse, si elle est équitablecapitalisme est du colonialisme prédateur (…)L’économie verte transforme toutes les ressourcesnaturelles en bien privé au service de quelques un ».Bilan de la conférence de Rio+20 24Succés EchecsDéveloppement durable Réforme institutionnelleReconnaissance de l’interaction entre les différents piliers du développement durable, très La création d’une OMEbien reflétée dans le texte comme elle ne l’a jamais été jusqu’à présent. (Organisation mondiale deReconnaissance de l’économie verte et équitable comme programme de travail de la l’environnement) ou d’une ONUEcommunauté internationale. (Organisation des Nations Unies pour l’Environnement) n’a pasReconnaissance de la place de la société civile trouvé de consensus.du 16 au 19 juin, des « dialogue days », journées de débats thématiques dédiés à la société Financements innovantscivile ont été organisées malheureusement drastiquement encadrées par le Brésil. À l’issuede ces journées, trois recommandations par thèmes (dix) ont été retenues et transmises aux La proposition d’instaurerchefs d’État. des financements innovants - à l’image d’une taxe surLa société civile passe d’un statut d’observateur à un statut plus participatif. les transactions financièresCréation d’un forum de haut niveau qui donnera une place institutionnelle à la société civile proposée par la France - n’a paset permettra un accès à l’information. trouvé de “traduction concrète”.Objectifs de Développement durable Eau et assainissementDestinés à remplacer les Objectifs du millénaire à compter de 2015, avec une échéance, un La revendication à un accèsprocessus et une méthode. universel figure, mais sans dateEngagements des entreprises d’échéance.200 engagements d’entreprises ont été validés dans des domaines variés allant de laneutralité carbone aux cadres d’action sur l’eau, la biodiversité, l’entreprise sociale.Programme des Nations unies pour l’EnvironnementUn renforcement et un rehaussement de son statut, et une reconnaissance de son rôlecomme autorité environnementale mondiale ont été décidés.SocialIl y a une reconnaissance des facteurs sociaux, dont un socle commun de protectionsociale, de l’importance des emplois décents, de la priorité donnée à l’emploi des jeunes.OcéansLa haute mer, située hors des zones économiques exclusives, n’est pas régie par laconvention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982. La conférence a donné unmandat pour achever les travaux d’ici 2 ans avec obligation de décision.24. S. DOURLENS. « La version finale de la déclaration de Rio+20 fait l’objet d’un accord ». AEDD 19 juin 2012. PwC / Ateliers de la Terre | 25
    • Quelques réactions de décideurs et de parties prenantes « Le texte présenté ce matin aux L’enjeu est de définir des nouvelles « La conférence des Nations-Unies chefs d’Etat et de gouvernement n’est règles pour « partager » en sur le développement durable, pas idéal, il ne comporte pas tout ce responsabilité d’avenir l’usage des dite Rio+20, s’est clôturée sur qu’on souhaitait, mais il a été réalisé biens publics mondiaux. Le mot un bilan politique mitigé. Elle dans un contexte très ambitieux, partage induit tout l’enjeu qui aura néanmoins permis à la et aussi dans un rapport de force est une rupture avec le principe société civile d’affirmer son rôle et des circonstances difficiles. Ce de propriété. Mais c’est une déterminant dans l’évolution de la texte reflète nos idées innovantes approche politique différente gouvernance mondiale en matière et nos frilosités. Il exprime une qui est réclamée, de bas en haut. d’environnement. Et au coeur de relance et un nouveau départ. » Et non plus seulement dans le celle-ci, les entreprises ont participé Jean Pierre Thébault, ambassadeur sens du global vers le local. aux débats, rappelant la place délégué à l’Environnement, chef de Gilles Berhault, président du Comité qu’elles tiennent dans la réalisation la délégation française à Rio 21 et du Club Français pour Rio d’une économie plus verte. » Suez « Le résultat donne une nouvelle Le texte « fait l’impasse sur les Environnement fois une impression d’occasion réels défis de la mondialisation, ratée - un accord qui ne met l’épuisement des ressources « Personne ne peut gagner seul pas la planète sur le chemin naturelles, et l’évolution de contre les autres la bataille. Ou du développement durable. l’économie mondiale (…). Les nous la gagnons ensemble, ou nous L’urgence d’agir n’a cependant propos restent incantatoires la perdons ensemble » ; « ne pas pas changé » « La bonne nouvelle quand ils ne marquent pas un opposer le Nord au Sud, c’est une est que le développement durable recul par rapport à l’existant » cause planétaire, une question est une plante qui a pris racine Collectif français RIO+20 vitale pour le monde entier » ; et qui grandira en dépit du faible « pour sortir de la crise, nous leadership politique. Nous avons « Nous ne sommes pas tout à fait avons besoin de plus de priorités vu des dirigeants aller de l’avant à satisfaits du texte. Il n’est pas à données à l’environnement et au Rio mais pas lors des négociations. la hauteur de ce que nous jugions développement. Nous lutterons En fin de compte, nous devons nécessaire pour sortir de la contre la crise avec tous les agir partout, auprès des citoyens, pauvreté et aller vers une transition moyens de régulation ». au sein des villages, des villes, économique. Mais nous avons évité des pays, des petites et grandes que Rio+20 ne se transforme en Rio- « Le développement durable n’est pas entreprises ainsi qu’au travers 20 ». « Je comprends la frustration une contrainte. C’est un levier. Ce de la société civile et les ONG » de la société civile, mais nous avons n’est pas un outil de protection pour Jim Leape, Directeur général quand même avancé. Ce n’est pas un les plus favorisés contre les autres du WWF International sommet qui n’accouche de rien. » mais de promotion d’une conception Pascal Canfin, de l’Humanité. C’est pour cela Le document final est « un très ministre délégué au développement. que j’inscris le développement, bon document, une vision sur l’environnement, la lutte contre laquelle nous pourrons bâtir la pauvreté comme grandes nos rêves » « Les discours sont priorités de mon quinquennat ». terminés, maintenant commence François Hollande, le travail ». « Le chemin est long et Président de la République Française. ardu, l’aiguille de l’horloge court, et l’avenir est entre nos mains ». Ban Ki-Moon, Secrétaire général de l’ONU.26 | Un développement durable ou une croissance verte pour 7 milliards d’individus ? | 2012
    • | 1.3. Les perspectives de l’après Rio +20 : soyons lucides Le rapport « résilient people, résilient Il ajoutait « sous sa forme actuelle, le planet » l’affirmait « nous devons modèle de développement mondial n’est mesurer la portée des défis qui s’offrent pas viable. Nous ne pouvons plus nous à nous. Nous devons prendre en compte leurrer : notre action collective nous mène des facteurs tels que les modes de vie, au bord du précipice, car elle met à mal de production et de consommation non les seuils environnementaux et inflige des viables et les effets de l’augmentation de dommages irréversibles aux écosystèmes la population. La population mondiale et aux populations ». Mais il présentait le passera de 7 milliards à 9 milliards d’ici développement durable comme devant à 2040, le nombre de consommateurs être profondément renouvelé pour être appartenant aux classes moyennes un concept opérationnel pour relever le progressera de 3 milliards dans les défi de la survie d’une planète habitable : 20 prochaines années, et les besoins « Parallèlement, il ne faut pas invoquer en ressources augmenteront de façon les seuils environnementaux pour imposer exponentielle. D’ici à 2030, les besoins des barrières arbitraires à la croissance alimentaires augmenteront de près de dans les pays en développement qui 50 %, ceux en énergie de 45 % et ceux empêcheraient ceux-ci d’aider leurs en eau de 30 %, en une période où les populations à sortir de la pauvreté. Si contraintes du milieu naturel réduisent nous ne trouvons pas une solution au de plus en plus l’offre. Cela est vrai en dilemme du développement durable, particulier des changements climatiques, nous risquons de condamner plus de qui ont une incidence sur tous les aspects 3 milliards de personnes à vivre dans le de la santé humaine et planétaire. » dénuement de façon endémique. Ni l’une PwC / Ateliers de la Terre | 27
    • ni l’autre de ces conséquences ne sont acceptables des pays les moins avancés reste en moyenne et nous devons tracer une nouvelle voie. » de 4,29. Une douzaine de pays notamment en Afrique n’ont pas entamé leur processus de En effet, la croissance démographique renforcera la transition démographique. 25 Un habitant de difficulté à concilier protection de l’environnement la planète sur sept est Africain aujourd’hui. Ce et développement humain. L’ONU prévient que le rapport devrait passer à un sur quatre en 2050. moindre relâchement dans la baisse de la fécondité aura des conséquences explosives : il suffirait que Les risques de crises sociales, environnementales la fécondité reste un demi point au dessus de celle et économiques augmenteront avec prévue dans le scénario moyen jusqu’en 2050, l’urbanisation ainsi qu’avec l’atteinte d’effets pour que la population mondiale atteigne 10,5 de seuils dans la dégradation des fonctions Mds au lieu des 9 Mds. Or, le taux de fécondité régulatrices essentielles de la planète. 1.3.1. Urbanisation, industrialisation et risques de crises En 2007, la population urbaine a pour la première fois dépassé la population rurale : plus de 3 Mds d’individus habitent désormais dans des villes ou dans des habitats urbains. Les 100 plus grandes villes du monde concentrent 60 % du PIB mondial. 26 Approximativement la moitié de la population mondiale vit donc en zone urbaine et cette proportion devrait atteindre 60 % en 2030. Ces géantes urbaines accroissent les inégalités sociales. Plus d’un milliard d’urbains vivent dans des bidonvilles et ils seront 1,5 Mds dans 10 ans. Figure 3. Population urbaine par grandes régions géographiques. 95 90 85 80 75 70 65 60 55 50 45 40 35 30 25 20 15 10 5 0 1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050 Source : Division de la population du Département Asie Amérique latine Amérique du Nord des affaires économiques et sociales des Nations Unies Afrique Europe Océanie 25. ALLIX G. « Le Risque de surpopulation mondiale reste réel ». Le Monde 15 février 2011. 26. Comité de Prospective du Comité 21 : « Temps de crise financière, économique, écologique et sociale : enjeux, contradictions, opportunités ». 2011.28 | Un développement durable ou une croissance verte pour 7 milliards d’individus ? | 2012
    • Figure 4. Agglomérations de plus de La seconde situation à haut risque risques sanitaires importants10 millions d’habitants en 1975 et en 2005 etprojections pour l’année 2015. est liée aux zones périphériques notamment dans le cas des(effectifs de population en millions) urbaines surpeuplées « bidonvilles grandes catastrophes industrielles des zones de pentes de Tegucigalpa de ces dernières années telles 1975 2005 2015 (projection) ou d’Haiti, habitats précaires en que Tchernobyl, Bhopal, Amoco Tokyo 26,6 Tokyo 35,2 Tokyo 35,5 zones inondables en Asie du Sud ou à Cadiz, Erika, AZF, Minamata, BP New York 15,9 Mexico 19,4 Bombay 21,9 Nairobi. Ces concentrations urbaines (Deepwater Horizon), Ajka (boues Mexico 10,7 New York 18,7 Mexico 21,6 sans service public, sans planification toxiques du Danube). L’accident São Paulo 18,3 São Paulo 20,5 de base, vivant sur les économies nucléaire de Fukushima peut Bombay 18,2 New York 19,9 informelles et souvent illicites, sont également être vu comme une New Delhi 15,0 New Delhi 18,6 dans la plupart des cas à la fois illustration de ce syndrome. des réserves de main d’œuvre bon Shanghai 14,5 Shanghai 17,2 marché, des risques en santé publique Cet épisode dramatique aura permis Calcutta 14,3 Calcutta 17,0 (choléra) et des bombes sociales à de constater que le traitement Jakarta 13,2 Dhaka 16,8 retardement. » 27 Ces vulnérabilités d’une urgence humaine et Buenos Aires 12,6 Jakarta 16,8 sont par ailleurs renforcées par environnementale dramatique Dhaka 12,4 Lagos 16,1 le changement climatique. Une est encore possible dans un pays Los Angeles 12,3 Karachi 15,2 partie des plus grandes villes du riche, y compris dans un contexte Karachi 11,7 Buenos Aires 13,4 monde est en effet située sur les de crise financière mondiale, Rio de Janeiro 11,5 Le Caire 13,1 zones côtières, ce qui augmente leur mais combien les lacunes et Osaka-Kobe 11,3 Los Angeles 13,1 vulnérabilité face à la hausse du dissimulations de la gestion du Le Caire 11,1 Manille 12,9 niveau de la mer, aux tempêtes… gouvernement japonais ont détérioré Lagos 10,9 Pékin 12,8 la réputation du Japon. Or, d’autres Pékin 10,8 Rio de Janeiro 12,8 L’industrialisation croissante dégradations graves de notre Manille 10,7 Osaka-Kobe 11,3 augmente également les risques environnement existent, peut être Moscou 10,7 Istanbul 11,2 de crise. François Grunewald moins spectaculaires mais aux effets Moscou 11,0 identifie par exemple dans sa tout aussi dramatiques. Et il semble Guangzhou 10,4 théorie sur les points chauds dommage, sur le plan de l’efficacité (J. Véron, Population & Sociétés, n° 435, Ined, juin 2007) un syndrome « mer d’Aral » ou et sur le plan financier, d’attendre Source : Nations unies [5] « technologique type Tchernobyl » pour y faire face et pour prendre les causé par l’intervention humaine : mesures qui s’imposent, qu’ils ne sePour François Grünewald, « des actions inappropriées » (ex : transforment vraiment en crise.l’urbanisation croissante partout systèmes d’irrigation épuisant unedans le monde renforce les risques ressource en eau) ou induisant Autrement dit, ceux qui prétendentde crises dans deux situations des catastrophes technologiques que la gestion des catastrophesparticulières. La première est qui peuvent stériliser ou rendre n’est pas l’affaire du siècle ont déjàcelle des « mégalopoles installées inaccessibles des territoires entiers. été plusieurs fois démentis, nedans des situations à haut risque Ces phénomènes induisent à court serait-ce que dans les 10 premièrestectonique comme certaines villes terme des dégâts dramatiques sur années de celui-ci et, plus quedu Japon, d’Amérique centrale, les sociétés (économiquement, jamais, le principe de précaution,de la côte ouest des Etats Unis, écologiquement et médicalement) et affirmé dans la déclaration de Rio,des zones d’activité sismique du peuvent, à terme, produire des effets et illustré par les jurisprudencespourtour méditerranéen ou du lac politiques et sociaux explosifs. 28 diverses doit être consacré.de l’Arakan en Asie du Sud Est. » Les pollutions créent aussi des27. GRUNEWALD F. « Hot Spot ! Comment mieux réfléchir aux risques à venir ». Diplomatie. Décembre 2007/ janvier 2008.28. GRUNEWALD F. « Hot Spot ! Comment mieux réfléchir aux risques à venir ». Diplomatie. Décembre 2007/ janvier 2008. PwC / Ateliers de la Terre | 29
    • en quantités infinies : l’eau, l’air, la stabilité du 1.3.2. Effets de seuils dans climat, la biodiversité. » « Dans cette perspective, l’altération des fonctions c’est moins l’indisponibilité de telle ou telle ressource qui pose problème que le déséquilibre régulatrices essentielles cumulatif introduit dans des capacités régulatrices de la planète essentielles du capital naturel. Restaurer ces capacités est l’enjeu de la croissance verte durant Ce constat de « l’urgence de traiter les urgences » les prochaines décennies. » 31 Une des voies qui est d’autant plus vrai que « les changements se dessine est l’évaluation financière du capital que l’on observe actuellement dans le système naturel et des services éco-systémiques. terrestre sont sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Les efforts déployés pour en ralentir Si le Sommet de Rio + 20 a déçu, il faut se souvenir le rythme ou l’étendue n’ont pas réussi à inverser que les mêmes débats avaient fait rage en 1992 sur des changements néfastes pour l’environnement. la reprise en main par les souverainetés nationales Alors que les pressions humaines sur le système de ce que l’on espérait consacrer comme biens terrestre s’accélèrent, plusieurs seuils critiques communs. Il faut avoir une perspective historique aux niveaux mondial, régional et local sont sur pour juger du sommet. Rio+20 n’est pas un sommet le point d’être atteints ou ont été dépassés. » 29 où l’environnement a été absent, c’est la notion de nature qui s’estompe. Il y a certes une continuité Or, comme l’a démontré Christian de Perthuis 30, avec Rio 92 qui voulait mettre « l’humain au coeur les impacts de la croissance actuelle mondiale sur du développement durable », mais une rupture le capital naturel pourraient notamment causer totale avec le sommet de la Terre de Stockholm l’épuisement des ressources non renouvelables, en 1972. Ce sommet consacre le fait que l’on ne la dégradation des ressources renouvelables protège la nature qu’en lui donnant un prix, alors par des pollutions et l’altération des fonctions que l’esprit de Stockholm était de dire que la nature régulatrices essentielles du système naturel. n’a pas de prix et que c’est pour cette raison, son “caractère inestimable” qu’il faut la protéger. Exploiter les ressources au delà d’un certain seuil altère la capacité de la biosphère à assurer Le concept « du local au global » s’est inversé. cette fonction : « de la vision d’une limite physique Les villes veulent prendre le relais des États. Il résultant de la destruction d’un stock de ressource en va de même pour les entreprises, qui étaient non renouvelable, nous sommes passés à celle de beaucoup plus présentes à ce sommet, et pas pour l’altération d’une capacité de régulation majeure le greenwashing mais pour rechercher à la fois du système naturel ». L’institut de résilience de une plus grande stabilité dans les normes et un Stockholm a ainsi identifié neuf frontières du nouveau modèle économique international. système naturel sur lesquelles les modes de croissance actuels risquent de se heurter. Elles ont Bien sûr, le Brésil a voulu montrer qu’un été définies par rapport au risque d’irréversibilité pays émergent savait « boucler » un sommet, introduit par la croissance des activités humaines contrairement aux pays du Nord à Copenhague sur les grandes fonctions de régulation du capital en 2009. Parallèlement, les États-Unis voulaient, naturel (cf. Annexe 1 Les frontières planétaires comme à Rio 92, que l’on n’aille pas trop loin… mises en jeu par la croissance mondiale). Nous avons vécu un paradoxe : la préparation du Sommet a démarré par la volonté de l’ONU de Au delà de l’épuisement des ressources finies, donner la parole aux groupes majeurs, représentant l’utilisation des ressources renouvelables nécessite majoritairement la société civile et il s’est également l’existence de services de régulation terminé par la confiscation totale de l’influence naturels qui permettent leur production. Or, « la des chefs d’États par le Brésil, qui a “adjugé “ le détérioration de ces services risque de provoquer Sommet sans que les délégations aient toutes lu la raréfaction, voire la disparition de biens le texte final. Leur présence n’a même pas servi antérieurement considérés comme disponibles à avancer sur les points de blocage ou à donner 29. Résumé pour les décideurs du rapport « Avenir pour l’environnement mondial, GEO 5, l’environnement au service du développement », du Programme des Nations Unies pour l’Environnement de 2012. 30. P. A. Jouvet, C. de Perthuis, « La croissance verte : de l’intention à la mise en œuvre ». Les Cahiers de la chaire Economie du Climat. no 15 juin 2012. 31. P. A. Jouvet, C. de Perthuis, « La croissance verte : de l’intention à la mise en œuvre ». Les Cahiers de la chaire Economie du Climat. no 15 juin 2012.30 | Un développement durable ou une croissance verte pour 7 milliards d’individus ? | 2012
    • plus de capacité au texte. Ce basculement vers unegouvernance étatique faible est assez symbolique,tout comme la démonstration de force des paysémergents. Alors qu’en 1992, les États étaientau centre du sommet, aujourd’hui leur présenceest banalisée et leur parole tombe dans le vide.On peut se demander s’il est sage de convoquerun sommet de cette importance sans textejuridique à approuver et sans engagements definancements à la clé. RIO +20 est un sommetsans droit et sans argent… On ne pouvait ques’attendre à un inévitable flot de parole, mêmesi l’on a évité le pire. Nous pensons que lerapport Resilient people, resilient planet auraitété un bien meilleur texte de base pour Rio+20et nous l’évoquerons beaucoup pour l’avenireffectif des mesures que valide la Déclaration.Le Point de vue de Dennis Meadows « C’est aujourd’hui que nous entrons dans cette période d’arrêt de la croissance. Tous les signes le montrent. Le changement climatique, la dislocation de la zone euro, la pénurie d’essence, les problèmes alimentaires sont les symptômes d’un système qui s’arrête. C’est crucial de comprendre qu’il ne s’agit pas de problèmes mais bien de symptômes. Si vous avez un cancer, vous pouvez avoir mal à la tête ou de la fièvre mais vous ne vous imaginez pas que si vous prenez de l’aspirine pour éliminer la fièvre, le cancer disparaîtra. Les gens traitent ces questions comme s’il s’agissait de problèmes qu’il suffit de résoudre pour que tout aille bien. Mais en réalité, si vous résolvez le problème à un endroit, la pression va se déplacer ailleurs. Et le changement ne passera pas par la technologie mais par des modifications sociales et culturelles. La plupart des problèmes, nous ne les résolvons pas. Nous n’avons pas résolu le problème des guerres, nous n’avons pas résolu le problème de la démographie. En revanche, le problème se résoudra de lui-même parce que vous ne pouvez pas avoir une croissance physique infinie sur une planète finie. Les crises et les catastrophes sont des moyens pour la nature de stopper la croissance. Nous aurions pu l’arrêter avant, nous ne l’avons pas fait donc la nature va s’en charger. » Dennis Meadows, Physicien, auteur du Rapport Meadows en 1972, membre honoraire du Club de Rome. Interview réalisée par Terraeco 29 mai 2012 PwC / Ateliers de la Terre | 31
    • Les leviers d’actions des acteurs économiques pour assurer la vie humaine en ménageant les ressources0232 | Les leviers d’actions des acteurs économiques pour assurer la vie humaine en ménageant les ressources | 2012
    • De plus en plus, les différents acteurs Rio 2012 fera la synthèse dans son augmentant les investissements danséconomiques sont conscients des principe 4 en reconnaissant qu’il faut la recherche-développement agricolerisques considérables que font « promouvoir une gestion intégrée afin de transposer rapidementcourir aux hommes et à leur planète et durable des ressources naturelles les avancées de la recherche surla dégradation des ressources et et des écosystèmes qui contribue, le terrain… Les gouvernementsl’utilisation de celles ci, qui semblent entre autres, au développement devraient s’attacher à dégagerindispensables pour que les 7 milliards économique, social et humain un consensus sur des principesd’habitants continuent de progresser, sans méconnaître la protection, la mondiaux concernant la viabilité etou connaissent le progrès, faute régénération, la reconstitution et la l’éthique des investissements relatifsd’instaurer une économie nouvelle, résistance des écosystèmes face aux à la terre et à l’eau, et continuer àplus rationnelle et plus équitable. défis existants et nouveaux. » Mais promouvoir les principes de l’éthiqueDéjà, il y a quarante ans, les Principes la souveraineté sur les ressources, de l’investissement dans l’agriculture,3 et 5 de la Déclaration de Stockholm c’est à dire finalement le droit de les l’accent étant mis sur la protection desavaient pointé ce problème en exploiter sans contrôle international droits et des moyens de subsistanceavertissant : « la capacité du globe de véritable est réaffirmé dans le des pauvres, qui sont tributairesproduire des ressources renouvelables Chapitre sur l’économie verte : de ces ressources de base, et sur laessentielles doit être préservée et, « nous déclarons que les politiques protection de l’éco-viabilité ». 32partout où cela est possible, rétablie de promotion d’une économie verteou améliorée (…). Les ressources non dans le contexte du développement Le double défi de faire face auxrenouvelables du globe doivent être durable et de l’élimination de la besoins d’une population mondialeexploitées de telle façon qu’elles ne pauvreté devraient : (…) b) Respecter de plus en plus nombreuse etrisquent pas de s’épuiser et que les la souveraineté de chaque pays sur qui réclame à juste titre uneavantages retirés de leur utilisation ses ressources naturelles en tenant répartition plus équitable dessoient partagés par toute l’humanité. » compte de ses circonstances, objectifs, richesses, et d’assurer la survie de responsabilités et priorités nationaux nos écosystèmes, lesquels assurentLe Principe 2 de la Déclaration de ainsi que de la marge de manœuvre d’ailleurs en très grande partie laRio était moins clair sur ce sujet, car décisionnelle dont il dispose en ce subsistance de l‘humanité aurait pules revendications nationales sur les qui concerne les trois dimensions être traité à Rio avec plus d’acuité.ressources avaient été un sujet de du développement durable ». C’est pourquoi nous voulons enconfrontations très vives, et on ne donner quelques illustrations,parle plus de « ressources du globe », On ne peut, là aussi, que regretter à la manière de Jeremy Rifkinautrement dit de biens communs que les fortes injonctions du rapport dans son livre « la 3e révolutionde l’humanité : « conformément à « résilient people, résilient planet » industrielle » qui constatait la fin dela Charte des Nations Unies et aux ne soient pas reprises au regard de la seconde révolution industrielle,principes du droit international, les la conception lucide qu’elles révèlent fondée sur le pétrole et les énergiesEtats ont le droit souverain d’exploiter sur l’urgence de produire et de fossiles alors que l’exploitation deleurs propres ressources selon leur consommer autrement les ressources nouveaux secteurs d’extractionspolitique d’environnement et de de la planète : « les gouvernements ne suffirait pas à satisfaire lesdéveloppement, et ils ont le devoir de et les organisations internationales bientôt 9 milliards d’êtres humains.faire en sorte que les activités exercées devraient s’attacher à lancer une « Depuis 450 millions d’années,dans les limites de leur juridiction ou nouvelle révolution verte en ce la Terre a connu cinq vaguessous leur contrôle ne causent pas de XXIe siècle, qui viserait au minimum d’extinction biologique. Après chacundommages à l’environnement dans à doubler la productivité, réduirait de ces coups d’éponge, il a fallud’autres Etats ou dans des zones de façon draconienne l’utilisation des environ dix millions d’années pourne relevant d’aucune juridiction ressources et éviterait un nouveau retrouver la biodiversité perdue. »nationale. » Le droit d’exploiter les recul de la biodiversité, de nouvellesressources prime, on le sent sur le pertes de terres arables et le gaspillagedevoir de préserver l’environnement. et la pollution de l’eau, y compris en32. President Tarja Halonen and South African President Jacob Zuma. The Panel’s final report, “Resilient People, Resilient Planet : A Future Worth Choosing”, paragraphe 1. PwC / Ateliers de la Terre | 33
    • Ce double défi de faire face aux besoins d’une population mondiale de plus en plus nombreuse, qui réclame une répartition plus équitable des richesses, et d’assurer la survie de nos écosystèmes devra être relevé sans dégrader d’avantage les ressources en eau, bien rare mais menacé, sans accentuer les pressions sur la biodiversité et en assurant, dans le même temps, l’impérieuse conciliation de la demande énergétique et de la lutte contre le réchauffement climatique.| 2.1. La dégradation des ressources s’aggrave et menace d’atteindre des effets de seuils Etat des ressources en eau 2.1.1. L’eau, bien rare et menacé Or l’état actuel des ressources et leur accessibilité constituent un sujet d’inquiétude majeur et les L’eau est synonyme de vie aussi bien perspectives sont encore plus préoccupantes pour l’espèce humaine que pour la faune et la flore qui peuplent notre planète, L’eau douce apparaît comme l’un des problèmes elle conditionne la vie sur terre, elle les plus critiques qui se posent à l’humanité en ne peut donc être considérée comme termes de ressources naturelles. Dans le monde, un seul bien économique. Il s’agit 2,75 % seulement de l’eau est douce dont 1 % tout autant d’un bien social que d’un uniquement est accessible. A l’heure actuelle, bien environnemental, soumis à des 85 % de la population mondiale réside dans la pressions physiques mais également lié moitié la plus aride de la terre et 31 pays, surtout à des enjeux économiques, de sécurités en Afrique et au Proche Orient, ont des difficultés hydrique, alimentaire et planétaire, d’approvisionnement voire des pénuries. qui alimentent les batailles de l’eau. Les prélèvements d’eau dans le monde ont triplé au cours des 50 dernières années ; les aquifères, les bassins hydrographiques et les zones humides sont de plus en plus menacés tout en étant souvent mal surveillés et gérés. Le rythme auquel les réserves mondiales d’eau souterraine diminuent a plus que doublé entre 1960 et 2000. 33 De plus, les régions à fort déficit en eau sont les premières où les ressources et réserves sont surexploitées. 34 33. PNUE, « L’économie verte, pour un développement durable et une éradication de la pauvreté. Synthèse à l’intention des décideurs ». 2011. 34. PNUD, rapport sur le développement humain, 2006. 34 | Les leviers d’actions des acteurs économiques pour assurer la vie humaine en ménageant les ressources | 2012
    • Figure 5. Disponibilité de la ressource eau sur terre 35 Au delà de la croissance démographique, la Eau douce Autres* Cours demande en eau douce a augmenté en réponse 0,2% d’eau et 2,75% Eau de surface rivière au développement industriel, à l’intensification 0,3% 1,3% de l’agriculture irriguée, à un mouvement massif d’urbanisation et à l’élévation des niveaux de vie. Eau souterraine 24,5% Les pertes sont également très importantes. Globalement, seuls 55 % des prélèvements Lacs en eau sont réellement consommés. Les 45 % Eau salée 98,7% 97,25% Glaces et restants sont soit perdus par drainage, fuite et Glaciers évaporation soit restitués au milieu naturel. 74,9% A ces facteurs quantitatifs impactant la ressource en eau s’ajoutent des facteurs qualitatifs. Ainsi,Eau présente Eau douce Eau de surface l’approvisionnement de l’humanité en eau douce*Autres : Eau présente dans l’atmosphère, diminue à cause de la pollution de plus en plusla biosphère et l’humidité des sols. grande. Dans certains pays, les lacs et les cours d’eau sont chargés de toutes sortes de déchetsIl existe une forte disparité entre les (eaux usées non ou partiellement traitées,pays riches et les pays en développement rejets industriels toxiques). Plus de 80 % desconcernant la consommation journalière par eaux usées des pays en voie de développementhabitant : 350 litres aux Etats-Unis, 200 litres rejoignent actuellement, sans aucun traitement,en Europe et 10 à 20 litres en Afrique.36 le milieu naturel et polluent les rivières, les lacs et les zones côtières. L’eutrophisation des eauxEnfin, l’ensemble des scientifiques s’accorde à dire intérieures et côtières tue les poissons de manièreque les changements climatiques aggraveront irrégulière et massive et menace la santé desles problèmes liés à l’eau dans les années à venir. hommes ainsi que les moyens de subsistance.38Ils perturbent déjà le régime de précipitations enalimentant des tempêtes de plus en plus fortes. Ces facteurs qualitatifs et quantitatifsCela crée des sécheresses d’une gravité et d’une impactent la disponibilité et la qualité desfréquence sans précédent notamment en Afrique. ressources en eau et conditionnent ainsi les activités économiques qui en dépendent.La consommation totale d’eau devrait augmenterd’environ 40 % d’ici 2020, la pression sur lesécosystèmes aquatiques risque donc de fortement 2.1.2. Les pressions sur less’aggraver. 3 Mds de personnes pourraient écosystèmes naturels s’accentuentsouffrir de stress hydrique d’ici 2025. Les ressources naturelles et la biodiversitéDifférents facteurs, quantitatifs et sont déjà fortement impactées par les activitésqualitatifs, impactent les ressources en eau humaines. Les croissances démographiques et économiques devraient accroître ces pressionsLa croissance démographique et l’urbanisation sur les écosystèmes terrestres et maritimes quides pays en développement ont été rapides. La se manifestent tant par les bouleversementsgénéralisation de l’eau courante et l’augmentation des fonctions régulatrices essentielles de lade la consommation des ménages vont accélérer planète que par l’érosion de la biodiversité.la demande en service d’assainissement. 3735. PwC, « L’eau : enjeux, dynamiques, solutions ». Mars 2012.36. Partenariat français pour l’eau. Dossier de presse : l’eau toujours un défi au 21eme siècle ! Les positions portées par les acteurs français de l’eau au 5e forum mondial de l’eau à Istanbul du 16 au 22 mars 2009.37. IEG Banque Mondiale. Evaluation du soutien de la Banque Mondiale 1997/2007. Eau et développement.38. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. PwC / Ateliers de la Terre | 35
    • Des écosystèmes bouleversés Alors que le déclin de forêts a été stoppé dans par les activités humaines les zones tempérées entre 1990 et 2005, il s’est au contraire poursuivi sous les tropiques avec un Christian de Perthuis estime ainsi que « la rythme de 130 000 km²/an (plus de quatre fois la détérioration de (…) services de régulation superficie de la Belgique). L’Afrique concentre la naturels risque de provoquer la raréfaction, voire moitié de la déforestation mondiale et L’Asie du la disparition de biens antérieurement considérés Sud-Est a perdu la moitié de ses forêts en 20 ans. 42 comme disponibles en quantités infinies : l’eau, l’air, la stabilité du climat, la biodiversité. » « Dans Les facteurs de déforestation sont multiples : cette perspective, c’est moins l’indisponibilité de extension des terres cultivées, culture sur telle ou telle ressource qui pose problème que le brûlis, exploitation du bois d’œuvre, extension déséquilibre cumulatif introduit dans des capacités des villes, collecte du bois de feu… régulatrices essentielles du capital naturel. » 39 L’impact de la destruction de ces forêts ne sera pas Comme nous l’exposions en introduction, uniquement catastrophique pour ses habitants et les fonctions régulatrices du système sont pour la biodiversité. La disparition progressive en effet fortement perturbées : la surface de flux d’humidité, des lieux de respiration et des de la terre se réchauffe, le niveau de la mer effets « puits carbone » auront un effet global sur augmente, les émissions de CO2 continuent les mouvements d’eau dans l’atmosphère et sur de croitre. Les ressources en eau sont de le réchauffement climatique. 43 Les émissions plus en plus appauvries et polluées. provenant de la déforestation tropicale et de la dégradation des forêts et des tourbières sont Sécheresse et aridité des sols estimées à 15 % des émissions globales de GES Les zones affectées par les phénomènes et à presque 28 % des émissions de CO2. 44 de sécheresse et d’aridité des sols ont doublé entre 1970 et 2000. Ces zones arides La question de la préservation de la forêt est abritent un tiers de la population mondiale également intimement liée aux questions et recouvrent 40 % des terres émergées. de développement. Ainsi, comme le met en exergue une étude de l’Organisation Par ailleurs, les décisions en matière d’utilisation Internationale de la Francophonie, la ceinture des terres méconnaissent les limites biophysiques vitale formée par l’Amazonie, le Bassin du Congo de la productivité, encore dégradées par le et le complexe forestier ombrophile d’Asie du changement climatique. 40 La dégradation des sols sud-ouest, qui couvre 15 % de la surface de est un problème mondial, qui ne se cantonne pas la planète et renferme 35 % du carbone de la aux régions arides ou semi-arides mais requiert une biosphère terrestre, abrite également 90 % de solution mondiale et une prise en compte dans les biodiversité et nourrit 90 % des 1,2 Mds de politiques agricoles, climatiques, aquatiques etc. 41 personnes vivant dans l’extrême pauvreté. 45 11 % des espaces naturels encore existants en 2000 auront disparu avant 2050, et près de 40 % La déforestation a par ailleurs des impacts sociaux des sols seront convertis à l’agriculture intensive. puisque à mesure qu’elle avance, le fardeau des femmes et des enfants pour la collecte de bois Déforestation augmente. Le manque de combustible a également Les forêts, qui font vivre des millions d’habitants, des effets sur la santé (la quantité et la qualité notamment dans les régions tropicales, assurent de nourriture disponibles diminuent) ou peut des fonctions essentielles de l’écosystème terrestre entrainer des flux de migration vers les villes. comme la protection des sols, de l’eau, de la biodiversité, la régénération de l’oxygène. Le texte de la déclaration finale de Rio souligne les bénéfices sociaux, économiques et 39. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. 40. PNUE, « L’économie verte, pour un développement durable et une éradication de la pauvreté. Synthèse à l’intention des décideurs ». 2011 41. Communication de la Commission Européenne, « Rio+20 : vers une économie verte et une meilleure gouvernance », 20 juin 2011. 42. GRUNEWALD F. « Hot Spot ! Comment mieux réfléchir aux risques à venir ». Diplomatie. Décembre 2007/ janvier 2008. 43. GRUNEWALD F. « Hot Spot ! Comment mieux réfléchir aux risques à venir ». Diplomatie. Décembre 2007/ janvier 2008. 44. Communication de la Commission Européenne, « Rio+20 : vers une économie verte et une meilleure gouvernance », 20 juin 2011. 45. Note de Décryptage des enjeux de la Conférence Rio+20. « Mettre au monde une économie verte équitable et une gouvernance démocratique de la planète dans un cadre de développement durable ». Organisation Internationale de la Francophonie.36 | Les leviers d’actions des acteurs économiques pour assurer la vie humaine en ménageant les ressources | 2012
    • environnementaux des forêts grandes crises biologiques mais scénarii comportent de grandespour les peuples et dans la leurs effets sont plus rapides. variations sur les données demise en place et la gestion départ mais qui tirent tous ladu développement durable. En outre, plus de 60 % des récifs même conclusion alarmante. LesLes Etats soutiennent coralliens pourraient disparaître biodiversités marines et terrestresles cadres existants, d’ici 2030 du fait du blanchiment sont en effet mal connues. Si,comme l’« Instrument non des coraux. La destruction des 1,75 millions d’espèces ont étéjuridiquement contraignant récifs coralliens et des mangroves décrites, les estimations dusur tous les types de forêts » qui protègent les régions nombre total d’espèces vivantesqui promeut la gestion côtières contre les inondations varient cependant de 3,6 à plusdurable des forêts, la et réduisent les risques de de 100 millions. Le potentielreforestation, l’afforestation, catastrophe, expose les côtes qu’offre la mer notamment estet tous les efforts aux conséquences de l’érosion et encore largement méconnupermettant effectivement des tsunamis. Si les tendances puisque seules 274 000 espècesde ralentir, inverser et actuelles se maintiennent, un marines ont été identifiées surréduire la déforestation et effondrement des écosystèmes les 10 à 100 millions estimées.la dégradation des forêts. marins à une large échelle est, selon les auteurs, probable Les principales menaces sur laOcéans et écosystèmes d’ici 2020 ou 2050.46 biodiversité 47 sont la croissancemarins de la population qui entraîneSi les ressources terrestres Les bouleversements de ces une augmentation corollairesont soumises à une forte écosystèmes contribuent aussi des besoins en espaces et enpression, les océans ne sont à l’érosion de la biodiversité. nourriture, l’extension des réseauxpas épargnés non plus. A routiers, ferrés et électriquesl’échelle planétaire, les Erosion de la biodiversité : qui fractionne les habitats etocéans sont des régulateurs plusieurs modèles mais fait fuir certaines espèces, laprimaires du climat une même conclusion surexploitation des ressourcesmondial et ils servent aussi naturelles, la pollution et lesde puits pour le CO2. L’érosion de la biodiversité catastrophes écologiques ainsi est un phénomène dont les que le changement climatique.Selon les conclusions d’unrapport publié en juin 2011par l’IUCN et l’International Figure 6. Abondance moyenne des espèces : cause des pertes à l’horizon 2030. 48Program on the State of Pertes liées à lagriculture Pertes liées au climat Pertes liées aux activités forestières Pertes liées au morcellement des terresOceans (IPSO), la magnitude Pertes liées aux infrastructures Pertes liées à lazote Diversité restante %des bouleversements qui 100touchent les océans du faitdes activités humaines est 90inédite depuis 55 millionsd’années. Les trois facteurs à 80l’œuvre sont l’extension des 70zones anoxiques (privéesd’oxygène), l’augmentation 60de la température et del’acidité des océans. Ces 0-50facteurs sont les mêmes 2000 OCDE 2030 2000 BRIC 2030 2000 RdM 2030 2000 MONDE 2030que lors des précédentes46. IEG Banque Mondiale. Evaluation du soutien de la Banque Mondiale 1997/2007. Eau et développement.47. COQUART J. « Biodiversité : les racines du mal ». Le journal du CNRS.48. OCDE. Environmental Outlook to 2030. PwC / Ateliers de la Terre | 37
    • Les modèles d’extinction de biodiversité 2.1.3. L’impérieuse conciliation de actuellement développés comportent de la demande énergétique et de la grandes incertitudes (rythme entre 10 et 100 fois supérieur au rythme naturel d’extinction) maîtrise du réchauffement mais tous convergent pour prédire une climatique accélération des extinctions (qui seraient entre 100 et 1 000 fois supérieures en 2050), Au regard de puissance démographique quelque soient les scénarii utilisés. 49 et économique des pays émergents, de la mondialisation et de la diminution des réserves Chaque année, entre 17 000 et 100 000 espèces d’hydrocarbures, les perspectives de croissance disparaissent de notre planète, et un cinquième de la demande énergétique ne faciliteront pas la de toutes les espèces vivantes pourrait mise en œuvre des mesures destinées à réduire disparaître en 2030. Pour établir sa « liste rouge » les émissions de GES. Il faudra cependant assurer en 2011, d’espèces menacées d’extinction (801 cette transition énergétique en menant de front éteintes, 3 879 en danger critique d’extinction, les deux volets de la lutte contre le réchauffement 5 689 en danger, 10 002 vulnérables), l’UICN climatique : l’atténuation des émissions et s’est basée sur l’état de conservation 61 914 l’adaptation des individus, des sociétés et des Etats. espèces pour lesquelles elle disposait d’une description. Les deux seuls groupes qui sont bien Les dynamiques économiques et climatiques étudiés sont les oiseaux et les mammifères. 50 précédemment décrites mettent en question la possibilité mais aussi, l’impérieuse nécessité, La FAO estime par ailleurs que 28 % des stocks de parvenir à concilier, malgré un contexte de mondiaux de pêche sont surexploités ou épuisés, crises, lutte contre le réchauffement climatique et 52 % connaissent un niveau d’exploitation fourniture des besoins en énergie. Répondre à ce proche du maximum soutenable. Seuls 20 % défi est indispensable tant pour le développement des réserves sont exploitées en dessous de leur durable que pour l’éradication de la pauvreté. potentiel. Les prises annuelles de poissons d’eau douce et de mer subissent d’importants Parviendrons-nous à réduire les déclins causés principalement par une surpêche émissions de GES pour limiter le persistante. Les poissons d’eau douce sont changement climatique ? également affectés par la dégradation des habitats et les régimes thermiques procédant des La terre se réchauffe… changements climatiques et des retenus d’eau. 51 Les données mondiales dans le domaine du climat sont issues des études du Groupe d’Experts La protection adéquate des milieux naturels contre Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat la surexploitation et la pollution est fondamentale (GIEC).52 Dans son quatrième rapport, le GIEC pour la survie des populations et des secteurs exprime un degré de confiance très élevé sur économiques qui dépendent de ces ressources deux faits : d’une part la planète se réchauffera et des nombreux services d’approvisionnement, entre 1.8 et 4 degrés avant la fin du siècle, d’autre de régulation ou culturels qu’elles assurent part les activités humaines en sont la cause. 53 pour leur subsistance ou leur développement. De nouveaux modèles de consommation et de Le réchauffement climatique est mesuré par : production doivent être co-construits et mis en • la hausse des températures moyennes : les œuvre par les acteurs étatiques, économiques et températures ont augmenté partout dans le la société civile. Ces modèles devront également monde quoique de manière plus sensible aux permettre de concilier demande énergétique latitudes les plus élevées de l’hémisphère Nord ; et maitrise du réchauffement climatique. • la concentration sur les dernières années des températures les plus chaudes : la décennie 2000-2010 est la plus chaude jamais constatée à la surface de la terre, à la surface des océans et sur tous les continents. 54 49. « La biodiversité au 21eme siècle ». Entretien avec Thierry Oderboff. Sciences du Sud no 57/ NO/Dec 2010. 50. A. Brachet. « Biodiversité : l’UICN actualise sa liste rouge mondiale des espèces menacées pour 2011 ». 51. « Résumé à l’intention des décideurs ». Groupe de travail 1 du GIEC. Quatrième rapport d’évaluation. 2007. 52. Etabli conjointement par l’organisation météorologique mondiale et le programme des Nations Unies pour l’environnement, ses évaluations sur les causes de ces changements, leurs conséquences et les réponses possibles constituent une référence pour les acteurs publics et privés. 53. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. 54. Date à laquelle les relevés instrumentaux à la surface du globe ont débuté.38 | Les leviers d’actions des acteurs économiques pour assurer la vie humaine en ménageant les ressources | 2012
    • Figure 7. Tendances dans l’évolution des températures et des concentrations atmosphériques de CO2, 1850-2010. (ppm) HADGL JMA NASA NOAASource : NOAA NCDC, NASA, GISS, Unité de recherche climatologique de l’Université Source : Scripps Institute of Oceanography, NOAAd’East Anglia, Service météorologique du Japon…entrainant des perturbations des écosystèmes au niveau mondial, devraient « culminer avantLe réchauffement climatique entraine également l’année 2020 et chuter substantiellement après ».des perturbations des écosystèmes. Le GIEC Le rapport recommandait en conséquence uneestime ainsi qu’« à l’échelle des continents, des baisse des émissions des pays industrialisés derégions et des bassins océaniques, de nombreux 25 à 40 % d’ici 2020, par rapport à 1990 et unechangements à long terme du climat ont été observés. « déviation substantielle de la tendance » dansIls incluent des changements de température et les pays en développement et pays émergents.de la glace arctique, des changements dans laquantité des précipitations, la salinité des océans, La responsabilité des émissions se répartitles structures des vents et des aspects de situations entre les pays développés, émergents et enmétéorologiques extrêmes comme les sécheresses, développement. En 2004, les pays figurant àles fortes précipitations, les vagues de chaleur ». 55 l’annexe I de la CCNUCC 57 et qui représentaient 20 % de la population mondiale, ont produitPour Christian de Perthuis, le climat est même, 57 % du produit mondial brut basé sur la paritéparmi les fonctions régulatrices essentielles des de pouvoir d’achat et étaient responsables deécosystèmes, « le système dont l’altération risque 46 % des émissions de gaz à effet de serre.58d’avoir le plus d’impact sur les autres systèmes Mais c’est parmi les BRIC (Brésil Russie Inderégulateurs naturels : biodiversité, cycle de l’eau, et Chine) que la croissance des émissions deusage des terres. » 56 L’équilibre entier de cette CO2 est la plus rapide et que les émissions parfonction régulatrice est menacé par les activités habitant sont les plus élevées (La Chine est lehumaines et les perturbations causées sont sur le premier émetteur devant les Etats-Unis). 59point d’atteindre un effet de seuil au delà duquelles atténuations seront beaucoup plus longues, Entre 1990 et 2005, les émissions des payscouteuses, voire impossibles à atteindre. développés ont diminué de 1 % alors que celles des pays en voie de développement ont cru de plus deLes émissions de GES continent 60 %. Cette tendance devrait s’accentuer avec lespourtant d’augmenter… années. Comme l’illustre la figure 8, si la ChineDans son rapport publié en 2007, le GIEC montrait est désormais le pays le plus émetteur de CO2 pardéjà que, pour ne pas dépasser une hausse de la rapport à son PIB, suivi par les USA, Mais en termestempérature de deux degrés, les émissions de d’émissions de CO2 par habitant (figure 9), les USAgaz à effet de serre devraient être réduites de sont loin devant, suivis par l’UE à 27 et la Chine.« 50 à 85 % d’ici 2050 par rapport à l’an 2000 »55. Résumé à l’intention des décideurs. Groupe de travail 1 du GIEC. Quatrième rapport d’évaluation. 2007.56. P. A. JOUVET, C. DE PERTHUIS, « La croissance verte : de l’intention à la mise en œuvre ». Les Cahiers de la chaire économie du climat. no 15 juin 2012.57. Convention cadre des Nations Unies sur les Changements climatiques.58. Résumé pour les décideurs du rapport « Avenir pour l’environnement mondial, GEO 4, l’environnement au service du développement », du Programme des Nations Unies pour l’Environnement de 2007.59. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. PwC / Ateliers de la Terre | 39
    • Figure 8. Emissions de CO2 dues à l’énergie par rapport au PIB dans le monde 2 200 2 000 Chine t CO2 / million $ 2000 ppp1 1 800 1 600 États-Unis 1 400 1 200 Monde 1 000 800 Afrique 600 400 UE à 27 200 0 France 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2008 Source : Agence internationale de l’énergie, octobre 2010. Figure 9. Emissions de CO2 dues à l’énergie par habitant par zone du monde 24 22 États-Unis 20 18 UE à 27 t CO2 / habitant 16 14 France 12 10 8 Chine 6 4 Monde 2 0 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2008 Autre Source : Agence internationale de l’énergie, octobre 2010. Source Les sources d’émissions de CO2 dans le monde … et le GIEC d’aggraver ses prévisions. climatique française a terminé un exercice de Malgré ces mises en garde et les nombreuses simulation du climat passé et futur à l’échelle conférences internationales, l’AIE 60 estime globale. À l’horizon de 2100, pour le scénario le que « le monde continue de se diriger dans la plus sévère, l’augmentation des températures mauvaise direction, cela à un rythme accéléré. pourrait se situer entre 3,5 à 5 degrés C, en tout De 2000 à 2007, le taux de croissance annuel cas le scénario le plus optimiste prévoit une des émissions a en effet atteint 3 % ». 61 augmentation de 2 degrés C. Comme l’avait déjà souligné le rapport de 2007, le réchauffement Pour la première fois le 16 juillet dernier, un dépend peu du scénario considéré dans les membre du gouvernement allemand a clairement premières décennies du XXe siècle, car il est reconnu, lors d’une conférence préparatoire du relativement uniforme sauf dans les régions sommet de Doha, que nous ne parviendrons arctiques (fonte de la glace de mer), mais à plus pas à limiter le réchauffement climatique à 2 longue échéance, soit en 2100, le réchauffement est degrés.62 C’est dire si du chemin a été fait depuis plus intense sur les continents que sur les océans Copenhague, chemin de constat d’impuissance et est, de ce fait, amplifié dans l’hémisphère Nord. qui doit se transformer en réalisme actif. Une politique climatique courageuse ? Le cinquième rapport du GIEC doit être publié entre Le rapport de 2014 devrait souligner et confirmer, septembre 2013 et 2014, date où sera disponible selon les scénarios, l’élévation du niveau de la la synthèse des travaux. Déjà, la communauté mer ; le rapport aura comme nouveauté de séparer 60. Présentation de l’ouvrage : « perspectives des technologies de l’énergie 2010 : scénarios et stratégies à l’horizon 2050 » le jeudi 8 juillet 2010. 61. BRACHET A., « Énergie : le monde continue de se diriger dans la mauvaise direction à un rythme accéléré ». AEDD le 8 juillet 2011. 62. F. SCHEVEN et S. KREUTZMANN. « Merkel Calls for New Kyoto Agreement ». The Wall Street journal. 16 juillet 2012.40 | Les leviers d’actions des acteurs économiques pour assurer la vie humaine en ménageant les ressources | 2012
    • les projections à « court terme » immédiatement (c’est aussi la source d’énergie la plus responsableutilisables pour les stratégies des décideurs et d’émissions de GES). L’essentiel du gaz se trouve enles prévisions à plus long terme. On voit bien la Russie et au Moyen-Orient. On trouve égalementdifficulté pour les responsables politiques : leurs de l’uranium dans un grand nombre de pays. Ladécisions doivent être rapides car elles ont des production de ces énergies fossiles est égalementconséquences lourdes pour la fin du siècle qui très concentrée. Les cinq premiers pays producteursvient, mais elles n’auront pas d’effets tangibles de pétrole 63 représentent 43 % de la productionpendant leur mandat et même pendant celui de mondiale et 63 % pour les producteurs de gaz.64 65leur successeur immédiat… Tandis que la pénuried’énergie ou les ruptures d’approvisionnement en Les trois grands secteurs consommateursénergie sont des causes immédiates de déséquilibre d’énergie finale sont l’industrie, (31 %),politique. Le développement durable est donc un l’ensemble résidentiel et tertiaire 66 (31 %) et lesdes domaines nouveaux comme le dit Cynthia transports (27 %). Cette structure moyenne de laFleury, de l’exercice du courage politique. consommation d’énergie recouvre des situations nettement différentes, même parmi les pays richesLa lutte contre le réchauffement climatique industrialisés : aux Etats-Unis, la part de l’industriedoit être menée de front avec l’augmentation est de 21 % seulement, contre 33 % au Japon.de l’approvisionnement en énergie et avec Elle est de 55 % en Chine et de 34 % en Russie.l’amélioration de l’efficacité énergétique,indispensables à la croissance économique Figure 10. Consommation énergétique par secteur d’activitéet à l’amélioration de l’accès à l’énergiedes populations les plus pauvres. Industrie 31 RésidentielComment faire face à la et tertiaire 31demande en énergie ? Transports 27 Agriculture 11Au regard de la montée en puissance des paysémergents, de la mondialisation et de l’épuisementdes réserves d’hydrocarbures, les perspectivesde croissance de la demande énergétique ne Concernant les sources d’énergie primairefaciliteront pas la mise en œuvre des mesures (figure 11), le pétrole reste l’énergie dominantedestinées à réduire les émissions de GES. Il faudra (32 %), suivi par le charbon (28 %) et le gazcependant assurer cette transition énergétique tout naturel (21 %). Les énergies fossiles dominenten améliorant l’accès à l’énergie, indispensable donc avec 80 % des sources d’énergiesau développement humain et durable. primaires. Le prix du baril en dollars courants n’a cessé d’augmenter dans la dernière décennieProduction et besoins énergétiques mais en dollars constants, les prix restentL’accès à l’énergie, essentiel au développement plus bas qu’après les chocs pétroliers.économique, est aujourd’hui un enjeu majeurde nos sociétés. Les Etats doivent définir La biomasse, utilisée encore essentiellement parleur politique énergétique en tenant compte des techniques traditionnelles occupe une placede leurs réserves énergétiques et de leurs légèrement supérieure à l’électricité primaireobjectifs (sécurité d’approvisionnement, prix, (hydraulique et nucléaire). Pour 66 pays, l’énergieprotection de l’environnement) ainsi que de hydraulique produit cependant plus de 50 % dela lutte contre le réchauffement climatique. leur énergie électrique et pour 24 pays au moins 90 %. 67 La contribution de la chaleur “primaire”Les ressources énergétiques mondiales sont (géothermie et solaire) est très faible. 68inégalement réparties sur la planète. Dansles énergies fossiles d’abord : 62 % des réservespétrolières sont situées au Moyen Orient. Lecharbon est réparti sur l’ensemble des continents63. Dans l’ordre Arabie Saoudite, Etas Unis, Russie, Iran et Mexique.64. Russie, Etats-Unis, Canada, Royaume Uni, Pays Bas.65. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre.66. Consommation de l’énergie dans les bâtiments : chauffage et climatisation, électroménager…)67. Communication de la Commission Européenne, « Rio+20 : vers une économie verte et une meilleure gouvernance », 20 juin 2011.68. IEA World Energy Outlook 2006 – Année 2004. PwC / Ateliers de la Terre | 41
    • Figure 11. Répartition des sources d’énergie primaire Le pétrole devrait demeurer la première source d’énergie, les deux tiers de la hausse de la demande Autres (géothermie, solaire, éolien, etc.) 1% relevant des transports. Si la datation du « peak oil » varie, la plupart des études le situent vers pétrole 32% 2020/2040. Les réserves connues et récupérables charbon 28% (1/5) de pétrole non conventionnel (schiste, sables) gaz naturel 21% sont équivalentes à celle du pétrole conventionnel. nucléaire 6% Malgré les impacts environnementaux très biomasse et 10% lourds de leur extraction, les majors investissent déchets massivement (+16 % en 2011) dans l’exploration/ hydroélectricité 2% production à un rythme deux fois supérieur à celui des cinq dernières années. 69 Par ailleurs, la répartition géographique de la demande d’énergie primaire se modifie. La zone Le gaz naturel, dont les réserves prouvées sont Asie-Pacifique absorbe aujourd’hui plus de 30 % de estimées à 70 ans, devrait par ailleurs connaitre la consommation mondiale contre moins de 20 % un accroissement important de sa production au début des années 70. Corrélativement, le poids et de son emploi (augmentation de la demande relatif des régions développées diminue (USA de mondiale de 90 % à l’horizon 2030). 70 28 à 20 %, Union Européenne de 19 à 15 %). A mesure que la production de pétrole et de Quelle transition énergétique ? gaz accessible facilement peinera à satisfaire la Alors que la consommation énergétique mondiale demande mondiale, la part du charbon dans le a déjà doublé ces trente dernières années, bouquet énergétique finale devrait s’accroitre, la croissance économique, surtout des pays notamment du fait de la croissance de la demande émergents et l’augmentation des besoins de électrique (le charbon couvrant 40 % de la transports entraineront une hausse de la demande production mondiale). L’Amérique du Nord, l’Inde énergétique. L’Agence Internationale de l’Energie et la Chine possèdent d’importantes réserves. (AIE) prévoit ainsi une hausse de 1,5 % par an Le charbon pourrait s’imposer comme une de la demande mondiale en énergie jusqu’en alternative au gaz et au nucléaire à condition que 2030. Elle aura alors doublé par rapport à 2008. les développements technologiques de grande échelle (charbon propre, captage et stockage L’accroissement de la demande énergétique sera de CO2, carburants de synthèse etc) permettent cependant inégal selon les régions. Alors que la d’en limiter l’impact environnemental. 71 consommation de l’Amérique devrait doubler, elle sera faible en Europe et au Japon. Elle sera forte L’énergie nucléaire qui contribue faiblement en revanche dans les pays en développement, qui aux émissions de CO2 et dont les réserves devraient compter pour plus de 90 % de la demande en combustible sont assurées pour 60 ans, additionnelle, en dépit d’une consommation qui pourrait connaitre une progression relativement restera inférieure à celle des pays de l’OCDE. importante. Mais elle pourrait ne pas devenir une énergie de substitution en raison des risques qu’elle Les différentes sources d’énergie existantes crée (accidents de Fukushima, de Three mile devraient permettre de satisfaire globalement island, de Tchernobyl), de son cout (investissement une demande mondiale en croissance de l’ordre dans les centrales et dans le traitement des de 50 % à l’horizon 2030. Les sources fossiles déchets) ainsi que de son inadaptabilité aux devraient couvrir environ 80 % des besoins consommations énergétiques des transports à l’horizon 2040, dont 30 % pour le pétrole, qui représenteront les deux tiers de la hausse 29 % pour le charbon et 22 % pour le gaz. mondiale dans les 20 prochaines années. 69. BEZAT J-M. « En 2011, l’investissement est au plus haut dans l’exploration et la production de Pétrole ». Le Monde 17 juin 2011. 70. Ministère de la défense. Horizons stratégiques 2012. 71. Ministère de la défense. Horizons stratégiques 2012.42 | Les leviers d’actions des acteurs économiques pour assurer la vie humaine en ménageant les ressources | 2012
    • Mettre en œuvre une transition énergétique qui monde. Dans la déclaration finale de Rio+20, lescouvre l’accroissement de la demande en énergie Etats réaffirment le rôle majeur de l’énergie dans leet permette de lutter contre le réchauffement développement et pour assurer un développementclimatique est un défi majeur. Elle se fera durable, dans l’éradication de la pauvreté.notamment par le développement des énergiesrenouvelables comme nous le verrons dans la partie Pour répondre à ce défi triple défi, énergétiquesuivante. Elle devra également intégrer comme et climatique, de réduire les émissions de GESobjectif l’amélioration de l’accès à l’énergie. de 75 % à l’horizon 2050 tout en assurant l’accroissement de la production ainsi queDévelopper l’accès à l’énergie et l’amélioration de l’accès à l’énergie, il y aaméliorer la qualité de l’air trois solutions : l’arrêt de la déforestation,L’accès aux services énergétiques est une la sobriété et l’efficacité énergétique et lecondition indispensable au développement déploiement de sources d’énergie décarbonée. 73social et économique et à l’éradication de la Ces solutions font partie des leviers économiquespauvreté notamment pour la satisfaction des permettant de mieux gérer ces ressources.besoins vitaux (cuisson, éclairage, eau chaude,chauffage). Cependant, dans les PVD, plusde 1,4 Md de personnes (dont 95 % viventen Asie) n’ont pas accès à l’électricité et 2,7Mds dépendent de l’utilisation traditionnellede la biomasse pour la cuisine. 72Les « pauvres de l’énergie » subissent lesconséquences sanitaires de la combustioninefficace de combustibles solides dans desbâtiments mal ventilés, ainsi que les conséquenceséconomiques de la productivité insuffisante. Onestime à plus de 2 millions, le nombre de personnesdans le monde qui meurent prématurémentchaque année de la pollution de l’air intérieuret extérieur. Une grave pollution de l’air intérieursurvient par exemple dans de nombreusescommunautés pauvres lorsque la biomasse et lecharbon sont utilisés à l’intérieur. La pollutionde l’air extérieur provient quant à elle desprocédés industriels, des véhicules à moteur, dela production d’énergie et des feux de forêts.L’Assemblée Générale des Nations Unies a déclarél’année 2012 « Année Internationale de l’EnergieDurable pour tous ». Sous l’égide du Secrétairegénéral Ban Ki-moon, ONU-Énergie s’est fixédans le cadre du programme « énergie durablepour tous » trois objectifs principaux : l’accèsuniversel à des services énergétiques modernes ;une réduction de 40 % de l’intensité énergétiquemondiale ; et une augmentation de 30 % del’utilisation des énergies renouvelables dans le72. Communication de la commission Européenne, « Rio+20: vers une économie verte et une meilleure gouvernance ». 20 juin 2011.71. Note de Décryptage des enjeux de la Conférence Rio+20. « Mettre au monde une économie verte équitable et une gouvernance démocratique de la planète dans un cadre de développement durable ». Organisation Internationale de la francophonie.72. T. Lescuyer. « La crise de l’eau est une crise de gouvernance ». Novethic 01-08-2012.73. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. PwC / Ateliers de la Terre | 43
    • La planète nous fournit des écosystèmes uniques que l’on prend pour acquis et qui sont la base de l’existence humaine et de la vie sur la planète. Et pourtant les dégradations s’accélèrent et menacent d’atteindre des effets de seuils comme nous venons de l’observer. Notre économie pousse les gens à consommer bien plus que la planète ne peut le supporter. Toutes les ressources sont menacées, certaines plus que d’autres, mais elles constituent toutes une chaine d’approvisionnement. Il y a d’énormes possibilités de recyclage, de réutilisation des produits, de reconfiguration des chaines d’approvisionnement. Les leviers techniques et économiques d’une gestion durable des ressources naturelles devront en particulier permettre un usage plus durable de l’eau, des ressources et de l’énergie dans les facteurs de production.| 2.2. Les leviers techniques et économiques d’une gestion durable des ressources naturelles Figure 12. Usages de l’eau douce 2.2.1. L’eau comme facteur de production : vers un 11% Usages usage durable ? domestiques 19% L’eau est une ressource paradoxalement Industrie et production abondante et renouvelable mais qui n’est 70% dénergie pas également disponible et accessible. Agriculture La banque mondiale estime ainsi que le manque d’eau sera l’un des principaux facteurs limitant du développement économique ces prochaines années. 74 Les usages de l’eau doivent être conciliés et les leviers d’une gestion durable de ces ressources développés dans tous les secteurs économiques. 74. Comité de Prospective du Comité 21 : « Temps de crise financière, économique, écologique et sociale : enjeux, contradictions, opportunités ». 2011. 44 | Les leviers d’actions des acteurs économiques pour assurer la vie humaine en ménageant les ressources | 2012
    • Les usages de l’eau : où agir ? 2025, les prélèvements et la consommation d’eau pour nourrir 764 millions de personnesAu niveau mondial, les usages agricoles, en plus, devraient augmenter de 13 %.industriels et domestiques de l’eau doiventêtre conciliés sans augmenter la pollution En 2050, un des grands défis de l’agriculture seraou dégrader d’avantage la ressource. donc de parvenir à nourrir 9 Mds de personnes sans dégrader ou polluer d’avantage les sols et lesLes pratiques agricoles actuelles consomment ressources aquatiques. 75 Selon l’Organisation des70 % de l’eau douce dans le monde et contribuent Nations Unies pour l’alimentation et l’agricultureà hauteur de 13 % des émissions de GES. En (FAO), la croissance démographique nécessitera enmatière agricole, l’utilisation massive de pesticides, effet une augmentation de la production agricoled’herbicides et d’engrais chargés de nitrates a de 50 % d’ici à 2030 et de 70 % d’ici à 2050.également des impacts lourds sur les nappessouterraines. Il s’agit de pollutions lentes qui sont En 2000, l’industrie et l’énergie représentaientde nature à altérer durablement la ressource. conjointement 19 % des prélèvements en eau. Ces prélèvements vont croître de près de 30 %Les modèles d’agriculture intensive peuvent à horizon 2025. Dans ce secteur, les énergiesaussi perturber au delà de certains seuils les nucléaire et hydraulique sont la cause de 57 %systèmes de régulation naturels comme le cycle des prélèvements, les procédés industriels dede l’eau douce, la biodiversité (qui a ensuite 40 % et l’énergie thermique de 3 %. En matièredes répercutions sur l’agriculture) ou le climat industrielle, plus de 100 000 composants(déforestation pour extension des zones cultivées de nature chimique sont par ailleurs rejetésou pratiques agricoles relâchant des GES). Ces dans les eaux. L’eutrophisation, résultat d’unesystèmes de régulation sont aussi perturbés forte concentration en nutriment, réduitpar les modes dominants de l’agriculture significativement l’exploitation utile de l’eau. 76intensive à base de génétique ou de chimie. Les usages domestiques comptent en moyenneA l’avenir, la croissance démographique et pour 11 % des prélèvements d’eau dans le mondel’adoption de mode de vie à l’occidental, et devraient augmenter de 33 % d’ici 2025.de consommation de protéines animales et Il s’agit de l’eau destinée à l’alimentation desvégétales, risquent d’avoir des conséquences agglomérations urbaines ou rurales. Ils concernentmassives sur la disponibilité en eau. En 2010, l’eau de boisson (1,5 % des usages de l’eau potable),les Nations Unies estimaient ainsi que d’ici l’hygiène et les différents usages domestiques. 77Figure 13. Evolution du prélèvement d’eau et de la population mondiale 1950/2025 78 6 000 12 Prélèvement deau en km3/an 5 000 10 Milliard dhabitants 4 000 8 3 000 6 2 000 4 1 000 2 - - 1 950 1 970 1 990 2 000 2 025 Agriculture Industrie Municipal/Domestique Reservoirs Population (milliard)La raréfaction de la ressource doit conduire à des mesures qui permettent de mieux l’utiliser et de fairecohabiter les différents usages.75. Communication de la Commission Européenne, « Rio+20 : vers une économie verte et une meilleure gouvernance », 20 juin 2011.76. PwC, « L’eau : enjeux, dynamiques, solutions ». Mars 2012.77. PwC, « L’eau : enjeux, dynamiques, solutions ». Mars 2012.78. FAO 2010, UN Water 2009, World Bank 2008. PwC / Ateliers de la Terre | 45
    • Quels leviers pour un usage Figure 14. Evolution de la population mondiale et de l’offre de viande, poisson, fruits de mer 1992/2005. durable de l’eau ? L’adoption de modes de gestion durable de l’eau doit concerner tous les usages Poisson et fruits agricoles, industriels et domestiques. de mer Selon le PNUE, l’agriculture verte se caractérise Viande notamment par l’adoption par les exploitations industrielles et l’agriculture de subsistance de pratiques écologiques telles que l’usage rationnel de l’eau, le recours massif aux éléments fertilisants biologiques et naturels, des pratiques de labour optimales et la lutte intégrée contre les ennemis Population mondiale des cultures. La mise en place d’une agriculture verte requiert également des biens d’équipement physiques, des investissements financiers, de la recherche et le renforcement des capacités.79 Mais le vrai levier pour les spécialistes dans ce domaine reste la transformation des comportements alimentaires. Il faudrait ainsi, selon une étude publiée 80 par une équipe Source : UNEP/FAO internationale de chercheurs privilégier la Par ailleurs, dans les pays souffrant de déficit consommation humaine directe, les cultures en eau, il est possible d’une part d’améliorer le destinées à nourrir le bétail ou à produire des rendement hydrique 81 (en moyenne six fois moins agro-carburants sont autant de nourriture élevé dans les PVD que dans les pays développés). dont les hommes ne bénéficieront pas. D’autre part, l’adéquation de l’usage (agricole, industriel, domestique etc) et de la sélection (eau La réduction des gaspillages s’impose douce, recyclée, de pluie etc) de la ressource également. Selon la FAO, entre 30 et 62 % de la utilisée, aux ressources en eau disponibles, nourriture produite par l’agriculture finit jetée, peut également être améliorée. Une application décomposée ou mangée par des parasites, quand de ce principe est l’eau virtuelle : en important elle n’est pas perdue lors du stockage ou du dans des zones en pénurie d’eau des produits transport. Il ne reste que 2 000 kcal par personne alimentaires, notamment des céréales et des et par jour à consommer sur une production protéines animales, on importe virtuellement de 4 600 kcal par personne et par jour. la quantité d’eau nécessaire à les produire. 82 En réalité, les pays souffrant de déficit en eau sont souvent paradoxalement exportateurs de produits dont la production consomme beaucoup d’eau. 79. PNUE, « L’économie verte, pour un développement durable et une éradication de la pauvreté. Synthèse à l’intention des décideurs ». 2011. 80. « Solutions for a cultivated planet ». Nature 478, 20 octobre 2011. 81. Appelé aussi efficacité de l’utilisation de l’eau ou water use efficiency (WUE). 82. TAITHE A. « Eau, agriculture, énergie : une imbrication croissante ». Note 11/09 de la FRS.46 | Les leviers d’actions des acteurs économiques pour assurer la vie humaine en ménageant les ressources | 2012
    • La mer permet également de produire de l’eau 2.2.2. Réinjecter les ressourcespotable grâce aux technologies de dessalement.Bien que moins de 1 % de l’eau potable utilisées dans le système deconsommée dans le monde soit produite à partir production : vers les économiesdu dessalement, les perspectives offertes parcette technologie sont grandissantes. Avec plus circulaire et de fonctionnalitéde 17 000 unités installées sur la planète et51 millions de m3/jour produits, il est estimé L’industrie, qui emploie actuellement 23 % deque la production d’eau salée se situera à la main d’œuvre mondiale, constitue une étape109 millions de m3/jour en 2016.83 Son cout clé du cycle d’utilisation des matières premières,la rend cependant inaccessible aux PVD. C’est qui commence par l’extraction des ressourceségalement une solution très énergivore (malgré naturelles et se termine par la mise au rebut desles avancées réalisées ces dernières années) produits. Elle est responsable d’environ 35 % dequi a un impact important sur la vie marine. la consommation mondiale d’électricité, de plus de 20 % des émissions de CO2 et de plus d’unLa réutilisation des eaux usées est également quart de l’extraction des ressources primaires.une voie prônée. Elle consiste à récupérer ettraiter les effluents pour de nouveaux usages : Pour le PNUE, le verdissement de l’industrierecharge de nappes, rivières ou océans, utilisations passe par « l’allongement de la vie en serviceindustrielles, irrigation, refroidissement/ des biens manufacturés, qui nécessite dechauffage, voire eau potable. C’est aujourd’hui mettre l’accent sur la re-conception, la re-une solution technologiquement effective qui est manufacturation et le recyclage », les étapesdéveloppée aux États-Unis, en Australie, en Asie, de base de la fabrication en circuit fermé.dans les pays du Golfe persique, dans le bassinméditerranéen (réutilisation agricole des eaux Re-concevoir et éco-concevoir les produitsusées urbaines), et largement systématisée enIsraël (70 % des eaux d’égouts sont recyclées). 84 La reconception des systèmes de production implique de revoir la conception des produitsLe volume d’eau recyclée aura pratiquement de manière à allonger leur durée de vie en lesdoublé au cours des 5 prochaines années. Les rendant faciles à réparer, à reconditionner,principaux freins à son expansion massive à re-manufacturer et à recycler et jette lespour l’eau potable résident cependant dans bases d’une fabrication en cycle fermé. 85la difficulté du public à accepter d’utiliserde l’eau obtenue à partir d’effluents et dans L’éco-conception du produit peut être misele fait qu’il s’agit de solutions chères. en place par l’industriel pour le produit lui- même ou pour son emballage. Choisir desFace à la pollution et à la raréfaction des ressources matériaux et des produits selon des critèresen eau douce disponibles, une des premières écologiques implique une approche globalepriorités est donc de réduire les gaspillages et de son cycle de vie : extraction des matièresde développer le recyclage. La même nécessité premières, mise en production, consommations’impose pour les consommations de ressources d’énergie et pollutions engendrées pendant sonnaturelles afin de réinjecter les ressources utilisées transport, son utilisation, son élimination.dans les systèmes productifs en orientant ainsiles modes de production et de consommation vers L’empreinte écologique d’un produit sera enles économies circulaire et de fonctionnalité. principe moindre si des matières renouvelables ou recyclées et si des produits d’origine locale (sans transport) sont utilisés pour sa fabrication. Mais l’analyse du cycle de vie d’un produit globale et multicritère peut conduire à des conclusions83. GALLAND F. « Géopolitique du dessalement ». Note de la FRS. 29 septembre 2008.84. PwC, « L’eau : enjeux, dynamiques, solutions ». Mars 2012.85. PNUE, Résumé pour les décideurs du rapport « Avenir pour l’environnement mondial, GEO 4, l’environnement au service du développement », 2012. PwC / Ateliers de la Terre | 47
    • inattendues : le bilan sera différent selon l’usage (fréquence, maintenance etc) et le contexte particulier (source d’approvisionnement en énergie etc) du bien ou de l’équipement analysé. Face à l’accroissement de la demande et à la raréfaction des ressources, la gestion des déchets soulève également des enjeux importants pour assurer leur traitement et développer le recyclage. Développer le recyclage et la des pays émergents entraînera aussi une valorisation des ressources explosion des volumes de déchets notamment électroniques et dangereux. On estime ainsi Tout bilan mondial sur la production des qu’en 2050, la production mondiale de déchets déchets est difficile à réaliser. Il est plus sera de 13,1 Mds de tonnes soit une progression facile de se baser sur la collecte des déchets d’environ 20 % par rapport à 2009. 87 pour laquelle les chiffres sont mieux connus. La quantité mondiale de déchets collectés est ainsi A l’heure actuelle, seuls 25 % de leur volume estimée à un minimum de 2,7 Mds de tonnes. 86 total sont récupérés ou recyclés alors que Les emballages représentent 50 % en volume le volume total des déchets de la collecte au et 30 % en poids des déchets des ménages. recyclage, est estimé à 410 Mds USD par an. 88 Le potentiel économique de la gestion des A l’avenir, l’augmentation de la population, déchets et de leur recyclage va croissant dans l’urbanisation et la croissance économique certaines régions du monde avec des possibilités d’emplois et des débouchés commerciaux. Figure 15. Estimation du nombre de déchets produits ou collectés au plan mondial Estimation des déchets produits et collectés au plan mondial pour 2006 Quantités Quantités Tonnes produites (tonnes) collectées (tonnes) Quantité mondiale de déchets municipaux 1,7 à 1,9 milliard 1,23 milliard Quantités de déchets non dangereux de l’industrie manufacturière 1,2 à 1,67 milliard 1,2 milliard Quantités de déchets dangereux de l’industrie manufacturière 490 millions 300 millions pour une sélection de pays Total 3,4 à 4 milliards 2,74 milliards Source : CyclOpe. Nota : En plus de ces déchets, les quantités de déchets de construction et démolition non dangereux et dangereux produits dans une sélection de pays s’élèvent à 1 milliard de tonnes. Quant aux quantités de déchets produits de l’industrie minière et de la production d’électricité, d’eau (non dangereux) dans une sélection de pays, elles s’élèvent à 6,4 milliards de tonnes. 85. Communication de la Commission Européenne, « Rio+20 : vers une économie verte et une meilleure gouvernance », 20 juin 2011. 86. Veolia propreté et CyclOpe. « Du rare à l’infini : panorama mondial des déchets 2006 ». 2006 éditions Economica. 87. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. 88. PNUE « Vers une économie verte : pour un développement durable et une éradication totale de la pauvreté » Synthèse à l’intention des décideurs 2012.48 | Les leviers d’actions des acteurs économiques pour assurer la vie humaine en ménageant les ressources | 2012
    • Ce constat est vrai en particulier pour certain correspond à une société de recyclage où lamétaux qui ne seront plus disponibles à consommation des ressources est restreinte ougrande échelle dans deux ou trois décennies. limitée et où la charge environnementale est« L’augmentation des taux de recyclage de métaux réduite au maximum. (…) Arriver à établir uncomme le fer, l’acier, l’aluminium, le plomb ou le tel système de recyclage est un objectif de longuecuivre, qui varient actuellement entre 25 et 75 %, portée de la politique environnementale. Il est doncpourrait parallèlement permettre d’économiser nécessaire d’intégrer la boucle fermée de l’économiedes millions de tonnes de CO2, puisque la circulaire dans le circuit socio-économique ».production et l’extraction de métaux primairesprovenant des mines demandent beaucoup L’économie de fonctionnalité va encore plusde ressources en eau ou en énergie » souligne loin et vise à optimiser l’utilisation ou la fonctionle directeur du PNUE, Achim Steiner. 89 des biens et services. Elle consiste par exemple à remplacer l’achat d’un bien (télévision, voiture)La valorisation des déchets entraîne le réemploi, par un service (location de la télévision, de lale recyclage ou toute autre action visant à obtenir, voiture) de façon à optimiser l’usage de ce bienà partir de déchets, des matériaux réutilisables ou dans un souci de limiter l’impact de la productionde l’énergie. Deux types de valorisation dominent : en matière de développement durable. Cettela « valorisation matière » (remblais…) et la économie se concentre ainsi sur la gestion des« valorisation énergétique » (compost, biogaz…), richesses existantes, sous la forme de produits,dont le marché est estimé à 20 Mds USD en 2050, de connaissances ou de capital naturel.avec une marge de croissance de 30 % dès 2014. L’objectif économique est de créer une valeurLes déchets peuvent constituer une ressource rare d’usage la plus élevée possible pendant le plusmais une mauvaise gestion entraîne également longtemps possible, tout en consommant leun risque pour la santé et l’environnement. moins de ressources matérielles et d’énergiesIl est donc important de veiller d’une part aux possibles. Le but est d’atteindre ainsi une meilleureconditions de travail de ce secteur d’activité et compétitivité et une augmentation des revenusd’autre part à ce que la forte croissance des pays des entreprises. L’économie de fonctionnalité vaémergents s’accompagne en particulier d’une au delà de l’économie circulaire, elle privilégieamélioration de la gestion des déchets.90 l’usage au lieu de la propriété et fait donc appel à une mutation des modes de consommationL’intégration à grande échelle du recyclage dans les autant que des modes de production.modèles économiques conduit au développementdes économies circulaire et de fonctionnalité. Le découplage de la consommation des ressources de la croissance économique passera par l’adoptionDévelopper les économies d’une part de modes de consommation durablecirculaire et de fonctionnalité en changeant les mentalités et les habitudes de consommation, ainsi que nous le verrons dans laL’économie circulaire a été définie par le 3e partie de cette étude, et d’autre part par la miseprocessus de Lisbonne comme 91 « l’échange de en œuvre de modes de production durable dont lematériaux lorsque les déchets d’une installation « verdissement » sera favorisé par le développementindustrielle – énergie, eau, matériaux etc – ainsi des économies circulaire et de fonctionnalité etque les informations constituent l’apport d’une une production pratiquant l’efficacité énergétique.autre installation. (…) L’économie circulaire89. Programme européen des panneaux photovoltaïques PV Cycle, mis en place par les industriels du secteur.90. Communication de la Commission Européenne, « Rio+20: vers une économie verte et une meilleure gouvernance ». 20 juin 2011.91. Prospérité partagée et bien être mondial dans une économie circulaire. PwC / Ateliers de la Terre | 49
    • Rhodia et Rhodia Energy Services : Un cas exemplaire de complémentarité des différentes filières de l’économie verte Rhodia est l’un des trois premiers acteurs mondiaux de la chimie de spécialités. 30 % de son chiffre d’affaires (4 031 millions d’euros en 2009) s’inscrit dans la démarche globale RhodiaWay de développement durable. Rhodia a également développé une activité de revente de crédit carbone, et elle mise sur le sourcing végétal pour les biotechnologies. Les choix stratégiques de Rhodia en matière d’économie verte sont originaux et symptomatiques des complémentarités entre les différentes filières de l’économie verte. En plus de son engagement dans une politique orientée vers la limitation maximale des risques pour les personnes et l’environnement et la recherche de produits économes et durables à travers différentes filières de la chimie verte (utilisation de bois ou d’oléagineux dans la composition des biosolvants, des tensioactifs et des plastiques de haute performance pour l’automobile, des filtres à cigarette), Rhodia a choisi de favoriser des initiatives entrepreneuriales, qui font sortir du métier de chimiste stricto sensu, en créant Rhodia Energy Services fin 1999, mais également en positionnant l’entreprise sur le stockage d’électricité (fourniture de solutions ioniques pour les batteries). Rhodia Energy permet de promouvoir l’efficacité énergétique, de réduire la facture énergétique, et favorise une politique énergétique qui permet de développer de nouveaux modes de production de ressources renouvelables. Plusieurs produits verts ont vu le jour, par exemple, le pneu vert Rhodia-Michelin. Visant le marché des poids lourds, ce partenariat s’est traduit par le remplacement du noir de carbone par la silice dans la fabrication des pneus. Cette innovation a permis de réduire de 25 % la résistance de roulement, soit une baisse de 5 à 7 % des consommations de carburant par les camions, donc de leurs émissions de CO2. Depuis l’introduction de cette technologie en 1990, 30 milliards de litres de carburant ont été économisés et 65 millions de tonnes d’émissions de CO2 ont été évitées. Rhodia est aujourd’hui une division du groupe Solvay. Source : Extrait de l’étude « l’industrie française face à l’économie verte : l’exemple de sept filières » par P. Crifo, M. Flam, M. Glachant. Rapport pour le Cercle de l’Industrie - juin 2011 Produits chimiques et déchets dangereux Ces accords devraient cependant se préoccuper d’un plus grand nombre de produits chimiques Les substances chimiques a été un sujet important d’importance mondiale. De nombreux pays en du Sommet de Rio en 1992. Dans ce domaine, développement sont par ailleurs exposés à des vides des objectifs ont été fixés pour la mise en place réglementaires temporaires en cas de décalages entre des mécanismes d’évaluation et de gestion. La la production ou l’utilisation de produits chimiques. 92 convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants a été adoptée en 2001. Le PNUE a pour Dans la déclaration finale de Rio+20, les Etats sa part créé le Forum intergouvernemental sur confirment leur objectif d’atteindre d’ici 2020 la sécurité chimique (1994), un mécanisme de une bonne gestion des produits chimiques et des coordination inter-agences, et a également adopté déchets dangereux durant tout leur cycle de vie un mécanisme pour la gestion des conventions sur afin de minimiser leurs effets néfastes sur la santé les produits chimiques et produits dangereux. humaine et sur l’environnement, et de manière à répondre aux défis nouveaux et émergents. 92. Résumé pour les décideurs du rapport « Avenir pour l’environnement mondial, GEO 5, l’environnement au service du développement », du Programme des Nations Unies pour l’Environnement de 2012.50 | Les leviers d’actions des acteurs économiques pour assurer la vie humaine en ménageant les ressources | 2012
    • 2.2.3. Produire en pratiquant Figure 16. Evolution des émissions mondiale de GES par secteurl’efficacité énergétique entre 1990 et 2004. 14 12De fortes contraintes pèsent sur la demandeen énergie : l’épuisement des énergies fossiles, 10le réchauffement du climat, la forte croissance CO2 2-éq.énergétique des pays émergents et la revendication 8 GtGt COeq.d’équité en matière énergétique. Ces contraintes 6appellent, tant pour les acteurs que pour lesEtats, une politique énergétique volontariste 4fondée sur la diversification des filières ainsi que 2des choix industriels et scientifiques forts pourpréparer l’avenir et s’adapter aux différents défis 0 1990 2004 1990 2004 1990 2004 1990 2004 1990 2004 1990 2004 1990 2004énergétiques. 93 Les efforts doivent porter en Énergie Transport Bâtiment Industrie Agriculture UTCF Déchetspriorité sur les secteurs fortement émetteurs de (25,9 %) (13,1 %) (7,9 %) (19,4 %) (13,5 %) (17,4 %) (2,8 %)CO2 : l’énergie, les transports et la construction. Gaz fluorés N2O CH4 CO2 Le pourcentage indiqué pour chaque secteur correspond à sa part dans les émissions mondiales de GES en 2004. Source : GIEC, 1er groupe de travail, 2007.Développer l’efficacité énergétiqueet les énergies renouvelablesPour diviser par deux les émissions mondiales Parmi les solutions d’amélioration dede CO2, « toutes les technologies et toutes les l’efficacité énergétique, on trouve d’une parténergies sont nécessaires » selon Nobui Tanaka, les solutions « passives » qui consistent à réduiredirecteur exécutif de l’AIE. Les deux priorités la consommation d’énergie des équipementspour y parvenir sont les améliorations en et des matériaux grâce à une meilleuretermes d’efficacité énergétique, « souvent peu performance intrinsèque et d’autre part descoûteuses » et la « décarbonisation du secteur de solutions « actives » qui visent à optimiser lesl’électricité » qui doit passer par le développement flux et les ressources. Les solutions passivesdes énergies renouvelables et du nucléaire ainsi permettent de jouer sur l’architecture (orientation,que par l’équipement des centrales électriques de isolation renforcée, étanchéité, systèmes detechnologies de capture et stockage de carbone. ventilation), sur les systèmes de chauffage et sur l’équipement électrique. Les solutions activesAméliorer l’efficacité énergétique visent à utiliser l’énergie « juste nécessaire »« L’efficacité énergétique » désigne le rapport entre par une gestion active des équipements parl’énergie utile produite par un système et l’énergie des systèmes électriques intelligents.totale consommée pour le faire fonctionner. Leséconomies d’énergie et l’amélioration de l’efficacité Une étude du Conseil mondial de l’énergie 95énergétique peuvent être réalisées en changeant met ainsi en exergue le fait qu’entre 1990les comportements ou en améliorant les et 2006, l’intensité énergétique (quantitétechnologies et les matériaux. Le premier objectif d’énergie utilisée par unité de PIB) a diminuédemande une prise de conscience de la population de 1,6 % par an en moyenne. Près des 2/3sur ces enjeux ainsi qu’une réflexion sur les modes des pays du monde ont baissé leur intensitéde vie et les usages. Concernant le second axe énergétique, dont 40 % de plus de 1 %/an (70d’amélioration des technologies et des matériaux, pays) et un quart de plus de 2 %/an (40 pays).il peut être développé prioritairement dans ledomaine de la construction et des industries.93. PAPON P., “Vers une nouvelle donne énergétique”. Le Monde 17 juin 2011.94. BRACHET A. « Énergie : le monde continue de se diriger dans la mauvaise direction à un rythme accéléré ». AEDD le 8 juillet 2011.95. Conseil mondial de l’énergie. « Les politiques d’efficacité énergétique, une vision mondiale ». 2007. PwC / Ateliers de la Terre | 51
    • Les facteurs de réductions de l’intensité d’avantage que d’autres. Sont concernés d’une part énergétique diffèrent selon les pays. Dans les pays les biocarburants de deuxième génération pour industrialisés les gains d’efficacité énergétiques lesquels la recherche vise à parvenir à la valorisation proviennent majoritairement de l’industrie. de l’ensemble de la plante et à l’utilisation d’autres Dans les pays émergents, le secteur résidentiel plantes que celles utilisées actuellement (algues, est la principale source de réduction. En Chine micro-organismes…) et d’autre part les énergies et dans la CEI, l’industrie, les transformations renouvelables de la mer (éolien marin, énergies des équipements et les ménages ont contribué thermiques des mers, hydrolien, marémoteur, vagues). à égalité au gain de productivité énergétique. Ces ressources ne sont cependant pas La déclaration finale de la conférence de Rio inépuisables, leur utilisation intensive peut avoir souligne l’importance de l’efficacité énergétique, des effets irréversibles. L’hydraulique soulève des en lien avec la lutte contre le changement problèmes sur la mise en eau, les débits, les alluvions. climatique, en particulier dans des secteurs Les barrages hydroélectriques peuvent également phares comme le bâtiment, le transport, la créer des tensions, s’ils sont placés sur des grands production et la conception de biens et services. fleuves traversant plusieurs pays (ex : opposition de Elle encourage par ailleurs la mise en place la Syrie et de l’Irak au projet Turc de construction des incitations pour l’investissement dans la de 22 barrages sur le Tigre et l’Euphrate). L’énergie recherche, la diversification du mix énergétique marémotrice fait face à des difficultés liées à la et l’efficacité énergétique dans les PVD. hauteur d’eau à l’embouchure, à l’envasement… Pour le solaire thermique ou électrique, l’obstacle Développer les énergies renouvelables majeur est l’intermittence de l’ensoleillement. Les énergies renouvelables, même si elles L’éolien est également freiné par l’intermittence ne représentent encore que moins de 13 % des du vent, les tempêtes, la corrosion, l’emprise au énergies primaires dans le monde, permettraient, sol. Enfin, la géothermie doit prendre en compte si elles étaient développées à grande échelle, la corrosion et de fortes contraintes d’entretien. de contribuer efficacement à la lutte contre le réchauffement climatique. En mai 2011, les Le développement des énergies renouvelables experts du GIEC ont en effet proposé dans leur devra se faire en parallèle de l’adoption de rapport un scénario où les énergies renouvelables modes de production et de consommation pourraient représenter jusqu’à 80 % de la demande durables, sobres en énergies, notamment dans le mondiale d’énergie en 2050. L’atteinte de cet domaine des transports et de la construction. objectif permettrait de maintenir la hausse de la température moyenne en deçà de 2 degrés Favoriser les modes de transport durable conformément aux accords de Cancun. La consommation de pétrole dans les transports Sans atteindre un tel niveau de développement, mondiaux représente 27 % des émissions de ces énergies sont déjà en pleine expansion. CO2 de l’énergie mondiale. Cette part qui Selon un rapport du PNUE, les investissements représentait 23 % en 1990 est en croissance dans les énergies renouvelables ont en effet constante.98 D’après l’Agence Internationale totalisé prés de 48 Mds d’euros en 2010, un d’Energie, les émissions de ce secteur pourraient montant en hausse de 32 % par rapport à 2009. atteindre 18 Mds de tonnes en 2050, avec une forte L’éolien occupe la première place avec 66 Mds croissance dans les PVD et surtout émergents. d’euros. La Chine a investi 55 Mds USD dans le secteur en 2010 (premier exportateur mondial Augmentation des besoins en de panneaux solaires), suivie par l’Allemagne transport et en énergie avec 42 Mds et les Etats-Unis à 35 Mds USD. 96 Le développement économique entraîne la croissance de la mobilité des personnes et des Certaines filières, 97 par ailleurs encore peu biens. En particulier la forte expansion des exploitées, pourraient être appelées à se développer BRIC a causé une explosion de la demande de 96. Pierre Papon. “Vers une nouvelle donne énergétique”. Le Monde 17 juin 2011. 97. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. 98. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre.52 | Les leviers d’actions des acteurs économiques pour assurer la vie humaine en ménageant les ressources | 2012
    • transport. Les besoins en mobilité évoluent secteur des transports au niveau mondial et depar ailleurs sous l’action conjuguée de plusieurs 55 % de l’usage du pétrole qui reste très dominantfacteurs : d’une part l’évolution des modes de en 2030 (93 % contre 95 % en 2004). Dans leconsommation, de production et de distribution. scénario « politique alternative », l’effort porteEt d’autre part, les modes de vie évoluent vers principalement sur l’efficacité énergétique et surune métropolisation croissante entrainant les carburants alternatifs. Ce scénario permet del’étalement urbain et le mitage des espaces. limiter la production de pétrole indispensable aux transports à 63 Mbarils/jour contre 70 Mbarils/Ces augmentations des transports sont jour dans le premier scénario. Ces scénarii sontrépercutées sur la consommation d’énergie. également pris en compte par les entreprises dansEn 35 ans, la consommation d’énergie finale des l’élaboration de leur stratégie de transport.transports mondiaux a été multipliée par deux.Le premier poste de consommation d’énergie Stratégies de transports et de mobilité durableest le transport routier avec 81 % (personnes et Au vu de la place des transports dans les émissions demarchandises) qui dépend à 95 % du pétrole, suivi GES, la définition de stratégies de développementdu transport aérien. Le transport ferroviaire (2 %) des transports permettant de concilier les deuxest le seul mode de transport dont la consommation enjeux de développement économique et definale d’énergie diminue. Enfin, les transports protection de l’environnement, sans que l’un nemaritimes internationaux (2 %) augmentent vienne freiner l’autre, est un défi majeur et serégulièrement. Ils assuraient 80 % du transport traduit dans le concept de mobilité durable.mondial de marchandises avant la crise. 99 La mobilité durable est définie comme « uneEmissions liées au transport politique des transports qui cherche à concilierPour le transport maritime d’abord, « les l’accessibilité, le progrès économique et laémissions de CO2 produites par les navires ont réduction des impacts environnementaux despresque triplé et les émissions de SO2 plus que transports sélectionnés ». Pour les particuliers,triplé entre 1925 et 2002. » « Les projections à elle doit s’adapter à chaque besoin de mobilitél’horizon 2020 indiquent une augmentation de la notamment en proposant une offre multimodale.consommation de combustible et des émissions de Concernant les marchandises, la clé se trouvel’ordre de 30 % ». Concernant le transport aérien dans l’optimisation des réseaux existants etensuite, « les innovations technologiques prévues dans l’amélioration des plateformes d’échangene peuvent pas non plus, eu égard à l’augmentation réellement efficaces permettant des transfertsprévisible de la demande, empêcher une hausse efficaces entre les différents modes de transport. 101des émissions de CO2 ». Enfin, « le transportinternational de marchandises par route et par Le texte de la déclaration finale de Rio+20chemin de fer ne produit qu’une partie réduite, mais souligne le rôle central du transport et de lacroissante, de tous les polluants atmosphériques mobilité dans le développement durable pourémis et de tout le bruit généré par les transports. » générer de la croissance économique et un meilleur accès aux régions reculées, favorisantL’AIE a élaboré plusieurs scénarii de l’évolution ainsi l’intégration des populations. Cependant,des émissions de GES liées aux transports. 100 les transports doivent respecter l’environnementLe premier scénario dit de référence est basé sur en visant la réduction des émissions et de lades politiques choisies par les pays qui sont les pollution de l’air. Les solutions mises en exerguemêmes que celles de 2006. Un second scénario de sont : une meilleure efficacité énergétique,« politique alternative » correspond à des politiques des systèmes multi-modaux de transports,volontaristes de réduction des consommations et des véhicules et fuels propres, des transportsdes émissions dans le contexte d’un baril à 50 USD. publics de masse et l’amélioration des systèmes de transport dans les aires rurales. 102Dans le premier scénario, on constate uneaugmentation de 60 % de l’énergie finale du99. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre.100. Global Chance. « Des prévisions qui conduisent à une double impasse ». Vers la sortie de la route ? Les transports face aux défis de l’énergie et du climat. No 26 janvier 2009.101. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre.102. Note de Décryptage des enjeux de la Conférence Rio+20. « Mettre au monde une économie verte équitable et une gouvernance démocratique de la planète dans un cadre de développement durable ». Organisation Internationale de la francophonie. PwC / Ateliers de la Terre | 53
    • European TK Blue Agency, Première agence européenne de notation extra financière relative à l’empreinte environnementale des choix logistiques. Pour Pierre Ducret, toute la question du Philippe Mangeard, explique ainsi « qu’une TK développement durable et d’une transition vers bleue est une unité de valeur nouvelle qui mettra une économie verte sobre en carbone dans en valeur toutes les tonnes kilomètres qui ont été les transports, doit reposer sur le concept de faites dans une dimension éco et socialement- responsabilité. « C’est la question qui est posée : responsable. En utilisant des modes de transport qui est responsable de la nature, de la qualité et de moins polluants, on obtient une bonne notation la performance du transport utilisé ? La réponse TK Blue, ce qui encourage ainsi à demander le plus est aussi à rechercher du coté des chargeurs ». souvent possible à ses logisticiens de s’organiser Pierre Ducret, Président CDC Climat autour de solutions optimodales. On crée ainsi un cercle vertueux qui lie l’engagement du chargeur La notation « TK Blue » est un dispositif à demander du transport « décarboné » à celui du « d’incitation à la demande » qui s’adresse « aux transporteur de le lui fournir dans les meilleures chargeurs et commissionnaires de transport » conditions économiques et de qualité possibles. » qui s’engagent à réaliser une partie raisonnable de leur transport (par exemple un certain « C’est l’engagement que nous demandons pourcentage de tonnes/kilomètre ou ‘TK’), aux chargeurs : vous pouvez avec European via une solution de transport optimodale TK’Blue Agency être engagés, vigilants et, (performante d’un point de vue technique, responsables, et rendre ainsi la chaine de économique, social et environnemental). transports plus éco-responsable et bien plus économique… pour vous aussi !. » Elle est mis en œuvre par une agence de Philippe Mangeard, Président Fondateur de l’Agence notation extra-financière European TK blue Agency qui, d’une part labellise les Pour apprécier le comportement des notés, offres de transport « optimodal » et, ensuite, TK’Blue Agency prend en compte des critères autorise les opérateurs ainsi labellisés à validés à l’échelle européenne au travers délivrer à leurs clients chargeurs des TK d’un algorithme de notation mis au point bleues proportionnellement à leur choix de par son Conseil scientifique réunissant des qualité de transport. L’agence apprécie aussi scientifiques et personnalités reconnus du leur positionnement concurrentiel et leurs monde du transport, s’appuyant sur : propres progrès dans l’utilisation de transports • le choix sur le mode de transport Route, écoresponsables pour calculer la notation. Fleuve, Mer, Rail, Short-sea, Over-sea et aérien. L’indice inter-mode reflète le coût Sa création a reçu le soutien du Ministère marginal complet entre les modes basé sur des transports et des Institutions l’ensemble des externalités négatives : la Européennes dont l’Agence MARCO POLO pollution de l’air, le bruit, la congestion, l’accidentologie, la pollution des sols et des eaux, le processus amont et aval ; • le choix du transporteur au sein de ce mode de transport : L’indice intra-mode du transporteur est basé sur l’efficience énergétique des choix de matériels et de gestion de ressources humaines qui lui appartiennent.54 | Les leviers d’actions des acteurs économiques pour assurer la vie humaine en ménageant les ressources | 2012
    • Opter pour des pratiquesconstructives écologiquesAvec 8,6 Mds de tonnes d’équivalent CO2, le secteurde la construction est l’émetteur de GES numéro undans le monde car un tiers de l’utilisation finale del’énergie mondiale s’effectue dans les bâtiments.Il est aussi responsable de plus d’un tiers de laconsommation mondiale des ressources matériellesdont 12 % de l’utilisation d’eau douce et contribuepour 40 % à la création de déchets solides.Diverses études au niveau mondial indiquent quedes investissements compris entre 300 milliardset 1 billion de dollars (selon les hypothèsesretenues) par an jusqu’en 2050 peuvent rendrepossible des économies d’énergie dans le secteurdu bâtiment d’environ un tiers dans le mondepar rapport aux projections du maintien dustatu quo sans investissements permettantde réaliser des économies d’énergie. 103La mise en œuvre de pratiques constructives espèces végétales adaptées), de la topographie,écologiques peut intervenir à deux stades, celui de la géographie et de préserver les paysages. 105de l’édification de bâtiments neufs (bâtimentsbasse consomation et habitats à énergie Pour faire face à la dégradation des ressourcespossitive) ou celui de la rénovation voire de la qui s’aggrave et menace d’atteindre des effetsréhabilitation des bâtiments existants. 104 Une de seuils, les acteurs économiques disposentconstruction durable est une façon de construire, de plusieurs leviers d’actions pour assurer laen créant, restaurant, rénovant ou réhabilitant vie humaine en ménageant les ressources.un habitat, qui permet d’épargner les ressources Les leviers techniques doivent en particuliernon-renouvelables et de générer le moins conduire à une réduction des gaspillages, aupossible de pollutions et de déchets ainsi que de développement du recyclage et à une meilleureprévoir une utilisation ultérieure du bâtiment, efficacité dans l’utilisation des ressources. Desla plus économe possible en consommation réflexions sont également conduites sur lesde ressources (consommation d’énergie, modèles d’économie vertes, libérales et inclusives.organisation de divers flux : eau, déchets…).L’aménagement doit également s’adapter àson environnement, en tirer le meilleur partipossible. Il convient pour cela de bâtir en prenanten compte les paramètres climatiques du lieu(ensoleillement, protection des vents dominants,103. Rapport « Vers une économie verte : pour un développement durable et une éradication totale de la pauvreté » Synthèse à l’intention des décideurs.104. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre.105. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. PwC / Ateliers de la Terre | 55
    • Le débat entre croissance et sobriété a été lancé par la publication du rapport « the limits to growth » du Club de Rome en 1972, qui cherchait à alerter les dirigeants sur la finitude des ressources. Les déclarations de Stockholm en 1972, de Rio de Janeiro en 1992, puis de Johannesburg en 2002, ont par la suite réaffirmé cette nécessité de construire un modèle économique plus sobre en utilisation des ressources non renouvelables. Les débats sur les modèles d’une économie verte, libérale ou inclusive s’alimentent en particulier des reflexions sur les instruments économiques et sur les aspects environnementaux et sociaux du green business.| 2.3. L’économie verte, libérale ou inclusive ? du principe d’une responsabilité commune 2.3.1. Instruments économiques : mais différenciée, les Etats peinent à prendre les marchés des engagements à la hauteur de l’urgence. Les marchés et instruments économiques Une politique environnementale volontariste créés pour organiser la réduction des conduite au niveau international pourrait sinon émissions de GES et protéger la biodiversité, maitriser les émissions de GES, du moins les permettent de donner une valeur économique plafonner. Selon le GIEC, elle couterait l’équivalent à la dégradation des ressources naturelles et de 3 % du PIB mondial à l’horizon 2030. portent déjà les premiers enseignements sur l’efficacité des instruments mis en place. De nombreux rapports démontrent en effet que plus les mesures pour atténuer les émissions La lutte contre le réchauffement : de GES tarderont à être prises, plus elles seront politique couteuse ou investissement contraignantes et couteuses. Selon l’économiste pour sortir de la crise ? Nicolas Stern, ce cout s’élèverait à 5 500 Mds d’euros si aucune mesure n’était prise avant 10 ans. Les rapports du GIEC montrent clairement Une hausse des températures supérieures à 2 °C que pour ne pas dépasser une hausse de la d’ici 2050 pourrait entrainer une perte de 5 à 20 % température de deux degrés, les émissions de du PIB mondial ; contre 1 à 2 % si des mesures GES doivent être réduites de « 50 à 85 % d’ici d’atténuation et d’adaptation étaient adoptées. 106 2050 par rapport à l’an 2000 » au niveau mondial, devraient « culminer avant l’année 2020 et chuter Des marchés régionaux de carbone permettant substantiellement après ». Malgré la consécration d’organiser économiquement les efforts 106. Ministère de le défense. Horizons stratégiques 2012. 56 | Les leviers d’actions des acteurs économiques pour assurer la vie humaine en ménageant les ressources | 2012
    • d’atténuation ont été créés et mis en œuvre dans faudrait considérer ces financements comme unplusieurs régions du monde. En Europe, le système investissement pour une transition nécessaire.d’échange de quotas ou « European TradingSystem » (ETS) fonctionne sur la base des « unités On devrait en effet selon lui considérer la lutteeuropéennes d’allocation » et concernent les seules contre le réchauffement climatique comme uninstallations industrielles d’une capacité de 20 MW levier de croissance, représenté par la fixation(11 000 entreprises européennes, responsables d’une valeur, d’un prix carbone dans l’économie.de 50 % des émissions de CO2 de l’UE). « Si on redistribue bien cette valeur carbone, fixée soit par une taxe soit par un marché de permis, onCertains pays qui n’ont pas pris d’engagement ou crée une masse financière nouvelle qui peut être enqui ne sont pas parties au protocole de Kyoto, ont partie affectée à une croissance nouvelle (…). Laégalement mis en place des marchés carbone. Aux prise en compte de l’environnement ne représenteraEtats-Unis, des initiatives ont été lancées par les pas un cout dans l’économie si on est capablecollectivités locales et par certains Etats comme d’intégrer dans le système économique la valeur del’Illinois avec le Chicago Climate Exchange 107. l’environnement. En revanche, si on ne le fait pas,La Chine, premier émetteur mondial de CO2, la croissance verte restera un concept limité. » 110prépare également la mise en place d’une plate-forme nationale d’échange de crédits d’émissions. Le même paradigme peut être adopté en matière de protection de la biodiversité. Une des voiesLes marchés de quotas conduisent à une empruntées dans ce but est sa monétarisation.répartition efficace parmi les émetteurs d’unecontrainte globale sur les émissions. Si lemarché fonctionne correctement, le prix ducarbone compense les coûts des réductionsd’émissions consenties par les différentsacteurs et permet d’atteindre les objectifsde réduction à un coût plus faible. 108Cet équilibre n’est actuellement pas respectédans le système européen. Le cours de la tonnede CO2 stagne depuis 6 mois entre 6 et 8 eurosce qui est beaucoup trop bas pour inciter lesinvestissements industriels. Cet effondrementa été causé par une surabondance des quotasen circulation et une faiblesse des émissions deCO2 à compenser. La Commission européennea proposé aux Etats-membres de mettre de coté Biodiversité et développement humain :des quotas (400 M, 900 M ou 1,4 Mds de quotas) entre protection et monétarisationpour les réintroduire en 2016. Le consensuseuropéen sur ce sujet est loin d’être trouvé. 109 Les biodiversités terrestres et marines et les services qu’elles assurent, indispensablesCes négociations sont un exemple de plus de la à la quasi-totalité des activités humaines,tendance qu’ont les Etats, renforcée par la crise sont fortement menacés. Une des voiesfinancière, à retarder les échéances. Christian proposées pour améliorer leur protectionde Perthuis estime ainsi que la crise a causé est la monétarisation de la nature.chez un nombre croissant de responsablespolitiques et économiques un changement La biodiversité, indispensable à la quasi-de perception de l’urgence climatique. Il juge totalité des activités humainescependant que le fait d’opposer lutte contre le La perte de la biodiversité n’est pas qu’une questionréchauffement climatique et crise financière environnementale ou éthique. La biodiversitéest un faux débat car on considère alors les est la base de la subsistance de nombreuxefforts à fournir comme un coût alors qu’il groupes humains et rend de nombreux services107. lancé en 2003 qui fut le premier marché du carbone au monde.108. DELBOSC A. et DE PERTUIS C. “Les marchés carbone expliqués”. Publication du Bureau du pacte Mondial de l’ONU.109. G. Allix. « Le marché carbone sous pression ». Le Monde 24 août 2012.110. B. Heraud. « Et si le changement climatique nous aidait à sortir de la crise ». Novethic 17 avril 2012. PwC / Ateliers de la Terre | 57
    • d’approvisionnement, de régulation ou culturels. payer pour les chasser, les récolter. L’accès et la On estime par exemple que 80 % de la population valorisation de la diversité interspécifiques 114 mondiale des pays en voie de développement demandent enfin de concilier les intérêts dépend des médecines traditionnelles et que la des communautés autochtones utilisatrices moitié des médicaments les plus fréquemment traditionnelles de ces ressources et ceux des firmes prescrits dans les pays développés provient des pays du Nord désireuses de les exploiter. de sources naturelles. 1,3 Mds de personnes dépendent ensuite de la pêche, des forêts et de L’utilisation de la biodiversité fait donc déjà l’objet l’agriculture pour l’emploi. 111 La biodiversité rend de transactions mais son utilisation devrait possible la quasi-totalité des activités humaines. devenir plus couteuse à l’avenir sous l’effet de plusieurs facteurs : des facteurs économiques, la De nombreux secteurs économiques dépendent raréfaction de l’offre conjuguée à une augmentation également de la mer et de l’eau. La mer est de la demande induira une hausse tendancielle des d’abord importante pour l’alimentation. Les océans prix ; des facteurs écologiques, car la bonne gestion fournissent chaque année 85 millions de tonnes de de cette ressource renouvelable nécessite des prix protéines pour l’alimentation humaine et animale. prohibitifs pour les prélèvements dépassant la L’aquaculture est un complément indispensable capacité de renouvellement de la ressource et des de cette pêche. Pour la première fois en 2006, la facteurs juridiques, car la tendance à une définition production mondiale (52 millions de tonnes) a plus précise des droits sur la biodiversité devrait atteint la moitié de la production des pêches. 112 aussi conduire à une appréciation des prix. Les ressources biologiques marines offrent par Une voie d’avenir de la valorisation économique ailleurs, en dehors de débouchés alimentaires, de la biodiversité semble se dessiner avec la un potentiel important de développement à création des banques de compensation comme l’agriculture, au cosmétique, à l’industrie de il en existe déjà aux Etats-Unis, en Australie et l’environnement et à l’énergie (agro-carburants). en Allemagne. Les maîtres d’ouvrages versent à des banques spécialisées dans la gestion La biodiversité rend également des services d’écosystèmes des sommes grâce auxquelles éco-systémiques à l’homme. Popularisée par ces dernières développent des projets de le Millenium ecosystem assessment en 2005, compensation sous forme de restauration ou cette notion permet de démontrer les valeurs de recréation d’écosystèmes. En échange, économiques importantes des services rendus par elles octroient au maître d’ouvrage des crédits ces systèmes ainsi que l’intérêt de leur conservation représentatifs de la biodiversité recréée.115 qui revient bien moins cher à l’entreprise (coût de son entretien) que d’investir dans la reconstitution Valoriser économiquement la nature et la de services analogues. 113 Les experts estiment biodiversité nécessite par ailleurs de définir des ainsi la valeur financière des biens et services indicateurs. Romain Pirard 116 estime cependant à fournis par les écosystèmes à quelque 26 000 ce sujet que « les instruments de marché, sont très Mds d’euros par an, soit près de deux fois la valeur hétérogènes, hormis le fait qu’il s’agit d’attribuer de ce que produisent les humains chaque année. un prix à la nature, il est donc impossible de juger de leur pertinence (…) dans leur ensemble. » 117 Vers une valorisation économique de la biodiversité Ces enjeux sur la gestion des ressources Les écosystèmes font déjà l’objet de transactions naturelles ont fait l’objet d’échanges autours marchandes. Pour les transactions foncières, du thème de l’économie verte lors des sommets leurs prix demeurent toutefois bien inférieurs internationaux qui leurs étaient consacrés. à ce qu’ils seraient s’ils prenaient en compte les services éco-systémiques présents sur la parcelle. Pour les espèces ensuite, il convient déjà de 111. Résumé pour les décideurs du rapport « Avenir pour l’environnement mondial, GEO 4, l’environnement au service du développement », du Programme des Nations Unies pour l’Environnement de 2007. 112. Comité de Prospective du Comité 21 : « Temps de crise financière, économique, écologique et sociale : enjeux, contradictions, opportunités ». 113. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. 114. Au sein d’une même espèce. 115. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. 116. Docteur en économie de l’environnement, économiste à l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI). 117. AUZANNEAU F. Biodiversité : « Les instruments de marché sont très hétérogènes » (Romain Pirard, Iddri). AEDD 8 juin 2011.58 | Les leviers d’actions des acteurs économiques pour assurer la vie humaine en ménageant les ressources | 2012
    • social et y voient une façon détournée d’établir2.3.2. Verdissement de la de nouvelles barrières commerciales en leurcroissance ou invention de défaveur. Pour les altermondialistes, l’économie verte n’est également que le cheval de Troie d’unel’économie verte ? marchandisation plus poussée de la nature. 120Lancé par les Nations Unies, le thème d’économie Christian de Perthuis et Pierre-André Jouvet 121verte (alliant développement, lutte contre la jugent que la représentation de la croissancepauvreté et respect de l’environnement) traduisait verte comme un mode de croissance permettantl’idée d’une nécessaire transition vers de nouveaux d’échapper aux limites physiques de la planètemodes de production et de consommation. (disponibilité des ressources naturelles ou capacité de la planète à absorber nos pollutions) présenteLa croissance verte, nouvelle deux défauts principaux : d’une part il est périlleux,économie de marché ? comme l’a montré l’histoire de l’économie, d’établir le diagnostic des limites physiques de la planète,La croissance verte est une notion à géométrie les ruptures technologiques étant difficiles àvariable qui a été fortement critiquée, certains anticiper, et d’autre part, la « définition décrit uninsistant en particulier sur la nécessité de mettre en résultat sans fournir la moindre indication surexergue les aspects sociaux du « green business ». les conditions requises pour l’atteindre (…). LeCes débats alimentent aussi les réflexions vert devient une notion à géométrie variable dontsur des nouveaux modèles de prospérité. chacun peut s’affubler sans qu’aucune agrégation ne puisse en donner une vision synthétique ».Une notion à géométrie variableLes concepts de « croissance sobre » ou de Si ce concept de croissance verte reste« croissance raisonnée » sont apparus pour traduire flou et sujet à critique, on peut néanmoinsun modèle de développement économique non le rattacher au développement desbasé sur l’exploitation de ressources équivalentes technologies vertes et du green business.à deux ou trois planètes. Certains considèrentmême que pour éviter une décroissance imposée il Aspects sociaux et environnementauxfaut mettre en œuvre une « décroissance choisie » du « Green business »permettant de maintenir une consommation La crise économique et financière a permisadaptée à la démographie mondiale actuelle. 118 la maturation accélérée des échanges sur les moyens de mettre en œuvre uneCe concept, plus nouveau, de croissance croissance verte plus économe en utilisationverte rassemble mais il est aussi critiqué. de l’énergie et recourant d’avantage aux technologies vertes et plus respectueuse duPour le PNUE, l’économie verte est une économie volet social du développement durable.122qui entraîne une amélioration du bien-être humainet de l’équité sociale tout en réduisant de manière Le développement des technologies vertessignificative les risques environnementaux et est notamment entraîné par le renforcementla pénurie de ressources. Sous sa forme la plus des réglementations environnementales (payssimple, elle se caractérise par un faible taux occidentaux) et par la commande publiqued’émission de carbone, l’utilisation rationnelle (surtout en Chine). Ces technologies peuventdes ressources et l’inclusion sociale. être curatives pour les secteurs mûrs à croissance lente (traitement des eaux usées, déchets…) ouLes rapports se sont multipliés sur le sujet préventives dans les secteurs à forte croissance(PNUE, OCDE, Banque mondiale, etc.). Le (énergies renouvelables, stockage de l’énergie,concept est regardé avec méfiance par les véhicules décarbonés, éco-conception). 123pays du Sud, on l’a vu 119, qui lui reprochent dene pas suffisamment tenir compte de l’aspect118. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre.119. voir page 24.120. B. HERAUD. « Ce qui se joue à Rio ». Novethic 11 juin 2012.121. P. A. JOUVET, C. DE PERTHUIS, « La croissance verte : de l’intention à la mise en œuvre ». Les Cahiers de la chaire économie du climat. no 15 juin 2012.122. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre.123. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. PwC / Ateliers de la Terre | 59
    • Cependant si une telle évolution est positive dans une économie verte », publié par le PNUE, en ce qu’elle montre que le monde économique l’OIT et l’OIE, « La conversion à une économie plus a enfin compris les effets dévastateurs de la respectueuse de l’environnement pourrait générer croissance carbonée et la nécessité de changer de 15 à 60 millions d’emplois supplémentaires à la structure des investissements, elle peut l’échelle mondiale au cours des 20 prochaines années aussi, lorsqu’elle ne s’accompagne pas de vraies et sortir des dizaines de millions de travailleurs de transformations, illustrer la confiance abusive la pauvreté », huit secteurs clés devraient jouer à perdurer au moyen de simples adaptations un rôle central et être particulièrement touchés : techniques. Les technologies environnementales agriculture, sylviculture, pêche, énergie, industrie travaillées par l’idéal classique prométhéen ne manufacturière à forte intensité de ressources, garantissent pas à priori une transformation de recyclage, construction et transports.128 notre mode de développement et contiennent en germe leurs propres pièges. 124 Le texte de la déclaration finale de Rio reconnait également le lien prégnant et les interactions entre Les trois dangers principaux sont l’effet éradication de la pauvreté, plein emploi, travail rebond (les gains d’efficacité permis par les décent pour tous et intégration sociale. Les Etats sauts technologiques incitent à augmenter les soulignent par ailleurs les enjeux liés au travail consommations), la bulle verte (effets pervers des jeunes et la nécessité pour tous les travailleurs du soutien de la puissance publique) et les d’avoir accès à l’éducation, à la connaissance, transferts de pressions environnementales, aux soins de santé, aux droits fondamentaux effets pervers de substitution d’une ressource du travail et à une protection sociale. par une autre dans un processus productif, entrainant soit une augmentation directe Les débats sur l’économie verte s’accompagnent de des impacts environnementaux liés au réflexions sur des nouveaux modèles de prospérité. cycle de vie du produit soit indirectement des pertes de source de substance pour les La prospérité, nouveau populations dépendant de celle-ci. concept économique ? Le green business est un marché mondial déjà Jusqu’à peu de temps, les politiques de supérieur à 1 000 Mds d’euros – l’équivalent de développement axées sur la croissance et le l’industrie aéronautique ou pharmaceutique développement des richesses constituaient la – avec un taux de croissance de 6 % par seule réponse mais on voit aujourd’hui clairement an et des perspectives de développement que, dans tous les domaines, ces approches majeures, notamment autour de la lutte contre atteignent leurs limites : environnementales bien le réchauffement climatique.125 Le PNUE 126 sûr mais aussi sociales, économiques, financières estime ainsi « qu’investir 2 % du PIB mondial etc. Ce constat s’aggrave avec l’existence d’un dans dix secteurs clés permettrait de mettre en modèle unique de développement dont on œuvre la transition vers une économie verte ». Cet sait clairement qu’appliqué à l’ensemble de la investissement, estimé à « environ 1 300 Mds USD planète, il nécessiterait des ressources 3 à 6 par an en moyenne », permettrait à l’économie fois supérieures à celles qui sont disponibles. mondiale de « connaître un taux de croissance à peu près égal, si ce n’est supérieur, aux prédictions Que doit-on mesurer ? des modèles économiques en vigueur ». 127 La puissance économique des Etats se mesure à leur capacité de production, de consommation, Cette économie verte bénéficierait également au de conquête de nouveaux marchés. La dimension pilier social du développement durable puisque économique prend dés lors le pas sur les autres selon le nouveau rapport « Vers le développement enjeux sociaux et environnementaux. La durable : travail décent et intégration sociale remise en cause du PIB en tant qu’indicateur guidant les stratégies économiques a trouvé un 124. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. 125. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. 126. Rapport « Vers une économie verte : pour un développement durable et une éradication de la pauvreté » publié par le PNUE. lundi 21 février 2011. 127. DOURLENS S, « Économie « verte » : le PNUE préconise d’investir 2 % du PIB mondial dans dix secteur clés ». AEDD 21 février 2011. 128. Initiative en faveur des emplois verts (partenariat PNUE, OIT et OIE). « Vers le développement durable : travail décent et intégration sociale dans une économie verte », publié le 31 mai 2012.60 | Les leviers d’actions des acteurs économiques pour assurer la vie humaine en ménageant les ressources | 2012
    • écho depuis 20 ans auprès des organisationsinternationales. Récemment, la CommissionStiglitz, l’OCDE et l’Union européenne ont émisdes propositions pour de nouveaux indicateurs. 129Des chercheurs de l’Université de Rotterdamont par ailleurs établi un classement dubonheur à partir de 953 indicateurs. Lepsychologue britannique Adrian White, del’université de Leicester, a quant à lui dresséen 2007 une carte mondiale du bonheur baséesur cinq critères : santé, richesse, éducation,identité nationale et beauté des paysages. 130Cependant toutes ces études prospectivessont peu suivies d’effet. Elles n’arrivent pas à notre liberté à exploiter la nature, compte tenus’extraire de la sphère des universités et des en particulier de l’importance de cette protectionorganisations internationales et ne pénètrent pour la survie de certaines populations.pas l’action politique. Pourtant, si ces indicesétaient utilisés par les dirigeants et les acteurs La définition, décidée à Rio+20, des objectifséconomiques dans les grandes conférences de développement durable (ODD) est peutinternationales, les comparaisons entre les être un premier pas dans cette directionpays seraient radicalement modifiées et une puisque ces objectifs mêleront les donnéescertaine éthique mondiale s’instaurerait. sociales et environnementales et concerneront l’ensemble des pays. Destinés à devenir desAucun changement d’indicateur de « richesse » « éléments centraux du cadre du développementne sera cependant pertinent sans de profondes mondial », selon le secrétaire de l’ONU Ban-mutations socio-économiques, l’adoption Ki-Moon et à remplacer les Objectifs dud’une nouvelle échelle des valeurs utilisées millénaire, les ODD seront définis pour 2015.pour mesurer et comparer les performancesdes Etats, des entreprises et peut être même Tim Jackson propose de choisir comme nouveaudes individus. Il faut en effet aller plus loin et fondement de la prospérité les « capabilitéschanger notre vision de la « prospérité ». d’épanouissement » garanties aux individus : être convenablement nourri, logé, chauffé,Tim Jackson propose par exemple une « nouvelle éduqué… « Mais cette vision doit être interprétéeconception de la prospérité » qu’il définit comme prudemment : non pas comme un ensemble deun état dont nous jouissons « quand les choses vont libertés désincarnées, mais comme un éventailbien pour nous, en conformité avec nos espoirs et de capabilités limitées à vivre bien à l’intérieurnos attentes. » Il analyse que dans nos sociétés, de certaines limites clairement définies » àl’idée de prospérité renvoie à un imaginaire de savoir la population mondiale et le caractèrel’abondance et du « toujours-plus » mais que la fini de certaines ressources écologiques. 131finitude des ressources oblige aujourd’hui à revoircette conception de la prospérité. Il propose Nouvelle prospérité, nouvelle durabilité ?l’adoption d’une prospérité sans croissance, fondée Il ne s’agit en fait que d’une seule et mêmesur une limitation des besoins matériels car « dans question : comment assurer, dans des conditionsun monde limité, certains types de liberté sont soit de « confort » économique et social acceptables,impossibles, soit immoraux. La liberté d’accumuler un avenir à l’espèce humaine ? Nous avonsindéfiniment des biens matériels est l’une de celles- aujourd’hui l’impression qu’il faut « être sur tous leslà. ». Il nous faut donc accepter cette limitation de fronts », celui de la correction et de la réparation129. Note de Décryptage des enjeux de la Conférence Rio+20. « Mettre au monde une économie verte équitable et une gouvernance démocratique de la planète dans un cadre de développement durable ». Organisation Internationale de la francophonie.130. AIZICOVICI F., « Depuis vingt ans, les initiatives se sont multipliées ». Le Monde Economie 28 janvier 2008.131. SEMAL Luc. « Tim Jackson, Prospérité sans croissance : la transition vers une économie durable, De Boeck-Etopia, 2010 ». Site développement durable et territoire. PwC / Ateliers de la Terre | 61
    • de nos modes passés de développement, comme celui de la construction d’un avenir dont nous ne maîtrisons pas les clés, car les projections scientifiques par exemple du réchauffement climatique ou bien la prospective sur les comportements d’une société mondiale de sept ou dix milliards d’habitants, sont hasardeuses. Au cours des 25 dernières années, l’économie mondiale a quadruplé et des centaines de millions de personnes ont profité, inégalement, de cette croissance. Mais à l’inverse, 60 % des biens et des services écologiques majeurs dont dépendent les moyens d’existence se sont dégradés ou ont été utilisés sans souci de durabilité. La pénurie de ressources impacte tous les secteurs économiques qui forment la base de l’offre d’alimentation humaine et constituent une source cruciale de moyens d’existence pour les plus défavorisés. 132 Or, comme l’ont rappelé Pierre Antoine Jouvet et Christian de Perthuis, la nature rend des services de production (production d’eau, d’énergies, d’alimentation, ressources pharmaceutiques, génétiques, ornementales), des services de en étant conscients que tous nos actes ont des régulation (qualité de l’air, érosion, purification conséquences pour les sept milliards de personnes de l’eau, régulation climatique, amortissement vivant sur la planète aujourd’hui, ainsi que des effets des aléas climatiques), des services pour les milliards d’êtres humains qui nous primaires (formation des sols, photosynthèse, succéderont dans les siècles à venir », souligne cycle de l’eau, cycles des nutriments essentiels) ainsi Helen Clark, administratrice au PNUD, en ou encore des services culturels (créativité, préambule du rapport « Durabilité et équité : récréation, éducation etc) 133 dont dépendent un meilleur avenir pour tous » du PNUD. toutes les activités humaines et leur bien être. Ce rapport souligne par ailleurs que les Ces biens publics mondiaux, qui sont la dommages environnementaux accroissent base de nombreux services et sources de les inégalités, en exerçant un impact négatif subsistance, sont fortement dégradés. La sur les populations déjà défavorisées dégradation de ces ressources et équilibres ainsi que la manière dont les inégalités de restreint les développements humains développement humain amplifient les dommages et économiques qui en dépendent. environnementaux. 134 L’interdépendance de ces facteurs environnementaux et sociaux demande En effet, « la durabilité n’est pas exclusivement de repenser nos modes de consommation, de ni même essentiellement une question production, nos conceptions de la prospérité. environnementale. Elle concerne surtout le mode de vie que nous choisissons d’épouser, 132. PNUE. « Vers une économie verte, pour un développement durable mondial et une éradication de la pauvreté ». 2011. 133. P. A. JOUVET, C. DE PERTHUIS, « La croissance verte : de l’intention à la mise en œuvre ». Les Cahiers de la chaire économie du climat. no 15 juin 2012. 134. B. HERAUD « Le PNUD appelle à une économie verte et équitable. » Novethic. 7 novembre 2011. 135. Organisation Internationale de la francophonie. Note de Décryptage des enjeux de la Conférence Rio+20. « Mettre au monde une économie verte équitable et une gouvernance démocratique de la planète dans un cadre de développement durable ». 2012.62 | Les leviers d’actions des acteurs économiques pour assurer la vie humaine en ménageant les ressources | 2012
    • La question de la démographie est la premièrevariable à prendre en compte dans les équationsdu développement. Comme nous l’exposionsprécédemment, les autres limites à prendreen compte sont l’épuisement des ressourcesnon renouvelables, la dégradation desressources renouvelables par des pollutionset l’altération des fonctions régulatricesessentielles du système naturel.Une note de décryptage de la conférencesoulignait ainsi que l’adaptation de nos sociétésau fait que nous ayons atteint les limites de laplanète passera notamment par l’optimisationde l’utilisation des ressources naturelles.« Ce doit être la valeur centrale du XXIe siècle,tant sur le plan moral, personnel, culturel,technologique, économique que financier. Celaimplique également la sobriété et le partage dansl’usage de ces ressources. Il faudra obtenir dechaque ressource énergétique, minérale ou issue del’activité biologique de la planète, le meilleur usagepossible au service de tous ». 135 Cette optimisationdevra se faire dans la co-construction. PwC / Ateliers de la Terre | 63
    • Pour réussir Rio +30 : Mieux co-construire0364 | Pour réussir Rio +30 : Mieux co-construire | 2012
    • Face à la raréfaction des ressources et à la dégradation desfonctions régulatrices essentielles de la biosphère, les levierséconomiques et techniques que nous avons identifiés dans lapartie précédente peuvent contribuer à une gestion plus durablede ces ressources. A l’heure actuelle, les réponses technologiquesdisponibles sont néanmoins insuffisantes. Dès lors, l’adaptationdevra être à l’origine de toutes les politiques à mener.Il faudra aussi privilégier la co-construction sur les planséconomiques, sociaux et environnementaux. La démocratiede co-construction peut se définir comme le droit de chacunde contribuer à l’élaboration des décisions qui déterminentson existence et de pouvoir s’organiser au plan local commeinternational. Les contributions des individus, des entrepriseset des Etats sont ainsi indispensables pour co-construire denouveaux modes de consommation et de production et unegouvernance mondiale rénovée. PwC / Ateliers de la Terre | 65
    • | 3.1. Les réponses technologiques sont indispensables mais insuffisantes Dans la foulée du Grenelle de l’environnement, en La seconde recette proposée par la Commission : France, les technologies vertes ont été considérées la « croissance verte ». Le plat de prédilection comme un moteur d’une croissance nouvelle, plus des écologistes de marché : de vrais morceaux responsable, et d’autant plus bienvenue que la de finance carbone et de « technologies croissance était en train de chuter dans le contexte vertes », accompagnés d’une libéralisation de la crise financière de 2008. Une note du Conseil du marché de l’énergie, le tout baignant d’Analyse Stratégique le disait d’emblée : « Le dans un épais coulis de compétitivité. concept de croissance verte suggère la montée de nouveaux besoins et la réalisation d’investissements La Commission européenne considère aussi spécifiques favorables à l’éclosion de nouveaux que le marché des biens et services « verts » marchés ». Une autre note du même Conseil 136 devrait tripler d’ici à 2030. La compétitivité étudie les possibilités pour les greentechs de européenne devrait en être favorisée. nourrir la compétitivité française, un Rapport « Filières industrielles stratégiques de l’économie Les fonds d’investissements voient dès 2008 avec verte » du Commissariat Général au développement faveur les « cleantechs » : énergie solaire, bio-fioul, durable, servira de base à la Stratégie française recyclage, ainsi Naskeo, société productrice de du développement durable. La Commission du réacteurs de méthanisation, source d’énergie Grand Emprunt préconise en 2010 de consacrer renouvelable ; Sky Water, spécialisé dans des deux milliards d’euros dans la bioéconomie dispositifs de récupération de l’eau de pluie ou (bio et nanotechnologies), 3,5 milliards encore NovaWatt, positionnée sur l’exploitation dans le secteur des énergies renouvelables et optimisée d’unités décentralisées de production 4,5 milliards dans le projet de « la ville de demain » d’électricité dans les périodes de pointe. (efficacité énergétique, par exemple). Trois autres milliards étaient dédiés aux mobilités du Mais cet engouement diminuera avec des études futur, notamment pour développer la recherche plus sérieuses sur la compétitivité, comme pour sur des modes de transport moins polluants. les panneaux solaires et l’avantage donné par 136. Centre d’analyse stratégique, note d’analyse n° 276 - août 2012, Des technologies compétitives au service du développement durable. 66 | Pour réussir Rio +30 : Mieux co-construire | 2012
    • l’Europe à la Chine, ou bien les coûts requis Le premier, baptisé « direct », est le plus intuitif :pour les hautes technologies vertes par temps de quand on réduit l’intensité en énergie d’un service,crise. Sans aller jusqu’à rappeler les analyses de son coût baisse ; dès lors, l’économie ainsi réaliséeJacques Ellul, lequel parlait de l’« Homme fasciné permet de consommer davantage de ce mêmepar la modernité technologique, l’économie verte service : aussi, par exemple en France, pour lene peut se résumer aux seules technologies, pour chauffage entre 1986 et 2003, en dépit des politiquesdes raisons sociologiques, et économiques ». d’économie d’énergie, la température moyenne des logements français est passée de 19 °C à 21 °C.En effet, comme le remarquait le Conseild’Analyse Stratégique dans la note précitée sur D’après le rapport annuel 2010 de l’agence américaineles technologies vertes « le développement de ces de l’énergie, la consommation énergétique et lesinnovations ne peut se faire sans l’assentiment de la émissions de CO2 par dollar de produit intérieur brutpopulation. Les progrès technologiques soulèvent ont diminué de plus de 80 % depuis 1980. Cela n’aune défiance manifeste de la part de la société. En pas empêché la consommation totale d’énergie et lessus des interrogations croissantes qu’ils suscitent émissions de CO2 du pays d’augmenter respectivementsur les risques sanitaires, environnementaux, de 25 % et de 165 % sur la même période. Ainsi lessociétaux, apparaissent également des critiques bénéfices d’une campagne publique de sensibilisationde plus en plus fortes concernant l’absence de à la sobriété énergétique sont-ils annihilés. Le mêmetransparence et la confiscation de l’expertise phénomène a été étudié au Royaume-Uni, où ondans les processus de décision. Tout cela invite à évalue à 30 % l’effet rebond consécutif aux politiquesrevoir, en profondeur, les pratiques actuelles en d’économie d’énergie menées entre 2000 et 2010.matière de prise de décisions publiques et privées.L’innovation est, à tout point de vue, nécessaire, Le deuxième type d’effet rebond, expliquenotamment en raison de ses retombées en termes l’économiste, est indirect. Contrairement au casde croissance économique : pour qu’elle puisse se précédent, le consommateur estime avoir atteintréaliser, les enjeux sociétaux qui lui sont attachés un niveau satisfaisant de consommation dudoivent être pris en considération le plus en service dont le prix a baissé. Mais il va dépenseramont possible à travers des débats de société. » autrement l’argent économisé, ce qui conduit à augmenter les flux de matières dans la société !Sur le plan économique, les « effets rebond » Aussi arrive-t-on à un comportement que C. Gossardsont potentiellement lourds, comme l’explique qualifie d’une expression « Gaspiller moins pourassez bien Cedric Gossard 137, « En ce laborieux s’équiper plus » : « Par le jeu d’un effet rebonddébut de XXIe siècle, industriels et gouvernants indirect, les économies réalisées sur le chauffagevoient dans la technologie le catalyseur miraculeux peuvent se reporter sur la consommation descapable de lancer un nouveau cycle de croissance, produits bruns (équipement hi-fi, télévision) ».de créer des emplois, de résorber les déficits et, bienentendu, de réhabiliter les écosystèmes naturels. La diffusion des équipements électroniques ouvre surQuelles que soient les stratégies envisagées pour un troisième type d’effet rebond : chaque techniquedécoupler l’amélioration de la qualité de vie et innovante entraîne des conséquences structurellesl’exploitation de « services naturels » - énergie, que son emploi massif peut engendrer, ainsi lesmatières premières, absorption de déchets, les technologies de l’information peuvent, par leurnouvelles technologies jouent un rôle déterminant. potentiel d’innovation, accélérer l’obsolescenceL’informatique en particulier offrirait un outil des biens et services : « le cycle de vie de ces produitsessentiel pour « relever le défi climatique », par raccourcit, entraînant une hausse des besoinsla réduction de la consommation d’énergie ». en matières premières pour les fabriquer ».Mais, comme le dit l’économiste, trois types Aussi nous paraît-il que les voies de la coproductiond’effets rebond peuvent survenir. peuvent infuser à l’indispensable recours aux technologies vertes une direction humaniste et faire sens dans nos sociétés à risques.137. Cédric Gossart, Maître de conférences à Télécom Ecole de management (Evry). in Monde Diplomatique, juillet 2010. PwC / Ateliers de la Terre | 67
    • | 3.2. L’adaptation doit être l’inspiratrice de toutes les politiques « La Science ne donne pas de certitudes, elle donne le court terme, nous aurons besoin de personnes des possibilités. Mais elle dit que le changement qui prendront position. Chaque organisation doit climatique ne fait aucun doute, elle affirme se préparer pour ce nouveau contexte, chaque clairement que la terre se réchauffe et que cela entreprise doit comprendre quels sont les risques est lié aux activités humaines et aux émissions et les opportunités du développement durable. » de combustibles fossiles dans l’atmosphère. Les températures extrêmes, le froid, le chaud, les Cette déclaration de Will Day, conseiller sécheresses et les vents vont augmenter ; tous ces développement durable du gouvernement éléments ont des effets divers sur les activités et britannique et de PwC au Royaume-Uni, reflète il faudra réagir de façon diverse, reconsidérer l’esprit d’inventivité et le courage politique qu’il les infrastructures, l’énergie que nous utilisons faudra adopter pour s’adapter. Or, Rio +20 n’a pas pour refroidir nos maisons et nos voitures. La développé suffisamment cette exigence de l’avenir, nature devra s’adapter tout autant que nous, pourtant essentielle. Le paragraphe 104 aurait pu les espèces animales et végétales devront se ne serait-ce que prononcer le mot « adaptation », déplacer pour survivre, la nourriture devra or la Déclaration semble croire à un progrès certes être produite ailleurs et de façon différente. contrasté mais linéaire du développement durable sans inflexion de sa trajectoire vers l’adaptation Nous commençons à voir les premiers signes, le temps de l’humanité à de nouvelles conditions de vie : presse, nous avons cinq ans, peut être dix, pour « Nous savons que pour atteindre l’objectif de la prendre les décisions qui contreront le processus. Conférence, à savoir renouveler l’engagement Le prochain demi-siècle qui arrivera apportera politique en faveur du développement durable, des changements considérables. La question ainsi que pour aborder les questions de l’économie qui se pose est de savoir si nous voulons être des verte dans le contexte du développement durable acteurs ou simplement subir les conséquences. et de l’élimination de la pauvreté, et du dispositif Nous aurons besoin d’esprits brillants qui seront institutionnel du développement durable, nous prêts à innover, nous aurons besoin de personnes devons nous engager à combler les lacunes qui qui penseront sur le long terme mais agiront sur subsistent dans la mise en œuvre des documents issus 68 | Pour réussir Rio +30 : Mieux co-construire | 2012
    • des grands sommets sur le développement durable, Le changement climatique aura des conséquences :à faire face aux problèmes présents et futurs, et à • environnementales : déforestation,tirer parti des nouvelles possibilités qui s’offrent à désertification, salinisation des terres, élévationnous en menant à bien les activités énoncées ci-après des niveaux des océans, déséquilibre des zonesdans le cadre d’action, appuyés comme il convient polaires ;par des moyens d’exécution. Nous sommes conscients • économiques : réduction des espaces habitablesque les objectifs, les cibles et les indicateurs, et cultivables, impact sur la disponibilité desnotamment, selon qu’il conviendra, les indicateurs ressources énergétiques, minérales,relatifs à la problématique hommes-femmes, sont alimentaires, hydriques ;précieux pour mesurer et accélérer les progrès… » • sanitaires : conséquences des catastrophes naturelles, extension et diffusion des aires deLà comme ailleurs, nous sommes loin des certaines maladies ;remarques lucides du Rapport Resilient people, • et géopolitiques : accroissement des tensions dansResilient Planet qui prône « qu’il faut renforcer les zones déjà fragiles, augmentation des risquesla résilience en mettant en place des filets de d’occurrence de conflits interétatiques,sécurité, en réduisant les risques de catastrophes déplacements de population et flux massifs deet en planifiant l’adaptation » et recommande : réfugiés climatiques, militarisation excessive de certaines zones stratégiques (détroits, arctique). 138§ 25. « Les gouvernements et les organisationsinternationales devraient intensifier les Le changement climatique aggravera en particuliermesures prises pour établir les évaluations de les problèmes liés à l’eau. Les menaces sur cettel’exposition et de la vulnérabilité régionales ressource ainsi que la croissance démographiqueet élaborer des stratégies fondées sur le principe soulèvent des questions sur la capacité àde précaution qui soient pleinement axées sur les assurer les sécurités hydriques et alimentairesbesoins des populations et conçues pour éviter d’une population de 9 millards d’individus.les effets néfastes sur les systèmes sociaux et surl’environnement, la priorité devant être accordée Sécurité hydriqueaux besoins spéciaux de l’Afrique, des petits Étatsinsulaires en développement, des pays les moins Alors que la disponibilité et la qualité desavancés et des pays en développement sans littoral. ressources en eau sont déjà restreintes, et que 70 % des ressources sont consacrées§ 26. Les gouvernements et les organisations aux usages agricoles, il faudra pourtantinternationales devraient augmenter la part des pour concilier usages durables de l’eau,ressources consacrées aux mesures d’adaptation sécurités hydriques et alimentaires.et de réduction des risques de catastrophe et intégrerla planification de la résilience dans leurs budgets La sécurité hydrique implique que « chaqueet stratégies en faveur du développement. » individu doit pouvoir disposer d’une quantité suffisante d’eau potable à un prix abordable afin de mener une existence saine et productive3.2.1. Changement climatique, tout en s’assurant que l’environnementsécurités hydriques, alimentaires naturel est protégé et bonifié ». 139et humaines Le rapport 2012 des OMD établit qu’en 2010, 89 % de la population mondiale utilisait desOn sait en effet que les impacts des changements sources d’eau potable améliorées, en hausseactuels seront plus importants qu’aux périodes de 76 % par rapport à 1990. Entre 1990 et 2008,précédentes de réchauffement du fait d’un l’Asie orientale et l’Afrique du Nord notamment,peuplement et d’un aménagement plus importants.138. Ministère de la défense. Horizons stratégiques 2012.139. Définition donnée par le partenariat mondial sur l’eau en 2000 ou par le PNUD. PwC / Ateliers de la Terre | 69
    • ont connu une nette amélioration dans ce domaine. Cela signifie que la cible OMD de réduire de moitié la proportion de la population sans accès durable à une eau potable sans danger serait atteinte, avec cinq ans d’avance sur la cible 2015. Si la tendance actuelle se poursuit, 92 % de la population mondiale serait couverte d’ici à 2015. 140 Figure 17. Population (en million) avec ou sans une source d’eau potable améliorée 1990/2010. 141 4 000 Urbain Rural 130 3 000 653 1 139 109 2 000 3 343 En 2025, 35 % de la population mondiale (48 pays 2 747 ayant plus de 2,8 Mds d’habitants) sera touché 2 142 1 000 1 896 par des difficultés d’approvisionnement ou par un manque d’eau. 143 Selon un rapport du PNUD, 90 % de la population du Moyen Orient et de l’Afrique 0 du Nord devrait vivre dans des pays affectés par 1990 2010 1990 2010 des pénuries d’eau à cette même date. 144 Certains Sources améliorées Sources non améliorées scénarii prévoient que 5,1 Mds de personnes vivront dans de telles conditions en 2050. 145 Ces moyennes mondiales masquent cependant Ensuite, l’objectif de réduire de moitié le d’importantes disparités entre régions et entre pourcentage de la population n’ayant pas pays, ainsi qu’à l’intérieur même des pays. Plus de accès à l’assainissement est loin d’être 40 % des habitants de la planète n’ayant pas accès atteint. 2,5 Mds de personnes n’ont pas accès à l’eau potable vivent en Afrique subsaharienne. à l’assainissement (toilettes et traitement des eaux usées). L’Afrique subsaharienne et l’Asie Par ailleurs, le chiffre global de 900 millions du Sud restent les régions avec la plus faible de personnes n’ayant pas encore accès à l’eau utilisation d’installations d’assainissement potable est contesté en ce qu’il se limiterait à améliorées. 85 % des eaux usées dues aux activités ne prendre en compte que des personnes ayant humaines sont évacuées sans traitement. accès à une eau altérée. En réalité 1,9 milliard de personnes auraient accès à une eau dangereuse La sécurité hydrique de la population a donc (contamination d’ordre chimique, physique ou progressé mais il reste des progrès importants biologique), dont que 1,6 milliard de personnes à accomplir sur la qualité de la ressource aurait accès à une eau douteuse. 142 L’eau non accessible surtout aux populations les plus potable est la première cause de mortalité pauvres. La croissance démographique et (diarrhées, choléra, typhoïde, paludisme, l’industrialisation renforceront ainsi les dengue…) dans le monde et tue 8 millions de difficultés à concilier usages économiques de personnes par an (dix fois plus que les guerres). l’eau, sécurités hydrique et alimentaire. 140. Objectifs du millénaire pour le développement, rapport 2012. 141. Objectifs du millénaire pour le développement, rapport 2012. 142. PwC, « L’eau : enjeux, dynamiques, solutions ». Mars 2012. 143. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. 144. Comité de Prospective du Comité 21 : « Temps de crise financière, économique, écologique et sociale : enjeux, contradictions, opportunités ». 145. Résumé pour les décideurs du rapport « Avenir pour l’environnement mondial, GEO 4, l’environnement au service du développement », du Programme des Nations Unies pour l’Environnement de 2007.70 | Pour réussir Rio +30 : Mieux co-construire | 2012
    • Sécurité alimentaire Cette situation paradoxale est notamment liée à un problème d’investissement. DansEn matière de sécurité alimentaire, la révolution les années 80, l’incitation à l’exportation desverte des années 60, qui a permis l’intensification produits agricoles, y compris dans des Etats quides systèmes vivriers à base de sélection ne répondent pas à leurs besoins alimentaires, agénétique adaptée, d’utilisation d’entrants commencé à être massivement développée souschimiques et d’extension de l’irrigation, a fait l’impulsion du FMI. L’Agriculture a cessé d’êtrereculer significativement la malnutrition. un secteur dans lequel les Etats et le secteur privé investissaient. En parallèle, l’achat de terresSelon le rapport de 2011 sur les OMD, un arables par un pays tiers, pour une productionsixième de la population mondiale souffre de destinée à l’exportation, s’est développé. 149malnutrition. À l’échelle mondiale, la part despersonnes souffrant de la faim a diminué, passant Les investissements fonciers internationauxde 20 à 16 % entre 1990 et 2008 (985 millions ont en effet pris de l’ampleur sous l’effet conjuguéde personnes). Cependant, en termes absolus, de la volonté des pays de garantir leur sécuritéune hausse de 10 % a été enregistrée depuis la alimentaire, d’une conception de la terre commepériode 1990-1992. 146 Ce sont les enfants les valeur refuge et du développement des culturesplus pauvres qui ont le moins progressé. En 2009, de bioénergies. De nouveaux investisseurs sontprès d’un quart des enfants des PVD souffraient par ailleurs apparus comme les Etats du Golfe,d’insuffisance pondérale, notamment en Asie la Chine, l’Inde, la Corée du Nord et des paysdu Sud, à cause de la pénurie d’aliments de d’Afrique du Nord comme la Lybie et l’Egypte.qualité et d’un assainissement insuffisant. Selon l’IFPRI, à l’échelle mondiale, 15 M à 20 M d’ha de terres ont été loués, achetés ou ont faitLes réponses au défi de l’insécurité alimentaire l’objet de négociations entre 2006 et 2009.et à celui de l’éradication de la pauvreté sontintrinsèquement liées. L’agriculture, source Ces investissements pourraient compenserquasi-exclusive de richesse en milieu rural dans le sous-investissement chronique du secteurles PVD, ne préserve pas de l’extrême pauvreté. agricole mais ils sont aussi facteurs d’instabilité75 % des 985 millions de personnes qui vivent avec (expropriations, déplacements de fermiers etc).moins de 1 dollar par jour habitent dans les zones Des tentatives de régulation internationalerurales et les petits propriétaires ou les ouvriers des investissements fonciers internationauxagricoles représentent les deux tiers du Milliard existent : les principes optionnels pour unde personnes souffrant de malnutrition. 147 investissement agricole responsable élaborés par la Banque Mondiale en 2010 en liaison avecLa sécurité alimentaire est pour beaucoup de la FAO et les Directives volontaires pour unepopulations du Sud, un problème angoissant. gouvernance des régimes fonciers applicablesSous l’influence des Occidentaux, les importations aux terres, aux pêches et aux fôrets élaborées(riz et blé) de surproduction américaine et en 2012 par le Comité de sécurité alimentaire.européenne sont devenues une source importantepour l’alimentation. Elles ont cassé les prix et Alexandre Taithe 150 rappelle ainsi que lesdécouragé les productions locales en créant une politiques de l’eau sont indissociables desdépendance alimentaire.148 Entre 2006 et 2008, enjeux énergétiques et alimentaires. Agir surla hausse des prix des produits agricoles, en l’une des deux ressources impacte forcémentpartie causée par la hausse de la demande en les deux autres, ce qui complique d’autantprotéines animales et par la demande subsidiaire la réforme des usages de la ressource. 151pour de la bioénergie, a privé de nourritureles populations des catégories sociales les pluspauvres et causé la famine dans le Sahel.146. G8 France 2011. Nouveau monde, Nouvelle idées. Rapport de Deauville sur la redevabilité. Engagements du G8 pour la santé et la sécurité alimentaire : bilan et résultat.147. PNUD, Human development report 2006.148. GRUNEWALD F. « Hot Spot ! Comment mieux réfléchir aux risques à venir ». Diplomatie. Décembre 2007/ janvier 2008.149. HUSSON TRAORE A.C. « Pour lutter contre la famine, investir dans l’agriculture ». Novothic 27 juillet 2011.150. Chargé de recherche à la fondation pour la recherche stratégique.151. Communication de la Commission Européenne, « Rio+20 : vers une économie verte et une meilleure gouvernance », 20 juin 2011. PwC / Ateliers de la Terre | 71
    • A l’avenir, les conflits d’usage pourraient Sécurité humaine s’exacerber et seraient liés à : • la concurrence entre sécurité alimentaire et C’est le PNUD qui a pour la première sécurité énergétique qui conduira à augmenter la fois reconnu en 1994 la nécessité de production des biocarburants ; garantir la sécurité humaine. • aux antagonismes entre sécurité alimentaire et lutte contre le réchauffement climatique alors L’ONU reconnait qu’aujourd’hui des millions que l’élevage est une activité fortement émettrice d’hommes, de femmes et d’enfants se trouvent de GES ; toujours dans des circonstances extrêmes et • la difficulté des Etats à s’engager dans des vulnérables. Menacés par des conflits intra- stratégies de coopération alors que les politiques étatiques, le crime organisé, la pauvreté agricoles sont bâties autour de l’autosuffisance chronique, la dégradation de l’environnement, alimentaire et que la part de l’aide publique au les maladies infectieuses mortelles et les risques développement s’est effondrée de 19 % en 1980 à posés par les catastrophes naturelles. Il a 5 % en 2012 et franchi une étape importante en reconnaissant • la volatilité des prix agricoles qui devrait que, auparavant, le concept de sécurité était persister. assimilé à la sécurité territoriale mais cette notion traditionnelle s’est élargie et la valeur Le modèle actuel de production agricole centrale est devenue l’individu lui-même, au- mondial ne semble donc pas adapté pour delà de son appartenance à un État particulier. répondre aux besoins d’une population mondiale estimée à 9 Mds d’individus en Le Sommet mondial de 2005 avait consacré la 2050. Si le constat est partagé, les moyens notion, en reconnaissant que « les êtres humains pour parvenir à faire face à ce défi font l’objet ont le droit de vivre libres et dans la dignité, à d’âpres discussions. Pour agir face à la situation l’abri de la pauvreté et du désespoir. Nous estimons dramatique des personnes vulnérables face à que toutes les personnes, en particulier les plus l’envolée des prix alimentaires en 2007/2008, vulnérables, ont le droit de vivre à l’abri de la peur le G8 et ses partenaires se sont engagés à et du besoin et doivent avoir la possibilité de jouir mobiliser plus de 20 Mds USD en trois ans. 152 de tous leurs droits et de développer pleinement leurs potentialités dans des conditions d’égalité. » Le G20 en France en novembre 2011 a avalisé les recommandations de l’Organisation La notion de sécurité humaine est de plus des Commissions de Valeurs (OICV) pour en plus reflétée dans les programmes des améliorer la régulation et la supervision organisations intergouvernementales telles des marchés dérivés de matières premières. que l’Union africaine, l’Union européenne, Des limites de positions pourront ainsi être l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est établies pour éviter les abus de marchés. (ASEAN), la Ligue des États arabes (LEA) et l’Organisation des États américains (OEA). La déclaration finale de Rio +20 réaffirme le droit de L’Assemblée générale de l’ONU a tenu un débat chaque individu à un accès thématique informel sur la sécurité humaine en à une alimentation saine, en mai 2008 et le Secrétaire général M. Ban Ki-moon quantité suffisante, en lien a présenté en mars 2010 son rapport sur la sécurité avec le droit de chacun de humaine. Un débat officiel sur la sécurité humaine ne pas souffrir de la faim. a ensuite été organisé à l’Assemblée générale les Elle reconnait aussi que la 20 et 21 mai 2010 et en juillet 2010, l’Assemblée sécurité alimentaire est un générale a adopté par consensus la résolution défi et un enjeu global, et 64/291 sur la sécurité humaine, intitulée « Suite réaffirme l’engagement de donnée au paragraphe 143 sur la sécurité humaine la communauté pour y faire du Document final du Sommet mondial de 2005. » face, pour les générations présentes et futures. 153 152. G8 France 2011. Nouveau monde, Nouvelles idées. Rapport de Deauville sur la redevabilité. Engagements du G8 pour la santé et la sécurité alimentaire : bilan et résultat. 153. Note de Décryptage des enjeux de la Conférence Rio+20. « Mettre au monde une économie verte équitable et une gouvernance démocratique de la planète dans un cadre de développement durable ». Organisation Internationale de la francophonie.72 | Pour réussir Rio +30 : Mieux co-construire | 2012
    • Comme le dit Michel Marcus 154, le développementdurable ne fonctionne pas sans l’instauration de 3.2.2. Le facteur humain de lala sécurité humaine : « Comme toutes les politiques lutte, adapter les entreprisessociales, économiques et industrielles, la sécuritédoit être revue à l’aune du développement durable. et les sociétésCe concept est la résultante des constats pessimistes La focalisation sur les politiques d’atténuation afaits sur l’avenir à long et même moyen terme de fait parfois négliger l’autre volet des stratégies denotre planète et de la gestion de nos sociétés. La réponse au changement climatique : l’adaptation.prise de conscience que des mesures ayant des effets Elle doit être mise en œuvre par les individus,immédiats positifs peuvent avoir des effets à long les sociétés, les entreprises et les Etats.terme totalement négatifs est une nouveauté pourla prise de décision politique. Les réponses que nous Adaptation : risques et opportunitésavons actuellement à la violence et à la criminalité ne pour les entreprisessont pas encore entrées dans ce réexamen pourtantcrucial. Ainsi, le recours à l’emprisonnement Le réchauffement climatique aura des impactssatisfaisant dans un court terme est générateur sur l’ensemble des activités et des fonctions desd’une multiplication de risques sociaux à long terme. entreprises. Toutes ne feront cependant pas faceIl est temps de placer la sécurité dans des enjeux à aux mêmes risques et opportunités. Les activitéslong terme et de revoir nos propositions au vu de économiques sont en effet différemmentnos impasses et échecs actuels, de l’incrustation de exposées aux risques selon leur secteur et leurl’insécurité dans le paysage mental et institutionnel. localisation : les secteurs les plus exposés sontLa sécurité doit prendre en compte l’idée du l’assurance et notamment la réassurance, ledéveloppement durable ; la réforme des institutions, tourisme, l’agriculture, la sylviculture, le BTP, leles mesures nouvelles à prendre doivent résolument transport maritime, la santé, etc. Concernant las’inscrire dans un futur positivement stable. » localisation, les activités économiques implantées sur le littoral, dans les zones inondables, les plainesLes entreprises ont d’ailleurs repris le concept, et basses, en montagne ou sur le permafrost sontl’Institut RSE 155 a lancé en 2011 l’appel de Paris particulièrement exposées. Les risques sont aussipour que la RSE devienne un axe de la régulation indirects, le changement climatique contribuepublique des marchés : qu’« Il faut donner à la RSE par exemple à des tensions géopolitiques (accèsun statut de politique publique pour que les États à l’eau douce, réfugiés climatiques…). 156incitent et encouragent les entreprises à s’engagerdans des modèles de développement durable. »154. Michel Marcus, la sécurité en amont du développement durable, in Encyclopédie du développement durable, 4D.155. L’état des politiques publiques de RSE dans le monde : panorama et tendances de l’incitation publique à la RSE. Étude réalisée par Joëlle Brohier Meuter (Anakout CSR Consultancy, Singapour) et Patrick d’Humières (Institut RSE management, Paris).156. Note de Décryptage des enjeux de la Conférence Rio+20. « Mettre au monde une économie verte équitable et une gouvernance démocratique de la planète dans un cadre de développement durable ». Organisation Internationale de la francophonie. PwC / Ateliers de la Terre | 73
    • Le changement climatique peut également Adaptation des populations être analysé comme un facteur créateur et réfugiés climatiques d’opportunité du fait de bouleversements géographiques (développement agricole, Le réchauffement climatique soulève d’autres touristique et économique…) ou en créant des enjeux qui ne font pas partie des priorités des besoins nouveaux dans certains secteurs d’activité agendas internationaux. C’est par exemple le cas (eau et boissons, air conditionné et ventilateurs, des réfugiés climatiques. En 1995, 25 millions énergies renouvelables et économies d’énergie).157 de personnes dans le monde auraient été Un rapport 158 du PNUE estime ainsi que « s’adapter déplacées en raison de catastrophes naturelles, au changement climatique offrirait de nombreux des famines, de l’appauvrissement des ressources avantages concurrentiels pour les entreprises du naturelles… 160 Majoritairement dans la Corne monde entier » : 86 % des entreprises estiment de l’Afrique, le Sahel, le Soudan, le Kenya et que « faire face aux risques climatiques ou investir la Somalie. Il y a aussi beaucoup de « réfugiés dans l’adaptation est une opportunité d’affaire ». environnementaux » en Chine et en Inde, en grande partie à cause de projets de développement L’adaptation au niveau des Etats, des collectivités comme le Barrage des Trois Gorges. 161 ou des entreprises permettra de réduire le coût en prenant en compte le risque climatique dans les D’ici à 2050, 162 millions de personnes seraient nouveaux équipements et investissements mais menacées par la montée des eaux et 50 millions aussi en adaptant progressivement les équipements par les sécheresses et autres changements existants aux changements climatiques. 159 climatiques. 162 Le GIEC estime qu’en 2080, 3,2 Mds de personnes, soit un tiers de la population La lutte contre le réchauffement climatique mondiale, manqueront d’eau, 600 millions constitue par ailleurs un véritable vivier en termes manqueront de nourriture et 7 millions subiront d’emplois créés. Un rapport publié par la Deutsche des inondations côtières.163 Ces bouleversements Bank, intitulé « Investir dans le changement soulèvent de nombreuses questions tant sur climatique, nécessité et opportunités en période le statut de ces réfugiés climatiques et sur la de turbulences », montre ainsi qu’en 2007 plus de protection que le droit international devrait 148 Mds USD ont été investis dans les technologies leur accorder que sur le statut des Etats vertes, soit une augmentation de plus de 60 % menacés de disparition par la montée des eaux par rapport à 2006. L’adaptation au changement (continuité d’existence, droits de pêche…). climatique soulève également des enjeux cruciaux pour les populations et les réfugiés climatiques. 157. Note de Décryptage des enjeux de la Conférence Rio+20. « Mettre au monde une économie verte équitable et une gouvernance démocratique de la planète dans un cadre de développement durable ». Organisation Internationale de la francophonie. 158. « Adapting for a green economy : companies, communities and climate change » publié par le pacte mondiale des Nations Unies, le PNUE, Oxfam et World institute le 20 juin 2011. 159. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. 160. MYERS N. et KENT J. (1995), op. cit. ; Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, World Disasters Report, 2001 ; UNHCR, 2002. 161. Le barrage des trois Gorges est l’un des plus grands projets d’infrastructure chinois. Construit à Sandouping, province du Hubei sur le Yangtsé, il sera le plus gros barrage hydroélectrique du monde et devrait atteindre la plus grande capacité de production. Il est prévu que 1.2 million d’habitants seront déplacés d’ici à sa mise en service en 2009, sans aucune aide de l’Etat chinois, alors que 15 villes et 219 villages ont déjà été engloutis. 162. Myers N., « Environmental refugees : a growing phenomenon of the 21st century », Philosophical Transactions of the Royal Society of London, Series B 357, 2002, p. 609-613. 163. GIEC (2007), op. cit.74 | Pour réussir Rio +30 : Mieux co-construire | 2012
    • Plus largement, « le changementclimatique est une menace pour la paixet la sécurité » comme l’a souligné leConseil de sécurité des Nations Unieslors d’une réunion du 20 juillet 2011.Le Conseil de sécurité avait débattupour la première fois des relationsentre énergie, climat et sécurité enavril 2007. Mais faute de consensus, ils’est contenté d’exprimer ses craintes de« voir les effets préjudiciables éventuelsdes changements climatiques aggraverà long terme les menaces existantes à lapaix et à la sécurité internationales ».La possible implication du Conseilde Sécurité sur ces questions soulèvenéanmoins des oppositions notammentde la Russie et des PVD. 164Pour l’Organisation internationalede la Francophonie, « l’adaptationet le renforcement des capacités derésilience des populations, à la foispour anticiper et réagir, nécessitent desprogrès d’organisation, de transfert detechnologies et de choix d’urbanismeafin d’en limiter les impacts négatifs. Lesoutien à la résilience est indispensablepour l’éradication de la pauvreté et sonfinancement est une priorité pour lesgénérations actuelles et futures ».165Ces enjeux devront être traités lorsdes conférences internationales.164. Conséquences du changement climatique : le conseil de sécurité de l’ONU divisé sur son rôle et son implication. Aline Brachet. Dépêche AEDD 22 juillet 2011.165. Note de Décryptage des enjeux de la Conférence Rio+20. « Mettre au monde une économie verte équitable et une gouvernance démocratique de la planète dans un cadre de développement durable ». Organisation Internationale de la francophonie. PwC / Ateliers de la Terre | 75
    • Le principe no 8 de la déclaration de Rio de Janeiro de 1992 sur l’environnement et le développement durable indiquait qu’il fallait réduire et éliminer les modes de production et de consommation non viables. 20 ans plus tard, ce chapitre de l’Agenda 21 est l’un des domaines du développement durable ou le bilan est le plus faible.| 3.3. Co-construire de nouveaux modes de production et de consommation La déclaration finale de la conférence 3.3.1. Découpler l’essor de Rio+20 souligne en effet les économique de la profondes disparités qui existent dans les niveaux et modes de consommation des consommation entre les individus ressources et entre les pays. Elle réaffirme la nécessité pour tous de promouvoir La tendance à l’uniformisation relative des modes de consommation et de des modes de vie consécutives à la production durables, avec une prise globalisation, au développement des d’initiative forte des pays développés. technologies de l’information et à la réduction des temps de transports ont Cet objectif demande en particulier de pu « donner l’illusion d’une possible parvenir à découpler la consommation universalisation des modes de vie à des ressources de la production. l’occidental ». Mais le caractère fini des ressources rend cette perspective impossible. En effet, selon le rapport du PNUE de 2007, « l’empreinte de l’humanité 166 est de 21,9 ha par personne, alors que la capacité biologique de la Terre est en moyenne seulement de 15,7 ha par personne ». 166. L’empreinte écologique comptabilise la demande exercée par les hommes envers les « services écologiques » fournis par la nature. Plus précisément, elle mesure les surfaces biologiquement productives de terre et d´eau nécessaires pour produire les ressources qu´un individu, une population ou une activité consomme et pour absorber les déchets générés, compte tenu des techniques et de la gestion des ressources en vigueur. Cette surface est exprimée en hectares globaux (hag), c´est-à-dire en hectares ayant une productivité égale à la productivité moyenne.76 | Pour réussir Rio +30 : Mieux co-construire | 2012
    • Figure 18. Empreinte écologique globale en nombre de pour le développement national, ces richessesplanètes Terre. 167 entraînent souvent de fortes pressions Terrains bâtis économiques et géopolitiques sur les pays.169 Surfaces de pêche Forêts Ces pressions mettent par ailleurs en exergue la Pâturages Terres cultivées nécessité d’intégrer d’avantage le développement Empreinte carbone durable dans les industries extractives. Ces activités génèrent en effet des impacts à la fois positifs et négatifs au niveau local ou national, 2 soulevant notamment le problème d’une (in-) équitable répartition des coûts et des bénéfices. Avec la rapide globalisation de ces industries ainsi que l’augmentation des investissements dans les PVD, les conflits entre les populations locales et les sociétés concernées se multiplient. 170 1 Pour les terres rares, la production de 100 000 tonnes par an « peine à suivre la demande, réputée être supérieure de 40 000 tonnes par an à la production, ce qui pose un problème en termes de prix et de rareté » affirme François Heisbourg, 0 conseiller spécial à la Fondation pour la Recherche 1990 2008 2015 2030 Stratégique. Ces métaux sont vitaux pour la production de voitures hybrides/électriques,Cette raréfaction des ressources se traduit par d’éoliennes offshore, d’ampoules fluo-compactes,la hausse des prix des matières premières mais aussi pour des applications traditionnelles. 171ainsi que par l’augmentation de leurs coûts La Chine a un quasi monopole sur la productiond’extraction. Les gisements bon marché et de de ces 17 métaux 172 et réalise de 90 à 97 % debonne qualité de certaines ressources essentielles la production mondiale. Leur extraction est partelles que le pétrole, le cuivre et l’or, commencent ailleurs une activité hautement toxique et polluanteen effet déjà à s’épuiser, avec pour conséquence, en raison de certains composés radioactifs etune hausse des volumes de combustible et cancérigènes comme le thorium et l’uranium.d’eau douce nécessaires à leur extraction. Face au constat de l’épuisement programmé desLes ressources minérales sont également ressources, le PNUE a lancé une mise en gardeconsidérables en mer : minerais, pétrole (estimés à sur le fait que, si rien n’est fait pour « découpler »100 Mds de barils) et gaz, notamment dans l’océan le taux de croissance économique du taux dearctique. Ces ressources, dont l’exploitation devient consommation des ressources naturelles, le volumeenvisageable avec les progrès technologiques, de minéraux, minerais, combustibles fossiles etfont l’objet de convoitises qui pourraient se biomasse consommés chaque année par l’humanitétraduire par des tensions internationales et des pourrait atteindre, d’après les estimations,impacts environnementaux dommageables. 168 140 Mds de tonnes (soit trois fois les niveaux actuels) d’ici 2050. Dans les pays développés,Dans de nombreuses zones du monde, la consommation de ces quatre ressources clésles confrontations géostratégiques et s’élève en moyenne à 16 tonnes par an et parsociopolitiques sont liées à la présence dans le habitant (et dépasse parfois les 40 tonnes). Àsous-sol de ressources minérales à haute valeur titre de comparaison, un Indien en consomme enéconomique. Vues comme des opportunités moyenne aujourd’hui quatre tonnes par an.173 174167. G. Van Kote. « L’économie verte déraille à Rio ». Le Monde 19 juin 2012.168. Comité de Prospective du Comité 21 : « Temps de crise financière, économique, écologique et sociale : enjeux, contradictions, opportunités ».169. GRUNEWALD F. « Hot Spot ! Comment mieux réfléchir aux risques à venir ». Diplomatie. Décembre 2007/ janvier 2008.170. LCM Trebilla. Etude réalisée sur les actions sociétales d’un grand groupe minier. Mars 2008.171. GOEKEN V.R. « Terres rares : la production peine à suivre la demande ». AEDD 11 mars 2011.172. Scandium, yttrium, lanthane, cérium, praséodyme, néodyme, prométhéum, samarium, europium, gadolinium, terbium, dysprosium, holmium, erbium, thulium, ytterbium, lutécium.173. La consommation de ressources moyenne par habitant et par an, à l’échelle mondiale, s’élevait, en 2000, entre 8 et 10 tonnes, soit environ le double de l’année 1900. Dans les pays industrialisés (qui représentent un cinquième de la population mondiale), ce taux moyen était pour la même année près de deux fois supérieur à la moyenne mondiale et de quatre à cinq fois supérieur à celui des pays en développement les plus pauvres.174. « L’humanité peut et doit faire plus avec moins, souligne le PNUE. » Site du Programme des nations unies pour l’environnement. 12 mai 2011. PwC / Ateliers de la Terre | 77
    • Figure 19. Créditeurs et débiteurs écologiques. Graphique 6.59 Créditeurs et débiteurs écologiques Eco-dette Empreinte – Supérieure à 50 % de la bio capacité Empreinte – Supérieure de 0 à 50 % à la bio capacité Eco-crédit Biocapacité Supérieure de 0 à 50 % à l’empreinte Biocapacité plus importante de 50 % à l’empreinte Données insuffisantes Source : WWF 2006a Pour le Panel international des ressources du Le phénomène d’urbanisation peut constituer PNUE « faire en sorte que le taux de productivité selon les experts un atout dans la mesure où les des ressources dépasse celui de la croissance villes permettent des économies d’échelle et une économique est le principe fondamental de fourniture de services plus efficace. Les experts la notion de « découplage » (…) Cet objectif indiquent que la consommation de ressources implique néanmoins de repenser d’urgence les liens par habitant dans les zones densément peuplées entre l’utilisation des ressources et la prospérité est inférieure à celle des régions faiblement économique et de soutenir les innovations peuplées du fait des économies réalisées au technologiques, économiques et sociales par des niveau de la distribution d’eau, du logement, de investissements massifs, pour parvenir au moins au la gestion des déchets et du recyclage ainsi que gel de la consommation par habitant dans les pays de la consommation d’énergie et des transports. riches, tout en aidant les pays en développement à adopter un mode de croissance plus durable ». 175 Ce découplage entre consommation des ressources et croissance économique demande d’agir sur Figure 20. Tendances mondiales du découplage relatif les modes de consommation et de production en (<1980/2007) changeant les habitudes de consommation et en Indice : 1980=100 225 adoptant des modes de production plus durables. 200 175 3.2.2. Changer les usages : 150 du consumérisme à la 125 consommation durable 100 Depuis le XIXe siècle, des intellectuels dénoncent 75 les rapports déshumanisés à la consommation et 50 diverses dérives de la société marchande. Fairfield 1980 1985 1990 1995 2000 2005 Osborne et Jean Dorst mirent en accusation les logiques de croissance et de consommation non PIB Population durables, Ivan Illich stigmatisa la consommation Extraction des Utilisation intensive à l’extrême qui ne sert plus la satisfaction des ressources des matières premières besoins essentiels mais engendre une demande encore plus grande, Herbert Marcuse dénonça des ressources, du PIB, de la démographie et de l’utilisation intensive des matières premières sous forme indexée (1980 est égal à 100). 175. Panel international des ressources du PNUE. Rapport rendu public à New York lors de la session annuelle de la Commission des Nations Unies pour le développement durable en 2011.78 | Pour réussir Rio +30 : Mieux co-construire | 2012
    • une société qui aliène alors qu’elle croit libérer pour satisfaire ces besoins. Cette consommationet Jean Beaudrillard stigmatisa l’accroissement peut s’intégrer aux structures actuelles desans limite du désir de consommer. 176 consommation ou en créer de nouvelles.L’évolution des modes de consommation a été très Elle pourrait par exemple s’appuyer sur unepeu traitée par les suites de Rio pour la raison que nouvelle conception de la prospérité fondée,ce thème ne pouvait être partagé par l’ensemble comme le proposait Tim Jackson, sur lesdes pays du monde, l’excès de consommation « capabilités d’épanouissement » qui permettentn’ayant pas le même sens pour les pays où le à l’individu de vivre bien (être convenablementconsommateur ne cherche à satisfaire que des nourri, logé, chauffé, éduqué…) mais à l’intérieurbesoins essentiels et pour ceux où l’excès de de certaines limites physiques comme la capacitéconsommation constitue un modèle de société. des ressources à se renouveler ou l’équilibre des fonctions régulatrices des écosystèmes.20 ans après Rio, nous sommes dans une situationdifférente et contrastée : la crise a touché les pays Cependant faire évoluer les modes dequi étaient considérés comme des consommateurs consommation et les habitudes d’achat est difficile.impénitents, tandis que l’essor des pays émergents Pour analyser les comportements d’achat et lesa fait naître de nouveaux consommateurs, moteurs motivations des consommateurs, le facteurde l’économie mais le problème subsiste dans le prix reste un déterminant essentiel. En effet,modèle de consommation diffusé dans des médias si en période de prospérité économique lesinternationaux qui continuent de prôner le luxe et consommateurs peuvent privilégier la qualité etl’excès et les modèles de consommations liées à une arbitrer en payant un peu plus cher, les choses sontobsolescence de plus en plus rapide des produits. différentes en période de crise. Toutes les études montrent cependant que malgré la crise, environLa baisse spectaculaire du prix des produits 50 % des consommateurs français tiennent compteindustriels favorise leur renouvellement accéléré. des engagements des entreprises en matièreMême si les biens de consommation n’ont dans de développement durable. La consommationl’ensemble pas la même durabilité que les biens durable militante ne concerne encore malgréd’équipement, la qualité des produits industriels tout qu’une frange particulière et limitée de lan’a jamais été aussi élevée notamment en raison de population, sociologiquement très hétérogène.l’amélioration de la performance des matériaux. Il est en effet beaucoup plus difficile de changerCependant les efforts d’optimisation de la les modes de consommation fondés sur leproduction industrielle prennent souvent la marketing et la multiplication des désirs duforme d’une obsolescence programmée. En consommateur que les modes de productionoutre, en raison du cout de la main d’œuvre, du qui peuvent évoluer par des normes et desprogrès technologique et des effets de mode, financements. Le « verdissement » des industriesil est souvent plus rationnel dans les pays passera notamment par la réduction des impactsoccidentaux de remplacer que de réparer. et des consommations nécessaires à la production industrielle ainsi que par le développement desCes comportements d’achats sont incompatibles économies circulaire et de fonctionnalité.avec une consommation durable définie par lemouvement Vraiment Durable comme l’utilisation Le Président équatorien Rafael Correa,de biens et de services qui assurent la satisfaction tout comme le Premier ministre chinoisdes besoins personnels et collectifs sans être la Wen Jiabao, ont également contesté cetteseule condition de l’épanouissement individuel. gouvernance mondiale des ressources naturellesElle s’appuie sur la qualité environnementale en soulignant que l’idée d’un développementet sociale des produits, l’utilisation et durable ne saurait en aucun cas limiter lal’élargissement des formes alternatives de croissance économique des nations. Chaqueconsommation ainsi que sur la réduction des pays doit choisir son propre modèle dequantités de ressources naturelles employées développement « selon sa situation intérieure ».176. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. PwC / Ateliers de la Terre | 79
    • La co-construction de la gouvernance mondiale de l’eau, des ressources naturelles et du climat doit tenir compte de la rareté des ressources et permettre d’assurer un développement humain durable.| 3.4. Co-construire la Gouvernance dans le contexte de la rareté Governance Facility (instance dédiée à la 3.4.1. La nécessaire co-construction gouvernance de l’eau créée par le PNUD). 177 d’une gouvernance de l’eau Pour l’heure, les acteurs privés couvrent 13 % des « La crise de l’eau est largement une crise de besoins en eau de la population mondiale. Mais gouvernance, il est largement admis qu’il y a assez à l’horizon 2025, ils seront susceptibles d’assurer d’eau sur Terre pour tous, même dans les zones 21 % de ces besoins, les 79 % restant étant couverts où il y a des pénuries », écrivait l’OCDE dans un par des opérateurs publics souvent caractérisés rapport publié en 2011. Cette co-construction par un manque structurel d’autonomie financière de la gouvernance doit porter sur l’adaptation et une faible incitation à la performance. progressive des modèles de gestion de l’eau (public, privée, partenariats) aux besoins et Le paysage de la filière privée a considérablement capacités des pays dans lesquels les services évolué ces dernières années. Le Big five sont fournis, sur l’intégration des enjeux de l’eau (Suez, Veolia, Saur, RWE et Agbar) a vu ses aux politiques alimentaires, énergétiques et parts de marché chuter de 42 % entre 2001 sécuritaires impactant ces ressources ainsi que et 2011, tandis que les acteurs privés des pays sur la mise en œuvre effective du droit à l’eau. émergents ont gagné du terrain et couvrent désormais 40 % de la population de ces pays. Gestion de l’eau : l’adaptation des modèles aux besoins et capacités des pays Dans les milieux ruraux et semi-urbains des PVD, la gestion de l’eau peut également être La clarification des rôles est souvent un gérée de façon communautaire. Cependant des points de départ obligés pour résoudre si les modalités participatives permettent de la crise de l’eau. Elle est indispensable pour favoriser l’expression des populations locales, permettre ensuite de lutter contre la corruption leurs compétences techniques et leurs capacités selon Håkan Tropp, directeur de Water financières sont en général relativement limitées.178 177. T. Lescuyer. « La crise de l’eau est une crise de gouvernance ». Novethic 01-08-2012. 178. PwC, « L’eau : enjeux, dynamiques, solutions ». Mars 2012. 80 | Pour réussir Rio +30 : Mieux co-construire | 2012
    • Dans son rapport sur l’eau publié en 2012,PwC constatait par ailleurs que la questionde la performance technique et de l’efficacitémanagériale sont centrales pour l’avenir de lafilière eau. C’est dans cette perspective qu’ilserait souhaitable de poser la question dumodèle de gestion public-privé : « l‘intervention Vers un droit à l’eau effectif ?du secteur privé pourrait être envisagée afin depermettre un meilleur accès à l’eau potable et à La gestion des ressources en eau a fait l’objetl’assainissement via une approche progressive de négociations constantes de la communautéde la prise de risque des opérateurs ainsi qu’une internationale, depuis la conférence de Mar deltarification des services transparente et équilibrée. » Plata en 1978, qui a lancé la décennie internationale de l’eau potable et de l’assainissement. 181 EnEnjeux sécuritaires de l’eau 1992, la conférence internationale sur l’eau et l’environnement de Dublin et le Sommet de la Terre15 % des pays du monde dépendent de plus de à Rio ont permis de considérer l’eau comme un50 % des ressources des pays en amont. Si la bien naturel, culturel, collectif et patrimonial.182possibilité d’un conflit armé ayant pour seulmobile l’appropriation des ressources hydriques L’Assemblée générale de l’ONU a adopté le 28 juilletconstitue une hypothèse peu probable, l’eau 2010 une résolution sur le « droit fondamentaldevient un axe majeur de coopération entre les de l’eau et de l’assainissement » dans lequel ellepays. Ainsi, 260 bassins fluviaux sont partagés déclare que le « droit à une eau potable salubrepar plusieurs Etats et 145 pays partagent avec et propre est un droit fondamental, essentiel aud’autres des ressources hydrauliques. Nombreux plein exercice du droit à la vie et de tous les droitssont les Etats d’Afrique du Nord et du Moyen de l’homme ». Elle demande aux Etats et auxOrient qui dépendent entièrement des pays organisations internationales de fournir lesvoisins pour leur approvisionnement en eau. S’il ressources financières, de renforcer les capacitésexiste des différends historiques, géopolitiques, et de procéder à des transferts de technologies, enidéologiques et religieux entre pays voisins, particulier en faveur des pays en développement.l’accès à l’eau peut fortement les amplifier. Ces engagements ont été renouvelés lors du denier Forum mondial de l’eau (Marseille,Le Programme mondial des Nations unies pour mars 2012) ou lors du Sommet de Rio+20.l’évaluation des ressources en eau, 179 appelleà « mieux prendre en compte l’eau, comme sujet En réalité, ce droit à l’eau était déjà partiellementtransversal, dans l’ensemble des politiques ». L’ONU consacré tant au plan international, dansappelle à « reconnaître les liens entre les ressources plusieurs traités internationaux, régionaux eten eau et les autres crises mondiales ». Cela nécessite déclarations de chefs d’Etat, que national, dansl’action conjointe « des leaders du domaine de l’eau les constitutions 183 et les lois 184 de certains pays.et des décideurs en dehors du secteur ». En effet, Si la reconnaissance par l’AG de l’ONU de celes éléments qui déterminent les ressources en droit représente une avancée importante, c’esteau « ne devraient pas être considérés isolément surtout l’effectivité et les moyens permettantdes facteurs politiques, sociaux et économiques d’y aboutir qui représentent l’enjeu principal.associés, ou des éléments qui les influencent ». 180 Dans son étude « l’eau : enjeux, dynamiques,Ces enjeux alimentent les négociations solutions », PwC identifiait ainsi plusieursinternationales sur le droit à l’eau. axes qui permettraient d’améliorer l’accès à l’eau et l’effectivité de ce droit.179. Rapport mondial des Nations unies sur la mise en valeur des ressources en eau (WWDR4), mars 2012.180. COLLET P. « Forum mondial de l’eau : des décisions importantes « sont dictées par des dynamiques externes » au secteur de l’eau (ONU) ». AEDD. 16 mars 2009.181. PETITJEAN O. « Gouvernance de l’eau : l’évolution des modèles au niveau international ». Mai 2009.182. Comité de Prospective du Comité 21 : « Temps de crise financière, économique, écologique et sociale : enjeux, contradictions, opportunités ».183. Dont Belgique, Afrique du Sud, Colombie, Équateur, Éthiopie, Gambie, Ouganda, Panama, Philippines, Uruguay, Venezuela et Zambie.184. Dont Algérie, Argentine, Burkina Faso, Indonésie, Mauritanie ou Nicaragua. PwC / Ateliers de la Terre | 81
    • En matière de transparence des secteurs publics populations car ils seront seuls susceptibles et privés, plusieurs réformes peuvent être menées d’assurer un véritable développement durable comme la mise en place de mécanismes de du secteur. Au niveau mondial, les coûts de contrôle, afin de se prémunir de la corruption, l’approvisionnement en eau potable sont en et une information sur le prix et la qualité de effet estimés à près de 224 Mds USD en 2010 et l’eau, nécessaires pour assurer une bonne gestion devraient atteindre 286 Mds USD à l’horizon 2016. du secteur et protéger les consommateurs. Le coût de l’assainissement de l’eau est quant à lui estimé à 171 Mds USD. En la matière, un Concernant la gouvernance, PwC insiste sur la équilibre doit être trouvé entre les trois sources nécessaire continuité des décisions politiques de financement que sont les tarifs, les taxes et les qui viendraient concrétiser une vision inscrite transferts, autrement dit le prix de l’eau, les impôts dans le temps et l’espace, notamment en et les aides publiques au développement. 185 termes de financement et d’investissement, pour voir aboutir des projets de long terme. Ces réformes contribueraient ainsi à sécuriser l’accès à l’eau, élément vital, indispensable Il y a une également une impérieuse nécessité au développement humain et économique et d’identifier des financements innovants, à faire « qu’au temps des incantations succède d’accroître les financements publics et les aides le temps des solutions et des réalisations » internationales pour satisfaire les besoins des selon l’appel de Loïc Fauchon. Le point de vue de Loic Fauchon « La sécurisation de l’eau, c’est d’abord la sécurité d’une vie digne. C’est la promesse de disposer d’une eau suffisante pour nourrir et soigner la population planétaire. C’est ensuite la sécurité économique et sociale pour produire biens et services dans un cadre juste et incitatif. C’est aussi, obligation plus nouvelle, la sécurité écologique pour assurer la préservation de la biodiversité autant que la vie des générations futures. Impératif majeur et à court terme, cette « Water Security » s’inscrit parmi les nécessités stratégiques du monde de demain, au même titre que la sécurisation des ressources rares, de la mer ou des univers chimique et nucléaire… Cette sécurisation mêle indissociablement eau et énergie que nous devons, l’une et l’autre, consommer moins et gérer mieux. Le Conseil Mondial de l’Eau demande que soit garantie une énergie à bas coût, nécessaire à la disponibilité de l’eau. Nous demandons également aux Etats d’imposer très vite, au cœur de la négociation climatique, un « paquet eau-énergie » pour accroître le financement des grandes infrastructures de l’eau et de l’assainissement. Faire accepter que la sécurité de l’eau soit érigée en priorité planétaire relève d’une volonté internationale exceptionnelle (..). A travers elle, il s’agit de garantir une croissance acceptable et un développement harmonieux. Que la planète soit bleue ou la croissance verte, la couleur importe peu. Ce qui compte, c’est la nature, la qualité et la durée de cette croissance. C’est que, basée sur la maîtrise de l’eau et de l’énergie, elle soit suffisante, partagée, équitable et respectueuse de l’homme comme de la nature. Ce que le monde attend de nous aujourd’hui, c’est qu’au temps des incantations succède le temps des solutions. Et des réalisations. Car au-delà des discours et des déclarations, notre planète a besoin d’actes concrets et crédibles. » Loic Fauchon, Président du Conseil Mondial de l’eau « Vers Rio +20 : plaidoyer pour la sécurisation de l’eau » Les Echos.fr 22 mars 2012 185. PwC, « L’eau : enjeux, dynamiques, solutions ». Mars 2012.82 | Pour réussir Rio +30 : Mieux co-construire | 2012
    • • la division par deux de la destruction des habitats3.4.2. Biodiversité, désertification naturels (dont les forêts) et lorsque c’est possibleet océans, quelques petites l’arrêt total de ces destructions ; • la restauration de 15 % des habitats dégradés ;questions de gouvernance en • la définition de 17 % d’aires terrestres protégéessuspens… et de 10 % de zones marines et côtières protégées (A la fin de 2010, les zones protégées couvraientLa biodiversité, la désertification et les océans 12,7 % de la superficie terrestre mondiale maisétaient des thèmes importants de la conférence de cette protection s’étendait à 1,6 % de la superficieRio en 1992. Le sommet de Rio+20 a permis de totale des océans) ;dresser un bilan des avancées et des faiblesses de • la mise en place « d’efforts spéciaux » pourla gouvernance internationale de ces ressources. réduire les pressions exercées sur les récifs coraliens ;Biodiversité • et « l’élimination » ou au moins la « réduction progressive » des « subventions néfastes » pour laLa convention sur la diversité biologique diversité biologique. 186(CDB), signée à Rio en 1992, prévoyait la miseen place d’un mécanisme d’accès aux ressources Le protocole ouvre par ailleurs la voie à unegénétiques et le partage de leurs avantages. nouvelle répartition des bénéfices entre lesCette convention fixait trois objectifs : la utilisateurs des ressources et leurs détenteurs.conservation de la biodiversité, l’utilisation Les entreprises devront désormais déposer unedurable des espèces et des milieux naturels et demande officielle auprès du pays concerné. Desle partage juste et équitable des bénéfices issus agences seront chargées de l’enregistrement dude l’utilisation des ressources génétiques. consentement et de la vérification du respect des accords signés. 187 Les modalités doiventLa Convention Biodiversité et le plan de mise être définies par les politiques nationales.en œuvre de Johannesburg (JPOI) avaientégalement fixé, mais sans réelle base scientifique Faute de consensus, cinq questions n’aurontni indicateurs, un objectif visant d’ici 2010 à cependant pas été véritablement résolues : la« réduire de façon significative le rythme de perte de prise en compte ou non des savoirs traditionnelsla biodiversité ». Cet objectif n’a pu être atteint mais liés à la biodiversité (uniquement les ressourcesil a été repris dans les négociations ultérieures. génétiques ou également toute substance produite par un être vivant) ; les liens avecLa Conférence de Nagoya en octobre 2010 était d’autres instruments internationaux traitant desla dixième conférence des parties de la CDB. échanges de matériel génétique (OMS/FAO) ; lesElle a permis un accord de principe sur les trois points de contrôle sur le respect des obligationspiliers de la Convention : le partage équitable dans les pays utilisateurs (mesures attestantdes ressources génétiques entre pays du Nord du consentement du pays détenteur ou contratet du Sud ; l’adoption d’un plan de protection sur la répartition des bénéfices à venir) et lede la biodiversité et la création d’un mécanisme financement 188 (mécanismes de financementfinancier pour y parvenir. Le protocole pour l’accès innovants ou financements publics volontaires). 189et le partage des avantages tirés de l’exploitationdes ressources génétiques, devenu « Protocole Ces enjeux pourront notamment être abordésde Nagoya », a été voté, après huit années de lors de la 11e conférence des parties de la CdPnégociations et entrera en vigueur en 2012. qui se tiendra à Hyderabad du 8 au 19 octobre 2012. Cette réunion sera la première pour évaluerLe « plan stratégique d’action pour la mise en œuvre du pacte de la biodiversité2020 » de préservation de la biodiversité de Nagoya. Il est prévu que les pays présententcomprend 20 objectifs précis (mais leurs stratégies et plans d’action internationaux.non contraignants) notamment : D’autres questions de gouvernance internationale des ressources naturelles restent en suspens.186. SMEE V. « Biodiversité : le sommet de Nagoya s’achève sur un bilan positif ». Novethic 2 novembre 2010.187. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre.188. VEILLARD P. « Conférence de Nagoya, un verre à moitié plein », Défis Sud o 98 décembre 2010, janvier 2011.189. Le Japon a fait une promesse de 2 Mds de dollars de financement sur 3 ans et la France 200 millions d’euros d’ici 2012. PwC / Ateliers de la Terre | 83
    • La lutte contre la désertification un système de vérification des engagements. Des améliorations significatives ont par ailleurs Aujourd’hui, près de 40 % des terres et près été constatées sur le terrain, pour la période de 2 Mds d’habitants sont touchés par la de 1983-2003, dans la région Est du Sahel avec désertification, avec comme conséquences un regain encore fragile de la végétation. des famines, des pénuries d’eau, des pertes de biodiversité, des exodes… entrainant Ces enjeux sont repris dans la déclaration finale des tensions économiques, sociales entre de la conférence de Rio+20 qui reconnait le les populations et entre les pays. poids économique et social des terres et des sols, et leur contribution dans la croissance La Convention des Nations Unies sur la économique durable, l’agriculture durable, lutte contre la désertification (CLD) est la la sécurité alimentaire, l’égalité des genres, troisième des conventions adoptées en 1992 l’autonomisation des femmes, et l’éradication de mais ce sujet n’a pas bénéficié d’un statut la pauvreté. Les Etats soulignent par ailleurs le prioritaire de la part de beaucoup de pays. 190 défi global que représentent la désertification, la dégradation des terres et la sécheresse pour le La mise en œuvre de cette convention s’est développement durable notamment dans les pays néanmoins traduite par un plan stratégique 2008- en développement et les pays les moins avancés. 191 2018, une centaine de plan d’action nationaux et La gouvernance mondiale des océans La Convention sur le Droit de la mer constitue le texte principal en matière de droit maritime La Conférence de Rio+20 s’est emparée de mais un vide juridique subsiste concernant l’enjeu des océans, en soulignant la nécessité la haute mer et les ressources minières des d’une exploitation durable des ressources fonds marins. Le taux de couverture du marines renouvelables tout en fixant un milieu marin par des zones protégées est resté cadre de protection et de préservation inférieur à 1 % et l’objectif de créer un réseau des écosystèmes côtiers et marins. représentatif d’aires marines protégées en 2012 est non effectif. La gouvernance mondiale des océans manque également d’efficacité sur la lutte contre la pêche illégale ou irrégulière, le programme de protection des récifs coralliens et le contrôle de l’activité pétrolière offshore qui affecte des zones de plus en plus profondes. Le texte de la déclaration finale de RIO+20 accorde une part très importante à cette thématique, et reconnait que les océans, les mers et les côtes forment une composante essentielle et intégrée dans les écosystèmes de la Terre et jouent un rôle critique dans sa durabilité. 192 190. Organisation Internationale de la francophonie « Mettre au monde une économie verte équitable et une gouvernance démocratique de la planète dans un cadre de développement durable ».2012. 191. Idem. 192. Organisation Internationale de la francophonie. « Mettre au monde une économie verte équitable et une gouvernance démocratique de la planète dans un cadre de développement durable ». 2012.84 | Pour réussir Rio +30 : Mieux co-construire | 2012
    • Le point de vue de Robert Calcagno « Rio+20 est un succès, car c’est la première conférence mondiale où la question des océans a vraiment été prise en compte, même si l’on peut mieux faire pour les protéger. Si l’on souhaite un consensus, on ne peut pas arriver à un texte contraignant, mais à l’expression d’une intention pour avancer par la suite. Rio+20 a donné une feuille de route à suivre pour les mois à venir. Le paragraphe 162 propose de négocier sur un instrument international pour mieux prendre en compte la protection de la biodiversité marine en haute mer, avant la fin 2014. On ne peut pas avancer sur tous les points à la fois. La haute mer a toujours été considérée comme un espace de liberté, c’est un changement culturel qui nécessitera des années. Auparavant, moins accessible, la mer se protégeait par elle-même. Aujourd’hui, les moyens technologiques pour la pêche et l’exploitation pétrolière ont entraîné une nécessité de règles de contrôle. La mer doit devenir un espace de développement durable. Les ressources halieutiques et pétrolières sont des clés de l’avenir de l’humanité. Si l’on ne veut pas que soient pillées toutes les richesses en 20 ans, il faut mettre des règles en place. » 193 Robert Calcagno, directeur général de l’Institut océanographique Rio et Kyoto : des expérimentations qui3.4.3. Gouvernance du climat et de ne parviennent pas à faire systèmel’énergie, la trop lente politique des La Convention-Cadre des Nations Unies« petits pas » ? sur les Changements Climatiques a mis en place un cadre global de l’effortLes menaces d’atteindre des effets de seuil intergouvernemental pour faire face au défidans l’altération de la fonction régulatrice posé par les changements climatiques. Laessentielle qu’est le climat, s’accélèrent. Les Convention vise clairement à « stabiliser lesnégociations internationales ne paraissent concentrations de GES dans l’atmosphère à unpas pour autant permettre la prise de mesures niveau qui empêche toute perturbation anthropiqueadaptées à l’urgence. La gouvernance de ces dangereuse du système climatique » sans pourenjeux énergétiques et climatiques, dénominateur autant fixer d’objectifs contraignants.commun et, peut être, facteur dominant dudéveloppement durable, doit entre améliorée. La CCNUCC a permis la reconnaissance de la réalité du changement climatique et de sa causeLe changement climatique relève de la préservation anthropique, la consécration du principe d’unedes biens publics mondiaux. Il crée des contraintes action commune des pays mais différenciéephysiques nouvelles, remet en cause les équilibres selon leurs responsabilités historiques etNord-Sud et appelle à développer de nouveaux leurs capacités ainsi qu’une incitation à unemodes de gouvernance. La CCNUCC et le action volontaire des pays. La Conventionprotocole de Kyoto ont permis de poser les bases est ainsi devenue un forum majeur ded’une gouvernance mondiale de la lutte contre négociations sur le développement durable.le réchauffement climatique. Des politiquesd’atténuation et d’adaptation ont été mises en Le Protocole de Kyoto a renforcé de manièreplace mais les Etats semblent peiner à prendre significative la Convention en engageant lesdes engagements à la hauteur de l’urgence.193. S. DOURLENS. « Rio+20 est un succès car le texte reconnaît l’importance des océans » (Robert Calcagno, Institut océanographique). AEDD 3 septembre 2012. PwC / Ateliers de la Terre | 85
    • Parties de l’Annexe I (les pays développés) à des Après Durban et Doha, quel futur objectifs individuels, légalement contraignants, de partage des responsabilités ? réduction ou de limitation de leurs émissions de gaz à effet de serre pour la période 1990/2012 194. Le réchauffement climatique soulève de Il a également permis la création de mécanismes nombreux enjeux qui font l’objet d’âpres de flexibilité : permis négociables entre pays discussions lors des sommets internationaux. La développés, mécanisme de développement propre conférence de Copenhague (décembre 2009) (MDP) vers les pays en développement et mise en devait être l’occasion de renégocier la suite œuvre conjointe (MOC) vers les pays en transition. du Protocole de Kyoto. Les pourparlers ont achoppé sur la répartition des efforts Cependant, seules les Parties à la Convention qui financiers et les engagements sur les sont également devenues parties au Protocole réductions des émissions de GES. étaient aussi tenues par des engagements. Les PVD avaient obtenu de ne pas prendre d’engagements La 16e Conférence des Parties a eu lieu à Cancún chiffrés de réduction et réclamaient le droit à au Mexique en 2010. Les principales avancées un développement industriel sans contraintes du sommet concernaient : l’ébauche d’un cadre d’émissions. 195 Entre 1990 et 2005, les émissions institutionnel, la mise en place d’un régime de des pays développés ont diminué de 1 % alors que mesure, reporting et vérifications des efforts de celles des PVD ont cru de plus de 60 % et cette réduction des émissions et la création d’un cadre tendance devrait s’accentuer avec les années. des politiques d’adaptation en faveur des pays en développement notamment grâce à la création Ces instruments constituaient une première d’un fonds vert et d’un système d’aide à la mise étape mais les engagements pris par la en place de plans nationaux d’adaptation. communauté internationale pour lutter contre le réchauffement climatique sont clairement La dernière conférence sur le changement insuffisants. M. Pachauri, président du GIEC climatique s’est tenue à Durban. Les accords de juge ainsi qu’« il est clair que le monde ne fait pas décembre 2011 prévoient deux choses : d’une assez pour abaisser les émissions de CO2. Pourtant part un prolongement de la seconde période du nous avons clairement mis en lumière les bénéfices protocole de Kyoto de 2013 à 2017 ou 2020. La conjoints d’une réduction des émissions en termes date doit être décidée lors du prochain sommet de sécurité énergétique, de qualité de l’air, de climatique qui aura lieu à Doha en novembre 2012. production agricole, de création d’emplois… » 196 Les 37 pays développés ayant ratifié le protocole devaient soumettre leurs objectifs chiffrés pour le 1er mai 2012. Plusieurs pays (le Canada, le Japon et la Russie) ont fait part de leur refus de s’engager pour la seconde période. L’accord prévoit d’autre part le lancement d’un groupe de travail appelé « plateforme de Durban », chargé de travailler entre 2012 et 2015, à un « protocole, à un instrument juridique ou à un résultat ayant force de loi », « applicable à tous les pays » à partir de 2020. La conférence de Doha devrait, on ne peut que l’espérer, permettre de faire avancer ces questions. En plus du sujet de la seconde période du Protocole de Kyoto, les Etats devraient prendre des décisions 194. avec -8 % pour l’UE, -7 % pour les USA, -6 % pour le Japon. 195. PwC. « Développement durable, aspects stratégiques et opérationnels ». Editions Francis Lefebvre. 196. ALIX G. et FOUCART S., « Le président du GIEC invitent les dirigeants à se pencher sur la science climatique ». Le Monde. 20 juillet 2011.86 | Pour réussir Rio +30 : Mieux co-construire | 2012
    • concernant le surplus des quotas, le rehaussement communauté climatique française a terminé undes objectifs pour 2020 et sur les financements. exercice de simulation du climat passé et futurLes pays développés doivent en particulier à l’échelle globale. À l’horizon de 2100, pourrenouveler leurs promesses de financements aux le scénario le plus sévère, l’augmentation desPVD pour 2013/2015 et les doubler par rapport températures pourrait se situer entre 3,5 à 5°C, enà 2010/2012 (fonds fast start, 30 Mds USD). tout cas le scénario le plus optimiste prévoit une augmentation de 2°C. Comme l’avait déjà soulignéAu delà de la simple prise de conscience de le rapport de 2007, le réchauffement dépendl’ampleur des enjeux environnementaux, la peu du scénario considéré dans les premièresdifficulté consiste aujourd’hui à faire accepter par décennies du XXe siècle, car il est relativementles pays émergents, nouveaux grands émetteurs uniforme sauf dans les régions arctiques (fontede GES, et aux PVD, y compris les plus pauvres de la glace de mer). Mais à plus longue échéance,qui seront affectés par le changement climatique, vers 2100, le réchauffement est plus intensele fardeau de la réduction des GES, perçu comme sur les continents que sur les océans et est, pardes obstacles à leur développement économique. ailleur, amplifié dans l’hémisphère nord.La question climatique constitue cependant la Le rapport de 2014 devrait souligner et confirmer,figure de proue des négociations internationales selon les scénarios, l’élévation du niveau de lacar elle dispose « d’un caractère concret et mer ; le rapport aura comme nouveauté de séparerd’une puissance symbolique et émotive qui les projections à « court terme » immédiatementdéclenche l’adhésion, elle impose des objectifs utilisables pour les stratégies des décideurs etquantifiés impératifs et elle est associée à un les prévisions à plus long terme. On voit bien lacompte à rebours, le milieu du siècle ». 197 difficulté pour les responsables politiques : leurs décisions doivent être rapides car elles ont desL’attitude incertaine des Etats en matière de conséquences lourdes pour la fin du siècle quigouvernance mondiale de l’environnement vient, mais elles n’auront pas d’effets tangibleslaisse présager plusieurs scénarii : pendant leur mandat et même pendant celui de• un sursaut international et une amélioration des leur successeur immédiat… Tandis que la pénurie systèmes de gouvernance internationale avec la d’énergie ou les ruptures d’approvisionnement en mise en place de mécanismes de contrôle et de énergie sont des causes immédiates de déséquilibre régulation efficaces ; politique. Le développement durable est donc un• un renforcement et un durcissement des des domaines nouveaux comme le dit Cynthia systèmes de gouvernance internationale avec une Fleury, de l’exercice du courage politique. pénalisation du droit appliqué à l’environnement ;• un système international soumis à des jeux de puissances dont les objectifs en termes de croissance économique s’inscrivent progressivement dans des objectifs de développement durable ;• un renforcement des comportements et des attitudes égoïstes des Etats mis sous pression par la recherche des ressources et adoptant une attitude de cavalier seul. 198Le cinquième rapport du GIEC doit être publiéentre septembre 2013 et 2014, date à la quellesera disponible la synthèse des travaux. Déjà, la197. Note de Décryptage des enjeux de la Conférence Rio+20. « Mettre au monde une économie verte équitable et une gouvernance démocratique de la planète dans un cadre de développement durable ». Organisation Internationale de la francophonie.198. Ministère de la défense. Horizons stratégiques 2012. PwC / Ateliers de la Terre | 87
    • Le point de vue de Pierre Ducret « Depuis RIO et la création du GIEC, les grandes avancées dans le domaine climatique sont le protocole de Kyoto, le paquet énergie climat européen et la création de l’ETS et enfin l’adoption d’un objectif de sobriété carbone dans le plan quinquennal chinois. Mais ces trois grandes avancées ont malheureusement été compensées par des reculs : la dynamique de Kyoto a été interrompue à Copenhague et le « post Kyoto » repoussé à 2020 ; l’ETS est fragilisé par la crise économique et financière en Europe ; le prix du carbone est trop faible pour être utile et, pour le moment, il n’y a pas d’initiative politique capable de le faire remonter avant 2020. La seule expérience consistant à créer un dispositif mondial pour orienter les financements vers les investissements réduisant les émissions CO2, à savoir le MDP, est cliniquement morte à ce jour, faute de relais de demande pour ces crédits en dehors de l’Union Européenne. Les efforts de la Chine et des pays émergents ne sont pas à la hauteur des problèmes posés par leur mode de développement : le rythme d’ouverture de centrales thermiques au charbon en est l’indicateur le plus alarmant. Enfin, les Etats-Unis sont devenus franchement résistants à toute initiative dans ce domaine, du fait d’une opinion publique majoritairement climato-sceptique et plus que jamais désireuse de ne pas changer de mode de vie et de société. Faudra-t-il un Pearl Harbour pour que la première économie mondiale se mobilise pour de bon ? Les outils économiques permettant de modifier le fonctionnement spontané des marchés en faveur de la transition écologique et énergétique de l’économie mondiale sont indispensables. Je ne vois pas comment cette transition pourra se faire assez rapidement, sans signal prix de l’externalité (en l’occurrence, du carbone) suffisamment incitatif. Et je pense qu’il sera encore plus difficile d’émettre ce signal par un système de taxes que par un système de quotas. Il n’y a aujourd’hui aucune incitation économique favorisant ces investissements par rapport à ceux qui se portent vers les énergies fossiles, que l’augmentation des prix de l’énergie accélère.88 | Pour réussir Rio +30 : Mieux co-construire | 2012
    • Dans les pays de l’OCDE, en s’appuyant sur l’augmentation des prix de l’énergie,des politiques peuvent être lancées dans le domaine de l’efficacité énergétique,d’autant plus qu’elles sont convergentes avec les préoccupations de compétitivitéet d’emploi. Mais cela n’est vrai que si l’augmentation du prix de l’énergie estrépercutée sur les tarifs, ce qui n’est pas le cas en France par exemple.Dans un autre registre, celui des opinions publiques et des comportements, ilme semble que le comportement des élites est déterminant. Le mimétisme est eneffet un ressort essentiel de l’évolution des sociétés. On ne peut pas demanderaux peuples de changer si les élites ne montrent pas l’exemple. Il y a un effetd’entrainement qui pousse à s’aligner sur les modèles de consommation.Sur le plan diplomatique, malgré la lenteur du processus, on peut rester optimistesur le rapprochement en cours entre l’Europe et les grands pays émergents. Maisles progrès dans ce domaine dépendent beaucoup de la politique européennequi doit gagner en consistance et en homogénéité. L’Europe est le continent leplus avancé et le plus ambitieux dans la lutte contre le réchauffement mais ellen’est pas capable de défendre l’efficacité de ses instruments économiques commel’ETS ou de s’exprimer d’un seule voix dans les négociations mondiales.L’Europe ira-t-elle au bout du seul projet qui puisse la sortir de la crise,gagner sa compétitivité future sur l’avance qu’elle peut prendre dans laconstruction d’une économie sobre en consommation de ressources ? Celaaurait un impact très important sur les négociations futures et sur l’économiemondiale, par effet d’entrainement, y compris sur les Etats-Unis. » Pierre Ducret, Président de CDC Climat PwC / Ateliers de la Terre | 89
    • Pour le grand public, dans la vie courante, quand on dit co-construction, on pense plutôt à la co-construction cinématographique, audiovisuelle, etc. Lorsqu’on coproduit, on rassemble des fonds pour produire du rêve, de la fiction, comme une démocratie est faite d’utopies mais aussi de moyens pour la faire vivre.| 3.5. Co-construire à 7 milliards ? des décisions qui déterminent son existence 3.5.1. Qu’entendons-nous par co- et de pouvoir s’organiser au plan local comme construction ? international. Les collectivités publiques, entreprises, syndicats, ONG, citoyens doivent être associés à Avons-nous aujourd’hui une co-construction l’élaboration des politiques locales. La réussite démocratique ? C’est la question que posait en de processus de démocratie de co-construction aout 2012 l’Université d’Eté de la Communication nécessite de respecter l’esprit des propositions pour le Développement Durable (ACIDD) en récoltées lors des débats participatifs pour aboutir s’interrogeant sur l’efficacité d’une « coproduction à des choix, obtenir l’adhésion de chacun et sa » signifiante pour édifier des modes de contribution active. Il est donc essentiel que développement plus durables. Beaucoup d’acteurs toutes les phases de mise en œuvre des politiques ressentent la nécessité de co-construire, au niveau publiques, de l’élaboration jusqu’à l’évaluation, national et local, une démocratie plus participative, soient ouvertes aux acteurs économiques, aux indispensable pour assurer les transformations structures de la société civile et aux citoyens. » 199 profondes des représentations antérieures. Cette nécessité s’est imposée par la prise de conscience L’exercice même du développement durable que les bouleversements majeurs concernent est une co-construction, comme l’exprime la l’ensemble de la planète et que la mise en œuvre fameuse expression « parties prenantes » ; on des changements doit s’appuyer sur la société civile. ne fait pas, on n’instaure pas le développement durable sans œuvrer avec une communauté « Cette démocratie de co-construction se définit mondiale, locale, qui œuvre pour que la planète par le droit de chacun à contribuer à l’élaboration soit viable. Certes, dans la déclaration de Rio 199. Organisation Internationale de la francophonie. Note de Décryptage des enjeux de la Conférence Rio+20. « Mettre au monde une économie verte équitable et une gouvernance démocratique de la planète dans un cadre de développement durable » 2012. 90 | Pour réussir Rio +30 : Mieux co-construire | 2012
    • 1992, le mot « co-construction » n’est pas inscrit La co-construction a aussi un peu à voir avec lade cette manière, mais « agir ensemble », oui ; gouvernance. Pierre Rosanvallon nous dit dans sondans les Agenda 21, c’est une production de tous livre : « les décideurs publics se sont d’abord trouvésles citoyens ensemble, pour faire une démocratie confrontés à un phénomène qualifié par la sciencelocale dans un environnement meilleur. Au politique d’irruption des publics, se trouvant désormaisniveau mondial, c’est une co-construction de tous obligés d’associer un nombre toujours croissant deles pays, de toutes les souverainetés nationales « parties prenantes ». Leurs décisions ont ensuite pris laparce que c’est dans le cadre de l’ONU, mais aussi forme de processus itératifs complexes en rupture avecavec de plus en plus d’ONG, avec de plus en plus l’habitude ancienne de choix tranchés. La notion ded’acteurs citoyens, de contributions via Internet. gouvernance renvoie donc là à un monde de régulation caractérisé par des formes souples de coordinationIl est de plus en plus utopique de faire greffées sur une succession de rendez-vous. »travailler ensemble non pas quatre, maissept milliards d’individus, et un, deux outrois milliards de plus les trente prochainesannées. Encore faut il s’entendre sur ce queveut dire exactement une co-construction…Pierre Rosenvallon, dans son livre « La légitimitédémocratique » 200, rappelle que ce n’est passeulement la participation ; Tocqueville quandil parlait de « démocratie d’association » nous amontré que les citoyens devaient participer pourqu’il y ait une véritable démocratie comme enAmérique. Beaucoup d’autres penseurs ont théorisécela – comme John Dewey. Pourquoi ? Parce qu’ilne suffit pas de participer pour coproduire. On La co-construction s’épanouit dans la sphère de lapeut participer à quelque chose sans coproduire. gouvernance plus que dans celle de la démocratie. Nous parlons beaucoup de gouvernance deLa participation n’est pas – mais c’est aussi un développement durable, de gouvernance depeu – une délibération. Nous connaissons tous l’environnement, de gouvernance de la biodiversité.la démocratie délibérative. Une « délibération », Nous avons par là une succession locale et mondialeau sens classique, est approuvée par une d’approches d’un système complexe, utopiquementinstance démocratique et la démocratie accessible à tous, de moyens d’influer sur la raretédélibérative de la société civile ne vise que et sur le deuil de l’équilibre antique de la planète.la recherche d’un consensus. Donc la co-construction est un peu la délibération. La co-construction est délibérative, participative, elle s’épanouit dans la gouvernance, elle interagitLa co-construction est évidemment un peu avec l’opinion ; finalement, on peut dire qu’ellele reflet de la « proximité » ; en matière de qualifie l’exercice démocratique de ce à quoidéveloppement durable, la proximité est essentielle nous sommes aujourd’hui obligés, c’est-à-direparce que c’est dans l’environnement local, la co-viabilité : nous devons vivre ensemble, àau plus près de l’environnement naturel, que 7 milliards en gardant une planète viable.sont sensibles les changements climatiques, laperte de biodiversité, la sécheresse, le manque A cela, il y a un certain nombre de conditions.d’eau, etc. et que sont donc intelligibles lesnouveaux enjeux de la vie de la biosphère.200. P. Rosanvallon. La Légitimité démocratique. Impartialité, réflexivité, proximité, Le Seuil, 2008 ; Points Essais ISBN 978-2-7578-1788-9. PwC / Ateliers de la Terre | 91
    • de communication arrivent à ce qu’une partie 3.5.2. Conditions et méthodes de de l’humanité « tchate » sans produire, tout en la co-construction ayant l’air de coproduire et qu’une autre partie de l’humanité, qui n’a pas forcément accès à ces La première c’est la non violence. On oppose communications se taise, et se taise jusqu’à ne très souvent la compétition à la co-construction. plus voter, puisque le vote est finalement parfois Il est clair que dans ce monde où la compétition plus inaudible que ces types de communication. est prônée, et qu’on oublie d’ailleurs l’origine du mot compétition qui est « rechercher avec » Enfin il faut une méthode et cette (competere en latin). Nous devons considérer méthode est difficile à mettre en œuvre la compétition comme une manière de vivre et parce qu’elle vise à simplifier de la de créer ensemble avec peut-être une émulation complexité sans cependant la réduire. saine ; émulation et compétition n’ont rien à voir. Illustrons par deux exemples la co-construction en Deuxième condition, la confiance en tout cas matière de développement durable, le bon exemple une recherche de confiance à élaborer entre c’est le coworking, exemple d’une nouvelle forme toutes ces parties prenantes que sont aujourd’hui de travail dans le développement durable qui les acteurs du développement durable. consiste à utiliser de moins en moins de transports, à avoir des liens avec les autres, par le biais de Troisièmement, il y a l’écoute et le fameux plateformes communes, à utiliser pour travailler « tenir compte de » de l’article de la Convention de plus en plus les nouveaux instruments de la d’Aarhus, c’est-à-dire que l’on doit tenir compte des communication et donc à travailler sans polluer. avis des parties prenantes ; celui des générations présentes, mais aussi des générations futures. Or, Deuxième exemple, co-investir, par exemple si il est impossible de savoir ce que vont penser les Bouygues et SFR travaillent ensemble pour générations futures, en particulier des catastrophes essayer de coproduire, à cause d’ailleurs de la que l’on a provoquées, il faut en tout cas tenir raréfaction des réseaux. Plusieurs dirigeants, compte des conditions de vie qu’on leur lègue. dont d’ailleurs le PDG de France Télécom, Stéphane Richard, se sont déclarés en accord Quatrième condition, c’est la communication avec le co-investissement. Cette méthode est parce que l’on ne peut absolument pas beaucoup plus employée dans les pays émergents, coproduire, être informé correctement et faute de moyens, que dans les pays du Nord. équitablement sans échanger l’information avec les autres coproducteurs. En revanche, il n’y a pas eu de clés instrumentales à Rio +20 de la part des décideurs onusiens pour Au-delà de ces quatre conditions, quelles « tenir compte » de l’opinion, non pas de sept seraient les clés pour coproduire ? milliards d’individus, mais d’au moins 500 millions de citoyens venant des « groupes majeurs » qui La première, c’est un droit négocié. La ont pourtant participé à l’élaboration de Rio +20. responsabilité sociale et environnementale L’impasse et l’aporie ont donc régné pendant (RSE) et toutes les démarches ISO en sont les trois sessions préparatoires. Le Brésil, pays l’illustration. Il nous faut donc absolument émergent et pays hôte de la conférence, a refait un arriver à construire un droit de la régulation texte à sa main et l’a « adjugé ». Quand il n’y a pas pour avoir un cadre de la co-construction, car de méthode de co-construction, la nation la plus sinon, on ne parvient qu’à l’énorme « tchat » puissante prend le pouvoir. Il faut donc que cette mondial qui s’est produit lors de Rio 2012, bruit nouvelle démocratie participative, délibérative, de fond citoyen plus qu’avancées véritables. « gouvernementabiliste » se forge une méthode. Il faut qu’elle essaie de fonder la co-production, Deuxièmement, il faut du temps, parce que le futur gouvernement du monde fait de la co-construction nécessite une maturation. différentes entités concentriques, pour éviter une Il ne faut pas du tout que les nouveaux modes confiscation par la puissance, forcément violente.92 | Pour réussir Rio +30 : Mieux co-construire | 2012
    • Le point de vue de Monique Barbut Rompre l’opposition entre compétitivité et durabilité Monique Barbut vient de quitter la Présidence du Fonds pour l’environnement mondial, et a depuis la conférence de Rio en 1992 une expérience approfondie dans les domaines des stratégies et financements du développement durable au niveau international. Elle a retiré une mauvaise impression de Rio +20, en tout cas en ce qui concerne l’attitude des politiques, mais pense que les motivations des décideurs économiques sont beaucoup plus fortes pour économiser les ressources naturelles, dont dépend la production. « Défendons le futur de nos entreprises » se traduit maintenant pour eux dans la mise en place d’un développement économique plus durable, et leur responsabilité sociale et environnementale est pour eux partie intégrante de leur responsabilité de producteur et d’entrepreneur. Elle pense que les mesures adoptées ont été des demi- mesures et que la Déclaration n’est faite que de généralités, malgré des avancées ponctuelles. Le pilier économique du développement durable en particulier n’a pas été porté par l’ONU avec des financements innovants, ce qui met en danger la lutte contre le réchauffement climatique. Elle défend la mise en place par les Européens d’une taxe climatique aux frontières sur les produits qui, par leur processus de fabrication, contiennent plus de CO2 que ce qui est autorisé pour les produits fabriqués en Europe. Les pays les plus pauvres en seraient exemptés, et même une partie des recettes pourrait être dédiée à verdir leur économie ou au Fonds vert pour le climat ; tout le monde serait à égalité de cette manière, et la concurrence internationale ne s’opérerait plus au détriment des biens publics comme le climat ou la biodiversité. Elle demeure finalement optimiste en 20 ans, le monde a une compréhension universelle des enjeux planétaires et les classes moyennes, en Chine l’équivalent de la population européenne, pousseront les Pays émergents à mettre en place des politiques de protection de l’environnement et donc de préservation de la santé pour eux et leurs enfants. Monique Barbut est l’ancienne directrice générale et présidente du Fonds pour l’environnement mondial (FEM)Coproduire le développement durable, dontl’histoire retiendra peut-être que la premièretentative au niveau mondial s’est faite à Rio 2012,n’est donc pas une utopie globalisante, mais peutinstaurer, à tous les échelons de la vie sociale de laplanète, des perspectives d’action sans frustration.Agir en coproduisant, est ce finalement possible ?Comme le dit le rapport Resilient People, ResilientPlanet « Le développement durable n’est pas unaboutissement mais plutôt un processus dynamiqued’adaptation, d’apprentissage et d’action » PwC / Ateliers de la Terre | 93
    • Conclusion0494 | Conclusion | 2012
    • Le Paragraphe 13 du rapport Resilient People, Resilient Planet a appelé de manière trèsjudicieuse à « une nouvelle économie politique » au service du développement durable,et s’en est expliqué, esquissant là, sans dire le mot, une co-construction nouvelle : « Celasignifie, par exemple, renforcer les échanges entre les spécialistes de l’environnement etles personnes chargées de l’élaboration des politiques ; admettre l’échec des marchés danscertains domaines relatifs à l’environnement, tels que les changements climatiques, ce quiexige d’adopter des réglementations et de procéder à ce que les économistes appelleraientle chiffrage des externalités environnementales, tout en expliquant expressément le coûtde l’action et de l’inaction économique, sociale et environnementale ; prendre acte del’apport de l’innovation, des nouvelles technologies, de la coopération internationale et desinvestissements lorsqu’il s’agit de trouver des solutions et d’instaurer les conditions d’une plusgrande prospérité ; admettre qu’il faut s’entendre sur la démarche à adopter pour mesurer lecoût économique de l’exclusion sociale, par exemple le coût associé à l’exclusion des femmesdu marché du travail ; admettre que les marchés privés ne peuvent à eux seuls mettre unterme à l’insécurité alimentaire ; demander aux organisations internationales, aux pouvoirspublics et aux entreprises de rendre compte tous les ans des résultats qu’ils obtiennentsur le plan du développement durable au regard de mesures de viabilité communes. »Et d’admettre « qu’il s’agit d’un défi majeur pour la classe politique. Tant que celle-ci n’aura pas fait sienne la notion de développement durable, il ne saurait y avoir deprogrès. » Peut-on mieux dire ? Mais pouvait-on le dire ? Nous aurions tendance à penserque ce propos était trop perturbateur pour être débattu à la tribune de l’ONU…En revanche, la société civile, qui englobe pour nous la société économique, aété frustrée que ce débat n’ait pas eu lieu, et l’échec de Rio +20, que certainsdénoncent, tient à cette absence de fondations nouvelles par les politiques.C’est pourquoi la juste revendication de l’économie verte ne suffitpas, ni d’ailleurs celle de l’économie « positive ». PwC / Ateliers de la Terre | 95
    • Celle-ci trouve un nouvel élan dans les jours où nous finissons d’écrire ces pages. « Comment passer d’une « économie individualiste » fondée sur le court terme à une économie fondée sur « l’intérêt général et l’intérêt des générations futures » ? s’interrogeait Jacques Attali, président de PlaNet Finance. Selon le journal La Tribune : passer d’un « modèle ancien fondé sur l’économie de la richesse » à un modèle dans lequel « les agents économiques auront d’autres obligations que la maximisation du profit, en s’appuyant sur une valeur qui a fait ses preuves, l’altruisme ». L’économie positive, selon Jacques Attali n’est plus une économie marginale. Elle n’est pas non plus une économie subventionnée. Elle crée des emplois, elle dégage des profits et elle est en forte croissance. Elle rassemble entre 5 et 10 % du PIB mondial. Elle joue un rôle de stabilisateur dans la crise dans la mesure où elle est fondée sur l’altruisme, et non pas sur l’individualisme, qui est à la racine des maux actuels. Et le Président de la République française a commenté qu’il fallait modifier le système économique lui-même, la façon de produire et la répartition des richesses et mettre au point les « critères » qui permettront de mesurer l’efficacité des entreprises responsables. Il a tenu à préciser que la nouvelle économie concernait à la fois « le secteur marchand et non marchand ». Propos évidemment à rapprocher du discours de la veille - alors que la presse a pu les opposer ! - qui qualifiait la transition écologique de « puissant levier de croissance, de compétitivité de nos entreprises et d’amélioration de notre bien être collectif ». Nous avons finalement la synthèse des deux livres, « une nouvelle conscience dans un monde en crise, pour une civilisation de l’empathie », et « la troisième révolution industrielle » de Joseph Stiglitz, qui, selon lui, repose sur les liens de la communauté : « quand on est trop pauvre, on pense à sa famille, pas aux pingouins ! Pour être altruiste, il faut bénéficier d’un certain confort individuel. Plus les individus vont s’enrichir au niveau mondial, et plus ils auront à cœur de consommer de façon soutenable, en gardant une bonne qualité de vie » ironisait-il…96 | Conclusion | 2012
    • On voit bien l’attirance que peuvent avoir des entrepreneurs dynamiques vers une économienouvelle de ce type, qui trancherait avec les adeptes des théories de la décroissance etannonciateurs de l’Apocalypse… En fait, les responsables du développement durable fontla même analyse des aspects « positifs » que reflètent des initiatives de toutes parts enmatière de développement durable. Sylvie Lemmet, directrice de la division technologie,industrie et économie du PNUE explique que de nombreux pays sont très dynamiques pourtransformer leur économie mais refusent les contraintes au niveau mondial. Steven Stone,responsable de la branche économie et commerce du PNUE, en charge de l’économie verte,ajoute que « certains gouvernements ont des programmes remarquables pour développerles emplois verts mais cela ne débouche pas au niveau mondial, parce que dans le cadre dela concurrence exacerbée par la mondialisation, les problèmes de leadership se posent ».Compétition plus que co-construction ? Les forces classiques de la violence compétitives’affrontent aujourd’hui aux forces innovantes de la co-construction. Cet affrontement nes’est pas révélé créateur à Rio+20, mais parfois, à des échelles plus humaines, elles peuvents’interpénétrer. Comme le dit dans son Manifeste le Club de Budapest : « La création d’unmonde diversifié, et néanmoins équitable et propice à la communication, implique que l’ondépasse les bonnes paroles sur l’égalité et la simple tolérance des différences des uns et desautres. Laisser les autres être ce qu’ils veulent « tant qu’ils restent dans leur coin du monde »et les laisser faire ce qu’ils veulent « tant qu’ils ne le font pas sur nos plates-bandes », sontdes attitudes pleines de bonnes intentions, mais inadéquates. Comme les divers organes ducorps, les divers peuples et cultures doivent œuvrer conjointement pour soutenir l’ensemble dusystème dont ils font partie – système qu’incarne la communauté des hommes dans son habitatplanétaire. En cette dernière décennie du XXe siècle, les différentes nations et cultures doiventdévelopper la compassion et la solidarité qui pourraient permettre à tous de dépasser le stadede la tolérance passive, pour œuvrer activement ensemble et se compléter mutuellement. » PwC / Ateliers de la Terre | 97
    • Annexes0598 | Annexes | 2012
    • Principales données chiffrées et objectifs à long terme Situation en 2012 Prévisions / Objectifs 1 Environnement 11 % de la population mondiale, soit 783 millions de personnes, En 2025, 35 % de la population mondiale (48 pays ayant plus reste sans un accès à une source d’eau potable améliorée. Les de 2,8 Mds d’habitants) seront touchés par des difficultés populations pauvres et rurales restent désavantagées en ce qui d’approvisionnement ou par un manque d’eau. concerne l’approvisionnement en eau potable. Selon un rapport du PNUD, 90 % de la population du Moyen Le monde a cependant atteint la cible OMD de réduire de moitié Orient et de l’Afrique du Nord devraient vivre dans des pays la proportion de la population sans accès durable à une eau affectés par des pénuries d’eau à cette même date. Certains potable sans danger, en avance de cinq ans sur le programme. Si scénarii prévoient que 5,1 Mds de personnes vivront dans de la tendance actuelle se poursuit, 92 % de la population mondiale telles conditions en 2050. sera couverte d’ici à 2015. OMD 7.3. Réduire de moitié, d’ici à 2015, le pourcentage 31 pays ont des difficultés d’approvisionnement ou des pénuries. de la population qui n’a pas d’accès de façon durable à Augmentation du nombre de personnes vivant dans des bassins un approvisionnement en eau potable ni à des services hydrographiques soumis à un stress hydrique élevé. d’assainissement de base. Aggravation de la pollution et épuisement accéléré des ressources en eaux souterraines. Détérioration de la qualité des eaux de surface dans les pays non membres de l’OCDE ; augmentation de la charge d’éléments nutritifs à l’échelle Eau / Océans mondiale et des risques d’eutrophisation. Il reste 1,1 milliard de personnes, soit 15 % de la population mondiale, qui ne dispose d’aucune installation sanitaire. Près de 2,6 milliards de personnes n’ont toujours pas de toilettes à chasse d’eau et d’autres formes d’assainissement amélioré. Les disparités entre zones rurales et urbaines diminuent pour la couverture de l’assainissement. Avec la moitié de la population des PVD sans services d’assainissement de base, l’objectif de 2015 semble hors de portée. 85 % des eaux usées générées par les activités humaines sont rejetées dans l’environnement naturel. 28 % des stocks mondiaux de pèche surexploités, 52 % avec un Une étude statistique publiée en 2006 pour 48 zones de pêche niveau d’exploitation proche du soutenable. dans le monde montre également que les espèces actuellement En 2009, des 395 stocks de poisson surveillés comptant pour pêchées pourraient quasiment toutes disparaître en 2048 sans 70 % des captures mondiales, 30 % étaient surexploités. mesure supplémentaire de préservation. Atteindre un rendement maximal durable par une réduction mondiale globale de l’effort de pêche de 50 %, par le démantèlement des navires, la réaffectation de la main-d’oeuvre et la gestion de la pêche. Les pratiques agricoles actuelles consomment 70 % de l’eau Objectif : augmenter les niveaux de nutrition à 2 800-3 000 Kcal/ douce dans le monde et contribuent à hauteur de 13 % des personne d’ici 2030 (et les maintenir). émissions de GES. Ressources naturelles / biodiversité 1/8 espèce des plantes connues est menacée d’extinction. 1/5 des espèces vivantes pourrait disparaître en 2030. Chaque année, entre 17 000 et 100 000 espèces disparaissent. OMD 7.2. Réduire la perte de la biodiversité et atteindre, d’ici à Des efforts supplémentaires et des approches novatrices sont 2010, une diminution significative du taux de perte. nécessaires pour atteindre les cibles visant à la préservation des Plan stratégique 2020 du protocole de Nagoya : écosystèmes prioritaires. - Arrêt total des destructions Le nombre d’espèces menacées d’extinction grandit tous les - Restauration de 15 % des habitats dégradés jours particulièrement dans les pays en développement. - 10 % de zones marines ou côtières Propagation d’espèces exotiques envahissantes. Alors que le déclin de forêts a été stoppé dans les zones Objectif : réduction de la déforestation de 50 % d’ici 2030 et tempérées entre 1990 et 2005, il s’est au contraire poursuivi sous augmentation des forêts plantées pour soutenir la production les tropiques avec un rythme de 130 000 km2/an. forestière. La perte nette de forêts au plan mondial a diminué au cours des vingt dernières années, passant de - 8,3 millions d’hectares par an dans les années 1990 à - 5,2 millions d’hectares par an, au cours de la dernière décennie.1. Source : site internet des OMD http://www.un.org/fr/millenniumgoals/ et rapport « Vers une économie verte : pour un développement durable et une éradication totale de la pauvreté » Synthèse à l’intention des décideurs. PwC / Ateliers de la Terre | 99
    • Situation en 2012 Prévisions / Objectifs 1 Onze des années (1995/2006) figurent parmi les douze dernières Dans son 4e rapport, le GIEC estime que la planète se réchauffera années les plus chaudes depuis 1950. Entre 1956 et 2005, la entre 1,8 et 4 degrés avant la fin du siècle. tendance linéaire sur un demi-siècle est prés de deux fois plus Le Protocole de Kyoto fixe des objectifs obligatoires sur les forte que celles constatée sur un siècle. émissions de gaz à effet de serre pour les pays de l’Annexe 1 De 1990 à 2008, les émissions avaient augmenté quasiment en vue de réduire leurs émissions globales d’au moins 5 % par chaque année, avec une croissance particulièrement élevée rapport à leurs niveaux de 1990. depuis 2002. De 2000 à 2007, le taux de croissance annuel des Air/Atmosphère / Climat émissions de CO2 a atteint 3 % (AIE). Elles ont baissé en 2008 mais étaient encore en 2009 supérieures de 39 % au niveau de 1990. Il y a eu une diminution des émissions de GES par unité de PIB (découplage relatif) dans les pays de l’OCDE et les BRIICS. Il y a eu une augmentation sensible des émissions de SO2 et NOx dans les grandes économies émergentes. Les Engagements de Copenhague/ Cancún sont insuffisants pour limiter le réchauffement à 2 °C de manière efficace par rapport aux coûts. Le nombre de décès prématurés liés à la pollution de l’air urbain a augmenté (particules & ozone troposphérique). En 2005, l’université des Nations Unies prévoyait 50 millions de D’ici à 2050, 162 millions de personnes seraient menacées par réfugiés environnementaux d’ici 2010. la montée des eaux et 50 millions par les sécheresses et autres changements climatiques. Economie Sources d’énergie primaire : le pétrole reste l’énergie dominante L’Agence Internationale de l’Energie (AIE) prévoit une hausse de (35 %), suivi par le charbon (25 %) et le gaz naturel (21 %). Les 1,5 % par an de la demande mondiale en énergie jusqu’en 2030 énergies fossiles dominent donc avec 80 % des sources d’énergie liée à la croissance économique mondiale. Ainsi en 2030, la primaires. demande mondiale d’énergie aura doublé par rapport à 2008. La zone Asie-Pacifique absorbe aujourd’hui plus de 30 % de la En 2010 l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) a proposé consommation mondiale contre moins de 20 % au début des un scénario volontariste compatible avec les engagements de années 70. Copenhague (limiter à 2 °C le réchauffement de la planète depuis Energies Les trois grands secteurs consommateurs d’énergie finale sont le début de l’âge industriel) : la consommation mondiale d’énergie l’Industrie, (31 %), l’ensemble résidentiel et tertiaire2 (31 %) et les ne croîtrait que de 21 % d’ici 2035. transports (27 %). Objectif : augmenter l’efficacité énergétique de façon à atteindre les objectifs de consommation d’énergie et d’émissions de CO2 fixés dans le scénario Blue Map de l’AIE AIE ETP 2010, Scénario Blue Map, additionnel. 3 Objectif : accroître la part de ressources renouvelables dans la production d’électricité et la consommation d’énergie primaire pour atteindre au moins les objectifs fixés dans le scénario Blue Map de l’AIE.2. Consommation de l’énergie dans les bâtiments : chauffage et climatisation, électroménager…3. Les chiffres du scénario Blue Map, exposé dans les Perspectives des technologies de l’énergie 2010 (ETP) de l’AIE, représentent seulement l’investissement supplémentaire, totalisant une moyenne de 1,15 billions de dollars par an, et ne comprennent pas les investissements prévus dans le scénario de référence, incluant les investissements nécessaires pour satisfaire l’augmentation de la demande énergétique par le maintien des tendances d’investissement existantes100 | Annexes | 2012
    • Situation en 2012 Prévisions / Objectifs 1 4 Selon le rapport du PNUE de 2007 : « l’empreinte de l’humanité Le volume de minéraux, minerais, combustibles fossiles et est de 21,9 ha par personne, alors que la capacité biologique de biomasse consommés chaque année par l’humanité pourrait matières premières et la Terre est en moyenne seulement de 15,7 ha par personne ». atteindre, d’après les estimations, 140 Mds de tonnes (soit trois Dans les pays développés, la consommation de minéraux, fois les niveaux actuels) d’ici 2050. déchets minerais, combustibles fossiles et biomasse consommés chaque année s’élève en moyenne à 16 tonnes par habitant (et dépasse parfois les 40 tonnes). La quantité mondiale de déchets collectés est ainsi estimée On estime qu’en 2020, la production mondiale de déchets par à un minimum de 2,5 Mds de tonnes. Nos sociétés modernes personne sera de 700 kilos. produisent chaque année autant de déchets que de céréales (2 Objectif : réduire la quantité de déchets allant dans les centres Mds de tonnes) et d’acier (1 Md de tonne). d’enfouissement d’au moins 70 %. En 35 ans, la consommation d’énergie finale des transports Scénario basé sur des politiques qui sont les mêmes que celles mondiaux a été multipliée par deux. Le premier poste de de 2006 : augmentation de 60 % de l’énergie finale du secteur des consommation d’énergie est le transport routier (personnes et transports au niveau mondial et de 55 % de l’usage du pétrole qui marchandises) qui dépend à 95 % du pétrole, suivi du transport reste très dominant en 2030 (93 % contre 95 % en 2004). Transports aérien. ou scénario volontariste de réduction des consommations et La consommation de pétrole dans les transports mondiaux des émissions : limite la production de pétrole indispensable représente 27 % des émissions de CO2 de l’énergie mondiale. aux transports à 63 Mbarils/jour contre 70 Mbarils/jour dans le Cette part, qui représentait 23 % en 1990, est en croissance premier scénario. constante. Objectif : augmenter l’efficacité énergétique de façon à atteindre les objectifs de consommation d’énergie et d’émissions de CO2 fixés dans le scénario Blue Map de l’AIE, et développer les transports publics. Social La proportion de personnes vivant avec moins de 1,25 dollar par jour OMD 1.1. Réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la proportion de est passée de 47 % en 1990 à 24 % en 2008, passant de 2 milliards la population dont le revenu est inférieur à un dollar par jour. à moins de 1,4 milliard. La proportion de personnes vivant dans une OMD 1.2. Assurer le plein-emploi et la possibilité pour chacun, y pauvreté extrême dans les régions en développement est passée de compris les femmes et les jeunes, de trouver un travail décent et 46 à 27 pour cent. productif. 850 millions de personnes ont souffert de la faim dans le monde OMD 1.3. Réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la proportion de durant la période 2006/2008, soit 15,5 % de la population la population qui souffre de la faim. mondiale. A l’échelle mondiale, la part des personnes souffrant de la faim a diminué, passant de 20 à 16 % entre 1990 et 2008. Cependant, en Développement individuel termes absolus, une hausse de 10 % a été enregistrée depuis la période 1990-1992. Environ un quart des enfants de moins de cinq ans souffre d’insuffisance pondérale dans le monde en développement, alors qu’ils étaient près d’un tiers en 1990. Les inscriptions dans le cycle primaire dans les régions en OMD 2. D’ici à 2015, donner à tous les enfants, garçons et filles, développement ont atteint 89 pour cent en 2008, contre 83 pour partout dans le monde, les moyens d’achever un cycle complet cent en 2000. d’études primaires. En 2010, 61 millions d’enfants en âge d’aller à l’école primaire n’étaient pas scolarisés. Plus de la moitié de ces enfants (33 millions) étaient en Afrique subsaharienne et un cinquième de plus (13 millions) en Asie du Sud. Les progrès actuels sont trop lents pour atteindre la cible d’ici 2015. Le ratio entre le taux d’inscription des filles et celui des garçons OMD 3 Eliminer les disparités entre les sexes dans les est passé de 91 % en 1999 à 97 % en 2010, pour toutes les enseignements primaire et secondaire d’ici à 2005 si possible, et régions en développement. La proportion de femmes employées à tous les niveaux de l’enseignement en 2015 au plus tard. en dehors du secteur agricole se maintient à 20 pour cent en Asie du Sud, Asie de l’Ouest et Afrique du Nord.4. L’empreinte écologique comptabilise la demande exercée par les hommes envers les « services écologiques » fournis par la nature. Plus précisément, elle mesure les surfaces biologiquement productives de terre et d´eau nécessaires pour produire les ressources qu´un individu, une population ou une activité consomme et pour absorber les déchets générés, compte tenu des techniques et de la gestion des ressources en vigueur. Cette surface est exprimée en hectares globaux (hag), c´est-à-dire en hectares ayant une productivité égale à la productivité moyenne PwC / Ateliers de la Terre | 101
    • Situation en 2012 Prévisions / Objectifs 1 Le nombre d’enfants des pays en développement qui meurent OMD 4 Réduire de deux tiers, entre 1990 et 2015, le taux de avant l’âge de cinq ans est passé de 100 à 72 décès pour 1 000 mortalité des enfants de moins de 5 ans. naissances vivantes entre 1990 et 2008. Près de neuf millions d’enfants meurent encore chaque année avant d’atteindre leur cinquième anniversaire. Les taux de mortalité infantile les plus élevés se trouvent encore en Afrique subsaharienne où, en 2008, un enfant sur sept mourait avant son cinquième anniversaire. Dans les régions en développement prises globalement, les enfants des 20 % des ménages les plus pauvres ont deux fois plus de risques de mourir avant leur cinquième année que les enfants des 20 % des ménages les plus riches. Le nombre estimé de 287 000 décès maternels en 2010 dans OMD 5.1. Réduire de trois quarts, entre 1990 et 2015, le taux de le monde représente une diminution de 47 % par rapport à mortalité maternelle. 1990. L’Afrique subsaharienne (56 %) et l’Asie du Sud (29 %) OMD 5.2. Rendre l’accès à la médecine procréative universel d’ici représentaient 85 % du fardeau mondial en 2010, avec 245 000 à 2015. décès maternels à elles deux. Chaque année, plus d’un million d’enfants restent orphelins de mère. Les enfants qui ont perdu leur mère ont dix fois plus de chances de mourir prématurément que les autres. Chaque jour, plus de 7 400 personnes sont contaminées par le OMD 6.1. D’ici à 2015, avoir enrayé la propagation du VIH/sida et VIH et 5 500 décèdent d’une maladie liée au sida. Le VIH reste la commencé à inverser la tendance actuelle. principale cause de mortalité chez les femmes en âge de procréer OMD 6.2. D’ici 2010, assurer à tous ceux qui en ont besoin l’accès dans le monde. aux traitements contre le VIH/sida. Développement individuel A la fin de 2010, on estimait que 34 millions de personnes vivaient avec le VIH. Il s’agit là d’une augmentation de 17 % par rapport à 2001. L’accès au traitement du VIH dans les pays à faible ou moyen revenu a été multiplié par dix en cinq ans à peine. Le paludisme tue un enfant toutes les 45 secondes dans le monde. OMD 6.3. D’ici à 2015, avoir maîtrisé le paludisme et d’autres Près de 90 % des décès dus à cette affection ont lieu en Afrique, grandes maladies et commencé à inverser la tendance actuelle. où elle compte pour un cinquième de la mortalité infantile. Au plan mondial, l’incidence estimée du paludisme a diminué de 17 % depuis l’an 2000, et les taux de mortalité dus au paludisme ont diminué de 25 %. 1,8 millions de personnes sont mortes de la tuberculose en 2008. Environ 500 000 d’entre elles étaient séropositives. En 2007, la population urbaine a pour la première fois dépassé la OMD 7.4. Améliorer sensiblement, d’ici à 2020, les conditions de population rurale : plus de 3 Mds d’individus habitent désormais vie d’au moins 100 millions d’habitants de taudis. dans des villes ou dans des habitats urbains. Les 100 plus grandes villes du monde concentrent 60 % du PIB mondial et en 2020, il y aura 6 Mds d’urbains. La proportion des citadins vivant dans des taudis dans le monde en développement a diminué de 39 % en 2000 à 33 % en 2012. L’amélioration des taudis ne va pas assez vite par rapport au nombre croissant de pauvres urbains. Le nombre absolu d’habitants des taudis continue d’augmenter, avec quelque 828 millions de personnes vivant dans des bidonvilles aujourd’hui, même si leur pourcentage par rapport à la population urbaine diminue. Le nombre d’habitants des villes qui vivent dans des conditions de taudis dans le monde en développement serait à présent d’environ 828 millions, contre 657 millions en 1990 et 767 millions en 2000. 75 % des 985 millions de personnes qui vivent avec moins de 1 dollar par jour habitent dans les zones rurales et les petits propriétaires ou les ouvriers agricoles représentent les deux tiers du Md de personnes souffrant de malnutrition.102 | Annexes | 2012
    • Situation en 2012 Prévisions / Objectifs 1 Les forêts disparaissent rapidement en Amérique du Sud et en OMD 7.1. Intégrer les principes du développement durable dans Afrique, mais l’Asie, Chine en tête, enregistre des gains nets. les politiques et programmes nationaux et inverser la tendance Le Protocole de Montréal aide non seulement à réparer la couche actuelle à la déperdition des ressources environnementales. d’ozone, mais aussi à atténuer le changement climatique. Le protectionnisme a été évité, en dépit d’une économie OMD 8.1. Poursuivre la mise en place d’un système commercial préoccupante, et cela grâce à une bonne coopération et financier multilatéral ouvert, réglementé, prévisible et non internationale. discriminatoire. Les tarifs douaniers sur les produits agricoles en provenance des pays en développement ont encore baissé, mais restent inchangés pour les vêtements et le textile. OMD 8.2. Répondre aux besoins particuliers des pays les moins avancés, des pays sans littoral et des petits États insulaires en développement. L’aide publique au développement en est à 0,31 % du revenu OMD 8.3. Traiter globalement le problème de la dette des pays enGouvernance national combiné des pays développés, soit bien en deçà de la développement. cible onusienne de 0,7 %. Cinq pays donateurs seulement ont atteint ou dépassé cette cible. En 2011, les décaissements nets de l’aide se montaient à 133,5 milliards de dollars, soit 0,31 % du revenu national cumulé des pays développés. Le poids de la dette a diminué pour les pays en développement et reste en dessous de ses niveaux historiques. Une personne sur six seulement a accès à Internet dans le monde OMD 8.5. En coopération avec le secteur privé, faire en sorte que en développement les avantages des nouvelles technologies, en particulier celles de Plus d’un tiers de la population mondiale utilise Internet, l’information et de la communication, soient accordés à tous. Au plan mondial, quelque 4,6 Mds de personnes avaient accès à la téléphonie mobile fin 2009 – l’équivalent d’un abonnement au téléphone. A la fin de l’année 2011, on estimait à 6 Mds le nombre d’abonnements à des téléphones cellulaires Cette augmentation situe le niveau de pénétration de la téléphonie mobile à 87 % dans le monde et 79 % dans les régions en développement. PwC / Ateliers de la Terre | 103
    • Frontières planétaires mises en jeu par la croissance mondiale104 | Annexes | 2012
    • Tableau de suivi 2011 des objectifs du Millénaire pour le développement 5 Afrique Asie Amérique latine et Caucase etObjectifs et cibles du Nord subsaharienne de l’Est du Sud-Est du Sud de l’Ouest Océanie Caraïbes Asie centraleOBJECTIF 1 | Éliminer l’extrême pauvreté et la faimRéduire de moitié pauvreté pauvreté pauvreté pauvreté pauvreté pauvreté pauvreté pauvreté —l’extrême pauvreté faible très forte forte forte très forte faible modérée forte très large très large pénurie très large très large très large très large pénurie large pénurieEmploi productif et décent pénurie de pénurie de modérée de pénurie de pénurie de pénurie de pénurie de modérée de de travail travail décent travail décent travail décent travail décent travail décent travail décent travail décent travail décent décent faim faim faim faim faim faim faim faimRéduire la faim de moitié — faible très forte modérée modérée forte modérée modérée modéréeOBJECTIF 2 | Assurer l’éducation primaire pour tous scolarisation scolarisation scolarisation scolarisation scolarisation scolarisation scolarisation scolarisationScolarité primaire universelle — élevée modérée élevée élevée élevée modérée élevée élevéeOBJECTIF 3 | Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmesScolarisation égale des filles proche proche proche loin de parité parité parité parité paritéà l’école primaire de la parité de la parité de la parité la paritéPart des femmes dans part part part part part part part part partla main-d’œuvre rémunérée faible moyenne importante moyenne faible faible moyenne importante importanteReprésentation féminine représentation représentation représentation représentation représentation représentation représentation représentation représentationdans les parlements nationaux faible modérée modérée faible faible très faible très faible modérée faibleOBJECTIF 4 | Réduire la mortalité des enfants de moins de 5 ansRéduire de deux tiers la mortalité mortalité mortalité mortalité mortalité mortalité mortalité mortalité mortalitémortalité des moins de 5 ans faible élevée faible faible modérée faible modérée faible faibleOBJECTIF 5 | Améliorer la santé maternelleRéduire de trois quarts mortalité mortalité mortalité mortalité mortalité mortalité mortalité mortalité mortalitéla mortalité maternelle* faible très élevée faible modérée élevée faible élevée faible faible accès accès accès accès accès accès accès accès accèsAccès à la médecine procréative modéré faible élevé modéré modéré modéré faible élevé modéréOBJECTIF 6 | Combattre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladiesStopper le VIH/sida et inverser incidence incidence incidence incidence incidence incidence incidence incidence incidencela tendance actuelle faible élevée faible faible faible faible modérée faible faibleStopper la tuberculose et mortalité mortalité mortalité mortalité mortalité mortalité mortalité mortalité mortalitéinverser la tendance actuelle faible élevée modérée élevée modérée faible modérée faible modéréeOBJECTIF 7 | Assurer un environnement durable couverture couverture couverture couverture couverture couverture couverture couverture couvertureInverser la perte de forêts forestière forestière forestière forestière forestière forestière forestière forestière forestière faible moyenne moyenne élevée moyenne faible élevée élevée faibleRéduire de moitié la population couverture couverture couverture couverture couverture couverture couverture couverture couverturesans eau potable élevée faible modérée modérée modérée élevée faible élevée modéréeRéduire de moitié la population couverture couverture couverture couverture couverture couverture couverture couverture couverturesans assainissement modérée très faible faible faible très faible modérée faible modérée élevée proportion proportion proportion proportion proportion proportion proportion proportionAméliorer la vie des habitants modérée très élevée modérée élevée élevée modérée modérée modérée —de taudis d’habitants d’habitants d’habitants d’habitants d’habitants d’habitants d’habitants d’habitants de taudis de taudis de taudis de taudis de taudis de taudis de taudis de taudisOBJECTIF 8 | Mettre en place un partenariat mondial pour le développement utilisation utilisation utilisation utilisation utilisation utilisation utilisation utilisation utilisationUtilisateurs d’Internet élevée faible élevée modérée faible élevée faible élevée élevée Ce tableau donne des informations à deux niveaux. L’explication dans chaque case indique le taux de réalisation de chaque cible. Les couleurs montrent la tendance vers la réalisation de la cible, selon la légende ci -dessous : A déjà atteint la cible ou devrait l’atteindre d’ici à 2015. Ni progrès ni détérioration. Progrès insuffisants pour atteindre la cible si les tendances actuelles perdurent. Données manquantes ou insuffisantes. * La couleur rouge indique des progrès insuffisants (par exemple, le taux de mortalité maternelle a baissé de moins de 2 % par an).Pour les regroupements régionaux et les données par pays, consulter mdgs.un.org. Les expériences nationales au sein de chaque pays peuvent s’écarter considérablement de la moyennerégionale. En raison des nouvelles données et méthodologies utilisées, ce tableau de suivi ne peut être comparé aux précédents.Sources : Nations Unies, sur la base de données et estimations fournies par : Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture; Union interparlementaire;Organisation internationale du Travail; Union internationale des télécommunications, ONUSIDA; UNESCO; ONU-Habitat; UNICEF; Division de la population des Nations Unies; Banque mondiale;Organisation mondiale de la Santé — d’après des statistiques disponibles en juin 2011.Compilé par la Division de la statistique, Département des affaires économiques et sociales, Nations Unies. 5. Source : site internet des OMD http://www.un.org/fr/millenniumgoals PwC / Ateliers de la Terre | 105
    • | Glossaire AIE : Agence Internationale de l’Energie. JPOI : Johannesburg Plan of AIEA : Agence Internationale pour Implementation ou Plan de mise en l’Energie Atomique. œuvre de Johannesbourg AOSIS : Alliance of Small Island States MDP : Mécanisme de Développement Propre BRIC : Brésil, Russie, Inde et Chine MOC : Mise en Œuvre Conjointe BTP : Bâtiment et Travaux Publics OCDE : Organisation de Coopération et CCNUCC : Convention Cadre des de Développement en Europe. Nations Unies sur la Changement Climatique. ODD : Objectifs de Développement Durable CDB : Convention sur la Diversité Biologique. OICV : Organisation Internationale de la Commission des Valeurs. CEI : Commission Electorale Indépendante OIE : Office International de l’Eau CLD : Convention des Nations Unies sur OIT : Organisation Internationale du la Lutte contre la Désertification Travail. CNUDD : Commission du OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement Durable des Nations Développement. Unies. OMS : Organisation Mondiale de la ECOSOC : Conseil Economique et Social Santé des Nations Unies. ONG : Organisation Non ER : Energies Renouvelables. Gouvernementale. ETS : European Trading System ONU : Organisation des Nations Unies. FAO : Organisation des Nations Unies PAM : Programme Alimentaire Mondial. pour l’Alimentation et l’Agriculture. PIB : Produit Intérieur Brut. FMI : Fonds Monétaire International. PNUD : Programme des Nations Unies GES : Gaz à Effet de Serre. pour le Développement. GIEC : Groupe International D’experts PNUE : Programme des Nations Unies sur le Climat. pour l’Environnement. IDH : Indice de Développement Humain. PPP : Partenariats Public Privé. IUCN : Union Internationale pour la PVD : Pays en Voie de Développement. Conservation de la Nature. WBCSD : World Business Council for IPSO : International Program on the Sustainable Development State of Oceans.106 | Annexes | 2012
    • | Liste des figures Figure 1. Esperance de vie par région de l’OMS et groupe de revenus 16 Figure 2. Taux de solarisation dans le primaire 17 Figure 3. Population urbaine par grandes régions géographiques 28 Figure 4. Agglomérations de plus de 10 millions d’habitants en 1975 et en 2005 et projections pour l’année 2015. 29 Figure 5. Disponibilité de la ressource eau sur terre 35 Figure 6. Abondance moyenne des espèces : cause des pertes à l’horizon 2030. 37 Figure 7. Tendances dans l’évolution des températures et des concentrations atmosphériques de CO2, 1850-2010. 39 Figure 8. Emissions de CO2 dues à l’énergie par rapport au PIB dans le monde  40 Figure 9. Emissions de CO2 dues à l’énergie par habitant par zone du monde 40 Figure 10. Consommation énergétique par secteur d’activité 41 Figure 11. Répartition des sources d’énergie primaire 42 Figure 12. Usages de l’eau douce 44 Figure 13. Evolution du prélèvement d’eau et de la population mondiale 1950/2025 45 Figure 14. Evolution de la population mondiale et de l’offre de viande, poisson, fruits de mer 1992/2005. 46 Figure 15. Estimation du nombre de déchets produits ou collectés au plan mondial 48 Figure 16. Evolution des émissions mondiale de GES par secteur entre 1990 et 2004. 51 Figure 17. Population avec ou sans une source d’eau potable améliorée 1990/2010. 70 Figure 18. Empreinte écologique globale nombre de planètes Terre 77 Figure 19. Créditeurs et débiteurs écologiques. 78 Figure 20. Tendances mondiales du découplage relatif (<1980/2007) 78 PwC / Ateliers de la Terre | 107
    • | Liste des points de vue Monique Barbut, ancienne directrice générale et présidente du Fonds pour l’environnement mondial 93 Robert Calcagno, directeur général de l’Institut océanographique 85 Pierre Ducret, Président de CDC Climat 89 Loic Fauchon, Président du Conseil Mondial de l’eau 82 Mark Hallé, Vice président affaires internationales Institut international du développement durable 23 Philippe Mangeard, Président Fondateur de l’Agence European TK Blue Agency 54 Dennis Meadows, Physicien, membre honoraire du Club de Rome 31 Yann Queinnec, Directeur associé d’Orientation Durable 18Réalisation et mise en page : Ludovic Vain, Studio Graphique PwCCrédits photos : Phovoir, iStock et PwCRé-Édition, octobre 2012108 | Annexes | 2012
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