Promenade à Montmartre, sur un texte de Francis Carco

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Un voyage autour de la Place du Tertre à Montmartre, avec des cartes postales anciennes et grâce à un très beau texte de Francis Carco.

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  • 1. Promenade à Montmartre Sur un texte de Francis Carco Paris, 2014. Danielle Lacroix
  • 2. « Je ne prétends point fournir [...] un guide du parfait touriste de la Butte, mais qui veut la connaître, cette Butte, dans ses aspects les plus divers, se fera tout d'abord conduire place du Tertre et...
  • 3. ...y prendra l'apéritif sur le zinc de Spielman. Là tout lui donnera l'impression qu'il a quitté Paris pour un lointain village.
  • 4. Sur la place, des enfants s'amusent ; ...
  • 5. des femmes vont à la fontaine ; ...
  • 6. un vieux monsieur devant un chevalet, ...
  • 7. ...ou un tout jeune artiste brosse sur la toile une vue du Sacré-Cœur ; des chiens errent ; des moineaux familiers vous entourent.
  • 8. A gauche, dans une perspective étroite et anguleuse, la rue Norvins se perd entre les façades décrépites des maisons.
  • 9. En face, l'hôtel Bouscarat forme l'angle de la place. Cher hôtel Bouscarat ! Sous son toit, les deux chambres aux fenêtres rustiques sont celles que nous avons tous habitées jadis, en compagnie d'aimables filles aussi candides que les grisettes de la désuète bohème de Murger…
  • 10. A droite, la rue du Mont-Cenis, descend à pic sur un horizon de vapeur et de banlieues pelées et vagues.
  • 11. La vue en est étrange certains soirs et obsédante de détresse sans objet. Un arbre dépasse la ligne des toits… La cloche de l'église tinte de si près qu'elle vous emplit d'une secrète nostalgie. Soirs de province ou d’autres cloches sonnaient, comme celle-ci, à l'heure quiète et confuse des bougies allumées dans la chapelle de la Vierge. Soirs que Verlaine a chantés : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! la vie est là Simple et tranquille Cette paisible rumeur-là. Vient de la ville… »
  • 12. Soirs de Montmartre, que vous êtes donc reposants à chérir ! De vieilles dames, la chaisière, ces demoiselles de la confrérie de Marie, de jeunes personnes déjà, si méthodiques, se hâtent vers l'office quotidien. Et quel silence, soudain, envahit derrière elles les ruelles de la Butte !
  • 13. Des gens dînent à de petites tables… Cent petites tables sont partout dressées
  • 14. Alors une chanteuse des rues arrive comme une ombre et gémit sa plainte. Elle n'a plus d'âge, cette malheureuse et, depuis des générations, elle a le même répertoire de chansons banales, usées et sans accent. « Mais j'ai profité des pinsons « Qui font leurs nids dans les buissons, » , module-t-elle… Est-ce un reproche à l'adresse de tant de couples enlacés sous les lampes ? Et a-t-elle eu jamais un nid, cette pauvresse, un nid d'artiste, sous les toits, où il voisinait avec celui des hirondelles ? Personne ne s'en souvient plus… ni même elle, peut-être, tellement ce temps est reculé dans sa mémoire…
  • 15. Mais voici le joueur de guitare qui prélude, son plateau pour la quête placé par terre devant lui. Voici la « gosse » de treize ans qui braille entre les tables…
  • 16. La nuit est tout à fait venue à présent... Les petits magasins, les étalages des maisons, les bistros et Paris, dans le lointain, fourmillent de mille feux. Les becs de gaz jettent sur le trottoir leur clignotante lumière. Les tables se dégarnissent et, dans le vide qui se fait sur la place et aux terrasses des restaurants, les appels fous des trains montent des gares du Nord et de l'Est avec une rauque ampleur… Il n'y a plus personne autour des tables.
  • 17. Seuls, les habitués du petit verre occupent l'intérieur des manezingues. ... ...et regardent défiler à la lueur douteuse des réverbères, les bigotes, aux manières peureuses et comme ratatinées, qui reviennent de l'église.
  • 18. Par ici, mesdames et messieurs… Faites encore le tour de la place, jusqu'aux escaliers de la rue du Calvaire
  • 19. et jusqu'au restaurant du Coucou.
  • 20. Vous dominez de là Paris. Vous en découvrez le large grouillement… n'est-ce pas ? Et quel air on respire…
  • 21. Suivez-moi, le long des échoppes allumées. Nous revoici rue Norvins jusqu'au croisement de cette rue avec la rue Saint-Rustique.
  • 22. La maison, d'angle a pour enseigne : « Au Consulat d'Auvergne »…
  • 23. Admirez. Mesdames et Messieurs… vous avez tout le temps… A droite, un cabaret, bas de plafond où Renoir a peint sur le mur un portrait d'homme et une nature morte. Le portrait a été vendu et la nature morte, cachée par un badigeon, n'est plus visible… Au fond du cabaret, un billard et derrière, un jardin bordé de tonnelles donnant de haut, sur la rue des Saules.
  • 24. Ici, tout vous parlera de nos premières amours et... ...de notre jeunesse...
  • 25. N'insistez pas. « Les amours sont fragiles, » dit la chanson…, fragiles et trompeuses et cela n'a au fond qu'une médiocre importance.
  • 26. Vous ne trouvez pas ces tonnes agréables ? Nous y buvions, jadis, autour d'une chandelle plantée dans le goulot d'une bouteille vide. Mais une bouche étourdie soufflait vite la chandelle. Et personne ne s'en trouvait plus mal... Comment?... la rue des Saules?...
  • 27. Oui… oui… c'est elle qui conduit au « Lapin Agile »… Vous savez…
  • 28. Mais, à droite, vous avez d'abord la rue Cortot et la maison des peintres… une grande baraque avec un porche de plâtre qu'Utillo a souvent reproduit dans son étonnant et tragique caractère. Il habite toujours cette maison, comme sa mère Suzanne Valadon, comme Utter, comme Galanis… C'est une maison qui deviendra célèbre un jour. Il faudra l'avoir vue aussi bien que ...
  • 29. ...cette jolie bicoque rose à volets verts que Ramon Pichot a achetée plus bas, à l'angle de la rue de l'Abreuvoir, et où il vit tout en travaillant à une prochaine exposition.
  • 30. Sur un ciel roux, d'où se lèvent des lueurs, la carcasse noire, hérissée de trois ailes des vieux moulins de la Galette, vous invite.
  • 31. Venez. Vous allez voir danser les petites bonnes, les trottins, les humbles filles des concierges du quartier et leurs amants si distingués.
  • 32. La salle est pleine. C'est une immense salle où un orchestre de jadis et un jazz band se donnent tour à tour la réplique et font succéder le fox trott au boston. La lumière éclatante emplit tout. Les murs, badigeonnés de couleur verte, la réfléchissent comme des miroirs et, des projecteurs de music-hall promènent un torrent de clartés sur la foule bruyante et houleuse.
  • 33. Nous voilà loin de l'ancien « Moulin » peint par Renoir et de sa clientèle à demi formée de rapins et d'étudiants ! Loin même du plaisir qu'on avait à danser ! Ce n'est plus un plaisir aujourd'hui, mais une sorte de passion frénétique, un vice étourdissant, une folie, un délire. Vous n'avez qu'à regarder cette cohue qui s'étreint et qui, n'ayant plus même la place de tourner, tant elle est compacte, piétine et se pénètre intensément. Ce n'est plus de la danse. C'est un remous « d'unanimisme » à dégoûter Jules Romains lui- même s'il y croyait toujours.
  • 34. Je ne sais si cela vous plaît. En tout cas, « La Galette » n'a guère mieux à vous offrir actuellement. On y danse partout, entre les tables comme dans la salle et jusque dans les lavabos. Il faut que la jeunesse s'amuse ou qu'elle croie s'amuser. Quel travail ! Les danses se succèdent sans arrêt. cuivres ou banjo, castagnettes ou trompe d'automobile… En avant, la musique ! Plus fort ! Encore ! Encore ! Un nègre pousse des cris stridents. Mille cris lui répondent et c'est à qui, des danseurs et des musiciens, lesquels auront raison des autres.
  • 35. Match obstiné , chaudement disputé des deux côtés… jusqu'à minuit, l'heure fatidique des pistons et du tambour donnant au milieu des huées le signal du départ. » FIN