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  • Regnabit. Revue universelle du Sacré-Coeur. 1922/01. 1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des reproductions numériques d'oeuvres tombées dans le domaine public provenant des collections de la BnF.Leur réutilisation s'inscrit dans le cadre de la loi n°78-753 du 17 juillet 1978 : *La réutilisation non commerciale de ces contenus est libre et gratuite dans le respect de la législation en vigueur et notamment du maintien de la mention de source. *La réutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait l'objet d'une licence. Est entendue par réutilisation commerciale la revente de contenus sous forme de produits élaborés ou de fourniture de service. Cliquer ici pour accéder aux tarifs et à la licence 2/ Les contenus de Gallica sont la propriété de la BnF au sens de l'article L.2112-1 du code général de la propriété des personnes publiques. 3/ Quelques contenus sont soumis à un régime de réutilisation particulier. Il s'agit : *des reproductions de documents protégés par un droit d'auteur appartenant à un tiers. Ces documents ne peuvent être réutilisés sauf dans le cadre de la copie privée sans l'autorisation préalable du titulaire des droits. *des reproductions de documents conservés dans les bibliothèques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signalés par la mention Source Gallica.BnF.fr / Bibliothèque municipale de ... (ou autre partenaire). L'utilisateur est invité à s'informer auprès de ces bibliothèques de leurs conditions de réutilisation. 4/ Gallica constitue une base de données, dont la BnF est producteur, protégée au sens des articles L341-1 et suivants du code la propriété intellectuelle. 5/ Les présentes conditions d'utilisation des contenus de Gallica sont régies par la loi française. En cas de réutilisation prévue par un autre pays, il appartient à chaque utilisateur de vérifier la conformité de son projet avec le droit de ce pays. 6/ L'utilisateur s'engage à respecter les présentes conditions d'utilisation ainsi que la législation en vigueur, notamment en matière de propriété intellectuelle. En cas de non respect de ces dispositions, il est notamment passible d'une amende prévue par la loi du 17 juillet 1978. 7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute définition, contacter reutilisation@bnf.fr.
  • 1" ANNÉE - N«S JANVIER «922 Les souhaits d'un ymagier ...Je l'aperçus tout à coup, penché sur le Regnabit que je tenais en main. * , * * Cher sire, a Deu béneïsson (1) me dit-il, avec un sourire qui lui plissa le coin des yeux. Et comme je lui parus sans doute « esbaùbi » : Si vos voilés savoir mes num Cil est Colin, bien le saichiez, Al tens ancienor (2) ymagier, Pas le plus nice (3) del roïame (4), Emprez le pont de Nostre Dame, Et por ce aime encor béer Es boutique où tant voi laidures. Or l'autrier (5) par adventure La vis un mot latin joly Qui ebaldissait (6) Regnabit En letres de bêle faiture = (1) Béneïsson bénédiction.Bénédiction Dieu = Dieusoit béni t à (2) Àiicienor= plus ancien. (3) Nice =' sot. (4) Roïame — royaume. (5) L'autrier = l'autre jour. (6) Ebaldir = Faire retentir avec entrain. On lit dans « La prise de Cordres et de Sebille», v. 1663. Nostre François... • . Devent la porte ont Montjoieébaldie;
  • 130 Les Souhaits d'un ymâgîer Que bien me plaist que vous aimez Car sont de main de maistre faides. Aussi sens querre (1) qui vos estes Por iceu vos vueil bienveigner (2). J'avoue que mon visiteur me devenait fort sympathique. " Je le priai de s'asseoir. Il refusa Por ce que jo costume (3) errer (4) Et vaux et bois et mons passer Jusques es terres transmarrines. (5) Peut-être eût-il été flatté que je le questionne sur ses pérégri- nations. Je m'en gardai bien. Il me tardait qu'il revînt à Regnabit. .Ce qu'il fit. Or avoie ung trop chier ami Gros chanoine vestu d'hermine Et théologien de Paris A qui ne défaillait parolle Et qui ensaignait aus escholles. Ung jor corne faisoie ung cuer — Por gaing, par ris, ou par doleur, Cil, mes Max sire, est mis afaire — // me dist bêlement : « Compère. « Adonc dictes moy qui vault miex « Cuer de Colin ou cuer de Diex » ? Si lui dis : « Ne mocquez pas, maistre ». Si respondit : « Se volez estre « Chrestien corne faut, mes ami, « Faictes un cuer de Jhesu-Crist ». Or — créez moi bien — si le fis Et bel estoit jo vos le dis, Et bien sçay ou encor est mis ; Mes vos dire ou, est pou utile : Moult autres cuers sunt à querrer. Querrez li bien li troverez, Si le dit le sainct Evangile Il me regarda un instant en silence. Ses pattes d'oie se plis- sèrent. Puis il reprit. (1) guerre = chercher. (2) Bienveigner= accueillir amicalement; souhaiter la bienvenueà. (3) Costumer — avoir coutume, faire habituellement. (4) Errer = faire route, marcher. (5) Transmarrin — situé au delà des mers.
  • Les Souhaits d'un ymagier 131 Or quant mes ami vist ce cuer : .« Colin, dist-il, un for viendra « Que le Cor Jhesu avéra « L'homage de Me la terre. « De vosDamedeus es pitél » Or fu fait à sa voulenté Car estoietruant, losengier (1), Et Deus m'a en pité tenu Por ce qu'ay fait ce Cor Jhesu : Ce que vos prie de bien redire Aus dous amis de Regnabit, Avec mes souhaits que veci. Il se recueillit un instant : Li fors sunt au four d'huy chaitis.{2). Pou es faict ; et moult es a faire, Pour crestiener (3) la povre terre Et pour les très bons aimeudrir : (4) Vos rescorre (5) le cuer de Deus Qui en sa pais vos veult tenir, Afin longement, tousjours mieus Puisse Regnabit enflamber Ames et cuers que doit arder De bel amour et saincte grâce ! Vos ait (6) Doulce Virge, et face Que Regnabit tant enamé, (7) Honoré, prisé, et famé, Dels toz mieuldres (8) soit réclamé : Dont lor sera bau guerredon (9). Et si l'oevre es rude, vos dis Corne disions ou tens jadis : Ki honeur querre honeur ataint, Et Ici a peu bée (10) a peu vient.. (1) Losengier= trompeur. <2) Chaitis = mauvais. (3) Crestiener— rendre chrétiens. (4) Aimeudrir = rendre meilleur. (5) Rescorre= secourir. (6) Vos ait — vous aide ! (7) D'un seul mot, très régulièrementformé, nos aïeux exprimaientdes sen- timents pour lesquelsil nous faut, à nous, des périphrases! Ils disaient: désamer, cesser d'aimer, commencerà moins aimer ; enamer, commencerà aimer, aimer beaucoup. — Ah! Malherbe,je vous en veux. (8) Mieuldres= meilleurs. = (9) Guerredon récompense. (10) Béer = aspirer.
  • 132 Les Souhaits d'un ymagier M'arouter (1) doi : vos en conviengne. Damedeus en bien vos maintiengne. Il me quitta... Du moins mal que je pus, je notai ses paroles, Que je vous transmets sans ajoute, de peur de vous désen- chantep. F. ANIZAN. a >. 0 ^ -, S O Il .2.2 g"ta « c p. "S If e -»» s.» S a il gg B, oe * CQ w si, « £«» O > -0.3 w »£*m « CD "> *3 •a- 4) ->© C C |~o JC> »'a..3 U S '» O 3 «r 3 "»*» t* 3 I» « O (X •§11. ' *3 s». ° *-s ë» 3 a. f-s,s .2.» S »E —* « .. "o*? i 3 18 *E 'p T3 SS <o o S-S *"* * M 2*© 3 C. * «a a » o- H* » » s^— 3 3" 11 •§..!? »S S .3: OJ.,g 1§§ Ss §s .0 .£> » T; . •O *3o c»&. 3 (1) Arouter^—mettre en route.
  • Croyance due aux Révélations Privées 133 /. - DOCTRINE Lès Révélations privées Y.-Laciopuce qu'elles méritent( 1) Ce que nous avons dit dans nos articles précédents sur le dis- cernement des révélations privées, et sur l'extrême réserve que garde l'autorité ecclésiastique dans l'approbation qu'elle leur donne parfois, nous montre assez qu'il est difficile d'arriver à une véritable certitude, lorsqu'on étudie l'origine de telle ou telle prétendue révélation divine. La plupart du temps on doit se con- tenter de pures probabilités et s'arrêter à une simple opinion. Cependant il serait excessif de prétendre qu'on ne peut jamais aller plus loin. Sans parler du voyant à qui Dieu peut se manifester et se manifeste parfois jusqu'à l'évidence, les autres fidèles, l'Église elle-même dans ses pasteurs, peuvent avoir, en certaines circonstances, des signes plus que suffisants de l'intervention' divine immédiate, pour en admettre la réalité sans aucun doute ni hésitation. Il semble bien qu'il en soit ainsi, par exemple, pour les révélations auxquelles nous faisons constamment allusion, les révélations du Sacré-Coeur à sainte Marguerite-Marie. L'Église, aussi bien que les fidèles en général, les admettent comme certaines et indubitables. LA QUESTION. La question que nous nous posons aujourd'hui : « Quelles ' croyance méritent les révélations privées » laisse de côté le premier cas, qui est de beaucoup le plus fréquent. Il est clair, en effet, qu'on ne peut pas parler de croyance à une révélation divine, tant qu'on ne sait pas sûrement si elle vient de Dieu. Nous ne consi- dérons donc "que le dernier cas, et notre question se restreint à ceci : Quelle croyance devons-nous accorder aux révélations privées, quand nous sommes certains qu'elles viennent de Dieu ? Question qui paraît toute simple, et dont la solution semble évidente, mais qui doit cacher néanmoins quelque difficulté, - puisque les théologiens la résolvent tout différemment. Aucun ne songe à nier qu'il soit possible de connaître avec certitude l'orÎT gine divine au moins de quelques révélations privées ; et cepen- dant ils sont loin de s'entendre sur la nature de la croyance que nous pouvons leur donner. (1) Voir Regnabit,T. I, p. 69; 154; 240 ; 414.
  • 134 Doctrine Écoutons leurs réponses ; nous essayerons ensuite de voir celle que nous devons retenir comme la mieux prouvée ou la seule vraie. LES DIVERSES SOLUTIONS. Un premier désaccord parmi les théologiens se rencontre sur ce point : les révélations privées peuvent-elles être objet de foi divine ? Les Salmanticenses et bon nombre de thomistes anciens cités par eux, comme Cajetan, Soto, Melchior Canus, Gonet, Labat, soutiennent que non. Pour eux, ces révélations sont étrangères à l'objet de la vertu de foi ; elles ne peuvent par conséquent offrir de matière à un acte de foi divine. Telle est, disent-ils, la doctrine enseignée par saint Thomas à plusieurs reprises, dans la Somme théologique et ailleurs. « Notre foi, dit le docteur angélique, repose sur la révélation faite aux prophètes et aux apôtres... non pas sur la révélation qui aurait été faite à d'autres docteurs». (1) Et encore : « L'objet formel de la foi est la Vérité première, en tant que manifestée dans les Écritures et dans la doctrine de l'Église. » (2) Sur ces textes et d'autres semblables ils établissent leur argu- mentation pour démontrer que personne, pas même celui qui la reçoit de Dieu et qui en a la claire certitude, ne peut croire une révélation privée, de foi divine proprement dite. Il l'admettra sans doute sur l'autorité de Dieu, mais son adhésion ne sera pas un acte de cette vertu de foi qui est nécessaire au salut, et qui nous fait accepter la révélation chrétienne et les définitions dog- matiques de l'Église. (3) Cependant quelle que soit l'autorité de ces théologiens, l'opi- nion contraire a prévalu, et la plupart des auteurs enseignent que toute parole reçue de Dieu, soit publique, soit privée, est objet de la vertu théologale de foi, objet de foi divine proprement dite. Benoît XIV, après avoir mentionné la présente controverse, n'hésite pas à admettre qu'une révélation privée doit être crue de foi divine, au moins par celui qui la reçoit de Dieu ; et il donne cette opinion comme la plus commune, à condition toutefois qu'il ne s'agisse que de révélations dont on connaît certainement l'ori- gine divine. « Si nous parlons, dit-il, de l'assentiment de foi divine, la plupart des auteurs enseignent qu'il s'impose à celui qui reçoit de Dieu une révélation privée. Mais il faut rejeter absolument l'opinion d'après laquelle il suffirait pour cela d'avoir la simple (1) S. Theol. I. Q. 1, art. 8, — ad.2=>. (2) S. Theol:II-II. Q. 5, art. 3. Cf. QQ.DD. De Charitate,art. 13, ad. 6m. (3) Voir surtout les SALMANT. jide, Disp..I, dub. 4, §. 1 et 2. De
  • Croyance due aux Révélations Privées 135 probabilité que c'est Dieu qui a parlé. » (1) Cette même doctrine est enseignée expressément par Suarez, (2) De Lugo, Gotti, Billuart, (3) Franzelin, (4) Mazzella,(5) Schiffini (6) et bien d'autres encore. Qu'il nous suffise de trans- crire ici les paroles si claires du Cardinal Billot : « Il n'y a aucun doute que dans l'objet de la foi théologale ne soit contenu aussi ce que Dieu aurait révélé privément à une personne particulière... En effet, cette hypothèse une fois admise, il est évident que l'obli- gation de croire s'impose toujours de la même manière et pour la même raison. » (7) Mais ici se pose un autre doute que ces théologiens ne résolvent pas de la même manière, ou du moins auquel ils ne donnent pas de solution assez précise. Ils admettent tous qu'une révélation privée peut être objet de foi divine, au moins pour celui qui la reçoit de Dieu ; mais ils diffèrent d'avis quand il s'agit de déterminer si les autres fidèles sont aussi obligés de croire de foi divine une révélation qu'ils n'ont pas reçue eux- mêmes, mais qu'ils admettent cependant comme certainement venue de Dieu. Suarez par exemple enseigne qu'on n'est pas tenu habituel', lement de croire ces révélations sur l'autorité de Dieu, parce que ordinairement elles ne sont pas suffisamment démontrées; mais si elles étaient confirmées par des preuves suffisantes, surtout par une intervention miraculeuse de Dieu ou par l'approbation de l'Église, il soutient qu'on serait obligé de les croire de foi divine,(8) De Lugo cité par Benoît XIV pense que, outre celui qui les reçoit, ceux-là aussi doivent les croire de foi divine à qui elles sont des- tinées et communiquées. Cependant la plupart des auteurs évitent ces précisions et se contentent de poser le principe rapporté plus haut que toute révélation privée suffisamment démontrée doit être crue de foi divine. En énonçant ce principe sans restriction ils semblent bien insinuer qu'il doit s'appliquer non seulement à celui qui reçoit la (1)Bened.XIV.DeCan.Sanct.lib. III, cap.53, n. 14. = Voiraussinn. 12et 13. (2) Suarez. De fide, Disp. III, Sect. X, n. 5. (3) Billuart. De fide, Dissert. I, art. 2. (4) Franzelin, De Traditioneet Scriptura. Thés. 22. (5) Mazzella,De fide, Disput. II, art. XI. « Jam corrimuniterrespondent, quidquid olim aliqui dixerint, revelationemprivatam sufficienterpropositam, - sufficeread assensumfidei». (6) Schiffini,De Virtutibus,Disp. II, thés. XIII. (7) Billot.De virtutibusinjusis.Thés. X. «Nullumtamen dubium essepotest, quin ad objeçtum fidei praecise theologicoe, quoquepertineant quae forte ut illa aliçui particularipersonoe rivatim a Deorevelarentur...Et re quidemvera, hypo- p thesi semel admissa plane evidensest obligationem credendi semper eadem ratione urgere». (8) Suarez, Ioc. cit. n. 7.
  • 136 Doctrine révélation mais aussi à tous les autres fidèles qui sont certains ' qu'elle vient de Dieu. Mais par ailleurs, ces mêmes auteurs admettent aussi un autre principe qui semble dire le contraire : qu'une révélation privée ne s'impose jamais aux fidèles et qu'ils ne sont jamais obligésde la croire. S'ils veulent l'admettre ce n'est pas comme parole de Dieu qu'ils doivent l'accepter, mais simplement comme témoignage humain de paroles entendues de Dieu. Comment concilier le premier principe : « toute révélation suffisamment manifestée est objet de foi divine » avec cette autre : « toute révélation privée qu'on n'a pas reçue soi-même ne peut être objet que de foi simplement humaine » ? On le voit, la question ne laisse pas d'être un peu obscure. Essayons d'y porter la lumière, et de faire un choix raisonné dans cette diversité d'expressions et d'opinions. * * PREMIÈRE ASSERTION. Celui qui reçoit directement la révéla- tion est obligé de la croire de foi divine,- dès qu'il a la certitude que c'est Dieu qui lui parle. Nous disons qu'il est obligé de croire de foi divine, mais non pas de foi catholique, parce que foi catholique dit plus que simple foi divine. Celle-ci s'applique, d'après l'enseignement le plus ordi- naire, à toute parole reçue de Dieu et connue comme telle ; celle-là ne s'applique qu'à la parole de Dieu consignée dans l'Écriture ou dans la Tradition, et proposée par le magistère de l'Église. Si les théologiens qui rejettent notre présente assertion ne voulaient pas dire autre chose, nous serions pleinement d'accord : car personne n'a jamais soutenu qu'une révélation reçue de Dieu après la période apostolique puisse jamais faire partie de la révé- lation chrétienne, et devenir ainsi objet de foi catholique. Mais ils vont plus loin. Ils concèdent bien qu'on puisse admettre ces révé- lations comme parole de Dieu et, pour autant, faire un certain acte de foi ; mais ils prétendent que cet acte de foi n'est pas de même nature que celui par lequel nous croyons la révélation chré- tienne, et qu'il ne procède pas de cette vertu théologale de foi qui nous fait accepter les dogmes définis par l'Église. Or à rencontre de cette théorie, on peut établir deux preuves irréfutables, l'une tirée de l'Écriture, l'autre de la doctrine catho- lique sur la nature de la vertu et de l'acte de foi. * * Ainsi que nous l'avons déjà remarqué, l'Écriture nous rap- porte quantité de révélations qui, par elles-mêmes, sont des rêvé-
  • Croyance due aux Révélations Privées 137 lations privées, et qui ne font partie de la révélation publique que parce qu'elles ont été racontées par les écrivains sacrés : révéla- tions faites, par exemple, dans l'ancien Testament, à nos premiers parents, sur le châtiment qui les attendait après leur faute et sur le Rédempteur futur qui viendrait les délivrer ; à Nqé, sur le déluge imminent par lequel Dieu allait détruire toute chair sur la terre ; à Abraham, sur sa nombreuse postérité dans laquelle serait le Désiré des nations ; aux prophètes, sur les malheurs'futurs du peuple d'Israël et sur la gloire finale de Jérusalem restaurée ; révélations faites aussi dans le Nouveau Testament à Zacharie, sur la naissance de saint Jean-Baptiste ; à Elisabeth, sur la Mater- nité divine de Marie ; à Marie, elle-même, sur le mystère de l'In- carnation opéré en elle ; à saint Joseph sur les projets d'Hérode méditant la mort de Jésus,...etc. Toutes ces révélations, et tant d'autres qui remplissent les pages de nos saints Livres n'étaient par elles-mêmes que des révélations privées et personnelles. Ceux qui en étaient l'objet se trouvaient donc à l'égard de Dieu dans les mêmes relations que ceux à qui il a daigné parler dans la suite, et à qui il parle encore de nos jours. Or quelle est la foi qu'ils ont donnée à la parole de Dieu et pour laquelle l'Écriture leur prodigue de si grands éloges ? — Exactement la foi que l'Écriture elle-même nous propose comme moyen de salut, et que les théologiens appellent la vertu théolo- gale de foi. N'est-ce pas de la vertu de foi que parle saint Paul, dans ce chapitre onzième de l'épître aux Hébreux où il débute par la définition même de la foi, et où il exalte ensuite le mérite de tous ceux qui se sont distingués sous l'ancienne loi par leur foi vive et ardente aux paroles qu'ils avaient reçues de Dieu ? — Ne parle-t-il pas aussi delà vertu de foi, dans tout le chapitre quatrième de l'épître aux Romains, où il démontre qu'Abraham n'a pas été justifié par les oeuvres de la loi, mais par sa foi aux promesses que Dieu lui avait faites, et où il conclut que nous aussi, nous devons être justifiés par la foi : « Ce n'est pas pour lui seul qu'il est écrit qu'elle lui fut imputée à justice, mais c'est aussi pour nous. » (1) N'est-ce pas par un acte de la vertu de foi proprement dite que la très sainte Vierge elle-même a cru les paroles du messager céleste ? Et n'est-ce pas de cette foi qu'Elisabeth la félicite en lui disant : «Bienheureuse vous qui avez cru,parce qu'elles seront accom- plies les choses que le Seigneur vous a dites. » (2) Pour tout dire en un mot, n'est-ce pas dans ces textes de l'écriture que les théo- (1) Rom. IV. 23-24. (2) Luc. I. 45.
  • 138 Doctrine logiens vont étudier la nature de l'acte de foi que nous devons faire en présence de la révélation chrétienne ? On ne peut donc le nier, les révélations privées que nous raconte l'Écriture pouvaient et devaient être objet de foi divine au sens le plus strict, c'est-à-dire de la même foi théologale que nous devons avoir à l'égard des dogmes chrétiens. D'où viendrait donc la différence avec les révélations qui ne sont pas mentionnées dans l'Écriture ou qui sont postérieures à la période apostolique ? Dieu peut parler, et il parle parfois à quelques âmes aussi claire- ment aujourd'hui qu'autrefois, et son autorité est toujours la même. C'est donc toujours le même assentiment, la même foi qu'elles doivent à sa parole, dès qu'elle leur est suffisamment manifestée. * * Examinons maintenant la doctrine catholique sur la nature de la vertu de foi : nous arriverons directement à la même conclu- sion. La foi, nous enseigne le Concile du Vatican, est une « vertu surnaturelle par laquelle, avec le secours de la grâce de Dieu, nous croyons vraies les choses qu'il nous a révélées, non pas à cause dé leur vérité intrinsèque perçue par les lumières de la raison, mais à cause de l'autorité de Dieu qui nous les révèle et qui rie peut ni se tromper ni nous tromper. » (1) D'après cette définition, quel est l'objet matériel de la vertu de foi ? — Tout ce qui est révélé par Dieu. — Quel est l'objet formel ou le motif ? — L'autorité infaillible de Dieu qui parle. . Or ces deux éléments spécifiques de la vertu de foi se re- trouvent identiquement dans l'acte par lequel une âme accepte comme vraies les paroles qu'elle sait lui venir de Dieu. Que croit- elle ? — Ce que Dieu lui révèle. — Pourquoi le croit-elle ? — Par- ce que toute parole de Dieu est infailliblement vraie. — Des deux côtés, même objet matériel, même objet formel, donc même acte de la même vertu de foi. A moins de prétendre que la définition de la foi donnée par le concile du Vatican n'est pas complète, on ne voit pas comment il est possible de soutenir qu'elle ne s'applique qu'à la révélation chrétienne, et non pas aux révélations privées. Quant à l'objection tirée des. textes où saint Thomas semble restreindre la; foi aux vérités contenues dans la révélation chré- tienne, il est facile d'y répondre par cette simple observation. Le saint Docteur dans sa Somme théologique n'a autre chose en vue que la doctrine chrétienne ; lors donc qu'il parle de notre foi, sans (1) Conc. Vat., Sess. III, cap. 3.
  • Croyance due aux Révélations Privées 139 autre détermination, il est aisé de comprendre qu'il parle de la foi par laquelle nous sommes chrétiens, et par laquelle nous croyons ce que Jésus-Christ et ses apôtres nous ont enseigné. Ainsi entendues dans le sens le plus simple, réclamé par le con- texte, les paroles de saint Thomas ne s'opposent aucunement à la doctrine que nous venons d'expliquer. S'il est vrai qu'une révélation privée puisse être l'objet d'un acte de la vertu de foi théologale, cela doit être vrai au moins pour celui qui la reçoit directement de Dieu : c'est à lui que Dieu s'adresse ; c'est à lui que s'impose premièrement l'obligation de croire. Mais il faut pour cela qu'il soit certain que c'est Dieu qui lu 1 parle. Or cette certitude il ne la possède pas souvent par lui-même- Dieu peut assurément la lui donner, et les exemples cités de l'Écri- ture montrent bien qu'il la donne parfois, mais souvent il ne la lui donnera que par l'intermédiaire humain du directeur ou du con- fesseur. Nous l'avons vu : il est de bonne règle qu'une âme qui croit avoir des révélations craigne beaucoup de se tromper, et qu'elle réserve son assentiment tant qu'elle n'aura pas été ras- surée par les décisions de personnes sages et prudentes dont le jugement sera la règle du sien. Tant qu'elle sera dans le doute, il ne peut être question pour elle de croire de foi divine. Mais que penser du cas, pratiquement le plus fréquent, où elle n'arrivera à se persuader qu'elle a vrai- ment reçu des communications divines, que sur l'approbation et l'assurance réitérée de son confesseur ? — Il nous semble que, même dans ce cas, elle doit faire un acte de foi divine, parce que toutes les conditions requises pour l'acte de foi se vérifient parfai- tement : Dieu lui a parlé ; le fait est certain maintenant pour elle. Peu importe d'où lui'vient cette conviction, il ne lui reste plus qu'à croire ce que Dieu lui a dit, parce que Dieu ne peut ni se tromper ni la tromper. * . * * DEUXIÈME ASSERTION. Ceux qui admettent une révélation privée sans l'avoir reçue eux-mêmes de Dieu, au moins par intermé- diaire, ne peuvent pas la croire de foi divine, mais seulement de foi humaine. Le sens de cette proposition est assez clair ; précisons-le •cependant encore davantage. . Nous ne voulons pas dire que pour croire de foi divine une
  • 140 Doctrine Révélation, il faille la recevoir soi-même de Dieu directement ; si cela était vrai, nous ne pourrions pas croire sur l'autorité de Dieu la révélation chrétienne, car nous ne l'avons pas reçue nous-mêmes directement. Mais nous voulons dire qu'il faut la recevoir, ou de Dieu directement, ou de son envoyé dont lui-même nous fait connaître la mission. C'est de cette seconde manière que nous recevons la révélation chrétienne : Dieu lui-même, Jésus-Christ, nous a dit publiquement —c'est-à-dire à la société de l'Église dont nous faisons partie— que nous devons écouter ses apôtres et leurs successeurs comme lui-même, et qu'il les charge de nous transmettre jusqu'à la fin des temps tout ce qu'il avait à nous dire. De même, nous disons que pour croire une révélation privée de foi divine, il faut ou bien la recevoir soi-même de Dieu, ou bien .la recevoir d'un envoyé divin dont la mission nous est manifestée et promulguée par Dieu lui-même. Ainsi que nous l'avons vu plus haut, plusieurs théologiens exigent moins de conditions pour qu'une révélation privée de- vienne objet de foi divine. Il suffit, disent-ils qu'on soit certain qu'elle vient de Dieu. Mais il nous semble que l'examen attentif des décisions de l'Église et de l'enseignement traditionnel nous fournit une preuve convaincante de l'assertion que nous venons d'exposer. D'une part, en effet, l'autorité de l'Église, dans ses décisions, admet comme indubitable l'existence de révélations vraiment divines, en dehors de la révélation chrétienne, contenue exclusive- ment dans l'Écriture et la Tradition apostolique. De plus, elle admet aussi la vérité de certaines révélations particulières, et elle les considère comme pratiquement certaines, puisqu'elle en tient compte dans sa liturgie et va même jusqu'à, instituer des fêtes pour en célébrer la mémoire. D'autre part cependant, malgré cette certitude pratique, jamais elle ne les admet comme de foi divine ; jamais elle ne se croit obligée de se conformer à ce qu'elles contiennent ; elle pré- tend rester toujours parfaitement libre de les accepter ou de les rejeter. Qui plus est, cette liberté qu'elle s'attribue en face des révélations privées, même les mieux prouvées, elle la prpclame aussi pour les fidèles. Jamais ils ne sont obligés, eux non plus, à croire de foi divine telle ou telle révélation qu'on leur raconte. S'ils l'acceptent, ce sera purement et simplement par un acte de foi humaine. Et cependant, eux aussi, comme l'Eglise peuvent arriver parfois à la certitude que telle révélation est vraiment de Dieu. , Comment expliquer cette apparente anomalie : qu'on soit en présence d'une révélation certainement divine, et qu'on ne soit
  • Croyance due aux Révélations Privées 141 pas obligé de la croire de foi divine, c'est-à-dire sur l'autorité de Dieu ? , * * * La première réponse qui se présente à l'esprit, c'est qu'on n'est jamais vraiment certain d'avoir exactement la parole de Dieu. Les preuves critiques, les signes divins manifestes, ou l'ap- probation de l'Église peuvent bien donner la certitude sur la vérité de l'ensemble, mais non pas sur l'exactitude de tous les détails d'une révélation. Il nous manquerait donc toujours une condition nécessaire à l'acte de foi : la connaissance certaine de ce que Dieu a révélé. Cette réponse contient une part de vérité : elle explique qu'on ne puisse vraiment faire acte de foi divine pour tous les détails d'une révélation donnée ; mais elle n'explique pas pourquoi on n'est pas obligé de croire sur l'autorité de Dieu au moins l'en- semble de cette révélation, si on l'accepte comme certainement divine ; tout comme nous croyons de foi divine l'ensemble des assertions contenues dans notre texte actuel de la Bible, sans croire pour cela, de la même manière, chacune de ses assertions, parce que nous ne sommes pas certains qu'elles soient toutes conformes à l'original écrit par l'auteur inspiré. Il semble donc que cette explication soit insuffisante, et qu'il faille chercher ailleurs que dans le défaut de certitude la raison pour laquelle ni l'Église, ni les fidèles ne sont jamais obligés de croire de foi divine les révélations faites à une âme en parti- culier. Cette raison plus profonde et plus radicale ne peut se trouver, à notre avis, que du côté de l'objet. Voici brièvement comment nous la concevons. Une révélation que nous n'avons pas reçue de Dieu, ni direc- tement, ni indirectement par son héraut, n'est pas parole de Dieu pour nous ; ce n'est pas une parole que Dieu nous adresse, ni par conséquent que Dieu nous impose. Et ainsi non seulement nous ne sommes pas obligés, mais même nous ne pouvons pas la croire de foi divine proprement, dite, c'est-à-dire, sur l'autorité de Dieu. En effet, la foi surnaturelle n'est pas seulement une convic- tion spéculative que telle parole est vraie parce qu'elle a été dite par Dieu ; ^- une telle conviction existe dans l'esprit des damnés qui cependant n'ont pas la foi — elle est surtout une soumission de l'intelligence à une parole divine qui s'impose obligatoirement à nous, tout en nous laissant la liberté physique de la repousser. (1) (1) Concil:Vat., Sess. III. cap. 3. <Cùm ratio creata increûtoeVeritati penitus subjecta sit, plénum revelanti Deo ihtellectuset voluntatis obsequiurn jide proestaretenemur: Item in can. 1, de fide.
  • 142 .:.'.- Doctrine C'est donc une soumission entière de l'esprit et du coeur à Dieu qui nous parle et qui nous impose sa vérité comme règle de nos pensées et conséquemment de tous nos autres actes. Or ces conditions font défaut dans l'acte par lequel nous admettons les révélations privées. Dans ces révélations, faites à d'autres qu'à nous, Dieu ne s'adresse pas à nous ; il ne nous dit rien, ni directement par lui-même, ni indirectement par un inter- médiaire qu'il nous aurait dit d'écouter comme lui-même. Mais si vraiment Dieu ne nous dit rien, en aucune manière, il est clair qu'il ne .réclame ni ne demande rien de nous. En écoutant donc les paroles qu'il a dites à d'autres, nous pourrons bien être persua- dés qu'elles sont vraies, car Dieu ne peut ni tromper ni se tromper, mais nous ne pourrons pas offrir à Dieu sur ce point la soumission de notre intelligence et de notre volonté qui constitue .proprement l'acte de la vertu de foi. En un mot, la parole de Dieu qui est objet de la foi théolo- gale est celle que Dieu nous impose comme loi de notre esprit ; or la parole de Dieu contenue dans les révélations privées ne nous est pas imposée par Dieu comme loi de notre esprit, parce qu'elle ne nous est aucunement notifiée par Dieu. Donc la parole de Dieu contenue dans las révélations privées, même si elle est connue avec certitude, ne peut pas être pour nous objet de la vertu de foi théologale. (1) * * * Quelle est donc la nature de la croyance que nous pouvons accorder aux révélations privées ? Il est facile maintenant de le déterminer. D'abord, le fait ou l'existence de telle révélation se présente à nous ni plus ni moins comme tous les autres faits historiques d'ordre religieux. Il n'y a aucune loi qui nous oblige de l'admettre ; nous pourrons examiner, discuter, juger les preuves qu'on nous en donne, et n'admettre que sur bonne démonstration la vérité des récits qu'on nous en fait. Si nous arrivons à nous former une conviction, notre assentiment sera tout simplement un acte de foi humaine : nous accepterons le fait de telle révélation tout comme nous acceptons les autres faits historiques, à cause d'un témoi- gnage humain dont nous avons reconnu la vérité. (1) Nousavons dit que Dieu pourrait nous notifierune révélationprivée par un intermédiaire,c'est-à-direen nous disant que tel envoyé est son porte-parole et que nousdevonsl'écoutercommelui-même. ependantcette hypothèsene peut C se vérifier qu'entre personnesprivées, mais jamais entre une personneprivée et l'Église commesociété,car c'est un dogmede notre foi que Dieu a dit à l'Église tout ce qu'il voulait lui dire, par Jésus-Christet ses apôtres. Il n'existera donc jamais aucunerévélationprivée que l'autorité de l'Églisedoive, ni même puisse croire de foi divine.
  • Croyance due aux Révélations Privées 143 Mais ici, comme en histoire, nous pourrons fonder directe- ment notre croyance, ou bien sur les paroles du premier témoin dU fait, dont nous aurons nous-mêmes pesé le témoignage, ou bien sur le jugement de ceux qui ont déjà fait cet examen mieux que nous ne pourrions le faire par nos propres lumières. Or, comme nous l'avons déjà noté, l'examen direct d'une révélation, sort en elle-même, soit dans ses preuves, est chose difficile, et générale- ment au-dessus de la portée des intelligences moyennes. Si donc les simples fidèles veulent se conduire en ces matières avec pru- dence et sagesse, ils se fieront au jugement de personnes plus éclairées et plus expérimentées ; tout comme, dans l'étude de l'histoire, on se fie généralement au jugement de quelqu'un qui est réputé bon historien. Or le meilleur juge, de beaucoup le plus éclairé et le plus impartial, dans l'examen de ces faits surnaturels, c'est l'Église. Si elle s'est prononcée positivement sur leur vérité et leur réalité, non seulement nous devons, en toute hypothèse, respecter son jugement ; mais nous pouvons aussi l'accepter en toute sûreté comme règle du nôtre, car il nous offre toutes les garanties pos- sibles de la vérité. Somme toute, de quelque manière que nous admettions le fait d'une révélation privée, c'est toujours par un acte de foi humaine, fondé directement ou sur le témoignage du voyant lui- même, ou sur le jugement de certaines personnes plus éclairées qui ont examiné ce témoignage, ou finalement sur le sentiment de l'Église qui elle-même en admet la vérité comme suffisamment démontrée. Une fois parvenus à la conviction que telle révélation vient de Dieu, nous devons nécessairement admettre la vérité de ce que nous croyons que Dieu a révélé ; car il est évident que toute parole de Dieu est vraie. Cette adhésion de notre esprit a bien quelque chose de semblable à l'acte de foi, mais d'après ce que nous avons expliqué plus haut, il lui manque une condition essentielle à l'acte de la vertu théologale de foi. Nous pourrons bien aussi conformer notre conduite, et parfois il sera mieux de le faire, aux paroles que Dieu a dites à tel de ses confidents ; mais ici encore il n'y aura pas véritablement soumission à la volonté de Dieu, puisque Dieu ne s'adressait pas à nous. Nous pouvons donc conclure avec certitude que la croyance aux révélations privées chez ceux qui ne les ont pas reçues de Dieu n'est pas du tout un acte de foi divine, mais simplement un acte de foi humaine. Il semblera peut-être à plusieurs que nous avons rabaissé l'importance des révélations privées, dont quel-
  • 144 Doctrine ques-unes cependant ont eu une si grande influence dans la vie de l'Église. Nous sommes loin, en effet, de ceux qui voient dans certaines de ces manifestations divines une sorte de nouvel évangile, et qui ne craignent pas d'employer ce mot pour les qualifier. Mais pour- raient-ils justifier leur manière de voir par les données de l'ensei- gnement traditionnel et des décisions de l'Église ? — Nous ne le croyons pas. D'ailleurs nous verrons prochainement comment la théorie que nous venons d'exposer est pleinement suffisante pour expli- quer les grands biens de salut que Dieu opère dans l'Église par l'intermédiaire de ceux qu'il a choisis pour en faire les confidents de son coeur et les plus fervents apôtres de son amour. A. ESTÈVE o. M. I.
  • infirmités Corporelles du Sacré-Coeur 145 LESACRÉ-COEUR et les infirmités de sa nature humaine II. - Les Infirmités corporelles du Sacré-Coeur (SuUeP Le grand évêque d'Antioche s'indigne — comme d'une injure personnelle — à la pensée que Jésus-Christ n'a pas véritablement souffert : « S'il n'a souffert qu'en apparence, dit-il encore aux Tralliens, pourquoi donc suis-je enchaîné ? Pourquoi désirè-je combattre les bêtes ? Je meurs donc en vain, et ce que je dis du Seigneur est mensonge pur » (2). — « A Dieu ne plaise,'confesse- t-il aux Smyrniotes, c'est pour m'unir à sa passion que je souffre tant, c'est lui qui me soutient, lui qui est homme parfait » (3). Parlant de l'angoisse et de l'agonie que le Seigneur endura la veille de sa mort, S. Justin affirme qu'il s'y est soumis afin de bien montrer qu'il était comme nous homme passible et mortel. (4) S. Irénée tire la même conclusion de la faim que • Jésus-Christ éprouva après son jeûne de quarante jours au désert.- N'est-ce pas le propre de l'homme qui jeûne d'avoir faim ? (5) « Après avoir persévéré quarante jours dans son jeûne, dit dans le même sens S. Grégoire de Nysse, il eut faim ; car il donnait à sa nature, quand il le voulait, le loisir de ressentir et de produire ce qui est de la nature humaine ». (6) Et avant S. Grégoire de Nysse, S. Basile : « Comme le Seigneur consentit à avoir faim après consomption en lui des aliments solides, et à avoir soif après absorption de l'humidité de son corps; comme il a été fatigué du fait de la tension, occasionnée par la marche, de ses nerfs et de ses muscles, — non pas que la divinité fut en lui terrassée par la fatigue, mais son corps subissait les infirmités découlant de sa nature ; — de la même manière, il a donné chez lui place aux larmes, en permettant à sa chair d'expéri- menter ce qui lui est naturel ». Et veut-on savoir quand se pro- duit ce phénomène des larmes ? S. Basile va nous renseigner : « On pleure quand la cavité du cerveau, remplie des vapeurs causées par la tristesse, se décharge par les yeux, comme par deux canaux, de son liquidé fardeau ». (7) (1) Voir Regnabit— T. ï, p. 424; T. II, p. 16 (2) ad Trallianos,n. 10. FUNK, Patres Apost.,I, p. 209. (3) ad Smyrnaeos, . 4, p. 238. n (4) Dial.cum Tryphone, i.99. Ed. CAR. e OTTO, II, 354b. r d t. (5) ContraHaeres.,1.V, c. 21, n. 2. P. G. 7, 1180a. (6) De beatitudinibus, Orat. IV. P. G. 44, 1237a. (7) Hom.de gratiarumactione,n. 5. P. G. 31, 228* 229.
  • 146 Doctrine Les enseignements de S. Athanase sur ce sujet des infirmités naturelles du Sauveur sont trop remarquables, pour qu'il soit possible de les passer tout-à-fait sous silence. Je les emprunte à son discours de Incarnatione Verbi, P.G. 25, 96-198, Après avoir montré que le Verbe, Image du Père, ne pouvait restaurer l'homme fait à l'image de Dieu, que par la destruction de la mort et de la corruption, il conclut : « C'est à bon droit que le Verbe de Dieu a pris un corps mortel, afin que la mort'pût être anéantie en lui, et les hommes, restaurés selon l'image primitive. Personne, si ce n'est l'Image du Père, n'était capable d'une telle oeuvre ». (1) Plus loin, il ajoute d'une façon plus expresse : « Le corps du Seigneur avait la nature commune de tous nos corps : vrai corps humain, bien que conçu par un miracle inouï et né d'une Vierge seule. Parce qu'il était mortel, il est mort comme tous les autres corps ses semblables ; mais parce que le Verbe se l'était uni, il n'a pas éprouvé selon sa propre nature la cor- ruption du tombeau ; il en a été exempt à cause du Verbe de Dieu dont il est le temple ». (2) Le saint docteur se demande encore pourquoi le Sauveur n'a pas éloigné de son corps la mort, comme il en a écarté toute maladie, et il répond : « Puisqu'il avait pris un corps précisé- ment pour mourir, il ne convenait pas qu'il écartât la mort, afin que sa résurrection n'en fût pas empêchée. Au contraire, il eût été malséant que la maladie précédât en lui la mort et la préparât, de peur que.la maladie ne fût regardée comme une faiblesse de celui qui habitait le corps. N'a-t-il donc pas eu faim ? Oui, certes, il a eu faim en raison de la nature de son corps ; mais ce corps ne pouvait mourir de faim, à cause du Seigneur à qui il appartenait. C'est pourquoi, bien qu'il soit mort pour la rédemption de tous, il n'a cependant pas connu la corruption. Il est ressuscité intègre, car il n'était pas le corps de n'importe qui, mais de la Vie elle-même ». (3) Hésychius de Jérusalem, dont les expressions peuvent à première lecture créer une petite difficulté, admet certainement que Notre-Seigneur a en fait éprouvé les infirmités communes de la nature humaine, mais il insiste particulièrement sur la condition juridique du Sauveur, vis-à-vis de ces mêmes infirmités. « Vous n'avez pas besoin de repos dans le ciel, lui dit-il à propos du psaume cxxxi, 8 ; vous êtes vous-même le repos de toute créature. Mais sur terre, à cause de nous, vous souffrez ce qui est de la chair. Cependant, ce n'est ni la faim ni la soif que vous éprouvez (c'est-à-dire, la faim et la soif, telles que nous les res- sentons) : bien plutôt, alors que vous avez faim, vous êtes le (1) N. 13, col.120 6c. (2) N. 20, coM32 b. (3) N. 21, col. 133C.
  • Infirmités Corporelles du Sacré-Coeur 147 pain de vie ; et quand vous avez soif, vous êtes en même temps la consolation de tous ceux qui sont altérés, puisque vous êtes le fleuve de l'incorruptibilité ; alors encore que vous êtes fatigué de votre marche sur terre, sans effort vous vous frayez un sentier sur les flots de la mer». (1) Sans aucun doute Hésychius recon- naît que le Seigneur a éprouvé la faim et la soif ; mais ni cette faim ni cette soif n'étaient semblables à là faim et à la soif que nops éprouvons. Sa divinité et sa vision intuitive l'en exemp- taient ; il ne les a pas subies, mais librement acceptées. Les Pères, nous l'avons déjà vu et nous le verrons encore, affirment toujours ce caractère souverainement libre et volontaire de nos infirmités de nature chez le Sacré-Coeur. Il les prend, non par la nécessité de sa condition humaine, répète S. Augustin, mais par un effet de sa compatissante volonté ; (2) — non par nécessité, reprend en écho S. Fulgence, mais parce qu'il le veut, non necessitate, sed voluntate. (3) Il serait peu séant, je crois; de ne pas céder la parole à l'un ou à l'autre des Pères latins, à Tertullien par exemple, quand il prend à partie Marcion, cet « assassin de la vérité », qui, par son docétisme, innocentait les bourreaux du Christ, puisque le Christ n'avait pu rien souffrir de leur cruauté. L'âpre africain . réclame pitié pour l'unique espérance du monde et pour l'ap-. parence ignominieuse de sa foi, en commentant de façon para- doxale le mot de S. Paul sur la folie de la croix. « Épargne l'uni- que espérance du monde. Pourquoi détruis-tu le titre infamant mais nécessaire de la foi ? Tout ce qui semble indigne de Dieu m'est profitable. Je suis sauvé, si je ne rougis pas de mon Seigneur. Le Fils de Dieu est né : Je n'en rougis pas, parce qu'il en faut rougir ; le Fils de Dieu est mort : il faut le croire, parce que cela révolte la raison ; et enseveli, il est ressuscité du tombeau : le fait est certain, parce qu'il est impossible. (4) Mais comment tout cela est-il vrai dans le Christ, si lui-même n'a pas été véri- table, s'il n'eut pas véritablement de quoi être attaché à la croix, de quoi mourir, de quoi être enseveli et ressusciter, c'est-à-dire une chair arrosée et échauffée par le sang, bâtie sur des os, entre- lacée de nerfs, sillonnée par des veines, une chair qui sut naître et mourir ? Cette chair sera humaine sans aucun doute, puisqu'elle est née de l'homme, et par suite sera mortelle dans le Christ, puisque le Christ est homme et fils de l'homme... Autrement, (1) Serm.V. P. G. 93, 1464d. (2) Enarr. in Ps. Lxxxvii, n. 3. P. G. 37, 1111. (3) Epist. 18, c. 4, n. 8. P. L. 65, 496c. (4) Hn'est pas inutile de remarquerque cesderniersmots, audacieuxjusqu'à l'extrêmeet dont on a souventabusé,faute de les comprendre, ignifienttout sim- s plementque l'incompréhensibilité mystèren'est pas une raisonpour le rejeter : d'un elle_ la marque évidenteque Dieuest là, qu'il agit ou qu'il parle. Le propre des est opérationsdivines,c'est de s'imposerà l'esprit humain avecd'autant plus de force qu'ellessemblentle heurter davantage.Cettemanièred'agir est le plus sûr moyen d'empêcherque les hommesné confondentl'action divine avecla leur.
  • • 148 Doctrine plus de raison pour que le Christ soit appelé homme, s'il n'a pas de chair ; ni fils de l'homme, s'il n'a pas une origine humaine, ni Fils de Dieu, s'il n'a pas Dieu pour Père. Ainsi, le fond de ces deux substances atteste le Dieu et l'homme, l'un qui. a pris naissance, l'autre qui n'est pas né ; l'un corporel, l'autre spirituel ; l'un infirme, l'autre tout-puissant ; l'un mou- rant, l'autre, étant la vie; propriétés distinctes qui montrent deux natures, la divine et l'humaine, également véritables, en qui une même foi confesse l'Esprit et la chair. Les miracles ont manifesté Dieu qui est esprit ; les souffrances ont attesté la chair de l'homme... Si les souffrances et la chair étaient imagi- naires dans le Christ, imaginaires également en lui Dieu et lès miracles. Pourquoi nous ravis-tu par un mensonge la moitié du Christ ? Le Christ a été tout entier vérité. Crois-moi, il a préféré naître que mentir en quelque chose, et à la vérité contre lui-même, en feignant d'avoir une chair ferme sans os, solide sans muscles, colorée sans qu'elle renfermât de sang, vêtue sans avoir la peau pour tunique, affamée sans éprouver la faim^ mangeant sans dents pour manger, parlant sans langue pour parler, de telle sorte que ses paroles fussent pour les oreilles qui l'entendaient un fantôme par l'image de la voix. (1) f Au témoignage de S. Ambroise, c'est assez que le Verbe de Dieu se fût revêtu d'un corps humain, pour qu'il en portât les infirmités, la faim, la soif, l'angoisse, la tristesse. (2) Dans son vingt-et-unième sermon, qui est le premier sur la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, S. Léon-le-Grand nous montre le Fils de Dieu venant combattre à armes égales l'ennemi du genre humain. Ce n'est pas en effet dans sa majesté divine, mais dans l'humilité de notre bassesse qu'il descend dans l'arène, opposant au démon la même forme, la même nature autrefois vaincue par lui, sujette à la même mortalité, quoique exempte et pure de toute faute. Ainsi donc, conclut-il, dans une même personne, sans confusion des deux natures ni de leurs propriétés, on voit s'unir la majesté à l'abaissement, la toute- puissance à la faiblesse, l'éternelle vie à la mortalité, une nature impassible à une nature passible : vrai Dieu et vrai homme en unité de personne, de telle sorte que, comme lé réclamait notre guérison, l'unique et même médiateur de Dieu et des hommes pût mourir comme homme et comme Dieu se ressusciter. (3) Un disciple de S- Augustin, S. Fulgence de Rupse, terminera (1)De CarneChristi,c. 5. P. L. 2, 760- 762. (2) In S. Lucam,1.VII, n. 133 P. L. 15,1734b. Cf. Serm. XXII, c. 2, col. 195 a; — (3) Serm. XXI, c. 2. P. L. 54, 192a -- 767. Epist, XXVIII, c. 3 et 4, col.763a b, 765
  • Infirmités Corporelles du Sacré-Coeur 149 fceslongs et si beaux emprunts faits aux Pères latins. Après avoir montré par l'Écriture que Notre-Seigneur a été éprouvé et qu'il a souffert dans sa chair et dans son âme, il tire cette conclusion : « Le Christ a été tenté tout à la fois dans sa chair et dans son âme humaine. Et donc il a pris tout à la fois un corps et une âme, et, s'il les a pris, sans nul doute il a daigné sauver l'un et l'autre. C'était en effet chose convenable et tout ordonnée à notre salut que le vrai Dieu, né du Père, s'unît personnellement la chair réelle et l'âme de l'homme qu'il a lui-même créées, qu'il com- battît dans l'une et dans l'autre avec le tentateur, qu'il remportât dans l'une et dans l'autre la victoire et qu'il apportât secours aux tentés dans l'une et dans l'autre, puisque dans l'une et dans l'au- tre il donnait l'exemple de la victoire à ceux qui sont faibles et mortels ». (1) La lettre 18e et dernière du même saint docteur nous ar- rêtera un peu plus longuement. Il y répond au comte Réginon, qui lui avait expressément demandé si la chair du Seigneur était passible ou impassible, corruptible ou incorruptible. S. Fulgence distingue tout d'abord une double corruption : — l'une qui consiste dans le péché même de l'homme ; et l'autre- dans la peine infligée au péché. Et cette dernière corruption* il la subdivise en deux sortes : •— parfois en effet, la peine du péché, c'est le péché lui-même, Dieu vengeant le péché par le péché. Cette sorte de corruption punit les péchés dans l'homme, de telle sorte qu'ils ne cessent pas, mais bien plutôt se multi- plient. — Il est une autre peine du péché, qui n'est que peine, sans être péché ni incliner au péché ! Elle ne souille ni l'âme ni le corps, mais les afflige : elle est ordonnée non à la souillure, mais à l'humiliation du pécheur. De ces principes posés par lui, S. Fulgence déduit aisément la part de corruption assumée par le Verbe incarné. Le Verbe a pris notre chair, mais exempte de tout péché, tant du péché originel que du péché actuel. Et pourtant il la voulut non seu- lement infirme mais mortelle. Or, parce que son corps était mor- tel, il se trouvait de ce chef soumis à cette corruption qui n'est que peine et dont est absente toute idée de péché. A ce genre de corruption se rattachent la faim et la soif. Facilement le corps mortel se corrompt, en éprouvant les morsures de la faim et de la soif, qui peuvent même causer sa mort. La mort à son tour achemine à cette corruption qui, du fait de l'âme qui s'en est allée, réduit le corps en pourriture et en poussière. La chair du Christ n'a pas connu cette corruption, puisqu'elle est res- suscitée le troisième jour. Mais la faim, la soif, la fatigue du corps, la souffrance, le Seigneur les a réellement ressenties : (1) Ad Trasimundum, . I, c. 13. P. L. 65, 237 6 c. 1
  • 150 Doctrine elles forment cette part de corruption qui nous vient du péché, sans que nous en contractions aucun péché. Après avoir rappelé quelques textes des saintes Écritures, montrant'le Seigneur réellement soumis à nos infirmités de nature, S. Fulgence conclut sa démonstration en ces termes : «Ce corps n'est pas absolument incorruptible, qui des coups qu'il reçoit éprouve une réelle douleur. Il est donc évident que le Christ, avant sa passion et jusqu'à sa passion et à sa mort, avait un corps mortel et sensible et que, pour nous, il a dans ce corps éprouvé une faim véritable, une soif réelle, une vraie fatigue, et ressenti les blessures réelles des clous et de la lance, que par suite il a enduré des douleurs réelles non par nécessité mais volontairement, et que par la libre acceptation d'une mort vraie il a pour nous donné sa vie par son propre pouvoir. Consé- quemment, le même Christ, mort en raison de sa faiblesse volon- taire, ressuscité, par la puissance de Dieu, nous a montré dans son corps ce qu'il en sera des nôtres. Il s'est humilié jusqu'à l'acceptation de toute notre misère humaine, afin que, comme dit l'Apôtre, (1) notre misérable corps soit transformé et rendu semblable à son corps glorieux ». (2) Il n'est guère possible de traiter des infirmités corporelles chez le Seigneur, sans donner une place spéciale à S. Hilaire qui semble ici s'opposer, au moins dans les termes, à l'ensei- gnement de l'Église. Afin de mieux ruiner la consubstantialité du Verbe avec le Père, les ariens rapportaient à la nature divine du Christ tout ce que les Évangiles nous disent de ses infirmités et de ses souf- frances. S. Hilaire les combat dans son livre xe de Trinitate, où bientôt il avance que, même le corps du Seigneur, conçu qu'il a été de l'Esprit-Saint dans le sein d'une Vierge, était d'une nature et d'une condition supérieures à la nature et à la condi- tion de notre corps. Les coups, les blessures, la souffrance peu- vent l'atteindre, mais il ne les ressent pas ; il peut être élevé en croix, mais il n'en pâtit point, la douleur qui se précipite sur lui ressemble à un trait qui traverse l'eau, le feu ou l'air. (3) D'autre part, il est certains passages des oeuvres de S. Hi- laire, toutparticulièrement dans son commentaire sur les psaumes, où sa doctrine sur les infirmités corporelles du Verbe incarné, se trouve à l'abri de tout doute et de tout reproche ; par exem- ple, ce passage du commentaire sur le psaume Lxvme, n. 23 : « Le Seigneur a pris sur lui nos péchés et souffert pour nous : il a été frappé, afin qu'en lui, broyé jusqu'à l'ignominie de la croix (1) Phil., m, 21. (2) Epist. XVIII, c. 3 et 4, n. 5,6 et 8. P. L. 65,494c- 496 c. (3) De Trinitate, 1. X, n. 23. P. L. 10, 361 - 362.
  • Infirmités Corporelles du .Sacré-Coeur 151 et de la mort, la santé nous fût rendue par la résurrection des morts ». (1) Même ces lignes empruntées à son de Trinitate : «Né d'une Vierge, il est allé du berceau jusqu'à l'âge parfait ; il a passé par le sommeil, par la faim et la soif, par la fatigue, fla- par les larmes ; maintenant il va être tourné en dérision, gellé, crucifié ». (2) Claudien Mamert, Baronius, des théologiens tant anciens que modernes, ont conclu de ces passages, tout au moins en apparence contradictoires, que S. Hilaire n'avait pas toujours été exact sur ce sujet des souffrances et des infirmités corporelles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la théologie ne les ayant pas mis encore en pleine lumière. On le peut penser encore aujourd'hui sans manquer, je crois, au respect dû à S. Hilaire et à la sainte Église qui lui a décerné le titre et le rang de docteur. Est-ce que S. Augustin n'a pas écrit ses Rétractions ? Estrce que S. Bernard et S. Thomas, deux docteurs également, n'ont pas, du moins selon l'opinion commune, écrit contre l'Immaculée- Conception ? Pourtant ni leur sainteté ni leur autorité n'en sont pour cela diminuées. Ce n'est pas que les interprétations en très bonne part, mais plus ou moins forcées, plus ou moins décisives, aient jamais manqué au texte incriminé et vraiment difficile de S." Hilaire. D'après le Maître des Sentences, dont l'explication, adoptée par S. Thomas, a été longtemps suivie, S. Hilaire distingue entre les souffrances du Christ et les nôtres : pénales chez nous et nécessaires, elles sont volontaires et libres chez le Christ ; il entend donc simplement écarter de la chair du Seigneur la nécessité, non la réalité de la souffrance. D'après l'éditeur des oeuvres de S. Hilaire et la plupart des théologiens, le saint docteur parle ici de la nature divine du Sauveur, non de sa nature humaine. Si la souffrance, si les coups de la flagellation et les clous du crucifiement atteignent et traversent le corps, le Verbe qui habitait ce corps, demeurait hors d'atteinte. Les ariens ne peuvent donc, du fait des infir- mités de Jésus-Christ, tirer aucun argument contre la divinité du Verbe. Voici comment M. Tixeront résume, la doctrine sur ce point de l'évêque de Poitiers : « Cela n'empêche pas son hu- manité d'être passible ; mais Hilaire enseigné et répète qu'elle ne l'est que par miracle et par une volonté positive du Verbe. Par suite de son union avec le Ve,rbe, de son impeccabilité, de sa naissance virginale, l'homme en Jésus devait être normale- ment impassible, affranchi des nécessités qui s'imposent aux autres hommes, aussi bien que des affections et des passions qui les émeuvent et qui les troublent. Si donc, comme Hilaire (1) P. L. 9,484 a. (2) De Trinlt., I. III, n. 10. P. L./lO, 81. -
  • 152 Doctrine l'admet ailleurs, Jésus a souffert, s'il a eu faim et soif, s'il a gémi et pleuré, c'est parce qu'il l'a voulu librement, soit que nous entendions par là un ordre réglé dès le principe et une fois pour toutes qui assujettit, malgré ses prérogatives, l'humanité du Christ aux lois communes à tous les hommes, soit que nous supposions une série d'actes de volonté sans cesse renouvelés et s'opposant à l'action du privilège initial. En tout cas, les souffrances et les faiblesses du Christ, loin d'être un argument contre sa divinité, en sont au contraire la preuve, étant un effet de sa puissance. Les objections qu'en tirent les ariens sont absolument vaines ». (1) J'aurais dû mentionner, avant S. Hilaire, Clément d'Alexan- drie qui, lui, ne s'exprime certainement pas, sur les infirmités corporelles du Verbe incarné, d'une manière conforme à la doc- trine catholique. A son sens, en effet, « il serait ridicule de re- chercher dans le corps de Notre-Seigneur, en tant que corps; les fonctions du corps humain nécessaires à sa conservation ; il mangeait sans aucun doute, non certes pour soutenir son corps qu'alimentait une vertu divine, mais pour ne pas induire en erreur ceux qui vivaient avec lui », et qui auraient pu douter de la réalité de son humanité, s'il s'était abstenu de toute nour- riture ; « c'est ainsi que par la suite plusieurs s'imaginèrent que son avènement n'était qu'une pure apparence. Le Christ était absolument sans passion : jamais ne se souleva en lui le moindre mouvement passionnel, ni plaisir ni tristesse ». (2) De l'opinion erronée de Clément d'Alexandrie, il faut rap- procher l'erreur de l'hérétique Valentin, qui, au rapport de Clément lui-même, prêtait au Seigneur un tempérament des plus bizarres. Le Christ, écrivait Valentin à Agathopode, avait une manière de manger et de boire qui lui était propre. Les aliments qu'il absorbait ne subissaient en lui aucune digestion ni aucun travail, parce que son corps incorruptible n'avait pas besoin d'être restauré et renouvelé. «Sa continence était d'une puissance telle que les aliments ne se corrompaient pas en lui, qui était à l'abri de toute corruption». (3) (A suivre) DOM G. DÈMARET, moine de Solesmes (1)J. TIXERONT, Histoiredesdogmes, II, 287, 288. t. (2) Stromat.,ï. VI, c. 9. P. G. 9, 292c. {3)Stromat., . III, c. 7. P. G. 8, 1161,1164. 1
  • Au Château de Chinon 153 LE SACRÉ-COEUR DU DONJON DE CHINON Attribué aux Ctievalleis du Temple Nous n'avons point à redire ici l'histoire de l'Ordre des Tem- pliers ; rappelons seulement qu'il fut institué pour la défense militaire des conquêtes territoriales de la première Croisade et la protection des pèlerins d'Europe qui se rendaient aux sanctuaires vénérés de la Terre-Sainte. Pendant près de deux siècles il justifia héroïquement, par la généreuse effusion de son sang dans tous les combats d'Orient, les faveurs que les Papes et les souverains lui prodiguèrent et les richesses immenses qu'il reçut, tant des princes que des seigneurs d'Occident qui, ne pouvant aller guerroyer en Palestine, s'y fai- saient remplacer par des dons importants à ceux dont les vies étaient vouées aux luttes incessantes de la Guerre-Sainte. Le Grand-Maître du Temple avait la puissance, les privilèges et le rang reconnu d'un souverain. Cette prospérité matérielle et l'inactivité militaire dans la- quelle l'Ordre s'endormit durant ses trente-cinq dernières années, causèrent sa perte. Désertant la voie sainte que leur Règle leur traçait et l'objectif nettement défini qu'elle imposait à leur zèle, les Chefs de l'Ordre, profitant de ses richesses immenses, se li- vrèrent à l'agiotage et devinrent en fait les banquiers des États d'Europe qu'ils tinrent ainsi financièrement en demi-tutelle. Des princes, et notamment Philippe IV de France, en prirent ombrage et ce'dernier, poussé surtout, croit-on, par les conseils de ses Légistes, résolut de provoquer la destruction de l'Ordre. Un relâchement incontestable et quasi général, des désordres nombreux, isolés, mais avérés, servirent à souhait les ennemis dû Temple. En plusieurs commanderies de France surtout, des cheva- liers avaient apporté de leur séjour aux pays orientaux des doc- trines pernicieuses et des pratiques plus ou moins occultes procé- dant de divers hérétiques, gnostiques, manichéens, canthares, lucifériens, etc., et la licence des moeurs avait suivi de près les erreurs de croyance'; par ailleurs, des cérémonies d'un symbolisme équivoque oU catégoriquement abominable, usitées en quelques commanderies, servirent de base aux pires accusa- tions de sacrilège, d'idolâtrie, de magie et autres turpitudes. Après une enquête générale ordonnée par le pape Clément V, qui se trouvait en France, le sort de l'Ordre du Temple fut remis aux mains des Pères du Concile de Vienne-en-Dàuphiné, lesquels, constatant le relâchement de sa discipline et ses torts réels, d'autre part reconnaissant qu'il ne répondait plus au but de son institu- tion,.estimèrent que sa suppression était opportune. Elle fut pro-
  • 154 Doctrine nqncée par Clément V en consistoire secret, au mois d'octobre 1311, et la bulle en fut publiée l'année suivante. Philippe le Bel n'avait point attendu la décision pontificale pour déférer les Templiers, à divers titres plus ou moins spécieux, devant la justice séculière ; et, dès 1307, il s'était assuré de leurs personnes en faisant arrêter le même jour, 13 octobre, tous ceux de son royaume, sans en excepter le Grand-Maître, Jacques Molay, qu'il avait fait venir de Chypre, sa résidence habituelle, sous prétexte d'élaborer avec lui les plans d'une croisade pro- chaine. Le pape Clément faisait alors au monastère des Cordeliers de Poitiers un séjour qui dura seize mois, et le roi de France résidait à cette occasion dans la même ville, chez les religieux Jacobins. Le Grand-Maître et les principaux Templiers de France, au nombre de soixante-douze, furent donc conduits vers Poitiers ; mais Jacques Molay s'étant trouvé malade à leur passage à Chinon, ils y furent tous internés dans les tours du château, et le roi, pour d'obscurs motifs, les y maintint longtemps après la guérison de leur chef. En août 1308 ils y furent interrogés par les cardinaux Béranger Frédali, Etienne de Susy et Landolphe Brancaccio, délégués par le Pape. Leur enquête terminée les éminents prélats admirent les prisonniers à la participation des. Sacrements, et dans une lettre écrite avant leur départ de Chinon, intercédèrent pour eux près du roi Philippe ; mais l'année suivante un parle- ment séculier, tenu à Tours, et dans lequel prédomina l'influence des Légistes, les condamna à l'unanimité. Depuis quelques mois du reste les infortunés captifs ne se faisaient guère d'illusion, mais de ce jour ils se sentirent perdus et purent entrevoir déjà les sinistres lueurs des bûchers des îles de la Seine. Or, la tradition chinonaise veut qu'il soit resté dans le château qui fut le cadre pesant de leurs terribles angoisses, un témoignage impressionnant des pensées de piété et de repentir en lesquelles leurs âmes cherchèrent une force de résignation, un élément de consolation pour leur détresse présente, et pour l'autre vie, une source de confiante espérance en la bonté de Celui qui, seul infail- lible en ses jugements, laisse si souvent à sa Miséricorde le pas sur sa Justice, C'est pourquoi les souvenirs locaux attribuent à l'un de ces malheureux tout un ensemble de « graffites », c'est-à- dire de dessins profondément gravés au couteau sur la muraille intérieure du grand donjon du Coudray, centre de la forteresse de Chinon où se trouvaient sans doute les plus éminents des cheva- liers captifs. -, Voici ce que dit de ces gravures le plus récent et le mieux informé des historiens chinonais, M. Gabriel Richaud; avocat au barreau de cette ville :
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  • 156 Doctrine «.... On peut voir... creusés dans la pierre, des signes, des carac- tères, des dessins grossiers. Cinq mots en lettres gothiques sont les seuls qui soient lisibles : Je requier à Dieu pardon. On distingue encore quelques figures de blason, des croix, des profils de personnages pros- ternés. L'un d'eux a un costume mi-partie ecclésiastique et militaire : une robe longue, l'écu et I'épée. Ces inscriptions proviennent assurément des chevaliers du Tenv ple » (1) . Ajoutons que la figure principale de l'ensemble gravé n'est point citée dans la brève description de Gabriel Richaud. C'est un coeur très profondément creusé avec un soin extrême et tout entouré de rayons radieux ; et ce coeur, il paraît impossible qu'il n'ait pas été, dans la pensée du graveur, le Coeur même du Christ.Jésus. Tout le donne à croire : la gloire rayonnante qui l'environne, ses dimensions, la perfection de son exécution et la profondeur de son jaffouillement dans la pierre qui surpasse de beaucoup celle des autres figurations. Au surplus, une particu- larité d'un autre sujet, gravé près de ce coeur, vient nous dire nettement que la pensée de l'auteur était particu- 'lièrement portée vers la blessure faite par la lance (2) du légionnaire romain au flanc du Rédempteur: la croix haussée dont le socle en gradins porte les mots gothiques IE REQUIER DIEUPDON,est accompagnée A des clous, du roseau, de la lance ; et cette arme est inclinée de façon que son fer atteint la croix à la hauteur exacte où se trouvait le flanc de la Victime expia- toire ; et sur le fût même de la croix une incision très nette, indiscutablement intentionnelle, semble symboliser la bles- sure latérale elle-même. Aucun argu- ment contraire à tirer de ce que le coup de lance est figuré du côté gauche ; nous ne sommes pas ici en face du travail d'un artiste de métier, coutumier des usages de l'iconographie sacrée, mais en présence de l'oeuvre émue d'un prison- nier malheureux qui extériorise sa prière, le repentir de ses erreurs et de ses fautes, et son recours en la bonté du Sauveur. Nous considérons donc le coeur du graffite de Chinon comme une figuration certaine du Coeur de Jésus. Quant à son attribution à l'époque du procès des Templiers, elle paraît établie plutôt que combattue, — en plus de la tradition constante qui l'a toujours (1) Gabr. Richaud : Hist. de Chinon p. 68. Paris, Jouve ; 1912. (2) Coupede la pierre qui porte le coeurgravé. (3) Détail d'une des figures de l'ensemblegravé.
  • Au Château de Chinon 157 regardée comme l'oeuvre de l'un d'eux — par les caractères go- thiques qui s'y trouvent : ie requier à dieu pdon, et, plus haut sur le mur, ce nom qui est peut-être celui du graveur et que l'effrite- ment de la pierre rend malheureusement indéterminable : — — C'est assurément la plus ancienne JEHANDUGUA1 représentation du,Coeur divin connue jusqu'ici en France et peut-être au monde, encore qu'on nous en signale une autre, en Belgique, qui en serait à peu près contemporaine (?). Notons aussi que dès l'époque des Templiers la pensée chré- tienne, orientée par la grande dévotion du siècle précédent pour les Cinq Plaies du Sauveur, se tournait plus particulièrement vers son Coeur comme vers le centre de ses souffrances et la source naturelle du Sang rédempteur. Et c'est à ce dernier titre surtout que, tout en rappelant qu'elle fut le berceau mystique de l'Église les auteurs d'alors parlent de la Plaie latérale, notamment Clément V lui-même en ses Constitutions (1) et les Pères dé ce Concile de Vienne qui supprima, en 1311, l'ordre du Temple. Très peu après l'emprisonnement des captifs de Chinon le Coeur de Jésus est nomément désigné, sous la plume d'Arnaut Vidal de Castelnaudari, dans la magnifique Prière du seigneur de la Barre que le R. P. Anizan a si magistralement commentée pour les lec- teurs de « Regnabit » : (2) Et qxan tu fust martz,Senher,après Quand tu fus mort, Seigneur,alors Ton Corpartit abfere de lansa TonCoeur ut ouvert par la lance f Cela s'écrivait en 1318, alors que depuis quatre ans à peine refroidissait la cendre des brasiers où les Templiers furent consu- més vivants !... Pourquoi, contemporain d'Arnaut Vidal, le cheva- lier qui grava au mur de sa prison la croix du Sauveur et les ins- truments de ses douleurs mortelles, qui inclina la pointe de la lance vers la place que son Coeur occupait sur la Croix, n'aurait- il pas eu la pensée de figurer le Coeur lui-même et de l'entourer des rayons de triomphe qui, de son temps, étaient l'emblème mystique, spécial et réservé, de l'état glorieux ?... — Une autre remarque que suggère le graffite de Chinon : On sait que l'une des principales accusations portées contre les Templiers devant les Tribunaux ecclésiastiques et royaux fut celle de renier la divinité de Jésus, et d'insulter la Croix qu'ils ne consi- déraient que comme un gibet honteux que tout chrétien devait avoir en horreur ; et ils se rencontraient en cela avec les sectes orientales des Canthares, des Bogomiles et des Lucifériens. Sans nous éloigner de la région qui nous occupe, deux documents nous sont restés qui semblent se rapporter à ces errements impies : A la commanderie loudunaise de Moulins, paroisse de Bour- nan, frère André de Mont-Loué, servant d'armes, déclara au cours (1) I. In lib. I, cap. I, Tit. I. - (2) F. Anizan: La bêlapreguieyradelsenherdela Barra. In RegnabitN° d'oct. 1921; p. 344-349.
  • 158 Doctrine de l'enquête pontificale, avoir vu recevoir aux voeux, en la chapelle de la dite commanderie, le chevalier Guillaume de saint- Benoit qui renia trois fois Jésus-Christ et cracha sur la Croix. (I) D'autre part, le Musée des Antiquaires de l'Ouest, à Poitiers, possède une curieuse sculpture provenant de la commanderie de Montgaugier sur laquelle un chevalier monté s'éloigne, en lui tournant le dos, du Sauveur représenté dans l'attitude habituelle du Crucifié, mais sans croix... (2) Fut-ce pour protester contre ce mépris du bois rédempteur, reproché à certains de ses frères, que dans son pieux ouvrage, le graveur de Chinon figura d'abord trois fois la croix sainte, avec sur elle, l'indication des Cinq-Plaies, et qu'il la répéta une quatrième fois sur le mur d'en face, plus com- plètement entourée encore puisqu'on y voit la colonne de la fla- gellation et le triomphal « Sol et Luna » ? Nous le croyons. D'autres signes de la gravure qui nous occupe restent pour nous des mystères : Une main ouverte et dressée, comme pour prêter serment, est représentée trois fois, pareille à celles des statères d'or de la tribu gauloise des Pictons, avec lesquelles elle ne peut avoir aucun rapport, bien entendu — à moins que dans les deux cas elles soient simplement un emblème de comman- dement — Mais quel sens peut avoir la figure tracée devant le personnage agenouillé, sorte de globe sur un pied en forme de taie? Et pourquoi l'auteur a-t-il gravé, dans les rayons même qui jaillis- sent du'Coeur, le blason où se voit la.fleur royale de France ? A côté du Coeur rayonnant, une sorte d'écu bannière, écartelé, porte, en ses quatre quartiers, la même figure héraldique qui se voit sur le bouclier du personnage agenouillé plus haut. Coïnci- dence singulière, ce même motif se trouve aussi sur l'écu sculpté à la tête de la statue funéraire d'un Templier de la commanderie de Roche, près Poitiers, (3) et nous l'avons nous-même relevé sur un cartouche orbiculaire à la commanderie du Temple de Mauléon (Deux-Sèvres). Avait-il un sens spécial dans l'héraldique parti- culière à l'Ordre du Temple ?... Qui le dira ?... Quoi qu'il en soit, ces rapprochements nous semblent appuyer la tradition chinonaise en ce qui concerne l'origine et la date de la gravure que nous venons d'étudier et qui sert d'écrin à l'un des plus curieux et des plus précieux documents de l'iconographie du Coeur de Jésus. NOTE COMPLÉMENTAIRE intérieur du Donjonde Chinonsur lequel : Le mur le graffite que nous venonsde signalera été gravé au couteauest en calcaire oolithiqueà grain fin et ferme.La surfacecouverte par l'ensemblegravé peut s'inscrire dans un rectanglede 0,85 de longueursur 0,70 de hauteur. Le Coeur rayonnant, seul, sans son aurioleradiée mesure 11 centimètresde hauteur. L. CHARBONNEAU-LASSAY. (1) ProcèsdesTempliers. aris 1841-1851. collect. P ap. deDoc.inéditssur l'Hisl. dé Fr. T. Il p. 104. (2) A. de la Bouraliere: Deux souvenirsdes Templiers.In. Bull, des Antiq. de l'OuesCArm.1091, I te. '' (3) Musée lapidaire des Antiquaires de l'Ouest, à Poitiers.
  • Les Anabaptistes 159 La Théologie du Sacré-Coeur et le Protestantisme i. - Les premiers Réformateurs (Suite) - c) Les Anabaptistes Nous avons essayé, dans nos précédentes études, (1) de mettre en évidence les illusions auxquelles les principaux chefs du protestantisme, Luther, Mélanchthon et Calvin, furent entraî- nés par leur fausse théologie de Vamour divin. Ils n'ont point connu notre magnifique dévotion au Sacré-Coeur. Ils ont dépassé en quelque sorte le point de vue où elle nous place d'emblée. Elle nous met en face de la miséricorde infinie de Dieu. Elle nous en montre l'emblème le plus émouvant et le plus instructif : le Coeur transpercé par amour pour nous. Mais elle ne nous dit point, comme Luther : Péchez hardiment, le Christ a satisfait pour vous, son coeur est là pour vous inspirer confiance, même si vous demeu- rez dans vos péchés. Elle ne nous dit point, à l'instar de Calvin : soyez tranquilles, le Coeur vous rend témoignage que vous êtes prédestinés. Que les réprouvés tombent en enfer, que vous importe ; croyez quand même à l'infinie bonté d'un Dieu qui sauve qui il lui plaît et qui damne qui il veut, sans qu'il y ait ni mérite ni démérite chez les élus ni chez les rejetés. La dévotion au Sacré-Coeur nous prêche la confiance sans limite, sans nous inspirer la présomption ; elle nous témoigne de l'infinie bonté sans nous obliger à croire à l'irrémédiable déchéance de notre nature et à l'impuissance, bien plus, à la disparition de notre libre arbitre. Mais Luther, Mélanchthon, Calvin, et ceux qui leur res- semblent : Bucer, Capiton, OEcolampade, Zwingli, Farel, etc. ne représentent qu'un aspect du protestantisme. Tous, ils ont commencé par Vindividualisme effréné et se sont arrêtés à un dogme intransigeant. Auprès d'eux cependant Yindividualisme,qui était l'essence même du protestantisme et qui a fini par prévaloir dans son sein, s'est maintenu, plus ou moins secrètement, sans interruption, jusqu'à l'époque contemporaine où il s'est enfin épanoui tout à son aise. A l'origine, on distingue trois groupes principaux d'indépen- dants : les Anabaptistes, les Mystiques, les Antitrinitaires. Deman- dons ici aux Anabaptistes quelle fut leur théologie de l'Amour divin, c'est-à-dire, en somme, leur doctrine à l'égard du Sacré- Coeur. (1) Voir Regnabitn0Bd'octobre et de novembre,p. 324 et 443.
  • 160 Doctrine Le mouvement anabaptiste forme l'extrême gauche du pro- testantisme. Il en représente le développement logique. Il en poursuit implacablement les principes. Ainsi, Luther avait déclaré que la foi seule justifie. L'anabaptisme en conclut aussitôt que le baptême des enfants est nul, car l'enfant est incapable de faire un acte de foi. Luther avait écarté le magistère interprétatif de l'Église, dans le domaine des Saintes Écritures. Et comme il n'admettait pas que la raison humaine pût comprendre le message divin de la Bible par ses propres forces, — ce qui eût été le libre examen dont il avait- horreur, quoi qu'on en ait dit, — il était forcé de recourir à une inspiration individuelle pour juger du vrai sens des Écri- tures.. Logiquement, l'anabaptisme s'attache à l'inspiration et la rend indépendante de la lettre textuelle. Le premier nom marquant de la secte fut celui de Thomas Munzer. On sait comment une affinité naturelle porta ce Réfor- mateur vers le parti paysan révolutionnaire, dont l'origine était . bien antérieure et du reste bien différente. On sait aussi comment le fanatisme de Munzer et de ses compagnons déchaîna l'effroyable guerre des Paysans, (1524-1525), qui aboutit, avec l'approbation chaleureuse de Luther, aux plus sanglantes répressions, de la part des seigneurs. (1) Mais ce que l'on sait moins c'est qu'il y eut, parmi les pre- miers Anabaptistes, quelques penseurs et mystiques dignes d'in- térêt chez qui nous trouvons une doctrine, fausse sans doute, mais souvent beaucoup plus délicate et plus pieuse que celle de Luther ou de Calvin. A vrai dire, cette doctrine est quelquefois difficile à saisir. De même que les protestants d'aujourd'hui, les Anabaptistes ont presque autant d'opinions que de têtes. Quelques-uns, comme Ludwig Hetzer, allaient jusqu'à nier la divinité du Christ et rejoignaient les Antitrinitaires. D'autres ne s'éloignaient guère de l'enseignement traditionnel. Un ancien chroniqueur protestant, Sébastien Franck, écrivait d'eux, en 1531, après les avoir beau- coup pratiqués :•« La plupart donnent une grande place au Christ, espèrent en lui, lui attribuent toute grâce et toute félicité, font dériver de lui leur salut. Mais ils ne veulent pas croire en lui seule- ment de loin, ils veulent s'attacher à lui et le suivre en tout abandon, comme Us disent. » L'anabaptisme se sépare donc en ce point de Luther. Il insiste sur l'imitation de Jésus-Christ. En cela, il se rapproché de nous, bien que son indifférence à toute espèce de dogme le place aux antipodes du catholicisme. Il faut lui savoir gré cependant d'avoir combattu la dangereuse doctrine luthérienne de la justification (1) Qu'on me permette de renvoyerpour tout celaà mon ouvrage-.Luther et la questionsociale,Paris, Tralin, 1913;
  • Les Anabaptistes 161 par la-foi seule. Après les extravagances apocalyptiques de ses . adeptes à Munster (1534), l'anabaptisme se clarifiera, s'épurera et la secte baptiste qui en découlera et qui est maintenant très prospère aux Etats-Unis (5 millions 1 /2 d'adhérents) sera une des sectes les plus pacifiques et les plus morales du protestantisme. Le plus remarquable représentant de la théologie anabaptiste primitive est le bavarois Hans Denck. Longtemps il fut complète- ment oublié. L'historien mystique et antidogmatiste Gottfried Arnold fut un des premiers à lui rendre justice, dans sa grande Histoire impartiale des Eglises et des hérétiques (1698-1700). Plus récemment, Ludwig Keller a écrit sa vie (1882). Hans Denck était né vers 1495, à Habach, en pays bavarois. De bonne heure, il s'adonna à l'étude des Saintes Écritures, notamment à Bâle, en compagnie d'Oecolampade ; il était très versé dans les «troislangues », comme on disait alors : le latin, le grec, l'hébreu. Bientôt, il devient recteur de l'école Saint-Sèbald à Nuremberg. C'est là qu'il se lie avec Thomas Munzer, dont il adopte les idées au sujet du Baptême, de la Parole de Dieu inté- rieure, de la communion des Saints et de l'église invisible. Chassé de Nuremberg, puis d'Augsbourg, il fait, à Strasbourg, la connais- sance de Hetzer, un esprit aventureux comme le sien. Finalement ' il va mourir à Bâle, de la peste en 1527. Sébastien Franck le repré- sente comme un personnage très pieux, recueilli, paisible et en fait le « chef et évêque des Anabaptistes ». Ses adversaires eux-mêmes ont respecté en lui un caractère élevé, digne, d'une exemplaire moralité. Le dévergondage des moeurs qui suivit l'expansion du luthérianisme lui avait causé un véritable dégoût. Égaré cependant par les idées qui circulaient autour de lui et par lès horribles calomnies répandues alors contre la mystique catholique, il n'eut pas l'idée de chercher dans les formes traditionnelles de la piété catholique un aliment à son besoin dé beauté et de propreté intérieures. Bien loin de là, il dépasse le luthéranisme. Il fait peu de cas des sacrements et de l'Écriture elle-même, il s'abandonne aux illuminations de l'amour, il se dirige d'après la parole intérieure « qui est vivante, puissante . et éternelle, bien plus, qui est Dieu lui-même. » Cette parole qui retentit au coeur de tout homme n'est rien autre chose que l'esprit de Dieu ou du Christ. Comme Verbe éternel, le Christ ne fait qu'un avec son Père ; depuis le commen- cement du monde il vit dans l'âme de tout homme de bien. Auprès de ce « Christ intérieur », le Christ historique n'est pas tant une victime offerte pour nos péchés, qu'un modèle, un compagnon, un ami, que nous devons imiter amoureusement. Entre ces deux aspects du Christ, Hans Denck se balance d'une façon bizarre. Il semble qu'il cherche « comme à tâtons » notre doctrine du Sacré-
  • 162 Doctrine Coeur, sans pouvoir y parvenir, livré qu'il est aux aveuglements du sens propre, aux illusions de l'illuminisme. Il aboutit cependant à un livre très curieux qui a pour titre : « Von der wahren Lieb — Du véritable amour ! » Là, il touche presque à notre théologie du Sacré-Coeur : il représente le Christ comme une révélation de l'éternel Amour de Dieu, c'est-à-dire, explique-t-il avec raison, <le l'essence divine elle-même, car Dieu est essentiellement Amour — Deus est cliari- tas ! D'autre part, le Christ est la réalisation de l'idéal de parfaite conformité avec le vouloir divin. Il nous a témoigné son amour surtout en mourant pour nous. Il semble que Denck n'ait plus qu'Un pas à faire pour rejoindre nos mystiques penchés sur les plaies du Sauveur et spé- cialement sur la plaie du côté, la plaie du Coeur. Mais ce pas, il n'osa le faire. Les fausses conséquences du mysticisme de Luther l'épouvantent. Trop insister sur la miséri- corde infinie de Dieu et -sur les expiations surabondantes du Christ, lui semble dangereux. C'est de là que- Luther a tiré son quiétisme moral : à quoi bon nous tourmenter, Christ a satisfait pour nous ! Hans Denck veut à tout prix éviter l'écueil fatal. Au lieu du Sauyeur, il aime donc à contempler en Jésus le modèle. Et assuré-, ment rien n'est plus « catholique » que le principe nécessaire de l'imitation de Jésus-Christ. Mais Denck, par réaction contre Luther, ne fait pas assez de place aux expiations et satisfactions de Jésus mourant pour nous. Il est triste de voir une nature d'élite comme celle-là errer parmi les ténèbres.et l'on n'en est que plus enclin à bénir le Sacré-Coeur des garanties infaillibles qu'il a données, dans son Église immortelle, à la pureté et à la vérité de nos inspirations intimes et de l'heureuse solution qu'il a donnée, dans notre foi, au conflit sans cesse renaissant entre le principe d'autorité et le principe de liberté spirituelle. Quelques extraits de l'ouvrage de Denck «Du véritable amour », préciseront ce rapide exposé de sa mystique aventureuse : « Dieu n'est rien qu'Amour. Cet amour produit dans certains hommes une petite étincelle, dans l'un plus, dans l'autre moins. Bien que dé nos jours, hélas ! cette étincelle soit éteinte presque chez tous les hommes, cependant il est certain, puisque l'amour est spirituel et que tous les hommes sont charnels, que cette flamme, si petite qu'elle soit dans l'homme, ne vient pas de lui, mais de l'amour parfait. Cet Amour est Dieu. — Cet Amour pou- . vait ne pas prendre la chair et le sang, si Dieu ne s'était pas mani- festé spécialement en certains hommes qu'on appelle « des hommes divins » où des « enfants de Dieu », parce qu'ils regardent Dieu
  • Les Anabaptistes 163 comme leur père spirituel. (1) Plus Dieu se manifeste ainsi, plus il peut être connu des hommes. Plus il est connu, plus il est aimé. Et plus l'amour est aimé, plus la béatitude est proche. (2). C'est pourquoi il a plu à l'éternel amour que l'homme (Christ Jésus), en qui l'amour s'était révélé au plus haut degré, fût appelé le Sauveur de son peuple, non pas qu'il fût possible à l'humanité de béatifier (sauver) qui que ce soit, mais parce que Dieu lui. était si totalement uni dans l'amour que toute l'action de Dieu devenait l'action de cet homme et que. toute souffrance de cet homme était regardée comme la souffrance de Dieu. Cet homme est Jésus de Nazareth qui avait été annoncé par le vrai Dieu dans l'Écriture et qui fut réalisé au temps voulu, qui s'est ensuite manifesté publiquement en Israël, par la puissance du Saint-Esprit, en toute action et passion, comme consacré et dévoué à l'Amour. Et nous reconnais- sons en ce temps sans amour, qu'il a vraiment obtenu cela : que nous connaissions l'Amour au plus haut point qu'il nous était possible et nous sommes sûrs, par l'esprit de Dieu, que l'amour. de Dieu à l'égard de l'homme et de l'homme à l'égard de Dieu ne peut pas être manifesté plus hautement qu'il ne l'a été dans ce Jésus. » Nos lecteurs ont noté, dans ce passage, de graves impréci-. sions. Hans Denck parle de l'union de Jésus avec Dieu comme Nestorius ou Théodore de Mopsueste auraient pu le faire. On dirait qu'il s'agit d'une union morale plutôt que d'une union per- sonnelle, de l'union hypostatique définie au Concile d'Éphèse, en 431. — C'est là que l'illuminisme de Denck glisse dans le rationa- lisme. — Mais on ne peut nier que certaines expressions de cet hérétique ne soient assez heureuses, telles que la phrase soulignée ci-dessus : « Plus l'amour est aimé, plus la béatitude est proche, — Je mehr die Liebe geliebt wird, so viel naher ist die Seligkeit ». Voici maintenant la conclusion de Denck : « C'est pourquoi, quiconque désire connaître le véritable amour et l'obtenir, ne peut y parvenir plus facilement et plus promptement que par ce Jésus-Christ. Bien plus, l'amour ne peut ni ne doit être connu que par lui. Non pas que le salut soit atta- ché à la chair et au sang, au temps et au lieu, mais parce que cela ne peut pas se faire autrement. Car de même que nul homme ne peut être sauvé sans Dieu, de même Dieu ne veut sauver personne en dehors de cet homme (Jésus-Christ). Tous ceux qui sont sauvés sont un seul esprit avec Dieu. Celui qui est achevé dans cet amour, celui-là est le précurseur de tous ceux qui doivent être sauvés, non qu'il tienne cela de lui-même, mais parce qu'il a toujours plu à Dieu que l'on suive et que l'on écoute en son nom ceux qui (1) Denck veut parler ici des prophètes tous les temps. Il avait traduit de les livres dès Prophètes. Luther a utilisé la traduction. (2) Admironsau passagecette formulequi s'appliquesi bien à l'une des fins principalesde la dévotion au Sacré-Coeur aimer l'amour de Dieu pour nous. :
  • 164 Doctrine enseignent sa volonté. Et plus cet enseignement est pur, plus il faut le suivre avec empressement. Or personne n'a enseigné plus parfaitement la volonté de Dieu que celui qui l'a observée de la manière la plus parfaite, c'est-à-dire Jésus-Christ, que Dieu a envoyé précisément pour retirer païens et juifs de la captivité spirituelle. Et cependant, jusqu'à nos jours, non seulement les païens et les juifs, mais ses disciples eux-mêmes lui ont fait oppo- ' sition !» - ~ — Nous ne terminerons point cette brève étude sans men- tionner Terreur grave où la théologie de l'Amour conduit Denck. Il revient à l'hérésie d'Origène et des « miséricordieux» du temps de saint Augustin : il nie l'éternité des peines de l'enfer. Dans un écrit intitulé : « Que signifie ce mot de l'Écriture : Dieu fait et réalise le Bon et le Mauvais », il se pose cette question : «Peut-être direz-vous : «Oui, Jésus est mort par Amour, mais pas pour tous, seulement pour beaucoup » — Réponse : parce que l'amour a été parfait en Jésus et que l'amour ne hait et ne jalouse personne, mais embrasse tout le monde, quand même nous serions tous ses ennemis, il ne pourrait cependant exclure personne. Et s'il excluait une seule âme, son amour serait tronqué et il y aurait acception de personnes et cela n'est pas possible. » Et de là, Denck conclut qu'il n'est pas admissible que Dieu damne une de ses créatures pour toujours 1 Combien plus profonde est la pensée du Dante, inscrivant sur la porte de l'enfer cette phrase : « Giustizia mosse il mio. alto Fattore Fecemî la divina Potestate, La Somma Sapienza e il primo Amore. » La Justice inspira mon sublime Créateur Je fus faite par la divine Puissance, La souveraine Sagesse et le premier Amour ! L. CRISTIANI (à suivre)
  • Mission de Sainte Marguerite-Marie 165 La Mission de Sainte Marguerite Marie (Suite et Fin) (1) C'était en Juin 1675, le Père Eudes vivait encore. Professe de trois ans, elle priait, au monastère de Paray-le-Monial, proche la grille qui ferme le choeur des religieuses. Cette grille est toujours à la même place, dans la chère petite chapelle, à l'obscurité si recueillie, au charme si pénétrant. La foule, les coeurs ne s'y pres- saient pas, comme aujourd'hui, autour du Coeur adorable de Jésus, toujours présent, toujours adoré dans le sanctuaire de son élection. Un seul coeur suffisait pour attirer les ineffables ten- dresses de l'Hôte divin, mais ce coeur était celui de sainte Margue- rite Marie. Déjà élue, elle le savait depuis bientôt deux ans, mais, n'osait pas encore y croire, elle était là toute à son Bien Aimé, dont la douce présence, à chaque minute plus intimement sentie, la pénétrait, unissante, transformante. Ce fut bientôt l'extase : « Étant une fois devant le Saint Sacrement, un jour de son octave, je reçus de mon Dieu des grâces excessives de son amour et me sentis touchée du désir de quelque retour et de lui rendre amour pour amour, et il me dit : « Tu ne m'en peux rendre un plus grand qu'en faisant ce que je t'ai déjà tant de fois demandé. » Alors me découvrant son divin Coeur : « Voilà ce Coeur qui a tant « aimé les hommes, qu'il n'a rien épargné jusqu'à s'épuiser et se « consumer pour leur témoigner son amour, et pour reconnais- sance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs «irrévérences et leurs sacrilèges et par leurs froideurs et les « mépris qu'ils ont pour moi dans ce sacrement d'amour. Mais ce qui m'est encore le plus sensible est que ce sont des coeurs qui me « sont consacrés qui en usent ainsi. » «Quelques jours, peut-être quelques heures seulement, se sont écoulés entre le moment où Jésus fit entendre à Marguerite Marie cette plainte si touchante, et celui où la sainte écrivit la céleste révélation. C'est une vraie joie de pouvoir constater qu'elle n'a pas eu le temps d'oublier une idée, j'allais dire un mot, mais les mots ne sont pas de Dieu, ils sont à elle : pauvres mots nu* mains, qui éclatent sous la pensée divine, qu'ils ne sauraient, contenir, qu'ils expriment tant bien que mal. C'est l'éternel désespoir des grands élus de Dieu de ne pouvoir égaler, avec des sons et des images qui sont de la terre, les idées lumineuses et chaudes de l'éternité. Ils font ce qu'ils peuvent : leurs pâles expressions gardent pourtant un reflet de la céleste clarté, comme la cendre est chaude du feu. qu'elle recouvre. Et Jésus ajoutait : « C'est pour cela que je te demande que (1) Voir Regnabit,T. II, p. 48.
  • 166 Doctrine « le premier vendredi d'après l'octave du Saint Sacrement, soit « dédié à une fête particulière pour honorer mon Coeur, en commu- « niant ce jour-là et en lui faisant réparation d'honneur par une « amende honorable, pour réparer les indignités qu'il a reçues « pendant le temps qu'il a été exposé sur les autels. Je te promets « aussi que mon Coeur se dilatera pour répandre avec abondance « les influences de son divin amour sur ceux qui lui rendront cet « honneur et qui lui procureront qu'il lui soit rendu. » Le texte est court, il est complet : il donne l'idée très nette et de la dévotion au Coeur de Jésus, et de la manière dont elle sera pratiquée. Sainte Marguerite Marie doit montrer au monde le Coeur de chair de Jésus, symbolisant son amour, et surtout son amour méconnu des hommes ; elle doit faire honorer ce Coeur par une fête célébrée le vendredi qui suit l'octave du Saint Sacre- ment ; le jour de cette fête, les fidèles communieront et feront réparation d'honneur au céleste Offensé, des grâces nombreuses sont promises à ceux qui se rendront au désir divin. Ces mots écrits au lendemain de la révélation suffisent à établir l'authenticité de la mission confiée à la jeune visitandine, comme à nous faire connaître ce qu'elle a d'essentiel. A quoi pense la divine Sagesse ? Pour accomplir son oeuvre et ses desseins éternels, elle peut choisir le fondateur vénéré de deux congrégations de religieuses qui grandissent dans la ferveur de leurs jeunes années, un vaillant missionnaire honoré de toute l'Église de France, élève des Jésuites, formé à l'Oratoire, par Bérulle lui-même, un orateur au verbe puissant, connu à Paris, qu'ont applaudi à Saint-Germain le roi et la reine Mère, le plus célèbre des dévots du Coeur de Jésus, l'auteur d'une messe et d'un office en son honneur, messe, office adoptés hier par les Béné- dictines de Montmartre, un infatigable ouvrier, vieilli sans doute au service du Père de famille, mais toujours actif, et qui trouvera dans les enfants de ses deux familles spirituelles les collaborateurs les plus finalement dévoués et les plus ardents au labeur : voilà l'homme de la droite du Très Haut, voilà le saint qu'il faut élire. Les voies de Dieu sont impénétrables. C'est une religieuse inconnue, petite fille de simples paysans bourguignons, fille d'un humble notaire royal du Charollais, une jeune professe d'un monastère sans célébrité, qui est l'élue du Coeur de Jésus. Son influence est nulle dans son couvent ; on y discute aujourd'hui sa piété, ses voies extraordinaires, comme hier on y discutait sa vocation ; on a retardé ses voeux ; les offi- cières dont elle partage les travaux se plaignent de sa maladresse et de ses gaucheries : à l'infirmerie, à la cuisine, on ne sait que faire d'elle. On reconnaît qu'elle est vertueuse, elle a le sens droit, un coeur délicat et très généreux, mais ses soeurs comme ses supé- rieures se demandent quels services pourra rendre cette pauvre
  • Mission de Sainte Marguerite-Marie 167 religieuse à l'Institut qui a bien voulu l'admettre. Quand la soeur Marguerite Marie veut selon l'ordre divin, communiquer à sa supérieure la Mère de Saumaise, qui l'aime et l'estime cependant, , les désirs du Coeur de Jésus, elle est rudoyée, raillée, humiliée ; on la fait taire, on ne veut pas tenir compte de ses invraisemblables rêveries. Vraiment à quoi pense la divine Sagesse ? Le Père de la Colombière vient d'être nommé supérieur des Jésuites, de Paray-le-Monial. Éclairé d'une lumière surnaturelle il croit, lui ; contre toutes les apparences, il admet le message divin. Dans les jours qui suivent la révélation de 1675, il se consacre au Coeur de Jésus, et sans doute à la première occasion, il agira. Sa sainteté évidente, ses talents suppléeront à l'incapacité de la soeur Alacoque. Quelques mois plus tard, en septembre, il part pour l'Angleterre. La soeur Marguerite-Marie avait trouvé un aide, Jésus le lui enlève. Elle se plaint à son Maître Céleste : « Est-ce que je ne te suffis pas ? » lui répond-II. Il veut en effet suffire à tout ; la disproportion est telle entre le but et les moyens, entre l'établissement dans l'Église entière . de la fête du Coeur de Jésus et la parole d'une religieuse sans autorité, que le résultat obtenu, la fête du vendredi après l'Oc- tave du Saint Sacrement solennisée, prouvera de façon indéniable et l'action divine et l'élection de la soeur Marguerite-Marie. Pendant dix ans, de 1675 à 1685, elle, garde son secret qui est celui de ses supérieures, mais que ses soeurs et tous les autres, ignorent.. Sa sainteté finit par s'imposer, elle est élue par la com- . muriauté assistante de la Supérieure, elle est Maîtresse des No- vices. Plus d'une cependant parmi ses soeurs continue à la traiter d'entêtée et de visionnaire, rien ne fait prévoir la réalisation des . désirs du Coeur de Jésus. Dans les premiers mois de 1685, on lisait au réfectoire du Monastère de Paray-le-Monial la Retraite Spirituelle du Père de la Colombière, imprimée l'année précédente à Lyon. La lectrice en était aux dernières pages : « J'ai reconnu, disait l'auteur dans les notes d'une retraite faite à Londres en 1677, deux ans après la grande révélation, que Dieu voulait que je le servisse en procurant l'établissement de ses désirs, touchant la dévotion qu' Il a suggérée à une personne à qui II se communique fort confidemment et pour laquelle il a bien voulu se servir de ma faiblesse, je l'ai déjà inspirée à bien des gens en Angleterre et j'en ai écrit en France et prié un de mes amis de la faire valoir là où il est... » La lecture continue, c'est ligne par ligne, mot par mot, le récit de l'appari- tion de juin 1675 et, dans un lourd silence, elles retentissent, les brûlantes et divines paroles : « Voilà ce Coeur qui a tant aimé les hommes... Je te demande que le premier vendredi d'après l'Octave
  • 168 ^ Doctrine du Saint Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Coeur ». Personne ne s'y trompe, personne ne pouvait s'y tromper. Toutes les religieuses sont du même avis que la petite soeur Péronne Rosalie de Farges, qui, à brûle pourpoint, dit à la Soeur Alacoque au début de la récréation : « Ma chère soeur, vous avez bien eu votre compte aujourd'hui à la lecture et le Révérend Père de la Colombière ne pouvait pas mieux vous désigner. » Voilà comment le désir divin.fut connu. La soeur Marguerite-Marie ainsi mise en avant par le hasard, qui de son vrai nom s'appelle la Providence de Dieu, croit qu'elle n'a plus rien à ménager. Elle lance un défi à ses novices pourTes préparer à la fête du Sacré-Coeur. Celles-ci, le 20 juillet, jour de - Sainte Marguerite, pour remercier leur Maîtresse des soins qu'elle leur donne, veulent rendre hommage au Coeur de Jésus. Sur un petit autel improvisé, elles exposent une pauvre image dessinée par l'Une d'entre elles, et, tour à tour, elles viennent, conduites par la soeur Alacoque, se consacrer à son amour et à son culte. Depuis ce 20 juillet 1685, bien des consécrations sont sorties de lèvres très pures et d'âmes très aimantes ; les triomphantes paroles qui retentissent sur notre terre de France et dans le monde entier : « Coeur Sacré de Jésus, que votre Règne arrive ! « Soyez le roi et le centre de tous les coeurs ! les immortelles acclamations qui s'élevèrent sur notre colline sacrée, au jour de la Consécration de Montmartre, dans la joyeuse reconnaissance et le légitime orgueil de notre miraculeuse victoire, les cris enthousiastes d'amour et de confiance que les peuples du monde entier, —, tout le témoigne, tout l'annonce,— agenouillés devant l'image du Coeur glorieux de Jésus, jetteront bientôt vers le ciel en fête, écho et prolongation de l'hommage rendu par Léon XIII : toutes ces manifestations si belles, si déli- rantes soient-elles, ne pourront faire oublier les humbles et douces paroles murmurées, au soir du 20 juillet 1675, par quelques no- - vices groupées autour de leur Maîtresse, dans une salle du monas- tère de la Visitation Sainte Marie, de Paray-le-Monial. La dévotion au Coeur de Jésus, telle que nous la pratiquons aujourd'hui, telle que l'Église la pratique, est née ce jour-là à l'inspiration de sainte Marguerite-Marie. Sur le grain de senévé, mis en terre et qui doit d'abord y pourrir, l'hiver passera ; il subira les froidures et les intempéries. La nouvelle dévotion, renfermée dix ans dans le coeur'de Margue- rite-Marie fut, pendant dix mois, très discutée dans le monastère. Des religieuses, et parmi elles quelques-unes des plus ferventes, la blâmèrent : n'était-elle pas opposée à la XVIIIe constitution de Saint François de Sales ! Il faut en effet le reconnaître, très
  • Mission de Sainte Marguerite-Marie 169 conforme à l'esprit, elle n'est pas conforme à la lettre. Mais Dieu est le Maître des coeurs, comme il est le Maître des heures ; et le Vendredi après l'octave du Saint Sacrement, l'année suivante, en 1686, la soeur des Escures, une des plus vénérables religieuses, reconnaît publiquement son erreur et s'agenouille devant l'image du Coeur divin. Elle invite, autorisée par la Mère Supérieure, toute ses compagnes à faire comme elle. * Le grain de sénevé sort de terre ; secoué par le vent d'orage, il va grandir et se fortifier sous la pluie fécondante, dans la gloire et la flamme du soleil. Moulins, Dijon, Semur, Lyon, Paris, les monastères de la Visitation sentent passer le souffle vivificateur, embaumé des parfums du Coeur de Jésus; il s'enthousiasment . pour la dévotion de Paray, ils l'accueillent, la pratiquent, la répandent : des milliers d'images et de brochures sont distribuées qui exposent son objet, et, en termes voilés, racontent son origine. Le récit du Père de la Colombière cité partout est clair pour les initiés, mais ceux qui ne comprennent pas ou ne comprennent qu'à moitié, voudraient connaître et cette révélation dont il parle, et la personne qu'il ne nomme pas. L'élue du Coeur de Jésus devient un obstacle à sa mission ; elle vivante, on ne peut pas. tout dire, les mots sont vides ou cachent les immortelles réalités ; elle doit mourir, elle va mourir : « Je ne vivrai plus guère car je né souffre plus. Ma mort est nécessaire à la gloire du Coeur de Jésus. » Elle a raison, non pas comme l'estime son humilité, mais comme les intérêts de la dévotion l'exigent. Ses soeurs, les Pères Jésuites dont Dieu veut se servir d'abord, et puis le clergé, les religieux, les fidèles vont enfin se dévouer au Coeur divin et à ses intérêts éternels ; encore quelques années, bien peu, la France, l'Europe, le Canada, la Chine, le reconnaîtront et l'aimeront, grâce à la vie, grâce à la mort de la soeur Marguerite-Marie. Il faut qu'elle disparaisse pour que le Père Croiset puisse parler d'elle dans le livre qu'il a commencé sous son inspiration. Elle meurt en murmurant le nom de Jésus, le 17 octobre 1690. Pour hâter les divines conquêtes et faire grandir au-dessus de toutes les autres dévotions, au-dessus de tous les arbres de grâce qui croissent au jardin de l'Église, la tige verdoyante mais si frêle encore du grain de sénevé de Paray-le-Moniai, pour la lancer en plein ciel, aux lointaines conquêtes de l'azur et de l'es- pace, Dieu pouvait, — ne devait-il pas ? — se servir des hommes et des oeuvres qui déjà groupés autour du Coeur divin l'honoraient, le célébraient ! Sur la terre d'Europe, bien des âmes lui sont dé- vouées : les bénédictines du Calvaire, filles du Père Joseph, deux Congrégations religieuses, nées du coeur et du zèle du Père Eudes, sont prêtes à agir ; quatre siècles de préparation, un magnifique effort contemporain, ne peuvent être inutiles ! Dieu n'a besoin de personne : il suffit lui-même à ses desseins. C'est l'affirmation
  • 170 Doctrine de la Soeur Marguerite-Marie ; ce sont les oeuvres qui en naissent, les hommes qu'elle désigne qui feront le travail divin. Les pre- miers et longtemps seuls, les Jésuites porteront le poids du jour et de la chaleur. Sans doute, le jeune et faible élan, grâce à des secours rencontrés, s'élargira un peu plus vite, les livres, les enfants du Père Eudes et bien d'autres encore y aideront, mais plus tard. On pourrait écrire l'histoire de la dévotion au Sacré- Coeur au XVIIIe Siècle, sans parler d'aucune autre influence que de celle venue du Coeur de Jésus lui-même par sainte Marguerite- Marie, et cependant, ne rien omettre d'essentiel au magnifique et divin récit. Vingt ans de recherches, difficiles à certaines heures, mais bien douces toujours et quand même, me permettent cette affir- mation que je ne crains pas de voir jamais démentie : historique- ment parlant notre dévotion au Coeur de Jésus est sortie des révé- lations de sainte Marguerite-Marie et ce sont elles qui l'ont fait grandir. Dieu avait bien d'autres manières de la répandre à travers le monde, il a choisi celle-là. On s'est demandé, on se demande encore parfois, quelle influence ont pu avoir sur les révélations faites à sainte Margue- rite-Marie, les ascètes et les mystiques qui, avant elle, ont parlé dans leurs écrits de la dévotion au Sacré-Coeur. En 1675, alors que s'achèvent les grandes manifestations divines qui déterminent et la manière dont il faudra comprendre le nouveau culte, amour réparateur d'un amour méconnu, et le jour fixé pour la fête future, et. les actes qui marqueront cette fête, la soeur Marguerite-Marie ne connaît rien de ce qu'on a pu dire avant elle ; tout au moins, il n'est pas un fait qui permette d'affirmer le contraire. C'est la joie immense, c'est la glorieuse confiance des dévots du Coeur de Jésus de pouvoir proclamer bien haut qu'entre l'élue divine et Celui qui l'a choisie, il n'existe pas d'intermédiaire. Du Coeur Sacré les grâces de lumière et d'amour descendent directement et envahissent le coeur de Marguerite-Marie ; par ce très pur et très sûr canal, elles coulent jusqu'à nous avec la fraîcheur immaculée de leur source bénie. Voilà ce qui est indéniable. Après 1675, surtout dans les années 1685 et 1686, la sainte, devenue maîtresse des novices, lit davantage, elle cherche pour elle et pour les jeunes âmes qu'elle forme à la vie religieuse des prières qui puissent aider la dévotion qu'elle leur révèle. Les écrits de saint François de Sales et les lettres de sainte Jeanne de Chantai, contiennent d'admirables pages sur le Coeur de Jésus, des lettres circulaires envoyées par différents monastères de la Visitation racontent plusieurs manifestations dû Coeur Divin, elle les consulte. La jeune maîtresse des novices lit en outre les ouvrages du Père de Barry, du Père Guilloré, du Père Nouet, de
  • Mission de Sainte Marguerite-Marie 171 M. de Bernières, d'autres sans doute, que nous ne pouvons nom- mer à coup sûr. Je ne crois pas qu'elle ait connu ceux du Père Eudes (1). Ces auteurs ont dû avoir une influence sur elle, et contribuer à développer la dévotion qu'elle était chargée de révéler à la terre. Il nous est cependant impossible d'en trouver une trace évidente ou très visible ; d'où il faut conclure que leur action, si elle existe, est vraiment bien faible... Le Maître Divin a tout conduit, comme il l'avait annoncé ; les faits le prouvent : le doigt de Dieu est là. Il serait facile d'en suivre encore la trace lumineuse si nous avions le loisir d'étudier la marche en avant de la dévotion pen- dant les premières années du XVIIIe Siècle. Le bref du 19 mai 1693, et le décret du 30 mars 1697, tous les deux d'Innocent XII, les ouvrages de Monseigneur Languet, évêque de Soissons, du Père de Galliffet à Rome, du Père Croiset, du Père Froment, du Père Bonzonié en France, qui rassurent, dirigent, enthousiasment les âmes, n'auraient jamais été écrits sans les révélations de Paray, elles sont la cause première, presque la cause unique, de centaines de demandes d'indulgences adressées à Rome de 1697 à 1726. Ce sont elles qui poussent Mgr de Belzunce à consacrer au Coeur de • Jésus Marseille ravagé par la peste ; elles seules après avoir créé • le magnifique élan de 1721 et de 1722 dans le sud-est de la France, décident le roi Auguste et les évêques de Pologne, Philippe V d'Espagne et plus de cent monastères de la Visitation à supplier Benoît XIII de vouloir bien approuver la fête du Sacré-Coeur, le vendredi après l'octave du Sanctissimo, comme le demandait déjà';Marie, reine d'Angleterre, l'épouse de Jacques II. Mais il faut nous borner. Aujourd'hui, nous serions tentés de croire que la mission de Sainte Marguerite-Marie est dépassée. La dévotion au Sacré-Coeur, s'élargissant, a magnifiquement évolué; Le Coeur divin n'appa- raît plus seulement comme le symbole de l'amour de Jésus pour son Père et pour les hommes, ce ne sont plus seulement les senti- ments d'amour réparateur d'une tendresse méconnue qui, de nos âmes reconnaissantes, montent vers lui. Il est considéré comme le symbole de l'âme tout entière ; dans le Coeur vivant ce sont tous les sentiments : joie, tristesse, miséricorde, pitié, adoration, reconnaissance, zèle de la gloire de Dieu, qui, avec l'amour viennent battre les uns après les autres dans une harmonieuse et féconde unité. Cette âme, ces sentiments, ce coeur de chair, la poitrine entr'ouverte, la voix qui parle, le doigt qui montré, (1) Je montrerai ailleurs,ici mêmesi l'occasionse présente,que les faits cités tm peu partout et qui semblent contredire cette affirmation,ne prouvent pas ce qu'on essaie de leur faire prouver. — RévérendPère, vous le savezdéjà et je suis heureuxde vousle redire: la « RevueUniverselle Sacré-Coeur vousestouverte. du » F. A.
  • 172 Doctrine c'est la personne entière de Jésus. Le Sacré-Coeur, c'est Jésus, c'est l'Homme Dieu, c'est le Verbe Incarné ! Oui ; mais pour sainte Marguerite-Marie, elle-même, comme pour c«ux qui de sa bouche ont reçu les divines paroles, le Sacré- Coeur c'était déjà Jésus tout entier. La Vierge de Paray dit c Le Sacré-Coeur » là où elle pourrait tout aussi bien dire « Jésus ». Elle invoque le Sacré-Coeur, elle l'interpelle, comme elle invoque- rait et elle interpellerait Jésus. Les deux expressions ne sont pourtant pas synonymes. Quand nous disons Jésus nous ne pen- sons pas toujours au Sacré-Coeur, mais toujours quand nous disons le Sacré-Coeur, nous pensons à Jésus, parce que le Coeur est inséparable de la personne dont il rythme la vie. Pour sainte Marguerite-Marie, encore, le coeur qui d'abord symbolise l'amour méconnu, symbolise aussi les autres sentiments de l'adorable personne du Verbe, toute sa vie intime, son intérieur, comme on disait au XVIIe Siècle. Il semble alors un peu plus distant, son symbolisme .élargi semble moins précis, mais il reste pourtant présent, intimement présent ; on ne perd pas son contact. Nous n'atteignons les divers sentiments de l'âme, nous n'atteignons la personne, que dans et par la chaude atmosphère du coeur. Pour avoir toujours une idée précise et complète de la dévotion au Coeur de Jésus, il ne faut jamais oublier le geste de Paray : Le coeur de chair attire d'abord le regard, sur lui se pose le doigt divin, la voix exprime ce que déjà les yeux ont compris : « Voilà ce coeur qui a tant aimé les hommes. » Parce qu'il vit dans une personne vivante, parce que le sang y verse toutes les impressions, tous les sentiments, parce que toutes les passions l'agitent et réchauffent, parce que l'âme toute entière y passe dans les ondes chaudes qui le soulèvent, c'est donc aussi l'âme toute entière, toutes ses passions qu'il symbolise : l'amour d'abord parce qu'il est coeur, et les autres parce qu'il vit. « Coeur de Jésus, prie Sainte Marguerite-Marie, je vous salue, je vous salue Coeur de mon Frère, Coeur magnifique, Coeur tout aimable, Coeur très humble, Coeur très patient, Coeur très fidèle, Coeur pacifique ; Coeur de Jésus soutien des affligés, consolez-moi, Coeur de Jésus fournaise ardente, consommez-moi ! Je vous salue, Coeur de mon Sauveur, Coeur de mon Époux, Coeur de mon Ami, Coeur de mon Maître. » . Elle ajoute: « Je vous salue, Coeur de mon Roi. » La royauté du Coeur de Jésus ! Il était réservé à notre vingtième siècle de l'acclamer : Rex Esto, soyez roi ! Le désir de Léon XIII, nous travaillons à le réaliser : roi des individus, roi des familles, nous voulons que demain le Sacré-Coeur soit le roi des sociétés et des nations. Monseigneur d'Hulst a dit que le XIXe Siècle « si on le considère au point de vue.mystique, méritera d'être appelé le siècle du Sacré-Coeur ». Qui sait ? notre vingtième siècle qui com-
  • Mission de Saintè-Marguerite-Marié 173 menée à prendre conscience de lui-même, —la vingt et unième année n'est-elle pas un peu pour les siècles comme pour les indi- vidus l'âge de la majorité ? — notre vingtième siècle, qui a eu la plus effroyable des adolescences, inclinera peut-être un jour la force tranquille de sa maturité ou la couronne de ses cheveux blancs devant le Sacré-Coeur Roi : Esto Rex ! Pourquoi ne serait- il pas le siècle de la Royauté du Coeur de Jésus ? Quand nous aurons répondu au désir de Léon XIII — l'Equa- teur déjà, après lui le Chili et la Colombie, n'ont-ils pas reconnu, acclamé la divine royauté ; trois grandes nations catholiques la Belgique, la France, l'Espagne, ont, elles aussi, fait comme un premier pas — quand toutes les nations catholiques se seront inclinées sous le sceptre d'amour de Celui qui est roi et par droit de naissance et par droit de conquête, est-ce que cette universelle consécration ne sera pas le couronnement attendu de la mission de sainte Marguerite-Marie ? Rappelons-nous le message de 1689, si discuté pendant ces dernières années, et dont la bulle de cano- nisation reconnaît la vérité historique, rappelons-nous les auda- cieuses paroles que la Mère de Saumaise ne crut pas devoir faire parvenir jusqu'à Louis XIV :« Fais savoir au Fils aîné de mon Sacré-Coeur, — parlant de notre Roi — que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte enfance, il obtiendra la naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu'il fera de lui-même, à mon Coeur adorable qui veut triompher du sien et par son entremise de tous les rois de la>terre. » jl est, j'en conviens, dans le message des demandes particu- lières 1difficiles à concevoir nettement, et peut-être plus difficiles encore à réaliser aujourd'hui. Mais elles ne sont que des moyens qui après tout peuvent varier avec le temps, avec les princes et avec les royaumes. J'estime que le glorieux message adressé à Louis XIV atteint par le Roi, à travers le Roi, d'abord et directe- ment la Fille aînée de l'Église ; mais le désir divin dépasse un homme et une nation, c'est chez tous les grands de la terre, c'est dans les palais de tous les princes et de tous les rois que le Sacré- Coeur veut être adoré. Les faits prouvent que l'élan unanime qui emporte les âmes chrétiennes vers le Coeur de Jésus dont elles acclament la royauté, qui bâtit les temples, qui multiplie les consécrations des personnes, des drapeaux, des maisons ; que la première réalisation d'un règne du Coeur de Jésus non seulement sur les âmes individuelles, mais d'un règne social, d'un règne national, d'un règne universel ; que toutes les grandes espérances qui animent et enflamment notre dévotion catholique à ce divin Coeur, sont nées, ont grandi, au contact dès révélations de juin 1689 ; c'est toujours leur première, c'est bien souvent leur seule cause historique ; les faits prouvent que tout s'est passé comme
  • 174 Doctrine le Sacré-Coeur l'a. demandé, et que tout s'est passé ainsi parce qu'il l'a demandé. Sainte Marguerite-Marie n'a pas vu certes tout le succès de sa mission, mais on peut dire que, dans nos temps modernes, aucune mission ne peut être comparée à la sienne. A Domrémy le vitrail qui éclaire le chevet de l'église parois- siale forme un double panneau : dans l'un Jeanne d'Arc avec ces mots : OLIM PER JOHANNAM, dans l'autre la France à genoux devant le Sacré-Coeur avec ces autres mots : HODIE PER COR JESU SACRAT ISS IMUM. Le salut ! Jadis, il est venu par Jeanne d'Arc, aujourd'hui il vient par le Coeur Sacré de Jésus, et ce Coeur sacré c'est Marguerite-Marie qui l'a, non pas fait con- naître aux chrétiens, mais révélé aux foules, popularise, comme > elle en avait reçu mission. Benoît XV a voulu réunir dans une même apothéose la "Pucelle d'Orléans et la Vierge de Paray-le-Monial. Elles ne se ressemblent guère les deux saintes magnanimes, les deux héroïques soeurs. Je le sais et Virgile l'a dit : « Dans les familles de la terre s'il est des traits communs, il en est de différents : » ...faciès non omnibus una, Nec diversa tamen, qualem decet esse sororum Il en est ainsi dans la grande famille du ciel ; mais les deux soeurs de 1920 abusent, si j'ose dire, un peu de la permission. C'est dans la gloire des champs de bataille, c'est dans l'enthousiasme des triomphes officiels, à Reims jadis, aujourd'hui à Paris, à Orléans, partout sur la terre de France, c'est le sabre au poing, dans son armure de fer, sur son cheval belliqueux la flamme du courage dans les yeux que Jeanne d'Arc traverse le monde : c'est la grâce, c'est la modestie, c'est la victoire, c'est la patrie, c'est la virginité, c'est le martyr qui passent, inclinons-nous et vive Jeanne d'Arc ! Les yeux baissés, les mains jointes, le regard perdu dans une vision qui échappe, humble jusqu'à l'anéantissement, timide jusqu'à la crainte, son voile de visitandine abaissé sur les yeux, raillée, bafouée : à Lautecour par les siens, à Paray-le-Monial par . un cardinal, par des bénédictins et aussi des jésuites, comme par quelques-unes de ses soeurs ; une auréole de sainte au front, il le faut bien depuis l'Ascension de 1920 puisque Dieu le veut ; comme on l'oublie l'humble fleur, la pauvre Marguerite de Bourgogne, la religieuse qui n'est jamais sortie de son couvent, qui n'a jamais été mêlée aux affaires humaines sinon pour en souffrir. Sommes- nous très nombreux à dire non pas d'une manière habituelle, mais de temps en temps, non pas dans la prière officielle de l'Église, mais par un acte de dévotion personnelle : Sainte Marguerite- Marie, priez ppur nous ! Et pourtant ! Dieu me garde certes de rien enlever à la gloire de l'héroïne nationale, à la guerrière de Patay et de Reims, à la
  • Mission de Sainte Marguerite-Marie 175 martyre de Rouen, à l'élue de Dieu, à celle qui a fait hommage à Dieu du royaume de France... Et pourtant ! Si nous comparons mission à mission, succès à succès : La mission de Jeanne : les Anglais chassés, le roi sacré à Reims, le royaume de France sauvé par une jeune fille qui va mourir à 19 ans ; humainement c'était irréalisable, c'est merveilleux ! La mission de Marguerite : une simple parole de religieuse qui change les coeurs qui finit par s'imposer à Paris comme à Rome, qui transforme la piété chré- tienne tout entière : c'est divin. Puisque Jeanne a sauvé la France, qu'ils s'avancent tous à sa suite dans son rayonnement et les grands soldats, et les grands savants et les grands diplomates et les grands génies qui pendant six siècles ont illustré la vieille terre gauloise : Henry IV, Louis XIV, Napoléon 1er, Turenne, Condé, Richelieu, Corneille, Racine, Bossuet, Vincent de Paul, à quoi bon citer des noms qui sonnent dans toutes les mémoires et sou- vent dans tous les coeurs. Quel magnifique cortège de gloire humaine ! Comptez maintenant, si vous le pouvez, les âmes sauvées depuis deux siècles et demi par la dévotion au Sacré-Coeur; ah ! ici, je le sais bien, nous n'avons pas de noms à citer mais nous avons les divines promesses que nous a transmises sainte Margue- rite-Marie : • «Je donnerai aux âmes dévouées à mon Coeur toutes les grâces nécessaires dans leur état... « Je serai leur refuge assuré pendant la vie et surtout à la mort... « L'amour tout puissant de mon coeur accordera à tous ceux qui communieront les premiers vendredis, neuf fois de suite, la grâce de la persévérance finale. » Quel cortège d'élus dans le rayonnement de sainte Marguerite Marie ! La mission de Jeanne d'Arc, c'est la plus glorieuse destinée humaine, elle passera pourtant comme les choses humaines : Solvet saeclum in favilla ! La mission de Sainte Marguerite-Marie est éternelle comme le Coeur Sacré de Jésus lui-même : Christus heri, hodie et in saecula Dans les cendres refroidies du bûcher ,on trouva intact le coeur de Jeanne d'Arc ; l'insigne relique fut jetée à la Seine, qui, désormais : « De Rouen à la mer est un fleuve sacré » Sainte Marguerite-Marie ..a montré au monde un coeur de chair entouré d'épines, surmonté d'une croix, brûlant de flammes, elle a rapporté une parole de Jésus : « Voilà ce coeur qui a tant aimé les hommes » et depuis lors le monde se transforme et se divinise : Il aime enfin son Dieu, parce que, enfin, il comprend ' combien il a été aimé 1 A. HAMON
  • 176 Doctrine La Société du Règne Social de Jésus-Christ à j>araif-le-Jrtonial (Suite) IV. - APOSTOLAT ACTUEL DU HIÉRON Visite expliquée (Suite) SALLE DU FAIT OU DU RÈGNE HISTORIQUE Jésus-Christ n'est pas seulement Roi de droit dans l'Hostie .ainsi que vient de l'illustrer la première salle, mais de fait, dufond de son tabernacle, Il a régné, Il règne, Il régnera (1). Il l'a dit Lui-même « Sum ego Réx » (2) devant ses juges iniques et II l'a confirmé après sa glorieuse résurrection : « Toute puissance m'a été donnée au Ciel et sur la terre. (3) Parole divine que Léon XIII commente ainsi': « Si toute puissance a été donnée au Christ il s'ensuit nécessairement que son Empire doit être Souverain, absolu, indépendant de la volonté de tout être, de sorte qu'aucun pouvoir ne soit égal ni semblable au sien. Et puisque « son Empire lui a.été donné dans le Ciel et sur la terre, il faut qu'il voie le Ciel et la terre Lui obéir ». (4) Cette salle est par ses cartes murales, ses toiles et ses photo- graphies le commentaire historique de l'affirmation du grand Pape. Jésus-Christ vivant dans l'Hostie est Rex gentium (5) Il a formé les nations catholiques, Il les a gouvernées par une action surnaturelle dérivant de l'Eucharistie. Et ce règne II lui a plu parfois de le faire éclater aux yeux de tous par des prodiges ou miracles. Les cartes imposantes de la France, de l'Europe centrale et de l'Espagne montrent les endroits où ont eu lieu dans ces contrées les prodiges eucharistiques. Avec le recul des temps, nous -constatons qu'ils se sont produits à des dates et sur des points où le Christ-Hostie liait d'abord ses fidèles en des groupements reli- gieux plus fervents, en faisait le noyau -des nations modernes, . puis étendait les limites de leur territoire, détruisait les idoles, refoulait les invasions barbares, et barrait la route aux hérésies. Rien de plus suggestif que cette étude de l'action du Christ- (!). Filius Altissimusvocabitur...et regnabit in domo Jacob in oeternum (Luc I, 32) Et rcgniejus nonerit finis (Luc I, 33) Et regnabit ex hoc nunc et usqùeht soeculum Mlch IV, 7. (2) (Jean XVIII, 37. (3) Data est mihiomnespotestas in coelo In terra. Math. XXVIII, 18. et (4) EncycliqueAnnum sacrum du 25 mai 1899. (5) Dabotibi génteshereditatemtuant*Ps. II, 8.
  • Le Hiéron 177 Amour ou du Sacré-Coeur sur les nations qu'il enfante, qu'il protège, qu'il défend. (1) Jusqu'au protestantisme, les nations l'ont compris et c'est au Christ qu'elles vont demander la victoire quand il s'agit de leurs grandes destinées, ainsi que le rappelle la Carte des batailles rangées, gagnées avec l'aide divine. Sans doute le directeur actuel eut omis quelques noms pour la rendre plus irréfutable ; mais quelle garde d'honneur et de reconnaissance des victoires comme celles du Pont-Milvius, de Tolbiac, de Poitiers, de Vienne, de Legnano, d'Hastings (Angleterre) de Ceuta (Portugal) de Tolède (Espagne) de Lysagora (Pologne), d'Orléans, de Lépante montent autour du Christ de la Croix et de l'Autel, victoires auxquelles celle de la Marne au XXe siècle donnera une éclatante réplique. Jésus-Christ règne sur les coeurs des hommes par la Commu- nion. Il a établi son règne en Marie sa Mère Immaculée dès sa conception sans tache ,et II augmente la grâce dont elle fut pleine par l'Incarnation (cette communion de neuf mois dans son sein virginal) par sa Présence visible de trente-trois ans, et plus tard par sa présence Eucharistique. Notre fameux peintre national Lebrun a donc représenté la Vierge Marie dans une grande toile d'expressive beauté (au pan- neau de droite n° 100) alors que toute défaillante d'amour et déjà transfigurée, elle reçoit sa suprême communion des mains de St-Jean. Son corps semble transparent, toute la flamme de son amour est concentrée en son regard fixé sur l'Hostie. Les anges lui jettent des fleurs et l'on se surprend à leur redire avec elle « Fulcite me floribus, stipate me malis quia amore lan- gueo » (2) et l'on pense que Marie est bien la communiante par excellence, (3) la toute puissance suppliante qui attire de l'Hostie les grâces miraculeuses de Lourdes (4). Jésus est Rex Angelorum. Quand les prêtres manquent pour porter le Pain de Vie aux enfants des hommes, Il commande aux Anges de remplir cet office, tel celui que Barocci (17e siècle) nous montre communiant Ste Catherine de Sienne (N° 30) au milieu d'un jardin (clair obscur impressionnant). Jésus-Hostie est le Roi des éléments. A son gré II éteint les flammes (tel le miracle d'Auray en Bretagne attesté par le taber- (1) Relireà ce proposle livretoujoursactuelde Mgr Qerbetsur l'Eucharistie, le dogmegénérateurde toute société et civilisation. (2) Cantique II, 7. (3) virtute proecellensomnes. Prov. XXXI, 29. (4) Plusieursautres toiles que nous ne pouvonsdécrire ici, reproduisentla ViergeSainte.Le MuséeEucharistique tout imprégnéde son souvenir.Et en est le parcourant ,ces réflexionsde Cornéliusà Lapide montent souvent du coeur aux lèvresen se transformanten prière : O Dieu soyezbéni, Vousqui voyiezpar- tout Marieen formantles créaturescar Vousavez esquissé Virginitédans lès sa Anges,sa charitédans les séraphins,sa sagessedans les chérubins, on intégrité s dans les Cieux,sa splendeurdansles étoiles,sa grâcedans les prés, son fruit dans les arbres. Cornélius Lapide Cap, VIII, Prov. V, 23. à
  • 178 Doctrine nacle tout consumé à l'extérieur mais intact à l'intérieur (fait arrivé eh 1878). Il commande à l'eau qui n'engloutit pas les Saintes Espèces jetées sacrilègement dans un ruisseau (miracle de Posen n° 13). Il ordonne le respect même à des animaux, des boeufs s'age- nouillent devant les Hosties Consacrées (même miracle), des dau- phins en rapportent d'autres, du fond d'un torrent où un prêtre les a laissées tomber (miracle d'Alboraya). Enveloppé de son voile hostial, Jésus toujours vivant, toujours puissant, «semper omni- potens » se joue des efforts de deux femmes qui à Cartilage (n° 143) comme à Constantinople (n° 144) ont prétendu le faire disparaître en l'enfermant dans un coffret ou dans une huche. L'Hostie ouvre sa prison et paraît rayonnante. Quand à Roetingen, (n° 137) des Juifs impies la poignardent dans l'ombre, le sang divin crie ven- geance au Ciel et soudain le tonnerre éclate, la foudre zigzague dans les airs et les malheureux s'effondrent dans la terreur et le désespoir (1). Mais quand l'âme est pure et droite quelle divine attraction exerce-t-elle donc sur son Époux sacramentel Heureux Othon le Juste qui Le voit s'élancer des mains du prêtre jusqu'à son coeur (n° 147). Non moins heureuse Julienne de Falconiéri (n° 136) qui ne désire que Le contempler de loin tandis que sous sa blanche apparence, Il fond sur elle, se fraie un passage dans sa poitrine, et, Foyer embrasant, la fait expirer au même instant consumée par les flammes du divin amour. (2) Sites plus cultivés s'attachent aux grands mouvements des- sinés par les cartes,, le peuple aime toucher ainsi des yeux l'em- prise du surnaturel, et cette salle demeure sa préférée, celle qui occasionne maintes demandes, maintes exclamations d'éton- nement. Rien de plus facile alors que de lui faire comprendre les mi- racles invisibles dûs à l'Hostie centre et source de toute civili- sation. C'est en faisant asseoir la femme avec l'homme, l'esclave avec le maître à la même table divine qu'elle a établi et consacre tous les jours l'égalité et la fraternité des âmes. C'est elle qui ins- pire à Raymond Nonnat (tableau N° 89) de vouer sa vie et son ordre au rachat des captifs. C'est Lui, le Sacrifié des Autels qui donne à son Église le courage de se pencher au cours des siècles sur chaque misère contemporaine... Et si notre époque actuelle crie ses plaies plus vives, plus profondes, c'est qu'on a ligoté les lèvres de cette Église, que la Maçonnerie lui a arraché les écoles, (1) Cestrois dernièrestoilesappartiennentau syptiquequi est au milieudu panneau en face de l'entrée. (2) Cesdeuxtableauxfant la partie droitedu syptiquesitué enfacede l'autre
  • Le Hiéron 179 la presse, ces chaires d'où le Verbe de vie doit prêcher en liberté la vie des corps et des âmes dans les foyers, la cité et la Nation. Tous les miracles ont jailli de l'Amour de Jésus-Christ, et l'Eucharistie qui les surpasse tous est le don par excellence de son Sacré-Coeur. En passant sous le drapeau "de Mentana encore taché du sang des Zouaves pontificaux, d'un fragment non moins précieux de celui de Lépante (1) nous arrivons logiquement à la petite SALLE DU SACRÉ-COEUR En face de nous, un rétable sculpté en plein bois et à vieille dorure nous rappelle de suite que nous sommes dans la cité du Sacré-Coeur. Il est en effet du temps de sainte Marguerite-Marie et du même genre que celui où Notre-Seigneur lui apparut. Tandis que l'original a disparu dans la tourmente révolutionnaire (2) au moins sommes-nous heureux de pouvoir, grâce à la famille Le Harivel, présenter son frère à nos pèlerins. A main gauche, un primitif (N° 69), à main droite, un Tintoret (N° 97) nous montrent l'Agonie du Sacré-Coeur au Jardin des Olives, la veille de l'Agonie du Sacré-Corps. Dans ce dernier tableau, les yeux du Christ sont voilés des larmes qu'il répand pour tous les crimes passés et futurs dugenre humain, pour nos fautes personnelles, hélas ! Comment Marie-Madeleine, la première amante du Sacré- Coeur, peut-elle se consoler d'avoir tant participé à sa cruelle passion ? — Un petit primitif auprès du rétable doré va nous le révéler. Celui qui s'est, jadis penché sur la pécheresse versant à ses pieds l'encens de son repentir vient Lui-Même, sous sa forme hostiale, la rejoindre au seuil de la Sainte Baume où elle L'attend... Lui !.. Elle l'attend, profondément humble, les genoux nus en terre, dépouillée de tout, hormis des longs cheveux qui ont servi naguère à essuyer les pieds sacrés. Plus haut (N° 114) Ste Gertrude en extase contemple devant l'autel l'amour du Crucifié qui darde des rayons de feu et blesse le coeur de son Épouse d'une large blessure. (Curieux tableau du XVIe siècle). Sur le panneau de gauche, une trop sombre toile attribuée à Murillo et un peu altérée par une retouche postérieure montre le rêve de François d'Assise sur le culte du Sacré-Coeur. Nous lais- sons au R. P. Anizan, directeur de «Regnabit» le soin de le décrire quelque jour. A gauche de celui-ci, une peinture d'un fini remarquable, (1) Reliquehistoriquela plusprécieusedu Musée.La partie vers la hampe est authentique,le restea été fait selonlesdessins l'époque.Le drapeauflottait de ?u vaisseau amiraldes catholiques ommandé le princeColonna c par dont il porte les armes. (2) L'opinionqui le voudraità Monsen Belgiquen'est point fondée.
  • 180 Doctrine original de Culmbaeh (école d'Albert Durer XVIe siècle) montre la Sainte Hostie s'échappant des mains du célébrant et soudain tous les assistants, saisis de stupeur et d'admiration, y découvrent ïe drame de la Passion. Au moment où Judas embrasse traîtreu- sement Notre-Seigneur, Celui-ci porte la main à son Coeur et II en fait jaillir du sang qui au lieu de crier vengeance rejaillit en flots pressés jusqu'au Calice dont il déborde. A ce moment douloureux et sublime le Christ semble dire au traître : « Tu as voulu me tuer une fois par haine, je trouverai Se moyen de m'immoler par amour des millions de fois, sur des autels sans fin pour donner à tous la vraie vie. (1) Quelle leçon ! Quel exemple ! Tant de divine prodigalité n'excitera-t-elle pas en nous un retour, un cri de reconnaissance, mieux que cela : un serment de fidélité ? Quelque indignes que nous soyons, nous avons hâte de rendre quelque chose au Roi d'Amour infini et pour le faire nous passons dans la SALLE DES PACTES Prenons ici le simple langage de la raison et de la justice. Jésus-Christ étant Roi de droit (démonstration dans la pre- mière salle) Roi de fait, (comme on le voit dans la seconde) un devoir, une règle de vie s'impose à tout sujet conscient : Se consacrer, se vouer à Lui, et cela, dès le temps et pour jamais. Telle est, selon, le langage exact et poétique de nos prédéces- seurs, la vraie Norme du Val d'Or que le Sacré-Coeur Lui-Même a réclamée à Marguerite-Marie. En réalité, c'est la Norme du monde entier des intelligences. Il faut un lien entre elles et leur Auteur, Sauveur et Bienfaiteur. Or ce lien, cette Religion nécessaire (religio, religare) n'est autre qu'une alliance entre le Souverain Créateur et la créature intelligente et libre (S* Thomas, 22e ques. 81, art. I). De la part de Jésus-Christ elle est accomplie avec surabon- dance. Si elle était bien observée de notre part, elle assurerait aux sociétés humaines, avec les bénédictions du Ciel, les prospé- rités de la terre. Chose étrange, répéterons-nous avec Montesquieu, « le Chris- tianisme qui ne nous promet le bonheur que dans l'éternité est aussi le meilleur gage de notre félicité dans le temps. » Ainsi, la grande règle économique fut-elle formulée par Jésus- (1) Aucentre de la salledu Sacré-Coeur, reproduction la Rochehistorique de de Solutré (à quelquessept kilomètresde Mâcon) bas de laquelleune passe au donneentréedansle Val d'Or). C'étaitunerochesacrificielle laquellependant sur dès milliersd'annéesavant J. C. furent immolés, elonles époques,des aurochs s (40au 20e's.)des rennes .20«-18e. une racede grandschevaux(I8.e-12e et de s s.) grandsboeufs exécutées ar la société (I2e-l«s.) ainsi que l'ont prouvéles fouilles p jdu R. S. J.-C, au crût du charnier.
  • Le Hiéron 1$1 Christ Lui-Même : Querite primum regnum Dei et justitiam ejus, et hoec omnia adjicientur vobis. » (1) Et où se feront ces Pactes, ou contractera-t-on ces alliances ? — Toujours devant l'humble et miséricordieux trône de l'Hostie où notre Roi siège tout près de nous. Devant Elle a lieu la Réno-. vation des voeux du Baptême. Devant Elle le jeune page jure le serment de défendre les droits des faibles contre le fort, d'être, preux et loyal envers et contre tout (N° 163). Devant Elle, en Elle, Catherine de Sienne (N° 156) éblouie, contemple les traits délicieux de l'Enfant Jésus et tant de grâce emporte les derniers effrois de la nature, et elle promet de braver tous les périls et de ramener à Rome le Souverain Pontife (Pacte de Catherine de Sienne, original de Canaletto). D'Elle un rayon mystérieux s'échappe et vient éclairer la tête ascétique du Cardinal de Bérulle. Il comprend soudain ce qu'il doit faire de toute sa vie et fonde l'Ordre de l'Oratoire (Pacte de Bérulle N° 168). La famille, ce premier échelon de la société doit jurer fidélité au Roi d'amour. C'est l'idée de la Consécration des familles au Sacré-Coeur prêchée depuis longtemps d'abord par la Compagnie de Jésus puis, par tant d'autres congrégations. C'est l'idée de l'Intronisation du Sacré-Coeur belle croisade moderne, à vue très large dont le R. P. Mathéo est le héraut et le grand apôtre, spécialement attitré par la Sainte Église. Déjà de merveilleux résultats la couronnent. Que sera-ce quand les sujets du Roi d'Amour, non contents de le proclamer tel au foyer, auront assez de courage pour défendre pratiquement ses droits dans la Société. Nous attendons un tableau qui nous montre le rayonnement de cette sainte campagne commencée depuis la guérison du R. P. Mathéo à Paray-le-Monial et qui déjà s'étend jusqu'aux extré- mités du monde. Les familles religieuses, elles aussi, s'immolent pour le salut des hommes en face de l'immolation divine : Pactes de l!Ordre Franciscain (N° 76), des Hiéronimytes d'Espagne (N° 171 copie du Dominicain), des Jésuites (N° 174). Les corporations ouvrières du Moyen-Age venaient se consa-- crer au divin Charpentier de Nazareth et elles mettaient tout leur honneur à Lui élever ces temples superbes, ces forêts d'arcades gothiques, ces flèches hardies qui défient l'art moderne, ces ver- rières étincelantes dont elles ont gardé le secret. (Voir un des chefs- (1) Math. VI, 33.
  • 182 Doctrine d'oeuvre qui donnait le titre de maître : Un tabernacle en bois sculpté). Et de Lui, les ouvriers puisaient le courage dans le labeur, la dignité et la conscience professionnelles... qui valaient à eux et à la société un peu plus dé calme, de bonheur et de prospérité, je pense, que les attardements aux cabarets, que les exaltations malsaines des cinémas, que la fameuse loi moderne qui, en restrei- gnant la durée du travail à huit heures, jette l'ouvrier comme une proie à toutes les tentations de l'oisiveté. Ces associations professionnelles avaient leurs patrons. Et combien populaires étaient saint Éloi, saint Vincent, saint Fiacre, sainte Anastasie ! Celle-ci présidait à plusieurs genres de travaux car elle était surtout la patronne du courage héroïque qui brave la mort (Voir la belle toile N° 49, original de l'école de Florence XVIIe siècle). Le pape, pour récompenser sa ferveur lui permet de porter le Saint Viatique aux Martyrs, dans leurs prisons. A chaque fois elle expose sa vie et Notre-Seigneur pour récompenser" son héroïsme se montre un jour sous la forme de l'un des condam- nés. Alors, Anastasie a un geste sublime : d'une main, elle élève le calice, de l'autre, elle montre le Christ étendu, agonisant : « C'est Le Même s'écrie-t-elle, et qui ne pourrait mourir pour Celui qui,est mort pour nous !» Le viatique est le dernier Pacte d'ici-bas entre le Créateur et sa petite créature d'un jour. Les nations surtout doivent reconnaître la domination de JésuS-Christ et se lier à Lui. La mesure de leur fidélité à ce Roi des rois, Rex regum, Basileus Basileum, est la mesure de leur prospérité. Combien d'États Européens doivent ou leur naissance ou leur grandeur à un Pacte contracté avec le Christ. On connaît ceux de Tolbiac pour la France, de Rutli pour la Suisse, de Covadonga pour l'Espagne, de Braga pour le Por- tugal, arrêtons-nous à celui-ci. . Un jeune comte de Braga (N° 170) Alphonse Henriquez médite sur la Passion du Christ quand celui-ci lui apparaît en croix avec ses cinq plaies saignantes, lui ordonnant de les placer à ses étendards comme palladium victorieux qui rélèverait au trône d'un royaume. Le lendemain cinq émirs Maures qui avaient pénétré en Lusitanie attaquent en grande force les catholiques surpris et peu nombreux mais qui portent fièrement l'étendard sacré. Don Henrique est à la tête de ceux-ci et son triomphe est si éclatant que pris d'enthousiasme le peuple l'acclame Roi de Portugal. Encore aujourd'hui, comme on peut le remarquer dans la Salle Centrale, le blason du Portugal est frappé de cinq billettes
  • Le Hiéron 183 de gueules (rouge) dont beaucoup ignorent l'origine : mais qui remontent à l'année 1139. Comment le Christ discernera-t-il ses fidèles alliés au jour des terribles assises finales ? — Le Jugement dernier, original de Shedone (1570-1615) nous le révèle. L'Hostie apparaît une der- nière fois irradiée de lumière. Les mauvais et les orgueilleux qui ont refusé de reconnaître Jésus Amour sous son voile d'humilité et de pureté sont terrassés, tordus par la peur etle désespoir. Ils crient : Ergo erravimus, nous nous sommes donc trompés, insensés que nous étions !... Tandis que tous les Bienheureux, la Vierge Marie à leur tête se rassemblent avec l'élan de la confiance sous les rayons de l'Hostie. Tant de fois ils l'ont adorée, mangée, embrassée de coeur et de volonté ! Leurs pactes jurés, ils les ont tenus avec tant de loyauté ! Leurs yeux la fixent éperdûment. Encore une seconde, le voile va tomber, et l'éternel Face à face va commencer pour eux !.. Et à jamais les Justes brilleront comme des soleils dans le royaume de leur Père (1) comme des étoiles dans la perpétuelle éternité (2) et à jamais ils exulteront et se délecteront dans les miséricordes divines. (3) GEORGES NOAILLAT DE Dir. du Hiéron de Paray-le-Monial et de la Société R. S. I. C. (1) Tune justi fulgebuntsicut sol in regnoPatris eorum.(Math. XIII, 43) (2) Vén. Bédé ex Serm. 18 de Sanctis. (3)Exultavimus t delectatisumusomnibus e diebusnostris(P. LXXXIX, 14)
  • 184 Doctrine Le vJubilé extraordinaire en l'honneur de Sainte Marguerite-Marie (Suiie) (1) La troisième période du Jubilé s'ouvrit le 20 mai. Ce fut le Révérend Père CRAPEZ,Lazariste, supérieur de la Maison de Gen- tilly, près Paris, qui donna les sermons dans la chapelle de la Visi- tation. Pour ceux du matin, il s'inspira de ce que Notre-Seigrieur enseigna un jour à Sainte Marguerite-Marie savoir : qu'elle devait prendre, pour la sainte messe, les dispositions de la Sainte Vierge au pied de la croix ; pour la sainte communion, les dispositions de la Sainte Vierge au moment de l'Incarnation, pour l'oraison, les dispositions de la Sainte Vierge lorsqu'elle fut présentée au Temple. Ces trois sujets furent trois conférences pleines de piété, insistant sur la nécessité de comprendre la valeur infinie du saint sacrifice de la messe, d'y participer par des communions bien préparées, et de nourrir son âme du pain de l'oraison. Les sermons du soir retracèrent la vie de la Sainte. Parlant de l'admirable devise qu'elle avait écrite de son sang, le jour de sa profession : « Tout de Dieu et rien de moi ! Tout à Dieu et rien à moi ! Tout pour Dieu et rien pour moi ! » Le Révérend Père fit cette remarque : « On définit, parfois, la vie surnaturelle : Dieu en nous ; mais ne pourrait-on pas la définir aussi : Dieu sans nous. » Le 25 mai, commença le deuxième triduum. Comme il s'ou- vrait à la veille de la Fête-Dieu, il convenait qu'il fut prêché par un apôtre du Très Saint Sacrement, Il le fut ; car c'est bien le titre que peut porter le Révérend Père ANDRÉ,de la Congrégation des Pères du Saint-Sacrement. Il parla avec grande éloquence de Sainte Marguerite-Marie héroïque dans la pratique des vertus à cause de sa foi en la Sainte Eucharistie. Monseigneur BERTHOIN et Monseigneur MANIER, évêque de Belley présidèrent les splen- dides cérémonies de la Fête-Dieu. Les derniers jours de mai, une phalange d'élite des Veuves de la guerre se réunit à Paray pour une retraite au Cénacle. L'une des dernières instructions de leur prédicateur, le Rév. Père ANIZANfut donnée dans le Sanctuaire de la Visitation, à l'ombré même de la Châsse de Sainte Margue- rite-Marie. C'était vraiment quelque chose d'émotionnant de voir toutes ces dames aux longs voiles de crêpe et aux vêtements de deuil. Une atmosphère de sacrifice semblait les envelopper. On saluait en elles des vies brisées mais courageuses et vaillantes, (1) Voir Regnabit,décembre1921,T. II, p. 68.
  • Le jubilé de Paray 185 puisqu'elles avaient su puiser la force dans leur douleur au plus profond du Coeur de la grande Victime du Calvaire. — Un groupe de l'OEuvre de l'Intronisation de Montpellier prit part aux fêtes jubilaires. Il laissa au Sanctuaire de Paray une riche, bannière en velours rouge, brodée d'or. Le troisième triduum du Jubilé commença le mercredi 1er juin. Monseigneur l'Évêque de Belley en fut l'éloquent prédi- cateur. Ancien Vicaire Général du saint Cardinal PËRRAUD, il aime tout ce qui lui rappelle sa mémoire et, à ce titre, Paray-le- Monial était pour lui la terre du souvenir. C'est de la prière que sa Grandeur entretint tout d'abord les fidèles. C'est aussi avec toute l'autorité d'une parole épiscopale que fut traité ce grand et beau sujet. Il montra, ensuite que les créatures privilégiées que Dieu s'est choisies. Il les a prédestinées à devenir conformes à l'image de son divin Fils. Le 2 juin, Mgr MANIERparla de la souffrance, mais il dit, en même temps, où était la consolation avec le.texte du divin Maître : « Venite ad me omnes... » Le soir, s'inspirant des paroles de S*- Paul : « Nous sommes les cohéritiers du Fils de Dieu ; si nous souffrons avec lui, avec lui aussi nous serons glorifiés » dit à.quel- > point cette vérité s'était réalisée en Sainte Marguerite-Marie. Le dernier jour du triduum revit toutes les splendeurs des précédents, Il se termina au Sanctuaire de la Visitation où Mgr MANIER chanta les miséricordes ineffables du Coeur de Jésus, miséricordes qui sont toujours prêtés à pardonner aux pécheurs. « Misericordias Domini in aeternum cantabo ». Puis, ce fut le beau, le grandiose spectacle du Congrès Eucha- ristique National qui dura du 5 au 8 juin. J'aurais aimé en retra- cer les principaux traits, faire revivre cette immense assemblée où la pourpre cardinalice, le violet des évêques s'harmonisaient avec les uniformes des officiers et les vêtements sombres de l'élite de la France. Une plume plus autorisée que la mienne a donné le compte-rendu de ce Congrès, dans Regnabit (juillet 1921, p. 111). Je me contenterai de signaler, comme supplément de cette fête Eucharistique et ex voto perpétuel du Coeur de Jésus vivant, au tabernacle, le beau monument du Hiéron avec sa bibliothèque, ses tableaux et sa vaste salle centrale où fresques et blasons résument le règne du Sacré-Coeur à travers tous les âges. De hautes approbations ont enrichi et consacré ce Musée. Durant les fêtes jubilaires, il a reçu les visites officielles de Son Em. le Cardi- nal DUBOIS,archevêque de Paris et du représentant de Sa Sainteté le Pape Benoit XV, S. E. Mgr CERRETTI,Nonce apostolique. Une visite à Paray ne peut se faire sans entendre l'explication si pieuse et instructive que les directeurs du Hiéron, Madame ou Monsieur
  • "" 186 Doctrine de Noaillat font aux visiteurs de cet éçrih des beautés eucha- ristiques. Au mois d'août, l'on recommence la théorie des manifesta- tions jubilaires. « Le mouvement du pèlerinage se confondit alors avec la période jubilaire, qui fut en tous points magnifique. Nous ne pou- vons la retracer qu'en traits sommaires. L'assistance, sans cesse renouvelée, fut toujours très nombreuse. Distinguons, parmi ces milliers de pèlerins, quelques groupes. « Le 3 août, le Sacré-Coeur voulut que cette journée fut parti- culièrement celle de l'enfance et de l'adolescence. Près de Lui, se trouvent groupés les orphelins de Montferroux, les orphelines du Méplier, des jeunes filles de Montceau-les-Mines, de Bourbon- Lancy, de Roanne et de Grand-Lemps (Isère). Depuis les temps évangéliques, les apôtres ont bien changé de conduite avec les enfants ; ils se gardent de vouloir les éloigner du Maître ; ils les accueillent même si bien que Jésus peut s'effacer. C'est ainsi que M. le chanoine TRUPTIN entretient paternellement ces jeunes âmes et leur apprend la confiance envers le Coeur de Jésus et l'exercice si doux de la prière adressée au Père qui est dans les cieux. « Le 12 nous apporta l'appoint formidable des pèlerins du Rhône et de la Loire, plus de deux mille que préside Mgr CHASSA,- GNON,vicaire épiscopal de Saint-Étienne. « Le 15, jour de clôture de la période, que présidait Mgr BERTHOIN, évêque d'Autun. La châsse, que précédaient quatre mille pèlerins, fut escortée par 150 Polonais, venus pour remercier le Sacré-Coeur de la résurrection de leur patrie. Dès le milieu de la période et jusqu'à son terme, Paray eut l'honneur de posséder Mgr VIRILI, archevêque de Ptolémaïs, pos- tulateur de la cause de Sainte Marguerite-Marie. Sa piété l'avait conduit à honorer la sainte, pour qui il a tant et si bien travaillé, au lieu même de ses vertus et près de sa châsse. Nul doute qu'il ne s'estima largement payé de son labeur à la vue de ces foules pieuses, ardentes, empressées à vénérer les reliques de Marguerite- Marie et dont le décret de canonisation a provoqué le ralliement. Que dire des prédicateurs? Ceux qui ont eu la joie et la grâce de les entendre, -n'ont pas besoin de nos appréciations. Ils savent que penser et le bien, fait à.leur âme, leur rappellera élo- quemment soit le R. P. BONNARD, S. J., soit M. le chanoine CHAMPLY, soit le R. P. ROUILLON,O. P.
  • Le jubilé de Paray .187 Octobre ! Nous voici rendus à la dernière période jubilaire. Ce fut la plus belle, l'apothéose des grâces et merveilles^ que l'Eglise s'était plue à manifester en l'honneur de Sainte Margue- rite-Marie, à la gloire du Sacré-Coeur de Jésus. Paray-le-Monial regorgeait de monde. On était venu de tous les coins de la France pour assister à ces fêtes, pour acclamer Celle qui, avec sainte Jeanne d'Arc, incarne si bien notre France. Les décorations de la ville s'étaient embellies. La maison des Chapelains si bien ornée, pendant tout le cours des fêtes, semblait se détacher avec plus de beauté encore sur le fond des arbres du jardin qui avaient revêtu la parure merveilleuse des teintes automnales. Le temps fut magnifique. Le soleil brilla pendant toute la durée des.fêtes, comme un reflet du soleil d'amour qui, au ciel, est le halo divin du Coeur de Jésus, Les prédicateurs de cette dernière période jubi- laire furent : pour le premier triduum, du mercredi 5 au vendredi 7, Sa Grandeur Mgr CAILLOT, vêque de Grenoble ; pour le deu- é xième, du mercredi 12 au vendredi 14, le grand apôtre du Sacré- Coeur, le Révérend Père MATHÉO CRAWLEY,eligieux des SS. CC. r de Picpus ; pour le troisième, du samedi 13 au lundi 17, Fête de Sainte Marguerite-Marie, le Chanoine GAUDEAU, Missionnaire Apostolique. Ce Jubilé triomphal se terminait donc avec des prédicateurs de choix, et, ce qui le rendait, pour ainsi dire, plus officiel c'est qu'il allait se clôturer en présence du représentant du Chef Suprême de l'Église, du Pape de la Canonisation, de l'immortel Benoit XV. On avait annoncé, en effet, la venue de Son Excel- lence Mgr CERRETTI,Nonce Apostolique. Puis, autour de lui, devaient se réunir au nom de toutl'épiscopat, leurs Grandeurs Nosseigneurs IZART,Archevêque de Bourges ; ROY, archevêque coadjuteur de Québec ; BERTHOINévêque d'Autun (qui, hélas, ne put venir, retenu par la maladie) ; ARLET, évêque d'Angou- lême ; MANIER,évêque de Belley ; CHATELUS, évêque de Nevers ; TISSIER, évêque de Châlons ; LANDRIEUX,évêque de Dijon ; DE LLOBET, évêque de Gap ; GIRAY,évêque de Cahors ; PEUT, évêque de Metz ; PAJET, évêque de Valence, etc.. Le prédicateur du premier triduum Mgr Caillot se fit, surtout, remarquer par sa connaissance profonde, intime de Sainte Margue- rite-Marie. Il la montra dans dès détails de sa vie qui sont peu connus si ce n'est d'un Mgr GAUTHEY les a si merveilleusement qui peints dans ses ouvrages sur la Vie et les OEuvres de Sainte Marguerite-Marie. En entendant la parole limpide, chaude de l'orateur l'âme se sentait éprise d'affection pour la Sainte, incom- prise, souffrante, et, continuant, malgré tout, la réalisation de la mission divine qui lui venait du Sacré-Coeur. L'on était heureux
  • 188 Doctrine de la voir, maintenant, dans la gloire, auprès de Celui qui l'avait tant aimée. Avec le Révérend Père MATHÉO,le second triduum fut un triomphe. Pourquoi cette popularité ? Pourquoi cette attirance merveilleuse qui émane de son nom, de sa personne ? Ses discours, au point de vue du style, du français, sont imparfaits. Son accent, sa prononciation sentent l'étranger... Et, pourtant, on sait qu'il est là... on le voit... il parle. Le coeur est saisi, l'intelligence entraînée. C'est, qu'en l'entendant, on sent l'apôtre convaincu, pénétré de sa mission. On comprend combien il aime le Sacré- Coeur de Jésus, que la grande oeuvre de sa vie, connue dans le monde entier, est le règne du Coeur du Roi des rois sur toutes les nations de la terre. La foule qui l'écoutait était immense, et, le silence, le recueillement, vraiment impressionnant. Il parla du règne du Sacré-Coeur, montrant, le matin, que nous devions avoir, à l'exemple de Sainte Marguerite-Marie, un amour de confiance, un amour d'abandon, un amour d'apostolat. Le soir, ce fut le Sacré-Coeur régnant dans l'intimité des âmes dont II doit devenir la pensée et la vie. Le Sacré-Coeur dans la famille, dans les nations.. Enfin, son règne social. Et cette prédication si chaude, si empoi- gnante, si empreinte de sa personnalité était émaillée d'exemples, de faits qui faisaient tressaillir les âmes et les poussaient vers le Coeur Sacré de Jésus. Monsieur le Chanoine GAUDEAU prêcha le dernier triduum qui offrit un régal de pure doctrine, de convictions profondes sur les grands devoirs sociaux à remplir pour établir, malgré Satan, le règne de Jésus dans notre vie, dans nos foyers, dans la nation. On sentait l'homme qui a consacré sa vie à la foi catholique, au triomphe de Dieu sur le Démon. Il parla de la vie du Sacré-Coeur, la montra réalisée dans celle de la Sainte de Paray, et, comment nous devions, nous aussi, la vivre, par l'amour, la souffrance et l'apostolat. A la messe, célébrée sous le Dôme du Sacré-Coeur, dans le beau jardin des Chapelains, en présence du Nonce Apos- tolique et des évêques, il fut d'une grande éloquence. Volontiers, on aurait applaudi son salut au représentant du Pape bien aimé de la France, et ses évocations du passé chevaleresque et reli- gieux de notre patrie. Le Nonce étaitià. II était arrivé la veille, le 16. Sa réception, à la gare, s'était faite au milieu de l'enthousiasme d'une foule immense. Ce fut lui qui, le soir, présida à la procession de la Châsse de la Sainte à travers la ville, et, dans le jardin de la Visitation. Mgr TISSIER, l'éloquent évêque de Châlons prit la parole en sa présence, encore, au retour de la marche triomphante des Saintes: Reliques. Il faut avoir entendu Mgr TISSIER pour se rendre compte de son talent d'orateur, de son éloquence qui subjugue et enthou- siasme. Lui, il fut applaudi. « Non ! non ! » répétait-il... Mais, ce
  • Le Jubilé de Paray 189 qu'il disait au représentant du Pape, ce qu'il racontait de notre histoire, de l'héroïsme de nos soldats, de la gloire du Sacré-Coeur, était trop vrai, trop beau ! De temps à autre, les applaudissements éclataient. Et, maintenant, le Te Deum chanté dans la Chapelle de la Visitation, mille fois trop petite pour contenir la foule, a clôturé les fêtes Jubilaires. Le 17 octobre 1921, fête de Sainte Marguerite-Marie s'est achevé dans le triomphe et la gloire... Ce jour vivra éternellement dans nos coeurs... On a trop ressenti dans cette ville de Paray, dans ce Couvent de la Visitation, dans le jardin béni des appari- tions la présence réelle, encore, du Sacré-Coeur de Jésus. Oh ! France chérie, on a dit que tu étais le coeur du monde, mais ton coeur à toi, est à Paray... oui... près du Coeur de Celui qui t'a choisie, en la personne de Sainte Marguerite-Marie, pour régner sur le monde... C'est par toi qu' Il régnera. Il le veut ! ! J. B. HOREAU Paray-le-Monial, 17 octobre 1921. Sainte Marguerite-Marie, priez pour nous ! Motif entraldutabLeaue la Consécration Familles c d — Premier onastère desVisitation au Sacré-Cceur. M de la de Marseille.— 1913.
  • 190 Piété //. - PIÉTÉ ISÀIE ET SAINTE MARGUERITE-MARIE PARALLÉLISME entre le Règne M essianique et le Règne du Sacré-Coeur O) On a beaucoup parlé du règne du Sacré-Coeur. N'y aurait-il pas édification à en comparer les données, telles qu'elles nous sont fournies dans les écrits authentiques de Sainte Marguerite-Marie avec la parole inspirée de Celui qui fut le grand prophète du règne messianique ? Il est bien entendu qu'il ne s'agit pas d'attribuer la même valeur à ces deux genres de révélations. Nous voulons seulement faire oeuvre de piété, offrir à nos sympathiques lecteurs matière à quelques bonnes et solides réflexions. Le règne du Sacré-Coeur, tel qu'on l'entend communément, c'est le règne de l'amour diviao-humain ou théandrique de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il tombe sous le bon sens que c'est par l'Église et dans l'Église, qui en a reçu du Sauveur les moyens appropriés, que doit s'établir ce règne. Entre la royauté messianique et la royauté du Sacré-Coeur — qui n'est autre que la royauté de l'amour de Jésus-Christ sur les hommes — n'y a-t-il pas des rapports essentiels qu'il serait profitable dé mettre en relief ? Nous croyons que le parallélisme entre les paroles d'Isaïe et celles du Sacré-Coeur paraîtra assez substantiel et savoureux pour permettre à nos pieux lecteurs d'en tirer des conclusions pratiques. L'Église ne paraît pas éloignée de le penser et pour mieux disposer nos âmes à commémorer sur la terre la venue du Fils de Dieu, ne nous a-t-elle point fait lire dans Isaïe, au temps de l'Avent, les multiples manifestations d'un amour infini, lequel, bien des siècles après, devait comme se ramasser sous le signe gracieux du Coeur adorable de Jésus-Christ ? (1) Pour ne pas surchargerles pages de cet article,je n'ai pas donnétoutes mesréférences. outes les citationsrelativesà Sainte Marguerite-Marie prises T sont dans l'excellentouvrage de Mgr Gauthey, et aussi,après confirmation,dans le — livre du R. P. Yenveux: le Règnedu Sacré-Coeur. A. B.
  • Isaïe et Sainte Marguerite-Marie 191 La plainte de l'amour Le cri touchant d'un amour méconnu se fait tout d'abord entendre : (Isaïe ch. V. v. 1.4) « Je vais chanter pour mon bien-aimé « Le cantique de mon bien-aimé au sujet de sa vigne. « Mon bien-aimé avait une vigne « Sur un coteau fertile : « H en remua le sol, il en ôta les pierres « Et la planta de ceps exquis ; ' « Il bâtit une tour au milieu « II y creusa aussi une cuve ; «Puis il attendit qu'elle donna des raisins « Mais elle donna du verjus. * Et maintenant, habitants de Jérusalem et hommes de Juda « Jugez, je vous prie, entre moi et ma vigne. «Qu'y avait-il à faire de plus à ma vigne « Que je n'aie pas fait pour elle ? v Pourquoi ai-je attendu qu'elle produisit des raisins ? « Et elle n'a produit que du verjus !» Le peuple Juif était un peuple d'hommes ; et les hommes n'ont point changé. Vigne choisie, choyée, cultivée à plaisir par le labeur d'un amour infatigable, il prend les bienfaits et ne rend que l'oubli, et même, plus tard, les outrages. Les hommes n'ont pas changé, ai-je dit ? Ne devrais-je pas affirmer plutôt qu'ils ont changé — mais à leur désavantage ? La vigne véritable, la vigne bien aimée, la vigne dont les Juifs n'étaient que l'ombre et la figure, ces nations chrétiennes, lavées dans le sang du Calvaire,, illuminées par le soleil de l'Évangile, qu'ont-elles fait ? Ce n'est plus le prophète Isaïe qui le dira; nous allons entendre Dieu lui-même en la personne de son Fils .« Voilà, dit Jésus-Christ, ce Coeur qui a tant aimé les hommes qu'il n'a rien épargné jusqu'à s'épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes par les mépris, irrévérences, sacrilèges et froideurs qu'ils ont pour moi dans ce sacrement d'amour. Mais ce qui m'est encore plus sensible, c'est que ce sont des coeurs qui me sont consacrés. » L'ingratitude des chrétiens se mesure à la grandeur des bien- faits reçus. Ils sont d'autant plus coupables qu'ils furent plus honorés et plus aimés. Moins excusables encore étant mieux éclairés que les Juifs. Le verjus des outrages au lieu du vin de l'amour : voilà ce qu'ils ont eu le triste courage d'offrir au divin vigneron.
  • 192 Piété Aussi, savourez ce parallélisme. Est-ce des Juifs ou des chrétiens qu'il s'agit dans ce chapitre premier d'Isaïe : « Cieux, écoutez, et toi, terre, prête l'oreille ! « Car Jéhovah parle : « J'ai nourri des enfants et je les ai élevés, « Et eux, ils se sont révoltés contre moi. « Le boeuf connaît son possesseur « Et l'âne la crèche de son maître ; «Mais Israël n'a point de connaissance, « Mon peuple n'a point d'intelligence. « Ah ! nation pécheresse, peuple chargé d'iniquités, « Race de méchants, fils de criminels ! « Ils ont abandonné Jéhovah 1 « Ils ont outragé le saint d'Israël, « Ils se sont retirés en arrière » Jéhovah reproche à ses enfants leur révolte et la méconnais- sance stupide de ses bontés envers eux ; Jésus-Christ ne parle pas autrement. Son Coeur Sacré s'est épuisé et consommé ; résultat : la blessure infligée par des coeurs consacrés : ipsi vero spreverunt me * * * Le courroux de l'Amour Dieu ne connaît pas le découragement. Aussi la miséricor- dieuse activité de son amour ne se ralentira pas. Puisque la me- nace est nécessaire, il emploiera la menace ; si elle ne suffit pas, il enverra la foudre. Écoutez cette voix de tonnerre d'un amour infini outragé. «Maintenant donc je vous ferai connaître ce que je vais faire « à ma vigne : « J'arracherai sa haie et elle sera broutée ; « J'abattrai sa clôture et elle sera foulée aux pieds. « J'en ferai un désert, « Et elle ne sera plus taillée ni cultivée ; « Les ronces et les épines y croîtront ; « Et je commanderai aux nuées « De ne plus laisser tomber la pluie sur elle. Isaïe Ch. V. v. 5.) — C'est l'éclair avant-coureur ; l'avertissement suprême. Le mépris des grâces divines tarit les sources de la céleste pitié pour laisser libre cours au torrent dévastateur d'une colère toute puissante. Que l'âme chrétienne ne dise pas : Dieu parlait ainsi aux Juifs à la tête dure et au coeur d'airain ! Mais, pour nous ! Médite, ô âme consacrée à Jésus-Christ, les terribles paroles de la disciple bien aimée du Sacré-Coeur :
  • Isaïe et Sainte Marguerite-Marie 193 « 11me semblait entendre une voix qui disait : Le Seigneur «se lasse d'attendre ; il veut entrer dans ses greniers pour cribler « son froment et séparer le bon grain d'avec le chétif... « La Sainteté de Dieu venant à s'appesantir sur moi comme si c'eût été pour m'anéantir, me mit hors de tout mouvement pour me faire entendre derechef sa voix qui fut telle : Mon peuple choisi me persécute secrètement et a irrité ma justice ; mais je manifesterai ses péchés secrets par des châtiments visibles ; car je les criblerai dans le crible de ma sainteté pour les séparer d'avec mes bien aimées. Et les ayant séparées, je les environnerai de cette même sainteté qui se met entre le pécheur et ma miséricorde ; et depuis que ma sainteté l'a une fois environné, il lui est impossible qu'il se reconnaisse : sa conscience demeure sans remords et l'enten- dement sans lumière et le coeur sans contrition, et (il) meurt enfin dans son aveuglement. » Ces paroles sont claires ; elles n'ont pas besoin de commen- taire. En voici un cependant. C'est le grand prophète qui va nous le donner (ch. VI. v. 8. 10) « Et j'entendis la voix du Seigneur, disant : « Qui enverrai-je ? « Et qui ira pour nous ? « Et je dis : « Me voici ; envoyez-moi. « Il dit : (le Seigneur) « Va et dis à ce peuple : « Entendez et vous ne comprendrez point ; « Voyez et vous n'aurez point d'intelligence ; « Appesantis le coeur de ce peuple « Et rend ses oreilles dures, « Et bouche lui les yeux, « En sorte qu'il ne voie point de ses yeux « Et n'entende point de ses oreilles, « Et qu'il ne se convertisse point et ne soit point guéri » Est-ce Jéhovah qui parle ou Jésus au Coeur doux et humble ? Les accents sont les mêmes ; la colère et l'indignation aussi ardentes. La sainteté d'un amour irrité par une résistance insensée lance ses traits de feu. Le Juif ingrat « entendra et ne comprendra point ». Le chrétien dégénéré aura sa « conscience sans remords ». Au Juif, on dira : « Voyez et vous n'aurez point d'intelligence ». L'entendement du chrétien sera « sans lumière ». A tous les deux « on bouche les yeux ». Le coeur « appesanti » du Juif ressemble comme un frère au coeur « sans contrition » du chrétien et la navrante parole : « il meurt enfin dans son aveuglement » répond au dernier anathème : « Et qu'il ne se convertisse point et ne soit point guéri ».
  • 194 Piété * * * L'Amour méprisé met ses menaces à exécution La créature tant choyée demeure rebelle. C'est en vain que Dieu a supplié, menacé. C'en est fait : la coupe déborde. « Où vous frapper encore si vous continuez vos révoltes ? • « Toute la tête est malade et tout le coeur est languissant. « De la plante des pieds au sommet de la tête, il n'y a rien en lui de sain. « Ce n'est que blessures, meurtrissures «Plaies purulentes « Qui n'ont pas été nettoyées ni bandées, « Ni adoucies avec de l'huile. » L'amour semble s'être lassé. L'âme, sous les coups redoublés de la colère divine devient un enfer. C'est un bouleversement complet. L'amour de Dieu est jaloux ; tout ou. rien' : c'est sa loi. Le peuple Juif n'a pas compris et il a été brisé. Le Sacré-Coeur s'era-t-il plus suave pour les chrétiens ? Oui — s'ils comprennent ; car la manière forte de l'amour n'a point changé. Sainte Margue- rite-Marie va nous le montrer. Dieu lui fit voir un jour deux saintetés en lui : « l'une d'amour et l'autre de justice, toutes deux rigoureuses en leur manière et lesquelles s'exercent continuelle- ment sur moi. Par la première, je souffrais une espèce de purga- toire, très douloureux pour les âmes qui y sont détenues, aux- quelles il permettait selon qu'il lui plaisait de s'adresser à moi. La seconde est sa sainteté de justice, si terrible et si épouvantable aux pêcheurs, qui me faisait sentir le poids de sa rigueur, souffrant pour les pécheurs, particulièrement pour les âmes qui lui sont consacrées. » Voulons-nous voir cette sainteté de justice en action ? Voici. Il s'agit d'une âme religieuse pour qui Marguerite-Marie doit souffrir : « Comme je me relevais de terre, je me trouvai chargée 4'uri poids qui m'accablait si fort que je ne pouvais marcher. Je me sentis, dès lors, brûlée d'un feu si ardent qu'il me pénétrait jusqu'aux os, qui me. réduisit en peu de temps au lit par une grande maladie. Dieu seul sait ce que j'eus à souffrir. Mes maux étaient si grands qu'ils ne faisaient qu'augmenter par tous les remèdes que l'on faisait, etc.. » ,' Isaïe avait dit aux Juifs : « Votre pays est un désert, : « Vos villes sont consumées par le feu ; «c otre sol, des étrangers le dévorent sous vos yeux ; V « La dévastation est comme le ravage des étrangers.
  • Isaïe et Sainte Marguerite-Marie 195 « Et la fille de Sion est restée « Comme une cabane dans une vigne « Comme une tour de garde ». La Sainteté de justice produit les mêmes effets dans tous les temps. Aiguillonnée par l'amour offensé, elle « consume » comme le feu ; elle « dévore » comme la bête féroce ; elle « dévaste » comme le torrent ; elle « ravage » comme l'ennemi et le brigand. Voilà bien de quoi nous suggérer de salutaires réflexions. L'amour nous appelle ; l'amour nous supplie ; l'amour nous pour- suit ! Hélas ! trop souvent nous restons sourds à sa voix ; trop souvent nous résistons à' ses instances. Prenons garde ! On ne se joue pas de l'Amour d'un Dieu ! Invitation de l'amour à. la pénitence. Ce n'est pas de gaieté de coeur, peut-on dire, que l'Amour infini se voit réduit à exercer ses redoutables représailles. Il n'a qu'un but : convertir, pardonner, sauver et, en dernier lieu établir . son règne. La miséricorde suit le châtiment et si le pécheur vient à résipiscence, il comblera le plus cher désir de Dieu. Écoutez ses accents. (Isaïe Ch. I. v. 16 et 17) « Lavez-vous ; purifiez-vous ; à Otez de devant mes yeux la malice de vos actions ; « Cessez de mal faire. « Recherchez la justice ; redressez l'oppresseur ; « Faites droit à l'orphelin, défendez la veuve ». « Soyez saints parce que je suis Saint. » C'était déjà la for- mule d'or que proposait Jéhovah à la piété de l'antique lévite. Le chrétien.ne pouvait avoir moins et Jésus lui dit : « Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait. » Bien. Mais sainteté et perfection exigent la pureté de l'âme. Elles sont le royaume de Dieu en nous et le Fils de Dieu l'a crié au monde : Faites pénitence, car le Royaume de Dieu est proche. Ce que Jésus a proclamé dans l'Évangile, les révélations du Sacré-Coeur ne le changeront point. Lisons et méditons les paroles divines adressées à Sainte Margue- rite-Marie. « Je demande qu'on fasse à mon Coeur réparation d'honneur par une amende honorable pour réparer les indignités qu'il a reçues. » > Et Jésus exige de la sainte les purifications les plus doulou- reuses. Il fait de son âme innocente le modèle et l'exemple du vrai repentir et de la vraie pénitence. II.lui montre une âme qui l'afflige : « Regardé, ma fille, le mauvais traitement que je reçois de cette âmè qui me vient de
  • 196 Piété recevoir. Elle a renouvelé toutes les douleurs de nia Passion. » « Me jetant à ses pieds, saisie de crainte et de douleur pour les arroser de mes larmes que je ne pouvais retenir, lui disant : Mon Seigneur et mon Dieu, si ma vie est utile pour réparer ces injures, quoique celles que vous recevez dans la mienne soient mille fois plus grandes, néanmoins, me voilà votre esclave : faites de moi ce qu'il vous plaira —. Je veux que toutes les fois que je te ferai connaître le mauvais traitement que je reçois de cette âme, lorsque tu m'auras reçu, tu te prosternes à mes pieds, pour faire amende honorable à mon amour, offrant à mon Père éternel, le sacrifice sanglant de la Croix pour cet effet, et offrant ton être pour rendre hommage au mien et pour réparer les indignités que ..je reçois dans ce coeur. » « Je demeurai toute surprise d'entendre ces paroles d'une âme qui se venait de laver dans le précieux sang de Jésus-Christ. « Mais j'entendis la même voix qui me dit : Ce n'est pas qu'elle soit dans l'acte du péché, mais dans la volonté qui n'est point sortie de son coeur, ce que j'ai plus en horreur que l'acte du péché même, car, c'est appliquer mon sang sur (une charogne) corrompue, par mépris ; d'autant que la volonté au mal est la racine de toute corruption, incapable d'en recevoir aucun effet. » La pensée de Jésus-Christ est claire. Un commentaire en affaiblirait la force et la précision. * * * L'Amour miséricordieux reçoit le pécheur. Aurore du Règne du Sacré-Coeur. Il en est du règne du Sacré-Coeur comme du règne messia- nique : ils apparaissent à un déclin, à une époque d'égarement et de lassitude. Les âmes semblent désemparées. Au temps de la venue du Messie, le monde païen et le monde Juif s'en allaient à la dérive. Les docteurs d'Israël aussi bien que les philosophes étaient impuissants à arrêter le cours fatal des événements : emportée par le torrent de la corruption, l'humanité se précipitait aux abîmes. Tibère, Néron, Caligula, Dioclétien : ces noms suffisent: C'est entre deux grandes catastrophes : le Protestantisme et la Révolution Française, que le Coeur de Jésus-Christ est révélé. Le très mauvais dix-huitième siècle, fils du Jansénisme et de l'impiété érigée en système, va commencer, inaugurant l'ère de l'athéisme et de la déchristianisation. C'est l'heure propice aux interventions divines. Tout semble perdu ; tout sera sauvé 1 Plus les hommes travaillent à s'éloigner de lui, plus Dieu s'acharne à les poursuivre.
  • Isaïe et Sainte Marguerite-Marie 197 De là, les invitations pressantes de l'amour miséricordieux- Dé là, les promesses attirantes du Père qui veut, à tout prix, sauver ses enfants. Que le pécheur se repente, que la contrition brise son coeur : aussitôt, la pitié infinie le reçoit à merci ; de nou- veau, Dieu le comble de tous ses biens. Qui pourrait demeurer insensible à ces accents : (Isaïe C. I. 18. 20) « Venez et discutons ensemble : « Si vos péchés sont comme l'écarlate, « Ils deviendront blancs comme la neige ; « S'ils sont rouges comme la pourpre, « Ils deviendront comme la laine. « Vous obéissez de bon coeur, « Vous mangerez les biens de votre pays ; « Mais si vous résistez et si vous êtes rebelles, KVous serez dévorés par l'épée ; « Car la bouche de Jéhovah a parlé ! » Et aperiensos suum... Et c'est la bouche de Jésus-Christ qui maintenant s'ouvre. Des paroles d'amour et de pardon fleurissent . sur ses lèvres parce qu'elles jaillissent de son Coeur, Il est prêt à toutes les miséricordes, pourvu que nous le soyons à tous les repen- tirs. Voici ce que nous apprend Sainte Marguerite-Marie : « Il me fit longtemps reposer sur sa divine poitrine où il me découvrit les merveilles de son amour et les secrets inexplicables de son Sacré-Coeur qu'il m'avait toujours tenus cachés jusqu'alors. Il me l'ouvrit pour la première fois d'une manière si effective et sensible, qu'il ne me laissa aucun lieu d'en douter, par les effets que cette grâce produit en moi, qui crains pourtant de me tromper en ce que je dis se passer en moi. Voici comment là chose s'est passée : — Mon divin Coeur, me dit-il, est si passionné d'amour pour les hommes et pour toi en particulier que, ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente Charité, il faut qu'il les répande par ton moyen et qu'il se manifeste à eux pour les enri- chir de ses précieux trésors que je te découvre et qui contiennent les grâces sanctifiantes et salutaires, nécessaires pour les retirer de l'abîme de perdition.-» Et ailleurs : « Notre Seigneur m'a découvert des trésors d'amour et de grâces pour les personnes qui se consacreront et sacrifieront tout à lui rendre et procurer tout l'honneur, l'amour et la gloire qui sera en leur pouvoir ; mais des trésors si grands qu'il m'est impossible de m'en exprimer. Cet aimable Coeur a un désir infini d'être connu et aimé de ses créatures, dans lesquelles il veut établir son empire comme la source de tout bien, afin de pour- voir à tous leurs besoins. »
  • 198 Piété Approchons-nous du coeur aimable, du Coeur suave et doux, du Coeur très humble et tout frémissant de pitié divine. Allons plonger nos âmes dans cette piscine sacrée. Elles en sortiront purifiées, blanchies dans le sang de l'Agneau et régénérées pour la Vie éternelle ! N'a-t-il pas dit : « Les pécheurs trouveront en mon Coeur la source et l'océan de la miséricorde. » L'Amour Sanctifiant. L'âme si heureusement vaincue, percée des traits enflammés de l'Amour purifiant, toute brisée par le repentir, mais guérie et fortifiée par la grâce, va pouvoir prendre son vol. Dieu va couronner son oeuvre par la sanctification de sa créature. Le péché détruit, l'âme s'embrase du feu de la Charité ; l'Esprit Saint y établit sa demeure ; Dieu se fait son protecteur, son bouclier et son défenseur. '« En ce joùr-là, le germe de Jéhovah fera l'ornement et la gloire des réchappes d'Israël. « Et le fruit de la terre, leur orgueil et leur parure. « Et ceux qui seront restés dans Sion « Et ceux qui auront été épargnés dans Jérusalem seront appelés saints : « Tous ceux qui auront été inscrits pour la vie dans Jérusalem « Quand Jéhovah aura lavé les souillures des Filles de Sion!. « Et purifié Jérusalem du sang qui est au milieu d'elle. « Par l'esprit de jugement et par l'esprit d'extermination. «Alors Jéhovah créera sur toute l'étendue de la montagne de Sion « Et sur son assemblée « Une nuée durant le jour « Et une fumée, « Et l'éclat d'une flamme ardente pendant la nuit. « Car sur toute sa gloire il y aura un dais ; « Il y aura une tente pour donner de l'ombrage « Contre les ardeurs du jour « Pour servir de refuge et d'abri « Contre l'orage et la pluie. » Ce «germe » de Jéhovah qui est aussi le « fruit de la terre », de cette terre vierge, immaculée : (Marie, l'auguste Mère du Fils de Dieu), c'est Jésus-Christ. Il est l'ornement de l'Église et des âmes et leur gloire.
  • ' 199 Isaïe et Sainte Marguerite-Marie Il s'est incarné, il est né, il a vécu et il est mort pour accom- plir la volonté de son Père Céleste : notre sanctification. C'est ce qu'il lui plait de rappeler dans ses révélations à Sainte Marguerite Marie. « Apprends, lui dit Jésus — sur quelque faute qu'elle "avait faite » — que je suis un Maître Saint et qui enseigne la sainteté. Je suis pur et ne peux souffrir la moindre tache. C'est pourquoi, il faut que tu agisses en simplicité de coeur, avec, une intention droite et pure en ma présence. Car je ne peux souffrir le moindre détour... Je ne peux supporter les âmes tièdes et lâches et que 'Si je suis doux à supporter tes faiblesses, je ne serai pas moins sévère et exact à corriger et punir tes infidélités. » Mais si Jésus-Christ exige la sainteté, il s'en déclare aussi le protecteur et la récompense. Isaïe nous parle de « ceux qui auront été épargnés dans Jéru- salem et qui seront appelés saints — de tous ceux qui sont inscrits pour la vie dans Jérusalem. Écoutons maintenant le Sacré-Coeur : « Mon divin Sauveur m'a fait entendre que ceux qui tra- vaillent au salut des âmes auront l'art de toucher les coeurs les plus endurcis et travailleront avec un succès merveilleux, s'ils sont pénétrés eux-mêmes d'une tendre dévotion au Divin Coeur. » « Pour les personnes séculières, elles trouveront par ce moyen tous les secours nécessaires à leur état : c'est-à-dire la paix dans leur famille, le soulagement dans leurs travaux et les bénédictions du ciel dans toutes leurs entreprises. C'est proprement dans ce Coeur ado- rable qu'elles trouveront un lieu de refuge pendant leur vie, mais principalement à l'heure de la mort. Ah qu'il est doux de mourir après avoir eu une constante dévotion au Sacré-Coeur de Celui qui doit nous juger !» * * * L'Amour Victorieux. Le Sacré-Coeur établit son règne dans les âmes. L'Amour infini, qui travaille si profondément dans l'âme humaine, ne peut être frustré du fruit de son labeur. C'est donc vers son propre triomphe qu'il conduit toutes choses. Le terme naturel de ses efforts, c'est l'exaltation du Roi d'Amour. Instaurer le Règne divin conçu et voulu par Jésus-Christ : c'est ce à quoi il vise. L'Église est l'instrument de ce règne ; l'Évangile» en est le code royal et le Coeur de chair du Fils de Dieu, adoré, aimé et arboré par les hommes, le signe, le symbole et l'étendard : nous disons le coeur de chair tel qu'il nous a été présenté : 1° dans l'Évangile : ouvert sur la Croix ; 2° dans les révélations de Sainte Marguerite-Marie : portant la Croix plantée en son milieu.
  • 200 Piété Cet avènement et ce triomphe du Règne de l'Amour, Isaïe va nous le dépeindre vivement : (C. XIV. 3 et suiv.) « Et au jour où Jéhovah te fera reposer * « De ton labeur, de tes anxiétés « Et de la dure servitude qu'on t'avait imposée, « Tu entonneras ce chant sur le roi de Babylone et tu diras : « Comment a fini le tyran « A cessé l'oppression ? « Jéhovah a brisé le bâton des méchants « Le sceptre des dominateurs, « Qui frappaient avec fureur les peuples « De coups sans relâché ; « Qui dans leur colère tenaient les nations sous le joug « Par une persécution sans répit. « Comment es-tu tombé du Ciel, astre brillant, « Fils de l'aurore ? « Comment es-tu renversé par terre « Toi, le destructeur des nations ? «Tu disais en ton coeur : « Je monterai au ciel, « J'élèverai mon trône « Au-dessus des étoiles de Dieu ; « Je m'assiérai sur la montagne de l'Assemblée, « Dans les profondeurs dû septentrion « Je monterai sur les sommets des nues « Je serai semblable au Très-Haut ! « Et te voilà descendu au sombre séjour, « Dans - les profondeurs de l'abîme », Le prince de la Lumière et de l'Amour et le prince des Ténèbres et du mensonge se sont affrontés. L'issue du combat ne peut être douteuse. Le Roi immortel des siècles jettera bas le prétentieux Lucifer. Ce sera l'oeuvre de Jésus-Christ par son Coeur de chair embrasé de l'amour des hommes. La promesse de Jésus est formelle : promesse de Dieu ne trompe pas. « Mon divin Sauveur, dit Sainte Marguerite-Marie, me fit connaître que cette dévotion était un dernier effort de son amour, qui voulait favoriser les chrétiens en ces derniers siècles, leur pro- posant en même temps un moyen si propre pour les encourager à l'aimer et à l'aimer solidement. «:Le Sacré-Coeur veut établir son règne et il m'a dit : Je règne- rai—.Oui, le Sacré-Coeur régnera, et il régnera malgré ses ennemis. » Parlant de ses adversaires, Jésus ajoutait encore : « laisse-les faire. Que crains-tu, puisque je suis pour toi ? — Ne crains rien.
  • Isaïe et Sainte Marguerite-Marie 201 Je régnerai malgré Satan et ses suppôts ; j'attends au passage tous .ceux qui voudront s'y opposer... » Elle entendit encore ces paroles : « Crois-tu que je puisse le faire ? Si tu le crois, tu verras la puissance de mon Coeur dans la magnificence de mon amour » Et elle ajoute : « L'adorable Coeur de Jésus se fera donc connaître et établira son empire malgré l'enfer. Il régnera, cet aimable Coeur, parmi les épines et malgré les contradictions ; il m'a dit : « Je.régnerai malgré Satan et tous ceux que Satan sus- citera à s'y opposer ; Satan demeurera confus avec ses adhérents.» * * * Description du règne de l'Amour. (Isaïe. C. XI, i. n) « Un rameau sortira du tronc de Jessé, « Et de ses racines croîtra un rejeton, « Sur lui reposera l'esprit de Jéhovah, « Esprit de sagesse et d'intelligence, « Esprit de conseil et de force, « Esprit de connaissance et de crainte de Jéhovah. « II ne jugera point sur ce qui paraîtra à ses yeux, « Et il ne prononcera point sur ce qui frappe ses oreilles ; « H jugera les petits avec justice « Et fera droit aux humbles de la terre ; « II frappera la terre de la verge de sa bouche ; « Ef par le souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant ; « La Justice ceindra ses flancs « Et la fidélité sera la ceinture de ses reins. « On ne fera point de mal et on ne causera point de dommage « Sur toute ma montagne sainte ; « Car le pays sera rempli de la connaissance de Jéhovah, « Comme le fond des mers par les eaux qui le couvrent ; « Et il arrivera en ce jour là : la racine de Jessé, « Élevée comme un étendard pour les peuples « Sera recherchée par les nations, « Et son séjour sera glorieux. « En ce jour là Jéhovah étendra une dernière fois sa main « Pour racheter le reste de son peuple, etc » C'est le règne messianique, dira-t-on. Je n'en disconviens pas, mais ce règiie messianique ne doit-il pas recevoir sa plus haute expression du règne du Sacré-Coeur ? Ce dernier ne peut-il achever et compléter le premier ? Serait-il défendu de le considérer comme l'épanouissement total et définitif du règne de Jésus-Christ — autant que faire se peut en ce bas monde ?
  • 202 Piété. Le merveilleux rejeton de la tige de Jessé par qui fleurissent sur terre là justice et l'amour ; qui s'incline avec tendresse sur les humbles d'ici-bas et se dresse inflexible en face de la superbe des méchants, ce Fils de Dieu et de l'homme, Jésus-Çhrist, élevé comme un étendard de salut et d'espérance entre ciel et terre, pour rallier à Dieu les nations en détresse, le trouve-t-on si dif- férent de ce même Jésus-Christ présentant son Coeur au monde ? N'est-ce pas son Vicaire, Léon XIII qui, en consacrant le genre humain au Sacré-Coeur, a dit : « Voici qu'aujourd'hui est offert à nos regards un autre signe de salut, signe tout divin et de suprême espérance : c'est le Coeur Sacré de Jésus surmonté de la Croix, et brillant d'un magnifique éclat au milieu des flammes. En lui, il faut placer tous nos espoirs ; de lui, il faut solliciter et attendre le salut des hommes. » Ceci nous amène tout naturellement à esquisser les grandes lignes du règne de Jésus-Christ par son Coeur. Description du Règne du Sacré-Coeur. Sainte Marguerite-Marie écrit : « L'adorable Coeur de Jésus veut établir dans tous les coeurs le règne de son pur amour, en ruinant et en détruisant l'empire de Satan. Il m'a fait voir la dévo- tion à son divin Coeur comme un bel arbre qu'il avait destiné de toute éternité pour prendre son germe et ses racines au milieu de notre Institut, et pour étendre ensuite des branches dans les maisons qui la composent ; mais il veut que les Filles de la Visita- tion distribuent les fruits de cet arbre sacré avec abondance à tous ceux qui désirent en manger, sans crainte qu'ils leur manquent, parce qu'il prétend redonner par ce moyen la vie aux âmes, en les retirant du chemin de la perdition. Son amour ne laissera périr aucune de celles qui lui seront consacrées. » Et ailleurs : « Et il me fit voir que l'ardent désir qu'il avait d'être aimé des hommes et de les retirer de la voie de perdition, où Satan les précipite en foule, lui avait fait former ce dessein de manifester son Coeur aux hommes, avec tous les trésors d'amour, de miséricorde, de grâce, dé sanctification et de salut qu'il contenait, afin que tous ceux qui voudraient lui rendre et procurer tout l'honneur, l'amour et la gloire qui serait en leur pouvoir, il les enrichit avec abondance et profusion de ces divins trésors du Coeur de Dieu, qui en était la source, lequel il fallait honorer sous la figure de ce Coeur de chair... » L'incrédulité moderne a aiguillé l'humanité sur les voies de la damnation. Des âmes, trop nombreuses hélas ! ont perdu le
  • Isaïe et Sainte Marguerite-Marie 203 souvenir du Calvaire ; elles n'entendent plus le cri du sang rédemp- teur — Vox sanguinis. Avec puissance et suavité l'amour éternel fera son dernier effort pour les captiver par ses divins attraits et les ramener sur les chemins du Paradis. ' Ici encore Isaïe et Sainte Marguerite-Marie vont se rencon- trer dans un magnifique parallélisme qui achèvera de donner à cette étude, toute sa valeur. Le doux Roi d'Amour. (Isaïe. ch. 42. v. 1. et suiv.) « Voici mon serviteur que je soutiendrai ; «Mon élu en qui mon âme se complaît; « J'ai mis mon esprit sur Lui; « Il répandra la justice parmi les nations. « Il ne criera point, il n'élèvera, point la voix, « Il ne se fera pas entendre dans les rues. « Il ne brisera pas le roseau froissé ; « 11 n'éteindra pas la mèche prête à mourir. « Il annoncera la justice en vérité. « 11né faiblira point et ne se laissera point abattre. « Jusqu'à ce qu'il ait établi la justice- sur la terre, « Et les élus seront dans l'attente de sa loi ». «Je suis convaincue, dit, à son tour, Sainte Marguerite- Marie, que le Sacré-Coeur ne veut établir son règne que par la douceur et la suavité de son amour et non par les rigueurs de sa justice. La dévotion de ce Sacré-Coeur ne veut pas être forcée. « Ce divin Coeur n'est que douceur, humilité et patience : c'est pourquoi, il veut s'insinuer dans les coeurs, à la façon d'une huile ou plutôt d'un baume précieux dont l'odeur et la liqueur se répandent doucement. » Le règne du Sacré-Coeur, avons-nous dit, ne serait-il pas la plus haute expression du règne messianique, chanté par Isaïe ? Nos pieux lecteurs en jugeront par eux-mêmes. En tout cas, les paroles du grand voyant d'Israël et de la « disciple bien aimée du Sacré-Coeur » peuvent leur offrir un sujet d'utiles méditations. Et pour couronner ce duo suggestif, nous accorderons notre âme aux accents de l'immortel prophète, et chanterons avec lui le Cantique de la délivrance et le règne de l'Amour triomphant :
  • 204 Piété * * * Cantique d'Isaïe (XII. 1. 6.) « Et tu diras en ce jour là : « Je te loue, Jéhovah ! « Car tu étais irrité : « Ta colère s'est détournée et tu me consoles. « Voici que Dieu est ma délivrance : « J'ai confiance et je ne crains rien. « Car Jéhovah, Jéhovah est ma force et l'objet de mes louanges ; « H a été mon salut. « Vous puiserez des eaux avec joie aux sources du salut, « Et vous direz en ce jour là : « Louez Jéhovah, invoquez son nom. « Oubliez parmi les peuples ses grandes oeuvres. «Proclamez que son nom est élevé. « Chantez Jéhovah, car il a fait des choses magnifiques ; « Que cela soit connu dans toute la terre ! « Pousse des cris et tressaille d'allégresse « Habitants de Sion, « Car le Saint d'Israël est grand au milieu de toi ! Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris^ A. BlLLON. O.M..I. prêtre Motifcentraldu tableaude la Consécration FamilLes des .au — Sacré-Éoeur. PremierMonastèrede la Visitationde — Marseille. 2SJuin 1885.
  • Omnia traham 205 Omnia traham ad me ipsum J'attirerai tout à moi (Saint-Jean XHi 32.) Quel est celui qui tient ce fier langage ? et que signifient Ses paroles ? Cette prophétie est de Notre-Seigneur, et elle s'applique à l'heure où la haine des Juifs se sera vainement épuisée à L'at- tacher à une croix. «C'est alors, dit-II, que j'attirerai tout à moi»! A la grande confusion des Juifs en effet, ce défi de Jésus s'est pleinement réalisé. En voulant Lui dresser un gibet, ils Lui ont élevé un trône, et c'est de ce trône, où II règne dans la splendeur de Son amour crucifié, qu'il attire tout à Lui. Tout, c'est-à-dire : I. - L'attention des hommes. La croix du Golgotha se dresse au centre du monde. La mort de Jésus est le fait culminant de l'histoire. Elle en domine les deux versants : les temps anciens, dont elle est la sanction réparatrice, et les temps nouveaux dont elle est le principe lu- mineux et fécond. i Il n'est aujourd'hui plage si lointaine, peuplade si inhos- pitalière qui n'ait reçu la grande nouvelle de la rédemption des hommes... Visible pour tous, et accessible à tous, la Croix de Jésus est ainsi le poteau indicateur de la route du salut, et devant lequel nul ne peut passer indifférent... Quel est en effet ce Cru- cifié au chef couronné d'épines, au coeur transpercé ? Quelle a été Sa vie ? Pourquoi a.-t-Il été supplicié et attaché à la croix ? Et par quel renversement des rôles, Ses ennemis sont-ils au- jourd'hui universellement haïs, et Lui partout exalté, béni et adoré ? Autant de questions qui s'imposent à l'étude et à l'exa- men de tous, et dont nul ne peut se désintéresser sans se taxer soi-même de légèreté, de frivolité, d'inconséquence et de folie. « Je trouve bon, disait Pascal, qu'on n'approfondisse pas l'opi- nion de Copernic, mais ceci ! Il importe à toute la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immortelle..... L'immortalité de l'âme est une chose qui nous importe si fort, qui nous touche si profon- dément, qu'il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l'indifférence de savoir ce qui en est ».,.. A combien plus forte
  • 206 Piété raison ne convient-il pas de dire : il importe à toute l'éternité de chacun de nous de savoir si le Crucifié du Golgotha est Dieu ou non? Et qu'ils le veuillent ou non, tous les hommes eh effet tran- chent cette question et prennent parti. Dans leur attitude les négligents et les indifférents ne sont ni plus ni moins que des incrédules et des impies. C'est Jésus Lui-même qui les juge ainsi : « Qui n'est pas pour moi est contre moi » ! .'Il:- L'admiration des hommes. 1° pour Sa personne auguste : La beauté de Sa face adorable se révèle jusque sur le voile • ensanglanté de Véronique ; et cette beauté qui tente, stimule et passionne les plus grands artistes, épuise leur génie sans se laisser jamais saisir ni fixer : 2e pour Sa clairvoyance, qui ne s'arrête point aux apparences, mais pénètre au fond des coeurs, le secret des consciences, et y découvre le repentir profond et sincère de Madeleine ; les désordres intimes de la Samaritaine ; les dispositions et les intentions perfides des Pharisiens ; etc.. 3e pour Sa science à laquelle n'échappe aucun détail du passé, du présent ou de l'avenir ; ni la circonstance du figuier à l'ombre duquel se reposait Nathanael, que Philippe Lui amène ; ni le geste' de la femme qui pour être guérie touche furti- vement la frange de son vêtement ; ni le désir, ni le nom de Zachée monté sur le sycomore pour mieux le contempler ; ni le chant du coq qui doit suivre le triple reniement de Pierre, le premier de Ses apôtres ; ni le prix du sang déjà perçu par cette main déloyale qui rompt avec Lui le pain de la Cène ; 4e pour Sa sagesse qui n'est jamais en défaut et qui éclate notamment — au temple, où, dès l'âge de douze ans, il étonne et ravit les docteurs par Son interprétation des saintes écritures ; — au désert, où Ses répliques démasquent et confondent la grossièreté du tentateur : « L'homme ne vit pas seulement de pain » ; son audace : « Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu » : son orgueil abject et maudit : «Arrière, Satan rcar il est écrit : Tu n'adoreras que le Seigneur ton Dieu» : — sur les places publiques, où II retourne contre Ses con- tradicteurs leurs propres objections : « Rendez à César ce qui
  • ' Omnia traham 207 est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », puis, les questionnant à Son tour, les embarrasse et les réduit au silence : « Neque ausus fuit quisquam ex illa die Eum amplius interrogare » ; (1) — sur le lac de Génésareth, où Sa quiétude dans le péril ne démontre pas moins Sa divinité que Son commandement tout-puissant sur les flots : — devant le sanhédrin et au prétoire, où II ne répond que par le silence du mépris aux blasphèmes, et maintient avec autant d'autorité que de dignité l'affirmation de Sa royauté et de Sa personnalité divines ; — sur la Croix, où II ne subit la mort la plus ignominieuse et la plus cruelle que pour ressusciter le troisième jour avec plus de gloire ; — bref, Il Se montre en toute circonstance uni à Dieu, Son Père, et inspiré par l'Esprit de Dieu ; 5» pour Sa doctrine qui est irrépréhensible et sublime ; — pure de tout alliage. Le bien doit se faire sans ostenta- tion, et la main gauche doit ignorer la générosité de la main droite ; — exempte d'aveuglement et de faiblesse. De l'intention à l'acte il n'y a pour Jésus qu'une différence de degré dans la culpabilité : le regard jeté sur autrui par concupiscence est déjà à Ses yeux fornication ou adultère ; (S* Matth. V. 28.) — élevée. Jésus invite l'homme — dont II n'ignore pas la misère, mais dont II sait aussi la noblesse et la générosité natives, — à la perfection par le sacrifice, lé renoncement. et l'immolation de soi : « soyez parfaits » : « Si quelqu'un veut me suivre, qu'il se renonce». (Matth. XVI. 24.) — sereine, au bonheur par l'amour : c'est tout l'Évangile. « gaudete et exultate » (2) : « Ambulate in dilectiône » ; (3) 6e pour Sa puissance, dont il est impossible de détailler les prodiges. (S* Jean XXI. 25.) Partout Jésus commande en souverain Maître, à qui tout est soumis et à qui rien ne résiste ; à Son approche, les démons frémissent ; (S* Matth. VIII. 29.) sur son passage, « les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent » (S* Matth. XI. 5.) à Son contact, les plaies se referment : (S* Matth. XIV. 36.) à son commandement, les vents tombent et la mer s'apaise ; (S* Matth. VIII. 26.) à son appel, Lazare sort du tombeau (S* Jean XI. 43. 44.) et c'est encore Sa puissance qui soutient l'Église, et lui (1) i Depuis ce jour-là,qui que cesoit n'osa plus lui faire de question ». (S' Matth. XXII. 46.) (2) « Réjouissez-vouset tressaillez de joie ». (Matth. V. 12.) ' (3) « Marchez dans l'amour ». (Ephès. V. 2.)
  • 208 . Piété permet, au cours des siècles et à travers toutes les révolutions, de braver les multiples assauts des démons ligués contre elle. (S* Matth. XVI. 18.) 7e pour Son caractère, où se manifestent tout ensemble — l'humilité sublime du Verbe abaissé et incarné par amour; — le dévouement sans bornes de l'Agneau de Dieu ; — la douceur suave de l'Ami des âmes ; — la simplicité auguste du Roi des rois ; — l'ardeur confiante du Semeur ; — la sollicitude toujours en éveil du bon Pasteur ; — la compassion empressée du bon Samaritain ; — la tendresse indulgente du Père de famille ; — l'éminente sainteté du Christ, de l'Oint de Dieu ; — le zèle infatigable du Prêtre ; — enfin ce rayon divin qui éclaire et transfigure toute Sa personne et toute Sa vie. Aussi certains impies, loin de refuser à Jésus leur admira- tion, affectent-ils de Le déclarer un grand homme et le plus grand des hommes. Mais leur hommage qui s'arrête à l'admiration, n'est qu'un blasphème. Le triomphe de notre Sauveur crucifié est plus grand et plus beau. Jésus attire à Lui. III. - L'adoration des hommes, c'est-à-dire 1° leur confiance sans réserve — en Sa doctrine, qui est la vérité même : « Ego sum Ve- ritas » ; — en. Sa direction, qui est infaillible : « Ego sum via » ; « Ego sum ostium » ; — en Sa miséricorde, qui pardonne jusque sur la croix non seulement au bon larron, mais à toute la foule déicide : «Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font». — en Ses promesses, qui ne passeront point (S* Matth. XXIV. 35) : (S* Paul II Épitre à Tim. II, 11-13.) — en Sa justice, qui rendra à chacun selon ses oeuvres, (S* Matth. XVI. 27.) et rétablira l'ordre si constamment et si universellement méconnu et foulé aux pieds par les hommes; — en Ses mérites, tout puissants sur le coeur de Dieu, Son Père : « Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, Il vous le donnera » ; — en la vertu de Son Sang, seul capable de satisfaire digne- ment à la justice dé Dieu et de réparer l'outrage commis envers Sa majesté infinie ; (S* Paul Ep. aux Hébr. X, 6 et 7). — en Sa grâce qui convertit et sanctifie les âmes de bonne volonté, et les conserve dans l'innocence et la paix. (S* Paul aux Hébr. IX. 14 et 15.)
  • Omnia traham 209 — en Son amour enfin, tout dévoué au salut et au bonheur des hommes. Venu sur la terre pour les réconcilier avec leur Créateur, Jésus leur promet, en retournant à Son Père, de leur préparer une place dans le ciel. (S* Jean XIV. 2.) 2e leurs actions de grâces V — pour Son incarnation, si miséricordieusement résolue : « Tune dixi : Ecce venio » (1) (S* Paul aux Hébr. X. 7.) — pour Ses labeurs, si généreusement embrassés ; — pour Sa passion, si amoureusement acceptée et subie ; — pour Ses institutions, fruits de tant de prévoyante sol- licitude ; — en particulier pour le chef-d'oeuvre de Sa tendresse,, l'adorable Eucharistie, source pour l'homme de si suaves con- solations et de si précieuses bénédictions ; — pour l'assistance solennellement promise et si visible- ment accordée et maintenue à son Église au cours des siècles ; — Bref, pour le salut, la paix, le bonheur et toutes les espé- rances dues aux inspirations de Son divin Coeur. . 3e leurs hommages les plus sincères et les plus fervents, dans lesquels — Sa divinité est acclamée : « Credo Filium Dëi esse Je- sum Christum»; (2) (Actes, VIIÎ. 37.) — Son nom, glorifié sur la terre comme au ciel : « Ut in nomine Jesu omne genu flectatur coelestuim, terrestrium » ; (3) (S* Paul aux Philippiens, II. 10.) .4—Sa royauté, bénie comme, au jour de Son triomphe à Jérusalem : « Hosanna, benedictus qui venit in nomine Domini, rex Israël»; (4) (S* Jean XII. 13,) — Sa personne Eucharistique, exaltée par la foule empres- sée des âmes les plus saintes ; — les plaies de Son corps sacré, baisées avec ferveur par les lèvres les plus pures ; - — Son coeur enfin, compris, loué, remercié et aimé jusque dans les tourments et à la mort même. Et c'est à genoux que des millions d'hommes chaque jour Le prient et l'invoquent; — à genoux qu'ils implorent et reçoivent de Ses délégués, les prêtres, le pardon de leurs fautes ; — à genoux qu'ils entourent assidus Son trône Eucharis- tique ; — à genoux qu'ils reçoivent dans la divine Hostie son corps sacré et Son précieux Sang ; (1) « Alors j'ai dit : Me voici». (2) « Je crois que Jésus-Christ,est le Fils de Dieu ». (3) « Afinqu'au nomde Jésus, tout genoufléchisse dans le cielet sur la terre ». (4) « Hosanna, béni soit le roi d'Israël qui vient au nom du Seigneur«
  • 210 Piété Et c'est du fond du coeur qu'ils Lui font tous le sacrifice de leurs inclinations perverses, et les plus généreux le sacrifice de leur fortune, de leur liberté et de leur vie. Conclusion - Mais c'est nous surtout qui devons recon- naître et bénir la bienfaisante attraction de Jésus ; nous, qu' Il a fait naître en pays civilisé et catholique, dans des familles chrétiennes et pieuses ; nous, qu'il a attirés à Lui de tant de manières : par les exemples et les recommandations de nos parents, par les exhor- tations de Ses prêtres, par la suavité même de Son joug ; nous enfin qu'il a tant de fois, par Sa grâce, retirés de l'a- bîme du péché et ramenés au bercail. Or, ne nous bornons-nous pas trop souvent à Le connaître et à L'admirer ? Alors « Malheur à la connaissance stérile qui ne se tourne pas à aimer » ! (Bossuet). Et si nous sommes à Lui, ne sommes-nous pas trop égoïstes. ? Ne négligeons-nous pas de Le faire aimer des autres ? A chacun de répondre à ces questions et de ne pas permettre que par sa faute vienne à se rompre la chaîne qui doit unir le coeur de toutes les créatures au Coeur infiniment aimant du Créateur. CHOMPRET. Motifde la premièrepagedu « Manuel e l'Associa- d tion de l'Adoration erpétuelle u Sacré-Coeur — p e là d ». Premier Monastèred Visitation deMarseille. —: Edition de 1744.
  • Les Belles Prières 211 Les Belles Prières S'ummi Régis Cor aveto. REGNABITen septembre dernier, t. I. p. 251-253* a présenté le premier « Rythme » connu sur le Sacré-Coeur de Jésus : les Salutations en séries de 10 strophes du Prémontré Hermann Joseph, mort archevêque de Cologne en 1241. Elles furent longtemps atritbuées à Saint Bernard, comme tant d'autres «rythmes » pieux. Et ce n'est pas pure imagination. Le mystique et doux Docteur de Clairvaux exerça une action profonde en Rhénanie, à travers les monastères, les villes et les châteaux, à l'occasion surtout de ses voyages de 1145-1147 (1) On copiait et on recopiait ses sermons et ses traités. Et la flo- raison des dévotes stances qui s'envolèrent au XIIIe et au XIVe siècle vers Jésus le Doux Ami divin et le Sauveur au Coeur percé, puisa sans doute beaucoup de sa sève dans les sermons du Docr teur Mellifluus sur la Passion et sur le Cantique des Cantiques. Il faudra revenir sur ces enchaînements historiques. REGNABITa cité déjà les salutations ad pectus à la poitrine . du Sauveur du « Rythme » indiqué. Nous allons transcrire ici les salutations non moins belles ad Cor, au Coeur de -Jésus. Elles comprennent non pas 10, mais 14 strophes, à la différence de toutes les autres séries. Mais les .4 dernières strophes pourraient bien' être de simples ajoutes, des développements postérieurs, sinon des fragments un peu disparates : car elles ne s'adressent plus^exclusivement au Coeur divin, mais à Jésus lui-même. (2) 1. Summi Régis Cor aveto. O Coeurdu Souverain Roi, salut I Te saluto cordelaeto; C'est le salut d'un coeur joyeux. Te complecli e détectât, m T'embrasserquellejouissance, Et hoc cor meum ajfectat; Dans mon coeur quelle émotion! Ut ad te loquar animes. Oh 1 aide-moi à te parler ! 2. Quo amore vincebaris, Quel amour vous enchaînait, Quo doloretorquebaris Quelle douleur vous torturait, Cum te totum exhaurires Quand tout entier vous vous épuisiez Ut te nobis impertires A vous donner à nous,--' Et nos a morte tôlières! A nous arracher à la mort ! 3. O mors Ma quam amara, - O la mort !. Combien cruelle Quam immitis,quam avara, Et sans pitié et insatiable, Quae per cellam introivit Qui jusqu'au sanctuaire se glissa In qua mundi vita vivit, Où vivait la Vie du monde, Te mordens, Cor dulcissimum. Pour vous mordre, 6 Coeurtrès Doux. 4. Propter mortem quam tulisti, Par cette mort que vous endurâtes, Quando pro me defecisti, En ce trépas souffert pour moi, Cordjs mei cor dilectum, O Coeuraimé de mon coeur, (1) Voir Vacandart,Saint-Bernard, éd., t. Il, p. 284 et suiv. 3 (2) Traductionpersonnelle, ssezdifférentede celle des diverses « OEuvres a de Saint-Bernard» en français.
  • " 212 Piété in te meum fer affectum : En Vous tirez tout mon amour •: Hoc est quoâ opto plurimum. Rien autant je , ne désire. 5, O Cor dulce praedilectum Oui, Doux Coeur de prédilection, Munda cor meum illectum, Purifiez mon coeur des séductions Et in vanis induralum; Et des vanités qui l'endurcissent; Pium fac et timoratum, Pour lui donner pieuse et sainte crainte Repulso tetro frigore. Pour en chasser la noire tiédeur. 6. Per medallam cordis mel Par le milieu de ce pauvre coeur, Peccatorisatque rei Si pécheur et si coupable Tuus amor transferatur Faites passer votre flèche d'amour Quo cor tolum rapiatur.' Qui me l'emporte tout entier Languens amoris vulnere. Languissant de la blessure d'amour. I.Dilatare, aperire, Dilatez-vous (donc) et ouvrez-vous, Tanquam rosa fragrans mire Commeune rose au merveilleuxparfum Çordi meo te conjunge Et puis appliquez-voussur mon coeur, -Unge illud et compunge, Pour lui donner onctionet componction Qui amat le quid patitur. Oh ! dans votre amour que ressent-il 8. Quidnam agat nescit vere, Il ne sait plus vraiment que devenir, Nec se valet cohibere, Il ne peut plus se soutenir, Nutlum modum dat amori; Il veut un amour sans mesure, Multa morte vellet mori Il voudrait mourir mille fois, Amore quisquis vincitur. Celui que cet amour enchaîne. 9. Viva cordis voce clamo, De la vive voix du coeurje crie Dulce Cor, te- namque amo. Car je vous aime, ô Coeur si Doux ; Ad cor meum inclinare Vers mon coeur inclinez-vous ! Ut se possit applicare Pour qu'il puisse enfin coller à vous Devoio tibi pectore. Ma poitrine embrasée pour vous. 10. Tuo vivat in amore . Et qu'il vive (désormais) votre amour. en Ne dormitet in torpore Sans plus de somnolente torpeur, . Ad te oret, ad te ploret, En vous priant, vous implorant, Te adoret, te honoret Vous adorant, vous glorifiant, Te. fruens omni iempore. Vous possédant pour toujours. Voici enfin les 4 strophes qui semblent des ajoutes posté- rieures ; les comparer avec les 7e, 9e, 4e supra. 1. Rosa cordis aperire O Rose de coeur ouvrez-vous Cujus odor fragat mire Avec votre parfum merveilleux; Té dignare dilatare Daignez (ainsi) vous dilater ; Fac cor meûm anhelare Et que mon coeur vous aspire Flamma desiderii. En un désir enflammé. '-2. Da cor cordi sociare, Unissons-nous, coeur à coeur fecum, Jesu, vulnerari; Dans l'unité, Jésus, de vos blessures; Nam cor cordi similatur, Car à votre coeurmon coeurressemblera Si cor meum perforatur Quand il sera transpercé Sagittis improperii. Des flèches de l'opprobre. 3. Infer iuum intra sinum Dans votre sein introduisez (donc) Cor ut tibi sit vicinum. Mon coeur pour vous l'associer lu doîore gaudioso Dans la réjouissante douleur Cum deformi specioso, Avec vous, Beau Déformé, Quod vix seipsum captât. Sans qu'il se comprenne plus. 4. Hic repauset, hic moretur i Et que là soit son repos, son séjour Ecce fam post te movetur, Oui, me voici à votre poursuite Te ardenter vult sitire, En une soif toujours plus ardente. Jesu, noli contraire O Jésus, ne me fuyez pas : Vt bene de'te sentiatl Que je garde ma foi en Vous!
  • France 213 III. — LES FRITS FRANCE LYON. — Les nuits d'adoration des Dames, à Lyon. A côté de sa grande oeuvre de S* Nizier, où, depuis plus de 70 ans, des sections paroissiales d'hommes viennent, jusqu'à 3 nuits par semaine, monter leur pieuse faction devant le Sacré- Coeur, au très S* Sacrement, la ville de Lyon possède aussi, de- puis quelques années, des nuits d'adoration de Dames. Durant le Carême de 1915, une fervente zélatrice de la dé- votion au Sacré-Coeur prit l'initiative d'organiser une nuit men suelle, au couvent dé l'Adoration réparatrice, 10, rue Henri IVi La grande guerre faisait rage ; sous l'étreinte de la douleur commune, on sentait vivement le besoin de réparer — le besoin aussi de mieux aimer le Divin allié méconnu et d'implorer avec ardeur le Maître de la victoire et de la paix. C'est à la clôture d'une retraite d'ouvrières, prêchée par le R. P. Henri Perroy, que ce projet fut d'abord proposé. L'accueil ayant été favorable,; .on sollicita et on obtint l'approbation de l'autorité archiépis- copale. 75 adoratrices répondirent au premier appel. Les années suivantes, leur nombre oscilla entre 80 et 95. Parallèlement à cette fondation, un groupe analogue se constituait autour de la chapelle de l'Apostolat de la prière, 10,; avenue de Noailles. Des Dames, au nombre de 20 à 35, s'y réunissaient, de temps en temps, une nuit entière, à l'occasion, . soit des grandes solennités religieuses, soit des principaux évé- nements politiques en vue de prier le Sacré-Coeur tout spécia- lement pour la France. Depuis le début de l'année 1921, l'oeuvre est entrée dans une phase nouvelle. Les deux sections, qui, sans liens visibles, coexistaient aux deux extrémités de la ville, fusion- nèrent avec l'oeuvre diocésaine de l'adoration nocturne (à l'é- glise ou à domicile). (1) Ainsi se trouvent unies désormais dans une même association de prières réparatrices et dans la parti- cipation aux mêmes avantages spirituels et les adoratrices en nombre restreint qui peuvent passer ensemble toute une nuit de garde auprès de Très Saint-Sacrement, et celles, beaucoup plus nombreuses qui adorent en particulier, soit chez elles, soit à l'église, au moins une heure par mois. (1) L'adorationnocturne(à l'égliseou à domicile)ut fondéeà Paris, en 1846, f par Mgr de la Bouillerie,et s'établit à Lyon en 1849,avec l'approbationdu Car- dinal de Bonald qui en-confiala directionaux P. Maristès.Ce centre lyonnais rayonne sur plusieurs diocèseset compte environ5.500adhérents. Un bulletin trimestriellui sert d'organe (Direction,Place S*Jean, Lyon).La pratique prhv cipale des membresde cette oeuvreconsisteen une heure d'adoration par mois entre 8 heures du soir et 8 heures du matin.
  • 214 Chronique , Les nuits sont organisées de la manière suivante : A l'Ado- ration réparatrice, on se réunit le 1er samedi de chaque mois à 9h. du soir. L'exercice commence par une instruction du direc- teur et se termine par la Ste messe à 4 h. 1 /2. A la Chapelle de l'apostolat de la prière, la réunion a lieu le 3e samedi du mois. De part et d'autre durant la nuit entière, les chants et les prières à haute voix alternent avec l'adoration siiencieuse. L'OEuvre propose aux prières de tous ses membres les trois intentions générales suivantes : 1°) Honorer les nuits que le Sacré-Coeur passa sur la terre et celles qu'il passe encore dans les saints Tabernacles. - 2°) Réparer les injures qu'il reçoit de la part des hommes, en particulier dans le divin sacrement de l'Eucharistie. 3e) Obtenir de nombreuses vocations sacerdotales et reli- gieuses et appeler sur les prêtres les grâces nécessaires à leur sanctification et au succès de leur ministère. «Regnabit» se permet d'énoncer un double voeu .D'abord que, suivant l'exemple donné par Paris, Lyon, Marseille, Bor- deaux, etc.. toutes les villes importantes essaient à leur tour d'organiser des nuits d'Adoration et de Réparation, pour les Dames comme pour les Messieurs. Ensuite, qu'aux personnes ayant la facilité de consacrer les nuits entière à cette adoration en commun s'associent en grand nombre celles qui ne peuvent, la nuit, adorer qu'en particulier, soit à l'église, soit à domicile. LYON. — OEuvre des Insignes, 19, Quai Tilsitt. Cette oeuvre du Sacré-Coeur s'efforce de répondre à toutes questions posées sur le Culte du Sacré-Coeur. On trouve chez elle à très bon compte tout ce qui concerne cette dévotion. Elle se charge également de faire venir tout ce qu'on désire sur le Sacré-Coeur. (Téléphone : 46-07). ARCHICONFRÉRIE DU CCEUR AGONISANT DE JÉSUS Fondée en 1848, l'Association du Coeur agonisant de Jésus a été érigée par le Pape Pie IX, le 24 Août 1867, dans l'église Patriarcale de Jérusalem, sous la haute direction de S. Exe. le Patriarche de la ville sainte. Nous extrayons d'une feuille imprimée à Marseille avec l'autorisation du Cardinal Andrieu, le 24 Janvier 1908 les pré- cisions suivantes : Cette Archiconfrérie a pour but : 1° d'honorer d'un culte spécial le Coeur souffrant et agonisant de Jésus, surtout au Jar- din des Oliviers, et le Coeur très affligé de Marie durant la Pas- sion de son divin Fils ; 2° d'obtenir, par ces mystérieuses agonies du Fils et de la Mère, la grâce d'une bonne mort aux 140.000
  • Belgique '215 personnes environ qui, chaque jour, expirent dans le monde entier, et la consolation chrétienne à tous les affligés. — CONDITIONSET PRATIQUÉS. Pour être associé et parti- ciper aux privilèges de l'Archiconfrérie, il est nécessaire : 1° d'être inscrit, « nom et prénom » avec plein consentement ; 2° de réciter, chaque jour, la prière : O très miséricordieux Jésus, ou bien un Pater et un Ave. De plus on recommande instamment aux associés : 1° de procurer, à temps, aux malades de leur entourage, la réception des derniers sacrements et de les assister eux-mêmes autant qu'ils le pourront ; 2° de faire, chaque mois, une demi-heure de supplication et la sainte communion à l'intention des mourants (indulgence plénière) ; 3° de contribuer, par une offrande unique ou annuelle, aux charges de l'OEuvre et principalement à la célé- bration fréquente du saint sacrifice de la Messe pour tous les agonisants. MOTIFS DE ZÈLE. — Prier le Coeur de Jésus pour les agoni- sants, c'est exercer un véritable apostolat. Apostolat fructueux entre tous : car il obtient le salut d'une multitude d'âmes. Apostolat opportun et urgent : puisque les âmes qu'il est destiné à secourir vont paraître devant Dieu. Apostolat salutaire pour nous-même, car cet acte de charité prépare à ceux qui l'accomplissent une douce et sainte mort. Enfin, apostolat agréable au Sacré-Coeur de Jésus, puis- qu'il sauve des âmes rachetées par son sang divin. BELGIQUE BRUXELLES.— Monsieur le Doyen de Ste Gertrude voulut profiter dé la fête du Sacré-Coeur pour ériger canoniquement dans sa paroisse la « Pieuse Association du Règne Social ». S. E. le Cardinal Mercier lui avait envoyé ces mots d'approbation : « Mes voeux de succès et ma paternelle bénédiction ». Le souhait de S. E. eut sa pleine réalisation ; le matin, 1500 personnes s'agenouillèrent à la Sainte Table ; le soir, au Salut, eut lieu une magnifique démonstration de piété envers le Sacré-Coeur. Le R. P. Plissart, S. J., dans un discours très éloquent et fort goûté, expliqua ce qu'est la famille qui a reconnu, par l'Intronisation, Jésus-Christ pour Roi et quels sont les de- voirs respectifs des parents, des enfants et des serviteurs dans les foyers chrétiens.
  • 216 Chronique BRUGES. — Une procession, qui ne comptait pas moins de 20.000 participants, s'est naguère déroulée dans les rues de cette ville. Cette manifestation clôturait, d'une façon grandiose, le Congrès Eucharistique que les catholiques de la Flandre Oc- cidentale avaient tenu dans les murs de leur capitale. A la séance d'ouverture, Monsieur le Baron Ruzette, Mi- nistre de l'Agriculture, montra dans une brillante improvisa- tion, comment l'Eucharistie est un remède efficace aux maux dont souffre la société contemporaine : l'immoralité, l'indisci- pline, la soif de l'or et des plaisirs et Sa Grandeur Mgr l'évêque de Bruges dit à ses auditeurs, toujours ravis de l'entendre, com- ment l'Eucharistie est le centre du dogme catholique et combien il importe de maintenir la masse du peuple en contact avec ce centre de notre sainte Religion. Le « devoir dominical », fut la puestion que, dans toutes les sections, on étudie spécialement. On mit aussi en lumière l'opportunité et l'excellence de l'OEuvre que l'on nomme : « La Croisade Eucharistique des enfants ». Au cours de ce Congrès l'on eut aussi la bonne fortune d'en- tendre Mr. l'Abbé Nobels dont la parole est aussi vibrante que pieuse ; Mr. le Ministre Van de Vyvere qui rappela aux Con- gressistes leurs devoirs envers le clergé, le chef du diocèse, notre Sainte Mère l'Église ; Mgr Jaussens, O. S. B., nouvellement sacré évêque de Bethsaïda. Qui calculera le bien qu'a dû pro- duire, dans les âmes, une telle manifestation de foi et de piété ? MALINES. — S. E. le Cardinal Mercier, à la date du 7 No- vembre, faisait au Clergé et aux fidèles de son Archidiocèse, les communications suivantes : 1° — Durant les mois.de Novembre et de Décembre les prêtres réciteront à la sainte Messe, l'Oraison «de Spiritu Sancto »; 2° — Durant les mêmes mois, chaque Vendredi soir, aura lieu, dans les Églises et les Chapelles du diocèse, un Office so- lennel pendant lequel on chantera les Litanies du Sacré-Coeur ; 3° — Faculté est accordée aux Communautés Religieuses d'avoir l'exposition du T. S. Sacrement, durant 6 heures, les 18, 19, 20, 25, 26, 27 Novembre. Par ces prescriptions et cette faculté S. E. invitait ses diocésains à recourir, avec grande con- fiance, au Coeur Sacré de Jésus, à l'heure où l'on traitait, à Wa- shington, des questions qui intéressaient l'univers entier et au moment où la loi appelait les citoyens belges aux urnes élec- torales à l'effet de nommer leurs Représentants à la Chambre et au Sénat. La protection du Sacré-Coeur a été manifeste pour ce qui concerne les affaires intérieures de la Belgique ; les bénédictions sont descendues d'en-haut nombreuses et choisies : le parti catholique a vu le succès dépasser toutes ses espérances.
  • • 217 Espagne ESPAGNE L'Hostie miraculeuse de l'Escurial ; « Regnabit » dans son numéro de septembre dernier, p. 282, fait allusion à l'Hostie miraculeuse conservée au monas- tère de l'Escurial, hostie consacrée depuis bientôt 350 ans, et dans laquelle on ne trouve aucune trace de corruption. Les lecteurs de Regnabit seront peut-être heureux de connaître l'histoire complète de cette Hostie à tant de titres miraculeuse. . La voici, telle que nous la lisons dans l'Histoire du monas- tère royal de l'Escurial, par D. José Quevedo ; nous nous con- tentons de traduire en nous écartant le moins possible du texte : « A l'époque où les sanglantes guerres de religion faisaient rage dans les Pays-Bas, semant de toutes parts la mort et la destruction, les hérétiques zwingliens s'emparèrent de la ville de Gorkum, et suivant leur habitude barbare et sacrilège, se mirent à profaner les églises et à abattre les statues. A la cathé- drale, leur fureur alla jusqu'à profaner le Tabernacle. Us l'ou- vrirent, s'emparèrent du ciboire, jetant par terre les hosties consacrées qu'il renfermait, et, dans leur haine pour l'ineffable Sacrement, allèrent jusqu'à le fouler aux pieds. . « Celle qui se conserve à l'Escurial montre en effet trois cassures ou ouvertures qui paraissent avoir été causées par les clous que portait à sa chaussure le profanateur. Ces cassures laissèrent couler du sang au moment où se commit le sacrilège ; leur rebord présente encore des restes de sang coagulé, bien que la couleur en ait considérablement pâli par suite du temps. « Un des hérétiques zwingliens, témoin de ce fait merveil- leux, se sent saisi de respect, en même temps que de terreur, car il se rend compte de l'énorme profanation à laquelle il vient de prendre part. Un tremblement général l'empêche de se mou- voir : il veut s'approcher de l'Hostie miraculeuse pour la saisir, mais son tremblement et sa terreur ne font qu'augmenter. « Cependant, dominant à la fin son émotion, il sort de la cathédrale et s'en va raconter ce qui était arrivé au Doyen, Jean van der Delpht. Celui-ci, accompagné de l'hérétique, main- tenant converti, se rend à la Cathédrale et recueille la sainte hostie ; puis tous deux, pour échapper aux hérétiques, sortent de Gorkum en grand secret et se réfugient à Malines, ville des Pays-Bas autrichiens. Là, ils déposent leur trésor dans un cou- vent de religieux de Saint François « Le disciple de Zwingles repentant, ne voulut plus se sé- parer de ce pain miraculeux. Il abjura ses erreurs, prit l'habit religieux, dans l'intention d'effacer par la pénitence l'offense qu'il avait osé commettre contre.le Dieu caché dans cette Hostie.
  • 218 Chronique « L'Hostie sainte resta quelque temps dans ce couvent de Malines, entourée d'une grande vénération. Dans la crainte cependant que les hérétiques n'entrassent aussi à Malines, les religieux songèrent à placer en sûreté leurs reliques et à les trans- porter ailleurs pour les arracher à la profanation. Le miracle extraordinaire et encore récent réalisé dans cette Hostie consa- crée lui donnait un grand prix et la rendait doublement véné- rable, en même temps qu'elle servait à augmenter la haine des hérétiques, qui n'auraient pas manqué de détruire, si la chose leur eut été possible, cette nouvelle preuve de la présence réelle de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie. « Il importait donc beaucoup de la sauver. Sur les instances du chevalier Ferdinand Weidner, homme de cour de l'Empereur, et d'autres seigneurs ecclésiastiques, elle fut transportée d'abord à Vienne, puis à Prague, où elle demeura onze ans. « Enfin, grâce aux efforts d'une noble espagnole, Dona Marguerite de Cardona, de l'illustre famille des Ducs de ce nom, on obtint que cette précieuse relique fut donnée à Philippe II en 1592; Rodolphe II était alors Empereur des Romains et Roi de Hongrie et de Bohême. « Pour qu'elle fut portée en Espagne en toute sécurité, on attendit le départ de l'ambassadeur que Rodolphe II envoyait à la cour d'Espagne. « Ce présent d'un si grand prix fut apporté dans une boîte en vermeil fermée et. scellée. En même temps on apportait tous les documents et écritures qui devaient rendre témoignage de son authenticité ». L'historien, que nous venons de citer tout au long, n'in- dique ni l'époque de la profanation, ni celle du transfert de l'Hos- tie miraculeuse à Malines, Vienne et Prague. L'attestation du Doyen lui-même, Jean van der Delpht, si précise pour affirmer l'authenticité de l'Hostie et du miracle, est muette sur la date de l'événement. Cependant un Religieux de l'Escurial, le R. P. Eustasio Esteban, (1) s'est essayé à compléter ce qui manque sur ce point. Il résulte de ses recherches que la profanation n'a pu avoir lieu qu'entre les années 1572 et 1579. Ce ne fut en effet qu'au mois de juin 1572 que la ville de Gorkum, jusque là fidèle, mais infestée ^depuis quelque temps par l'hérésie, se souleva contre le duc d'Abbe, et que ses habitants , (1) Des Ermites de S. Augustin.Ces religieuxont la garde du Monastèrede l'Escorialdepuis1885.— R. P. Esteban relève,dans le récit deD. José Quevedo, Le quelques inexactitudesde détail, par exemple, que les hérétiques qui mirent à ïeu et à sang la villede Gorkumne vinrent pas du dehors,que ce furent les propres citoyensde Gorkum,qui, minéspar l'hérésie,se soulevèrentcontre le duc d'Albe ; — que le DoyenJean van der Delpht, dans son attestation ne parle que d'une seulehostie,etc. Cesdétails,on le voit, n'affaiblissentenrienla véracitédu miracle.
  • Espagne . 219 commirent les excès dont il a été question plus haut, s'en prenant à la vie même des religieux et des citoyens restés catholiques. D'autre part, le miracle a dû avoir lieu avant le mois d'août 1579, puisque l'attestation de Jean van dèr Delpht, attestation' remise à Ferdinand Weidner, lorsque celui-ci voulut transférer la précieuse relique à Vienne, est datée du 24 août 1579. Une autre date précise nous porte en 1592. Lorsque Donâ Marguerite de Cardona voulut envoyer l'Hostie miraculeuse •de Prague en Espagne, elle fit procéder à une reconnaissance de la précieuse relique, dont on dressa un acte notarié, fait à Prague, le -15 octobre 1592. Philippe II, ayant reçu le précieux cadeau le fit porter au monastère de l'Escurial, qu'il venait de faire construire et où il aimait à faire de longs séjours, mais il n'en fit la remise officielle aux Religieux du monastère qu'un peu plus tard, le 5 novembre 1597. L'Hostie miraculeuse, renfermée dans une petite boîte en argent, fut d'abord vénérée dans la Basilique du monastère, jusque sous le règne de Charles II, c'est-à-dire pendant presque un siècle, Charles II, après l'avoir fait renfermer dans un riche ostensoir, et celui-ci dans une sorte de tabernacle ajouré, la fit porter à la sacristie et placer dans une grande niche, ayant la forme d'une petite chambrette et ouverte derrière et au-dessus d'un autel somptueusement décoré. La translation eut lieu le 29 octobre 1690. Pendant la guerre d'Espagne (1808-1813), les moines de l'Escurial réussirent à la soustraire à la rapacité des soldats de Napoléon, en union avec d'autres reliques ; mais elle retourna à l'autel de la sacristie le 28 octobre 1814. Le tabernacle donné par Charles II, — très riche certes, mais orné de motifs païens, — ayant disparu dans la tourmente, Ferdinand VII ordonna qu'on en fit un autre plus approprié à son objet. L'ouvrage commencé en 1829, ne fut terminé que sous Isabelle II, en 1854. De plus la même reine, en 1856, fit don, pour l'Hostie miraculeuse, d'un ostensoir d'une richesse extraordinaire. Il est orné de 9400 brillants, 8 grosses perles, 32 émeraudes, 127 rubis, 80 améthystes, 24 grenats. L'ostensoir d'Isabelle II ne sert qu'aux grands jours. Ordi- nairement l'Hostie miraculeuse reste enfermée dans l'ostensoir de Charles II, et l'ostensoir dans le tabernacle sans porte d'Isa- belle II. Elle n'est cependant pas visible d'une manière habituelle, <:ar un grand tableau, oeuvre de Claudio Coello, ferme l'entrée de la niche ou chambrette. Les jours d'exposition ou d'adora- tion on fait descendre le tableau dans les sôus-sols, au moyen <l'un mécanisme, et la sainte Hostie apparaît dans son ostensoir.
  • 220 Chronique La cérémonie terminée, le tableau remonte et dérobe aux regards; l'Hostie miraculeuse. (1) LUGO. — Intronisation du Sacré-Coeur de Jésus à l'Hôtel de ville. Quelle magnifique, splendide, éblouissante manifestation- de foi et d'amour a eu lieu à Lugo, la ville du Très Saint-Sa- crement, à l'occasion de l'Intronisation du Sacré-Coeur à l'Hôtel de ville. Un triduum préparatoire est prêché à la Cathédrale par le R. P. Mateo Crawley SS. CC. La vaste basilique est trop petite pour contenir la foule qui accourt avide d'entendre l'infatigable: apôtre du Sacré-Coeur. Le troisième jour au matin, communion générale dans toutes les églises de la ville. A la Cathédrale c'est Monseigneur lui- même qui la distribue. Toute la ville est pavoisée. A quatre heures de l'après-midi toute la population est en mouvement. Ce sont des flots humains qui se poussent vers la Cathédrale et vers la place et les rues adjacentes. A la Basilique, l'Évêque, entouré du chapitre, du Maire et de tous ses conseillers, bénit la statue du Sacré-Coeur. La processfon s'organise et se met en marche dans la direction de l'Hôtel de ville. Les Confréries, les asiles, les pensionnats, le clergé séculier et régulier, toute la population y prend part. Derrière la statue du Sacré-Coeur marchent Monseigneur en habits pontificaux, le Maire avec son Conseil au complet, le drapeau de la ville et la musique municipale. A l'entrée de l'Hôtel de ville attendaient tous les autres représentants officiels, ainsi que le Comité des dames de l'OEuvre de l'Intronisation. Aux accords de la marche royale, la statue du Sacré-Coeur fut placée sur son trône dans la grande salle des séances de l'Hô- tel de ville. Le Maire, à genoux, et interprétant les sentiments de tous; ses subordonnés, lit un très bel acte de consécration. Le R. P. Calasanz, SS. CC, du haut d'un balcon de l'Hôtel de ville, harangua la foule qui stationnait sur la place. Du même balcon parla ensuite Monseigneur, qui en de vibrants accents de père, de pasteur et de citoyen remercia tout le monde de ce brillant hommage de foi et d'amour rendu au Christ Rédemp- teur. Des vivats sonores au Sacré-Coeur, à Monseigneur, au Maire et au Conseil municipal sortirent spontanément de tous les coeurs* Note. Lugo s'appelle la ville du Saint-Sacrement parce que, (1) Tous cesdétails sont tirés de l'ouvrage du R. P. Esteban ! • La Sagrada Forma de El Escorial».
  • Venezuela 221 de temps immémorial, le Très Saint-Sacrement est exposé nuit et jour à la Cathédrale, sans autre interruption que les trois derniers jours de la Semaine Sainte. VENEZUELA Voici le Venezuela qui vient à son tour faire connaître aux lecteurs de « Regnabit » les miséricordes dont il a été l'objet de la part du Sacré-Coeur de Jésus ; ce sera un moyen de mani- fester sa reconnaissance. Le Venezuela, qui s'honore du titre de « République du T. S4. Sacrement », a vu naître sur son territoire, disons plus exactement dans sa capitale Caracas, toute une série d'OEuvres eucharistiques. L'âme de tout ce mouvement vers Jésus-Hostie a été Mgr Jean-Baptiste Castro, archevêque de Caracas, (f 1915), âme de feu, coeur d'apôtre, vraiment suscité de Dieu pour préparer et commencer l'oeuvre de la régénération religieuse du Venezuela. Ce fut lui, qui entre autres oeuvres de zèle, organisa l'Ado- ration perpétuelle dans la « Santa Capilla », lui qui fonda la Congrégation des « Servantes du Très Saint-Sacrement » (Servies del SSmo. Sacramento), lui qui eut l'idée de ces Missions pour hommes qui. contribuent tant chaque année à faire de la Com- munion pascale un triomphe, lui qui établit l'OEuvre des églises pauvres, lui enfin qui organisa et présida le premier Congrès eucharistique international de l'Amérique espagnole. Notre intention est de faire connaître, si brièvement que ce soit, chacune de ces oeuvres. I. SERVANTES DU TRÈS SAINT-SACREMENT. Le motif qui. nous pousse à commencer par cette OEuvre, bien qu'elle ne soit pas la première dans l'ordre du temps, c'est qu'elle vient de célébrer tout dernièrement, — 7 septembre 1921 — les noces d'argent de sa fondation. Des fêtes, d'un caractère surtout religieux, ont été orga- nisées à cette occasion. Mgr l'archevêque de Caracas, D. Phi- lippe Rincon Gonzalez, a bien voulu, par Lettre pastorale, en date du 30 août 1921, rappeler en quelques mots bienveillants .l'origine de cette Congrégation, célébrer tout le bien qu'elle fait au point de vue de la dévotion à l'Eucharistie, convier les fidèles de son archidiocèse à prendre part à ces fêtes, et appeler sur Ces dignes religieuses les bénédictions du •ciel.
  • 222 Chronique Ces solennités, du moins à la Maison-Mère de Caracas, ont duré quatre jours, les 4,5,6 et 7 septembre. Chaque jour était consacré à un patron spécial, le 4 à la- T. Ste Vierge, le 5 à S. Joseph, le 6 à S. Tarcisius, le 7 au T. S. Sacrement. Chaque jour aussi les communions étaient offertes pour une intention déterminée d'avance. Pour le dimanche 4, le programme annonçait une prise d'habit et une profession, avec messe célébrée par Mgr l'Arche- vêque de Caracas. Tous les jours l'exposition du T. S. Sacrement après la messe, et le soir sermon. Enfin le jour anniversaire, en plus de la messe basse, il y eut messe solennelle avec sermon, et le soir un second sermon suivi de la procession du T. S. Sacrement. La Congrégation des Servantes, du T. S. Sacrement a été fondée le 7 septembre 1896, par Mgr J.-B. Castro, avec la coo- pération de la Rde Mère Julienne, qui en fut la Supérieure Gé- nérale jusqu'à sa mort, survenue en 1910. Cette Congrégation a pour but « de former en union avec la très sainte Vierge Marie, en faveur de Jésus abandonné dans son divin Sacrement, une cour d'âmes fidèles et dévouées, en- tièrement consacrées à l'adoration, à l'amour et au service de Jésus-Hostie, dans une sainte émulation avec la cour céleste ». Elle a eu pour berceau, on peut le dire, la « Santa Capilla » elle-même, ce sanctuaire de l'Adoration perpétuelle dont nous parlerons un jour, Dieu aidant. Par cette fondation Mgr Castro voulait assurer la perpétuité de l'Adoration, en même temps que lui donner une organisation plus robuste et une direction plus uniforme. Les débuts de cette Congrégation, comme ceux de toutes les oeuvres de Dieu, furent entourés d'immenses difficultés : privations, luttes pénibles, critiques, oppositions, rien n'y man- qua. Vraiment ,« elle naquit au pied de la Croix », suivant l'ex- pression de Mgr l'archevêque dans la lettre pastorale" ci-dessus mentionnée. Aujourd'hui, outre la maison-mère de Caracas, elle compte trois autres maisons : Barquisimeto, Ciudad-Bolivar et Mara- caïbo. Dans ces trois villes, tout comme à Caracas, ces Reli- gieuses se dévouent à l'adoration du Saint-Sacrement, en même temps qu'elles font de leurs chapelles autant de Centres eucha- ristiques, d'où elles répandent la sainte flamme de l'amour .à Jésus-Hostie. On doit aussi aux Servantes du T. S. Sacrement la cons- truction, à Caracas, de l'église ou sanctuaire de la Independencia. Pourquoi ce nom ? Parce que la construction de cet édifice fut commencée à. l'époque où la République du Venezuela se pré-
  • Angleterre 223 parait à célébrer le centenaire de son indépendance. L'idée en est due aussi à Mgr Castros. Son but, en élevant ce nouveau sanctuaire eucharistique, et en lui donnant le nom de « Sanc- tuaire de l'Indépendance» était d'en faire un monument.à la fois d'action de grâces et de réparation ; d'action de grâces pour l'événement dont on allait célébrer le centenaire et pour les bienfaits et les secours reçus du ciel, de réparation pour les crimes abominables commis contre Dieu et son Église durant le cours du siècle. Empire Britannique, et Pays de langue anglaise ANGLETERRE D'Angleterre nous arrivent ces intéressantes nouvelles qui mentionnent, en même temps, des faits curieux .Le Rév. G. E. Price, d'ASTON, BIRMINGHAM entrepris l'érection d'une a église dédiée au Sacré-Coeur et à Ste Marguerite-Marie. C'est, dit-il, pour rappeler premièrement, que l'Angleterre a été la première nation qui a reçu le sublime message du Sacré-Coeur à Sainte Marguerite-Marie ; deuxièmement, que c'est une reine de ce pays qui a envoyé la première demande adressée au Saint- Siège pour obtenir l'institution de la Fête du Sacré-Coeur, avec messe et office. L'endroit choisi pour la construction de cette église, dont les premiers travaux sont déjà commencés, se trouve non loin du sanctuaire dans lequel Monseigneur Milner avait érigé le premier autel qui ait été dédié au Sacré-Coeur de Jésus sur le sol d'Angleterre. Monseigneur Tévêque de Northampton, recommande, lui , aussi, l'érection d'une église dédiée au Sacré-Coeur, dans la ville d'ALDEBURGH, SUFFOLK. Il voit, en cela, un témoignage d'amour à l'égard du divin Coeur et un moyen de ranimer la foi dans un pays où elle a été, longtemps, comme endormie. L'année de la canonisation de Sainte Marguerite-Marie, dit-il, est tout à fait désignée pour travailler efficacement à la réalisation de cette belle oeuvre.
  • 224 Chronique IRLANDE J'ai écrit : «L'Irlande est peu connue en France, etc.. Tout de suite, une jeune Irlandaise, apôtre du Sacré-Coeur et lectrice de REGNABIT a voulu me donner des renseignements sur son beau pays. Un cordial merci ! Voici quelques extraits de sa lettre : « L'Irlande a toujours été une nation à part ; une nation qui a traversé les siècles, marchant invariablement sur les pas de l'Homme-Dieu. L'Irlande est l'Irlande à cause de son esprit catholique de son histoire catholique. Le divin don de la foi que S* Patrice .. a jeté, comme un manteau, sur ce pays, la couvre encore au- jourd'hui ; aussi pur et immaculé que lorsque le saint marchait au milieu de son peuple. Des hommes pervers ont essayé de le tacher, de le déchirer, mais ils n'ont fait que l'embellir par le sang glorieux de ses martyrs. Le Christ est intronisé, partout, sur cette terre, et reçoit les hommages incessants des Irlandais ». «On compare l'Irlande catholique à la Bretagne. Les deux pays se ressemblent, en effet, par plus d'un point. Chez l'un et l'autre la foi ne se satisfait pas avec des signes extérieurs, elle pénètre les âmes. Le prêtre est tout ensemble l'éducateur et le conseiller, le père spirituel de ses enfants. Il en résulte une grande pureté de moeurs une exceptionnelle moralité Ici, tout le peuple vit penché sur l'Évangile. Les révolutionnaires portent les bannières de leur paroisse. Les membres du Labour Party accrochent à leurs boutonnières, une image du Sacré- Coeur, et, dans les Conseils municipaux les plus avancés, un chapelain récite, toujours, les prières à l'ouverture des assem- blées. On dira : mais, la politique se mêle alors à la religion. C'est vrai. Ici, on ne conçoit même pas qu'elles puissent être séparées. On songe, malgré soi, à ce qu'était la Vendée au temps de Monsieur de Charette. C'est un peu l'Irlande d'aujourd'hui ». J'ai dit la manière aimable avec laquelle le Rév. Père J. Me. Donnell. S. J. avait souscrit à Regnabit, et, offert de me donner des renseignements sur l'Irlande. Ce bon Père travaille beau- coup. « Ad majorent Dei gloriam ». Il a publié plus d'une ving- taine de livres et opuscules sur la dévotion au Sacré-Coeur. C'est lui qui dirige l'intéressant « Messenger of the Sacred Heart ». Voici le dernier fait qu'il me signale et qui me fait souvenir des -belles fêtes du jubilé en l'honneur de la canonisation de Ste Mar- . guerite-Marie. Cinq énormes volumes contenant les noms de ceux qui se sont récemment consacrés au Sacré-Coeur ont été envoyés, durant l'année jubilaire, pour être déposés près de la Châsse de Sainte Marguerite-Marie. Chacun de ses volumes
  • États-Unis d'Amérique 225 est une oeuvre d'art. Ils sont reliés en blanc et or. Sur chaque volume est cette inscription latine et anglaise : « Nomina sacra- tissimo Cordi Jesu In Hibernia Consecratorum » — Names pf Those consecrated to the Sacred Heart, in Ireland ». Chaque volume contient, environ 46;000 noms, ce qui fait un total de 230.000 Irlandais récemment consacrés au Sacré-Coeur de Jésus. C'est un beau mémorial de leur indéfectible amour et de leur tendre dévotion au Sacré-Coeur. La liste n'est pas close, à mesure que de nouveaux noms parviendront au « MESSENGER», ils seront inscrits dans de nouveaux volumes qui seront, eux aussi, envoyés à Paray-le-Monial. Que le Sacré-Coeur de Jésus bénisse tout spécialement les Irlandais qui lui sont consacrés, et, dont les noms sont inscrits dans ces LIVRES D'OR ! Il existe, actuellement, en Irlande un mouvement en faveur de l'érection d'une grande Basilique votive au Sacré-Coeur qui serait le Montmartre des Irlandais. Cette Basilique contiendrait des chapelles en l'honneur de la Très Sainte Vierge, du Bienheu- reux Olivier Plunkett, et des saints d'Irlande. Elle serait un vivant mémorial, pour tous les temps à venir, de la reconnaissance du peuple irlandais pour la réalisation des aspirations de la Nation. Dans ce grand sanctuaire pourrait, aussi, se célébrer le Congrès Eucharistique que la catholique Irlande appelle de tous ses voeux. Le MESSENGEROF THE SACRED HEART a reçu de nombreuses lettres de tous les coins de l'Irlande demandant que cette Basilique soit construite, même dès main- tenant, ayant une foi invincible dans les promesses du Sacré- Coeur pour le triomphe et la paix de leur patrie bien-aimée ! ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE Il y a longtemps que j'ai le désir de parler des États-Unis. J'y ai fait un assez long séjour et j'aime ce pays où le catho- licisme fait de rapides progrès. On évalue à près de 28.000.000 le nombre des catholiques (États-Unis et leurs possessions). Sur ce nombre, près de 18.000.000 habitent les États-Unis. On compte 16 archevêques près de 17.500 prêtres séculiers ; 21.000 prêtres et religieux; environ 10.000 séminaristes.' Les paroisses catholiques y sont au nombre de 10.610. Il faut y ajouter au moins 5.600 missions régulièrement organisées. Les écoles libres, au nombre de 5.852, sont fréquentées par plus de 2.000.000 d'enfants. Parmi les causes du progrès de l'Église,
  • 226 Chronique on compte : l'élément irlandais qui apporte sa foi et ses mer- veilleuses qualités d'organisation ; l'immigration des pays ca- tholiques de l'Europe ; et, la force de doctrine sûre, invariable, disciplinée qui s'impose à la critique de l'âme instinctivement religieuse des Américains. La grande profusion des sectes et des religions, avec leurs dogmes incertains et contradictoires, qui inondent le pays, agrandit cette force d'une vérité une et im- muable dont les tenants occupent le monde entier avec le même Credo, le même Sacrifice et le même et unique Chef, successeur de S* Pierre, et. Vicaire du Christ sur la terre, le Souverain Pon- tife. On a critiqué l'esprit de l'Église aux États-Unis. On parle d'américanisme. Il est certain que la mentalité américaine diffère de la nôtre. On est pour la vie intense, là-bas, pour les oeuvres. On craint pas d'unir les business de la vie, les « modernités » de la vie aux choses de l'Église. Tout de qui est du matériel de la paroisse, de ses écoles, de leur direction, s'inspire des meil- leures méthodes d'organisation et de rendement possibles. On adopte, sans les déformer le moins du monde, les pratiques de la religion à la mentalité du pays. On est vraiment catholique, fier de l'être, on le professe comme un titre de noblesse, au milieu des innombrables sectes et religions opposées. Voilà ce que j'ai vu et vécu, là-bas. Je n'apprécie pas et ne compare rien. Dans tous les pays du monde, l'Église a des différences extérieures qui ne sont pas d'exportation, et dans lesquelles Elle se développe, en établissant le règne de Dieu et de son Coeur. Parmi les publications catholiques des Éatats-Unis, la plus répandue est, je crois, The Messenger of the Sacred Heart. Comme je l'ai déjà publié dans Regnabit, il compte 375.000 abonnés. Il est dirigé par les Révérends Pères Jésuites, les grands apôtres de l'Apostolat de la Prière et des Messagers du Sacré- . Coeur. The Messenger est une dés plus belles Revues que je con- naisse. Elle est agréable dans son aspect, très intéressante dans sa lecture, et, chose que j'aime comme chroniqueur, remplie de faits intéressant la gloire du divin Coeur de Jésus. On peut se rendre compte de sa popularité'par les nombreuses lettres qu'il reçoit de ses abonnés. On écrit, par exemple, de FORTRESS MONRÔE, VIRGINIA : « Je vous, envoie cinquante et un nouveaux abonnements, et j'espère vous en procurer cinquante autres d'ici peu. » DE MONTROSE,Mo. — « Je ferai tout mon possible pour vous trouver de nouveaux abonnés. Votre chère Revue est un trésor de consolation, et de plaisir pour moi. Elle me fait aimer davantage le Sacré-Coeur de Jésus ». DÉ FLAHERTY, KY. — « je ne vois pas comment nous pourrions nous passer du Messenger of the Sacred Heart ». etc, etc. C'est un fait que la- dévotion au Sacré-Coeur est répandue dans tous les États-Unis..
  • États-Unis d'Amérique , 227 Il n'est pas une église, une chapelle, qui n'ait sa statue et les dévotions en usage pour le premier vendredi du mois. La belle coutume de l'intronisation s'introduit dans les familles catho- liques. Le Messenger le constate, et, dit : « Nous sommes heureux de savoir que les instituteurs, ont, d'eux-mêmes pris l'initia- tive de faire introniser le Sacré-Coeur dans les familles ». Un prêtre raconte avec bonheur la consécration des familles de sa paroisse : «C'était un spectacle magnifique qui aurait.réjoui le coeur du Saint-Père, lui-même, s'il avait pu en être témoin. Ma petite église était archicomble. J'expliquais la dévotion au Sacré-Coeur, les promesses du Sauveur à Ste Marguerite-Marie, la demande que son Image soit intronisée et honorée — Devant le S* Sacrement exposé, je lus l'acte de consécration, de répa- ration et les litanies du Sacré-Coeur. Après la bénédiction du Très St-Sacrement, tous les fidèles s'en allèrent chez eux, le coeur rempli d'une sainte émotion. J'attendis vingt minutes pour leur laisser le temps de rentrer. Je fis, alors, sonner la cloche de l'église. A ce signal, dans toutes les familles, le père, ou la mère, lut l'acte de Consécration, et, tous les membres pré- sents en signèrent l'acte; authentique et solennel. « Oh ! que je voudrais ajoute ce bon prêtre, que cette dévotion belle s'intro- duisit dans toutes les familles catholiques des États-Unis ! » Que la dévotion au Sacré-Coeur soit une source de grâces et ' de bienfaits, des milliers de lettres adressées au Messenger en témoignent. Nous lisons : « PETERSBURG, VA. Ma mère, morte l'année dernière avait une ardente dévotion au Sacré-Coeur, et, pendant trente-deux ans, elle a pu faire la communion des neuf vendredis. Aussi sa mort a été douce et sainte. C'est en priant qu'elle rendit le dernier soupir. Elle fut enterrée le pre- mier vendredi du mois de mai. Vraiment, le Sacré-Coeur a rempli sa promesse en lui accordant une si belle mort». Une jeune fille qui se sentait la vocation religieuse et ne pouvait obtenir le consentement de son père écrit de WATER- BURG.CONN. «Je fis une neuvaine au Sacré-Coeur. Et, quelques jours après l'avoir finie, mon père m'accorda, enfin, la permis- sion d'entrer au Couvent. Que le Sacré-Coeur en soit béni ! Voici, pour terminer la citation de lettres pourtant édifiantes mais qui prendraient trop de place dans notre chronique, un fait de guérisôn vraiment remarquable. STAUNTON.III. Après avoir souffert, pendant de nombreuses années, d'un horrible cancer dé la face, mon père doit sa guérisôn au Sacré-Coeur de Jésus. Pendant longtemps il essaya tous les remèdes connus, mais sans en éprouver aucun soulagement. N'ayant plus guère d'es- poir et se voyant condamné à une mort certaine, il consentit à se faire transporter dans un hôpital catholique. Un docteur renommé l'examina et se montra très réservé sur l'opportunité
  • 228 Chronique d'une opération dans un cas de maladie aussi sérieux. Celle-ci fut néanmoins décidée. C'est alors que la lecture du Messenger •of the Sacred Heart fut l'instrument providentiel de sa gué- risôn merveilleuse. Figurez-vous un homme déjà fort avancé en âge qui n'a jamais entendu parler du Sacré-Coeur et qui va à la table d'opération avec un petit scapulaire comme son seul soutien et son suprême espoir. Le doux Coeur de Jésus récom- pense sa foi. Il devint heureux^ gai, patient, faisant l'admira- tion des Soeurs et des infirmières qui le soignaient. Une première opération lui enleva une énorme tumeur qui l'étouffait et le faisait mourir. Puis on lui coupa le visage ou plutôt la gorge d'une oreille à l'autre, les joues furent mises à nu jusqu'à la bouche, on refit la lèvre inférieure qui avait été mangée par le cancer. Et, grâce au Sacré-Coeur invoqué, prié, l'opération réus- sit au delà de tout espoir. Mon père est entièrement guéri, sans presque aucune trace de son affreux mal. Il est heureux en bonne santé, et a pu reprendre son travail, deux mois seulement après l'opération. A quoi devait faire penser cette délicatesse de l'a- mour de Jésus? Tout simplement à décider mon père d'aller trouver un prêtre, à lui faire proclamer sa grande confiance dans le Sacré-Coeur et à devenir catholique. C'est ce qu'il fit. Loué et béni soit le Sacré-Coeur de Jésus ! Voici les renseignements fournis par le Révérend Cari Philipp sur sa paroisse : son église, ancien temple protestant, est dédiée au Sacré-Coeur de Jésus. Elle se trouve dans la ville de PULLMAN(Washington). La ligue du Sacré-Coeur y est très florissante. Les exercices du premier Vendredi du mois y sont fidèlement observés. — Je terminerai cette première chronique sur les États-Unis en mentionnant le travail, tout à la gloire de Dieu, que vient de composer dans l'archidiocèse de SAINT-LOUISle Rév. Père Hollwech. C'est un martyrologe américain. Parmi les 108 noms de martyrs qu'il a recueillis, on compte 68 Franciscains, 24 Jésuites, 5 Récollets, 2 Dominicains, 6 prêtres séculiers et plu- sieurs indiens. Le premier des martyrs américains fut un Fran- ciscain, Frère Juan de Padilla, mis à mort pour la foi par les indiens, en 1514. Puissent tous ces martyrs hâter, par leurs mé- rites et leur intercession, l'extension du règne du Coeur de Jésus dans toutes les terres du Nouveau-Monde ! J.-B. HOREAU
  • Pour aider Regnabit 229 Pour aider « » Regnabit « Mon obole » 10 fr. De Sartène 10 fr. « Avec mes regrets de ne pouvoir davantage » 15 fr. Loudun 10 fr. Par Paray 10 fr. Dorât 5 fr. De la part de « ses petites victimes ». 10 fr. Un vicaire pauvre 5 fr. « Pour la tirelire des missionnaires » 3 fr. 60 D'une « Espérance » 10 fr. « Mon plus beau jour du mois est celui de mon Regnabit». 5 fr. * * Pour les Missionnaires « amis de Regnabit », des ouvrières nous ont envoyé : 6 pales, 6 nappes d'autel ; 1 aube ; 2 surplis ; 6 purificatoires ; 5 manuterges ; 3 corporaux ; quelques mètres de dentelle. Quelques uns — pas beaucoup, hélas ! — de nos mission- naires vont être heureux. *** Missionnaires abonnés à Regnabit, pendant le mois de no- vembre, grâce aux offrandes reçues à cette intention : J. Fou, Chékiang, Chine, G. A. ARTUS, S. J. Wikwemikong, Canada ; A. LOZZA, choumatien, Chine ; J. PANDELLÉ,Kiashing, T Chine, L. AURIOL, Balik Pulaù, Indes ; P. COPPIN, Straits Settle- ments ; Séminaire, Pékin ; mission de Béni, Mgr le Vicaire apost. de la Nouvelle Calédonie ; Mgr le Vicaire Apost. de Saigon ; Fr. JOHN, Chetipushey ; Mgr. le Vivaire apost. de Binh-Dinh ; Mgr le Vicaire apost. de Hué ; Mgr le Vicaire apost. du Dahomey ; Mgr le Vicaire apost. du Hupech S. O. ; R. P. CAPOZZI,Chine ; R. P. LÉANDRE, Grèce ; M. BUCH, Chine. * * * Nous avons déjà reçu plusieurs réponses à notre demande de « vieux textes » et de « vieilles images ».
  • 230 Pour aider Regnabit Je veux signaler le précieux et considérable envoi que nous a fait parvenir le Secrétariat Général de la Bonne Presse, 5, rue Bayard, Paris. — Le prix de ce fort colis de vieux livres, dont plusieurs contiennent de curieuses gravures, est rehaussé encore par la bienveillance de l'aimable carte que voici : « Le Secrétaire Général, avec ses sentiments dévoués en Notre Seigneur, a l'honneur de vous informer qu l'envoi a été fait par suite de votre demande et que nous avons été heureux de pouvoir vous rendre gracieusement ce service puisque cela était en notre pouvoir ». — A tous nos bienfaiteurs, affectueux merci. Que le Sacré-Coeur les récompense ! F. A. Insignedes c Défenseurs u Sacré-Coeur d ». Marseille.
  • Les Livres 231 IV. — BIBLIOGRAPHIE BIBLIOGRAPHE DU SACKÉ»COEUR. Les Enfants au Sacré-Coeur 1) Mes Communions, (o. M. I.) franco: l'unité : 0 fr. 50. 2) Mon Chemin de Croix, (o. M. I.) — : l'unité : 0 fr. 25. 3) Mes visites à Jésus, (o. M. I.) — : l'unité : 0' fr. 30. Les trois : 1 it. franco. 4) Ma Protectrice et mon — : l'unité : 0 fr. 50. Modèle, (o. M. I.) Vie de Sainte Marguerite-Marie racontée aux enfants. 5) Jésus m'a aimée, Catéchisme du Sacré-Coeur (o. M. I.) : l'unité : 0 fr. 75. REMISE: 11 pour 10 — 55 pour 50—110 pour 100. Dépôt : Secrétariat des OEuvresdu Sacré-Coeur 16, Rve Général-Petit PARAY-LE-MONIAL (Saône-et-Loire) C'est oeuvre de justice et de zèle de signaler aux prêtres: «aux édu- cateurs, aux personnes d'oeuvres, ces cinq brochures. Très simples, très sérieuses, joliment éditées, et de tous point charmantes, elles sont déjà répandues partout et partout font grand bien aux tous petits qui s'en délectent. Une éducatrice ,d'Oxford, vient d'écrire à l'auteur. « Permettez- moi, bien humblement, de vous soumettre une idée qui m'est venue en me servant avec les enfants des excellents petits livres : « Les En- fants au Sacré-Coeur : mes Communions, Mes Visites à Jésus ». « Je fais l'Instruction religieuse chaque jour à une petite classe de 7 enfants catholiques ; l'année dernière ces enfants ne montraient à peu près aucune disposition à la piété, manquaient même souvent la Messe du dimanche ; depuis que je me suis servie des livres « Les Enfants au Sacré-Coeur» ces enfants sont transformées ; je ne les reconnais pas cette année ; elles vont d'elles-mêmes faire une petite Visite au Saint-Sacrement à la Paroisse avant de venir en classe, on sent qu'elles aiment personnellement N. S. Je me dis tous les jours que si ces petits livres étaient traduits en anglais, ils feraient un bien immense. Je ne puis les lire à mes élèves qu'en les traduisant alinéa par alinéa ». « Je voudrais dire à tous ceux qui sont chargés d'élever des enfants : Au nom du Sacré-Coeur, essayez ces brochures-Jà, au moins une fois. Rien qu'une fois si l'essai ne vous donne pas satisfaction^ Mais au moins une fois. Et vous verrez ». — Donner « les enfants au Sacré-Coeur » c'est l'un des buts les plus nécessaires dé l'apostolat actuel; Répandre ces cinq brochures, c'est l'un des moyens les plus efficaces de donner « les enfants au Sacré- Coeur ».
  • 232; Bibliographie — R. P. MATEOCRAWLEY Les Conférences à l'abbaye de Sept- Fons sur le Règne Social du Sacré-Coeur de Jésus. ' Prix franco : France : l'unité, 0 fr. 35 ; la douzaine, 3 fr. 75 ; les 50, 13 fr ; les 100, 24 fr. — Étranger : l'unité, o fr. 40 ; la douzaine : 4 fr ;.Ies 50, 15 tr. Dépôts : Secrétariat de l'Abbaye de Sept-Fons, par Dompierre, Allier. — Secrétariat de l'Intronisation du Sacré-Coeur, 35, rue de Picpus, Paris— Secrétariat des OEuvres du Sacré-Coeur, rue du Géné- ral-Petit, Paray. « Mon cher Révérend Père, a bien voulu m'écrire Dom Chautard, en vous remerciant de toute l'édification et de la bonne nourriture que nous apporte l'excellente Revue Regnabit je viens vous dire la joie que nous avons de ses succès. Vraiment le Sacré-Coeur la voulait et-la bénit. Quelle consolation vous devez avoir au milieu des soucis, peines et difficultés que vous apporte la direction ! « Vous ne serez pas surpris non plus du succès étonnant qu'à notre humble brochure des conférences du R. P. Mathéo à Sept-Fons ! C'est inexplicable sans une bénédiction toute spéciale du Sacré-Coeur 1 Huit traductions en langues étrangères. Et la sixième édition française qui parait en ce moment, et qui atteint le 145e mille 1 Le Sacré-Coeur bénit ces pages si simples : comment en douter ? « Ne voudriez-vous pas à la premi.ère occasion, dans la partie bibliographique de Regnabit, recommander cette brochure ? La bonté du Sacré-Coeur, en sera plus glorifiée, je ne puis en douter. » — Voilà qui est fait, Vénéré Père. Et qu'aurais-je pu dire, qui eût valu vos paroles ? F. A. BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE. I. - MANUELS & OEUVRES DE SPIRITUALITÉ 1. P. POURRAT.La Spiritualité chrétienne. II. Le Moyen-âge. J. Gabalda, Paris, 1921. In-12 de 520 pages. Prix : 10 fr. 2. Gerlac PETERS. Le Soliloque enflammé. Traduction nouvelle par Dom E. ASSEMAINE, moine de Saint-Paul de Wisques. Librairie Saint Thomas d'Aquitt, Saint-Maximin (Var), 1921. In-16 de 153 pages. 3. R. P. MAURDE L'ENFANT-JÉSUS. L'entrée de la divine Sagesse publiée par le R. P. PASCALDU T.-S. SACREMENT, Carme déchaussé. Vol. I. Lès trois portes du Palais de la divine Sapience. In-12 de 141 pages. Louvaïn, Imprimerie « Nova et vetèra », 1921. Prix : 3 fr. 50. 4. ERNEST HELLO. DU néant à Dieu. Fragments recueillis par J.-Ph. Heuzey. Deux volumes in-12 de 196 et 266 pages. Prix : 10 fr. les deux volumes. 1. Il fallait un certain courage à M. Pourra^ même après lesen- couragements qu'il avait reçus à l'occasion de son premier volume, pour entreprendre de nous présenter la spiritualité au moyen-âge-
  • Les Livres 233 Le moyen-âge, en effet, comme il le constate lui-même (p. 507), «est une période de jeunesse et de vitalité intense ; c'est lui qui nous a donné la plupart de nos pratiques de piété ».-On ne reprochera pas à l'auteur, comme on I'-aurait pu faire pour l'enseignement spirituel des Pères, de s'être cantonnés dans les oeuvres exclusivement ascé- ; tiques : car, du moins à partir du XIVe siècle, l'enseignement ascé- tique fut nettement séparé de l'enseignement dogmatique et moral. Pour mettre un peu d'ordre dans cette littérature touffue, l'auteur distingue les écrivains par écoles, pratiquement par ordres religieux : la chronologie en souffre bien en quelques rencontres (saint Bruno est rejeté à la fin de l'ouvrage) ; du moins les notes caractéristiques de chaque feuille religieuse sont nettement détachées, voire soulignées avec insistance. L'école bénédictine est représentée surtout par saint Bernard ; mais aussi par saint Anselme, dont malheureusement les Méditations et Prières sont fortement altérées : il aurait donc fallu les citer avec plus de réserves, du moins la Méditation IX (p. 25), qui, de l'aveu de l'auteur , n'est pas d'Anselme (p. 21, n. 2). On sur- prend une inadvertance semblable à propos du De adhaerendo Deo (p. 442, n. 1) qui est donné à maintes reprises sùus le nom d'Albert- le-Grand, alors qu'il est du bénédictin Jean de Castel, comme l'a dé- montré récemment Grabmann. V Imitation de J.-C. donne lieu, comme on sait, à un pareil problème d'attribution : M. Pourrat hésite à se ranger parmi les nombreux partisans de Thomas à Kempis. Mais il y a bien autre chose à relever dans l'ouvrage compact du docte Sulpi- cien : il y a une analyse assez précise des doctrines de saint Bernard, de saint Thomas, des Victorins et des mystiques allemands. Ces deux dernières écoles, dit M. Pourrat, tiennent que la haute contemplation est une perception immédiate de l'Etre divin : en quoi « ils continuent la tradition de Saint Augustin et de l'Aréopagite » ; (p. 188) ; reste à savoir si c'est bien là une tradition, et si les expressions de Denys le mystique ne tiennent pas à son vocabulaire néoplatonicien, et celles de saint Augustin à sa notion si fluente de la vérité. De même, pour l'étatdeperfectiondesévêques,telqu'onl'enseigne couramment (p. 209), il y aurait peut-être à reviser l'interprétation que l'on donne d'ordi- naire à saint Thomas, ou même à refaire l'exégèse de son protago- niste Denys, lequel ne voit certainement dans la perfection des évêques que la plénitude des pouvoirs sanctifiants, qui lès destinent à conduire les chrétiens parfaits : perfection active et perfection passive à acqué- rir, tels sont pour lui les' caractéristiques du sacerdoce et de l'état religieux. L'ouvrage se clôt par une étude sur la masse des écrits ano- nymes, qui prêchent la vie intérieure, et par un aperçu sur les dévo- tions a la Passion, à Notre-Dame ; ajoutons : au Sacré-Coeur, dont il n'a été parlé qu'à propos de sainte Gertrude (p. 133). 2. M. Pourrat aurait à signaler dans une seconde édition, la nou- velle traduction de Gerlac Peters, due à la plume élégante de Dom Assemaine. Il fallait faire cet honneur à ce Soliloque enflammé qui est si plein de beaux sentiments, plutôt que de pensées neuves. C'est «n rapiarium qui a été mis en ordre après la mort de son auteur et nous décrit en termes simples toutes les phases de la vie spirituelle, depuis la considération de la fin dé toutes choses (ch. I), jusqu'à la consommation en Dieu, « cette fruition intime de la simple vérité et du chaste amour. » Gerlac Peters est donc bien « un second à Kempis»,
  • 234 Bibliographie comme on l'appelait au XVIe siècle, et son livre ainsi traduit entre- tiendra dans les âmes ferventes les ardeurs qu'y alluma l'Imitation, avec quelque chose de plus mystique. 3. C'est encore un traité de mystique que l'Entrée à la divine Sa- gesse du P. Maur, avec un accent moins optimiste ; ce n'est pas un humaniste de l'école de François de Sales : « Traitons l'homme en malade, et non en bien portant ». Pourtant ce n'est pas un docteur rigide, mais un disciple de saint Jean de la Croix : il insiste sur la mort à soi-même, non pas précisément sur la mortification extérieure, mais sur le renoncement amoureux : «Ce ne sont pas les bourreaux qui ont fait de Jésus la grande Victime, mais c'est l'amour de son Coeur ». 4. Du Néant à Dieu : ce titre dit bien l'évolution de la pensée d'Hello, cristallisée ici en « pensées » fortes et pleines : ces notes jetées sur le papieï, au hasard de l'inspiration, et recueillies par un fils de -son esprit, nous montrent le grand penseur chrétien sondant sans vertige les abîmes du néant de l'homme, puis les rîmes de l'Etre infini, auquel le néant doit communier, s'il veut vivre. Appels haletants à ses frères pour les élever au-dessus de la créature, appels qui se.tour- nent en prières anéanties devant le Dieu inexprimable : «Quelle res- source reste-t-il aux vaincus : à l'âme pour toucher Dieu, à la parole pour exprimer l'âme ? Le Silence ». Pourtant nos aspirations vers l'infini veulent se traduire : « La prière est la seule parole qui les con- tienne, les résume et les exprime». Toutes les âmes contemplatives voudront méditer ces pages brûlantes et brillantes de la flamme de l'amour. II. — BIOGRAPHIES 1. P. GUILLOUX, J. L'âme de saint Augustin. Paris, de Gigord, S. 1921. In-16 de 384 p. Prix : 7 fr. 50. 2. L. MAHIEU.Fr. Suarez. Paris, Descléè et Picard, 1921. In-16 de 530 p. 3. H. VIGNAUD. e vrai Christophe Colomb et la légende. Paris, L Picard, 1921. In-16 de 232 p. 4. G. DU BOURG. ous l'uniforme et sous le froc. Dom Antoine du S Bourg, O. S. B. 1838-1918. Paris, Perrin, 1921. In-16 de 240 pages. Prix : 7 fr. 5. RENÉ BAZIN,de l'Académie française. Charles de Fouçauld, explorateur du Maroc, ermite au Sahara Paris, Plon-Nourrit, 9e mille, 1921. In-16 de 479 p. Prix : 10 fr. 1. Depuis le livre de M. Bertrand, nous avons eu au moins quatre ou cinq monographies de saint Augustin. Celle-ci n'en est pas une réédition : outre que l'auteur a une plume très élégante, il a une très fine psychologie, et s'est laissé tenter par l'âme de saint Augustin. Ne touchant aux événements extérieurs que dans la mesure de leur répercussion sur cette âme infiniment sensible, le P. Guilloux a cherché à la deviner dans ses oeuvres, dans toutes ses oeuvres, qu'il a parcou- rues la plume à la main, et dont il ne craint pas de nous présenter de larges extraits. Cette biographie est donc aussi une introduction à la doctrine du grand évêque d'Hippone : elle permettra à bien des laïques instruits de lire avec fruit ces livres qu'ils se croyaient à jamais
  • Lés Livres 235 fermés ; elle rendra plus vivante à plus d'un prêtre ces pages qu'ils ont lues en simples théologiens. 2. C'est au contraire un théologien sine addito qui nous est présenté par l'abbé Léon Mahieu. Dans son livre, la biographie de Suarez—. . qui a été déjà faitejpar le P. de Scorraille, —tient en 30 pages de noms et de dates. Mais il fallait placer le théologien dans son milieu, à l'a- boutissement de ces courants éclectiques qui se faisaient leur place entre les systèmes thomistes et seotistes : ceci nous vaut encore 40 excellentes pages d'histoire de la Scolastique. La suite de ce volume, c'est-à-dire plus de 400 pages, est consacrée à l'examen détaillé et comparatif des doctrines suaréziennes, sur l'être, sur l'être divin, sur l'être fini, en un mot, sur tous les points importants de la méta- physique générale, dont je ne puis malheureusement donner ici l'énu- mération. Cet examen justifie, semble-t-il, sans parti-pris ni récrimi- nations, la défaveur croissante de l'Église vis-à-vis de ce système : c'est le but du dernier chapitre, consacré à l'influence de Suarez sur la philosophie et la théologie catholiques. 3. Ce n'est plus un saint ni un savant qui nous est présenté en colomb, bien que la légende l'ait ainsi façonné au XVIe siècle ; mais il y avait une légende plus tenace, créée par Colomb lui-même, et il fallait qu'un critique rectifie les paroles subséquentes du découvreur, par ses faits et gestes du moment. Il en résulte que la grande entreprise de 1492 fut organisée pour découvrir des terres nouvelles, et parti- culièrement l'île Antilia, qu'il découvrit en effet, — et c'est là son vrai mérite ; bien que, dans la suite de son voyage, il se fût persuadé qu'il entrait dans la mer des Indes. M. Vignaud résume dans ces pages lucides tout l'acquit d'une vie d'études sur le sujet : il semble bien qu'il l'a épuisé. 4. Le Père du Bourg avait déjà trouvé un biographe de sa vie monastique dans son confrère, Dom P. Chauvin, qui nous en avait montré les grands côtés et les autres. Il restait à nous retracer l'es- quisse de sa vie de famille, qu'il avait conservée très vive et très fidèle dans son monastère parisien : c'est ce qu'a fait finalement l'une de ses parentes, dont la plume n'était pas à son coup d'essai. On ne s'é- tonnera donc pas d'y voir paraître d'une façon si fugitive et si acces- soire le milieu bénédictin où vint s'insérer la physionomie personnelle, forte et accentuée de Dom du Bourg. DOM S. o.s.B. P. 5. Nombre de notices biographiques ou nécrologiques ont déjà paru sur le Père de Foucauld, assassiné au Sahara pendant la Grande Guerre ; mais rien n'égale le volume que vient de publier M. René Bazin, de l'Académie française. En parlant du P. de Foucauld, on avait dit que c'était « un pa- ladin d'antan » ; ne serait-il pas plus exact de dire que c'est un Père du désert, égaré en plein XXeme siècle, et que le désir de sauver des âmes rend apôtre, sinon par la prédication, du moins par l'exemple? Il s'installe en plein désert, mène une vie d'une mortification effrayante, s'efforce de gagner les tribus nomades du Sahara à la France, pour qu'ensuite on les amène à Dieu. C'est une vie aussi admirable qu'ini-
  • 239 Bibliographie mitable, mais qui montre, une fois de plus, ce que peut l'amour de Dieu, quand il s'installe en maître dans une âme. . '. -. DOMA. M. O.S.B. III.- HISTOIRE DE L'EGLISE 1. L. DUCHESNE. Histoire de l'Eglise. Tome II. Quatrième édi- tion revue. Paris, de Boccard, 1921. Prix : 10 fr. 2. DOM U. BERLIÈRE.L'ordre monastique des origines au XJ/e siècle. Collection « Pax ». Deuxième édition revue et complétée. Paris,. Lethielleux et Desclée, 1921. In-8 de 277 pages. Prix : 6 fr. 50. 3. P. DE LA GORCE.Histoire religieuse de la Révolution française Tome IV. Septième édition. Paris, Pîon-Nourrit, 1921. In-8 de 379 p Prix : 12 fr. 4. G. DUPONT-FERRIER. Collège de Cldermont au Lycée Louis DU le-Grand (1563-1920) Tome I. Le Collège sous les Jésuites (1563-1762 Le Collègeet la Révolution (1763-1799). Paris, de Boccard, 1921. Grand in-8 de 515 pages. Prix : 15 fr. Sur le premier de ces ouvrages, il n'y a rien de nouveau à dire. Aux mains d'un catholique instruit, qui se sera fait une idée vraie, des providentielles destinées de l'Église, ce manuel sera toujours d'un grand secours ; car il excelle à débrouiller les intrigues qui ont pro- longé si lamentablement cette querelle de l'Arianisme, exposée ici d'après Eusèbe et les trois autres grands historiens grecs, sans parler des lettres de saint Athanase et de saint Cyrille. 2. Sur le sujet des moines d'Orient et d'Occident, on fera bien de préférer le livre de Dom Berlière : encore qu'il soit de la maison — ou plutôt parce qu'il en est — c'est le sage en la matière. On pourra ne pas partager sa préférence avouée pour les grands monastères al- lemands, sans pour cela nier aucun des griefs qu'il apporte contre la réglementation clunisienne. II faudra bien avouer d'ailleurs que c'est le fruit de recherches quasi-exhaustives sur les origines de l'ordre bénédictin : nous souhaitons à ce livre, d'érudition agréable, la plus large diffusion, ainsi qu'à la Collection « Pax » qu'il inaugure. 3. Vraiment notre tâche se simplifie avec des livres comme ceux- ci. Le tome IV de l'oeuvre magistrale de La Gorce sur l'Histoire reli- gieuse de la Révolution française présente les mêmes qualités bril- lantes que ses aînés : information aussi complète que possible en un sujet inépuisable, foi sincère et affichée, qui n'empêche pas la plus- large impartialité pour les tentatives libérales de cette époque d'a- paisement religieux. Et quel enseignement pour nous de voir les pre- mières concessions faites aux héros intransigeants de la Vendée ! puis «la liberté ayant été proclamée dans l'Ouest, on est contraint de l'é- tendre au reste de la France ». Le livre XVIIe s'arrête à la mort de Pie VI et au 18 Brumaire. Espérons que l'auteur ne s'arrêtera pas en si bon chemin. 4. Le lycée Louis-le-Grand vient de trouver son historien dans un de ses professeurs, qui ne nous en donne pour le moment que l'his- toire ancienne, celle du collège de Clermont sous les Jésuites et durant la tourmente révolutionnaire. Le livre est fait de documents cités, infatigablement, de statistiques quelquefois significatives, de notes^
  • Les Revues 237 sur la vie studieuse et les doctrines des maîtres et de leurs élèves, tout cela compilé dans un gros livre imprimé en petits caractères sur mé- diocre papier. Malgré tout, l'ouvrage est intéressant à lire et à consul-. ' ter, pour qui veut s'initier à la vie d'un collège parisien durant les deux derniers siècles de l'Ancien Régime. ÎV. - LITTERATURE 1. ALBERTCHÉREL.En relisant après la guerre Bazin, Bourget, Barrés. Paris, de Gigord, 1921. In-12 de 220 pages. Prix : 5 fr. 2. PAULCAZIN. écadi, ou la pieuse enfance. Paris, Plon-Nourrit, D 1921. In-12 de 281 pages. Prix : 7 fr. 1. L'historien de Fénelon s'est fait le critique bienveillant et averti des trois grands romanciers que nous sommes accoutumés à lire : il fait des remarques sur Bazin, de fortes réserves sur Bourget, et des critiques de fond sur Barrés ; toutes inspirées du plus sincère catholicisme, elles pourront guider auteurs et lecteurs, vers le roman simple, sobre, sain, tonifiant. 2. P. Cazin, tout simplement aussi, essaie de se refaire son âme d'enfant pour nous dire les points forts et faibles, de l'éducation fa- miliale chrétienne de l'heure. DOMP. S. o. s. B. Y. - ALMANACHS Il en faut bien. Signalons : 1) L'ALMANACH U PROPAGATEUR TROIS «AVE MARIA» D DES Illustrations nombreuses, 64 pages de plein texte. Couverture attrayante. Franco : 0,70 - 7 fr. la douz. (Etranger : 0,75 et 7,60,soit 15 centins et 6 shillings) 2, LE PETITALMANACH PROPAGATEUR TROIS« AVEMARIA DU DES » qui charmera les enfants, 64 pages avec couverture ; le tout, franco, pour 0 f. 45 - 4 f. 5o la douz. (Étranger : 0,50 et 5 f. 10, soit : 4 d.l /2 et 5 shillings). ' EEVIÎE DES 'REVUES- 1-E PROPAGATEUR DES TROIS AVE MARIA (Nov. 1921) Après une longue série d'approbations épiscopales, en faveur de l'Ave Maria, je trouve l'annonce de « superbes images du Sacré-Coeur », publiées à Blois, 14, rue Pierre-de-Blois. Elles sont, en effet, belles et pieuses, surtout les plus grandes, vendues 6fr. 50 la pièce. J'en ai vues d'intéressantes à la Procure générale du Clergé, rue de Mézières, Paris, qui servent de cadres à des souvenirs de pre- mière communion solennelle.
  • 238 Bibliographie RÉCHERCHES DE SCIENCE RELIGIEUSE. (Mai-Août 1921) PAUL DUDON. Pourquoi la cause de Bellarmin est-eùe restée trois cents ans pendante devant la Congrégation des Rites, C'est toute une histoire, instructive à lire, parce qu'elle s'est repro- duite maintes fois pour d'autres serviteurs de Dieu. — PH. GOBILLOT. Les origines du monachisme chrétien et l'ancienne religion de l'Egypte (suite).— PR. SCHEPENS. 'office du chapitre à Prime. Intéressante L mise en oeuvre des documents déjà connus sur cette particularité liturgique d'origine monastique — J. LEBRETON. valeur historique La du IVe Evangile à propos d'un livre de M. Stanton. — (Sept.-Déc.) H. PINARD.La méthode historico-culturelle dans l'étude des religions. — G. ANDRÉ. La vertu de simplicité chez les Pères apostoliques. Ensei- gnement très opportun pour prévenir contre la complication moderne dans l'attitude de l'âme envers Dieu, dans sa prière et son action, enseignement puisé à des sources éminemment traditionnelles. — PH. GOBILLOT. origines du monachisme chrétien (suite). Cette im- Les mense étude s'alionge de l'examen des théories rationalistes. — Le P. Schepens donne dans le même numéro des notes brèves mais sug- gestives sur les expressions Malachiel, Pontifex anni /W«s,etleP.d'Alès sur les mots Ecclesia principalis. REVUE BIBLIQUE. (Juillet 1921) R. ALLÔ.La synthèse du dogme eucharistique chez saint Paul. « Pour S. Paul (I Cor. X, 14 sq.) il faut que le pain et le vin, après qu'ils ont été eucharisties, soient devenus une « thusia »... Mais qui dit victime, dit sacrifice,... en ce que le corps et le sang, en rapport, l'un avec le pain rompu, l'autre avec le vin versé, sont pré- sentés comme des termes distincts de communion, donc comme séparés au moins d'une manière figurée. Pour que là communion rejoigne réellement le sacrifice de la Croix; il faut que le sacrifice de la Croix soit redevenu de quelque manière présent et actuel....» Tous parti- cipent à ce pain qui est unique. « Or le seul pain qui soit unique, par- tout et nécessairement, c'est le corps du Christ indivise et partout le même ». Au ch. IX, « non dijudicans » ne peut s'entendre que comme une affirmation de la présence réelle du corps du Christ sous l'espèce du pain. Mais « accepi a Domino » n'a pas nécessairement le sens d'une communication directe faite par le Seigneur». REVUE D'ASCÉTIQUE ET DE MYSTIQUE. (Octobre 1921). O. MARCHETTI. soumission au confesseur est- La ,.plle un acte d'obéissance ? Non, sauf pour l'acceptation et l'exécution de la pénitence, et le cas assez délicat du voeu d'obéissance au confes- seur. La direction, même pour saint François de Sales, n'exige pas l'obéissance, mais la déférence aux conseils d'un ami. — DOMA. WIL- MART. n sermon de S. Augustin sur le précepte de la charité. « La doc- U trine offerte n'a rien d'ailleurs qui soit nouveau ni extraordinaire... je ne sais pourtant si le docteur de l'amour et de la grâce a jamais mieux exprimé ses convictions chrétiennes et l'immense charité dont il était lui-même rempli ». Cen'est pas là un mince éloge ; ceux qui liront .le texte latin verront.qu'il est parfaitement mérité. — P. GALTIER. La pénitence et l'apostolat.
  • Lés Revues 239 REVUE DE Î-'ARCHICONFRERIE DU CCEUR EUCHA- RISTIQUE DE JÉSUS. (Septembre et Décembre 1921) (Boulevard Montparnasse, 170,- ; Paris, XIVe) S. Alphonse et l'Eucharistie (suite). On est réconforté de voir la vraie pensée du grand Docteur sur la communion fréquente et sur la manière de faire les visites au T.-S. Sacrement. REVUE DES SCIENCES PHILOSOPHIQUES ET THÉOLOGIQUES. (Octobre 1921). G. RABEAU.Concept et jugement. Nous avons là une étude assez approfondie sur quelques formes du relativisme con- temporain. — M. JUGIE. La béatitude et la science parfaite de l'âme de Jésus viateur. Sur cette doctrine qu'un récent décret du saint-Office vient de rendre plus assurée encore, on n'avait guère aperçu jusqu'ici qu'un texte, formel d'ailleurs, de saint Augustin. Il y avait pourtant, avouons-le, une forte présomption qu'on trouverait cette vérité énon- cée par quelques docteurs orientaux, toujours'si enclins à considérer l'emprise de la personne divine sur l'âme humaine du Sauveur. Effec- tivement, le P. Jugie nous présente ici un texte de Léonce de Byzance — celui-là même auquel se référait dernièrement M. Tixeront pour préciser la pensée grecque sur les concepts de nature et de personne — ; ce texte qui avait échappé à Pétau, je ne crois pas qu'il soit le seul, même avant le VIe siècle, si l'on veut bien chercher parmi les Docteurs orthodoxes qui n'ont pas trop insisté la Kenosis du Verbe incarné. — H. NOBLE. Le syllogisme moral. REVUE DES SCIENCES RELIGIEUSES. (Avril 1921). E. MANGENOT. témoignage de saint Irénée sur Le les Actes des Apôtres, est le plus ancien qu'on possède, sur l'auteur des Actes ; c'est aussi le plus important puisqu'il atteste aussi avec autorité son caractère inspiré, sa véracité historique et sa conformité avec l'enseignement des apôtres, ^- M. ANDRIEU. 'insertion du « Mé- L mento » des morts au canon romain de la messe. — (Juillet) J. RIVIÈRE Un exposé marcionite de la rédemption. — E. AMANN. 'ange du bap- L tême dans Tertullien est, non pas l'évêque qui l'administre, mais l'Es- prit-Saint qui plane sur l'eau baptismale et lui infuse comme une vertu sanctifiante. — G. GOYAU. a divine Comédie : l'épopée de la commu- L nion des saints. C'est là vraiment sa définition la plus exacte et la plus théologique. — V. MARTIN. a reprise des relations diplomatiques L entre la France et le Saint-Siège en 1595. REVUE DES JEUNES. (10 Nov. 1921) F. CABROL. livres sapientiaux dans la liturgie Les sont judicieusement utilisés au mois d'Août et dans les offices de la Sainte Vierge. — A. SERTILLANGES. vie confiante. Cette conférence La est aussi opportune et aussi traditionnelle que celle que nous avons Plus haut signalée sur la simplicité d'âme vis-à-vis du Seigneur : avoir confiance en Dieu, et même en nous à causé de Dieu.
  • 240 Bibliographie VIE (LA) ET LES ARTS LITURGIQUES. (Décembre 1921) DOM CABROL. L'Avent et le vie spirituelle. Cet article justifie d'après les textes liturgiques la correspondance établie d'ordinaire entre l'Avent et la voie purgative. — Chan. FRÉZET.Les reliques de S. Albert retrouvées à Reims. — L. VULLIEZ.La messe des catéchumènes. — Cette revue publie depuis quelques mois un calen- drier liturgique qui permet aux fidèles de s'unir plus assidûment à la vie de l'Église par des lectures appropriées. VIE (LA) SPIRITUELLE. (Nov. 1921) R. GARRIGOU-LAGRANGE. L'appel à la vie mystique. ' Comme à lement l'enseigne aussi le chan. Saudreau, cet appel s'adresse norma- toutes les âmes intérieures, pourvu qu'on y voie un vrai appel individuel, mais un simple appel, suffisant ou efficace. — D. ASSEMAINE, GERLAC PETERS.Résumé de la vie de ce mystique (déjà signalé p. 238), suivi d'un extrait sur le refuge en Dieu : c'est encore la même doctrine déjà deux fois mentionnée ci-dessus ; que ce soit pour nous, en ce mois de la Sainte Enfance, un avertissement du bon Dieu. DOMP. SÉJOURNÉ o. s. B. Gérant: TH. HIRT L'Imprimeur Imp. TH. HIRT <§ Fils, 4, rue du Faubourg Ccres - Reims