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Le Web a-t-il besoin d'une logique ? Un point de vue aporétique.

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Bruno Bachimont's presentation in Sorbonne, "Philosophy of the Web" seminar, June 13 2012.

Bruno Bachimont's presentation in Sorbonne, "Philosophy of the Web" seminar, June 13 2012.

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  • 1. Le web a-t-il besoin d’une logique ? Un point de vue aporétique Bruno Bachimont
  • 2. Démarche• Deux réponses : – Ontologies et métaphysique : • la logique est bien un moyen de structurer notre connaissance du monde et de déterminer ce qui est. – Numérique et calcul : • La logique devient sans objet, le résultat calculé occultant l’étape inférée.• Une perplexité : – Le web repose sur une conception logique du monde et engendre un rapport esthétique à ce dernier.
  • 3. TECHNIQUE ET MÉTAPHYSIQUE :DÉFINIR UNE ONTOLOGIE À PARTIR DENOTRE RAPPORT TECHNIQUE AUMONDE.
  • 4. L’héritage philosophique• 2 grandes catégories : – L’Être (Being) : ce qui est; • Domaine de la métaphysique – L’Agir (Doing) : ce qui doit être. • Domaine de la morale et de l’Ethique.• Un troisième terme toujours omis : – Le faire (Making): la construction du monde et de soi par le couplage technique homme-réalité – Le faire remets en cause l’opposition entre l’Être et l’Agir: • Ce que nous construisons reconfigure ce qui est et ce qui peut être : • Technique = invention des possibles (ce qu’on peut faire) – invention de ce qui peut être, – Invention de ce qu’on doit faire,
  • 5. Ontologie et fondation technique• On ne peut dès lors décrire l’Être en lui-même, mais depuis notre construction socio-technique du réel.• Technique : dispositif de saisie et de manipulation – Définir par le geste technique le Quoi de la saisie • C’est l’objet, ce qui pourra être vu comme la substance – Définir par le geste technique le Comment de la saisie • C’est la manière dont l’objet se prête à la manipulation, et ce que nous lui conférons par cette manipulation.
  • 6. Technique et répétition• Le dispositif technique est un dispositif permettant de répéter la manipulation : – Le quoi devient répétable, il gagne une permanence par la répétition de la saisie. La saisie répétée le constitue dans son identité. – Le comment devient aussi répétable : chaque saisie répétée confirme ses propriétés.
  • 7. Des catégories fondamentales Quoi CommentNon répété Le saisi La manièreRépétable L’objet saisi La propriétéHéritage aristolicien:• ce qui est dans un sujet• Ce qui est dit d’un sujet Ce qui n’est pas dans un Ce qui est dans un sujet sujetCe qui ne se dit pas d’un substance propriétésujetCe qui se dit d’un sujet Substance universelle Propriété universelle
  • 8. Remplir le cadre ontologique• On a défini un cadre anthropo-technique: – Les catégories fondamentales découlant de notre rapport au monde. – Ces catégories ne disent pas ce qui est, mais comment le monde nous tombe sous la main.• L’enjeu est de remplir ce cadre : – Distinguer deux modes de saisie: • Le dire • Le faire
  • 9. Le dire• Mode de saisie reposant sur le linguistique et les technologies en relevant, notamment l’écriture: – Le dire relève du pensable; – L’écriture, comme technique du pensable, permet d’explorer des expériences de pensée, à savoir tester et simuler la systématicité des concepts dans une logique d’écriture.• Proche de l’ontologie formelle de Husserl; mais: – Pas de pensée pure, mais un cadre empirico- transcendantal (!), construit mais a priori pour la pensée. – Proche des formes symboliques de Cassirer.
  • 10. Le Faire• Caractérise ce qui est saisissable dans le monde• Deux niveaux: – Les espaces de l’expérience, fondée sur un donné fondamental: • Nature physique : le mouvement (cf Kant) • Culture : intentionnalité (Dilthey, Husserl) • Nature biologique : le vivant • … – Les domaines de la pratique : • La médecine • Le droit • La mécanique • Etc.
  • 11. En résumé: SaisieCadre Quoi de la saisie Comment de la saisieAnthropo -technique Quoi répétable Comment répétable Ontologie formelle Ontologie matérielle Ontologie effective Le pensable Le pensé Le réaliséEmpirie Espaces de Domaines de la l’expérience pratique
  • 12. Entre les ontologies• Traditionnellement (Husserl par exemple) – Le réalisé instancie le pensé, qui lui-même instancie le pensable. – L’ontologie matérielle instancie l’ontologie formelle, et le réel instancie l’ontologie matérielle. – Tout ce qui existe est soumis de ce fait à la forme de la pensée et à ses structures.• Problème de la réciproque : – Comment articuler la profusion du réel avec le pensable : le réel est-il absorbable dans le pensable ? – Le faire est-il récupérable dans le dire ?
  • 13. L’articulation logique• On constate deux tendances : – Penser le réel comme l’instanciation du pensable, et mobiliser la logique pour penser a priori le réel possible, comme réalisation possible du pensable: • Recours à la logique modale, notamment la sémantique des mondes possibles (cf. Guarino par exemple). – Penser le réel comme un excès sur le pensable : mobiliser la logique comme le moyen de décrire des ensembles d’objets sans prédicats linguistiques prédéfinis pour les nommer • Recours à la logique linéaire (cf. Travaux à Paris 13).
  • 14. Conclusion• Recourir à la logique pour décrire les différentes articulations que l’on trouve dans le réel, via nos différents modes de saisies.• La saisie se décompose en : – Un faire, qui permet de créer des assemblages excédent le pensable : il faut une logique pour décrire ces assemblages au delà du dire; – Un dire, qui permet d’explorer les horizons du pensable, notamment à travers les écritures. Il faut une logique pour décrire ce jeu de l’écriture et des espaces de pensée.
  • 15. NUMÉRIQUE ET CALCUL
  • 16. Problématique• Le numérique est un nouveau type de supports pour les contenus;• Chaque type de support engendre une rationalité propre;• La raison graphique engendre la logique classique;• La raison computationnelle, fondée sur le calcul et le numérique, engendre-t-elle une logique particulière ?
  • 17. La raison du support• Le support d’inscription conditionne l’intelligibilité de l’inscription: – Les structures matérielles et interactives conditionnent le parcours interprétatifs – Chaque type de support se traduira par un type de rationalité associé, une manière propre de penser.• En particulier : – La raison graphique : la pensée propre au fait de disposer de la technologie de l’écriture – La raison computationnelle : quand le calcul se mèle de l’écriture. 17
  • 18. La raison graphique• Ce que fait l’enregistrement qu’est l’écriture à la parole: – Passage de l’oral, temporel et successif, à l’écrit, spatial et permanent; – L’écrit permet la synopsis (voir ensemble) du discours en le posant, le syn-thétisant (poser ensemble) dans un même espace – L’ordre et le rythme de la lecture sont indépendant de ceux du discours.• Nouvelles possibilités – Créer un ordre arbitrairement différent de celui du discours oral – Voir des rapports spatiaux qui n’étaient pas audibles, penser à travers ces rapports ce qui n’était pas pensable par l’ordre oral. 18
  • 19. Un exemple, la grammaire• Grammaire : – Instrument décrivant la structure d’une langue s’appuyant sur son objectivation par l’écriture (il n’y a pas de grammaire oral, mais des grammaires de l’oral depuis qu’on sait l’enregistrer). – Repose sur la possibilité de comparer et structurer les éléments du discours indépendamment de l’ordre du discours• Exemple: – Repérer les mots possédant les mêmes radicaux pour les rassembler en conjugaison 19
  • 20. Raison graphique• Lécriture permet de construire des structures fondamentales: – La liste : • ordre spatial entre différentes unités, permettant plusieurs lectures possibles. • La liste est apparue pour inventorier des objets, des actions, mais aussi des mots. Lécriture de mots a permis dentamer une réflexion sur les mots, car elle les objective. – le tableau : disposition spatiale où les rapports topologiques sont vecteurs de sens. – la formule : énoncé dont lintelligibilité est purement écrite et ne peut se dire oralement. 20
  • 21. Raison graphique, raison classificatoire• Ces structures permettent la fonction conceptuelle de classement : – la liste permet de ranger des unités par catégories ; – le tableau permet de définir des systèmes de catégories ; – la formule permet détablir des rapports formels entre catégories.• Exemples: – Tableau de Mendeleiev – taxinomies 21
  • 22. Raison computationnelleRaison graphique Raison computationnelle•Liste •Programme•Tableau •Réseau•Formule •Couche•Schéma •Maquette numériqueBruno Bachimont Archivistique 22audiovisuelle et numérique 2011
  • 23. Question• De même que la raison graphique permet de comprendre la genèse de la logique, peut-on envisager une logique découlant de la raison computationnelle ?• Le numérique engendre-t-il une logique, comme le graphique a permis de constituer la logique classique ?
  • 24. La logique• Comment la définir ? – Technique (art du raisonnement) permettant de conserver la vérité le long d’un raisonnement ou argumentation. – Constitue un corps homogène de règles et principes en s’intéressant à la forme des énoncés et raisonnements et non à leur contenu.• La logique est formelle: – En ne sachant pas de quoi elle parle, elle n’en dit rien de faux.
  • 25. L’inférence logique• Etape élémentaire permettant d’édifier la raisonnement : – Comment passer d’un énoncé à un autre ? • Ce sont les règles d’inférence des systèmes formels, comme le Modus Ponens, ou la règle de généralisation.• La logique est donc d’abord locale avant de construire des raisonnements globaux. – L’inférence permet de contrôler et vérifier la qualité du raisonnement global.
  • 26. Notre usage du Web• Le local n’est plus le marche pied du global, qui devient directement accessible et visualisable par le calcul.• La technique calculatoire remplace la logique comme contrôle du niveau local.• Le web, et le numérique plus généralement, repose donc sur une construction logique, mais n’induisent pas une forme de raisonnement de type logique.
  • 27. Perspectives : visualisation des réseaux réseau de vidéos similaires réseau d’images sur dailymotion similaires©Ina, Thomas Drugeon
  • 28. Voir la globalité©Ina, Marie-Luce Viaud
  • 29. Les conséquences du calcul• Le calcul permet de saturer la combinatoire des possibles et de globaliser les inférences en un état final• Le processus de sommation devient inappréhendable et non contrôlable par l’évidence rationnelle (puissance, massification des calculs)• Le calcul délivre un résultat, et ne déroule pas une argumentation.
  • 30. Une logique sans prise• La sûreté des inférences est rapportée à la confiance dans nos algorithmes sans transparence cognitive.• Le calcul ne donne pas à voir sa progression et le supplément qu’est le support dynamique calculatoire n’engendre pas une synopsis permettant de voir les enchaînements autrement.
  • 31. Esthétique au lieu d’une logique• La numérique donne lieu plutôt à une esthétique de la globalité, d’une Gestalt signifiante dont la signifiance n’est pas d’ordre logique mais plutôt esthétique.• Le numérique modifie notre rapport au monde qui devient moins analytique et logique mais davantage esthétique et perceptif.
  • 32. Conclusion• Paradoxe du Web: – Fondé sur le calcul et la logique associée; – Mobilise des ressources induisant une conception logique du monde (les ontologies) – Engendrant des totalisations s’offrant en masquant leur genèse calculée, sans prise pour une rationalité cherchant l’articulation fiable et l’enchaînement rigoureux;• Le Web, fondé (en partie) sur la logique, conduirait à une vision esthétique et logique des phénomènes qu’il engendre et qu’il transmet.