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  1. 1. Regnabit. Revue universelle du Sacré-Coeur. 1921/09. 1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des reproductions numériques d'oeuvres tombées dans le domaine public provenant des collections de la BnF.Leur réutilisation s'inscrit dans le cadre de la loi n°78-753 du 17 juillet 1978 : *La réutilisation non commerciale de ces contenus est libre et gratuite dans le respect de la législation en vigueur et notamment du maintien de la mention de source. *La réutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait l'objet d'une licence. Est entendue par réutilisation commerciale la revente de contenus sous forme de produits élaborés ou de fourniture de service. Cliquer ici pour accéder aux tarifs et à la licence 2/ Les contenus de Gallica sont la propriété de la BnF au sens de l'article L.2112-1 du code général de la propriété des personnes publiques. 3/ Quelques contenus sont soumis à un régime de réutilisation particulier. Il s'agit : *des reproductions de documents protégés par un droit d'auteur appartenant à un tiers. Ces documents ne peuvent être réutilisés sauf dans le cadre de la copie privée sans l'autorisation préalable du titulaire des droits. *des reproductions de documents conservés dans les bibliothèques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signalés par la mention Source Gallica.BnF.fr / Bibliothèque municipale de ... (ou autre partenaire). L'utilisateur est invité à s'informer auprès de ces bibliothèques de leurs conditions de réutilisation. 4/ Gallica constitue une base de données, dont la BnF est producteur, protégée au sens des articles L341-1 et suivants du code la propriété intellectuelle. 5/ Les présentes conditions d'utilisation des contenus de Gallica sont régies par la loi française. En cas de réutilisation prévue par un autre pays, il appartient à chaque utilisateur de vérifier la conformité de son projet avec le droit de ce pays. 6/ L'utilisateur s'engage à respecter les présentes conditions d'utilisation ainsi que la législation en vigueur, notamment en matière de propriété intellectuelle. En cas de non respect de ces dispositions, il est notamment passible d'une amende prévue par la loi du 17 juillet 1978. 7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute définition, contacter reutilisation@bnf.fr.
  2. 2. t'« ANNÉE- N>4 SEPTEMBRE1921? " La bienvenue à ï^egnabit" De toutes parts, et sans arrêt, parviennent à la Revue Univer- selle du Sacré Coeur des encouragements pour son programme, des félicitations pour la façon dont jusqu'ici elle l'a réalisé. . Citons quelques lettres : * * r ARCHEVÊCHÉ TOULOUSE. DE L'Archevêque de Toulouse prie M. le Directeur de la Revue - Regnabit d'agréer sa reconnaissance pour l'envoi qu'il a bien voulu lui faire de sa revue. Il le félicite de sa pieuse initiative ; et, en le remer- ciant d'avoir bien voulu faire une si belle part à l'oeuvre du Voeu de la Basilique du Sacré-Coeur à Jérusalem, le prie de vouloir bien l'ins- crire au nombre de ses fervents abonnés. Il bénit son oeuvre et ses zélés collaborateurs. Évêché de Namur. Namur, le 8 Juillet 1921. MON RÉVÉREND PÈRE, J'ai bien reçu le premier numéro de votre revue Regnabit. Je vous félicite de l'heureuse idée que vous avez eue de vouloir concentrer en une seule Revue toute la question du Sacré-Coeur, tout le mouvement des âmes vers ce Divin Coeur. Je souhaite plein succès à vos efforts. Qu' Il règne, le Sacré-Coeur: car c'est de Lui que doit venir le salut. Croyez, mon Révérend Père, à mes sentiments tout dévoués. ' T TH. LOUIS,évêqué de Namur. Évêché de Bruges.. Bruges, le 13 Juillet 1921. MON RÉVÉREND PÈRE, Je vous remercie de m'avoir envoyé les deux premiers numéros de la Revue Regnabit. Volontiers j'approuve l'initiative du Comité de Rédaction et de tout coeur je bénis ses efforts. Oportet Illum regnare ! y G. J., évêque de Bruges.
  3. 3. — 226 — Évêché de Santa Fe (République Argentine). Santa Fe, le 4 Juillet 1921. z MON RÉVÉREND PÈRE, Monseigneur l'Evêque a reçu votre aimable lettre. Il a apprécié grandement le premier numéro de la nouvelle Revue Regnabit qui ' lui a été remise en mains propres. Sa Grandeur me charge de vous féliciter, vous et les respectables professeurs de théologie sous la direction desquels a été livrée au public cette belle Revue que je vous remercie de lui avoir envoyée. Sa Gran- deur me charge d'ajouter qu'EUe demande à Dieu de bénir les tra- vaux de si respectables prêtres à la gloire et à l'honneur du Coeur Divin. Ëvéché d'Aracaju. . Aracaju, le 4 juillet 1921. MONSIEUR ANIZAN, F. En recevant l'honneur de votre hommage, le premier numéro de la nouvelle revue « Regnabit » consacrée aux hauts intérêts du Sacré-Coeur de notre Sauveur, je vous avoue que je suis rempli d'allé- gresse. Cette publication vient répondre, à bonne heure, à l'universa- lisation de la grande dévotion d'amour, et pour cela mérite l'encou- ragement et l'accueil des catholiques et les.bénédictions des évêques. Qui lira le but et le programme de votre revue, sans doute en proclamera l'extraordinaire utilité dans le moment. Poussé par cette conviction, je fis publier au journal de mon évêché l'apparition de « Regnabit », recommandant à mes curés de s'y abonner. Du Sacré-Coeur,à qui je dédiai — le premier évêque de cette partie du troupeau de Jesus-Christ, — mes ouailles si chères à mon coeur de pasteur, j'implore les bénédictions les plus abondantes sur vous, Monsieur, et sur tous ceux qui travaillent à l'honneur de. ce Coeur divin qui a tant aimé les hommes. Aracaju (Brésil), le 4 juillet 1921. J- JOSEPH,évêque de Aracaju. . Evêché de Kumbakonam (Indes) le 16 juin 1921. CHERMONSIEUR L'ABBÉ, J'ai bien reçu le premier numéro de votre belle Revue « Regnabit ». Je l'admire de tout point, et demande pour elle lès bénédictions du Divin Coeur dont elle veut étendre le règne. Je regrette seulement que notre pauvreté ne me permette pas de m'y abonner. Je suis, cher Monsieur l'abbé, votre tout dévoué en Notre-Sei- gneur. |'A. CHAPUIS, vêque de Kumbakonam. é Bishop's House. Batticaloa, le 20 juin 1921. MON RÉVÉREND PÈRE, Je vous remercie beaucoup de l'envoi du premier numéro de
  4. 4. — 227 — «Regnabit». J'ai lu votre revue avec un très grand intérêt,et je ne regrette qu'une chose, c'est que mon maigre budget d'Evèque-Mis- sionnaire ne me permette pas de m'y abonner dès maintenant. Je vais me mettre en campagne pour trouver une âme charitable qui fasse les frais de mon abonnement. Sans nul doute, mon Révérend Père, cette Revue servira gran- dement à faire mieux connaître, aimer et servir le Divin Coeur et c'est vraiment oeuvre d'apôtrë que vous entreprenez. Très volontiers je vous enverrai de temps à autre des rensei- gnements concernant la Dévotion au Sacré-Coeur dans le diocèse de Trincomalie. Ce diocèse, étant confié aux Pères Jésuites Français, vous devinez s'ils se font un point d'honneur de promouvoir cette dévotion.... Je demande au Divin Coeur, mon Révérend Père, de bénir vos efforts pour le faire mieux aimer, et avec l'expression de mon entière sympathie, je vous envoie ma meilleure bénédiction en N. S. GASTON S. ROBICHEZ, J. évêque de Trincomalie (Ceylan). Évêché d'Osaka, Tomijima-cho 58 Ban, Tenshudo, Osaka, (Japan). Osaka, le 26 juin 1921. CHERMONSIEUR L'ABBÉ, J'apprends avec plaisir la publication de « Regnabit », revue universelle du Sacré-Coeur, et je m'empresse de m'abonner à cette revue nouvelle. ' Je vous envoie sous ce pli recommandé un billet de cinquante francs, représentant le prix de mon abonnement à a Regnabit » pendant deux ans. Faites compter mon abonnement à partir du l»r numéro de « Regnabit », et envoyez-moi tout de suite les numéros parus déjà. Avec mes meilleurs souhaits de succès, recevez, Monsieur l'Abbé, "' l'assurance de mes sentiments bien reconnaissants en N. S. f J~B- CASTANIER, évêque d'Osaka. D'un prêtre : Laissez-moi vous dire toute la joie que me cause personnellement votre Revue, et le grand intérêt avec lequel je la lis. On est heureux (et on ne saurait ne pas l'être) d'être au courant de tout ce qui se fait dans le monde entier pour le Coeur de Notre-Seigneur. En parti- culier l'article que je viens de lire sur la Basilique à élever au Sacré- Coeur à Jérusalem m'a consolé beaucoup, alors que maintenant les hérétiques, les Juifs et les infidèles cherchent à établir là-bas leur domination radicalement opposée au Règne du Sacré-Coeur. Je me dis : il faut bien prier pour cette grande entreprise, ce nouveau gestum Dei per Francos, et avoir confiance : Regnabit.
  5. 5. ; — 228 — Enfin, deux lettres d'apôtres : ET MON RÉVÉREND CHERPÈRE, Nous sommes heureux de pouvoir en toute sincérité vous féli- citer de vos lres livraisons de « Regnabit ».Le plan en est bien conçu, lar- gement traité ; et la devise: « Regnabit »à laquelle vous revenez souvent avec raison, donne de l'unité aux multiples oeuvres dont Vous parlez et qui sont les manifestations variées de ce Règne d'Amour, MONSIEUR L'ABBÉ, Je vous remercie bien vivement de m'avoir adressé plusieurs Nos de juillet. Votre Revue, c'est une véritable nourriture pour le coeur et l'esprit. Je suis reconnaissante à « Regnabit » de m'avoir apporté l'écho des Fêtes de Paray-le-Monial où j'ai tant regretté de ne pas être. C'est bien doux aussi de connaître toutes' les oeuvres •qui, sur terre, sont nées à la gloire du Sacré-Coeur: cela fortifie l'espé- rance que nous avons du Règne de Dieu sur le monde et de son triom- phe complet... Que dire aussi de la doctrine si sûre qui nous est offerte dans ces pages... Il semble, en s'en nourrissant, qu'on soit en communion plus intime avec l'Eglise. Monsieur l'Abbé, je vous promets de beaucoup prier pour l'ex- tension de « Regnabit », pour que le divin Maître vous aide à condui- re selon ses désirs, une oeuvre qui doit être si lourde, à plusieurs points de' vue. Qu'il vous aide, qu'il bénisse votre tâche, et qu'il accepte à cet effet, pour l'extension de son règne, l'offrande que les petites âmes qui ne peuvent autre chose, Lui font des menues actions et des occupations ordinaires qui remplissent leurs journées. — Ces prières, ces offrandes des «menues actions»,nous savons bien qu'elles sont le prix des abondantes bénédictions dont le Sacré-Coeur comble Regnabit. Que tous nos amis redoublent de prières et de sacrifices ! Notre entreprise, si encouragée, si enthousiasmante, doit se déve- lopper toujours .plus. De mieux en mieux nous voulons réaliseri selon l'esprit même du Sacré Coeur, notre programme universel, et «mettre les âmes en communion intime avec l'Eglise ». * * * Mettre les âmes en communion intime avec {l'Eglise... Chers lecteurs de Regnabit, l'article que vous allez lire vous montrera que c'est notre voeu le plus cher. Et nous vous demandons des prières spéciales pour tous les projets que les pages suivantes vous feront connaître, ou vous laisseront deviner... F. ANIZAN, Secrétaire Général de Rédaction.
  6. 6. - 229 — /. LES IDÉES Les Souverains Pontifes et le Sacré-Coeur. i "LITTÉRATURE PONTIFICALE" du Sacré-Coeur. SON EXCELLENCE. Les plus grands écrivains du Sacré-Coeur, nous ne craignons pas de l'affirmer, ont toujours été les Souverains Pontifes. Chacun de leurs écrits, à cet égard, a été un ACTE... Et un ACTE PONTIFICAL... Docteurs et Pasteurs dans l'Eglise universelle, ils sont — dans tous les sens du mot — les Maîtres et les Modèles de la-- Dévotion au Sacré-Coeur. Mieux que les docteurs privés les plus savants, ou que les pasteurs inférieurs les plus zélés, ils ont marqué chacun de leurs « ACTES» concernant le Culte du Sacré-Coeur, (comme, du reste, tous les Actes de leur Souverain Pontificat, quels qu'ils soient), du double sceau de leur Magistère et de leur Ministère, surnatu- rels, suprêmes. Nul écrit, nul geste, ne prévaudra jamais sur les écrits ni sur les gestes des Papes. Leurs « Documents Pontificaux » et leurs « Regestes Ponti- ficaux » nous documentent et nous régentent. Et cela d'une façon absolue et sans rivale. Ils font foi et ils font loi. Critères suprêmes et derniers, leur autorité transcendante est l'unique mesure normale qui « jauge » les idées et les faits, les théories et les pratiques; bref: la doctrine et l'exercice du vrai culte catholique du Sacré-Coeur. IMPORTANCE HISTORiaUE. Au surplus, l'enchaînement logique et la succession chrono- logique de ces Actes Pontificaux eux-mêmes constituent la seule vraie Histoire, l'Histoire officielle de la Dévotion au Sacré-Coeur.
  7. 7. — 230'— . Il serait du plus haut intérêt —non moins que de la plus élémentaire justice à l'égard du Saint-Siège, — d'étudier aussi à la lumière de ces « Actes » émanés des « Saints Pères de Rome » (et non plus seulement à la faible clarté de ceux de quelques saintes âmes, comme on l'a fait couramment), le rôle et l'action de l'Eglise, par les Souverains Pontifes en personne, dans le développement progressif de la dévotion au Sacré-Coeur, au cours des derniers siècles de l'Histoire Générale. PORTÉE THÉOLOGiaUE. Ces Actes pontificaux, d'ailleurs ont une portée théologique universelle, Ils englobent, à la fois, toutes les connaissances spéculatives ou pratiques qui constituent la Théologie intégrale. Vous y trouverez tout le Dogme et toute la Théologie officielle ; toute la Morale et la Casuistique la plus variée ; les formes les plus menues de l'Ascétisme et de la Mystique chrétiennes ; le Droit et la Liturgie romaines ; la Pastorale cléricale, apostolique ou monastique ; l'Hagiographie-la plus ravissante; l'Histoire, sous toutes ses phases, avec ses lumières et ses ombres... Que nous faut-il donc de plus ? Et qu'avons-nous, si nous n'avons pas cela ? En tout ce qui concerne le Sacré-Coeur et son Culte nous sommes tributaires des Souverains Pontifes. Seuls leurs « Actes Pontificaux », de hoc, nous fournissent ce que nous pouvons appeler : La Théologie Pontificale du Sacré-Coeur. Mais elle-même gît tout entière dans la Littérature Pontificale du Sacré-Coeur. Elle en est la fleur et le fruit, et s'épanouit à toutes ses pages. Nous devons aller l'y cueillir. ÉTUDES NÉCESSAIRES. Si la Patristique du Sacré-Coeur a ses docteurs et ses histo- riens, la « Littérature Pontificale » et la « Théologie Pontificale » dù_Sacré-Coeur doivent avoir, enfin, les leurs. Des études positives sur le Sacré-Coeur, d'après les documents pontificaux, — à la fois doctrinales, pratiqués, juridiques ou historiques — sont de plus en plus urgentes, au milieu et au- dessus du flot innombrable de productions que la piété, le zèle ou le souci de la doctrine, ont fait surgir, au point d'encombrer les rayons de nos bibliothèques ou de rendre perplexes les lecteurs en désarroi, avides d'apprendre. La Bibliographie générale du Sacré-Coeur est abondante.
  8. 8. — 231 — La Pontificologie Q) du Sacré-Coeur est restée embryonnaire, hélas !,.. Et pourtant, dans les Documents Pontificaux du Sacré-Coeur que nous préconisons, tous les prêtres catholiques puiseraient d'utiles indications dont bénéficierait leur ministère sacré, auprès des âmes, tant pour la prédication que pour la direction spirituelle. Les chrétiens dirigeants, très spécialement les Ecrivains du Sacré-Coeur, n'aborderaient cette « Grande Dévotion » qu'avec la pleine lumière que répandent sur elle et le Magistère et le Gouver- nement suprêmes du Vicaire de Jésus-Christ. Les fidèles de bonne volonté, avides de ne boire jamais qu'à l'unique source d'eau vive qui doive alimenter leur méditation et leur piété : l'Eglise enseignante, dont elles recherchent les enseignements à travers les auteurs privés qui s'offrent à leur âme en détresse, auraient enfin satisfaction. Plus d'une âme mystique — osons le dire — et plus d'un champion du Sacré-Coeur, trouveraient, dans cette voie ponti- ficale, et plus de sécurité, et plus de fécondité. L'histoire la plus récente, comme l'histoire la plus reculée, fournit à ce sujet, plus d'un exemple typique et retentissant, qu'ont enregistré — les uns après les autres •— depuis des siècles, les annales des fastes pontificaux et... les registres du Saint-Office !... Aller au Coeur de Jésus par le Vicaire du Coeur de Jésus, quoi de plus sûr et de meilleur ? Et n'est-ce pas toujours, dans l'Eglise catholique, la voie normale, pour tous : fidèles, prêtres et évêques ?... l * LACUNES. Ces principes supérieurs sont incontestables. Nul catholique, soucieux de la plus parfaite orthodoxie de pensée ou de conduite, ou simplement d'une plus complète piété catholique-romaine, ne saurait s'y soustraire. Toutefois, dans la pratique, nous devons bien l'avouer ici, les moyens efficaces d'aborder les « Documents Pontificaux du Sacré-Coeur. » sont des plus restreints pour le public chrétien. Ecrivains et propagandistes, éditeurs et typographes, (même qualifiés de pontificaux), n'ont pas excédé, comme il eût convenu, en ce genre de spécialité professionnelle. Si l'étude fragmentaire de tel ou tel document pontifical majeur, du Sacré-Coeur, a été faite, de ci de là, plus pu moins ; (1) SU venia verbo...On comprendrasans peine, notre pensée,dans ce néo- logismetechnique.
  9. 9. — 232 ^ si même certains ouvrages modernes de vulgarisation ou de science, n'ont été inspirés à leurs auteurs que par ce souci primor- dial d'utiliser, et de mettre en oeuvre, des textes pontificaux extrêmement intéressants ou collectionnés avec plus d'abon- dance ; nous sommes loin, cependant, de toute l'ampleur et de la plénitude requises en une matière, de fait si importante et si riche. Des sujets, bien moindres assurément que la Dévotion au Sacré-Coeur, ont été gratifiés de travaux plus «exhaustifs». Pourquoi cette lacune ? (!) LES CAUSES. Parceque les éléments d'information, requis au préalable, sont restés généralement trop peu connus, trop éparpillés même et dispersés, incomplètement vulgarisés, voire parfois absolument oubliés dans la poussière des bibliothèques ou des archives locales, ou dans de rares périodiques documentaires spéciaux. Ceux-ci, peu abordables aux fidèles ou aux intellectuels catholiques, sinon toujours au clergé séculier ou régulier et aux écrivains de profession, forment des collections respectables qui effraient. Les Analecta Juris Pontificû, les Acta Sanctoe Sedis, les Analecta Ecclesiastica, le Canoniste Contemporain, l'Ami du Clergé, les Acta Apostolica — ou les Acta Apostoiicoe Sedis, publi- cation officielle dû Saint-Siège — ne sont pas précisément des livres de poche, ou de bureau, ni de commune diffusion !.. (1) L'Encyclique AnnumSacrumde Léon XIII (25 mai 1899)"urla «Con- s sécration GenreHumainau Sacré-Coeur a été l'objet, dans diversesRevues du ,» d'alors, et dans des Mandementspiscopaux, 'études magistrales é d qu'on ne relit pas assez. La lettre de la S. CongrégationesRites qui la suivitde près (21juillet 1899) d par ordre dii Pape : «De CultuSacratissimi ordisJÉSUAMPLIFICANDO C »mérite- rait le même retentissement. Enfait de livres,celuidu P. AngeLeDoré, upérieur énéral e laCongrégation s g d de Jésus et Marie(Eudistes), intitulé «Le Sacré-Coeur Jésus, son Amour,d'a- de près la doctrinedu Bx Jean Eudes, Père, Docteuret Apôtre de la Dévotionau Sacré-Coeur»Paris, Lethielleux,l.d. 11909],1 vol. in-12de IX-494pages),a ( pour but d'étudier cette doctrineet ce bienheureux la lumièredes documents à pontificaux,spécialement ses procès de Béatification. 'est une excellente de C monographiede propagande,tant du Sacré-Coeur du BienheureuxJean que Eudes. De plus large portée est l'incomparable ouvrage d'érudition,en latin, du très docte PèreNicolasNilles,S. J., docteuret professeur e théologie de droit d et. canon à TUnivertité,alors impérialeet royale, d'Innsbruck,dans le Tyrol, in- titulé : De fiationibusFestorumSacratissimi ordisJesu et Purissimi Cordis C Mariai, editio quinta etc... OEnipohte, ibraria academicaWagnèriana,1885 L (2 vol. in-8, de LIX 606et 664 pages.) Ces deuxvolumes compactes, n'ont qui jamais été traduits en français, sont une véritable petite encyclopédie suelle u à l'usagedes studieuxdu Sacré-Coeur, par lesrichesses tant d'éruditionemprunt tées à toutes les branchesdu savoir ecclésiastique, quepar l'abondance Actes des pontificauxqui y occupentlà premièreplace et fournissent u livre son cadre, a son fil conducteuret sa caractéristique. ontifical,l'ouvrage du P. Nilles Test P plus qu'aucunautre, en la matière.Mais,denouvellesecherchesaitespermettent r f de constaterqu'il est lui-mêmetrès incomplet.
  10. 10. .".- —233.—' Nous pourrions même signaler telle Université réputée, d'Eglise ou d'Etat, qui n'en possède pas le moindre exdemplaire. On en est réduit alors, à des brochures ou à des feuilles pieuses de circonstance, bu à la chronique rapide de quelques journaux ou revues catholiques qui fassent aux Actes ponti- ficaux l'honneur d'une mention passagère, dans le tourbillon de l'actualité qui les entraîne. Ce n'est pas assez !.. Autant en emporte le vent... Nous ne disons, rien de tel ouvrage ou de telle monographie, justement célèbre d'ailleurs, où la portée.d'Actes très importants se trouve savamment amoindrie par des plaidoyers intéressés ; leur texte et leur teneur obstinément sollicités et forcés; pour sauver une théorie ou une pratique restées très chères ; d'autres fois tronqués par d'habiles chroniques, préoccupées de pallier et d'estomper les faits, — ou de les « escamoter » avec les textes, par des prétentions obstinées ou de complaisants points de sus- pension... Nous en passons !.. Ces procédés, vestiges archaïques d'un gallicanisme démodé, doivent faire place à la loyauté catho- lique et à la sincérité sereine de l'histoire. DES VUES D'ENSEMBLE. En outre, plus d'un point de l'histoire fondamentale ou de la pratique courante de la a Dévotion » qui nous est chère, n'est encore étudié qu'à la lueur particulière de telle oeuvre, qui en préconise tel aspect ; ou du patriotisme national propre à l'auteur ; plutôt qu'à la lumière objective, intégrale, des pièces originales et des procès-verbaux officiels complets, et de tout l'ensemble, enfin, de la « Documentation catholique pontificale » telle que le Saint-Siège l'élabore sans cesse, généreusement, dans l'exercice de son office quotidien. D'ailleurs, les études en question fussent-elles objectives et complètes, il y a tout intérêt, pour la compréhension d'ensem- ble, à leur compénétration réciproque ; et cela dans le cadre pontifical même, — historique et chronologique — où l'Eglise, avec l'Esprit-Saint, les a fait éclore à l'heure de Dieu !.. COLLECTION NÉCESSAIRE. Concluons donc qu'il importe, au plus tôt, de procéder à l'inventaire général, aussi minutieux et aussi précis que possible, de tous les Actes pontificaux qui, de près ou- de loin, concernent le Sacré-Coeur et son Culte ; ou qui s'y rapportent, directement ou indirectement. Il nous faut le BULLAIRE DU SACRÉ-COEUR au grand (*), complet ; la collection universelle des. pièces « authentiques » . ' > (1) Nous employons mot de Bullaire,pour plus de brièveté,dans le sens le généralde «Collection'detous Actes du Saint-Siège quels qu ils soient».
  11. 11. — 234 — romaines : Collectanea universa Sacri Cordis Iesu. Voilà la tâche première à réaliser. En attendant qu'une Commission spéciale — c'est notre, voeu, le plus cher— en entreprenne à Rome même, au sein des des Archives de l'Eglise, une édition définitive sinon officielle, la Revue Regnabit voudrait, dès maintenant, pourvoir en ce genre à un ESSAIsérieux. Puisse-t-elle aboutir heureusement, dans cette compilation documentaire qui sera le TRÉSORdes dévots du Sacré-Coeur, LA SOMME PONTIFICALE sa doctrine et son culte, la BIBLIOTHÈQUE de SACRÉEpar excellence, de l'incomparable « Littérature » éclose, sur le siège de Saint-Pierre, au souffle de l'Amour du Verbe Incarné, adoré dans la réalité et dans le symbole de son divin Coeur. Cette LITTÉRATUREPONTIFICALEDU SACRÉ-COEUR prélu- dera à la THÉOLOGIE bu PONTIFICALE SACRÉ-COEUR. Celle-ci ne tentera les coeurs que lorsque celle-là sera entre toutes les mains. Essayons d'en hâter l'avènement. Le Sacré-Coeur lui-même nous sera en aide !.. Pour "LE BULLAIRE DU SACRÉ-COEUR". APPEL A TOUS. Les idées que nous venons d'esquisser, nous supplions ins- tamment nos sympathiques et distingués adhérents de vouloir bien, parfois, les relire à loisir et les méditer avec foi. « A la plus grande gloire du Sacré-Coeur et du Saint-Siège Apostolique » tel doit être le mot d'ordre universel. AD MAJOREM SACRATISSIMI — CORDISIESU GLORIAM SANC- TAMROMANAM ECCLESIAM PROMOVERE. A cette condition Regnabit ! Il régnera... Car si l'excellence, l'utilité.et la nécessité de la « Littérature Pontificale» n'ont actuellement d'égales que la rareté, l'imper- fection, l'insuffisance des études qu'on lui voue ou des sources dont elle dispose, il faut y remédier, au préalable, en constituant le « BULLAIREDU SACRÉ-COEUR ». Tentons un « ESSAI». En conséquence : Nous adressons à nos dévoués collaborateurs et lecteurs un pressant et confiant appel. Qu'ils daignent avoir l'obligeance de nous transmettre, dans leur texte original, avec les suscriptions
  12. 12. — 235 — et clausules d'usage, ou la teneur des suppliques y afférentes, . — et en nous garantissant, par les moyens à leur disposition, l'authenticité et la fidélité du texte et de la copie transmises, sans oublier les références nécessaires des sources, — tous docu- ments pontificaux, écrits ou imprimés, parvenus à leur connais- sance, ou dormant dans leurs archives, ou dans les registres, les et les livres sous leur main (x). • =". périodiques Nous convions de même chaque OEuvre particulière, con- frérie ou paroisse, etc., chaque Diocèse, chaque Ordre, Congréga- tion ou Société religieuse, du vocable ou en l'honneur du Sacré- Coeur, à nous fournir leur appoint documentaire des plus précieux et, parfois, des plus inédits. DANS TOUS LES PAYS. Tous les pays du monde ont à coopérer à ce Perenne Monu" mentum. Non seulement l'Italie ou la France, mais encore, à des titres spéciaux qu'atteste l'Histoire, la Pologne, le Tyrol, le Portugal et l'Espagne, toute l'Amérique latine ; le Canada, l'An- gleterre, l'Allemagne, la Hongrie, l'Autriche ; les Etats-Unis ; l'Asie-Mineure : le Liban, la Syrie,, la Mésopotamie ; la Perse, les Indes, la Chine et l'Extrême-Orient ; l'Australie et l'Afrique. Bref, toutes les parties du monde, et toute la Chrétienté, toutes, les Missions et tous les Rites. LES CHANCELLERIES. Notre appel s'adresse très spécialement aux Chancelleries des multiples diocèses du monde entier qui possèdent dans leurs archives pontificales propres, nous avons pu le constater quel- quefois, des trésors souvent inexplorés. Du plus minime « Rescrit » émané des Congrégations Romaines, aux « Lettres Apostoliques » les plus solennelles de forme, toute contribution qu'on voudra bien nous accorder sera très qualifiée, et ne pourra qu'ajouter au lustre d'érudition catholique requis pour cette « Somme Ponti- ficale du Sacré-Coeur » que nous tentons de réaliser. LES CONGRÉGATIONS DU SACRÉ-COEUR. Les innombrables Congrégations ou Sociétés religieuses, d'hommes ou de femmes, placées sous le vocable du Sacré-Coeur ou des Sacrés-Coeurs, ou simplement professant son culte, se doivent de voir figurer respectivement, dans notre Collection : les pièces romaines qui les dénomment, les louent ou les approu- vent ; l'extrait des Saintes Règles qui mentionne leurs formules (1) Nous excluonsseulementles collectionssuivantes dont nous prenons nous-mêmesa charge: Analecta l Juris Pontificiï, ctaSancloe edis,Analecta c- A S E Acta Apostolica, ' Apostolicoe clesiastica, Acta Sedis,et les revuesl'Ami du Clergé et le CanonisteContemporaine
  13. 13. - .256 —';',. de, prières ou pratiques spéciales en l'honneur du Sacré-Coeur. ; les Rescrits d'indulgences dont elles sont gratifiées de ce fait ; les décisions des Rites concernant leur calendrier, leur office et leur messe, du Sacré-Coeur, etc ; sans oublier les Brefs obtenus >pour les. oeuvres de Piété ou d'Apostolat du Sacré-Coeur que le Saint-Siège leur a confiées. ^ Ne sont-elles pas toutes, en effet, l'Armée professionnelle de l'Amour du Sacré-Coeur » ? Leurs Secrétariats Généraux, ou leurs Procures, acquies- ceront, nous osons l'espérer, à notre instante requête. Que n'ont-elles toutes leurs Analecta pontificaux périodiques, — tels les Frères Mineurs Capucins, les Missionnaires du Sacré- Coeur (d'Issoudun), et d'autres — ou leur Bullaire général comme les grands Ordres — où il soit loisible de puiser à pleines mains !.. L'Ordre de la Visitation, en particulier, (ainsi que celui des Ursulines, avant la Grande Révolution), a été honoré d'une mul- titude de Brefs Pontificaux, pour presque chacun de ses Monas- tères, y alimentant, au dedans et au dehors, une dévotion ardente au Sacré-Coeur. Le Livre du Père Letierce sur ce sujet est très suggestif (L). Par malheur, l'auteur ne les cite que fragmentai- i rement — et trop librement — avec de véritables négligences, erreurs ou contradictions, quant aux dates et aux textes. Ce qui rend, souvent, ses données presque inutilisables. Le Réper- toire est à refaire, et sur les sources mêmes de la Visitation. Qui l'entreprendra ?.. Ou qui nous apportera cette riche contribu- tion ?.. OEUVRES DIVERSES DU SACRÉ-COEUR. Quant aux OEuvres proprement dites du Sacré-Coeur — Archi- confréries, Confréries, Pieuses Unions, Associations, Sodalités, Ligues, Fédérations, Académies, Universités, Collèges, Hôpitaux, Ouvroirs, Orphelinats, Pèlerinages, etc., etc. — de toutes déno- minations et de toutes fins, anciennes ou récentes, disparues ou survivantes, aux formes et aux pratiques les plus variées — ne sont-elles pas la source la plus abondante (et la plus touffue !..) de notre Documentation Pontificale ?.. ..- Elles prouvent.la souplesse infinie de l'Eglise qui les approuve toutes et les guide toutes ; la'diversité des vocations spirituelles que le même Esprit-Saint suscije dans l'Eglise unique ; et la richesse divine du fonds commun qu'elles exploitent séparément : la Dévotion et le Culte universels du Sacré-Coeur de Notre-Seir -i gneur Jésus-Christ. (1): LETIERIE J. Etudesur le Sacré-Coeur. S. TomeI Le Sacré-Coeur la Visi- et _tation Sainte-Marie.Paris, Vie et Amat, 1890.Un vol. in-8.de X-633pages.
  14. 14. — 237 — A ce spectacle si touchant, on ne peut s'empêcher de s'écrier, mieux que le poète antique : Incessu patuit dea. Rien qu'à son allure, à sa démarche générale, cette dévotion se montre divine!.. L'OEuvre si méritante de l'Apostolat de la Prière, Ligue de prières en union avec le Coeur de Jésus, avait publié jadis son recueil pontifical propre, sous le titre : « Acta Sanctoe Sedis- circa piam christianorùm foederationem in honorem SS. Cordis Jesu sub titulo APOSTOLATUS ORATIONIS instituiam, editio altéra, 1888, Tolosoe apud Directorem Nuntù Cordis Jesu». C'était évidem- ment, un opuscule très intéressant pour le point qui nous occupe. Il n'a été ni complété ni réédité, et reste aujourd'hui introuvable. Nous nous adressons ici à nos lecteurs pour en faire l'acquisition... Le siège central de l'OEuvre n'ayant pu nous donner satisfaction... L'Archiconfrérie Romaine du Sacré-Coeur n'a jamais publié que des sommaires la concernant, que nous sachions. Quelqu'amï du Sacré-Coeur, habitant Rome, voudrait-il bien nous faire l'agré- able surprise de nous adresser le Cartulaire (avec les textes) de cette OEuvre Primaire ?.. Ainsi que de l'OEuvre homonyme dei Sacconi ?.. Les Archiconfréries si célèbres et si prospères de Montmartre, de Paray-le-Monial, et autrefois de Moulins, (pour ne parler que- de la France) ; comme les nombreuses Archiconfréries de là Garde d'Honneur, établies dans les deux hémisphères, n'ont publié que dans leurs Bulletins particuliers des fragments ou des traductions des Actes pontificaux les concernant. Cependant quels beaux « Livres d'Or » on en pourrait faire !.. 1 Que le Sacré-Coeur de Jésus inspire à toutes ces OEuvres — et à d'autres — quelles qu'elles soient, d'entreprendre pour sa plus grande gloire et l'honneur du Saint-Siège Apostolique, leur Répertoire Pontifical Particulier que nous serions ravis d'in- sérer dans notre Répertoire Pontifical Universel. ÉCRIVAINS DU SACRÉ-COEUR. Les auteurs ou directeurs, de livres ou de revues consacrés au Sacré-Coeur, qui ont été gratifiés de quelque Bref, Lettre Pontificale ou Bénédiction Apostolique,, peuvent nous en adresser le texte que nous serons heureux d'insérer, avec le titre complet de l'écrit qui le leur a valu, et l'adresse ou dédicace qu'ils ont présentée au Saint-Siège à cet effet. MONUMENTS DU SACRÉ-COEUR, Nous en disons autant pour les Documents pontificaux concernant les Monuments publics érigés en l'honneur du Sacré-
  15. 15. — 238 — Coeur, les Basiliques, Sanctuaires* Pèlerinages, Eglises, Chapelles ou Oratoires de son vocable ou siège de son culte, ou possédant un tableau historique, une image, une statue insigne, indulgen- ciée ou couronnée. Nous ferions volontiers l'acquisition, pour en illustrer notre « Album Pontifical du Sacré-Coeur », des meil- leures estampes, photographies ou clichés gravés qui en exis- teraient. On peut nous faire des offres... LES MYSTiaUES DU SACRÉ-COEUR. Il n'est pas jusqu'à la Liturgie et à l'Hagiographie ancienne des Grands Ordres qui ne puisse contribuer à notre compilation. En effet, Chanoines Réguliers, Bénédictins, Camaldules, - Prémontrés, Cisterciens, Trappistes, Chartreux, Dominicains, Franciscains, Augustins, Carmes, Servîtes, Trinitaires, etc., etc.. — hommes et femmes — offrent dans les siècles passés et dès leur origine lointaine, de brillants échantillons de dévotion mys- tique au Coeur Sacré de Jésus, et de faveurs spirituelles insignes pu miraculeuses reçues de Lui. Il convient, de leur donner une place d'honneur immédia- tement avant les Saints modernes, qui, à la suite du Bienheureux Jean Eudes et de Sainte Marguerite Alacoque, ont propagé ou pratiqué le culte ecclésiastique du Sacré-Coeur, tel que nous le connaissons aujourd'hui. Les Actes du Saint-Siège concernant ces « Dévots mystiques du Sacré-Coeur », ou leur Culte, leur Béatification et Canonisation; leur Synopsis, vitoe ; les Leçons historiques dans le Bréviaire Régulier ; leur Messe ou Oraison au Missel Monastique ; leur Eulogium au Martyrologe propre, etc., sont un vaste champ d'informations, à exploiter pour leur valeur historique et leur valeur pontificale documentaire romaine. ARCHIVES CIVILES. Les Archives civiles des Etats et des Villes modernes, enfin, enrichies souvent des dépouilles de l'Eglise, surtout depuis le Protestantisme et les Révolutions ou Liquidations (!) laïques, recèlent des trésors de documents pontificaux que dépouille- raient, avec plaisir et profit, quelques historiens, chroniqueurs, archéologues, paléographes ou chartristes, dévoués au Sacré-Coeur de Notre-Seigneur. Ne mérite-t-Il pas, en effet, avec le Saint-Siège, cet hommage d'avide inquisition que l'Ecole des Chartes, les Commissions ou
  16. 16. _ 239 — Académies historiques, rendent tous les jours et à grands frais, à des personnalités et à des causes parfois des plus médiocres, et pour des fins souvent des moins surnaturelles ?.. j * * * . CONCLUSION LA MOISSON & LES OUVRIERS DU SACRÉ-COEUR. Nous en avons dit assez pour être compris de tous les amis du Sacré-Coeur. Messis quidem multa, operariï autempauci Math, ix, 37. Luc x, 2. ajouterons nous volontiers, en achevant cet aperçu. La LITTÉRA- TURE PONTIFICALE que les Souverains Pontifes ont élaborée, , au cours des âges, à la gloire du Sacré-Coeur, est une Moisson immense qui réclame des Ouvriers. Prions le Sacré-Coeur, Maître de laMoisson, de les envoyer à la Sainte-Eglise. Ad perpetuam rei memoriam, se sont écriés, des milliers de fois, les Papes, en promulgant leurs ACTES PONTIFICAUX DU SACRÉ-COEUR. Ouvriers du Sacré-Coeur, collaborons tous, d'un même' coeur, afin d'en perpétuer la mémoire dans tout l'Univers. Pour cela — d'abord — collectionnons-les. Afin de les éditer, et de les étudier, ensuite. Et d'en propager, enfin, la THÉOLOGIEPONTIFICALE DU SACRÉ-COEUR qu'ils contiennent. ABBÉ EM, HOFFET. Paris.
  17. 17. :~ v-:-.' ' 'i ;— 240^- '"-7 Les Révélations privées 111. - Le discernement des révélations divines Il y a de nos jours, comme il y en a eu de tout temps dans le passé, et comme il y en aura toujours dans l'avenir, des âmes que Dieu reçoit dans son intimité, au point de se mettre avec elles en communication directe de pensées, sans toutefois leur donner de mission officielle pour transmettre à l'Eglise les paroles qu'il leur fait entendre dans ces colloques divins. C'est là un fait absolument certain, admis par tous les théologiens, et contenu dans l'enseignement ordinaire de l'Eglise : nous l'avons suffi- sament démontré dans notre dernier article. La question qui se pose à nous aujourd'hui est connexe avec la précédente, mais elle est beaucoup plus précise, et aussi plus difficile à résoudre : Admis qu'il y ait des révélations divines d'ordre privé, est-il possible de les distinguer sûrement de tous les autres phénomènes qui ont avec elles quelque analogie, et de reconnaître avec certitude leur origine divine ? S'il ne s'agissait que des révélations privées qui restent cachées et secrètes entre Dieu et l'âme, ou qui sont tout au plus communiquées au directeur, nous n'aurions guère à en parler ici ; elles n'intéressent personne, en effet, sinon celui qui les reçoit et le directeur qui doit les examiner. Mais il y a aussi des révélations divines qui, tout en restant par elles-mêmes d'ordre privé, sont cependant, en fait, publiées et portées à la connaissance des fidèles, comme sont,, par exemple, toutes les révélations rapportées dans les vies des Saints. Celles- ci ne peuvent manquer d'exercer une certaine influence sur la conduite des âmes pieuses qui en font parfois leur lecture pré- férée. Et même, il faut bien l'avouer, nombreuses sont ces bonnes âmes qui montrent sur ce point une trop grande crédulité, et . acceptent, sans aucun examen, comme paroles de Dieu toutes les prétendues révélations publiées sous le couvert de quelque nom vénérable; pourvu encore qu'elles n'aillent pas jusqu'à confondre dans une même foi ces soi-disant paroles divines avec les vérités de notre sainte religion, que l'Eglise nous pro- pose comme dogmes de foi !, Devant ces sortes de publications, ni l'autorité ecclésias- tique, ni les directeurs d'âmes ne peuvent garder le silence on'se montrer indifférents. Impossible.d'ailleurs de les condamner toutes en bloc : ce serait certainement aller contre la pensée/et la doctrine de l'Eglise ; impossible pareillement de les approuver toutes : il y a tant d'illusions à redouter ! Il reste donc, pour le bien des fidèles qui les lisent, à les examiner, à les juger et
  18. 18. '.. —241— . finalement à discerner ce qu'on peut accepter comme révéla- tion divine et ce qu'on doit considérer comme n'étant probable- ment que le fruit d'une imagination exaltée, ou même peut-être de l'hypocrisie et du mensonge. , Dans les lignes suivantes, nous nous proposons, non pas de donner en détail tous les signes auxquels on peut reconnaître une véritable révélation, mais simplement d'indiquer, en général, les motifs sur lesquels doit reposer toute croyance aux révéla- tions privées, et parle fait même de préciser le degré de certi- tude que ces motifs peuvent produire dans un esprit bien éclairé. * * * Tout d'abord, il ne faut pas s'attendre à trouver ici une autorité infaillible qui aurait le pouvoir de nous déclarer, sans erreur possible, ce qu'il faut admettre ou rejeter, et dont les décisions réclameraient la soumission absolue de notre jugement. Pour la révélation chrétienne, il y a un intermédiaire officiel et visible, placé entre Dieu et nous, pour nous proposer la parole de Dieu, nous en expliquer le sens et nous la transmettre dans toute son intégrité et sa pureté. Cet intermédiaire est l'autorité' suprême de l'Eglise enseignante, dont Jésus^Christ a proclamé publiquement l'infaillibilité, et qui porte en elle-même des signes divins manifestes de la mission qui lui a été confiée par Dieu. Pour les révélations privées, rien de semblable. S'il existait une autorité établie par Dieu pour nous les proposer infailli- blement, ce ne pourrait être assurément que celle de l'Eglise enseignante : c'est la seule, en effet, à laquelle les fidèles soient tenus d'obéir en matière de doctrine. Or, l'Eglise ne se déclare infaillible que dans l'exposé de la révélation chrétienne, soit pour enseigner positivement les vérités qu'elle contient, soit pour condamner les erreurs qui lui sont opposées. Elle s'occupe, il est vrai, des récits répandus parmi les fidèles à titre de révé- lations ; mais son pouvoir de magistère infaillible ne s'exerce en cette matière que comme sur tout autre écrit ou toute autre doctrine, uniquement pour déclarer si telle prétendue révéla*- tion est conforme ou contraire à la révélation chrétienne. Quelquefois cependant, l'Eglise va plus loin dans l'appro- bation des révélations privées, et elle semble les admettre posi- tivement comme réelles et véritables. Mais comme nous l'expo- serons plus longuement dans la suite, elle se défend d'engager son infaillibilité, elle ne prononce aucune décision, elle n'exige aucune soumission à son jugement; elle accepte la vérité de ces révélations tout simplement comme elle admet d'autres faits historiques suffisamment démontrés par des témoignages dignes de foi. Elle étudie les paroles de ceux qui rapportent ces révélations, les examine, et voit si elles vérifient toutes les mar-
  19. 19. '• —242 — ques qui peuvent rendre acceptable une affirmation humaine dans des questions si mystérieuses. Ainsi donc, on se tromperait grandement, non seulement, si on voulait chercher dans les décisions de l'Eglise un critère infaillible de la vérité de telle pu telle révélation privée, mais même si on prétendait que ces décisions sont par elles-mêmes là règle complète de notre conduite en cette matière. L'Eglise, en effet, ne se porte jamais garante de la vérité de ces révéla- tions (1) et, même dans le cas où elle les admet, elle ne se décide qu'après l'examen rationnel et scientifique des témoins qui les rapportent. C'est donc dans l'étude des paroles du voyant que nous devons, à l'exemple de l'Eglise, aller chercher le vrai motif de notre adhésion, en examinant si celui qui se dit favorisé de révé- lations divines donne des preuves suffisantes de ses affirma- tionsy et par conséquent, s'il se présente à nous comme un témoin vraiment digne de foi. * * * Deux conditions sont absolument nécessaires pour qu'un témoin soit digne de foi, la sincérité et la science : la sincérité qui le fait parler conformément à sa pensée, la science qui Je fait penser conformément à la vérité. Si la première condition fait défaut, le témoin est un imposteur, il veut tromper les autres; si la deuxième lui manque, il est un ignorant, il se trompe lui- même. Les témoins dont nous parlons principalement en ce moment possèdent certainement la sincérité. Nous ne considérons en effet que ceux qui ont laissé dans l'Eglise un renom de sainteté manifeste, qui ont été dés modèles achevés de toutes les vertus, et dont la vie toute sainte exclut jusqu'à l'évidence la moindre intention perverse de dissimulation ou de mensonge. Comment supposer avec quelque vraisemblance une pareille intention dans les Saints que l'Eglise propose à notre vénération et à notre imitation, après avoir déclaré solennellement qu'ils ont pratiqué jusqu'à l'héroïsme toutes les vertus chrétiennes ? Presqu'aussi invraisemblable serait cette supposition pour tant d'autres Saints personnages qui, bien que n'ayant pas reçu les honneurs des autels, ont embaumé l'Eglise du parfum de leur vie toute, de pureté, d'humilité, de dévouement et de charité. Supposer dans de telles âmes l'intention de mentir serait manifestement vouloir unir les choses les plus contradictoires. Nos témoins, car encore une fois nous ne considérons que ceuxrlà, ont donc cette première qualité, la sincérité. Ont-ils pareillement la science suffisante soit pour bien discerner ce .que Dieu leur a dit,-soit pour l'exprimer exactement dans leurs paroles ou dans leurs écrits ? (1) Cf. Èncyl. » Pascendi», 2e partie, np 7. :
  20. 20. — 245 — Ici notre réponse devra être beaucoup moins'.affirmative. Si Dieu lui-même daigne parler à une âme, il a évidemment mille manières de se manifester à elle avec toute la clarté et toute l'évidence requises pour donner la certitude absolue et le parfait acquiescement de l'esprit. Sans aucun doute possible, les confi- dents intimes de la pensée de Dieu peuvent donc avoir,; quel- quefois du moins, la pleine et claire connaissance de ce que Dieu leur dit et la science suffisante pour la traduire fidèlement par la parole extérieure. Ils peuvent avoir cette connaissance et cette certitude ; en fait cependant, ils l'ont assez rarement par eux-mêmes.Ecou- tons une des âmes les plus privilégiées de Dieu, une âme dont lès révélations comptent parmi les plus authentiques, et dont l'ensei- gnement, basé sur l'expérience personnelle, jouit de la plus grande autorité dans l'Eglise. « Il y a sans doute, dit Sainte Thérèse, grand sujet de craindre que ces paroles que l'on entend ne viennent du démon ou de notre imagination ; mais si elles sont accompagnées des marques dont j'ai parlé, on peut s'assurer qu'elles viennent de Dieu. Il ne faut pas néanmoins faire ce qu'elles ordonnent, soit à notre égard ou à celui des autres, prin- < cipalement en des choses importantes sans l'avis d'un confesseur savant, prudent et homme de bien, quoique l'on entende diverses fois les mêmes paroles et que l'on soit très persuadé qu'elles viennent de Dieu, parce qu'il veut que nous en usions ainsi... Je trouve tant de péril à suivre son propre sentiment, que je vous avertis, mes soeurs, et je vous conjure au nom de Notre-Seigneur de ne jamais commettre une telle faute » (*) . La grande Sainte ne veut donc pas qu'on se fie à son propre jugement, quand on se croit favorisé de visions ou de révéla- tions, même s'il semble évident qu'elles ne viennent que de Dieu. Elle veut qu'on s'en remette à la décision d'un directeur sage, prudent et homme de bien. C'est la règle de conduite que tracent tous les maîtres de la vie spirituelle. Qu'il nous suffise de citer encore l'un des plus célèbres, Saint Jean de la Croix. Dans son ouvrage « La montée du Carmel », il revient à plusieurs reprises sur ce sujet, pour recommander aux directeurs une grande prudence,et aux dirigés une grande soumission. Parlant des diverses révélations, au livre II, chap. XXV et suivants, voici e.e qu'il dit des paroles divines qu'il appelle formelles et qu'il range parmi les plus subli- mes • « Il faut enfin donner connaissance de toutes ces choses à un confesseur prudent et expérimenté, ou à quelque autre personne docte et discrète, pour recevoir des avis et des instruc- tions ; et alors il sera de son devoir de régler la conduite de celui qui le consulte, et qui doit suivre les conseils qu'on lui donnera, (1) S*«Thérèse : Châteauintérieur6" demeure chap. III.
  21. 21. — 244 — en demeurant dans une entière soumission à la volonté du direc- teur, et dans une parfaite indifférence à l'égard de toutes ces communications » (1). Dieu lui-même ne donne pas d'autres conseils à ceux qu'il honore de ses confidences les plus manifestes. « Ecoute, ma fille, dit Notre-Seigneur à Sainte Marguerite-Marie, ne crois pas légèrement à tout esprit, et ne t'y fie pas, car Satan enrage de te décevoir. C'est pourquoi ne fais rien sans l'approbation de ceux qui te conduisent, afin qu'ayant l'autorité de l'obéissance, il ne puisse te tromper, car il n'a point de pouvoir sur les obéis- sants » (2). C'est pourquoi, nous voyons les plus grands saints douter au sujet de leurs révélations, tant qu'ils n'ont pas été rassurés par ceux qui ont charge de les diriger et de les conduire. Y a-t-il beaucoup de saints à qui Dieu ait parlé plus clairement qu'à la confidente de son Coeur, Sainte Marguerite-Marie ? Et cepen- dant quels doutes, quelles hésitations, au sujet de l'esprit qui l'anime ! « Ah ! sans doute dans l'évidence de la manifestation divine, au moment même où la lumière d'en haut illumine son âme, elle ne doute pas : elle croit, elle voit, rien ne la trouble. Mais la clarté s'efface ; la tentation succède. Si c'était le démon ! Elle a hésité en 1673, elle hésite en 1683, elle hésite en 1690, à la veille de sa mort. Malgré tous les encouragements donnés, malgré toutes les assurances reçues, il lui faut et de nouvelles assurances et de nouveaux. encouragements. Souvenez-vous, mon cher enfant, (lui dit la mère Greyfié) de ce que je vous ai déjà dit... que si c'est le diable qui veut vous abuser, il n'en viendra pas à bout, à moins que vous ne vous rendiez vaine par l'estime de vous-même... Qu'importe que ce soit le démon ou un ange qui vous conduise et vous enseigne, pourvu que ce soit en bon chemin, et que vous arriviez un jour à la perfection que Dieu vous demande » (3). Que faut-il conclure, sinon que celui qui reçoit de Dieu ces sortes de révélations n'en est pas assez certain par lui-même, et n'en possède pas une connaissance assez nette pour qu'on puisse se fier à son seul témoignage. « Je lui disais, écrit la mère Greyfié à propos de soeur Marguerite-Marie, de ne point parler dés grâces extraordinaires qu'elle recevait qu'en termes douteux, comme « il me semble », ou « il m'a semblé », ou « si je ne me trompe», et de ne point s'y fier avec tant de fermeté, qu'elle ne fût prête à s'en départir sous le jugement des personnes qui lui seraient supérieures ou qui auraient le droit d'en faire l'exa- men. Elle m'a paru toujours fidèle à cet avis » (4). (1) S*Jean de la Croix : Montéedu Carmel,livre II. ch.XXX. Voir aussi Benoit XIV, De Canon.Sanct. lib. III, c. 52, n" 6, (2) Hamon. Vie de la B"-Marguerite-Marie, . 158. p (3) Hamon. Vie de la B?° Marguerite-Marie, 318. p. (4) Vieet oeuvresI, 130.
  22. 22. — 245 — Si les confidents de Dieu ne peuvent se fier à leur propre jugement pour savoir si c'est Dieu qui leur parle, à plus forte raison doivent-ils douter d'eux-mêmes s'il s'agit d'interpréter les paroles divines qu'ils ont entendues et d'en exprimer le véri- table sens. Saint Jean de la Croix, dans l'ouvrage déjà cité, explique longuement combien sont fréquentes les erreurs de ceux qui croient pouvoir facilement saisir la portée des paroles divines. Très souvent, Dieu laisse à sa parole une certaine obscu- rité et n'en donne d'abord qu'une demi-intelligence. De plus, Dieu parle à l'âme conformément au degré de connaissances natu- relles qu'elle possède déjà ; de là, danger d'interpréter faussement les paroles de Dieu en les confondant avec les idées acquises natu- rellement par l'étude ou la méditation. Souvent encore, Dieu parle à rame par des visions, imaginatives ou intellectuelles, dont l'expression en paroles extérieures est laissée entièrement à l'activité propre du voyant. Celui-ci trouvera-t-il les mots justes pour exprimer ce que Dieu lui a dit d'une manière plus sublime ? Ou encore, quand il voudra rapporter les révélations qu'il a reçues n'aura-t-il pas déjà oublié des détails, et se sou- viendra-t-il exactement des paroles entendues ? (1) On le voit, ces causes d'erreur, et d'autres encore que nous pourrions signaler, jointes aux hésitations que nous avons trou- vées fréquemment dans l'esprit des confidents de Dieu, démon- trent clairement que nous ne pouvons pas fonder sur leur seul témoignage une adhésion certaine aux paroles qu'ils croient avoir entendues de Dieu. Leur état d'esprit ne nous manifeste pas assez qu'ils ont la deuxième qualité de tout . témoin digne de foi : la science suffisante. ! '' * * Devrons-nous donc arrêter là nos recherches, et conclure qu'il est impossible d'arriver à une certitude quelconque au sujet des révélations privées ? Non, assurément, car on peut prouver la vérité d'un témoignage autrement que par .l'auto- rité même du témoin. Le directeur ou les autres personnes sages et prudentes dont nous avons parlé plus haut et qui doivent régler le juge- ment même de celui qui se dit favorisé de révélations, ne peuvent pas évidemment baser leurs décisions sur les seules affirmations <lu voyant, puisqu'ils ont à juger ces affirmations elles-mêmes ; mais il leur reste des preuves extrinsèques pour s'assurer d'une manière satisfaisante que leur dirigé, dans le cas présent, ne se. trompe pas et que ses, paroles ne peuvent qu'être conformes, à la vérité. (1) S«Jean de la Croix.Montéedu Carmel,livre II. Ch. XIX et XX. Poulain.Des grâcesd'Oraison.6e édition, p.338 - 356. Benoit XIV. De canon, sanct. lib. III, cap. 53, n* 17.
  23. 23. — 246 — On peut lire dans les auteurs mystiques (1) l'exposé détaillé de toutes les conditions requises pour que le directeur puisse se prononcer en toute sûreté sur l'origine divine des révélations qui lui sont communiquées. Il doit d'abord connaître ou étudier la personne qui lui fait ses confidences ; quelles sont ses qualités naturelles, phy- siques, intellectuelles et morales ; quel est son degré d'instruc- tion, la rectitude de son jugement, la droiture de ses intentions. Il examine ensuite ses qualités surnaturelles : quelles vertus pratique-t-elle habituellement, ou à l'occasion de ses révéla- tions ; quelles sont surtout son humilité et sa soumission... Par là, le directeur peut déjà se former une idée générale sur la valeur du témoin qui lui parle. , Passant ensuite à la révélation elle-même, il l'étudié, en tout premier lieu, à la lumière de l'enseignement catholique pour voir si tout y est bien conforme à la doctrine de l'Eglise ; il con- sidère ensuite quels effets elle produit dans l'âme : clarté et lumières surnaturelles qui dépassent les simples illuminations de la grâce, sentiments de paix, de joie, 4e courage, d'amour intense de Dieu et du prochain ; quels effets aussi elle produit ou peut produire pour l'utilité des fidèles et le bien de l'Eglise. Si dans cet examen, toutes.les conclusions convergent vers le même point : exclusion de toute cause apparente d'erreur, insuffisance des lumières naturelles, nécessité de l'intervention directe de Dieu pour donner une explication suffisante, le direc- teur pourra considérer avec très grande probabilité, ou même peut-être avec certitude, comme révélation véritable les paroles que son confident lui dit avoir reçues de Dieu. La meilleure preuve qu'il pourrait trouver pour fixer son jugement serait la présence de signes divins : prophéties ou mira- cles bien contrôlés, et donnés pair le voyant comme preuves de la vérité de ses paroles. Et encore, même dans ce cas, le directeur ne saurait être trop prudent, car une révélation peut fort bien être confirmée par des miracles sans qu'elle soit vraie dans tous, ses détails, ou dans le sens absolu qu'on serait porté à lui donner. La vie de Saint Vincent Ferrier nous offre, à ce sujet, un curieux exemple et bien instructif. Dans ses prédications, le saint annon- çait que le jugement dernier était prochain, dans le sens,vulgaire de ce mot. Il l'avait appris par une vision très claire, énoncée sans condition, dont il prouvait la vérité en semant partout les miracles. On en comptait déjà plus de trois mille, de son propre aveu, lorsqu'il vint prêcher à Salamanque en 1412 ; et c'est là qu'il apporta en témoignage son prodige le plus célèbre, ressusci- tant pendant un quart d'heure une femme que l'on portait au "''' (!) par exemple: Poulain, Des Grâcesd'Oraison,p. 366 - 392., ' Benoit XIV. De canon, sanctïlib. III, cap. 52, n° 4.
  24. 24. -^ 247 — i .... ...'.'. cimetière, et qui confirma ses dires. Cependant, cette prophétie si bien appuyée ne s'est pas réalisée. On explique ce fait en disant qu'elle était conditionnelle (1). '.*. * * On le voit par les brèves indications qui précèdent, 'il n'est pas facile d'arriver à discerner sûrement une révélation divine, ni surtout à en comprendre toute la signification et toute la portée. Ceux qui la reçoivent de Dieu peuvent sans doute parfois en avoir la pleine certitude ou même l'évidence ; mais ceux à qui le voyant la communique ensuite ne peuvent pas prudemment se fier à sa seule parole, ni accepter son témoignage sans examen. Or, cet examen n'est guère possible, dans toute son étendue, qu'à ceux qui sont en relation intime avec le confident divin, et qui connais- sent tous les secrets de son âme. Eux seuls, en effet, peuvent re- cueillir toutes les preuves dont nous avons parlé et arriver à une vraie certitude comme fruit de leurs recherches personnelles ; et encore, leur adhésion, pour être bien motivée, ne pourra porter que sur l'ensemble et non sur chaque point des révélations qu'ils ont étudiées. Si d'autres, après eux, veulent aussi porter sur ce point un jugement personnel vraiment raisonné, ils devront autant que possible suivre la même voie ; mais bien des éléments leur feront défaut, puisqu'ils devront se contenter de quelques documents historiques pour connaître les qualités de la personne, le contenu et les circonstances des révélations, les signes divins qui sont venus peut-être les confirmer ; il leur manquera toujours l'examen direct et immédiat du confident de Dieu que. seuls, ses directeurs ont parfaitement connu à l'origine. Il leur sera donc déjà plus diffi- cile de formuler leur jugement sans crainte de se tromper. Sou- vent peut-être préfèreront-ils, au terme de leur enquête, se fier aux directeurs autorisés, qui ont pu, au début, prendre leur déci- sion après un examen plus approfondi et en pleine connaissance de cause. Cette dernière méthode est la seule que peuvent suivre com- munément les fidèles, peu versés dans l'étude de questions si dif- ficiles, et incapables de se former une opinion personnelle sUffisa- ment .motivée. S'ils veulent se conduire sagement, en présence des révélations qu'ils peuvent entendre raconter, ou encore lire dans une foule d'ouvrages, ils n'ont que cette alternative : ou bien rester sur là réserve, sans les.admettre ni les rejeter, ou bien ne les admettre que dans la mesure où elles sont approuvées par des autorités plus compétentes, théologiens savants ou directeurs prudents, dont ils prendront les décisions comme règle de leur (1) Poulain, Des"Grâces 'Oraison, p. 341. d
  25. 25. 248 propre jugement. En agissant autrement, ils feraient preuve d'une créduli ' é déraisonnable, et s'exposeraient à admettre bien des faussetés, souvent même des contradictions manifestes. * En résumé, à la question que nous nous posions au début : « Peut-on arriver à discerner sûrement les révélations privées et à connaître avec certitude leur origine divine», notre réponse est affirmative,-mais avec plusieurs restrictions : a) Le voyant lui- même peut recevoir parfois de l'action divine la pleine lumière et la parfaite certitude ; habituellement cependant il ne peut pas se fier à son propre jugement, mais seulement à celui de son direci teur. b) En règle générale, le directeur est celui qui est le mieux placé pour percevoir les preuves de l'action divine, et se prononcer avec le plus de sûreté sur l'origine des paroles qu'on lui rapporte comme venant de Dieu. c) Après lui, viennent les théologiens, surtout ceux qui sont expérimentés dans la conduite des âmes. Ils peuvent eux aussi arriver quelquefois à un discernement certain des révélations divines, quoiqu'avéc plus de difficulté, parce qu'il leur manque plusieurs éléments pour une enquête pleine et complète. d) Quant aux fidèles, généralement ils ne peuvent que se fier au jugement des théologiens ou des directeurs qui ont examiné ces révélations. Tous cependant doivent se soumettre au jugement de l'au- torité ecclésiastique, au cas où elle aurait porté quelque décision en cette matière. Nous avons dit plus haut quelques mots de son intervention au sujet des révélations privées, et insinué qu'elle les approuve parfois, et va même jusqu'à les admettre. Mais cette question de l'approbation des révélations privées par l'autorité de l'Eglise mérite une plus ample exposition : elle fera l'objet de notre pro- chaine étude. A. ESTÈVE, o. M. i.
  26. 26. — 249 — : LE Coite lirojp i Sacré-Coeur fie JÉSUS du Moyen-Age au XVIIe siècle. L'efflorescence moderne de la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus n'a eu pour égale que l'oubli où les idées jansénistes l'avait autrefois reléguée. Beaucoup de personnes croient volontiers, même parmi les dévots au Sacré-Coeur, que ce culte est chose nouvelle. Depuis deux cents ans et plus on entend répéter le même on-dit et déjà dans les opuscules où les Pères de la Compagnie de Jésus firent connaître les mérites de Marguerite-Marie, peu de temps après sa mort Q), ils durent s'élever avec force contre l'objection répandue de tous côtés, alors que, au moins en certaines nations, le culte du Sacré-Coeur de Jésus existait depuis longtemps. A l'opposé de cette opinion, née seulement de l'ignorance de l'histoire, d'autres écrivains ont dit, avec une hardiesse toute de rhéteur, que la dévotion au Sacré-Coeur avait commencé à là Cène et sur le Calvaire. S'il est vrai que l'apôtre Saint Jean est celui qui nous a conservé, dans son Evangile, l'admirable discours où l'amour de Jésus s'exprima de si touchante façon après le banquet pascal, il n'y a là rien de près ou de loin, qui touche le culte adressé à ce même amour du Christ pour nous. De même en est-il des pages où les Pères des premiers siècles voient la naissance mystique de l'Eglise dans l'eau et le sang qui s'échappent du côté entr'ouvert de Jésus, blessé de la lance(2). (1) Dévotion, u Sacré-Coeur Notre-SeigneurJésus-Christ, p. 10-18. La a dé première édition est de Lyon, 1691, et a été suivie de nombreusesautres, jusqu'à la fin du XVIIIesiècle; l'uned'ellesa été miseà l'index (1704),.non point à causede la dévotionque prêche cet opuscule,mais commecontenantun petit officenon approuvé,publié sans autorisation. (2) On ne trouve pas d'autre idée encore, dans le décret sur l'institution da la fêtedela sainte Lance; ou,pour mieuxdire,commeend'autrestextesdu moyen âge,le mot Mus et ce qui en découle,viseaussibien le contenuque le contenant, et peut égalements'appliquer au coeur,avec d'admirablesrythmes de Préface,: 0 beatissima ipsius sacri lateris apertura, unde tôt et tanta divinoepietatis dona fïuxerunt...Haeclancealaiusipsumaperiendo,sacratissimasjanuasnobisregnicoelestis aperuit. Hoecvulnerandojam morluumvulnera nostra sanavit, vitamquenobis reddiditet salutem.Hoecinnoxium transjigehdo,illius sanguine culpas nostras abstersit: et demumejusdem sacratissimisundis irrigata, coeciïatis osiroeenebras n i sustulit,et nos ipsius divinoepietatisfluviis mundavit. — Traduction: O très bienheureuse ouverture du sacré côté, d'où tant et de de tels dons de la divine pitié s'écoulèrent....La lance, en l'ouvrant, nous ouvrit les portes saintes du royaume céleste. En blessant Jésus dtjà mort, elle guérit nos blessures,nous rendant la vie et le salut. En transperçant l'innocent, elle nettoya de son sang nos fautes : et enfin, arrosés que nous fûmesde ses ondes. , sacrées,elle soulevales ténèbres de notre cécité, et nous lava dans les flots de cette divine pitié.
  27. 27. '.— 250 — - : ".' S'ils y trouvent la dernière preuve d'amour que Jésus nous vou- lut donner en répandant jusqu'à la dernière goutte de son.sang, ils ne remontent jamais à la source matérielle de ce sang, au Coeur. Ce que je dis ici est évidemment connu des historiens de la dévotion au Sacré-Coeur ; ce que j'en dirai par la suite n'est pas toujours non plus du nouveau : je ne crois pas, néanmoins, que l'on ait groupé, antérieurement à ces modestes études, l'ensemble de faits qu'elles présentent, et qui sont de nature à jeter une vive clarté sur le sens et le développement du culte, j'entends non point de la simple dévotion, mais, du culte à.forme liturgique, rendu au Sacré-Coeur de Jésus. PREMIÈRES HYMNES. Ce furent les siècles du bas moyen âge qui, avec le tempéra- ment enflammé que l'on avait alors, concrétisèrent, sous la figure du coeur, l'amour : de là naquit, tout naturellement, la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus. La plus ancienne allusion que je connaisse à ce sujet est celle d'un «trope» chanté au Xe siècle pour la fête de saint Jean l'Évan- géliste : on nommait ainsi des versets explicatifs ajoutés à certains chants liturgiques, telles des invocations litaniques. Or, pour cette fête, entre autres additions insérées entre les répétitions de l'Agnus Dei, on trouve celle-ci : Qui juste dignum sanxisti Corde Joannem, miserere nobis. «Toi qui, de ton Coeur, donna si juste- ment autorité à saint Jean, aies pitié de nous », allusion à la posi- tion de l'apôtre à la dernière cène (x). L'insinuation est plus mar- quée, au XIe siècle, dans un sermon de saint Pierre Damien, premier sur l'excellence de l'Evangile selon saint Jean : Cor Christi caeleste gazophilacium, etc. Elle se fait plus nette, se précise et . grandit ; au XIIe siècle, l'exposition,de ce que doit être le Coeur de Jésus pour le chrétien trouve son interprête dans les prédica- tions ardentes de saint Bernard : il suffit de les citer pour que l'on y rencontre dans ses sermons sur la Passion du Christ, sur le Can- tique, etc., maintes et nombreuses allusions au Coeur de Jésus, siège et symbole de son amour pour nous, refuge à la fois des pécheurs et des âmes aimantes, dont l'accès nous est ouvert par la plaie sanglante du côté frappé de la lance. Je ne crois pas néces- saire de donner ici ces nombreuses références : m'appropriant le mot de saint François de' Sales à propos de citations analogues, (1) Ce trope fait partie de la série Celsa nunc omnesronc, l'on rencontre dans le beau tropaire de .l'abbaye normande de Saint-Evroult, (Paris Bibliothèque nationale ms. latin 10508,f° 126), bien qu'il ne soit pas mentionné dans le Repertorium hymnologicmnu chan. UI. Chevalier.Je l'ai publié avec son|chant d dans la petite feuille grégoriennen° V,au Bureau d'Edition de laj,Schola,$Paris.
  28. 28. — 251 — les érudits n'en ont pas besoin et ils les retrouveront aisément, tandis qu'elles n'apprendraient rien aux autres. ' Et, comme ce fut principalement dans les pays germaniques que les missions de saint Bernard ont eu leur plus grande impor- tance, c'est spécialement dans la région rhénane, que la dévo- tion qu'il prêche trouve immédiatement un écho. De là, elle s'épanche dans l'Est de la Belgique, un peu plus tard. Lesânciens écrivains mystiques de langue allemande, les bienheureux Hermanrt Joseph, Henri Suso, le dominicain strasbourgeois Tauler, se répandent en effusions admirables sur le Coeur du Maître. (C'est même en grande partie parce que Luther, qui avait un attrait profond pour ces mystiques, emprunta à leurs oeuvres une partie.de ses écrits, que la dévotion au Sacré- . Coeur eut plus tard une efflorescence très curieuse chez Tes « pîé- tistes » luthériens, et même chez certains protestants français : mais ceci dépasse notre sujet). Ces mêmes mystiques aiment à recueillir et à commenter les passages qui traitent du Coeur de Jésus tels que ceux que l'on peut glaner dans saint Bonaventure ou le pseudo-Bonaventure et saint Bernard : la doctrine de celui- ci, en particulier, passe à ce point dans leurs oeuvres, que les pre- mières pièces de forme liturgique, composées en l'honneur du Sacré-Coeur, sont, par beaucoup d'auteurs, attribuées — à tort — à ce saint. Mais elles sont directement issues de ses sermons. 11est un fait remarquable : dès que le culte du Sacré-Coeur prit forme, il tendit à revêtir un caractère liturgique, à se tra- duire en hymnes, ou, 'mieux, en « rythmes » comme on nommait alors ce genre. Le plus ancien de ces rythmes en l'honneur du Coeur de Jésus, qui date de la première moitié du XIIIe siècle, connut une fortune inouïe ; bon nombre de manuscrits, dès lé commencement du XIVe, développent l'oeuvre originale, .et il ne se passe pas de siècle que l'on n'y ajoute de nouvelles ampli- fications, mises sur le compte de saint Bernard (*)'. L'auteur original de cette belle pièce est connu maintenant, grâce aux travaux du savant Jésuite, le P. Clément Blume : le premier hymnographe du Sacré-Coeur fut le bienheureux Hermann Joseph, de l'ordre des Prémontrés, mort archevêque de Cologne en 1241, et cette dernière ville semble avoir été durant plusieurs- siècles le grand centre de la dévotion au Sacré-Coeur, qui y est toujours demeurée très florissante. La poésie du Bienheureux Her,mann-Joseph comprend une série de chants, de chacun cinq doubles strophes, rassemblées (1) Voir dans la Patrologielatine t. CLXXXIV, col. 1321, le développement où avaient atteint, au XVe siècle, sous le nom de saint Bernard, ces Hymnes. Les textes les plus ancienset les plus purs de cette poésie,, de ses pre- et miers développements, référablementà la Pair, lat., se trouvent dans les collec- p tions hymnologiquesde Wackernâgel,de Mone, I. 169, et Daniel, II. 370 et s. Le dernier ouvrage,en particulier, contient plusieurshymnes, destinéesà la dévo- tion particulière, et très curieuse,des XIV5 et XVe s.
  29. 29. 232 — dans Une immense « salutation » aux membres du Christ couverts de plaies pour nous. Ce qui concerne le Sacré-Coeur est réparti sous trois chapitres : adlatus, ad pectus, ad cor. Il est aisé de voir, à leur lecture, que ces diverses désignations ne sont que trois moyens de chanter une même chose. Ils commencent respective- ment par les trois strophes suivantes, et chaque « salutation » comprend dix strophes de même rythme : I. Ad Latus. I. Au Côté. . Salve (ou Ave),Jesu, sumtne bonus. Salut, Jésus, souverain bien, Ad parcendum mire pronus I Si merveilleusement prompt à pardonner! Membra tua macilenta Tes membres déchirés, Quam acerbesunt distenta Qu'ils sont cruellementdistendus, In ramo crucis torrida. Brûlés, sur l'arbre de la croix. II. Ad Pectus. II. A la Poitrine. Salve, salus mea, Deus, Salut, mon salut, ô Dieu, Jesu dulcîs, amor meus : Doux Jésus, mon amour : Salve, Pectus venerandum, Salut, Poitrine vénérable, Cum tremoreçonlingendum, Qu'on ne peut toucher qu'avec trem- blement, Amoris domicilium. O demeurede l'amour. III. Ad Cor. III. Au Coeur. Summi Régis Cor, aveto, Coeur du Souverain Roi, salut 1 Te saluto corde,laeto : Je te salue d'un coeur joyeux : Te comptecti me delectat T'embrasser me remplit de délices, Et hoc meum cor affectât Et une seule chose touche mon coeur, Ut ad te loquar, animes. C'est que tu l'invites à te parler. Le plus beau de ces trois rythmes, à mon avis, est le second, et je ne résiste pas au plaisir de le reproduire en entier : 1. Salve, salus mea, Deus, 1. Salut, mon salut, ô Dieu, Jesu dulcis, amor meus : Doux Jésus, mon amour : Salve,pectusvenerandum, Salut, Poitrine vénérable Cum tremorecontingendum, Qu'on ne peut toucher qu'vi tremblant, Amoris domicilium. O demeure de l'amour. 2. Ave, thronus Trinitatis, 2. Salut, trône de la Trinité, Arca latte cariiatis : Arche de la suprême charité c Firmamentuminfirmâtes: Appui des faibles, Pax et pausa fatigatis, Paix et trêve des fatigués, Hùmilium triclinium. Repos des humbles. 3. Salve, Jesu révérende, 3. Salut, Jésus digne de vénération, Digne semper inquirende: Digne de toutes nos recherches : Me proesentem attende, hic Attends-moi ici, moi qui suis présent, Accedentem succende me Et tandis que j'approche enflamme-moi Proecordialigratia. De la grâce sortie de ton Coeur. (1) .On trouvera cette pièce avec son ancien chant populaire et traditionnel dans l'Ordinairedes Saluts, page 34 ; Paris, 1911,(Sté d'édition du chant gré- gorien, Biais, Lecoffre et Lfithielleux).Un musicien belge' du commencement 3ù XV" siècle,Jean de Limbourg, a composépour cette hymne d'intéressants versets à trois voix. Cette hymne est très proche de la belle prière de sainte Gertrude, dont je tiens l'habitude d'une tradition familiale: «Salut, Coeur Sacréde Jésus, source vive et vivifiantede la vie éternelle,trésor infinide la Divinité,fournaiseardente du saint amour. — O mon divin Sauveur, embrasezmon coeurde l'ardent amour dont te vôtre est tout'enflammé, et faites que mon coeursoit tellement uni au vôtre, que votre volonté soit la mienneet que la miennesoit éternellementcon- .forme à la vôtre ». Les mêmes expressionsse rencontrentdé part et d'autre.
  30. 30. — 255 — 4. Pectus mihi confer mundum, 4. Donné-moi un coeur pur, Ardens, pium, gemebundnm: Ardent, piux, sensible : Voluntatemabnegatam,' Une volonté qui s'oublie, Tibi semper conformatam, Toujours sur toi conformée, Junctâ virtutum copia. Enrichied'abondance de vertus. 5. Jésu dulcis, pastor pie, 5. Jésus doux, Pasteur pieux, Fili Del et Marioe, Fils de Dieu et de. Marie, ..; Largo fonte lui Cordis De la large source de ton Coeur Foeditatem meae sordis, Que la saleté de ma souillure, Bénigne Pater, dilue. O Père très bon, sois lavée. Divisio. 6. Splendor Patris et figura, 6. Splendeur et figure du Père, Summi Dei genitura, Descendance de Dieu Très-Haut, De tnesauristuis plenis, De tes trésors si remplis Desolatis et egenis Fais affluer le don clément Munus clementer proflue. Aux malheureux, aux indigents. 7. Duke Jesu Christi Pectus, 7. Douce poitrine de Jésus-Christ, Tuo dono fiam rectus, Rends-moi digne de ton don, Absolutus a peccatis, Afin qu'absous de mes péchés, Ardens igné caritatis Brûlant du feu de la charité, Ut semper te recogitem. A toi toujours je me plaise à penser. 8. Tu abyssus es sophioe ; 8. Tu es l'abîme de la sagesse; Angelorum harmonioe Les harmonies des anges Te collaudant; ex te fluxit Te louent à l'envi ; de toi coula Quod Joannes cubans suxit : Ce qui enivra Jean qui s'y reposait : In te fac ut inhabitem. Fais qu'en. toi j'habites. 9. Ave, fons benignitatis; 9. Salut, source de bonté : Pleniiudo Deitatis La plénitude de la Divinité Corporaliter te manet : Demeure corporellement en toi : Vanitatemin me sanet Que le conseil que tu donnes Quod tu conféra consilium. Guérisse en moi la vanité. loi Ave, verum templumDei ; 10. Salut, vrai temple de Dieu, Precor, miserere mei : Je t'en prie, aies pitié de moi : Tu, totius orca boni, Toi, trésor de tout bien, Fac electis me apponi Ajoutes-moi parmi les élus, Vas dives, Deus omnium. ' O riche vase, ô Dieu de tous. Amen, Amen. Ces hymnes eurent un succès considérable dans leur pays d'origine, ai-je déjà fait remarquer. Encore au XVIIe siècle et au XVIIIe, elles formaient la base et le centre de^toute une dévotion aux plaies du Christ, très populaire en Allemagne, non seulement chez les catholiques, mais aussi, ai-je fait également remarquer, chez les luthériens. Divers «chorals.» des grandes Passions de J.S. Bach doivent leur origine à ces rythmes latins bientôt tra- duits et imités en langue vulgaire. (1) En France même, j'en ai trou- vé divers extraits mis alors en musique, pour être chantés en l'honneur du Sacré-Coeur, en quelque couvent que je n'ai pu encoreidentifier.(2) (1) Entre autres, les beaux chorals n»»23, 53, etc., (édition Litolff)de la Pas- sionselonsaint Mathieu,harmonisés Bachsur la mélodieécritepar LéoHassler. par Un autre choral,dont les paroles allemandessont la traduction du Salve,jesu, summetonus, figure dans la collection des «XII textes au- T. S. Sacrement» avec les paroles du Pange lingua, (Paris, Bureau d'édition de la Schola). (2)- BibliothèqueNationale, V,ml. 1.7,15. - -
  31. 31. •''— 234—• - PREMIÈRES IMAGES. XIH« —XIV» siècles La dévotion au Coeur de Jésus prit une grande forcé des révé- lations de sainte Gertrude et de sainte Mechtilde, vers la fin du XII Ie siècle.(l) Le livre des visions de sainte Gertrude, en particu- lier, enseigne aux âmes ferventes comment Jésus entend que son Coeur, à la fois siège et symbole de son amour, devrait être honoré. Dejlà surtout, ne l'oublions pas, viennent l'usage d'honorer plus particulièrement le divin Coeur par un culte plus spécial de l'Eu- charistie, celui de s'y unir par de fréquents actes d'amour, les méditations sur la Passion, au vendredi, et, en général, tout ce qui concerne cette dévotion, comme de figurer matériellement l'amour du Christ par l'image de son Coeur blessé, dont on pou- vait réellement dire que c'était alors une nouveauté, mais une nouveauté en rapport avec les idées et les sentiments de l'époque. , On a discuté, assez à vide, sur la question de savoir si les gens du XIIIe siècle et du XIVe ont bien entendu, par l'image d'un coeur «navré», représenter celui de Jésus frappé de la lance, ou celui du fidèle blessé d'amour. La question est oiseuse : nous trouvons dans un élément essentiellement profane mais d'importance capitale, de quoi nous éclairer. Dans les oeuvres du grand littérateur et musicien français Guillaume de Machaut, chanoine de Reims, mais avant tout auteur profane (vers 1290- 1377), se trouve un long passage et de belles miniatures vraiment caractéristiques. En particulier, un merveilleux manuscrit (fran- çais 22.545, Bibliothèque Nationale de Paris) offre, au folio 186 1' « ymaige de vraie amour», en nous indiquant comment le Dieu d'amour apparaît au héros du poème: «l'ymaige», est un coeur enflammé et rayonnant ; le « dieu d'amour » figure, sur un pié- destal, sous la forme d'un « jouvencel » à la barbe courte, vêtu d'une robe et d'un manteau, bleu et rouge, » le costé fendu avoit Si qu'on veqit appertement son cuer, - .. Et. si l'enseignoit de son doi.» La miniature illustre le poème : elle est exactement, (sauf, bien entendu, l'absence de tout signe religieux), la manière sont on a coutume dé représenter Jésus montrant son coeur : il n'y manque même pas les couleurs traditionnelles de la robe et du manteau, et ce manuscrit n'est pas le seul. (2) Ce n'était dont nullement par une exception singulière' (1) A défaut dés grandes éditions des oeuvresde ces saintes, on pourra se servir d'un- excellent petit livre : Le Sacré-Coeur 'après Sainte Gertrude, par d le R. P. Grànger; Ligugé, 1892. Le même auteur a publié-.Vieet révélâtons:de i sainte Mechtildeéf desainte Gertrude. (2) Il serait intéressant de pouvoirdresserune liste de tels:manuscrits,et, plus tard, d'imprimésanalogues,et de rechercherqui a pu lire de telles descriptionset contemplerde telles représentations..;.''
  32. 32. : — 255 — comme on l'a supposé Mgr Bougaud, qu'un voile de calice con- servé à Cologne, ait offert, dès le XIIIe siècle, l'image du Sacré- , Coeur. Deux siècles plus tard, Lansperg, cet autre mystique rhé- nan, donne le conseil formel et la raison de cette représentation : «Place quelque image du Coeur de Jésus dans l'endroit- où .tu passes le plus souvent, afin que par elle tu sois ainsi plus souvent averti de t'exercer à l'amour que tu dois avoir pour lui ». On com- mence donc à représenter le Sacré-Coeur sous cette forme,tan- gible, et percé des trois clous de. la Passion. On trouve même bientôt cette image dans les armoiries de certains prélats, comme celles de John Newland, le «bon abbé», à Bristol (1). En Angleterre également, du même temps, à Glasgow, une clef de voûte de la cathé- drale Saint-Gilles — église enlevée aux catholiques depuis la réforme anglicane — porte de manière très apparente et recon- naissable une semblable image du Coeur de Jésus. Ces représentations d'ailleurs, sont en tout semblables à celles qui figurent dans divers livres de piété des XV Ie et XV IIe siècles, avec ou sans un i H S enlevant tout doute sur le sens de telles images. Voici un exemple : Dans les bois du Paradisus animae, ouvrage que je cite plus loin, le Coeur est rayonnant et entouré de flammes; il est timbré de IHS surmonté d'une croix et, en pointe, les trois clous. Le Sacré-Coeur entouré de flammes ou de rayons a dû être ainsi représenté de fort bonne heure, comme le suggèrent l'hymne et la prière reproduite plus haut» C'est la marque bien caractéristique, dès le XIVe siècle ou le XVe, de la diffusion de la nouvelle dévotion : et d'Allemagne et d'Angleterre, le culte du Sacré-Coeur va nous conduire en Espagne, et de là en Amérique, qu'on ne s'attendait guèrs, sans doute, à voir paraître si tôt en cette affaire. PREM1E1SOFFICES PHE» ; EGLISEDR SACRÉ-COEUR. (XVIe siècle) Or, le Nouveau Continent a un titre singulier dans l'histoire de la dévotion au Sacré-Coeur. Dès l'origine de leur Compagnie, les Jésuites missionnaires se font les propagateurs,,bien qu'à titre individuel, de cette dévo- tion dont nous retraçons l'histoire. Jean-Baptiste AnyèS, né en 1480, fort lié avec sainte Thérèse et saint François de Borgia,. entré dans la Compagnie de Jésus, publia, en 1545, le premier office composé en Fhonneur du Sacré-Coeur. Ce n'est point que cette oeuvre ait été destinée; à la célébra- (1) Sa pierre tombale,à la cathédrale,indique les couleurset émaux du blason par les signes conventionnels: celui-ciporte d'azur, au coeursaignant - d'or au- tant qu'il semble- percéde trois clousde même;,accostédesinitialesdu possesseur.
  33. 33. — 25S— : tion liturgique : c'est un « petit office » pour l'usage privé (}). Suivant le genre de tous ces petits offices si goûtés autre- fois, par quoi se traduisaient les « dévotions », il se compose d'un certain nombre de strophes réparties d'après l'ordre des heures liturgiques, et suivies, pour chaque heure, d'un vérsicule. L'en- semble, écrit en hexamètres, est fort beau à tous points de vue.. Voici un extrait, pour l'heure de Tierce : Cordis pura lui puro proeconia Corde Da modulis celebrare piis, dulcissime Jesu. Cor, ut Christe, tuum, cunctorum est arca bonorum ; Pressis pauperie succurre ; charismata mute Flaminis, ut tecum patiamur probra, flagella. Traduction : — « Donne-moi de pouvoir, sur de pieux rythmes, célébrer d'un coeur pur les pures louanges de ton Coeur, ô très doux Jésus.— Puisqueton Coeur, ô Christ, est l'arche de tout bien, secours ceux qui sont pressés par la misère ; envoie- leur les grâces du Saint-Esprit, afin qu'avec toi ils supportent patiemment épreuves et souffrances ». Ce furent les compagnons du P. Anyès qui portèrent en Amérique le culte du Sacré-Coeur de Jésus, et, quarante ans après la publication du « petit office », le P. Anchieta, à Cuàrapary dans le diocèse d'Espirito-Santo, au Brésil, bâtissait la première église dédiée sous le titre du Sacré-Coeur de Jésus. Ce n'est d'ail- leurs qu'un très modeste édifice, d'une vingtaine de mètres de longueur, à une nef, avec un clocher (2). Restauré de 1878 à 1880, ce vénérable témoin des premières missions du Brésil sert tou- jours d'église à la même paroisse, depuis 1585. La dévotion au Coeur de Jésus, on le voit, tendait à devenir universelle ; les livres de piété ne manquent pas de s'y arrêter. Dans le célèbre Paradisus animoe, publié à la même époque par Horst, pieux et érudit curé de Cologne, dont la faveur contre- balança longtemps, dans les pays allemands, celle de l'Imitation, on trouve en plus des vieux rythmes précédemment étudiés, des « affectus » écrits en forme de prose ou de séquence sur le Sacré- Coeur : (1)11a été réimprimédenosjours dans l'ouvragedu P. Nilles,De ratione cultus SS. Cordis,CErtipontes,1885,t. II, p. 221et s. Ontrouvera à sa suite un autre!"petit office"du même genre, dû à un Jésuite polonaisde la premièremoitiédu XVIIe siècle,le P. Druzbicki,mais dont l'oeuvreest moinsintéressante. (2) Dimensionsprécises : nef, longueur, 12 m. 14 ; largeur, 5 m. ; hauteur, 8 m. 027— choeur,longueur,5 m. ; largeur, 3 m. 05 ; hauteur, 6 m. ; le clocher atteint 11 m. 02, et renfermeune tribune à trois métrés dé hauteur. J'emprunte cesdétailsaux Annalesdela Propagationdela Foi, septembre1906,n°468,n. 396 et 397, et au Messagerau Sacré-Coeur Jésus, août de la mêmeannée. de
  34. 34. 257 — Summoe thronushic virtutis, C'est ici le trôné de la suprême vertu Forma latensservitùtis: Cachésous la forme dé l'esclavage: Hic voluptasbeatorum, C'est la volupté des bienheureux Hic solamenafflictorùm, C'est la consolationdes affligés, Pauperum refugium. Le refugedes pauvres. Hic thésaurusbonitatis, C'estle trésor de la bonté, Arca vivensDeitatis: L'archevivante de la Divinité:.-'-. ; Officinacaritatis, Le laboratoirede la charité, ' : Et totiusTrini tatis Et de la Trinité tout entière Nobiletriclinium.(1) Le nobleséjour. Ne croirait-on pas lire, en ce qui concerne la forme, une prose parisienne du moyen âge ? De fait, les deux derniers vers de cet extrait sont purement et simplement empruntés à la belle séquence Salve, Mater Salva- toris, que l'on chantait autrefois à Paris en l'honneur de la Vierge. Il est fort possible que le Paradisus animoe, d'où j'ai tiré ces strophes, les ait lui-même empruntées à quelque source plus an- cienne, tant les accents dé ces « affectus », disposés d'ailleurs à l'égal d'un « petit office », ont l'allure des séquences victoriries de la bonne époque. A la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe, il semble que,, seule parmi les grandes nations, la France n'ait pas encore élevé sa voix pour glorifier le Sacré-Coeur. Les lointaines prédications de saint Bernard, qui avaient trouvé, dans les pays romantiques, des échos enflammés, ne paraissent avoir laissé chez nous que de fort légères traces ; on dirait que la profondeur mystique de cette dévotion n'était pas compatible avec l'esprit primesautier du tempérament français. Cela explique, sans doute, l'impression de nouveauté que le culte du Sacré-Coeur donne à beaucoup de personnes, et sou- vent, même dans les milieux ecclésiastiques, et malgré d'excel- lents ouvrages, on répète encore que la théologie de cette dévo- tion n'est pas constituée. Il suffit, pour être certain du contraire, de lire, non pas même les révélations de sainte Gertrude, qui en sont la source la plus complète, mais seulement les hymnes et proses que nous avons précédemment citées, et surtout les oeuvres liturgiques et spirituelles du personnage qui en parla le plus et Te mieux, à l'époque où arrive ce récit, le P. Jean Eudes, béatifié en 1909, le propre frère de l'historien Méteray. Sans doute, les aînés et les contemporains français du bien- heureux Jean Eudes parlent de la dévotion au Sacré-Coeur, la manifestent, mais sans en faire 1!objet d'Un culte déterminé. En vain, M, Olier s'étendra-t-il, à l'occasion, sur ce sujet ; en vain, saint François de Sales consacre ses filles spirituelles au Coeur de (1 )Je cite d'aprèsla secondeédition,qui est de Cologne, 644,et queje possède, 1

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