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  • 1. Regnabit. Revue universelle du Sacré-Coeur. 1921/08. 1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des reproductions numériques d'oeuvres tombées dans le domaine public provenant des collections de la BnF.Leur réutilisation s'inscrit dans le cadre de la loi n°78-753 du 17 juillet 1978 : *La réutilisation non commerciale de ces contenus est libre et gratuite dans le respect de la législation en vigueur et notamment du maintien de la mention de source. *La réutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait l'objet d'une licence. Est entendue par réutilisation commerciale la revente de contenus sous forme de produits élaborés ou de fourniture de service. Cliquer ici pour accéder aux tarifs et à la licence 2/ Les contenus de Gallica sont la propriété de la BnF au sens de l'article L.2112-1 du code général de la propriété des personnes publiques. 3/ Quelques contenus sont soumis à un régime de réutilisation particulier. Il s'agit : *des reproductions de documents protégés par un droit d'auteur appartenant à un tiers. Ces documents ne peuvent être réutilisés sauf dans le cadre de la copie privée sans l'autorisation préalable du titulaire des droits. *des reproductions de documents conservés dans les bibliothèques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signalés par la mention Source Gallica.BnF.fr / Bibliothèque municipale de ... (ou autre partenaire). L'utilisateur est invité à s'informer auprès de ces bibliothèques de leurs conditions de réutilisation. 4/ Gallica constitue une base de données, dont la BnF est producteur, protégée au sens des articles L341-1 et suivants du code la propriété intellectuelle. 5/ Les présentes conditions d'utilisation des contenus de Gallica sont régies par la loi française. En cas de réutilisation prévue par un autre pays, il appartient à chaque utilisateur de vérifier la conformité de son projet avec le droit de ce pays. 6/ L'utilisateur s'engage à respecter les présentes conditions d'utilisation ainsi que la législation en vigueur, notamment en matière de propriété intellectuelle. En cas de non respect de ces dispositions, il est notamment passible d'une amende prévue par la loi du 17 juillet 1978. 7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute définition, contacter reutilisation@bnf.fr.
  • 2. " La bienvenue à ï^egnabit" Les témoignages de sympathie continuent à nous parvenir, reconnaissants, enthousiastes, encourageants. J'en choisis quelques-uns. * ' » Évêché de Perpignan. MONSIEURE DIRECTEUR, L Veuillez me permettre de vous adresser mes félicitations pour la revue universelle du Sacré-Coeur, Regnabit, qui se présente fort bien, avec une abondance d'information et de doctrine qui lui assurera son succès. Je vous donne l'assurance que votre revue va entrer dans le grand Catalogue du Prêt-Revues et je suis sûr que je vous procurerai plusieurs abonnements. 1Daignez agréer, Monsieur le Directeur, l'assurance de mon respect. J. MARTY. Archevêché de Valence, 5 juin 1921. MON RÉVÉREND PÈRE, J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre très aimable de mai, avec le programme de la nouvelle revue Regnabit qui l'accom- pagne. Et l'objet et le but de la revue sont d'une utilité très grande, et répondent à merveille aux besoins d'aujourd'hui. Je vous prie d'agréer, mon Révérend Père, ma reconnaissance, mes voeux les plus sincères et ma bénédiction pour le succès de cette publication, avec l'assurance de mes sentiments tout religieusement dévoués. ENRIQUE. Archev. de Valence. ALEXANDRIE (Egypte) 1 Juin 1921. MONSIEUR L'ABBÉ, J'ai parcouru la revue Regnabitque vous avez eu l'amabilité de , m'erivoyer. J'en apprécie fort le but, le programme, l'esprit et l'utilité.
  • 3. — 146 — Aussi' je me fais un agréable devoir de vous remercier de votre envoi et j'inscris ma maison épiscopale pour un abonnement à la revue Regnabit. Puisse la revue Regnabit, que je bénis ainsi que ses rédacteurs, attirer au Divin Coeurde nombreux et très fidèles amis. Ils trouveront- en Lui : force, consolation, espérance et mettront leur sàiut personnel en sécurité. Avec ma bénédiction, veuillez agréer, Monsieur l'Abbé, l'assurance de mon entier dévouement en Notre-Seigneur Jésus-Christ. AURÈLEBRIANTE, Arch. de Cyrène, Vicaire apostolique de l'Egypte. . Du R. P. Pègues, 0. P. : MON RÉVÉREND PÈRE, ...J'ai déjà dit autour de moi combien votre titre me paraissait heureux. Regnabit ne pouvait être mieux choisi. Il dit tout, à lui seul. Le premier numéro m'a beaucoup plu. Je crois que la Revue «prendra » et je lui souhaite le meilleur succès. Du R. P. Dom Gaspar Lefebvre, Prieur de l'Abbaye de Saint- André, Belgique. BIEN CHER RÉVÉREND ET MONSIEUR'ABBÉ, L Votre excellente Revue universelle du Sacré-Coeurme paraît appelée au plus brillant avenir et devoir exercer un apostolat des plus fructueux- L'heure de la lancer est admirablement choisie, et d'emblée elle aura conquis toutes les sympathies. D'une petite employée : Je suis heureuse de vous dire, Monsieur l'Abbé, que votre Revue est aussi belle que je la désirais. La méditation sur l'apostolat du Sacré-Coeur m'a plu particulièrement. Je pense que cette publication trouvera des lecteurs très fidèles, dans un public qui sera du même genre que celui des Etudes ou de la Vie spirituelle. Pour ma part, j'en espère beaucoup de bien. Je ne suis qu'une petite employée ; d'une instruction moyenne. Je compte bien être aidée par cette Revue à aimer davantage Notre- Seigneur et à le faire aimer. Enfin, bien des périodiques ont déjà salué Regnabit. Pour faire connaître quel a été leur accueil, il me suffira de citer l'Action catholique de Québec : « Sous le titre : Regnabit, vient de paraître une revue universelle consacrée à la gloire du Sacré-Coeur. Elle a pour fondateur et directeur, M. l'abbé Félix Anizan, dont on connaît les nombreux et importants travaux pour l'extension et l'affermissement du Règne social du Sacré- Coeur de Jésus : Vers Lui, Par Lui, En lui, Élévations, etc. La nouvelle '/publication se présente sous le patronage distingué de S. E. le Cardinal Dubois, archevêque dé Paris, et avec une bénédiction de l'Ordinaire de Paray-le-Monial, S. G. Mgr Berthoin, évêque d'Autun. Cette Revue est particulièrement sympathique et s'annonce d'un intérêt captivant, avec la collaboration qu'elle s'est assuréede la part
  • 4. de quelques théologiens, parmi les.plus éminents du monde entier, heureux de vouer leur talent à la propagande du Règne social du Divin Maître. * * * J'ai d'abord hésité à transcrire ces lignes dont quelques-unes sont trop flatteuses pour moi. Mais ces louanges, c'est à l'idée de Regnabit qu'elles vont ; c'est à son esprit ; c'est à son programme ; c'est aux amis ardents qui le réaliseront. Je l'ai maintes fois senti, la joie qui sourit à Regnabit vient de ce que bien des amis du « Roi universel » avaient besoin d'une revue qui soit universelle... à Son image : d'une revue où toutes les voix puissent se faire entendre, où toutes les oeuvres puissent se présenter ! Vive le Sacré-Coeur, « Roi et Centre de tous les coeurs ! » Regnabit est etjrestera « la Revue Universelle du Sacré-Coeur ». „ F. ANIZAN, Secrétaire général de Rédaction.
  • 5. -.—148 — /. LES IDÉES La Dévotion au Sacré dans les Missions du Mackenzie C'est sans doute pour affirmer qu'ils ne refusent aucune collaboration, si humble soit-elle, que les Directeurs du Regnabit ont sollicité quelques pages du Vicaire Apostolique du Mackenzie. Ils ont voulu aussi donner une preuve évidente de leur intention d'étendre l'objet de la revue à tout l'univers. - Le Vicariat du Mackenzie est bien, en effet, aux extrémités du monde, puisqu'il comprend la majeure partie des îles que possède le Canada dans l'océan Glacial et n'a d'autres limites, au nord, que le pôle. La Congrégation des Oblats de Marie Immaculée, dont les Missionnaires s'y dévouent depuis plus de trois quarts de siècle, fut choisie de Dieu pour aller, la première, visiter les immenses régions qui s'étendent, de la baie d'Hudson aux extrémités de l'Alaska. Par ses enfants, pour la première fois, sur divers points de ces vastes solitudes, fut offert le « Sacrifice Saint » que, suivant la prophétie de Malachie, Dieu voulait se voir offrir en tous lieux, jusqu'aux extrémités du monde. Me sera-t-il permis d'ajouter que deux de nos Missionnaires, en arrosant de leur sang ce champ de neige, ont eu l'insigne honneur de suppléer à ce qui manquait au sang du Rédempteur pour faire bénéficier du salut les pauvres habitants de ces déserts de glace ? Mais je ne veux traiter ici que de la « dévotion au Sacré-Coeur dans les Missions du Mackenzie. » Je dirai donc : 1° Comment nos chrétiens comprennent le Sacré-Coeur ; 2° Comment ils le servent. * ** .'.'.'.. I. Comment nos chrétiens comprennent le Sacré-Coeur. Je me rappelle la parole d'un vétéran de nos missions à un bon prêtre qui, il y a trente ans, cherchait à le convaincre des effets que produirait chez nos indiens, la diffusion d'une image, du reste très belle, du Sacré-Coeur représenté tout seul avec les emblèmes habituels. « Mon cher Monsieur, lui dit en toute franchise le missionnaire, nos sauvages n'y comprendront rien du tout. Il ne faut pas oublier que, dans nos missions, nous en sommes encore aux premiers temps de l'Église. »
  • 6. — 149 — Quelques mois plus tard, arrivant à la mission de Notre-Dame des Sept-Douleurs où je devais faire mes premières armes, je fus frappé par un beau Sacré-Coeur lui aussi tout seul, qu'un de nos bons frères convers avait peint sur le devant de l'autel. « Ce coeur là est en effet un petit chef-d'oeuvre de peinture pour nos contrées, me fit remarquer mon mentor à barbe grisonnante. Mais ça ne dit pas plus à nos sauvages que ferait un coeur de caribou. Ils en manipulent tant durant leurs chasses. » Il est certain que, par attrait, nos chrétiens vont plutôt et directement à la Personne même de Notre-Seigneur, qu'ils appellent « Sacré-Coeur » quand ils Le voient le coeur sur la poitrine. Je suis heureux de pouvoir en extraire la preuve d'une lettre sortie de la plume d'une de nos anciennes élèves de la Providence. Elle avait quinze ou seize ans. A la suite de la perte vivement sentie d'une personne aimée, elle m'écrivait •— en français — : « Mon unique consolation est de la retrouver tous les jours dans le Coeur du Sacré-Coeur. » Pour cette enfant des bois, le Sacré- Coeur est bien la personne même de Notre-Seigneur montrant son Coeur. Autre exemple. C'est à la veille de quitter notre mission Saint-Joseph pour me rendre en Europe. Louyson Dos-Noir, un des gros personnages Montagnais, venant me donner la poignée de main d'adieu, en profite pour me confier toute sa joie d'avoir le Sacré-Coeur intronisé depuis quelque temps dans sa petite cabane. « C'est très bon ! me dit-il. Il vit avec nous ! Il est le Maître de la maison. Devant Lui nous prions réunis. Quand je suis à la chasse, Il veille sur ma femme qui ne se sent plus seule. Et cette pensée me rend le coeur fort et plus alerte pour chercher la vie de la famille. D'autant plus que en même temps II me protège partout où je vais dans les bois. Ainsi, par Lui, malgré la distance, ma femme et moi restons toujours unis, et nous avons le coeur plus fort. Oui ! c'est très bon ! Je te remercie de nous l'avoir donné ! » v . Inutile de multiplier les faits. Il n'y a aucun doute. C'est bien Notre-Seigneur que nos Indiens veulent honorer directement. Et je crois que le génie même de leurs différents dialectes les y pousse. Chez nous, pas de mots abstraits. Pour exprimer les réalités que les mots abstraits représentent dans les autres langues, nous devons avoir recours à des verbes employés à l'impersonnel, ou à des périphrases. Ainsi deux mots sont en usage pour dire : aimer. Le premier beganyenigest' an, plus général, signifie" éthymologiquement : « Je mets, ou mieux, j'ai mis mon esprit (ma pensée) auprès de lui ». — Le second plus affectueux, plus tendre, begandareschie veut dire : « je mè pousse (je me grandis) vers lui par désir où
  • 7. — 150 par souffrance ». Quel que soit celui que l'on applique à Notre- Seigneur pour traduire son amour, il faudra toujours construire la phrase comme suit : « Jésus son amour (son-il-nous-aime) ». Comme on le voit, nous sommes contraints de mettre tout de. suite en avant la personne même, —- et agissante — du Verbe. De même, si nous parlons du Sacré Coeur, nous devrons dire : « Jésus, son Coeur-Saint, Jésus son Coeur bienveillant »... Et l'amour du Sacré-Coeur de Jésus s'exprimera ainsi : Jésus son Coeur, son-Il-nous-aime. Grammaticalement, impossible de s'expliquer autrement... Pour nos Dénés, le Sacré-Coeur n'a donc jamais été que le Verbe Incarné. Mais c'est le Verbe Incarné se manifestant à eux sous une forme nouvelle plus attrayante. C'est Jésus les aimant de tout son Coeur, et leur montrant son Coeur pour mieux leur faire comprendre son amour et leur en rappeler le souvenir. Et c'est bien sous cette forme qu'ils préfèrent Jésus : avec le Coeur embrasé sur la poitrine. Il leur parle plus au coeur : La Croix, la Couronne, la Plaie leur redisant sans cesse les excès auxquels l'amour l'a porté pour les sauver. Chez nos Indiens, comme chez tous les peuples, le coeur est considéré comme le siège de l'amour. Ils disent couramment : « Je t'aime de tout mon coeur. » Pour eux aussi le coeur donne à l'homme sa vraie valeur morale ; suivant les qualités de son coeur, un Montagnais est bon ou mauvais Ils ne trouvèrent donc point étrange que, pour mieux leur faire comprendre, estimer et aimer le Rédempteur, on s'appliquât plus spécialement à'leur montrer toutes les richesses de son Coeur adorable et à faire remonter vers Lui, comme à sa source, le fleuve de miséricordes dont les ondes purifiantes et vivifiantes parvenaient jusqu'à eux. Chez eux, le Coeur est-il considéré comme symbole de l'amour ? Il n'y a pas à en douter, bien que les mots symbole et le verbe symboliser ne se trouvent pas dans leur vocabulaire. Ils ont en effet l'expression qu'emploient les amis pour affirmer plus énèr- giquement leurs sentiments : « Si tu voyais mon coeur : je voudrais pouvoir te montrer mon coeur... » Eh bien, nos sauvages n'ont vu, dans le récit des manifes- tations que Notre-Seigneur a daigné faire de son Coeur, que la réalisation d'une chose impossible à l'amitié humaine... Et ils ont trouvé cette manifestation toute naturelle à un Dieu tout puissant. On leur a dit que' le Verbe, le Fils de Dieu est l'image parfaite' substantielle, vivante du Père. De même que de toute éternité, Il dit au Père ses amabilités infimes, le Père trouvant ses complai- sances dans la contemplation de cette parole vivante, le Verbe
  • 8. a pour mission de parler à l'homme, dont l'intelligence est â l'image de celle du Père, et de lui dire que Dieu est parfait, surtout qu' Il est tout amour, infiniment aimable. Son discours à l'humanité a commencé à la création : chaque être sorti du néant au souffle de cette parole toute puissante, porte le reflet de quelque amabilité divine. Il a continué par ses révélations aux prophètes. Il s'est fait plus vivant par l'Incarnation dans les exemples, les enseigne- ments, les miracles de Notre-Seigneur, plus pressant, plus explicite encore à mesure qu'approche la démonstration si éloquente du calvaire... Quid potui facere et non feci ?... Il semblerait toucher à la fin quand on l'entend prier pour ses bourreaux, les excuser même!... Encore un gémissement : Sitio ! Appel suprême d'un amour insatiable !... Le « Tout est consommé » n'est qu'une pause impressionnante... Defunctus adhuc loquitur /... Les apôtres, continuateurs du Verbe qui vit en eux et qui confirme leur parole par dés miracles, s'en vont à travers le monde prêcher l'amour de Dieu... Sic Deus dilexit mundum !... Amour dont ils ont été les témoins, amour qu'ils ont, en quelque sorte touché du doigt avec saint Thomas dans les plaies sacrées... Avec saint Jean ils répètent : « Nos autem credidimus caritati » et leur ils le scellent de leur sang !... • témoignage, Après eux, des milliers, des millions de martyrs marchent sur leurs pas. Comme eux ils attestent, sous les coups de fouet, au milieu des tortures, sous là dent des bêtes fauves, que biens, plaisirs et honneurs de la terre, ne sont que boue repoussante en Iface des amabilités divines... Peu à peu l'Évangile se répand, Striaisavec quelle lenteur pour l'Amour du Sauveur impatient du salut des hommes ses frères !... Alors, comme dans une péroraison sublime, pour jeter la conviction dans nos âmes, non content de porter sa main à la poitrine pour nous crier avec une émotion profonde : « Ah ! si vous pouviez voir mon coeur, vous verriez combien je vous aime ! » Lui à qui rien n'est impossible, dans un geste de suprême élo- quence, — geste vraiment divin — Il arrache pour ainsi dire son coeur de sa poitrine, Il le met en relief, avec ses flammes débordantes, la croix plongée dans son intime, la couronne d'épines, là plaie encore béante, le sang qui en coule toujours, et Il lance à l'univers cet appel suprême d'un amour méconnu. « Voilà ce coeur qui a tant aimés les hommes »... N'y aura-t-il donc personne pour l'aimer en retour ?... Il, Comment nos chrétiens aiment le Sacré-Coeur, Alors qu'il était encore rattaché à celui d'Athabaskâ, Te vicariat du Mackenzie fut officiellement consacré, avec ce dernier, au Sacré-Coeur de Jésus, vers 1893, par Mrg Grouard, récemment
  • 9. .:>?;;' '"./ -Vv:--' ...:;';'.-—.' 152 V-,---. nommé Vicaire Apostolique des deux districts. Depuis lors, en union avec Montmartre, le jour de Noël, qui voit toujours accourir dans nos missions le plus grand nombre de nos Indiens, le Saint Sacrement est exposé à leur piété simple et naïve.Dans certains centres l'adoration est organisée par familles : ce sont les plus fervents. Si cette consécration solennelle à donné un nouvel essor à la dévotion au Sacré-Coeur, elle était cependant connue et aimée , longtemps auparavant. En font foi nos livres de piété dans différents dialectes. Sans parler des cantiques qu'ils contiennent, mentionnons l'acte de Consécration en Montagnais. Il a pour titre : Jésus son Coeur Saint, on le console, on le loue, on se donne à Lui, pour cela on Le prie. Il serait difficile de préciser à quelle date fut introduite 'telle forme plus spéciale de la piété. Tous les Missionnaires rivalisèrent sans doute de zèle pour maintenir toujours leurs petites chrétientés à l'unisson dans l'hommage que le monde catholique, sous de multiples formes, comme pour attester son impuissance à Le louer assez, se plaît à rendre au Roi divin qui ne craint pas de s'humilier jusqu'à se faire mendiant d'amour auprès de ses plus humbles créatures. Les premiers vendredis de chaque mois sont en honneur dans nos missions. Souvent nos gens retarderont ou abrégeront leur chasse pour pouvoir répondre au désir du Sacré-Coeur et com- munier ce jour-là • Dès la veille, plusieurs de nos petites chapelles réunissent les fidèles de l'Heure Sainte. Avec quelle piété en suivent l'exer- cice ces pauvres sauvages. Dans l'adoration, la louange, la réparation et la prière, ils se préparent à recevoir le lendemain, dans l'Eucharistie, l'Ago- nisant de Gethsémani. Un certain nombre, parmi les plus fervents, ont envoyé leur nom à Paray-le-Monial avec leur jour choisi de communion hebdomadaire ou mensuel, pour l'avènement du Règne social du Sacré-Coeur. La pratique de F Intronisation a pénétré elle aussi dans le vicariat. « Dieu soit béni ! nous écrit le P. Duport, nos fidèles de la Mission Saint-Joseph ont entendu les appels du Coeur de Jésus ; peu à peu la porte de leur tente s'ouvre pour laisser passage au Divin Roï, qu'ils intronisent avec une grande piété, à la place d'honneur dans leur foyer ; cette intronisation est une vraie consécration de toute la famille (1). Il y a du reste peu de huttes, qu'elles soient de bois ou de peau, qui n'aient une image du Sacré- Coeur. Devant elle les mamans apprennent aux enfants à balbutier (1)Cettelettre a étécitéepar la Revue Marie Apostolique.de Immaculée (Lyon), mars 1921.
  • 10. — 153 — leurs premières prières ; elle préside la réunion du dimanche en l'absence du Missionnaire; elle console les derniers instants des mourants, et c'est vers elle que monte comme un encens parfumé, l'acceptation généreusement résignée de la séparation suprême. La fête du Sacré-Coeur se célèbre avec une solennité, de plus en plus grande, et le mois qui lui est consacré est fidèlement observé, là où les circonstances le permettent. Enfin chez nous, cpmme partout, l'amour du Sacré-Coeur amène les âmes à la Sainte Eucharistie. Tel est bien le désir du Sacré-Coeur. N'est-ce pas en effet pour rapprocher les âmes de Lui, les convoquer à l'union la plus intime toute d'amour, que Notre-Seigneur a manifesté son Coeur Sacré à Sainte Marguerite- Marie, lui faisant les plus attrayantes promesses pour les fidèles du premier vendredi de chaque mois, lui redisant si souvent sa soif d'être visité, consolé,.reçu au Saint Sacrement?... Et pourrait- on trouver une âme vraiment passionnée d'amour pour le Sacré- Coeur qui ne le soit pour la .SainteEucharistie ? Eh bien ! dans toutes nos missions le chiffre des communions augmente graduellement. Qu'il me suffise de citer la plus septen- trionales de toutes, — celle du Saint-Nom de Marie. — C'est un ' tout petit poste fréquenté seulement pendant quelques mois de l'année par 190 Loucheux... Nous y avons eu l'année dernière près de 3.000 communions. Il est vrai que cette mission compte parmi les plus ferventes. Peu nombreux sont les sauvages qui n'y sont pas fidèles à la visite quotidienne au très Saint Sacrement. 1 * Voilà comment nos chrétiens comprennent et servent le Sacré-Coeur. Pour eux, le Sacré-Coeur, c'est bien le Verbe divin fait homme' pour leur apporter la Rédemption. C'est le Fils de Dieu leur disant l'amour de son Père, leur Père, pour eux !... Ils ont trouvé tout naturel que pour leur faire comprendre que Dieu est tout . amour, le Verbe se soit fait tout Coeur, prenant un coeur dejehair, et l'ait montré tout endolori, avec les insignes de la passion !.,. ; Ils sont heureux de se joindre aux bergers, aux mages, aux chrétiens de tous les siècles... Devant Lui, se prosternant^ ils " L'adorent, et ils L'aiment !... '., f G. BREYNAT, . M. i., év. d'Adramyte, o Vicaire Apostolique du Mackenzie.
  • 11. 154 Les Révélations privées II. - La Révélation pMpe et les Bévélations .privées Par un dessein de son incompréhensible amour, Dieu veut nous communiquer sa vie, ses perfections, son bonheur, et nous avoir avec lui dans le ciel comme compagnons de son éternité Sa toute-puissance aurait pu, dès l'instant même où elle nous tirait du néant, nous placer dans ce bienheureux état de la vie céleste et nous admettre aussitôt dans cette intimité qui doit constituer un jour notre bonheur suprême. Cependant, selon les sages méthodes de sa Providence qui gouverne toutes choses avec une force irrésistible, mais aussi avec la plus grande suavité, Dieu a jugé plus glorieux pour lui, et plus profitable pour nous, de nous préparer peu à peu à cette ineffable société qu'il veut avoir éternellement avec nous .dans le ciel. Or, à la base de cette économie de l'amour divin qui nous saisit dès notre arrivée à l'existence et qui nous enveloppe durant toute notre vie terrestre, se trouve la Révélation : parole divine exprimée en langage humain, par laquelle Dieu, condescendant à notre faiblesse, se met à la portée de notre esprit et se fait lui- même notre maître et notre guide dans les voies qui conduisent à la vie pleine et parfaite du salut éternel. Ayant voulu nous adopter dans son adorable famille, et nous avoir pour enfants, il se conduit avec nous comme le plus aimant des pères, se char- geant lui-même de notre instruction, de notre éducation, de notre formation à la vie divine. L'Écriture nous le montre, dès l'origine, conversant familiè- rement avec nos premiers parents ; il continue dans la suite des siècles à parler directement aux patriarches et aux prophètes ; il nous parle surtout par Jésus-Christ et ses apôtres qui nous apportent la grande révélation ; il continue encore de nos jours, et il continuera toujours à parier à quelques âmes de choix, jusqu'à ce qu'enfin vienne la pleine manifestation, celle qui nous le montrera à découvert, face à face, tel qu'il est dans la splendeur de sa gloire. * * .. Cependant, dans cet ensemble de communications intellec- tuelles entre Dieu et l'humanité, il faut absolument distinguer deux sortes de paroles de Dieu : celles qu'il adresse à tout le genre humain, et celles qu'il adresse à quelques âmes seulement qu'il fait les confidentes intimes de son coeur. De là, d'après ;'. : Renseignement de la théologie, deux révélations tout à fait
  • 12. ;'.. — 155 — ;.'.' ';•-'', distinctes, et d'importance tout à fait inégale : la Révélation publique et les révélations privées. . Si nous ne considérions que les documents du magistère officiel de l'Église, il semblerait cependant, au premier abord, qu'il n'y a d'autre révélation que celle qui s'impose à. tous les hommes et qui nous vient par Jésus-Christ et ses apôtres. Offi- ciellement, l'Église n'en connaît pas d'autre que celle-là ; elle n'a donc pas à lui donner un nom spécial et à l'appeler «publique», . en opposition à une autre révélation qui serait moins universelle. Elle distingue bien la Révélation d'après l'Ordre du temps où d'après les auteurs inspirés qui l'ont reçue de Dieu ; elle parle donc de révélation « mosaïque » ou de révélation « chrétienne » ; elle la distingue encore selon la forme d'expression qu'a revêtue la parole de Dieu pour arriver jusqu'à nous : elle parle donc de révélation « écrite » ou de révélation « oralement transmise »; elle la distingue enfin selon le degré de perfection ou de clarté qu'a eu la vérité révélée à diverses époques : par conséquent elle dit que sous la loi ancienne la révélation était « incomplète et imparfaite », tandis que sous la loi évangélique, elle est arrivée par Jésus-Christ et les Apôtres à sa perfection et à sa plénitude. Mais jamais elle ne la distingue selon sa destination, ou parti- culière, ou universelle. En ce sens, l'Église ne connaît officielle- . . ment que la Révélation universelle qu'elle appelle tout simple- ment « la Révélation ». La théologie dogmatique, qui n'est que l'exposé rationnel et , méthodiq uede la doctrine révélée, ne traite, elle aussi, que delà jseule révélation publique, celle qui est contenue dans l'Écriture iou dans la Tradition apostolique. Sous le nom tout court de ^Révélation, jamais elle n'entendra une révélation privée. Est-ce à dire que en dehors de la doctrine révélée que l'Église propose à tous, il n'y ait pas d'autres révélations véritablement divines ? où, s'il y en a, qu'on n'ait pas à s'en occuper, et qu'on doive les laisser aux heureux privilégiés qui les ont reçues de Dieu? Cette conclusion serait certainement trop rapide. Autre chose, en effet, que dans son enseignement officiel, qui s'impose obliga- toirement à tous, l'Église ne parle que de la Révélation faite par Dieu à tous les hommes ; et autre chose que, outre cette révélation universelle, l'Église n'en connaisse ou n'en admette pas d'autre. Toute l'histoire de l'Église n'est-elle pas remplie d'inter- ventions manifestes et immédiates de la divine Providence ? ' N'y voit-on pas à toute époque, et dans tous pays, d'innombrables miracles et de fréquentes manifestations de l'esprit prophétique ? N'y lit-on pas bien souvent des récits de révélations • divines, rapportés par ceux-là même qui en sont les dépositaires et que
  • 13. —::i5& l'Église compte parmi les plus éjclalrésët les plus reeomtnandables de ses enfants ? Sans doute, l'Église ne veut pas que nous accep- tions sans discernement tous les récits merveilleux de la vie des saints ; elle nous donne elle-même l'exemple de la plus sage réserve. Mais ce serait certainement aller contre ses directions, et même contre son enseignement, que de rejeter en bloc toute intervention personnelle, directe et immédiate de la puissance et de la bonté de Dieu dans la conduite des âmes. L'Église est fière de son histoire. Elle nous en recommande la lecture assidue et l'étude approfondie ; mais elle veut que nous y apportions un esprit sincèrement croyant qui sache voir, à travers les siècles, l'accomplissement, même sensible, de cette promesse de Jésus-Christ : «Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommationdes siècles. » Elle nous exhorte surtout à étudier la vie des saints pour nourrir notre âme de leur céleste doctrine et y contempler des modèles de toutes les vertus. Or, la vie d'un grand nombre de saints, notamment parmi les plus illustres et les plus honorés, est toute remplie dedivines confidences, de véritables entretiens avec Dieu, avec Notre-Seigneur ou avec les esprits Célestes. Ne serait-ce donc pas une insupportable témérité pour un chrétien que de rejeter d'avance tous les récits de ce genre_? Ne serait-ce pas mépriser la conduite et les décisions de l'Église elle-même qui examine avec un si grand soin les révélations des saints qu'elle canonise? Ne serait-ce pas porter un jugement contraire à celui de l'Église que de traiter d'illusions et de pures imaginations les révélations d'une Sainte Gertrude, d'une Sainte Jeanne d'Arc, d'une Sainte Marguerite-Marie, et de tant d'autres saints si hautement loués par l'autorité suprême de l'Église ? Certains auteurs, anciens et modernes, qui s'étaient engagés un peu trop loin dans la voie du doute au sujet de ces interventions directes de Dieu, ont pu apprendre, à leurs dépens, combien cette tendance était contraire à la pensée de l'Église : la lecture de leurs ouvrages a été interdite, tandis que celle des livres racontant la vie des saints avec tous leurs miracles et leurs révélations, reste toujours fortement recommandée aux fidèles. Il est bien vrai, comme nous l'avons indiqué plus haut, que y Église ne se prononce jamais, en vertu de son magistère infaillible ni sur l'authenticité ni sur le contenu de telle ou telle révélation privée, mais, dans l'ensemble, elle admet et enseigne comme certain que Dieu intervient encore parfois dans le monde d'une manière directe et sensible, soit par les miracles de sa puissance soit par les communications immédiates de sa pensée. Prise ainsi dans sa gènéralitéj l'existence des révélations privées est admise sans conteste par tous les théologiens : saint Thomas affirme sans hésiter que de tout temps il y à eu des âmes éclairées par l'esprit de prophétie(11-11, Q. 174, a.6.ad3) ;
  • 14. le Cardinal Bona est plus explicite encore quand il dit : « Aussi ;: bien l'Écriture que les documents de l'histoire nous prouvent jusqu'à l'évidence que, de tout temps et dans toute condition, r depuis l'origine jusqu'à nos jours, il a existé des révélations privées. » (De Discret. Spirit. cap. 20). Tel est le langage de tous les théologiens, notamment des mystiques et des canonistes qui, avec Benoît XIV {De Canon. Sanct. Iib, 3), tracent minutieuse- ment les règles à suivre pour discerner les révélations divines de leurs imitations ou contrefaçons. Nous n'insisterons donc pas davantage sur ce point qui ne fait doute pour personne parmi les catholiques. Ce que nous voudrions déterminer avec un peu plus de soin, parce que la chose est beaucoup moins claire, c'est la différence caractéristique qui existe entre ces deux sortes de révélations : publique et privée. D'où vient que l'une est obligatoire pour tous, tandis que l'autre est sans force pour obliger ceux qui ne la reçoivent pas directe- ment ? Il semble en effet que, de part et d'autre, c'est la même parole de Dieu qui, une fois commue, devrait s'imposer également à tous les hommes. Écartons tout d'abord quelques réponses manifestement fausses ou insuffisantes ; nous essayerons ensuite d'expliquer ce qui distingue radicalement la Révélation publique de toutes les révélations privées. * * ; En premier lieu, là différence que nous cherchons ne saurait se trouver dans le fait matériel de la plus ou moins grande publicité de la parole de Dieu. Il est évident en effet, que certaines parties de la Révélation publique, par exemple certains dogmes sur la Trinité, la grâce ou les Sacrements, sont moins connues que plusieurs révélations privées, comme sont les révélations du Sacré-Coeur. Nous ne la trouverions pas non plus dans l'objet même de la révélation, selon qu'il concernerait ou bien tout le genre humain ou bien seulement quelques personnes en particulier. Comment soutenir, par exemple, que le détail du festin d'Assuérus qui nous.t est rapporté dans le livre d'Esther, et qui fait partie de la Révé- lation publique, intéresse le genre humain plus que les récentes manifestations de l'amour du Sacré-Coeur, qui cependant ne sont que des révélations privées ? Il ne faudrait pas la chercher davantage dans le terme immédiat de l'action divine. Dans l'une et dans l'autre révélation^ en effet. Dieu ne: s'adresse directement qu'à telle ou telle personne, et il Féclâire de la même manière. Il est même fort probable que Dieu a parié ou parle encore personnellement à plusieurs saints beau-
  • 15. 158 — coup plus intimement et plus clairement qu'il ne l'a fait à quelques- uns des anciens prophètes dont les écrits font cependant partie de la Révélation publique. La différence provient uniquement de la destination de la parole de Dieu. Dieu veut-il s'adresser à tous les hommes par l'intermédiaire du confident qu'il a choisi ? Dans ce cas, la parole de Dieu sera Révélation publique, bien que peut-être elle ne soit pas encore publiée, et qu'elle soit, pour le moment, connue de celui-là seul qui la reçoit. Dieu veut-il au contraire ne s'adresser qu'à la personne qui l'écoute ? La parole divine ne sera qu'une révélation privée, bien que, peut-être, le contenu de cette révé- lation ait été ensuite publié et soit maintenant connu partout. Telle est la réponse donnée par tous les théologiens pour établir la distinction entre la Révélation publique et les révélations privées. Si on veut se contenter, sur ce point, d'une idée générale et un peu vague, cette réponse est complète et suffisante. Mais ne devrait-on pas pousser l'analyse un peu plus loin, et résoudre par exemple cette question : Comment se fait-il que telles épîtres de saint Paul, adressées par leur auteur à telle personne déterminée : à Timothée, ou à Philémon, sont adressées par Dieu à toute l'humanité ? Comment se fait-il, au contraire que telles révé- lations publiées dans toute l'Église par les confidents de Dieu, et sur l'ordre même de Dieu, ne soient que des révélations privées ? Essayons ici encore de donner quelques détails un peu plus précis pour mieux comprendre la notion que nous étudions. * *. * Comme chrétiens, nous ne reconnaissons d'autre maître que Jésus-Christ : c'est de lui que nous tenons tout ce que nous croyons ; c'est par lui que Dieunous a dit tout ce qu'il voulait nous dire, c'est lui qui est l'auteur de toute notre religion, le docteur de toute vérité révélée. Ce que Dieu avait révélé autrefois aux prophètes d'Israël, il nous l'a redit par Jésus-Christ qui a de nouveau promulgué ' pour nous l'antique révélation ; ce que Dieu voulait manifester au monde, dans la plénitude des temps, pour établir la religion définitive et éternelle, il nous le dit par son propre Fils, le Verbe Incarné. Jésus apparaît sur la terre, non pas seulement comme envoyé de Dieu ; il vient comme la Parole substantielle même de Dieu, comme Verbe de Dieu uni à notre nature. Et, tout comme là-haut, dans le ciel, le Verbe éternel exprime Dieu parfaitement et immuablement, de même,, parmi nous, sur la terre, le Verbe Incarné exprimera Dieu aussi parfaitement que cela est possible par des expressions humaines et pour des intelligences humaines. Jésus se forme donc un petit groupe de disciples, pusillus grex,
  • 16. '"-—159'— - germe de la société immense des croyants à venir, et il leur dit tout ce qu'ils peuvent comprendre et porter de la vérité divine. Ce qui les dépasse encore, et qu'il ne peut leur faire entendre pendant sa vie mortelle, il le leur dira bientôt, en leur envoyant son Esprit qui leur apprendra toute vérité, et leur suggérera le sens profond de tout ce qu'il leur aura dit lui-même auparavant. La mission visible de Jésus est finie ; la Parole divine a été entendue sur la terre ; par elle les apôtres ont reçu toute la vérité que Dieu voulait faire connaître au monde. A eux maintenant de l'exprimer, de la répandre au dehors, et de là faire arriver partout jusqu'aux extrémités de la terre. Puisque les apôtres sont les organes divins de toute la Révé- lation chrétienne, il nous suffira, pour comprendre la différence entre la révélation publique et les révélations privées, de comparer le rôle que les apôtres ont à remplir au nom du Christ et celui qu'exercent les autres saints par la communication des confi- dences dont Dieu daigne les honorer. * * * Tant que Jésus était resté visiblement sur la terre, il avait été le centre, visible de toute sa religion et l'unique chef de tous ceux qui croyaient en lui. L'église était alors, humainement, une bien petite Société ; mais Jésus, sachant qu'elle devait se déve- lopper partout et se perpétuer à traversées siècles, veut, avant de remonter au ciel, se donner des remplaçants qui continueront a guider visiblement la multitude de plus en plus nombreuse des fidèles. Dans un moment solennel entre tous, Jésus réunit donc les siens sur le mont des Oliviers ; et là, juste avant de retourner à son Père, en présence de cette assemblée qui constitue presque toute l'Église ou qui du moins la représente tout entière, il proclame et promulgue la mission officielle qu'il confie aux Apôtres. Interpellant spécialement les Onze, il leur dit : « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. » (Matt., xxviii, 18-22). Par le fait que les apôtres reçoivent de Jésus là mission publique de prêcher partout son enseignement, les fidèles reçoivent aussi l'ordre divin de se soumettre aux apôtres comme à Jésus lui-même. « Celui qui croira sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné (Marc, xvi, 16. Voila le premier caractère de la parole des apôtres : elle est la loi suprême de l'Église, et cela d'après la volonté expresse et manifeste de Jésus-Christ. Or,çe premier caractère fait totalement défaut dans toutes les révélations qui ont existé depuis en dehors des apôtres. On ne peut citer aucun saint qui ait voulu imposer à l'Église sa parole ou son enseignement comme venant de Dieu ; aucun qui ait
  • 17. 160 prétendu avoir une mission divine de parler à l'Église avec autorité, de telle sorte que les fidèles fussent obligés de le croire sur parole. Au contraire, tous les saints, même les plus favorisés des révélations célestes, ont soumis en toutes choses et leurs écrits et leurs paroles, au jugement suprême de l'autorité de l'Église. Qui plus est,l'Église n'a jamais reçu et ne recevra jamais aucune parole, aucun ordre qu'on prétendrait lui imposer au nom de Dieu. Elle enseigne et elle croit que tout ce que Dieu a voulu lui dire, ou lui faire dire, comme règle obligatoire de sa foi et de sa conduite, il Fa fait dire par les apôtres. Après eux, c'est elle qui gouverne en souveraine maîtresse pour tout ce qui concerne et la foi et les moeurs. Donc, première différence radicale entre la révélation publique ".et les révélations privées. La Révélation publique est donnée à l'Église entière par les apôtres au nom de Jésus-Christ. Les autres ne sont jamais adressées à l'Église au nom de Dieu ; pour l'Église, elles ne sont qu'un témoignage humain et d'ordre privé, de ce que Dieu a opéré dans telle ou telle âme. Parmi les hommes, un initiateur, un fondateur ne peut exercer d'influence personnelle que de son vivant sur la terre. A sa mort, il disparaît et laisse ses anciens collaborateurs complè- tement à eux-mêmes, de telle sorte que son oeuvre ne dépend plus de lui, mais uniquement de ceux qui lui ont succédé. Il n'en est pas ainsi de Jésus-Christ. Après avoir confié à ses apôtres l'exercice visible de ses pouvoirs, il disparaît bien lui aussi ; mais il ne meurt pas et il ne quitte pas son Église. Il en reste toujours le chef vivant et agissant, quoique d'une manière différente. Il a donné à ses apôtres la mission de prêcher partout sa doctrine ; mais ceux-ci sont évidemment incapables par eux-mêmes d'enseigner à toutes les nations une doctrine si profonde et si complète sans jamais en altérer le sens, et sans jamais y introduire des idées étrangères ou contraires à la pensée du Christ. Par son assistance invisible, Jésus suppléera à leur impuissance et leur fera éviter toute erreur, quand ils parleront en son nom et qu'ils exposeront son enseignement. Ce n'est pas tout cependant. Les apôtres n'auront pas seulement à prêcher la doctrine du Christ sans commettre d'erreur ; il faudra encore qu'ils l'enseignent tout entière sans en rien omettre. Comment pourraient-ils y arriver eux qui sont naturellement si ignorants, si Jésus, ici encore, ne les aidait et ne leur suggérait tout ce qu'ils auront à enseigner. Cette double assistance, Jésus-Christ la leur promet quand il leur dit : « Allez, enseignez toutes lés nations, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde ». En fait, elle leur confère un double privilège que l'Église leur reconnaît expressément,:
  • 18. le privilège AèVtnfMUlhïfflè.ptïsonfâlte.~$ë;t lequel chaque âpôtfè est préservé de toute erreur dans son éhséigîièinént, et le privilège de Yinspiration divine par lequel les apôtres sont, non plus sèulê-f ment lès envoyés de Dieu parlant en son nom, mais pour ainsi dire ses secrétaires, né disant où fi'écrivàht que eë qùê.bièû lui- même leur suggère et leur dicte. C'est pourquoi leurs pardiè's où leurs écrits, tout en leur appartenant véritablement, sont plus encore les paroles ou les écrits de Dieu qui lès dicte à leur esprit.; Ce deuxième caractère de la parole des apôtres manque encore . totalement aux révélations privées. La personne qui lès reçoit a beau mettre toute l'exactitude possible dans les récits qu'elle nous en fait, rien ne nous garantit son infaillibilité.. Puisqu'elle ne parlé pas au nom de Diéùj niais en son propre noïh, Dieu n'a pas à l'assister spécialement, ni à donner à ses récits une perfectiôti supérieure à celle qui convient à une parole purement nùmàihèi Nous n'avons donc aucun critère absolument certain pouf savoir si les paroles qu'on nous fait "entendre rendent exactement lé sens dé là parole intérieure que Dieu a dite à tel de ses confidents. — A plus forte raison, aucun récit dé révélation privée ne jouit du privilège de l'inspiration divine ; l'Église n'en reçoit absolu- ment aucun comme écrit sous là dictée de Dieu, aucun qui soit . considéré comme parole, de Dieu. Donc, deuxième différence radicale entre ces deux sortes de révélations. La révélation publique nous arrive par le ministère des apôtres, non seulement tomme parole qui exprime infailli- blement le sens de la vérité dite par Dieu, mais comme parole vraiment divine, écrite du prononcée sous là dictée même de Dieu ; les révélations privées au contraire nous arrivent comme parole simplement humaine, nous rapportant d'après les seuls moyens humains la vérité révélée par Dieu à l'intime de l'âme, Ce n'est pas tout encore. Là Révélation, soit publique, soit privée, a été faite par Dieu à telle époque déjà lointaine, dont rioùs sommes séparés peut-être pair une longue séfièjdé siècles. Par quels moyens ést-élle arrivée jusqu'à nous, et âfriverâ-t-êllè plus tard à tous ceux qui seront après nous ? S'agit-il de Révélation publique, Jésus-Christ a pourvu k cette nécessité dé la manière la plus simple et la plus efficace par là mission qu'il a donnée à ses apôtresi Ceux-ci, en effet, outre leur mission personnelle et temporaire d'établir l'Église et de constituer le dépôt de la'Révélation» avaient encore la mission sociale et perpétuelle de gouverner l'Ëglise^ et d'enseigner tous les fidèles jusqu'à la fin des temps: Cette mission se transmet donc absolumefit la même dans leurs successeurs ; te Pape et les Évêqués, Tout comme autrefois les apôtres pariaient au nom du Christ, de même aujourd'hui ie Magistère suprême de l'Église.
  • 19. — 162 — De part et d'autre, c'est la même autorité, s'exerçant sous la même assistance de Jésus-Christ, avec le même privilège del'inf aillibilité. C'est la même parole du Christ, reçue et transmise en vertu de la même mission divine résidant autrefois dans les apôtres, et aujourd'hui dans leurs successeurs ! C'est donc aussi de la part des fidèles la même obligation de se soumettre au Magistère de l'Église, exercé au début par les Apôtres, et ensuite par leurs successeurs. En vérité, les fidèles reçoivent encore, et recevront toujours la parole de Jésus-Christ, aussi directement et aussi authentiquement que les premiers fidèles la recevaient de la bouche même des apôtres. S'agit-il de révélations privées, nous ne trouvons rien de semblable comme moyen de transmission ou de conservation. Après la mort de ceux qui les ont reçues de Dieu et qui nous les ont rapportées, elles tombent purement et simplement dans la condition de tous les autres écrits humains, soumises à des altérations, à de fausses interprétations comme tous les autres documents de l'histoire. En aucune manière elles ne nous arrivent au nom de Dieu, parce que personne n'a mission divine officielle de les conserver et de les transmettre. Et en cela nous avons une troisième différence radicale entre la Révélation publique et les révélations privées. En un mot, ce qui constitue la différence essentielle entre ces deux formes de la parole de Dieu, ce n'est au fond que la mission divine officielle que Jésus-Christ a confiée aux Apôtres et qui n'est partagée par aucun autre. D'autres voyants ont pu, dans la suite, recevoir peut-être à l'intime de leur âme, plus de lumière divine que n'en ont eu les Apôtres eux-mêmes ; mais comme Dieu n'a pas manifesté lui-même à son Église qu'ils parlent en son nom et qu'on doit les écouter et leur obéir, tout ce qu'ils disent ou rapportent des révélations qu'ils ont reçues n'a d'autre valeur que celle de leur assertion personnelle. Et leur assertion ne s'impose à personne ; elle n'arrive pas à d'autres avec le caractère authentique de parole de Dieu, mais tout simplement de parole humaine. Les Apôtres au contraire, en vertu de leur mission, sont présentés à tous publiquement et explicitement par Jésus-Christ lui-même, comme ses représen- tants et ses porte-parole officiels, auxquels tous doivent se soumettre. Toute sa doctrine nous arrive authentiquement par leur intermédiaire ; par son action personnelle invisible, il les assistera ou.les inspirera pour qu'ils la transmettent parfaitement; mais nous, nous aurons l'ordre, divin de recevoir ce que les Apôtres ou leurs successeurs nous diront au nom de Jésus-Christ comme, si Jésus-Christ nous le disait lui-même directement;
  • 20. — 163 — On comprend maintenant pourquoi l'Église dans son ensei- gnement qui s'adresse à tous les fidèles ne connaît qu'une révé- lation, qu'une parole de Dieu : celle qui lui vient de Jésus-Christ et des Apôtres ; pourquoi nous aussi, comme fidèles, nous ne recevons pour objet de notre foi que ia seule Révélation divine qui nous est proposée par le Magistère infaillible institué autrefois par Jésus-Christ dans la personne des Apôtres, et toujours vivant, indéfectible, dans l'Église catholique, apostolique et romaine. AUG. ESTÈVE, 0. M. I.
  • 21. —. 164 — LA SOCIÉTÉ dû, Règne Social de Jésus-Christ. II. - BUT ET MOYENS D'ACTION. DÉVELOPPEMENT DE LA SOCIÉTÉ. Le P. Drevon eut l'intuition immédiate, en voyant M. de Sarachaga, de ce qu'il pourrait obtenir de cette âme et de cette intelligence d'élite. Pendant trois ans, de 1873 à 1876, il forma ce novice aux choses saintes, aux moeurs eucharistiques, à la commu- nion- quotidienne, à ces adorations pendant lesquelles Sarachaga restait à genoux, immobile deux et trois heures de suite, sans épuiser jamais le sujet divin, sans se lasser; y trouvant, disait-il, autant de saveur et de grandeur, que le monde lui avait découvert de petitesse et d'objets de dégoût. D'ailleurs à partir de sa conversion, de ce monde il n'eut plus cure. Jamais un mot de ses anciennes relations, de ses plaisirs d'autrefois, de ses parents, de ses succès. En retournant le mot de saint François on pouvait pleinement le lui appliquer : « Trouvant la Vérité, il avait quitté toute vanité. » Le P. Drevon le voua d'abord à la « Communion Réparatrice » pour laquelle il avait obtenu de Pie IX le Bref contenant ce rare éloge : « Elle est une OEuvre propre à sauver la Société, » et à laquelle Léon XIII prodigua les bienfaits spirituels. Elle formait comme le premier échelon dé cette création que le Père et le disciple, devenus deux amis inséparables, méditaient et ébauchaient ensemble : « La société du Règne social de Jésus- Christ » qu'on peut ainsi définir: Une société de piété,d'étude, et d'action destinée à reconnaître et à promouvoir le Règne Social de Jésus-Christ (1). Le Règne Social de Jésus-Christ ! Cette expression qui est maintenant sur toutes les lèvres, souleva, à cette époque, des objections infinies, et fit couler des flots d'encre. On la trouvait inutile et provocante. Mais le P. Drevon écoutait d'un côté l'Hôte divin du Tabernacle, réclamant à Marguerite-Marie le culte public de son amour infini ; de l'autre, il recueillait toutes les brises qui, de tous les coins du monde moral, lui apportaient^ comme un écho des tendances de ses contemporains (2). Il en concluait : La gloire et la justice de Dieu ne peuvent être satis- faites que si les Nations qu'il lui a toutes données en héritage (1) Cette heureuseformule,répandue partout actuellementpar Y Association Catholique ela Jeunesse: d Française,avait été trouvée,longtemps auparavant,par la Société RègneSocial. du (2) Le Règnesocialde Jésus-ChrisHostie.Articlede M. de Sarachaga, année 1886,page 19.'
  • 22. — 165 — reconnaissent la Souveraineté de son Christ. Les hommes, eux- mêmes, ne peuvent vivre dans la-justice et la paix, que s'ils soumettent non seulement leurs destinées éternelles, mais leur existence temporelle, en tant que sociétés et peuples, à la Royauté puissante et bienfaisante du Christ Jésus. Et, où se fera la rencontre du Dieu assoiffé de l'amour dé ses créatures, et de ses créatures vouées à toutes les chimères; actuelles, mais qui, sans le savoir, sont aussi en recherche et assoiffées de leur Dieu ? Dans l'Eucharistie, où le Christ vivant s'est mis à la portée de Fhumanité, et où, en 1689, Il est venu, par un suprême effort, les attirer sur son Coeur, Le P. Drevon et Sarachaga maintinrent donc avec fermeté la devise si attaquée de leur société : Le Règne Social de Jésus- Christ ; l'estimant, au rebours de l'opinion du monde : nécessaire et pacificatrice. En analysant la définition de leur oeuvre, nous verrons toutes les idées fondamentales qui la motivèrent, et nous décri- rons sommairement sa vie intime et extérieure. A - PIÉTÉ En effet, depuis le xvie siècle, où la Réforme, rompant avec la tradition catholique, a tout à coup posé la raison humaine en . juge de la parole divine, la discutant et l'interprétant à sa guise ; • depuis que la Révolution Française a osé nier ouvertement les Droits souverains de Dieu, toutes les constitutions modernes les ont peu à peu niés pratiquement. Elles ont méconnu, oublié le Christ vivant dans l'Eucharistie ; elles ne l'ont rappelé à leur •souvenir, que pour l'enfermer étroitement dans les sacristies, -dans les consciences individuelles, pour réduire le nombre de ses ministres, pour Lui disputer même la possession de ses Temples, après avoir fait disparaître, en certaines contrées, son Nom des. Tribunaux, des écoles, et de la presse officielle. Or, si l'on outrage le drapeau d'une nation, si un ambassadeur . reçoit au loin, ne fût-ce qu'un coup d'éventail, on voit soudain la ^nation blessée se dresser frémissante, demandant à laver son injure dans le sang des coupables. Et Dieu resterait insensible à l'honneur de son propre Fils auquel on refuse tous lesjhomrnages dus à son rang ! (1) La société pourrait traiter en paria le Créateur dans sa çrçation, refusant, à Lui et à ses ambassadeurs- la justice qu'elle se vante de rendre même au paria (2). 0 Causeries " nos OEuvres. .-V. Le Règnesocialde Jésus-Hostie, ' sur J :-=--.,- tome 1er.' (2) Idem.
  • 23. — 166 — Mais il devenait de plus en plus impossible au coeur du petit- fils de Bayard, de laisser traiter ainsi Celui dont l'honneur lui était infiniment plus cher que l'honneur de François Ier ne l'avait été à son ancêtre. Pour tant d'injustice et de révoltante ingratitude, il fallait que, non seulement dans les monastères, mais au sein même de la société civile, il y ait des hommes faisant profession de réparer et de compenser, par une piété profonde, les outrages commis envers leur « Dieu sacramenté». La piété des sociétaires ne devait rien avoir d'individuel dans le sens restrictif du mot. Leurs communions, toujours très fré- quentes . et pour la plupart quotidiennes (devançant ainsi le décret Sacra Tridentina Synodus de Pie X), leur assistance à la Messe journalière, et en tous cas, paroissiale, leurs prières, devaient être : réparations, compensations, impêtrations sociales. L'oreille toujours tendue vers les attaques des sociétés aux Droits souverains du Christ, ils devaient les réparer en tirant de leur propre coeur un baume qui panserait les blessures divines, une huile qui oindrait à nouveau ce Christ, Roi absolu d'eux- mêmes, de leurs foyers, de la portion du territoire sur lequel ils avaient droit, de la partie de ia famille humaine sur laquelle ils exerçaient leur influence. Trente ans plus tard, une personne qui avait longtemps critiqué l'oeuvre du P. Drevon, disait : « J'ai reconnu son bon esprit à ce signe particulier 1:c'est que, quelque temps qu'il passe devant le Saint Sacrement, pas un sociétaire qui ne paraisse — Je le crois bien, reprenait un des toujours attentif et occupé. membres de la Société du Règne Social, on a toujours, hélas! tellement à réparer et à compenser ! Entre le dû et le rendu des hommes la marge est si effrayante, que, sans l'Eucharistie, qui est à la fois Victime, Rançon et Actions de grâces, nous ne saurions jamais la combler. Avec une telle tâche, l'ennui ne peut venir, et le temps d'adoration est toujours trop bref pour nous ». .. v La piété de la Société du Règne Social doit encore prouver sa sincérité par un acte que les monastères, réparateurs et compensateurs admirables, ne peuvent cependant effectuer. Elle doit les presser d'instaurer un ordre nouveau de la société et de ne point pactiser avec le désordre actuel. De là vient qu'elle a inspiré à ses membres, comme nous le verrons plus tard, de faire la Consécration au Sacré-Coeur, de . leur commune, de leur canton, de leur arrondissement, de toutes les forces vives de la Nation qu'ils possèdent, et qu'il devront tâcher de plus en plus d'obtenir. Que de fois leur a-t-on dit : Quelle illusion est la vôtre ; vous voulez que la Société soit convertie par la reconnaissance du Règne de Jésus-Christ ; ne voyez-vous pas que la Société ne
  • 24. — 167 — reconnaîtra le Règne Social de Jésus-Christ que lorsqu'elle sera convertie ? A quoi la Société du Règne Social répond : Pourquoi les premiers Apôtres n'ont-ils pas attendu que les moeurs cruelles et volup- tueuses du paganisme aient disparu pour oser prêcher Je Règne de la Croix ? Le Christ a-t-il dit seulement : « Je suis la Vérité et la Vie. » N'a-t-il pas affirmé aussi : « Je suis la Voie, » la seule par laquelle on puisse arriver à la vraie Vie. Étant le but suprême, n'est-il pas en même temps le Moyen ? Étant l'Oméga, a-t-il cessé d'être l'Alpha de toutes choses ? — Mais, leur disait-on encore : serez-vous plus ambitieux pour Jésus-Christ que Lui-Même ne l'était lorsqu'il affirmait : « Mon royaume n'est pas de ce monde. » — Sans doute, repartait 1a Société du Règne Social, le royaume de Jésus-Christ ne tire pas son origine de ce monde ; mais pourquoi venait-Il sur la terre et mourait-Il en Croix ; pourquoi fondait-Il son Église, si ce n'était pour établir son. Règne en ce bas monde ? Qu'avait-il besoin de nous apprendre ce cri quotidien : Adveniat Regnum tuum ? Apparemment, nous n'avions point à demander une chose déjà existante : sa Domination dans les Cieux... Les sectaires, quand ils n'étaient qu'une poignée, se sont . donnés pour les seuls interprètes de la Société et lui ont fait renier son Roi ; aujourd'hui, ils parlent imprudemment, au nom de l'humanité entière. Pourquoi nous, les catholiques, aurions- nous moins d'audace pour rétablir la vérité, qu'eux, pour installer l'erreur ? Pourquoi nos adorations, nos réparations sociales ne diraient-elles 'pas à Dieu, pourquoi nos pèlerinages, nos consé- crations, nos hommages publics ne rediraient-ils pas aux peuples que les sectaires en ont menti, et que les sociétés de demain, comme celles d'hier, n'ont d'autre Roi que le Christ, leur Auteur vivant dans son Eucharistie, et leur montrant son Coeur par lequel II veut régner. « Fundamentum aliud nemo ponere potest proeter id quod positum est Christus Jésus » (1) Aucun fondement pour les Sociétés, sinon Celui qui a été posé : le Christ Jésus. B - ÉTUDE Ce sont les idées qui mènent le monde, ont affirmé Platon, Leibnitz et Bossuet. Comment donc, alors que pendant des siècles, les nations européennes formant la « chrétienté » s'inspi- raient du Christ d'ans les grandes lignes de leurs Constitutions, de même qu'elles étaient nées des Pactes conclus avec Lui, (Tolbiac, Rutli, Covadonga, etc.) comment, après avoir grandi et prospéré sous son Règne, sont-elles parvenues à Le nier, à Le reléguer dans son Ciel, à vivre en dehors de Lui, c'est-à-dire, en perpétuelles convulsions sociales, résultantes des déliquescences (1) Ad. Apost, IV, 12, 13.
  • 25. —w — rnprales ?•— Par les idées.fausses infiltrées dans les veines de la Société, et émanant des Luther, des Encyclopédistes, des Karl Max, de tous les fauteurs en mal de rationalisme,' de libéralisme, de socialisme, dont la dernière conséquence est l'anarchie et le nihilisme; Il faut noter ici, qu'aucune erreur n'a osé se présenter au début, sans se couvrir de quelques loques de vérités empruntées au christianisme. Tous les meneurs intellectuels ont attaqué la puissance du Christ dans Fhistqire, dans les arts, dans les sciences, par atténuation, oblitération, oublis, traits perfides et cauteleux. La Société du Règne Social prit donc à sa charge le soin de rétablir la notion intégrale de la Royauté du Christ, non seule- ment par FéVângélisation de cette vérité (î) mais par l'histoire, les sciences et les arts. A- — Par l'Histoire. Jésus-Christ est le premier Personnage historique. Avant que de paraître sur terre, Il était annoncé, Il était préfiguré par îes sacrifices constants de l'Humanité. Personne n'habite et n'agit ici-bas depuis aussi longtemps que Lui. Pourquoi donc n'aurait-Il pas l'histoire de son Règne, aussi bien et plus que tant d'autres dont, l'influence a été passagère et réduite, tandis que la sienne est immense et permanente? L'Histoire actuelle se tait sur son rôle ou l'oblitère. La Société du Règne Social la forcera à parler ; elle déterrera les monuments, die fouillera dans tous les sens les archives humaines et leur fera dire, tout ce qu'elles contiennent sur l'action sociale de son Christ. Qr, le Christ vivant parmi nous, c'est l'Eucharistie. Elle est Mus Çhristus comme dit saint Thomas. Elle est Ipse Rex Âdest, ce Rqi présent, ainsi, que parle saint Jean Chrysostoriie, C'est donc l'histoire de l'Eucharistie à travers les siècles et par çpnséquent, tout le système; social de la chrétienté, que la Société du Règne Social poursuivra. Or, dès la fin de 1875, la nouvelle Bibliothèque de Paray avait déjà posé ses premiers jalons. La Société du Règne Social avait dû d'abord s'informer de tout ce qui avait jusqu'alors été créé à la gloire de l'Eucharistie, tamiser dans d'autres ouvrages ce qui Lui revenait, combler ensuite de nombreux déficits. Elle avait acquis les catalogues publiés de toutes les anciennes bibliothèques, des universités, célèbres d'Europe, de monastères et de collèges; elle avait sollicité et obtenu à des prix divers, les catalogues manuscrits de quelques bibliothécaires actuels importants. Enfin, elle s'était procuré, à prix d'or, de remarquables ouvrages ; et, là où toute offre de tractation eût été peu respectueuse et repoussée d'avance, (1)Beaucoupd'entre eux étaientprêtres ou religieux.
  • 26. — 169 — elle avait copié ou fait copier des extraits de livres d'une haute valeur. Dès 1885, un compte rendu présenté à Turin, à la première réunion solennelle de la filiale italienne de la Société, par le Père Sanna Solaro, put faire l'exposé suivant : « Paray possède aujourd'hui une Bibliothèque de cinq mille volumes contenant les oeuvres lesplus appréciées jusqu'à présent, sur l'Eucharistie et le Sacré-Coeur. » (1) Depuis, elle s'est augmentée de manuscrits, d'incunables précieux, et d'ouvrages dûs à la plume des membres de la Société. B. — Par les arts. — L'art est une expression très juste d'un état d'âme social. C'est un effet plein de révélations sur les causes qui le produisent. Si donc, en fouillant les Beaux-Arts à travers les âges, toiles, sculptures, architecture, objets divers, on trouve les plus nombreux et les plus précieux convergeant autour de Jésus-Christ, rappelant, pour la plupart, sa fonction éminemment sociale de Jésus-Hostie, du sacrifié Divin se livrant par amour , pour l'humanité, on'prouvera, d'une façon évidente la grande place occupée par l'Eucharistie dans la pensée et la Vie des peuples. Telle fut l'idée qui présida, en 1878, à la fondation du Musée du Règne Social de Jésus-Christ. Pendant trente années, M. de• • Sarachaga fit appel à toutes ses nombreuses relations possédant des peintures remarquables ; il Visita les Musées du Continent ; il obtint, au nom de la gloire du Christ Jésus, ou à prix parfois considérable, une collection unique en son genre, de près de cinq cents tableaux sur toile, sur bois ou sur cuivre, dont une cinquam- taine sont des originaux de grands Maîtres, tels que Guido Reni, Sasso-Ferrato, les Carrache, le Titien, le Tintoret, Carlo Dolce, Camoncini, Van Eick, Véronèse, Lebrun, Mignard, etc. En 1882, le futur archevêque de Besançon, l'abbé Gauthey, pouvait recommander, au Congrès Eucharistique international d'Avignon, la visite du Hiéron comme un complément indispen- sable de tout pèlerinage au Sacré-Coeur, en affirmant « que la Foi en serait fortifiée, le Coeur réjoui, et qu'on y concevrait une invincible espérance du Règne Magnifique et prochain de l'Eucha- ristie sur le Monde ». C. — Par la science. — Là l'entreprise : « Prouver le Règne de Jésus-Christ par la science », était grosse de difficultés et d'obstacles. Aujourd'hui, en effet, la science s'est sécularisée, et, au fond de la plupart de ses informations, on entend affirmer cette première erreur : La science n'a aucun rapport avec la religion dont elle s'est heureusement émancipée (2). (1) Compterendu du R. P. Sanna Solaro,traduit de l'italien par le baron de Maricourt,Lyon, Imprimerie jévain, 42, rue Sala. (2) On connaît d'illustres exceptions,telles en France les Pasteur, Cauly, Lapparent,Branly; Secchien Italie, etc.
  • 27. — 170 — La science marche en avant, elle évolue, elle se transforme, sous l'impulsion de nouvelles découvertes, tandis que la Religion fixée à ses Dogmes, et immobilisée parlaroutine, reste statiohnaire. Entre la Science et la religion, aucune entente n'est possible. L'une, c'est l'avenir et ses espérances, l'autre, c'est le passé avec ses déceptions. Or, pour la Société du Règne Social, comme pour Léon XIII, qui le déclare dans son Encyclique Mterni Patris : « Le Christ est le Restaurateur de la science, puisqu'il est la Force et la Sagesse de Dieu, et qu'en Lui sont cachés tous les trésors de la Sagesse et de la Science ». Il est, conjointement avec son Père, l'Artiste infini de toute la Création. Rien dans l'univers, depuis le minerai caché dans les entrailles de la terre, jusqu'à l'astre perdu dans les deux, qui ne révèle sa Sagesse et ne doive chanter sa gloire. De plus, comme il est essentiellement Un et Vrai, rien dans les ouvrages de ses mains qui puisse démentir les paroles de sa révélation. La Société du Règne Social se mit donc à chercher les preuves abondantes par lesquelles la vraie science confirme de tous points le plan divin de la Création, tel que la Genèse nous l'a montré. En outre, par des collections scientifiques réunies dans les salles du Hiéron, on s'est essayé à mettre en lumière que Jésus- Hostie est bien le Fondement de l'ordre cosmologique et biolo- gique. Une fois de plus, il faut que les esprits qui ne sont point de parti, pris conviennent que « Tout a été fait pour le Verbe et que rien n'a été fait sans Lui ». (A suivre)' G. DE NOAILLAT Directeur du Hiéron et de la Société du R. S. de J.-C.
  • 28. -— 171 — * ... • La Fête du Coeur de Jésus dans la Congrégation de Jésus et Marie. Ni les bienheureux dans le ciel, ni les amis du Sacré-Coeur sur la terre, ne pourraient être « particularistes » sans froisser le Christ dont l'amour est infini. En cette année jubilaire où tous les yeux se tournent avec bonheur vers sainte Marguerite-Marie, l'un des bonheurs de l'heureuse Apôtre est de voir rendre à ses devanciers les honneurs qui leur sont dûs. Parfois, pendant que j'écoutais ses panégyristes, il m'a semblé la voir se tourner vers quelques-uns de ses amis et leur rendre justice... ...Cher et vénéré Père Lebrun, soyez sûr que vous faites plaisir . à sainte Marguerite-Marie, en rappelant ce que fit le bienheureux Jean Eudes, pour établir une fête qu'elle désira de toute son âme, qu'elle promut de tout son pouvoir. * ** « C'est dans la Congrégation de Jésus et Marie dit le bienheu- reux Jean Eudes, que l'on a commencé à célébrer solennellement les fêtes du Coeur admirable de Jésus et de Marie. Et l'on ne doit . pas avoir égard à l'extrême et infinie indignité de celui dont Dieu s'est servi pour les établir, qui est le dernier de tous les hommes, le premier de tous les pécheurs et le plus indigne de tous les prêtres. Mais le grand Dieu qui a fait le monde de rien et qui l'a racheté sans qu'il ait en rien contribué à sa rédemption, a coutume de choisir les choses les plus viles et les plus basses et qui ne sont point, pour., faire ce qu'il lui plaît. Ne s'est-il pas servi de sainte Julienne, qui était une pauvre religieuse de l'ordre de Cîteaux pour porter le pape Urbain IV à établir la solennité du Très Saint Sacrement de l'autel (1) ? » C'est en 1680, au plus tard, que le P. Eudes tenait ce langage. A cette époque, personne ne songeait à contester l'exactitude de ses paroles, car la fête du Coeur de Jésus, comme la fête du Coeur de Marie, n'existait que dans ses instituts ou dans les milieux soumis à son influence. Aujourd'hui^ peut-être surpren- dront-elles plus d'un lecteur. Nous voudrions consacrer le présent article à en montrer le bien-fondé en racontant l'institution de (1) B. JEAN Coeur dmirable, . VIII, en. m, sect. 12. EUDES, a L
  • 29. -. — 173 — la fête du Coeur de Jésus dans la Congrégation de Jésus et Marie et en étudiant les rapports qui existent entre la fête établie par le P^ Eudes et celle du vendredi après l'octave du Saint Sacrement. I Jean Eudes naquit à Ri, près d'Argentan, diocèse de Séez, le 14 novembre 1601. Après de brillantes études chez les Jésuites de Caen, il entra dans la Congrégation de l'Oratoire où il fut reçu le 25 mars 1623, Il quitta l'Oratoire, le 25 mars 1643 pour fonder une société nouvelle, la Congrégation de Jésus et Marie, à laquelle il assigna comme fin principale la formation des clercs dans les séminaires et comme fin secondaire le renouvellement de l'esprit chrétien dans le peuple par les exercices des missions. Il dédia la société naissante aux Sacrés Coeurs, ou, epmme il disait volontiers, au Sacré Coeur de Jésus et de Marie, expression qui nous étonne aujourd'hui, niais qui, de son temps, était conforme au langage courant (1). il affirme même que c'est en grande partie pour honorer les Sacrés Coeurs qu'il avait institué sa société. « Cette Congrégation, dit-il, est toute dédiée et consacrée à ce divin Coeur (de Jésus et de Marie); et une des principales fins pour lesquelles elle a été établie est pour honorer particuliè- rement ce Coeur très auguste qu'elle regarde et respecte comme son premier et principal Patrùn et comme la règle et l'exem plaire qu'elle propose à ses enfants, afin qu'ils s'étudient d'y conformer les sentiments et affections de leur Coeur (2) ». On voit par là que pour les enfants du P. Eudes, la dévotion aux Sacrés Coeurs n'est pas une pratique secondaire, ajoutée après coup; elle est, au contraire, fondamentale, puisquel a Congré- gation a été établie pour honorer les Sacrés Coeurs, qu'elle leur est entièrement dédiée et qu'elle les considère comme ses patrons et sa règle principale. D'où ces paroles du Bienheureux dans son office du Coeur de Jésus : Pars nostra, spes et gaudium, Coetusquetiosiri gloria. Car, flamma, dux, oràculum Orlgo, finis, omniù (3). Voilà certes une nouveauté digne de remarque et qui fait grand honneur au P. Eudes. Avant lui, les Sacrés Coeurs avaient trouvé des adorateurs dévoués dans beaucoup d'instituts religieux, mais aucune société, pas plus la Visitation que les autres, ne s'était placée sous leur patronage et vouée à leur culte. (1) Voirce que nous avonsdit de cette expression danslesOEuvres complètes duB. Jean Eudes,VI, p. Lxxxyiii-xciv. pjraussiLa dévotion Coeur e Marie, V w d p,'52 ; Le Bienheureux EudesetlecultepublicduCoeiirde Jean Jésus,$. 17. (2)Coeur dmirable,h.VIII, ch. in, sect;12. a (3)Hymnedé Matines, e strophe. 4 Ï
  • 30. — 173—: -' ; Nous h'àVons pas à raconter ici tout ce que lé P.'Eudes à fait pour l'organisation du culte des Sacrés Coeurs dans sort institut : cela nous entraînerait trop loin. Occupons-nous séù*- lement de ce qui fait le sujet de cet article, la fête du Coeur dé Jésus. Il semble que, dès 1643, trente ans aVant les premières révé- lations de sainte Marguerite-Marie, le Bienheureux s'était décidé à établir cette fête dans sa société. « Dès le 26 octobre 1643; c'est-à-dire sept mois après qu'il eût jeté les fondements dé sa Congrégation, dit le P. Martine, le P. Eudes écrivit au P. Matt- noury une lettre dans laquelle il lui marquait quand et de quelle manière on devait réciter la salutation du Très Saint Coeur (1). Il lui marquait aussi les deux fêtes qu'il fallait célébrer tous les ans en l'honneur de ces deux Coeurs (2) ». Dès cette époque, en effet, avec l'approbation de Mgr d'Angennes, évêque de Bayeux, il fit célébrer dans sa Congrégation une fête solennelle du Coeur de Marie qui plus tard fut approuvée par un assez grand nombre d'archevêques et d'évêqùes et même par le Cardinal Louis de Vendôme, légat à lalerè du Pape Clément IX. La fête nouvelle fut adoptée par bon nombre de communautés (3). Dès qu'il la vit solidement établie, ie P. Eudes songea à compléter son oeuvre eri instituant une fêté semblable en l'honneur dû Coeur de Jésus. Dans ce but, il composa un office et une messe propres qui furent approuvés lé 20 avril 1670, par Mgr de la VieùVillë, êvêqué de Rennes, le 29 juillet par Mgr de Loiriénie de Brieririe, évêque de Coûtantes, le 8 octobre par Mgr de Maùpas du Tour, éyêqûe d'Évreux, le 3 février 1671, par Mgr de Hârlay de Chàmpvâlibn, archevêque de Rouen, lé 16 mars de la même année par Mgr de Nèsmond, évêque de Bayeux et le 27 septembre suivant par Mgr de Matignon; ëvèquè de Lisiéùx (4). L'office Composé par le P. Eudes est ûri office coriiplët avec dès leçons pour les huit jours dé l'octâvé. Antiennes, psâùhîès, versets, leçons, répons, bràisbn, irivitatôïre, tout est propre dans cet office comme dans celui des grandes fêtés de l'Église. Les hymnes ont été composées par lé'Bienhëûfeux ; les autres parties de l'office sont empruntées à la Sainte Écriture et aux écrits du Pères ; mails en combinant les textes choisis et en les adaptant à la dévotion du Sacré-Coeur, lé P, Eudes a su imprimer à son office un caractère personnel très marqué et en faire ùrie oeuvre à la fois très Originale et très une. La pensée dominante est telle (1) Voircette salutationdans notre livrésur là Dévotion Coeur eMarie. au d (2) MARTINE, Viedu P. Eudes,L. VIII, n. 25. (3? Nousavonslonguement arlé,de Cettefête dans notre livresur là Dévotion p au Coeur e Marie. d (4}Voircesapprobations, ont quelques-unes très belles,dansnotre livre: d sont LeBienheureux EudesettecultepublicditCoeur eJésus, p. 29-36. Jean d
  • 31. — 174 — que Notre-Seigneur développe dans le discours après la Cène, lorsqu'il rappelle à ses apôtres l'amour qu'il n'a cessé de leur témoigner et les exhorte à demeurer dans son amour et à s'aimer étroitement les uns les autres. La messe roule sur le même thème que l'office et ne lui est inférieure à aucun point de vue. La prose, imitée du Lauda Sion, est remarquable. Le P. Eudes y célèbre avec des transports de joie et d'amour les gloires du Sacré-Coeur. L'élévation de la pensée, la vivacité du sentiment et la perfection.de la forme en font un vrai chef d'oeuvre. Les écrivains qui se sont occupés de la messe et de l'office du Bienheureux sont unanimes à en faire l'éloge. « On n'y respire, disait Zaccharia (1), que la plus suave dévo- tion et, en les lisant, il est aisé de voir que, pour les composer, le P. Eudes s'est encore plus inspiré des sentiments de son coeur que des lumières de son esprit. » « Cet office, disait naguère le cardinal Satolli, est empreint d une piété si suave et si ardente que seul le coeur d'un saint peut rencontrer de pareilles formules (2) ». « C'est là, en effet, écrit le P. Bainvel (3), une oeuvre originale, qui rappelle par endroits l'incomparable office du Saint Sacrement pour le mélange harmonieux d'une pensée riche et profonde, de l'enthousiasme poétique, de la piété suave et solide, toute nourrie de l'Écriture et des Pères... C'est de la grande et belle liturgie, qui étendra et prolongera l'influence du P. Eudes jusque dans les milieux les plus imprégnés de la dévotion de Paray. » « Le P. Eudes, dit de son côté M. Gastoué (4), a. composé une admirable messe avec office pour une fête propre du Sacré Coeur de Jésus... Dans son oeuvre, le Bienheureux réunissant la moelle la plus suave de tout ce qu'on avait écrit sur ce sujet, arrive à une élévation de pensée et de forme rarement atteinte. Le sens litur- gique le plus pur a inspiré ce bel office... Quel lyrisme dans toute la messe..., surtout dans l'admirable prose où le P. Eudes sut chanter l'amour de Jésus pour nous avec des accents dignes des plus grands poètes liturgiques du Moyen-Age. » Dans son livre sur la Mère de Saumaise (5), le P. de Curley étudie la messe du P. Eudes, qu'il attribuait par erreur à la mère Joly : « Si nous avions, dit-il, à donner un nom à cette messe, nous l'appellerions la Messe de feu. C'est' l'éternel amour éclatant en notes suppliantes et attendries ». (1)ApudLEDORÉ, LesSacrésCoeurs,, p. 231. I (2) LEDORÉ, circulairedu 6 janvier 1909,p. 6. . (3) La dévotionu Sacré-Coeur, êdit, p. 400^01. a 3e (4) L'Eucharistie,16 juin 1912. (5) Page 181.
  • 32. — 175 — Les évêques de Rennes, de Coutances, d'Évreux, de Rouen, de Bayeux et de Lisieux avaient autorisé le P. Eudes à célébrer la fête du Coeur de Jésus dans les séminaires fondés par lui dans leur diocèse (1). Presque tous lui avaient même permis d'en faire l'office le premier jeudi de chaque mois non occupé par un office à neuf leçons. Tout était donc pfêt pour l'inauguration de cette grande fête. Le 29 juillet 1772, le P. Eudes en prescrivit la célé- bration dans ses séminaires, par une circulaire imprimée dont voici le texte : « MES BIEN CHERS ET TRÈS AIMÉS FRÈRES, « C'est une grâce inexplicable que, notre très aimable Sauveur nous a faite de nous avoir donné dans notre Congrégation le Coeur admirable de sa très sainte Mère ; mais sa bonté, qui est sans bornes, a passé bien plus outre, en nous donnant son propre Coeur pour être, avec le Coeur de sa glorieuse Mère, le fondateur et le supérieur, le principe et la fin, le coeur et la vie de cette Congrégation. « Il nous a fait ce grand don dès la naissance de la même Congrégation ; car, quoique jusqu'ici nous n'ayons pas célébré une fête propre et particulière du Coeur adorable de Jésus, nous n'avons pourtant jamais eu intention de séparer deux choses que Dieu a unies si étroitement ensemble,' comme sont le Coeur très auguste du Fils de Dieu et celui de sa bénite Mère : au contraire, notre dessein a toujours été, dès les commencements de notre Congrégation, de regarder et honorer ces deux aimables Coeurs . comme un même coeur en unité d'esprit, de sentiment et d'affec- tion, ainsi qu'il paraît manifestement en la salutation que nous disons tous les jours au divin Coeur de Jésus et de Marie, comme aussi en l'oraison et en plusieurs endroits de l'office et de la messe que nous célébrons en la fête du Coeur sacré de la même Viere.g « Mais la divine Providence, qui conduit toutes choses avec une merveilleuse sagesse, a voulu faire marcher la fête du Coeur de la Mère avant la fête du Coeur du Fils, pour préparer les voies dans les coeurs des fidèles à la vénération de ce Coeur adorable, et pour les disposer à obtenir du Ciel la grâce de cette seconde fêter par la grande dévotion avec laquelle ils ont célébré la pre- mière. Car encore que celle-ci ait été combattue par l'esprit du monde, qui nç manque jamais de s'opposer à tout ce qui procède de l'esprit de Dieu, aussitôt néanmoins qu'elle commença à paraître aux yeux de ceux qui font profession d'honorer parti- culièrement la très sainte Mère de Dieu, ils la regardèrent avec joie, l'embrassèrent avec ardeur et Font célébrée depuis plusieurs années avec beaucoup de ferveur ; et aujourd'hui elle est solen- riisée par toute la France, et en plusieurs ordres et congrégations 0 (1) On sait que, au XVII et au xvine siècle, es évêquesde Francese croyaient l le droit d'établir des fêtes nouvellesdans leur diocèseet que Rometolérait leur manièred'agir.
  • 33. - . y,: ^' 176 — -, religieuses, àvëé tant dë: bénédictions qu'il y à sujet d'espérer qu'elle se célébrera un jour très solennellement par tout FùniversL « C'est cette ardente dévotion des vrais enfants dû Coeur delà Mère, d'amour, qui l'a obligée d'obtenir de son Fils bien-aimé cette faveur très signalée qu'il a faite à son Église, de lui donner là fête de son Coeur royal, qui sera une nouvelle source d'une infinité dé bénédictions pour ceux qui se disposeront à la célébrer saintement. « Mais qui est-ce qui ne le ferait pas ? Quelle solennité plus digne* plus sainte, plus excellente que celle-ci qui est le principe de tout ce qu'il y a de grand, de saint et de vénérable dans toutes les autres solennités ? Quel coeur plus adorable, plus admirable et plus aimable que le Coeur de cet Homme-Dieu qui s'appelle Jésus ? Quel honneur mérite ce Coeur divin qui a toujours rendu et rendra éternellement à Dieu plus de gioire et d'amour en chaque moment que tous les coeurs des hommes et des Anges, ne lui en pourront rendre en toute l'éternité ? Quel zèle devons-nous avoir pour honorer ce Coeur auguste qui est la source de notre salût, qui est l'origine de toutes les félicités du ciel et de la terre, qui est une fournaise immense d'amour Vers nous et qui ne songe, jour et nuit* qu'à nous faire une infinité de biens, et qui est enfin crevé de douleur pour nous en la croix, ainsi que le Fils de Dieu et sa très sainte Mère l'ont déclaré à sainte Brigitte* au rapport d*un excellent docteur, M. Bail. ,.. « Si on objecte la nouveauté de cette dévotion*-je répondrai qùë la nouveauté dans les choses de la foi est très pernicieuse, niais qu'elle est très bonne'dans les choses de la piété. Autrement il faudrait réprouver toutes lès fêtes qui se font dans l'Église* qui ont été nouvelles quand on a commencé de les célébrer; spécia*- lement celles qui ont été établies les dernières, comme les fêtes du Très Saint Sacrement; du saint Nom de Jésus, de la Conception immaculée de la sainte Vierge; de son saint nom de Marie, de ses grandeurs, de Notre-Dame de Pitié, de l'Expectation, de Notre-- Dame de là Victoire au diocèse de Paris; et plusieurs autres; et un grand nombre dé nouvelles fêtes de saints qu'on à ajoutées au bréviaire romain. Si on dit que cela s'est fait par l'autorité de Notre Saint-Pèré le Pape; je répondrai avec saint François dé Sales et un très grand nombre de très illustrés et" savants Prélats et de grands docteurs, que chaque évêque dans son diocèse* spécialement en France* a le même pouvoir en ce sujet que le souverain pontife en toute F Églises « Reconnaissonsdonc, nies très chers Frères, là grâce infime et la faveur ihcompréhéùsiblë dont notre très bon Sàùyèùr honore notre Congrégation de lui donner son très aimable Coeur avec le Coeur très aimable dé sa saihte Mère. Ce sont deux trésors ines- timables qui comprennent une immensité de biens célestes et de
  • 34. — .177 —.-"' richesses éternelles, dont il la rend dépositaire pour ensuite les répandre par elle dans les coeurs des fidèles. « Humilions-nous infiniment en la vue de notre indignité infinie au regard de choses si grandes. Entrons dans une profonde reconnaissance vers la bonté ineffable de notre très bénin Sauveur et la charité incomparable de sa très chère Mère et la nôtre. Ne cessons point de les bénir, louer et glorifier et d'inviter tous les Saints et toutes les créatures à les bénir et remercier avec nous. Embrassons avec joie et jubilation la solennité du divin Coeur ' de notre très aimable Jésus. « En voilà l'office et la messe que je vous envoie, approuvés de tous Messieurs nos Prélats ; employons tout le soin, la dili - gence et la ferveur possible pour la bien célébrer. « Pour cet effet : 1° Invitez-y tous nos amis et toutes les personnes de dévotion. 2° Si vous recevez ce paquet assez tôt, faites-la publier ; s'il y avait du temps, il faudrait y prêcher. 3. Jeûnez la veille de la fête. ' 4. Faites dîner douze pauvres au réfectoire en la veille ou surveille. N « Enfin, je vous conjure, mes très chers Frères, de célébrer cette fête avec toute la dévotion et solennité que vous pourrez et de me récrire ensuite comme elle se sera passée, et vous réjouirez celui qui vous désire les plus saintes bénédictions dé notre très bon Sauveur et de sa très douce Mère et qui est dans l'amour sacré de leur divin Coeur, mes très chers Frères, « Votre indigne serviteur, « JEAN EUDES». Paris, 29 juillet 1672. Plus on étudie cette circulaire et plus on la trouve remar- quable. En même temps qu'elfe inaugure dans l'Eglise catholique la fête du Coeur de Jésus, elle en détermine l'objet avec précision, en montre l'excellence, et en établit la légitimité en écartant à l'avance cette objection de nouveauté qu'on a ressassée dans tout le cours du XVIII»siècle. Le 20 octobre 1672, deux ans avant les premières révélations de Paray-le-Monial, dans les séminaires de Rennes, de Coutances, de Caen, de Lisieux et d'Evreux, on célébra donc solennellement la fête du Coeur de Jésus sous le rite double de lre classe avec octave. A Rouen, Mgr de Médary, qui venait de succéder à Mgr de Harlay, refusa d'en permettre la célébration ; mais dès l'année suivante, au dire du P. Martine, il revint sur sa décision, et, le 20 octobre, la fête du Coeur de Jésus put être célébrée au
  • 35. 178 — Séminaiie de Rouen comme dans les autres séminaires du P. Eudes. Dès 1674, le Bienheureux eut la consolation de voir la fête nouvelle adoptée par les Bénédictines de Montmartre. , -..A une époque que nous ne pouvons préciser elle fut également reçue par les Bénédictines du Saint Sacrement. Toutefois le déclin de ses forces et la persécution dont il fut l'objet pendant les dernières années de sa vie empêchèrent le saint missionnaire de propager comme il l'aurait voulu la fête établie par lui. Epuisé par le travail et la souffrance plus encore que par l'âge, il mourut à Caen, le 19 août 1680, dans lessenti- ; rflents de la plus vive piété. • Il laissait un testament dont l'article 10 est ainsi conçu : « De toute l'étendue de ma volonté, je me donne à l'amour incompréhensible par lequel mon Jésus et ma toute bonne Mère m'ont donné leur très aimable Coeur d'une manière spéciale, et en union de ce même amour, je donne ce même Coeur comme une chose qui est à moi et dont je puis disposer pour la gloire de mon Dieu ; je le donne, dis-je, à la petite Congrégation de Jésus et Marie pour être le partage, le trésor, le patron principal, le coeur, la vie et la règle des vrais enfants de cette Congrégation. Comme aussi je donne et dédie cette même Congrégation à ce divin Coeur pour être consacrée à son honneur et à sa louange dans le temps et l'éternité, suppliant et conjurant tous mes bien- aimés frères de s'efforcer d'y rendre et faire rendre tout l'honneur qui leur sera possible ; d'en célébrer les fêtes et les offices aux jours qui sont marqués dans notre Propre, avec toute la plus grande dévotion qu'ils pourront, et de faire quelques exhortations sur ce sujet dans toutes les missions; de s'étudier à imprimer dans leurs coeurs une image parfaite des vertus de ce très saint Coeur, de le regarder et de le suivre comme la règle primitive de leur vie et de leurs déportements, et de se donner à Jésus et à Marie dans toutes leurs actions et exercices pour les faire dans, l'amour, dans l'humilité et dans toutes les autres, dispositions de leur Sacré Coeur, afin que, par ce moyen, ils aiment et glorifient Dieu avec un coeur qui soit digne de Dieu, Corde magno et anima volenti, et qu'ils soient selon le Coeur de Dieu et les vrais enfants du Coeur de Jésus et de Marie. » Quelles paroles ! On en chercherait vainement de pareilles sous la plume des autres apôtres du Coeur de Jésus. Le P. Eudes affirme avec une splendide assurance que Jésus et Marie lui ont donné leur coeur et qu'il en peut disposer comme d'un bien propre pour la gloire de Dieu. Et de fait, il dispose des Sacrés Coeurs, il les lègue à sa Congrégation et il veut qu'ils soient U partage, k• trésor, le patron principal, le coeur, la vie et
  • 36. . '., . • —'.179-,—: : la règle de ses enfants, D'autre part* il dédie et consacre une der- nière fois sa Congrégation aux Sacrés Coeurs et il supplie ses enfants d'être fidèles à les honorer de diverses manières, mais spécialement par la célébration des fêtes qu'il avait instituées en l'honneur de l'un et de l'autre. Les enfants du Bienheureux se sont montrés fidèles aux recommandations de leur Père. Le Coeur de Jésus est resté, avec le Coeur de Marie, l'objet préféré de leur dévotion et de leur apostolat. Le Souverain Pontife a daigné les autoriser à conserver les fêtes établies par leur bienheureux Fondateur et à se servir pour les célébrer des messes et offices composés par lui. Aujour- d'hui, comme en 1672, ils ont donc la consolation de célébrer la fête du Coeur de Jésus, le 20 octobre, sous le rite double de pre- mière classe avec octave; et les Religieuses de Notre-Dame de Charité du Refuge et du Bon Pasteur, dont les couvents au nombre de plus de 300 se rencontrent dans toutes les parties du monde, jouissent du même privilège. II Nous venons de raconter l'origine et l'histoire de la fête instituée par le P. Eudes en l'honneur du Coeur de Jésus. Tout le monde sait que, dans les dernières années du xvne siècle, à la suite des révélations de Paray-le-Monial, une autre fête du Sacré- Coeur fut établie dans les monastères de la Visitation et fixée au vendredi qui suit l'octave du Saint Sacrement. Beaucoup de communautés l'adoptèrent ; plusieurs évêques la firent célébrer dans leur diocèse et finalement, après de longues discussions, le Saint Siège l'approuva le 26 janvier 1765. Cm peut se demander quel rapport il y a entre la fête du P. Eudes et celle du vendredi après l'octave du Saint Sacrement. Il est incontestable qu'elles sont indépendantes l'une de l'autre dans leur origine, que la fête de Paray-le-Monial se rattache plus étroitement à l'Eucharistie que celle du Bienheureux et que la réparation y occupe plus de place ; mais, à cela près, ces deux fêtes ont le même objet et la même fin. Leur objet commun, c'est le coeur de Jésus, son coeur de chair qui constitue l'objet sensible de la dévotion, et son amour, qui en est l'objet spirituel, son amour incréé aussi bien que son amour créé, son amour pour son Père aussi bien que son amour pour nous. Leur fin commune, c'est de rendre au Coeur de Jésus, le culte auquel il a droit et tout spécialement de répondre à son amour en l'aimant de tout notre coeur. Bien entendu, il y a des nuances dans la manière d'envisager le Coeur de Jésus et il va de soi qu'elles influent sur la pratiqué de la dévotion. Il n'en est pas, en effet, du Coeur de Jésus comme des mystères particuliers de la vie du Sauveur que l'Eglise honore par dés fêtes spéciales. Ces mystères, celui de F Incarnation, de la
  • 37. -..v-,::. .;.,::, --V ;;':. — 180 — •.,-.. Nativité,, de la. Résurrection, de l'Ascension, par exemple, consistent dans un fait précis, nettement délimité et dont les circonstances, peu nombreuses d'ailleurs, sont connues de tous. - Il n'y a pas deux manières de les concevoir et de les honorer : tout le monde les conçoit de la même manière et les sentiments qu'ils excitent dans l'âme chrétienne ne peuvent guère varier. Il en est autrement du Coeur de Jésus. Lorsque nous contemplons ce divin Coeur, nous ne nous trou- vons plus en présence d'un fait particulier et précis, mais d'un objet extrêmement complexe et dont la grandeur nous éblouit. C'est, en effet, tout ce qu'il y a en Jésus de plus intime et de plus grand : son coeur de chair qui a été associé d'une manière si étroite à son amour et à ses douleurs, son âme sainte avec toutes ses perfections, toutes ses vertus, et surtout l'immensité de son amour pour son Père et pour nous, sa divinité même et l'amour infini dont son amour humain n'est qu'un écho affaibli. Un objet aussi complexe et aussi riche peut certainement être envisagé par divers côtés et les- actes accomplis en son honneur peuvent, tout en restant substantiellement les mêmes, présenter des nuances assez diverses. Le B. Jean Eudes s'est appliqué à considérer le Coeur de Jésus dans toute son ampleur et, dans son office aussi bien que dans son livre du Coeur admirable, il s'est élevé à des aperçus qu'on ne rencontre guère que chez lui. Tout en restant à la portée de tous, sa dévotion au Coeur de Jésus est la plus haute, la plus large et la plus compréhensive que nous connaissions. Il à envisagé le Sacré-Coeur dans toutes ses perfections, toutes ses grandeurs, toute sa gloire, tous ses mystères, tous ses droits à notre adoration et à notre amour ; il a salué en lui, en même temps qu'une fournaise d'amour, le lien qui unit le ciel et la terre, la victime expiatrice de nos fautes, le centre de la religion, l'idéal de toute perfection, l'oracle de la loi nouvelle, la source de toutes les grâces, le roi de tous les coeurs (1). Et si, comme on Fa toujours fait, il a insisté sur l'amour que nous lui devons, il nous invite à lui rendre tous les autres devoirs que réclament ses grandeurs, sans en excepter là réparation pour les outrages qu'il reçoit de nous et du prochain. • Sainte Marguerite-Marie a contemplé, elle aussi, toutes les grandeurs et tout l'amour du Coeur de Jésus, mais, plus que le D'où cette réflexiondu Bienheureux (-1); dansune de ses méditationspour la fête du Coeur e Jésus :' « C'esticila. fêtedesfêtés,en quelquemanière,-d'autant d que c'est la fête du Coeur dmirabledé Jésusqui estle principe touslesmystères a de qui sont contenus danslesautresfêtesgui sefontdansl'Église,et la sourcedetout ce qu'il y a de grand, de saint et de vénérabledans les autresfêtes ».La fêtedes têtes,la fête du Coeurde Jésus l'est bien en excellence;quand le sera-t-elleen ' solennité? .....-:.....
  • 38. P. Eudes et les autres apôtres du Sacré-Coeur, elle a appuyé sur ses souffrances et. ses tristesses et elle a réclamé plus forte- > ment qu'on ne l'avait fait jusque-là des actes de réparation et d'amende honorable pour compenser les outrages faits au divin Maître dans le Sacrement de l'autel. Nous croyons pourtant que, de nos jours, on a bien exagéré le rôle de la réparation dans la dévotion au Sacré-Coeur. Cela est tellement vrai que parfois on en vient à faire de la réparation la fin principale de la fête du vendredi après l'octave du Saint Sacrement, alors que le décret de 1765 n'en parle même pas. Au xviie et au xvme siècle, même à la Visitation, on concevait les choses autrement. Témoin la messe composée par la soeur Joly pour l'inauguration de la fête du Coeur de Jésus à la Visi- tation de Dijon en 1689. Elle convenait parfaitement pour la -fête du vendredi après l'octave de la Fête-Dieu, puisque sainte MargUerite-Marie en faisait l'éloge et souhaitait ardemment qu'elle fût approuvée par le Souverain Pontife. Or cette messe commence, comme celle du P. Eudes, par un cri de joie : Gaudeamus, et nulle part il n'y est question de réparation. Un autre fait intéressant à noter et qui montre jusqu'à l'évidence qu'entre la fête du P. Eudes et celle de Paray il n'y a aucune différence essentielle, c'est que, au xviieetauxvme siècles* en beaucoup d'endroits, même chez les Visitandines, on se servit pour célébrer la fête du vendredi après l'octave du Saint Sacre- ment de la messe et de l'office du Bienheureux. Nous en avons ;pour garant le témoignage formel du P. Le Beurier : '; « On sera peut-être surpris, dit le célèbre missionnaire, de ce que j'attribue au P. Eudes la gloire d'avoir été le premier à pro- curer l'établissement de cette dévotion (au Coeur de Jésus). Accoutumé qu'on est à regarder la respectable soeur Marguerite- Marie Alacoque, religieuse de la Visitation au monastère de Paray dans le diocèse d'Autun, en Bourgogne, comme la première qui ait parlé d'une dévotion au Coeur de Jésus, on sa peine à revenir de ses préventions sur cet article, et on me dirait volontiers que je viens bien tard disputer à cette vertueuse fille un honneur dont elle est en possession depuis plus de 80 ans. « A cela je réponds qu'il est des causes où la prescription n'a point de lieu, quand il y a des titres contraires ; et que c'est ce qui se rencontre ici, puisque les dates seules suffisent pour vérifier que le P. Eudes avait établi la dévotion au Coeur de Jésus et en faisait publiquement l'office dans ses séminaires plusieurs années avant qu'on en fît la fête dans le saint ordre de la Visitation... « D'ailleurs l'office dont les religieuses de la Visitation se sont servies pendant plus de cinquante ans pour la fête du Coeur de Jésus offre là-dessus une preuve à laquelle il n'est pas possible
  • 39. 182— de se refuser. Tout le monde sait que dans ce saint ordre oh célèbre cette fête le premier vendredi d'après l'octave du Très Saint Sacrement. Cependant on lit en marge de l'introït de la messe qu'elle se célèbre le 20e (jour) d'octobre, qui est précisément celui auquel oh la solennise dans les deux congrégations établies par le P. Eudes. Et ce que je dis de la fête du Coeur de Jésus peut se dire de celle du Coeur de Marie. On lit en marge de l'introït qu'elle se célèbre le 8 de février, qui est encore exactement le jour où on la célèbre parmi nous. « Deux dates, si peu relatives aux jours où l'on fait ces deux fêtes en plusieurs églises, pourraient embarrasser si l'on ne savait la raison qui a donné lieu à cette différence. Elle.est toute simple, et la voici. Quand les religieuses de la Visitation eurent obtenu du Pape et des Évêques la permission de célébrer la fête du Coeur de Jésus et que quelques églises eurent obtenu de célébrer celle du Coeur de Marie, trouvant ces deux fêtes déjà établies dans les séminaires des Eudistes et dans les couvents des religieuses de Notre-Dame de Charité, elles en empruntèrent l'office et la messe, dont elles se sont servies pendant un temps très long et dont on se sert encore en plusieurs endroits. Il est vrai qu'aujourd'hui dans quelques églises de la Visitation, à la fête du Coeur de Jésus, on dit une autre messe, qui a été composée depuis ; mais à peine ce changement a-t-il 30 ans de date (1) ; et jusque-là on s'y était toujours servi soit à l'office* soit à la messe, des proses, des secrètes, des hymnes, des antiennes et des oraisons composées par le P. Eudes (2). » Prédicateur célèbre et écrivain distingué, le P. Le Beurier était de plus un prêtre d'une vertu reconnue et nous pouvons être sûrs qu'il n'a pas altéré la vérité. Au surplus nous pouvons alléguer bon nombre de faits qui viennent corroborer ses assertions jusque dans les plus menus détails. Nous possédons, en effet, les manuels édités au xvne et au xvme siècles pour propager la dévotion au Coeur de Jésus. On y trouve d'ordinaire une messe et, pour les Ires et les IIe 8 Vêpres, un office du Coeur dejésus; et le plus souvent, même dans les manuels édités par les Visitandines, ce sont en tout ou en partie la messe et l'office du P. Eudes. A titre d'exemples nous citerons les manuels suivants : La' dévotion au Sacré-Coeur de Jésus, Rouen, 1694, manuel publié par les Visitandines et souvent réédité. (1) C'esten 1778que le P. Le Beurierparlait de la sorte. La messeen question né peut doncêtre cellequi fut,approuvéepar la SacréeCongrégation es Ritesen d 1765.Nous croyonsqu'il s'agit de la messe Ingrediensque l'on trouve dans un livre publié en 1755par lé premier monastèrede la Visitationde Paris sous ce titre : Odavedeméditationsur lesvertusdela bienheureuse Jeanne-Françoise s Mère de Chantaià l'usagedesReligieuses ela Visitation Sainte-Marie. Paris, chez d de A ClaudeHérissant,imprimeurde l'ordre. Avecapprobationet privilège.Voircette messedans NILLES, rationibusfestorum, I, p. 18-24.Édit. 1885, De I (2) Viedu-P. Eudes,L, VI.Ms.
  • 40. '-• —-183>-:. ;:';'.;'•'.''';''-: ." Instruction pour la dévotion au Sacré-Coeur, Pônt-à-Moussdn* 1696. Offices dressés en l'honneur des Sacrés Coeurs de Jésus et de Marie, Lyon, 1700. Publication du P. Bourée qu'on rééditait encore en 1792.. - ... Instruction pour la dévotion au Sacré-Coeur, Bar-le-Duc, 1712. Instructions, pratiques et prières pour la dévotion au Sacré- Coeur de Jésus, Paris, 1715, 1720, etc.. Association à l'adoration perpétuelle du Sacré-Coeur, de Notre- Seigneur Jésus-Christ, Rouen, 1724. La dévotion au Sacré-Coeur de Notre-Seigneur Jésus*Christ établie dans les communautés des Religieuses de la Visitation, Nancy, 1732 ; 9e édition, Nancy, 1803. La dévotion au Coeur de Jésus, recueil d'instructions et de prières pour l'association du Coeur de Jésus chez les Religieuses de la Visitation de Strasbourg. Strasbourg, 1746. Instructions, pratiques et prières pour la dévotion au Sacré- Coeur divin, l'office, vêpres et messe de cette dévotion (Manuel à l'usage de la confrérie établie à Paris dans l'église Saint-Laurent). Paris 1746. Instructions sur la dévotion aux Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie, Caen, 1750. Le parfait adorateur du Coeur de Jésus, Paris, 1765. Offices en l'honneur du Coeur adorable de Jésus et du très Saint Coeur de Marie à l'usage des Religieuses de la Congrégation de Notre-Dame de Corbeil. Sans lieu ni date. Et, chose curieuse, dans beaucoup de ces manuels, en marge de l'introït, on lit : Die vigesima octobris, alors que, dans le corps du livre, on nous dit que la fête du Sacré-Coeur a lieu le vendredi après l'octave du Saint Sacrement. Tant il est vrai que, dans les assertions du P. Le Beurier, il n'y a rien qui ne soit rigoureusement exact ! Que conclure de là sinon qu'entre la fête établie par le P. Eudes et celle du vendredi après l'octave du Saint Sacrement, il n'y a pas, comme on l'a prétendu de nos jours, de différence substan- tielle. C'est au fond la même fête avec le même objet, le même esprit, la même fin, puisque, pour la célébrer l'une et l'autre, on se sert de la même messe et du même office. LEBRUN. (1) Sur ces manuelsvoir notre livre sur le Bienheureuxean Eudeset le culte J publicdu Coeur e Jésus,p. 141-172,207q. d s
  • 41. Les Bénédictins de la Congrégation de France et le Culte du Sacré-Coeur « Le caractère principal de la piété de sainte Gertrude à l'égard du Verbe incarné est dans sa dévotion envers le Coeur de Jésus. Le mystère d'amour et de miséricorde renfermé dans ce Coeur divin lui avait été manifesté par le Fils de Dieu lui- même plusieurs siècles avant qu'il devînt, de la part de la sainte Église, Fobjet d'une religion spéciale. Sainte Mechtilde partagea cette faveur insigne ; et le Coeur de Jésus avait déjà reçu de nombreux hommages d'adoration et d'amour de la part des fils et des filles de Saint Benoît, lorsqu'il daigna au xvne siècle, par l'intermédiaire de la Vénérable Soeur Marguerite-Marie et du saint Ordre de la Visitation, réclamer, pour le salut de la terre coupable, le culte solennel dont il est enfin en possession. » Celui qui écrivait ces lignes dans la préface qu'il donnait à sa traduction des Exercices de sainte Gertrude, l'illustre Abbé de Solesmes, Dom Guéranger, pouvait-il n'être pas un dévot du Sacré-Coeur ? Celui qui restaurait en France l'Ordre bénédictin, inexistant depuis la Révolution, pouvait-il ne pas marcher sur les traces de ses devanciers, alors qu'il reconnaissait que « le Coeur de Jésus avait déjà reçu — avant le xvne siècle — de 1 nombreux hommages d'adoration et d'amour de la part des fils et des filles de saint Benoît » ? Il y a là une page d'histoire, non pas inconnue assurément, comme on va pouvoir le constater, mais trop oubliée peut-être et qu'il est bon de rappeler à une heure où la dévotion au Sacré-Coeur se rlpand de plus en plus dans le monde, et où la France reconnaissante de sa victoire vient de se consacrer d'une manière toute spéciale à ce Divin Coeur. Dom Guéranger disait à ses moines que la dévotion au Sacré- Coeur est un des fondements de la Congrégation de France ; aussi eut-il soin, quand il rédigea ses Constitutions, de le rappeler de la manière suivante :> « Zeli demonstrandi causa quo flagrat Congregatio adversus novatores posteriorum saeculorum, quorum- : dam dogmatum spéciale propugnatricis officium cum amore suscipit. Incarnati Verbi mysterium cum universis immensisque y consectariis adorans, illud sub èucharisticis speciebus confitetur, sub amantissimi Cordis Jesu symbolo novissime manifestatum gaudet ; illud fontem agnoscit hujus incommensurabilis gloriae qua splendet in oeternum dulcis amor Angelorum hominumque
  • 42. — 185— .. Maria Virgo Deipara ». Ce texte si formel, si clair par lui-même, peut être illustré par des faits. Nous allons nous borner à repro- duire ce qui a été publié il y a trente-quatre ans, sans y rien ajouter. En 1837, Dom Guéranger s'était rendu à Rome; et pendant son séjour dans la Ville Éternelle, lui, si dévot aux saints, demanda au Cardinal Odescalchi s'il ne lui serait pas possible d'obtenir pour son monastère de Solesmes un martyr des catacombes. Le Cardinal acquiesça volontiers à la requête qui lui était faite, et le corps de saint Léonce fut donné à Dom Guéranger. Ici nous citons (1). « Dom Guéranger avait eu là pensée de faire creuser à l'entrée du transept de l'église (de Solesmes) une crypte semi-circulaire ; il disposa ensuite un arcosolium décoré de marbres et de peintures à l'imitation des chapelles des catacombes romaines. L'autel place sous Varcosolium fut dédié au Sacré-Coeur... En 1863, Dom Guéranger commença un nouveau choeur, et le 4 avril 1865, il consacrait le maître-autel. Ce fut alors que notre abbé sacrifia, bien qu'à regret, la disposition de l'église qui rappelait l'antiquité. L'autel majeur occupa le chevet de l'église ; l'autel du Sacré- Coeur fut enlevé et la crypte fermée par une voûte et des dalles de pierre. « Mais puisque ce fut sous un autel dédié au Sacré-Coeur que reposa dès les premiers jours le corps de saint Léonce, nous ajouterons quelques explications relatives au culte rendu au Coeur de Jésus par les moines de Solesmes, dès le commencement de la Congrégation. Au moment où l'abbé Guéranger, projetant l'achat du prieuré de saint Pierre, multipliait ses efforts pour se procurer l'argent absolument indispensable, les religieuses de la Visitation du Mans, qui avaient alors Mme. de Clauchy comme supérieure, commençaient le 7 décembre une neuvaine à la très Sainte Vierge pour obtenir sa protection sur le nouvel ' établissement. Voici ce qui se passa dans les premiers jours de ~ cette neuvaine. Nous puisons dans les notes de Dom Guéranger. « J'étais en prière, écrit-il, dans la chapelle de la Visitation, quand je fus sollicité de consacrer l'oeuvre du rétablissement des Bénédictins en France, au Sacré-Coeur de Jésus, auquel je m'étais consacré moi-même dans la chapelle de ce monastère, le jeudi saint, en 1823 (2). Je fis voeu de demander à l'évêque la faveur (1) OEuvres e Dom PROSPER d GUÉRANGER. Mélangesde Liturgie,d'Histoire — Appendice Lesreliques saintLéonce tla crypte et de Théologie. 1830-1837. I : de e du Sacré-Coeur, 483-530. p. (2)Noustrouvonstrace decettedévotionde ProsperGuéranger ansunelettre d •qu'ilécrivaitle 3 août 1823à sonami Louvet,plus tard ministrede l'agriculture et du Commerce. Aprèsavoirdit à sonanciencamaradedu lycéed'Angers combien leur séparationlui.était pénible,il ajoutait : « Heureusement charmedessouvenirsmeranimeet meconsole maisil est le ; -encore moyen plus excellentde communiquer nsemblequoiqueéloignés: un e
  • 43. • -.— 186 — d'un salut du Très Saint Sacrement en l'honneur du Sacré-Coeur le premier vendredi de chaque mois, quand nous serions établis, et d'ériger un autel du Sacré-Coeur dans l'églisedenotre monastère si, après trois ans à partir du jour de l'installation, nous étions en mesure de continuer l'oeuvre. » « Nous savons quel fut le résultat de ces prières et de ce voeu. Le 14 décembre 1832, la veille du jour où finissait la neuvaine, les bâtiments de l'antique prieuré passaient des mains des anciens propriétaires dans celles du restaurateur en France de l'Ordre bénédictin. Fidèle à sa promesse et désireux d'établir dans son monastère un témoignage de sa confiance envers le Coeur de Jésus, auquel, on vient de le voir, il avait Voué son oeuvre, le nouveau prieur écrivit à Mgr Carron, évêque du Mans, -dans le but d'obtenir l'autorisation d'un salut du Très Saint Sacrement au premier vendredi du mois, jour particulièrement consacré au mystère du Coeur de l'Homme-Dieu. Le prélat, plein de bienveillance pour Solesmes, accorda cette faveur, en y joignant d'autres privilèges très précieux. « Quelques années après, l'oeuvre de la restauration recevait la sanction de l'autorité suprême, et Dom Guéranger, que le Souverain Pontife venait d'élever à la dignité abbatiale, pouvait, en dépit des obstacles, poursuivre l'entreprise avec l'intime conviction que le doigt de Dieu était là. Il accomplit donc entiè- rement le voeu qu'il avait fait chez les religieuses de la Visitation ; la chapelle du Sacré-Coeur fut construite et l'on grava sur la pierre première l'inscription suivante : t IN HONOREM SS. CORDIS JESU. EX VOTO. III. KAL.MAIIMDCCCXXXII. « Lorsque le nouveau choeur eut été construit, notre abbé : fit enlever de la crypte, qu'il venait de fermer, l'autel du Sacré- Coeur, mais il fit bâtir une nouvelle chapelle dont l'autel fut consacré le 7 juin 1867. On y remarque deux vitraux, dont l'un représente sainte Gertrude et sainte Mechtilde, moniales béné- dictines qui ont révélé les mystères du Coeur du Sauveur ; et l'autre, la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, religieuse visitandine qui eut mission pour faire établir officiellement ce culte resté jusqu'alors à l'état de dévotion privée. Un troisième vitrail offre une figure allégorique représentant l'Église Romaine adorant le Sacré-Coeur. A l'entrée de la chapelle, le visiteur aperçoit deux mots grecs, gravés sur une plaque de marbre c'est de penserl'un à l'autre devantDieu.C'estdans le Coeur e Jésus, d'où découle d la vraie amitié, qu'il faut quelquefois e'réunir ; c'est là que lesamitiés mortelles s prennentquelquechosede cet amourimmense consume Coeurdu Sauveur. qui le Voilà,vas-tu dire, notremoine(nomqui lui fut imposéau collège l'un de ses par condisciples), devient qui mystique. on,je n'aime pas la mysticité,d'ailleursce N n'est pas là le vice dominantdu séminairedu Mans; maisseulementautrefoisje mettaisla dévotionau Sacré-Coeur rang desdévotions au raffinées je metrompais : bien... »,
  • 44. — 187 — blanc : HTOPI CEMNO (1) C'était l'inscription dédicatbire de la crypte primitive. Ces deux mots sont empruntés à la célèbre inscription en vers grecs d'Autun, dont la découverte et l'inter- prétation ont été le point de départ des travaux de S; E. le Cardinal J.-B. Pitra sur l'antiquité chrétienne (2). » On comprend maintenant dans quel but Dom Guéranger fit entrer le culte du Sacré-Coeur dans les Constitutions qu'il soumit en 1837 à l'approbation du Saint-Siège. C'était à la fois, disait-il, une garantie d'orthodoxie et de solidité ; et il ajoutait : « C'est un des fondements de la Congrégation de France, et nous n'avons pas à douter que nous n'obtenions ainsi d'immenses secours. » En 1851, étant sur le point de partir pour Rome, le pieux abbé réunit ses moines en chapitre et leur communiqua un projet qui lui était cher. Il fut alors convenu que l'abbé présenterait, au nom de la Congrégation, une supplique au Pape pour demander que la fête du Sacré-Coeur fût inscrite au calen- drier de l'Église universelle. La supplique fut en effet présentée au commencement de l'année 1852. Pie IX, au début de son pontificat, avait établi la fête du Précieux Sang, afin d'exciter les âmes à la foi en la Rédemption. Ce fait fournit à Dom Guéranger l'une des solides raisons sur lesquelles il appuyait son humble pétition. Il insistait donc sur cette pensée que le Sacré-Coeur étant la source du Précieux Sang et exprimant l'amour avec lequel le Sauveur l'a répandu, il semblait plus opportun que jamais d'instituer une fête que les fidèles appelaient d'ailleurs de tous leurs voeux. Le Souverain Pontife fut frappé de cette considération et il dit à l'abbé de Solesmes de lui laisser sa supplique, et qu'il donnerait l'ordre au secrétaire de la Congré- gation des Rites de rédiger le décret. Mais par un concours de circonstances permises par la divine Providence, le décret ne fut pas alors publié et les choses en demeurèrent là. Quatre ans plus tard, le 26 août 1856, le Souverain Pontife Pie IX, de glorieuse mémoire, sollicité par tout l'épiscopat français, rendit le décret qui insérait au calendrier la fête du Sacré-Coeur, et en ordonnait la célébration dans le monde entier. A partir de 1856, disait ensuite Dom Guéranger, malgré le jansénisme et la fausse théologie, la cause était complètement gagnée. « Quant au pieux abbé, il ne cessa jusqu'à la fin de sa vie de revenir devant ses fils sur un sujet, qu'il affectionnait si tendrement. Nous ne saurions mieux clore ce récit qu'en repro- duisant un passage de l'une de ces familières et touchantes instructions que le père adressait à ses enfants dans ses Confé- rences spirituelles : « Fidèles à suivre l'impulsion de l'Esprit Saint, nous nous attacherons de plus en plus, mes frères, à la (1) Au Sacré-Coeur. (2) D. Guépin.Description desdeux églises abbatialesde Solesmes.
  • 45. 188 — dévotion au Coeur de Jésus. Ce monastère a été fondé à la suite d'un voeù au Sacré-Coeur. Dans notre reconnaissance, nous lui avons érigé-un autel et une chapelle, et nous l'honorons par le salut du Très Saint Sacrement à chaque premier vendredi du mois. C'est une tradition que nous suivrons avec une nouvelle ferveur, en comprenant que c'est dans cette dévotion que nous avons trouvé cette force invincible qui a maintenu notre famille religieuse au milieu de tant d'orages et qui la maintiendra encore contre tous ceux de l'avenir. « Que notre appui soit dans le divin Coeur de Jésus. Si nous sommes remplis envers lui de la vénération que nous lui devons, nous parviendrons à la perfection de notre état. Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur. Discite a me quia mitis sum et humilis corde. Voilà le,dernier mot de Notre-Seigneur Jésus- Christ sur son propre Coeur. N'est-ce pas ce que nous recommande de son côté le saint Patriarche ? Saint Benoît veut en effet que le moine soit l'homme de la paix et partant l'homme de là douceur et de l'humilité. C'est par la douceur et l'humilité que notre législateur a résolu tout le problème de l'organisation monastique. Donc puisque l'humilité et la douceur sont la base de la sancti- fication de l'âme, et que le Coeur de Jésus a pratiqué de telle sorte ces deux vertus que l'Évangile résume en elles et son caractère et sa vie, soyons bien persuadés qu'en les possédant nous accomplissons toute justice et arrivons à réaliser ce que Notre-Seigneur attend de nous. Soyons des adorateurs fervents du Sacré-Coeur durant notre vie, et quand nous quitterons ce monde, nous serons assurés d'être bien accueillis par le Sauveur, que nous aurons pris ici-bas, pour ainsi parler, par le côté sensible. Il nous donnera la gloire, et sa miséricorde se manifestera sur nous en proportion de l'espérance que nous aurons mise dans son divin Coeur. Fiat misericordia tua, Domine, super nos, quemad- modum speravimus in te. » Dom A. MÉNAGER,0. S. B.
  • 46. '...-. '—"189—" :-..".', :; : En Lisant c< la passion Nostre Jhesu Crist »(,) Seigneur « Regnabit » veut être-universel. ? C'est avec joie que nous y relèverons toutes les traces du rayonne- ;- ment du Sacré Coeur. 1 Et nous serons toujours heureux que nos amis nous signalent dans tous les ordres, les indices de « Son » influence. Aujourd'hui, feuilletons quelques pages de notre ancienne littérature, où nous retrouverons l'idée du Sacré-Coeur. La reposante douceur, celle de s'enfuir dans les vieux textes ! Tout à l'heure, j'étais sur la grande route, poussiéreuse et trépidante. Me voici dans la clairière, pénétré d'une fraîcheur de source, en face des sous-bois familiers aux anciens. Les «aïeux »me parlent comme on ne parle plus. Et je découvre parfois — émouvante surprise — que leur attention s'était portée, .déjà, à des objets que nous imaginons avoir découverts. Oui : sur une question « moderne », ils me laissent voir leur idée. Une idée nette et juste, sans raffinement d'ailleurs, et candide. Une idée qu'ils ne dissèquent pas — ils sont pour cela trop peuple — mais qu'ils expriment, sans appuyer, comme font encore aujour- d'hui, aux veillées d'hiver, les naïfs et malins conteurs de village. Et n'est-ce pas là un charme de plus ? « Nos vieux poèmes, disait Léon Gautier, sont évidemment l'oeuvre de simples fidèles qui savent bien leur petit catéchisme, et non pas de théologiens dont les yeux sont habitués à fixer humblement le soleil de la vérité. « Mais cette infériorité même de nos poèmes est à nos yeux ce qui les rend les plus précieux. Ce sont des oeuvres populaires, et c'est leur plus grand titre à notre attention. Les dogmes chrétiens n'y sont pas savamment approfondis, mais ils y sont sincèrement et naïvement exposés, tels que le peuple les croyait au moment même de la composition de ces poèmes. « Heureuse ignorance, heureuse sincérité que celle de ces auteurs de nos épopées nationales ! Par elles, nous pouvons cons- tater quelle était exactement la croyancepopulaire au douzième et treizième siècle, ou, pour mieux parler, la croyance des laïques à cette époque ». (2) (1) Le mystèrede la Passion,texte du manuscrit 97de la bibliothèque — Arras, 1893. 6 d'Arras, publiépar Jules-Marie RICHARD -, (2) LÉON GAUTIER, L'Idée religieuse ans la poésie d du épique moyen âge, V, 21. VoiraussiXV,73-75.
  • 47. ; .— 190 — Mais quoi ! Est-il possible qu'au moyen âge, les « laïques » aient eu communément l'idée du Sacré Coeur ? Dans le Crucifié, vers qui leur piété se tendait, ont-ils discerné le coeur, le vrai coeur de Jésus ? Pas sans doute pour en scruter théologiquement les abîmes. Pas même, peut-être, pour lui rendre un culte distinct. Mais, enfin, l'ont-ils distingué nettement, attribuant à ce coeur quelque merveille spéciale, devinant quelque raison de le mettre comme en relief ? Lisons ensemble « le mistère de la passion Nostre Seigneur Jhesu Crist », tâchant de nous figurer, dans quelque vieille ville, sur une scène sans artifice adossée au portail d'une de nos cathé- drales, des acteurs sincères ; et, sur la place, parfois recueillie, parfois houleuse, une assistance très sensible aux sentiments "qu'elle entend exprimer. * * * Des hommes, deux de Jérusalem et deux de Sidon, sont venus au Calvaire hâter la mort des suppliciés. Ils brisent les jambes des larrons. Puis, arrêtés devant Jésus, ils disputent à son sujet. LE1er DEJHÉRUSALEM. Et cilz cy est-ileschappés î LE2eDEJHÉRUSALEM. C'estoitce quej'ay advisé, 17545Maispourvray il mesemblemort. LE1erDESIDON. Aussifait-ilmy s'il ne dort, Maisilsemblequ'il nedort pas, Alonsle dire a Cayphas. LE2eDESIDON. 11 n'est pas mort, si est. LE2eDE JHÉRUSALEM. C'estmon. 17550II seremoet. LE 1er DEJHÉRUSALEM. Bé non fait non, Je ne sçayque vous en jugiez, Il est mors, riensne lui brisiez, Soïezen sur, très bienle voy, Alons aux princes de la loy Et leur disonsla vérité. LE1erDESIDON 17556Alons, c'est très bien advisé. Les voilà donc partis, cependant qu'entrent en discussion : d'abord saint Michiel, Sathan et Cerbère; puis Cerbère, Lucifer et Sathan.
  • 48. 191 — Arrivés devant Anne et Cayphe : LE lBr DESlDON. 17730Messeigneurs,deversvous venons, Nous avons rompu aux larrons Les cuissescommeil estoit dit Tant qu'ilz en ont rendu l'esperit, A Jhesus rien n'avons rompu, Car pour mort nous l'avons tenu, Et est mors, sachiezvraiment, Se vous n'en estes bien content, Nousferonsce qu'il vous plaira. Mais Anne de répondre, soupçonneux, et tranchant : ANNAS. Cayphe amis, ascoutez ça. 17740Et vous messeigneurs e la loy, d Cette chose cy point ne croy, De sa mort nous fault asseurer Affinqu'il ne nous puist tromper Par sa magique ne aultrement, Car il est soubtil grandement. S'ay advisé que nous ferons, Droit cy Longisnous manderons, Chevalier fors et hardis. est Si sera de par nous requis 17750Que d'une lance qu'il ara Jhesus au costé frappera Tout oultre le cuer bien avant Tant que le sang en voist courant Et que nous soionsasseurés . Qu'il est mors. Avez-vous entendu? Les spectateurs naïfs ont, ce me semble, frémi. Il faut que soit transpercé le coeur du thaumaturge. De toute blessure il se peut guérir. Il n'y en a qu'une qui puisse « asseurer de sa mort ». Que Jésus soit donc frappé Tout oultrelecuerbienavant ! Un prince fait bien observer que Longis ne saurait porter le coup. Il est aveugle devenus, 17760IIne le sçara asséner. Mais un autre répond : Il faulra la lance poser Tout al encontredu costé. Et Thare va chercher Longis. Celui-ci s'excuse sur ce que « nulle goutte n'y voy ». Thare pourtant le décide à venir. Il lui recommande d'apporter sa lance. Et que son fer soit bien àgus. C'est pour frir au costé Jhesus Qui faisait tant d'enchanterie. A quoi Longis, fier et flatté, répond : Meilleurlance n'a en Surie Quela miennecertainement.
  • 49. 192 — Et les voici devant Caïphe qui, à son tour, va faire, à Longis ses recommandations. CAYPHÀS. Longis,bien soiez descendu, 17790Nous avons bien de vous affaire. Vousirez au mont de Calvaire Ou très bien vous ferez conduire, Mais ainçoisvous vuèil introduire De ce que vous ferezdroit là. Vo lance, porter vousfaulra Pour frapper ou costé Jhesus Que vous trouverezla pendu, Nous espéronstous qu'il soit mort, Maissonart cremons(1) et son sort, 17800Et pour estre seur fermement Voulonsnous que très roidement Vousboutezau dextre costé, Vo lancetant qu'arez trouvé Le cuer et le perchiezen deux. Soiezententis et songneux. Quant on ara vo lancemise De fairebienvostre entreprise Et gardezbien que taillez. Le coeur, entendez-vous ? C'est le coeur qu'il faut atteindre ; c'est au coeur qu'ils pensent tous ; et c'est le coeur que va cherchei Longis pour «le perchier en deux». Ils sont arrivés au sommet du Calvaire. LONGIS. Mettez-moi a lance, mettez. m 17820J'ay de férir grant voulenté, LE3e DESIDON. Mettezvous au dextre costé. Vousve là très bien pour atteindre LONGIS. Esse-fait? LE 1erDESIDON. Oil, frappez sans faindre. . Frappezens, avant, frappez fort ! LONGIS. Or ça, devinezs'il est mort, Je croisqu'il a le cuer perhiet, Je sens le sang qui jus en chiet, J'en ai trestoutfin plainesmains Oresqu'il a estébienattains. (1) Cremons Craignons. : Cremeur crainte. : Dans «la vengeance Jhesucrist»,EustacheMercadé, 440,disait: 1 Ainsivientmalédiction En toute placeet en tout lieu Oùil n'y a cremeurde Dieu. Cet «UstasseMercadé » ' Docteuren décret, Moultsage...et moultdiscret, Bachelieren théologie Et officiai e Corbie, d Est peut-êtrel'auteur dun mistère» que nousétudions.
  • 50. —193— ; .?. Oui, Jésus est « bien attains » : son coeur est ouvert, Et nos aïeux estiment que cette merveille doit se manifester par un miracle. Longis l'aveugle est guéri, guéri par le sang qui a coulé du coeur béant. Il tombe « en genoux » : 17830Ah ! vray Dieupère, quessecy ! Ah ! qu'ay je fait ? vray Dieu,ay my Vueillezavoir de moy pité, Vo miracleavez ci monstre Sur moi, car aveuglesestoie Et goutte nulle n'y veoie, Or maintenantsuis je garis Par vo sangque j'ai dessusmis. O vray Dieu plain de charité, O vray Dieu père de pité. Humblementvous requicr pardon. Et maintenant, c'est la Vierge Mère qui va exprimer son ravissement douloureux : NOSTRE-DAME 17893Hélas! Quelleadmiration! Hé ! que voy je ? hé ! que voyjou ? Monchierami, à quoi sert chou? Hé, filz,je voy ton cuer perciet. Elle aussi, douloureuse et ravie, c'est bien le coeur de son enfant qu'elle voit dans la plaie large ouverte. Et sa douleur s'exhale, naïve, poignante. Du coeur maternel, sa peine jaillit vers le coeur navré de son Fils pour revenir à son propre coeur, comme en un flux et un reflux d'amour. 17907Hé ! que fera ce cuerdolent? Las ! que fera ce dolentcuer ? Doulzfilz, doulzamis, doulzseigneur, 17910Tu es mors, doulzfilz, tu es mors! Ve cy le sang de ton beau corps Cy estendu à ceste terre. Grant deshonneur, rant vitupère g As fait, Judas mauvais clamé, Faulx trahitre mal renommé, C'est par toi, car tu le trahis.. Lasse! trahi avezmonfilz Et mis a mort cruellement Et encoremésunement ' Vray Dieu,il ne leur suffisait, Car ilz vousont au costédroit Une lance forment bouté Parmi vos cuer tant qu'acoré(1) Vousont doulzfilz de toute part. Hé, fier agu, comment on dart t L'a trasperciétrestout parrhy | Vecy le sang cy devant my. Hé ! sangqui cy es espandus, Tu es du cuermonfilz issus, 17930Certesissusest demoncuer1 (1) Acorè: percé jusqu'au,coeur.Encoreun vieux mot très expressifdont je regrette l'oubli...Ecoutezla plainte désolée qu'exhaleune mèredans la chanson de geste « Li Narbonnois : » Mielzvosisseestreférue d'une espée, O d'un coltelauzo cuer acorée, » Que de mes filz fusseainsi dessevrée.
  • 51. — 194— La vue du coeur transpercé de son Fils lui ouvre le coeur, qui s'épanche en accents d'une très amère suavité. « Assise au pié de la croix », elle « reçoit son filz tout estendu sur son giron et dist » : NOSTRE AME. D Ha I bien doy mauldirela mort. Las! je doy bienestreesmarie Pour cellechar qui fu nourrie 18440Dedansmes flans, or le tieng mort Hé, fils, a droit me dèsconfort Quant je te tieng tout mort roidi! Montrès chierfilz, très doulzami. Je te tieng mort, je te tieng mort, Dont mon cuer est en desconfort, Je te tieng mort, mon doulz amis, Je te tieng mort, mon très doulzfils, Je te tieng mort, lasI que feray-je? Las! queferay ? las ! que diray-je? 18450Tu es mort ! plus n'en fault parler. Hé l cuer qui ne me puelz crever, Pour quoi entiervas demourant, Quant tu voiston Dieu,ton enfant, En tel estât mort emporter? Hé ! je ne puisplus endurer. Hé ! mondoulzfilz,las ! tu esmort 1 Ce m'est un povre resconfort? Las l biense doit mon cuer doloir Quant monchierfilz qui main et soir 18460Me donnait solas et confort Je voy droit cy devant moy mort 1 Quebienvoulroieestre ensement 1 On veut, respectueusement, lui enlever le corps de son enfant : il se fait tard. JOSEPH. Dame,il nousfaut ou monument Le corps du bon Jhesus poser. Or ça vueillieztos aprester Son suaire, Nicodemus. NICODEMUS. Ve le cy ja tous estendu. Dame,laissieznous parfaire Nostreoffice. S. JEHAN. Bien nous doit plaire. 18470Or le prendezmoult doulcement. Mais le coeur de la Vierge n'a pas encore épandu toute la suave amertume dont il est plein. Sa cantilène reprend, poignante comme un adieu, berceuse comme le chant d'une mère qui endort son petit : NOSTRE AME. D Pour Dieu,seigneurs bonnegent, et Bailliezmoy çà mon très doulz fils, Bailliezmoy ça mon doulz amis, . Bailliezmoy ça mon doulz sauveur, Bailliezmoy ça mon-doulz seigneur,
  • 52. —195 • Bâilliezmoy ça, baillez moy ça, Bailliezmoy ça, nul ne l'ara Fors que moy ce est bien raison, Baillezmoyça monenfançon, 18480Bailliezmoy ça mon très doulzpère, Bailliezle à sa dolente mère, Baillezle à ceste dolereuse, Bailliezle à ceste peu heureuse, Avoir le doy, bien le sachiez, Caril est montrèsdoulzamy. * * * Ainsi, « dolereuse », se lamente la Vierge devant nos aïeux « ententis ». Leurs âmes sincères s'unissent à son âme. Sa douleur les point. Tout à l'heure, en écoutant Anne et Caïphe, leur attention s'est fixée sur le coeur du Crucifié. Avec Longin, ils ont admiré la vertu miraculeuse du sang jailli du coeur. Maintenant, « le cuer dolent », ils voient « le cuer perciet », et le beau sang Cy espandus Qui est du cuerdu Filz issus. Heureuse et intelligente simplicité de nos Pères 1 Pour voir le coeur de Jésus, ils n'avaient pas besoin d'imaginer un Christ qui se présente, le coeur « suspendu sur la poitrine » (1) comme un «capulaire. Leur regard, plus simple, était plus vrai : il allait au coeur de Jésus dans son adorable poitrine. Ils le voyaient, ce coeur, mort et navré, là même où, toute l'éternité, nous le verrons pal- pitant, ouvert, glorieux. Mon Jésus, doux Jésus « acoré » pour nous sur la croix sanglante, que je devienne simple comme mes pères, et que, par l'adorable plaie du coup de lance, moi aussi, désormais, « je voy ton cuer perciet » ! F. ANIZAN. (1) Cette expressionest du comteGrimouard deSaint-Laurent Les Imagesdu : ^acri-Coew pointdevuede l'histoire de l'art, p. 143,205. au et
  • 53. — 196 — //. — LES FïUTS FRANCE PARIS. — Confrérie du Sacré-Coeur érigée en l'église Saint- Sulpice. Nous sommes heureux de faire connaître cette confrérie qui compte déjà trois quarts de siècle. Son origine. — Trois ans après la consécration solennelle de l'église, le 30 juin 1745, M. Languet de Gergy, curé de Saint- Sulpice, manifesta publiquement sa dévotion au Sacré-Coeur : le Dimanche 1er Septembre 1748, il fit consacrer par le nonce apostolique et dédier aux Sacrés Coeurs de Jésus et de Marie, Fâutel de la chapelle qui porte aujourd'hui ce nom. Il fut le premier à Paris, à inaugurer dans les paroisses le culte public du Sacré-Coeur. Quelques jours après cette consécration, M. Languet qui avait déjà établi dans sa paroisse, l'adoration perpétuelle du Trè3 Saint Sacrement, y ajouta « la dévotion-perpétuelle du Sacré- Coeur ». ~~~La confrérie du Sacré-Coeur commençait. Un registre fut ouvert à la Sacristie. M. Languet s'y inscrivit en tête. Aucune prière spéciale n'étaitprescrite, aucune cotisation n'était demandée. L'inscription seule au registre de l'association était de rigueur : on témoignait ainsi se donner au Sacré-Coeur et Lui appartenir pour toujours. Ce ne fut que le 28 mai 1847 que la Confrérie fut érigée canoniquement par Mgr Affre, archevêque de Paris, sur la demande de M. Collin, curé de Saint Sulpice. A partir de ce jour dés milliers et des milliers de signatures couvrirent plusieurs registres : l'agrégation vint de la province autant que de Paris. En 1856, la Confrérie de Saint-Sulpice était affiliée àl'archi- confrérie du Sacré-Coeur, établie à Moulins, la seule qui existât alors en France. Conditions pour en faire partie. — 1° L'unique condition requise et suffisante pour être déclaré membre de l'oeuvre est l'inscription sur le registre de la Confrérie et la remise au postulant du cachet d'agrégation, signé par le Directeur. 2° Pour gagner la plupart, au moins, des indulgences, on doit réciter chaque jour le Pater, l'Ave et le Credo et l'invocation : « O très doux Coeur de Jésus, faites que je vous aime chaque jour davantage. » 3° Les associés sont invités à assister, s'ils le peuvent, à la messe dite pour eux à 8 heures, le 1er vendredi du mois, devant le Saint Sacrement exposé, et le soir au salut; à communier
  • 54. _ 197 — fréquemment, principalement le 1er vendredi de chaque mois, et le jour du Sacré-Coeur.. But et organisation de cette confrérie. — Son but est d'honorer le Sacré-Coeur de Jésus et de lui appartenir plus spécialement en vivant dans un esprit d'amour et de réparation envers Lui. Elle a pour directeur actuel un prêtre de Saint-Sulpice, M. l'abbé Boumard, 50, rue de Vaugirard, Paris. Elle a aussi une secrétaire, une trésorière et des zélatrices. Chaque troisième jeudi du mois, les zélatrices assistent, autant qu'elles le peuvent, à une réunion que préside le directeur. > Les membres de la Confrérie sont répartis en sections, com- posées chacune de 33 personnes, en l'honneur des 33 années que Notre-Seigneur a passées sur la terre. Chaque section est confiée à une Zélatrice, chargée de l'admi- nistration de cette section. La zélatrice a spécialement pour fonction de remettre, chaque mois, aux Associés, des. billets de piété, appelés billets du Mois. Chaque billet indique une lecture à faire, une pratique particulière à observer : ce qui n'a rien d'obli- gatoire, et a uniquement pour but de favoriser la piété des Associés. ROQUEFORT. (diocèse de Nice) --—Au Petit-Montmartre,' — pèlerinages diocésains le 17 mai, le 2 juin, le 28 juin, le 14 juillet. Un autre aura lieu le 19 septembre. Le Saint-Siège a daigné accorder l'indulgence plénière aux pèlerins. NICE. — A noter la prédication pour la première fois du mois tout entier du Sacré-Coeur, dans l'église de Saint Jean-Baptiste ' du Voeu. • ou ! ANNECY(Haute-Savoie). — La Basilique de Saint-François de Sales et de Sainte-Jeanne de Chantai dont la Crypte seule est achevée est appelée à devenir sur la colline « le Thabor du Coeur de Jésus. » — MARSEILLE. La Ville du Sacré-Coeur » a son centre de pèle- rinage, surtout en juin, au monastère des Visitandines à la Blan- carde : 2, 3 pèlerinages par matinée. Ce mois n'y suffit pas. — Dans la chapelle de ce monastère, le jour de la Fête du Sacré- Coeur, s'accomplit le voeu qui, en 1722, mit fin à la seconde peste de Marseille. Le Président de la Chambre de Commerce offre le cierge traditionnel. La cérémonie est présidée par Mgr FÉvêqùe de Marseille. — Ce même monastère est le centre d'une Archicon- frérie de l'Adoration perpétuelle au Sacré-Coeur, que fonda la véné- rable Anne-Madeleine Rémusaten 1717. Regnabit parlera bientôt de cette ardente « Propagatrice de la dévotion au Sacré-Coeur. ». NANTES.— Confrérie de l'Hommage au Sacré-Coeur de Jésus pour les biens de la terre. — Tel est le nom de l'intéressante confrérie établie en 1891, par ordonnance épiscopale de Mgr Lecoq dans la basilique Saint-Donatien, à Nantes.
  • 55. — 198 — Les vignerons du pays nantais, très éprouvés dans leurs vignobles, pendant les années qui précédèrent 1890 furent invités à se tourner avec confiance vers le Sacré-Coeur, qui a promis de bénir même les affaires temporelles de ceux qui lui seraient dévoués, et ils vinrent en pèlerinage à la basilique Saint- Donatien. Cette église votive au Sacré-Coeur, surnommée le Montmartre Nantais, est affiliée, pour ses OEuvres principales, à la Basilique du Voeu national. Sans tarder, les pèlerins, très nombreux, vinrent demander au Coeur de Jésus ses bénédictions pour tous les biens de la terre et pour les industries qui y sont étroitement liées. De cette idée de la supplication par des pèlerinages naquit dans l'esprit du Vénéré Curé de la Paroisse, M. le chanoine Hillereau, la Confrérie de l'Hommage. L'Association est ouverte à tous les travailleurs et à ceux qui les dirigent. Les uns et les autres, en faisant, chaque jour, Hom- mage au Sacré-Coeur de leurs personnes et de leurs biens, recon- naissent son pouvoir royal, qui est universel, et ils lui demandent en retour sa puissante protection. Puis, en sujets fidèles, ils- s'engagent à ne pas abuser de leurs biens et à les faire servir à la gloire de Dieu et à leur propre salut. Il est facile de comprendre les immenses avantages temporels et spirituels, que procure cette confrérie de l'Hommage au Sacré- Coeur. La Confrérie a des Statuts approuvés ; elle est dirigée dans chaque paroisse affiliée du diocèse (ou d'autres diocèses), par le Curé. Les Associés sont partagés en dizaines, ayant à leur tête des zélateurs et des zélatrices. II n'y a point d'obligation parti- culière, si ce n'est l'inscription et la prière quotidienne de l'Hom- mage (Voir ci-dessous). Chaque mois, habituellement le premier dimanche; les membres de la Confrérie sont invités à assister à une réunion, qui peut se faire à Vêpres. Dans cette réunion, on récite l'acte solennel de l'Hommage au Sacré-Coeur. Chaque année, il y a, à la basilique Saint-Donatien, le mardi de Pâques, un pèlerinage général, dit Pèlerinage du Sacré-Coeur pour les biens de la terre ou Pèlerinage de l'Hommage. Les pèlerins viennent en foule, de tous les points du diocèse, remercier le Sacré-Coeur, lui faire hommage de leurs personnes et de leurs biens et lui demander de les bénir et de lesleur conserver. Avant la guerre, lorsque les communications étaient faciles, il y avait, à la basilique votive, trois réunions successives, comprenant chacune la messe, une allocution, et la procession des Reliques des S. S. Martyrs Donatien et Rogatien. La première réunion, à 7 heures, était la Messe de Communion, pour la paroisse et pour la ville ; les deux autres réunions (9 h. .et 10 h. 1/2) étaient réservées aux paroisses rurales. Depuis la guerre, il n'y
  • 56. -, 199 ' a plus que deux réunions, les deux dernières étant fondues en une seule. Pour montrer aux très nombreux pèlerins le vrai sens de ces pèlerinages, on y chante le Credo, pendant la Messe, ensuite un cantique spécial, dit Cantique de l'Hommage, où chaque couplet correspond à l'un des biens temporels que l'on demande au Sacré-Coeur. Pendant la procession des Reliques, pour rendre plus expres- sives les prières des pèlerins, invités à aller, en ce jour, par les Saints Martyrs au Sacré-Coeur, on arrête le brancard des Reliques tout près du tabernacle de l'autel du Sacré-Coeur, et, dans un chant spécial, on demande aux Saints Donatien et Rogatien d'intercéder puissamment pour tous, près de Jésus, sacramen- tellement présent à côté de leurs restes précieux. L'après-midi, les pèlerins se rendent en grand nombre au Sanctuaire de Notre-Dame de Toutes-Aides (situé à 2 kilomètres), afin de demander aussi la bénédiction de la Mère, après celle du Fils, sur les familles et sur les biens matériels. Ainsi se termine, depuis trente-quatre ans, cette journée, toujours édifiante, toujours féconde en faveurs temporelles et spirituelles. Nota. — Pour tous renseignements, s'adresser à M. le Directeur de l'OEuvre du Sacré-Coeur, à la Basilique Saint-Donatien, Nantes. PRIÈRE DE L'HOMMAGE SACRÉ-COEUR AU « O Jésus, Roi adorable des Anges et des hommes, Maître et Seigneur de toutes choses, « Je vous fais i'hommage de ma personne, de ma famille et de mes biens. Je supplie votre Sacré Coeur, source de toutes grâces, de les conserver. « Je m'engage à réparer le mauvais usage que j'ai fait de vos dons et à en user désormais selon votre loi, pour votre gloire et mon salut. « Coeur Sacré de Jésus, ayez pitié de nous, « Marie, Mère de miséricorde, priez pour nous. « Secours des chrétiens, priez pour nous. « Saint Donatien et saint Rogatien, priez pour nous tous. Ainsi soit-il. » ANGERS.— Sur 414 paroisses de ce beau diocèse, 236 sont affiliées à l'Apostolat de la Prière avec un total de 56.169 associés, dont 6.490 hommes. Veuillent tous les diocèses de France imiter celui d'Angers dont F Évêque, Mgr Rumeau, est appelé par le chroniqueur du Messager « F Évêque de FApostolat de la prière » ! TUNIS. — Nous apprenons de cette ville que FArchiconfrérie du Sacré-Coeur en union avec Montmartre a été fondée en 1902 dans l'église cathédrale. Les premiers vendredis du mois sont très suivis et les communions à chaque messe nombreuses. La fête
  • 57. '.'. —200'—' du Sacré-Coeur est toujours une très belle fête. On y déploie toute la pompe possible; l'affluence des fidèles est considérable. Le 1er janvier on renouvelle la consécration du diocèse et de la Tunisie au Sacré-Coeur. Il existe à Tunis une église dédiée au Coeur de Jésus ; elle n'est pas centre de pèlerinage. CANADA Au moment de clore ma chronique mensuelle, je reçois du R. 'P. Alexandre Faure, O. M. I., — un des nombreux amis canadiens de Regnabit —' le récit émouvant de « la Fête du Sacré-Coeur à Saint-Sauveur de Québec ». Je transcris ces pages, qui compléteront heureusement ce que j'ai dit moi-même dans ma chronique du mois dernier. ;.;« La paroisse de Saint-Sauveur (15.000 âmes) jouit, dans le Canada français, d'une renommée particulière à cause de sa dévotion au Sacré-Coeur. « Cette dévotion se manifeste, durant tout le cours de l'année, par la façon vraiment remarquable dont est solennisé chaque premier vendredi du mois. Dès la veille au soir, le Saint Sacrement est exposé ; puis c'est l'adoration nocturne. Jusqu'à 11 heures ce sont les femmes et les jeunes filles qui se chargent de cette noble fonction : consoler le Coeur du divin Maître et réparer les offenses dont il est l'objet, surtout dans le Saint Sacrement. Les hommes viennent très nombreux dès 11 heures; et, jusqu'au matin, ce sont eux qui forment la « Garde d'Honneur ». La nuit se passe «i chants, en prières, en actes de réparation. Mais ce qui est particulièrement remarquable c'est le très grand nombre de communions qui se donnent en ce jour. Nous n'exagérons pas en donnant comme chiffre : 5 ou 6.000. Puis, durant la journée, , les adorateurs se succèdent, réunis, à diverses reprises, en groupes assez compacts pour remplir la grande église. Le soir, à 6 heures moins un quart, les cloches appellent les ouvriers qui, quittant leurs ateliers ou leurs usines, se dirigent vers le Sacré- Coeur et vont Lui rendre leurs hommages dans leur modeste costume de travail. C'est l'heure la plus solennelle, et l'on vient parfois de bien loin pour jouir de ce spectacle toujours nouveau et toujours impressionnant. Les vastes nefs et les galeries sont toujours combles, et voilà plus de quinze ans qu'il en est ainsi. « La dévotion au Sacré-Coeur est donc devenue la caracté- ristique de la paroisse de Saint-Sauveur de Québec. Elle a pénétré bien loin dans tous les coeurs et, par là, dans toutes les familles, dans tous les foyers, les magasins, les manufactures et les ateliers. Jl est dès lors facile d'augurer que la Fête du Sacré-Coeur se
  • 58. — 201 — célébrera ici d'une manière très solennelle. Ce sera comme une véritable fête paroissiale. 11en fut ainsi en l'année 1921, et nous croyons de plus que cette solennité fut tout à fait conforme au désir que Notre-Seigneur exprimait jadis à sainte. Marguerite- Marie : « Je te demande que le premier vendredi d'après l'octave du Saint Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Coeur en communiant ce jour-là et en Lui faisant réparation d'honneur par une amende honorable pour réparer les indignités qu'il a reçues pendant le temps qu'il a été exposé sur les autels. » « La préparation à la fête a commencé le jour même de la fête du Saint Sacrement. Il s'agissait de bien préparer les coeurs, plus encore que les grandes démonstrations extérieures. « Trois fois chaque jour notre église s'est remplie de fidèles : les enfants de nos écoles, les mères de famille, et, le soir, les ouvriers. Le résultat fut vraiment consolant. Dès les premiers jours de la neuvaine, trois ou quatre prêtres étaient requis pour distribuer la Sainte Eucharistie à chacune des messes du matin. C'est à Jésus dans l'Eucharistie que doit de préférence s'adresser le culte de réparation ; nous osons espérer que ces communions si nombreuses, renouvelées chaque jour, ont grandement contribué à nous mériter le pardon du Coeur de Jésus. « Les habitudes eucharistiques, ravivées par cette neuvaine si bien suivie, ont imprimé à la fête du Sacré-Coeur un cachet de . piété très remarqué. Une permission spéciale nous autorisait à célébrer la sainte messe, à minuit. Précédée d'une heure de réparation solennelle, la célébration du saint Sacrifice a réuni à la Table Sainte la très grosse majorité des hommes qui remplis- saient l'église jusqu'aux abords de la sacristie. Et, dès l'aube, les fidèles ont afflué si nombreux à la Sainte Table que l'on se serait cru à la fête de Pâques. 11en fut encore ainsi le lendemain, et le dimanche suivant. Il nous plaît d'insister sur ce fait, parce qu'il nous semble la preuve que la paroisse de Saint-Sauveur a offert au Sacré-Coeur l'hommage du coeur plus encore que l'hommage des lèvres. Celui qui fut vraiment l'âme de ces démonstrations, le R. P. Lelièvre, O. M. I, a vu son désir se réaliser : réunir en une procession très solennelle ce qu'il appelle des « ostensoirs vivants». Lorsque, le dimanche soir, nous avons vu défiler ces milliers d'hommes formant cortège au Saint Sacrement, nous étions bien assurés que cette masse compacte ne formait qu'un seul ostensoir, puisque tous, croyons-nous, avaient communié à l'occasion de cette fête. C'est par là surtout que la démonstration extérieure fut vraiment solennelle. « Cette démonstration, réservée pour la soirée du vendredi, fut remise au dimanche suivant à cause de la pluie. Elle réunit autour de Notre-Seigneur des membres de toutes les classes de la
  • 59. société. A la suite du dais, marchait, édifiant et recueilli, le Premier Ministre de la Province de Québec, entouré de plusieurs membres de la Chambre et du Conseil Législatif, ainsi que des représentants de là Magistrature et du Barreau. Le Maire de la ville, quelques échevins et un bon nombre de « notables » précé- daient les rangs épais de notre peuple d'ouvriers. C'est vraiment un acte de haute portée sociale que de réunir, et à la Sainte Table et dans une procession du Très Saint Sacrement, patrons et ouvriers, gouvernants et gouvernés, riches et pauvres, toutes les classes, en un mot, qui dans la lutte de chaque jour, sont exposés à se heurter en des conflits désastreux. « La fête du Sacré-Coeur, hommage public et manifestation solennelle de culte, fut ici, avant tout, le plus bel acte d'union chrétienne, de justice sociale et de charité que l'on puisse désirer. On s'en apercevra certainement le jour où il faudra rappeler à chacun le devoir austère de s'entr'aider pour le bien commun au lieu de se combattre, au bénéfice de l'égoïsme et des haines de classes. « La procession nocturne, véritable lave de feu, s'écoula le long de nos rues richement décorées et pavoisées. Elle passa sous des arcs de triomphe étincelant de milliers d'ampoules élec- triques, don généreux de ces modestes qui savent être magnifiques. Puis, tous ces courants se déversèrent en un seul océan de lumières aux pieds d'un immense reposoir, adossé à la façade de l'église. Longtemps, dans la nuit, ces hommes chantèrent en un choeur immense, des cantiques de foi, d'adoration, d'amour et surtout de pénitence. Le R. P. Lelièvre, O. M. /., sut tirer de cette masse, réunie autour de l'ostensoir, des actes unanimes de réparation, de prière et des promesses de fidélité au culte du Sacré-Coeur. Nous osons espérer que ces promesses seront tenues et que la paroisse de Saint-Sauveur bénéficiera largement des richesses spirituelles et temporelles que Notre-Seigneur a promises à tous ceux qui se feront les apôtres du culte de son divin Coeur. » Alexandre FAURE, O. M. I. Et maintenant, il m'est très agréable de parler d'autres apôtres qui travaillent, avec zèle et succès, à l'extension du règne du Sacré-Coeur, sur la terre canadienne. Ce sont les Révé- rends Pères Jésuites, les Eudistes et les Missionnaires du Sacré- Coeur. Et la liste n'est pas close avec leurs noms. Nos chroniques ont une moisson abondante à recueillir... Jésuites. — La Compagnie de Jésus revendique, avec raison, un privilège spécial. Nous en sommes heureux car elle est le grand ordre militant de l'Église. Ses moyens, son champ d'action sont immenses, et cela rejaillit ad maforem gloriam Cordis Christi. Voici ce que nous lisons dans le Messager Canadien du Sacré- Coeur que les Révérends Pères publient à Montréal : « On sait
  • 60. — 203 — les glorieuses paroles par lesquelles Notre-Seigneur confiait aux fils de saint Ignace la mission de répandre la nouvelle dévotion. Cette mission n'est certes pas un monopole. Tous les religieux, tous les prêtres sont appelés à faire connaître, aimer et honorer le Coeur de notre commun Rédempteur ; mais, de par Notre- Seigneur lui-même, c'est là pour sa Compagnie un devoir plus sacré, issu d'un appel plus direct et d'un décret nominatif. Que d'autres oublient de prêcher le Sacré-Coeur, ce ne serait pas bien sans doute ; mais que la Compagnie de Jésus l'oublie, ce serait une forfaiture, et elle aimerait mieux que sa main se desséchât et que sa langue s'attachât à son palais que de manquer à ce devoir aimé. Ses vrais fils diront toujours : Malheur à nous si nous n'évangélisons et ne dépensons notre vie à faire honorer le Sacré-Coeur ! » Fidèles à cette mission, les Révérends Pères Jésuites font connaître au Canada, par leurs écrits, leurs prédications, leurs oeuvres, le Sacré-Coeur de Jésus. Leur revue Le Messager Canadien du Sacré-Coeur pénètre en des milliers de foyers. Ils sont vraiment les continuateurs du vénérable Père de la Colombière auprès des âmes que Jésus attire vers son Coeur. Nous aurons de nombreuses occasions de signaler les fruits de leur zèle, et nous le ferons avec bonheur. EUDISTES.— Que les Révérends Pères Eudistes aiment Te Sacré-Coeur, qu'ils le prêchent au Canada... Ils ne seraient pas Eudistes s'ils manquaient à cette mission. La dévotion au Sacré- Coeur de Jésus est un testament de leur Fondateur, le bienheureux Père Eudes. C'est de cet apôtre de la charité que l'Église a reçu le premier office, la première messe composée en l'honneur du Divin Coeur, et cela, bien avant les apparitions de Jésus à sainte Marguerite-Marie. Les Eudistes ont deux grandes amours : le Coeur de Jésus, Te Coeur de Marie. Partout où ils passent, sur la terre Canadienne, ils parlent de ces deux Coeurs pour les faire aimer. J'ai, sous les yeux, l'Echo paroissial du Sacré-Coeur, bulletin mensuel que les Révérends Pères Eudistes publient à Chicoutimi, province de Québec. Il est très intéressant et montre l'intensité du travail accompli par les Révérends Pères, dans la belle paroisse du Sacré-Coeur qui leur a été confiée par Monsei- gneur F Évêque de Chicoutimi. J'aime à unir au nom des Révérends Pères Eudistes, celui des soeurs de la Charité du Bon Pasteur. Leur Père et Fondateur est le même. Les soeurs ont aussi l'amour du Sacré Coeur de Jésus, du saint Coeur de Marie. J'ai été témoin, dans leur monastère d'Ottawa, de leur zèle ardent pour tout ce qui touche à l'extension du règne de Jésus, et à la gloire de son divin Coeur. LES MISSIONNAIRES SACRÉ-COEUR. DU Leur nom seul suffit pour les faire connaître. Comme on Fa montré, dans un article récent, publié dans Regnabit, ces missionnaires sont placés d'une manière
  • 61. — 204 — spéciale sous la protection de la très Sainte Vierge Marie (1). Ils aiment, donc, comme les Révérends Pères Eudistes, à associer l'extension des deux règnes du Sacré Coeur de Jésus et de Celle qu'ils honorent, sous le beau titre de Notre-Dame du Sacré-Coeur. Ils publient, à Québec, une belle Revue, les Annales de Notre-Dame du Sacré-Coeur ; et c'est sous les formes les plus attrayantes pour la piété qu'ils multiplient au Canada,' les oeuvres en l'honneur des deux Coeurs sacrés. Voici ce qu'ils annoncent dans un des numéros de leurs Annales, en juin 1920 : Érection de deux Archiconfréries dans la chapelle de N. D. du S. C. • « Il a deux mois, nous donnions connaissance à nos abonnés y d'un Bref de Sa Sainteté Benoît XV, en date du 10 décembre 1919, par lequel les Missionnaires du Sacré-Coeur de Québec voyaient leur chapelle enrichie de deux nouvelles Archiconfréries, celle du « Culte perpétuel envers le Sacré-Coeur » et celle de « Saint- Joseph, modèle et patron des Amis du Sacré-Coeur ». Le dimanche 2 mai de la présente année, Sa Grandeur Mgr Roy est venue ériger officiellement ces deux Archiconfréries au nom de Son Éminence le Cardinal Bégin. « Après un mot d'introduction du R. P. Supérieur pour expli- quer l'objet de la cérémonie, Sa Grandeur a lu le Bref du Souverain Pontife, puis elle a, dans un magnifique discours, souligné, en termes particulièrement heureux, le but et les avantages de ces pieuses Associations. » Je ne puis résister au désir de citer un passage du discours de Sa Grandeur Mgr Roy qui met bien en relief le but de l'Archi- confrérie du Culte perpétuel envers le Sacré-Coeur. Voici ses paroles, telles qu'elles sont sorties de son coeur toujours si pieux et éloquent : « Vivre en commun avec ce Coeur divin, tel est le but de F « Archiconfrérie du culte perpétuel ». Mais ici on fait un choix. Ce n'est pas une Association qui s'adresse à tout le monde. Ceux-là seuls sont dignes d'en faire partie qui sont prêts à partager toute la vie du Coeur de Jésus, qui sont décidés à s'associer à ses besoins, à prendre part à cette activité incessante qu'il déploie pour embraser les âmes, les gagner et les attirer à Lui. Donc, celui qui entre dans cette Association fait un pas immense dans la pratique du culte perpétuel envers le Sacré-Coeur. Il ne s'agit plus seulement de prendre part à des processions en son (1) Voir REGNABIT,Juin 1921,p. 28 - La Société Missionnaires u ' Sacré-Coeur: des d
  • 62. - 205 — honneur. Vous sentez bien que malgré de pareilles manifestations la masse du peuple reste froide ; vous vous apercevez bien que les vies ne changent pas assez ; vous constatez que cette dévotion extérieure ne s'empare pas suffisamment du coeur et de la volonté de ceux qui s'y associent. Un beau geste accompli en l'honneur du Coeur de Jésus arrachera des cris d'enthousiasme à ceux qui en seront les heureux témoins ; mais ce qui vaut mieux que cet enthousiasme, c'est la générosité, c'est que l'on associe le Coeur de Jésus à ses desseins, à ses besoins et à ses douleurs. Voilà ce que réclame Notre-Seigneur. Il veut des amis comme sainte Marguerite-Marie, des amis qui le comprennent, des amis non pas d'un mois par année, mais des amis de chaque jour, de tous les instants du jour, des amis dont l'amour divin transforme la vie, dont l'amour divin fait disparaître les défauts, que l'amour. divin appelle au sacrifice. Voilà pourquoi le Sacré-Coeur de Jésus se plaignait à sa servante de rencontrer beaucoup d'indifférence. Aujourd'hui encore soyez assurés que le Coeur de Jésus se plaint de ne pas trouver des coeurs reconnaissants. Il se plaint de ne pas rencontrer suffisamment de ces âmes qui se laissent attirer et transformer par son amour. Eh bien ! c'est à cela que l'on vous invite en vous demandant d'entrer dans cette Archiconfrérie. « Par ce « Culte perpétuel » on établit un échange incessant de sentiments et d'actes d'amour atteignant le Coeur de Jésus et se retournant vers nous, en torrents de grâces pour tous les besoins de nos âmes. Par ce culte perpétuel les amis de Jésus s'associent à sa vie eucharistique, et chacun, pour chaque jour, se charge d'une tâche spéciale. Aujourd'hui, ce sera l'adoration, demain et les jours suivants ce sera l'amour, puis l'action de grâces, la supplication, la compassion, l'expiation, l'union. Et ainsi, chacun s'appliquant à sa tâche, les journées de l'ami fidèle seront pleines du Coeur de Jésus ; toute la vie dé l'associé se trouvera vraiment enchaînée à Lui, c'est l'être tout entier qui sera pris par ce grand amour. » Je ne veux pas clore cette seconde chronique des oeuvres Canadiennes en l'honneur du Sacré-Coeur de Jésus, sans citer le compte rendu suivant, que j'ai lu dans le journal La Croix de Paris. :
  • 63. 203 100.000 âmes au Sacré-Coeur U¥.rchiconfrêrie de prière et de pénitence a fêté Le troisième anniversaire de son inauguration a Bergervifle (Québec-Canada) « Une fête délicieuse a été offerte au jour de Noël au Sacré-Coeur de Jésus, dans la chapelle du Montmartre canadien, à Bergerville (paroisse de Québec). « Ce 25 décembre 1920, FArchiconfrérie de prière et de pénitence fêtait son troisième anniversaire d'inauguration. « Un mois auparavant, une circulaire du R. P. Directeur avait stimulé l'ardeur des zélateurs et zélatrices et les avait invités à ménager au Roi de l'oeuvre de Montmartre un beau triomphe. « La victoire à remporter, disait-il, ce serait d'atteindre le chiffre de 100.000 associés pour l'armée réparatrice ; nous sommes actuellement 96.000. Unissons nos efforts pour offrir ce « cadeau de Noël » au Sacré-Coeur. » « L'idéal à réaliser était hardi ! En un mois, mois d'hiver, mois de neige et de glace, recueillir 4.000 associés, c'était une tâche qui n'était certes pas aisée !... Mais les encouragements tombaient de haut, et les bénédictions épiscopales, toujours si fécondes, vinrent stimuler la croisade. Le chiffre désiré fut dépassé de 785 membres, ce qui porte le chiffre actuel de l'effectif de FArchi- confrérie au centre canadien au grand total de « 100.785 associés ». C'est vraiment là un succès extraordinaire, vu que l'oeuvre ne date chez nous que de trois ans. «S. Em. le Cardinal Bégin qui, à Noël 1917, inaugura lui-même FArchiconfrérie dans son sanctuaire provisoire de la rue Saint- Jean, avait promis au R. P. Directeur de venir en personne présider la réunion du « troisième anniversaire ». « La cérémonie fut des plus imposantes. L'autel du Sacré-Coeur était embrasé de lumières comme un Thabor, il était orné, cette fois, de deux joyaux qu'il ne possédait pas l'an dernier : les deux drapeaux tricolores du Sacré-Coeur qui, pendant trente ans, avaient été exposés de chaque côté du maître-autel dans la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre à Paris, d'où le R. P. Directeur les apporta l'an dernier. « Le volumineux Livre d'Or, où sont inscrits tous les noms des élus du Sacré-Coeur, était disposé au pied de la crèche de l'Enfant divin. Des mains habiles avaient confectionné une page initiale, vrai chef-d'oeuvre, frontispice digne de la solennelle circonstance. «Avant le Tantum ergo, le R. P. Directeur lut l'acte de consé- cration au Sacré-Coeur. «Après la bénédiction, le chant du Christus vincit, Christus
  • 64. — 207 — régnât et imperat, fit vibrer la note triomphale, bien digne de la circonstance. Quand le Pontife eut déposé les ornements sacrés, le R. P. Marie-Clément monta à l'autel. Dans une chaude allo- cution, il sut délicatement faire ressortir les joies qui caractéri- saient cette fête : « Joie du Sacré-Coeur d'abord, qui se voyait entouré aujourd'hui d'une armée de 100.000 âmes ; joie de Son Éminence, qui voyait le « grain de sénevé» qu'il planta de ses mains, il y a trois ans, devenu, sous la bénédiction du Maître, un arbre déjà si puissant ; joie des zélateurs et zélatrices aussi qui, à leur tour, pouvaient voir leurs efforts aboutir à un si. beau triomphe. » « La cérémonie débuta à 3 heures de l'après-midi. Quelques prêtres étaient agenouillés au sanctuaire. Dans l'enceinte se pressait un groupe choisi de zélateurs et zélatrices de la ville ; ils avaient reçu une invitation personnelle pour la circonstance. « C'est avec peine qu'on quitta le beau sanctuaire qui nous paraissait un vrai coin du ciel. J.-B. HOREAU. IRLANDE L'Irlande est aimée en France. Elle y est peu connue. On sait qu'un Irlandais est un catholique. On le croit pauvre. Oui, l'Irlandais est catholique, les neuf dizièmes de la population appartiennent à notre sainte religion. Sa pauvreté est une longue histoire de persécutions, d'évictions qu'il n'appartient pas à notre Chronique de raconter. Je mentionnerai seulement, eh passant, ces quelques chiffres que je trouve dans un article du Rëv. Thomas Murphy, S. J. dans le Messager du Sacré-Coeur (décembre 1920) ; 3.500.000 ont été forcés de quitter leurs foyers et plus de 4.000.000 obligés d'émigrer. Les catholiques, qui «ont la grande majorité, ne possédaient au commencement du siècle que 600.000 acres de terrain, tandis que les non-catholiques en avaient 10.000.000 et l'église protestante 1,300.000. Pauvres, ehez eux, par la force des choses, les Mandai s réussissent à merveille à se créer de belles situations sur leurs terres d'exil. Je les ai connus au Canada, aux États-Unis. Ils sont les grands promoteurs et chefs de l'industrie et du commerce..A la tête du Central Pacific Railway on trouve Sir T. Shaughnessy. Aux États-Unis, J. Farrell est le Président de FOrégonand Washington Railway. Au Mexique, W. Rejan dirige le Mexican Railway. Dans les Banques, les Trust, etc., etc., dans la politique dans l'armée, partout, l'Irlandais réussit. Comme soldats, je ne puis m'empêcher de rappeler la part qu'ilsy ont prise durant la dernière guerre. Le duc de Wellington qui s'y connaissait a dit, jadis,
  • 65. — 208 — qu'il n'aurait pas pu gagner ses victoires sans ses Irlandais. J'estime que l'Angleterre peut répéter ces mêmes paroles, après avoir vu la bravoure, l'héroïsme et la science militaire des enfants de l'Irlande. > Aujourd'hui des choses lamentables se passent dans ce pays. Je ne les apprécierai pas : le clergé d'Irlande a parlé par la bouche de son épiscopat. L'opinion de l'Angleterre est partagée sur les moyens employés par le Gouvernement actuel. Je veux simple- • ment raconter quelques faits qui, au milieu des flammes, des ruines, des meurtres, montrent la foi et l'amour que les Irlandais professent à l'égard du Sacré-Coeur de Jésus. C'est d'abord le récit de la mort de six jeunes Irlandais que l'on a appelés les martyrs de Mountjoy et qui, deux par deux, furent conduits à l'échafaud. Après une première messe dite à 5 h. 20, le viatique leur futdis- tribué et la bénédiction in articula mortis donnée.Durant les quelques moments qui précédèrent leur mort, les deux premières victimes Wheelan et Moran, passèrent le temps en prières, faisant de nombreux actes de résignation, de contrition, et d'amour en union avec le Sacré-Coeur de Jésus. Ils s'embrassèrent, se dirent adieu, puis, jusqu'au fatal moment répétèrent leur amour pour le Coeur du Divin Maître. L'extrême-onction leur fut administrée immédiatement après leur exécution. Les deux victimes suivantes, Doyle et Rajan, montrèrent la même foi, le même courage chrétien. On dit même qu'en les voyant à genoux, qu'en les entendant prier le Sacré-Coeur et sa Très Sainte Mère, des larmes montèrent aux yeux des prêtres qui lés assistaient et des gardiens qui les conduisaient. Comme ceux qui les avaient précédés, Frank Flood et Bryan affrontèrent avec calme là mort, qui en pleine jeunesse, les enlevait à l'affection d'une mère tendrement aimée et d'une jeune épouse. Eux aussi ils prièrent le Sacré-Coeur, offrant leur mort en expiation de leurs péchés, pour la gloire de F Irlande. J'ai dit que je ne voulais pas porter d'appréciation sur ce fait tragique. Mais, je puis dire que la mort chrétienne de ces six jeunes Irlandais est fort belle, qu'elle est admirable, et qu'elle a trouvé sa grandeur dans leur union avec le Sacré-Coeur de Celui qui, jusqu'à la mort, a prié pour ses bourreaux. On a vu deux de ces jeunes gens embrasser le « Black and Tan» c'est-à-dire le soldat; (de cette police spéciale terrible et sans pitié employée par le Gouvernement) qui les gardait. Et, miracle de l'amour du Sacré-Coeur qu'ils invoquaient, on vit ce soldat demander et recevoir la communion avec les deux condamnés. N'était-ce pas, dès ici-bas, une récompense à l'amour, à la foi de ceux qui mouraient avec le nom dé Jésus sur les lèvres.
  • 66. Voici, maintenant, des.actions de grâces que je glane dans le Messager du Sacré-Coeur (Messenger of the Saered Heart), des R. R. Pères Jésuites. / Un prêtre australien écrit : Veuillez publier, en reconnais- sance pour le Sacré-Coeur et sa Très Sainte Mère, le fait suivant : « J'occupais une chambre dans un des grands hôtels de Cork. Je venais à peine de me retirer, quand j'entendis frapper à ma porte. Puis, deux hommes masqués entrèrent. L'un d'eux me menaçait, de son revolver. Ils éteignirent la lampe, m'obligèrent à quitter le lit, et, dans l'obscurité, me firent subir' un long interrogatoire. .M'étant adressé intérieurement au Sacré-Coeur de Jésus, je les vis soudain s'en aller sans m'avoir fait aucun mal. » Autres faits : Durant le pillage de Balbriggon une maison dans laquelle avait eu lieu l'intronisation du Sacré-Coeur est préservée de l'incendie. Les heureux habitants proclament leur reconnaissance envers ce Coeur adorable et, tous les jours, gardent une lampe allumée devant son Image. Une femme du Comté de Clare écrit : « Il y a quelque temps, une bande de gens armés entra chez nous, au milieu de la nuit. On nous donna dix minutes pour abandonner notre maison avant qu'on y mît le feu. Mon mari essaya de parlementer avec ces hommes, mais en vain. «Je m'agenouillai, alors, devant l'image du Sacré-Coeur, demandant au Bon Maître de nous protéger, de sauver notre maison qui lui avait été consacrée. « Par un miracle de sa toute miséricordieuse bonté, le Sacré- Coeur écouta ma prière. Les pilleurs partirent immédiatement. J'ai la plus grande confiance en Jésus et je suis sûre qu'il conti- nuera de nous protéger. ». On écrit de Belfast : « Pendant les derniers pillages de Belfast les catholiques étaient journellement chassés de leur maison. S'ils avaient le malheur d'offrir la moindre résistance, de faire la moindre réclamation, on mettait le feu à leur habitation et on les forçait ainsi à abandonner ce qu'ils avaient de plus cher au monde... leur foyer qu'ils voyaient ensuite brûler devant leurs yeux. Bientôt nous apprîmes que les Orangistes (Protestants) s'approchaient avec l'intention de piller notre district presque entièrement habité par dès catho- liques. Ils étaient près de 2.000. Ma maison fut envahie. On nous donna deux heures pour la quitter. Puis on installa, à notre place, des familles protestantes. Nous fûmes assez heureux pour pouvoir trouver un refuge pour la nuit, chez des voisins charitables. Le jour suivant, le général Bainbridge commandant de l'armée anglaise d'occupation publia un édit défendant les évictions. Nous le priâmes de nous faire rendre justice. Grâce à lui, les familles qui s'étaient installées dans notre maison durent
  • 67. — 210 — la quitter et nous pûmes rentrer chez nous. Pendant tous ces tristes événements, j'ai prié le Sacré-Coeur de Jésus, et sa Mère là Très Sainte Vierge Marie. L'ordre du général Bainbridge a été la réponse du Sacré-Coeur à mes prières. Jésus nous a sauvés, H a sauvé aussi beaucoup d'autres catholiques qui étaient dans le même péril que moi. Je crois à l'amour, à la protection du Sacré-Coeur de Jésus. » Je pourrais continuer encore longtemps le récit des inter- ventions miraculeuses du Sacré-Coeur en faveur du peuple irlandais, au milieu de l'affreuse tragédie où non seulement les foyers sont dévastés, mais encore où le sang de femmes, de vieillards," d'enfants, coule, où anglais, protestants et Irlandais s'entre-tuent. Je préfère terminer par un tableau du bonheur apporté à un foyer irlandais, grâce à l'intronisation du Sacré- Coeur. Une fervente catholique irlandaise du Comté de Clare écrit : « Je veux, vous faire connaître les bénédictions temporelles et spirituelles que nous avons reçues, depuis que notre maison est consacrée au Sacré-Coeur. Autrefois, nous avions bien du mal à joindre les deux bouts. Mon mari était pourtant travailleur, bon et sobre. Maintenant, grâce à Dieu, nous avons payé presque toutes nos dettes ; ma mère a été guérie d'une maladie dont elle souffrait depuis de longues années. Il est doux et consolant de prier le Sacré-Coeur, dans la détresse : 11est notre soutien dans les épreuves. Les enfants Le regardent comme quelqu'un de la famille, et, toutes les fois qu'ils le peuvent, ils lui apportent des fleurs. Cela rend heureux de les voir aimer ce divin Coeur. Comme je.voudrais voir toutes les maisons se consacrer à Lui ! Ce serait pour elles une source de bonheur. Chaque premier vendredi du mois, j'allume une petite lampe devant son Image. » Ah ! puisse cette scène de bonheur se. reproduire dans tous les foyers catholiques ! Puisse le Sacré-Coeur de Jésus aimé, honoré en Angleterre et en Irlande combler ces deux nations de ses grâces divines et les rendre heureuses dans une paix de justice et de charité ! J.-B. HOREAU. INDE L'Inde anglaise ou Empire des Indes comprend près de 300.000.000 d'habitants. C'est un ensemble de provinces direc- tement administrées par l'Angleterre, et d'assez nombreux États indigènes tributaires ou protégés. Au point de vue religieux, ce pays a eu plusieurs variations. C'est d'abord la période Védique que nous connaissons par les hymnes du Rig-Véda. Puis, la période Brahmanique. Enfin, le formalisme excessif des brahmanes occasionna une réaction qui aboutit au triomphe du Bouddhisme. Il n'entre pas dans le plan de cette brève chronique de faire
  • 68. — 211 — l'histoire de la grande religion de l'Empire des Indes. Je note le fait de cette religion d'État qui est comme l'essence même de la mentalité nationale, pour faire comprendre la somme de zèle,, de dévouement, de courage chrétien, qu'il faut à nos missionnaires pour faire connaître le Sauveur Jésus, et faire aimer son Divin Coeur. J'ai mentionné, dans un numéro précédent de Regnabit, quelques Revues et publications qui répandent la dévotion au Sacré-Coeur et qui, surtout au moyen de F Intronisation, étendent le règne social du Sauveur. En bien des endroits, ce sont les Évêques, eux-mêmes, qui sont les promoteurs de ce mouvement religieux. Ils savent, qu'en parlant du Coeur, de l'amour de Dieu, ils toucheront l'extrême sensibilité d'un peuple, tout imprégné de la pensée religieuse, et qu'ils porteront ainsi leur intelligence vers les sublimes vérités de la foi chrétienne. J'ai, devant les yeux, la Lettre Pastorale de Mgr FÉvêque de Melixpor. Elle est tout entière consacrée à l'Intronisation solennelle du Sacré-Coeur au Foyer. Mgr Dom Emmanuel Ribeiro Vieira de Castro expose avec science et piété, la doctrine de la dévotion au Sacré-Coeur qu'il représente comme le moyen le plus efficace pour nous porter à aimer Dieu. Puis, il parle des désirs, des demandes de Jésus qui veut voir son Image exposée et honorée, qui fait les plus magnifiques promesses à ceux qui- l'aimeront, qui l'établiront comme Roi, au sein de leur famille. Dans Le Croisé (The Crusader), Revue catholique d'Ajmer, Fr. Egidius O. S. F. C, directeur de l'OEuvre de l'Intronisation pour F Inde, fait un appel pressant, à l'occasion dé la canonisation de sainte Marguerite-Marie, pour une grande fête en l'honneur du Sacré-Coeur de Jésus. « Nous savons, dit-il, que de nombreuses familles de l'Inde ont correspondu aux désirs du Souverain Pontife. Elles se sont consacrées au Sacré-Coeur, elles l'ont solennellement intronisé dans leur maison. Mais, cette année, il faut faire quelque chose de grand, d'extraordinaire en l'honneur de ce divin Coeur qui nous a tant aimés ». Le Messager du Sacré-Coeur pour l'Inde (The Messenger of the sacred Heart of Jésus for India) que dirigent les P. P: Jésuites est rempli d'actions de grâces qui attestent et prouvent combien le Divin Coeur est aimé, est prié avec confiance, et qui montrent aussi avec quelle bonté celui-ci répand des tré- sors de grâces et d'amour .dans les âmesqui lui sont consacrées. On écrit de Bombay : « Je remercie sincèrement le Sacré-Coeur de Jésus de m'avoir guéri, ainsi que ma mère, de la maladie qui nous affligeaient depuis de longues années. » De Ceylan vient cette lettre curieuse : « Je suis un Hindou. Je souffrais. Un catholique de mes amis me conseilla de faire un voeu au Sacré-Coeur. Je le fis et je promis d'envoyer 5 roupies,
  • 69. — 212— eh son honneur, si j'étais guéri de mes souffrances. Grâces au Sacré-Coeur, mes prières ont été exaucées. » De Delhi, Dinapur, Dharwar, Mahim, Madras, Mangalore, etc. de tous les points de l'Empire montent vers le Sacré-Coeur de Jésus des actions de grâce pour des bienfaits reçus. Chose extra- ordinaire, comme dans le cas de l'Hindou, que je viens de citer, on voit des Protestants, des Bouddhistes se tourner, eux aussi' vers ce foyer de miséricorde et d'amour, et être exaucés. En terminant cette chronique des Indes, j'ai le plaisir de pouvoir transcrire une bonne lettre — elle est un encouragement; elle nous promet une aide précieuse — qui arrive aujourd'hui même, des Indes anglaises, aux Bureaux de Regnabit. Rév. M. le Secrétaire Général de Rédaction de la Revue « Regnabit » 30, Rue Demours, Paris XVIIe Ranchi, 14 juin 1921. RÉVÉREND MONSIEUR, Je m'empresse de vous exprimer mon bonheur de voir paraître une nouvelle Revue dii Sacré-Coeur qui promet de contribuer effica- cement à la diffusion de cette belle dévotion. J'espère bien bénéficier de la proposition contenue dans votre lettre d'obtenir de vos lecteurs, le montant de mon abonnement, et pour vous y engager plus effica- cement je vous donnerai une idée générale du progrès que la dévotion au Sacré-Coeura fait dans notre missiondu Chota-Nagpore. A Ranchi même, qui est centre et cerveau de notre Mission, nous avons un grand collège, une école normale, un séminaire, une école apostolique, et un grand pensionnat de filles (aborigènes), dirigé par les religieuses Ursulines de Thildonck. Toutes ces institutions réunies comptent une population d'environ 900 chrétiens, tous aborigènes appartenant à différentes tribus : ouraons, mundas, et kharias. Dans toutes ces institutions la dévotion au Sacré-Coeur est très florissante. Dans chacune d'elles l'intronisation a eu lieu solennellement et est renouvelée chaque année le jour de la fête du Sacré-Coeur. Pendant le mois de juin, la statue du Sacré-Coeur est spécialement ornée et chaque jour des prières spéciales sont récitées devant elle.Mais la dévotion au Sacré-Coeur n'est pas confinée à Ranchi. Elle est florissante dans chacune de nos vingt et une stations. Partout le 1er vendredi est célébré avec grande solennité, et ce qui vaut infiniment mieux, les chrétiens viennent en grand Tiombre et de très grandes distances, malgré là chaleur parfois très intense, pour parfaire leursneuf premiers vendredis. « Je me contente dans cette première lettre de vous donner une vue d'ensemble de l'état de la dévotion au Sacré-Coeur dans notre jeune mission. Plus tard, je me propose de vous raconter en détail quelques faits édifiants qui vous prouveront que nos nouveaux chré- tiens savent s'imposer de grands sacrifices pour satisfaire leur dévotion au Sacré-Coeur. f « Je me ferai un plaisir de prier pour le succès de votre OEuvreet
  • 70. ' ' - "— 213 — je souhaite de tout coeur que votre nouvelle Revue contribue grande- ment à répandre et à consolider cette si consolante dévotion, « En union de SS. Sacrifices. « Votre Serviteur en J.-C. « J. BRESSERS, J. » S. * * * Il est une île dont j'aimerai à parler et où les Missionnaires Oblats de Marie et les Révérends Pères Jésuites font des merveilles d'apostolat, c'est Ceylan. Je le ferai, dans une prochaine chro- nique, en citant les documents de tout ce qui se fait pour la gloire du Sacré-Coeur. Puisse le règne de Jésus s'étendre de plus en plus dans ces régions lointaines et réunir les âmes dans le bercail du Bon Pasteur qui, si amoureusement, leur prodigue les tendresses de son Coeur ! J.-B. HOREAU. du Courrier de « » Quelques pages Regnabit Lettre de S. G. Mgr Tonizza, Vicaire Apostolique de Tripoli, Tripoli, 6 Juin 1921 ' RÉVÉREND MONSIEUR, Merci du premier nupéro du Regnabit qui a un programme beau •et intéressant. Il m'est arrivé juste à la veille de la fête du Sacré-Coeur que nous nous préparions à célébrer le mieux possible. Avant de vous parler de la fête, je crois nécessaire de vous donner quelques petites explications sur l'état religieux de Tripoli. La ville de Tripoli est divisée en trois paroisses, qui Ont environ huit mille catholiques, répandus entre une quinzane de milliers de Juifs et environ vingt-cinq mille Musulmans. Une des paroisses est l'ancienne et belle église de la Mission Franciscaine, dédiée à Sainte- Marie-des-Anges. Les deux autres sont deux chapelles provisoires. La plus importante des deux, soit par sa situation au centre de la ville nouvelle, soit par la population qui en dépend, est dédiée au Sacré- Coeur. Je travaille à faire construire à côté de cette chapelle une belle église, qui sera ma cathédrale, et j'espère avant peu pouvoir en bénir la première pierre. Naturellement elle sera dédiée au Sacré-Coeur. J'espère pouvoir mettre dans une niche sur le haut de la façade la statue du divin Rédempteur, afin qu'elle domine toute la ville, et qu'elle soit comme une intronisation du Sacré-Coeur sur tout mon peuple. J'espère pouvoir finir la construction de l'église en deux ans, et alors quel beau jour sera pour moi celui de pouvoir la consacrer et
  • 71. 214 consacrer en même temps d'une manière solennelle mon Vicariat au Sacré-Coeur. Maintenant, je vous raconterai notre petite fête. Le 1erjuin, a commencé le mois du Sacré-Coeurdans la petite église qui lui est consacrée. Chaque soir, récitation du chapelet, petit discours sur la puissance, la bonté, l'amour du Sacré-Coeur pour les hommes, puis chant des litanies, duTantum Ergo. Enfin, le beau cantique Nous voulons Dieu, chanté avec enthousiasme par notre jeunesse. Peut-être ce chant n'est-il pas un chef-d'oeuvre de littérature, mais il enflamme les coeurs de nos jeunes gens, ce qui est l'essentiel. Vendredi dernier, j'ai cru que le moyen le plus efficace pour honorer le Sacré-Coeur, serait celui de commencer l'adoration du Très saint Sacrement, exposé comme pendant les Quarante-Heures. La petite église fut presque toujours pleine le vendredi et le samedi, les commu- nions furent nombreuses et nos jeunes gens firent toujours la garde d'honneur autour de l'autel tout paré de fleurs. Lé dimanche, je célébrai la Messe à 7 h. 1/2, et distribuai quelques centaines de communions. A 11 heures, après la messe chantée, j'eus le plaisir de bénir les drapeaux de deux groupes.: un groupe de quatre- vingts jeunes gens et un autre de soixante-cinq jeunes filles, presque toutes étudiantes des écoles féminines semi-gouvernementales. Ces deux groupes forment deux cercles faisant partie de la grande fédé- ration de la Jeunesse Catholique italienne. Le soir, à la clôture des Quarante-Heures, sermon, bénédiction. Le tout se termina par le can- tique Nous voulons Dieu, chanté par nos jeunes gens, aidés des voix puissantes qui sortaient des poitrines d'un fort groupe d'artil- leurs de .forteresse, appartenant eux aussi à la Fédération de la Jeunesse Catholique italienne. Avec respect, je me dis, votre très dévoué dans le Sacré-Coeur de Jésus. o t FR. GIACINTOONIZZA, F. M., Vie. ap. T De S. G. Mgr Briante, Archevêque de Cyrène, Vicaire apos- tolique de l'Egypte. Alexandrie (Egypte). ...Je suis heureux de pouvoir vous dire que la dévotion au Sacré- Coeur est très florissante dans mon Vicariat Apostolique. Chacune des paroisses importantes du Caire, de Port-Saïd, d'Ismaïlia du Canal et surtout d'Alexandrie a son association du Sacré-Coeur. La seule Association de la paroisse de Sainte-Catherine d'Alexandrie compte 1.500 membres dont la plupart sont fervents. Ces personnes "rappartiennent à tous les rites catholiques et à toutes les nations repré- sentées dans cette ville. L'heure sainte du premier jeudi du mois est très suivie et les exer- cices du premier vendredi en l'honneur du Divin Coeurvoient chaque fois un très grand nombre de personnes s'approcher de la table sainte. Chaque jour du mois de juin est célébré dans chaque paroisse de mon Vicariat par une prédication et des exercices en l'honneur du Sacré- Coeur. ; Les Ligues eucharistiques et les Gardes-d'honneur fondées ces années dernières dans presque tous les collèges des Frères donnent d'excellents résultats au point dé vue de la piété.
  • 72. ';'— 215 — -.. . .•• ... Dû R. P. Tabet, S. J, Missionnaire au Liban. Bikf aia, Mont-Liban; le 8 - 6 - 21 MONBIEN CHERMONSIEUR L'ABBÉ, Du fond du coeur,je vous dis un grand merci pour la délicate atten- tion que vous avez eue en m'envoyant le premier numéro de Regnabit, et je vous dis comme nous disons dans la langue de notre pays Î « Que Dieu garde vos mains saines et sauves, qu'il.augmente vos biens ». Volontiers je me ferais abonner à cette chère Revue, s'il n'y avait pas indiscrétion de ma part à tendre la main pour l'avoir. Volontiers aussi je me ferai un plaisir de vous mettre au courant de tout ce que nous faisons dans notre mission pour le Sacré Coeur de Jésus. Pous satisfaire à vos désirs, je m'en vais répondre brièvement aux diverses questions mentionnées dans votre bonne lettre. 1° Eglises : Les églises dédiées au Sacré-Coeur sont rares en Syrie, car cette dévotion n'était pas connue avant l'arrivée de nos Pères de l'ancienne et de la nouvelle compagnie. La première église est celle du couvent de la Visitation, fondée par nos Pères de l'ancienne compagnie à Antoura (Liban). Au-dessus du maître-autel, se trouve un magnifique tableau du Sacré-Coeur de Jésus, ayant devant lui à genoux les saints Louis de Gonzague et Stanislas Kostka. Depuis notre retour en Syrie, nous avons notre magnifique église de l'université Saint-Joseph (Beyrouth) et l'église de notre résidence de Zahlé (Liban). Dans cette dernière ville, capitale du Liban, la fête du Sacré-Coeur est chômée par les Grecs catholiques, et notre église ne désemplit pas de la matinée ; communions nombreuses, messe ponti- ficale grecque, exposition du Très Saint Sacrement, sermon, etc. Pendant la guerre, une fois les Pères français chassés par le gouvernement otto- man, je me suis trouvé seui dans cette dernière résidence, en ma qualité de Syrien, avec deux frères Syriens : chassés de la maison trois fois, nous avons pu garder notre église et nos oeuvres. J'avais fait le voeu de placer au-dessus de notre résidence une grande statue du Sacré-Coeur, modèle Montmartre, si la maison était conservée et si nos Pères y rentraient sains et saufs. La maison-à servi de palais de gou- vernement, d'hôpital, etc., etc. Mais elle est restée intacte et j'ai chargé le Supérieur de faire exécuter le voeu. Quand le calme sera complet et que nos ressources le permettront, le Bon Père compte réaliser mon projet. — 2° OEUVRES. a) L'Apostolat de la Prière est organisé en grand; Notre imprimerie de Beyrouth imprime chaque mois une grande quan- tité de billets bleus que nous répandons dans toute la Syrie ; et depuis bientôt deux ans, nous éditons un Messager arabe Au Sacré-Coeurde Jésus. b) Nous avons édité aussi un Catéchisme de F Intronisation des familles avec des diplômes arabes. Un Père de Beyrouth réunit les noms des familles consacrées, dans un magnifique livre d'or, et chaque mois, dans le Messager, paraissent les noms des familles consacrées en Syrie, en Egypte, en Mésopotamie et dans les pays de langue arabe. Nous avons aussi deux Mois du Sacré-Coeurédités par nos Pères, ainsi qu'un Manuel pour les Congréganistes du Sacré-Coeur... Tout cela est
  • 73. 216 édité en arabe. Si vous désirez en avoir un exemplaire, je me ferai un plaisir de vous l'envoyer. Ajoutez-y une : 3° LETTRE PASTORALE S. B. le Patriarche Maronite sur le Sacré- de Coeur de Jésus, réclamant de tout son clergé la'consécration de la nation maronite au Sacré-Coeur de Jésus. Cette consécration a eu lieu dans toutes lès églises du rite, le 29 mai dernier, et actuellement urte sous- cription est ouverte pour l'érection d'une statue monumentale du Sacré-Coeur,qui sera placée sur un des sommets du Liban. 4° Pratiques de piété en usage. — a) Communions. — Dans les villes, cette pratique est plus fréquente. Dans la montagne, les paysans trouvent difficile la communion pendant la semaine, aussi ai-je (ici du moins) fixé la communion mensuelle en l'honneur du Sacré-Coeur au premier dimanche du mois. Cette pratique est attachée à une belle oeuvre fondée par un de nos Pères. Comme chaque catégorie avait sa congrégation, hommes, femmes, jeunes filles, etc., le bon Père a voulu grouper les jeunes gens dans une congrégation ayant pour patron le Sacré-Coeur de Jésus ; cette oeuvre est une branche de l'Apostolat de la Prière. Très florissante avant la guerre et répandue dans plusieurs villages du Liban, elle faisait un grand bien. Après la guerre, la faim ayant décimé une grande partie de nos jeunes gens, plusieurs groupes ont disparu ; nous avons essayé de les réformer et d'en former d'autres. Sans parler des autres rési- dences de la mission, nous avons ici à Bikfaia et aux environs cinq congrégations du Sacré-Coeur. Les réunions ont lieu ordinairement vers le coucher du soleil ou le dimanche dans la journée : on récite le chapelet du Sacré-Coeur, le petit office du Sacré-Coeur qui est suivi du sermon ; la réunion se termine par un cantique spécial chanté par les congréganistes pendant que le prêtre tient le tableau du Sacré- Coeur exposé ; après quoi il bénit les assistants avec l'image. De plus en plus, ces congrégations se répandent ; on ne sait qui en donne l'idée à nos fidèles ; des villages lointains arrivent des demandes d'érection. Gloire au Coeur de Jésus ! b) Adorations. Heure Sainte. — Cette pratique était en usage à Beyrouth depuis longtemps dans la congrégation de Notre-Dame des Sept-Douleurs, qui comprend mille congréganistes ouvriers. Le jeudi, veille du premier vendredi, on étend des nattes par terre dans le parloir du collège. Les matelas sont placés selon le nombre des adora- teurs. A la tombée delà nuit, commence l'exposition et l'adoration jusqu'à cinq heures du matin. Cette pratique a lieu aussi le Jeudi-Saint et la veille de la fête du Sacré-Coeur. Depuis la guerre, à Zahlé et ici (et depuis quelques mois au village de Mallaka près Zahlé, dans l'église des religieuses indigènes des S. S. Coeurs) nous avons l'heure sainte générale. Au coucher du soleil, les congréganistes récitent le chapelet du Sacré-Coeur, une fois le Saint-Sacrement exposé; après quoi, à genoux au milieu du choeur, je commence un colloque avec Notre-Seigneur puis on chante l'office du Sacré-Coeur (vêpres et complies). Je reprends ensuite mon colloque et la cérémonie se termine, par le salut du Très Saint Sacrement. A Zahléi la cérémonie se termine par la procession du Très Saint Sacrement à l'intérieur de l'Église. Si je n'étais indiscret, je vous
  • 74. - 217 demanderais le livre du Père Matéo pour m'aider à faire mes colloques, pendant cette heure. Ici, la veille de la fête du Sacré-Coeur,des jeunes gens volontaires couchent dans notre petite école et se succèdent la nuit devant le Saint Sacrement, de neuf heures du soir à cinq heures du matin. Un de mes congréganistes, aveugle, passe toute la nuit devant le Saint Sacre- ment et chante le lendemain à la grand'messe. c) La fête du Sacré-Coeur, ici est solennisée en grande pompe. La veille, illumination de l'Église, fusées, feux de bengale, etc., nos pauvres ouvriers font de vrais sacrifices, pour donner à la fête le plus d'éclat possible. Le matin de la fête, une messe solennelle maronite (et ponti- ficale) se célèbre dans notre église. Les Congréganistes entrent en procession à l'église, bannière en tête, et la médaille du Sacré-Coeur sur la poitrine ; ils communient tous. Après la messe, je dis un mot sur la fête et renouvelle la consécration des familles, puis je fais crier trois fois par l'assistance « Vive le Coeur de Jésus, notre roi et notre père i » 11y a ensuite exposition du Très Saint Sacrement jusqu'à deux heures de l'après-midi. Au coucher du soleil, j'ai réuni cette année une Centaine de congréganistes de Bikfaia et des environs. Après la récitation de . l'office, commence une magnifique procession aux flambeaux ; enfants de notre école, jeunes gens, tous ayant une bougie à la main précèdent les enfants de choeur, puis' vient un magnifique brancard portant là statue du Sacré-Coeur placée au milieu des lis et des épis de blé, entourée de six lampions portés par des congréganistes ; vient ensuite le .clergé en surplis et les hommes. Aucune femme et jeune fille ne peut prendre' part à la procession. A la tête de la procession un de mes jeunes gens porte fièrement un drapeau français du Sacré-Coeur, aumône d'Un de mes amis de Lyon. Sur le parcours, toutes les maisons illuminent : on voit surtout de grosses boules de cendres imbibées de pétrole qui, allumées, font un effet magique. Du haut des fenêtres et des toits, on jette des fleurs et de l'eau de senteur (eau de rose ou de fleur d'oran- ger). On chante (en arabe) et récite le chapelet, les litanies du Sacré- Coeur. Après une demi-heure, la procession, sortie de notre église, entre dans l'Église paroissiale voisine illuminée magnifiquement. Neuf fusées ont annoncé l'arrivée de la procession. Une fois la statue du Sacré-Coeur placée sur un autel spécial, je fais un sermon, et je termine en faisant crier trois fois : « Vive le Sacré-Coeur de Jésus ». Vient ensuite le renouvellement de l'acte de Consécration des Congréganistes, suivi du salut du Très Saint Sacrement selon le rite maronite. Je fais une amende honorable au nom des assistants. Après la bénédiction, mes enfants de choeur viennent déposer aux pieds du Sacré-Coeur des gerbes d'épis et de lis (naturels) qu'ils portaient dans la procession. Je rentre ensuite chez moi, heureux d'avoir un peu contribué à faire régner et aimer le Sacré-Coeur. Le dimanche suivant, je descends à un village situé à une heure de Bikfaia où je viens de fonder Une nouvelle Congrégation du Sacré-Coeur. Messe solennelle, sermon, procession du tableau autour de l'Église. Le drapeau français du Sacré-Coeur flotte au clocher ; l'après-midi je me dirige vers un village voisin, Beif-Çhebab. Procession du Très Saint Sacrement qui passe par trois églises; des jeunes gens portent une statue du Sacré-Coeur ornée de blés et d'ama- ryllis. Sermon dans la dernière église, consécration au Sacré-Coeur, salut du Très Saint Sacrement, amende honorable. Partout où se
  • 75. — '218 — trouvent mes Congréganistes, il y a illumination la veille dé la fête du Sacré-Coeur. J'ajoute à tout cela la mention d'une Congrégation indigène des Soeurs Syriennes des S. S. Coeurs de Jésus et de Marie, fondées par nos Pères et qui nous aident grandement à répandre la chère dévotion. TABET, S. J. Pour aider « » Regnabit De pauvres chanoinesses (A. V.) 5 fr. Les Missionnaires du Sacré-Coeur 28 » D'un pauvre Couvent de la Visitation 5 » Les Soeurs de Saint-Gildas des Bois 10 » « L'obole d'un Curé » 5 » Des Ardennes 100 » Pour les pauvres missionnaires Les amis de Regnabit ont entendu l'appel que nous leur avons adressé. Quatre nouveaux missionnaires vont recevoir la « Revue Universelle du Sacré-Coeur ». Leurs noms seront donnés dans le numéro de septembre. D'autres demandes nous parviennent. En voici une, spéciale- ment émouvante. De notre Monastère de... (Pologne). A Monsieur l'Abbé, C'est un vrai sacrifice, un de ceux qui comptent, que nous sommes obligées de faire en venant vous dire que nous sommes dans l'impossibilité absolue de nous abonner à la Revue Universelle du Sacré-Coeur. La pauvreté nous étreint et au cours actuel dé l'argent polonais qui est sans aucune valeur à l'étranger, il nous faudrait. une somme énorme pour payer une année d'abonnement... — J'ai répondu les amis qu'on peut toujours compter-sur de Regnabit. Les amis de Regnabit montreront si j'ai eu tort.
  • 76. — 219 — III. — BIBLIOGRAPHIE BIBLIOGRAPHIE DU SACRÉ-COEUR. KARLRICHSTATTER, J. — Die Herz-Jesu Nerehrung des deutschen S. Mittelalters. 2 vol. Paderborn, Bonifatius-Druckerei, 1919. Cette importante publication — dont l'extérieur est assez négligé — contient bien des choses neuves, et d'abord cette constatation, — qui sera banale dans quelques années, — à savoir, que le culte du Sacré- Coeur était très répandu dans les pays rhénans dès la fin du xne siècle. Au chapitre 1er consacré à « l'âge d'or du culte du Sacré-Coeur », la doctrine de sainte Gertrude et des deux saintes Mechtilde demanderait cependant à être synthétisée davantage. L'étude sur les prédicateurs et mystiques allemands donne bien des témoignages laissés jusqu'ici dans l'ombre. Le second volume présente une série intéressante de prières et de poésies populaires, extraite de soixante-dix-huit manus- crits, et l'ouvrage contient en outre plusieurs anciennes gravures sur le Coeur vulnéré de Jésus et de Marie. On pourrait allonger indéfi- niment cette liste déjà considérable. Ainsi le dernier catalogue (1921) de Hiersetnann, de Leipzig, nous présente, sous le n° 61, un « livre de dévotion néerlandais de 1653 », qui enclôt dans ses initiales ici le monogramme de Marie avec un coeur et une couronne, là un coeur avec des pieds et des mains (du Crucifix), et au-dessus une colombe volant; là enfin, — et le doute n'est plus possible, :— une croix avec un coeur eh.son centre, couverte de fleurs et de sarments. E. TRUPTIN.— Les promesses du Sacré-Coeur à sainte Marguerite- Marie. Deuxième édition. Paris, Téqui, 1920. Prix : 5 fr. « Vous avez fait, écrit le cardinal Mercier à l'auteur, oeuvre de piété, de sobre érudition et de science théologique. i>On ne saurait mieux dire pour caractériser cet ouvrage qui rappell» à tous « les admirables récompenses » promises par Jésus aux apôtres et aux fldèles de son Divin Coeur,qui en établit exactement le texte d'après les manus- crits perdus ou conservés, et la portée d'après l'enseignement théolo- gique le plus sûr. « Qu'il se répande, ce livre, auprès des âmes indif- férentes, oublieuses ou rebelles ! » C'est le voeu d'une âme d'apôtre ; ce sera celui des lecteurs de la Revue universelle du Sacré-Coeur. E. TRUPTIN.Le drapeau du Sacré-Coeur et la bienheureuse Mar- guerite-Marie. 1 vol. in-12, 240 p. Chez l'auteur, Paray-le-Monial, 1918. Prix : 4 fr. Après les promesses individuelles et sociales exposées dans l'ouvrage précédent, celui-ci renferme une étude des promesses nationales faites par le Sacré-Coeur à la France, question controversée, on le .sait, qui soulève un double problème de critique : authenticité historique du message à Louis XIV, et son interprétation légitime ; puis surtout un problème de politique religieuse que l'auteur résout courageusement, dans le sens de Faction prudente mais immédiate. DE CALONNE.Le Sacré-Coeur. Tournai, Casterman. in-12 de 458 pages. De cet important ouvrage, le troisième!Iivre|seul porte le titre du Sacré-Coeur; mais lé premier, consacré à l'étude delà personne de Jésus, et le second, à son Sacrement d'amour, forment comme un péris-
  • 77. ^":y':yA:- :;;;'''":'V'';Wr'';:;'":'S^::*»:'--'.:' y :—:' tyle' magnifique, solidement fondé en doctrine, élégamment lancé vers lé ciel par l'effort Calme d'une pensée vigoureuse, —péristyle nécessaire, disons-le, pour que la doctrine du Sacré-Coeur prenne dans les esprits l'ampleur qu'elle comporte. Nous ne saurions trop récommander aux prêtres la lecture de ce livre, malheureusement inachevé, où M. l'abbé de Calonne avait mis le meilleur de son esprit et de son coeur. L. FEBVRE.Le Petit Apôtre du Sacré-Coeur. Paris, rue Bayard, 5. In-16 de 400 pages. Prix : 1 fr. C'est ici un catéchisme de la dévotion au Sacré-Coeur. Mais, comme il s'adresse surtout aux apôtres, clercs et laïques, il s'étend de préfé- rence sur les pratiques de zèle envers le Sacré-Coeur : consécration des individus et des familles, communion fréquente et réparatrice; puis il explique longuement les promesses du Sacré-Coeur. Erifin un appen- dice considérable contient les exercices de piété les plus usuels, en parti- culier le Petit Office du Sacré-Coeur. Ce manuel est exclusivement pratique et apostolique ; à qui possède par ailleurs une doctrine large .et abondante, il peut suggérer l'ardeur et le zèle industrieux qui font l'apôtre du Sacré-Coeur. — J. DARGAUD. Sainte Marguerite-Marie et l'Eucharistie. Paray- lé-Monial, Imprimerie nouvelle, 1921. In-12 de 216 pages. Après une étude préliminaire sur les rapports de fait et de droit qui existent entre la dévotion du Sacré-Coeur et la dévotion à l'Eucha- ristie,— deux courants de piété qui cherchent à se canaliser dans la dévotion au « Coeur Eucharistique » de Jésus, — l'archiprêtre de Pàray-le-Monial, à l'occasion du Congrès Eucharistique, a étudié longuement le culte de sa sainte pour le Saint-Sacrèment, et comme il le dit, «sa vie avec l'Eucharistie, de l'Eucharistie, pour l'Eucharistie». C'est le commentaire d'une parole que Notre-Seigneur adressait un jour à sa servante : « Je veux que tu ne vives plus que de moi et pour moi. » Les réponses enflammées de la sainte et les gloses du pieux auteur seront pour les lecteurs comme une effluve de cette piété ardente qui brûle toujours au sanctuaire de Paray. S. DEPLOIGE. e règne de Jésus-Christ. Sainte Jeanne d'Arc. Lou- L vain, Institut supérieur de philosophie, 1921. Nous avons déjà rendu compte (Regnabit, n° 1, p. 62) du premier de ces discours, plein de là doctrine de Léon XIII, prononcé à la «Semaine Sociale » de Dijon. Le panégyrique de Jeanne d'Arc a été donné à , Notre-Dame de Paris le 6 mai dernier. Les deux discours se terminent par un appel pressant au Coeur de Jésus. A. GONON.Jésus agonisant. 52 Méditations pour l'Heure Sainte. In^I8 de xiv -p- 326 pages. Librairie du Sacré-Coeur, 6, place Bellecour, Lyon. Prix franco : 7 fr. Aux pieux fidèles qui pratiquent l'Heure Sainte, et aux prêtres qui président cet exercice, le chanoine Gonon présente ici des sujets variés de méditations, pris aux sources les plus traditionnelles : les psaumes et l'Évangile* Il apporte, non dés phrases mais des idées précises, assez condensées pour être suggestives, suffisamment exposées pour ali- menter la prière d'un novice en l'art de parler seul à Dieu. BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE. E. GILSON.Le thomisme. Strasbourg, Vix, 1920. 1 vol. in-8? de 175 pages. Prix : 8 fr.
  • 78. 221; — M. GRABMANN. Saint Thomas d'Aquin, traduit par E: Vansteen- berghe. Paris, Bloud, 1920. 1 voi. in-12 de 225 pages. Prix : 7 fr. Voici deux bonnes « Introductions au système de saint Thomas >v ou comme s'exprime le Dr Grabmann, « à l'étude de sa Personnalité et de sa Pensée ». Le cadre de celui-ci est, en effet, plus vaste, puisqu'il renfermé 75 pages sur la vie du saint Docteur, sa méthode de travail, les sources de sa doctrine et les luttes qu'elle eut à subir après sa;mort. On regrette que le Dr Grabmann — qui ne partage pas la manière dé voir du P. Mandonnét,, au sujet des catalogues d'ouvrages de saint Thomas, — n'ait pas pris à coeur de combattre plus directement la thèse de celui-ci. De toutes façons, il aurait avantage, dans une nouvelle édition, à préciser d'après le P. Mandonnét certaines dates de la bio- graphie de saint Thomas. Pour l'exposé de sa doctrine, le docteur allemand débute avec raison par une bonne étude sur « la pensée et l'être », sur le système de la connaissance naturelle d'après saint Thomas, avant d'aborder lé problème de la connaissance de Dieu. Là nos deux manuels marchent parallèlement ; Gilson, malgré la concision énergique de son style, est plus étendu, car il ne craint pas d'emprunter à la « Somme contre les Gentils », Grabman se bornant souvent à traduire en abrégeant. D'HERBIQNY. Theologica de Ecclesia. I. De instïtutione ecclesiae primaeva. Paris, Beauchesne 1920. In-8° de 278 pages. Prix : 12 fr. Ce volume compact,.mais de typographie très soignée, ne donne que la première partie du traité de l'Église : l'institution du royaume ' de Dieu par Jésus-Christ et l'autorité confiée par Lui aux Apôtres et à Pierre. Le texte : Tu es Petrus s'y trouve défendu et commenté avec un luxe de preuves qui satisfera le critique comme le théologien. D'HERBIGNY. a théologie du révélé. Même librairie. In-8 couronne. L Prix : 12 fr. Excellente méthodologie de la science théologique. E. BARBIER.Cours populaire de catéchisme. Paris, Lethielleux, 1919. 3 vol. in-12. L'éloge de ce manuel n'est plus à faire A voir les explications si claires, les exemples si nombreux et si faciles à saisir, on-reconnaît le catéchiste-habitué à parler aux enfants. On peut toutefois -^- tant l'ignorance de la religion est grande à l'heure actuelle — recommander ce Cours populaire aux jeunes gens qui désirent revenir aux enseigne- ments de leur enfance : ils y trouveront tout l'essentiel de la doctrine et l'accent viril de. l'aumônier de la grande guerre. i L'éducation par la liturgie, par M. FLAD.Préface de Son Éminence le Cardinal MERCIER.A l'Art catholique, 6, place Saint-Sulpice, Paris; 1921 ; in-12 de xv -)- 423 pages. Prix : 8 fr. 50. L'éducation par la liturgie : Ce titre dit suffisamment le but que l'auteur s'est proposé en écrivant son livre : former les enfants non pas au moyen de procédés humains, mais en les mettant:à l'école de l'Église elle-même. La Sainte Église, notre Mère, qui est guidée par l'esprit de Dieu, sait mieux que nous ce dont nous avons besoin ; elle a ses prières à elle,; elle a ses Sacrements avec leurs rites divers,- et tout ceci est plein d'enseignements. Instruire ses enfants, les former .pour qu'ils arrivent à la-plénitude de l'âge;du Christ, tel est son but. Mme Flad, dans le livre qu'elle réédite aujourd'hui, se propose dé montrer que l'enfant qui, semblable à une cire molle, est capable de recevoir toutes
  • 79. -TT222 - lès impressions, ne saurait être mis?à meilleure école qu'à celle de l'Église. D. CASTELAIN. S. S. R. Les retraites populaires. Paris, Librairie C. de la Sainte-Famille, 1921. Cet apostolat, inauguré en Hollande, en 1917, par les Pères Rédemp» toristes, s'adresse avant tout aux gens de la classe ouvrière invités par quartiers à se réunir pendant trois ou quatre jours dans un local fixe pour écouter un missionnaire et faire quelques pieux exercices. On ne saurait croire les fruits de grâce obtenus par cette mission à domicile. DOMP. S., O. S. B. REVUE DES REVUES CORRESPONDANT mars). R. PINON. L'Europe nouvelle et le (25 Catholicisme. « On peut prévoir que l'Église russe, la branche la plus vivante des Églises séparées d'Orient, ébranlée jusque dans ses fon- dements par les révolutions politiques et sociales, va entrer dans des voies nouvelles. Quel que soit le régime qui s'établira en Russie, il assurera la liberté religieuse ; et la liberté dans tous les temps, a été favorable à l'expansion du catholicisme. » Les Nouvelles religieuses nous apportent en effet de l'Ukraine des nouvelles très encourageantes pour la diplomatie romaine. — (10 avril). P. RENAUDIN.Le pove- rello de Port-Royal, Jean Hamon, qui vécut pauvre, humble et joyeux intérieurement dans le triste et superbe Port-Royal. ÉTUDES(5 mars). A. D'ALÈS.Le Catholicisme de saint Augustin. Le P. d'Alès nous a livré ici beaucoup plus que i l'impression d'une première lecture » du livre de Mgr Battifol : c'est un résumé aux lignes très nettes de la théorie de l'Église dans saint Augustin. — (20 avril). P. DUDON. ur le cercueil de Napoléon. S E. GARESCHÉ. cardinal Gibbons. — (5 mai). CARDINAL Le BILLOT. La Providence de Dieu et le nombre infini d'hommes en dehors de la voie normale du salut. « Si l'on admet comme conformes aux règles, tant de la simple raison que de l'enseignement de l'Église sur la nature du péché, — qui dit essentiellement offense de Dieu et transgression consciente de sa loi — peut-être aussi pourra-t-on ne plus trouver si invraisemblable l'hypothèse d'un nombre considérable d'hommes qui faute de l'éducation requise, seraient demeurés, quant à la capa- cité de pécher, dans la condition des mineurs. » HOSTM (mars). M. IGAUCHERON. L'inttntion droite pour pourvoir s'approcher souvent de la sainte Table, ne comporte pas, surtout pour les enfants, un acte formel de volonté, mais, d'après les Pères et les Docteurs, elle est incluse dans le fait d'être en état de grâce et de vouloir faire comme font les bons chrétiens autour d'eux. Il y a là des consi- dérations sur la piété collective qui mériteraient d'être développées. — (Mai) I. SÉVERIN. a vie du P. Lintelo. — A. BESSIÈRES. our les L P petits. LETTRES (LES). (1er Mai). Ce numéro consacré en grande partie aux derniers préparatifs de la « Semaine des Écrivains catholiques » n'a pu empêcher les dissentiments de s'y affirmer une fois de plus, sous des formes tranchantes auxquelles on ne s'attendait pas. C'est du moins un avertissement opportun.
  • 80. — 223 — taire si lumineux de sainte Catherine de Sienne, est fortement inspirée de l'austère sermon de Bossuet sur la Passion. — J. ZELLE, S. J. Echos de Paray-le-Monial, et des fêtes du Jubilé, de la neuvaine du P. Baron et du triduum du P. Anizan. — (Juin). L. SEMPÉ,Sainte Radegonde. RECHERCHE SCIENCE DE RELIGIEUSE (septembre-décembre 1920)... PH. GOBILLOT.Les origines du monachisme chrétien et l'ancienne reli- gion d'Egypte. Ce mémoire, qui, dans le numéro suivant, atteint les dimensions d'un volume, nous donne des précisions sur la vie de cer- tains adorateurs dans le temple de Memphis ;-mais, s'ils s'imposaient une clôture relative, il est manifeste qu'ils ne pratiquaient aucun . ascétisme, moins encore les préceptes de perfection, et c'est le point qu'il eût fallu d'abord examiner, ce qui eût dispensé de s'étendre si longuement sur des choses accessoires. — (Janvier, avril 1921) PH. GO- BILLOT. es origines du monachisme chrétien (suite). — FR. TALON. L Saint Augustin a-t-il réellement enseigné la pluralité des sens littéraux dans l'Ecriture ? Il a seulement dit que Dieu a prévu les sens que l'esprit du lecteur y trouverait. REVUE F. D'ASCÉTIQUE de MYSTIQUE. CAVALLERA. et Saint Jérôme et la vie parfaite. Cette étude poussée à fond est à rapprocher d'une autre sur le même sujet parue dans la Vie spirituelle du mois d'avril. REVUES ES JEUNES D (25 avril). G. GOYAU.Joseph de Malstre et Auguste Comte.—DOM CABROL. fêle delà Purification de la Sainte La Vierge est présentée comme un drame, par l'opposition pleine d'ensei- • gnements entre l'ancienne et la nouvelle alliance. — (10 mai). H. LACOR- DAIRE.L'Eglise. Ces pages inédites, malgré l'inexpérience de la trans- cription, marquent une pensée plus développée que la conférence correspondante des OEuvres complètes. — A. SERTILLANGES. vie La tentée. Expression parfois saisissante d'un sujet qui n'est point neuf. — G. LACOUR-GAYET. politique religieuse de Napoléon. La REVUE HEBDOMADAIRE (19 février et 5 mars). R. VAL'LERY-RADOT. Sous le signe d'Euphorion. Voici des pages vibrantes et encourageantes, qui nous expliquent le désarroi dés intelligences à la veille d« la guerre, hypnotisées qu'elles étaient par l'Idéal révolutionnaire : Raison, Démocratie ; mais maintenant — grâce à Bergson et à Péguy, nous dit-on — nous assistons au « désastre de cet idéal ». REVUE PRATIQUE D'APOGÉLÉTIQUE mars) Mgr GRENTE. Une (l°r mission dans le Levant. — J. LEBRETON. Résurrection de Lazare. La Le professeur de l'Institut catholique de Paris montre bien les deux aspects du miracle : sa réalité historique et sa signification théolo- gique. — (1er mai). R. WYNTER.De VAnglo-Catholicisme à Rome. Relation très objective de la position exacte de la Haute-Eglise en Angleterre, relation impartiale faite par un converti qui, suivant, jusqu'au bout la logique de ses théories, est revenu au vrai catho- licisme.— (1er juin) Mgr GRENTE. ossuet. B REVUE PRATIQUE LITURGIE DE MUSIQUE ACRÉE. mars). DE ET S (9 DOM DÉMARET. nom de chrétien : son origine, son vrai sens, ses défor- Le mations intentionnelles dans les premiers siècles de l'Église. — (Mai). J. BAUDOT.S. Jean-Baptiste. VIE(LA) & LES ARTSLITURGIQUES (mai). DOM B. MARÉCHAUX. Ascension, Pentecôte. — M. GAUCHERON. passage du Seigneur. — Le
  • 81. — 224 MESSAGER COEURE JÉSUS(Mars). CH. PARRA, . J. La Passion DU D S du Coeurde Jésus. Cette méditation sur l'agonie, omettant le commen- DOMA. WILMART. rières anciennes pour l'Ascension et la Pentecôte. P [—- (Juin) DOM -MARÉCHAUX. Saint Sacrement. — DOM SÉVELLEC Le Les bienfaits du Coeurde Jésus et la joie spirituelle. VIE (LA) SPIRITUELLE (avril). B. GARRIGOU-LAGRANGE. perfec- La tion de la charité:estdans la vie mystique : « l'autre opinion, tout en prétendant combattre la présomption, peut faire croire à certaines âmes qu'elles sont arrivées à la vie unitive, alors qu'elles en sont bien éloignées ». '-— D. JÔRET. A l'école du Maître intérieur. — (mai). CH. SAUVÉ.Comment Dieu s'occupe de chacun de nous. —D. MARÉ- CHAUX. a. paternité de saint Joseph. —: L. PETITOT.La vie mystique L et ascétique de Jeanne d'Arc. — (Juin). E. HUGON.La vie spirituelle avec le Christ en Dieu, d'après saint Paul : ce sujet a été traité également d'ans la Revue d'ascétique du mois d'avril. DOMP. S., O. S. B. : TH.HJRT L'impr1meur-@êraizl ïrrip. TH. HIRT <£ FILS* 4 rue du Faubourg Çérfes V Reims