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  • 1. Regnabit. Revue universelle du Sacré-Coeur. 1922/03. 1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des reproductions numériques d'oeuvres tombées dans le domaine public provenant des collections de la BnF.Leur réutilisation s'inscrit dans le cadre de la loi n°78-753 du 17 juillet 1978 : *La réutilisation non commerciale de ces contenus est libre et gratuite dans le respect de la législation en vigueur et notamment du maintien de la mention de source. *La réutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait l'objet d'une licence. Est entendue par réutilisation commerciale la revente de contenus sous forme de produits élaborés ou de fourniture de service. Cliquer ici pour accéder aux tarifs et à la licence 2/ Les contenus de Gallica sont la propriété de la BnF au sens de l'article L.2112-1 du code général de la propriété des personnes publiques. 3/ Quelques contenus sont soumis à un régime de réutilisation particulier. Il s'agit : *des reproductions de documents protégés par un droit d'auteur appartenant à un tiers. Ces documents ne peuvent être réutilisés sauf dans le cadre de la copie privée sans l'autorisation préalable du titulaire des droits. *des reproductions de documents conservés dans les bibliothèques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signalés par la mention Source Gallica.BnF.fr / Bibliothèque municipale de ... (ou autre partenaire). L'utilisateur est invité à s'informer auprès de ces bibliothèques de leurs conditions de réutilisation. 4/ Gallica constitue une base de données, dont la BnF est producteur, protégée au sens des articles L341-1 et suivants du code la propriété intellectuelle. 5/ Les présentes conditions d'utilisation des contenus de Gallica sont régies par la loi française. En cas de réutilisation prévue par un autre pays, il appartient à chaque utilisateur de vérifier la conformité de son projet avec le droit de ce pays. 6/ L'utilisateur s'engage à respecter les présentes conditions d'utilisation ainsi que la législation en vigueur, notamment en matière de propriété intellectuelle. En cas de non respect de ces dispositions, il est notamment passible d'une amende prévue par la loi du 17 juillet 1978. 7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute définition, contacter reutilisation@bnf.fr.
  • 2. 1„ ANNÉE-N-IO MARS 1922 EN FAMILLE On nous a dit : « Regnabit » doit être un poids bien lourd. — Regnabit est une forée, qui soulève. Chaque jour, Regnabit nous vaut des joies nouvelles : Joies des bénédictions divines qui attestent la satisfaction du Christ Amour ; joies des bénédictions humaines- qui expriment le bonheur des âmes. Appréciation de S. G. Monseigneur Marius Besson, évêque de Lausanne et de Genève, dans la partie officielle de la « Semaine Catholique de la Suisse Française, organe du diocèse de Lausanne et Genève », 22 décembre 1921. On nous prie de signaler à nos diocésains, et d'abord aux membres de notre clergé, Regnabit. Nous le faisons volontiers. — Qu'est-ce que Regnabit ? C'est une Revue fondée en juin 1921 et paraissant douze fois par an : les six premiers fascicules forment un volume de 544 pages. Son titre, emprunté au message angélique de l'Annonciation : Regna- bit in domo Jacob in aeternum (Luc. 1. 32), indique son but : le règne du Coeur de Jésus. Elle a pour objet : « toute la question du Sacré- Coeur, tout le mouvement des âmes vers le Sacré-Coeur ». Les articles déjà parus se distinguent par la variété des matières et le sérieux de la doctrine. Une qualité, d'ailleurs, la recommandé spécialement ; « Elle n'est l'organe particulier d'aucune oeuvre, d'aucun pèlerinage, d'aucune confrérie, d'aucun groupe»... Elle est «universelle». Nous avons tant souffert de la multiplicité des petites revues qui se font concurrence et de la bigarrure des petites dévotions, plus ou moins
  • 3. ' 346 En famille en rapport avec le Sacré-Coeur, qui se succèdent les unes aux autres que nous saluons avec joie cet organe de concentration. En mention- nant et en commentant les innombrables formes extérieures que peut revêtir la piété sincère envers le Coeur de Jésus, Regnabit nous fait toucher du doigt cette double vérité que, d'une part, les pratiques pieuses les plus diverses peuvent être permises à ceux qui pensent y trouver un encouragement au bien (pourvu qu'elles ne soient con- traires ni à la foi ni aux moeurs), et que, d'autre part, il serait inop- portun de les propager indistinctement, comme il est ridicule de vouloir imposer à tout prix telle forme particulière de préférence à telle autre, comme si la vie de l'Église en dépendait. L'essentiel, c'est l'attachement personnel au Christ, en dehors duquel nul ne peut être sauvé. Nous souhaitons que Regnabit répande la dévotion raisonnable, sérieuse, solide, au Coeur du divin Maître, celle qui ne s'arrête pas au sentiment superficiel, mais va jusqu'au fond de l'âme et la transforme en la pénétrant du véritable esprit de l'Évangile. MARIUS BESSON, évêque de Lausanne et Genève. Lettre de S. G. Mgr Nicolas, îles Fidji, Océanie. 6 janvier 1922. Mon Révérend Père, Combien je vous remercie de m'avoir assuré la joie si vivement sentie de lire « Regnabit ». Plus je le lis, plus je l'aime ; je n'en passe pas une ligne. Que de bien vous faites dans le monde entier ! « Prospère procède », c'est mon souhait à vous et à « Regnabit ». Daigne le Sacré- Coeur vous bénir, ainsi que tous ceux qui coopèrent à une si belle OEuvre. Vous renouvelant mes remerciements et mes voeux, je demeure bien religieusement vôtre en J. M. CH. NICOLAS,S. M. Du R. P. L. Cestoc, Directeur de « El Bien ». Assomption, 25 novembre 1921. ...Je ne puis m'empêcher d'admirer et de remercier le Divin Coeur de Jésus d'avoir inspiré une si belle pensée aux fondateurs de « Regnabit ». Comme cette Revue va magnifiquement remplir le vide qui existait dans nos publications religieuses ! Quel beau développe- ment elle va donner au culte et à l'amour du Sacré-Coeur. Mais aussi avec quelle piété, quel amour pour Notre Seigneur et quel beau talent tous ces Messieurs de la rédaction s'acquittent-ils de la belle tâche ? Je prie Dieu tous les jours et je fais prier les bonnes âmes d'ici pour qu'ils trouvent dans leur travail une source inépuisable de toujours nouvelles énergies morales et aussi physiques. Je me figure en effet, que c'est à travers des difficultés sans nombre qu'ils le mènent à bonne fin : mais ce seront ces difficultés qui en feront la fécondité.
  • 4. En famille 347 Ici déjà ceux qui sont à même de lire ces articles — rares mal- heureusement, car l'Espagnol est plutôt que le français la langue des âmes dévotes — sentent comme un renouveau dans leur ferveur et leur amour.du Sacré-Coeur. Et malgré tout, la répercussion doit s'en faire sentir dans les masses, de langues indigènes. J'en augure un grand accroissement de piété pour le Coeur de Notre Seigneur, par conséquent des Communions plus fréquentes, et des vocations religieuses et sacerdotales plus nombreuses. Du R. P. Paul Régembeau, S.J. Rose-Hill, Ile Maurice, 15 septembre 1921. Monsieur, Je. vous prie de m'inscrire comme abonné à Regnabit. Le premier numéro de la Revue nous a beaucoup plu, à nos Pères de Saint Ignace et h moi. Autant que le permettent les circonstances, je. répandrai Regnabit autour de nous. Sans doute, d'autres prêtres de l'île Maurice s'abonneront. Dans ce diocèse, la dévotion au Sacré-Coeur est tout à fait florissante ; on peut dire que c'est la grande dévotion du pays : et sa forme la plus générale est la Communion du 1er Vendredi du mois. Viennent ensuite l'Apostolat de la Prière, la Garde d'honneur. L'image du Sacré-Coeur se trouve dans toutes les maisons Catholiques ; et l'in- tronisation du Sacré-Coeur dans les familles se répand. Je vous souhaite plein succès. Regnabit annonce Régnât. Lettre d'un Curé de Campagne de l'Anjou, à un bon Frère convers, zélé propagateur de Regnabit *. Je constate avec plaisir que vos efforts et vos fatigues sont dès, maintenant grandement récompensés par la diffusion si rapide de la Revue « Regnabit » — Vous avez fait joliment l'article — Vous avez eu plein succès, et sans crainte de vous donner aucun sentiment d'or- gueil, je vous en félicite chaudement, puisque ce n'est pas.pour vous que vous avez peiné mais pour la gloire du Sacré-Coeur. Pour ce qui me concerne, Dieu me garde de porter une appréciation sur une oeuvre si importante, ce n'est pas à un pauvre Curé comme moi de la juger — Mais il ni'est bien permis de dire que je lis « Regnabit » avec le plus vif intérêt, et je l'espère aussi avec profit. Alors merci de tout coeur et continuez votre oeuvre à laquelle je souhaite de plus en plus de succès — Travaillez pour le Sacré-Coeur. D'une maison des Soeurs de la Sainte Famille, Joliette, Canada. Nous sentons le Sacré-Coeur embraser nos coeurs à mesure que. nous lisons le charmant « Regnabit ». Puisse le Coeur de Jésus em- braser le monde entier de ce feu... « Amour au Divin Coeur de Jésus ».
  • 5. 348 En famille D'un monastère de la Visitation, ce charmant détail : Puisque notre simplicité vous plait, je vous citerai deux bonnes soeurs du voile blanc (converses) qui, après une journée d'extrême fatigue, s'entendent encore nommer le soir, à l'obéissance, pour se lever à 2 h. du matin et faire le pain de la communauté. Leur première pensée fut de faire connaître leur grande lassitude ; mais se ravisant aussitôt, une dit à l'autre : eh bien ! ce sera pour « Gnabit » ! Le mot fit fortune, et, maintenant, quand se présente quelque pratique pé- nible, on l'accepte pour « Regnabit » et les Anges du Monastère ins- crivent la victoire à l'actif de la Revue. Comme il faut toujours progresser, puisque l'activité est un signe de vie, chaque matin à la Consécration de nos deux Messes quoti- diennes nous demandons à, Jésus Hostie qui descend sur l'Autel, d'élever son Regnabit et tous ses collaborateurs à la hauteur de la tâche qu'ils se sont imposée, afin que selon son but il atteigne un grand nombre d'âmes, les gagnant à l'amour du Divin Coeur. Lettres d'âmes pieuses : «Regnabit* me donne idée d'un trait d'union entre les divers moyens dont les âmes se servent pour travailler à la gloire du Maître très aimé, et par votre revue, nous de si loin, pouvons jouir, applaudir, vibrer, apprécier nos frères, nos soeurs, tous ceux qui se dépensent au service du Coeur Sacré de Jésus. Que Notre Seigneur vous continue à vous et à tous vos collabo- rateurs les grâces et les bénédictions qui vous rendent de plus en plus aptes à faire le bien et beaucoup de bien. Je ferai tout le possible pour faire connaître et propager votre revue Regnabit: vous pouvez compter sur mes. prières et mes efforts à cette intention. Vous pouvez compter, Monsieur l'Abbé, sur mes Communions et prières, l'acceptation de nies peines et souffrances, pour l'extension de Regnabit, et aussi pour que le Sacré-Coeur vous facilite votre ministèret Je dois vous dire que j'ai une vie, quoique bien humble, très absorbante, de plus je suis plutôt isolée et j'ai bien peu d'influence; néanmoins je vous promets de faire tout mon possible pour répandre «Regnabit» et lui amener des abonnés qui, à leur tour, le feront connaître. Ce que je puis vous assurer pour votre si belle oeuvre c'est le secours de mes pauvres prières et de mes petits sacrifices, et croyez bien qu'il vous sera fidèle, trop heureuse serai-je de travailler pour le règne du Sacré-Coeur de Jésus.
  • 6. En famille 349. Terminons par cette lettre d'un prêtre qui est un ami. Je me réjouis sincèrement, vous le savez, du succès de Regnabit. Et je vous avoue, maintenant, que j'étais un peu sceptique.. Il me semblait qu'une revue pareille ne pouvait plaire qu'à un public très, très restreint. Cette impression, vous n'étiez pas seul, cher ami, à l'avoir. En quoi... vous aviez tort. Certes, si ce qu'on appelle « le grand nombre » est composé de ceux qui regimbent d'instinct contre le sérieux et qui refusent délibérément de jamais réfléchir, Regnabit n'est pas fait pour « le grand nombre » : pour ce grand nombre là, j'entends. Mais — grâce à Dieu et pour l'honneur de l'humanité — dans toutes les régions du monde, et par dizaines de milliers (ce qui est tout de même « un beau nombre ») il est des âmes qui, jusque là restées à un niveau peu digne d'elles, consentent joyeusement à s'élever, dès qu'elles y voient un intérêt, ou un devoir. A celles-là, à toutes celles-là, à ce grand nombre là, s'adresse Regnabit. Amis, cherchez ces âmes. Parlez-leur cordialement. Montrez- leur qu'elles peuvent et qu'elles doivent monter. Elles ont la grâce, participation de la Divinité qui est Vie et Splendeur. Elles ont deux caractères sacramentels, puissances ajoutées aux puissances quasi infinies d'une âme spirituelle. Elles ont la foi, qui est une lumière ; trois dons de l'Esprit Saint qui s'appellent Science, Sagesse, Intelligence. Supposé qu'elles n'aient pas toutes ces forces surnaturelles — qui restent à leur disposition et qu'elles recevront dès qu'elles s'y serontpotalc- ment disposées— elles gardent l'attrait de la beauté, un désir latent de vie profonde. Celles-là, toutes celles-là peuvent s'élever au-dessus du niveau où elles sont aujourd'hui. Elles le peuvent ? Elles le doivent. Elles se le doivent à elles-mêmes, puisqu'elles furent créées et rachetées pour vivre dans les altitudes, et puisque nul ne doit laisser enfoui le talent qu'il a reçu. Elles le doivent au Sacré-Coeur qui triomphera davantage a mesure que ses amis, montés plus haut, rayonneront eux-mêmes davantage, par Lui et pour Lui. Ce ne sera pas le moindre bienfait de Regnabit d'attirer et o établir ces âmes au seul niveau qui leur convient. Heureux ceux là qui l'aideront en cette tâche, ceux qui,
  • 7. 350 En Famille rencontrant des âmes hésitantes, leur feront prendre conscience d'elles-mêmes, et les encourageront à « s'élever » enfin : Cette ascension des âmes les maintiendra dans la lumière, dans la joie. Elle magnifiera le Sacré-Coeur. Eh ! ne faut-il pas qu'il soit magnifié ? — « J'ai rêvé, m'a écrit une âme idéale : j'ai vu Dieu sous la forme d'un coeur immense. Il renfermait toute la terre, pour la|faire vivre et se mouvoir en Lui. » Le beau rêve ! Voici deux cent quinze ans, il fut exprimé d'une façon fort curieuse, et suggestive. Sonnen- Licht- 1708. Motifcentralde la gravureinitialede S^Ilgemeines Bibliothèqueu Hiéron,Paray. d Il ne se fait pas de la mappemonde une idée bien exacte, ce cher Michael Leonti Eberlein. Espagne, France, Europe sont déformées. -La Chine (Sina) est une presqu'île. Notre Océan Atlantique — où l'auteur place la plaie saignante du coeur— se divise, on ne sait pourquoi, en Mer du Nord (Mare Sept.) et en Océan Ethiopique ( Oceanus Ethiopieus). Et nous nous sentons hésitants aux abords de ce pôle sud où voici la Terre Australe ineonnue (Terra Australis incognita).
  • 8. En Famille 351 Du moins nous apprenons que le Monomatapa —c'est vous, bon La Fontaine qui m'en avez parlé le premier — se trouve à même distance, à peu près, de l'Abassie ? (Abassia) et du Cap de Bonne Espérance (Prom. Bonae Spei). Traversons « l'Océan Ethiopique ». Voici des noms connus : le'détroit de Magellan (Fretum Magell.), le « Chili », le Paraguay (Paracuaria), le « Peru ». Si nous sommes un peu déconcertés par l'Océan Occidental (Oceanus Occidentalis) et par la Mer Pacifique (Mare Pacificum), quelle joie de saluer la Nouvelle Espagne (Nova Hispania), la Nouvelle Grenade (Nova Granata), la Nou- velle|France (Nova Francia) !.. Queljbonheur surtout d'acclamer avec les anges « le Coeur de Jésus,*Coeur de l'univers » (Cor Jesu, Cor Universi), et de voir dépeinte,1^deux cents ans à l'avance, la parfaite réalisation du grand acte de Léon XIII, la Consécration du genre humain au Sacré-Coeur l Hélas!.. Après l'idéal, figurons la -réalité :
  • 9. 352 En Famille Deux mille ans donc après que Jésus « nous a donné, sur la croix, son coeur » ; Sept cents ans après les premières manifestations connues du Sacré-Coeur ; Deux cent cinquante ans après les révélations de Paray-le Monial ; Vingt-cinq ans bientôt après la Consécration officielle du genre humain au Sacré-Coeur : Les dedx tiers des âmes sont païennes ; Du troisième tiers, la plus large moitié... voyez de qui elle est faite. Et dans le reste, dans le pauvre reste, à côté de splendeurs qui reposent les yeux de Jésus et qui attirent sa miséricordieuse tendresse, combien de déchéances et de non valeurs ! Ah ! travaillons ! Naguère, notre très aimé pape, Benoît XV, indiquait pour objectif à tous ses enfants la conquête mondiale qui doit réaliser la consécration de tout le genre humain au Sacré-Coeur. Animés de « l'esprit missionnaire » qu'il voulait nous infuser, nous com- blerons les voeux de notre Pape très aimé, Pie XI. Archevêque de Milan, c'est lui qui inaugura, dans cette ville, l'Université du Sacré-Coeur. Aussitôt après son élection, il s'est avancé jusqu'à l'extrême limite vers ses fils, et vers tous ceux qui devraient être ses fils, pour les bénir tous d'un coeur paternel... Une fois de plus, Regnabit demande : des prières, des sacrifices, des communions, des efforts d'apostolat, afin qu'advienne le Règne béni de l'Amour ! F. ANIZAN.
  • 10. 353 L'objet des révélations privées /. - DOCTRINE Les Révélations privées YI. -L'objet tes Révélations privées Nos dernières conclusions au sujet de la croyance que mé- ritent les révélations privées ont pu sembler, peut-être, un peu étroites. Comment expliquer l'influence si profonde de ces sortes de révélations dans la vie d'un bon nombre de saints, et même dans plusieurs manifestations de la vie sociale de l'Église, s'il est vrai qu'on ne peut les croire de foi divine proprement dite, et même qu'on ne peut en avoir généralement qu'une certitude approximative ? Les réflexions suivantes sur l'objet de révélations privées fourniront la réponse à cette question, et en même temps nous feront mieux pénétrer dans la nature de ces phénomènes sur- naturels qui, même lorsqu'ils sont réels et véritables, ne laissent pas d'avoir habituellement quelque chose de voilé et d'obscur, soit dans leur origine, soit dans leur interprétation. 1° — LES RÉVÉLATIONSPRIVÉES N'APPORTENT PAS A L'AME UNE NOUVELLE DOCTRINE, MAIS SEULEMENT UNE NOUVELLE LIGNEDE CONDUITE. Toute révélation, toute parole de Dieu tend finalement à nous manifester quelque chose de la vérité divine. Mais cette manifestation peut avoir un double but, selon que Dieu se pro- . pose directement de nous instruire et de nous former dans la foi des mystères divins, ou bien seulement de diriger d'une manière particulière quelques-uns de nos actes, en nous donnant une règle de conduite plus précise et plus immédiate. (1) La révélation qui a pour but direct de nous instruire dans la foi est achevée et complète, pour l'Église, depuis le temps des apôtres. Elle a commencé au paradis terrestre, s'est peu à peu développée au temps des patriarches, ensuite sous Moïse et les Prophètes, pour arriver à sa plénitude sous la loi de grâce, donnée Par Jésus-Christ et ses apôtres. Depuis lors, Dieu n'a plus rien révélé à l'Église, et il ne lui révélera jamais plus, ici-bas, aucun Mystère nouveau, aucune doctrine nouvelle. Sans doute, il y aura vie et progrès dans et l'Église, même au point de vue doctrinal dogmatique, mais cette vie et ce progrès n'apporteront jamais 0) S. Th. II — II. 174 a. 6.
  • 11. 354 Doctrine une vérité vraiment nouvelle ; ils ne feront qu'amener une intel- ligence de plus en plus complète et de plus en plus claire de la même vérité qui a été révélée toute entière à l'Église, dès l'origine. Ce que nous disons ainsi, en toute certitude, de la révélation faite à l'Eglise, pouvons-nous le dire aussi des révélations privées ? Et,, comme nous disons que, depuis les apôtres, Dieu n'a plus révélé, ni ne révélera jamais plus aucune nouvelle vérité doctri- nale à son Église sur la terre, pouvons-nous affirmer qu'il en agit de même avec les saints, ses confidents, de sorte qu'il ne leur manifeste à eux non plus, aucun mystère, aucune doctrine qu'il n'ait déjà- révélée à son Église dès le commencement ? Nous ne pourrions pas l'affirmer avec une absolue certitude ; cependant c'est au moins très vraisemblable, sinon moralement certain. Sur terre, en effet, toute âme chrétienne doit être soumise à l'autorité enseignante de l'Église. Et comment pourrait-elle l'être, si elle savait, de la part de Dieu, quelque doctrine que Dieu n'ait pas dite à son Église ? — De plus, la première règle à suivre pour juger des révélations, privées, c'est de voir si la doctrine qu'elles contiennent est positivement conforme à celle que l'Église enseigne. Et comment pourrait-on établir cette con- formité, si une véritable révélation privée pouvait contenir des doctrines que l'Église ne connaît pas ? — Enfin, si l'âme, ainsi illuminée d'en haut, veut agir avec prudence, et se conduire d'après les directions que Dieu même lui donne ordinairement, elle doit soumettre ses communications surnaturelles, même les plus intimes, au contrôle et au jugement de son confesseur ou directeur qui, lui, n'a que Venseignement de l'Église pour se former une conviction et pour régler sa conduite. Nous pouvons donc établir, comme pratiquement certain, que Dieu ne révèle plus d'autre doctrine, depuis les apôtres, pas plus à certaines âmes en particulier qu'à la société de l'Église. Les paroles de Dieu peuvent bien se rapporter à quelque mystère, ou à quelque vérité doctrinale, mais alors elles ne font que répéter, expliquer, éclairer la vérité donnée une fois pour toutes, à l'Église. L'action du Maître intérieur pourra être, il est vrai, imcompara- blement plus efficace et plus intime ; sa lumière' pourra être incomparablement plus claire et plus vive, que l'action et !a lumière de n'importe quel enseignement humain ; mais elles porteront toujours sur les mêmes vérités que Jésus-Christ a don- nées autrefois à son Église, et que celle-ci enseigne maintenant à tous les fidèles. Nous sommes donc en droit de conclure que les révélations privées ne sont pas données par Dieu directement pour instruire l'âme, ni lui manifester ce qu'elle doit croire, mais qu'elles appar- tiennent toutes à cette deuxième catégorie de révélations, dont parle saint Thomas, qui ne contiennent à proprement parler.
  • 12. L'objet des révélations privées 355 * qu'une règle de conduite, une norme donnée par Dieu pour une meilleure orientation de la vie ou, au moins, de quelques-uns de ses actes. (1) 2° — LES DIFFÉRENTES SORTES DE RÉVÉLATIONSPRIVÉES D'APRÈSLEUR OBJET SPÉCIAL. Si nous voulons maintenant descendre dans le détail, et examiner les différentes méthodes que Dieu emploie pour éclairer et diriger ainsi ses confidents et ses intimes, nous devons tout d'abord reconnaître qu'il est impossible de classifier exactement j les divers modes de l'action divine, car elle varie et selon les ! personnes à qui Dieu s'adresse, et selon le but spécial qu'il veut i atteindre en se communiquant à chacune d'elles. Cependant, il nous semble que toutes les révélations privées H pourraient se ramener, d'après leur objet spécial, à l'une ou l'autre des catégories que nous allons brièvement exposer. 1° Les révélations privées peuvent avoir pour but et objet J spécial de porter l'âme à une plus grande ferveur, en lui don- ' nant une connaissance plus précise, plus distincte ou plus péné- trante des mystères de la religion. Ces révélations, nous les trouvons dans la vie où les écrits d'un grand nombre de saints personnages : les unes nous rap- portent, dans les plus menus détails, les circonstances de la vie et les mystères de Notre-Seigneur ou de la Sainte-Vierge ; d'autres nous décrivent le séjour et les fêtes du ciel, ou encore les tourments du purgatoire et de l'enfer ; d'autres nous donnent des explica- tions théologiques des mystères etc.. Pour n'en citer que quelques unes, mentionnons par exemple les révélations de Sainte Fran- çoise Romaine. L'auteur de sa vie nous raconte près d'une cen- taine de visions de la sainte, sur les différents sujets que nous venons d'énumérer. (2) Nous lisons de même une longue série <te révélations les plus diverses dans la vie de la bienheureuse Véronique de Binasco. (3) On en trouve de semblables, et en très grand nombre, dans la vie de sainte Brigitte, de sainte Gertrude, de sainte Catherine de Sienne, et de tant d'autres. , ,.0) «Prophétia ordinatur ad cqgnitionemdivinaeveritatis pcr cujus contem- Pjationem solum fide instruimur, sed etiam in nostris operibus gubernamur... non *' er8°deprophétia loquamur, in quantum ordinatur ad fidem Deitatis, sicguidera suh se?undum très temporum distinctiones :humanorum legem, sub lege et scilicet, ante revi^!?tia"" Quan*um vero adsecundum diversrficata est, non directionem actuum, prophetica conri^i- m negotioruni...Et, ideo temporis processum, sed secundum nit? ae ns rf agendis, secundum quolibet tempore instructi sunt homines divi- quod erat expediens ad salutem electorum». S. Theol. II - II. Q. 174art. 6. non defuerunt aliqui prophetiae spiritum habentes, nonn "§ul'sad riovam doctrinam fidei rfii-»»?-em temporib'us, depromendam,sed ad humanorumactuum «"ectionem.Wd. ad 3». i >t'Acta SS. (Palmé) VIII p. 104 - 154. W)Acta SS. II, p. 186- 206.
  • 13. 356 Doctrine Celles qui sont peut-être les plus répandues parmi les fidèles sont les révélations de Marie d'Agréda sur la vie de la Sainte Vierge et celles de Catherine Emmerich sur la Passion de Notre-Seigneur! A ce genre de révélations peuvent assez facilement se ramener toutes celles qui ont trait à des sujets historiques, ou à des exposés théologiques, ou encore à des sujets scientifiques, comme sont surtout les révélations de sainte Hildegarde. Cette sainte, dans son ouvrage, Liber divinorum operum (1), nous décrit l'ensemble dés oeuvres de Dieu dans la création ; et dans le livre suivant : Liber subtilitatum diversarum naturarum creatarum (2), elle nous donne un véritable traité de physique et de médecine, tel qu'un savant de l'époque, au XII 8 siècle, aurait pu le composer. Et la sainte prétend ne rien dire qu'elle n'ait appris de Dieu lui-même, Que penser de ces sortes de révélations, et comment sont- elles objet de la parole.de Dieu ? D'une part, nous avons des raisons plus que suffisantes pour admettre qu'elles viennent de Dieu : la scienee miraculeuse qu'elles supposent bien souvent, la sincérité et la dignité des témoins qui nous les rapportent, ne peuvent nous laisser de doute sur leur vérité d'ensemble. Comment les rejeter, en effet, sans supposer que tous ces saints personnages qui nous les racontent, commes divines, n'ont été que des hallucinés ? — car, encore une fois, nous ne parlons que des personnes d'une sainteté incontes- table reconnue par l'Église ; des autres, il n'est pas question.— Et quel est le catholique qui oserait penser qu'une sainte Gertrude, une sainte Thérèse, et tant d'autres saints que l'Église propose à notre admiration et à notre imitation, n'ont été habituellement que des hallucinés ? D'autre part cependant, lorsque nous venons à comparer ces révélations entre elles, ou à les confronter avec des vérités que nous connaissons certainement par ailleurs, nous voyons aussitôt que tout ce qu'elles contiennent ne peut venir de Dieu. Entre quantité de révélations également acceptables, nous trou- vons des contradictions nombreuses et manifestes ; (3) dans celles qui touchent à des questions historiques ou scientifiques, nous constatons beaucoup d'erreurs certaines ; parmi celles qui donnent quelque explication théologique des mystères, les unes adoptent tel système, les autres le système contraire, selon les écoles théo- logiques dont le voyant a subi l'influence. Même dans les révéla- tions les plus authentiques, et les plus incontestables, si elles ont une certaine étendue, il y a des difficultés insolubles, des erreurs manifestes. (4) (1) Migne, P.L. CXCVIl, col. 742 - 1079. (2) Ibid. col. Ï126 - 1351. (3) Voir quelques exemples dans Poulain : Des grâces d'oraison p. 343- (4) On peut lire dans Amort : De Revelationibus...,un grand nombre de aiw
  • 14. L'objet des révélations privées 357 Cette double constatation nous met en présence d'une ano- malie qui paraît, au premier abord, bien étrange : le fait de révé- lations vraiment divines qui contiennent des erreurs de détail de toutes sortes. A notre avis, le seul moyen de résoudre cette apparente contradiction se trouve dans le principe que nous avons emprunté plus haut à saint Thomas : toute révélation, depuis les apôtres, est donnée par Dieu, non pas pour instruire les âmes dans la foi, mais pour les diriger spécialement dans . quelques-uns de leurs actes. Ainsi, lorsque Dieu manifeste à une âme, par exemple, le. mystère de la Passion, son intention n'est pas de lui apprendre toutes les menues circonstances qu'elle aperçoit dans cette vision, mais seulement de la porter à une ferveur plus grande, à une piété plus intense, en lui faisant mieux voir l'éten- due et la profondeur du mystère. Pour arriver à ce but, Dieu peut bien parfois dire lui-même, en paroles précises et distinctes, ce qu'il veut faire savoir à l'âme ; dans ce cas, les divines paroles, sont nécessairement vraies. Mais le plus souvent, Dieu ne parlera pas à l'âme aussi distinctement ; il ne se manifestera à elle que par des visions plus ou moins précises qu'il présentera à son imagination ou à son intelligence. Il pourra bien, ici encore, donner lui-même, ou disposer tous les éléments de ces visions, de telle sorte que tout y soit conforme à la vérité qu'il veut manifester ; mais souvent aussi, il ne fera que se servir des images, des idées, des connaissances qu'il trouve dans l'âme. Il se révélera à elle, il l'éclairera surnaturellement, «n lui disant plus nettement et plus vivement, de tel ou tel mystère, tout ce que les idées qu'elle avait peuvent en représenter mais il ne lui donnera pas de nouvelles connaissances ; il ne corri- gera pas même les erreurs où elle se trouvait. La lumière qui éclaire le mystère dans cette âme viendra de Dieu ; mais elle n'arrivera à l'intelligence qu'à travers les notions imparfaites qu'elle possédait auparavant. Si donc cette âme veut raconter sa vision, et réfléchir sur d'autres intelligences la divine lumière qui l'a inondée, elle ne pourra l'exprimer que par les mêmes notions, les mêmes idées plus ou moins justes qui lui ont servi à la recevoir. Elle nous rapportera une véritable révélation divine, en ce sens que c'est Dieu lui-même qui, par son action immédiate, lui aura mieux rait voir le mystère ; mais elle- nous le rapportera dans des des- criptions défectueuses, ou inexactes, selon les idées à travers les- quelles elle a reçu la lumière de Dieu et par lesquelles elle doit la renvoyer au dehors. dMéSi^u a'erreurs>relevéesdans les révélationsde sainte Gertrude (p. 170- 220), e « bienheureuse Véroniquede Binasco(p. 241 - 248), et surtout de la vénérable *ane d'Agreda (p. 248-365).
  • 15. 358 Doctrine C'est comme si Dieu, pour captiver davantage notre esprit et notre coeur, nous faisait voir, par son action directe, très vive- ment tout ce que la science actuelle peut exprimer de sa puissance et de sa bonté. Nous pourrions dire vraiment que Dieu se révèle à nous, qu'il nous révèle ses attributs, puisque c'est par son action immédiate qu'il nous éclairerait ainsi ; mais pour décrire ensuite ce qu'il nous aurait ainsi fait voir de sa bonté et de sa puissance nous devrions nous servir des mêmes connaissances que nous avions auparavant et dont Dieu se serait servi pour nous éclairer. Nous ferions le récit d'une véritable révélation divine ; mais avec toutes les imperfections ou les erreurs de la science moderne. (1) Nous ne disons pas qu'on doive ainsi expliquer toutes les révélations privées. Il en est, nous l'avons déjà noté, où la parole de Dieu est précise, distincte ; mais il en est d'autres, moins parfaites, où la parole de Dieu n'arrive à l'âme qu'à travers un ensemble d'idées déjà fait. Telles sont, croyons-nous, presque toutes les révélations que nous pourrions appeler, d'après leur forme extérieure, historiques, théologiques ou scientifiques. 11 ne faut pas y chercher des leçons divines d'histoire, de sciences ou de théologie : ce n'est pas ce que Dieu a voulu donner à ses confidents, et ce n'est pas ce qu'il leur a dit. Il faut y chercher seulement des leçons d'édification et de piété, c'est-à-dire une .intelligence plus intime, et plus affectueuse des mystères. C'est là seulement ce que Dieu a voulu donner, c'est pour cela seule- ment qu'il a envoyé sa lumière et répandu sa céleste clarté. (2) On le voit : du fait que bien des révélations contiennent des erreurs d'histoire, de science, ou même de théologie, on ne saurait en déduire qu'elles ne sont pas divines. Tout n'y est pas divin, il est vrai ; mais qu'on s'applique à distinguer ce qui vient de l'esprit de Dieu et ce qui vient de l'esprit de l'homme, et l'on n'aura plus aucune difficulté à les recevoir comme divines dans leur fond, (surtout si elles nous viennent de grands saints) quoi- que dans leur forme extérieure elles portent parfois des imper- fections, des inexactitudes, des erreurs même sur des points qui sont étrangers à ce que Dieu voulait révéler à l'âme. (1) Mêmesi Dieu donnait cette science miraculeusement,elle ne serait pas nécessairement pour cela exempte d'erreurs ; car Dieu pourrait bien se contenter de la donnerdans la mesureoù les hommessavants de l'époquepeuvent l'acquérir. Tel est vraisemblablementle cas pour les révélationsde plusieurs saints. (2) Dans ces révélationsimparfaites, il peut arriver que le voyant lui-même se trompe et attribue à Dieu des chosesque Dieu ne lui a pas dites : « menspro- phetae dupliciter a Deo ihstruitur : uno modo per expressamrevelationerh; ano modo per quemdam ihstinctum occultissimum...sed ad ea quae cognoscit per instinctum, aliquando sic se habet ut non plene discernera possit utrutn h_aec cogitaverit aliquo divino instinctu, vel per spiritum proprium... talis enim ins- tinctus est quiddam imperfectumin génèreprophetiae. » S. Th. II - II, 171, a. 5.
  • 16. L'objet des révélations privées 359 Qu'y a-t-il à croire de foi divine dans ces révélations ? Au fond, pas autre chose que le mystère que nous croyions déjà par la foi chrétienne, et que nous trouvons exposé ici plus pieusement, plus affectueusement et peut-être plus complètement. Tout le reste -n'est qu'un revêtement d'idées humaines, que le voyant, a dû donner à son récit ; aussi n'y trouvons-nous rien que nous devions accepter sur l'autorité de Dieu. L'explication que nous venons de proposer s'applique proportionnellement à toutes les autres révélations : nous allons le montrer en quelques mots. 2° Dans une deuxième catégorie, nous comprenons les révé- lations prophétiques, c'est-à-dire celles qui donnent la connais- sance surnaturelle de quelques événements futurs. Il est peu de : vies de saints qui n'en contiennent au moins quelques-unes. ; Dans leur ensemble, elles sont moins étendues que les précédentes, j et ne remplissent pas comme celles-ci dés volumes entiers ; mais [ elles sont plus fréquentes. Le don de prophétie, comme le don , des miracles, est un des privilèges, par lesquels Dieu se plait ; souvent à récompenser la sainteté de ses meilleurs serviteurs. ; Aussi le trouve-t-on chez presque tous les grands saints, uni assez souvent avec le don de discernement des esprits. Ici, le but spécial de l'action divine n'est pas, comme précé- demment, de former l'âme à une plus grande ferveur, mais bien de la conduire, de la diriger en vue de l'avenir. Ces révélations sont données, tantôt pour l'utilité des autres : tel ce don vraiment extraordinaire de discernement des esprits qui contribua beau- coup à rendre le ministère du Curé d'Ars si fécond et si fructueux ; tantôt pour l'utilité personnelle de celui qui les reçoit : telles ces visions divines par lesquelles les Fondateurs d'Ordres religieux contemplèrent si souvent, par avance, les fruits'de salut que devaient produire leurs instituts naissants, et dans lesquelles ils puisèrent un courage à toute épreuve pour surmonter tous les obstacles. Il est manifeste ici encore, que l'intention de Dieu, en dévoi- lant ainsi les secrets de l'avenir, n'est pas d'instruire ses confidents sur tous les détails de ce qui doit arriver, ni d'imposer quelque nouvelle vérité à leur croyance ; il veut seulement les conduire, leur montrer d'avance le chemin, les avertir, les prémunir. Dieu Veut, sans doute, être écouté ; mais il ne s'adresse pas directement a la foi du voyant, ni à plus forte raison, des autres fidèles.. il n'est donc pas nécessaire, ici non plus, que Dieu parle toujours en paroles nettes et claires ; il peut éclairer autrement ame qu'il veut conduire ; il peut faire qu'elle se conforme à la suggestion divine, même si elle ne sait pas distinguer si cette Suggestion vient de Dieu, ni déterminer avec exactitude tout ce W elle comporte.
  • 17. 360 Doctrine 3° Une troisième catégorie peut comprendre les révélations par lesquelles Dieu donne une mission spéciale à remplir. $j Dieu parle à l'âme, ce n'est plus directement pour la former à une plus grande piété, ni seulement pour l'avertir et lui suggérer une ligne de conduite, c'est pour lui commander et lui imposer tels actes et tels travaux. Il pourra lui demander des actes purement intérieurs, — et ce sera le cas le plus fréquent — comme de prier à telle intention, de souffrir et de réparer pour tel pécheur ou telle âme du purgatoire, de s'offrir tout spécialement en victime en union avec Jésus crucifié ; mais il pourra aussi lui demander de remplir telle mission extérieure et publique : mission par exemple de Sainte Catherine de Sienne de travailler au retour du Pape, d'Avignon à Rome ; de sainte Jeanne d'Arc d'aller délivrer la France du joug des Anglais ; de sainte Thérèse, de fonder son monastère d'Avila et de travailler à la réforme du Carmel ; de sainte Marguerite-Marie, de faire connaître au monde l'amour du Sacré-Coeur; etc.. Dans ces communications, Dieu parlera à l'âme assez claire- ment pour lui manifester la mission qu'il veut lui donner ; il lui fournira même souvent des preuves miraculeuses pour qu'elle puisse faire reconnaître sa mission comme divine ; mais ici encore, il ne fera souvent entendre sa parole à l'âme qu'à travers les idées qu'elle avait déjà. Et ainsi il pourra arriver que l'âme, quoique vraiment éclairée par Dieu, ne distingue pas toujours ce qui vient de Dieu, et ce qui vient d'elle-même. 4° Enfin on peut classer dans une dernière catégorie toutes les révélations qui ne sont que des paroles de pure intimité entre Dieu et l'âme. Dieu s'adresse ainsi à ses amis les plus fidèles ; il leur parle comme un ami parle à son ami. Il le faisait déjà avec Moïse, selon le témoignage de l'Ecriture ; il l'a fait depuis avec beaucoup de saints dont nous pouvons lire la vie ou les écrits ; il l'a.fait encore avec un bien plus grand nombre que nous ne connaîtrons qu'au ciel. Qu'on lise par exemple les oeuvres de Sainte Gertrude, et on verra jusqu'à quelle familiarité Dieu peut descendre avec les âmes qu'il aime ! Au témoignage du B. Raymond de Capoue, confesseur de sainte Catherine de Sienne, à peine pourrait-on trouver, sur terre, deux âmes qui soient en communication aussi intime et aussi fréquente, que l'était cette sainte avec Notre-Seigneur. De nos jours, ces divines intimités n'ont pas cessé ; bien au contraire. Les Vies de soeuf Thérèse de l'Enfant Jésus, de Gemma Galgani, de la soeur Ger- trude-Marie, et de bien d'autres sont là pour le prouver évidemment. Pourrions-nous rejeter comme fausses toutes ces révélations ou du moins les négliger comme douteuses ? Il faudrait drre
  • 18. L'objet des révélations privées 361 alors qu'une grande partie de ce mouvement de piété intense qui porte les plus belles âmes vers Dieu ne repose que sur des illusions ; jl faudrait dire que l'Église se trompe bien quand elle nous pro- pose comme des parfaits modèles, ces âmes qui n'ont vécu que sous l'influence de paroles divines. Nous accepterons donc ces révélations comme divines, dans leur substance, surtout pour ce qui concerne la perfection de vie chrétienne qu'elles expriment ; mais nous saurons que la parole de Dieu peut bien ne pas s'étendre à chacune des expres- sions que l'âme a cru entendre, parce que Dieu parle parfois, et peut-être souvent, par le moyen des idées et dés connaissances que l'âme avait déjà. En résumé : toutes les révélations privées peuvent se ramener - à l'une ou à l'autre des catégories que nous venons d'énumérer ; et, de toutes se vérifie parfaitement l'explication donnée par saint Thomas : Dieu ne les accorde pas pour proposer une nouvelle doctrine qu'il faudrait croire, mais pour donner une direction spéciale qu'il faut suivre. Dans ces divins entretiens, Dieu ne se conduit pas comme un maître qui enseigne, mais bien comme un père qui prend un soin spécial de quelques-uns de ses enfants. Parmi les paroles qu'il leur fait entendre, il y en a, sans doute, parfois qui récla- meront de leur part un véritable acte de foi ; tout comme dans une conversation ordinaire, il arrive qu'on doive croire positi- vement certaines assertions de l'ami qui nous parle —mais généralement elles n'exigeront que la soumission, la confiance, l'abandon à la toute condescendante bonté de Dieu ; c'est-à-dire les sentiments d'un enfant à l'égard de son père qui lui parle dans l'intimité et le coeur à coeur. Quant à ceux qui lisent ensuite le récit de ces révélations, si elles offrent des garanties suffisantes d'authenticité, — ce qui est le cas ordinaire pour les révélations des saints — ils devront les accepter avec respect ; mais ils n'y trouveront rien qui s'im- pose à eux comme objet d'un nouvel acte de foi divine : ni le fond doctrinal qu'elles peuvent contenir, car cette doctrine ils la croient déjà comme enseignée par l'Église ; ni l'objet direct et spécial de ces révélations, car cet objet se réduit à une direction pratique donnée par Dieu à ceux à qui il s'adresse ; ni surtout Chacune des assertions particulières par lesquelles le voyant a mterprété la parole de Dieu qu'il a entendue, car dans cette inter- prétation, le voyant est loin d'être infaillible. Nous lirons donc les révélations des saints comme des récits ordinairement exacts des entretiens que Dieu leur à accordés ;
  • 19. 362 'Doctrine nous les lirons dans un but tout pratique de piété et sans aller jamais y chercher une règle de notre foi, d'édification, ni un exposé de certaines vérités théologiques que l'enseignement de l'Église ne saurait nous donner. Pour nous, comme pour le voyant, elles n'auront d'autre but que de nous aider et de nous diriger dans notre conduite, non pas de nous instruire ou de nous former dans la foi. (A suivre) A. ESTÈVE, O.M.I.
  • 20. pourquoi Jésus prend nos infirmités 363 LE SACRÉ-COEUR et les infirmités de sa nature humaine CSuiïeJ IY. - Pourquoi le Verte se faisant ctiair prend nos infirmités. Le Sacré-Coeur est infirme comme nous : c'est un fait. Pour- quoi en fut-il ainsi ? pourquoi fallait-il que le Verbe se faisant chair renonçât à son droit rigoureux de posséder une nature humaine impassible et glorieuse, pour s'unir à une humanité semblable à la nôtre, telle que l'a faite le péché, avec les infir- mités et les misères auxquelles il l'a soumise ? A cette curiosité légitime, S. Thomas répond par. trois raisons de haute conve- nance, q. 14, a. 1. 1. — La première raison est la fin même de l'Incarnation,' Or la fin de l'Incarnation, c'est la Rédemption : le Verbe de Dieu se fait chair pour nous racheter et pour nous sauver. « Il est descendu des cieux, chantons-nous dans le Symbole, pour nous autres hommes et pour notre salut ». « Lé Fils de Dieu, dit le docteur angélique, vient en ce monde, revêtu de notre chair, afin de satisfaire pour les péchés du genre humain. On ne satisfait pour le péché d'un autre qu'en prenant sur soi et en subissant la peine due à ce péché. Or les infirmités de la chair sont historiquement le châtiment du péché. Il convenait donc que le Christ prît sur lui lès pénalités encourues par notre race depuis Adam ». Il fallait qu'il acceptât la faim, la soif, la fatigué, la douleur, la mort, en un mot, tout ce qu'un homme peut souf- frir dans son corps. Isaïe l'avait prédit : «Véritablement c'é- taient nos misères qu'il portait et nos douleurs dont il s'était chargé». (2) Le Verbe s'unit à notre nature pour apaiser la justice de son Père et réconcilier avec lui le genre humain. L'expiation du péché était en effet voulue par la justice divine, et l'expia- tion réclame la souffrance et la mort. Sans effusion de sang, Pas de pardon. Sine sanguinis effusione, non fit remissio. (3) Les victimes de l'Ancien Testament ont par leur impuissance cessé de plaire à Dieu. Afin de pouvoir s'immoler à la justice divine et reconnaître par sa mort le souverain domaine de Dieu, (1) Voir Regnabit : I, 424 ; H, 16. 2) ISAÏE,LUI, 4. (3) Hebr., IX, 22.
  • 21. 364 Doctrine le Verbe prend donc un corps passible et mortel comme le nôtre, qui sache souffrir et mourir. Le Christ infirme a fait pour nous pécheurs ce que ne pouvait un Christ glorieux. Racheter, c'est prendre à son compte le montant d'une dette. Glorieux, le Christ pouvait nous sauver et faire éclater la miséricorde de Dieu ; il ne pouvait pas à proprement parler nous racheter, c'est-à-dire payer notre dette de souffrances, de misères et de mort ; il a donc pris notre place, substitué sa personne divine à notre per- sonne pécheresse, et reçu tous les coups que la justice de Dieu nous destinait. « Comme Dieu le Père, dit S. Cyrille d'Alexan- drie, avait résolu de sauver le genre humain de la corruption du péché, et qu'aucune créature qui excède les forces de toutes, n'était capable d'une telle oeuvre le Fils unique de Dieu, Dieu comme son Père, prit à coeur cette volonté pater- nelle connue et se chargea de la réaliser. Il s'humilia dans un abaissement volontaire tel, qu'il s'anéantit jusqu'à la mort la plus infamante. Mourir suspendu à une croix, n'est-ce pas le comble de l'ignominie ? Parce qu'il a souffert de la sorte, Dieu l'a souverainement élevé ». (1) 2. — Le Verbe prend une nature humaine infirme comme là nôtre, sensible à tous les chocs qui nous font souffrir, afin d'établir et d'affermir nôtre foi en l'Incarnation, et de nous mon- trer jusqu'à la dernière évidence qu'il est homme comme nous et notre frère vraiment. « Puis donc que les enfants ont eu en partage le sang et la chair, lui aussi y a participé également... De là vient qu'il a dû être fait semblable en tout à ses frères ».(2) Comme la nature humaine se présente universellement à nous .. avec son cortège obligé de besoins, de faiblesses et de misères, on aurait pu douter que le Christ fût vraiment homme, s'il avait pris une humanité sans les infirmités qui en sont aujourd'hui inséparables, majestueuse, impassible, investie de privilèges surhu- mains. « Bien souvent, dit S. Jean Chrysostome, les Anges et même Dieu se sont montrés en terre sous forme humaine ; or, ce qui se voyait alors n'était pas la réalité d'une chair humaine, mais condescendance et pure apparence. Pour donc que tu ne penses pas que l'avènement du Fils de Dieu a été comme ces apparitions angéliques, mais afin que tu croies qu'il s'est mani- festé dans une chair humaine vraie et réelle, il a été conçu et est né, il a été allaité et couché dans une crèche, non pas dans le secret d'une chambre, mais dans une hôtellerie, au milieu d'une multitude de peuple, afin que sa naissante fût chose pu- blique et connue de tous». (3) Le Verbe incarné a tant à coeur, si j'ose ainsi m'exprimer, (1) In Joannem, I. X, c. 2. P. G. 74; 374. (2) Hebr., II, 14, 17. . 13) De Consubstantiall,conira .Anomaeos, hom. VII, n. 6. P. Q. 48, 765.
  • 22. pourquoi Jésus prend nos infirmités 365 de prouver qu'il est bien l'un des nôtres, de notre chair et de notre sang ; — il veut établir si irréfutablement la vérité de son être humain et la réalité de ses saintes infirmités que, durant les trente années de sa vie cachée, il vit obscurément sans rien qui le distingue des autres hommes, habitu inventus ut-homo, pris vulgairement pour le fils d'un charpentier, filius fabri, s'as- treignant à tous nos besoins de nature, si bien que ses ennemis le veulent faire passer pour un homme adonné au vin et aimant la bonne chère, homo vorax et potator vini, (1) alors qu'il satisr fait légitimement aux exigences et aux besoins dé sa chair. Dur rant sa vie publique, il opérera des miracles dont son corps sera l'objet ou l'instrument, — il faut bien qu'il prouve sa filiation divine ; — cependant son mode de vie conforme au nôtre, ses fatigues, ses souffrances et finalement sa mort n'en continuer ront pas moins d'attester qu'il est homme et de la même subs- tance que nous. (2) La souffrance est le lot ordinaire de toute vie humaine, comme la mort en est le terme inévitable. Souffrir comme nous et mourir à son tour devenaient donc pour le Verbe incarné la preuve la plus efficace et à la portée de tous de sa parfaite communauté de nature avec nous. « Le but du Verbe incarné, dit S. Cyrille d'Alexandrie, à été de démontrer avec évidence qu'il a réellement pris chair et s'est fait véritablement homme, non pourtant en cessant d'être Dieu le Verbe, — car il n'aurait pu, s'il ne l'était plus, sauver le genre humain. Mais de peur que celui-ci ou celui-là, entendant dire qu'il s'est fait chair, n'en conclue que le Verbe immuable de Dieu s'est converti en ce qu'il n'est pas dès tour jours, à juste titre, il prononce d'une part des paroles qui sont celles d'un homme véritable, et, d'autre part, il accomplit des oeuvres qui appartiennent à Dieu seul, afin que nous compre- nions bien qu'il est en même temps Dieu et homme. Quand donc il importait de manifester qu'il était véritablement homme, il ne manquait pas de l'établir. Si le péché, qu'il ne pouvait commettre, lui demeure. totalement étranger, il n'a pas refusé de souffrir dans son corps et dans son humanité tout ce qui est de la nature humaine, dans le but de démontrer que réellement il s'est fait chair et véritablement homme, ainsi qu'il est écrit... « Donc quand tu entends dire qu'il a pleuré, qu'il a éprouvé de la tristesse et de la frayeur, comprends qu'il était homme en même temps que Dieu, et rapporte à la nature humaine ce qu] lui appartient. Puisqu'il a pris un corps mortel et passible, Sujet à ces différentes affections, nécessairement il a, avec la chair humaine, assumé ses propriétés et ses souffrances. Or, lorsque la chair souffre en lui et subit ce qui est de sa n'attire* (1) MATTH., 49. XI, (2) Cf. LÉONCE BYZANCE, de Contra Nestonan. & Eutych. P. Q. 86, 1335.
  • 23. 366 Doctrine c'est lui qui, à cause de l'unité de personne, le souffre et le subit»(i) 3. — Le Verbe incarné dans une chair passible et mortelle a voulu encore nous donner la preuve irréfragable de son amour compatissant pour nous, en passant par toutes nos épreuves et finalement en sacrifiant sa vie pour nous : « car nous n'avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos infirmités : pour nous ressembler, il les a éprouvées toutes, hormis le péché».(2 Par là encore il nous laisse un soutien et une force ; car il emprunte à l'épreuve et à la souffrance le pouvoir irrésistible de secourir ceux qui sont éprouvés et tentés : « car, c'est parce qu'il a souf- fert et a été lui-même éprouvé, qu'il peut secourir ceux qui sont éprouvés ». (3) Enfin, souffrant et infirme comme nous, volon- tairement soumis aux mêmes nécessités et aux mêmes misères, il nous est un encouragement et un exemple de patience et de vigueur surnaturelles dans nos misères et nos souffrances. « Le Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle, afin que vous suiviez ses traces. (4) Il a supporté contre sa personne de la part des pécheurs une si grande contradiction, afin que nous ne nous laissions pas abattre par le découragement ». (5) Le Fils de Dieu s'est fait homme, afin de combattre pour nous et de vaincre en notre nom la mort et le diable. Le conflit engagé lui faisait donc une loi de ramener au combat cette même nature qui une première fois s'était laissée vaincre, et de lui assurer la victoire. « Notre-Seigneur Jésus-Christ se présente à nous, dit S. Cyrille d'Alexandrie, comme un modèle et un exemple de sainte vie, principalement en ce qu'il a vécu sous la loi et n'a pas pour nous dédaigné de prendre les conditions mêmes de notre pauvreté. Par un amoureux dessein pour nous, il se conforme à notre mode commun de vie et, par son exemple, devient pour les siens le chef et l'auteur d'une vie nouvelle et inaccessible à nos seuls efforts ». (6) Lé Sacré-Coeur, infirme et souffrant, est donc le modèle de ce que nous devons être ici-bas, comme, glorieux, il est le modèle de ce que, un jour, nous serons. Or, comment eût-il pu se proposer en exemple, s'il n'eût pas partagé notre nature avec toutes ses infirmités ? Comment n'eussions-nous pas été excusés de ne pas tenter dans une chair infirme et passible l'imitation de celui qui aurait vécu dans une chair glorieuse et impassible ? Vraiment, dans ces conditions, il en eût été de la loi d'imita- tion du Seigneur, comme de celle qui ordonnerait à un artisan (1) Thesaur., Assert. XXIV. P. G. 75, 394, 395. (2) Hebr., iv, 15. (3) Hebr., il, 18. (4) I PETR.,II, 21. (5) Hebr., xn, 3. (6) In Joannem, I. X. P. G. 74, 372.
  • 24. Pourquoi Jésus prend nos infirmités 367 d'accomplir les oeuvres d'un joailler avec les outils d'un char- pentier. D'ailleurs, quels exemples de vertu eût pu nous laisser le Seigneur, si sa chair n'eut pas été comme la nôtre infirme et passible? (1) 4. — A ces trois motifs de convenance suggérés par S. Thomas pour la passibilité du Christ, il est permis, je crois, d'en ajouter un quatrième : le Verbe incarné a voulu une nature infirme comme la nôtre, afin de s'assurer une plus grande gloire et pour mériter par droit de conquête l'exaltation qui lui était régulièrement due par droit de naissance. Si par ses propres souffrances, il apprend expérimentalement, tout Fils qu'il est, ce que c'est qu'obéir, (2) — en obéissant, il mérite d'être exalté par Dieu et de porter un nom devant lequel tout genou doit fléchir. (3) « Jésus, nous le voyons couronné de gloire et d'hon- neur à cause de la"mort qu'il a soufferte ». (4) Pour nous également notre part de souffrance et de tribu- lation généreusement acceptée est la cause productrice de notre gloire. « Ce quelque chose de momentané et de léger qu'est notre souffrance d'aujourd'hui, dit S. Paul, produit pour nous au delà de toute mesure un poids éternel de gloire ». (5) Dès lors,, tout fardeau nous doit être facile et léger à porter. « Si nous sommes enfants, dit encore l'Apôtre, nous sommes héritiers, héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ, si toutefois nous souf- frons avec lui pour être glorifiés avec lui. Car j'estime que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire à venir qui sera manifestée en nous ». (6) Le Yerne s'incarnant prend sur lui nos infinités communes, nullement nos infirmités personnelles. Jésus-Christ a voulu communier aux infirmités de notre nature, afin de satisfaire pour nous, de nous prouver la réalité de son humanité sainte, de nous donner un exemple de patience et de vertu, de mieux nous témoigner son amour et de s'assurer à lui-même par droit de conquête une plus grande gloire. Mais ces infirmités et ces misères humaines sont bien nombreuses et de nature très diverse. Le Christ les a-t-il prises toutes ou seulement quelques-unes ? C'est le problème que S. Thomas se pose, q. 14, a. 4 : « Le Christ devait-il prendre toutes nos infirmités corporelles ?» (1) Cf LÉONCEe BYZANCE, d Contra Nestor,et Eutych., I. II. P. G. 86, 1350 (2) Hebr., v, 8. (?) Phil., il, 8. (4) Hebr., n, 9. (5) n Cor., iv, 17. (6) Rom., vin, 17, 18.
  • 25. 368 Doctrine « Le Christ, fépond-il aussitôt, a pris sur lui les infirmités humaines, afin de pouvoir satisfaire en notre place à la justice divine pour le péché de la nature humaine. Or cet office de ré- dempteur exigeait précisément qu'il eût en son âme la plénitude de la grâce et de la science. Par conséquent il a dû prendre les infirmités ou défauts qui sont la suite du péché commun de toute la nature, mais ne s'opposent pas à la perfection de sa grâce et de sa science. Il ne se peut donc qu'il ait pris sur lui tous les défauts ou toutes les infirmités de la nature humaine ». Afin de bien préciser cette doctrine, le docteur angélique classe les infirmités de la nature humaine en deux grandes caté- gories dont la seconde se partage en deux espèces : La première catégorie comprend les infirmités personnelles, les tares et les défauts particuliers, qui n'accompagnent pas universellement et partout la nature humaine du fait de la faute originelle, mais affectent accidentellement certaines natures in- dividuelles et sont l'effet de causes particulières : vice de cons- titution, plaie héréditaire, intempérance, abus des plaisirs, etc., etc. A cette catégorie se rattachent toutes les maladies en géné- ral. Ces défauts ne sont pas des défauts de nature, mais des dé- fauts de personne. La seconde catégorie renferme les communs défauts de la descendance d'Adam pécheur, les infirmités communes, natu- relles, qui accompagnent partout la nature humaine, en d'au- tres termes qui se retrouvent et se constatent dans tous les en- fants d'Adam, parce qu'elles découlent naturellement et néces- sairement, non d'une imperfection ou d'un vice personnel, mais des principes mêmes de la nature humaine, telle qu'elle a été dépouillée et laissée à elle-même par le péché du premier homme. Ces infirmités communes sont de deux sortes : — les pre- mières ne comportent par elles-mêmes ni tare, ni déshonneur, comme la faim, la soif, la fatigue, la nécessité de souffrir, la fai- blesse du premier et du dernier âge, la mort ; elles sont en notre face une nécessité de la nature organique, réduite à ses seules ressources connaturelles. S. Jean Damoscène les appelle «in- firmités naturelles » parce que toute nature humaine y est sou- mise, — et « non infamantes », parce qu'elles ne dépendent pas de notre libre arbitre et ne répugnent à aucune perfection, ni à la science parfaite ni à la plénitude de la sainteté. (1) — Les secondes sont de leur nature humiliantes, « infamantes », comme les ténèbres de l'ignorance, comme la. concupiscence, l'inclina- tion au mal, la difficulté au bien, toutes suites historiques en nous du péché originel, mais s'opposant à la perfection de la sainteté et de la science. (1) De jide orihod.,V III, c. 20. P. O. 94, 1082 b.
  • 26. pourquoi Jésus prend nos infirmités 369 Des infirmités de la nature humaine, le Verbe, se faisant homme, ne pouvait accepter, — la chose est évidente, — que les infirmités communes de la première sorte, les «infirmités naturelles et non infamantes » ; il aura donc faim, il aura soif, jl souffrira, il mourra. Ces infirmités ne s'opposent nullement, comme celles de la seconde sorte, à la perfection et à la pléni- tude de sa sainteté et de sa science ; elles sont au contraire or- données à la fin de l'Incarnation qui est la Rédemption, le rachat du genre humain par la passion et par la mort, puisqu'elles mettent en vive lumière « la bonté et l'amour de Dieu notre Sauveur pour nous ». (1) Mais s'il se soumet à nos infirmités communes, qui sont comme le fruit spontané de notre nature dépouillée de tous ses dons gratuits et réduite à ses seules et propres ressources, le Sauveur écarte absolument de son humanité les infirmités per- sonnelles, les défauts particuliers à certains individus, a Parce que le Christ, dit S. Bonaventurej était venu racheter la nature humaine en général, sans distinction de personnes, il a dû ac- cepter les infirmités naturelles, non les infirmités personnelles ; les infirmités qui sont peines du péché, non les infirmités impliquant vice et déshonneur ». (2) D'ailleurs, ni hérédité morbide, ni défaut ou faiblesse de constitution, ni vice personnel, en un mot, ni l'une ni l'autre de ces causes qui produisent en nous ces infirmités personnelles, ne se retrouvent en NotrerSeigneur, parce qu'elles répugnent à sa très pure nature: et qu'elles seraient un obstacle aux fins de l'Incarnation. En effet, aucune tare héréditaire ne pouvait exister chez lui : Marie sa mère est vierge et elle a été conçue sans péché ; — ni aucun vice de génération et par suite de cons- titution : « Sa chair, dit S. Thomas, a été formée de la substance très pure de Marie par l'opération du Saint-Esprit, qui ne sau- rait ni défaillir ni se tromper dans son opération, puisqu'il est infiniment sage et tout-puissant; (3) — ni vice personnel, ni désordre dans la conduite : « Le régime de sa vie, dit encore S. Thomas, fut toujours sagement ordonné *.~.D'un tempéra- ment parfait, absolument sain de corps et d'âme, le Seigneur était de par ailleurs garanti de tout excès, de toute erreur, de route imprudence même de détail par son impeccabilité et sa science universelle. Et en tout état, ne craignons pas de le répéter, Notre-Sei- gneur ne pouvait accepter ces Infirmités personnelles : elles W TH., m, 4. (2) In III sent, d. 15, a. 1, q. 2. (3) 0. 14 a. 4.
  • 27. 370 Doctrine eussent dérogé à sa dignité et compromis la fin de l'Incarna. tion, en raison du déshonneur qui souvent les accompagne, et <les désordres qu'elles supposent trop souvent dans leur sujet, DOM G. DÉMÀRET, moine de Solesmes. Gravuredu "KaavaleDevctionis a Rmabilteaimvmor JBU piis kominvmcorditx" erg C oblatum,ûuctoreP. FranciscoSchauenburg, J. - 1763. S.
  • 28. Le Sacré-Coeur du Donjon de Chinon 371 LE SACRÉ-COEUR DU DONJON DE CHINON attribué aux Chevaliers du Temple (Second Article) J'ai donné dans Regnabit, en janvier dernier, la réduction de la gravure murale du donjon du Coudray, à Chinon, où paraît un coeur rayonnant entouré de personnages et de signes énig- niatiqués. Cette image, je l'ai taillée d'après un simple levé à vue, pris sous la mauvaise lumière d'un jour de pluie qui rendait plus sombre encore la sombre salle où il se trouve. Depuis lors, le très distingué directeur du Hiéron de Paray, Mr de Noaillat s'est rendu à Chinon, et là, à pied d'oeuvre, son Regnabit à la main, il a comparé l'original et le dessin ; puis, de lui-même, s'est empressé, ce dont je lui reste très reconnaissant, d'assurer à Regnabit que la reproduction donnée est bien exacte. J'ai cependant voulu ces jours derniers revoir le graffite de Chinon par un jour de clair soleil et à l'heure où les rayons, faee à la porte, éclairent d!une caresse oblique les traits creusés, et les font ressortir pleinement. C'est ainsi que j'ai corrigé une diffé- rence de proportion entre deux figures, sans importance du reste, et que j'ai relevé quelques menus détails inaperçus d'abord, notamment un I H S en cursive gothique, devant le personnage agenouillé qui porte au bras gauche son bouclier. je consigne ce nouvel et définitif état dans les planches incluses en ces lignes qui donnent plus en grand, la partie prin- cipale de la précieuse gravure murale du château de Chinon. Le premier article la concernant a valu à son auteur un afflux assez considérable de lettres qui témoignent de l'intérêt que les érudits catholiques accordent à l'iconographie du Sacré- Coeur. Une seule de ces lettres refuse absolument de reconnaître dans le coeur représenté à Chinon celui de Jésus-Christ. Comme cette opinion ne repose que sur la prétendue impossibilité théo- rique d'une représentation du Coeur divin au début du XIVe siècle, elle se modifiera d'elle-même, je l'espère, quand Regnabit aura donné la preuve facile qu'une indiscutable inocographie du Coeur de Jésus a vraiment précédé, de bien plus d'un siècle, s«n culte liturgique. H n'y a pas du reste, ce me semble, d'impossibilité chrono- }°gique qui puisse tenir devant ces faits d'une réalité matérielle wd'éii-iabte.:
  • 29. 372 Doctrine a) que le Coeur de Chinon est le centre d'une gloire rayonnante; ce qui dansTensemble d'une composition où tout est prière ardente, supplication et réparation, lui donne une importance tellement supérieure à celle des autres figures qu'elle ne sau- rait convenir à aucun coeur humain. * b) qu'en traçant son ouvrage le graveur pensait certainement à la plaie du Côté divin puisqu'en deux endroits la lance y paraît appointée à la place qu'occupait sur la Croix le flanc du Sauveur crucifié. e) que ce Coeur rayonnant de gloire est contemplé par un per- sonnage dont le caractère de sainteté est indiscutablement affirmé par le nimbe qui l'entoure et que, partant, ce coeur ne peut être que Celui du Sauveur. Un autre correspondant me dit : si l'objet représenté est bien un coeur, ce ne peut être assurément que le Coeur divin, mais n'est-ce point plutôt un bouclier, un écu de chevalier ? Non, très certainement. Un bouclier rayonnant et sur lequel ne paraît aucune figure de blason — car la surface excavée a été lissée avec un soin extrême — n'aurait aucun sens possible; puis, un bouclier représenté en creux n'aurait pas, ne pourrait pas avoir, cette forme extraordinairement concave. Qu'on rap- proche la coupe horizontale ci-contre : de la coupe verticale donnée en janvier et l'on verra combien l'hypo- thèse du bouclier est inacceptable. Je sais bien que ce même contour fut donné quelquefois aux écus héral- diques des XIIIe et XIVe siècles : dans l'ébrasement des archères de ce donjon de Chinon, dans la salle même où nous sommes, des chevaliers de cette époque ont gravé leurs armoiries et, l'un d'eux a donné à son écusson le pourtour cordiforme ; le Voici : Là, pas de doute, c'est un blason, et rien de plus ; les trois chevrons du champ et le lys du chef en font foi; le trait creusé de ce dessin n'a pas quatre millimètres de profondeur, et c'est normal. Dans le grand graffite pas de doute non plus : çest un coeur; la forme de la concavité et sa profondeur, qui atteint 38 millimètres, interdisent de songer à autre chose. Là ce n'est plus simplement de la gravure, c'est de la sculpture en creux. Seuls la croix placée au-dessus et le nimbe qui entoure la tête en profil du saint ont une profondeur quasi égale. Ces trois figures ont donc bien été regardées par le graveur comme les plus importantes de son travail. Deux autres correspondants, tout en acceptant le coeur de Chinon comme l'image du Coeur de Jésus, portent la question
  • 30. te Sacré-Coeur du Donjon de Chinon 373 sur un autre terrain et me disent : Mais vous n'avez pas la preuve certaine que la tradition chinonaise qui attribue cette gravure à l'un des Templiers captifs du Coudray, est bien fondée ! La preuve certaine ? Non, assurément je ne l'ai pas. Et j'ajoute qu'il ne me paraît pas nécessaire que ce soit un Templier qui l'ait tracé pour que le coeur de Chinon soit l'image de Celui du Sauveur Jésus. Je ne fais pas l'iconographie de l'Ordre du Temple, ni celle du château de Chinon, mais celle du Coeur sacré de Jésus-Christ. Si le coeur au divin rayonnement est l'oeuvre de l'un des Templiers qui furent incarcérés dans la tour où il se trouve, nous avons sa date précise : 1308. Si, au contraire, il est dû au couteau d'un prisonnier quelconque, nous devons chercher sa date ailleurs ; et mieux que toute autre particularité du graffite, la paléogra- phie des inscriptions qui s'y trouvent peut nous la donner approximativement. Il y en a deux : IE REQUIER A DIEU PARDON, puis une signa- ture : IEHAN DUGUA... (au nouvel examen, j'ai relevé ce même nom répété plus lisiblement, en petite écriture de même forme, plus haut sur le mur : J. Duguabil ou Duguahel). J'ai consulté autsujet de ces inscriptions de savants confrères en archéologie, plus qualifiés épigraphistes que moi ; l'un d'eux estime que la signature pourrait être un peu moins ancienne que l'inscription, repentante ; elle ne donnerait donc pas le nom du graveur, comme il paraissait d'abord naturel de le supposer. jriw Mais la phrase ie requier à Dieu pdon fait bien, elle, partie intégrante et inséparable du sujet, Or, la forme de ses lettres ne défend nullement de l'attribuer à la première partie du XIVe siècle. La voici, gravée sur calque direct. La date du graffite ne serait donc pas sensiblement déplacée Par le fait qu'il ne serait pas dû à l'un des Maîtres du Temple. Et mon correspondant ajoute : ..„ ( H- s'est créé de toutes pièces, tant de traditions au XV« Slec'e !.. » _ A la vérité, cette époque fut assez imàginative, mais 'elle n'aurait pu appliquer au graffite de Chinon une origine
  • 31. 374 Doctrine Partie centrale du gragîtedu Donjonde Chinon,attribué aux Templiers gravure sur bois, au canif, par l'auteur. (Le visage du personnagea été règrettablementmutilé)
  • 32. Le Sacré-Coeur du Donjon de Chinon 375 fantaisite, même vraisemblable, que si la gravure à laquelle cette fantaisie s'appliquait avait été, dès lors, assez ancienne pour qu'on ait oublié son véritable auteur ; et voilà qui nous renvoie vers Te — XIVe siècle. Assurément d'autres prisonniers que les chefs du Temple ont habité la tour du Coudray ; deux ans avant qu'ils y fussent enfermés le même gouverneur qui les y eut en garde, Jean de jeanvelle, y détenait encore, au nom du roi, et depuis quatre ans, Robert, fils de Guy, comte de Flandre ; et nombre de chevaliers français ou anglais y furent aussi gardés durant la guerre de Cent-Ans. Mais ni Robert de Flandre, ni les chevaliers prison- niers de guerre n'étaient vraisemblablement menacés de mort, et vraiment —encore que tout homme en ait besoin— ne semblent avoir eu de particulières raisons d'implorer si ostensi- blement le pardon divin : celles qu'avaient les Templiers étaient, on l'avouera, bien autrement fondées ! En quittant le graffite de Chinon, Mr de Noaillat m'en écrivait : « Quel appel pressant à la miséricorde !.. » et devant ma gravure, un excellent artiste peintre, assurément physiolo- giste, mais point mystique, disait récemment : « toute cette composition. sue l'angoisse et crie le repentir». Et les deux pa- roles, en se faisant écho, donnent la note juste. En fait, nous sommes en possession d'une tradition locale encore indiscutée. Que vaut-elle au regard de la critique ? Ce que vaut toute tradition qui concerne l'origine d'une oeuvredont l'auteur n'est pas désigné par des documents positifs et probants ; c'est dire qu'on ne peut la rejeter comme fausse que sur des documents contraires également explicites et probants. En l'absence des uns et des autres, avant d'accepter en fait la tradition chinonaise, — jusqu'à meilleure information et sous les réserves que mon titre comporte : « Le Sacré-Coeur du donjon de Chinon attribué aux Chevaliers du Temple»,— j'ai cherché sans parti pris, dans la composition même du sujet : '° — Ce qui pourrait l'infirmer ? Et je n'y trouve rien : — Car on ne saurait faire état de l'étonnement que cause toujours l'arrivée d'un document authentique de date insoupçonnée; cet étonnement ne; relevant que de notre préalable insuffisance de docu- mentation. — 20 Ce qui pourrait au contraire s'y trouver de propre à faire accorder la tradition avec la vraisemblance ? Et sous ce rapport, au risque de .me redire, je note : ")' Que la composition tout entière possède un caractère très particulier de piété chrétienne et mystique, un « style », si. j'ose dire, autant hermétique qu'hiératique, et dénonce chez son auteur une habitude visuelle des représentations
  • 33. 376 -.-..'..' Doctrine de l'iconographie sacrée. Et tout cela semble plus naturel dans l'esprit et sous la main d'une Moinè-Chevalier du Temple que sous le heaume séculier et sous le couteau d'un de ces héroïques ferrailleurs que furent les barons féodaux de la guerre de Cent-Ans. b) Que l'épigraphie de la phrase : le requier à Dieu pdon n'est pas en contradiction avec la date donnée par la tradition. c) Que ce que l'on sent bien avoir été l'état d'âme des chefs du Temple, relativement au sort de leur Ordre et de leurs personnes, en leur situation particulièrement grave et au château de Chinon, 1 s'accorde inquiétante pleinement avec l'impression que produit « le cri de repentir » et « l'appel pressant à la miséricorde» de cette composition «qui sue l'angoisse ». d) Que je retrouve, dans le graffite de Chinon, des figures héraldiques, relevées sur des sculptures lapidaires non dou- teuses des Commanderies du Temple de Roche (Vienne) et du Temple de Mauléon (Deux Sèvres). e) Et, Dieu me pardonne, j'ose ajouter ceci : On m'assure que certaine branche de la Franc-Maçonnerie se targue d'avoir conservé dans ses rites, ses titres et ses symboles, des parti- cularités qui lui viendraient d'un groupe d'anciens Templiers qui se serait constitué clandestinement en société secrète, après dissolution officielle de l'Ordre, puis fondu dans la Maçonnerie (?).. Si cela est, les groupes de trois points, répétés, non trois, mais en réalité quatre fois, sur les gradins de la croix centrale du graffite, donneraient une apparence de consistance au moins bizarre, tout à la fois aux préten- tions historiques des Maçons et, ce qui nous intéresse un peu plus ici, à la tradition chinonaise. Voilà pourquoi, jusqu'à preuves contraires naturellement, je regarde comme devant être plutôt acceptée que rejetée l'opinion qui attribue à la main d'un Templier la gravure qui nous occupe, et que l'historien chinonais Gabriel Richard fait sienne, sans ambages ni réserves, dans le passage de son Histoire de Chinon que j'ai cité en janvier. C'est aussi l'avis général, à trois exceptions près, des nom- breux lecteurs de Regnabit qui ont bien voulu nous manifester leur pensée. L'un d'eux, un érudit doublé d'un bon artiste, nous écrit en substance : Qu'il verrait volontiers, dans les personnages énigmatiques figurés au graffite, des Saints de l'Ordre de Citeaux, frères spirituels des Templiers. Et c'est un fait que tous portent le nimbe caractéristique des saints, Le principal d'entre eux,en
  • 34. La Sacré-Coeur du Donjon de Chinon 377 l'hypothèse exposée, serait saint Bernard qui fut de son vivant, le législateur et le grand ami de l'Ordre du Temple, alors tant idéalement beau ! L'Ordre en effet conserva ensuite pour le saint fondateur de Citeaux un culte particulier et une ostensible reconnaissance. Officiellement, cette gratitude se traduisait par ce passage du serment que les Grands-Maîtres prononçaient à leur élection : « Je ne refuserai pas... principalement aux Moines de Citeaux et à leurs Abbés comme étant nos frères et nos com- pagnons, aucun secours..» Et ce serait en raison de ce patronnât réel de saint Bernard sur l'Ordre des Templiers que l'auteur de la gravure l'y aurait figuré contemplant le Coeur de Jésus, comme pour demander au saint Abbé de présenter au Coeur miséricordieux du Sauveur son repentir et sa grande espérance du pardon, le sort aussi de son Ordre et de lui-même. (1) — Cette interprétation peut en effet s'appliquer avec vrai- semblance aux saints du graffitte de Chinon, sauf toutefois à celui qui semble agenouillé et porte à son bras l'écu armorié, car celui là s'affirme moins comme un cistercien que comme un guerrier de noble rang. Peut-être, pourrait-on voir en lui le fondateur même de l'Ordre des Templiers Hugues de Payens, qui, à la vérité, ne fut jamais canonisé officiellement, mais qui devait jouir alors, au titre de vénérable serviteur de Dieu, d'un culte restreint à son Ordre, comme il en a été pour le bienheureux Gérard Tune dé . Martigues, fondateur des Chevaliers de S* Jean de Malte, et pour le bienheureux Robert d'Arbrissel, fondateur des Bénédictines de Fontevrault, avant que leurs cultes ,ne fussent autorisés, à titre public, par l'Église. Quant au sens intrinsèque que le graveur attachait à chacune des diverses autres figures plus ou moins hiéroglyphiques du graffitte de Chinon : mains coupées et ouvertes, sigle en tau surmonté d'un cercle, blasons gironnés, etc.. je n'espère guère qu'on en pénètre jamais l'énigme. Mais peut-être des recherches dans ce qui reste d'anciennes commanderies du Temple abou- tiraient-elles à la découverte de ces mêmes figures et donneraient ainsi à la gravure entière de Chinon une attribution d'origine Plus affirmée. (1) On sait que saint Bernard et son pieux ami Guillaume de saint Thierry, (mortvers 1150),furent des premiers-à célébrer le Coeurdivin et à le désigner à |a piété'médiévale, non maisseulement en tant que partie corporelle atteinte par la Lance, au Calvaire, pas comme centre et foyer de l'Amour rédempteur ; à tel point qu'on crut longtemps pouvoir attribuer au saint abbé de Citeaux le bel nymne«Summi régis Cor aveto» et qu'on le regarde comme la principale source w culte florissant qu'eurent, dans la seconde partie du Moyen-Age, les Cinq Jyjaies t le Coeursacré, notamment en Rhénanie où ses ouvrages furent particu- e iSment en faveur. — Cf. Bainvel, La dévotion S. C. de Jésus. Paris Beauchesne au i921, p. 205 et Regnabit, janv. 1922, p. 211.
  • 35. 378 Doctrine En résumé, et derechef, la tradition Chinonaise relative aux Templiers est la seule base qui permette de risquer une interpré- tation générale du sujet gravé au Cbudray, et c'est elle seule qui permet aussi de dater de 1308 le Coeur de Jésus qui s'y trouve figuré ; mais sans elle il est quand même permis de l'attribuer au XIVe siècle. Un souvenir historique en terminant : Un autre personnage, bien autrement illustre que Robert de Flandre, Jacques Molay et les autres Maîtres du Temple habita jadis le donjon du Coudray; Jeanne d'Arc en effet, à quelque vingt pas du logis royal qu'oc- cupait alors Charles VII, demeura dans cette tour, du 8 mars 1429 jusqu'au 20 avril, jour où elle quitta Chinon. Il est bien absolument impossible que, passant à toute heure, devant le Coeur rayonnant de cette étrange gravure, devant ce coeur qui s'impose aux regards, et qui ne devait pas être pour elle un incompréhensible mystère, la sainte Libératrice ne se soit pas arrêtée devant lui pour le contempler, comme le saint de pierre auréolé, et pour recommander à sa compatissante bonté la royale Fleur de France qui transparait en sa glorieuse irradiation — Et par là encore, l'humble graffitte chinonais allie, dans la pensée du croyant, le plus divin Objet delà Piété chrétienne à la plus grande Histoire. NOTE ADDITIONNELLE.— Au moment de mettre sous presse je reçois d'un érudit médiéviste parisien une lettre flatteuse que je voudrais pouvoir donner ici en entier. J'en veux au moins citer la partie générale : « A défaut de documents historiques positifs concernant ce graffitte, force est de s'en tenir à ses éléments constituants et aux données convergentes de l'érudition qui l'expliquent. « La mentalité médiévale toute nourrie de symbolisme — en poésie, en littérature profane et religieuse, en architecture, peinture et sculpture, en héraldique, etc, s'y reflète d'une façon saisissante. « Tel qu'il se présente -r et sauf interprétation cabalistique, ici invraisemblable '— il est, dans tous ses détails strictement religieux et conforme à la tradition qui le concerne. « OEuvre de fantaisie, conçue sans doute progressivement, au fur et à mesure de l'exécution, nous ne pouvons exiger une unité, une symétrie matérielle absolue comme devant une « oeuvre d'art » entreprise selon ses règles techniques propres. Pourtant, et malgré cela, pour la signification il y a le un symbolisme complet très harmonieux, bien dans la note allégorique des XIIIe et XIVe siècles. Les moines ou gens d'église en étaient imprégnés alors... »
  • 36. Le Sacré-Coeur du Donjon de Chinon 379 — Et ces lignes sont en accord parfait avec ce que j'exposais dans les pages précédentes. Dans leur contexte elles regardent comme possible l'attribution du graffitte de Chinon au|XIVe siècle, même indépendamment de la tradition qui l'attribuera l'un des Chevaliers du Temple. Et c'est de cela surtout^que^ je prends acte. Loudun (Vienne) L. CHARBONNEAU-LASSAY. Bois graveau canif par L. Charbonneau-Lassay
  • 37. 380 Doctrine La Société du Règne Social de Jésus-Christ à pctray-le-jvtonial APOSTOLAT ACTUEL : Visites expliquées du Hiêron SALLE CENTRALE (ANCIENNEMENT AULA FASTORUM) Avais-je besoin de vous dire que cette salle surpassait les autres ? Oui, puisque vous n'en aviez pas encore franchi le seuil. Vous une fois entrés, c'eut été un pléonasme de ma part. Vous vous en apercevez aussitôt. L'architecte a merveilleusement adapté la construction aux idées si élevées que la société voulait mettre en valeur. L'art ici est bien le sensible au service du supra- sensible. Inspiré par la vérité, il la met en relief, l'impose à l'in- telligence, la grave dans la mémoire. Pas un blason, pas une fresque, une statue, un moindre signe pictural qui ne se rapporte directement au Règne social de J. C. Tout d'abord le regard est attiré par 4 grandes inscriptions (l) qui formulent en bon latin épigraphique, clair et précis, les 4 idées maîtresses de la société et résument la doctrine théorique et pratique du règne social de j. C. En face de la grande entrée on lit, en lettres capitales : A'GNO DIVINO, IN HOSTIA PRESSENTI JURE SUO IMPERIUM COMPETIT IN GENTES UNIVERSAS, , A l'Agneau divin présent dans l'Hostie DE DROIT Appartient l'empire sur toutes les Nations Telle est l'inscription qui résume la Salle du Droit, et dont on trouve un commentaire éloquent dans les cinq écussons qu'elle domine; ces cinq écussons sontxeux des cinq rites Eucha- ristiques : les rites grec, arménien, latin, syro-chaldéen et mozarabe. Aussi bien c'est dans la Sainte Hostie que les diverses liturgies consacrent la présence réelle de Jésus-Christ sur la-terre, avec toutes ses prérogatives royales. N'est-il pas, selon le canon de la liturgie de S* Basile, le TOxjjt.j3aa-t.Xcuc, Chef universel de tous le les Maîtres du monde? Et sur quoi reposé notre foi inébranlable dans les Droits souverains de Jésus-Christ, Victime universelle ? Les chapiteaux des pilastres massifs abandonnent ici leurs vains ornements et (1) Dues au R. P. Zelle précité.
  • 38. Le Hiéron .'""' ,-.. 381 dans leurs cartouches accolés ils. nous crient : (1) Sur l'Écriture Sainte, Sacra Scriptura, sur la traditio christïana, la Tradition chrétienne, (2) sur les S .S. Doctores, les saints Docteurs et Eccle- siae Magisterium, et le Magistère de l'Église. Appuyé sur ces solides fondements, le Christianisme affronte les siècles. Et les siècles viennent un à un apporter au Droit la confirmation des Faits, ainsi que nous l'affirme la seconde ins- cription latine (3). PER ;EVA, INTER POPULOS, HOSTLE DEVINCTOS FACTUM EST AUDIRE CHRISTUM VINCIT, REGNAT, IMPERAT A travers les âges, parmi les peuples voués à l'Hostie, c'est un fait Qu'on entendait : le Christ est vainqueur, Il règne, Il commande. Cinq grandes nations dressent leurs blasons en signe de témoignage des hauts faits que signale leur histoire : ce sont la France, le S1 Empire, la Confédération italienne sous la Tiare papale, l'Angleterre (avant son hérésie), l'Espagne. Ces nations faisant partie de la chrétienté, reconnaissaient la royauté de Jésus-Christ au point qu'empereurs et rois affirmaient tenir leur' puissance de la Miséricorde ou de la Grâce de Dieu « Dei gratia Rex » et l'exercer sous la dépendance du Christ « Christo Jesu régnante ». Les cartouches accolés au-dessus des pilastres nous indiquent que pour tous les savants sans parti pris les preuves de ce fait se trouvent partout : Dans l'Histoire, Historia, Artes, les Arts, Legès, la Législation, Politica, la Politique. En se retournant, face à l'entrée principale'on lit la 3e ins- cription : HISCE IN OEDIBUS STUDIOSIS SERVATUR ILLUSTRATUR ARS SEU NORMA OPTIMI SUE CHRISTO-HOSTIA SOCIETATUM REQIMIN.IS" La synthèse du Musée se développe dans une rigueur logique. Si Jésus-Christ est Roi de droit, Roi de fait, cette affirma-; tion est normale : ' Dans cet édifice, des hommes instruits trouvent prouvés L'art ou la règle du meilleur gouvernement : les sociétés soumises au Christ-Hostie (4) (1) Sur lès 2 premiers cartouches de gauche* (2) Sur les 2 cartouches dé droite. , (3) A droite en tournant le dos à la porte d'entrée; (4) Cette affirmation opposée directement à. l'hérésie actuelle du rationa- lisée sembleun résumé des notables paroles de Léon XIII : « SH'on fait;dépendre ?" jugement de la seule et unique raison humaine le bien et le mal, on supprime '« différencepropre entre lebien et le mal ; le honteux e{ l'honnête ne diffèrent
  • 39. 382 Doctrine Cinq puissances secondaires : la Suisse, la Belgique, k Portugal, le Danemark, et la Hollande dressent leurs 5 blasons, accolés à celui d'un ordre chevaleresque confédéré pour affirmer qu'elles ont du leur prospérité à cette heureuse soumission. L'« Ars magna » du vrai gouvernement consiste à grouper autour du Christ vivant dans l'Hostie par Amour tous les hommes ses sujets, depuis les individus jusqu'aux multitudes constituées en nations. Les cartouches correspondants nous révèlent les moyens d'arriver à ce but enviable par quatre échelons progres- sifs : « Juramenta individua, les serments ou consécrations indi- viduelles, les Pacta Familiarum, les Pactes des Familles, les Foedera Socialia, les Alliances des Sociétés et les Obsequia Na- tionum, Hommages des Nations (1). PACIS RESTAURANDJE PARODII CIVITATIBUS REGNIS DATUM EST PROMISSUM SI IN CHRISTUM HOSTIAM (SUB SIGNO SS. CORDIS) OBSEQUIUM JURETUR Une Promesse a été faite à Paray, aux cités et aux Etats, que la Paix serait restaurée si l'on jurait hommage au Christ-Hostie, (sous le symbole du Sacré-Coeur). Et les divines exigences dont Marguerite-Marie a été la confidente et la propagatrice nous sont rappelées en un texte abrégé par les cartouches et que nous donnons intégralement : « Imago Colatur S.S. Cordis ». Que l'image du Sacré-Coeur soit vénérée. « Vexilla Régis prodeant Christi Hostiae S. S. C. ». Déploiement des étendards du Christ-Hostie Roi (sous le symbole de son Coeur). « Reparatio socialis in Hostlam ». Réparation sociale envers l'Hostie. « Jèsus-Hostia Rex reclametur ». Nouvelle proclamation de la Royauté sociale de Jésus-Hostie sous le symbole de son Sacré-Coeur. Ici le visiteur qui a suivi le magnifique développement du plus en réalité mais seulement dans l'opinion et le jugement de chacun ; ce qui plàit sera permis... Dans les affairespubliques,le pouvoir de commanderse sépare du principe vrai ou naturel auquel il emprunte toutesa puissancepour procurerle bien commun; la loi qui détermine ce qu'il faut faire et éviter est abandonnée aux caprices de la multitude plus nombreuse:.. Dès que l'on répudie le pouvoir de Dieu sur l'homme et sur les sociétéshumaines, la multitude se laissera facile- ment aller à la sédition et aux troubles. Et le frein du devoir et de la conscience n'existant plus, il neresteplus rien que la force qui est bien faible à elletouteseule... Qu'on juge donc et qu'on prononce si de telles doctrines (celles du rationalisme) profitent à la liberté vraie et digne de l'homme, ou si elles n'en sont pas plutôt le renversement et la destruction ? (Libertas t. II, p. 189, Léon XIII.) (1) Nous ferons remarquer que la Société R. S. J. C. faisait parler le ciseau de ses artistes 20 ans avant la grande campagne du P. Matthéo pour l'Introni- sation du Sacré-Coeurdans les Foyers qui, dépassant le but de la Consécration, doit un jour pleinement réaliser le Pacte des Familles; 10 et 20 ans également avant les magnifiques et officielshommages de la Colombie,de l'Espagne et de la Belgique au Sacré-CoeurRoi.
  • 40. Le Hiéron 383 Règne Social de J.-C. lance inévitablement une prière au Ciel : Ah ! qu' Il arrive à nouveau sur nos nations modernes ce Règne pacificateur et bienfaisant ! Qu'il termine pour nous les san- glantes visions de la guerre innommable du 20e siècle ! Et voilà que les cinq derniers écussons de pierre répètent, amplifient et stabilisent la prière du croyant. Que dis-je ? Ils reproduisent le voeu suprême du Chef des croyants : « Pater mi, Ego in eis, et Tu in me, ut sint consummati in unum ! » (1), de son vicaire Benoît XV « Que la paix se rétablisse entre tous les peuples, chacun respectueux du droit des autres et reconnaissant ses propres devoirs ». Plus avisés que les trois protestants (2) qui. nous ont fait la paix boiteuse de Versailles ces écussons n'ont pas rêvé une vaste agglomération de tous les États, amalgamés sans homogénéité de religion et d'origine. Ils ont appelé pour cimenter et unir les peuples le Coeur du Christ qu'ils ont placé en abîme sur les drapeaux de l'Union latine (lrs blasons), de l'Union anglo-saxonne (deuxième blason), de l'Union américaine (troi- sième blason), de l'Union asiatique et africaine (quatrième blason) de l'Union Australienne (cinquième blason). Pour calmer et réduire ces conflits perpétuels des intérêts humains, à qui donc s'adresseront en effet l'expérience, la sagesse- et la foi marchant de pair en cette occasion ? A qui, sinon au Coeur de Celui qui pour naître réclama la paix entre les peuples, dont le premier présent offert à la terre et proclamé par les milices célestes fut la paix (3) et qui comme legs suprême livra encore à ses Apôtres la paix ; « Pacem relinquo vobis, » non pas la paix comme la promet faussement le monde, non quomodo mundus dat, mais la vraie paix, la Sienne sed Pacem meam. (4) Le Christ le disait il y a vingt siècles : Tout ce que je vous ai révélé c'est pour que vous ayez la paix en moi « Hoec locutus sum vobis ut in me pacem habetis » (5). Il le redisait au XVIIe siècle à Marguerite-Marie (6). Il le proclamait à nouveau à l'au- rore de ce siècle par les lèvres de Léon XIII : « Plaçons dans le Coeur de Jésus toutes nos espérances et attendons de Lui le salutdes hommes... Que les nations retournent à la pratique de son Évangile, alors on verra renaître avec toute justice la con- fiance en l'antique autorité, alors les glaives tomberont, et les armes s'échapperont des mains lorsque tous les hommes recon- naîtront l'empire du Christ et s'y soumettront avec joie ! ». (7) (1) Joann. XVII, 23. (2) Wilson, Lloyd George, et Tardîeu pour Clemenceau. (3) Gloria Deo et pax hominibus bonoe voluntatis (Luc II, 14). (4) Joann. XVI, 33. (5) Joann., XIV, 27. c i®) On retrouve maintes fois les promesses de paix suivant la dévotion au r«Toeur" ^oir vie et oeavrcscomplètesde Marg. Marie, par Mgr Gauthey. V) Encyclique Annum Sacrum, 25 mai 1899.
  • 41. 384 Doctrine Si la seule architecture de la salle centrale est capable de révéler ou de rappeler tant de choses aux intelligences des con- naisseurs, souvenons-nous cependant qu'elle n'est qu'un écrin, Volontiers devant les masses, nous soulevons l'écrin en une minute et nous nous attachons surtout à montrer à tous, savants et ignorants, les joyaux qu'il contient. Je dis joyaux à dessein, car ils-vont nous faire pénétrer dans des profondeurs qui devaient -s'ajouter aux leçons de toutes les autres salles. Celles-ci nous ont montré le Christ-Jésus Roi bienfaiteur, civilisateur et pacifique de toutes les nations depuis que par un prodige d'amour qui confond toute imagination humaine II a daigné fixer sa demeure parmi nos demeures dans l'Eucharistie. C'est trop peu pour le Christ. Son règne remonte bien au-delà. Dès que dans son inaccessible éternité, le Père s'est dit à Lui-même, le Verbe a été engendré. Dès que, dans l'amour infini qu' Il porte à sa transcendante perfection, Il eût résolu de faire chanter sa gloire par une création extérieure, Il typa toute cette création dans le Verbe revêtu de chair, dans la Personne de P Homme-Dieu. 0 Christ Jésus. Vous êtes donc Roi de toute éternité. Tout à été fait en Vous et par Vous. (1) 0 Christ Jésus qu'on ne me dise pas que Vous êtes venu en terre parce que l'homme avait péché et pour réparer. Eh quoi, votre venue dépendrait de nous, misé- rables ! Non, elle était décrétée dans les insondables abîmes de l'Amour substantiel de la Trinité Sainte. (2) Même avant que je pèche en Adam il me fallait, ô Christ-Amour, Votre voix divine pour pontifier toute la création en un acte adéquat à la grandeur de mon Dieu ! Même avant que je pèche en Adam, Vous deviez, sous peine de faillite pour la création, être ma Tête, mon Chef, mon Roi, mon Expression devant mon Dieu ! (3) Mais Adam pèche et nous tous en lui. Le Verbe n'est donc plus seulement mon Roi incarné. Il devient mon Roi immolé. Et comme hélas! Adam a péché dès l'origine, notre divin Agneau est immolé depuis le commencement du monde, Agnus qui occisus est ab origine mundi . (4) Depuis l'Eden perdu jusqu'à l'Eden du Tabernacle 40 siècles s'écoulent pendant lesquels Jésus-Christ, préfiguré, prophétisé, attendu, immolé symboliquement est toujours le ciment fonda- mental de toutes les religions et des sociétés. Quelque défigurés qu'ils soient après la dispersion des hommes sous les ombres (1) Omnia per Ipsum facta sunt ; et sine Ipso factum est nihil quod factum est. (Joan. I, 3). Omnia per Ipsum et.in Ipso creata sunt (Col. I. 16). (2) On pardonne à l'infirmité humaine l'emploi des temps différents, tandis qu'en Dieu qui est un acte pur, tout est présent. «Le (3) Lire à ce propos la très belle étude du P. Chrysostome, O. F. M. edit. motif de l'Incarnation et les principaux thomistes contemporains.» Cattier, rue Origet, Tours. (4) Apoc. XIII. 8.
  • 42. Le Hiéron 385 épaisses du paganisme et de ses mythes rêveurs ou brutalement réalistes, partout les sacrifices fument des plaines de l'Inde aux monts du Mexique en passant par les temples grecs et romains.(l) Qu'on frotte les éçorces différentes de ces diverses religions, on retrouve en chacune d'elles un fond commun de vérités sur l'ori- gine du monde, la création par Dieu, la chute originelle, le dogme de la Rédemption, magnifique témoignage mondial à la vérité de la genèse, à la Royauté de l'Homme-Dieu. Nos visiteurs sont saisis de cette domination éclatante ou voilée de Jésus-Christ sur les peuples anciens par le, puissant pinceau de Hugo d'Alési qui dans trois fresques reconnues pour ses trois chefs d'oeuvre révise les religions des races de Sem, de Cham et de Japhet. (2) La grande fresque du fond au-dessous de la première ins- cription nous représente la Reine de Saba, montée sur son char, qui vient noblement parée et accompagnée d'une escorte triom- phale visiter Salomon, figure du Christ, (3) et déposer ses présents dans ce Temple des Juifs, unique par sa richesse, au pied de l'Arche d'Alliance précieux symbole de l'Eucharistie. L'arche d'alliance contenait en effet les Tables de la Loi, et devant elles s'immolaient les victimes préfiguratives, mais l'Hostie sainte - contient l'Auteur même de la Loi et la divine Victime qui doit - par l'effusion de son sang réconcilier le Ciel avec la terre. (4) Ici, nous sommes encore avec le peuple choisi qui a reçu la grande révélation et nous nous étonnons peu que tout garde les traces de la vérité. A droite, la seconde grande fresque nous transporte sous le ciel lumineux d'Egypte. Une cérémonie vient de s'accomplir (1) L'histoire profane commel'histoire religieuseen fait foi. « Jetez les yeux écrit Plutarque, sur toute la surface de la terre. Vous ne trouverez nulle part unevillesans la connaissanced'un Dieu ou d'une religion,sans l'usage des voeux, des serments, sans sacrificespour se procurer des biens, sans rites déprécatoires pour éloignerles maux. (Plutarque, Traité contre Colctès.) (2) Le peintre s'est élevé ici au-dessusde toute pensée vénale. Il a travaillé un temps considérableet s'est entouré de savants, il a étudié lui-même au musée de Cluny et dans les salles égyptiennes du Louvre. Aussi, pas un vêtement, pas un bijou qui ne soit du pays et des époques représentés. Cette sincérité ajoute " la grandeur de la pensée une couleur iocale saisissante. '*< (?) Regina Austri vient a finibus terra audire sapientiam Salomonis et cece Plusquam Salomonishic. N. Igo de lui-même,S*Matt. XII, 42 — Luc XI, 24. La Reine d'Orient est venue pour entendre la sagesse de Salomon ,et il y a ici Plusque Salomon. ,,„ Interprétation historiquedes StaPères: Commela Reine de Saba est venue de „fcwiopiepour apprendre la sagesse de Salomon, ainsi l'Eglise est venue de la q'iv * au Christ pour puiser la sagesseet la sciencedu Salut, d'après S'Eucher; A"lbr?'se, Bède le Vénérable, S' Prosper, S» Bernard. . Plusieurscommentateurs mystiquesvoient dans la Reine de Saba toute âme o>~ Hnequi va s'abreuver de la doctrinedu Christ,Saba Roi Pacifique et Sagesse Vrai il ,!îations- S' Bernard découvredans la Reine de •a ViergeMarie. l'Épouse des Cantiques, s.. (4) Act. IV, 12 — Rom. V, 9 ; VI, 11 et passim — Hebr. I. 3 etc. etle Christ surtout a iw i"Xpressionsi forte Clel Paul terre Per de s' : Réconciliant tout en Lui-même varir dans son sang le avec la : cumreconciliare '!canspersanguinemcrucisejus sivequoe terris, sivequoe omnia in ipsum, in incoelissunt.col. 1,20
  • 43. 386 Doctrine devant le sphinx mystérieux. La Fille du Pharaon est encore là assise au premier rang à gauche et pour rafraîchir l'atmosphère brûlante ses esclaves agitent les larges flabelli. A gauche, précédé de deux acolythes aux figures'bronzées, le vaste front de Moïse lourd de pensées, se fixe sur la statue colossale dont son regard transperce les symboles. Pourquoi ces yeux demi-fermés ? C'est que vieille déjà de plus de 2000 ans la pauvre humanité, surtout celle qui colonise les déserts d'Afrique, erre dans les ténèbres, cherchant à tâtons le Messie promis jadis, et attendu sous des noms divers. Pourquoi ce corps de chien ? C'est que dans sa partie la plus éclairée, l'Egypte, les prêtres même païens se targuent de fidélité aux traditions patriarcales. Pourquoi cette tête dressée vers le Ciel ? Ah c'est que du Ciel, et du Ciel seulement, l'humanité attend le salut... Moïse le sait. Lui qui, admis aux audiences divines, nous a communiqué la puissante genèse de l'homme et sa première faute, et la nécessité du sacrifice comme seul lien désormais pos- sible entre la créature pécheresse et son Créateur, comme seul fondement de toute religion (re-ligare, relier). Alors Moïse d'un geste auguste, étend le bras. Il semble saisir tous les sacrifices antiques, parfois hélas si dégénérés par suite des erreurs et des passions païennes. Il fait hommage au seul vrai Dieu, à notre Dieu de leur pensée première. Surtout, à travers eux, il offre au Père le Sacrifié du Calvaire et de l'autel, le seul dont la valeur intrinsèque donne aux figures anciennes leur relative valeur ; Jésus-Christ, Dieu comme son Père, Homme comme l'un de nous, payant, priant, adorant pour tous les hommes, car II est bien L'Homo universus, l'Homo unanimis comme parlent nos Saintes Écritures. (1) Au bas de la fresque, la porte étroite d'un grand temple égyptien. (2) A l'entrée de cette porte un sarcophage contenant sa momie. (3) . En face de cette fresque qui captive longtemps l'attention, celle plus suggestive encore des fils de Japhet. Nous voici en Europe, en Gaule, et qui mieux est dans la région bénie où doit plus tard s'élever Paray-le-Monial. Au début du jour une fine brume monte en nuages d'encens qui vont se dissiper aux premiers rayons du soleil dorant déjà la cîme de la roche de Solutré dont nos visiteurs ont entendu parler dans la deuxième salle. Hugo d'Alési avec une large pers- a pective, qui nous donne l'illusion de plusieurs kilomètres, (1) Est vero, Homo unanimis (Ps. 54 v. XIV). (2) Reproduction de l'entrée des Hypogées d'Akmin. (3) Les hiéroglyphes qui décorent le sarcophage nous indiquent la monw d'un prêtre égyptien de la déesse Isis.
  • 44. 387 Le Hiéron îeproduit la belle tradition qui s'attache à cette roche. Les tribus peuplant notre pays Ednen et descendant directement de Japhet avaient conservé les grandes traditions édéniques : la promesse du Rédempteur, une vierge devant enfanter et la nécssité des sacrifices. Lorsque des tribus étrangères voulaient franchir la au pied de Solutré, passe gardienne du Val d'Or qui serpentait les Eduens n'y consentaient que si, en offrant un sacrifice, elles prouvaient ainsi qu'elles avaient une religion et par conséquent pouvaient avoir de bonnes moeurs. (1) Gomer, (2) chef des Celtes, ayant offert le sacrifice demandé, passe fièrement à la tête de sa tribu qui traîne avec elle femmes, enfants, chars et bétail. Et, leçon pour les descendants actuels, Gomer se fait précéder de trois hommes : un prêtre qui doit régir les âmes, un barde qui polira ces esprits incultes, un médecin qui soignera les corps. La représentation exacte du dolmen de la Chevrette (3) atteste à tous le grand fait des sacrifices, aussi réel sous les cieux de la Celtique que sous ceux de l'Egypte et de l'extrême Orient. L'âme du pèlerin qui tant de fois s'est posée à elle-même cette question : « Comment Dieu a-t-il choisi l'humble bourgade de Paray pour en faire le centre de diffusion de son Amour infini ?» trouve devant cette fresque une première réponse. Bien avant la venue du Messie, la Trinité sainte préludait dans cette région à ses miséricordes futures. Les peuples qui l'habitaient avaient gardé les grandes traditions édéniques, nous l'avons dit ; ils connaissaient et la vertu des sacrifices, et la Vierge qui devait enfanter. Tout le monde a entendu parler des autels de Chartres et de Nogent à la Virgo paritura. Il nous fallait Dom Pitra, un fils du diocèse privilégié, pour découvrir les vestiges de celui que les Eduens élevèrent jadis à la Vierge bénie aux portes de Bi- bracte. (4) Il ne reste plus qu'à plonger la main à travers les siècles (1) C'est pour s'assurer du bien fondé de cette tradition que la S. du R. S. J- C. fit faire des fouilles profondes à l'endroit dit Crot du Charnier au pied de Solutré. La découverte de milliers d'ossements d'animaux domestiques corres- pondant aux différents âges du monde : aurochs, rennes, chevaux et boeufs a suffisamment rouvé qu'il s'agissait ici d'une des Roches sacrificiellesnombreuses p dans l'antiquité. Il est vrai que quelques esprits forts rient de cette tradition «t se moquent de la conclusionde ces fouilles. Ils préfèrent sans doute l'opinion protestantequi par le guide Joanne nous apprend que Solutré est une roche his- toriqueau bas de laquelle s'étendait un vaste cimetière d'animaux... Nousavons de la peine avec nos moyens de locomotionactuelle à transporter «s corpsde nos parents défunts. Maislès Eduens et les Celtes, dans leurs contrées a routesplus accessibles,transportaient mêmeles corps odorants de leurs animaux ! De quel côté doivent être les rieurs ? (2) On sait que les Grecs, coutumiers du fait, ont paré leur Hercule des tra- vaux exécutés par Gomer. (3) Trouvé dans les monts du Morvan, près de Lormes. „ (4) Nom de la ville célèbre alors dont les Romains s'emparèrent sous Jules Ct la1uelle ils donnèrent dén?r àet la ramenant dans la son nom actuel d'Augustodunum, Autun, en la plaçant plaine, comme Usfirent égalementpour Gergôvie.
  • 45. 388 ^ Doctrine pour y cueillir les plus belles fleurs de ia prédilection divine en faveur de Paray lui-même. Déjà nous en avons offert Une au visiteur à son entrée. Paray dès le second siècle connaît par un disciple de S* Jean, l'Apôtre de l'Amour, la Vierge qui a enfin donné son Fruit. La statue de N.-Dame de Romay réunit en elle les caractères oriental et celtique. Quelle que soit la date si discutée de son origine, (1) Marie y tient l'Enfant divin de façon à ce que le Sacré-Coeur batte sur son sein virginal. Quoi d'éton- nant alors que, débordante de charité, elle redonnât la vie, elle ressuscitât les petits enfants morts, de la contrée, comme nous l'avons mentionné ? Le culte de Marie s'étend, grandit, elle conduit les âmes à Jésus « Ad Jesum per Mariam ». Puis au XVII» siècle, comme l'aurore qui s'efface devant le soleil dont elle a annoncé la course lumineuse, ainsi la Vierge sainte est éclipsée selon son désir, par les rayons transcendants du Coeur de Jésus. 0 satisfaction intime et profonde : pouvoir saluer, dans la ville du Sacré-Coeur, la primitive Cité de Marie ! La seconde fleur d'une moindre, mais plus étrange beauté ' est la Charte, unique en son genre, de Hugues comte de Chalon et Paray, qui 700 ans avant que le Coeur du Christ réclamât à Marguerite la reconnaissance de son Règne Social, l'établit déjà en bonne et due forme notariée. Lisez avec nous. Nous sommes au faubourg de Chalon, au monastère de S* Marcel, en mai 999. Dix sept seigneurs sont présents, le roi de France, Robert le Pieux est à leur tête. (2) Hugues dicte d'une voix ferme : « Il nous plait d'insérer dans cet acte et par devant témoins que ce liai (Paray), à partir de ce four, ne soit plus assujetti à notre joug, ni à celui de nos parents NI A CELUI D'AUCUNE AUTRE PUISSANCE TERRESTRE. Il ne relèvera plus que de la foi, et reconnaîtra comme Unique Suzerain et Recteur Jésus-Christ, de siècles en siècles et de générations en générations. Ainsi, un siècle' avant l'affranchissement des communes en (1) Les preuves les plus sérieuses,cellesdes lettres grecques <t>Phi et B beta, séparées par un flambeau, gravées en relief sur le socle de pierre, comme nous l'avons mentionné dans un article précédent et qui ont été malheureusement grattées et effacées en 1897, semblent bien prouver que la statue primitive re- montait à la fin du 2e siècle de notre ère. En effet, à cette époque l'épigraphe chrétienne employait souvent les majuscules grecques. A ce propos, il sera sans doute agréable à nos lecteurs de se rappeler la fameuse inscription découvert en 1839 dans l'ancien cimetièred'Autun par Dom Pitra, remontant au 2e siècle, et prouvant que les régionsévangéliséespar les disciplesde S4Jean connaissaient les rapports intimes du*Sacré-Coeur t de l'Eucharistie. Voici sa traduction : e «Ce céleste Ichtus, fils de Dieu, DU FOND, SONCOEUR à rendu des oracleset pris au milieu des honinj» DE sacré une vie mortelle, ainsi rajeunis ton âme dans les eaux divines aux sourcesinta- rissables de la Sagesseprodigue en trésors. Prends l'aliment doux commele miel du Sauveur des Saints. Prends, mange et bois : Ichtus est entre tes mains. » (Spicil. Solesm.T. I. Dom Pitra.) (2) Les noms et les sceaux de ces 17 témoins existent encore. , chart (3) Nous pouvons montrer encore aux visiteurs intéressés par cette Paray- l'emplacement des 10 bornes marquant leslimites du territoire affranchi de
  • 46. Le Hiéron 389 France, une d'entre elles est libérée de l'impôt du sang, de l'impôt •d'argent... mais à une seule condition : reconnaître la domination souveraine, le Règne social de J.-C. !.. (1) Et maint auditeur de s'écrier : mais c'est une révélation, et combien elle nous attache davantage à cette terre de choix divin ! » Cependant ce n'est qu'un petit lever du rideau sur une cité de France. Que sera-ce quand les voiles du temps déchirés nous laisseront voir la splendide unité du plan divin. C'est alors qu'enracinés dans la charité du Christ, radicati in caritate (2) l'Apôtre nous l'affirme, nous pourrons avec tous les élus, com- prendre quelle a été la hauteur, la largeur, la profondeur et la sublimité (3) des voies insondables de Dieu. (4) Que toutes les religions antémessianiques aient conservé, parmi maintes altérations, dans leurs cultes divers et leurs livres sacrés des vestiges d'une origine ,d'une chute commune, d'une rédemption possible par les sacrifices, les Juifs, les Égyptiens, les Celtes viennent de nous le redire, arrêtons-nous maintenant devant un marbre d'une classique et pure beauté où le ciseau grec a sculpté sous les traits de Pallas-Athéna plusieurs chapitres de la Genèse. Pallas est vierge et l'emblème de la Sagesse Éter- nelle. Comme le Verbe est sorti du sein du Père, pour glorifier le Bien et combattre le mal, Pallas sort toute armée du sein de Zeus ou Jupiter ; nous le voyons à son casque ; comme la divine sagesse est sûre de vaincre, un calme, une sérénité céleste est répandu dans le regard et sur les lèvres de Pallas. Comme le Christ doit terrasser Satan, Pallas porte sur sa poitrine mysté- rieuse l'égide ou les écailles du serpent. Enfin comment le Christ conquerra-t-il le sceptre sur les âmes et les sociétés ? Par son sacrifice. Et le casque de Pallas porte le signe de sa victorieuse épopée dans les têtes de bélier, l'animal du sacrifice expiatoire.(5) ' Or voici que les temps avancent. Ils sont arrivés à leur pléni- (1) Pour les données historiques, nous avons puisé nos référencesdans l'abbé (Essaisur Paray-le-Monial). M.QuarrédeVerneull (Le Comtéde Chalon, Çwfteraf et la ville de eCharollais M Paray), UlysseChevalier(Cartulairc du Prieuré de Paray-. le-fllonial),Courtépée: Histoire du Duché de Bourgogne.C. Bonnet : Notes pour «nre l'histoire du Charollais.Lorain, hist. de l'Abbaye de Cluny. (2) In caritate radicati et fundati (Ephés. III, 17) (3) Ut possitis comprehenderecum omnibus sanctis quse sit latltudo et lon- gitudoet sublimitas, et profundum. (Ephes. III, 18) (4) Investigabilesvia: Ejus (Rom. XI, 33). (5) Plusieurs s'étonnent à première vue de ce symbolisme parlant. Mais pourqui réfléchit, tout s'éclaire. Cécrops, fondateur d'Athènes vit d'abord en 0 ?|sypteau d'ffusë s. av. J. C. MaisMoïsehabitait le même pays au XVIII siècle, XVII* aupr^Sit donne comme originellesde Athènes Quoi de surprenant dont il fit les vérités l'Eden. alors à ce faire roPs de bois et protectrice à le 1er la fameuse Pallas, la ,i.Vnestatue On qu'il plaça dans temple, commele Palladium de " nouvelle- Plusr.ecutée la sait que la religion grecquedesdivise en deux phases dont la et plus pure adorait des entités, se attributs divins. Ce n'est que {j A n '^.secondequ'elle adora les images, les statues — par un culte dégénéré— de de r>-siec'es distance Phidias sculpta son chef d'oeuvre en donnant à la Pallas C'est sa copie, faite par Sicard au XVIIe dont d'imposantes-proportions. plus parfaites reproductions. Sjèclec!j0Ps Hiéron le possède une des
  • 47. 390 Doctrine tade. La paix règne sur le monde. Et le Verbe prend chair dans la grotte de Bethléem. Après les Grecs, voici les Romains qui s'agitent La sybille de Tibur fait demander une audience, à l'Empereur du monde. Auguste la reçoit. Il entend de ses lèvres inspirées une étrange nouvelle : Un Fils de Dieu va naître qui dominera tous les autres dieux. Respectueux, Auguste sans renoncer aux divi- nités païennes fait élever sur le Capitole le premier autel du monde au petit Enfant Roi, au Primogenito Dei. A cause de cet acte, alors presqu'inaperçu, le souvenir d'Auguste est con- servé à l'Ara Coeli. Et son buste le désigne à l'attention des amis du Hiéron. Il a devancé ainsi de 300 ans le fameux geste de Constantin faisant monter avec lui le catholicisme sur le trône impérial, et créant pour la défense des chrétiens trahis, spoliés, et dix fois condamnés à une mort générale, l'ordre trop peu connu de la Chevalerie constantinienne. D'une de ses commanderies, répan- dues et longtemps florissantes dans les Gaules, le Hiéron a hérité d'un monument intéressant au plus haut degré les archéologues. C'est une porte de Chapelle romano-byzantine venant d'Anzy- le-Duc et datant de la fin du 1Ie siècle et qui vient bien à sa place ici attester la Royauté sociale de J.-C. Jésus-Christ est Roi des Anges : sur le tympan de la porte on le voit en gloire, adoré par des Anges. Sur le linteau, tout enfant, Il est assis sur les genoux de sa Mère. Dans cet état de faiblesse apparente, Il est toujours Roi : à gauche du spectateur les 4 patrons de la che- valerie constantinienne représentant le Pouvoir spirituel, (2) à droite, les 4 grandes impératrices d'Orient représentant le Pouvoir temporel viennent s'incliner devant Lui et Lui rendre hommage comme au Roi des âmes et au Roi temporel des Sociétés. C'est ainsi que nos ancêtres savaient faire parler la pierre.(3) Ce n'est plus une pierre. C'est une créature en chair et en os, c'est Jeanne d'Arc, héroïque incarnation de la France qui en 1429, à Loches, proclame de sa voixfière et décidée que le Christ est Roi même temporel de sa nation. (4) Elle devait avoir s'a place ici, et quelle place ! Aucune statue, aucune tablau n'y palpite comme son buste de marbre, original déjà connu sous le nom de « la Jeanne d'Arc du Hiéron ». Son regard, profond comme l'abîme ,sonde le mystère qui S* Michel, le défenseur des (1) Don précieux du Marquis de Fontenille. (2) S' Pierre, S« Jean, S' Mathieu et S« Laurent. (3) Et leur bonnet phrygien enfoncésur leurs oreilleset cachant leurs yeux, des historiens modernes plaignent les Moyenâgeux de leurs vues étroites ! P (4) On connaît l'incident historique de Loches. Beau Sire, dit Jeanne à CharlesVII, devant la cour railleuse,je vousrequiers de me donner votre royaume; Le prince étonne : « A qui je le dois je le donne, mais qu'en ferez-vous ? — Vow bien le plus pauvre Sire que je connaisse,réplique l'héroïne, en montrant cbarL dépouillé. Puis elle fait dresser un acte notarié par lequel elle fait hommageo la France à son vrai Roi Jésus-Christ. Enfin, par un second acte, elle la rems à. Charles VII en lieutenance du Roi des cieux.
  • 48. Le Hiéron 391 droits souverains de Dieu lui dévoile. Son front lourd de pensées . douloureuses se relève cependant fortifié, illuminé par l'au-delà. Elle voit. Elle lit. Elle écoute. Elle entend. Et elle parle au visiteur fasciné. Que lui dit-elle, avec des yeux déjà brillants de la flamme de son bûcher ? « La leçon définitive de ce Musée c'est le dévouement social aux droits souverains du Christ Jésus. En vain, ô pèlerins, vous vous lamenterez, vous protesterez de votre amour dans des pratiques pieuses, vous proclamerez en paroles le Sacré-Coeur roi de vos foyers, si vous ne vous sacrifiez pas au dedans comme au dehors pour sa Cause divine, si vous ne devenez pas les cham- pions du Christ sur tous les terrains professionnels, sociaux, voire politiques, si vous continuez à délaisser, si vous n'endossez pas parce que trop gênante et trop lourde l'arme qui défend, protège ou restaure tous ces terrains : la Presse !.. Si vous quittez ces salles sans la décision d'agir ainsi, vous n'êtes ni des Disciples du Sacré-Coeur, ni les Amis du Hiéron, ni des Français de ma race. Car de vos temps troublés comme des miens ne sont dignes d'être sauvés que ceux qui deviennent des sauveurs ! » Une lampe à droite de la grande voussure qui abrite la Porte constantinienne jette ses clartés vacillantes sur la « Cour du Christ ». Ils sont là 97 Beati coelicoli, la Vierge Mère et Joseph à leur tête, qui en présentant leurs précieuses reliques (1) au spectateur déjà ému, en les serrant autour de la croix et de . la couronne d'épines de leur divin Roi, renforcent la parole de leur petite soeur française, Jeanne d'Arc. « Nous sommes, dans la paix éternelle, les commensaux du Christ, parce qu'ici-bas nous avons combattu le bon combat » Christi fidelis, miles ejus (2) parce que pour nous, dans la foi et dans les oeuvres le Christ a été le tout de toutes choses : Mundus epos, Christus teros (3) !... Audi et fac. (4) (A suivre) G. DE NOAILLAT, Dir. du Hiéron et de la Société R. S. de J.C. Précieusesreliques, insignespour la plupart, dont 25 dues au Pape et à NM SS. les ?j-N. pendant ses trois72 legs du années. Le tableau théologien et conseillerdu nieron ÉvÊques et Chanoine Devuns, dernières bistré portant le nom de rtPp ces reliques et l'entretien des saints avec N. Sgr.a nt offert par le Carmel été fait dei I3^ ^es monastères aident sans Marguerite-Marie,odoit sans la lampe. Ces Visitandines, soeursde nrr 'erver|ts weres le peu de bien qu'il réalise. cessele Hiéron qui doute à leurs (2) S* Jean Chrysostome. (3) Bacon. La création est une épopée dont le Christ-est le héros. (4) S' Augustin.
  • 49. 392 Doctrine Nous pensions reproduire dans notre prochain article, et avec la permission de l'auteur les Impressions d'un Curé-Doyen sur la visite du Musée. Bien à regret nous remettons à plus tard ces réflexions aussi prenantes qu'humoristiques pour déférer au désir légitime de ceux qui veulent entendre parler de la Conver- sion d'Israël, oeuvre dont s'occupe également le Hiéron. (1) Marquecommerciale'finthoine d VÉRRRD, libraireà Paris. - 1498. Pour obtenirla « conversion d'Israël- et la conversion tous les pécheurs, » de les amis de Regnabitdirontpieusement vecle cher vieuxlibraire: a Pour provocquer '(Jésus)ta gracieusemiséricorde Detous pécheursfaire grâce et pardon, flnthoineVérardhumblement recorde te Ce qu'il a : il tient de toi pardon. (1) Nôtre sujet nous a entraînés à le traiter avec beaucoup plus d'ampleur que"nous le faisons devant nos visiteurs. On peut faire visiter sommairemcn le^Hiéron en 1 heure et très fructueusement en 1 heure 1/2.
  • 50. Les Religieuses du Coeur agonisant,de Jésus 393 L'INSTITUT DES RELIGIEUSES DU COEUR AGONISANT DE JÉSUS ET L'CEUVRE DU SALUT DES MOURANTS Le 9 Janvier 1887 mourait à Vais (France) un saint Reli- gieux de la Compagnie de Jésus, le R. P. Jean Lyonnard, connu de plusieurs, grâce à son livre « l'Apostolat de la Souffrance », ouvrage destiné à faire un grand bien aux âmes d'élite. Lui- même, victime volontaire pour le salut des pécheurs, endura, l'espace de quarante-trois années, un véritable martyre inté- rieur : tentations pénibles, scrupules fatigants, obscurités, etc.. le tout joint à de fréquentes maladies. Tour à tour professeur ou prédicateur, le R. P. Lyonnard ressentit toujours le même puissant attrait : celui de se consa- crer aux mourants. Qui ne connait la si touchante prière com- posée par lui et que tant de chrétiens récitent quotidienne- ment ! La voici : « 0 très miséricordieux Jésus, Vous qui brûlez d'un si ardent amour pour les âmes, je Vous en conjure, par l'agonie de votre très saint Coeur et par les douleurs de votre Mère Immaculée, puri- fiez dans votre sang tous les pécheurs de la terre qui sont mainte- nant à l'agonie et qui aujourd'hui même doivent mourir. Ainsi- soit-il. — Coeur Agonisant de Jésus, ayez pitié des mourants ». L'heure viendra où nous serons, nous aussi, livrés aux luttes suprêmes ; puissions-nous, alors, bénéficier de l'efficacité sur- naturelle de cette oraison ! C'est à Jérusalem que se trouve, depuis de longues années, le siège de }'Archiconfrérie du Coeur Agonisant de Jésus, canoni- quement érigée pour le salut des mourants. Un très grand nom- bre de paroisses et de communautés y sont affiliées. Il est vraiment bien consolant de constater dans quelle large mesure cette oeuvre se développe dans tout l'univers. Qu'elle serait longue à faire la liste des approbations, des félicitations épiscopales et cardi- nalices envoyées aux diverses Confréries. Quant au Bulletin, wgane de TArchiconfrérie, il compte un nombre respectable d'abonnés, nombre qui s'accroit sans cesse. Mais le vénéré Père Lyonnard a fait plus encore. Afin d'exer- Cer une sainte violence sur le Coeur de Jésus au profit des chers agonisants si près de l'Au-Delà, ce bon Père résolut d'établir
  • 51. 394 Doctrine une supplication permanente de jour et de nuit et il fonda, dans ce but, l'Institut des Religieuses du Coeur Agonisant de Jésus. v Pour seconder le digne prêtre dans cette entreprise difficile la Providence lui avait préparé une coopératrice à la hauteur de sa tâche en la personne d'une sainte veuve, une Lyonnaise âme de foi et d'énergie qui, mère de nombreux enfants et à la tête d'affaires importantes, trouvait encore le temps et les forces nécessaires à la direction d'un asile pour cancéreuses, le « Cal- vaire » de Lyon. Depuis longtemps, déjà, cette grande âme était poursuivie par une pensée, toujours la même : « Tant de misères physiques et morales — se disait-elle — ont trouvé des Ordres religieux qui s'y dévouent !.. mais qui donc se consacrera à pro- curer le salut éternel des pauvres mourants ? » Dieu répondit en amenant le Père Lyonnard vers celle qui allait devenir ïa Mère Marie-Madeleine, fondatrice et première supérieure de la Congrégation du Coeur Agonisant de Jésus. La fondation se fit à Mende. Plus tard, la Communauté se transféra à Lyon et actuellement cette Société religieuse cons- titue, suivant l'expression même de S. E. le Cardinal Goossens, archevêque de Malines, «/'un des paratonnerres de la Belgique ». Chassées par les Décrets proscripteurs, ces Religieuses se sont installées près de Bruxelles, à Woluwe-St-Pierre, avenue Van den Driessche, n° 22. Ce sont des contemplatives très ferventes qui mènent une existence de prière, de solitude et de mortifi- cation dans un but éminemment apostolique. Leur caractéris- tique, c'est une heureuse alliance de l'esprit de S* Ignace avec celui de S*e Thérèse, mais les austérités n'y sont pas excessives. En,effet, vu l'affaiblissement général des santés, les Fondateurs ont réglé les exercices. quotidiens de telle sorte qu'ils restent accessibles aux tempéraments délicats. La clôture, bien que stricte, n'est pas aussi rigoureuse qu'au Carmel. Les Supérieures admettent les veuves losqu'elles ont les qualités requises. Afin de donner à la réforme intérieure ce qu'elles se voient obligées de soustraire, en partie, à la pénitence corporelle, les Religieuses de cet édifiant Institut ont adopté comme principale devise la parole de Notre-Seigneur : «Apprenez de Moi que ft suis doux et humble de coeur», et elles s'appliquent avec un soin spécial à reproduire l'humilité et la douceur de notre divin Maître. Cette phrase de S* Paul : « // m'a aimé et II s'est livré pour moi » leur est également chère : c'est un appel à la confiance, au dévouement généreux pour la Cause du Christ et des âmes. Certes, les encouragements de l'Église n'ont pas manqué a l'humble famille religieuse dont nous parlons. Le 19 Octobre .1859, Mgr Foulquier, le pieux évêque de Mende, approuvait
  • 52. Les Religieuses du Coeur agonisant de Jésus 395 officiellement les grandes lignes de cet Institut et ie 2 février 1865 il apposait son sceau et sa signature au bas de chaque ar- ticle des Règles. En 1866, les Constitutions canoniques, après avoir été soumises à Rome, furent publiées à Lyon par Son Éminence le Cardinal Caverot. Plus tard, la bénédiction de Sa Sainteté le Pape Pie X devait, comme la paternelle bienveillance de l'éminent Cardinal Mercier, réconforter les membres de l'Institut. Qu'il est vaste et-varié le champ spirituel de Notre Mère la Ste Église! Chaque âme y trouve le stimulant, les secours, la nourriture qui lui conviennent; et le Coeur de notre bon Maître, diversement servi, y déverse sur tous des grâces et des récom- penses. . Le Coeur agonisant de Jésus !.... Faut-il beaucoup de pa- roles pour faire ressortir l'excellence de cette dévotion ? Honorer ce qu'il y a de plus grand, de plus parfait sur la terre et dans le Ciel, le Coeur sacré du Sauveur, vrai Dieu et vrai homme ?- l'honorer dans la plus touchante manifestation de son amour, c'est-à-dire dans les douleurs et les angoisses qu' Il a voulu endu- rer pour nous, quoi de plus noble et de plus sanctifiant ! • Dieu seul sait ce qu'une existence d'immolation offerte pour le salut des âmes peut attirer de grâces efficaces sur les 140.000 mourants de chaque jour ! Cette vie de réparation, intimement unie au Coeur de Jésus agonisant, c'est comme une lampe vivante qui se consume sans bruit devant Dieu et appelle les pardons divins sur les pécheurs au seuil de leur Éternité. C'est la contre^ partie de l'agitation fiévreuse des mondains qui courent à leurs affaires, à leurs plaisirs, à leurs futilités tandis qu'une multitude d'âmes sont sur le point de tomber en enfer. L'illustre évêque d'Angers, Mgr Freppel, l'avait bien con> pris puisqu'il écrivait : « Est-il une oeuvre de miséricorde spi- rituelle à la fois plus touchante et plus efficace que de tendre, à travers le temps et l'espace, une main secourable à ces pauvres agonisants en leur envoyant, de loin, le seul soulagement qui soit en notre pouvoir, celui de la prière ?» Quel but précis et attirant pour les âmes généreuses et apostoliques qui ressentent l'attrait du cloître ! Combien il est à souhaiter que, devenues très nombreuses, ces dévouées consolatrices du Christ à l'agonie et de la Mère des Douleurs puissent servir de « paratonnerres » à un grand nombre de diocèses, de pays, de nations ! M. B.
  • 53. 396 Piété //. - PIÉTÉ '« Vocabitur nomcn Emmanuel »{ 0 Ejus « Emmanuel », « Dieu avec nous » : tel est le nom béni que le prophète Isaïe donne au Messie, fils d'une Vierge immaculée. Avec quelle confiante allégresse les justes de l'ancienne loi n'ont-ils pas dû accueillir une révélation si pleine de promesses ! Et avec quelle ferveur de reconnaissance et d'amour ne devons-nous pas nous-mêmes, et nous surtout qui sommes depuis deux mille ans les témoins émus des faits, recueillir une appella- tion qui symbolise pour nous tant de suaves souvenirs et d'ines- timables bienfaits ! Emmanuel, «Dieu avec nous », c'est le mot qui relie le Protévangile à l'Évangile : et c'est la prédiction même de l'Incar- nation, l'explication de notre Rédemption. Emmanuel, c'est en effet : a) DIEU VENANT R ~NOUS : entendons par là ; — Dieu quittant les régions sereines de la lumière et de la vie pour le champ désolé de l'ombre et de la mort, la terre ravagée par le péché : « a summo coelo egressio Ejus » (2) — Dieu descendant du ciel où II règne seul, incontesté, acclamé, béni et adoré des anges et des élus, et choisissant, pour s'y fixer, une province de l'univers où, lors de son avènement, « tout est dieu, excepté Dieu lui-même » ; (3) — Dieu faisant le premier pas pour nous réconcilier avec Lui, alors qu' Il est l'offensé, et nous les offenseurs ; que tous les droits sont de son côté, et tous les torts du nôtre ; qu' Il est le souverain Créateur et Maître du monde, et nous Ses chétives créatures, l'humble ouvrage de Ses mains ! — Dieu se présentant Lui-même, et non dans la personne d'un mandataire investi de Son pouvoir, (quelque ange éblouis- sant de beauté et de pureté, quelque prophète à la parole inspirée et sublime, quelque thaumaturge aux prodiges éclatants) ; — Dieu venant'de Lui-même : non accidentellement ni fortuitement : Dieu ne fait rien au hasard ; ni par caprice : Ses résolutions et Ses desseins sont, comme Sa sagesse, éternels ; (1) « H s'appellera Emmanuel. » (Isaïe VII. 14.) (2) « Il part de l'extrémité du ciel». (Psaume XVIII. 7). <3) Bossuet.
  • 54. Emmanuel 397 masspontanémeiït : ne consultant que Lui-même, et n'obéis- sant qu'à Sa raison souveraine et à Son amour infini ; gratuitement : sans vues ni préoccupation de gloire ou d'in- térêt personnels ; qu'attendre en effet de l'égoïsme de l'homme déchu et corrompu ? miséricordieusement : attentif seulement à la misère et à l'ignominie de l'homme qu'il tient à réhabiliter ; généreusement : fermant les yeux sur l'indifférence, l'ingra- titude et l'hostilité même de ceux qu' Il entreprend de sauver ; amoureusement enfin : poussant le dévouement jusqu'à l'acceptation des humiliations et des tourments de la Passion, et jusqu'à « la folie de la croix ». b) PIEU SE FAISANT L'UN DE NOOS. — prenant dans le chaste sein de Marie un corps humain, non imaginaire, comme le prétend Nestorius, mais réel, de chair et d'os comme le nôtre: « Corpus autem aptasti mihi » ; (1) un corps — fait du sang de la Vierge Immaculée; — pur de toute concupiscence et de toute inclination au mal ; — exempt de toute tare comme de toute souillure ; — beau enfin, comme il convient au nouvel Adam, Fils de Dieu ; « Quel est Celui qui vient par le frais chemin vert ? « Il est jeune, il est doux. Il monte du désert. « 11 est beau. Tour à tour sur sa tête on peut voir « L'étoile du matin et l'étoile du soir. « Au-dessus de Sa tête, étonnement des anges, « Le ciel est un murmure immense de louanges, « Il est plus glorieux qu'Alexandre,, et plus beau « Que Salomon qui tient un lys dans son tombeau. » (2) Malgré son idéale et divine beauté, ce corps reste néanmoins — soumis aux lois, conditions ou exigences de la vie humaine, telles que l'évolution, ou les transformations graduelles dues à l'âge : « Invenietis infantem pannis involutum » (3) «Puer autem crescebat", et confortabatur. » (4) la faim : « Postea esuriit », et la soif : « sitjq ». la_fatigue et la lassitude : « Fatigatus ex itinere sedebat » (5) : (1) « Vous m'avezforméun corps» (Hébr. X. 5). (2).V.Hugo. - (3) «Voustrouverezun enfant enveloppéde langes.» (Luc. II, 12). W)<c L'Enfant croissaitet se fortifiait.» (Luc. II, 40). (5) « Fatigué du chemin, Il se reposait.» (Joan. IV. 6).
  • 55. 398 Piété — faible : doué de peu de force pour la tâche à remplir, et de peu de résistance pour les luttes à soutenir ; — fragile : susceptible, comme toute argile, de se briser au premier heurt violent ; — Une âme humaine vivifie ce corps de Jésus comme en chacun de nous : sensible, impressionnable, délicate, vibrante, comme une lyre sous le plectre de l'artiste, à toute pulsation ou émotion ; (Jésus aime les petits enfants dont le coeur est pur et l'âme simple et ingénue ; Il prend en pitié les pécheurs et protège la femme adultère contre ceux qui s'apprêtent à la lapider ; Il s'attriste sur le sort de Jérusalem, et s'attendrit avec les soeurs de Lazare sur la mort de leur frère ; etc..) intelligente, comprenant les personnes et connaissant les choses : les questions qui préoccupent les hommes, les besoins qui les stimulent, les passions qui les entraînent, les intérêts qui les divisent; (Jésus veut que chaque jour nous demandions à Dieu notre pain quotidien, mais II condamne comme injurieuse pour la Providence divine toute inquiétude au sujet de l'avenir : «Ne solliciti sitis animae vestrae quid manducetis... Scit enim Pater vester, quia his omnibus indigetis » ; (1) et II confond l'abjecte avarice : « Nolite thesaurizare vobis thesauros in terra ubi aerugo et tinea demolitur » (2) — libre, dans le domaine infini du bien, d'opter partout et toujours pour la perfection : (Si Jésus s'émeut un instant à la pensée du calice d'amertume, c'est pour mieux se ressaisir et ajouter aussitôt : « Néanmoins, ô mon Père, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la Vôtre. » ) (3) — enfin exposée à la tentation : « tentabatur a Satana», mais sans danger de faillir : « tentatum autem per omnia pro similitudine absque peccato ». (4) — Or cette humanité intégrale et complète s'unit en Jésus à la divinité du Verbe de manière à ne former avec elle qu'une seule personne, un seul centre d'attributions, un seul je, à la fois divin et humain. Et c'est par là que le Sauveur est vraiment Emmanuel, Dieu fait l'un de nous, et l'un des plus pauvres : Né dans une étable, Il mène la vie de l'ouvrier condamné à manger son pain à la sueur de son front ; (1) « Ne vous inquiétez point où vous trouverez de quoi mangerpour le sou- tien de votre vie..*Car votre Père célestesait que vous avez besoin de toutes ces choses.» (Matth. VI. 25 et 32). (2) « Ne vous faites point de trésors dans la terre, où la rouille et les vers tes consument.» (Matth. VI. 19). r Luc. XXII.42. S .. • (3) « Soumiscommenousà toutes les épreuves,hormisle péché. « (Héb. IV.iJ- (4)
  • 56. Emmanuel 399 tellement l'un de nous, qu'à l'âge même de trente ans, Il passe encore pour lé fils du charpentier Joseph : « Et Ipse Jésus erat incipiens quasi annorum triginta, ut putabatur, filius Joseph». (1) Et c'est ce qui Lui permet : — comme homme, de souffrir : (de présenter Sa face aux soufflets, Son chef à la couronne d'épines, Son corps aux lanières des fouets, Ses épaules au fardeau de la croix, Ses mains et Ses pieds aux clous, Ses lèvres au fiel et au vinaigre), et après une mort ignominieuse sur un infâme gibet, de recevoir au coeur un coup de lance aussi haineux que monstrueux ; — et, comme Dieu, de donner à cette expiation la valeur infinie requise par la justice divine. c) enfin DIEU DEMEURANT AVEC NOUS. Désolés de se séparer du compagnon de route qui leur avait remémoré et expliqué tant de chers souvenirs concernant Jésus de Nazareth, les disciples d'Emmaûs qui allaient Le reconnaître à la fraction du pain, Le conjuraient de passer avec eux les der- nières heures de la journée. Ce n'est pas pour quelques heures, quelques jours ou quelques années même que Jésus S'est engagé à rester avec nous 1. (2) Par Son Eucharistie en effet, Il est non seulement en esprit, mais en personne, l'hôte vivant de nos tabernacles. Il y demeure — pour nous recevoir tous, qui que nous soyons, grands ou petits, pauvres ou riches, savants ou ignorants, justes ou pécheurs ; à toute heure du jour et à tout moment de nôtre vie ; à l'aube comme au déclin du jour, au printemps de la verte jeunesse, comme au soir attristé de la vieillesse ; Tout à tous, Jésus veut être — le confident de nos joies et de nos tristesses, de nos désire et de nos regrets, de nos espérances et de nos déceptions, de nos progrès et de nos défaillances, de nos gloires et de nos hontes, etc.. — et notre conseiller dans nos perplexités, nos hésitations, nos doutes, nos troubles et nos difficultés ; et ceux qui mettent en Lui leur confiance se retirent en effet éclairés, réconfortés et rassérénés ; — pour nous visiter en s'unissant à chacun de nous dans la sainte communion ; car c'est chez nous, dans nos âmes, que Jésus aime surtout à nous entendre ; c'est en tête à tête ou pour mieux dire en coeur (1) Luc. m. 23. (2) Matth. XXVHI. 20.
  • 57. 400 Piété à coeur qu'il Lui plaît surtout de nous répondre; et quoi de mieux pour nous permettre de Le fêter, de L'exalter et de Le bénir chacun à notre manière, et de mériter de Lui, par une confiance et une reconnaissance plus intimes, une bénédiction plus personnelle et plus paternelle ? Et Son souvenir, Son impulsion nous accompagnent dans nos familles et jusque dans la gestion de nos affaires... quelle fête au foyer quand les époux Le.sentent au milieu d'eux, les aimant et les bénissant ! Et quelle suavité dans leur union, quand il se sentent invités par Lui à plus de délicatesse et de générosité mutuelles, à plus d'affection et de tendresse réciproques ! — enfin pour nous combler ; . soit parce que nous pouvons prier non seulement par Lui mais avec Lui, et que toute prière faite à Son Père en Son nom et en union avec Lui est infailliblement exaucée ; soit parce que nous assistons et participons au sacrifice de la Croix renouvelé chaque jour, quoique d'une manière non sanglante, sur nos autels, et que nos humbles expiations jointes à celle du divin crucifié nous assurent, avec le pardon de nos fautes, l'amitié, les grâces et les bénédictions de Dieu ; soit parce que, continuant à vivre avec nous, Il continue à multiplier Ses prodiges au milieu de nous : (conversions, gué- risons, secours inespérés, succès inattendus) et à confirmer dans les délices de Sa paix divine toutes les âmes de bonne volonté. CONCLUSION. — Emmanuel bien aimé, Dieu avec nous, soyez à jamais glorifié et béni ! — Vous êtes venu à nous ! Ne permettez pas que nous ayons jamais le malheur de nous éloigner de Vous, de nous dérober à Votre divine et bienfaisante influence ! — Vous Vous êtes fait l'un de nous ! Vous êtes devenu le Fils de l'homme; aidez-nous à Vous ressembler chaque jour davantage et à devenir de plus en plus les vrais fils de Dieu ! — Vous vivez au milieu de nous ! faites que toujours nous tenions à honneur d'être des plus empressés autour de Vous, des plus dévoués à Votre cause et à Votre triomphe, et que notre plus grand bonheur soit d'être de jour en jour plus étroitement unis à Votre Sacré-Coeur dans la glorieuse pureté et dans l'immo- lation féconde et généreuse qui est la plus sublime expression de l'amour. ' - CH. CHOMPRET. ' L
  • 58. Le Règne du Coeur de Jésus dans l'Ame Chrétienne 401 Le du Coeur de Jésus Règne dans l'âme chrétienne I. - Baisons du Règne du Sacré-Coeur dans nos âmes OPORTET ILLUM REGNARE! // faut qu'il règne ! (1) REGNABIT ! « Il régnera »! « Il le faut » !, s'écrie S* Paul : Oportet Illum regnare ! Il faut que le Christ Jésus règne sur l'Univers entier, car II est de droit : LE ROI ! Roi de droit divin, « Roi Immortel des siècles », (2) qu'il a créés »; (3) Roi des Nations, « qu'il a rachetées de Son sang », (4) et « reçues en héritage ». (5) Mais c'est PAR SON COEURqu'il veut désormais régner sur le Monde. C'est le Sacré-Coeur qui veut achever la pacifique conquête des Nations, et porter « jusqu'aux extrémités de la terre » (6) sa domination Souveraine. Ce n'est point par la rigueur de Sa justice, ni même par la Splendeur de Sa Majesté, que le Sauveur a résolu de soumettre les peuples à Son empire : mais, transporté d'amour envers ses Créatures, Il veut ne les subjuguer que « par la Suavité de cet amour et par les charmes de son Coeur Sacré » : In funiculis Adam, in vinculis Charitatis. (7) Voici, en effet, plus de deux siècles que Ste Marguerite-Marie, la Virginale Confidente de ce glorieux dessein, osait reprendre ces textes sacrés et les appliquer au Coeur divin qui l'avait faite son Apôtre : « Il faut qu' Il règne ! Il régnera ! et, ajoutait-elle, avec une angélique sérénité : « // me l'a dit ». (8) Or, si l'Église a, par instinct surnaturel, obéi à la mysté- rieuse injonction de l'Archange : Cor., repone tibi... ad medica- menta utiliter (9) : « Nourris-toi de la chair de l'Ichthus sacré, mais réserve le coeur, comme une suprême ressource », elle semble bien vouloir désormais « retirer de son trésor » cette dévotion "à la fois nouvelle et ancienne», (10) et nous montrer ce coeur 0) I Cor. XV. .25. (2) I Tim. I. 17. (3) Héb. I. 2. W Act. XX. 28. (5) Ps. II. 8. (6) Act. I. 8. (?) Os. XI. 4. «9 £af<?cft''s"i<! la Dévotionau S. C.- p. 80. de (?) Tob. VI. 6. (10)Matt. XIII. 52.
  • 59. 402 Piété entr'ouvert, « afin qu'à ce signe nous reconnaissions le Frère que nous avons transpercé ». (I) Ne semble-t-elle pas, en effet, nous autoriser à voir, dans les révélations de Paray, le commentaire précis des divins oracles qui annoncent le règne universel du Sauveur ici-bas, lorsqu'elle applique à Ste Marguerite-Marie le mot que S* Paul avait écrit de lui-même ? Mihi data est gratta hoec evangelizare investigabilu divitias Christi, (2) disait l'Apôtre aux Ephésiens : « J'ai reçu la mission d'annoncer les insondables richesses du Christ ». Ces trésors, reprend l'Église, sont ceux de votre Coeur, ô Jésus ! Domine Jew Christe, qui INVESTIGABILES DIVITIAS CORDIS TUI beatoe Margn. ritoe Virgini mirabiliter revelasti. (3) N'est-ce pas à dire que l'Évangile, la prédication de Paul contenait implicitement la révélation qui devait être faite, au cours des siècles, à la Vierge de Paray ? Aussi avec quel élan, de plus en plus irrésistible, les enfants de l'Église se portent-ils vers le Coeur de Jésus ! Que de Sociétés se sont fondées en son honneur ! Que d'oeuvres se couvrent de ce signe adorable ! Qui pourra compter les ouvrages, les revues, les écrits dévoués à ce divin objet ? Mieux encore ! parcourons les mandements doctrinaux de nos Évêques : examinons les blasons où ces pasteurs des âmes inscrivent leur programme, où ils dessinent leur idéal. Combien sont consacrés à la gloire, au service, et, définitivement, au Règne du Coeur de Jésus ! Mais au-dessus de tout, après les actes bien significatifs de ses prédécesseurs, Léon XIII, le vicaire de Jésus-Christ, n'a-t-il pas élevé au-dessus de l'Humanité" tout entière, le glorieux Étendard du Sacré-Coeur ? EN ALTERUMSIGNUM ! « Le voici, le nouveau signe : c'est le Coeur de Jésus », ce Coeur montré à la Vierge de Paray-le-Monial, « Coeur transpercé, couronné d'épines, environné de flammes et surmonté de la Croix » ! Et le grand Pape ajoute solennellement : « Il est tout notre espoir ! Il sera notre salut ». (4) Ces paroles mémorables, « les plus extraordinaires peut-être » a-t-on dit, (5) « qu'un Pape ait prononcées depuis S* Melchiade », achèvent de donner tout leur sens aux Oracles Sacrés. « // ne peni y avoir de salut qu'en Lui, » (6) s'était écrié S* Pierre à Jérusalem. Et son successeur, le Pontife romain, s'élève jusqu'à la source même du salut, et la montre aux regards du monde entier, d an la poitrine entr'ouverte du ,Rédempteur ! Oui, « plaçons dans le (1) Joh. XIX. 37. (2) Eph. III. 8. (3) Oratio in festo S. Marg. Maris. (4) Encycl. « Annum Sacrum «. • (6) Act. IV.page 80 (5) Catéch., 12.
  • 60. Le Règne du Coeur de Jésus dans l'Ame Chrétienne 403 Sacré-Coeur toutes nos espérances ! » Oui ! qu' Il règne sur tout l'Univers ! Adveniat regnum tuum ! (1) Mais ce Règne universel du Coeur de Jésus, si opportun, si nécessaire, ne peut être réalisé que par la soumission individuelle des âmes à son empire. Ce ne sera que lorsque, une à une, toutes les brebis seront entrées au Bercail, que sera réellement constitué l'unique troupeau de l'unique pasteur. C'est donc en nous-même, tout d'abord, que nous devons établir ce règne d'amour. Et quoi de plus facile ? Le Coeur de Jésus n'a qu'un désir : « enflammer nos coeurs des ardeurs qui le consument Lui-même». (2) Nous n'avons donc qu'à le vouloir aussi, et II versera dans nos âmes une grâce abondante qui fera de nous des sujets fidèles et dévoués. C'est de l'établissement de cette bienheureuse domination du Coeur de Jésus sur chacun de nous, que nous nous entretien- drons dans ces CAUSERIES MENSUELLES. Le Coeur de Jésus a tous les droits sur nous. « Il est essentiel- lement Roi, comme nous sommes essentiellement sujets » : Ipse est Dominus Deus noster : nos autem populus ejus. (3) Le Coeur de Jésus, en effet, n'est point Roi électif : « Ce n'est point vous qui M'avez choisi » : Non vos Me elegistis (4). Il n'est point Roi constitutionnel : REX SUM EGO ! (5) Nous ne pouvons rien ajouter à ses droits sur nous, ni les limiter en rien. Aussi, afin de maintenir intacte l'idée de la royauté absolue du Sacré-Coeur, l'Église ne permet point le couronnement de ses statues, mais seulement l'hommage de la couronne royale déposée à ses pieds. LES TITRES DU SACRÉ-COEUR LA ROYAUTÉDES ÂMESsont, A tout d'abord, LA CRÉATION. Réfléchissons-y bien ! C'est l'Amour Infini, plutôt que la puissance divine qui nous a tirés du néant. En effet, quelle raison souveraine dirigeait et limitait le pouvoir créateur ? Pourquoi au lieu de cette infinité d'êtres qu'il eût pu créer, Dieu nous a-t-11 choisis à l'exclusion des autres ? C'est qu'il nous a voulus, c'est-à-dire aimés ! Omnia quoecumque voluit fecit. (6) « Tout ce qu'il a voulu II l'a fait ». Or, c'est dans son Verbe, dont II prévoyait l'Incarnation, que Dieu voulait, c'est-à- dire créait, les êtres prédestinés à l'existence. C'est donc « en Lui, (1) Matt. VI. 10. (2) Luc. XII. 49. (3) Ps. XCIV. (4) Joh. XV. 16. ' © Joh. XVIII. 37. (6) Ps. CXIH. 3.
  • 61. 404 Piété dans l'Amour du Verbe incarné, dans son Coeur, que nous avons été choisis, conçus et établis : Elegit nos in Ipso... in charitate.,. proedestinavit nos in adoptionem filiorum per Jesum Christum in Ipsum, secundum propositum voluntatis suoe. (1) « Il nous â prédestinés à l'adoption de ses enfants par Jésus-Christ. Selon le dessein de sa volonté ». Et ce coeur était tellement l'Idéal divin qui se jouait devant le Créateur », Ludens coram Eo, omni tenipore, (2) que Dieu semblait ne créer que des coeurs : finxit sigillatim corda nostra. (3) « Il les façonnait un à un », avec un soin tout particulier, sur ce Coeur sacré qui devait « en faire son royaume » (4) et « prendre en eux ses délices » : Ludens coram Eo, ... et delicioe meoe esse cum filiis hominum. (5) Aussi, est-ce « dans le coeur que Dieu voit et juge tout l'homme » : Deus intuetur cor. (6) Coeur sacré de Jésus ! « Je suis donc bien vôtre ! » Tuus sum ego ! (7) Vôtre, « comme le vase appartient au potier qui l'a façonné » Sicut lutum in manu figuli (8) ! Bien plus ! car le potier n'a point créé l'argile que ses doigts ont pétrie, tandis que vous, ô Amour Créateur, vous m'avez tiré du néant ! Le Coeur de Jésus est encore le Roi des âmes par droit de CONQUÊTE. Il nous a rachetés ! Nos premiers parents, abusant du don magnifique de la liberté que le Créateur leur avait fait, s'étaient dérobés à la domination de l'unique Roi des Coeurs : ils étaient nécessairement tombés sous l'empire de l'usurpateur infernal, et nous avaient livrés d'avance à sa tyrannie. « Or, dit S* Augustin, l'homme peut bien se livrer, se vendre au démon mais il ne peut pas se racheter ». « Tous les enfants d'Adam naissent donc fils de colère ». (9) Le Coeur de Jésus s'est ému ! Il a engagé la lutte avec l'an- tique serpent. Il a pris sur Lui nos péchés : Il a absorbé le venin infernal, et Lui, la Vie, a subi la mort : Vita mortem pertulit ! Mais de sa mort a jailli pour nous, une vie immortelle : Et morte vitarn protulit ! (10) Au prix de son sang, Il a sauvé l'Humanité. Dès lors, l'enfant qui vient au monde, au sein de l'Église, peut être immédiatement régénéré par le Baptême, oint et consa- cré comme enfant de Dieu, et son âme est déjà vouée au Coeur Sacré du Rédempteur ! (1) Eph. I. 4. 5. (2) Prbv. VIII. 30. (3) Ps. XXXII. 15. <4) Apoc. I. 6. (5) Prov. VIII. 31. 32. (6) I. Reg. XVI. 7. (7) Ps. CXVIII. 94. (8) Jer. XVIII. 6. (9) Ëph. II. 3. (10) Hymne « Vexilla Régis ».
  • 62. Le Règne du Coeur de Jésus dans l'Ame Chrétienne 405 Ah ! si nous avions su conserver dans la paix, affermir dans la soumission, le royaume si miséricordieusement fondé au dedans de nous ! Mais, nous avons imité la révolte de nos premiers une fois ? hélas ! cent fois, mille parents ! et une fois encore... fois peut-être, nous nous sommes revendus à l'ennemi ! Et ici se révèle, plus merveilleux encore, l'amour inépuisable du Sacré- Coeur : Dès que, par une humble confession, nous inclinons notre tête et notre coeur devant Lui, Il nous pardonne ! nous sommes de nouveau rachetés : Son sang coule sur nous par la pénitence, comme il nous avait une première fois lavés par le Baptême ! Mon Dieu et mon Sauveur ! ce n'est pas une fois, c'est cent fois, c'est mille fois que vous m'avez racheté ! Ne permettez pas que je l'oublie jamais. * ** Le troisième et suprême titre du Sacré-Coeur à la Royauté de nos âmes est la DIVINE IMPATIENCE qui L'étreint, et Le pousse à s'emparer sans délai.de ce royaume qu'il vient de conquérir : Quomodo coarctor ! (1) s'écrie-t-il. Voilà bien le gémissement douloureux de ce Coeur dévoré d'amour, et torturé du désir de se donner aux enfants des hommes ! Et II se donne ! Il ne peut se contenir : c'est un feu dévorant : Ignem veni mittere in terram. (2) «j'ai apporté le feu sur la terre ! et je n'ai d'autre désir que d'en consumer vos coeurs ». « Et notre âme n'a pu se dérober à cet incendie » Nec est qui se abscondat a calore ejus. (3) Car, dit Saint Paul, « à chacun de nous a été donnée la grâce, selon la mesure du don de Jésus-Christ ». "(4) Pendant les heures de sa lente agonie sur la Croix, Jésus s'occupait de notre salut. Toutes les créatures, chacun de nous, « un à un », Sigillatim, nous avons passé devant son esprit, et à chacun de nous II a fait un legs particulier, un don personnel et inaliénable ! Et par là, le Coeur de Jésus prenait possession de notre misérable coeur. Ce n'est qu'à genoux que nous devrions parler de ce mystère d'amour que Ste Catherine de Sienne appelle EFFROYABLE ! Pourrions-nous jamais le croire, si le Sauveur Lui-même ne l'avait, par avance, explicitement révélé ? Relisons le discours après la Cène : S* Jean nous dit que « Jésus aime les siens in finem ! ». (5) « Aussi loin », explique S* Thomas, « que Dieu même peut aller»; et S* Paul murmure, « jusqu'à la folie » ! (6) Ego sum Vitis, vos palmites (7) : « je suis le cep, vous êtes UJ LUC.XII. 150. (2) Luc. XII. 49. (3) Ps. XVIII. (4) Eph. IV. 7. (5) Joh. XIII. 1. (6) I. Cor. 21. 23. U) Joh. XV. 5.
  • 63. 406 ; Piété les branches ». « Mais, dit Augustin, la Vigne et les branches ne sont-elles pas de même nature ? Eh bien ! le Verbe s'est fait chair • afin de devenir, par sa nature humaine, le cep dont nous puissions être les rameaux ». C'est donc bien le Coeur adoré qui « verse en nos âmes sa propre vie » : Cor Jesu, Fons vitoe ! Vita Nostra ! (n Où donc, en effet, s'élabore la sène divine qui, du tronc, monte dans les branches, circule dans tous les rameaux, les rendant capables de produire des feuilles, des fleurs et des fruits ? Mais dans le Coeur de Jésus ! qui « se contracte, se dilate » : Quomodo coarctor ! qui bat d'aniour pour ses créatures, ce Coeur, « Source de Vie », et dont les pulsations enflammées portent jusqu'au plus humble membre de son Corps mystique, un torrent de vie sur- naturelle ! Vie réellement divine ! car la grâce sanctifiante que nous communique le Coeur de Jésus, et qu'il nourrit en nous, est bien réellement, quel que chose de divin, qui fait de nous, en vérité, les enfants de Dieu. Nominamur et Sumus ! (2) « Ce n'est pas un vain titre », dit S1 Jean, « c'est une profonde réalité ». « Pour l'amour de son Fils Incarné, Dieu nous a adoptés comme ses enfants. (3) Or, par le fait même que nous sommes ainsi in charitate radicati et fundati (4), «entés sur le Coeur même de Jésus», comme les branches sont unies à la vigne, nous ne pouvons plus être que son bien propre, sa possession, son royaume :..« Réflé- chis-y bien », dit S* Augustin, « autant le sarment est précieux tant qu'il est uni au cep, autant il devient inutile dès qu'il en est retranché : Ou le cep ou le feu ! Prends donc garde de demeures uni au Cep Divin, si tu ne veux pas être voué aux flammer éternelles ». Coeur Sacré de Jésus, « Source unique de vie et de sainteté », ne cessez point de répandre en mon âme les flots de votre amour. « Je vous possède comme Vous me possédez ». (5) En Vous et par Vous, « j'ai mis la main sur la vie éternelle » (6) Ne permettez pas que ma main débile abandonne jamais la vôtre : Tenui eum, nec dimittam. (7) « J'ai rencontré Celui que chérit mon âme : Je l'ai saisi, et je ne le laisserai pas aller ». PRATIQUE. Par la prière, la lecture et la méditation, j'essaie- rai pendant ce mois de me bien pénétrer de cette vérité fonda- mentale : Je dois devenir, de plus en plus parfaitement, le Royaume du Sacré-Coeur. SENESCENS (1) Lit du Sacré-Coeur. (2) I. Joh. III. 1. <3) Eph. I. 4. 5. 6. .. (4) Eph. III. 7. (5) Philip. III. 12. (6) I. Tim. VI. 12. (7) Cant. III. 4.
  • 64. LeSBelles Prières 407 Les Belles Prières « Cher monsieur l'abbé, m'écrit le R. P. Louis Brucker, S: J., veuillez accepter mes très cordiales félicitations pour la belle entre- prise de Regnabit. Léon XIII nous a signalé le Sacré-Coeur comme le nouveau Labarum pour nos temps, et Benoît XV, lors delà consécration, a désigné Montmartre comme un Phare d'où la dévotion au Sacré-Coeur doit rayonner non seulement sur Paris et la France, mais sur le monde entier : vous y travaillez splendidement. — Per- mettez-moi de vous présenter, comme une contribution à l'Histoire si intéressante de M. Gastoué, () Un chapitre qui date déjà des années 1441 à 1456 ! Avec mes meilleurs voeux de parfait succès, Votre dévoué in Corde Jesu, P. L. B., s. j. V. THOMAS à KEMPIS (+ 1471) et le SACRÉ-COEUR. Un chapitre de son traité Orationes et Meditationes de Vita Christi, le contenu du Vol. V des OEuvres Complètes de Thomas A. Kempis, chanoine Régulier de l'Ordre de S' Augustin, en 8 vol,, publiés en 1902 avec grand soin par l'érudit Michel-Joseph Pohl, un concitoyen de Kempis. Ce traité fut composé entre 1441 et 1456, au témoignage de son auteur; et l'un des 5 manus- crits constate qu'il fut copié sur l'autographe, 9 ans après la mort de A. Kempis, en 1488, « ex libro qui scriptus est per manus Fratris Thomae Kempis ». Prières et Considérations sur la Vie de Jésus-Christ Section I, partie 2, Chapitre 32 (pages 195 à 200) : De la cruelle transfixion du Très Saint Côté du Seigneur^ Jésus après sa mort. « Je vous bénis et vous rends grâces, ô Seigneur Jésus-Christ, source inexhaustible de charité et de grâce, pour la cruelle trans- fixion de votre Très Saint Côté après votre mort. Parce que, a'ors, ô le plus saint, de tous les saints, Vous fûtes si gravement Wessé et percé dans Votre Côté droit par la lance d'un des soldats, ^e la pointe du fer, pénétrant dans ses profondeurs les plus reculées, atteignit Votre Tendre Coeur et de cette blessure grande ouverte produisit pour nous cette très salutaire source de sang e* d'eau qui devait arroser et guérir tout l'univers. O saint et admirable épanchement de sang, du côté droit Kegnabit,n° de Septembre 1921. T. I, p. 249.
  • 65. 408 Piété de Jésus endormi sur la Croix, pour la rédemption des hommes! O pur et très doux jaillissement de l'Eau bénie «des sources même du Sauveur» (Isaïe. 12, 13), pour nous laver de tous nos péchés! Au temps ancien, il est vrai, Moïse; le serviteur de Dieu frappa le rocher dans le désert, les eaux jaillirent, et le peuplé aussi bien que les troupeaux en burent avec délices et cessèrent de murmurer (Num. 20.) Mais le vigoureux soldat Longin, ayant saisi la lance de sa forte main, frappa le rocher, quand il ouvrit le Côté de Jésus : « et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau» (Jean 19, 34), et de là notre chaste Mère l'Église a tiré les sacre- ments de son salut. En effet, comme Eve a été appelée la Mère des vivants et fut formée d'une côte d'Adam son époux (Gen. 2.) de même la sainte Église militante fut appelée la Mère de tous les fidèles et créée de nouveau du Côté de Jésus son Époux. 0 noble et précieuse Blessure de mon Seigneur, que nous devons chérir plus que toutes les autres blessures, qui a pénétré plus profondément et qui est plus largement ouverte pour donner entrée à tous les fidèles, plus abondamment bénie par un épan- chement miraculeux et plus particulièrement proéminente quoique reçue plus tard. Quiconque boira, ou même une seule fois prendra cette potion d'amour, de la sainte et divine source de cette Blessure, oubliera tous ses maux ; il sera guéri de la fièvre de désirs mondains et charnels, il se sentira enflammé de l'amour des choses éternelles, il sera rempli de l'ineffable douceur du Saint-Esprit, et « il y aura une source d'eau en lui jaillissant jusqu'à la vie éternelle ». (Jean 4, !4) Entre, entre, mon âme, dans ce Côté droit de ton Sauveur crucifié. Entre par cette Blessure insigne dans le Coeur très aimant de Jésus, transperce par amour afin que « dans la fente de ce rocher» (Cant. 2, 14.) tu puisses te reposer du-tumulte de ce monde. « Viens, ô homme, à ce Coeur profond » (Ps. 63, 7.), à ce Coeur caché, à ce Coeur secret, au Coeur de Dieu qui t'ouvre sa porte. Entre, ô béni de Dieu ! Pourquoi restes-tu au dehors ? Voici qu'a été ouverte pour toi la source de la vie, le chemin du salut, le Sanctuaire céleste d'où « coulent maints délicieux aro- mates » (Cant. 4, 10.) Voilà le lieu de refuge contre l'insidieux ennemi, et un abri de propitiation contre le jugement à venir. Ici se trouve « la source d'huile » (3 Reg. 17, 14.) et de grâce qu> coule sans cesse, et ne manque jamais d'offrir le pardon aux pécheurs qui s'approchent avec un coeur contrit. Ici se trouve la source dé la rivière Divine qui sort du milieu du Paradis, « P°ur arroser toute la surface de la terre » (Gen. 2, 6.), pour calmer 'a sqif des coeurs arides, pour laver tous les crimes, pour détruire les émotions de la passion coupable et pour apaiser les querelles de la discorde. Puise donc au Côté de Jésus les douces consolations de la vie, pour ne plus vivre^en toi, mais en celui qui a été trafls-
  • 66. Les Belles Prières 409 percé pour toi. Donne ton coeur à Celui qui t'a ouvert son Coeur. Entre par la porte de cette Blessure sacrée jusque dans l'intéreur du Sauveur. Il t'invite à entrer, Il te demande de rester avec Lui, et II désire que tu sois d'un même coeur avec Lui. « Moniils, dit-H, donne-Moi ton coeur » (Prov. 23, 26.) Dieu ne demande pas davantage ; quand tu as donné cela, tu as offert le don le plus agréable. la ch. « i "«née de la mort de Thomas&Kempis,un artiste inconnu peignaitdans ^ l'Eglise Saint Jean-Baptisteà Chaumont(Haute-Marne), , sePaIchreremarquée,Envoicisur unefrï 8 'us*u ici ^S&RY une exactePeu °»-i, bois,au eanif,par L. : la première,je crois, qui en ait CHARBONNEAU- reproduction été faite. — F. A Donne donc ton coeur à Jésus, et non à aucun autre ; donne-le au Christ, et non au monde ; donne-le à la Sagesse Éternelle, et °n a une vaine philosophie. Car II a fait ouvrir son Côté si larges
  • 67. 410 Piété nient et transpercer si profondément, afin que tu aies libre accès au Coeur de ton Bien-Aimé, afin que tu puisses pénétrer jusqu'à l'intérieur du Fils de Dieu et être uni à Lui dans une vraie union de coeur, afin que tu diriges toutes tes affections vers Lui et que tu accomplisses toutes tes actions pour Sa gloire dans la simple cité de ton coeur, afin que.tu puisses Lui plaire à Lui seul et t'efforcer de t'attacher à Lui avec un esprit pur et de toutes tes forces. Et en effet, où pourrais-tu reposer avec plus de sécurité, demeurer en-lieu plus sûr, et prendre ton sommeil avec plus de douceur, que dans les Blessures de Jésus-Christ crucifié pour toi ? Où trouver plus haute sagesse et apprendre une science plus utile de la vie, que dans l'intérieur du Christ souffrant, « de la poitrine duquel jaillit une source vive » (Brev. Rom.) ? Où pourrais-tu, même si tu as commencé à être tiède, aussi effi- cacement redevenir fervent, aussi promptement te préserver de tout trouble, aussi parfaitement recueilli en toi-même, comme dans le Coeur de Jésus percé de la lance pour ton amour ? Rien n'enflamme, attire et pénètre le coeur de l'homme comme l'amour du Sauveur Crucifié. Aussi un certain saint répétait constamment : « Mon amour est crucifié !» Affectueusement je fais écho à son cri : « Voici que mon amour est blessé et transpercé, afin que j'aie une entrée ouverte dans son Coeur tout aimable ! ». Hâte-toi, autant que tu peux présumer dans ton pieux empressement, et appuie-toi sur le Sacré Côté de Jésus, afin que tu sois arrosé de ce Sang et de cette Eau. Et, si c'est possible, enlève ton propre coeur et « place-le tout près du Coeur de Jésus » (Job. 17, 3), afin que Lui-même le garde, le gouverne et le possède, et qu'ainsi il ne puisse plus jamais être attiré ici et là, et de la sorte se souiller. Dévoile-Lui ton coeur ; confie-toi à Lui avec abandon ; livre-Lui toute ta volonté ; puisse-tu n'avoir qu'« un coeur et qu'un âme » (Act. 4, 32) en Dieu, ne penser et ne désirer en tout qu'une même chose avec Lui, « conformément à son bon plaisir » (Ps. 88, 18) pour toujours. Alors tu goûteras une grande paix, et tu ne seras pas si aisément troublé, ou affligé d'une manière désordonnée, quand tu auras donné à Jésus tout ton coeur afin qu'il le garde et y demeure pour toujours. O Jésus, très fidèle ! l'hôte intime des coeurs aimants ! O la vision cruciforme de tous les contemplatifs ! O le déifique trésor de toutes les grâces et de tous les dons, O Christ Roi, Rédempteur des fidèles ! qui avez eu votre Côté sacré ouvert par le fer cruel de la lance ! ouvrez-moi, je Vous en supplie, la porte de votre miséricorde ; laissez-moi pénétrer, par cette « porte grande ouverte et efficace » (1 Cor. 16, 9) de votre Côté, jusqu'au sanctuaire de Votre Coeur très aimant, afin que^mon coeur soit uni à Vous pM un indissoluble lien d'amour et s'enflamme avec véhémence, et afin que « vous demeuriez en moi et moi en Vous » (Jean 17, 21)
  • 68. Les Belles Prières 411; et que notre alliance dure éternellement. « Blessez mon coeur » (Cant. 4, 9) avec la flèche de votre amour ; puisse la lance du soldat percer ma poitrine de part en part et transpercer mon intérieur, afin que par cette salutaire transfixion mon âme re- trouve une santé parfaite, (1) «n'accepte aucun autre amour" que Vous » (Office de Ste Agnès 2°) et ne désire aucune consola- tion en dehors de Vous. Que mon eoeur soit accessible et ouvert à Vous seul, étranger au monde, fermé à l'Esprit malin,, et de toutes parts comme scellé contre les tentations par le signe de Votre Ste Croix. Ainsi soit-il. » Pour traduction conforme : (31 Dec. 1921.) Père Louis Brucker, s. j. „ . (1) Sainte-Agnèsqui était la patrone du Monastère de A, Kempis, au Mont ' Sainte-Agnes. , . Le saint écrivain avait également une particulière dévotion à son Saint Patron, ^amt-Tliomas,sur le Coeurde converti de son incrédulité après avoir mis sa main oans'leCôté et l'Apôtre qui fut «u consacretrois chapitres. Jésus ': dans ces mêmes Orationeset Mediialiones;il A. M.D. G.
  • 69. 412 Chronique ///. — LES FRITS Empire Britannique et Pays de langue anglaise ANGLETERRE ALDEBURGH-ON-SEA. — Dans le numéro de Janvier, j'ai parlé de l'érection d'une église en l'honneur du Sacré-Coeur de Jésus dans la ville d'Aldeburgh; et, preuve de l'attention, de l'intérêt avec lequel on lit Regnabit, on nous a écrit une belle lettre que je vais citer toute entière. Je noterai, auparavant, que la ville d'Aldeburgh-on-Sea se trouve dans le Comté de Suffolk, et que c'est le Révérend Père Vincent Delaney qui, avec un zèle et un courage bien apostoliques, a entrepris l'érection de cette église pour le salut des âmes, et pour l'honneur du Sacré- Coeur. Voici, maintenant, ce que l'on nous écrit : ! « Je viens de lire dans Regnabit, que reçoit Mademoiselle O***, un paragraphe qui m'a vivement touchée, dans la Chro- nique d'Angleterre. Comment avez-vous entendu parler de la Mission d'Aldeburgh-Suffolk.. ? Je ne sais, mais je voudrais vous en parler éloquemment et longuement., comme d'une oeuvre à laquelle j'ai voué ma vie, ayant habité 10 ans ce petit coin protestant, et, y ayant travaillé avec tout mon coeur. Cette partie de la côte Est est très protestante. En 1904, les Ursulines de Clermont y ouvraient une Maison de refuge et un tabernacle au Divin Roi. La chapelle servait d'église paroissiale, et le chape- lain de la Communauté étendait son ministère aux très rares catholiques du pays. Mais, le petit groupe fut rappelé, en 1919, et la pauvreté du diocèse ne permettant pas le maintien d'un prêtre et l'ouverture d'une chapelle (la maison des religieuses étant vendue), le tabernacle devait être fermé, et, Jésus Hostie devait abandonner ce petit coin où de plus nombreuses familles catholiques s'étaient groupées et développées. Alors, n'écoutant que son zèle, et, se fiant sur la Providence, le chapelain de la communauté d'origine irlandaise, et ancien séminariste de Saint- Sulpice, s'offrit à Monseigneur de Northampton pour essayer d'établir une paroisse catholique — deux, plutôt — car la loca- lité voisine d'Aldeburgh— Leiston — comptait, aussi, bien des catholiques. Pouvait-on laisser sans prêtre, sans église, sans ins- truction, ces enfants, ces catholiques fervents ? Monseigneur autorisa un essai... Mais, vous conviendrez que la tâche est grande pour un seul prêtre. Membre de la communauté, j'ai dû rentrer
  • 70. Angleterre 413 en France aussi ; mais, des raisons particulières m'ont obligée, pour garder une certaine latitude et la facilité de secourir mes parents âgés, à me séculariser, et je suis dans l'enseignement libre, ici même. Mais la Mission d'Aldeburgh est toujours ma mission. Je prie, je travaille pour elle, employant mes faibles ressources d'institutrice libre à l'aider... mais, c'est si peu ! je vous confierai qu'étant là-bas, de concert avec le Révérend Père, j'ai promis au Sacré-Coeur de Lui consacrer ma vie et mes oeuvres, de l'établir Roi, chez.nous, si nous pouvions établir et conserver une vraie paroisse catholique. Et II se souvient de notre promesse. Je vous envoie une petite brochure qui vous montrera le bien déjà accompli, et celui à accomplir encore ! Si, parmi vos relations, il se trouvait quelque âme qui veuille contri- buer à l'érection de ce temple si nécessaire, je vous serais recon- naissante de vouloir bien me l'adresser, avec son offrande si minime sort-elle. J'ai ouvert une souscription à Ofr.25 : vingt cinq centimes cela n'est pas trop élevé, n'est-ce pas ? J'envoie où je peux les prospectus de votre Revue. Aujourd'hui même, j'en ai lancé un au Brésil. Pourrai-je avoir le numéro de Janvier pour moi-même (ci-joints 2 frs) et les 3 petites brochures : Les enfants au Sacré-Coeur? Veuillez agréer, mon Révérend Père, l'expression de mes religieux respects. MARIE-ANTOINETTE B*** PAYS DE GALLES — ECOSSE. — Parmi les événements qui relèvent de la gloire et des intérêts du Sacré-Coeur, on me signale la nouvelle suivante : Mgr Mostyn, archevêque de Cardiff, annonce que le Saint- Siège ouvrira bientôt le procès de béatification des martyrs gallois mis à mort aux seizième et dix-septième siècles. Huit martyrs moururent dans ce qui est maintenant la pro- vince ecclésiastique de Cardiff ; le métropolitain gallois fait pré- parer leurs dossiers pour la Sacrée Congrégation. L'Archevêque de Cardiff a lui-même le privilège de compter parmi ses ancêtres, trois martyrs qui souffrirent pour la foi en Angleterre. Au nombre de ces martyrs était la Bienheureuse Marguerite Pôle, comtesse de Salisbury et mère du cardinal Pôle, qui, en qualité de légat du Pape, réconcilia l'Angleterre avec le Saint-Siège et la releva du schisme sous le règne de Marie Tudor. Le premier martyr du pays de Galles fut mis à mort à wrexcham, qui est maintenant la ville épiscopale des évêques de Menevia, diocèse qui fut gouverné par Mgr Mostyn avant son élévation à l'archevêché de Cardiff.
  • 71. ,414 Chronique Une commission, présidée par Mgr l'archevêque de Glasgow et, pendant la vacance du siège, par Mgr l'évêque de Dunkeld, s'occupe de la cause des.martyrs écossais. Les deux martyrs dont on instruit la cause sont le Vénérable John Ogilvie, jésuite, martyrisée Glasgow, en 1615, et le vénérable Georges Douglas, franciscain d'Ecosse, mis à mort à York, en 1587, pour le seul fait d'avoir été prêtres catholiques. D'autres prêtres écossais furent aussi mis à mort pour leur foi, leur cause va aussi être introduite à Rome. CANADA AUX GLACES POLAIRES. — Je viens de lire un livre magnifique, intitulé : Aux Glaces Polaires. Ce livre très bien écrit, par le Révérend Père Duchaussois O.M.I., m'a été une révélation, comme il le sera pour tous ses lecteurs, de l'héroïsme sublime des premiers Missionnaires Oblats de Marie Immaculée qui ont évangélisé l'Athabaska-Mackensie. Quand on lit les descriptions, que l'on sent vraies, vécues, des souffrances des Missionnaires dans ce pays glacial, on se prend à murmurer : Quelle est grande la valeur des âmes ... puisque c'est pour leur parler de Dieu, pour les sauver, que ces hommes ont tout quitté : parents, amis,. patrie, qu'ils ont renoncé au bien être légitime de la vie, pour s'exposer aux plus crucifiantes privations et souffrances qui peuvent affliger un être humain ! Où donc ces héros inconnus allaient-ils puiser la force de vivre et d'aimer leur martyre ? Dans leur foi, dans leur amour de Dieu. C'est près du tabernacle, c'est devant la présence réelle de leur Jésus avec eux, près d'eux, qu'ils pouvaient vivre leurs moments de souffrances et d'angoisses. Le Révérend Père Duchaussois a raison d'écrire : «Chacun des isolés, pour le salut des âmes, témoignerait que les consolations éprouvées dans sa vie com- mune avec Notre-Seigneur suffiraient à prouver la présence de Jésus dans la Sainte Eucharistie ». Oui, Jésus était avec eux-
  • 72. Canada 415 L'on comprend aussi ces paroles de Monseigneur Faraud, sur le soir de sa vie, lorsque, accablé de douleurs, il écrivait à ses missionnaires : « Ce que je voudrais avant tout faire crier à son de trompe, c'est que je vous aime tous d'une tendresse maternelle. Cette affection entée sur le Coeur de Jésus, foyer ardent et source- intarissable de l'éternelle charité, centuple mes forces. L'homme matériel me crie : «C'est assez, dépose ton fardeau ! ». Et, le surnaturel : «La mesure de l'amour c'est d'aimer sans mesure et de se donner sans limites. ! » En avant donc, tant qu'il plaira à Dieu ». La présence réelle du Sacré-Coeur Hostie qui a été la source divine où les Missionnaires puisaient la sublimité de l'amour, sans mesure, pour les âmes, ne pouvait pas ne pas être connue et aimée par le coeur des sauvages qu'ils évangélisaient. Voici, en résumé, ce que je lis dans le beau livre du Père Duchaussois : « Mission et orphelinat sont le théâtre de spectacles qui ravi- raient Montmartre et Paray-le-Monial. La dévotion au Sacré- Coeur, reine et centre de toutes les autres, a été l'aboutissant de tous les efforts, comme de tous les désirs... Tous les sauvages se sont affiliés, par des confréries spéciales, aux grands foyers du Vieux-Monde, d'où rayonne le Coeur de Jésus. Ils n'omettraient pas, pour un trésor, s'ils se trouvaient au voisinage de leur église, la communion du premier vendredi du mois. Des trappeurs s'imposent des journées de marche afin d'être présents à la fête mensuelle du Sacré-Coeur. Plusieurs ont sacrifié des chasses et des pêches nécessaires à leur vie, confiants en la parole de Celui qui est riche envers ceux qui l'invoquent, et qui a promis de bénir toutes les entreprises. La plupart de ceux que retiennent trop souvent les distances ou la disette se sont inspiré, en dédom- magement, la dévotion à tous les vendredis de l'année. Chaque vendredi qu'ils passent à la mission, ils s'approchent des sacre- ments. Retournés au fond des bois, ils s'unissent par la commu- nion spirituelle à Notre-Seigneur présent dans l'Eucharistie et aux heureux fidèles des grands pays dont la vie est assurée, et, qu'ils se représentent allant, pleins de reconnaissance, à la Sainte Table de la chaude église, voisine de leurs maisons. « Le grand nombre des bons Indiens, séduits par la ruse divine du Sacré-Coeur qui, par ses promesses en faveur des neuf premiers vendredis, n'a voulu que donner à ses enfants la faim de son Corps et de son sang — qui edunt me, adhuc esurient — font la Sainte communion fréquente ou quotidienne. Un Montagnais du fort Résolution disait, en mourant, à sa femme : Je te donnerai seulement, comme dernière recommandation, de bien aimer le Sacré-Coeur de Jésus, et de le faire aimer par nos enfants. Ne 'eur apprends pas autre chose. Il n'y a pas longtemps que. j'ai appris cela ; mais, j'ai fait ce qu'a dit le Père, et j'ai vu que c'était b>en vrai.»
  • 73. 416 Chronique Que les lecteurs de Regnabit qui ne connaissent pas le livre du Révérend Père Duchaussois : Aux GLACES POLAIRES (Paray- le-Monial, Secrétariat du Sacré-Coeur) tâchent de se le procurer. Dans aucun autre livre ils ne trouveront une plus exacte et savante connaissance de ces pays lointains du Canada, ni une histoire plus véridique de la vie héroïque des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. HOBBEMA, ALBERTA. — Le Révérend Père Moulin .o.M.i. nous fait savoir, qu'en 1906, le R. P. Balter, O.M.I. avait commencé une petite Revue du Sacré-Coeur, en langue Crise. Cette Revue au nom si poétique de Kitchitwaou mitéh atchimo- masinahikanha, s'est répandue dans les trois Provincas d'Alberta Saskatchawan, et Manitoba. Elle a près de 600 abonnés, plus quelques unités au Nord Dakota et au Montana, dans les États- Unis ; et cela, pour une population d'environ 10.000 Cris dont les deux tiers, environ, sont catholiques. Le Rév. Père Moulin, apôtre du Sacré-Coeur, se promet de multiplier le nombre des abonnés et de faire aimer le Divin Maître, nul doute qu'il y parviendra. KEEWATIN. — Monseigneur Charlebois, Vicaire aposto- lique du KEEWATLN, vient de faire, il y a quelques mois, sa visite pastorale et d'en donner une intéressante relation dans les «MISSIONS CATHOLIQUES». Cette excellente .Revue note que Monseigneur Charlebois évangélise le nord du Manitoba, la Saskatchewan jusqu'aux glaces polaires le long de la baie D'HUDSON et que sa mission est, quant aux ressources naturelles, la plus pauvre du monde. Aucune culture n'y est possible ; on n'y trouve que des rochers et de l'eau ». Je sais que Monseigneur Charlebois aime le Sacré-Coeur. Je me rappelle, avec plaisir, l'honneur qu'il me fit de l'accompagner et de l'assister à une de nos grandes fêtes dans la Basilique de Montmartre. — Si pauvre et désolé que soit son Vicariat, je ne doute pas qu'il soit béni du Bon Maître. Je note, avec plaisir, en effet, que la narration de sa dernière visite pastorale fait mention d'une station de missionnaire appelée MISSION DU SACRÉ-COEUR. C'est une chré- tienté de 800 âmes qui, dit-il, donne au missionnaire,beaucoup de consolation. ONTARIO. — Le Révérend Père Casimir O.M.C. directeur de l'Écho de S* François et dé S* Antoine de Padoue nous écrivait, il y a quelque temps : « Je suis de retour de deux prédications ou j'ai solennellement consacré (le Conseil Municipal en tête) les paroisses de S* Thomas de Lefaivre et de S* Charles d'Ontario, au Sacré-Coeur de Jésus »!
  • 74. Canada 417 QUÉBEC. — On n'a pas voulu, à S* Sauveur, laisser passer le premier jour de l'année nouvelle sans un hommage au divin Coeur de Jésus. Voici ce que je lis dans le beau et intéressant journal paroissial L'ÉTINCELLE DU SACRÉ-COEUR : « Il nous fait bien plaisir d'annoncer à nos bons ouvriers que, cette année encore, en reconnaissance de la fidélité avec laquelle ils ont su célébrer les premiers vendredis du mois, spé- cialement en faisant l'adoration nocturne toutes les nuits qui ont précédé ces jours célèbres à St-Sauveur, et en venant chaque mois par milliers à l'heure d'adoration, dite « l'Heure des Ouvriers », Son Éminence le Cardinal Bégin, a obtenu du Souve- rain Pontife la faveur d'avoir une messe de minuit le premier janvier, à la condition qu'elle soit précédée d'une heure d'ado- ration. Vous serez donc tous là, chers ouvriers, samedi soir, le 31 décembre à onze heures, en compagnie du Père Lelièvre qui présidera cette heure, préparant vos coeurs à la communion que vous ferez pendant la messe qui suivra. Ce sera vraiment une belle manière de commencer l'année et d'attirer sur vous et vos familles les bénédictions du Sacré-Coeur. Que chacun ajoute : J'y serai. » Je ne doute pas, un instant, que tous y étaient, et, me rappe- lant ce dont j'ai été témoin, dans cette magnifique église de St-Sauveur, je suis heureux de penser que, pendant la nuit du premier Janvier 1922, le Canada et la France s'unissaient pour honorer et consoler le Coeur de notre divin Maître. Tandis que Son Excellence le nonce apostolique, Mgr Cerretti, disait la messe, dans la Basilique de Montmartre, et donnait la sainte communion à l'élite de la France, les Canadiens se pressaient en foule dans l'église de S*-Sauveur autour leur apôtre bien aimé, le Révérend Père Lelièvre !
  • 75. 418 Chronique ETATS-UNIS BROWNSVILLE! — Le Révérend Père Janvier m'écrit de Brownsville, Texas : « J'ai demandé ces quelques mots au Frère Directeur, à la gloire du Sacré-Coeur ; ils n'ont pas besoin de commentaire ». Les voici : Le Collège St-Joseph, Brownsville, Texas, végétait depuis de longues années. Rien ne paraissait assez puissant pour lui faire augmenter les élèves. En 1919, dans le seul but de propager la dévotion au Sacré-Coeur, parmi le petit nombre d'élèves, l'intronisation fut faite. Chose admirable, le nombre d'élèves qui n'avait pu dépasser la soixantaine, monta rapidement jusqu'à 105. L'année suivante à 175 inscriptions. C'était tout ce que pouvait contenir le local. Pleins de reconnaissance et de confiance, on suggère aux élèves de demander au Sacré-Coeur les moyens de construire une maison neuve. C'était hardi. Les petits répondent avec enthousiasme à l'invocation : « Sacré-Coeur de Jésus, exaucez notre prière » (maison neuve). Contre toute espérance, lès supé- rieurs accordent l'autorisation de construire, et les moyens de la faire sont trouvés. Ils venaient d'une source tout à fait inatten- due... et à intérêt modique. En 45 jours de travail, la nouvelle maison, en briques, et comprenant six belles classes, est terminée. La confiance des enfants grandit toujours, on voudrait mainte- nant les moyens de mettre à neuf la vieille maison. Cette fois-ci on demande, non plus de l'argent prêté, mais donné. On use de la même invocation au Sacré-Coeur, qui nous accorde encore cette nouvelle faveur, 2100 (deux mille et cent dollars) nous sont donnés. Les mêmes ouvriers qui finissaient la maison neuve ont pu commencer les réparations qui se finiront sous peu. Une seule chose nous manque encore, c'est un modeste monument au Sacré-Coeur. Ce sera notre merci au Divin Coeur. J'aime à croire qu'il ne tardera pas trop à venir. Brownsville, Texas, le 8 décembre 1921. fr. V. FUMEAUX, (fr. Mariste) Directeur du Collège. SAINT-PAUL — MINNESOTA. — Je lis, dans le Messenger of the Sacred Heart, ces quelques lignes, que je cite, dans l'espoir qu'elles seront un exemple encourageant pour quelques uns des lecteurs de Regnabit. « Je vous envoie 71 nouveaux abonnements au Messager. C'est le résultat de mes derniers efforts, J'espère que, cette année nouvelle, je pourrai vous en procurer une centaine»^ Voilà, certes, un apostolat bien compris en faveur d'ufle
  • 76. Afrique 419 Revue qui fait connaître et aimer le Sacré-Coeur de Jésus. Regnabit est lu aux États-Unis, au Canada, en Angleterre, en Irlande et extrémités de la terre. Travaillons tous à le. répandre jusqu'aux encore davantage, pour hâter le règne de Jésus ! AFRIQUE BASUTOLAND. — Merci pour images et crucifix ! — Une lettre du P. Thommerel, O.M.L, en charge de la Mission Ste- Monique, apporte de chaleureux remerciements à l'adresse du donateur qui lui a envoyé six douzaines de Crucifix et de la donatrice qui lui a envoyé 300 belles imagés du Sacré-Coeur. «Évidemment, écrit le missionnaire, je partagerai à l'amiable avec le P. Romestaing. Les 300 images en couleur sont bien celles que je désirais. Puisse le divin Coeur rendre en grâces aux géné- reux donateurs tout ce qu'ils font pour nos chers basutos » ! L'UNION^ SUD AFRICAINE. Nous lisons dans La Croix : « Le nouveau recensement de l'Union sud-africaine a donné les chiffres officiels suivants : colonie du Cap, 651.650 ; Natal, 137.290; Transvaal, 512.000; Free-State, 183.200. En chiffres ronds : 1.450.000 blancs. Le chiffre exact de la population noire, qui est de cinq à six fois plus fort, n'est pas encore fixé. Les données sur le recen- sement au point de vue religieux seront publiées plus tard. Il est intéressant de noter, à propos de la propagande des missionnaires protestants qui remontent à quatre-vingt-dix ans, qu'il existe actuellement parmi les nègres pas moins de 106 sectes « auto- nomes ». La plus répandue de ces sectes est «r^gyptian-Church» qui remonte à trente ans. Elle a une forte tendance politique, selon ?a devise : «L'Afrique aux Africains ». Pour le moment, les indigènes, surtout les instituteurs, les employés et les « clïiefs » tiennent de nombreux Congrès et des conférences. La national Question,problème depuis longtemps très brûlant dans l'Afrique u Sud, se place plus que jamais au premier plan.
  • 77. 420 Chroniqu6 La cause principale en est la division religieuse du pays et le manque de principes directeurs pour la vie, principes qu; manquent malheureusement même à la plupart des blancs. Si la religion catholique et l'Église étaient le principe direc- teur de la population si mêlée, la plupart des problèmes se résou. draient d'eux-mêmes. Dans le Parlement de l'Union, se trouve enfin un premier membre catholique. La maladie universelle du divorce s'aggrave dans l'Afrique du sud d'une façon effrayante. Si la législation ne revient pas aux normes fixées par la morale chrétienne, on s'approche à pas de géant de la ruine morale. » AUSTRALIE L'Australie vient de célébrer le centième anniversaire de la fondation de la Cathédrale de Sydney. La première pierre avait été posée par le Gouverneur de l'Australie, et la cérémonie pré- sidée par le Père Therry, le premier prêtre catholique à qui l'on permit d'exercer librement son ministère en Australie. Le Père Therry avait été précédé, en Australie, par des prêtres irlandais qui étaient allés dans la colonie pour assurer les secours de la religion aux catholiques déportés. Les premiers temps de l'Église Catholique en Australie sont entourés de légendes. Quelques historiens disent que la première messe a été célébrée en Australie par un prêtre espagnol attaché à l'expédition de Quiros ; d'autres disent que la première messe fut célébrée par un prêtre français de l'expédition de la Pérouse qui arriva à Botamy Bay en 1788. Mais en dehors de ces conjectures il est établi sans contes- tation possible que la messe fut célébrée en public, pour la pre- mière-fois depuis l'établissement du gouvernement britannique en Australie, le 15 mai 1803. Alors, il n'y avait un seul prêtre et pas une seule église en Australie. On y voit aujourd'hui 9 archevêques; 19 évêques; 1.500 prêtres; 1.200.000 catholiques; 2.200 églises; 1.600 écoles catholiques ! J.-B. HOREAU,. - Paris, 3, rue du Général Foy (»e)
  • 78. Motre Courrier 421 de « »( 1) Courrier Regnabit Le 28 août 1921, S. G. Mgr Chouvellon, Vivaire apostolique du Se-tchouan Oriental, voulait bien nous écrire : « Ma Mission est trop redevable au Sacré-Coeur pour ne pas - ex intimo corde - à tout ce qui peut servir les Intérêts applaudir ie ce Divin Maître. Je me ferai un devoir et un bonheur de vous adresser dès que j'aurai un peu de temps de libre, tout ce que nous — in avons fait et ce que nous pensons faire encore, pour solder quantum possumus — les dettes de reconnaissance à l'égard de Ce Coeur si Puissant et si Miséricordieux, qui nous a gardés des plus déses- grands malheurs à l'époque des Boxeurs et d'autres situations pérées. Mais je me propose de vous en écrire plus tard. Aujourd'hui je veux simplement vous remercier et vous féliciter, bien cher Mon- sieur l'Abbé, de vous dévouer à mieux faire Connaître, Aimer et Glorifier ce Coeur qui a tant aimé les hommes ». Aujourd'hui, nous avons cette page merveilleuse, écrite à la gloire du Sacré-Coeur par un zèle infatigable. Les amis de Regnabit demanderont au Sacré-Coeur de bénir en abondance son apôtre vaillant. R. P. Anizan Directeur du « Regnabit » J. M. J. Vicariat Apostolique du Se-Tchouan Oriental (Chine). Chung-King 29-9-21 [Adveniat Regnum Tuum OEuvres organisées sous le Patronage ou en l'Honneur du Sacré- Coeur : Mission affiliée à l'« Adoration Perpétuelle » de Montmartre (1894). Fête du Sacré-Coeur déclarée Fête Patronale de toute la Mission, avec exposition du SS. Sacrement toute la journée, et Consécration à la Bénédiction du soir, (1895). Centre de « L'Apostolat de la Prière » érigé canoniquement (1900) dans l'Église Cathédrale de Chung-King, avec affiliation de la plupart des Districts. Congrégation de Soeurs Indigènes : « Les Servantes du Sacré- Coeur» (1909). Cérémonie de la Consécration ou de l'Intronisation dans tous es Districts (1914) : chaque famille reçoit et expose chez elle l'Image du Sacré-Coeur ; le Missionnaire va lui-même faire «l'Intronisation» dans les familles les plus méritantes, les plus exemplaires ou les plus « R (1) On ne sont remarquer que les noms étrangers dans dans le Courrier de ^gnabit » m'a fait cités pas toujours orthographiés comme les livres. H Y a deux raisons à ces divergences. La première, c'est que les Annuaires JLa deuxième, c'est que je laisse à mes très chers et vi"- rés toul°urs au point. soins Pas uni, J correspondants les "«m des régions où ils se dévouent. d'orthographier comme ils le préfèrent le F. A.
  • 79. 422 Notre Courrier zélées ; et cela se continue d'année en année, pour raviver la dévotion au Sacré-Coeur. Le Premier Vendredi de chaque mois est spécialement célébré par les « Communions Réparatrices », les Litanies du S. C. et la Con. sécration du Genre Humain de Léon XIII. Le Mois du S. C. (jui„ est célébré par nos Chrétiens comme le mois de Marie et de Saint Jo. seph ; peu à peu on y joint le mois du Saint Rosaire. La Mission a actuellement une dizaine d'Églises ou de Chapelles dédiées au Sacré-Coeur. A l'époque des Boxeurs (1900), nous trouvant sous les menaces d'une ruine complète et destitués de tout secours humain, nous nous sommes tournés avec confiance vers le Sacré-Coeur, et nous avons été miraculeusement protégés ; à cette occasion nous avons adressé à Paray-Ie-Monial une Bannière brodée, et à Montmartre deux paires de vases de porcelaine de Chine : mais notre dette de reconnaissance à l'égard du Divin Coeur est insolvable... aidez-nous, bien cher Di- recteur, à nous en acquitter in quantum possumus. Voilà très Révé- rend Père, le modeste bilan de nos oeuvres concernant le Coeur à jamais adorable : Cui sit honor et gloria per saecula. Notre journal « La Vérité » (Chinois-Français) vient d'ouvrir une Souscription pour la basilique du S. C. de Jérusalem. En me recommandant avec toute ma Mission à vos pieux sou- venirs, je vous prie, mon Révérend Directeur, d'agréer l'assurance des sentiments les plus dévoués de Votre tout affectionné serviteur in Xto. J. CHOUVELLON ÉV. Vie. Av. Mao t' oan k' ou loan, le 8 sept. 1921 Missions belges en Chine,. Mongolie Sud-Ouest, Ortos. MON CHER MONSIEUR L'ABBÉ, C'est avec un vif intérêt que j'ai lu votre premier numéro de la Revue Universelle du Sacré-Coeur, que Vous avez eu la bonté de me faire parvenir. Ici, en terre païenne, on sent mieux qu'ailleurs la nécessité de la dévotion au Sacré-Coeur. Aujourd'hui il est manifeste que l'apostolat reste stérile, sans une dévotion toute particulière au Sacré-Coeur. Je serai très heureux, autant qu'il est en mon pouvoir, de Vous donner tous les renseignements qui pourront Vous intéresser.; J'es- père toutefois, Monsieur l'Abbé, que Vous serez bien indulgent à mon égard, puisque j'ai ici un apostolat presque au-dessus de mes forces et, d*autre part, je suis plus habitué à enfourcher ma monture, qu'ha- bile à faire de la littérature. Merci donc, Cher Monsieur l'Abbé, de nous avoir donné ces pages qui nous parlent du Sacré-Coeur, qui nous attirent à Lui. Nous, m's" àe sionnaires, surtout, nous sentons le besoin de travailler, d'agir, souffrir, toujours unis au Coeur de Jésus. Que de fois, moi-même, jal éprouvé ce désir, mais l'entraînement des choses du dehors affaiblis- sent peu à peu mon. assiduité près de Lui et je me sens aller à la dénvo. —• Et voilà, Monsieur l'Abbé, que vous me tendez la main. Merci.
  • 80. Notre Courrier 423 Ici, plus que jamais, nous avons besoin du Sacré-Coeur. Puisque nous nous trouvons dans l'obligation de mener une lutte ouverte contre Satan et sa société secrète « Ning teon » ou illuminés. Cette secte se répand un peu dans toutes les Provinces de la Chine. .Nous aussi, nous avons à souffrir des tristes exploits de cette secte : Chré* tiens massacrés en haine de la foi, traînés devant les idoles, missions, pillées, objets sacrés honteusement saccagés, prêtres recherchés, et obligés de fuir. Voilà ce qui se passe dans le milieu où nous vivons. Mais au milieu de cette tempête, Jésus se trouve encore plus près . de nous. L'apostolat, en effet, est fécond et le règne du Sacré-Coeur s'avance à grands pas. — Dernièrement en rendant le compte spiri- tuel, je pouvais écrire le beau chiffre de 17.863 communions de dévo- tion, au lieu de 3.000 à 4.000 il y a 5 années. Ces derniers mois j'ai eu le bonheur d'enregistrer 40 familles nouvellement converties. Dans mes quatre chrétientés, un grand nom- bre de familles ont fait l'Intronisation du Sacré-Coeur. Le premier ven- dredi du mois un grand nombre de chrétiens se confessent et commu- nient. Il y a aussi la messe chantée, après quoi nous renouvelons, tous ensemble, la Consécration devant l'autel du Sacré-Coeur. Grâce à la générosité de quelques bonnes âmes, j'ai pu me pro- curer, cette année, un bon nombre de matériaux destinés à bâtir un oratoire dédié au Sacré-Coeur dans un village entièrement converti il y a 4 ans. Mais hélas ! par manque de ressources pécunaires je ne.puis encore en hâter la construction. Tout récemment quand je faisais part de ma détresse à Mon Vénéré Évêque, il me répondit «Bâtissez un oratoire au Sacré-Coeur dans ce village, c'est un moyen certain d'entraver l'oeuvre de cette secte diabolique. Quant à l'argent, je suis sans un sou vaillant. Le Coeur de Jésus y pourvoira : « Detis providebit» — Quoerite primum regnum Dei, et hoec omnia adji- cientur vobis » — Puissent les amis du Sacré-Coeur me venir en aide t Mon Cher Monsieur l'Abbé, permettez-moi aussi de recommander ma chère mission à vos bonnes prières et à celles des lecteurs de votre revue : «ut sermo Deicurrat et clarificetur, et omnes gentes agnos- cant Te solum Deum ». Votre confrère tout dévoué en N. S. ACH. DE LOMBAERDE C/O Catholic Mission. Siao kiao pan (She) via Tai yùanfu Mao t' oan k* ou loan. Kianfu (Chine) 19 octobre 1921 MON BIEN CHER DIRECTEUR, La grâce de Notre Seigneur soit avec nous ! Il y a. beaucoup de temps que je désirais vous donner des récits sur la dévotion pour le Sacré-Coeur dans notre Vicariat du Klangsi Méridional, mais seulement aujourd'hui je puis vous contenter. Veuillez agréer et publier, si vous le jugez à propos, ce récit, pour la plus grande gloire du Sacré-Coeur.
  • 81. 424 Notre Courrier je n'ai pas encore reçu les images du Sacré-Coeur, et je vous se. irais bien reconnaissant si vous pouviez me les envoyer, recommandées et à l'adresse que je me permets de vous envoyer. Si vous pouviez m'envoyer de grandes images, alors ce serait mieux pour 1propager la dévotion parmi nos bons chrétiens. Comme remerciements de votre bonté et de votre charité, je vous assure mes indignes prières et, en même temps, l'envoi d'autres récits sur la dévotion au Sacré-Coeur. Veuillez agréer, s'il vous plait, mes remerciements, mes meilleurs souhaits pour la nouvelle année 1922 Ad plurimos et felices annos ! En même temps, veuillez me recommander en particulier dans vos ferventes prières au Sacré-Coeur, dans lequel je veux vivre et j'espère de mourir! Votre humble serviteur ANTOINECAPOZZI. p. c. m. i Intronisation du Sacré-Coeur dans le Vicariat Apostolique du Kianfu Quoique l'ennemi du genre humain cherche tous les moyens pour perdre les âmes rachetées par le très précieux sang de Jésus-Christ, cependant dans ce Vicariat neus n'avons rien à craindre, parceque dans une grande partie des familles chrétiennes on a intronisé le Sacré- Coeur de Jésus, comme Roi et Maître souverain. Nos chrétiens, ayant dédié leurs maisons au Sacré-Coeur de Jésus ont mis dans ce Coeur si aimant des hommes tout leur espoir de salut et de protection. Mais non seulement les familles chrétiennes sont dédiées au Roi des Rois, mais aussi l'espoir de tout le Vicariat, c'est- à-dire le grand et le petit Séminaires. Cette touchante cérémonie sera gravée pour toujours dans l'âme de nos séminaristes. La cérémonie faite selon le rit prescrit dans le Cérémonial, n'a été point troublée par l'apparat extérieur, qui le plus souvent, engendre la dissipation des. jeunes lévites du Sanctuaire. Elle portait le cachet de la simplicité des enfants de Saint Vincent. Le premier Vendredi de l'année chinoise, sur un petit meuble à la chapelle, on déposa une fort belle peinture, provenant d'un pin- ceau habile de Shanghaï. Trois cierges, et quelques fleurs décoraient tout cela. Monsieur Rouchon, directeur du Séminaire, dans une courte allo- cution démontra aux Séminaristes l'origine, l'essence de cette intro- nisation, puis, après la Communion générale et la Sainte Messe, on bénit et on plaça l'image du Sacré-Coeur à la place d'honneur, comme le maître des deux séminaires. J'ai une grande confiance au Sacré-Coeur; et j'espère que tous les séminaristes puiseront dans le Sacré-Coeur la piété et la science sacerdotale pour sauver plus tard beaucoup d'âmes et accroître ainsi le règne de ce Coeur Sacré. Monseigneur Ciceri, Vicaire Apostolique, ne voulut pas être en arrière des chrétiens et des séminaires ; aussi le jour de la canonisa* tion de la Bienheureuse Marguerite, il intronisa lui-même en la Pré"
  • 82. Notre Courrier 425 sence de quelques prêtres qui se trouvaient là, sa maison épiscopale. Les religieuses de Sainte Anne ont aussi consacré leur orphelinat au Sacré-Coeur. Que le Sacré-Coeur, qui maintenant règne dans ce Vicariat, veuille nous bénir, et faire accroître ce petit bercail afin que tous puissent chanter dans le ciel cette louange : Régi saeculorum immortall etinvl- sibili, soli Deo honor et gloria. (1) Séminaire S* Vincent, Kia-Shing-Fou (Prov. du Tche-Kiang), Chine. Kia-Shing, le 22 sept. 1921. MONSIEURL'ABBÉ, Je suis bien en retard pour vous remercier de votre bonne lettre et de l'envoi du premier n° de votre revue « Regnabit ». Mais, outre que l'envoi a mis deux mois pour arriver dans ma mis- sion de Kiangshan, j'ai dû aussi depuis me rendre au Séminaire de notre Maison Provinciale pour y remplacer un professeur, et dans mes pérégrinations je n'ai guère trouvé de temps. Aujourd'hui je m'em- presse de réparer cette lacune : merci ! pour votre gracieux envoi et mes sincères félicitations pour le nouveau travail entrepris. Comme de Marie, de Notre Seigneur nunquam satis l On n'en dira jamais trop, pas même assez ! ' Votre Revue m'a paru bien opportune. Je souhaitais depuis long» temps une revtie générale qui nous parlerait de Notre Seigneur et nous ferait connaître mieux sa personne et son amour. Le Sacré-Coeur avait bien des revues, mais particulières, organes seulement de tel groupe, de tel pèlerinage, de telle confrérie. Si celles-ci conviennent ou peuvent même être nécessaires à telle catégorie d'associés, pour le Prêtre et le Missionnaire, débiteur de toutes les âmes, il était bien souhaitable qu'il y eut une Revue qui vint lui parler de toutes les ques- tions ou manifestations de la piété envers le Sacré-Coeur. C'est l'objet de celle que votre zèle vous fait entreprendre : qu'elle soit donc la bienvenue ! Qu'elle nous fasse connaître mieux Notre- Seigneur et nous parle de son amour, nous excite à l'aimer davantage et à le faire aimer partout 1 Et puisse enfin « Regnabit » la Revue de Jésus Amour, réaliser le désir de son titre ; assurer le règne de Jésus, faire au moins tout pour le hâter. Oportet illum regnare, disait Saint Paul. Et Notre-Seigneur à la Bienheureuse Marguerite-Marie : «Si tu savais combien je suis altéré de me faire aimer des hommes, tu n'épargnerais rien pour cela ». N'épargne rien, petite Revue ! J'ai été très touché de l'abonnement qu'une bienfaitrice me donne a Regnabit. Présentement j'avoue que je pourrais l'emprunter à un de mes confrères qui la reçoit. Mais je regretterais de n'en pas avoir la collection, quand la Providence me permettra de revenir dans les missions. Pour le moment je dois me donner entièrement à mes „, . (1) * Au Roi immortel,et invisible des siècles, au seul Dieu, honneur et
  • 83. 426 Notre Courrier Séminaristes, et vous demande quelques unes de vos bonnes prières pour nous tous près du Coeur de Jésus. Daignez, agréez Monsieur l'Abbé, avec mes remerciements mon profond respect en N. S. J. PANDELLÉ Séminaire .S' Vincent Kiashing (Chékiang), Chine Molegbe-Saint-Antoine, le 27 sept. 1921 RÉVÉREND MONSIEURL'ABBÉ ANIZAN, J'ai l'honneur de vous accuser réception du premier numéro de »B Revue Universelle « Regnabit » et je vous en remercie. Je désire m'abonner à cette Revue intéressante pleine de promesses qui nous parlera de ce culte par excellence, et nous donnera l'aliment surna- turel pour nous instruire, nous édifier et réconforter dans le labeur quotidien et parfois dur de l'apostolat. Je remercie la personne généreuse qui voudra faire l'offrande nécessaire pour cet abonnement. Veuillez lui dire qu'en reconnaissance, un souvenir pieux particulier lui sera réservé. Dès notre arrivée sur cette terre d'Afrique, j'ai mis toute ma confiance dans le Coeur de Jésus. Après un voyage de plus de deux mois et demi, nous arrivions à destination. C'était la veille du premier vendredi du mois, le L décembre 1910. Le lendemain nous eûmes le bonheur de célébrer la Sainte Messe en l'honneur du Sacré-Coeur de Jésus, messe d'action de grâces et pendant laquelle nous consacrions notre Apostolat au Coeur adorable de notre divin Sauveur. Nous étions les premiers missionnaires qui venaient de pénétrer ' dans cette région de l'Oubangui. Des difficultés innombrables se pré- sentaient devant nos faibles forces, mais le Sacré-Coeur veillait sur nous..... Nous n'avons qu'à jeter un regard en arrière pour faire mon- ter notre prière reconnaissante vers Celui à qui nous nous étions con- fiés et consacrés et qui, en maintes circonstances pénibles et quasi inextricables fut notre soutien et notre guide assuré. Dès que nous avions réuni un premier noyau de chrétiens, nous leur avons fait connaître la dévotion au Sacré-Coeur en instituant le culte du premier vendredi ou premier dimanche de chaque mois, et en leur donnant en ces jours des instructions spéciales concernant cette dévotion. Le premier sanctuaire de la Préfecture fut dédié au Coeur de Jésus. En 1918, nous avons commencé l'Intronisation du Coeur de Jésus dans les foyers chrétiens, en commençant par nos communautés et les Colonies scolaires des deux sexes, pour les familles chrétiennes, nous avons fait une sélection et nous avons accompagné cette céré- monie de quelque solennité pour en faire apprécier, par nos noirs, et l'honneur et les avantages et les obligations. Pendant tout le mois de juin, après la messe, et le soir après le chapelet et pendant le salut, nous récitons les litanies du Sacré-Coeur en langue indigène.
  • 84. ' Nôtre Courrier 427 Les premiers vendredis du mois et la grande fête du Sacré-Coeur' sont célébrés avec solennité et l'assistance et les communions sont nombreuses. Voilà, mon Révérend Monsieur l'Abbé, un court aperçu suf: la dévotion au Sacré-Coeur dans notre jeune Préfecture. Puissent, ces rien de quelques lignes vous intéresser. C'est vrai, elles ne contiennent neuf, rien de spécial, mais j'espère que nos faibles efforts pour faire connaître, aimer, glorifier le Coeur divin par nos chrétiens seront bénis et porteront des fruits salutaires. Que vos saintes prières se- condent notre travail apostolique et nous obtiennent l'accomplis- sement des précieuses promesses du Coeur de Jésus. Je ne manquerai pas de vous réserver un souvenir, surtout pen- dant l'heure sainte hebdomadaire, afin que Jésus et son Coeur aimable bénisse votre entreprise, fasse répandre « Regnabit » dans toute la chrétienté pour étendre la grande dévotion dont, depuis longtemps vous êtes l'Apôtre dévoué. Puis-je vous prier, Rév. Monsieur l'Abbé, de me procurer quel- ques grandes images du Sacré-Coeur ; vous rencontrerez peut-être une âme généreuse qui voudrait nous en faire l'aumône. Elles seront reçues avec grande reconnaissance. J'ai tant d'envie de me procurer les ouvrages divers que vous avez édités et qui nous parlent avec tant-d'attrait et d'onction de Jésus et de Marie mais mon pauvre budget nie prive de ce plaisir... De passage dans une Mission de l'Oubangui français, j'avais lu quel- ques pages du livre « Vers Lui » et la lecture m'avait frappé et édifié... Vous voudrez bien excuser cette franchise et cette audace d'un fils de S' François d'Assise ; il se souvient qu'il appartient à un Ordre mendiant. Veuillez agréer, mon Révérend Monsieur l'Abbé, l'expression de mes sentiments religieusement dévoués in Corde Jesu. C. FULQENCE Préfet Apostolique de l'Oubangi à Molegbe-Saint-Antoine, Congo Belge; Mission Catholique, B... 25 octobre 1921 MON RÉVÉREND PÈRE, En hâte, dans la fumée d'une marmite où mijote la ration d'une bande de Boudjos : on liquéfie l'huile de palme épaisse comme du saindoux... Et puis, c'est la fin des pluies, de ce que nous appelons « l'hiver- nage»: les dernières tornades se précipitent du Nord Est sur notre baraque provisoire (provisoire depuis 1910), avec une violence telle rçue je ne s'uis pas sûr de finir mon courrier sous un toit... Enfin, j'attends le bateau qui me conduira à 80 kilomètres plus haut, chez les Pères Capucins... car je suis seul depuis plusieurs mois et je voudrais bien me confesser aussi, moi qui confesse les autres, me confesser avant le 28— dixième anniversaire de ma première Blesse .
  • 85. 428 Notre Courrier Ces détails n'auraient nullement leur raison d'être si... le Carmel de Troyes, qui veut bien m'ofîrir l'abonnement à « Regnabit », n'avait intérêt à savoir dans quelle solitude morale la guerre a laissé les mal- heureux missionnaires de l'Oubangui... On attend « la relève ...... L'Oubangui est desservi au point de vue religieux, par cinq Mis- sions (P. P. du Saint-Esprit) : deux appartenant au Vicariat du Haut- Congo Français, dont l'archevêque Monseigneur Augouard vient de mourir à Paris — les trois autres à la Préfecture de l'Oubangui-Chari. Les deux Missions du Haut-Congosontparticulièrementéprouvées: la maladie du sommeil, les fluctuations politico-économiques de l'or- ganisation des deux Colonies Belge et Française, ont vidé cet immense territoire, le fond de la « Cuvette Congolaise » comme on est convenu d'appeler les terres basses émergées de l'ancienne mer intérieure où se vidait le Congo avec ses affluents. Actuellement, une seule des deux stations est occupée, Saint Jean-Baptiste de B..., d'où je vous écris ces quelques lignes. L'autre, Saint Louis de Liranga, située sur l'étroite pointe émergée à l'embou- chure de l'Oubangui, a dû être délaissée : les Missionnaires y « fondaient» dans un désert marécageux et malsain... La chapelle est régulièrement visitée par les Missionnaires de Bétou, chrétiens et catéchumènes s'y réunissent aux grandes solennités. A Bétou, comme dans tout le Vicariat, sur ordonnance de Mon- seigneur Augouard, on fit en 1917, le 6 juillet, « l'Intronisation ». Ce fut plutôt le renouvellement de la Consécration au Sacré-Coeur, la cérémonie s'étant faite à la Chapelle au nom de la Mission. . Nous avons pensé.cette année, malgré la «misère» d'un per- sonnel restreint (Un Père et un Frère)... qu'il serait bon d'introniser vraiment dans la Communauté : ce fut le 24 juin, jour de la fête pa- tronale (Saint Jean-Baptiste). Une image du Sacré-Coeur mise à la place d'honneur dans la salle commune — Le Père (moi, hélas 1) lut la formule devant les représentants des divers groupes d'indigènes (enfants de TOEuVre, Filles, Familles chrétiennes) : il leur fut dit que Maître de la Maison n'était pas le Père Un tel, qui change et qui a ses défauts, mais le Sacré-Coeur de Jésus, toute bonté et toute misé- ricorde... Quelques fleurs de brousse, des lumières, le chant du beau can- tique : « Parle, commande, règne ! » — C'était simple, très beau tout de même dans sa simplicité... Et depuis, nous essayons de vivre, dans les actes communs de la vie quotidienne, comme devaient vivre Lazare et Marthe et Marie, quand «II» était là- Devant son image, se font nos lectures communes, on dépouille le courrier... on prend les décisions... On oublie quelquefois, mais H ne nous en veut pas, je suis certain... C'est de là que partira le « mou- vement » d'intronisation des familles, à notre exemple; Nos gens sont primitifs, nos meilleures familles seront.peu à peu initiées à la vie toute de foi que demande l'intronisation, ce sera long- Ces quelques notes, mon Révérend Père, ne sont pas faites pouf la publication; si cependant vous jugiez bon d'en tirer parti, faites-le :
  • 86. • Notre Courrier 429 ]e Sacré-Coeur d'abord ! Je vous demanderai simplement de taire le nom de celui qui vous écrit, c'est la minuscule fourmi du mouvement que l'Apostolat édifie chaque jour dans tous les coins du monde au Maître qui nous a choisis... Et si vous voulez bien communiquer cette lettre aux bonnes Carmélites de Troyes, vous me ferez doublement plaisir : Celui qui l'écrit fut pendant près de 10 ans le voisin de Sainte Thérèse de l'En- fant Jésus, au Carmel de Lisieux... et lors de la reconnaissance de ses restes vénérés, en 1917, il était présent... c'était même le seul mis- sionnaire présent. Quelle confusion pour son indignité ! Priez pour moi. Votre bien reconnaissant, et respectueusement à vous in Christo. P. H;.. Pour aider « » Regnabit ei pour les Missionnaires Près du tombeau du B. P. Eudes : les mission- naires O.M.I. de Caen 10 fr. « Regnabit est si intéressant !» 15 » Pour 4 missionnaires 100 » « J'abonne un missionnaire pour que le Sacré- Coeur bénisse mes enfants ». 25 » « Le R. P. Favril a demandé des images du Sacré- Coeur : envoyez-lui en » (N. d'A.) 25 » Nouveaux abonnements : offerts aux missionnaires pauvres, par les amis de Regnabit : Mgr le Vie. Ap. des îles Seychelles — Mission de Cacapava, Brésil — Mission « AH Saints », Afrique — Mission Kabaa- Machako, Afrique — Mgr Van Dyck, Ortos, Chine — Mgr Daens, Kansuj— M. A. Tops, In tsiang yao ye, Mongolie Occidentale — Mgr l'Évêque de S. Luiz de Caceres — R. Vigario de Fonte-Boa, Brésil — Secrétariat de l'Intronisation, Riobamba-Équateur — Serétariat de l'Intronisation, Ambaton, Equateur — R. P. Janvier, O.M.I., Texas. Regnabit. F. A.
  • 87. Bibliographie IV. — BIBLIOGRAPHIE BIBLIOGRAPHIE DU SACRÉ-COEUR. I. - LIVRES DE DOCTRINE 1. D. G. DOLAN, moine de Downside, Sainte Gertrude. Sa vit intérieure, traduit par les Moniales de l'Abbaye Sainte-Scholastique de Dourgnes. Collection- « Pax. » Paris, P. Lethielleux. 1922. Prix : 6 fr, Ce livre, publié en anglais en 1912 «n'est pas une biographie, mais; une étude d'âme ». Il pourrait s'intituler : Sainte Gertrude d'après elle-même. L'auteur puise largement dans les écrits de la sainte et utilise ses citations pour éclairer les détails d'une vie pauvre d'incidents et merveilleusement riche au point de vue de la psychologie surna- turelle. On y saisit sur le vif les procédés dont elle alimente, sous l'influence des grâces divines, sa piété personnelle ; et en particulier la manière ingénieuse et incessante dont elle utilise la Liturgie, textes, rites, usages, pour accroître en elle-même la foi et l'amour. Faveurs mystiques mises à part, l'ouvrage de Dom Dolan, avec ses divisions nettes et pratiques, pourrait servir de manuel de piété, surtout à des .personnes consacrées à Dieu. La dévotion au Sacré-Coeur, qui est chez la sainte d'une familière intimité, est exposée dans un beau chapitre que les âmes ferventes goûteront. La préface, qui aurait pu être com- plétée et que les pieuses traductrices ont préféré reproduire dans sa teneur première, donne un bon historique du développement de la dévotion, au Sacré-Coeur, et insiste sur le rôle de l'Angleterre et particu- lièrement des Bénédictins anglais, en pareille matière, soit dans le domaine littéraire, soit dans le domaine artistique. D. P. CH. O.S.B. 2. Mgr MARTEL, évêque de Digne. Lettre pastorale sur l'amour du Coeur divin de Jésus pour nous. Digne, imprimerie Chaspoul, 1918. Amour de Jésus pour nous, c'est-à-dire pour tous les hommes, pour l'Église, pour la France, tel est le triple objet de cette belle lettre, lumineuse et chaude, d'un évêque qui a mis dans ses armes la vision de Marguerite-Marie : le Coeur de Jésus illuminant la terre et « ardent comme un soleil ». a Les Pères de l'Église, explique-t-il, se sont plu souvent à voir dans le soleil une image du Verbe de Dieu. Et l'astre- roi, ce foyer immense suspendu dans l'espace, peut en effet nous donner une idée.quoique bien pâle et. bien défaillante, de ce qu'est le Coeur divin de Jésus dans le monde rrïoral et surnaturel ». Nous regrettons d'avoir tant tarder à faire connaître à nos lecteurs ce large exposé théologique de notre dévotion. II. -LIVRES DE DÉVOTION 1. P. MICHEL, des Pères Blancs. La dévotion au Sacré-Coeur. Maison-Carrée, Alger, 1921. Brochure in-18. Cet opuscule de 47 pages résume bien, nous sémble-t-il, tout ce On qu'un fidèle instruit doit savoir sur le sujet vital qui nous occupe.
  • 88. ' Les Livres .> 431 y voit très nettement que notre culte n'est pas une dévotion spéciale et facultative, mais bien la forme catholique d'honorer en nos temps l'amour du Christ: On y trouve, en particulier, une analyse approfondie du sentiment de la réparation. C'est le même but d'éclaircissement et d'assainissement doctrinal que l'auteur a poursuivi dans son autre opuscule sur la dévotion à la Sainte-Vierge. 2. R. P. EHRHARD.La beauté du Coeur de Jésus. Avignon, Aubanel, 1921. Brochure in-18. Prix : 1 fr. 60. Voici un petit livre, clair comme le précédent, écrit "en termes plus simples encore, qui nous présente, en quelques pages, pleines de doctrine et d'onction, la beauté du Coeur de Jésus, c'est-à-dire l'excel- lence de sa personne même ,dans ses rapports avec Dieu et avec nous, tels qu'on les surprend dans l'Évangile et l'expérience des âmes. Du même auteur, à la même librairie : La Passion ou l'Amour du Coeur de Jésus.: 2 fr. 50. Les Souffrances : 0 f r. 50. Le vrai secret de nos oeuvres : 0 fr. 40. Qui est catholique ? : 0 fr. 50. Le Pape : 0 fr. 85. Nous recommandons aussi à titres divers : v 3. Pratiques et exercices pour les neuf premiers Vendredis du mois, par un religieux dominicain. Caen, 10, rue de la Monnaie, 1921. Série . de prières liturgiques ou autorisées par l'Église. 4. Vers la vie eucharistique, de Mgr P. LEJEUNE. Paris, Lethielleux, 1922. «Jésus-Hostie est-il quelqu'un pour vous ? Est-ce un Jésus vivant ? Si vous pouvez répondre à ces questions d'une façon affirma- tice, vous avez la vie eucharistique. » 5. La Communion et les associations d'hommes,.par le R. P. J.-B. LEMIUS.Paris, Librairie Saint-Paul, 1921. Prix : 1 fr. 50. Ce rapport, présenté au Congrès eucharistique de Lourdes, concrétise, à l'aide de l'histoire et de l'expérience d'un homme d'oeuvres, l'influence sociale de la communion. 6. Devant l'autel. Cent visites à Jésus-Hostie. Paris, Téqui, 1922. Prix : 3 fr. 50. Cet opuscule est l'oeuvre d'une âme très ardente, une dame Mexicaine, me dit-on, où les effusions d'une piété vraie né sont pas exemptes de certaines exagérations sentimentales. Dom P. S. O.S.B. BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE. I. - ENSEIGNEMENT SPIRITUEL 1. R. HUGH BENSON. L'amitié de Jésus-Christ, trad. par A. DE MENTHON.Duxième édition. Paris, Perrin, 1921. In-16 de 257 pages. Prix : 7 fr. 2. R. p. RÉGIS GEREST, O.P.. La vie spirituelle et l'action surna- turelle d'après l'enseignement des mystères du Rosaire. Paris, Téqui, 1922. In-16 de 196 pages. Prix : 3 fr. 50. • 3. Chan. H. LANIER. La vie Spirituelle à l'Ecole de la Sainte Vierge. Paris, Téqui, 1922. Brochure de 64 pages. Prix : 1 fr. . D 4. G. BONTOUX.Les consignes du Christ Avignon, Aubanel, 1922. Brochure de 192 pages.
  • 89. 432 Bibliographie 5. H. MORICE. Jeunesse et idéal. Paris, Téqui, 1922. Deuxième édition. In-16 de 204 pages. Prix : 3 fr. 6. Abbé LECOMTE.L'Evangile de paix. Paris, Téqui, 1922. In-16 de 64 pages. Prix : 1 fr. 25. 1. En ouvrant un nouveau livre de Mgr BENSON,on s'attendrait à y trouver des considérations toutes personnelles sur les rapports de l'âme avec Jésus. Il n'en est rien : c'est un manuel bien ordonné donnant en termes familiers la doctrine classique sur la vie spirituelle. Ainsi il me semble bien, sous des mots empruntés aux Pères anciens, reconnaître la Nuit obscure de saint Jean de la Croix, dans ces deux premiers chapitres sur les voies purgative et illuminative, dans les- quelles l'âme est « d'abord lavée et ensuite illuminée, d'abord dépouillée d'elle-même puis parée des grâces de Dieu, avant d'être prête à l'union suprême » : dépouillée par la désillusion des formes extérieures de la religion, des choses divines et d'elle-même, elle apprend ensuite à utiliser tous ces biens pour aller à Dieu. Cette intimité se traduit par l'Eucha- ristie, où Mgr Benson voit surtout le contact de l'âme individuelle avec Jésus-Christ ; il ne faut pourtant pas oublier que nous commu- nions au Christ total, à sa tête et à ses membres ; et c'est là qu'on peut voir un excès de systématisation et un défaut inhérent aux convertis du protestantisme. En compensation, l'Église, les saints, les prêtres, tous ces trésors du catholicisme sont, pour ces âmes élevées, toutes neuves et faites comme exprès pour elles : c'est à quoi doit tendre en nous tout le progrès de la vie spirituelle, et le livre de Hugh Benson y travaillera efficacement : « éclairés par les mystères de la foi, les catholiques, plus que les autres ( ? ), sont portés à oublier que Celui qui règne sur les Séraphins fait ses délices d'être avec les enfants des hommes. Souvent les âmes pieuses se plaignent de leur solitude sur la terre. Elles n'ont point encore goûté à ce commerce familier qui fait l'Amitié divine ; elles semblent ne pas comprendre que c'est là précisément le suprême désir du Coeur Sacré de Jésus... » 2. Synthétiser là vie spirituelle d'après les mystères du Rosaire, tel est le but du R. P. Gerest, O.P. Ici encore, la systématisation pourra paraître un peu étroite en certaines de ses applications, par exemple pour le mystère de la Nativité où l'on veut voir « l'accomplissement du devoir ». Cependant, elle est justifiée dans son ensemble, même dans la série des mystères joyeux, qui nous figure la préparation du chrétien ; et les âmes attentives auront consolation, en disant leur rosaire, à voir comment cet abrégé des vérités de notre foi nous marque aussi — comme on devait le soupçonner, — les principales phases de l'action de Dieu, les grands étapes de notre vie spirituelle. Mais, de même que les mystères du Rosaire supposent d'autres dogmes moins nettement rappelés, ainsi devons-nous constater qu'ils ne nous prêchent que les attitudes foncières de l'âme au service de Dieu. 3. Le P. GERESTnous avait mis très doctement à l'école de Marie ; très simplement, M. le chanoine H. LANIER enseigne aux jeunes âmes le bien-fondé de cette pieuse pratique : Marie nous apprend à connaître Jésus, elle nous le donne, elle en est inséparable ; à nous de nous consacrer à elle, et de demeurer sur son Coeur en étant pour elle un autre Jésus. Tel est — dans un ordre que nous avons modifié à dessein
  • 90. . ' 433 Les Livres __ l'enseignement de cette excellente adaptation du traité du Bx de Montfort sur la vraie dévotion à la Sainte Vierge. | 4. Consignes du Christ, adaptation à la vie chrétienne d'aujour- d'hui des conseils que le Seigneur donnait à ses apôtres : soyez pru- dents, soyez simples, soyez francs, soyez humbles !.. Cet opuscule aussi peut faire beaucoup de bien à la jeunesse à qui on le destine. 5. Telles sont également — sous une forme plus. développée, mais très vivante et très entraînante — les consignes que donne à ses jeunes gens l'abbé Morice : soyez humbles, soyez confiants, soyez enthousiastes ! 6. L'opuscule de l'abbé LECOMTE l'Evangile de paix est destiné sûr aux âmes méditatives, qui veulent contribuer à établir cette paix dans leur esprit et dans leur coeur, dans la Cité et dans l'Église. Aux prêtres nombreux qui lisent Regnabit, nous recommandons trois ouvrages que nous nous dispenserons d'apprécier longuement, car leursauteurs sont avantageusement connus par ailleurs. A ces excellents confrères, nous dirons seulement que, très divers de forme, ils leur rappelleront la grandeur de leur état et ses grands devoirs. M. OLIER insiste sur la vie intérieure avec Jésus prédicateur, Jésus en Croix, Jésus-Hostie ; dom HÉBRARDy ajoute des consignes d'action exté- rieure, dans un style très moderne ; l'abbé A. CAMIRAND, professeur de Séminaire, fournit aux prêtres du Canada une série d'instructions eucharistiques. 1. G. LETOURNEAU. ous la conduite de M. Olier. Textes choisis S dans ses OEuvres et disposés en forme' de retraite sacerdotale. Paris, Lecoffre, 1921. In-16 de 276 pages. 2. Dom HÉBRARD. e Prêtre. Mémento de Vie intérieure et d'Action L sacerdotale. Paris, Bloud, 1922. ln-12 de 260 pages. 3. Abbé A. CAMIRAND. our votre ministère. Le désir de Jésus- P Secondeédition. Québec, 103, rue Ste Anne, 1921. In-16 de 270 pages. Prix : 0 sh. 60. II. - BIOGRAPHIES 1. G. GOYAU.Figurines franciscaines. Paris, Laurens, 1921. In-12 de 160 pages, et 21 planches hors texte. 2. G. GOYAU.La pensée religieuse de Joseph de Maistre. Paris, Perrin, 1921. In-12 de 220 pages. Prix : 7 fr. 3. Av BERTHIER. Xavier de Màistre. Lyon, E. Vitte, 1921. In-8 e XXVlI-381 pages, avec deux portraits hors texte. Prix : 16 fr. 50. .4. R. VALLERY-RADOT. a vie de Pasteur. Paris, Flammarion, L ^20. In-12 de 632 pages. Prix : 8 francs. .5. A. M. GOICHON. rnest Psychari, d'après des documents inédits. E ans, Éditions de la librairie des Jeunes, 1922. In-12 de 371 pages. Pr« : 10 francs, *• P. ROBERT D'APPRIEU, O.M.C. Un Converti de quinze ans. p, rere Joseph de Palerme, Novice capucin. 1864-1886. Chambéry,
  • 91. 434 Bibliographie Bureaux du Rosier de S4 François, 80, Fbg Montmélian, 1921. in-12 de 349 pages. Franco ; 6 francs. Voici, rangées en ordre chronologique, six études biographiques toutes faites d'après des documents inédits, maniées de main de maître pour le plus grand intérêt et profit du lecteur. 1. On nous en voudrait de nous étendre sur les Figurines fran- ciscaines de Georges Goyau, surtout après l'éloge que nous avons fait de la série qu'il a publiée déjà dans la Revue des Jeunes (Voir Regnabil de novembre 1921, p. 532). A côté de saint Antoine de Padoue, de Raymond Lulle, de saint Félix de Cantalice, etc., prennent place sainte Claire d'Assise, saint Bérard, sainte Marguerite de Cortone, etc., et, comme sur le frontispice de Maurice Denis, tous ces saints regardent saint François et se modèlent sur son exemple. « Notre époque, dit M. Goyau, réservait à Saint François une étrange fortune. Tous le croient connaître, tous le croient comprendre... Une telle diversité de sympathies laisserait croire que François d'Assise fut une bien com- plexe individualité. Rien de plus naturel pourtant, ni de plus simple : François aima tout en Dieu et Dieu en fout ». « Chacun de ces saints franciscains eut néanmoins son attrait spécial, et nul doute que leur rapprochement n'éclaire les divers aspects de l'âme du Poverelk Pourtant, il ne faut pas lire ce livre d'un coup : l'uniformité foncière des figures, et aussi la délicatesse de la présentation fatigueraient peut-être ; il faut réaliser ces figurines, suppléer çà et là bien des traits esquissés par allusion, et restaurer ces physionomies, dans le tableau d'ensemble. 2. C'est dans un tout autre style que M. Goyau a dû nous présenter le grave Joseph de Maistre et sa pensée religieuse. Il a fallu des décou- vertes récentes sur son adhésion à la franc-maçonnerie primitive pour jeter le doute sur la sincérité du grand penseur catholique. Dieu merci, ces soupçons n'étaient point fondés, et les pages de G. Goyau nous initient à ses convictions intimes, au but nettement apologétique de ses ouvrages. 3. Il faut éclairer cette grande figure par celle de Xavier, son « petit frère », qui fut pourtant bien plus qu'une pâle copie de son aîné, et qui, avec de perpétuels atermoiements donna quelques ou- vrages très limés, qui sont bien dans la ligne de ceux du philosophe: on a outré comme à plaisir les différences ; l'ouvrage, fort bien écrit, de M. Berthier servira à marquer les affinités. 4. La Vie de Pasteur n'est que la réédition de celle de 1900" volume compact et austère, dont le succès persévérant atteste to -valeur. Et puis le centenaire de sa naissance, qui tombe cette année, amènera plus d'un lecteur à étudier sa vie scientifique : comme po"r Maistre, une étude complémentaire s'imposerait sur « sa pensée reli- gieuse », qui fut toujours celle d'un croyant sincère, séparant trop peut-être sa science de sa foi, mais mourant un crucifix à la main. 5. Psichari nous intéresse surtout comme converti. Aussi s première jeunesse, voire ses voyages d'Afrique, étaient restés jusqu'c dans l'ombre. On aurait dû se douter pourtant que, pour Iui-rnen'' comme pour le Centurion dans son Voyage, la pensée religieuse s'inse
  • 92. ' Les. Livres 435 comme une réaction dans la pensée littéraire, philosophique, et comme une résultante dans l'oeuvre patriotique. « Les jeux mortels de l'intel- ligence », on le voit les briser pour « de plus pures grandeurs », pour le dur métier de soldat de la France ; c'est la première étape : la Con- version à l'ordre. Et dans la France qu'il incarne, voici qu'il découvre le catholicisme, comme « une partie de nous-mêmes T.,ou mieux comme le fond de nos énergies nationales. Et par un pragmatisme, qui se dépasse lui-même, il passe de l'ordre militaire à l'ordre catholique, . prélude rapide chez une âme loyale comme la sienne, de la conversion intégrale, qui eut sa consommation sur le champ de bataille. Il faut remercier Mèlle Goichon d'avoir refait pour nous cette histoire d'une âme par elle-même, laissant parler Psichari, et gardant au reste son mystère, le mystère de la grâce de Dieu. Dom P, S. o. s; B. 6. La Cause de ce jeune frère Joseph de Palerme, qui passa à peine deux ans chez les Capucins, du 28 janvier 1885 au 31 décembre 1886, et qui fit profession quelques instants avant de mourir, avance rapidement à Rome. Consummatus in brevi, explevit iempora multa ; et ces paroles de nos Saints Livres d'appliquent à lui d'autant mieux qu'il eut une jeunesse plus qu'orageuse ; car pendant quelques années il se conduisit comme un impie. Mais du jour où il fut touché par la grâce, un changement radical s'opéra en lui. C'était une de ces natures qui ne se donnent pas à moitié ; il se donna littéralement tout entier à Dieu. Dans les vies de saints, on voif souvent des choses extrar ordinaires, qui défient l'imitation, et par suite peuvent décourager ; ici rien de tel, le Frère Joseph de Palerme s'efforce de faire extra- ordinairement bien les choses les plus ordinaires, c'est là tout le secret de sa sainteté. Ce qui est surtout palpitant d'intérêt dans ce livre, c'est le récit de la conversion. Cette belle vie est certainement appelée à faire beaucoup de bien. Dom A. M. O.S.B. III. - ENSEIGNEMENT THÉOLOGIQUE 1. Abbé C. LE GRAND. L'enseignement de la Somme Théologique ians les Séminaires. Paris, Téqui, 1922. In-8 de 72 pages. - 2. R. P. TH. PÈGUES, O.P. Initiation thomiste. Paris, Téqui,1921. In-12 de 417 pages. Prix : 8 frs. 3. R. P. CHRYSOSTOME,O.F.M. Le motif de l'Incarnation et les Principaux thomistes contemporains. Tours, Cattier, 1921. In-8 de 453 pages. . 4. O.PERBAL, O.M.I. La vocation obligatoire. Brochure de 61 p. Bruxelles,-Action catholique, 79 chaussée de Haécht, 1921. 5. M. BARGILLIAT.Praelectiones juris canonici, éd. 34a, ad canones_ novi codicis redacta. Parisiis, apud Baston, 1921. 2 vol. In-16 de 544 et .506 pp. Prix : 16 francs, . ' , 6. Br. ALBERS. Florilegium patristicum : S. Ambrosii, S, Thomae de Veritate, de Essentia animae. à «se. in-8 de Bonnae, semptibus P. Hanstein, 1921. 52, 56 et 64 p. Prix : 45 marks le fascicule. .
  • 93. 436 Bibliographie 7. J. MARITAIN.Théonas. Paris, Nouvelle Librairie nationale 1921. In-16 de 204 pages. Prix : 6 fr. 50. De cette série d'ouvrages didactiques, les deux premiers s'occupent de méthodologie et de méthodologie thomiste. Que j'y aie pris un grand intérêt, parce qu'ils répondent à des préoccupations personnelles, déjà énoncées ici (voir Regnabit d'octobre, p. 393) cela assurément n'est pas une suffisante recommandation, j'ajouterai donc que la brochure de M. l'abbé Le Grand traite plus spécialement une question pédagogique importante : pourquoi enseigner dans les Séminaires le texte même de Saint Thomas ? La Somme est-elle vraiment un manuel ? Comment l'enseigner et y glisser les renseignements positifs qu'elle résume ou sous-entend ? La méthode est parfaitement indiquée. Un détail serait à ajouter : la nécessité d'une rédaction personnelle permettant aux élèves de s'assimiler avec ses nuances et de retenir là doctrine distribuée, si organiquement d'ailleurs, en articles successifs, 2. Le P. Pègues entre dans l'exposé doctrinal, et sous un titre imité de Faguet, — dans un tout autre style, on le suppose — il nous montre l'ensemble des grandes lignes de l'édifice thomiste, la vie et les oeuvres de saint Thomas, et de ses continuateurs et adversaires, 3; 11faut, comme on sait, ranger parmi ces derniers, les tenants de l'école franciscaine. Voici justement que le P. Chrysostome donne un nouveau développement à la thèse — si belle pourtant, trop belle même pour ne pas causer quelque étonnement aux fidèles — du motif de l'Incarnation. Je ne puis suivre le R. P. dans cette polémique de trente ans, dont on verra le détail dans les Etudes franciscaines de janvier dernier, p. 558-563. 4. C'est aussi une question spéciale, question de morale et de direc- tion, que résout le R. P. Perbal : la vocation est-elle obligatoire, comme certains directeurs le prétendent, au grand trouble des âmes hésitantes? Il faut répondre : non; puisque la vie parfaite est de conseil, elle ne peut tomber sous un précepte, sinon comme une démarche de haute prudence. 5. Le Cours de droit Canon de M. Bargilliat est déjà bien connu des prêtres et des séminaristes. Ceux parmi eux qui possèdent le nouveau Code s'apercevront qu'il n'y ajoute que peu de commentaires (v. g- les lois françaises), mais seulement des divisions claires et des rappro- chements de textes, avec les interprétations que la Commission romaine a eu le temps de donner jusqu'à ce jour. Quelques questions sont omises, par exemple celle des procès de canonisation. 6. Une nouvelle édition critique des opuscules de Saint Thomas sera toujours bien accueillie des théologiens. 7. Une réédition refondue du dialogue du moine - philosophe Théonas (de la Revue Universelle) nous est présentée ici sous un petit volume : qu'il fasse tout le bien qu'il compte faire. Dom P. SÉJOURNÉ,O.S.B.
  • 94. ' Les Livres 437 IV. - ART RELIGIEUX ' 1. C. ENLART.Manuel d'archéologie française, t. I et II. Architec- ture religieuse. Paris, Picart, 1919 et 1920. Prix : 50 fr. les 2 volumes. Voilà le manuel indispensable à quiconque veut faire l'inventaire rationnel de notre passé artistique chrétien. AUG. RODÏN. Les Cathédrales de France. Paris, Armand Colin. NUOédition, 1921. A. D. SERTILLANGES,Membre de l'Institut. La Cathédrale. Sa mission spirituelle, son esthétique, son décor, sa vie. Paris, Henri Laurens, 1922. ALFRED LENOIR. Anthologie d'Art. Sculpture. Peinture. Paris, Armand Colin, 1922. Les Cathédrales de France, de Rodin, dont la Maison Armand Colin donne une réédition, n'ont pas besoin qu'on les loue. Le grand artiste y a coulé l'effervescence de sa pensée, et si le mot n'avait été si lamentablement prostitué, on voudrait accoler à son livre l'épithète : vécu. C'est de la vie toute palpitante qui. s'est figée en formules inat- tendues et pleines. Il en est qui mériteraient de passer en adages d'art. Pages toutes françaises, à lire très lentement, à méditer : elles évoquent un retentissement personnel dont le résultat ne peut être qu'une ascension vers le Beau, tel.que l'ont compris et réalisé les merveilleux artisans de nos cathédrales. Ce n'est pas diminuer la très haute valeur, littéraire de La Cathé- drale, du R. P. A. D. Sertillanges, que d'en rattacher la filiation spiri- tuelle au Génie du Christianisme. Certes la différence est extrême entre le volume qui vient de paraître et l'ouvrage vieilli de Chateaubriand, trop déprécié peut-être à l'heure actuelle, et dont l'influence a été si profonde. La Cathédrale délimite plus sagement son sujet et le traite avec une compétence plus scientifique. Et comme en cette matière l'expression de la pensée constitue l'élément le plus stable d'un livre, il importe de souligner, ici encore, la distance qui a été franchie depuis un siècle. Le P. Sertillanges écrit en orateur très moderne : son texte procède dans un crépitement ininterrompu de sensations et d'images, dans une sorte de vibrato de haute fréquence qui enveloppe, secoue, déroute parfois, mais du moins ne frôle jamais ie banal. « La cathédrale, c'est l'éternel dans le temporel, l'invisible dans l'éclatant, le mystique dans l'historique et le spirituel dans le charnel. Chair et os de la terre, vous formez l'Eve nouvelle sortie du globe comme d'un flanc ouvert, émanation de l'homme encore lié à son tertre d'Eden, à sa glaise féconde. En elle, en toi, Vierge cathédrale, le Dieu incarné fera sa demeure. Ainsi, en permanence, il sera parmi nous, lié, lui aussi, à a chair du monde. » Relisez, savourez plutôt : vous saisirez peu à peu 'a plénitude de choses qui se blottissent sous ces formules. Il en est ainsi d'un bout à l'autre de l'ouvrage. Certains chapitres, la Vierge dans l'art des Cathédrales par exemple, sont traités avec un charme J1^poésie, de finesse, de piété, auquel il est impossible de ne pas se aisser prendre. Les illustrations, abondantes, sont dignes de la firme Henri Laurens : c'est tout dire. L Anthologie d'art, d'Alfred Lénoir, éditée par la Maison Armand °un, n'est dans la pensée de son auteur qu'un livre d'images, destiné
  • 95. 438 Bibliographie à former le goût et la culture générale d'un public très étendu. Ce n'est pas un répertoire, mais un choix. Un passage de la courte préface en précise l'esprit : « J'ai voulu ne donner que des oeuvres expressives et belles en, elles-mêmes, caractériser une époque plutôt qu'une école un style plutôt qu'un artiste ; ne retenir que des oeuvres qui résument et-perpétuent l'époque où elles sont nées,... j'ai voulu.rendre sensible l'évolution des formes au cours des âges, faire saisir, en même temps que leur diversité, les filiations qui lés rattachent les unes aux autres i. Ce programme est très exactement rempli : l'Orient, la Grèce, Rome, le Moyen-Age, la Renaissance, le XVIIe et le XVIIIe siècle, l'époque contemporaine viennent successivement apporter leur témoi- gnage. Mais sera-t-il permis à un amoureux des choses d'Extrême- Orient de regretter, — puisque l'album s'est bien ouvert pour le Japon, — qu'on n'ait pas réservé trois ou quatre planches à Certaines sculptures Vraiment classiques que l'Inde a produites, ou aux admi- rables bas-reliefs du Boroboedoer, à Java, ou à quelques détails plus caractéristiques d'Angkor ? Dom PAUL CHAUVIN, .S.B.O Mgr HENRI-LAURENT JANSSENS, O.S.B., évêque titulaire de Bethsaide. Au pays du Messie. Desclée, de Brouwer et Cle, 30, rue S. Sulpice, Paris. 50, rue de la Montagne, Bruxelles, 1921. In 4° de 420 pages, illustré de 212 dessins et de 126 photographies. Prix : 25 frs. Les privilégiés qui ont visité les Lieux Saints écrivent volontiers la relation de leur pèlerinage. Mgr Janssens n'a pas voulu déroger à là tradition ; par l'Italie et la.Grèce, en faisant un détour vers le Mont Athos et Constantinople, il conduit agréablement le lecteur « Au pays du Messie ». Sous sa plume défilent heureusement réminiscences bibliques, souvenirs classiques, esquisses historiques ; cartes et des- criptions accompagnent le pèlerin et facilitent encore son beau voyage. Une piété profende, une vie intense animent le récit, qui tire un nouveau charme de nombreux croquis et de photographies, oeuvres de l'auteur lui-même. A la page 217, Mgr Janssens remarque que l'endroit du martyre de S. Etienne est contesté. Est-ce au couvent de S. Etienne ou bien dans le lit du Cédron ? « La Liturgie, dit-il, paraît s'inspirer plutôt de cet endroit (le lit du Cédron) quand elle chante, à la fête du grand martyr : Lapides torrentis Mi dulces fuerunt, les pierres du torrent lui furent douces ». Est-ce bien sûr ? N'est-ce pas oublier que la plupart des manuscrits portent torrentes — mot que d'ailleurs l'Atttiphonaire Vatican a reproduit — et que la mélodie de l'Antienne prouve elle aussi qu'il faut lire torrentes. Un copiste distrait ou mala- droit crut bien faire de corriger, et il écrivit torrentis. Le texte litur- gique n'est donc point ici un argument. — Ce livre superbe mérite un grand succès, et nous espérons que bientôt l'auteur nous donnera la suite qu'il a promise : « Au pays des Pharaons ».
  • 96. Les Revues 439 REVUES DES REVUES ÉTUDESRANG1SCAIHES 1921). — P. SYMPHORIEN. 'influencé F (dée. L spirituelle de saint Bonaventure et l'Imitation de Jésus-Christ. Plus d'un rapprochement est peu significatif ;•— nous avons du moins une bonne analyse du 1er livre de l'Imitation. P. FRÉDEGAND. e Tiers-Ordre L de saint François d'Assise. Après avoir étudié précédemment les ori- ginesde l'Ordre de la Pénitence, l'auteur établit ses relations juridiques avec le. premier Ordre. — P. OSCAR. Psychologie de saint François. L'IDÉAL— Coeur eucharistique de Jésus. Une bonne nouvelle Le nous est arrivée de Rome, qui réjouira grandement les. amis du Sacré- Coeur.La Sacrée Congrégation des Rites vient d'approuver l'office et la messe du Coeur Eucharistique de Jésus. C'est une nouvelle appro- bation donnée à une dévotion sur laquelle certains catholiques n'avaient que des idées un peu troubles. La décision romaine nous est une occa- sion de tâcher de clarifier ces idées. Règles iconographiques : par un décret du 21 mai 1891, Rome proscrivit une image représentant le Sacré-Coeurse détachant isolé sur une hostie, non pas parce qu'elle symbolisait le Coeur Eucharistique, mais parce qu'elle risquait de répandre... l'idée que l'hostie contenait le Sacré-Coeur seulement. Règles liturgiques : Rome a également défendu de donner comme vocable à une église le nom du Coeur Eucharistique de Jésus ; cela s'explique par cette régie théologique qui définit que « le culte envers le Coeur eucharistique de Jésus ne doit pas s'entendre comme s'il était, en substance, différent du culte que l'Église rend au Sacré-Coeur. Seulementil prend comme objet spécial de vénération l'acte de suprême dilectiori par lequel le Coeur très aimant de Jésus institua l'adorable Sacrement de l'Eucharistie et demeure avec nous jusqu'à la fin des temps». Ce n'est pas un objet substantiellement nouveau, c'est le Coeur e Jésus envisagé sous un rapport spécial infiniment touchant ». d Les lecteurs de Regnabit ont eu sous les yeux le texte même de cet important décret: Ils méditeront à loisir les doctes explications qui l'accompagnent. (Regnabit, T. H, p. 248.) LUMEN (janvier).— Cen° est très intéressant à méditer, comme tout ce qui nous initie à une vie haute et intense. La « vie de Lumen » dans le passé, est celui d'une Société de dames voulant développer Par un contact fréquent leur vie catholique et intellectuelle. La vie. de Lumen pour l'année 1922 est marquée par le programme des confé- rencesqu'on y donne, sur des sujets très élevés : ils ne le sont jamais |r°P, puisque la question sociale et la question religieuse supposent ja question métaphysique ; mais la manière de le dire risque parfois "être un peu trop abstraite. Voici le sommaire des premières confé- rences : E. PEILLAUBE. Importance du problème des origines.— DE PULLY. Les fondements de la morale Sociale. — J.-V. BAINVEL. y- LaPsyclwlogie de la foi. L'auteur traduit deux pages du Card. Billot, av«uant que « pour les comprendre pleinement, il faut être quelque Peu théologien ». , a MESSAGER COEUR E JÉSUS(janvier), — F. PRAT. Saint Paul. DU D qualité maîtresse du coeur de Paul, c'est le don de sympathie. « Lui
  • 97. Les Livres 44g qui trouvait son repos dans l'amour du Christ, dit Newman, il avait besoin de l'amour des hommes ». De là vient son insistance sur la bénignité ou mansuétude et sur la charité fraternelle. — P. GALTIER, Premier bienfait du Sacré-Coeur : le Sacré-Coeur lui-même. « Etre aimé et se savoir aimé : c'est à ce besoin fondamental et universel de l'huma- nité que répond la religion du Christ... C'est pourquoi la dévotion au Sacré-Coeur trouve dans les âmes fatiguées ou désespérées un si facile accès ». HOUVELLE JOURNÉE (LA) (janvier). — L. CONSTANT. L'enfant et son droit. « L'enfant a droit à la vérité, et d'abord à la culture du jugement qui lui permet de la trouver lui-même... Il a droit, non seulement aux vérités qu'il peut découvrir, mais encore à celles qu'il peut assimiler et qui lui sont d'un intérêt vital... Et si l'Homme-Dieu est le don essen- tiel de la libéralité divine, tout enfant a le droit de connaître, d'aimer et de servir Jésus-Christ ». REVUE POLOGÉTIQUE décembre 1921). — A. VALENSIN.Uni A (15 théorie de l'analogie. Exposé lucide de cette question capitale, que nous résumerons ainsi pour les initiés : deux êtres sont analogues quand, divers par nature, ils sont équivalents par la fonction ; et par celle-ci nous les connaissons d'une seule visée. — REVUEDE SCIENCES ELIGIEUSES. J. RIVIÈRE. Le démon dam R l'économie rédemptrice d'après saint Ignace d'Antioche. — L. GOUGAUD, La crèche de Noël avant saint François d'Assise. — R. VACANDARD, Chronique d'histoire ecclésiastique. Le recenseur, visiblement, ne croit pas à l'authenticité du message de sainte Marguerite-Marie au roi de France. REVUE, DESJEUNES.25 janvier). —- M. VAUSSARD.L'inauguration ( de l'Université de Milan. Cet article, signé d'un spécialiste de la pensée catholique italienne, prend une importance nouvelle du fait que le principal protecteur de ce centre intellectuel, le cardinal Ratti, s'ap- pelle maintenant Pie XI. Or il faut remarquer que cette fondation est oeuvre de foi et de charité — comme le dit en lettres d'or son nom: Université duSacré-Coeur — car elle fait appel à la générosité des catho- liques, et à un sentiment intense de fraternité entre maîtres et élèves,, pour constituer un foyer de science catholique capable «le répandre les solutions chrétiennes dans la société moderne. VIE(LA)ET LESARTS LITURGIQUES, (janvier). — Dom A. WILMART. Litanies de Notre-Dame datant du XIIe siècle, les plus anciennes que nous possédions. — Dom P. DE PUNIET. Le rituel des pauvres et des infirmes. Analyse très attachante d'un rituel de Bruxelles de la f"1 du VIIIe siècle. On y sent la sollicitude de l'Église pour les enfants malades et pour les pénitents. VIE(LA)SPIRITUELLE, (janvier). — R. GARRIGOU-LAGRANGE. L'appel- avec général et l'appel individuel à la vie mystique se concilie fort bien 5 là rareté de cette sainteté achevée, si l'on tient compte des condition intérieures et extérieures requises pour l'atteindre. Dom P. SÉJOURNE,0. s. B^ L'Imprimeur érant: TH. "HIRT G Imp. TH. HIRT <g Fils, 4,,rue du Faubourg Céres - Reims