Menace islamiste a djibouti

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  • 1. J AMBO La lettre du Comité Afrique de l’ANAJ-IHEDN Lettre n°4 L’Edito... Juillet— Septembre 2012 Dans ce numéro Le secteur privé investit dans le renouvelable au Kenya 2 Petit guide de négociation avec les pirates somaliens 2 La Menace Islamiste à Djibouti, quelles réalités ? 3 Environnement politicosécuritaire au Nord-Kivu 4 Etre ou ne pas être à Kinshasa pour le XIVème Sommet de la Francophonie ? 5 « China Eximbank », le pragmatisme chinois au service de la conquête des marchés 6 Du printemps arabe aux élections législatives. Algérie 2012 8 ration en Somalie vient d’être renforcée. L’Union africaine et ses partenaires peuvent–ils se permettre une nouvelle opération dans une période de crise économique et financière ? La prudence est de mise lorsque l’on évoque des interventions militaires face à Al Qaïda ou ses alliés dans la bande sahélienne face au risque de radicalisation de certaines organisations combattantes. Le piège serait donc de voir la CEDEAO ou l’Union africaine se transformer en « pompier-pyromane »… 8 L’AFRIQUE EN BLOG….. à deux niveaux qui constitue la singularité du continent africain : une intervention sousrégionale (CEDEAO) ou régionale (UA). Boni Yayi, président en exercice de l’Union africaine et président du Bénin a évoqué le modèle de la mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM). Une référence surprenante quand on connait les difficultés rencontrées par cette mission. De contreexemple depuis cinq ans, l’AMISOM, après les victoires obtenues ces derniers mois contre le Shebab, serait donc devenue un modèle à suivre… Se pose également la question du financement d’une opération de l’UA au Mali alors même que l’opé- 7 PUBLICATION—REVUE Jeune Afrique : Réseaux sociaux : les champions africains de la twittosphère Le 17 janvier dernier au Mali, un coup d’Etat atypique a porté au pouvoir des militaires reprochant au président sa faiblesse dans le traitement de la rébellion au Nord. Sans expérience politique, sans soutien international, la junte ne parvient alors pas à stopper l’avancée de la rébellion. Alors que la CEDEAO vient de prolonger la transition politique, les combats se poursuivent dans le Nord du pays. Le scénario d’une intervention militaire se dessine de plus en plus mais elle ne pourra se faire sans un soutien extérieur et l’accord du Conseil de Sécurité de l’ONU. Deux scénarii sont rendus possible eu égard au régionalisme Sonia Le Gouriellec Responsable du comité Afrique 69ème séminaire jeunes Paris La Menace Islamiste à Djibouti, quelles réalités ? Pour recevoir gratuitement la lettre du Comité Afrique de l'ANAJ-IHEDN l'ANAJn’oubliez pas de vous inscrire à l’adresse suivante : afrique@anajafrique@anaj-ihedn.org Vous pouvez également nous faire part de vos commentaires ou réflexions. L'idée selon laquelle Djibouti serait un havre de paix dans une région en ébullition est-elle devenue caduque ? En effet, depuis l'envoi à Mogadiscio en début d'année du premier bataillon Djiboutien de l'AMISOM1 le risque terroriste serait devenu préoccupant en République de Djibouti. Ajoutant à cela, la montée en puissance de la base américaine, le risque d'attentat semble n'avoir jamais été aussi élevé à Djibouti depuis l’attentat du café de Paris en 1990. Qu'en est-il réellement de l'Islam à Djibouti (où 99 % de la population est musulmane) ? Quels sont les facteurs internes et régionaux qui agissent sur le risque sécuritaire ? L'Islam traditionnellement pratiqué en république de Djibouti est celui des confréries soufies et sunnites. Tolérant et syncrétique avec des traditions culturelles propres à cet espace et aux peuples qui le compose, cet islam est en perte de vitesse face à des tendances venues de l'extérieur. La plus importante est l'influence Tabligh, qui vient du Pakistan à partir des années quatre vingt. Ce courant rigoriste né sous la houlette de Mohammed Ikbal a effectué un travail de réislamisation en profondeur de la société djiboutienne, par le ASSOCIATION NATIONALE DES AUDITEURS JEUNES INSTITUT DES HAUTES ÉTUDES DE DEFENSE NATIONALE www.anaj-ihedn.org bas avec des missionnaires sur le terrain : les Kourouj2. Sous le contrôle de ce mouvement (qui est apolitique), les classes moyennes et populaires ont réappris la religion, d'une manière plus rigoureuse, les hommes et les femmes sont plus clairement séparés, les occidentaux ne sont plus aussi bien tolérés qu'avant. Suite en page 3….
  • 2. Lettre n°4 Page 2 Le secteur privé investit dans le renouvelable au Kenya L'Afrique pourrait bien devenir un eldorado pour les investissements énergétiques de demain. Plusieurs Etats se sont lancés dans des investissements dans les énergies renouvelables misant avant tout sur l'optimisation de leurs ressources naturelles. Un point d'autant plus positif que les projets ayant trait aux énergies Une usine de panneaux solaires au Kenya renouvelables rentrent dans le cadre des priorités environne- diale. Le Kenya semble avoir domaine. Après plusieurs projets mentales de la banque mon- adopté une vraie politique en ce de géothermie financés depuis 2010, il entend accueillir le plus grand parc éolien d'Afrique. Celui-ci financé par un consortium d'entreprises européennes et africaines à hauteur de 585 millions d'euros devrait fournir près de 20% de la production actuelle du Kenya et avoir une rentabilité maximale dès 2014. Mathieu Dupressoir 65ème séminaire jeune— Troyes Petit guide de négociation avec les pirates somaliens Les pirates somaliens savent ce qu’ils font et qui ils attaquent. Prendre en otage un Européen est un business très lucratif ! Une des dernières rançons s’élève à 13,5 millions de dollars, somme que l’armateur grec du supertanker Irene pris d’assaut par les pirates en février 2011, aurait payée afin de voir libérer son navire qui contenait pour 200 millions de dollars de pétrole. L’Union européenne (UE) est investie dans la lutte antipiraterie avec sa mission EUNAVFOR, déployée dans le Golfe d’Aden et l’Océan Indien depuis décembre 2008. Elle participe également au développement d’un Etat de droit en Somalie mais elle semble avoir oublié que les négociations sont partie inhérentes de son approche globale. Afin d’éviter une augmentation du montant des rançons mais également de la violence envers les otages, il serait souhaitable que les Européens s’organisent mieux quant à la conduite à tenir face aux prises d’otage en mer, afin de ne pas faire euxmêmes monter les prix. Il faudrait créer une cellule européenne de négociation de crise. L’objectif serait d’apporter une réponse coordonnée à chaque demande de rançon, afin d’en réduire le montant au maximum. Cela permettrait également de rassembler des informations sur les groupes de pirates pour mieux les combattre et pour mieux mener d’éventuelles autres négociations. La surveillance des réseaux sociaux, très largement utilisés par les pirates, permettrait de mieux connaître les individus opérant dans la zone. L’UE se doit d’être une institution moderne, et non laissée à la traîne à cause d’une structure bureaucratique trop lourde. Une fois les otages libérés, il faudrait collecter de façon systématique tout renseignement utile quant à l’organisation de ces réseaux criminels. Il faudrait également qu’EUROPOL et INTERPOL tracent les flux financiers criminels qui découlent du paiement de rançons. Alix Willemez Diplômée du Collège d’Europe (Bruges), Officier de la Marine Nationale 69ème séminaire jeunes - Paris Chronologie - 8 décembre 2008 : La mission Atalanta est lancée par l‘Union européenne pour traquer les pirates somaliens avec six bâtiments et trois avions de patrouille sous commandement britannique. - 21 janvier 2009 : Les députés espagnols approuvent à la quasi-unanimité l'envoi de 395 militaires pour intégrer la force européenne. - 15 avril 2009 : Selon le journal Ouest France, le président Barack Obama envisagerait de mener des opérations de bombardement sur les bases pirates et d'envoyer des bâtiments de guerre suite à l'enlèvement du capitaine du Maersk Alabama Richard Phillips. - 8 mai 2009 : Les ambassadeurs des 27 États membres du Comité politique et de sécurité (COPS) de l‘Union européenne autorisent l'extension de l'opération vers les Seychelles. - 7 juillet 2009 : Des équipes de fusiliers marins sont déployées à bord de thoniers français opérant depuis les Seychelles. - 30 juillet 2010 : Une nouvelle décision permet l'extension de l'opération plus à l'est et au sud. - 23 mars 2012 : Lors du Conseil Affaires étrangères du 23 mars 2012, les ministres ont décidé de prolonger de deux années supplémentaires, jusqu’en décembre 2014, l’Opération Atalanta contre la piraterie dans la Corne de l’Afrique. ASSOCIATION NATIONALE DES AUDITEURS JEUNES INSTITUT DES HAUTES ÉTUDES DE DEFENSE NATIONALE www.anaj-ihedn.org
  • 3. Lettre n°4 Page 3 La Menace Islamiste à Djibouti, quelles réalités ? (Suite…) C'est désormais l'Islam majoritaire dans le pays. Les Frères Musulmans sont arrivés au même moment. Peu nombreux, assez élitistes, ils ont étudié en Égypte et sont au sommet du clergé à Djibouti. Les dogmes viennent d'eux. Derniers arrivés, les Wahhabites et les Salafistes n'en sont pas moins actifs. Venus d'Arabie saoudite et d'Égypte, ils se sont implantés via les associations, les banques islamiques et les écoles coraniques. Toutes ces tendances cohabitent pour l'instant même si les tensions s'intensifient. Par exemple, lorsque l'administration a interdit le port du Nikab et de la Burqa dans les administrations, les Salafistes ont émis des tracts dénonçant cette décision. Le pouvoir semble vouloir limiter la place de ces derniers dans la société djiboutienne. Les tensions entre le pouvoir et les organisations radicales sont fortes, tout autant que la pression sociale à destination des Djiboutiens peu pratiquants. Les tensions entre les habitants de Djibouti et les occidentaux semblent également s'accentuer. Des heurts demeurent le soir en ville malgré toutes les consignes données aux militaires. Cet état de fait peut s'expliquer par l'abandon du centre-ville par une partie des Français et la déception concernant les forces américaines, invisibles en ville et qui ne consomment rien localement (ils importent tout). De plus, d'autres facteurs internes semblent aggraver cette situation et faire de Djibouti une cible idéale pour des attentats. Implantée en 2003, la combined joint task force horn of Africa (CJTF-HOA) compte aujourd'hui environ 4000 hommes, soit le double des forces françaises stationnées à Djibouti (FFDj). Les objectifs de cette dernière sont clairs et affichés. Il s'agit de lutter contre le terrorisme dans la corne de l'Afrique dans le sud de la Somalie, actuellement encore entre les mains des milices islamistes Al-Shabaab3, et au Yémen qui est sous la forte influence du réseau islamiste Al-Qaeda dans la péninsule arabique (AQPA). Pour ce faire, les forces américaines peuvent utiliser des moyens coercitifs4. L’ouverture d’une base américaine dans un pays qui se radicalise semble compliqué, surtout s'il s’agit de bombarder d'autres musulmans, qui plus est des frères somalis5. L'acceptation de la présence américaine commence en effet à devenir problématique. Un autre facteur interne entre en jeu. La position du président djiboutien, Ismaël Omar Guelleh ("IOG") soutient en effet le gouvernement somalien6 en lutte contre AlShabaab dans le sud du pays. Les liens entre les deux hommes sont assez forts. Ainsi, lorsque le président du Gouvernement Fédéral de transition (GFT) sort du territoire, il passe toujours rendre visite à IOG. Ajouté au fait que Djibouti ait commencé à déployer un bataillon au sein de l'AMISOM, la menace de répressions sanglantes8 est de plus en plus forte. D'autres facteurs, régionaux, fragilisent encore davantage la situation de Djibouti sur le plan de la sûreté. Le Yémen, tout d'abord, qui est dans une situation sécuritaire pour le moins chaotique. Des éléments djihadistes porter le combat au nord. Le Somaliland et le Puntland pourront en être un peu plus déstabilisés. Certains passeront à Djibouti par la frontière terrestre bien qu’elle soit plutôt bien contrôlée. Il n’est donc pas exclu de voir apparaître des miliciens Shabaab à Djibouti9. La corne de l'Afrique représente toujours un facteur régional très déstabilisant, ce qui n'est pas en soi une nouveauté. Djibouti a toujours réussi à se préserver d'attentats majeurs sur son sol. C'est au niveau interne que se joue la partie. On note un changement, le président djiboutien s'engage directement, sous la pression américaine, dans le conflit somalien, chose qu'il avait évité de faire jusqu’alors. La radicalisation religieuse du pays est en marche, la présence française est tout juste tolérée, mais la base américaine reste un symbole insupportable pour beaucoup. Ajoutons à cela le Militiens Shabaab défilants , sources Africanargument.org (AQPA) peuvent en effet profiter du point de passage du détroit de Bal-el-Mandeb, entre le Yémen et la corne de l'Afrique afin de commettre des attaques sur le sol djiboutien. L'offensive éthiopienne dans le sud de l'espace somalien a également eu des effets sur la sécurité dans l'ancien territoire des Afars et des Issas. Certains Shabaab, chassés par l'avancée des soldats d'Addis Abeba, se rendent au nord; la route du sud étant bloquée par le contingent Kenyan, fraichement rattaché à l'AMISOM8. Une partie rentrera dans leurs régions d'origines et cessera la guerre alors que d'autres iront ASSOCIATION NATIONALE DES AUDITEURS JEUNES INSTITUT DES HAUTES ÉTUDES DE DEFENSE NATIONALE www.anaj-ihedn.org blocage politique et nous obtenons une situation sécuritaire complexe et volatile pouvant entrainer une crispation autoritaire. Valentin Streck Étudiant à l'Institut Français de Géopolitique. 1. Mission de l'Union africaine en Somalie depuis 2007. 2."Ceux qui sortent". 3. Les « jeunes » en arabe. 4. F-15 et des drones prédator pour aller bombarder leurs cibles dans les deux zones. 5. Les Djiboutiens d'ethnie somali représentent environ la moitié de la population autochtone. 6. Gouvernement fédéral de transition, GFT, ne gouvernant que la ville de Mogadiscio et soutenu à bout de bras la communauté internationale.
  • 4. Lettre n°4 Page 4 politicoNordEnvironnement politico-sécuritaire au Nord-Kivu Depuis le 23 mars, l’environnement politico-sécuritaire de l’Afrique des Grands Lacs est une nouvelle fois en proie à des troubles en raison de l’émergence d’une nouvelle rébellion d’ampleur, « le Mouvement du 23 mars » ou « M23 ». D’origine rwandaise, cette rébellion, parfaitement organisée, sévit sur le territoire du Masisi situé dans la Province du Nord-Kivu. A cette date, près de 2000 membres des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) ont officiellement fait défection en réaction aux rumeurs d’arrestation pour crimes de guerre de l’ex-chef rebelle Bosco Ntaganda. Aujourd’hui lourdement armés, ces 2000 anciens rebelles du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP), membres des FARDC depuis 2009, ont aujourd’hui repris les positions qui étaient les leurs dans le territoire du Rutshuru. Fin mars, la rébellion, était expliquée et comprise, par les autorités, comme la conséquence des fréquents désaccords entre les autorités et les anciens membres de mouvements de rébellion intégrés aux forces armées. Cependant, après l'enlisement des forces armées dans les collines situées autour de la ville frontalière de Runyioni, l'envoi de régiments en renforts, et l’utilisation d’armements toujours plus imposant par les rebelles, de nouvelles interrogations ont émergé concernant les réelles motivations, les soutiens et les objectifs que poursuivaient réellement la rébellion. C'est dans ce contexte qu'une note interne de la Mission de Stabilisation des Nations unies en République Démocratique du Congo (MONUSCO) faisait part fin mai de sa préoccupations quant à la présence de Rwandais dans les rangs de la rébellion. Cette révélation, bien qu'officieuse, a engendré de multiples répercutions en RDC, au Rwanda mais aussi au sein de la communauté internationale. En effet, le gouvernement de Kinshasa a dans un premier temps nié ces informations avant de créer une commission d’enquête parlementaire qui a suscité de nom- ASSOCIATION NATIONALE DES AUDITEURS JEUNES INSTITUT DES HAUTES ÉTUDES DE DEFENSE NATIONALE www.anaj-ihedn.org breuses contestations au sein de la classe politique nationale. La publication de rapports attestant de la présence de Rwandais au sein de la rébellion congolaise a alors engendré un début de crise politique à Kinshasa entre le gouvernement et l'opposition. Un député du principal parti d’opposition avait alors dénoncé le silence des autorités qui s'apparentait à une complicité avec les autorités rwandaises et à un complot contre la population congolaise, même si Kinshasa a depuis officiellement dénoncé cette « passivité » du régime de Kagame. Au niveau international, l’ONG Human Rights Watch (HRW) a confirmé les révélations onusiennes et étayé ces accusations en fournissant des témoignages d'une participation matérielle et stratégique rwandaise à la rébellion dans le Nord-Kivu. Selon l’agence de presse britannique Reuters, devant le comité des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU, le groupe d’experts de l’ONU sur la RDC a affirmé disposer de preuves du soutien de trois des plus hauts responsables rwandais de la Défense à la mutinerie congolaise du M23. La communauté internationale a les yeux rivés sur Kigali alors que du côté du gouvernement rwandais les contestations ne cessent de pleuvoir, qualifiant ainsi les accusations dont il fait l’objet « d’irresponsables » et de « pas moins dangereuses que les balles ou les machettes ». Il apparaîtrait que le territoire rwandais servirait à la préparation et à la perpétration de l’offensive des miliciens rebelles du M23. Cette opération, en gestation depuis février dernier, a tout d’abord éclaté comme une simple mutinerie de militaires fidèles à Bosco Ntaganda pour évoluer progressivement en une rébellion de nature à engendrer un schéma de rupture de la paix entre le Rwanda et la RDC. Même si Kigali a rigoureusement rejeté ces accusations, la proximité avérée entre le régime rwandais et les rebelles congolais du CNDP permet d’étayer les accusations de connivences entre les deux parties. L’objectif serait ainsi de créer une nouvelle zone d’instabilité le long de la frontière, à proximité des localités d’ores et déjà contrôlées en toute légalité par les FARDC sur le territoire congolais avec pour conséquence de déclencher de nouvelles vagues de déplacés en direction des terres occidentales
  • 5. Lettre n°4 Page 5 politicoNordEnvironnement politico-sécuritaire au Nord-Kivu (Suite…) congolaises, préalable indispensable à l’installation durable des réfugiés rwandais, d’expression kinyarwabda. Ceci intervient à quelques semaines de l’expiration de la clause de cessation des réfugiés rwandais, fixant au 30 juin la date limite de retour légal des réfugiés sur un territoire rwandais incapable de les accueillir. En effet, le gouvernement rwandais, en coordination avec le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR), a annoncé en d’octobre 2011 sa décision d’appliquer la clause de cessation des réfugiés au 30 juin 2012 alors que près de 100 000 réfugiés rwandais sont officiellement recensés. Le Président Paul Kagame a annoncé l’application A savoir Le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) est l'administration rebelle établie par Laurent Nkunda dans la région du Kivu en République démocratique du Congo. Le général Laurent Nkunda avait rompu avec le gouvernement congolais qu’il accusait de discrimination envers la minorité tutsie. A la tête des soldats banyamulenge (des Tutsis ethniques), il a mené une guerre c o nt r e le s f o rc es a r mé e s congolaises. Laurent Nkunda a été arrêté en janvier 2009 suite à une scission au sein du CNDP. de ladite clause à tous les ressortissants nationaux qui n’auront pas regagné le pays d’ici le 30 juin. Cette « mesure incompréhensible et dangereuse » selon les ONG locales et la société civile congolaise, était alors jugée en capacité d’engendrer de nouvelles vagues de violence dans la sousrégion à l’image des événements actuellement Le Président Rwandais Paul Kagame (g) et son homologue congolais Joseph Kabila observés. En effet, les ONG internationales présentes dans la région des Grands Lacs ont sement des déplacements et réfugiés lolargement critiqué cette mesure en raison caux. des assassinats et des disparitions d’oppo- Dans ce contexte, les prochaines semaines sants au régime toujours fréquemment rap- pourraient être marquées par une sévère portés. En outre le retour, même organisé, dégradation de la situation humanitaire et de près de 100 000 réfugiés sur le terri- sécuritaire de la région, à l’image des viotoire national ne pourra que leur imposer lences qui avaient éclaté en 1996 en RDC une nouvelle précarisation puisqu’ils sont suite à une première cessation des réfugiés dans un premier temps redirigés vers de par les autorités rwandaises du Front Panouveaux camps de réfugiés. A l’inverse, triotique du Rwanda (FPR). ceux ne souhaitant pas retourner dans leur pays devront se heurter à une difficile intéSaintGuillaume Saint-Etienne gration foncière dans des pays d’accueil enAnalyste Afrique subsaharienne, GEOS core instables au niveau politique et social. A ce titre le Kivu, principale terre d’accueil des réfugiés rwandais, devra faire face à une véritable problématique de réorganisation démographique en raison de leur insécurité endémique, qui engendre un accrois- Etre ou ne pas être à Kinshasa pour le XIVème Sommet de la Francophonie ? « Kinshasa 2012 » permet de rappeler deux choses : l’Afrique est le continent de l’avenir pour la Francophonie ; la République Démocratique du Congo est le second pays francophone. La France pense au boycott de cet évènement. Difficile et dangereuse position. Difficile car, dans l’Histoire, les boycotts successifs n’ont jamais fait changé de ligne di- phonie vient de confirmer le lieu et la date de cet évènement : dès lors, ce serait un aveu d’impuissance pour la France que de boycotter un sommet dont elle n’a pas réussi à modifier le lieu. Au-delà du boycott et d’un « manichéisme insane », une position audacieuse de la France pourrait consister, par rectrice un quelconque gouver- exemple, à questionner le coût nement. Dangereuse puisque le (22 millions d’euros, entièreComité Permanent de la Franco- ment financés par la RDC), la ASSOCIATION NATIONALE DES AUDITEURS JEUNES INSTITUT DES HAUTES ÉTUDES DE DEFENSE NATIONALE www.anaj-ihedn.org date (octobre 2012, soit trois mois après le Forum Mondial de la Langue Française) et l’utilité d’un tel Sommet. Donner du sens à cet évènement en quelque sorte. Damien Soupart 72ème Session IHEDN-Jeunes, Nancy, 2011
  • 6. Lettre n°4 Page 6 « China Eximbank », le pragmatisme chinois au service de la conquête des marchés La China Eximbank a pour principal objectif d'aider les entreprises chinoises à conquérir les parts de marché en Afrique. Bras armé financier de la Chine, Eximbank est détenue par l'Etat chinois et relève de l'autorité directe du conseil des affaires. Elle est le principal canal de financement des exportations de produits de hautes technologies, des installations clés en mains et de tous types d'investissements à l'étranger. Globalement, d'après l 'US Government Accountability Office, entre 2000 et 2010, le montant des investissements de la China Eximbank sur le continent est passé de 4 à 36 milliards de dollars. Entre 2007 et 2010, la China Eximbank avait prévu d'investir plus de 20 milliards d'USD en Afrique. La Banque utilise principalement deux instruments pour s'imposer sur le continent. Deux outils souples qui lui permettent d'apporter une offre moins contraignante que celle des occidentaux. Elle octroie des prêts à taux préférentiels sous conditions et a développé la technique du « package deal ». La stratégie globale de l'Eximbank s'illustre tout d'abord aux travers des prêts accordés aux Etats Africains. En 2007, l'Eximbank a accordé 80% de ses prêts à cinq pays : l'Angola, le Mozambique, le Nigéria, le Soudan et le Zimbabwe. Mais depuis 2007, la China Eximbank ne cesse d'investir dans un nombre toujours plus important d'Etats africains comme l'illustre la carte. Les prêts accordés par l'Eximbank ciblent les projets d'importance majeure dans le Pays Source : Mathieu Dupressoir domaine des hydrocarbures, des métaux précieux, des télécommunications, de l'électricité et des infrastructures (barrages, port en eaux profondes, aéroports etc..). Ces prêts à taux préférentiels sont l'instrument qui permet à l'Eximbank de faciliter l'implantation des entreprises chinoises. L'exemple de l'Angola est représentatif de cette politique. En 2005, la China Eximbank accorde un prêt de 2 milliards de dollars à l'Angola pour financer des infrastructures routières, ferroviaires et aéroportuaires. En contrepartie, l'Angola s'engage à attribuer aux entreprises chinoises près de 70% des contrats pétroliers. Chaque prêt est en effet octroyé sous plusieurs conditions. Le projet doit en premier lieu être rentable et viable économiquement. Toutefois, la condition qui prime réside dans les statuts RDC Montant investissement 14 milliards de dollars Date 2007/2008 Guinée Bissau 10 millions de dollars 2009 Cameroun 80 millions de dollars 2009 Togo 31,43 millions de dollars 2009 Kenya 97 millions de dollars 2010 Kenya Aide globale 380 millions de dollars 2010 Sénégal 72 millions de dollars 2010 Zimbabwe 250 millions de dollars 2010 Ghana 10,4 milliards de dollars 2010 Mali 45 millions de dollars 2011 Cameroun 540 millions de dollars 2011 Nigeria 30 millions de dollars 2011 ASSOCIATION NATIONALE DES AUDITEURS JEUNES INSTITUT DES HAUTES ÉTUDES DE DEFENSE NATIONALE www.anaj-ihedn.org de l'Eximbank. Il est ainsi précisé que chaque financement accordé l’est sous réserve que les constructions inhérentes au projet doivent être assurées par des entreprises chinoises. Au moins 50% des achats de biens d'équipements liés au projet doivent provenir de Chine et doivent être fournis par des entreprises chinoises en priorité. La Chine subventionne ainsi ses entreprises et la chaîne de sous-traitance autour du projet. L'entreprise chinoise, à la genèse du projet est également en bonne place pour ensuite exploiter les infrastructures. A la différence des prêts sans intérêts accordés par le ministère du commerce chinois, les prêts de l'Eximbank doivent impérativement être renforcés. Le gouvernement finance la différence entre le taux préférentiel consenti et le taux de base de la banque centrale chinoise. Ainsi, l'investissement peut apparaître au premier abord peu rentable pour la Chine qui subventionne directement ses entreprises par le biais du financement projet et la différence du taux préférentiel. Les « packages deal » de l'Eximbank sont le deuxième moyen pour celle-ci de progresser en Afrique. Ils sont caractérisés par une certaine opacité et une grande souplesse, le « package deal » englobant coopération économique, dons ou aides diverses. L'Eximbank l'utilise surtout dans les pays à fort potentiel en ressources naturelles. Dans le cas d'un package deal, les fonds ne sont pas directement versés au gouvernement africain. C'est l'Eximbank qui va man-
  • 7. Lettre n°4 Page 7 « China Eximbank », le pragmatisme chinois au service de la conquête des marchés (Suite….) dater une entreprise chinoise pour la construction de l'infrastructure et financer le coût de la construction. En contrepartie, l'Eximbank demande au gouvernement africain concerné d'octroyer aux entreprises chinoises des droits d'exploitation sur les ressources naturelles, soit par le biais d'acquisition de parts dans des entreprises nationales, soit pas le biais de licences d'exploitation. C'est notamment le cas en RDC ou le prêt accordé en 2007 incluait une « joint venture » détenue à hauteur de 68% par les entreprises chinoises pour l'exploitation des mines avec une participation de 32% de la Gécamines. Le « package deal » est souvent couplé avec des dons qui permettent la construction d'écoles ou d'hôpitaux, là encore construits par des entreprises et de la main-d'œuvre chinoise. Ce type de package a plusieurs avantages pour la Chine. Il permet à celle ci de s'affranchir en partie du risque pays. En effet, cette méthode minimise le risque de faillite d'un pays ou le risque qu'il soit dans l'impossibilité d'honorer ses dettes. Le pays dans le cas du « package deal » ne rembourse pas en monnaie, mais en matières premières dont le cours sur les marchés est le plus souvent avantageux. Par ailleurs, la Chine à elle seule a la capacité d'augmenter les prix des matières premières au vu de son importance sur les marchés. Autre avantage, la plupart des « packages deal » contiennent des clauses qui permettent à la Chine de se protéger d'une chute des prix brutales. L'exemple le plus représentatif est le « package dea » de dix milliards conclu en 2007 entre la RDC et l'Eximbank. Une clause prévoyait en effet que si le cours des matières premières baissait, la RDC devrait payer la différence à la Chine, ce qui enlèverait finalement en partie les avantages de l'accord. Par ailleurs, l'accord exonère totalement les entreprises chinoises de toutes taxes. Ces packages sont en général avantageux pour les pays africains, car ils remboursent la construction des infrastructures en ressources, non en monnaie, ce qui leur permet en théorie d'éviter d'accroître leur dette publique. Bien qu'attractif en apparence, ces packages sont avant tout extrêmement avantageux pour la Chine. L'opacité des contrats et les différentes clauses font que pour le contrat du siècle en RDC par exemple, la Chine faisait un prêt de 10 milliards en contrepartie d'une certaine quantité de minerais qui est finalement estimée à plus de 35 milliards de dollars par rapport aux cours actuel du marché. De 2008 à 2011, l'Eximbank est apparue sur tous les fronts et dans tous les domaines d'importance stratégiques pour la Chine. Elle investit dans le BTP, le pétrole, la géothermie, l'électricité, les télécoms ou encore la fibre optique dans des pays aussi diverses que la RDC, le Kenya, le Ghana, le Sénégal, le Cameroun ou encore le Congo. En 2011, la China Eximbank est devenue le premier créancier du Cameroun avec 536 milliards de FCFA. En mai 2012, le Ghana et la China Eximbank engageaient des négociations pour un prêt de 6 milliards de dollars, preuve supplémentaire de l'influence grandissante de l'Eximbank chinoise en Afrique. Mathieu Dupressoir 65ème séminaire jeune— Troyes Du printemps arabe aux élections législatives. Algérie 2012 Premières élections depuis le début du « printemps arabe », les élections législatives ont eu lieu en Algérie le 10 mai dernier. Les enjeux du scrutin étaient importants pour le pays. En effet, la victoire des partis islamistes ré- unis au sein de l’alliance de l’Algérie Verte (MSP, El Islah et Ennahda) pouvait replonger le pays dans le scenario qu’il traversa en 1992. De la même manière, parcouru par un mouvement de contestation interne Répartition des sièges par partis Assemblée populaire nationale - 7ème Legislature FLN RND Islamistes FFS PT Divers rarement connu, le score du FLN était largement scruté. Autre test, le score du parti du premier ministre, Ahmed Ouyahia et la validation des réformes engagées à la suite de sa primature et des émeutes de 2011. Contrairement aux sondages qui annonçaient une poussée des partis islamistes, ceux-ci ont été contenus. Ils ne recueillent que 47 députés, soit moins que les 52 élus uniques du MSP dans la précédente assemblée. Ils apparaissent comme les perdants de cette élection. Au contraire, bénéficiant d’une participation de plus de 42%, le FLN obtient 221 sièges, nettement plus que les prévisions. Avec son ASSOCIATION NATIONALE DES AUDITEURS JEUNES INSTITUT DES HAUTES ÉTUDES DE DEFENSE NATIONALE www.anaj-ihedn.org allié naturel, RND et 70 députés élus, les deux partis obtiennent la majorité pour diriger le pays jusqu’aux présidentielles de 2014, véritable enjeu des luttes de pouvoir et répondre aux défis imposés par la baisse des revenus des hydrocarbures et des mouvements de contestation sociale qui ne cessent de se multiplier. C.F.
  • 8. PUBLICATION - REVUE Réseaux sociaux : les champions africains de la twittosphère politique, www.jeuneafrique.com La revue Jeune Afrique a publié, il y a quelques semaines une étude sur la place de twitter et l’utilisation du réseau social par les dirigeants africains. Ils sont en effet nombreux à utiliser ce moyen d’expression sur le continent. Jacob Zuma, président de l’Afrique du Sud arrive en tête du palmarès publié par la revue. Ce classement a connu des bouleversements cette dernière année. Mohamed Morsi a ravi la seconde place à Paul Kagamé, alors que Moncef Marzouki, le nouveau président tunisien s’empare de la quatrième place du classement. L’auteur marque néanmoins que les évolutions les plus spectaculaires ont eu lieu dans les pays du golfe de Guinée et de l’Afrique des grands lacs. A noter également la publication par l’Alliance Géostratégique, une semaine après la publication par Foreign Policy (FP) du « Top 100 Twitterati », de son top 70 des comptes francophones sur les questions stratégiques. On notera la présence de twitterati africain comme @Altesse77, pour la Cote d’Ivoire, @Babahmed1, journaliste malien, @JusticeJFK, jeune cadre africain, qui surveille la démocratie à la loupe, ou encore @martinvogl journaliste freelance à Bamako, ou @wirriyamu2011 qui suit l’actualité togolaise et plus globalement ouest africaine. Pour en savoir plus : http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20120628173136/senegal-beninnigeria-rwandareseaux-sociaux-les-champions-africains-de-la-twittosphere- M.F. 69ème séminaire Jeunes– Paris L’AFRIQUE EN BLOG….. - Afrique défense par un historien Jean François Auran : http://afrique-defense.blogspot.fr/ - Cahiers nomades de Abdourahman Waberi: http://blog.slateafrique.com/cahier-nomade/ - Géopolitique de la Corne de l'Afrique par Said Ismael : http://cornedelafrique.blogspot.fr/ - Sur le Maghreb, The Moor Next Door : http://themoornextdoor.wordpress.com/ - The Sudanese Thinker par Amir Ahmad Nasr : http://www.sudanesethinker.com/ - Sur l’Afrique et l’Océan Indien, The Azanian Sea : http://www.azaniansea.com/ - Les Echos du Bénin par Marcus Boni, Euloge Aïdasso et Olga Kokodé : http://blog.slateafrique.com/echos-du-benin/ - Abidjan sur le pouce par Ghislaine Atta : http://blog.slateafrique.com/abidjan-sur-le-pouce/ Communiquez nous vos blogs ou ceux que vous lisez à : afrique@anaj-ihedn.org Le Comité Afrique de l'ANAJ invite les lecteurs de la Lettre Afrique à lui faire parvenir les commentaires suscités par la lecture de ces articles ou leurs opinions sur une question de sécurité et de défense à l'adresse suivante: afrique@anaj-ihedn.org Directrice de publication Juillet— Septembre 2012 Alexia Goloubtzoff ANAJ IHEDN Rédactrice en chef Sonia Le Gouriellec 1 place Joffre Comité de rédaction Comité de lecture Marylène Folliet Sonia Gatoui Case 41 75700 Paris SP 07 Bénédicte Bretonière Damien Soupart www.anaj-ihedn.org ASSOCIATION NATIONALE DES AUDITEURS JEUNES INSTITUT DES HAUTES ÉTUDES DE DEFENSE NATIONALE www.anaj-ihedn.org