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    • Regnabit. Revue universelle du Sacré-Coeur. 1921/09. 1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des reproductions numériques d'oeuvres tombées dans le domaine public provenant des collections de la BnF.Leur réutilisation s'inscrit dans le cadre de la loi n°78-753 du 17 juillet 1978 : *La réutilisation non commerciale de ces contenus est libre et gratuite dans le respect de la législation en vigueur et notamment du maintien de la mention de source. *La réutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait l'objet d'une licence. Est entendue par réutilisation commerciale la revente de contenus sous forme de produits élaborés ou de fourniture de service. Cliquer ici pour accéder aux tarifs et à la licence 2/ Les contenus de Gallica sont la propriété de la BnF au sens de l'article L.2112-1 du code général de la propriété des personnes publiques. 3/ Quelques contenus sont soumis à un régime de réutilisation particulier. Il s'agit : *des reproductions de documents protégés par un droit d'auteur appartenant à un tiers. Ces documents ne peuvent être réutilisés sauf dans le cadre de la copie privée sans l'autorisation préalable du titulaire des droits. *des reproductions de documents conservés dans les bibliothèques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signalés par la mention Source Gallica.BnF.fr / Bibliothèque municipale de ... (ou autre partenaire). L'utilisateur est invité à s'informer auprès de ces bibliothèques de leurs conditions de réutilisation. 4/ Gallica constitue une base de données, dont la BnF est producteur, protégée au sens des articles L341-1 et suivants du code la propriété intellectuelle. 5/ Les présentes conditions d'utilisation des contenus de Gallica sont régies par la loi française. En cas de réutilisation prévue par un autre pays, il appartient à chaque utilisateur de vérifier la conformité de son projet avec le droit de ce pays. 6/ L'utilisateur s'engage à respecter les présentes conditions d'utilisation ainsi que la législation en vigueur, notamment en matière de propriété intellectuelle. En cas de non respect de ces dispositions, il est notamment passible d'une amende prévue par la loi du 17 juillet 1978. 7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute définition, contacter reutilisation@bnf.fr.
    • t'« ANNÉE- N>4 SEPTEMBRE1921? " La bienvenue à ï^egnabit" De toutes parts, et sans arrêt, parviennent à la Revue Univer- selle du Sacré Coeur des encouragements pour son programme, des félicitations pour la façon dont jusqu'ici elle l'a réalisé. . Citons quelques lettres : * * r ARCHEVÊCHÉ TOULOUSE. DE L'Archevêque de Toulouse prie M. le Directeur de la Revue - Regnabit d'agréer sa reconnaissance pour l'envoi qu'il a bien voulu lui faire de sa revue. Il le félicite de sa pieuse initiative ; et, en le remer- ciant d'avoir bien voulu faire une si belle part à l'oeuvre du Voeu de la Basilique du Sacré-Coeur à Jérusalem, le prie de vouloir bien l'ins- crire au nombre de ses fervents abonnés. Il bénit son oeuvre et ses zélés collaborateurs. Évêché de Namur. Namur, le 8 Juillet 1921. MON RÉVÉREND PÈRE, J'ai bien reçu le premier numéro de votre revue Regnabit. Je vous félicite de l'heureuse idée que vous avez eue de vouloir concentrer en une seule Revue toute la question du Sacré-Coeur, tout le mouvement des âmes vers ce Divin Coeur. Je souhaite plein succès à vos efforts. Qu' Il règne, le Sacré-Coeur: car c'est de Lui que doit venir le salut. Croyez, mon Révérend Père, à mes sentiments tout dévoués. ' T TH. LOUIS,évêqué de Namur. Évêché de Bruges.. Bruges, le 13 Juillet 1921. MON RÉVÉREND PÈRE, Je vous remercie de m'avoir envoyé les deux premiers numéros de la Revue Regnabit. Volontiers j'approuve l'initiative du Comité de Rédaction et de tout coeur je bénis ses efforts. Oportet Illum regnare ! y G. J., évêque de Bruges.
    • — 226 — Évêché de Santa Fe (République Argentine). Santa Fe, le 4 Juillet 1921. z MON RÉVÉREND PÈRE, Monseigneur l'Evêque a reçu votre aimable lettre. Il a apprécié grandement le premier numéro de la nouvelle Revue Regnabit qui ' lui a été remise en mains propres. Sa Grandeur me charge de vous féliciter, vous et les respectables professeurs de théologie sous la direction desquels a été livrée au public cette belle Revue que je vous remercie de lui avoir envoyée. Sa Gran- deur me charge d'ajouter qu'EUe demande à Dieu de bénir les tra- vaux de si respectables prêtres à la gloire et à l'honneur du Coeur Divin. Ëvéché d'Aracaju. . Aracaju, le 4 juillet 1921. MONSIEUR ANIZAN, F. En recevant l'honneur de votre hommage, le premier numéro de la nouvelle revue « Regnabit » consacrée aux hauts intérêts du Sacré-Coeur de notre Sauveur, je vous avoue que je suis rempli d'allé- gresse. Cette publication vient répondre, à bonne heure, à l'universa- lisation de la grande dévotion d'amour, et pour cela mérite l'encou- ragement et l'accueil des catholiques et les.bénédictions des évêques. Qui lira le but et le programme de votre revue, sans doute en proclamera l'extraordinaire utilité dans le moment. Poussé par cette conviction, je fis publier au journal de mon évêché l'apparition de « Regnabit », recommandant à mes curés de s'y abonner. Du Sacré-Coeur,à qui je dédiai — le premier évêque de cette partie du troupeau de Jesus-Christ, — mes ouailles si chères à mon coeur de pasteur, j'implore les bénédictions les plus abondantes sur vous, Monsieur, et sur tous ceux qui travaillent à l'honneur de. ce Coeur divin qui a tant aimé les hommes. Aracaju (Brésil), le 4 juillet 1921. J- JOSEPH,évêque de Aracaju. . Evêché de Kumbakonam (Indes) le 16 juin 1921. CHERMONSIEUR L'ABBÉ, J'ai bien reçu le premier numéro de votre belle Revue « Regnabit ». Je l'admire de tout point, et demande pour elle lès bénédictions du Divin Coeur dont elle veut étendre le règne. Je regrette seulement que notre pauvreté ne me permette pas de m'y abonner. Je suis, cher Monsieur l'abbé, votre tout dévoué en Notre-Sei- gneur. |'A. CHAPUIS, vêque de Kumbakonam. é Bishop's House. Batticaloa, le 20 juin 1921. MON RÉVÉREND PÈRE, Je vous remercie beaucoup de l'envoi du premier numéro de
    • — 227 — «Regnabit». J'ai lu votre revue avec un très grand intérêt,et je ne regrette qu'une chose, c'est que mon maigre budget d'Evèque-Mis- sionnaire ne me permette pas de m'y abonner dès maintenant. Je vais me mettre en campagne pour trouver une âme charitable qui fasse les frais de mon abonnement. Sans nul doute, mon Révérend Père, cette Revue servira gran- dement à faire mieux connaître, aimer et servir le Divin Coeur et c'est vraiment oeuvre d'apôtrë que vous entreprenez. Très volontiers je vous enverrai de temps à autre des rensei- gnements concernant la Dévotion au Sacré-Coeur dans le diocèse de Trincomalie. Ce diocèse, étant confié aux Pères Jésuites Français, vous devinez s'ils se font un point d'honneur de promouvoir cette dévotion.... Je demande au Divin Coeur, mon Révérend Père, de bénir vos efforts pour le faire mieux aimer, et avec l'expression de mon entière sympathie, je vous envoie ma meilleure bénédiction en N. S. GASTON S. ROBICHEZ, J. évêque de Trincomalie (Ceylan). Évêché d'Osaka, Tomijima-cho 58 Ban, Tenshudo, Osaka, (Japan). Osaka, le 26 juin 1921. CHERMONSIEUR L'ABBÉ, J'apprends avec plaisir la publication de « Regnabit », revue universelle du Sacré-Coeur, et je m'empresse de m'abonner à cette revue nouvelle. ' Je vous envoie sous ce pli recommandé un billet de cinquante francs, représentant le prix de mon abonnement à a Regnabit » pendant deux ans. Faites compter mon abonnement à partir du l»r numéro de « Regnabit », et envoyez-moi tout de suite les numéros parus déjà. Avec mes meilleurs souhaits de succès, recevez, Monsieur l'Abbé, "' l'assurance de mes sentiments bien reconnaissants en N. S. f J~B- CASTANIER, évêque d'Osaka. D'un prêtre : Laissez-moi vous dire toute la joie que me cause personnellement votre Revue, et le grand intérêt avec lequel je la lis. On est heureux (et on ne saurait ne pas l'être) d'être au courant de tout ce qui se fait dans le monde entier pour le Coeur de Notre-Seigneur. En parti- culier l'article que je viens de lire sur la Basilique à élever au Sacré- Coeur à Jérusalem m'a consolé beaucoup, alors que maintenant les hérétiques, les Juifs et les infidèles cherchent à établir là-bas leur domination radicalement opposée au Règne du Sacré-Coeur. Je me dis : il faut bien prier pour cette grande entreprise, ce nouveau gestum Dei per Francos, et avoir confiance : Regnabit.
    • ; — 228 — Enfin, deux lettres d'apôtres : ET MON RÉVÉREND CHERPÈRE, Nous sommes heureux de pouvoir en toute sincérité vous féli- citer de vos lres livraisons de « Regnabit ».Le plan en est bien conçu, lar- gement traité ; et la devise: « Regnabit »à laquelle vous revenez souvent avec raison, donne de l'unité aux multiples oeuvres dont Vous parlez et qui sont les manifestations variées de ce Règne d'Amour, MONSIEUR L'ABBÉ, Je vous remercie bien vivement de m'avoir adressé plusieurs Nos de juillet. Votre Revue, c'est une véritable nourriture pour le coeur et l'esprit. Je suis reconnaissante à « Regnabit » de m'avoir apporté l'écho des Fêtes de Paray-le-Monial où j'ai tant regretté de ne pas être. C'est bien doux aussi de connaître toutes' les oeuvres •qui, sur terre, sont nées à la gloire du Sacré-Coeur: cela fortifie l'espé- rance que nous avons du Règne de Dieu sur le monde et de son triom- phe complet... Que dire aussi de la doctrine si sûre qui nous est offerte dans ces pages... Il semble, en s'en nourrissant, qu'on soit en communion plus intime avec l'Eglise. Monsieur l'Abbé, je vous promets de beaucoup prier pour l'ex- tension de « Regnabit », pour que le divin Maître vous aide à condui- re selon ses désirs, une oeuvre qui doit être si lourde, à plusieurs points de' vue. Qu'il vous aide, qu'il bénisse votre tâche, et qu'il accepte à cet effet, pour l'extension de son règne, l'offrande que les petites âmes qui ne peuvent autre chose, Lui font des menues actions et des occupations ordinaires qui remplissent leurs journées. — Ces prières, ces offrandes des «menues actions»,nous savons bien qu'elles sont le prix des abondantes bénédictions dont le Sacré-Coeur comble Regnabit. Que tous nos amis redoublent de prières et de sacrifices ! Notre entreprise, si encouragée, si enthousiasmante, doit se déve- lopper toujours .plus. De mieux en mieux nous voulons réaliseri selon l'esprit même du Sacré Coeur, notre programme universel, et «mettre les âmes en communion intime avec l'Eglise ». * * * Mettre les âmes en communion intime avec {l'Eglise... Chers lecteurs de Regnabit, l'article que vous allez lire vous montrera que c'est notre voeu le plus cher. Et nous vous demandons des prières spéciales pour tous les projets que les pages suivantes vous feront connaître, ou vous laisseront deviner... F. ANIZAN, Secrétaire Général de Rédaction.
    • - 229 — /. LES IDÉES Les Souverains Pontifes et le Sacré-Coeur. i "LITTÉRATURE PONTIFICALE" du Sacré-Coeur. SON EXCELLENCE. Les plus grands écrivains du Sacré-Coeur, nous ne craignons pas de l'affirmer, ont toujours été les Souverains Pontifes. Chacun de leurs écrits, à cet égard, a été un ACTE... Et un ACTE PONTIFICAL... Docteurs et Pasteurs dans l'Eglise universelle, ils sont — dans tous les sens du mot — les Maîtres et les Modèles de la-- Dévotion au Sacré-Coeur. Mieux que les docteurs privés les plus savants, ou que les pasteurs inférieurs les plus zélés, ils ont marqué chacun de leurs « ACTES» concernant le Culte du Sacré-Coeur, (comme, du reste, tous les Actes de leur Souverain Pontificat, quels qu'ils soient), du double sceau de leur Magistère et de leur Ministère, surnatu- rels, suprêmes. Nul écrit, nul geste, ne prévaudra jamais sur les écrits ni sur les gestes des Papes. Leurs « Documents Pontificaux » et leurs « Regestes Ponti- ficaux » nous documentent et nous régentent. Et cela d'une façon absolue et sans rivale. Ils font foi et ils font loi. Critères suprêmes et derniers, leur autorité transcendante est l'unique mesure normale qui « jauge » les idées et les faits, les théories et les pratiques; bref: la doctrine et l'exercice du vrai culte catholique du Sacré-Coeur. IMPORTANCE HISTORiaUE. Au surplus, l'enchaînement logique et la succession chrono- logique de ces Actes Pontificaux eux-mêmes constituent la seule vraie Histoire, l'Histoire officielle de la Dévotion au Sacré-Coeur.
    • — 230'— . Il serait du plus haut intérêt —non moins que de la plus élémentaire justice à l'égard du Saint-Siège, — d'étudier aussi à la lumière de ces « Actes » émanés des « Saints Pères de Rome » (et non plus seulement à la faible clarté de ceux de quelques saintes âmes, comme on l'a fait couramment), le rôle et l'action de l'Eglise, par les Souverains Pontifes en personne, dans le développement progressif de la dévotion au Sacré-Coeur, au cours des derniers siècles de l'Histoire Générale. PORTÉE THÉOLOGiaUE. Ces Actes pontificaux, d'ailleurs ont une portée théologique universelle, Ils englobent, à la fois, toutes les connaissances spéculatives ou pratiques qui constituent la Théologie intégrale. Vous y trouverez tout le Dogme et toute la Théologie officielle ; toute la Morale et la Casuistique la plus variée ; les formes les plus menues de l'Ascétisme et de la Mystique chrétiennes ; le Droit et la Liturgie romaines ; la Pastorale cléricale, apostolique ou monastique ; l'Hagiographie-la plus ravissante; l'Histoire, sous toutes ses phases, avec ses lumières et ses ombres... Que nous faut-il donc de plus ? Et qu'avons-nous, si nous n'avons pas cela ? En tout ce qui concerne le Sacré-Coeur et son Culte nous sommes tributaires des Souverains Pontifes. Seuls leurs « Actes Pontificaux », de hoc, nous fournissent ce que nous pouvons appeler : La Théologie Pontificale du Sacré-Coeur. Mais elle-même gît tout entière dans la Littérature Pontificale du Sacré-Coeur. Elle en est la fleur et le fruit, et s'épanouit à toutes ses pages. Nous devons aller l'y cueillir. ÉTUDES NÉCESSAIRES. Si la Patristique du Sacré-Coeur a ses docteurs et ses histo- riens, la « Littérature Pontificale » et la « Théologie Pontificale » dù_Sacré-Coeur doivent avoir, enfin, les leurs. Des études positives sur le Sacré-Coeur, d'après les documents pontificaux, — à la fois doctrinales, pratiqués, juridiques ou historiques — sont de plus en plus urgentes, au milieu et au- dessus du flot innombrable de productions que la piété, le zèle ou le souci de la doctrine, ont fait surgir, au point d'encombrer les rayons de nos bibliothèques ou de rendre perplexes les lecteurs en désarroi, avides d'apprendre. La Bibliographie générale du Sacré-Coeur est abondante.
    • — 231 — La Pontificologie Q) du Sacré-Coeur est restée embryonnaire, hélas !,.. Et pourtant, dans les Documents Pontificaux du Sacré-Coeur que nous préconisons, tous les prêtres catholiques puiseraient d'utiles indications dont bénéficierait leur ministère sacré, auprès des âmes, tant pour la prédication que pour la direction spirituelle. Les chrétiens dirigeants, très spécialement les Ecrivains du Sacré-Coeur, n'aborderaient cette « Grande Dévotion » qu'avec la pleine lumière que répandent sur elle et le Magistère et le Gouver- nement suprêmes du Vicaire de Jésus-Christ. Les fidèles de bonne volonté, avides de ne boire jamais qu'à l'unique source d'eau vive qui doive alimenter leur méditation et leur piété : l'Eglise enseignante, dont elles recherchent les enseignements à travers les auteurs privés qui s'offrent à leur âme en détresse, auraient enfin satisfaction. Plus d'une âme mystique — osons le dire — et plus d'un champion du Sacré-Coeur, trouveraient, dans cette voie ponti- ficale, et plus de sécurité, et plus de fécondité. L'histoire la plus récente, comme l'histoire la plus reculée, fournit à ce sujet, plus d'un exemple typique et retentissant, qu'ont enregistré — les uns après les autres •— depuis des siècles, les annales des fastes pontificaux et... les registres du Saint-Office !... Aller au Coeur de Jésus par le Vicaire du Coeur de Jésus, quoi de plus sûr et de meilleur ? Et n'est-ce pas toujours, dans l'Eglise catholique, la voie normale, pour tous : fidèles, prêtres et évêques ?... l * LACUNES. Ces principes supérieurs sont incontestables. Nul catholique, soucieux de la plus parfaite orthodoxie de pensée ou de conduite, ou simplement d'une plus complète piété catholique-romaine, ne saurait s'y soustraire. Toutefois, dans la pratique, nous devons bien l'avouer ici, les moyens efficaces d'aborder les « Documents Pontificaux du Sacré-Coeur. » sont des plus restreints pour le public chrétien. Ecrivains et propagandistes, éditeurs et typographes, (même qualifiés de pontificaux), n'ont pas excédé, comme il eût convenu, en ce genre de spécialité professionnelle. Si l'étude fragmentaire de tel ou tel document pontifical majeur, du Sacré-Coeur, a été faite, de ci de là, plus pu moins ; (1) SU venia verbo...On comprendrasans peine, notre pensée,dans ce néo- logismetechnique.
    • — 232 ^ si même certains ouvrages modernes de vulgarisation ou de science, n'ont été inspirés à leurs auteurs que par ce souci primor- dial d'utiliser, et de mettre en oeuvre, des textes pontificaux extrêmement intéressants ou collectionnés avec plus d'abon- dance ; nous sommes loin, cependant, de toute l'ampleur et de la plénitude requises en une matière, de fait si importante et si riche. Des sujets, bien moindres assurément que la Dévotion au Sacré-Coeur, ont été gratifiés de travaux plus «exhaustifs». Pourquoi cette lacune ? (!) LES CAUSES. Parceque les éléments d'information, requis au préalable, sont restés généralement trop peu connus, trop éparpillés même et dispersés, incomplètement vulgarisés, voire parfois absolument oubliés dans la poussière des bibliothèques ou des archives locales, ou dans de rares périodiques documentaires spéciaux. Ceux-ci, peu abordables aux fidèles ou aux intellectuels catholiques, sinon toujours au clergé séculier ou régulier et aux écrivains de profession, forment des collections respectables qui effraient. Les Analecta Juris Pontificû, les Acta Sanctoe Sedis, les Analecta Ecclesiastica, le Canoniste Contemporain, l'Ami du Clergé, les Acta Apostolica — ou les Acta Apostoiicoe Sedis, publi- cation officielle dû Saint-Siège — ne sont pas précisément des livres de poche, ou de bureau, ni de commune diffusion !.. (1) L'Encyclique AnnumSacrumde Léon XIII (25 mai 1899)"urla «Con- s sécration GenreHumainau Sacré-Coeur a été l'objet, dans diversesRevues du ,» d'alors, et dans des Mandementspiscopaux, 'études magistrales é d qu'on ne relit pas assez. La lettre de la S. CongrégationesRites qui la suivitde près (21juillet 1899) d par ordre dii Pape : «De CultuSacratissimi ordisJÉSUAMPLIFICANDO C »mérite- rait le même retentissement. Enfait de livres,celuidu P. AngeLeDoré, upérieur énéral e laCongrégation s g d de Jésus et Marie(Eudistes), intitulé «Le Sacré-Coeur Jésus, son Amour,d'a- de près la doctrinedu Bx Jean Eudes, Père, Docteuret Apôtre de la Dévotionau Sacré-Coeur»Paris, Lethielleux,l.d. 11909],1 vol. in-12de IX-494pages),a ( pour but d'étudier cette doctrineet ce bienheureux la lumièredes documents à pontificaux,spécialement ses procès de Béatification. 'est une excellente de C monographiede propagande,tant du Sacré-Coeur du BienheureuxJean que Eudes. De plus large portée est l'incomparable ouvrage d'érudition,en latin, du très docte PèreNicolasNilles,S. J., docteuret professeur e théologie de droit d et. canon à TUnivertité,alors impérialeet royale, d'Innsbruck,dans le Tyrol, in- titulé : De fiationibusFestorumSacratissimi ordisJesu et Purissimi Cordis C Mariai, editio quinta etc... OEnipohte, ibraria academicaWagnèriana,1885 L (2 vol. in-8, de LIX 606et 664 pages.) Ces deuxvolumes compactes, n'ont qui jamais été traduits en français, sont une véritable petite encyclopédie suelle u à l'usagedes studieuxdu Sacré-Coeur, par lesrichesses tant d'éruditionemprunt tées à toutes les branchesdu savoir ecclésiastique, quepar l'abondance Actes des pontificauxqui y occupentlà premièreplace et fournissent u livre son cadre, a son fil conducteuret sa caractéristique. ontifical,l'ouvrage du P. Nilles Test P plus qu'aucunautre, en la matière.Mais,denouvellesecherchesaitespermettent r f de constaterqu'il est lui-mêmetrès incomplet.
    • .".- —233.—' Nous pourrions même signaler telle Université réputée, d'Eglise ou d'Etat, qui n'en possède pas le moindre exdemplaire. On en est réduit alors, à des brochures ou à des feuilles pieuses de circonstance, bu à la chronique rapide de quelques journaux ou revues catholiques qui fassent aux Actes ponti- ficaux l'honneur d'une mention passagère, dans le tourbillon de l'actualité qui les entraîne. Ce n'est pas assez !.. Autant en emporte le vent... Nous ne disons, rien de tel ouvrage ou de telle monographie, justement célèbre d'ailleurs, où la portée.d'Actes très importants se trouve savamment amoindrie par des plaidoyers intéressés ; leur texte et leur teneur obstinément sollicités et forcés; pour sauver une théorie ou une pratique restées très chères ; d'autres fois tronqués par d'habiles chroniques, préoccupées de pallier et d'estomper les faits, — ou de les « escamoter » avec les textes, par des prétentions obstinées ou de complaisants points de sus- pension... Nous en passons !.. Ces procédés, vestiges archaïques d'un gallicanisme démodé, doivent faire place à la loyauté catho- lique et à la sincérité sereine de l'histoire. DES VUES D'ENSEMBLE. En outre, plus d'un point de l'histoire fondamentale ou de la pratique courante de la a Dévotion » qui nous est chère, n'est encore étudié qu'à la lueur particulière de telle oeuvre, qui en préconise tel aspect ; ou du patriotisme national propre à l'auteur ; plutôt qu'à la lumière objective, intégrale, des pièces originales et des procès-verbaux officiels complets, et de tout l'ensemble, enfin, de la « Documentation catholique pontificale » telle que le Saint-Siège l'élabore sans cesse, généreusement, dans l'exercice de son office quotidien. D'ailleurs, les études en question fussent-elles objectives et complètes, il y a tout intérêt, pour la compréhension d'ensem- ble, à leur compénétration réciproque ; et cela dans le cadre pontifical même, — historique et chronologique — où l'Eglise, avec l'Esprit-Saint, les a fait éclore à l'heure de Dieu !.. COLLECTION NÉCESSAIRE. Concluons donc qu'il importe, au plus tôt, de procéder à l'inventaire général, aussi minutieux et aussi précis que possible, de tous les Actes pontificaux qui, de près ou- de loin, concernent le Sacré-Coeur et son Culte ; ou qui s'y rapportent, directement ou indirectement. Il nous faut le BULLAIRE DU SACRÉ-COEUR au grand (*), complet ; la collection universelle des. pièces « authentiques » . ' > (1) Nous employons mot de Bullaire,pour plus de brièveté,dans le sens le généralde «Collection'detous Actes du Saint-Siège quels qu ils soient».
    • — 234 — romaines : Collectanea universa Sacri Cordis Iesu. Voilà la tâche première à réaliser. En attendant qu'une Commission spéciale — c'est notre, voeu, le plus cher— en entreprenne à Rome même, au sein des des Archives de l'Eglise, une édition définitive sinon officielle, la Revue Regnabit voudrait, dès maintenant, pourvoir en ce genre à un ESSAIsérieux. Puisse-t-elle aboutir heureusement, dans cette compilation documentaire qui sera le TRÉSORdes dévots du Sacré-Coeur, LA SOMME PONTIFICALE sa doctrine et son culte, la BIBLIOTHÈQUE de SACRÉEpar excellence, de l'incomparable « Littérature » éclose, sur le siège de Saint-Pierre, au souffle de l'Amour du Verbe Incarné, adoré dans la réalité et dans le symbole de son divin Coeur. Cette LITTÉRATUREPONTIFICALEDU SACRÉ-COEUR prélu- dera à la THÉOLOGIE bu PONTIFICALE SACRÉ-COEUR. Celle-ci ne tentera les coeurs que lorsque celle-là sera entre toutes les mains. Essayons d'en hâter l'avènement. Le Sacré-Coeur lui-même nous sera en aide !.. Pour "LE BULLAIRE DU SACRÉ-COEUR". APPEL A TOUS. Les idées que nous venons d'esquisser, nous supplions ins- tamment nos sympathiques et distingués adhérents de vouloir bien, parfois, les relire à loisir et les méditer avec foi. « A la plus grande gloire du Sacré-Coeur et du Saint-Siège Apostolique » tel doit être le mot d'ordre universel. AD MAJOREM SACRATISSIMI — CORDISIESU GLORIAM SANC- TAMROMANAM ECCLESIAM PROMOVERE. A cette condition Regnabit ! Il régnera... Car si l'excellence, l'utilité.et la nécessité de la « Littérature Pontificale» n'ont actuellement d'égales que la rareté, l'imper- fection, l'insuffisance des études qu'on lui voue ou des sources dont elle dispose, il faut y remédier, au préalable, en constituant le « BULLAIREDU SACRÉ-COEUR ». Tentons un « ESSAI». En conséquence : Nous adressons à nos dévoués collaborateurs et lecteurs un pressant et confiant appel. Qu'ils daignent avoir l'obligeance de nous transmettre, dans leur texte original, avec les suscriptions
    • — 235 — et clausules d'usage, ou la teneur des suppliques y afférentes, . — et en nous garantissant, par les moyens à leur disposition, l'authenticité et la fidélité du texte et de la copie transmises, sans oublier les références nécessaires des sources, — tous docu- ments pontificaux, écrits ou imprimés, parvenus à leur connais- sance, ou dormant dans leurs archives, ou dans les registres, les et les livres sous leur main (x). • =". périodiques Nous convions de même chaque OEuvre particulière, con- frérie ou paroisse, etc., chaque Diocèse, chaque Ordre, Congréga- tion ou Société religieuse, du vocable ou en l'honneur du Sacré- Coeur, à nous fournir leur appoint documentaire des plus précieux et, parfois, des plus inédits. DANS TOUS LES PAYS. Tous les pays du monde ont à coopérer à ce Perenne Monu" mentum. Non seulement l'Italie ou la France, mais encore, à des titres spéciaux qu'atteste l'Histoire, la Pologne, le Tyrol, le Portugal et l'Espagne, toute l'Amérique latine ; le Canada, l'An- gleterre, l'Allemagne, la Hongrie, l'Autriche ; les Etats-Unis ; l'Asie-Mineure : le Liban, la Syrie,, la Mésopotamie ; la Perse, les Indes, la Chine et l'Extrême-Orient ; l'Australie et l'Afrique. Bref, toutes les parties du monde, et toute la Chrétienté, toutes, les Missions et tous les Rites. LES CHANCELLERIES. Notre appel s'adresse très spécialement aux Chancelleries des multiples diocèses du monde entier qui possèdent dans leurs archives pontificales propres, nous avons pu le constater quel- quefois, des trésors souvent inexplorés. Du plus minime « Rescrit » émané des Congrégations Romaines, aux « Lettres Apostoliques » les plus solennelles de forme, toute contribution qu'on voudra bien nous accorder sera très qualifiée, et ne pourra qu'ajouter au lustre d'érudition catholique requis pour cette « Somme Ponti- ficale du Sacré-Coeur » que nous tentons de réaliser. LES CONGRÉGATIONS DU SACRÉ-COEUR. Les innombrables Congrégations ou Sociétés religieuses, d'hommes ou de femmes, placées sous le vocable du Sacré-Coeur ou des Sacrés-Coeurs, ou simplement professant son culte, se doivent de voir figurer respectivement, dans notre Collection : les pièces romaines qui les dénomment, les louent ou les approu- vent ; l'extrait des Saintes Règles qui mentionne leurs formules (1) Nous excluonsseulementles collectionssuivantes dont nous prenons nous-mêmesa charge: Analecta l Juris Pontificiï, ctaSancloe edis,Analecta c- A S E Acta Apostolica, ' Apostolicoe clesiastica, Acta Sedis,et les revuesl'Ami du Clergé et le CanonisteContemporaine
    • - .256 —';',. de, prières ou pratiques spéciales en l'honneur du Sacré-Coeur. ; les Rescrits d'indulgences dont elles sont gratifiées de ce fait ; les décisions des Rites concernant leur calendrier, leur office et leur messe, du Sacré-Coeur, etc ; sans oublier les Brefs obtenus >pour les. oeuvres de Piété ou d'Apostolat du Sacré-Coeur que le Saint-Siège leur a confiées. ^ Ne sont-elles pas toutes, en effet, l'Armée professionnelle de l'Amour du Sacré-Coeur » ? Leurs Secrétariats Généraux, ou leurs Procures, acquies- ceront, nous osons l'espérer, à notre instante requête. Que n'ont-elles toutes leurs Analecta pontificaux périodiques, — tels les Frères Mineurs Capucins, les Missionnaires du Sacré- Coeur (d'Issoudun), et d'autres — ou leur Bullaire général comme les grands Ordres — où il soit loisible de puiser à pleines mains !.. L'Ordre de la Visitation, en particulier, (ainsi que celui des Ursulines, avant la Grande Révolution), a été honoré d'une mul- titude de Brefs Pontificaux, pour presque chacun de ses Monas- tères, y alimentant, au dedans et au dehors, une dévotion ardente au Sacré-Coeur. Le Livre du Père Letierce sur ce sujet est très suggestif (L). Par malheur, l'auteur ne les cite que fragmentai- i rement — et trop librement — avec de véritables négligences, erreurs ou contradictions, quant aux dates et aux textes. Ce qui rend, souvent, ses données presque inutilisables. Le Réper- toire est à refaire, et sur les sources mêmes de la Visitation. Qui l'entreprendra ?.. Ou qui nous apportera cette riche contribu- tion ?.. OEUVRES DIVERSES DU SACRÉ-COEUR. Quant aux OEuvres proprement dites du Sacré-Coeur — Archi- confréries, Confréries, Pieuses Unions, Associations, Sodalités, Ligues, Fédérations, Académies, Universités, Collèges, Hôpitaux, Ouvroirs, Orphelinats, Pèlerinages, etc., etc. — de toutes déno- minations et de toutes fins, anciennes ou récentes, disparues ou survivantes, aux formes et aux pratiques les plus variées — ne sont-elles pas la source la plus abondante (et la plus touffue !..) de notre Documentation Pontificale ?.. ..- Elles prouvent.la souplesse infinie de l'Eglise qui les approuve toutes et les guide toutes ; la'diversité des vocations spirituelles que le même Esprit-Saint suscije dans l'Eglise unique ; et la richesse divine du fonds commun qu'elles exploitent séparément : la Dévotion et le Culte universels du Sacré-Coeur de Notre-Seir -i gneur Jésus-Christ. (1): LETIERIE J. Etudesur le Sacré-Coeur. S. TomeI Le Sacré-Coeur la Visi- et _tation Sainte-Marie.Paris, Vie et Amat, 1890.Un vol. in-8.de X-633pages.
    • — 237 — A ce spectacle si touchant, on ne peut s'empêcher de s'écrier, mieux que le poète antique : Incessu patuit dea. Rien qu'à son allure, à sa démarche générale, cette dévotion se montre divine!.. L'OEuvre si méritante de l'Apostolat de la Prière, Ligue de prières en union avec le Coeur de Jésus, avait publié jadis son recueil pontifical propre, sous le titre : « Acta Sanctoe Sedis- circa piam christianorùm foederationem in honorem SS. Cordis Jesu sub titulo APOSTOLATUS ORATIONIS instituiam, editio altéra, 1888, Tolosoe apud Directorem Nuntù Cordis Jesu». C'était évidem- ment, un opuscule très intéressant pour le point qui nous occupe. Il n'a été ni complété ni réédité, et reste aujourd'hui introuvable. Nous nous adressons ici à nos lecteurs pour en faire l'acquisition... Le siège central de l'OEuvre n'ayant pu nous donner satisfaction... L'Archiconfrérie Romaine du Sacré-Coeur n'a jamais publié que des sommaires la concernant, que nous sachions. Quelqu'amï du Sacré-Coeur, habitant Rome, voudrait-il bien nous faire l'agré- able surprise de nous adresser le Cartulaire (avec les textes) de cette OEuvre Primaire ?.. Ainsi que de l'OEuvre homonyme dei Sacconi ?.. Les Archiconfréries si célèbres et si prospères de Montmartre, de Paray-le-Monial, et autrefois de Moulins, (pour ne parler que- de la France) ; comme les nombreuses Archiconfréries de là Garde d'Honneur, établies dans les deux hémisphères, n'ont publié que dans leurs Bulletins particuliers des fragments ou des traductions des Actes pontificaux les concernant. Cependant quels beaux « Livres d'Or » on en pourrait faire !.. 1 Que le Sacré-Coeur de Jésus inspire à toutes ces OEuvres — et à d'autres — quelles qu'elles soient, d'entreprendre pour sa plus grande gloire et l'honneur du Saint-Siège Apostolique, leur Répertoire Pontifical Particulier que nous serions ravis d'in- sérer dans notre Répertoire Pontifical Universel. ÉCRIVAINS DU SACRÉ-COEUR. Les auteurs ou directeurs, de livres ou de revues consacrés au Sacré-Coeur, qui ont été gratifiés de quelque Bref, Lettre Pontificale ou Bénédiction Apostolique,, peuvent nous en adresser le texte que nous serons heureux d'insérer, avec le titre complet de l'écrit qui le leur a valu, et l'adresse ou dédicace qu'ils ont présentée au Saint-Siège à cet effet. MONUMENTS DU SACRÉ-COEUR, Nous en disons autant pour les Documents pontificaux concernant les Monuments publics érigés en l'honneur du Sacré-
    • — 238 — Coeur, les Basiliques, Sanctuaires* Pèlerinages, Eglises, Chapelles ou Oratoires de son vocable ou siège de son culte, ou possédant un tableau historique, une image, une statue insigne, indulgen- ciée ou couronnée. Nous ferions volontiers l'acquisition, pour en illustrer notre « Album Pontifical du Sacré-Coeur », des meil- leures estampes, photographies ou clichés gravés qui en exis- teraient. On peut nous faire des offres... LES MYSTiaUES DU SACRÉ-COEUR. Il n'est pas jusqu'à la Liturgie et à l'Hagiographie ancienne des Grands Ordres qui ne puisse contribuer à notre compilation. En effet, Chanoines Réguliers, Bénédictins, Camaldules, - Prémontrés, Cisterciens, Trappistes, Chartreux, Dominicains, Franciscains, Augustins, Carmes, Servîtes, Trinitaires, etc., etc.. — hommes et femmes — offrent dans les siècles passés et dès leur origine lointaine, de brillants échantillons de dévotion mys- tique au Coeur Sacré de Jésus, et de faveurs spirituelles insignes pu miraculeuses reçues de Lui. Il convient, de leur donner une place d'honneur immédia- tement avant les Saints modernes, qui, à la suite du Bienheureux Jean Eudes et de Sainte Marguerite Alacoque, ont propagé ou pratiqué le culte ecclésiastique du Sacré-Coeur, tel que nous le connaissons aujourd'hui. Les Actes du Saint-Siège concernant ces « Dévots mystiques du Sacré-Coeur », ou leur Culte, leur Béatification et Canonisation; leur Synopsis, vitoe ; les Leçons historiques dans le Bréviaire Régulier ; leur Messe ou Oraison au Missel Monastique ; leur Eulogium au Martyrologe propre, etc., sont un vaste champ d'informations, à exploiter pour leur valeur historique et leur valeur pontificale documentaire romaine. ARCHIVES CIVILES. Les Archives civiles des Etats et des Villes modernes, enfin, enrichies souvent des dépouilles de l'Eglise, surtout depuis le Protestantisme et les Révolutions ou Liquidations (!) laïques, recèlent des trésors de documents pontificaux que dépouille- raient, avec plaisir et profit, quelques historiens, chroniqueurs, archéologues, paléographes ou chartristes, dévoués au Sacré-Coeur de Notre-Seigneur. Ne mérite-t-Il pas, en effet, avec le Saint-Siège, cet hommage d'avide inquisition que l'Ecole des Chartes, les Commissions ou
    • _ 239 — Académies historiques, rendent tous les jours et à grands frais, à des personnalités et à des causes parfois des plus médiocres, et pour des fins souvent des moins surnaturelles ?.. j * * * . CONCLUSION LA MOISSON & LES OUVRIERS DU SACRÉ-COEUR. Nous en avons dit assez pour être compris de tous les amis du Sacré-Coeur. Messis quidem multa, operariï autempauci Math, ix, 37. Luc x, 2. ajouterons nous volontiers, en achevant cet aperçu. La LITTÉRA- TURE PONTIFICALE que les Souverains Pontifes ont élaborée, , au cours des âges, à la gloire du Sacré-Coeur, est une Moisson immense qui réclame des Ouvriers. Prions le Sacré-Coeur, Maître de laMoisson, de les envoyer à la Sainte-Eglise. Ad perpetuam rei memoriam, se sont écriés, des milliers de fois, les Papes, en promulgant leurs ACTES PONTIFICAUX DU SACRÉ-COEUR. Ouvriers du Sacré-Coeur, collaborons tous, d'un même' coeur, afin d'en perpétuer la mémoire dans tout l'Univers. Pour cela — d'abord — collectionnons-les. Afin de les éditer, et de les étudier, ensuite. Et d'en propager, enfin, la THÉOLOGIEPONTIFICALE DU SACRÉ-COEUR qu'ils contiennent. ABBÉ EM, HOFFET. Paris.
    • :~ v-:-.' ' 'i ;— 240^- '"-7 Les Révélations privées 111. - Le discernement des révélations divines Il y a de nos jours, comme il y en a eu de tout temps dans le passé, et comme il y en aura toujours dans l'avenir, des âmes que Dieu reçoit dans son intimité, au point de se mettre avec elles en communication directe de pensées, sans toutefois leur donner de mission officielle pour transmettre à l'Eglise les paroles qu'il leur fait entendre dans ces colloques divins. C'est là un fait absolument certain, admis par tous les théologiens, et contenu dans l'enseignement ordinaire de l'Eglise : nous l'avons suffi- sament démontré dans notre dernier article. La question qui se pose à nous aujourd'hui est connexe avec la précédente, mais elle est beaucoup plus précise, et aussi plus difficile à résoudre : Admis qu'il y ait des révélations divines d'ordre privé, est-il possible de les distinguer sûrement de tous les autres phénomènes qui ont avec elles quelque analogie, et de reconnaître avec certitude leur origine divine ? S'il ne s'agissait que des révélations privées qui restent cachées et secrètes entre Dieu et l'âme, ou qui sont tout au plus communiquées au directeur, nous n'aurions guère à en parler ici ; elles n'intéressent personne, en effet, sinon celui qui les reçoit et le directeur qui doit les examiner. Mais il y a aussi des révélations divines qui, tout en restant par elles-mêmes d'ordre privé, sont cependant, en fait, publiées et portées à la connaissance des fidèles, comme sont,, par exemple, toutes les révélations rapportées dans les vies des Saints. Celles- ci ne peuvent manquer d'exercer une certaine influence sur la conduite des âmes pieuses qui en font parfois leur lecture pré- férée. Et même, il faut bien l'avouer, nombreuses sont ces bonnes âmes qui montrent sur ce point une trop grande crédulité, et . acceptent, sans aucun examen, comme paroles de Dieu toutes les prétendues révélations publiées sous le couvert de quelque nom vénérable; pourvu encore qu'elles n'aillent pas jusqu'à confondre dans une même foi ces soi-disant paroles divines avec les vérités de notre sainte religion, que l'Eglise nous pro- pose comme dogmes de foi !, Devant ces sortes de publications, ni l'autorité ecclésias- tique, ni les directeurs d'âmes ne peuvent garder le silence on'se montrer indifférents. Impossible.d'ailleurs de les condamner toutes en bloc : ce serait certainement aller contre la pensée/et la doctrine de l'Eglise ; impossible pareillement de les approuver toutes : il y a tant d'illusions à redouter ! Il reste donc, pour le bien des fidèles qui les lisent, à les examiner, à les juger et
    • '.. —241— . finalement à discerner ce qu'on peut accepter comme révéla- tion divine et ce qu'on doit considérer comme n'étant probable- ment que le fruit d'une imagination exaltée, ou même peut-être de l'hypocrisie et du mensonge. , Dans les lignes suivantes, nous nous proposons, non pas de donner en détail tous les signes auxquels on peut reconnaître une véritable révélation, mais simplement d'indiquer, en général, les motifs sur lesquels doit reposer toute croyance aux révéla- tions privées, et parle fait même de préciser le degré de certi- tude que ces motifs peuvent produire dans un esprit bien éclairé. * * * Tout d'abord, il ne faut pas s'attendre à trouver ici une autorité infaillible qui aurait le pouvoir de nous déclarer, sans erreur possible, ce qu'il faut admettre ou rejeter, et dont les décisions réclameraient la soumission absolue de notre jugement. Pour la révélation chrétienne, il y a un intermédiaire officiel et visible, placé entre Dieu et nous, pour nous proposer la parole de Dieu, nous en expliquer le sens et nous la transmettre dans toute son intégrité et sa pureté. Cet intermédiaire est l'autorité' suprême de l'Eglise enseignante, dont Jésus^Christ a proclamé publiquement l'infaillibilité, et qui porte en elle-même des signes divins manifestes de la mission qui lui a été confiée par Dieu. Pour les révélations privées, rien de semblable. S'il existait une autorité établie par Dieu pour nous les proposer infailli- blement, ce ne pourrait être assurément que celle de l'Eglise enseignante : c'est la seule, en effet, à laquelle les fidèles soient tenus d'obéir en matière de doctrine. Or, l'Eglise ne se déclare infaillible que dans l'exposé de la révélation chrétienne, soit pour enseigner positivement les vérités qu'elle contient, soit pour condamner les erreurs qui lui sont opposées. Elle s'occupe, il est vrai, des récits répandus parmi les fidèles à titre de révé- lations ; mais son pouvoir de magistère infaillible ne s'exerce en cette matière que comme sur tout autre écrit ou toute autre doctrine, uniquement pour déclarer si telle prétendue révéla*- tion est conforme ou contraire à la révélation chrétienne. Quelquefois cependant, l'Eglise va plus loin dans l'appro- bation des révélations privées, et elle semble les admettre posi- tivement comme réelles et véritables. Mais comme nous l'expo- serons plus longuement dans la suite, elle se défend d'engager son infaillibilité, elle ne prononce aucune décision, elle n'exige aucune soumission à son jugement; elle accepte la vérité de ces révélations tout simplement comme elle admet d'autres faits historiques suffisamment démontrés par des témoignages dignes de foi. Elle étudie les paroles de ceux qui rapportent ces révélations, les examine, et voit si elles vérifient toutes les mar-
    • '• —242 — ques qui peuvent rendre acceptable une affirmation humaine dans des questions si mystérieuses. Ainsi donc, on se tromperait grandement, non seulement, si on voulait chercher dans les décisions de l'Eglise un critère infaillible de la vérité de telle pu telle révélation privée, mais même si on prétendait que ces décisions sont par elles-mêmes là règle complète de notre conduite en cette matière. L'Eglise, en effet, ne se porte jamais garante de la vérité de ces révéla- tions (1) et, même dans le cas où elle les admet, elle ne se décide qu'après l'examen rationnel et scientifique des témoins qui les rapportent. C'est donc dans l'étude des paroles du voyant que nous devons, à l'exemple de l'Eglise, aller chercher le vrai motif de notre adhésion, en examinant si celui qui se dit favorisé de révé- lations divines donne des preuves suffisantes de ses affirma- tionsy et par conséquent, s'il se présente à nous comme un témoin vraiment digne de foi. * * * Deux conditions sont absolument nécessaires pour qu'un témoin soit digne de foi, la sincérité et la science : la sincérité qui le fait parler conformément à sa pensée, la science qui Je fait penser conformément à la vérité. Si la première condition fait défaut, le témoin est un imposteur, il veut tromper les autres; si la deuxième lui manque, il est un ignorant, il se trompe lui- même. Les témoins dont nous parlons principalement en ce moment possèdent certainement la sincérité. Nous ne considérons en effet que ceux qui ont laissé dans l'Eglise un renom de sainteté manifeste, qui ont été dés modèles achevés de toutes les vertus, et dont la vie toute sainte exclut jusqu'à l'évidence la moindre intention perverse de dissimulation ou de mensonge. Comment supposer avec quelque vraisemblance une pareille intention dans les Saints que l'Eglise propose à notre vénération et à notre imitation, après avoir déclaré solennellement qu'ils ont pratiqué jusqu'à l'héroïsme toutes les vertus chrétiennes ? Presqu'aussi invraisemblable serait cette supposition pour tant d'autres Saints personnages qui, bien que n'ayant pas reçu les honneurs des autels, ont embaumé l'Eglise du parfum de leur vie toute, de pureté, d'humilité, de dévouement et de charité. Supposer dans de telles âmes l'intention de mentir serait manifestement vouloir unir les choses les plus contradictoires. Nos témoins, car encore une fois nous ne considérons que ceuxrlà, ont donc cette première qualité, la sincérité. Ont-ils pareillement la science suffisante soit pour bien discerner ce .que Dieu leur a dit,-soit pour l'exprimer exactement dans leurs paroles ou dans leurs écrits ? (1) Cf. Èncyl. » Pascendi», 2e partie, np 7. :
    • — 245 — Ici notre réponse devra être beaucoup moins'.affirmative. Si Dieu lui-même daigne parler à une âme, il a évidemment mille manières de se manifester à elle avec toute la clarté et toute l'évidence requises pour donner la certitude absolue et le parfait acquiescement de l'esprit. Sans aucun doute possible, les confi- dents intimes de la pensée de Dieu peuvent donc avoir,; quel- quefois du moins, la pleine et claire connaissance de ce que Dieu leur dit et la science suffisante pour la traduire fidèlement par la parole extérieure. Ils peuvent avoir cette connaissance et cette certitude ; en fait cependant, ils l'ont assez rarement par eux-mêmes.Ecou- tons une des âmes les plus privilégiées de Dieu, une âme dont lès révélations comptent parmi les plus authentiques, et dont l'ensei- gnement, basé sur l'expérience personnelle, jouit de la plus grande autorité dans l'Eglise. « Il y a sans doute, dit Sainte Thérèse, grand sujet de craindre que ces paroles que l'on entend ne viennent du démon ou de notre imagination ; mais si elles sont accompagnées des marques dont j'ai parlé, on peut s'assurer qu'elles viennent de Dieu. Il ne faut pas néanmoins faire ce qu'elles ordonnent, soit à notre égard ou à celui des autres, prin- < cipalement en des choses importantes sans l'avis d'un confesseur savant, prudent et homme de bien, quoique l'on entende diverses fois les mêmes paroles et que l'on soit très persuadé qu'elles viennent de Dieu, parce qu'il veut que nous en usions ainsi... Je trouve tant de péril à suivre son propre sentiment, que je vous avertis, mes soeurs, et je vous conjure au nom de Notre-Seigneur de ne jamais commettre une telle faute » (*) . La grande Sainte ne veut donc pas qu'on se fie à son propre jugement, quand on se croit favorisé de visions ou de révéla- tions, même s'il semble évident qu'elles ne viennent que de Dieu. Elle veut qu'on s'en remette à la décision d'un directeur sage, prudent et homme de bien. C'est la règle de conduite que tracent tous les maîtres de la vie spirituelle. Qu'il nous suffise de citer encore l'un des plus célèbres, Saint Jean de la Croix. Dans son ouvrage « La montée du Carmel », il revient à plusieurs reprises sur ce sujet, pour recommander aux directeurs une grande prudence,et aux dirigés une grande soumission. Parlant des diverses révélations, au livre II, chap. XXV et suivants, voici e.e qu'il dit des paroles divines qu'il appelle formelles et qu'il range parmi les plus subli- mes • « Il faut enfin donner connaissance de toutes ces choses à un confesseur prudent et expérimenté, ou à quelque autre personne docte et discrète, pour recevoir des avis et des instruc- tions ; et alors il sera de son devoir de régler la conduite de celui qui le consulte, et qui doit suivre les conseils qu'on lui donnera, (1) S*«Thérèse : Châteauintérieur6" demeure chap. III.
    • — 244 — en demeurant dans une entière soumission à la volonté du direc- teur, et dans une parfaite indifférence à l'égard de toutes ces communications » (1). Dieu lui-même ne donne pas d'autres conseils à ceux qu'il honore de ses confidences les plus manifestes. « Ecoute, ma fille, dit Notre-Seigneur à Sainte Marguerite-Marie, ne crois pas légèrement à tout esprit, et ne t'y fie pas, car Satan enrage de te décevoir. C'est pourquoi ne fais rien sans l'approbation de ceux qui te conduisent, afin qu'ayant l'autorité de l'obéissance, il ne puisse te tromper, car il n'a point de pouvoir sur les obéis- sants » (2). C'est pourquoi, nous voyons les plus grands saints douter au sujet de leurs révélations, tant qu'ils n'ont pas été rassurés par ceux qui ont charge de les diriger et de les conduire. Y a-t-il beaucoup de saints à qui Dieu ait parlé plus clairement qu'à la confidente de son Coeur, Sainte Marguerite-Marie ? Et cepen- dant quels doutes, quelles hésitations, au sujet de l'esprit qui l'anime ! « Ah ! sans doute dans l'évidence de la manifestation divine, au moment même où la lumière d'en haut illumine son âme, elle ne doute pas : elle croit, elle voit, rien ne la trouble. Mais la clarté s'efface ; la tentation succède. Si c'était le démon ! Elle a hésité en 1673, elle hésite en 1683, elle hésite en 1690, à la veille de sa mort. Malgré tous les encouragements donnés, malgré toutes les assurances reçues, il lui faut et de nouvelles assurances et de nouveaux. encouragements. Souvenez-vous, mon cher enfant, (lui dit la mère Greyfié) de ce que je vous ai déjà dit... que si c'est le diable qui veut vous abuser, il n'en viendra pas à bout, à moins que vous ne vous rendiez vaine par l'estime de vous-même... Qu'importe que ce soit le démon ou un ange qui vous conduise et vous enseigne, pourvu que ce soit en bon chemin, et que vous arriviez un jour à la perfection que Dieu vous demande » (3). Que faut-il conclure, sinon que celui qui reçoit de Dieu ces sortes de révélations n'en est pas assez certain par lui-même, et n'en possède pas une connaissance assez nette pour qu'on puisse se fier à son seul témoignage. « Je lui disais, écrit la mère Greyfié à propos de soeur Marguerite-Marie, de ne point parler dés grâces extraordinaires qu'elle recevait qu'en termes douteux, comme « il me semble », ou « il m'a semblé », ou « si je ne me trompe», et de ne point s'y fier avec tant de fermeté, qu'elle ne fût prête à s'en départir sous le jugement des personnes qui lui seraient supérieures ou qui auraient le droit d'en faire l'exa- men. Elle m'a paru toujours fidèle à cet avis » (4). (1) S*Jean de la Croix : Montéedu Carmel,livre II. ch.XXX. Voir aussi Benoit XIV, De Canon.Sanct. lib. III, c. 52, n" 6, (2) Hamon. Vie de la B"-Marguerite-Marie, . 158. p (3) Hamon. Vie de la B?° Marguerite-Marie, 318. p. (4) Vieet oeuvresI, 130.
    • — 245 — Si les confidents de Dieu ne peuvent se fier à leur propre jugement pour savoir si c'est Dieu qui leur parle, à plus forte raison doivent-ils douter d'eux-mêmes s'il s'agit d'interpréter les paroles divines qu'ils ont entendues et d'en exprimer le véri- table sens. Saint Jean de la Croix, dans l'ouvrage déjà cité, explique longuement combien sont fréquentes les erreurs de ceux qui croient pouvoir facilement saisir la portée des paroles divines. Très souvent, Dieu laisse à sa parole une certaine obscu- rité et n'en donne d'abord qu'une demi-intelligence. De plus, Dieu parle à l'âme conformément au degré de connaissances natu- relles qu'elle possède déjà ; de là, danger d'interpréter faussement les paroles de Dieu en les confondant avec les idées acquises natu- rellement par l'étude ou la méditation. Souvent encore, Dieu parle à rame par des visions, imaginatives ou intellectuelles, dont l'expression en paroles extérieures est laissée entièrement à l'activité propre du voyant. Celui-ci trouvera-t-il les mots justes pour exprimer ce que Dieu lui a dit d'une manière plus sublime ? Ou encore, quand il voudra rapporter les révélations qu'il a reçues n'aura-t-il pas déjà oublié des détails, et se sou- viendra-t-il exactement des paroles entendues ? (1) On le voit, ces causes d'erreur, et d'autres encore que nous pourrions signaler, jointes aux hésitations que nous avons trou- vées fréquemment dans l'esprit des confidents de Dieu, démon- trent clairement que nous ne pouvons pas fonder sur leur seul témoignage une adhésion certaine aux paroles qu'ils croient avoir entendues de Dieu. Leur état d'esprit ne nous manifeste pas assez qu'ils ont la deuxième qualité de tout . témoin digne de foi : la science suffisante. ! '' * * Devrons-nous donc arrêter là nos recherches, et conclure qu'il est impossible d'arriver à une certitude quelconque au sujet des révélations privées ? Non, assurément, car on peut prouver la vérité d'un témoignage autrement que par .l'auto- rité même du témoin. Le directeur ou les autres personnes sages et prudentes dont nous avons parlé plus haut et qui doivent régler le juge- ment même de celui qui se dit favorisé de révélations, ne peuvent pas évidemment baser leurs décisions sur les seules affirmations <lu voyant, puisqu'ils ont à juger ces affirmations elles-mêmes ; mais il leur reste des preuves extrinsèques pour s'assurer d'une manière satisfaisante que leur dirigé, dans le cas présent, ne se. trompe pas et que ses, paroles ne peuvent qu'être conformes, à la vérité. (1) S«Jean de la Croix.Montéedu Carmel,livre II. Ch. XIX et XX. Poulain.Des grâcesd'Oraison.6e édition, p.338 - 356. Benoit XIV. De canon, sanct. lib. III, cap. 53, n* 17.
    • — 246 — On peut lire dans les auteurs mystiques (1) l'exposé détaillé de toutes les conditions requises pour que le directeur puisse se prononcer en toute sûreté sur l'origine divine des révélations qui lui sont communiquées. Il doit d'abord connaître ou étudier la personne qui lui fait ses confidences ; quelles sont ses qualités naturelles, phy- siques, intellectuelles et morales ; quel est son degré d'instruc- tion, la rectitude de son jugement, la droiture de ses intentions. Il examine ensuite ses qualités surnaturelles : quelles vertus pratique-t-elle habituellement, ou à l'occasion de ses révéla- tions ; quelles sont surtout son humilité et sa soumission... Par là, le directeur peut déjà se former une idée générale sur la valeur du témoin qui lui parle. , Passant ensuite à la révélation elle-même, il l'étudié, en tout premier lieu, à la lumière de l'enseignement catholique pour voir si tout y est bien conforme à la doctrine de l'Eglise ; il con- sidère ensuite quels effets elle produit dans l'âme : clarté et lumières surnaturelles qui dépassent les simples illuminations de la grâce, sentiments de paix, de joie, 4e courage, d'amour intense de Dieu et du prochain ; quels effets aussi elle produit ou peut produire pour l'utilité des fidèles et le bien de l'Eglise. Si dans cet examen, toutes.les conclusions convergent vers le même point : exclusion de toute cause apparente d'erreur, insuffisance des lumières naturelles, nécessité de l'intervention directe de Dieu pour donner une explication suffisante, le direc- teur pourra considérer avec très grande probabilité, ou même peut-être avec certitude, comme révélation véritable les paroles que son confident lui dit avoir reçues de Dieu. La meilleure preuve qu'il pourrait trouver pour fixer son jugement serait la présence de signes divins : prophéties ou mira- cles bien contrôlés, et donnés pair le voyant comme preuves de la vérité de ses paroles. Et encore, même dans ce cas, le directeur ne saurait être trop prudent, car une révélation peut fort bien être confirmée par des miracles sans qu'elle soit vraie dans tous, ses détails, ou dans le sens absolu qu'on serait porté à lui donner. La vie de Saint Vincent Ferrier nous offre, à ce sujet, un curieux exemple et bien instructif. Dans ses prédications, le saint annon- çait que le jugement dernier était prochain, dans le sens,vulgaire de ce mot. Il l'avait appris par une vision très claire, énoncée sans condition, dont il prouvait la vérité en semant partout les miracles. On en comptait déjà plus de trois mille, de son propre aveu, lorsqu'il vint prêcher à Salamanque en 1412 ; et c'est là qu'il apporta en témoignage son prodige le plus célèbre, ressusci- tant pendant un quart d'heure une femme que l'on portait au "''' (!) par exemple: Poulain, Des Grâcesd'Oraison,p. 366 - 392., ' Benoit XIV. De canon, sanctïlib. III, cap. 52, n° 4.
    • -^ 247 — i .... ...'.'. cimetière, et qui confirma ses dires. Cependant, cette prophétie si bien appuyée ne s'est pas réalisée. On explique ce fait en disant qu'elle était conditionnelle (1). '.*. * * On le voit par les brèves indications qui précèdent, 'il n'est pas facile d'arriver à discerner sûrement une révélation divine, ni surtout à en comprendre toute la signification et toute la portée. Ceux qui la reçoivent de Dieu peuvent sans doute parfois en avoir la pleine certitude ou même l'évidence ; mais ceux à qui le voyant la communique ensuite ne peuvent pas prudemment se fier à sa seule parole, ni accepter son témoignage sans examen. Or, cet examen n'est guère possible, dans toute son étendue, qu'à ceux qui sont en relation intime avec le confident divin, et qui connais- sent tous les secrets de son âme. Eux seuls, en effet, peuvent re- cueillir toutes les preuves dont nous avons parlé et arriver à une vraie certitude comme fruit de leurs recherches personnelles ; et encore, leur adhésion, pour être bien motivée, ne pourra porter que sur l'ensemble et non sur chaque point des révélations qu'ils ont étudiées. Si d'autres, après eux, veulent aussi porter sur ce point un jugement personnel vraiment raisonné, ils devront autant que possible suivre la même voie ; mais bien des éléments leur feront défaut, puisqu'ils devront se contenter de quelques documents historiques pour connaître les qualités de la personne, le contenu et les circonstances des révélations, les signes divins qui sont venus peut-être les confirmer ; il leur manquera toujours l'examen direct et immédiat du confident de Dieu que. seuls, ses directeurs ont parfaitement connu à l'origine. Il leur sera donc déjà plus diffi- cile de formuler leur jugement sans crainte de se tromper. Sou- vent peut-être préfèreront-ils, au terme de leur enquête, se fier aux directeurs autorisés, qui ont pu, au début, prendre leur déci- sion après un examen plus approfondi et en pleine connaissance de cause. Cette dernière méthode est la seule que peuvent suivre com- munément les fidèles, peu versés dans l'étude de questions si dif- ficiles, et incapables de se former une opinion personnelle sUffisa- ment .motivée. S'ils veulent se conduire sagement, en présence des révélations qu'ils peuvent entendre raconter, ou encore lire dans une foule d'ouvrages, ils n'ont que cette alternative : ou bien rester sur là réserve, sans les.admettre ni les rejeter, ou bien ne les admettre que dans la mesure où elles sont approuvées par des autorités plus compétentes, théologiens savants ou directeurs prudents, dont ils prendront les décisions comme règle de leur (1) Poulain, Des"Grâces 'Oraison, p. 341. d
    • 248 propre jugement. En agissant autrement, ils feraient preuve d'une créduli ' é déraisonnable, et s'exposeraient à admettre bien des faussetés, souvent même des contradictions manifestes. * En résumé, à la question que nous nous posions au début : « Peut-on arriver à discerner sûrement les révélations privées et à connaître avec certitude leur origine divine», notre réponse est affirmative,-mais avec plusieurs restrictions : a) Le voyant lui- même peut recevoir parfois de l'action divine la pleine lumière et la parfaite certitude ; habituellement cependant il ne peut pas se fier à son propre jugement, mais seulement à celui de son direci teur. b) En règle générale, le directeur est celui qui est le mieux placé pour percevoir les preuves de l'action divine, et se prononcer avec le plus de sûreté sur l'origine des paroles qu'on lui rapporte comme venant de Dieu. c) Après lui, viennent les théologiens, surtout ceux qui sont expérimentés dans la conduite des âmes. Ils peuvent eux aussi arriver quelquefois à un discernement certain des révélations divines, quoiqu'avéc plus de difficulté, parce qu'il leur manque plusieurs éléments pour une enquête pleine et complète. d) Quant aux fidèles, généralement ils ne peuvent que se fier au jugement des théologiens ou des directeurs qui ont examiné ces révélations. Tous cependant doivent se soumettre au jugement de l'au- torité ecclésiastique, au cas où elle aurait porté quelque décision en cette matière. Nous avons dit plus haut quelques mots de son intervention au sujet des révélations privées, et insinué qu'elle les approuve parfois, et va même jusqu'à les admettre. Mais cette question de l'approbation des révélations privées par l'autorité de l'Eglise mérite une plus ample exposition : elle fera l'objet de notre pro- chaine étude. A. ESTÈVE, o. M. i.
    • — 249 — : LE Coite lirojp i Sacré-Coeur fie JÉSUS du Moyen-Age au XVIIe siècle. L'efflorescence moderne de la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus n'a eu pour égale que l'oubli où les idées jansénistes l'avait autrefois reléguée. Beaucoup de personnes croient volontiers, même parmi les dévots au Sacré-Coeur, que ce culte est chose nouvelle. Depuis deux cents ans et plus on entend répéter le même on-dit et déjà dans les opuscules où les Pères de la Compagnie de Jésus firent connaître les mérites de Marguerite-Marie, peu de temps après sa mort Q), ils durent s'élever avec force contre l'objection répandue de tous côtés, alors que, au moins en certaines nations, le culte du Sacré-Coeur de Jésus existait depuis longtemps. A l'opposé de cette opinion, née seulement de l'ignorance de l'histoire, d'autres écrivains ont dit, avec une hardiesse toute de rhéteur, que la dévotion au Sacré-Coeur avait commencé à là Cène et sur le Calvaire. S'il est vrai que l'apôtre Saint Jean est celui qui nous a conservé, dans son Evangile, l'admirable discours où l'amour de Jésus s'exprima de si touchante façon après le banquet pascal, il n'y a là rien de près ou de loin, qui touche le culte adressé à ce même amour du Christ pour nous. De même en est-il des pages où les Pères des premiers siècles voient la naissance mystique de l'Eglise dans l'eau et le sang qui s'échappent du côté entr'ouvert de Jésus, blessé de la lance(2). (1) Dévotion, u Sacré-Coeur Notre-SeigneurJésus-Christ, p. 10-18. La a dé première édition est de Lyon, 1691, et a été suivie de nombreusesautres, jusqu'à la fin du XVIIIesiècle; l'uned'ellesa été miseà l'index (1704),.non point à causede la dévotionque prêche cet opuscule,mais commecontenantun petit officenon approuvé,publié sans autorisation. (2) On ne trouve pas d'autre idée encore, dans le décret sur l'institution da la fêtedela sainte Lance; ou,pour mieuxdire,commeend'autrestextesdu moyen âge,le mot Mus et ce qui en découle,viseaussibien le contenuque le contenant, et peut égalements'appliquer au coeur,avec d'admirablesrythmes de Préface,: 0 beatissima ipsius sacri lateris apertura, unde tôt et tanta divinoepietatis dona fïuxerunt...Haeclancealaiusipsumaperiendo,sacratissimasjanuasnobisregnicoelestis aperuit. Hoecvulnerandojam morluumvulnera nostra sanavit, vitamquenobis reddiditet salutem.Hoecinnoxium transjigehdo,illius sanguine culpas nostras abstersit: et demumejusdem sacratissimisundis irrigata, coeciïatis osiroeenebras n i sustulit,et nos ipsius divinoepietatisfluviis mundavit. — Traduction: O très bienheureuse ouverture du sacré côté, d'où tant et de de tels dons de la divine pitié s'écoulèrent....La lance, en l'ouvrant, nous ouvrit les portes saintes du royaume céleste. En blessant Jésus dtjà mort, elle guérit nos blessures,nous rendant la vie et le salut. En transperçant l'innocent, elle nettoya de son sang nos fautes : et enfin, arrosés que nous fûmesde ses ondes. , sacrées,elle soulevales ténèbres de notre cécité, et nous lava dans les flots de cette divine pitié.
    • '.— 250 — - : ".' S'ils y trouvent la dernière preuve d'amour que Jésus nous vou- lut donner en répandant jusqu'à la dernière goutte de son.sang, ils ne remontent jamais à la source matérielle de ce sang, au Coeur. Ce que je dis ici est évidemment connu des historiens de la dévotion au Sacré-Coeur ; ce que j'en dirai par la suite n'est pas toujours non plus du nouveau : je ne crois pas, néanmoins, que l'on ait groupé, antérieurement à ces modestes études, l'ensemble de faits qu'elles présentent, et qui sont de nature à jeter une vive clarté sur le sens et le développement du culte, j'entends non point de la simple dévotion, mais, du culte à.forme liturgique, rendu au Sacré-Coeur de Jésus. PREMIÈRES HYMNES. Ce furent les siècles du bas moyen âge qui, avec le tempéra- ment enflammé que l'on avait alors, concrétisèrent, sous la figure du coeur, l'amour : de là naquit, tout naturellement, la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus. La plus ancienne allusion que je connaisse à ce sujet est celle d'un «trope» chanté au Xe siècle pour la fête de saint Jean l'Évan- géliste : on nommait ainsi des versets explicatifs ajoutés à certains chants liturgiques, telles des invocations litaniques. Or, pour cette fête, entre autres additions insérées entre les répétitions de l'Agnus Dei, on trouve celle-ci : Qui juste dignum sanxisti Corde Joannem, miserere nobis. «Toi qui, de ton Coeur, donna si juste- ment autorité à saint Jean, aies pitié de nous », allusion à la posi- tion de l'apôtre à la dernière cène (x). L'insinuation est plus mar- quée, au XIe siècle, dans un sermon de saint Pierre Damien, premier sur l'excellence de l'Evangile selon saint Jean : Cor Christi caeleste gazophilacium, etc. Elle se fait plus nette, se précise et . grandit ; au XIIe siècle, l'exposition,de ce que doit être le Coeur de Jésus pour le chrétien trouve son interprête dans les prédica- tions ardentes de saint Bernard : il suffit de les citer pour que l'on y rencontre dans ses sermons sur la Passion du Christ, sur le Can- tique, etc., maintes et nombreuses allusions au Coeur de Jésus, siège et symbole de son amour pour nous, refuge à la fois des pécheurs et des âmes aimantes, dont l'accès nous est ouvert par la plaie sanglante du côté frappé de la lance. Je ne crois pas néces- saire de donner ici ces nombreuses références : m'appropriant le mot de saint François de' Sales à propos de citations analogues, (1) Ce trope fait partie de la série Celsa nunc omnesronc, l'on rencontre dans le beau tropaire de .l'abbaye normande de Saint-Evroult, (Paris Bibliothèque nationale ms. latin 10508,f° 126), bien qu'il ne soit pas mentionné dans le Repertorium hymnologicmnu chan. UI. Chevalier.Je l'ai publié avec son|chant d dans la petite feuille grégoriennen° V,au Bureau d'Edition de laj,Schola,$Paris.
    • — 251 — les érudits n'en ont pas besoin et ils les retrouveront aisément, tandis qu'elles n'apprendraient rien aux autres. ' Et, comme ce fut principalement dans les pays germaniques que les missions de saint Bernard ont eu leur plus grande impor- tance, c'est spécialement dans la région rhénane, que la dévo- tion qu'il prêche trouve immédiatement un écho. De là, elle s'épanche dans l'Est de la Belgique, un peu plus tard. Lesânciens écrivains mystiques de langue allemande, les bienheureux Hermanrt Joseph, Henri Suso, le dominicain strasbourgeois Tauler, se répandent en effusions admirables sur le Coeur du Maître. (C'est même en grande partie parce que Luther, qui avait un attrait profond pour ces mystiques, emprunta à leurs oeuvres une partie.de ses écrits, que la dévotion au Sacré- . Coeur eut plus tard une efflorescence très curieuse chez Tes « pîé- tistes » luthériens, et même chez certains protestants français : mais ceci dépasse notre sujet). Ces mêmes mystiques aiment à recueillir et à commenter les passages qui traitent du Coeur de Jésus tels que ceux que l'on peut glaner dans saint Bonaventure ou le pseudo-Bonaventure et saint Bernard : la doctrine de celui- ci, en particulier, passe à ce point dans leurs oeuvres, que les pre- mières pièces de forme liturgique, composées en l'honneur du Sacré-Coeur, sont, par beaucoup d'auteurs, attribuées — à tort — à ce saint. Mais elles sont directement issues de ses sermons. 11est un fait remarquable : dès que le culte du Sacré-Coeur prit forme, il tendit à revêtir un caractère liturgique, à se tra- duire en hymnes, ou, 'mieux, en « rythmes » comme on nommait alors ce genre. Le plus ancien de ces rythmes en l'honneur du Coeur de Jésus, qui date de la première moitié du XIIIe siècle, connut une fortune inouïe ; bon nombre de manuscrits, dès lé commencement du XIVe, développent l'oeuvre originale, .et il ne se passe pas de siècle que l'on n'y ajoute de nouvelles ampli- fications, mises sur le compte de saint Bernard (*)'. L'auteur original de cette belle pièce est connu maintenant, grâce aux travaux du savant Jésuite, le P. Clément Blume : le premier hymnographe du Sacré-Coeur fut le bienheureux Hermann Joseph, de l'ordre des Prémontrés, mort archevêque de Cologne en 1241, et cette dernière ville semble avoir été durant plusieurs- siècles le grand centre de la dévotion au Sacré-Coeur, qui y est toujours demeurée très florissante. La poésie du Bienheureux Her,mann-Joseph comprend une série de chants, de chacun cinq doubles strophes, rassemblées (1) Voir dans la Patrologielatine t. CLXXXIV, col. 1321, le développement où avaient atteint, au XVe siècle, sous le nom de saint Bernard, ces Hymnes. Les textes les plus ancienset les plus purs de cette poésie,, de ses pre- et miers développements, référablementà la Pair, lat., se trouvent dans les collec- p tions hymnologiquesde Wackernâgel,de Mone, I. 169, et Daniel, II. 370 et s. Le dernier ouvrage,en particulier, contient plusieurshymnes, destinéesà la dévo- tion particulière, et très curieuse,des XIV5 et XVe s.
    • 232 — dans Une immense « salutation » aux membres du Christ couverts de plaies pour nous. Ce qui concerne le Sacré-Coeur est réparti sous trois chapitres : adlatus, ad pectus, ad cor. Il est aisé de voir, à leur lecture, que ces diverses désignations ne sont que trois moyens de chanter une même chose. Ils commencent respective- ment par les trois strophes suivantes, et chaque « salutation » comprend dix strophes de même rythme : I. Ad Latus. I. Au Côté. . Salve (ou Ave),Jesu, sumtne bonus. Salut, Jésus, souverain bien, Ad parcendum mire pronus I Si merveilleusement prompt à pardonner! Membra tua macilenta Tes membres déchirés, Quam acerbesunt distenta Qu'ils sont cruellementdistendus, In ramo crucis torrida. Brûlés, sur l'arbre de la croix. II. Ad Pectus. II. A la Poitrine. Salve, salus mea, Deus, Salut, mon salut, ô Dieu, Jesu dulcîs, amor meus : Doux Jésus, mon amour : Salve, Pectus venerandum, Salut, Poitrine vénérable, Cum tremoreçonlingendum, Qu'on ne peut toucher qu'avec trem- blement, Amoris domicilium. O demeurede l'amour. III. Ad Cor. III. Au Coeur. Summi Régis Cor, aveto, Coeur du Souverain Roi, salut 1 Te saluto corde,laeto : Je te salue d'un coeur joyeux : Te comptecti me delectat T'embrasser me remplit de délices, Et hoc meum cor affectât Et une seule chose touche mon coeur, Ut ad te loquar, animes. C'est que tu l'invites à te parler. Le plus beau de ces trois rythmes, à mon avis, est le second, et je ne résiste pas au plaisir de le reproduire en entier : 1. Salve, salus mea, Deus, 1. Salut, mon salut, ô Dieu, Jesu dulcis, amor meus : Doux Jésus, mon amour : Salve,pectusvenerandum, Salut, Poitrine vénérable Cum tremorecontingendum, Qu'on ne peut toucher qu'vi tremblant, Amoris domicilium. O demeure de l'amour. 2. Ave, thronus Trinitatis, 2. Salut, trône de la Trinité, Arca latte cariiatis : Arche de la suprême charité c Firmamentuminfirmâtes: Appui des faibles, Pax et pausa fatigatis, Paix et trêve des fatigués, Hùmilium triclinium. Repos des humbles. 3. Salve, Jesu révérende, 3. Salut, Jésus digne de vénération, Digne semper inquirende: Digne de toutes nos recherches : Me proesentem attende, hic Attends-moi ici, moi qui suis présent, Accedentem succende me Et tandis que j'approche enflamme-moi Proecordialigratia. De la grâce sortie de ton Coeur. (1) .On trouvera cette pièce avec son ancien chant populaire et traditionnel dans l'Ordinairedes Saluts, page 34 ; Paris, 1911,(Sté d'édition du chant gré- gorien, Biais, Lecoffre et Lfithielleux).Un musicien belge' du commencement 3ù XV" siècle,Jean de Limbourg, a composépour cette hymne d'intéressants versets à trois voix. Cette hymne est très proche de la belle prière de sainte Gertrude, dont je tiens l'habitude d'une tradition familiale: «Salut, Coeur Sacréde Jésus, source vive et vivifiantede la vie éternelle,trésor infinide la Divinité,fournaiseardente du saint amour. — O mon divin Sauveur, embrasezmon coeurde l'ardent amour dont te vôtre est tout'enflammé, et faites que mon coeursoit tellement uni au vôtre, que votre volonté soit la mienneet que la miennesoit éternellementcon- .forme à la vôtre ». Les mêmes expressionsse rencontrentdé part et d'autre.
    • — 255 — 4. Pectus mihi confer mundum, 4. Donné-moi un coeur pur, Ardens, pium, gemebundnm: Ardent, piux, sensible : Voluntatemabnegatam,' Une volonté qui s'oublie, Tibi semper conformatam, Toujours sur toi conformée, Junctâ virtutum copia. Enrichied'abondance de vertus. 5. Jésu dulcis, pastor pie, 5. Jésus doux, Pasteur pieux, Fili Del et Marioe, Fils de Dieu et de. Marie, ..; Largo fonte lui Cordis De la large source de ton Coeur Foeditatem meae sordis, Que la saleté de ma souillure, Bénigne Pater, dilue. O Père très bon, sois lavée. Divisio. 6. Splendor Patris et figura, 6. Splendeur et figure du Père, Summi Dei genitura, Descendance de Dieu Très-Haut, De tnesauristuis plenis, De tes trésors si remplis Desolatis et egenis Fais affluer le don clément Munus clementer proflue. Aux malheureux, aux indigents. 7. Duke Jesu Christi Pectus, 7. Douce poitrine de Jésus-Christ, Tuo dono fiam rectus, Rends-moi digne de ton don, Absolutus a peccatis, Afin qu'absous de mes péchés, Ardens igné caritatis Brûlant du feu de la charité, Ut semper te recogitem. A toi toujours je me plaise à penser. 8. Tu abyssus es sophioe ; 8. Tu es l'abîme de la sagesse; Angelorum harmonioe Les harmonies des anges Te collaudant; ex te fluxit Te louent à l'envi ; de toi coula Quod Joannes cubans suxit : Ce qui enivra Jean qui s'y reposait : In te fac ut inhabitem. Fais qu'en. toi j'habites. 9. Ave, fons benignitatis; 9. Salut, source de bonté : Pleniiudo Deitatis La plénitude de la Divinité Corporaliter te manet : Demeure corporellement en toi : Vanitatemin me sanet Que le conseil que tu donnes Quod tu conféra consilium. Guérisse en moi la vanité. loi Ave, verum templumDei ; 10. Salut, vrai temple de Dieu, Precor, miserere mei : Je t'en prie, aies pitié de moi : Tu, totius orca boni, Toi, trésor de tout bien, Fac electis me apponi Ajoutes-moi parmi les élus, Vas dives, Deus omnium. ' O riche vase, ô Dieu de tous. Amen, Amen. Ces hymnes eurent un succès considérable dans leur pays d'origine, ai-je déjà fait remarquer. Encore au XVIIe siècle et au XVIIIe, elles formaient la base et le centre de^toute une dévotion aux plaies du Christ, très populaire en Allemagne, non seulement chez les catholiques, mais aussi, ai-je fait également remarquer, chez les luthériens. Divers «chorals.» des grandes Passions de J.S. Bach doivent leur origine à ces rythmes latins bientôt tra- duits et imités en langue vulgaire. (1) En France même, j'en ai trou- vé divers extraits mis alors en musique, pour être chantés en l'honneur du Sacré-Coeur, en quelque couvent que je n'ai pu encoreidentifier.(2) (1) Entre autres, les beaux chorals n»»23, 53, etc., (édition Litolff)de la Pas- sionselonsaint Mathieu,harmonisés Bachsur la mélodieécritepar LéoHassler. par Un autre choral,dont les paroles allemandessont la traduction du Salve,jesu, summetonus, figure dans la collection des «XII textes au- T. S. Sacrement» avec les paroles du Pange lingua, (Paris, Bureau d'édition de la Schola). (2)- BibliothèqueNationale, V,ml. 1.7,15. - -
    • •''— 234—• - PREMIÈRES IMAGES. XIH« —XIV» siècles La dévotion au Coeur de Jésus prit une grande forcé des révé- lations de sainte Gertrude et de sainte Mechtilde, vers la fin du XII Ie siècle.(l) Le livre des visions de sainte Gertrude, en particu- lier, enseigne aux âmes ferventes comment Jésus entend que son Coeur, à la fois siège et symbole de son amour, devrait être honoré. Dejlà surtout, ne l'oublions pas, viennent l'usage d'honorer plus particulièrement le divin Coeur par un culte plus spécial de l'Eu- charistie, celui de s'y unir par de fréquents actes d'amour, les méditations sur la Passion, au vendredi, et, en général, tout ce qui concerne cette dévotion, comme de figurer matériellement l'amour du Christ par l'image de son Coeur blessé, dont on pou- vait réellement dire que c'était alors une nouveauté, mais une nouveauté en rapport avec les idées et les sentiments de l'époque. , On a discuté, assez à vide, sur la question de savoir si les gens du XIIIe siècle et du XIVe ont bien entendu, par l'image d'un coeur «navré», représenter celui de Jésus frappé de la lance, ou celui du fidèle blessé d'amour. La question est oiseuse : nous trouvons dans un élément essentiellement profane mais d'importance capitale, de quoi nous éclairer. Dans les oeuvres du grand littérateur et musicien français Guillaume de Machaut, chanoine de Reims, mais avant tout auteur profane (vers 1290- 1377), se trouve un long passage et de belles miniatures vraiment caractéristiques. En particulier, un merveilleux manuscrit (fran- çais 22.545, Bibliothèque Nationale de Paris) offre, au folio 186 1' « ymaige de vraie amour», en nous indiquant comment le Dieu d'amour apparaît au héros du poème: «l'ymaige», est un coeur enflammé et rayonnant ; le « dieu d'amour » figure, sur un pié- destal, sous la forme d'un « jouvencel » à la barbe courte, vêtu d'une robe et d'un manteau, bleu et rouge, » le costé fendu avoit Si qu'on veqit appertement son cuer, - .. Et. si l'enseignoit de son doi.» La miniature illustre le poème : elle est exactement, (sauf, bien entendu, l'absence de tout signe religieux), la manière sont on a coutume dé représenter Jésus montrant son coeur : il n'y manque même pas les couleurs traditionnelles de la robe et du manteau, et ce manuscrit n'est pas le seul. (2) Ce n'était dont nullement par une exception singulière' (1) A défaut dés grandes éditions des oeuvresde ces saintes, on pourra se servir d'un- excellent petit livre : Le Sacré-Coeur 'après Sainte Gertrude, par d le R. P. Grànger; Ligugé, 1892. Le même auteur a publié-.Vieet révélâtons:de i sainte Mechtildeéf desainte Gertrude. (2) Il serait intéressant de pouvoirdresserune liste de tels:manuscrits,et, plus tard, d'imprimésanalogues,et de rechercherqui a pu lire de telles descriptionset contemplerde telles représentations..;.''
    • : — 255 — comme on l'a supposé Mgr Bougaud, qu'un voile de calice con- servé à Cologne, ait offert, dès le XIIIe siècle, l'image du Sacré- , Coeur. Deux siècles plus tard, Lansperg, cet autre mystique rhé- nan, donne le conseil formel et la raison de cette représentation : «Place quelque image du Coeur de Jésus dans l'endroit- où .tu passes le plus souvent, afin que par elle tu sois ainsi plus souvent averti de t'exercer à l'amour que tu dois avoir pour lui ». On com- mence donc à représenter le Sacré-Coeur sous cette forme,tan- gible, et percé des trois clous de. la Passion. On trouve même bientôt cette image dans les armoiries de certains prélats, comme celles de John Newland, le «bon abbé», à Bristol (1). En Angleterre également, du même temps, à Glasgow, une clef de voûte de la cathé- drale Saint-Gilles — église enlevée aux catholiques depuis la réforme anglicane — porte de manière très apparente et recon- naissable une semblable image du Coeur de Jésus. Ces représentations d'ailleurs, sont en tout semblables à celles qui figurent dans divers livres de piété des XV Ie et XV IIe siècles, avec ou sans un i H S enlevant tout doute sur le sens de telles images. Voici un exemple : Dans les bois du Paradisus animae, ouvrage que je cite plus loin, le Coeur est rayonnant et entouré de flammes; il est timbré de IHS surmonté d'une croix et, en pointe, les trois clous. Le Sacré-Coeur entouré de flammes ou de rayons a dû être ainsi représenté de fort bonne heure, comme le suggèrent l'hymne et la prière reproduite plus haut» C'est la marque bien caractéristique, dès le XIVe siècle ou le XVe, de la diffusion de la nouvelle dévotion : et d'Allemagne et d'Angleterre, le culte du Sacré-Coeur va nous conduire en Espagne, et de là en Amérique, qu'on ne s'attendait guèrs, sans doute, à voir paraître si tôt en cette affaire. PREM1E1SOFFICES PHE» ; EGLISEDR SACRÉ-COEUR. (XVIe siècle) Or, le Nouveau Continent a un titre singulier dans l'histoire de la dévotion au Sacré-Coeur. Dès l'origine de leur Compagnie, les Jésuites missionnaires se font les propagateurs,,bien qu'à titre individuel, de cette dévo- tion dont nous retraçons l'histoire. Jean-Baptiste AnyèS, né en 1480, fort lié avec sainte Thérèse et saint François de Borgia,. entré dans la Compagnie de Jésus, publia, en 1545, le premier office composé en Fhonneur du Sacré-Coeur. Ce n'est point que cette oeuvre ait été destinée; à la célébra- (1) Sa pierre tombale,à la cathédrale,indique les couleurset émaux du blason par les signes conventionnels: celui-ciporte d'azur, au coeursaignant - d'or au- tant qu'il semble- percéde trois clousde même;,accostédesinitialesdu possesseur.
    • — 25S— : tion liturgique : c'est un « petit office » pour l'usage privé (}). Suivant le genre de tous ces petits offices si goûtés autre- fois, par quoi se traduisaient les « dévotions », il se compose d'un certain nombre de strophes réparties d'après l'ordre des heures liturgiques, et suivies, pour chaque heure, d'un vérsicule. L'en- semble, écrit en hexamètres, est fort beau à tous points de vue.. Voici un extrait, pour l'heure de Tierce : Cordis pura lui puro proeconia Corde Da modulis celebrare piis, dulcissime Jesu. Cor, ut Christe, tuum, cunctorum est arca bonorum ; Pressis pauperie succurre ; charismata mute Flaminis, ut tecum patiamur probra, flagella. Traduction : — « Donne-moi de pouvoir, sur de pieux rythmes, célébrer d'un coeur pur les pures louanges de ton Coeur, ô très doux Jésus.— Puisqueton Coeur, ô Christ, est l'arche de tout bien, secours ceux qui sont pressés par la misère ; envoie- leur les grâces du Saint-Esprit, afin qu'avec toi ils supportent patiemment épreuves et souffrances ». Ce furent les compagnons du P. Anyès qui portèrent en Amérique le culte du Sacré-Coeur de Jésus, et, quarante ans après la publication du « petit office », le P. Anchieta, à Cuàrapary dans le diocèse d'Espirito-Santo, au Brésil, bâtissait la première église dédiée sous le titre du Sacré-Coeur de Jésus. Ce n'est d'ail- leurs qu'un très modeste édifice, d'une vingtaine de mètres de longueur, à une nef, avec un clocher (2). Restauré de 1878 à 1880, ce vénérable témoin des premières missions du Brésil sert tou- jours d'église à la même paroisse, depuis 1585. La dévotion au Coeur de Jésus, on le voit, tendait à devenir universelle ; les livres de piété ne manquent pas de s'y arrêter. Dans le célèbre Paradisus animoe, publié à la même époque par Horst, pieux et érudit curé de Cologne, dont la faveur contre- balança longtemps, dans les pays allemands, celle de l'Imitation, on trouve en plus des vieux rythmes précédemment étudiés, des « affectus » écrits en forme de prose ou de séquence sur le Sacré- Coeur : (1)11a été réimprimédenosjours dans l'ouvragedu P. Nilles,De ratione cultus SS. Cordis,CErtipontes,1885,t. II, p. 221et s. Ontrouvera à sa suite un autre!"petit office"du même genre, dû à un Jésuite polonaisde la premièremoitiédu XVIIe siècle,le P. Druzbicki,mais dont l'oeuvreest moinsintéressante. (2) Dimensionsprécises : nef, longueur, 12 m. 14 ; largeur, 5 m. ; hauteur, 8 m. 027— choeur,longueur,5 m. ; largeur, 3 m. 05 ; hauteur, 6 m. ; le clocher atteint 11 m. 02, et renfermeune tribune à trois métrés dé hauteur. J'emprunte cesdétailsaux Annalesdela Propagationdela Foi, septembre1906,n°468,n. 396 et 397, et au Messagerau Sacré-Coeur Jésus, août de la mêmeannée. de
    • 257 — Summoe thronushic virtutis, C'est ici le trôné de la suprême vertu Forma latensservitùtis: Cachésous la forme dé l'esclavage: Hic voluptasbeatorum, C'est la volupté des bienheureux Hic solamenafflictorùm, C'est la consolationdes affligés, Pauperum refugium. Le refugedes pauvres. Hic thésaurusbonitatis, C'estle trésor de la bonté, Arca vivensDeitatis: L'archevivante de la Divinité:.-'-. ; Officinacaritatis, Le laboratoirede la charité, ' : Et totiusTrini tatis Et de la Trinité tout entière Nobiletriclinium.(1) Le nobleséjour. Ne croirait-on pas lire, en ce qui concerne la forme, une prose parisienne du moyen âge ? De fait, les deux derniers vers de cet extrait sont purement et simplement empruntés à la belle séquence Salve, Mater Salva- toris, que l'on chantait autrefois à Paris en l'honneur de la Vierge. Il est fort possible que le Paradisus animoe, d'où j'ai tiré ces strophes, les ait lui-même empruntées à quelque source plus an- cienne, tant les accents dé ces « affectus », disposés d'ailleurs à l'égal d'un « petit office », ont l'allure des séquences victoriries de la bonne époque. A la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe, il semble que,, seule parmi les grandes nations, la France n'ait pas encore élevé sa voix pour glorifier le Sacré-Coeur. Les lointaines prédications de saint Bernard, qui avaient trouvé, dans les pays romantiques, des échos enflammés, ne paraissent avoir laissé chez nous que de fort légères traces ; on dirait que la profondeur mystique de cette dévotion n'était pas compatible avec l'esprit primesautier du tempérament français. Cela explique, sans doute, l'impression de nouveauté que le culte du Sacré-Coeur donne à beaucoup de personnes, et sou- vent, même dans les milieux ecclésiastiques, et malgré d'excel- lents ouvrages, on répète encore que la théologie de cette dévo- tion n'est pas constituée. Il suffit, pour être certain du contraire, de lire, non pas même les révélations de sainte Gertrude, qui en sont la source la plus complète, mais seulement les hymnes et proses que nous avons précédemment citées, et surtout les oeuvres liturgiques et spirituelles du personnage qui en parla le plus et Te mieux, à l'époque où arrive ce récit, le P. Jean Eudes, béatifié en 1909, le propre frère de l'historien Méteray. Sans doute, les aînés et les contemporains français du bien- heureux Jean Eudes parlent de la dévotion au Sacré-Coeur, la manifestent, mais sans en faire 1!objet d'Un culte déterminé. En vain, M, Olier s'étendra-t-il, à l'occasion, sur ce sujet ; en vain, saint François de Sales consacre ses filles spirituelles au Coeur de (1 )Je cite d'aprèsla secondeédition,qui est de Cologne, 644,et queje possède, 1
    • — 258 — Jésus, leur en donnant l'imitation pour règle (1) ; en vain cette dé- votion va-t-elle croissant dans les divins milieux religieux, elle ne se répand pas chez nous, au dehors. Les pieux auteurs français qui en parlent ne suivent pas encore l'exemple des écrivains étran- gers, auteurs de séquences, de rythmes, de petits offices. , Mais, d'autre part, et parallèlement à la précédente, une dévotion croissante se manifeste dans la première moitié du XVIIe siècle, pour le saint Coeur de Marie. A Paris, des confré- . ries sont fondées en son honneur ; à Aurillac, par un pieux jeu de mots, l'ancienne chapelle du « choeur » va devenir le centre d'un pèlerinage local à Notre-Dame du « Coeur ». Le Bienheureux Eudes va s'emparer de tous ces biens spiri- tuels et en.créer un nouveau bouquet ; de la dévotion liturgique au Coeur de la Mère sortira bientôt, comme un fruit normal, et complètement organisée, la dévotion liturgique en l'honneur du Fils. Les dates extrêmes de la formation et de l'éclosion de là fête même à laquelle tend la dévotion sont aisément fixées : 1648 est l'année où le P. Eudes fait célébrer pour la première fois, à la cathédrale d'Autun, la fête des SS. Coeurs ; 1670 est l'année où la fête du Sacré-Coeur de Jésus, à l'office superbe et à la « messe de feu », est inaugurée. A. GASTOUÉ. (1) Dès 1623,les Vjsitandinesde Poitiersman testent leur dévotionau Sacré- fcceur, ous apprend Monseigneur umbrecht,évêquede Poitiers,dans un mande- n H ment de 1914.Mais, d'une façon générale,alors que tant d'autres maisonsreli- gieusesfaisaient déjà, de bonne heure la fête des SS.-Coeurs, partir de 1670, et,à celle du Sacré-Coeur e Jésus, l'ordre de la Visitationétait le seul qui ne connut d point cette dévotion,ce qui expliquela missionde Marguerite-Marie. Cependant, on y célébrait la fête du S. Coeurde Marie.
    • — 259 — LA SOCÎÉTÉ du Règne Social de Jésus-Christ ' II. - MOYENS D'ACTION ET DÉVELOPPEMENT DE LA SOCIÉTÉ. C - ACTION La Société garde ce mot par respect pour ses premiers fon- dateurs. En vérité, sa devise, surtout actuellement, est : « Piété, Etude, Apostolat ». L'Apostolat, d'ailleurs, n'est-il pas la meilleure des actions ? Dès l'origine de l'oeuvre, le Père Drevon, consumé de la soif des âmes, la communiqua à ses disciples. Nous l'avons vu inaugurer ces grands pèlerinages de Paray-le-Monial, faisant ainsi le large geste attirant les foules sur le Coeur brûlant du Divin Maître. Les Chapelains de Paray, créés en 1875 par Monseigneur Perraud, plus tard Cardinal, lui doivent donc leur raison d'être.(l) Il a sa part aussi, comme nous le disions dans un précédent article — et combien considérable ! — dans le vote de l'Assem-. blée Nationale, reconnaissant le Temple du Sacré-Coeur d'uti- lité publique, en 1875 également. Du haut du ciel, il continue d'insuffler la même flamme à la Société. Comment, en effet, communier tous les jours, sentir bouillonner en soi la sève eucha- ristique, et ne pas brûler de la faire déborder dans les veines de ce pauvre monde qui se meurt d'anémie, faute d'en connaître les forces vitales. Par la plume, la parole et l'exemple, la Société du Règne Social concourait à ces Congrès Eucharistiques qui avaient été inspirés à son propre seuil. En 1881, au premier Congrès Eucha- ristique de Lille, elle était présente dans la personne du R. Père Fristot S.J. qui faisait applaudir son rapport sur le Musée et la Bibliothèque de Paray ; tandis qu'à la fin de la même année, au Congrès des Catholiques du Nord, Mr de Sarachaga exposait, à Lille, une section du Musée de Paray qui faisait pousser ce cri à une revue : « Que sera le Musée de Paray quand une seule de se» (1) Les Chapelainsde Paray, choisisparmi les prêtres les plus capables d« diocèsed'Autun, ont pour missionde prêcher le culte du Sacré-Coeur de diriger et les pèlerinages. Il est vraisemblableque les premiers prêtres pèlerins attirés par le Père Dr»- von furent aussi les premiers à demander que les Missionnaires viennent faire connaître à leur paroisse cette dévotion rénovatrice.
    • . — 260 — sections, et partielle même, présente de telles richesses, expose de tels trésors ! »(1) Le zèle de la Société du Règne Social dépasse bientôt les frontières de la France ; en 1885, le Directeur Général de l'OEuvre de S* Paul, Chanoine Schorderet, lecteur assidu de la Revue, réunit le Congrès Eucharistique de Fribourg où quatre mille per- sonnes prononcent le serment préconisé par la Société : Vive Jésus-Hostie ! Je jure fidélité à son Règne Social ! (2) FONDATION DE FILIALES Â L'ÉTRANGER. Les années 1885, 1886, 1887 virent une véritable expansion de la Société. L'admiration et la sympathie excitées par la grande Revue, d'un catholicisme intégral et d'une valeur artistique si •frappante, lui suscitèrent des filiales : en Italie d'abord, à Turin (3) ; puis en Belgique, à Gand (4) ; en Espagne, à Madrid (5) ; en Portugal, à Porto (6). Toutes ces filiales, animées d'un grand zèle, recherchaient les monuments Historiques et artistiques de l'Eucharistie,susci- taient ou préparaient des Congrès, adaptaient à leurs pays respec- tifs les principes de gouvernement chrétien et les données philo- sophiques et morales émises par la Grande Revue de leur Centre commun, Paray-le-Monial. REVUE DU RÈGNE SOCIALDE JÉSUS-CHRIST Là aussi, on rédigeait depuis 1886, une revue de propagande, plus abordable comme prix, et moins adonnée à l'étude des scien- ces, qui servait de trait d'union à ces groupements du dehors connus sous le nom de Société des Fastes Eucharistiques, nom qui engloba bientôt l'ensemble de la Société-Mère de Paray et de ses filiales. Théologiens et savants s'accordent à dire que cette dernière publication est ce que la Société a produit de meilleur dans ce genre. Le Culte du Sacré-Coeur, les droits sociaux du Christ- Hostie, le relèvement du monde par l'Eucharistie y sont traités avec un tel souffle, une telle envergure d'esprit et des traits à la fois si profonds et si sûrs que les fascicules de 1886, 1887, 1888 : (!) Revue du Très-Saint Sacrement. Novembre 1881. Père Tesnière. (2) Le Comte Albert dé Mun, présent à ce Congrès,en rapporte une grande impressiondont le résultat sera l'année suivante, en mai 1886,en France, la fon- dation d'une Associationqui aura le mêmebut : Restaurer l'ordre socialChré- tien, et à laquelle on donna,vers 1892, la devise que la sociétédu Règne Social arborait dès 1883 : PIÉTÉ,ÉTUDE, ACTION. Telle fut l'origine de l'Association Catholique de la Jeunesse Française. (3) Président d'honneur, CardinalAlimonda.— Président, Mgr Schiaparelli. Vice-Président, ère Sanna Solaro;S. J. P 7 (4) Président: Comté Etienne-d'Alcantara. (5) Président•: Don Vincente de la Fuente, membre de l'Académie royale (6) Mgf l'Archevêquede Mitylène et le Docteur Théophile de Séabra.
    • — 201 — n'ont point vieilli, et qu'on est frappé de les voir concordant d'une façon admirable avec l'Encyclique « Annum Sacrum» de 1889, et avec les rapports les plus estimés des derniers .Congrès Eucharistiques de 1912, 1913, 1914 (1). Des groupements à l'étranger dits : Fastes Eucharistiques, le plus actif était celui de Turin, dirigé par un Père Jésuite,Sanna Solaro, dévoré de zèle pour le salut des sociétés. Le baron de Sarachaga et lui obtinrent une audience particulière de Léon XIII, pour eux et pour les délégués de leur cinq comités de France et de l'étranger. Le Pontife les reçut avec un vif intérêt, les inter- rogea sur leur oeuvre, et, deux mois après, (2) comme témoignage de sa satisfaction, il envoyait à la société un Bref élogieux conte- nant une approbation très explicite : « parce qu'elle professe d'em- ployer ses soins à maintenir dans les Etats, l'Empire du Christ, entreprise excellente par elle-même, car il n'y a rien de plus.saint que de s'efforcer d'appeler les Nations à rendre Hommage à Dieu.» Ce Bref est bientôt suivi d'un Rescrit de la Congrégation des Rites, accordant de précieuses Indulgences à la Société des Fastes Eucharistiques. Désormais, il y a entre Paray-le-Monial et Turin comme une sainte émulation pour lancer .dans tous les peuples une Croisade en faveur de l'Hommage à la Royauté Sociale de Jésus-Christ.- Déjà, en 1885, Mr de la Moriière d'Ainval, membre du Comité Directeur, avait intronisé le Sacré-Coeur de Jésus Roi de sa Com- mune, Choisy-le-Roi ; il devait ensuite, en présence de Mgrl'évêque, de Périgueux Lui faire un solennel Hommage de toute la pro- vince du Périgord. Cette Croisade eut deux jours magnifiques à Paray-le-Monial. Ce furent : le 20 juin 1889 où elle fit prêter un acte d' « Hommage International à la Majesté Régnante du Sacré-Coeur de Jéstis- Christ au Saint Sacrement de l'Autel», pour commémorer le deuxième centenaire des grandes demandes sociales de 1689 à Marguerite-Marie ; puis le 14 et 15 Août 1889, où le même Hom- mage solennel et international fut encore rendu, reconnaissant les Droits de l'Homme-Dieu sur les Sociétés, afin de contreba- lancer la célébration, par la France officielle, du second centenaire de la Déclaration des droits de l'homme (3). Léon XIII, de son regard perçant et profond a saisi l'impor- tance de cet Hommage à là Royauté de Jésus-Christ par son Sacré- (1) Le Règne Socialde Jésus-Christn'est point dans le commerce,mais au- Hiéron de Paray-le-Monial. _ (2) 10 Avril 1888. (3) A cet acte d'Hommage Internationaladhéraient les déléguésdes sociétés des Fastes Eucharistiquesd'Italie, de Suisse,d'Espagne, du Portugal, du Chili; vingt-six membresde l'Episcopat, six cent quatre-vingtprêtres, huit millesom- mités et laïques. La Suisseétait représentéepar Mr de Vuilleret,président du Grand Conseilde Fribourg, et le ChanoineSchorderet.
    • — 262 — Coeur comme affirmation contraire à l'athéisme officiel qui se généralise. Il multiplie ses encouragements à la Société qui l'a inspiré, qui a obtenu, par son Secrétaire Général, baron de Mari- court, que cet Hommage soit inséré dans l'Ordo du diocèse de Blois, et lu dans les Adorations Perpétuelles de ce diocèse (1); qui le fait proclamer au Congrès de Turin en 1894, et, en 1895, au Congrès International de Venise, organisé par le Père Sanna Solaro. Il enrichit d'indulgences les formules d'Hommages (15 février 1895) et, dans un Bref à TEpiscopat du Piémont (26 janvier 1895) il s'écrie : « Ce qui a mis le comble à notre joie, c'est l'introduction à Turin, de la Société des Fastes Eucharis- tiques. Déjà, en d'autres circonstances, nous avons encouragé par de justes louanges les travaux de cette Société. Nous les recommandons encore, dans l'espoir des résultats insignes que nous en attendons ». (2) Sous ce haut patronage, la Société suscitait de tous côtés des mouvements en l'honneur de la Royauté du Sacré-Coeur, se tenant toujours dans l'ombre elle-même, mais organisant, parti- cipant et publiant. Cette action discrète mais incessante est bien exprimée par les lettres de Mlle Tamisier (3) à Mr dç Sarachaga dans cet appel pour faire généraliser la pratique de l'Hommage dans les Adorations Diocésaines : « Aidez-nous, puisque c'est à vous que Dieu a donné cette première pensée de reconnaître Jésus-Eucharistie Roi de la Société (4). Toutes vos oeuvres sont fort belles ; c'est une mine pour l'avenir ; c'est aussi une semence.» Et encore : « Vous êtes les chercheurs, les fouilleurs de l'Ave- nir. Un jour, revenus à des temps meilleurs, les esprits un peu ealmés s'élanceront sur vos traces, entreront dans vos travaux. Voyez déjà l'extension du Règne de Notre-Seigneur ; forcément, on y arrive. C'était « notre » but à l'aurore des Congrès ; mais précisément, peur y arriver, il n'en fallait point parler (5). En 1888, l'abbé Reymann organise l'Union Catholique du personnel des chemins de fer qui, sous les plis du Drapeau du Sacré- Coeur, multiplie les Hommages à la Royauté Sociale de Jésus- Christ. Et c'est dans le même but que le Père Lémius lance un Appel aux « Hommes de France », la même année ; et, cinquante- mille de ceux-ci, en pèlerinage a Lourdes, demandent au Supé- rieur de Montmartre une organisation et un règlement. (1) A remarquer que le baronde Maricourt,secrétairede la Sociétédu Règne Socialobtient, en 1895,de Monseigneurde Blois, l'HommageNationalet Social au Sacré-Coeur endant les AdorationsDiocésaines. oeuqui sera reprisdix-sept p V ans plut tard, au Congrèsde Madrid (juin 1911)par Mgr Cazeaux, président de l'AdorationNocturnede Montmartre, t réaliséen Août 1911,par le Cardinal e Mercierpour la Belgique,et par la lettre du 30 juin 1912, du cardinal Amette pour la France. (2) Hanc vero lsstitlam cumulari etc. (3) Fondatrice, commenous l'avons dit, des CongrèsEucharistiques Inter- nationaux. (4) Lettre du 21 décembre1895. (5) Lettre du 28 janvier 1898.
    • — 263 — •- On approchait du XXe siècle. Des ferments de violence et de haine menaçaient de faire explosion de toutes parts. Sans s'être , entendus, le Comité International de Bologne, présidé par le Comte Acquaderni, Membre de la Société de Paray-le-Monial, et une sainte religieuse, du fond de son cloître de Porto (soeur Marie du Divin Coeur, Comtesse Droste zù Vischering), récla- maient à Léon XIII que sa grande Voix, résumé de celle-de la Chrétienté, prononçât un Hommage solennel à Celui qui seul a tout pouvoir pour freiner les enfers et pacifier la terre. Et le 25 mai 1899, l'Encyclique Annum Sacrum consacrait l'Univers à la Royauté d'Amour du Sacré-Coeur de Jésus. Si le monde catholique entier se réjouit de ce geste magni- fique, nul ne saurait dépeindre la joie profonde, débordante de la Société du Règne Social ; nul ne pourrait répéter les actions de grâces qui montaient au Ciel du sanctuaire béni de Paray-le-Monial. Les désirs du Sacré-Coeur étaient accomplis : Il semblait que la Société du Règne Social pût chanter son Nunc dimittis; Non, point encore. Ce Règne Sacré, il faut le promouvoir partout, chez tous. A la voix du Pape il faut que l'écho de toutes les voix des peuples répondent. Il faut qu'une fête mondiale affirme à tous les yeux que- le Christ est Roi Temporel des Sociétés. Autant et aussi haut que les fêtes laïques proclament les droits de l'homme, autant celle-là proclamera le Droit de Dieu à régir les hommes. Autant les discours officiels nieront le Christ par prétérition ou par haine, autant cette fête Le montrera, L'élè^ vera au-dessus de tousles pouvoirs humains ; autantson Coeur Divin « a été humilié par les grands de la. terre » autant on L'exaltera devant tous...; autant les païens modernes cacheront-son Nom dans le fond des sacristies ou des consciences, autant la masse des catholiques l'acclamera publiquement comme leur Roi Sou- verain, infiniment digne d'être connu et reconnu. Chose admirable et providentielle : Qui donc demande cette réplique de la voix populaire à la Voix du Vicaire de Jésus-Christ ? — C'est Pie X, alors Cardinal Sarto, futur successeur de Léon XIII. Il lui écrit de la propre main qui devait signer les décrets Tridentini et Quam singulari amore, qu'il joint ses ins- tances à celles de la Société des Fastes Eucharistiqucs,pour obtenir la Fête Mondiale de Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi, avec Messe et office propre (1). Et quel était l'auteur de cette Messe et de cet Office propre ? — C'était le Père Sanna Solaro, qui avait reçu à ce sujet l'appro- (16) Lettré du CardinalSarto, datée dé Venise,le 2 juin 1899,conservéeaux Archivesdes Rites. Elle a d'autant plus de prix que Pie X était, par principe, opposé à toute innovation de fête. H reconnaissait donc à celle-ciune valeur et des,résultats sociaux qui la plaçait en dehors des règles qu'il devait édicter. plus tard. » ../'"' .'.-•
    • — 264 — foation et les chaleureux éloges de Monseigneur Manacorde, : évêque de Fossanoy Au soir donc du mois de juin 1899, un mois après l'Ency- clique Annum Sacrum, Léon XIII recevait de son Eminence le Cardinal Richelmy, auquel il venait d'accorder la pourpre, les lettres postùlatoires de troix Cardinaux et de dix-neuf évêques d'Italie, suivies bientôt d'une supplique dans le même sens, des évêques américains réunis en Concile au Collège Pio Latino.(l) L'idée, un moment suspendue par la persécution religieuse en France, sera reprise en 192Ô par la Société du Règne Social, et continuée sans faiblir jusqu'à l'heure marquée de Dieu où, ratifiée par le Consensus universalis des évêques et sanctionnée par l'Autorité du Saint Siège, elle redira au Père Eternel, en Lui montrant le Coeur de son Fils : « Pour recouvrer la Paix entre les peuples, Volumus Hune regnare super nos». Nous voulons que Celui-là règne sur nous dont le Coeur bat dans l'Eucharistie son plein d'amour et de sacrifices. Alors, mais alors seulement, Te Voeu exprimé dans l'Ency- clique du 24 mai 1920, par le dernier Pape régnant Benoît XV sera, virtuellement au moins, accompli. En célébrant la même Souveraineté du Christ-Jésus sur tous les peuples, l'Eglise leur fera mieux comprendre qu'Elle n'est . point une société, mais une Fraternité. Elle imposera mieux à leur esprit et à leur coeur quelle est une merveilleuse force pour les unir, non seulement en vue de leur salut éternel, mais aussi pour l'obtention du bien-être en ce monde, par l'effusion de grâces que le Coeur Libéral du Divin Roi a promise. Dans un prochain article nous étudierons les oeuvres actu- elles de notre société. Heureux serions-nous aujourd'hui si nous avions pu vous montrer, par des faits, comment la Société du Règne Social comprit et réalisa son triple programme de Piété, d'Etude et d'Action. G. DE NOAILLAT (A suivre). Directeur du « Hiéron » -.'''.'. et de la Société R.S.J.C. (1) Lettre de Mgr Manacordedatée du 6 juin 1899, conservéeaux Archives dés Rites. Che la carita di Jesu Cristo l'inspirava, « Comunicandogli conos- la cenza dèi tempi, il bisugnodélia societa,ed Û dovere di una giusta reparazlone permanente». , Toute cette lettre est un plaidoyeréloquent et motivé en faveur de lMnsti- iution de la fêté.
    • '. ''.— 266— ; ; En Lisant s. la chanson » d'Asprémont Quant à Deu prist de son peuplepitié,, Por nus sauver en terredescendié. . -.' Cil Damedex, ui maint en Trinisti, q Tant s'apovrit por nostre sauveté Que en la Virge ot son cors aonbré, Et prist en II char et humanité. De li nasquit au saint for de Noël. Xxxu. ans tant dura son aé, . Pui fu el flum baptisezet levez. Qui par baptesme sera rengenerez, En paradi aura son Ut paré. Gïeu le prirent, tôt ce fu veriiez, En la croit Vorenttravillièet pené,- Fcru au citer'd'un grant glaive acéré,(l) Plaist vos oïr bone chançon vaillant Car, s'il vous plaist, bone chançon vous chant (2) Nous sommes au jour de la Pentecôte. L'Empereur Charle- magne tient sa cour. Haute est la teste, et le jorz teni-- chier. Le duc Naymes se levé. Jamais-les Francs n'eurent tel conseiller. 11n'allait point faisant tort aux barons, Ni ne donnait conseilpetit ou grand , Par qui prudhommesfussent déshérités, Ou femmes veuves, ou les petits enfants. Et la noblesse de son coeur se reflète dans ses discours. Au « droiz ampereres », il conseille d'aimer Dieu, d'aimer les pauvres, de protéger les orphelins, et de traiter généreusement les cheva- liers. Car li vilains le dit en reprovier Ne fu pas fols cil qui dona premiers (3) Le « droit empereur » est digne de ces leçons, puisqu'il les écoute. Et voici une distribution royale de draps de soie, de hanaps, de coupes d'or, de palefrois, de deniers, de vair, de gris, de faucons, d'éperviers. Naymes peut proclamer car desor tôt a Karles le pooir. Et l'on prend place au festin. ...Quand soudain Anmi ia place ez -vus un chevalier; (1) Chansond'Asprémont Bibl. Nat. — 4° Ye Pièce 94. — « Nousne penr-. — sonspas que l'on.puisse reculerbien au delà des dernièresannées du XIIe siècle l'âge de là chanson d'Asprémont dans sa version actuelle». L. Gautier.LesEpo- péesfrançaises, . III, p. 70. T (2) Chansond'Asprémont, . 1, v. I et 20. p (3) Ibid., p. 2, v. 22 et 23.' ' ' 7 ,
    • — 266 — Descendusfu d'un fàuvelet destrier. (1) C'est Balân, le messager du roi Agolant, tout harassé de son rude voyage : Las fu de chevauchier, Bien ot un mois acompli et entier Que de repos n'ot vaillant un denier. , - Mais il garde belle allure. Il a Le vis riant e lié, Ne l'ot puceleplus blanc ne plus délié Pol trouveissiezhome mielz afaitiez. (2) Or, tenant de la main droite son gant, il jette au visage de Charles « un des défis les plus insolents que l'on puisse trouver dans nos chansons de geste où ces insolences abondent » (3) « — Sire, dit-il à l'Empereur, faites-moi écouter — Il y a trois terres que je sais bien nommer_— L'une a nom Asie, l'autre Europe — Et la,troisième Afrique : plus n'en pouvons trouver — Mon maître possède la plus grande, — Et il veut le reste » Aussi faut-il que Charlemagne aille « sans plus demorer » faire sa soumission au roi Agolant. Sans quoi Nous te chercheronstant que te pourrons trouver, Ne te protégerontbois ni terre ni mer, A moinsque tu ne sachescommeoiseletvoler (4) Outré de colère — ainsi qu'il convient — l'Empereur Charlemagne relève le défi Or pouvez dire à Agolant votre maître Qu'il m'aura devant lui en quatre mois à partir de ce jour, •Et que je porterai mon oriflammeen Aspremont. (5) Haute est la teste et li jors biax et clcr. (6) En attendant qu'on se tue on peut bien dîner ensemble. Et Naymes apprend à Balan que nul ne saurait prendre immédiate- ment congé, qui eut l'honneur d'approcher Charlemagne. Le « Turcopole » pénètre donc dans la salle. Toujours fidèle au Roi son maître, il admire pourtant tout ce luxe de France, et resgarde souvent Car Karlemainea fier contenemant(7) Le soir venu, le duc Naymes, qui décidément est attiré vers ce Sarrazin loyal, lui offre Fhospitalié. * (1) lbid., p. 3, v. 52 et 53. (2) lbid., p. 3, v. 63 à 71. (3) Léon Gautier. Les EpopéesFrançaises,T. III, p. 77, (4) Chanson d'Asprémont, 4, v. 9 et s. p. (5) lbid., p. 5, v. 47 et s. (6) lbid., p. 5, v. 52 (7) 'lbid., p. 6, v. 12 et 13
    • '— 267 — En une chambre se sont endui couchié. (1) Et l'on cause ! Entre ces deux âmes, bien faites pour s'admi- rer, c'est le choc des idées, avant celui des épées et des lances « en Aspremont ». Balan s'étonne que Naymes adore un Dieu qui fut.crucifié. Mais à peine a- -il esquissé cette attaque, voici qu'élargissant le débat, Naymes lui fait un exposé complet de (2) la religion chré- tienne, que « plaist vos oïr » : <Après que Dieu eut donné naissanceà ce monde, Qu'il eut uni Adamet Eve, Il leur octroya le séjour du Paradis. Tout ce qu'il y avait dans ce Paradis il leur donna. II leur défendit de manger d'un seul fruit. Adam n'y devait pas porter la main, Mais il n'en sut rien faire et en mangea. Soudainil se trouva nu et malade, Et tous deux furent chassésdu Paradis. Il leur fallut chercherde quoi soutenir leur »ie. La race cependant se multiplia sur la terre, Mais dans la douleur et le péché. Ils furent tous noyés dans le déluge; Noë seul fut épargné De qui nous tenons notre origine. Quellesque fussentles victimes,les diablesen furent joyeux. Tous les hommes trébuchaient dans l'enfer. Tout vifs et sains ils y étaient poussés Commeles bètes qu'on mène au marché. Mais enfin Dieu eut pitié de son peuple. Pour nous sauver, il descendit en terre. Oui, ce grand Dieu qui demeure en sa Trinité S'appauvrit tant pour notre salut ". Qu'il cacha son corps dans le sein de la Vierge, Qu'il prit en elle chair et humanité, Et naquit le jour de Noël. Il a vécu parmi nous trente-deux ans. Puis fut au fleuve baptisé. Qui sera régénéré par le saint baptême Aura son lit tout préparé au Paradis. Juifs le prirent, ilsle travaillèrentet le peinèrent sur la croix. Son coeurfut traverséd'un grand glaive acéré. Aussitôtaprès sa mort, son âme descendittout droit en enfer Et en retira tous les saints qu'il y trouva, Joseph, Jacob, Abraham et Noë. Le troisième jour il remonta en Dieu. Par sa mort, l'enfer fut violé, Et jamais plus les diables n'eurent cette puissance» (2) Naymes n'ajoute rien. Il a dit tout ce qu'il sait, le bon duc : tout ce qu'il sait et comme il le sait. « Voilà en réalité toute la science théologique des auteurs de nos épopées ; ils n'en savaient pas plus long. Comme on le voit, ils s'en tiennent au fait et lais- sent le dogme dans l'ombre ; c'est le propre des ignorants et des enfants » (3). (1) lbid., p. 6, v. 73 (2) Chanson d'Asprémont, 6, v. 80 et s. — Cettetraduction•est de L. Gautier. p. L'idéereligieusedans la poésieépoquedu moyen-âge. , 46. X . , (3) Léon Gautier, Ibidem.
    • ^.';.7;:,;;7^';..:-..'^/'; _ 268 _ ; '..". La candide ignorance du chrétien suffit d'ailleurs à toucher le Turcopole. Et dist Balanz : « Assez en as parlé, Or m'an irai, car mult ai demoré. Quand je aurai mon mesagéporté A Agolant qui tant a de fierté, Tost en ferai ce que j'ai enpensé». L'aube creva, si fu tost ajorné. La selle est mise et Balanz est montez ; De la ville ist tôt le cheminferré. Plusor foïesc'est Balanz regardez, Karle regreste et son riche barné, Et les François qui tant ont de biauté. S'a vilenie rie li fust atome, ,11se fust tost baptisiez et levez. (1) « Choc d'idées », ai-je dit tout à l'heure. Non : il n'y a pas defdiscussion. La vérité se présente, et convainc l'âme droite qui : l'attendait. Si Balan reste encore dans le camp des infidèles, c'est qu'il se fait un devoir d'honneur et de conscience de garder sa foi au maître qu'il pressent devoir être malheureux. Et lui- même, il s'en expliquera plus tard au duc Naymes. Seigneur, dit Naymes, écoutez-moiun peu. Croyez en Dieu, et Dieu vous aidera ; Puis, vous viendrezà nous, dès qu'il vous plaira, Et le Pape vous baptisera ». — «J'irais bien sur le champ, répond Balant, Mais, Agolant, mon seigneur,m'a nourri; '/.• C'est lui qui m'a fait roi, c'est lui qui m'a fait chevalier.. Si maintenantje venaisà lui faire défaut, si j'allais en France, Ce serait un crime, et point ne le ferai. Je ne veux pas qu'un mauvaishommepuisseun jour me re- procher D'avoir, en ce besoin, failli à mon seigneur. Mais, je vois bien comment iront les choses, Et qu'à la fin nous ne pourrons nous garantir de Charles Saluez pour moi l'Empereur et tous ceux de là-bas». Naymes lui donne une croix qu'il a : C'est le Pape qui lui en a fait présent. Tant que Balan la portera, il ne pourra mourir. Balan ia prend, l'en remercie. Naymes s'incline devant lui, il s'en retourne. Et jusqu'à l'ost ne s'arrête plus. Le roi Balan s'éloigne d'un autre côté. Mais au départ il pleure tendrement. Et se dit en son coeur qu'il se fera baptiser». (2) N'est-ce pas que c'est bien vrai : « bone chançon » vous ai chantée ? Bonne chanson : réconfortante à l'âme, et douce au coeur. .'"' * * * Or, ce que j'admire surtout dans lé Credo du bon duc Naymes, c'est la précision naïve avec laquelle il parle du coeur navré de Jésus. (2) Chansond'Asprémont,p. 7, v. 34 et s. / (1) Ms. 2495,f 102 r°) — Traduit et cité par L. Gautier. Les Eptpées Fran- çaises,T. lll, p. 85, noit.
    • — 269 — Tout l'exposé de sa foi tient en. 38 vers. Huit vers pour la vie de Jésus, de sa naissance à sa mort. Trois pour sa Passion. Gïeu le prirent, tôt ce fu, veritez, En la croiz l'orent travillié et pené, Féru au cuer d'un grant glaive acéré. Pas de considérations mystiques. Pas de déductions théolo- giques. Des faits, rien que des faits. Mais ce « fait » du coeur navré de Jésus, comme il est clair, dans la pensée de nos aïeux ! Clair, comme le « fait » de son baptême, et de son crucifiement, et de sa descente aux enfers, et de son Ascension. Non seulement c'est indiscutable, mais c'est connu de tous : Son coeur fut traversé d'un grand glaive acéré. Et je suis ravi que nos ignorants aïeux le sachent si bien. * * * « Plaist vost oïr » encore, bonnes gens d'aujourd'hui ! Nous sommes en pleine bataille. L'oriflamme de Charlemagne est déployé devant Aspremont. Et le courage de ses Francs est indomptable, mais leurs forces fléchissent. Oyez donc le Pape lui-même' haranguer les chrétiens.: Nous devons aujourd'hui nous bien souvenir du Seigneur Qui a laissé peiner son corps sur la croix Et qui a laissé navrer ce corps en quatre endroits. Quant à la cinquièmeplaie, ellefut très rude à endurer. Celui qui la fit n'y voyait point, Notre Seigneur en sua le sang et l'eau. L'aveugleena beignésesyeux,et sesyeuxsesont rallumés.(l ) Dès qu'il voulut crier merci à Dieu, Dieu lui fit aussitôt pardonner son méfait. Si nous voulons mériter un pardon tout semblable, Il n'y a qu'à bien marcher contre les païens, A les vaincre, à les tailler en pièces. (2) Enfin, au moment décisif, quand la défaite des Francs est imminente, et que déjà neuf Pairs de Charles ont succombé (neuf sur douze !) « l'Apostole » intervient de nouveau. Montrant la croix qui se dresse sur le front des troupes et qui dans les mains de l'archevêque Turpin a pris des proportions gigantesques, il parle encore de Jésus :'.. An celé croiz se laissa il drecier Que là veez luire et flanboier Que cîl d'Aùfrique ne puent aprocher, Les clox es piez et es paumes fichier, Ferir él cors d'un grant glaived'acier. (3) '. .' (1) Voir Regnabit,n" d'Août, p. 193. (2) Aspremont, ibl. Nat., fr. 2494,f» 123, v" ; 124r°— Cité par Léon Gau- B tier. Les EpopéesFrançaises,T. III, p. 88, note. (3) Bibl. nat., fr. 25529,f» 76 r°, cité par Léon Gautier, Les EpopéesFran- çaises, T. III, p. 93.
    • — 270 — Ah ! certes, pour le triomphe des chrétiens le ciel fait de beaux miracles. La croix se dresse comme une tour. Elle resplen- dit tellement Que li solauz en perde sa luor. La sainte croiz dona clartet si grant Que la valée en va resplendissant iEt cil d'Aùfriquexs'en vont moult esmatant N'en i ot nul, tant orgueillox proisant De la peor ne remut son talent. (1) Beaux prodiges qu'admirent nos pères. Et je comprends que L'aive dei cuer lor monte as lax. souvent, pendant qu'ils contemplent la croix miraculeuse. Pour moi, avec plus d'émotion que j'en éprouve à considérer le resplendissement de la Croix sur le champ de bataille, j'admire le rayonnement du coeur navré de Jésus sur la pensée du moyea- Age. Ils voyaient nettement ce coeur «féru d'un grant glaive acéré », les heureux « ignorants » du douzième siècle. Et de penser à leur bonheur, je sens «l'eau.du coeur » me monter aux yeux. F. ANIZAN. Gravuresur bois. — Ce " sujet" est exactement le contre-sceaude CharlesV- A ces deux différencesprès, que les lys de France se sont "épanouis" en coeur, et que la devise du roi s'est effacée devant celle de Regnabit. Mais l'écu, la couronne, le sceptre, la main de justice sont très fidèlementreproduits. Ajoutons que le procédé de gravure ici employé est celui des premiers moines xylo- graphes : canif et petite gouge.... (1) Bibl. Nat., fr. 25529, f« 65 v«. — Cité par L. Gautier, Les EpopéesFren taises, T. III, p. 91, note. «
    • — 271 — LÀ SOUFFRANCE ET LE SACRÉ-COEUR La souffrance est un fait, mais un fait dont es origines restent mystérieuses pour bien des intelligences. Philosophes et théologiens, ascètes et mystiques se sont appliqués de leur mieux à nous en faire connaître et même aimer et admirer les motifs providentiels. Leurs efforts, et leurs exemples, très méritoires, n'ont point eu pour résultat de multiplier, plus que de raison, les amateurs de la souffrance. On a beau dire et beau faire : notre nature répugne à souffrir. Et pourtant, il faut se plier à la loi de la souffrance. Une revue comme « Regnabit » qui a pour but de traiter universellement tout ce qui touche au Sacré-Coeur et donc à son règne dans les âmes, ne peut négliger d'envisager le rôle de la souffrance dans la Dévotion au Sacré-Coeur. L'utilité, et poutrait-on dire, l'obligation d'une pareille étude, se fera sentir à tout esprit réfléchi. Utilité, eu égard au siècle où nous vivons, plutôt incliné vers la jouissance et le plaisir ; obligation pour des âmes qui se sentant portées à établir en elles-mêmes le règne du Sacré-. Coeur, se doivent de ne point séparer, de la croix et de la cou- ronne d'épines, le coeur divin qui daigne s'offrir à leur amour. Cela nous parait si vrai, si lumineux, que nous n'hésitons pas à donner comme la grande loi du Règne universel du Sacré- Coeur la loi de la souffrance : « 11nous a aimés par la Croix, nous devons l'aimer par la Croix ». Un oeil exercé à découvrir dans cette formule les prin- cipes fondamentaux de la vie chrétienne, même la plus parfaite. Le renoncement, le Fiat amoureux du Gethsémani, la répa- ration, l'holocauste de l'âme s'y trouvent enfermés. Mais comment prouver que telle est bien la loi essentielle du Règne Universel du Sacré-Coeur dans les âmes ? Il suffit de parcourir, ne fût-ce que superficiellement, les écrits de Sainte .Marguerite-Marie et de Contempler la vie de l'apôtre du Sacré-Coeur. Elle peut nous dire comme St Paul : « Imitatores mei estote »! ' Prenons au hasard de ses écrits : « Dans ses épreuves, le « considérant comme un autre Cyrénéen, elle se glorifiait d'être « appelée à l'honneur de partager le poids écrasant qui pesait « sur les épaules de son Divin Maître, surtout depuis qu'elle « avait entendu Celui-ci lui dire : Je chéris la croix et ceux qui « la portent comme moi et pour l'amour de moi ». « Notre Seigneur me continuant toujours ses grâces, raconte-
    • — 272 — «telle, je reçus pendant une défaillance qui m'avait prise la grâce «que les trois personnes de l'Adorable Trinité se présentèrent « à moi, et firent sentir de grandes consolations à mon âme. « Mais ne pouvant m'expliquer sur ce qui se passa alors, je n'en «dirai rien, sinon que le Père Eternel me présentant une fort «grosse croix, toute hérissée d'épines, accompagnée de tous « les autres instruments de la Passion, m'a dit : « Tiens, ma « fille, je te jais le même présent qu'à mon Fils bien aimé. « Mon Seigneur Jésus-Christ me dit : « Et moi je t'y atta- « cherai comme j'y ai été attaché, et je t'y tiendrai fidèle compagnie ». « La troisième de ces adorables personnes me dit : « que « Lui, qui n'est qu'amour, m'y consommerait en m'y purifiant ». Citons encore un autre passage et il serait aisé de les mul- tiplier indéfiniment : « Un jour, pendant l'oraison, dit la servante de Dieu, me « sentant un grand désir de souffrir quelque chose pour Dieu « et le considérant sur l'arbre de la croix, il me tint attaché « à Lui, me disant amoureusement : « Reçois, ma fille, la croix que je te donne, planté la dans «ton coeur, aie la toujours devant les yeux et porte la entre les « bras de ton affection. Les plus rigoureux tourments qu'elle te « fera sentir seront inconnus et continuels. «Ne pouvant comprendre ces paroles, je lui dis : «Mon « Dieu, donnez-moi l'intelligence de ce que vous voulez que je «fasse. « // faut avoir la Croix dans ton coeur, me' dit-il, c'est-à-dire ; « qu'il faut être crucifiée en toutes choses. Il faut la porter entre « tes bras, c'est-à-dire l'embrasser amoureusement, toutes les fois • qu'elle se présente, comme le plus précieux gage qu'en cette vie «je puisse te donner de mon amour ». Cette page est plus que suffisante pour démontrer que dans la Dévotion au Sacré-Coeur il y a place de choix pour la souffrance. Une âme chrétienne ne peut s'en étonner. Le mystère cen- tral du christianisme n'est-ce pas le Calvaire ? Et le sacrifice de la croix qui a pour mémorial vivant et expressif le sacrifice de la Messe n'est-il pas la preuve éclatante et parlante de l'Amour infini du Coeur dé Jésus? ' Ne serait-il même pas permis de se demander si la dévo- tion au Sacré-Coeur ne poursuit pas ce but: ramener les âmes, désorientées et comme égarées dans les sentiers d'un sentimen- talisme religieux exagéré, vers les cimes empourprées du Sang Rédempteur? Il n'y a pas de plus grand amour a dit Jésus que de donner sa vie pour ceux que l'on aime. Si en cela se manifeste l'Amour, n'est-ce pas là que nous trouverons le Coeur?
    • — 275 — Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas! Qu'il nous soit permis de parler ainsi de la souffrance et du Sacré- Coeur. Oh ! il est évident qu'envisager ainsi la dévotion au Sacré- Coeur ne peut plaire à tout le monde. Mais peut-on à volonté changer la nature des choses et bouleverser l'ordre établi par Dieu ? Sainte Marguerite-Marie ne le pensait pas, qui nous parle souvent des sollicitations si pressantes et si émouvantes du Coeur de son Divin Maître. Il l'exhortait à s'offrir en holocauste de réparation, et pour tout dire en un mot, à réaliser en elle- même la parole de St Paul : parfaire et achever dans son âme et dans son corps ce qui manque à sa Passion. Voici ce qu'elle écrivait au P. Croiset : a Pour ranimer la « charité si refroidie et presque éteinte dans la plupart des chré- « tiens, Notre Seigneur veut leur donner, par cette dévotion, « un moyen d'aimer Dieu par ce Sacré-Coeur, autant qu'il le désire net qu'il le mérite et à réparer par là leurs ingratitudes». Aimer le Sacré-Coeur, oui ! mais l'aimer comme II veut l'être : par la conversion, par le renoncement, par l'immolation 1 L'amour a, lui aussi, sa terrible logique, et il serait vain de vouloir y échapper. Prétendre aimer le Coeur transpercé et ensanglanté du Fils de Dieu, en rejetant sa plaie et le sang de sa plaie, c'est folie. « Dans l'amour d'amitié, dit St Thomas, chaque ami re- « garde comme sien les biens et les maux de celui qu'il aime. «Voilà pourquoi le caractère propre de l'amitié, c'est d'inspirer « aux amis de vouloir les mêmes choses et de partager mutuel- « lement joies et tristesses ». Les écrits, et ce qui est infiniment mieux, toute la vie de Sainte Marguerite-Marie ne sont que le commentaire vivant de cette, profonde doctrine. La sainte enseignait ainsi « qu'une « des fins principales de la Dévotion au Sacré-Coeur, c'est la ré- %paration, qui consiste à expier par nos hommages d'adoration, «de piété et d'amour, le crime d'ingratitude, si commun parmi « les hommes, et à apaiser la colère de Dieu par le Sacré-Coeur ». (Léon XIII. Lettre apost. 28 juin 1889). Et pour qu'il n'y ait pas d'équivoque sur le sens de ces paro- les, montrons, en terminant, que ces « hommages d'adoration/ de piété et d'amour » qui doivent « expier » le crime de l'ingra- titude humaine envers le Sauveur, comportent et exigent la souffrance. « Je veux te donner mon coeur, disait Jésus à sainte Mar- guerite-Marie » ; mais auparavant, «je cherche pour ce Coeur une victime, laquelle veuille se sacrifier à l'accomplissement de mes desseins, comme une hostie d'immolation».
    • -'274'—' '';•. .)..'; ..''.':'.''.'. Et là sainte d'ajouter : « Pour lors, me sentant toute péné- «trée de la grandeur de cette souveraine majesté, je me pros- « ternai humblement à ses pieds, et je lui présentai plusieurs « saintes âmes qui correspondraient fidèlement à ses desseins. «Mais c'était en vain que je résistais à mon aimable Sau- « veur ; car il ne me donna point de repos jusqu'à ce que par «l'ordre de l'obéissance, je me fusse immolée à tout ce qu'il «désirait de moi, qui était de me rendre une victime immolée «à toutes sortes de souffrances, d'humiliations, de contracditions, « de douleurs et de mépris, sans autre prétention que d'accom- '.".« plir ses desseins ». Nous serions infini s'il nous fallait tout citer. Puissent ces quelques lignes contribuer à illustrer l'a vraie nature de la très sainte Dévotion au Sacré-Coeur. Souffrir en aimant ; aimer en souffrant, et pourquoi ne pas ajouter : aimer à souffrir dans le même esprit que Jésus-Christ qui disait de Lui-même, parlant de sa Passion : ^Quomodo coarctor»... II était pressé d'être baptisé dans son sang. Ne soyons pas moins empressés d'unir nos faibles, mais nécessaires, réparations, à sa grande, à sa divine Réparation. B. A., prêtre
    • — 275 - //. — LES FAITS BELGIQUE Dernièrement eut lieu à Hamois, une réunion des Congré- ganistes et des Ecoles Dominicales de plusieurs paroisses du diocèse de Namur. Après avoir assisté à une conférence sur l'Intronisation du Sacré-Coeur dans les foyers, plus de,trois cents jeunes filles se rendirent à l'église paroissiale où elles chantèrent un salut solennel de réparation et se consacrèrent au Divin Coeur. Il n'y a pas fort longtemps de ceci : à l'Abbaye d'Aver- bode, habitée par les R. P. Prémontrés, les Membres de l'Apos- tolat de la prière tenaient une assemblée régionale. Cinquante députations, comprenant plus de trois mille hommes, repré- sentaient à cette fête, qui fut particulièrement brillante, les Ligues qui, en Belgique, contribuent si efficacement à la pro- pagation de la dévotion au Sacré-Coeur. Les Monasrères Bénédictins furent toujours et sont encore de trop ardents foyers du culte que Regnabit s'efforce de faire rendre au Coeur de N. S. pour que nous ne mentionnions pas ici, avec une complaisance marquée, la toute récente fondation, à Bruges, d'une Abbaye de Bénédictines. Ces Religieuses, qui toutes se destinent aux Missions, appartiennent, pour la plupart, à des familles brugeoises. Vient de paraître la « Vie du Père Lintelo », de la Compa- gnie de Jésus, écrite par le R. P. Severin, de la même Société. Tout le monde sait que le Père Lintelo fut un infatigable apôtre de la communion quotidienne. Ce que beaucoup ignorent, c'est qu'il est l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages qui ont merveilleusement contribué à la gloire du Sacré-Coeur. C'est lui qui publia, à 5oo.ooo exemplaires, un tract retentissant : « La Belgique au Sacré-Coeur », dans le but d'amener ses compa- triotes à témoigner, par une manifestation imposante, leur reconnaissance au Sacré-Coeur, pour la victoire remportée par les Alliés sur leurs ennemis. Cette fête eut lieu le 29 Juin 1919 ; elle fut incomparablement belle ; le Roi, la Reine, le Chef du Gouvernement, des Députations de la Chambre et du Sénat, tout Pépiscopat belge y prirent part. « Quelqu'un, écrit le Biogra- phe du Père Lintelo, manquait à la cérémonie ; celui-là même qui avait peut-être le plus travaillé à son succès par ses écrits, ses brochures, ses prières, ses souffrances et surtout par sa Li- gue des AMIS DU SACRÉ-COEUR, qui avait déployé un zèle
    • — 276 — extraordinaire pour l'organisation de cette grandiose solennité. A cette heure même où les acclamations triomphales retentis- saient sur le plateau de Koekelberg, le Père Lintelo agonisait dans sa petite chambre d'hôpital, à Bruxelles. Mais le Sacré- Coeur était comblé d'honneur dans une incomparable apothéose ; son rêve d'apôtre du Sacré-Coeur était réalisé ; ce fut sa joie suprême ici-bas ». Les syndiqués chrétiens ont tenu à Bruxelles, les 4 et 5 Juin, leur Ve Congrès national ; des Délégués de 200.000 ouvriers y ont pris part. A la séance de clôture, le R. P. Rutten O. P., appelé par ses troupes « le Général blanc », a prononcé une vi- brante allocution et dit, entre autres choses très élevées et par- ticulièrement éloquentes : « Mes amis, soyez forts par le nombre • de vos Membres, car en ce monde on n'est respecté que si l'on est fort ; soyez des compétences par votre valeur technique et votre instruction générale et sociale ; enfin soyez des hommes d'une haute valeur morale, des hommes irréprochables ; vous n'aurez le droit de demander beaucoup à la Société que si vous lui apportez beaucoup par votre zèle à bien remplir tous vos devoirs... Hier le Président de ce Congrès a placé nos travaux sous la protection, du Coeur de Jésus. C'est aussi vers le Sacré- Coeur que je tourne mes regards à la fin de ces assises. Le Sacré- Coeur c'est le foyer d'un amour sans limites, d'une charité iné puisable qui n'a jamais repoussé personne. Il est le modèle de la charité qui doit embraser nos âmes. Aimons notre prochain quel qu'il soit ! Aimons ceux qui méconnaissent notre doctrine et notre action ; nous ne leur ferons du bien qu'à la condition de les aimer ». Le 3 Juillet, le Collège de la T. S. Trinité, dirigé, à Louvain, par les Révérends Pères Joséphites, s'est solennellement con- sacré au Sacré-Coeur. Dans la vaste cour ombragée de tilleuls, et décorée avec goût, Mgr Nols, Prélat de l'Abbaye du Parc, célébra la messe pontificale pendant laquelle la Chorale exécuta une Missa Solemnis à 4 voix mixtes, composée pour la circonstance par le R. Dom J. Kreps, O. S. B.. A l'évangile, un jeune prédicateur de grand talent, le R. P. De ROY, O. P., exposa, à larges traits, là doctrine de la charité du Christ. Après la messe eut lieu la cérémonie de l'Intronisation. Autour du monument élevé au Sacré-Coeur dans la cour intérieure, une grande statue de bronze, oeuvre du sculpteur Henri Holemans, les élèves se groupèrent pour assister à la bénédiction de la statue. Ensuite le R. P. Pierlot, O. M. I., parla éloquemment des vertus que le Sacré- Coeur vient réapprendre au monde : charité, abnégation, obé- issance.
    • — 277- 7 Au milieu d'un religieux silence, le R. P. Supérieur du Col- lège lut d'une voix émue l'acte de consécration. Deux hymnes magnifiques, à 4 voix, une en langue flamande, l'autre en lan- gue française, célébrèrent la royauté du Coeur de Jésus. Cette manifestation de foi fut vraiment belle et touchante par la pompe des Cérémonies, par le recueillement de la foule et surtout par la réelle ferveur de ces centaines d'enfants et de jeunes gens, qu'on avait d'ailleurs soigneusement préparés à cette fête reli- gieuse, et qui avaient fait preuve, pour la faire réussir, du plus beau dévouement. Le Dimanche 5 juin, 500 hommes de Bruxelles faisaient leur pèlerinage annuel de réparation, à Bois-Seigneur Isaac. La messe solennelle fut chantée par Mr. le Curé de Saint-Antoine . L'après-midi, procession du T. S. Sacrement. Avant de se sépa- rer, les pèlerins expédièrent aux Congressistes de Paray-le- Monial le télégramme suivant : « Les hommes de Bruxelles envoient de Bois-Seigneur Isaac, (Brabant) où N. S> est apparu, en 1405, pour demander réparation et justice, à leurs nobles frères de la noble France, qu'un même but réunit en ce même jour à Paray-le-Monial, l'expression de leurs sentiments d'inal- térable affection. Ayant partagé les mêmes angoisses, souffert- les mêmes peines, bravé les mêmes dangers, vaincu le même ennemi, les Français et les Belges, dont les coeurs catholiques vibrent à l'unisson, uniront également leurs prières et leurs ef- forts pour hâter l'avènement du règne du Prince de la paix., Vive le Sacré-Coeur » ! I Qu'il me soit permis de terminer cette chronique par un récit qui complétera l'article que Regnabit a publié, en juillet, sous ce titre : LA NUIT SAINTE DES ADORATRICES DU SACRÉ-COEUR. Ces lignes ont été écrites et elles m'ont été transmises, service dont je ne saurais trop reconnaître l'importance et la délicatesse, par la fondatrice elle-même de l'Adoration Noc- turne établie à Bruxelles. « C'était le soir du 8 Avril 1918. J'étais seule dans l'église St Albert, à Bruxelles. La lampe du Sanctuaire jetait une faible clarté sur les ténèbres devenues épaisses. Il faisait délicieux dans ce silence et cette demie obscurité. « Le sacristain vint, trop vite hélas ! mettre un terme à mes réflexions ; l'heure avait sonné où il devait fermer les portes du Temple. «C'est dans cette circonstance que j'eus la pensée de fonder, dans cette église, l'Adoration, Nocturne. «Le jeudi il, je résolus d'aller trouver un R. P. Jésuite et de lui demander conseil. Le R. P. approuva mon projet en me faisant remarquer, toutefois, qu'il serait plus facile d'organiser
    • — 278 — l'Adoration Nocturne dans l'Oratoire du Couvent que dans une église de paroisse. «Dès ce jour je commençai, avec une de me? amies que j'avais mise au courant de mes intentions, une neuvaine de commu- nions pour demander au bon Dieu de nous faire connaître ce qu'il voulait de nous. Au bout de six jours' nous fûmes déci- dées à installer l'OEuvre dans un couvent de Religieuses. «Nous nous rendîmes donc, le dimanche 21, sur le conseil du R. P. Jésuite, chez la Supérieure des Soeurs de Mafie Réparatrice, rue de la Poste. Nous fumes fort bien reçues et nous emportâmes de notre visite l'assurance que nous venions de découvrir le local où le ciel voulait voir se fonder l'OEuvre de l'Adoration Nocturne. Le jeudi nous revînmes Rue de la Poste. Une agréa- ble surprise nous y attendait : la R. M. Provinciale avait déjà " fait, faire des matelas et préparer des chambres. On nous demanda de commencer l'Adoration le jeudi 2 Mai, veille du Premier vendredi du mois et fête de Marie Réparatrice. Allant encore en classe, nous ne disposions, mon amie et moi, que de fort peu de temps pour organiser cette première réunion. Il fallait trouver des Adoratrices, un Prédicateur, une assistance pour . le Salut. Mais Dieu nous vint en aide et le 2 Mai nous étions prêtes. « L'ouverture se fit par une bénédiction solennelle du T. S. Sacrement. Les dix jeunes filles qui composaient le premier Groupe des Adoratrices portaient un voile blanc et occupaient des prie-Dieu spéciaux. «Cette Cérémonie fut remarquable par son cachet de sim- plicité et de piété. Le Prédicateur exposa, en quelques mots, le but de l'OEuvre et encouragea toutes les personnes présentes à propager cette forme de prière réparatrice. Le Salut terminé, le public se retira et les jeunes filles se dirigèrent vers leur cham- bre pour y prendre un repos qui devait durer jusqu'à l'heure où l'on viendrait les. éveiller et leur demander d'aller faire leur Adoration. « Voici le Règlement qui fut alors adopté : 1° Les Membres s'engagent à faire une heure d'Adoration, ' la nuit, au local de l'OEuvre. 2° On assistera au Salut de la veille et l'on prendra part à la récitation du chapelet que précédera et que suivra le chant d'un cantique. , 3° Le lendemain matin l'on assistera ensemble à la sainte messe et ensemble l'on s'approchera de la sainte Table. Les AVIS suivants furent alors donnés. Prière : 1° d'arriver au local de l'OEuvre à l'heure exacte ; 2° de garder rigoureusement le silence depuis la fin du Salut jusqu'au déjeuner du lendemain;
    • "" 7-, . — 279 — • [ '.' ':;";' " 3° de ne pas entrer dans une chambre qui ne vous est pas réservée ; 4° d'aller prendre son repos immédiatement avant et après l'heure d'Adoration ; 5° de porter un voile blanc pendant l'Adoration; 6° de ne quitter le prie-Dieu que lorsqu'on y aura 1été rem- placée ; 7° de remettre avant de partir, en ordre parfait, la cham- bre que l'on a occupée ; < 8° de déposer, dans un tronc destiné à cela, une offrande pour l'OEuvre. « Au commencement de septembre, des Religieuses réfugiées vinrent demander l'hospitalité aux Soeurs Réparatrices; force, nous fut de suspendre, nos réunions jusqu'en janvier 1919. De janvier à juin, les Adorations eurent lieu deux fois par mois. C'est le 31 juillet que se tint notre dernière réunion à la Rue de la Poste. Il était nécessaire, pour l'affermissement et le déve- loppement de l'OEuvre, de nous installer dans un local plus vaste. « J'allai demander asile chez les « Soeurs Gardiennes de l'Eu- charistie », au Boulevard Clovis, 79. L'accueil que je reçus fut des plus aimables et je fus ravie de constater que nous aurions là de vastes dortoirs et de nombreuses chambres ; nous pour- rions donc désormais inscrire beaucoup d'Adoratrices pour chacune des Nuits Saintes. ( « Notre première Adoration dans ce nouveau local se fit le 2 octobre 1919; nous étions vingt-deux. • « Il fut alors convenu que l'Adoration du premier Vendredi serait réservée aux jeunes filles du monde et celle du troisième' vendredi aux jeunes filles qui fréquentent les Patronages. « Depuis le mois de juin 1920, l'Adoration a lieu, en outre, le second vendredi du mois; elle est faite parles Dames aux- quelles peuvent s'unir les Demoiselles ayant dépassé la tren- taine. -A «Au début de la fondation, l'Adoration n'admettait que des jeunes filles ayant de dix-huit à trente ans ; on voulait par là leur fournir le moyen efficace, et relativement facile, de réflé- chir sérieusement, dans le silence de la nuit, et le recueillement : du saint Temple, à leur avenir. « Une autre fin était assignée à ces Adoratrices de la première heure : la prière pour le triomphe des armées alliées ; un autre but leur était fixé : la réparation des injures que N. S. reçoit dans la Sainte Eucharistie. Depuis quelques temps l'OEuvre admet des Adoratrices de tout âge; de cette façon les Nuits Saintes se sont multipliées et le divin Prisonnier voit se grouper
    • .7 — 280 — plus souvent, autour de son Tabernacle, des âmes qui Lui offrent des consolations pour les oublis et les outrages dont II est, hélas ! . si fréquemment l'objet dans son Sacrement d'amour ». Comme on le voit, l'OEuvre de Bruxelles et celle de Liège ont été inspirées par le ciel, dans les mêmes circonstances, à deux chrétiennes entièrement dévouées aux intérêts du Sacré- Coeur. Ces deux OEuvres ont un but identique : fournir à Jésus- Eucharistie des phalanges d'Adoratrices qui, la nuit, offriront à son divin coeur des réparations pour les péchés des hommes. Leur Règlement est semblable : simple, imposant fort peu d'obligations, facile à être mis en pratique par celles pour qui il a été élaboré. L'une et l'autre s'adressent au même public pieux : aux chrétiennes qui, ayant au coeur un amour sérieux et intense pour N. S. J. C, veulent s'imposer le sacrifice, disons plutôt désirent se procurer l'honneur et.le bonheur, qui consiste à pas- ser une heure, de temps en temps, et cela durant la nuit, devant le saint Tabernacle pour consoler Celui qui en est l'Hôte divin et très aimant. Nous terminons en faisant le voeu que les deux Groupes de Liège et de Bruxelles s'unissent bientôt afin de se fortifier et pour que, devenus plus forts, ils travaillent de concert, à la fondation d'autres Groupes qui, ayant le même but et animés du même esprit, attireront, sur les villes qui les verront fleurir, - les plus abondantes et les meilleures bénédictions du ciel. / - ITALIE ROME A la suite de l'élévation au titre de Basilique de l'Église du S. Coeur à Rome, un comité s'est formé en vue de commé- morer cet événement par de grandes solennités. Les 31 mai, '., 1er et 2 juin, triduum préparatoire. Le 3 juin, fête du S. Coeur, à 7 h. et demie, messe de Communion générale par le Cardinal ' Cagliero ; à 10 heures : messe Pontificale par Mgr Palica, arche- vêque titulaire de Philippes ; le soir, à 6 heures, salut solennel sous la présidence du cardinal Vicaire, le card. Pompili. De beaux chants, entre autres la « missa brevis » de Pales- trina, furent exécutés par la schola des Salésiens. ' SARDAIGNE '' Parmi les communes consacrées au Coeur de Jésus, il convient
    • '— 281—; de signaler celle de Tonara, bourgade de 3.300 âmes, dans une des plus charmantes vallées de la Sardaigne. — La cérémonie, précédée d'une procession grandiose où se remarquait la pré- sence du syndic et de son conseil au complet, fut accomplie par S. Gr Mgr Piovella, arch. d'Oristano.. Consécration d'un navire au Sacré-Coeur GÊNES Sur l'invitation de l'armateur Serantani, le Père Pastorini S. J. a consacré au Sacré-Coeur le voilier à 4 mâts « Francesco ». Étaient présents à la cérémonie le propriétaire armateur, sa famille et tous les officiers du bord. ESPAGNE Les premiers jours du mois de juin dernier avait lieu à Paray- le-Monial le Congrès Eucharistique National Français dont Regna- bit a donné le compte-rendu.(l) Vers la fin de ce même mois l'Espagne célébrait elle aussi à Madrid son sixième Congrès Eucharistique. Bien que la saison ne fût pas très favorable, on tint à choisir cette date afin de com- mémorer ainsi l'anniversaire du Congrès Eucharistique Interna- tional de l'année 1911 qui laissa chez nous un souvenir impé- rissable. La première séance de notre assemblée eut lieu le 24 juin à la Cathédrale de Madrid sous la présidence de S.E. le Cardinal Almàraz, archevêque de Tolède, entouré du Patriarche des Indes Occidentales et de plusieurs évêques, ainsi que d'une représen- tation très nourrie du clergé tant séculier que régulier. Nombreux furent aussi les laïques qui prirent une part très active aux tra- vaux du Congrès : notons surtout la présence de Don Pedro Gil Moreno de Mora venu au nom de 1 Adoration Nocturne de Paris ; et celle de Don Manuel B. Vidal au nom de l'Adoration Nocturne Mexicaine. 16.000 congressistes s'étaient fait inscrire. La séance s'ouvrit par la-lecture d'un télégramme à N.S. Père le Pape, et de quelques autres télégrammes d'adhésion de plusieurs sociétés eucharistiques étrangères. Aussitôt après, l'évêque de Madrid monta en chaire et prononça un discours plein de flamme sur les.,,Autos Sacramentales", ces admirables drames eucharistiques espagnols que nous envient les autres lit- tératures, et qui montrent à quel point l'Espagne ,au temps de sa grandeur, était surtout un peuple nourri du pain des anges. Il (1) N" de juillet 1921. p.lll. -
    • 7 '— 282 — termina en demandant un surcroît de dévotion envers le Dieu du tabernacle, afin que ces âges de foi vive et d'amour ardent revien- nent encore vivifier notre nation et le monde. Après Monseigneur l'évêque de Madrid-Alcaîà, c'est Don Manuel Orueta, président de l'Adoration Nocturne Espagnole, qui prit la parole pour raconter le développement du "Culto Con- tinue dei Santisimo Sacramento", oeuvre que S.S. Pie IX d'heu- reuse mémoire, avait approuvée et encouragée. C'est un pieutf libraire, Don José Maria Zamora qui l'avait fondée en 1854 : il mourait à Grenade en 1868 et dans son testa- ment il la confiait à la protection de l'évêque de Lugo et de ses successeurs, dans cette ville du Très Saint Sacrement où depuis des siècles l'Eucharistie reçoit un culte unique au monde. Quatre laïcs étaient alors à la tête de l'oeuvre qui comptait 216.000 asso- ciés. Le 8 décembre 1872 on établissait dans la capitale de l'Es- pagne le "Centro Eucaristico", et, à l'imitation de ce qui se faisait déjà à Paris, dans la nuit du 3 novembre 1877 l'on commença l'adoration nocturne dans l'église de Saint Antoine au couvent des Capucins du Prado. Depuis ce moment leur revue "La Lampara dei Santuario" n'a cessé de répandre la lumière divine en Espagne et même au delà de nos frontières. C'est Monseigneur Gandâsegui, archevêque de Valladolid, qui clôtura cette première séance par un discours admirable où il montra comment le Christ régnera par l'Eucharistie et la sainte communion, et ce que l'Espagne doit faire dans ce but. Le pèlerinage à l'Escuriàl fut une des manifestations les plus belles du Congrès Eucharistique. Le 25 juin au soir un train spécial conduisait les Adorateurs Nocturnes au fameux Monas- tère de Saint Laurent où devait avoir lieu une veillée solennelle. Nous devons faire remarquer que là sainte hostie exposée dans l'ostensoir a été consacrée il y a des siècles : elle fut alors foulée aux pieds par un hérétique et l'on voit très bien sur elle la trace de trois clous de Ja chaussure de ce malheureux, mais surtout des gouttes de sang. C'est l'évêque de Lugo, la ville du Saint Sacrement, qui adressa la parole aux adorateurs. De minuit à trois heures du matin on célébra aux 42 autels de la basilique 300 messes : les communions furent innombrables. On fit ensuite une procession où l'assistance Se composait de 400 groupes portant chacun sa bannière. Tant que dura le Congrès, des fêtes eucharistiques, sembla- bles à celle de l'Escuriàl, attirèrent dans toutes les églises de Madrid une foule immense de fidèles avides de se nourrir du pain vivant descendu du ciel. Après la grande séance d'ouverture du Congrès, ce fut dans les sections que fort travailla sans discours d'apparat, mais de la façon la plus concrète : le meilleur éloge que nous puissions faire de ce travail modeste et silencieux, c'est de mettre sous le6
    • —285—' yeux des lecteurs de „Regnabit", les conclusions qui furent adop- tées, et que voici, bien qu'elles ne soient pas encore définitives : On fera le recensement de toutes les associations eucharis- tiques nationales. "La Làmpara dei Santuario" est déclarée organe officiel de toutes les oeuvres eucharistiques. : ' On introduit des modifications dans le règlement de l'Ado- ration Nocturne. On célébrera tous les ans la fête déjà connue sous le nom de „Fête des Epis". On célébrera tous les ans des assemblées eucharistiques dio- césaines. L'année prochaine on se préparera pour le Congrès Eucha- ristique International de Rome. On établit des relations entre l'Adoration Nocturne espa- gnole et celle du Mexique. On règle les privilèges dont jouiront les adorateurs nocturnes âgés de plus de 75 ans. On exigera que l'habillement des femmes à l'église et pour la sainte communion.soit plus modeste. Par souscription nationale on offrira une lampe pour le tombeau de saint Pascal Baylon, On demandera à Rome le transfert au mois de novembre de la fête de saint Tarcisius, actuellement fixée au 15 août. On demandera la béatification du P. Francisco Velasco de Grenade, grand dévot du T.S. Sacrement. On demandera la canonisation du B. Jean de Ribera, qui fonda à Valence une église où l'on a toujours entouré l'Eucha- ' ristie d'un culte exquis. - > Le 28 se tint à la Cathédrale la dernière séance du Congrès : elle commença par la lecture d'un télégramme du Roi qui se trouvait à Paris à ce moment-là. Extrêmement dignes de remar- que furent les discours de trois laïques : celui de Mr Vidal, délégué de l'Adoration Nocturne Mexicaine ; et ceux de L.L. Excellences Don Juan Francisco Taltavull, et Don José Maria Gonzalez Echavarri, ce dernier professeur à l'Université de Valladolid. Après eux parla l'évêque de Jaca sur la nécessité d'"eucharistiser" le monde..Pour finir, le Cardinal de Tolède, Primat des Espagnes, proposa comme unique programme à réaliser une phrase des „Actes des Apôtres": a Ils persévéraient tous dans la doctrine, dans la communion à la fraction du pain, et dans là prière ». Le 29 juin, la procession du Saint Sacrement fut .vraiment magnifique. Seuls les hommes étaient admis à y prendre part. Les autorités civiles et militaires ainsi que les académies, et des centaines dé corporations et sociétés figuraient dans cette mani- festation en l'honneur du Roi des rois. A 6 heures commença la procession dont la tête atteignait
    • — 284 — 'a Plaza Mayor à 7 heures, alors que le Saint Sacrement sortait de l'église de San Jérônimo. A 8 heures, le carrosse portant l'osten- soir entrait à la Plaza Mayor, après avoir fait un parcours de plus d'un kilomètre sous une pluie de fleurs que les dames jetaient de tous les balcons. A la Plaza Mayor la famille royale avec le Cardinal arche- vêque de Tolède et le Patriarche des Indes occupait les balcons des „Casas Consistoriales". Du reposoir que l'on avait disposé vis-à-vis, l'évêque de Madrid qui portait le Saint-Sacrement leur donna la bénédiction. On avait défendu d'avance toute acclamation ; mais, malgré la défense, des. milliers de voix crièrent avec un enthousiasme . indescriptible : « Vive Jésus ! » « Vive le Pape ! » « Vive le Roi Catho- lique ! ». La procession continua vers la Cathédrale où elle devait se terminer. Quand la Garde Royale qui avait escorté Jésus-Eucha- ristie sortit du temple, toutes les bannières de l'Adoration Noc- turne et des- confréries s'inclinèrent pour saluer le drapeau natio- nal. - Le 30 juin, comme couronnement du Congrès, on représenta au Théâtre Royal un drame eucharistique, suivi d'un tableau vivant de la fête-Dieu à Madrid au XVIe siècle. Ce travail qui est considéré comme un chef-d'oeuvre est dû à la plume d'un grand poète moderne Don Victor Espinôs. Toutes les places étaient occupées, et l'on remarquait surtout la présence de la famille royale et de tous les évêques qui avaient assisté au sixième Con- grès Eucharistique Espagnol. PAYS-BAS Dans les Pays-Bas, la population catholique est de 2.045.000, ce qui fait un tiers de la population entière du pays. Elle accepte avec enthousiasme toutes les questions qui touchent le catholi- cisme.Le zèle pour les missions a pris une extension admirable ; les pèlerinages à Lourdes, à Paray-lé-Monial se succèdent régu- lièrement; mais surtout la dévotion au Sacré-Coeur s'épanouit partout, dans les villages, les villes et les places publiques. On ne peut nier que le voisinage de la France a exercé une influence salutaire et a communiqué aux catholiques de la Hollande une partie du feu sacré que le Sacré-Coeur a voulu allumer parmi les nommes. Depuis le voyage mémorable du Père Matéo, en 1916, à travers la Hollande et d'autres pays de l'Europe, on voitTérec-
    • — 285 — '.'.'".'•' tion des statues, des images, les intronisations du Sacré-Coeur se multiplier de jour en jour, et les frères en religion du Père Matéo, les Pères de Picpus, se font une gloire de propager avec zèle l'in- tronisation du Sacré-Coeur. Le bulletin mensuel rédigé par ces Pères : „De vriend der hh. Harten van Jezus en Maria" donne des rapports toujours plus étendus et plus intéressants sur l'extension du culte du Sacré- Coeur, et sur l'intronisation du Coeur de Jésus, qui est un moyen si efficace de raviver dans les familles et dans la société l'amour envers le Coeur Divin. Dans les séminaires, les couvents, les ins- tituts catholiques, les familles, sur.les places publiques, partout l'image du Sacré-Coeur est exposé et vénérée, et le bon Dieu bénit visiblement notre pays. La marche progressive de cette dévotion est pour ainsi dire la marche triomphale de Notre Seigneur à travers les villes et villages, où son Coeur sacré a reçu une place d'honneur. Qui aura pu contempler sans joie et émotion cette grande statue dorée qui, à Eindhoven, trône sur le frontispice de l'église des Pères Augustins, et étend ses mains bénissantes sur toute la ville. Au Sud de la Hollande on reconnaît par là tout de suite, qu'on est en un pays foncièrement catholique. Les zélateurs du Coeur de Jésus se sont mis fortement à l'oeuvre, pour que le Nord de notre pays reçoive bientôt aussi les bénédictions de la dévotion au Sacré-Coeur. CANADA Dans une Revue « Le Règne Social du Sacré-Coeur, de Jésus dans les familles chrétiennes » que publient les Pères du.Sacré- Coeur, de Picpus, le Canada est appelé le « Pays du Sacré-Coeur ». Ce nom est bien celui qui lui convient, car, je crois que, nulle part ailleurs, la France exceptée, le Coeur du divin Maître est plus honoré. Voici, textuellement, ce que dit la Revue des Rév. Pères du Sacré-Coeur, de Picpus : , « Le Canada peut à juste titre s'appeler le pays du Sacré-, « Coeur, comme Québec s'intitule la Capitale du Sacré-Coeur, « et son Em. le Cardinal Begin, l'archevêque du Sacré-Coeur. « L'intronisation est très répandue dans toutes les parties du « Canada, dans la Nouvelle-Ecosse, le Nouveau-Brunswick, « Québec, Ontario, le M'anitoba, etc., et jusque parmi les Esqui- « maux qui habitent au nord de la Baie d'Hudson. Le Secrétariat «national est établi à Québec, et rayonne dans tout le Canada.. « Nulle part, peut-être, les évêques n'ont reçu l'oeuvre avec autant « d'enthousiasme qu'au Canada. Nous avons les approbations de
    • — 286:— " - «Son Em. le Cardinal Bégin, des Archevêques de Montréal, . « d'Ottawa, de Saint-Boniface, de Régina, des Evêques de Ri- « mouski, de Saint Hyacinthe, de Sherbrooke, de Chicoutimi, de « Haiieybury, des Trois-Rivières, de Joliette, etc., ainsi que du « Vicaire Apostolique du Keewatin (Esquimaux). Plusieurs Pré- « lats ont dédié des Pastorales à l'Intronisation ; tous président « fréquemment la cérémonie. Car, par suite dés intronisations «dans les familles, d'innombrables statues ont été érigées au « Sacré-Coeur sur les places publiques ; des paroisses entières se «sont consacrées au Roi d'amour, des intronisations solennelles «ont été faites dans les édifices municipaux. En janvier 1918, à « l'occasion de YIntronisation publique dans leur village, les chefs «de là tribu huronne consacrèrent officiellement cette peuplade « au divin Coeur de Jésus. Le 14 juillet 1919, lajparoisse de Charles- « bourgs près de Québec, eut son intronisation publique, accom- « pagnée de plusieurs cérémonies familiales, en présence de Mon- « seigneur Roy, auxiliaire du Cardinal Bégin. Ce dernier enfin a «béni et approuvé le projet de construire, à Québec, uneBasi- « lique nationale du Sacré-Coeur. Il y a des secrétariats dans la « plupart des diocèses. Le secrétariat central publie de beaux « rapports, dans son organe officiel « Le Croisé ». A côté de cette ... « Revue, plus de trente journaux ou périodiques s'occupent de « l'oeuvre ». Dans la citation que je viens de faire, il est parlé des Esqui- maux du Vicariat Apostolique de Keewatin. Je ne puis résister au désir de parler de ceux du Mackenzie. En ces deux missions, d'ailleurs, oh retrouve les Apôtres du Sacré-Coeur, les Mission- naires Oblats de Marie Immaculée. Je ne puis pas, hélâs, raconter des choses merveilleuses de l'esprit de foi et de la dévotion des Esquimaux du Mackenzie. La pensée de leur évangélisation est née dans le coeur ardent de leur Evêque, Monseigneur Breynat, et l'oeuvre en a été bénie par le sang, par la mort de leurs deux premiers Missionnaires, le^ Pères Le Roux et Rivière. Aujour- d'hui, huit ans après le meurtre de ces héros de l'apostolat, com- mencent seulement à se montrer quelques espérances chrétiennes. Je viens de lire dans les « Petites Annales de Marie Immaculée », le récit de la mort d'un autre de leurs missionnaires : « Le Rév. « Père Frapsauce, âgé de 46 ans et originaire du diocèse de Vannes « s'est noyé, cet hiver, en allant voir un malade à 300 milles, nord « du Grand Lac des Esclaves ». Ces quelques lignes ressemblent « à l'annonce ordinaire des « faits divers'» d'un journal quelconque; et, pourtant, qu'il renferme d'héroïsme et de souffrance! La vie du Missionnaire au milieu des Esquimaux est une vie d'iso- lement complet dé tout être civilisé ; c'est la croix journalière de tout ce qui, humainement parlant, peut, dans le domaine intellectuel et la matérialité des choses, s'appesantir sur l'exis- tence. Il est inutile de dire que l'humble héros de la charité qui
    • — 287.—' est tombé là-bas, loin de sa France bien aimée, loin de ses Parents et amis, trouvait la force d'accomplir sa sublime vocation, en Dieu. Mais je veux montrer, pour la gloire du Sacré-Coeur, que c'est, dans ce foyer d'amour, que le missionnaire allait chercher la flamme de son zèle et de sa charité. Voici ce qu'écrit le; Rév. Père Falaize, o.m.i. qui est allé (comme, sur le champ de bataille, on remplace le héros qui tombe) continuer l'oeuvre de son prédé- cesseur : « J'ai célébré les fêtes de Noël dans une bien pauvre cabane.. La chapelle commencée, mais non achevée, par le R.P. Frapsauce, est une pièce de 8 pieds sur 10, en billots équarris à la hache sur deux faces. Les murs sont recouverts d'une sorte de torchis d'ar- gile, entièrement nus d'ailleurs, exception faite pour une image encadrée du Sacré-Coeur et une image-catéchisme du Père La- combe, qui contient en raccourci l'Ancien et le Nouveau Testa- ment, la Loi et les Prophètes. Il n'y a pas encore de plancher, on a recouvert le sol avec des peaux de caribous brutes. C'est le nec plus ultra de la pauvreté, et cependant le même Jésus, dont on célébrait ailleurs la naissance plus brillamment et plus bruyam- ment, est descendu sur mon autel portatif dans cette nuit de Noël. Il a eu ses chants dans une langue barbare ; pas d'absten- - tions : tous chantaient. Il a eu ses communions ; là encore, pas d'abstention ; pardon, une seule, celle d'un Blanc. Il y avait des Indiens qui attendaient Noël depuis trois semaines dans un jeûne rigoureux et un froid non moins rude, sans vouloir s'éloigner. Après la Messe du matin, je régénérai trois adultes et deux enfants dans les eaux du Baptême. Le Sacré-Coeur n'a-t-il pas trouvé enfin quelques consolateurs aux extrémités du monde, au-delà du Cercle arctique ?» Oui, le Sacré-Coeur a des adorateurs jusqu'aux extrémités de la terre, mais il est surtout le soutien, la force, l'espérance du , Missionnaire.-Celuï-ci se souvient de la promesse du Divin Maître, à St0 Marguerite Marie : « Mon divin Sauveur m'a fait entendre que ceux qui s'emploient au salut des âmes auront l'art de toucher les coeurs les plus endurcis et travailleront avec un succès merveil- leux, s'ils sont pénétrés eux-mêmes d'une tendre dévotion à mon Divin Coeur ». Maintenant, quittons les missions de l'extrême nord, dont Monseigneur Breynat vient de parler dans un remarquable article (1). Je lis, dans le grand journal catholique de l'Ouest Cana- dien « Le Patriote », dirigé par le R. Père A.F. Auclair o.m.i., que la dévotion au Sacré-Coeur, fait de splendides progrès dans l'Aca^ die, le beau pays de l'immortelle Evangeiine: « Un grand congrès des Acadiens, dit-il, va se tenir cet été, à Grand-Pré. Ce congrès des proscrits de 1755, sur le lieu même de leur malheur, éveille (1) Voir Regnabit,Août, p. 148.
    • — 288 — bien des souvenirs et le peuple acadien s'agenouillera, sur la terre de Grand-Pré, pour remercier Dieu de lui avoir conservé la foi et la vie, malgré la persécution. « L'Evangeline » (journal catho- lique et organe de la dévotion du Sacré-Coeur) suggère que l'assem- blée nationale des Acadiens profite de l'occasion pour consacrer l'Àcadie toute entière au Sacré-Coeur de Jésus ». — Et voici, pour clore ces pages une lettre modeste et confiante qui arrive aux Bureaux de Regnabit. Elle montre qu'au Canada l'amour envers le Sacré-Coeur n'a pas besoin d'être- soutenu par l'enthousiasme des foules. Aussi bien le Sacré-Coeur- bénit-il avec autant d'amour que les foules enthousiastes, les humbles âmes qui s'adressent à Lui, à l'intime du foyer. Québec, 16 juillet 1921. La Revue « Regnabit », France. MESSIEURS, Je me fais un devoir de vous signaler que ma chère jeune épouse,, Lucienne, a été guérie à deux occasions différentes, en 1919 et 1921, d'un rhumatisme : la première fois au bras droit, la seconde au pied' droit. C'est entendu que c'est grâce au Sacré-Coeur de Jésus que ces guérisons se sont opérées quasi instantanément, après neuvaines.. Votre bien dévoué, J.-A. M. Paroisse St-Jean-Baptiste, ville de Québec, Canada. LOUISIANE NOUVELLE ORLÉANS C'est en janvier 1919, que les premiers Oblats de Marie Imma- culée s'établirent dans la Louisiane. Sa Grandeur Monseigneur Shaw, archevêque de la Nouvelle-Orléans, leur avait confié la. paroisse de la cathédrale Saint-Louis. Lé.'R.'P. Antoine, alors Provincial, arriva d'abord avec le Père Lecourtois, nommé curé de la cathédrale, et le Père Gagliardoni, chargé de l'église italienne de Sainte-Marie située sur lé territoire de la cathédrale. Ils furent rejoints, quelques jours après> par trois autres missionnaires. Avant la venue des Oblats, la cathédrale était desservie par des prêtres séculiers remplis de zèle et d'esprit de sacrifice. Mais, pendant plusieurs années, elle était restée fermée pour des répa- rations importantes et coûteuses. Je me souviens même qu'à, mon passage dans cette ville, on manifestait la crainte d'être oblige d'abattre cette magnifique église, souvenir vivant de la France, qui a une histoire de deux cents ans toute remplie d'évè-
    • — 289'—. .-, nements qui proclament la foi de la population et la fidélité aux souvenirs français. Aujourd'hui, les fidèles viennent nombreux dans leur chère église, et les oeuvres de piété et d'apostolat ont pris un dévelop- pement inconnu jusqu'alors. D'où vient ce résultat, ce succès ? De ce que le R.P. Lecourtois, le nouveau curé, était un.apôtre zélé du Sacré-Coeur. Sa première préoccupation fut de s'appli- quer à fortifier la "Ligue du Sacré-Coeur" et à augmenter le nom- bre de ses membres. Quand il y, eut réussi, il organisa dans l'église le "Premier Vendredi du mois", des processions de réparation. Des centaines d'hommes et de femmes vinrent y assister, portant un cierge et unissant leurs: voix pour se consacrer au Sacré-Coeur. Peu à peu, la pratique de la communion fréquente s'est établie; et, maintenant, la paroisse de la cathédrale fait l'admiration de tous. TEXAS EL PASO Dans le Messager du Sud (Southern Messenger), journal catho- lique publié à San Antonio (Texas), que m'envoie le R.P. J* Gourmelen O.M.I. curé de la jolie ville de Mercedes, je lis la narra- tion suivante : « A El Paso, dimanche 19 juin 1921, 35.000 personnes ont pris part à une grande fête en l'honneur du Sacré-Coeur de Jésus., C'était la troisième fois que les fidèles d'El Paso manifestaient, ainsi leur foi et leur piété, mais, cette année, ils se surpassèrent., .. Une imense procession partit, à 6 h.30, de l'église du Sacré-Coeur., En tête, se trouvait un détachement de la, police montée,, de la-- ville. Les membres "de l'Alliance Américaine-Espagnole" (Spa- ' nish-American Alliance) suivaient avec tambours et clairons. Puis, venait un détachement de cavalerie dû Fort Bliss. Derrière,, enfin, marchaient 6.000 enfants des écoles, tous habillés de blanc, et les différentes sociétés catholiques d'El Paso, (Texas) et de Juarez (Mexico). Cinq magnifiques reposoirs avaient été magni- fiquement décorés. Cette belle procession était présidée par Mon- seigneur l'évêque de Chihuahua (Mexico) le Très Rév. Antonio Guizar y Valencià, et par Monseigneur Antoine J. Schuler S.J. évêque d'El Paso. Durant la procession, des aviateurs vinrent évoluer au-dessus de la foule, et jetèrent des fleurs sur les re- posoirs.» Toutes les villes voisines d'El Paso et de Juarez, sur les deux rives du Rio Grande, prirent part à ce grand hommage rendu à la royauté du Sacré-Coeur de Jésus. J.B. HOREAU.
    • — 290 — CEYLAN COLOMBO L'archidiocèse de Colombo qui ne comptait qu'une trentaine de Missionnaires, en 1886, a maintenant 117 missionnaires et une population catholique de 260.000 âmes environ. En 1845, il n'y avait pas d'écoles catholiques à Ceylan ; au commencement de 1887, il y avait déjà 155 écoles, tant de garçons que de filles, avec 11,524 élèves ; et, aujourd'hui, dans le seul diocèse de Colombo, il y a 496 écoles catholiques, avec 44.007 élèves. Chaque année, il y a dans ce diocèse, un grand nombre de conversions de païens ; mais les missionnaires en nombre trop restreint, sont obligés de s'occuper plus spécialement de leurs chrétiens. Voici la somme du travail fait au cours de l'année 1918, par les missionnaires en charge de missions : (D'après le rapport d'un Missionnaire Cey- lanais O.M.I.) Baptêmes d'enfants catholiques . . 8.271 Baptêmes d'enfants païens 1.684 Mariages . . 1.942 Confessions 802.770 Communions 2.545.341 Viatiques ....... . . 2.634 Extrême-Onction . 3.376 Confirmations . 3.566 Si, à l'administration des sacrements, on ajoute la visite des écoles, l'administration des biens temporels des églises, l'étude des langues, la préparation des sermons, l'enseignement du caté- chisme etc. on aura une idée du travail immense qui est la part des missionnaires. Comme dans toutes les missions qui leur sont confiées, les Oblats de Marie sont, à Ceylan, les apôtres du Sacré-Coeur. Colombo possède une Confraternité florissante du Sacré-Coeur de Jésus. Les premiers vendredis de chaque mois y sont célébrés ainsi que dans tout l'archidiocèse. L'intronisation est le grand ' moyen d'extension du règne de Jésus. JAFFNA Je reçois de cette ville un magnifique journal : Le Gardien catholique de Jaffna (The Jaffna Catholic Guardian). Il est rempli de faits intéressants montrant les progrès du catholicisme dans l'île. Monseigneur Jules Brault, le nouvel évêque du diocèse de Jaffna, est un ardent apôtre du Sacré-Coeur. J'espère pouvoir, dans une prochaine chronique, grâce à son aide précieuse et dévouée à la cause de Jésus, montrer tout ce qui se fait dans son diocèse à la gloire du Coeur qui nous a tant aimés.
    • — 291 — TRINCOMALIE La Mission de Trincomalie comprend la Province de l'Est et une partie de celle du Centre Septentrional, c'est 'à dire un cin- quième de toute l'île de Ceylan. - Elle compte environ 200,000 habitants, dont 180,000 païens. Il y avait au 1er Septembre 1920, dans cette Mission : Un évêque, Monseigneur Gaston Robichez S.J. '13 Prêtres Européens de la Compagnie de Jésus. 3 Prêtres Indigènes dont 1 Prêtre S.J. 6 Scolastiques ou Novices Indigènes S.J. 3 Frères coadjuteurs Européens S.J. 10 Religieuses de St-Joseph de Cluny. 2 Novices Indigènes des Soeurs de la Présentation. 120 Maîtres et Catéchistes. Fidèle continuateur de l'oeuvre du vénérable Père de la Colombière, Monseigneur Gaston Robichez, évêque de Trinco- malie, a été un des grands promoteurs du mouvement en faveur de l'Intronisation, qu'il a préconisée dans une magni- fique lettre pastorale : « Nous invitons très chaleureusement,-disait-il, tous nos mis- sionnaires et spécialement les curés de notre diocèse à être les zélés promoteurs de cette belle dévotion ; à organiser la consécra- tion de toutes les familles de leur paroisse, spécialement pendant Jes mois de décembre et de janvier, et à préciser, eux-mêmes, la cérémonie de l'intronisation.» Et il ajoutait : « Que le Sacré-Coeur de Jésus, mes bien chers Frères, vous comble de ses grâces les plus abondantes, pour que ces consécrations de vos familles soient l'occasion de la régénération chrétienne de notre diocèse, et que nous puissions avoir la douce consolation, durant notre épiscopat, de voir Dieu, notre Seigneur, plus aimé, plus honore, plus glorifié, et notre troupeau plus nombreux et plus uni que jamais.» Nul doute que ce sera le fruit de la dévotion au Coeur ado- rable de Celui qui a dit : «Aimez-vous les uns les autres».
    • — 292 — AUSTRALIE ET NOUVELLE ZÉLANDE Dans toutes les églises de l'Australie et/de la Nouvelle-Zé- lande, le 29 juin 1919. dimanche dans l'Octave de la fête du Sacré-Coeur, l'Australie a: été consacrée solennellement au Sacré- Coeur de Jésus. Les archevêques et évêques ont, en cette occasion, adressé une lettre pastorale aux fidèles. « Jamais peut-être, dans l'histoire du monde, y disaient-ils, le besoin de la bénédiction et de l'assistance dû Sacré-Coeur ne fut plus urgent qu'aujourd'hui. Après la terrible guerre mondiale et les milliers d'infortunes qu'elle laisse partout, les nations se trouvent en face de problèmes de toute sorte, si graves et si com- plexes, que ta sagesse humaine est, à elle seule, impuissante à trouver les solutions nécessaires et si anxieusement attendues. « Les gouvernements n'ont jamais eu un besoin si pressant des lumières d'en haut pour exercer comme il convient leur auto- rité, et jamais il n'a fallu aux. peuples plus d'intelligence et de force de volonté pour exécuter les décrets des gouvernements qui poursuivent le bien-être matériel, social et moral des nations. Il y a donc extrême urgence à recourir au coeur bienveillant et miséricordieux du Roi des rois, afin qu'il aide son peuple à vivre selon les principes de la justice et de la charité, sources de la vraie liberté, et à coopérer ainsi, de la meilleure façon, au progrès de l'humanité». MADAGASCAR L'intronisation du Sacré-Coeur s'est faite à Madagascar, grâce surtout aux missionnaires de la Compagnie de Jésus. « Par- tout où j'ai été, écrit l'un d'eux (F. Rouffiac S.J., d'Imerintsra- tosika, Vicariat apostolique de Tananarive) j'ai vu que cette cérémonie avait été prise au sérieux et qu'il ne s'agissait pas simplement de mettre une image de plus dans la maison.» Puisse le Sacré-Coeur régner, bientôt, en maître dans cette île où la foi fait de rapides progrès ! J.B. HOREAU.
    • -,' ^- 293 — Courrier de V Regnafeit * Christiania (Akersvéien 5), le 12 Juillet 1921. MONSIEUR SECRÉTAIRE ÉNÉRAL * Regnabit*, LÉ G DE Votre lettré du 7 juillet m'arrive au moment, où épuisé sous le poids des aimées, d'un apostolat de 35 années, dans une mission où tout a été à créer, et des infirmités, je me prépare à déposer, du consentement dû St Siège, la houlette, qu'il m'a été donné de porter dans la Norwége le premier depuis la Réforme. Je ne puis donc que vous répondre sommairement à la question, quels efforts nous faisons en Norwège pour faire connaître et aimer le Sacré-Coeur. D'abord nous avons donné à notre mission lé Sacré-Coeur comme Patron principal ; sa fête est donc célébrée avec octave et avec toute les splendeurs que nous sommés en état de lui donner. Ensuite l'Apostolat de la Prière fleurit dans toutes nos paroisses et le premier vendredi où dimanche du mois tous nos enfants et une grande partie des adultes affluent à la sainte table. De plus l'Intronisation au Sacré-Coeur dans lès familles est intro- duite dans toutes nos paroisses. Le culte du Sacré-Coeur est là dévotion de prédilection de nos missionnaires, de nos familles religieuses et de nos fidèles, et si j'ai l'espoir que le Pasteur des pasteurs continuera à bénir cette jeune mission et accordera à ma pauvre personne une humble place dans Son beau ciel, c'est parce que j'ai fait mon possible pour propager le culte de Son divin Coeur. Tout à vous dans le Seigneur. Votre bien dévoué. î J. C. FALLIZE, Vie. Aposi. de la Norwègë et du Spitzberg. Gallipoli,, le 10 Juillet 1921. MONTRÈSRÉVÉREND PÈRE, Je vous suis tout reconnaissant du 1° numéro de votre excel- lente revue que vous avez eu l'amabilité de m'adresser. Elle nous inté- resse au plus haut point, nous qui avons placé notre Mission sous la protection du Sacré-Coeur. Cette revue très doctrinale est appelée à faire grand bien. Elle instruira ses pieux lecteurs et leur fera connaître le Sacré-Coeur qui est déjà bien aimé ; mais pas connu intimement. Je ne puis vous donner d'intéressantes nouvelles sur notre petite et pauvre Mission de Gallipoli. Avant la guerre, tous nos catholiques étaient inscrits à la Garde d'Honneur. Mais, hélas ! leur nombre a bien diminué. Tous ont été déportés pendant la guerre ; plusieurs sont morts en exil ; d'autres, plus nombreux, rie sont pas rentrés dans notre infortunée presqu'île, trop pauvre pour nourrir ses habitants. Depuis l'armistice, nous avons intronisé le Sacré-Coeurdans toutes les maisons. Nos catholiques d'avant guerre connaissent bien et aiment le Sacré-Coeur; mais les nouveaux convertis* une trentaine, ne sont pas encore bien pénétrés de cette dévotion toute nouvelle pour eux.
    • — 294 — Il nous serait difficile de payer l'abonnement, si modeste soit-il, vu notre grand dénûment. La guerre a tout détruit de notre Mission. Nous devons nous réinstaller petit à petit et soutenir quelques familles qui manquent de pain. Aussi, vous rendriez le plus grand service aux Religieux et aux fidèles si vous pouviez nous faire adresser gra- tuitement le « Regnabit ». Je vous prie d'agréer, mon très Révérend Père, l'assurance de ma reconnaissance la plus vive. P. LÉANDRE,supérieur de la Mission du Sacré-Coeur, Gallipoli (Grèce).' Alexandrie, le 23 juin 1921. MONSIEUR L'ABBÉ, Je vous remercie de tout coeur de votre" « Regnabit ». J'applaudis sincèrement àjtous vos efforts et je prie le Sacré- Coeur de les couronner de succès, pour sa plus grande gloire et le salut des âmes. Dès que j'aurai un peu de temps, je vous enverrai quelques petits renseignements sur les oeuvres qui concernent la dévotion au Sacré-Coeur dans notre résidence. Dès maintenant, je tiens à vous dire que la dévotion au Sacré- Coeur se répand de plus en plus dans notre ville toute mondaine... Dans l'église cathédrale latine on célèbre le mois du Sacré-Coeur, et surtout sa fête, avec une grande solennité. Le R. P. Gaston, Franciscain, s'est épuisé pour faire connaître cette dévotion et la faire développer dans notre milieu Alexandrin. C'est le R. P. Emmanuel Auzannes qui le remplace, provisoirement, et qui marche sur ses traces. Dans les couvents, cette dévotion fleurit également. Les Dames de Sion, les Religieuses de la Mère de Dieu, les Soeurs de Charité, les Religieuses de Notre Dame des Sept Douleurs, et de Notre Dame de la Délivrance, en un mot, tous les religieux et toutes les religieuses du rite, latin entourent le Sacré-Coeur des plus grands honneurs et travaillent efficacement à propager sa dévotion autour d'eux. Les Pères Jésuites n'ont pas peu travaillé à lancer ce mouvement béni du ciel. Dans leur collège, maintenant fermé, comme dans leur église dédiée au Sacré-Coeur, cette dévotion avait et aura toujours la première place. .',- Les premiers vendredis sont célébrés avec tout l'éclat possible, les communions y sont nombreuses, devant le Saint Sacrement exposé pendant une bonne partie de la matinée... C'est vous dire que nous avons établi dans notre église, depuis plus de vingt ans, l'Apostolat de la Prière. J'ai essayé, à mon tour, de faire connaître davantage le Culte du. Coeur Divin de Notre Seigneur. J'ai réussi à fonder, il y a bientôt quatre ans, l'Heure Sainte, où nos fidèles viennent, chaque jeudi, veille du premier vendredi, adorer Notre-Seigneur exposé, pendant une heure entière, dans le Très Saint Sacrement. Pendant cette « Heure Sainte », nous récitons tout d'abord le chapelet (mystères douloureux), et les sept psaumes de la.pénitence (en 2 choeurs). Viennent ensuite l'instruction, dirigée toujours dans le sens de la réparation, les litanies
    • — 295 — du Sacré-Coeur, ou du Saint Sacrement, l'amende honorable, récitée par tous les fidèles,.enfin, la bénédiction du Saint Sacrement termine la cérémonie. Naturellement toutes ces prières sont entremêlées de cantiques, soit au Sacré-Coeur, soit à Jésus-Hostie. Je ne manque point, après l'instruction, de lire à haute voix les promesses du Sacré-Coeur, en insistant tout spécialement sur les deux dernières. Pendant le mois du Sacré-Coeur, je tâche de faire quelque chose en l'honneur de ce Coeur Divin,.en dehors du premier vendredi et de l'Heure Sainte. Tous les mercredis, jour fixé pour la réunion des Associées de notre Congrégation de la Bonne Mort, je fais célébrer une messe à 8 heures où plusieurs de ces dames font la Sainte Com- munion, je leur fais une petite allocution sur le Sacré-Coeur, et je leur donne, après le chant des litanies du Sacré-Coeur, la bénédiction avec le Saint Sacrement. P. GEBARA, . J. S Ajmer, (Indes) 16 juin 1921. CHERMONSIEUR L'ABBÉ, Je ne veux pas tarder à vous remercier de la lettre qui m'a été adressée du Secrétariat des OEuvres du Sacré-Coeur,à Paray-le-Monial, m'annonçant la publication d'une Revue Universelle du Sacré-Coeur. Cette lettre signée de vous est spécialement adressée aux Mis- sionnaires. ^Elle m'a vivement touché. Nous travaillons dans ces contrées infidèles à étendre lé Règne du Sacré-Coeur. Ici, aux Indes, les chrétiens sont encore en infime minorité - 2 millions 1 /2 de catho- liques sur 300 millions d'infidèles. Satan règne ici sur ces millions de païens. Mais le titre de votre Revue nous le rappelle: «Il régnera». Car Il est Roi et nous devons travailler de'tous nos efforts à hâter son Règne, en dépit de Satan et de ses suppôts. En pays chrétiens, vous travaillez; à restaurer ses droits, à lui conquérir les coeurs de tant d'enfants prodigues. Notre but est le même. Nous devons donc nous aider les uns les autres, et répondre ainsi à l'appel pressant du Souverain Pontife Benoit XV en faveur des Missions. Vous demandez notre collaboration. Je vous la promets autant que les nombreux et les absorbants travaux du ministère apostolique me le permettront. En 1924, j'ai reçu du Rév. Père Matéo Crawley,Te grand apôtre de l'Intronisation du Sacré-Coeur, une lettre me demandant de vouloir bien répandre cette oeuvre de salut dans les différentes missions de l'Inde. Le. Sacré-Coeur a béni nos efforts et l'OEuvre est connue et répandue. La Mission à laquelle j'appartiens (Mission du Rajputana et Central India, Diocèse d'Ajmer) et confiée aux Frères Mineurs Capucins de la Province de Paris, a été consacrée, dès ses débuts, au Sacré-Coeur de Jésus ;et le Culte du Sacré-Coeur est en honneur dans toutes nosvstations de Mission. Dans une prochaine lettre, je vous enverrai tous les renseignements que vous désirez ; et puisque vous m'offrez de me faire abonner à cette Revue Universelle j'accepte avec grand plaisir et je vous prie de
    • — •296.— .- vouloir bien exprimer à vos bienfaiteurs les sentiments de vive recon- naissance pour leur générosité en faveur des missionnaires. En vous remerciant, Monsieur l'Abbé, je vous assure de mon sou- venir pour vous et vos oeuvres au Saint Sacrifice de la Messe et vous prie d agréer l'expression de mes sentiments respectueux et très dévoués in S. S. Corde Jesu. -1 F. MARIE-EGIDE, iss, capucin. m Pour aider « » Regnabit De la rue du Cherche-Midi : ... . . 20 frs. Une Visitation (T.) . . . 7 100 frs. Des OEillets 4 frs. Lewiston (U. S.) . . . 9 frs. Pour les Prêtres et les Missionnaires Je le savais bien, que les amis de Regnabit se montreraient généreux. ..Monsieur l'abbé, m'écrit une abonnée du Calvados, je vous envoie 20 frs. pour l'abonnement de la revue „Regnabit" non pas à mon nom, mais en faveur d'un membre du clergé ou séculier ou régulier. Don naturellement anonyme". Du Maine, Etats-Unis, je reçois la lettre suivante : MONSIEUR L'ABBÉ, M'êtant abonné à votre revue «Regnabit », j'ai eu le plaisir de recevoir les deux premiers numéros déjà, et je puis vous dire que j'en suis bien content ; il me semble que cette publication devrait produire un grand bien dans le monde, c'est pourquoi, dans cette douce espérance je, vous envoie ci-inclus la somme de 55 francs en faveur de votre Revue. Vous pourrez en disposer comme bon vous semblera pour le mieux de votre oeuvre. Maintenant si l'idée vous paraît bonne, vous pourriez m'envoyer quelques exemplaires, que je me ferais un plaisir de distribuer parmi mes connaissances, afin de seconder votre belle oeuvre que j'aime beaucoup. J'ai déjà distri- bué les deux exemplaires que j'ai reçus. J'espère qu'ils produiront cent pour un : car pour moi, le règne du Sacré-Coeur c'est tout ». L. W. R. Vont bénéficier des générosités reçues à ce jour : le R. P. BESSERS, J. (British India) ; le R. P. THOMMEREL, M. 1. (Basuto- S. O.
    • — 297 — land) ; le R. P. FAVRIL, O. m. f. (Ceylahd) ; lé R. P. GUESNON, <?.m. f. (Ceylan) ; M. l'abbé BONNET, missions étrangères (Japon) ; des Mgr ROBICHEZ, . J. (Ceylan) ; Mgr CHARIKIOPOULOS S (Chio) ; R. P. L'Hoir, S. J. (Ceylan) ; un prêtre du Rhône ; un Grand Séminaire (M) ; une maison d'éducation de missionnaires (N. D. du C.) ; le R. P; J. S. C. des missionnaires Josephites du Mexique ; Une Visitation (Canada) ; une Maison-Mère (Bretagne). Et voici d'autres demandes ! J'en transcris une. Mission du Sacré-Coeur. Fort M. Murray. Alta. Canada CHER MONSIEURL'ABBÉ, Je viens de recevoir 'e premier numéro de Regnabit. Merci. Je suis heureux de ce nouvel échelon qui nous mène vers le triomphe du Divin Coeur. Puisse ce triomphe arriver bien vite, surtout dans notre chère France. Que je serais heureux si vous pouviez me procurer un abonnement à « Regnabit » t Sans résidence, sans église, sans école catholique ayant tout à faire, vous comprenez que nos ressources, (aumônes venant de France pour la plupart) sont absorbées par une fondation qu'on a dû retarder à maintes reprises. Tâchez donc de m'envoyer Regnabit afin de m'aider à L'aimer, et à Le faire aimer toujours da- vantage. Très occupé en ce moment par nos Indiens qui sont arrivés ces jours-ci, je dois remettre à plus tard de remplir votre questionnaire. Mais croyez à ma reconnaissance bien sincère dans les Sts Coeurs de Jésus et de Marie Im. A. LAFFONT, O. M. I. — Dites-moi, chers lecteurs, ce que je dois répondre aux apôtres qui tendent la main.
    • 298 — ///. — BIBLIOGRAPHIE BIBLIOGRAPHIE DU SACRÉ-COEUR. — MGR. GAUTHEY. Le Sacré-Coeur de Jésus. Paris Téqui, 1916. In-12 de 350 p. Prix ancien : 3 fr. 5o. Nous n'aurions pas signalé cet ouvrage déjà ancien et bien connu de Mgr. l'archevêque de Besançon, si nous ne tenions à mentionner au moins une fois à cette place les lectures qui se recommandent particulièrement. aux dévots du Coeur de Jésus, et les dispenseront de lire tant de choses insignifiantes sur le sujet. Les allocutions de Mgr. Gauthey, — qui se présentent sans apprêts, parfois avec des longueurs dans un ordre très peu logique, — ont le mérite de ramener la dévotion au Sacré-Coeur aux sources authentiques de la vie chré- tienne : la foi, l'espérance et la charité, et d'y ramener ensuite toutes* nos pratiques quotidiennes de prière et de mortification, particuliè- rement nos actes de réparation envers l'Eucharistie. II faut méditer les deux beaux chapitres : Le Sacré-Coeur est une demeure ; le Sacré- Coeur oratoire de nos prières. Ces discours ont été prononcés durant toute la carrière apostolique de Mgr Gauthey, depuis les années où il était chapelain à Montmartre jusqu'aux années 1914-1915, où il rappelait à ses diocésains leurs devoirs aux heures sérieuses de l'invasion allemande. — R. P. MATÉO. Triduum sur le Règne social du Coeur de Jésus dans les familles chrétiennes. Fribourg, Imprimerie du B. P. Canisius, 1917. In-32 de 48 pages. Ce recueil de six instructions prêchées en 1916 chez les chanoi- nesses de St Augustin de Vught eh Hollande, nous livrent le P. Matéo tout entier, tout vibrant d'humour, mais surtout, d'amour de Dieu et des âmes. Dépouillée de toute exagération et de tout exclusivisme, l'intronisation du Sacré-Coeur devient tout autre chose qu'un geste passager : c'est une consécration efficace, une vie familiale qui s'oriente yers le mieux et se dépense pour Dieu et les âmes. .— ABBÉ P. GILOTEAUX. Les âmes Hosties. Les âmes Victimes. Chez l'auteur : 8, rue de la Houppe du Bois. Fourmies. Nord, ln-18 de 32 pages. Cette plaquette nous donne sous forme de thèse scolastique une série de textes nous prêchant l'esprit de victime et l'amour de la croix. « Saint Paul, les apôtres et les martyrs ne craignaient pas de prêcher la croix ». Saint Paul ajoutait : « Je me réjouis au milieu de mes tri- bulations. Je vous le dis à nouveau : Soyez joyeux». Au reste, les amants du Sacré-Coeur ne sont point de ceux qui veulent voiler le signe de la Croix : par ie Coeur de Jésus, ils iront à la Croix plantée dans ce Coeur. Du même auteur, ont paru à la librairie St Paul, deux tracts : La Sainteté. (1 fr.) ; Le sens de la vie (0,50) qui annoncent la doctrine du livre précédent. R. P. CASTELAIN. SS. R. — Le Coeur eucharistique de Jésus C. Paris, Librairie de la Sainte-Famille, 1920. Prix : 7 fr.
    • — 299 — Ce livre, sans prétendre à la nouveauté, au point de vue doctrinal, — puisqu'il se borne à rappeler dans l'Introduction l'objet de cette dévotion qui date d'un demi-siècle « au Coeur qui a conçu le miracle d'amour de demeurer avec nous » pour y continuer tous ses mystères, — ce livre comble cependant une lacune, en fournissant un ensemble de considérations très pratiques et de formules de prières -au Coeur eucharistique de Jésus, aussi bien pour le mois du Sacré-Coeur que ' pour le mois du Coeur eucharistique, que l'auteur fixerait à Janvier ou Avril, « où se célèbre souvent le Jeudi-Saint ». Pourquoi chercher une raison liturgique à une institution qui l'est si peu ? J.-B. LORTHIOIT . SS. R. — Le Coeur eucharistique de Jésus. C Ce qu'il est. Ce qu'il demande. Ce qu'il donne. Paris, Librairie de la Sainte-Famille, 1921. In-32 de 64 pages. Ce titre et ses sous-titres nous rappellent l'ouvrage du P. Suau sur Le Sacré-Coeurde Jésus. Il ne faut pourtant voir en cette rencontre que le désir d'exposer clairement le sujet d'une dévotion, en en mar- quant l'objet, la pratique et les fruits, car les deux opuscules différent par l'objet—: commele Sacré-Coeur et le Coeur eucharistique restent accidentellement différents ; — ils diffèrent surtout par la méthode d'exposition, celle du P. Lorthioit étant toute simple et populaire, partant de l'image du Coeur eucharistique et entremêlant son ensei- gnement d'histoires. Le Coeurimmaculéde Marie. Tract paru dans La Bonne Nouvelle. Le Règne du Sacré-Coeur, nous dit-on, viendra par le Coeur immaculé de Marie. On s'en autorise pour appliquer d'une façon géométrique au Coeurde N.-D. ce qu'on professe et pratique en l'hon- neur du Coeur de Jésus. 11semble pourtant que le coeur de la Mère demande à être considéré d'une façon légèrement différente du coeur de son divin Fils, et que, d'une manière générale, une dévotion vivante ne se développe pas par simple transposition d'une autre dévotion, et par simple communication des idiomes et des privilèges. — P. H. WATRIGANT. Sainte Marguerite-Marie et les Retraites Spirituelles. Paris, Lethielleux, 1921. L'ouvrage contient de judicieuses remarques sur l'identité fon- cière entre la conception de la dévotion au Sacré-Coeur telle qu'elle naît dans les Exercices de saint, Ignace, et la conception que nous en a donnée de par Dieu sainte Marguerite-Marie. De part et d'autre, « la dévotion comprend aussi bien la vie purgative avec la réparation, et la vie illuminative avecsesvertus, que la vie unitive etses actes d'amour, cette dernière y apparaissant même sous ses deux aspects d'amour afjectif et d'amour pratique allant jusqu'au sacrifice de soi. » Suivent des notes de Slè Marguerite-Marie sur ses impressions de retraite et son rôle de directrice des,solitudes. P. S., O. S. B. BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE. I. — TRAITÉS DE SPIRITUALITÉ AUGUSTE — SAUDREAU. La Vie d'union à Dieu et les moyens d'y arriver, d'après les Grands Maîtres de la Spiritualité. Troisième édition revue et augmentée. Paris, Charles Amet. — Arras, Bru- net. — Angers, Grassin, Richou frères, 1921. In-12 de 395 p. 7 fr.50.
    • — 30» — AUGUSTE —* SAUDREAU. L'Etat mystique. Sa nature, ses phases *t les faits extraordinaires de la Vie Spirituelle. 2e édition, revue *t augmentée, in-,12 de 380 p. 7 fr. 5o. On ne peut que se réjouir de voir réimprimer des ouvragés comme ceux de M. le Chanoine Saudreau, dans lesquels le lecteur voit passer sous ses yeux la doctrine des grands Docteurs de l'Église et des grands théologiens ; on est alors à même de constater que si les expressions de ces écrivains diffèrent, le fond de leur enseignement demeure toujours le même. L'auteur a su mettre à profit les divers travaux publiés sur ces matières de spiritualité, depuis ses éditions précédentes, et on peut dire que l'oeuvre est à jour. Peut-être pourrait-on regret- ter qu'un excès de délicatesse n'ait pas permis à M. Saudreau de nous parler de Ruysbroeck. « Je ne ferai que le mentionner, dit-il, ne pouvant le lire que dans les traductions de ses oeuvres. » Ce sen- timent l'honore fort, mais lès savantes études de Mgr Waffelaert, et les traductions sérieuses parues dernièrement auraient permis, nous semble-t-il, d'y aller de confiance ; et sans doute la chaîne des grands auteurs mystiques se serait accrue d'un nouvel anneau. Une autre question de détail: Casslen est rangé parmi les Pères de l'Eglise latine ; il a écrit ses ouvrages en latin, c'est vrai, mais ne pourrait-on le placer parmi les Pères de l'Église grecque, lui qui à emprunté sa doctrine aux moines d'Orient, et qui, peut-être, est né en Orient, et même en Palestine ? Ceci en passant. Dans son second volume, L'État mystique, M. Saudreau a réuni deux ouvrages écrits jadis par lui : L'Etat mystique — et Les faits extraordinaires de la vie spirituelle. Ce nouvel ouvrage n'est en quelque sorte qu'une continuation du précédent, la Vie d'Union ; de nou- veaux textes sont apportés, des précisions données. Ce qui est à souhaiter, c'est que la lumière finisse par jaillir éblouissante sur les questions de spiritualité. Beaucoup de malentendus, croyons-nous, proviennent de ce que les auteurs ne s'entendent pas sur le sens à donner aux mots ; en particulier aux mots contemplation, état mys- tique, union mystique. Aux deux beaux livres de M. Saudreau, nous souhaitons plein succès, car ils ne sont pas seulement théoriques, ils sont encore émi- nemment pratiques. A. M. O. S. B. P. MICHAELEODINEZ. J. — Praxis theologiae mysticae. Paris, G S. Lethielleiix, 1921. In-12 de 348 p. 7 fr. Ce manuel; composé en Espagnol par un Irlandais, le P. Mi- chel Wading, a été traduit en latin par le P. de la Reguera, et édité dans les oeuvres complètes de ce dernier en 1740. Le P. Watrigant a fait oeuvre pie en le mettant à la portée de tous. Malgré l'ordre quel- que peu anormal dès chapitres, qui renvoie les considérations théo- logiques sur la nature et la grâce après les notions sur la méditation et la Contemplation, et ptece la question du délaissement ayant les beaux chapitres sur la contemplation chérubique et séraphique, le traité se lit facilement car chaque sujet est traité d'une façon vivante et pratique, avec des résumés en forme de catéchisme et de proverbes ; l'auteur s'est surpassé lui-même dans les dernières pages sur la
    • "' — 301' — direction et la formation religieuse. Il semble pourtant faire bon marché de tout l'appareil extérieur de la vie de communauté. En somme, c'est un excellent guide aux mains à'un directeur spirituel. P. L. PERROY.— Vers l'amour de Dieu. Cantiques du voyage. Paris, Lethielleux, 1921. In-12 de 232 pages. Prix : 6 francs. Reprenant la tradition des grands mystiques, qui avaient éprouvé que les grandes choses faites par Dieu dans les âmes ne peuvent s'ex- primer que par des chants, le P. Perroy qui est doué d'un style si attrayant et d'une si fine psychologie, a su enfermer dans ses dix cantiques spirituels les enseignements fondamentaux de sainte Thérèse, de saint Jean de la Croix, de saint Ignace et de saint François de Sales. Les titres seuls le disent assez : cantiques de la Perte de soi- même, du Départ, du Mendiant, de la Demeure. Pour ce dernier cantique, le commentaire s'étend et s'approfondit dans des propor- tions merveilleuses, tout en demeurant à la portée de toutes les âmes de bonne volonté. MGR PLANTIER,Grandeurs et devoirs de la vie religieuse. Nou- velle édition, Paris, Téqui, 1921. In-12 de 207 pages. Prix :3 francs. Cette réédition fera connaître en dehors des communautés du diocèse de Nîmes, où il faisait le plus grand bien, un recueil de lettres du grand évêque sur les devoirs généraux et spéciaux des religieux' envers leurs voeux, leur règle, leurs supérieurs et leurs confrères.. II. — BIOGRAPHIES Vie du Père Lintelo, de la Compagnie de Jésus, par leR. P. Jules Severin, S.J. — En vente, 5 fr. à la Librairie de l'Action Catholique, Bruxelles et aux Bureaux de l'Apostolat de la Prière, Toulouse. Le nom du Père Lintelo est connu partout ; partout il évoque un Religieux dont le talent fut remarquable, le zèle dévorant, la sainteté éminente. La brochure du R. P. Severin démontre — sans nullement viser à cela — que l'appréciation, pourtant si flatteuse, portée par le public. sur le célèbre Jésuite péchait, non par excès, mais par défaut. L'auteur a bien fait d'écarter le voile derrière lequel, dans sa, modestie, son héros aimait à se cacher. Les amis du Père Lintelo lui sauront gré d'avoir placé sous leurs yeux une photographie morale plus belle encore que celle qu'ils avaient de lui. Nul ne lira ces pages sans y trouver un stimulant pour son zèle et un puissant parfum d'édification. D'aucuns diront, peut-être, que quelques digressions à propos des deux fameux Décrets Pontificaux : « Sacra Tridentina Synodus » et « Quam singulari », ainsi que quelques notions, d'ordre ascétique, sur la vie intérieure, ralentissent la marche du récit. Ce reproche; disons mieux cette remarque, n'enlèvera rien à la sincérité et à la délicatesse des éloges que cette biographie vaudra à celui qui l'a écrite de main de maître et, à bon droit, con amore. i Nous souhaitons à cet ouvrage le succès que l'on rêve pour toute publication qui a le secret d'intéresser, d'instruire et d'édifier le lecteur. A. BOMMENEL, M. I. O.
    • —302— ' ' .' H. DELEHAYE, . J. —. Saint Jean Berchmans. Collection « Les S Saints», Paris, Gabalda, 1921. Prix : 3 fr. 50. Ce livre se recommande tant par son héros, qui est l'un des patrons de la jeunesse, que par son auteur, qui préside avec tant de compétence la Société des Bollandistes. Non pas que notre jeune saint ait une très vie pleine d'événements, mais elle n'en est que plus accessible à l'imitation ; non pas que le P. Delehaye ait cru dévoir grossir cette biographie — écrite dans la prison de Bruxelles durant l'invasion — de savantes dissertations, sur la vie des clercs et des religieux en Brabant au début du XVIIe siècle; mais il suit pas à pas des documents abondants et autorisés : « Ses compagnons de noviciat à Malines, ses condisciples à Rome notèrent minutieuse- ment tout ce qui, dans la conduite du frère Jean, avait attiré leur at- tention. Et l'on constate qu'à cette manière de surveillance indis- crète la sainteté ne perd rien de son prestige, et que les saints, au re- bours de la plupart des grands hommes, gagnent à être vus de près ». R. P. NAVATEL, . J. — Soeur Marie-Colette du Sacré-Coeur. S Paris, de Gigord, 1921. In-12 de 377 pages. Ce sont des notes spirituelles écrites au jour le jour par une reli- gieuse Clarisse du monastère de Besançon morte en Ï905 à l'âge de 48 ans. Dans cette vie d'une âme contemplative et réparatrice qui eut le bonheur- de « se reposer sur le Coeurdivin avec des délices inef- fables », et d'y puiser le secret de l'humilité qui fait les saints, on Ht un trait, que l'éditeur dénomme inédit, de la vie de sainte Marguerite-Marie : on pourrait toutefois y voir une légère transpo- sition de la scène du réfectoire, si humiliante pour notre sainte. III. — LIVRES DE DÉVOTION J. ROUSSEAU, J. — Préparation à la Communion quotidienne S. par l'Evangile médité. Paris, Beauchesne, 1920. In-12 de 407 pages. Prix : 10 francs. Il est facile de trouver dans la vie de N.-S. des applications à l'Eucharistie, et l'auteur nous donne ici une méthode excellente pour accueillir Jésus dans les visites qu'il fait aux âmes chaque ma- tin. — CH. CORDONNIER. Dans le silence et la prière. Paris, Lethiel- Ieux, 1916. ln-18 de 284 p. Paris : 4 fr. CHANOINE PRACHT.— Catéchisme des convenances religieuses. Paris, Lethielleux, 1920. In-18 de 336 p. Voici deux petits livres destinés à développer la vie chrétienne chez les personnes pieuses. Le chanoine Pracht commence par l'ex- térieur, et donne sous une forme précise la signification des actes religieux et le moyen de les sanctifier, tandis que l'abbé Cordonnier montre les grandeurs de la vie cachée : la soumission de Jésus et les sollicitudes de Marie nous, sont données en modèles. IV. — VARIÉTÉS ABEL FABRE.— Pages d'art chrétien. Paris, Bonne Presse, 1920. ln-4° de 634 pages. Du même auteur, L'Artiste chrétien, roman. Paris, Bonne Presse, 1921. In-4° de 125 pages.
    • • ' — 303 — . Le premier de ces ouvrages, couronné par l'Académie Fran- çaise, est une excellente contribution à l'art chrétien moderne : non content de retracer d'une façon rationnelle, parce que architec- tonique, l'évolution de l'architecture et des arts annexes dans les siècles passés et spécialement dans notre pays au dernier siè- cle — on y trouve des indications précieuses sur nos principaux sanc- tuaires de Paris et de la province —, il donne des directions larges et judicieuses à l'artiste chrétien de demain, inspirées de ce qui se fait dans la construction civile et de ce que nous promettent les nouveaux matériaux. Le roman n'est guère qu'une auto-biographie d'un jeune homme qui se forme à l'art de bâtir à l'école des Romains de Nîmes, get des moines du Moyen-âge, et se parfait par un retour à l'antiquité orientale, guide de l'art moderne. G. MILLET.— Recherches sur- l'iconographie de l'Evangile aux XIVe, XVe et XVIe siècles, d'après les monuments de Mistra, de la Macédoine et du Mont-Athos. Paris, de Boccard, 1916.Prix : 60 francs. Cette belle publication n'a qu'un tort : c'est d'être passée inaper- çue, parce qu'elle a été publiée durant la guerre, et que son titre est bien trop modeste. En effet, si Gabriel Millet est un spécialiste des choses Balkaniques, il a su éclairer son étude sur les monuments de Macédoinepar la considération des divers courants artistiques qui riva- lisaient dans ces grands couvents grecs de Mistra, de Daphni et de l'Athos au XIVe siècle : pour ce faire, il a voulu remonter aux origines de ces traditions, orientale ou byzantine : l'une abondant en détails apocryphes, l'autre restreinte à douze sujets canoniques. Dès lors, il était aisé, en distinguant les thèmes des deux écoles, de dire l'ori- gine des divers cycles évangéliques et d'en caractésiser la technique et la valeur artistique : c'est ce qu'a fait le vaillant auteur, aussi bien pour Patmos, l'Asie-Mineure, et la Palestine que pour la Macédoine et la Serbie, pour Sienne et Bologne comme pour les miniatures carolin- giennes épàrses dans toutes nos grandes bibliothèques d'Europe. C'est ,à dire que nous avons là un vrai manuel d'art byzantin, qui res- titue à Byzance son rôle de conservatrice de l'art classique. Le thème du crucifiement amène des remarques intéressantes sur le réalisme dans l'art que nous avons eu déjà l'occasion d'utiliser dans cette revue, et des gravures remarquables sur la plaie du côté sur quoi il y aura lieu de revenir. Car il y a dans ce lourd volume 670 gravures, ce qui augmente malheureusement le prix de l'ouvrage. '— JÉRÔME JEAN THARAUD. Quand Israël est roi. Paris, Pion, ET ' 1921. Episodes fort bien contés de la révolution en Autriche-Hongrie et de la part des Juifs dans ces nouveaux bouleversements, dont ils se font une religion. REVUE DES REVUES CORRESPONDANT (25 avril). — MARQUIS VOGUÉ.Les agri- PE culteurs devant l'opinion. Les paysans ne sont pas des privilégiés enrichis ; ils doivent continuer à être protégés puisqu'ils ont sauvé la France durant la guerre et au lendemain de la victoire. — (25 mai) H. D'ALMERAS. Manuels et intellectuels. La longue querellé entre ou- vriers et gens d'étude ne cessera que par une accession de plus en plus facile des classes ouvrières à l'instruction.
    • —.304:— 7 ÉTUDES juin). — A, D7U.ESS. Ephrem le Syrien. —P. TEK (5 LHARDDE CHARDIN. omment se pose aujourd'hui la question du C transformisme. IRISHECCLESMSTICftL — RECORD. MILLER: Péché mortel et péché véniel. MESSAGER COEUR JÉSUS. — (juillet). H. RAMIÊRE. DU DE La royauté sociale de Jésus-Christ. — Le R. P. Ramière : on a ici Une excellente étude par les P. P. Régnault, Cavallera et Tustes, sur ce grand apôtre de la dévotion au Sacré-Coeur. — (Août). CH. PARRA:. La vocation religieuse — CH. PARRA: Le Coeur de Jésus et l'Eucha- ristie. — MONTH. H. THURSTON Phénomènes physiques du mysticis- : me. REVUEES — D JEUBES. (10 juin). P. BATIFFOL L'idée inspiratrice : dès Confessions de saint Augustin. — G. GOYAU : Ascétique et mystique. — (25 juin) H. NOBLE: Mysticisme romantique et mys- ticisme chrétien. — L. GOUGAUD. abeilles et la Sainte Hostie : fortune- Les littéraire d'une légende du moyen-âge. s DOMP. S., O. S. B. : TH.TURt L'imprtmeur-Sêrant Imp. TH. HIRT (S FILS, 4 rue du Faubourg Gérés; - Reims