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Emploi, Justice, Equité L'essor de l'afrique 2012 app apr 2012 fr

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    • Emploi, Justice, Equité Rapport 2012 sur les progrès en Afrique Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociaux
    • 32 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique A propos de l’Africa Progress Panel L’Africa Progress Panel (APP) est un groupe de dix personnalités éminentes issues du secteur privé et public, qui se mobilisent en faveur de problèmes mondiaux importants pour l’Afrique et le monde. Monsieur Kofi Annan, ancien Secrétaire général des Nations unies et Prix Nobel de la paix, préside l’APP et est étroitement impliqué dans son travail quotidien. L’unique pouvoir de mobilisation du Panel lui permet de se concentrer sur les questions complexes qui ont un impact réel, telles que la gouvernance mondiale, la paix et la sécurité, le changement climatique, la sécurité alimentaire, le développement économique durable et les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Tandis que ces problèmes ont des conséquences immédiates pour l’Afrique, leurs solutions nécessitent le rassemblement d’un large éventail d’acteurs en Afrique et en dehors du continent. L’ expérience des membres du Panel leur donne une formidable capacité d’accès à toutes les sections de la société. Ils sont bien placés pour influencer les changements qui nécessitent l’engagement de multiples acteurs. L’objectif principal du Panel est de plaider en faveur d’une responsabilité partagée entre les dirigeants africains et leurs partenaires internationaux pour garantir un développement durable et équitable en Afrique. Remerciements Caroline Kende-Robb (Africa Progress Panel), Kevin Watkins (Brookings Institution), Peter da Costa (Africa Progress Panel) et Richard Manning (Université d’Oxford) ont été en charge de la préparation du rapport et des recherches s’y rapportant. L’Africa Progress Panel voudrait remercier les auteurs-contributeurs suivants : Nicholas Cheeseman (Université d’Oxford), Hubert Danso (Africa Investor), Shanta Devarajan (Banque mondiale), Roberto Foa (Université d’Harvard), Charles Lwanga- Ntale (Development Initiatives), Alexandre Marc (Banque mondiale), Stephen N’Degwa (Banque mondiale), Emmanuel Nnadozie (CENUA), Jurgen Reitmaier (Consultant), Changyong Rhee (Banque asiatique de développement), Guido Schmidt- Traub (CDC Climat Asset Management). L’Africa Progress Panel voudrait aussi remercier les personnes suivantes pour leurs précieuses contributions : N’Dri Assié- Lumumba (Université de Cornell), Nina Behrman (éditrice), Richard Carey (Coprésident fondateur, Groupe d’étude Chine- CAD), Paul Collier (Université d’Oxford), Jim Cust (Université d’Oxford), Nathalie Delapalme (Fondation Mo Ibrahim), Alan Doss (Fondation Kofi Annan), Jamie Drummond (ONE), Magnus Ericsson (Raw Material Group), Louise Fox (Banque Mondiale), Benedikt Franke (Université de Cambridge), Patricia Geli (Banque Mondiale), Barbara Goedde (Fondation Kofi Annan), Alan Hinman (Task Force for Global Health), Andrew Johnston (éditeur), Elsie Kanza (Forum économique mondial), Karuti Kanyinga (South Consulting), Michael Keating (Nations unies), Christoph Lakner (Université d’Oxford), Franklyn Lisk (Université de Warwick), Carlos Lopes (UNITAR), Strive Masiyiwa (Econet), Festus Mogae (Ancien Président de Botswana et Coalition for Dialogue on Africa), Michael Möller (Consultant), Esther Mwaura (Grassroots Organizations Operating Together in Sisterhood), l’Archevèque Ndungane (African Monitor), Aloysius Ordu (Banque Mondiale), Patrick Osakwe (CNUCED), Sarah Papineau (PNUD), Judith Randel (Development Initiatives), Alastair Robb (Département du développement international du Royaume- Uni - DFID), Valentine Rugwabiza (Organisation mondiale du commerce), Elisabeth Sandor (OCDE), Tesfai Tecle (Alliance pour une révolution verte en Afrique – AGRA), Carolyn Turk (Banque mondiale), Alyson Warhurst (Maplecroft) et Jiajun Xu (Université d’Oxford). L’APP souhaite également remercier la Fondation Bill & Melinda Gates, la Coopération Allemande pour le développement (GIZ) et le Département du développement international du Royaume-Uni (DFID) pour leur généreux soutien. AproposduRapportsurlesprogrèsenAfrique L’Africa Progress Report est la publication phare de l’Africa Progress Panel. Elle a pour objet de fournir une vue d’ensemble des progrès que l’Afrique a réalisés au cours de l’année qui précède. Le rapport s’appuie sur les meilleures recherches et analyses disponibles sur l’Afrique et les utilise d’une manière originale et provocatrice. A travers le rapport, le Panel recommande une série de choix politiques et d’actions à l’attention des décideurs africains - car ce sont eux qui portent la responsabilité première du progrès en Afrique – et des partenaires internationaux et organisations de la société civile impliqués. Secrétariat Caroline Kende-Robb, Directrice exécutive Violaine Beix Jared Bloch Alinka Brutsch Peter da Costa Kibrom Mehari Temitayo Omotola Carolina Rodriguez Zelalem Teferra Conception et mise en forme Le design de la couverture est inspiré du motif trouvé sur le parchemin magique éthiopien de Wälättä-Gabriel, datant du 19ième siècle. Les parchemins magiques sont une forme traditionnelle de l’art talismanique et figuratif de la Corne de l’Afrique. Les infographies ont été réalisées par Carolina Rodriguez en collaboration avec Blossom Communications (Milan). Imprimé par Paper Forms à Lausanne, en Suisse, sur du papier recyclé. Ce rapport peut être reproduit librement, en tout ou partie, à condition que la source d’origine soit indiquée. Olusegun Obasanjo Linah Mohohlo Robert Rubin Tidjane Thiam Muhammad Yunus Kofi Annan Michel Camdessus Peter Eigen Bob Geldof Graça Machel
    • 54 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Avant-Propos par Kofi Annan 6 Introduction 8 Un bilan mitigé 8 Une demande croissante d’équité et de justice 9 PARTIE I: L’essor de l’Afrique - certains Africains bénéficie de cet essor, d’autres non 13 1. Croissance économique : la promotion en première ligue 14 2. Embellie sur le front de la pauvreté assombrie par les inégalités 16 3. Recherche d’emploi: le défi 20 En dépit de la croissance, le marché de l’emploi reste informel 20 4. Disparités iniques: un frein à l’atteinte des OMD 22 Pauvreté et inégalité 22 Faible progression sur le plan de la faim 23 Education et santé – les progrès et les disparités comptent 24 5. Le point de vue du verre “à moitié vide” 25 6. Tirer parti du partenariat mondial 29 PARTIE II : Cinq tendances globales qui façonnent l’Afrique 31 1. Démographie et géographie humaine: se préparer à la hausse du nombre des jeunes 32 Le pouvoir de la démographie 32 L’urbanisation refaçonne la géographie humaine 33 2. La sécurité alimentaire globale: plus de gens sur une planète qui se réchauffe 37 L’agriculture mondiale – une nouvelle ère de pénurie 37 Sur la ligne de front – La sécurité alimentaire africaine 39 Le grand accaparement des terres africaines 40 3. Des mouvements tectoniques dans les domaines économique et politique l’ascension des puissances émergentes 44 Gérer l’intégration avec les marchés émergents 46 Intégrer les financements chinois dans des objectifs de développement 48 Créer les conditions générales pour la croissance 49 4. Science, technologie et innovation: stimuler la croissance et le développement 51 Vers un programme africain pour la science, la technologie et l’innovation 51 Les TIC continuent à dépasser les attentes 52 5. La marée montante de l’action citoyenne 54 Des protestations sociales mondiales 54 La participation des citoyens au renforcement de la gouvernance démocratique 54 PARTIE III: Une gouvernance pour un avenir meilleur 59 1. L’acceptation des règles de la démocratie multipartite 60 Enseignements tirés des élections truquées 60 2. Le nouveau visage de l’instabilité et des conflits en Afrique 64 Échapper au conflit 66 3. Améliorer la gouvernance de l’activité économique 67 4. La gestion des ressources naturelles pour le bien public 69 table des matières PARTIE IV : La double crise de l’accès à l’éducation et de la qualité de l’enseignement 73 1. Bilan des progrès en matière d’éducation 75 Les inégalités bloquent les progrès 75 Acquis d’apprentissage: un bilan médiocre 77 Lacunes dans les compétences de la jeunesse africaine 77 Les inégalités d’éducation dans une perspective internationale 78 2. Un programme pour remédier à la crise de l’éducation en Afrique 79 Les premières années 79 Accès et apprentissage: tenir la promesse des OMD 79 Convergence entre éducation, développement de compétences et emploi 80 3. Le rôle déterminant des donateurs 81 PARTIE V : Comment mobiliser et gérer les financements pour le développement 83 1. Les ressources domestiques, clé de la pérennité de la croissance 84 2. Susciter un climat propice aux investissements directs étrangers 88 Améliorer l’environnement des affaires 88 Encourager les investissements hors du secteur des ressources naturelles 89 3. Perspectives du financement concessionnel 90 Évolution de l’aide accordée par les donateurs traditionnels 90 L’aide des économies émergentes 91 4. Économies africaines en croissance et accès aux prêts à conditions moins favorables 92 5. Les gouvernements et les donateurs publics doivent mieux gérer l’aide officielle 94 PARTIE VI : Recommandations and conclusions 95 1. Recommandations 96 2. Conclusion 102 ANNEXES 105 1. Acronymes 106 2. Liste des encadrés 107 3. Liste des figures 107 4. Notes 108
    • 76 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique d’un “coup de collier” en direction des objectifs. Ces plans d’action devraient inclure des dispositions visant à réduire les inégalités en matière de survie des enfants, de santé maternelle et d’éducation. Étant donné le rôle essentiel de l’éduction dans la réduction de la pauvreté et la création d’emplois, nous exhortons les gouvernements à respecter leur promesse de garantir l’éducation pour tous d’ici 2015 – et à se recentrer sur la réussite scolaire. Nous prions aussi les gouvernements de s’efforcer d’inclure les femmes et les jeunes filles dans l’éducation, une mesure essentielle si l’on veut créer des sociétés plus justes, plus prospères et plus équitables. La sécurité alimentaire et la nutrition constituent également des problèmes criants. Nous ne devons plus jamais être les témoins d’une tragédie humaine comme celle qui s’est déroulée dans la Corne de l’Afrique. Il est grand temps que les gouvernements africains et la communauté internationale se mettent d’accord pour ériger des remparts plus robustes contre le fléau de l’Afrique. Il est capital d’augmenter la productivité des petits agriculteurs. C’est pourquoi nous appelons les gouvernements à ramener ces agriculteurs de la périphérie vers le centre des stratégies nationales en faveur de la croissance et de la réduction de la pauvreté. Le changement climatique représente une grave menace pour l’agriculture africaine. Pour faire front à cette menace, nous avons besoin de la coopération internationale. Il est impératif que les gouvernements des pays du Nord agissent rapidement pour financer l’adaptation au changement climatique, notamment parce que plus on investit tôt dans l’infrastructure, la gestion de l’eau et la conservation des sols, plus on obtiendra un rendement élevé. Toute stratégie efficace concernant la sécurité alimentaire et la nutrition doit comporter des dispositions assorties de filets de sécurité aussi bien sur le plan national, grâce aux programmes de protection sociale, qu’international, grâce à un système de réponse humanitaire plus efficace. Dans le présent rapport, nous mettons en exergue quelques- unes des tendances mondiales qui façonneront l’Afrique de demain. Il est fort probable que le monde évolue en direction d’une augmentation du prix des denrées alimentaires. Cette perspective a notamment entraîné un “accaparement des terres” en Afrique. Les investissements étrangers dans l’agriculture productive peuvent s’avérer extrêmement bénéfiques, mais les gouvernements doivent rester vigilants et se prémunir contre toute activité spéculative et tout risque de déplacement des petits cultivateurs africains. Étant donné que le pôle de la croissance économique mondiale se déplace vers l’Est, l’Afrique a beaucoup à gagner du resserrement des liens commerciaux avec la Chine et d’autres marchés émergents. Les gouvernements doivent absolument mettre en place des politiques commerciales et d’investissements qui servent d’incitations à participer à des domaines de production à plus haute valeur ajoutée. En dépit de la multiplication des ressources nationales et de l’amélioration des systèmes de gouvernance et d’administration, les dirigeants africains ne réussiront pas tout seuls. Ils doivent pouvoir compter sur l’engagement soutenu de la communauté internationale et la réalisation de ses nombreuses promesses restées en suspens. À une époque où de nombreux bailleurs de fonds considèrent leur assistance au développement comme un poste budgétaire dont ils peuvent se passer, les leaders africains doivent rappeler à leurs partenaires qu’il y a une valeur intrinsèque à considérer cette assistance comme un investissement en faveur d’un avenir commun. Les donateurs doivent également honorer les promesses de soutien qu’ils ont souscrites en 2005 et y donner suite. Bien évidemment, l’autonomisation des Africains dans leurs sociétés et leurs économies n’est qu’un côté de la médaille. L’autonomisation de l’Afrique dans la société et l’économie mondiales en est le revers, un revers apparemment pas moins exigeant. En dépit des assurances réitérées affirmant le contraire, le continent demeure aussi marginalisé dans le monde que bon nombre de ses citoyens dans leur propre pays. Le continent reste fortement sous-représenté au sein des institutions internationales et pris au piège de règles iniques qu’il n’a pas la capacité de modifier. Malheureusement, le G20 n’a pas réussi à établir une vision qui contribue au développement de l’Afrique, ni à offrir aux nations les plus pauvres de la région une place à la table de négociation. Ce ne sont pourtant pas les leaders qualifiés qui manquent en Afrique. Aussi bien en Afrique que sur le plan international, nous devons nous centrer davantage sur l’équité, la démocratie, l’État de droit et le respect des droits humains, car il ne peut y avoir de sécurité à long terme sans développement, ni de développement à long terme sans sécurité, or la sécurité et le développement doivent tous deux s’ancrer dans le droit et le respect des droits humains. Les événements de l’année dernière ont mis ce message en évidence, message que les citoyens d’Afrique et du monde ont bien compris. L’avenir est incertain, mais ce qui apparaît de plus en plus comme une évidence, c’est que l’Afrique est en passe de devenir une destination de choix pour les investissements, un pôle potentiel de la croissance mondiale, et un lieu d’innovation et de créativité intenses. Si nous donnons une réponse courageuse et juste, les sociétés africaines, surfant sur la vague des nombreuses réussites du continent, deviendront plus prospères, plus justes et plus équitables. Telle est la récompense que nous partagerons tous, où que nous soyons. Kofi A. Annan Les rapports annuels commencent souvent par le même constat : l’année écoulée a été particulièrement riche en événements ; la formule a rarement été plus appropriée que cette année. Nous avons été les témoins de bouleversements dans toute l’Afrique et dans le monde entier. Nous avons assisté à la progression des révolutions, à la chute des régimes autocratiques, et à la naissance de nouvelles démocraties. Nous avons retenu notre souffle tandis que les pays et les monnaies échappaient de justesse à l’effondrement et que la dette colossale menaçait d’étrangler l’économie mondiale. Une fois de plus, le monde tel que nous le connaissions a changé du tout au tout au fil des mois. En 2011, le “Printemps arabe”, allié à la montée de nouveaux mouvements sociaux dans le monde entier, a pris tout le monde par surprise. Le dénominateur commun entre ces mouvements, c’est le sentiment partagé de frustration et de colère devant l’impassibilité des gouvernements et le manque d’emplois, de justice et d’équité. J’ai toujours affirmé qu’il fallait trois conditions indissociables pour qu’une société fonctionne et prospère : le développement socio-économique, la paix et la sécurité, et l’État de droit et le respect des droits de l’homme. Dans les pays balayés par le “Printemps arabe”, cela fait longtemps que la troisième condition a pratiquement disparu. À la grande surprise de certains, l’Afrique, bon an mal an, a tenu bon pendant toute la crise. La plupart de ses 54 pays a résisté aux tempêtes financières et économiques récurrentes et a emprunté le chemin de la reprise de façon impressionnante. Certains ont réussi à se faire une place parmi les éléments les plus performants de la ligue de la croissance économique. Des progrès encourageants ont également été enregistrés sur le front de certains des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). De nombreux pays ont engrangé des bénéfices sur le plan de l’éducation, de la survie des enfants et de la lutte contre les maladies mortelles comme le VIH/SIDA et le paludisme. Pour autant, il n’y a pas de quoi se reposer sur ses lauriers. On ne le dira jamais assez, mais dans l’ensemble, les progrès sont trop lents et trop inégaux ; trop d’Africains sont pris au piège de la spirale descendante de la pauvreté, de l’insécurité et de la marginalisation ; trop peu d’individus bénéficient de la tendance à la croissance sur le continent et de son importance géostratégique grandissante ; une trop grande part des ressources africaines considérables reste entre les mains de quelques élites et, de plus en plus souvent, entre les mains d’investisseurs étrangers, sans engendrer d’avantages tangibles pour la population. Lorsque l’on passe les nations en revue, on a trop tendance à se préoccuper de stabilité politique et de croissance économique aux dépens du développement social, de l’État de droit et du respect des droits humains. A l’Africa Progress Panel, nous sommes convaincus qu’il est temps de reconsidérer le chemin du développement en Afrique. Toutes les inégalités ne sont pas injustes, mais les degrés d’inégalité dans une bonne partie de l’Afrique sont injustifiés et profondément injustes. Les disparités de revenus extrêmes ralentissent le rythme de la réduction de la pauvreté et entravent le développement généralisé de la croissance économique. À la base, la disparité des chances de réussite dans la vie – du point de vue de la santé, de l’éducation et de la participation à la société – empêchent des millions d’Africains de réaliser leur potentiel, ralentissant au passage le progrès socio-économique. Les inégalités croissantes et le double problème de la marginalisation et de la privation des droits remettent en question les perspectives du continent et sapent les fondements mêmes de son récent succès. La justice et l’équité ne sont certes pas des concepts nouveaux. On les entend ici dans leur acception la plus large. Au triangle des emplois, de la justice et de l’équité, il faut ajouter le rôle de l’autonomisation et de l’égalité des chances, indispensables au progrès et donc points de ralliement particulièrement puissants pour les initiatives politiques nationales et l’assistance internationale au développement. Si l’on met l’accent sur les emplois, c’est parce que c’est grâce à leur moyen de subsistance que les gens parviennent au progrès social, pour eux-mêmes et pour les autres, et parce que la nécessité de créer des emplois pour les jeunes du continent, dont la population se développe rapidement, apparaît comme l’un des défis les plus pertinents que devront relever les décideurs en Afrique. Ne pas réussir à créer des emplois et des opportunités pour des jeunes de plus en plus nombreux, urbanisés et éduqués, aura de graves conséquences. Et si l’on met l’accent sur la justice et l’équité, c’est parce qu’aux yeux de centaines de millions d’Africains, ce sont deux éléments qui font cruellement défaut dans leur vie. C’est sur cette toile de fond que nous présentons quelques propositions de changement dans notre rapport. Avec 2015 comme date butoir pour les OMD, date dont nous nous rapprochons à grands pas, nous exhortons tous les gouvernements d’Afrique à établir un plan d’action en vue AVANT-PROPOS PAR KOFI ANNAN
    • 98 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Les commentaires à propos de l’Afrique sont souvent l’objet de sautes d’humeur extrêmes, oscillant entre épisodes de pessimismes et élans d’euphorie. Il y a douze ans, The Economist a tiré un trait sur l’Afrique, la taxant de “continent sans espoir”.1 Cette évaluation n’avait rien d’atypique. Après une décennie de croissance économique au ralenti et de développement humain encore plus lent que dans les années 1990, rares étaient les observateurs qui entrevoyaient un avenir brillant. Comme les choses changent... L’année dernière, The Economist publiait un tout autre titre à la une: “L’Afrique se lève, un continent plein d’espoir” (“Africa rising: the hopeful continent”).2 D’après le titre d’un rapport abondamment cité, l’Afrique est aujourd’hui devenue le continent des “lions de l’économie en mouvement,”3 voie royale vers la prospérité. L’attention des commentateurs, pour citer quelques autres rapports, est désormais braquée sur “la classe moyenne croissante,”4 de l’Afrique, son “marché de consommation dynamique”5 et “les opportunités de croissance pour les investisseurs”.6 Le pessimisme extrême qui entourait l’Afrique il y a dix ans n’était pas justifié. Pas plus que la vague actuelle d’optimisme borné. On a certes enregistré de réels bénéfices, mais les gouvernements et leurs partenaires de développement feraient mieux de s’atteler aux points faibles, ainsi qu’aux atouts, et aux données les plus récentes – et d’évaluer les risques et les opportunités qui nous attendent. Un bilan mitigé Les économies africaines continuent de croître plus rapidement que n’importe quelles autres – et deux fois plus vite que dans les années 1990.7 L’amélioration de la gestion économique a contribué à l’explosion de la croissance. Les exportations sont florissantes, et les marchés d’exportation se sont diversifiés. L’investissement étranger direct a été multiplié par six au cours de la dernière décennie. Les entrepreneurs sont apparus comme un vecteur dynamique de changement, suscitant l’innovation et la transformation des modèles commerciaux obsolètes. Une classe moyenne est en train de voir le jour, dont on exagère souvent la dimension. Pour la première fois depuis plus d’une génération, le nombre de personnes vivant dans la pauvreté a chuté. Moins d’enfants meurent avant leur cinquième anniversaire, et ils sont plus nombreux à aller à l’école. Les Africains, jeunes et moins jeunes, adoptent les nouvelles technologies qui leur permettent d’accéder à l’information, d’élargir leurs horizons et de se mettre en contact entre eux et avec le monde extérieur. Il y a bien eu quelques revers et épisodes de violence politique, mais la démocratie est bel et bien en train de prendre racines. Et les normes relatives à la gouvernance s’améliorent. Le bilan n’est cependant pas sans nuages. Certains pays africains s’enrichissent, mais des pans entiers de la société sont laissés pour compte. À l’issue d’une décennie de croissance soutenue, près de la moitié des Africains vivent toujours avec moins de 1,25 dollar par jour8 . Ces clivages dans la richesse sont de plus en plus visibles. Le modèle actuel de percolation de la croissance confine trop de gens dans la pauvreté, trop d’enfants dans la faim et trop de jeunes dans le chômage. Les gouvernements ne parviennent pas à transformer la vague croissante de richesse en opportunités pour leurs citoyens les plus marginalisés. L’accès inégal à la santé, à l’éducation, à l’eau et aux installations sanitaires creuse encore les inégalités. Les petites exploitations agricoles n’ont pas eu leur place dans la croissance ; des populations rurales restent enlisées dans la pauvreté et la vulnérabilité. Les inégalités profondes, persistantes et durables qui transparaissent dans toute l’Afrique ne sont pas sans conséquences. Elles affaiblissent les liens de confiance et de solidarité qui constituent le tissu social. À long terme, elles sapent la croissance économique, la productivité et le développement des marchés, elles affaiblissent la confiance dans les gouvernements et les institutions, et elles donnent à de nombreux Africains le sentiment que leurs sociétés sont fondamentalement injustes et leurs gouvernements irresponsables. La croissance économique ne suffit pas à elle toute seule. Dans le rapport de cette année, nous nous penchons sur trois des ingrédients les plus indispensables pour transformer une reprise économique prometteuse en relance soutenue et en un développement humain durable : emplois, justice et équité. Nous mettons en exergue les emplois car les moyens de subsistance des individus jouent un rôle fondamental dans leurs chances de réussite – et parce que l’Afrique doit de toute urgence créer des emplois pour ses jeunes, de plus en plus nombreux. Nous mettons en exergue la justice et l’équité, car elles sont manifestement absentes de la vie de millions d’Africains, ce qui empêche la croissance actuelle de produire des effets durables sur la société. INTRODUCTION Une demande croissante d’équité et de justice Nous vivons dans un monde de transformations rapides et imprévisibles. Les changements dans la démographie et dans la géographie humaine façonnent des sociétés nouvelles, en Afrique aussi bien qu’ailleurs. Le changement climatique, allié à d’autres pressions, reconfigure les marchés agricoles. La puissance économique gravite d’Ouest en Est, et du Nord au Sud. Le rythme de l’innovation technologique s’accélère, et le visage de la protestation sociale se transforme. Les révolutions arabes de 2011 ont pris le monde par surprise, et les mouvements sociaux ont défié et fait basculer les chefs d’État autocratiques de toute l’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et de la péninsule arabique. En Europe et aux États-Unis, la crise financière a engendré de nouvelles formes de contestation sociale. En Inde, un mouvement social de masse réclame des mesures de lutte contre la corruption. Les villageois d’une région reculée du Sud de la Chine sont parvenus à se mobiliser contre les responsables autocrates chargés de superviser les accaparements de terres. Le dénominateur commun entre tous ces mouvements, c’est un sentiment partagé de frustration à propos de gouvernements passifs, de l’inégalité et de l’injustice. L’Afrique n’est pas à l’abri des courants économiques et politiques qui sont en train de changer le visage de la mondialisation. Ses dirigeants doivent trouver leur place dans l’architecture mondiale de la gouvernance économique d’un monde multipolaire. La démographie et la géographie humaine de l’Afrique sont elles-mêmes en train de changer. Si l’on ne parvient pas à créer des emplois et des opportunités pour une population croissante et de plus en plus urbanisée de jeunes éduqués, on court à la catastrophe, sur le plan social, économique et politique. Alors qu’ils ont très peu contribué au dangereux changement climatique, les cultivateurs africains doivent faire face à quelques-uns des risques les plus graves qui y sont associés. Et le Printemps arabe n’est pas passé inaperçu auprès de la jeunesse africaine. Les circonstances ne sont peut-être pas les mêmes, mais les jeunes Africains se préoccupent aussi des emplois, de la justice et de l’égalité– et si les gouvernements font la sourde oreille, c’est à leurs risques et périls.
    • 1110 RÉUSSITEÉCONOMIQUERÉUSSITESOCIALERÉUSSITEPOLITIQUE DIFFICULTÉSÉCONOMIQUESDIFFICULTÉSSOCIALESDIFFICULTÉSPOLITIQUES Les pays africains arrivent en tête de liste des économies à forte croissance Croissance annuelle moyenne du PIB, % Source : The Economist, 2011 (Données FMI). Les pays riches en ressources sont trop fortement dépendants des flux de recettes volatiles Source : Perspectives économiques en Afrique 2012 L’IDE est également en augmentation en Afrique 60 50 40 30 20 10 -10 -20 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 0 Autre IDE Portefeuille* Total milliardsdedollarsUS *L’investissementdeportefeuilleestuntyped’investissementinternationalincluantles placementsdansdestitresdeparticipationetdecréance,àl’exclusiondesplacementsde typeinvestissementdirectouavoirsderéserve. *Productivitédutravail:correspondauPIBsurlabaseduPPA2005(USD)parsalarié. Exportateursdemineraietdemétal:paysoùlesexportationsdemineraietdemétal représentaientaumoins50%del’ensembledesexportationsdemarchandisesen2005. Exportateursdepétrole:paysoùlesexportationsdecombustiblesreprésententaumoins 50%del’ensembledesexportationsdemarchandises.Lesdonnéesconcernantlesexportations proviennentdesIndicateursdudéveloppementenAfriquedelaBanquemondiale. Source : FMI, 2011. Croissance de la productivité du travail*en Afrique subsaharienne par structure d’exportation 1992-2009 Autres pays d’Afrique subsaharienne Exportateurs de minerai et de métal Resource taxes Exportateurs de pétrole Oil price Années 1970 6 5 4 3 2 Années 1980 Années 1990 Années 2000 2011-15 Pays d’Asie Pays d’Afrique Le PI B africain connaît une croissance régulière* Source : The Economist, 2011 (Données FMI). Mali Niger Éthiopie Les plus riches 20 % les plus pauvres 20 % Zambie Mozambique Les mouvements ill icites de capitaux ont des conséquences négatives sur le développement économique Taux de survie par année scolaire (école primaire) en 2008 Les moyennes nationales cachent des inégalités frappantes La mortalité maternell e reste trop élevée Source : UNESCO, 2011. Source : UNESCO, 2010. Source : OMS, Banque mondiale, Unicef et FNUAP (2010) etThe Lancet (2011). Risque de décès maternel sur la durée de la vie * * Le taux de mortalité maternelle et le risque de décès maternel sur la durée de la vie ont été arrondis selon le principe suivant : <100, aucun arrondi ; entre 100 et 999, arrondi à 10 et >1 000, arrondi à 100. Les chiffres liés aux décès maternels ont été arrondis comme suit : <100, aucun arrondi ; entre 100 et 999, arrondi à 10 ; entre 1 000 et 9 999, arrondi à 100 et >10 000, arrondi à 1 000. Source : Global Financial Integrity, 2009. Les mouvements illicites de capitaux créent un système financier occulte qui « amenuise les réserves en devises, augmente l’inflation, réduit l’assiette fiscale, décourage les investisseurs et porte atteinte au libre-échange. » Taux de pauvreté Sierra Leone Sénégal GabonKenya Mali EgyptGhana PIB par habitant (PPA) LA PAUVRETÉ RÉGRESSE la démocratie se généralise le nombred’élections est en augmentation UN PLUS GRAND NOMBRE D’ENFANTS VONT À L’ÉCOLE la gouvernance est globalement en voie d’amélioration LE TAUX D’INCIDENCE DU VIH EST EN FORTE BAISSE la participation des femmes à la vie politique augmente Tauxdepauvreté(pourcentagedelapopulationvivantavecmoins d’1USDparjour) PIBparhabitant(dollarsUS) 8% 4% -4% -8% 1992 1996 2000 2004 2008 2007 2008 2010 0% 1996 120 90 60 30 2000 2004 2008 2012 0 20 4 8 16 0 %PIB Prixdupétrole(USDparbaril) 1 100 80 60 40 20 2 3 4 5 6 1980 1987 1994 2001 2008 300050% 00% 180030% 240040% 60010% 120020% 2000 2002 2004 2006 2008 2010 70 60 50 40 30 48 33 49 53 57 62 54 51 48 54 53 57 66 61 Source : ILO, 2011. Tauxderéussitescolaire Grade 0 Il reste encore un long chemin à parcourir pour atteindre l’égalité des sexes au niveau juridique et politique La bonne gouvernance est entravée par la corruption. Mais les processus électoraux restent également délicats. Source : APP : données fournies par le FMI, Perspectives économiques en Afrique, Social Indicators, la Banque mondiale et Transparency International 2010 2011 0 5 10 15 20 25 30 Numberofpresidentialelections 15 9 Source: USIP, 2010.Source : APP Source : Transparency International, 2011. Source : Site Internet ONU Femmes A 2008DE 1970 1.8trillion USD are estimated to have been lost to illicit flows A 2009DE 2001 Source : ONUSIDA 2010 Le taux d’incidence du VIH a dimin ué de plus de 25% dans 22pays d’Afrique subsaharienne Entre 19 et 25 % des élections en Afrique sont affectées par des violences. Tous les pays d’Afrique subsaharienne, à l’exception du Botswana, du Cap-Vert, de la république de Maurice et du Rwanda (qui présente un IPC supérieur à 5) se situent dans la moitié inférieure du tableau de l’indice de perception de la corruption pour 2011. La durée moyenne de l’enseignement scolaire suivi par un enfant nigérian est de près de 7 ans. Les (20 %) plus riches vont à l’école pendant près de 10 ans (comme à Cuba ou en Bolivie), tandis que les (20 %) plus pauvres bénéficient de moins de 4 ans d’enseignement scolaire, un chiffre plus proche de la moyenne nationale du Tchad. Les écarts entre zone urbaine et zone rurale et entre garçons et filles sont également frappants. Les pays sortant d’une période de conflit obtiennent de meilleurs résultats en matière de protection juridique et constitutionnelle de la participation des femmes à la vie politique. La participation des femmes à la vie politique augmente : 5 7.5 10 2.5 0 IndiceIPC 2femmes présidents Le Rwanda est le leader mondial en termes de participation des femmes à la vie parlementaire A new generation of young african women with poweris rising 2Lauréats du Prix Nobel de la Paix Sont africains 82millions d’enfants fréquentant l’enseignement primaire en 1999 124 millions d’enfants fréquentant l’enseignement primaire en 2007 19-25% 2001-2010 2011-2015 Angola 11,1 Chine 9,5 Chine 10,5 Inde 8,2 Birmanie 10,3 Éthiopie 8,1 Niger 8,9 Mozambique 7,7 Éthiopie 8,4 Tanzanie 7,2 Kazakhstan 8,2 Vietnam 7,2 Tchad 7,9 Congo 7,0 Mozambique 7,9 Ghana 7,0 Cambodge 7,7 Zambie 6,9 Rwanda 7,6 Nigeria 6,8 Source : Pinkovskiy, MIT, Sala-i-Martin, Université de Columbia et NBER, 2010. Source des données : Guide des élections de l’IFES et site Internet de l’EISA. Source : Index Mo Ibrahim, 2010. Source : UNESCO, 2010. nombre moyen d’années d’études GARÇONS FILLES ZONE URBAINE 6.5 11 6 9.5 ZONE RURALE 4 10 2.5 9 Afrique du Sud 1 sur 100 Représentation des femmes au parlement14% 27% La constitution comprend une clause s’opposant à toute discrimination fondée sur le sexe 61% 93% La constitution mentionne les violences envers les femmes10% 21% Initiative budgétaire favorisant l’égalité entre les sexes39% 50% Paysne sortantpas d’unepériode deconflit Payssortant d’unepériode deconflit Libéria 1 sur 14 1 sur 20 * À l’exclusion des pays de moins de 10 millions d’habitants, de l’Irak et de l’Afghanistan AFRIQUE ASIE 1 sur 36 1 sur 230 EUROPE 1 sur 4 200 Tchad et Somalie AFRIQUE : RÉUSSITES ET DIFFICULTÉS Figure 1 :
    • 12 Rapport 2012 sur les progrès en Afrique PART I L’ESSOR DE L’AFRIQUE – CERTAINS AFRICAINS BENEFICIE DE CET ESSOR, D’AUTRES NON En 2012, l’Afrique a pour la première fois l’occasion de tracer la voie de la croissance économique durable et de la prospérité partagée, et de faire une percée dans la réduction de la pauvreté. Il ne sera cependant pas possible d’emprunter cette voie sans mettre en place des mesures draconiennes et des changements radicaux pour rendre la croissance plus équitable.
    • 1514 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Dans la ligue mondiale de la croissance économique, l’Afrique est passée de la dernière à la première division. Suite à la récession de 2008, la reprise qui a succédé à la crise économique mondiale s’est poursuivie (Figure 2). Quelques-unes des économies qui connaissent la croissance la plus rapide du monde se trouvent en Afrique (Figure 3). Dans la région, sept personnes sur dix vivent dans des pays qui présentent des taux de croissance économique moyens de plus de 4 pour cent depuis une décennie. De 2005 à 2009, l’Éthiopie a enregistré une croissance supérieure à celle de la Chine, et l’Ouganda a surpassé l’Inde9 . En 1996, 13 pays présentaient des taux d’inflation supérieurs à 20 pour cent ; depuis le milieu des années 2000, il n’y en a pas eu plus de deux. Cette croissance et cette reprise s’expliquent en partie par l’embellie politique. L’encadré n°1 présente les perspectives de croissance économique par région. 1. Croissance économique la promotion en première ligue Encadré 1 : Afrique sub-saharienne : une croissance soutenue mais irrégulière Le panorama économique de l’Afrique sub-saharienne est très contrasté. En dépit des effets de la sécheresse et de la famine de 2011, le taux de croissance de l’Afrique de l’Est s’est situé à 5,8 pour cent en 2011, grâce notamment à l’augmentation des investissements publics dans l’infrastructure (Éthiopie et Tanzanie), à la production minière (Tanzanie), à l’investissement étranger dans l’énergie (Ouganda) et à la production agricole (Éthiopie). En Afrique de l’Ouest, la croissance économique s’est essoufflée, passant de 6,9 pour cent en 2010 à 5,6 pour cent en 2011. Ce ralentissement est dû en grande partie au fait que l’économie de la Côte d’Ivoire a subi une contraction de 0,4 pour cent à la suite des violences post-électorales et de l’effondrement des exportations et du secteur financier, mais un solide processus de reprise a débuté dès la normalisation de la situation politique. La diminution de la production de pétrole au Nigeria a également contribué à ce ralentissement. L’accélération de la croissance au Ghana (12,2 pour cent), stimulée par le début de l’exploitation commerciale du pétrole et une croissance robuste dans l’agriculture, le secteur minier et les services, a rééquilibré le panorama régional. L’Afrique centrale a continué de déployer une activité économique énergique, en dépit du déclin de la croissance moyenne du PIB de 5,2 pour cent en 2010 à 4,2 pour cent en 2011. La croissance a été soutenue grâce à l’investissement public dans l’infrastructure, la forte performance du secteur des services, et l’augmentation des exportations de bois de construction. La performance générale a camouflé la performance sans éclat du Tchad, où la production de pétrole a diminué en raison de l’agitation sociale, et où les transferts de fonds des migrants ont chuté, étant donné que de nombreux Tchadiens de Libye ont perdu leur emploi lorsque le conflit a éclaté. En Afrique australe, la production a augmenté de 3,8 pour cent en 2011, contre 3,5 pour cent en 2010, avec des fluctuations importantes. L’Afrique du Sud s’est lentement rétablie, avec une croissance de 3,1 pour cent en 2011, soit une légère augmentation par rapport aux 2,8 pour cent de 2010. Le retour des dépenses de consommation, alimenté à son tour par la baisse du loyer du crédit et de l’inflation, a soutenu la performance. De nombreux autres pays ont cependant bénéficié d’une croissance solide. Le Botswana, le Mozambique et la Zambie ont affiché des taux de croissance supérieurs à 6 pour cent, de pair avec l’augmentation de la production minière et la forte demande mondiale de minerais (ainsi qu’une récolte exceptionnelle en Zambie). L’augmentation de la production pétrolière et de l’investissement en Angola, ainsi que l’embellie politique et économique au Zimbabwe, ont stimulé la croissance dans les deux pays, à plus de 4 pour cent. Source:Banquemondiale,Africa’sPulse,2012 Les perspectives économiques de l’Afrique restent prometteuses. En Afrique sub-saharienne, la croissance devrait remonter à 5,3 pour cent en 2012 et à 5,6 pour cent en 201310 , grâce à la fermeté de la demande à l’exportation, à l’augmentation du prix des produits de base, à la vigueur de la demande intérieure, et à l’augmentation des dépenses publiques dans l’infrastructure. Il n’y a pas que les chiffres généraux qui sont impressionnants. Le PIB par habitant est également en augmentation. La croissance est plus diversifiée, plus résiliente – et dans certains pays, moins dépendante des exportations de produits de base. Les recettes provenant des ressources naturelles ne représentent pas plus d’un tiers de la croissance de l’Afrique au cours de la dernière décennie. Tandis que la flambée des prix des produits de base a sans aucun doute contribué à la reprise de l’Afrique, et que les conditions économiques régionales se sont nettement améliorées en 2010 et 2011, les marches intérieurs de produits de consommation se développent aussi, et le secteur privé en Afrique est un moteur de plus en plus puissant de la croissance. La diversification des exportations a également joué un rôle essentiel dans l’augmentation de la croissance. Avant l’an 2000, le sort de l’Afrique était indissociable de celui de l’Europe et des États-Unis. Ces marchés revêtent toujours une importance capitale. Mais le rapprochement avec le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine – les BRIC – ainsi qu’avec les pays du Golfe et la Turquie, ont dans un premier temps contribué à mettre l’Afrique partiellement à l’abri de la récession de l’économie mondiale, puis à lancer la reprise. L’effet “BRIC” a surtout opéré par le biais du commerce (voir Partie II, Section 3). Mais les liens économiques vont au-delà du commerce. L’investissement étranger direct consenti par la Chine en Afrique s’est rapidement accéléré au cours de la dernière décennie. Source:Banquemondiale,Africa’sPulse,2012 Figure 2 : Taux de croissance du PIB africain, 2000–2013 Afrique subsaharienne PourcentagedecroissanceduPIB 2000 2004 20082002 2006 20102001 2005 20092003 2007 2011 20132012 0 1 6 2 7,0 3 4 5 8 Moyenne d’avant-crise Afrique subsaharienne (sauf Afrique du Sud) Figure 3 : Économies africaines ayant la plus forte croissance en 2011 Tauxdecroissance Source: 0 2 12 4 14 6 8 10 16 Ghana Inde Ghana Botswana Chine Mozambique Rép.dém.du Congo Tanzanie Congo Nigeria Zimbabwe Brésil Éthiopie Rwanda Angola Russie
    • 1716 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique La reprise économique s’est accompagnée d’une accélération du mouvement en direction de la plupart des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). L’Afrique a amorcé le virage de la réduction de la pauvreté. Entre 1999 et 2008, la dernière année pour laquelle des informations sont disponibles, la part des Africains vivant avec moins de 1,25 dollar par jour a chuté de 58 à 48 pour cent. Encore plus encourageant, le rythme de résorption de la pauvreté semble s’être accéléré. Selon les dernières estimations de la Banque mondiale, le nombre de pauvres dans la région sub-saharienne a diminué d’environ neuf millions entre 2005 et 200811 . D’autres indicateurs sociaux se sont aussi améliorés. Par rapport à la situation il y a dix ans, les enfants d’Afrique courent moins le risque de mourir avant leur cinquième anniversaire, les femmes risquent moins de mourir des complications de leur grossesse ou de leur accouchement, et davantage d’enfants vont à l’école. Le taux moyen annuel de réduction de la mortalité des moins de cinq ans s’est accéléré, et a doublé entre 1990–2000 et 2000–201012 . Sur la base de ce taux de réduction de la pauvreté, six des 14 pays les plus performants du monde – dont l’Éthiopie, le Ghana, le Malawi et le Niger – se trouvent en Afrique. Le nombre d’enfants non scolarisés a chuté de 13 millions. La situation générale sur le front de la pauvreté n’est cependant pas allée de pair avec la croissance économique de l’Afrique. Il reste encore 386 millions d’Africains qui luttent pour survivre avec moins de 1,25 dollar par jour, et l’Afrique représente une part croissante de la pauvreté dans le monde. Au début de l’essor de sa croissance en 1999, l’Afrique représentait 21 pour cent de la pauvreté dans le monde. En 2008, cette part avait atteint 29 pour cent. Et même si l’on a beaucoup parlé de l’essor de la classe moyenne africaine, cette catégorie reste limitée (Encadré 2). Certains des pays jouissant de la plus forte croissance économique ont connu des fortunes diverses avec la réduction de la pauvreté. Au Mozambique par exemple, les données tirées d’un sondage auprès des ménages ne révèlent aucune diminution de la pauvreté nationale de 2002 à 2008, et dans les régions centrales, on a même constaté une augmentation marquée de la pauvreté13 . La Tanzanie a connu l’une des croissances les plus rapides au monde. Pourtant, de 2000 à 2007, la pauvreté en termes de revenu n’a baissé que de 35 à 33 pour cent, selon l’étude du budget des ménages. En tenant compte de la démographie, cela représente 1 million de Tanzaniens supplémentaires vivant en dessous du seuil de pauvreté. La croissance économique a réduit la pauvreté en Afrique, mais pas autant qu’on aurait pu le prévoir, les pauvres en Afrique ne recevant qu’une part infime du gâteau de la nouvelle prospérité. Les plus grandes disparités en termes de richesse se trouvent en Afrique. L’une des mesures de l’inégalité les plus répandues, l’indice Gini, recueille les informations relatives à la concentration des recettes ou dépenses des ménages (plus l’indice est élevé, plus l’inégalité est marquée). En Chine, où les leaders politiques ont fait savoir que les inégalités croissantes constituaient une menace pour la stabilité sociale et pour la croissance future, l’indice Gini est de 42. Vingt-quatre pays d’Afrique présentent des résultats d’inégalité supérieurs à ceux de la Chine. Au Mozambique, au Kenya et en Zambie, l’indice Gini oscille entre 45 et 55, tandis qu’au Botswana et en Afrique du Sud, il dépasse 6014 . Les 20 pour cent les plus pauvres de l’Afrique sub- saharienne encaissent 6 pour cent ou moins du revenu national ; et les 40 pour cent les plus pauvres touchent généralement moins de 15 pour cent (Figure 4). Dans de nombreux pays, la croissance économique a tendance à renforcer ces inégalités. Selon une évaluation récente de la pauvreté au Lesotho, qui présentait l’un des niveaux les plus élevés au monde en termes d’inégalité de revenus, “Le taux de pauvreté élevé ne s’explique pas par la lenteur de la croissance économique, mais par le taux élevé d’inégalité.”15 Ce verdict est encore plus vrai en Afrique. 2. Embellie sur le front de la pauvreté assombrie par les inégalités Encadré 2 : Lente émergence de la classe moyenne en Afrique Comme peut le confirmer une visite, aussi brève soit-elle, dans n’importe quelle grande ville africaine, les secteurs de la vente au détail et du marché du logement haut de gamme sont en plein essor. D’après la Banque mondiale, la croissance économique “engendre une classe moyenne africaine émergente de centaines de millions de consommateurs.”16 Selon la Banque africaine de développement, un tiers des Africains appartient déjà à la classe moyenne. De grandes sociétés de conseil, comme McKinsey et Accenture, se sont également réjouies de l’avènement des marchés de consommation pour la classe moyenne en Afrique17 . Il serait prématuré de tirer de telles conclusions. Après une décennie de forte croissance, près de la moitié des Africains vivent toujours en deçà du seuil de pauvreté, avec moins de 1,25 dollar par jour. Trente autres pour cent – soit 246 millions de personnes – vivent dans la zone grise de la pauvreté, avec entre 1,25 dollar et 2,50 dollar par jour. Seuls 4 pour cent des Africains ont un revenu supérieur à 10 dollars par jour (Figure 4). En d’autres termes, la vaste majorité de ce que les observateurs décrivent comme la classe moyenne africaine, soit vient de dépasser le seuil de 1,25 dollar, soit vit dans la zone gravitationnelle de la zone de pauvreté. La Brookings Institution propose une autre analyse. Sur la base d’une fourchette de 10 à 100 dollars par jour pour déterminer l’appartenance à une “classe moyenne globale,”18 Brookings conclut que l’Afrique ne représente que 2 pour cent de la classe moyenne mondiale, et 1 pour cent du pouvoir d’achat. Nombre de personnes appartenant à la classe moyenne (en millions) Afrique subsaharienne Amérique centrale et Amérique du Sud MENA Amérique du Nord Asie-Pacifique Europe 2012 2002 0 500 1 000 1 500 2 000 2 500 Figure 4 : Une classe moyenne africaine bien modeste* * Classe moyenne définie sur la base d’une parité de pouvoir d’achat (PPA) de 10 à 100 USD Source:BrookingsInstitution.
    • 1918 19 Rapport 2012 sur les progrès en Afrique Encadré 3 : La crise de la zone euro nuit à de nombreuses économies africaines La crise de la dette souveraine dans la zone euro a donné lieu à un ralentissement de l’économie mondiale en 2011, ce qui risque fort de nuire à différents degrés aux économies africaines si cette tendance devait se poursuivre en 2012 et au-delà. Cependant, la crise de la zone euro est également porteuse d’opportunités. Les 14 pays membres de la zone du franc CFA, qui est arrimé à l’euro, ont subi une dépréciation significative de leur monnaie, ce qui a rendu leurs exportations plus compétitives sur les marchés mondiaux. Traditionnellement, l’Europe est la principale source de capitaux et la principale destinataire des exportations africaines ; le commerce devrait donc être le principal vecteur de nuisances émanant de la crise de la dette. L’Afrique risque aussi de recevoir moins d’investissement étranger direct (IED) de l’Union européenne et d’autres régions du monde à court terme, mais récemment, elle a diversifié ses sources d’IED, ce qui pourrait atténuer les effets les plus négatifs de la crise de la zone euro. Par exemple, les IED de la Chine en Afrique ont atteint près de 7,5 pour cent des recettes totales du continent en 2008. La crise de la zone euro devrait avoir des effets significatifs sur l’aide publique au développement (APD) en Afrique, car l’UE est le plus grand fournisseur d’aide au continent. Quelques pays, dont la France et l’Italie, ont déjà diminué leur assistance bilatérale à l’Afrique en raison de la crise économique mondiale. Le ralentissement escompté de l’APD en Afrique pourrait soumettre les secteurs sociaux à forte pression, en particulier les programmes relatifs à la santé, l’éducation et la population ainsi que les secteurs de l’eau et des installations sanitaires, sapant ainsi les efforts de réduction de la pauvreté, en particulier dans les pays fragiles et à faible revenu. INÉGALITÉS : CHANCES DE SURVIE À LA NAISSANCE ET DURANT LA PETITE ENFANCE L’inégalité commence avant la naissance. L’accès aux soins de santé élémentaires et les chances de survivre après l’âge de cinq ans varient selon les pays. Mais l’inégalité la plus frappante se situe au sein d’un même pays : entre les plus riches et les plus pauvres et entre zones urbaines et zones rurales. Source:APP : donnéesfourniesparlesEnquêtesdémographiquesetdesanté(Demographic&HealthSurveys-DHS).Kenya(DHS2008-09);Mali(DHS2006);Nigeria(DHS2008)etZambie(DHS2007). Note : Les données indiquées ici sont présentées telles qu’elles apparaissent dans l’enquête DHS et correspondent à différentes enquêtes menées à différentes périodes. Figure 5 : Il ne s’agit pas d’en déduire que la croissance n’est pas importante. Le défi consiste à canaliser la croissance économique afin de garantir une répartition plus équitable des opportunités et du revenu. Pour relever ce défi, il va falloir agir sur deux fronts en termes de politique publique. En premier lieu, les gouvernements doivent mobiliser les recettes de la croissance et investir ces revenus dans les services de base et dans une infrastructure économique qui offre de meilleures opportunités aux pauvres (voir Partie V). Deuxièmement, les gouvernements doivent favoriser un environnement favorable à la création d’emplois et à des moyens de subsistance plus résilients, afin que les pauvres puissent contribuer à la croissance économique, “produire” afin de sortir de la pauvreté et profiter davantage des retombées de la croissance. Les deux objectifs de croissance et d’équité ne s’excluent pas mutuellement. Le but principal devrait être une croissance économique favorable à l’équité et à la création d’emplois. En fait, une foule d’éléments démontrent aujourd’hui que davantage d’équité peut stimuler la croissance et accélérer le rythme de transformation de la croissance en diminution de la pauvreté. À l’inverse, un niveau élevé d’inégalité freine la croissance, limitant ainsi le potentiel de développement des marchés et de l’investissement. La récente expérience du Rwanda est instructive. L’Etude 2011 sur les conditions de vie des ménages au Rwanda (Household Living Conditions Survey) documente un tiercé gagnant : la croissance du revenu, la diminution des inégalités et une chute marquée de la pauvreté19 . De 2005 à 2010, les revenus moyens ont augmenté de 333 à 540 dollars, l’inégalité a diminué (le coefficient Gini ayant chuté de 0,52 à 0,49) et la pauvreté est passée de 57 à 45 pour cent, ce qui a permis à un million de personnes d’en sortir20 . Les gouvernements africains peuvent également s’inspirer de l’expérience internationale. L’un des pays ayant amorcé la plus grande réduction de la pauvreté depuis 2000, est le Brésil – et là aussi, la réussite repose sur une croissance forte et sur une meilleure répartition du revenu. L’inégalité entrave la réduction de la pauvreté, et, comme indiqué ci-après, les disparités sociales freinent également la progression en direction des autres OMD. UR HL Zone rurale Les 20% les pluspauvres Zone urbaine Les 20% les plus riches INEQUALITY: CHANCESTO SURVIVE BIRTH AND EARLY CHILDHOOD CHRONOLOGIEDESPOSSIBILITÉSPENDANTL'ENFANCE Gestation 0 an 0 an 2 ans 3 ans 0-5 ans 4 ans 0-5 ans 1 an 5 ans Kenya Source: APP with data from the Demographic and Health Surveys (DHS). Kenya (DHS 2008-09); Mali (DHS 2006); Nigeria (DHS 2008); and Zambia(DHS 2007). Note: Please note that the data presented here is strictly as provided in the DHS Survey and corresponds to different surveys taken in different years. Inequality begins before birth. Access to basic healthcare and the chances to survive past the age and of five vary from country to country. But inequality is even more striking within countries themselves - between the richest and the poorest and between the urban and the rural. Mortalité infantile (pour 1000 naissances) Possibilitédenepasrecevoir une vaccination complète Avan tlanaissance. Naissance. Nesu rvitpasau-delàde5ans Resteen bonnesanté CHRONOLOGIE DESPOSSIBILITÉSPENDANTL'ENFANCE Gestation 0 an 2 ans 3 ans 0-5 ans 4 ans 0-5 ans 1 an 5 ans Nigeria Av antlanaissance. Naissance. Nesur vitpasau-delàde5ans Pourcentage de naissances qui n'avaient reçu aucun soin prénatal avant l'étude Reste enbonnesa nté 12% 3% 47% 71% 2% 3% 9% 14% 75% 40% 92% 21% 64% 25% 80% 19% 6359 5766 99 67 95 58 84% 63% 95% 47% 37%30% 39% 30% Probabilité de ne pas naître dans un établissement de santé CHRONOLOGIE DESPOSSIBILITÉSPENDANTL'ENFANCE Gestation 0 an 2 ans 3 ans 0-5 ans 4 ans 0-5 ans 1 an 5 ans Mali Avantlanaissance. Naissanc e. Nesu rvitpasau-delà de 5 ans Resteen bonnesanté 13% 7% 34% 37% 65% 20% 68% 15% 83 122 80 124 47%54% 51% 44% Zambie U Urban R Rural H Richest 20% L Poorest 20% Legend CHRONOLOGIE DESPOSSIBILITÉSPENDANTL'ENFANCE Gestation 0 an 2 ans 3 ans 0-5 ans 4 ans 0-5 ans 1 an 5 ans Avantlanaissance. Naissance . Nesurv itpasau-delà de 5ans Restee nbonnesanté 1% 2% 3% 4% 68% 20% 72% 8% 69 80 82 74 34% 29% 29% 22% Mortalité infantile (pour 1000 naissances) Possibilitédenepasrecevoir une vaccination complète Pourcentage de naissances qui n'avaient reçu aucun soin prénatal avant l'étude Probabilité de ne pas naître dans un établissement de santé Mortalité infantile (pour 1000 naissances) Possibilitédenepasrecevoir une vaccination complète Pourcentage de naissances qui n'avaient reçu aucun soin prénatal avant l'étude Probabilité de ne pas naître dans un établissement de santé Mortalité infantile (pour 1000 naissances) Possibilitédenepasrecevoir une vaccination complète Pourcentage de naissances qui n'avaient reçu aucun soin prénatal avant l'étude Probabilité de ne pas naître dans un établissement de santé INEQUALITY: CHANCESTO SURVIVE BIRTH AND EARLY CHILDHOOD CHRONOLOGIEDESPOSSIBILITÉSPENDANTL'ENFANCE Gestation 0 an 0 an 2 ans 3 ans 0-5 ans 4 ans 0-5 ans 1 an 5 ans Kenya Source: APP with data from the Demographic and Health Surveys (DHS). Kenya (DHS 2008-09); Mali (DHS 2006); Nigeria (DHS 2008); and Zambia(DHS 2007). Note: Please note that the data presented here is strictly as provided in the DHS Survey and corresponds to different surveys taken in different years. Inequality begins before birth. Access to basic healthcare and the chances to survive past the age and of five vary from country to country. But inequality is even more striking within countries themselves - between the richest and the poorest and between the urban and the rural. Mortalité infantile (pour 1000 naissances) Possibilitédenepasrecevoir une vaccination complète Avan tlanaissance. Naissance. Nesu rvitpasau-delàde5ans Resteen bonnesanté CHRONOLOGIE DESPOSSIBILITÉSPENDANTL'ENFANCE Gestation 0 an 2 ans 3 ans 0-5 ans 4 ans 0-5 ans 1 an 5 ans Nigeria Av antlanaissance. Naissance. Nesur vitpasau-delàde5ans Pourcentage de naissances qui n'avaient reçu aucun soin prénatal avant l'étude Reste enbonnesa nté 12% 3% 47% 71% 2% 3% 9% 14% 75% 40% 92% 21% 64% 25% 80% 19% 6359 5766 99 67 95 58 84% 63% 95% 47% 37%30% 39% 30% Probabilité de ne pas naître dans un établissement de santé CHRONOLOGIE DESPOSSIBILITÉSPENDANTL'ENFANCE Gestation 0 an 2 ans 3 ans 0-5 ans 4 ans 0-5 ans 1 an 5 ans Mali Avantlanaissance. Naissanc e. Nesu rvitpasau-delà de 5 ans Resteen bonnesanté 13% 7% 34% 37% 65% 20% 68% 15% 83 122 80 124 47%54% 51% 44% Zambie U Urban R Rural H Richest 20% L Poorest 20% Legend CHRONOLOGIE DESPOSSIBILITÉSPENDANTL'ENFANCE Gestation 0 an 2 ans 3 ans 0-5 ans 4 ans 0-5 ans 1 an 5 ans Avantlanaissance. Naissance . Nesurv itpasau-delà de 5ans Restee nbonnesanté 1% 2% 3% 4% 68% 20% 72% 8% 69 80 82 74 34% 29% 29% 22% Mortalité infantile (pour 1000 naissances) Possibilitédenepasrecevoir une vaccination complète Pourcentage de naissances qui n'avaient reçu aucun soin prénatal avant l'étude Probabilité de ne pas naître dans un établissement de santé Mortalité infantile (pour 1000 naissances) Possibilitédenepasrecevoir une vaccination complète Pourcentage de naissances qui n'avaient reçu aucun soin prénatal avant l'étude Probabilité de ne pas naître dans un établissement de santé Mortalité infantile (pour 1000 naissances) Possibilitédenepasrecevoir une vaccination complète Pourcentage de naissances qui n'avaient reçu aucun soin prénatal avant l'étude Probabilité de ne pas naître dans un établissement de santé
    • 2120 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique L’emploi est le moteur du développement social. C’est grâce à leur emploi que les gens peuvent dégager un revenu, planifier leur avenir, et contribuer à la création de richesse, à la cohésion sociale et au partage de la prospérité nationale21 . La croissance économique en Afrique créée des emplois, mais pas à l’échelle souhaitée. Au fur et à mesure que les pressions démographiques augmentent, il devient impératif que les gouvernements de toutes l’Afrique développent des tendances à plus forte intensité d’emploi en vue d’une croissance à des niveaux de compétences et de productivité plus élevés. Tous les ans, 8 à 10 millions de jeunes Africains effectuent la délicate transition de l’école au travail. Si l’emploi des jeunes est préoccupant, les taux de participation africains au marché du travail sont parmi les plus élevés du monde. Cela s’explique aisément par le fait que, en l’absence de systèmes de sécurité sociale qui fonctionnent, les jeunes n’ont pas d’autre choix que de travailler. Non pas que l’emploi soit le moyen automatique d’échapper à la pauvreté. La plupart des Africains occupent des emplois instables, mal payés et souvent dangereux, sans aucune perspective de pouvoir développer leurs compétences. Au Nigeria, au Mozambique et au Burundi, par exemple, plus de 60 pour cent des jeunes qui travaillent gagnent moins de 1,25 dollar par jour. La création d’emplois dans le secteur formel tombe nettement en deçà du niveau requis pour absorber les nouveaux venus sur le marché. De plus, la plupart des nouveaux entrants n’ont pas les compétences nécessaires pour être recrutés par des entreprises qui évoluent à des niveaux supérieurs de productivité et de salaires. Il en résulte que la vaste majorité des jeunes sont destinés à travailler dans des exploitations agricoles, des entreprises rurales ou dans le secteur informel. En dépit de la croissance, le marché de l’emploi reste informel UnedécenniedecroissanceenAfriquen’aguèrecontribué à modifier les conditions sous-jacentes du marché du travail. L’agriculture représente toujours près des deux tiers des moyens de subsistance. Dans presque toute la région, les gens, pour leur subsistance, dépendent essentiellement des petites exploitations agricoles, des emplois non agricoles dans les zones rurales, et des entreprises du secteur informel, notamment les entreprises familiales et les micro entreprises. Les petites entreprises et le secteur informel dominent le secteur industriel. En Éthiopie, par exemple, seuls 5 pour cent des personnes engagées dans des activités manufacturières travaillent pour des entreprises de 10 employés ou plus. Pourprogresser,lesgouvernementsdoiventoffrirlesconditions propices à la croissance rapide des emplois salariés dans le secteur formel, essentiellement dans le secteur privé. Même dans les économies à croissance rapide, comme le Ghana, le Rwanda, la Tanzanie et l’Ouganda, l’emploi dans le secteur formel part de si bas qu’il n’a pas réussi à maintenir le rythme de la croissance des nouveaux venus sur le marché de l’emploi. En Ouganda, les emplois salariés ont augmenté au rythme de 13 pour cent par an entre 2003 et 2006, mais cela n’a permis d’absorber que moins d’un cinquième des nouveaux arrivés sur le marché du travail. Comme l’indiquent les estimations de la Banque mondiale, même avec les hypothèses les plus optimistes au sujet du taux de croissance des emplois salariés, la majorité des Africains resteront dans le secteur informel bien au-delà de 2020. Compte tenu de la démographie sous-jacente de l’Afrique, la transformation structurelle vers un marché du travail dominé par des emplois rémunérés comme dans le privé prendra plusieurs décennies. Il convient d’en faire davantage pour faciliter la croissance des emploi rémunérés comme dans le privé, mais cela ne devrait pas détourner l’attention de trois secteurs clés pour la croissance à forte intensité de main d’œuvre : • Les petites exploitations agricoles et la possibilité d’augmenter la productivité et l’emploi grâce à une Révolution verte (nous aborderons le rôle essentiel de l’agriculture dans la Partie II) ; • Les entreprises familiales en zone rurale, qui représentent le secteur de subsistance à la croissance la plus rapide dans la plupart des pays à faible revenu ; • Le secteur informel urbain, qui devra absorber une part croissante des jeunes Africains au fur et à mesure des changements dans la géographie humaine. Les stratégies pour promouvoir les emplois du secteur privé Les petites entreprises sont au cœur de la création d’emploi dans le secteur privé. Au Ghana, par exemple, une écrasante majorité de nouveaux emplois ont été créés dans de nouvelles entreprises plutôt qu’au moyen de l’expansion d’entreprises existantes22 . Ces nouveaux emplois ont réduit la pauvreté en tirant parti des compétences des pauvres23 . Les emplois créés dans des petites entreprises sont plus favorables aux pauvres que de nombreux programmes qui, 3. Recherche d’emploi le défi Créer des emplois : les secteurs de croissance à forte intensité de main-d’œuvre 1 les emplois salariés du privé 2 les petites exploitations agricoles 3 les entreprises familiales rurales 4 le secteur informel par le passé, dépendaient d’un développement du haut vers le bas d’un secteur formel à forte intensité de capital. Les décideurs doivent créer un environnement où les petites et moyennes entreprises puissent prospérer pour être compétitives sur un marché intérieur ou international. Cela nécessite une attention à tout : à l’amélioration de l’infrastructure (d’après les estimations de la Banque africaine de développement, le manque d’infrastructure réduit d’environ 40 pour cent la productivité de l’entreprise en Afrique sub-saharienne24 ), à l’accès au financement (les études montrent que la disponibilité des banques locales entraîne une accélération de la croissance des petites et moyennes entreprises ainsi qu’une augmentation des investissements, par exemple au Maroc25 ), à des politiques fiscales appropriées, à des procédures transparentes et justes pour le règlement des différends, et à l’élimination des obstacles inutiles (et souvent illégaux) au mouvement de marchandises au sein des juridictions et entre elles. Relevons par ailleurs l’importance à la fois d’une meilleure intégration économique régionale en Afrique et, chez les principaux partenaires commerciaux de l’Afrique, de politique susceptibles de faciliter le développement de l’Afrique en tant qu’exportatrice de marchandises manufacturées, ainsi que la nécessité de créer un environnement dans lequel des sociétés étrangères puissent mettre en place des programmes visant à exploiter la pléthore de main d’œuvre sans emploi en Afrique. Entreprises non agricoles – un pôle de croissance pour l’emploi En Asie du Sud et de l’Est, les entreprises familiales non agricoles ont joué un rôle déterminant dans la création d’opportunités d’investissement et d’emploi. Pourtant, les gouvernements africains – et les bailleurs de fonds – ont eu tendance à négliger ce secteur. Des données concernant l’Ouganda expliquent pourquoi cette négligence est déplacée. Depuis deux décennies, les résultats de l’Ouganda sur le plan de la croissance économique et de la réduction de la pauvreté sont impressionnants – l’Ouganda ayant notamment atteint l’un des objectifs des OMD, réduire de moitié la pauvreté extrême. Si l’agriculture reste une source de revenu pour 77 pour cent des ménages en Ouganda, en 2009/10 près de 40 pour cent des ménages en zone rurale exploitaient une entreprise non agricole, par rapport à 24 pour cent en 1992/93. La pauvreté rurale en Ouganda a chuté, passant de 60 pour cent en 1992 à 27 pour cent en 2009/10, avec le taux de pauvreté chez les ménages à la tête d’une entreprise non agricole à 6 points de pourcentage en dessous de ceux qui n’exploitent pas une telle entreprise26 . La croissance de l’Ouganda est venue d’en bas, car les petits exploitants faisant face à une pénurie de terre sont allés chercher des possibilités d’investissement sur les marchés récemment libéralisés. Cependant, les entreprises non agricoles apparaissent à peine dans la stratégie de développement économique de l’Ouganda, hormis comme source de revenu provenant des frais de licence. La croissance des très petites entreprises informelles non agricoles a joué un rôle essentiel dans la création d’emplois et la réduction de la pauvreté. Il en va de même dans d’autres pays. En fonction du modèle sous-jacent de la croissance économique, 30–60 pour cent des ménages ruraux en Afrique exploitent aussi une entreprise non agricole d’une nature ou d’une autre. Trop souvent, les entreprises familiales sont considérées comme non pertinentes au motif discutable qu’elles n’apportent qu’une faible contribution aux recettes publiques, fonctionnent avec peu de technologie et ont un faible niveau de productivité. Puisque les niveaux de productivité sont bas dans bien des cas, c’est justement l’occasion d’augmenter la productivité – et non pas de négliger ces entreprises. Il existe un fort potentiel de création de liens entre les entreprises familiales et des chaînes de production et de distribution à valeur élevée comme l’illustrent les pratiques des entreprises de téléphonie mobile fonctionnant par l’entremise de petits commerçants. Le secteur informel urbain Les entreprises familiales du secteur informel urbain font face, dans une large mesure, aux mêmes problèmes que celles des zones rurales. Avec un capital limité et un accès restreint aux nouvelles technologies, ces entreprises se heurtent à des obstacles majeurs à la croissance. Selon les indications provenant de pays comme le Ghana, le Kenya et la Tanzanie, les petites entreprises ont un taux d’échec beaucoup plus élevé que les grandes. Pourtant, elles génèrent des emplois. Au Ghana, une écrasante majorité de nouveaux emplois a été créée par de petites entreprises qui ont surgi avec la croissance économique. Vu à travers le prisme des marchés de l’emploi, les emplois créés dans le secteur informel en font davantage pour réduire la pauvreté que celles du secteur salarié formel, car ils engendrent une demande de main d’œuvre relativement peu qualifiée. De plus, on a parfois tendance à oublier que la plupart des jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi reçoivent une formation non pas officiellement par le biais des institutions publiques ou par l’entremise des grandes entreprises, mais grâce à un apprentissage sur le tas et à une formation auprès d’artisans expérimentés. Dans toute la région, les gouvernements et leurs partenaires discutent de la meilleure façon de créer des emplois mieux rémunérés et plus productifs dans le secteur formel, oubliant d’où partent bon nombre d’Africains en termes de niveau d’éducation et d’opportunités d’emploi. À l’avenir, l’Afrique devra acquérir, grâce à l’éducation, les aptitudes et les compétences porteuses d’une meilleure productivité. Mais se tourner vers l’avenir ne dispense pas d’adopter des politiques qui contribuent à créer des emplois aujourd’hui.
    • 2322 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Les connaissances factuelles permettant de localiser la pauvreté et l’inégalité restent partielles et incomplètes. Seuls 18 des 42 pays couverts par les estimations de la Banque mondiale ont fait l’objet d’études dont les résultats sont disponibles à partir de 2007 ou après – et 30 pour cent de la population de la région n’est pas couverte dans les estimations de 2008. Les chercheurs du Brookings Institution ont signalé que si 43 des 49 pays d’Afrique sub-saharienne ont fait l’objet d’au moins un sondage auprès des ménages, la moitié ont été entrepris il y a plus de six ans27 . En outre, la mauvaise comparabilité entre les sondages rend périlleuse toute tentative de dépister les tendances ou de dresser un comparatif entre les pays. Même avec le niveau élevé de compétences techniques dont dispose l’équipe de la Banque mondiale en charge des études sur la mesure des niveaux de vie pour procéder à l’analyse de la pauvreté, la qualité et la couverture des données laissent place à une grande marge d’erreur. Il est également préoccupant que le panier de marchandises couvert par les études de consommation ne reflète peut-être pas les tendances de consommation fluctuantes des ménages pauvres. Cela explique peut-être le gros écart entre les estimations de la pauvreté basées sur les études auprès des ménages et celles fondées sur les décomptes de revenus nationaux. Les incertitudes relatives à une telle ampleur ne sont pas sans conséquences pour les décideurs. Il convient de fonder des politiques efficaces de lutte contre la pauvreté sur une connaissance claire du nombre de personnes touchées, l’ampleur de la pauvreté, et les changements du profil de la pauvreté nationale. C’est pourquoi, en Amérique latine, les partenariats entre les gouvernements, la Banque interaméricaine de développement, et la Commission économique des Nations Unies pour l’Amérique latine et les Caraïbes (ECLAC) a tenté, avec un certain succès, d’améliorer aussi bien la qualité que l’opportunité des sondages auprès des ménages. Il est nécessaire de conclure au plus vite des partenariats de même nature en Afrique et ailleurs. Faible progression sur le plan de la faim De façon inquiétante, les progrès accomplis sur le plan de la faim sont restés en deçà des objectifs de 2015. De 1990–1992 à 2006–2008, la prévalence estimée de sous- nutrition en Afrique n’a diminué que de 31 à 27 pour cent. Les progrès accompli en matière de réduction de la malnutrition chez les enfants ont été douloureusement lents. Pendant deux décennies, jusqu’à 2009, la proportion d’enfants en sous-poids et reconnus comme tels a chuté de 27 à 22 pour cent. Les meilleures données disponibles mettent aussi le doigt sur les progrès relatifs accomplis dans le domaine du rachitisme. On estime à 35 pour cent les enfants africains souffrant de retards de croissance (par rapport à leur âge). Ce chiffre est inquiétant à plus d’un titre, et surtout parce que la malnutrition est associée à plus d’un tiers des décès infantiles. De plus, le rachitisme avant l’âge de 2 ans semble être irréversible dans la plupart des cas. Au fur et à mesure que l’échéance de 2015 pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement approche, les gouvernements, les organisations non gouvernementales, les agences des Nations Unies, entre autres, portent leur attention sur le plan d’action après 2015. Le dialogue à ce sujet est essentiel pour que la communauté internationale puisse profiter de l’élan de la décennie écoulée. Mais cela ne doit pas détourner l’attention politique de l’importance de s’acquitter des promesses souscrites à propos des OMD dans le but de créer un monde plus équitable. Les gouvernements doivent se concentrer sur leurs affaires inachevées. Si l’on ne parvient pas à progresser plus rapidement en direction des OMD, cela reviendra à saper la crédibilité de tout engagement souscrit après 2015. C’est pourquoi les gouvernements africains et leurs partenaires de développement devraient de toute urgence donner un “coup de collier” en faveur des objectifs de 2015, à commencer par cette année. Tous les pays d’Afrique ne pourront pas atteindre tous les objectifs – mais ils peuvent tous aller plus loin, plus vite. Le rapport de cette année ne présente pas d’évaluation détaillée, objectif par objectif, de la situation en Afrique. Il analyse plutôt certains des principaux défis à relever. On dénombre quelques réussites remarquables. De nombreux paysontenregistrédesprogrèsquiauraientétéinimaginables il y a dix ans. Ces réussites démontrent ce qu’il est possible d’accomplir lorsque l’on allie bonnes politiques, leadership politique efficace et partenariats internationaux cohérents. Parallèlement, il conviendra de réfléchir au chemin qu’il reste à parcourir – car le test de performance ultime, ce sera notre capacité de nous rapprocher des objectifs de 2015. Pauvreté et inégalité Les progrès en direction du double objectif de réduction de moitié de la pauvreté extrême et de la faim reflètent le résultat mitigé des objectifs en matière d’OMD au cours de la dernière décennie. Ils attirent également l’attention sur une préoccupation qui n’en a pas reçue suffisamment : le trou béant des données manquantes, qui diluent les rapports sur les OMD. Les informations tirées des sondages auprès des ménages révèlent que certains pays – comme le Kenya et la Tanzanie – n’ont réduit la pauvreté que marginalement, en dépit de la forte croissance économique reflétée dans les évaluations du revenu national. D’autres pays – dont l’Éthiopie et le Sénégal – ont de meilleurs antécédents. Les chiffres provenant du Rwanda démontrent qu’une croissance économique robuste, alliée à la réduction des inégalités, peut faire office d’accélérateur puissant de la réduction de la pauvreté. Cependant, les tendances au Nigeria, le pays le plus peuplé d’Afrique, sont difficiles à tirer au clair : on estime à deux tiers le nombre de Nigérians vivant en dessous du seuil de pauvreté. Parfois, le faible effet de percolation explique en partie les disparités de revenu extrêmes. Au Nigeria, les 20 pour cent les plus pauvres ne touchent que 4 pour cent du revenu national, tandis que les 20 pour cent les plus riches en encaissent 53 pour cent. 4. Disparités iniques un frein à l’atteinte des OMD Figure 6 : Inégalité de revenus Part de la consommation par rapport aux revenus par déciles (%) Côte d’Ivoire Les 10 % les plus pauvres 2,23 % 14,2 16,1 19,4 18,9 21,8 20,3 11,7 10,5 15,4 29,8 44,2 31,75 % 32,75 % 37,99 % 36,73 % 38,23 % 43,22 % 30,14 % 51,69 % 29,61 % 36,1 % 43,14 % 2,03 % 1,96 % 1,94 % 1,75 % 2,13 % 2,54 % 1,17 % 2,82 % 2,35 % 1,45 % Les 10 % les plus riches Rapport entre riches et pauvres Ghana Kenya Mozambique Nigeria Rwanda Sénégal Afrique du Sud Tanzanie Ouganda Zambie Sourcedesdonnées:PovcalNet:OutilenlignedemesuredelapauvretéélaboréparleGroupede recherchesurledéveloppementdelaBanquemondiale,http://iresearch.worldbank.org
    • 2524 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique En dépit de ce constat maussade à propos de la malnutrition, il y a tout de même eu quelques réussites. Aussi bien le Ghana que le Mozambique sont parvenus à réduire de façon significative la malnutrition chez les enfants, en partie grâce à des programmes ciblés et l’introduction de nouvelles souches de plantes nourrissantes. La cassave et le maïs, riches en vitamine A, ont été introduits au Mozambique et en Zambie, et le Rwanda a introduit des haricots riches en fer28 . On connaît les éléments constitutifs d’une intervention efficace. Des suppléments vitaminiques et des micronutriments peuvent être proposés à un prix raisonnable et de façon efficace par le biais des systèmes de soins de santé primaires. Renforcer les programmes de santé maternelle et infantile, enseigner les bonnes pratiques en matière d’alimentation, identifier les ménages vulnérables, et mesurer et superviser le problème peut aboutir rapidement à des avantages significatifs. Le problème, c’est que toute intervention, si l’on veut qu’elle soit efficace, passe par la prise de mesures simultanées sur plusieurs fronts. Le modèle Faim Zéro, qui a réussi au Brésil, fonctionne à travers 90 programmes différents gérés par 19 ministères. À l’inverse, les politiques nationales mises en place dans de nombreux pays africains sont souvent fragmentées, mal coordonnées et dépourvues de leadership politique. La crise de la faim que traverse l’Afrique actuellement est liée aux inégalités abordées dans le présent rapport. Sans surprise, les enfants de familles pauvres sont bien plus exposés au rachitisme que ceux des familles riches. Mais il existe aussi des disparités marquées entre la ville et la campagne. Les enfants vivant dans les zones rurales d’Afrique risquent deux fois plus d’être rachitiques que leurs homologues des villes. Cela met en exergue l’interaction mutuelle entre la malnutrition et l’abandon actuel de l’agriculture. Save the Children estime que les trois quarts des enfants africains souffrant de malnutrition vivent dans de petites exploitations agricoles. Il en résulte que l’investissement dans ce type d’exploitation, le renforcement de leur productivité et la mise en place des conditions nécessaires à l’emploi en-dehors de l’exploitation agricole sont les conditions sine qua non d’une croissance plus équitable et d’une diminution des taux de malnutrition infantile. Education et santé – les progrès et les disparités comptent L’Afrique a enregistré des progrès significatifs en direction des OMD dans les domaines de l’éducation, de la survie des enfants, du VIH/SIDA, du paludisme et de la tuberculose et – dans une moindre mesure – de la survie maternelle. Pourtant, dans tous les cas, la plupart des pays seront empêchés d’atteindre ces objectifs en raison des inégalités profondément ancrées. Certains progrès très significatifs ont été enregistrés. Après la “décennie perdue”29 des années 1990, lorsque les niveaux de recrutement stagnaient et qu’il y avait de plus en plus d’enfants non scolarisés, l’Afrique a spectaculairement facilité l’accès à l’éducation primaire (voir Partie IV). Le nombre de décès d’enfants de moins de cinq ans a chuté de 4 millions en 2000 à 3,7 millions en 2010, avec un taux annualisé de diminution de la mortalité infantile passant de 1 pour cent dans la décennie précédant l’an 2000 à 2,5 pour cent pendant la dernière décennie. Selon des estimations récentes de la mortalité maternelle, des réductions significatives sont intervenues depuis 2000, aboutissant à une inversion de la tendance par rapport à la décennie précédente. En Afrique de l’Est et en Afrique australe, les taux de déclin estimés se situent à 4 pour cent et 9 pour cent respectivement. Les progrès accomplis dans la lutte contre les principales maladies infectieuses sont encore plus impressionnants. Il y a dix ans, l’Afrique était sans l’ombre d’un doute en train de perdre la bataille contre le VIH/SIDA. La région est encore loin d’avoirgagné;23millionsdepersonnesviventtoujoursavecle VIH, les femmes étant touchées de façon disproportionnées. Pourtant, le taux de couverture de la thérapie antirétrovirale (ART), qui représentait moins de 2 pour cent il y a dix ans, se situait à 49 pour cent à fin 2010. Environ la moitié des femmes enceintes vivant avec le VIH reçoivent un traitement pour prévenir la transmission de la mère à l’enfant. Et 21 pour cent des enfants dans le besoin peuvent obtenir des traitements pédiatriques contre le VIH30 . Selon certaines estimations, les progrès dans la lutte contre le paludisme sont encore plus remarquables. En 2011, l’Organisation mondiale de la santé signalait une diminution d’un tiers du nombre de décès dus au paludisme depuis la fin des années 199031 . Au cours des 10 dernières années, on a constaté une augmentation massive de l’investissement global dans la lutte contre le paludisme, la tuberculose et le VIH/ SIDA, ce qui a permis aux pays africains de renforcer leurs interventions visant à prévenir et traiter ces trois maladies. Par exemple, grâce à son programme efficace de lutte contre le paludisme, le Sénégal a distribué près de 6 millions de moustiquaires imprégnées d’insecticide entre 2005 et 2010. En 2009, 86 pour cent des patients se présentant avec une suspicion de paludisme ont été testés au moyen de tests de diagnostic rapide. L’élargissement de la couverture des principales interventions de lutte contre le paludisme a permis de réduire les cas de maladie et de décès dus au paludisme et a contribué à la réduction de 30 pour cent de la mortalité des enfants de moins de 5 ans au Sénégal entre 2005 et 2009. Comme pour la pauvreté extrême et la faim, la pénurie de données fait que ces rapports sur les progrès accomplis doivent être interprétés avec prudence. Les estimations régionales sur la mortalité maternelle pour l’Afrique se fondent essentiellement sur des extrapolations provenant d’un éventail d’études souvent obsolètes. Il existe aussi de grandes divergences dans les données relatives à la mortalité infantile. Quels que soient les objectifs qui seront adoptés pour l’après-2015, les gouvernements doivent sans plus attendre consolider leurs systèmes nationaux de reddition de rapports qui permettent de superviser les progrès accomplis. La supervision des OMD est l’un des secteurs ayant connu une expansion au cours des décennies passées, avec la contribution de dizaines d’agences des Nations Unies, institutions financières internationales, banques régionales de développement, organisations non gouvernementales et instituts universitaires de recherche. Pourtant, il nous manque toujours une trousse d’outils de base nécessaires à l’élaboration d’un panorama opportun et précis des changements survenus dans la vie et le milieu des personnes pour la protection desquelles les OMD ont été créés. Leaving aside the data constraints, even the most positive interpretation of the MDG progress report leaves no room for complacency. Here, we consider that report from the vantage point not of progress made but of distance from the 2015 targets. • Surviedesenfants:letauxdemortalitéinfantilerégionaleen Afrique a chuté de 174 à 121 décès pour 1,000 naissances vivantes depuis 1990 – loin de l’objectif de l’OMD d’une réduction de deux tiers. Tandis que l’Afrique représentait un tiers des décès en dessous de l’âge de cinq ans dans le monde il y a vingt ans, elle est désormais passée à la moitié de ces décès. Au rythme actuel de progression, seul un pays (Madagascar) est en passe de parvenir à l’objectif de l’OMD d’ici 2015, huit autres sont sur une voie qui leur permettra d’atteindre l’objectif d’ici 2025, et 23 pays n’y parviendront pas avant 2040. Sur les 31 pays du monde présentant des taux de mortalité avant l’âge de cinq ans supérieurs à 100 décès pour 1 000 naissances vivantes, tous, sauf un, sont situés en Afrique sub-saharienne. Il est possible d’accélérer le rythme de progression, mais cela nécessitera des mesures concertées afin de s’attaquer à la malnutrition et aux trois maladies les plus mortelles– le paludisme, la diarrhée et la pneumonie – responsables de la moitié des décès d’enfants. • Santé maternelle : les taux de décès maternels semblent être en train de chuter en Afrique sub-saharienne – mais beaucoup plus lentement que dans d’autres régions en développement. Selon les estimations de l’ONU, le taux de mortalité maternelle a diminué de 26 pour cent en Afrique de 1990 à 2008, par rapport à une réduction de 53 pour cent en Asie du Sud32 . Et selon l’OMS, le nombre de décès maternels en Afrique sub-saharienne a augmenté en passant de 200 000 par an en 1990 à 204 000 en 2008. La majorité de ces décès est causée par des hémorragies obstétriques, des éclampsies, des septicémies, des complications des suites d’avortements hasardeux, et de facteurs indirects tels que le paludisme et le VIH/SIDA. Pas un seul pays en Afrique n’est en mesure d’atteindre l’OMD sur la mortalité maternelle. • Maladies tueuses : Chaque élément du rapport périodique sur le VIH/SIDA et le paludisme comporte un aspect négatif. La moitié des Africains vivant avec le VIH n’a pas accès aux ART ; et la moitié des femmes enceintes séropositives n’a pas accès aux médicaments de prévention de la transmission de la mère à l’enfant. L’Afrique sub-saharienne compte 1,3 millions de femmes enceintes nécessitant un traitement. De même, l’écrasante majorité du million de personnes tuées chaque année par le paludisme vit en Afrique – et les femmes enceintes et les enfants représentent la majorité des victimes. La maladie coûte à la région 30 milliards de dollars par an, selon les estimations33 . La prévention du VIH/SIDA doit être la priorité absolue (sans elle, les coûts du traitement deviendront encore moins accessibles). Les solutions devront viser les facteurs culturels et comportementaux comme l’inégalité des genres et la condition d’infériorité des femmes. Les progrès accomplis dans la lutte contre le paludisme restent fragiles et nécessiteront des investissements constants afin de prévenir une résurgence de la maladie. • Education : En dépit de l’augmentation du taux de scolarisation au cours des dix dernières années, l’Afrique compte toujours 30 millions d’enfants déscolarisés. Pire encore,lesprogrèspourfairediminuerlenombred’enfants non scolarisés se sont ralentis. En outre, trop d’enfants en Afrique sont incapables de remplir les conditions les plus basiques des critères d’évaluation des acquis – même après avoir passé quatre ans ou davantage à l’école primaire. Nous aborderons l’éducation de façon détaillée dans la Partie IV. 5. Le point de vue du verre “à moitié vide”
    • 2726 AFRICA PROGRESS REPORT 2012 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociaux Quel est le rapport entre l’inégalité et cet état de fait? La Figure 5 donne une partie de la réponse. Prenons les données relatives à la survie des enfants. Les taux de mortalité infantile des 20 pour cent les plus pauvres en Zambie sont près de 50 pour cent supérieurs à ceux des 20 pour cent les plus riches, et dans de nombreux pays, le fait de vivre en zone rurale multiplie le risque de décès infantile. L’inégalité des résultats reflétés à la Figure 5 sont symptomatiques des disparités plus larges dans l’accès aux services de base. Les femmes pauvres ont moins de possibilités de recevoir des soins prénatals et d’être prises en charge par du personnel qualifié dans des installations de santé lors de leur accouchement. En Éthiopie, les femmes vivant dans les zones urbaines ont deux fois plus de chances de recevoir des soins prénatals que celles vivant dans les zones rurales. Et les enfants de familles pauvres sont moins susceptibles d’être totalement immunisés contre les maladies infectieuses. Au Nigeria, les enfants les plus pauvres (qui courent le plus de risques) ont des taux de vaccination de moins de 10 pour cent des niveaux de couverture pour les enfants provenant des familles les plus riches. (Figure 5). Tout le monde aurait à gagner de la réduction des inégalités dans les domaines de la santé et de l’éducation – ce serait positif pour l’équité et cela agirait comme moteur d’une progression plus rapide en direction des OMD. Pour surmonter de telles disparités, les gouvernements doivent identifier les échecs de la politique et des prestations et cibler les interventions politiques en conséquence. Dans certains cas, l’irrégularité des dépenses publiques empêchent l’accès aux installations de santé de base. Dans d’autres cas, les services existent peut-être, mais les femmes pauvres ne sont pas toujours en mesure de pouvoir s’acquitter des frais pour la prestation de soins de santé destinés aux enfants et aux femmes ; ou alors, la qualité des services peut être si mauvaise qu’elles ne sont pas disposées à y avoir recours. Souvent, le modèle de services de santé ne répond pas aux besoins des femmes. Par exemple, l’Afrique sub-saharienne est la région où l’on trouve le niveau le plus élevé de demandes non satisfaites de planification familiale. Un quart des femmes âgées de 15 à 49 ans ont exprimé le souhait de retarder ou d’éviter toute grossesse, mais n’utilisent aucune forme de contraception – et ce chiffre n’a pas changé depuis 1990. En dehors du fait de nier aux femmes le droit de contrôler leur fertilité et de gérer leur santé reproductive, restreindre leur accès à la planification familiale expose de nombreuses femmes aux risques associés à un avortement hasardeux, au VIH/SIDA, et à un espacement insuffisant des naissances34 . Il est peu probable que l’on puisse obtenir un résultat plus positif sur le plan de la mortalité maternelle sans offrir des services de santé de qualité aux personnes qui en ont besoin, en particulier les plus pauvres, les plus marginalisés et ceux qui vivent dans des contextes difficiles d’accès ou fragiles. On a besoin de travailleurs de santé qualifiés et motivés, suffisamment équipés des outils propres à leur profession (médicaments, diagnostics et équipement médical) dans toute l’Afrique. Il faudra s’engager politiquement en faveur d’une redistribution des ressources afin qu’elles parviennent à ceux qui en ont besoin, et s’atteler aux causes structurelles et sociales de l’iniquité qui affecte la santé et le bien-être des individus. Les incertitudes relatives au financement international de la santé ont incité les leaders africains, Ellen Johnson Sirleaf notamment, à s’engager à sevrer leur pays de l’aide étrangère. Madame Johnson Sirleaf réclame des politiques saines, un vrai leadership, et des partenariats fiables de la part du reste du monde, pour que l’Afrique puisse se dégager de son besoin d’assistance au développement d’ici la prochaine génération. Il faudra pour cela un engagement collectif en faveur de la mise en œuvre de plans nationaux pour la santé qui soient crédibles et qui puissent aboutir à des résultats en Afrique. Si l’on dispose de données solides, on en aura davantage pour son argent : en identifiant les interventions efficaces du point de vue des coûts, en améliorant la prestation de services, en facilitant un changement de comportement positif (par exemple, un recours accru aux moustiquaires et une diminution des comportements à risque) ; et en gérant les risques émergents, par exemple la résistance aux médicaments. La santé maternelle et infantile au cœur des progrès réalisés grâce aux OMD Figure 7 : 1. Prévenir les grossesses non désirées 2. GARANTIR UNE GROSSESSE ET UN ACCOUCHEMENT SANS RISQUE 3. PRÉVENIR LE DÉCÈS DES BÉBÉS ET DES ENFANTS EN BAS ÂGE Proportion de femmes de 15 à 49 ans, mariées ou vivant en couple, et utilisant une méthode de contraception (en pourcentage), en 1990, 2000 et 2008 Décès maternels pour 100 000 naissances vivantes, en 1990, 2000, 2008 Taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans, 1990 et 2009 (Décès pour 1 000 naissances vivantes) 0 20 40 60 80 100 Afrique septentrionale Asie occidentale Océanie Caucase et Asie centrale Asie du Sud Afrique septentrionale Caraïbes Asie du Sud- Est Amérique latine Asie orientale 13 20 22 29 32 37 40 47 54 44 51 55 44 59 61 54 60 56 54 60 62 48 57 62 63 72 74 78 86 84 0 0 200 40 400 80 600 120 800 160 1 000 200 Afrique septentrionale CaraïbesAsie du Sud Asie du Sud- Est Océanie Afrique septentrionale Amérique latine Asie occidentale Caucase et Asie centrale Asie orientale 870 790 640 Afrique septentrionale 180 129 Caucase et Asie centrale 78 37 Afrique septentrionale 80 26 Asie du Sud 122 69 Asie du Sud- Est 73 36 Amérique latine et Caraïbes 52 23 Océanie 76 59 Asie occidentale 68 32 Asie orientale 45 19 590 420 280 290 260 230 320 230 170 380 230 160 1990 1990 1990 2000 2000 2008 2008 2009 Objectif OMD Objectif OMD 230 92 120 130 8099 140 7098 70 5469 110 4163 Source:Nationsunies,2011.Rapport2011surlesObjectifsduMillénairepourledéveloppement.
    • 2928 AFRICA PROGRESS REPORT 2012 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociaux Les OMD font partie d’un accord mutuel entre gouvernements des pays en développement et gouvernements des pays développés. En Afrique, cet accord a débouché sur des résultats tangibles. Mais il reste des domaines dans lesquels les bailleurs de fonds n’ont pas pu s’acquitter de leurs engagements à propos des OMD. L’aide internationale est une partie essentielle de l’accord relatif aux OMD. En 2005, lors du sommet du G8 à Gleneagles et ailleurs, les bailleurs de fonds ont souscrit des engagements spécifiques en vue d’augmenter leur aide. Selon les estimations du secrétariat de l’OCDE, les promesses portaient sur une augmentation de l’APD d’environ 80 de dollars à près de 130 milliards (en prix de 2004). A Gleneagles, les donateurs du G8 ont aussi envisagé une augmentation de l’APD totale versée à l’Afrique de 25 milliards de dollars. Cependant, selon des estimations préliminaires, pour 2010, l’Afrique n’a reçu que 11 milliards supplémentaires. La principale raison à cela, c’est la mauvaise performance de plusieurs des donateurs versant une part importante de leur aide à l’Afrique. Comme nous le signalons dans la Partie V, rien ne porte à croire que l’aide à l’Afrique augmente de façon significative dans un proche avenir. Une plus grande autonomie en Afrique serait certes plus que bienvenue, mais il est regrettable que de nombreux donateurs n’aient pas réussi à respecter leurs promesses – en particulier à un moment où il existe une forte probabilité pour que l’aide soit utilisée efficacement en Afrique. Les partenariats pour la santé ont joué un rôle capital de soutien des avantages présentés dans la section précédente. Le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme est l’un des points focaux des efforts internationaux ; il permet aux bailleurs de fonds, aux fondations philanthropiques et aux entreprises privées de mettre ensemble leurs ressources et de coordonner leurs efforts pour consolider les stratégies nationales. Le Fonds mondial a versé 12 milliards de dollars à l’Afrique entre 2002 et la fin 2010, pour soutenir la thérapie antirétrovirale (ART) pour 2,3 millions de personnes vivant avec le VIH et le traitement de 140 millions de patients atteints de paludisme avant la fin 2010, dont 53 millions de cas pour la seule année 2010. D’autres partenariats pour la santé ont également eu un effet . Le Partenariat Halte à la tuberculose a joué un rôle dans le diagnostic et le traitement de 41 millions de cas de tuberculose entre 2005 et 2009, sauvant jusqu’à 6 millions de vies. Le Partenariat Faire reculer le paludisme et le Fonds mondial ont contribué à une poussée dans la mise à disposition et la production locale de moustiquaires imprégnées d’insecticides. Entre 2008 et 2010, 290 millions de moustiquaires ont été distribuées en Afrique sub- saharienne, soit suffisamment pour couvrir jusqu’à trois quarts des personnes exposées. L’Alliance GAVI (précédemment l’Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation) a démontré que même en période de pression fiscale, des partenariats d’assistance à fort impact peuvent galvaniser les ressources et le soutien politique. En 2011, GAVI a obtenu la promesse d’un donateur pour un montant de 4,3 milliards de dollars supplémentaires pour la période allant jusqu’à 2015, soit beaucoup plus que l’objectif initial de 3,7 milliards de dollars. Cela illustre une collaboration entre donateurs, organisations non gouvernementales, philanthropes, secteur privé et gouvernements d’Afrique et d’autres régions en développement pour se procurer un financement pour le développement visant à atteindre des objectifs communs bien définis – dans le cas présent, la vaccination de 243 millions d’enfants supplémentaires d’ici 2015, en plus des 326 millions déjà aidés avant 2011. Les partenariats mondiaux sur la santé ont débouché sur des résultats, mais d’autres domaines essentiels comme l’eau, l’assainissement et l’éducation ont eu du mal à mobiliser les soutiens. Par exemple, les lacunes dans le financement de l’assistance pour parvenir aux OMD sur l’éducation sont estimées par le Rapport mondial 2011 de suivi sur l’Education pour tous de l’UNESCO à environ 16 milliards de dollars par an dans les pays les plus pauvres, tandis que les niveaux d’aide stagnent aux environs de 3 milliards. Contrairement à l’Alliance GAVI, le réapprovisionnement financier du Partenariat mondial pour l’éducation (Global Partnership for Education, GPE) – un dispositif multilatéral – a débouché sur des promesses d’à peine 1,5 milliard de dollars sur trois ou quatre ans, pour une demande initiale de 2,5 milliards. Les pays en conflit ont été particulièrement mal desservis par l’architecture de l’aide internationale pour l’éducation (Encadré 4). Bien sûr, on connaît les difficultés des donateurs intervenant dans les pays qui sortent à peine de conflits prolongés. Ces difficultés, associées à des systèmes de gestion des finances publiques faibles, une capacité limitée et des problèmes de gouvernance, doivent être prises en charge. Mais cela ne devrait pas empêcher des stratégies novatrices et souples visant à obtenir des résultats dans des domaines tels les soins de santé de base et l’éducation. 6. Tirer parti du partenariat mondial * rapport entre la consommation humaine et les ressources renouvelables en eau FOOD SECURITY RISK INDEX Jobs, Justice and Equity: Seizing Opportunites in Times of Global Change FOOD SECURITY Food security risk is higher in Africa than in any other region. Despite differences within the region, there is not a single country with a low risk. In sub-Saharan Africa, over 200 million people are food insecure. KEY ACTION AREAS: Put smallholder agriculture productivity at the centre of national food security and nutrition strategies, with a focus on women farmers. Encourage youth engagement in agriculture throughout the value chain and work closely with the private sector. Focus on social protection by providing cash or food during periods of stress, to enable rural producers to cope without compromising their long-term productivity or withdrawing their children from school. Focus policies on household enterprises to reduce poverty and dependence on agriculture. Ensure that Africa’s land and water resources are sustainably managed to provide food and nutrition security and livelihoods. Protect Africa’s farmers against large-scale speculative land purchases. Strengthen early warning and response systems for food security crises. Renew and intensify commitment to improving food security and nutrition in Africa at the meetings of the G8 in the United States in 2012 and in the United Kingdom in 2013. Replenish the Rural Water Supply and Sanitation Initiative (RWSSI) and the African Water Facility (AWF) of the African Bank for Development. Develop risk management and adaptation systems to prepare for climate change. OECD-DAC donor countries should clarify how they will mobilize resources for the Green Climate Fund, with specific provisions for adaptation. Extreme High Medium Low No data Data source: Maplecroft 2012 Food Security Risk Index maplecroftrisk responsibility ™ reputation Figure 8 : Avec quelque 340 millions d’Africains n’ayant pas accès à l’eau potable, l’Afrique est la seule région du monde à ne pas encore être en bonne voie d’atteindre l'Objectif 7 du Millénaire pour le développement. DOMAINES D’ACTION • Nécessité d’un effort concerté de l’ensemble des acteurs concernés en vue de proposer une nouvelle approche pour améliorer les infrastructures et la gestion des ressources en eau et offrir un accès à l’eau à l’ensemble des populations • Mobiliser les ressources afin de réduire les disparités entre les zones rurales et urbaines et entre les différentes catégories sociales • Intégrer l’amélioration de l’accès à l’eau aux programmes de développement économiques • Développer des accords transfrontaliers afin de réduire la probabilité de survenue de conflits liés à l’eau • Il est important que les donateurs reconstituent rapidement les fonds de l’Initiative pour l’alimentation en eau et l’assainissement en milieu rural (IAEAR) et du Fonds africain pour l’eau (FAE) L’EAU : UN ENJEU ESSENTIEL POUR LES OMD, MAIS PAS SEULEMENT Source des données : Maplecroft 2012, CIESIN, 2004 ; NIMA, 1999 ; WWDRII, 2000 Indice de stress hydrique : annuel, moyen et relatif * ratio of huma water use to renewable water supply Faible Très élevé Aucune donnée Mean Annual Relative Water Stress Index * * ratio of huma water use to renewable water supply Low Extreme No data relatif * ratio of huma water use to renewable water supply Faible Très élevé Aucune donnée Indice de stress hydrique : L’indice de stress hydrique évalue le rapport entre la consommation d’eau totale (total de la demande domestique, industrielle et agricole) et les ressources renouvelables en eau telles que les eaux de ruissellement au niveau local (précipitation moins évaporation) fournies par les ruisseaux, les rivières et les eaux souterraines peu profondes. Ceci n’inclut pas l’accès aux aquifères souterrains profonds accumulés au fil des siècles et des millénaires. Associée aux effets du changement climatique, l’urbanisation accélérée crée des difficultés accrues en matière d’accès à l’eau potable et aux servicesd’assainissement. Environ40 %desAfricainsnebénéficientpasd’unaccèsadéquatàl’eaupotableouauxservicesd’assainissement. D’ici 2020, entre 75 et 250 millions d’Africains pourraient connaître une aggravation du stress hydrique. L’insécurité hydrique limite également la production agricole et augmente la survenue des maladies. En Afrique, environ 750 000 enfants de moins de 5 ans meurent chaque année suite à la consommation d’eau non potable. On estime à 28 milliards de dollars US les pertes subies chaque année par l’Afrique du fait d’un accès insuffisant à l’eau potable et de l’absence de services d’assainissement adaptés. L’impact du stress hydrique sur l’égalité des sexes est important. Ce sont en effet généralement les femmes qui sont responsables de l’approvisionnement en eau. Dans certaines régions d'Afrique, 8 heures sont consacrées chaque jour à trouver de l’eau, ce qui laisse peu de temps pour aller à l’école ou avoir un emploi rémunéré. INDICE DE STRESS HYDRIQUE
    • 30 Rapport 2012 sur les progrès en Afrique Encadré 4 : Soudan du Sud – dans l’attente des retombées en faveur de l’éducation Six ans après la conclusion d’un accord de paix générale qui a mis un terme à la guerre civile prolongée au Soudan, les enfants du Soudan du Sud attendent toujours les retombées du dividende de la paix pour l’éducation qui pourraient leur changer la vie. Le Soudan du Sud s’est lancé dans l’indépendance depuis les tréfonds du classement mondial en matière d’éducation et d’égalité des genres. Plus de la moitié des enfants du pays en âge de fréquenter l’école primaire – un million au total – ne sont pas scolarisés. Dans un pays de 10 millions d’habitants, il y a moins de 400 fillettes en terminale à l’école secondaire. Sur la balance du risque et de l’opportunité, les jeunes filles ont moins de chances de parvenir à la dernière année d’école primaire que de mourir des suites de leur grossesse ou de leur accouchement. Les pénuries d’enseignants formés, de salles de classe et de livres sont extrêmes. L’éducation est essentielle, non seulement pour la création d’emplois et la réduction de la pauvreté, mais aussi pour cultiver des attitudes qui contribuent à l’épanouissement d’une société plus pacifique. À sa décharge, le gouvernement du Soudan du Sud a fait de l’éducation une priorité nationale. Et le peuple du Soudan du Sud a fait preuve d’une capacité de résilience, d’innovation et de courage extraordinaire, pour continuer à croire dans l’éducation. Malheureusement, l’éducation n’a attiré que peu de contributions financières de la part des donateurs, et l’efficacité de l’aide a pâti d’une mauvaise coordination. On attend toujours du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) une aide financière ou une assistance technique. Un rapport récent propose un soutien international en vue d’un “plan de rattrapage d’urgence pour l’éducation” pour le Soudan du Sud, ce qui permettrait d’élargir les possibilités d’apprentissage à trois millions d’enfants et de jeunes sud-soudanais. Les critères de financement estimés aux environs de 400 millions de dollars par an seraient mobilisés par l’entremise de la Banque mondiale, le GPE, la Banque africaine de développement et les donateurs bilatéraux, le soutien étant canalisé par un fonds commun35 . Compte tenu de tous les problèmes auxquels ils ont du faire face, les fonds mondiaux pour la santé présentent un bon taux de réussite. Transformer le GPE en fonds mondial indépendant inspiré des meilleures pratiques des fonds pour la santé pourrait permettre de donner une nouvelle impulsion en direction des objectifs relatifs à l’éducation. Le GPE pourrait centrer ses efforts explicitement sur un “coup de collier” en faveur des objectifs 2015, en se concentrant sur les pays les plus défavorisés, les enfants laissés pour compte et la nécessité d’améliorer les acquis éducatifs. Le futur de l’Afrique sera façonné par ses peuples et par les politiquesdesesgouvernements.Maisaucunpaysourégion ne peut s’isoler des forces plus vastes de la globalisation. Et aucun gouvernement ne peut se permettre d’ignorer comment ces forces peuvent interagir avec les courants sociaux et économiques qui redéfinissent leurs pays. PART II CINQ TENDANCES GLOBALES QUI FACONNENT L’AFRIQUE
    • 3332 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Certaines tendances générales sont plus prévisibles que d’autres. La démographie est l’un des domaines dans lequel le visage du futur peut être anticipé avec un certain degré de précision. Dans le cas de l’Afrique, ce visage est de plus en plus jeune. Le pouvoir de la démographie L’Afrique est au milieu d’un changement démographique profond. La population s’accroît plus vite que dans n’importe quelle autre région. Au cours des prochaines décennies, il y aura une explosion du nombre de personnes jeunes vivant dans la région. Avec des taux de fertilité commençant à décroître, l’Afrique pourrait être à l’orée du type de révolution démographique que l’Asie a expérimentée il y a trois décennies. Au fur et à mesure que le nombre des personnes en âge de travailler par rapport aux personnes dépendantes augmente, la croissance économique pourrait se voir accélérer – cela constitue un dividende démographique. Cela représente une opportunité. Le risque est que le dividende potentiel devienne un désastre démographique caractérisé par des niveaux élevés du chômage des jeunes, des bouleversements sociaux et des problèmes liés à la faim. Les résultats dépendront de savoir si la génération actuelle des jeunes Africains accomplira la transition vers l’âge adulte équipée de l’éducation et des compétences dont elle a besoin pour réaliser son potentiel – et si la création d’emplois prendra son essor ou pas. Tous ceux qui doutent du pouvoir de la croissance démographique devraient prendre en considération l’arithmétique de base de la démographie africaine. Quand la reprise économique a pris racine, il y a une décennie, la région avait une population de 670 millions de personnes. D’ici 2025 ce chiffre aura doublé – et la population continuera à augmenter au-delà de la seconde moitié du 21ième siècle. La jeunesse est d’ores et déjà l’une des caractéristiques majeures de la démographie de l’Afrique (Figure 10). L’âge médian en Afrique est seulement de 18 ans. C’est 7 ans plus jeune qu’en Asie du Sud et 16 ans plus jeune qu’en Chine. La base de la pyramide des âges de l’Afrique s’élargit. Aujourd’hui, il y a 70 millions de plus d’Africains âgés de moins de 14 ans qu’il y a une décennie. Au cours de la prochaine décennie, ce chiffre s’accroîtra encore de 76 millions. Ces tendances ont des conséquences dans tous les domaines des politiques publiques. Prenons le cas de l’éducation. Juste afin de maintenir les taux de scolarisation en école primaire à un niveau constant les gouvernements devront accroître de 14 pour cent supplémentaires le nombre de classes et de professeurs nécessaires pour augmenter la scolarisation. Si l’on part de l’hypothèse que l’Afrique continuera à progresser dans le domaine de l’éducation, nombre de ces enfants feront la transition vers les écoles secondaires avant d’effectuer la transition vers le marché du travail. Cette transition est déjà difficile – et, en l’absence de création d’emplois sur une échelle très large, elle deviendra plus difficile encore. Au cours des dix dernières années, le nombre des personnes âgées de 15 à 24 ans en Afrique est passé de 133 millions à 172 millions. En 2020 ce chiffre atteindra les 246 millions. Par conséquent, 74 millions d’emplois supplémentaires devront être créés au cours de la prochaine décennie pour simplement éviter que le taux de chômage des jeunes augmente. Pour comprendre comment la démographie est en train de changer le visage des nations, il suffit de regarder la courbe d’évolution de la population des pays à différents stades de la transition démographique. L’une des manières de mesurer où les pays se situent est de comparer les « ratios de dépendance démographique». Le rapport de ceux âgés entre 0 et 14 ans sur ceux âgés de 15 à 64 ans est l’un de ces indicateurs. Au fur et à mesure que les pays vieillissent, le taux de dépendance diminue. Pour les pays développés, le taux actuel se situe autour de 24 pour cent. Il s’élève à 47 pour cent pour l’Asie du Sud. En Afrique, il est à 77 pour cent. L’infographie sur les tendances démographiques (Figure 10) illustre le groupe d’âge entre 0 et 14 ans dans certains pays africains et compare les trajectoires des changements démographiques du Brésil, de la Chine et de l’Inde. Le tournant démographique de la Chine a commencé il y a quatre décennies. À partir de 2020 le nombre des personnes âgées de 0 à 14 ans sera un tiers plus bas qu’en 2000. Au 1. Démographie et géographie humaine se préparer à la hausse du nombre des jeunes Cette section s’intéresse aux cinq tendances globales qui influencent le futur de l’Afrique : 1. La démographie et la géographie humaine se préparer à la hausse du nombre des jeunes 2. La sécurité alimentaire globale plus de gens sur une planète qui se réchauffe 3. Des mouvements tectoniques dans les domaines économique et politique l’ascension des puissances émergentes 4. La science, la technologie et l’innovation stimuler la croissance et le développement 5. La marée montante de l’action citoyenne Aucune de ces tendances n’agit de manière isolée. Chacune vient avec des risques et des opportunités et chacune interagit avec les autres. La manière dont les peuples d’Afrique, les gouvernements et les partenaires de développement gèrent les risques et répondent aux opportunités déterminera la manière dont chaque tendance se développera. Brésil, le nombre des enfants âgés de 0 à 14 ans a commencé à décliner il y a 20 ans. L’Inde se situe juste au point de basculement de la transition démographique. La taille de la population âgée de 0 à 14 ans se stabilise. Les trajectoires pour l’Afrique apparaissent très différentes. Prenons le cas du Nigeria, qui se situe sur la partie basse de la courbe de croissance de la population qui montre une tendance forte à la hausse. Au cours de la prochaine décennie, le nombre des personnes âgées de 0 à 14 ans s’accroîtra de plus de 25 millions. Avec un pays qui lutte déjà pour générer des emplois pour la génération antérieure des 0-14 ans, le défi de l’emploi des jeunes ira en s’intensifiant. L’urbanisation refaçonne la géographie humaine La géographie humaine africaine éprouve également de profonds changements. Poussées par la pauvreté rurale et tirées par l’espoir de trouver un emploi, de plus en plus de personnes de la région migrent vers les villes. Aujourd’hui, autour d’un tiers des Africains vivent dans les centres urbains – plus du double qu’il y a deux décennies. En 2025, les Nations unies estiment que les centres urbains accueilleront 45 pour cent de la population36 . Les mégapoles africaines croissent déjà à un rythme impressionnant. La population de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, s’est accrue de 2 millions de personnes entre 2005 et 2010, la classant parmi les villes de plus de 10 millions d’habitants37 . Lagos, au Nigeria, pourrait devenir une ville de 14 millions d’habitants d’ici 202038 . L’histoire de l’urbanisation comporte deux facettes. Les centres urbains ont émergé comme des centres d’innovation, d’emplois et de réseaux relationnels, agissant comme des aimants pour les entrepreneurs et les chercheurs d’emplois. Mais ils sont aussi des centres de privation aiguë. D’immenses bidonvilles comme celui de Makoko, dans la périphérie de Lagos, ou Kibera à Nairobi au Kenya, ont parmi les densités de population les plus élevées du monde. Leurs habitants vivent dans des conditions épouvantables. Les quartiers informels se développent rapidement. Selon UN Habitat, le nombre d’habitants des bidonvilles en Afrique a doublé au cours de la dernière décennie pour atteindre plus de 200 millions de personnes39 . Il ne manque pas d’innovation et d’activités entrepreneuriales dans les bidonvilles. Au contraire, l’innovation est une stratégie urbaine de survie. Cependant, les conditions de vie dans nombre de bidonvilles d’Afrique sont inacceptables. Trop souvent, les services publics de base et les biens publics – l’eau potable, l’assainissement, la santé, l’éducation et la sécurité – sont rares ou non existants et l’État est pratiquement absent. Les tendances futures de l’urbanisation seront superposées à une toile de fond de grande pauvreté urbaine généralisée. Si les projections des Nations Unies sont correctes, la croissance delapopulationetlamigrationmilieurural/milieuurbainauront pour effet d’accroître de 145 millions le nombre d’Africains habitant dans les villes d’ici 2020 – une augmentation de 50 pour cent de la population40 . Si les tendances passées se maintiennent, la majorité des personnes habitera dans des quartiers informels où les logements et l’infrastructure des services de base sont déjà désespérément surexploités, et où davantage de surpopulation créera de nouveaux risques de santé publique. Aujourd’hui 1/3 des Africains vivent en ville. L’ONU estime qu’en 2025 45 % de la population vivra en zone urbaine. Cela signifie que 145 millions de personnes supplémentaires viendront s’installer en ville, dont un grand nombre dans les bidonvilles. Selon ONU-Habitat, le nombre de personnes vivant dans les bidonvilles d’Afrique a doublé au cours de ces dix dernières années, atteignant désormais plus de 200 millions. La gestion des zones d’habitation non autorisées (expansion et population) La prestation aux habitants de services de base (en particulier en termes d’éducation, d’amélioration de la sécurité et du logement) L’amélioration des infrastructures (accès à l’eau, aux services d’assainissement, au réseau électrique et aux transports) La création d’emplois (intégration économique et sociale d’une population en constante augmentation) l’innovation les opportunités économiques l’emploi et l’éducation l’accès aux biens et aux services la criminalité la surpopulation les risques pour la santé publique la ségrégation et les inégalités URBANISATION - FAITS ET TENDANCES Figure 9 : LES VILLES CONTINUENT DE SE DÉVELOPPER ET sont le lieu où se concentrent DE NOMBREUX DÉFIS MAJEURS sont à relever du fait de ces tendances.
    • 3534 Données démographiques 2011: AYEAR OF SOCIAL UPRISING Governmentoverthrown Ongoingprotests,civildisorderandgovernmentalchanges Majorprotestsin2011 Minorprotests in2011LEGEND Protestsavoided/supressedthroughpreemtivemeasures Lack of democracy Food inflation Lack of opportunties Corruption Inequality Police brutality Unemployment Low wages Lack of civil rights Poor living conditions Lack of freedom Social reform Quality education Government Corporate greed Human rights violations Absolute Monarchy Disregard for Women’s rights Poverty Labour rights POLITICALSYST EM SOCIA LINJUSTICE ECONOMIC H ARDSHIP TRIGGERSTO SOCIAL UNREST Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Nunc quis sapien non ipsum accumsan consequat. Aenean placerat tortor ac augue porta in imperdiet augue lobortis. Duis et enim urna, ac interdum lorem. Vestibulum sollicitudin, risus at consequat luctus, felis est luctus eros, et gravida elit nulla sit ametlorem.Sedsitametsollicitudinerat.Sedegestas,ipsumin hendrerit vulputate, eros eros aliquam orci, vel rutrum eros est sed libero.Vivamus mattis enim eget felis ullamcorper ultrices. Suspendisse congue, ligula ullamcorper blandit pellentesque, est est ultricies ante, eget consectetur ante nisl at lacus. Nunc ultriciesviverrametus,idgravidafelisultricesat. Aliquam nec leo ultrices sem molestie lobortis vitae ut libero. Suspendisse consectetur eros nec elit mattis vehicula. Donec sagittis euismod condimentum. Integer nunc massa, hendrerit vitae sodales et, porttitor condimentum sem. Nulla quis eros eu turpis luctus sollicitudin id vitae arcu. Pellentesque sit amet massa in nisl dignissim pulvinar. Nam sit amet tempus neque. Vivamus tristique mi venenatis neque lobortis congue pellentesque ligula semper. In hac habitasse platea dictumst. Seddictumcommodoodio,utullamcorperjustoelementuma. MohamedBouazizi-themanwhosparked arevolution INFOGRAPHIC 1: Amérique 2010 2030 2050 Population totale* (milliers) 344 529 401 657 446 862 % de la population mondiale 4,97 4,83 4,80 EUROPE 2010 2030 2050 Population totale* (milliers) 738 199 741 233 719 257 % de la population mondiale 10,70 8,91 7,73 Océanie 2010 2030 2050 Population totale* (milliers) 36 593 47 096 55 233 % de la population mondiale 0,53 0,57 0,59 Africa 2010 2030 2050 Population totale* (milliers) 1 022 234 1 562 047 2 191 599 % de la population mondiale 14,82 18,77 23,55 ANTICIPER LE RAJEUNISSEMENT CONSIDÉRABLE DE LA POPULATION Au cours des prochaines décennies, le nombre de jeunesvivantenAfriquedevraitaugmenterdemanière importante. Avec un taux de fécondité en baisse, l’Afriquepourraitconnaîtrelemêmetypederévolution démographique qu’a vécu l’Asie il y a trente ans. 1950 210020502010 1950 210020502010 1950 210020502010 1950 210020502010 88 437 67 356 0 44 0 0 218,5 0 178 Source : APP : données fournies par les Nations unies, Département des affaires économiques et sociales. Division de la population, Estimations de la population et département des Projections * variante moyenne chine 2010 2030 2050 Population totale* (milliers) 1 341 335 1 393 076 1 295 604 % de la population mondiale 19,45 16,74 13,92 Amérique 2010 2030 2050 Population totale* (milliers) 392 555 461 496 488 073 % de la population mondiale 5,70 5,55 5,24 9 milliards en 2050 Les populations de l’Asie et de l’Afrique devraient doubler d’ici 2050. LA CRÉATION D’EMPLOI : UN VRAI DÉFI En Afrique subsaharienne, la population économiquement active devrait continuer à augmenter dans toutes les régions, en particulier en Afrique occidentale. L’Afrique est au coeur d’un profond changement démographique. La population augmente plus rapidement que partout ailleurs. Comme la proportion de personnes en âge de travailler par rapportauxpersonnesàchargeestenaugmentation, la croissance économique pourrait être dynamisée grâce à ce « dividende démographique. » Population économiquement active (millions) 800600400200 2000 37% 252m 2010 40% 337m 2020 low 45% 440m 2020 high 42% 446m 2030 low 55% 645m 2030 high 51% 681m 0 asia 2010 2030 2050 Population totale* (milliers) 2 822 917 3 474 665 3 846 616 % de la population mondiale 40,94 41,76 41,33 à l’exception de la Chine Figure 10 : NIGÉRIA KENYA CHINE BRÉSIL Estimations démographiques - WPP 2010 Projection à variante basse - WPP 2010 Projection à variante haute - WPP 2010 Médiane probabiliste Population en 2050Population en 2010 du Nord du sud Source : Banque africaine de développement, 2011. Afrique orientaleAfrique australe Afrique occidentale Afrique septentrionale % Population économiquement active (pourcentage de la population totale)
    • 3736 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Les pauvres sont trop souvent relégués dans des quartiers informels à la périphérie des villes, sans pouvoir faire leur place comme ils en auraient besoin pour améliorer leur vie au sein de l’économie urbaine. Nombreux sont ceux qui peuvent encore souffrir de l’isolement, de la distance et du manque d’accès qui caractérise les zones rurales, tandis qu’ils vivotent grâce à des moyens de vie précaires qui touchent les milieux ruraux, périurbains ou urbains. En plus d’empêcher l’Afrique d’exploiter les bénéfices de l’agglomération urbaine, l’échec à construire des villes inclusives a des conséquences considérables en termes de bien-être pour ceux qui vivent dans des quartiers informels ou dans les bidonvilles sur les abords des villes. Les prédictions concernant les tendances de l’urbanisation qui ont des implications sérieuses pour l’Afrique n’ont pas reçues l’attention qu’elles méritent. À travers le monde, 25 villes émergeront comme des centres de croissance économique41 . Aucune d’entre elles ne se situe en Afrique. Cependant, la ville du monde avec la plus grande population d’enfants en 2025 sera Kinshasa. Dans le même ordre d’idée, Lagos sera à la sixième place et Luanda, en Angola, sera dans le top 25. Cela soulève le spectre d’un nombre croissant d’enfants africains élevés dans des environnements urbains qui posent des risques sanitaires potentiellement mortels, tandis qu’ils ne fourniront que de rares opportunités pour l’éducation et l’emploi. Les scénarios concernant l’urbanisation confronteront l’Afrique à des choix difficiles. Les villes grandissantes pourraient devenir des centres d’innovation et d’emplois à forte intensité de main-d’œuvre, avec des gouvernements et des autorités municipales intensifiant les investissements dans les infrastructures et les maisons pour les citoyens ordinaires. Cela nécessitera des politiques qui combinent la création d’emplois avec des approches de planification qui évitent de pousser les pauvres dans des habitations illégales ou périphériques et le développement de partenariats public-privé pour financer le développement d’infrastructures, avec, pour priorités principales, l’eau, l’assainissement et l’habitat. Il s’agit de scénarios gagnant-gagnant, avec des investissements publics visant à améliorer les bidonvilles, à créer des emplois et à réduire les risques sanitaires. Le danger est que les bidonvilles continuent à s’étendre avec des créations d’emplois limitées et un sous-investissement continu – créant des risques, non seulement pour la santé publique, mais aussi pour l’ordre public. Ces changements importants dans la démographie et la géographie humaine n’émergeront pas de manière uniforme. Mais, à des degrés divers, ils affecteront chaque pays de la région – et chaque gouvernement africain a besoin de se confronter à leurs implications. Le système alimentaire mondial est soumis à une pression intense qui s’accroît. La croissance de la population, la croissance économique et la recherche de sources d’énergie à faible teneur en carbone entraînent une demande croissante de produits alimentaires, tandis que le changement climatique, les contraintes environnementales et des niveaux plus faibles de croissance de la productivité dans l’agriculture en limitent l’offre. Pour l’essentiel du 20ième siècle, le prix des produits alimentaires a décru en termes réels, prenant à revers les prédictions de nombreux commentateurs. Il y a encore plus qu’assez de denrées alimentaires sur la planète pour nourrir tout le monde. Cependant, il y a une inquiétude croissante - et justifiée – que l’agriculture, la démographie, l’économie et l’écologie vont finir par entrer en collision. Qu’est-ce que les tensions émergeantes dans le système alimentaire mondial signifient pour l’Afrique ? Il y a des opportunités qui portent également avec elles des risques importants. Des prix alimentaires plus élevés peuvent inciter les gouvernements à investir dans l’agriculture et à augmenter la productivité, ou ils peuvent conduire à une détérioration dramatique de la pauvreté et de la malnutrition parmi les populations vulnérables. Le vaste potentiel inexploité de l’Afrique dans le domaine agricole pourrait devenir une source de prospérité rurale et d’une croissance économique plus équilibrée, ou il pourrait agir comme un aimant pour des investissements plus spéculatifs, pour la confiscation de terres et le déplacement des communautés locales. Les marchés du carbone peuvent offrir des opportunités pour les petits agriculteurs en leur permettant de bénéficier des efforts d’atténuation du changement climatique dans les pays riches, bien que les bénéfices, jusqu’à présent, se soient montrés limités et que le futur de ces marchés demeure incertain. Ce qui est certain, en revanche, est que les agriculteurs africains supporteront le poids du dangereux changement climatique, avec des sécheresses et des précipitations imprévisibles renforçant la pauvreté rurale et ébranlant les systèmes alimentaires. L’agriculture mondiale – une nouvelle ère de pénurie La première décennie du 21ième siècle a apporté avec elle des signes annonciateurs d’une pression accrue sur le système alimentaire mondial. Les hausses des prix alimentaires en 2008 se sont traduites par des problèmes liés à la faim et par des émeutes dans de nombreux pays, notamment plusieurs pays en Afrique. Une autre augmentation du prix en 2010 et l’épuisement des stocks de céréales sont apparus comme le signal de marchés commençant à être sous tension. Tandis que les prix ont maintenant diminué, la tendance à moyen terme est clairement vers le haut, à mesure que la démographie, le changement climatique et une demande grandissante dans les économies émergentes reconfigurent les marchés mondiaux de l’alimentation. La croissance de la population augmente le nombre des personnes qui doivent être nourries – et ce n’est pas seulement le nombre des personnes qui augmente. Au fur et à mesure que les revenus s’accroissent dans les marchés émergents, les habitudes alimentaires s’orientent vers une alimentation riche en protéines - les produits laitiers et la viande – qui exige plus de céréales pour sa production. Même en 2011/12, alors que la pression sur les prix s’est amoindrie, le FMI estime que la demande mondiale pour les principales cultures augmentera d’un peu plus de 2 pour cent. Cela est bien au-dessus de la moyenne sur 20 ans, avec des marchés émergents représentant l’essentiel de cette augmentation42 . D’ici 2050, la consommation sera 70 pour cent plus élevée qu’aujourd’hui. L’Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI) estime que d’ici 2050 les prix internationaux pour le maïs auront doublé, tandis que le prix du blé et du riz s’accroîtra autour de 60 pour cent. Les politiques agricoles dans les pays riches ajoutent une pression sur le système alimentaire mondial. Conduits par leurs inquiétudes concernant l’augmentation du prix du pétrole, la sécurité énergétique et le changement climatique, les gouvernements ont accru leur soutien à la production et à la distribution de biocarburants. Les États-Unis ont apporté annuellement des subventions de l’ordre de 5,5 à 7,3 milliards de dollars en faveur de l’éthanol à base de maïs – augmentant les prix mondiaux de 10 à 17 pour cent en 2008. La Feuille de Route pour les Sources d’Énergie Renouvelables de l’Union Européenne inclut des politiques visant à promouvoir les biocarburants pour le transport et des cibles qui vont pousser à la hausse les demandes d’importation. Une demande croissante de l’Union Européenne accroît la demande de production et de terres dans les régions en voie de développement, notamment en Afrique. L’effet net des politiques de l’Union Européenne et des États-Unis est qu’une quantité plus importante de leur production agricole sera dirigée vers les marchés domestiques, tandis que la demande d’importation augmentera. Face à ces demandes croissantes, les contraintes sur l’offre se font plus sévères. Le rendement agricole dans les marchés émergents se ralentit face à la demande croissante. Les contraintes écologiques contribuent à la pression sur l’agriculture. De larges zones en Chine et en Asie du Sud font face à des problèmes sérieux de pénurie d’eau. Selon le PNUE, jusqu’à un quart de la production mondiale alimentaire pourrait être ‘perdue’ au cours du siècle actuel comme conséquence directe des dégradations environnementales grandissantes, notamment de la perte de la biodiversité et de l’érosion des sols43 . 2. La sécurité alimentaire globale plus de gens sur une planète qui se réchauffe Source:UNDESA,TheWorldUrbanisationProspects,the2009Revison,2010 POPULATION DES BIDONVILLES de l’AFRIQUE URBAINE Égypte Somalie Éthiopie Kenya Ouganda Rwanda Tanzanie Comores Malawi Madagascar Zimbabwe Mozambique Burundi Lesotho Afrique du Sud Angola Namibie Maroc Mali Niger République centrafricaine Tchad Cameroun Congo Togo Bénin Ghana Côte d’Ivoire Guinée équatoriale Gabon Nigeria Mauritanie Gambie Guinée-Bissau Sierra Leone Guinée Burkina Faso Sénégal Soudan Érythrée Swaziland Botswana Zambie Tunisie Libye Algérie Djibouti Liberia 65 30 7 0,5 Proportion de la population urbaine vivant dans les bidonvilles Aucune donnée Population urbaine totale par pays (million d’habitants, 2005) Figure 11 :
    • 3938 AFRICA PROGRESS REPORT 2012 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociaux Sur la ligne de front – La sécurité alimentaire africaine Les changements spectaculaires qui refondent les marchés agricoles mondiaux auront des conséquences profondes pour l’Afrique. Les pays de la région sont de plus en plus vulnérables à l’insécurité alimentaire. Les gouvernements – et leurs partenaires de développement – doivent agir maintenant pour développer les stratégies visant à la réduction et à la gestion des risques. Des prix alimentaires internationaux instables représentent un domaine à risque. Comme les événements de 2007/2008 et 2010 l’ont démontré clairement, de nombreux pays dans la région sont mal équipés pour répondre aux augmentations des prix mondiaux. Les pays qui sont d’importants importateurs nets de denrées alimentaires de base – tels que l’Éthiopie, la Guinée, la Sierra Leone, Madagascar, le Mozambique, le Niger et le Mali – ressentent rapidement l’impact de prix à l’importation plus élevés. Il en va également ainsi des pays qui expérimentent des sécheresses ou des conditions climatiques défavorables pendant les périodes de prix mondiaux plus élevés, comme cela a été illustré par les expériences du Bénin et du Kenya en 2011. Au fur et à mesure que la pression des prix mondiaux augmente, les gouvernements d’Afrique doivent mettre en place des politiques qui limiteront les risques auxquels les personnes vulnérables font face. Des programmes de protection sociale – tels que le Productive Safety Net Programme d’Éthiopie – peuventaideràprotégerlesménagespauvresdel’inflationdes prix alimentaires en fournissant une source de revenus ou de la nourriture pendant les périodes de tension. Les gouvernements peuvent également réguler les marchés domestiques en amassant des réserves pendant les périodes de bas prix et en ouvrant les stocks quand les prix augmentent ; le Cameroun a créé une agence pour répondre à ce besoin. Les politiques commerciales sont également importantes pour répondre aux variations des prix. Les politiques malavisées devraient être évitées. Mi-2011, le Kenya a maintenu les prix du maïs à un niveau 70 pour cent plus haut que les prix déjà élevés au niveau mondial – au cours d’une sécheresse majeure – pour protéger les prix payés essentiellement à des agriculteurs ayant de larges exploitations commerciales. Cela s’est finalement traduit par une exacerbation des problèmes sous-jacents de sécurité alimentaire. Une leçon politique majeure de la sécheresse de 2011 est que les importateurs habituels de denrées alimentaires devraient réduire l’inflation des prix alimentaires à travers le commerce régional et international. Une assistance internationale coordonnée est aussi requise. La crise alimentaire dans la Corne de l’Afrique, au cours de l’année 2011, a illustré graphiquement certains des problèmes du système d’aide alimentaire actuel. Les agences avaient prévenu d’une crise naissante en août 2010. Cependant, ce ne fut pas avant que la pluie vint à manquer pour la deuxième fois, en 2011, qu’une réponse concertée fut développée. Avant que l’aide ne commence à arriver en quantités suffisantes, les gens avaient déjà commencé à mourir44 . Tandis que les menaces liées au changement climatique et à la montée des prix au niveau mondial s’amoncellent, les gouvernements africains et les agences internationales ont besoin de mettre en place un système d’intervention d’urgence plus robuste, réactif et prévisible. L’aide alimentaire doit faire partie de ce système. Ici aussi, cependant, il y a des problèmes à résoudre. L’aide alimentaire devient moins disponible à mesure que les prix augmentent et que l’offre se resserre, et il y a des indications selon lesquelles l’aide alimentaire devient plus difficile à mobiliser sur une base prévisible. En 2006, à la veille de l’augmentation des prix, il y avait 40 pour cent de moins d’aide alimentaire disponible qu’en 2000. Comme la crise alimentaire dans la Corne de l’Afrique et l’augmentation des prix de 2008 l’ont démontré de manière spectaculaire, la sécurité alimentaire est un domaine dans lequel la prévention est plus efficace – et moins chère – que l’aide d’urgence après les événements. Avec la perspective de prix plus élevés et plus volatiles, les gouvernements africains doivent porter une attention urgente à ce qui est susceptible d’être la manière la plus efficace de prévenir les chocs alimentaires : le développement d’une agriculture durable de petits exploitants (Encadré 5). Le changement climatique rendra cette tâche plus difficile. Dépendant d’une agriculture pluviale non irriguée, opérant dans des zones inondables et enclines à la sécheresse , et travaillant sur des sols écologiquement fragiles avec des engrais et d’autres intrants limités, les agriculteurs d’Afrique sont actuellement vulnérable au changement climatique. Une étude menée par Oxfam45 parmi les agriculteurs au Kenya, au Malawi, au Mali, au Mozambique et en Ouganda, a montré une tendance systématique d’inquiétude par rapport à des précipitations plus irrégulières et variables, aux effets du stress thermique sur les plantes, à des saisons végétatives plus courtes et, dans certains cas, à des sécheresses plus intenses et plus longues. Des exercices sophistiqués de modélisation des récoltes indiquent que le pire est à venir. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a identifié l’Afrique sub-saharienne comme la région faisant face aux risques alimentaires les plus grands en raison du changement climatique. Des températures plus élevées, une évaporation de l’eau accrue, des précipitations moins prévisibles, un stress hydrique plus important, et une expansion des zones de sécheresse, pourraient amoindrir la production agricole. Les rendements des produits alimentaires de base tels que le manioc, les patates douces et l’igname pourrait chuter de 15 pour cent d’ici 2050, et pour le maïs de 30 pour cent. Mettez ces projections en parallèle avec les scénarios d’augmentation de la population et de prix plus élevés des produits alimentaires importés, et vous avez les conditions de la tempête parfaite pour créer des problèmes liés à la faim plus importants. Des recherches réalisées par l’IFPRI suggèrent que les seuls effets du changement climatique pousseront un millions d’enfants de plus dans la malnutrition d’ici 203046 . Une adaptation réussie des petits agriculteurs pourrait réduire de manière spectaculaire les risques posés par le changement climatique.Lesinnovationsdanslagestiondel’eauetl’irrigation, des variétés de semences résistantes à la sécheresse, la conservation des sols, de nouvelles techniques de labour et des modèles de cultures résistantes aux phénomènes climatiques pourraient tous faire une différence. Les agriculteurs africains sont innovants, ingénieux et habitués à gérer les risques liés FOOD SECURITY RISK INDEX 81 Jobs, Justice and Equity: Seizing Opportunites in Times of Global Change FOOD SECURITY Food security risk is higher in Africa than in any other region. Despite differences within the region, there is not a single country with a low risk. In sub-Saharan Africa, over 200 million people are food insecure. KEY ACTION AREAS: Put smallholder agriculture productivity at the centre of national food security and nutrition strategies, with a focus on women farmers. Encourage youth engagement in agriculture throughout the value chain and work closely with the private sector. Focus on social protection by providing cash or food during periods of stress, to enable rural producers to cope without compromising their long-term productivity or withdrawing their children from school. Focus policies on household enterprises to reduce poverty and dependence on agriculture. Ensure that Africa’s land and water resources are sustainably managed to provide food and nutrition security and livelihoods. Protect Africa’s farmers against large-scale speculative land purchases. Strengthen early warning and response systems for food security crises. Renew and intensify commitment to improving food security and nutrition in Africa at the meetings of the G8 in the United States in 2012 and in the United Kingdom in 2013. Replenish the Rural Water Supply and Sanitation Initiative (RWSSI) and the African Water Facility (AWF) of the African Bank for Development. Develop risk management and adaptation systems to prepare for climate change. OECD-DAC donor countries should clarify how they will mobilize resources for the Green Climate Fund, with specific provisions for adaptation. Très élevé Elevé Moyen Faible Aucune donnée Data source: Maplecroft 2012 Indice de risque en matière de sécurité maplecroftrisk responsibility ™ reputation LES RISQUES EN MATIÈRE DE SÉCURITÉ ALIMENTAIRE SONT PLUS ÉLEVÉS EN AFRIQUE QUE DANS TOUTE AUTRE RÉGION DU GLOBE. Même s’il existe des différences selon les pays, aucun pays africain n’est considéré comme présentant un risque faible dans ce domaine. En Afrique subsaharienne, plus de 200 millions de personnes vivent dans l’insécurité alimentaire. DOMAINES D’ACTION • Placer les petits exploitants et la productivité agricole au centre des politiques de sécurité alimentaire et de nutrition nationales, en mettant l’accent sur ​​les femmes agricultrices Encourager l’implication des jeunes dans le secteur agricole tout au long de la chaîne de valeur et travailler en étroite collaboration avec le secteur privé • Mettre l’accent sur la protection sociale en fournissant argent ou nourriture aux populations pendant les périodes de crise afin de permettre aux producteurs ruraux de faire face aux difficultés sans compromettre leur productivité à long terme ou retirer leurs enfants de l’école • Centrer les politiques sur les entreprises familiales afin de combattre la pauvreté et la dépendance à l’agriculture • Assurer une gestion durable des ressources naturelles et des ressources en eau d’Afrique afin de garantir la sécurité alimentaire et la bonne nutrition des populations tout en leur fournissant des moyens de subsistance • Protéger les agriculteurs africains des achats spéculatifs de terres à grande échelle • Renforcer les systèmes d’alerte précoce et de réaction rapide aux crises liées à la sécurité alimentaire • Renouveler et renforcer l’engagement des différents acteurs dans la lutte pour la sécurité alimentaire et une meilleure nutrition en Afrique au cours des réunions du G8 qui se tiendront aux États-Unis en 2012 et au Royaume-Uni en 2013 • Développer différents systèmes de gestion des risques et d’adaptation afin de préparer le continent africain aux changements climatiques Les pays donateurs de l’OCDE/CAD devront préciser la manière dont ils prévoient de mobiliser des ressources pour le Fonds vert pour le climat, tout en prenant des dispositions spécifiques en termes d’adaptation L’indice de Maplecroft permet d’estimer les risques d’insécurité alimentaire et fournit une évaluation quantitative de l’accès à la nourriture, de sa disponibilité ainsi que de la stabilité des systèmes de production alimentaire. Cet indice comprend également des indicateurs mesurant l’impact nutritionnel de la sécurité alimentaire de chaque pays. SÉCURITÉ ALIMENTAIRE Figure 12 : INDICE DE RISQUE EN MATIÈRE DE SÉCURITÉ ALIMENTAIRE
    • 4140 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique au climat, mais ils ne seront pas capables de s’adapter de manière systématique et avec des effets durables tout seuls. Ils ont besoin d’aide de la part de leurs gouvernements et de la communauté internationale pour intensifier l’adaptation. Cette aide a été lente à arriver. Voyant les circonstances dans lesquelles les agriculteurs africains ont évolué, il est difficile d’échapper à un sentiment d’injustice. Les pays riches n’ont pas perdu de temps pour investir dans l’adaptation chez eux. Ils investissent des milliards de dollars dans des systèmes de contrôle des inondations. Leurs agriculteurs reçoivent des assurances relatives au climat et de l’aide à la gestion des risques largement subventionnées. Pour prendre un exemple, le Royaume-Uni dépense 1,2 milliard de dollars chaque année pour lutter contre les inondations47 . Les agriculteurs au sein de l’Union Européenne reçoivent 120 milliards de dollars de subventions pour les aider à réduire les risques. Cela est à comparer avec les 100-200 millions de dollars affectés pour soutenir l’adaptation climatique dans les pays les plus pauvres à travers les fonds multilatéraux spécialisés créés à cette fin48 . Cela revient à ce que Desmond Tutu a judicieusement décrit comme un ‘apartheid de l’adaptation’.49 L’aide pour l’adaptation au changement climatique pourrait réduire de manière substantielle les risques auxquelles les petits agriculteurs d’Afrique font face. Même des investissements relativement petits pourraient générer de hauts rendements en empêchant des pertes financières bien plus grandes, ainsi que des pertes de moyens de subsistance. Une étude récente pour la Tanzanie a conclu qu’un investissement annuel de 100 millions de dollars dans l’adaptation pour les petits exploitants agricoles – comprenant une aide pour l’irrigation à petite échelle, le terrassement, les routes rurales et la recherche – permettrait d’empêcher des pertes annuelles de l’ordre de plusieurs centaines de millions de dollars50 . La protection sociale est un autre domaine prioritaire pour l’aide à l’adaptation. Quand les récoltes sont mauvaises, les petits agriculteurs n’ont souvent pas d’autre choix que d’adopter des stratégies d’adaptation qui impliquent la vente des actifs productifs et obligent à couper les dépenses de santé, d’éducation et d’alimentation. Cela fait partie du piège de la pauvreté en milieu rural. En fournissant de l’argent ou de la nourriture pendant les périodes de tension, les filets de protection sociale peuvent permettre aux producteurs ruraux de faire face à la situation, sans avoir à compromettre leur productivité à long terme, ou à retirer leurs enfants de l’école. La prise en compte de la solidarité humaine, de la justice naturelle et de l’efficacité économique fournit des arguments irréfutables en faveur d’une action internationale. Les agriculteurs et les gouvernements africains ne peuvent pas assumer la plus grande partie des coûts d’une adaptation réussie, ni ne devraient en être tenus. Les femmes agricultrices au Malawi, en Éthiopie et dans d’autres parties de l’Afrique, ont parmi les empreintes carbones les plus faibles au monde. Elles ne sont pas responsables du dangereux changement climatique et elles ont le droit d’attendre une aide de la part des pays qui portent l’essentiel de cette responsabilité. Retarder les investissements dans l’adaptation aura non seulement pour résultat des souffrances humaines évitables, et la perte non nécessaire du potentiel productif, mais aussi l’augmentation des coûts de l’adaptation sur le long terme. C’est pourquoi les pays développés doivent mettre en œuvre leurs engagements pris lors des différents sommets sur les changements climatiques tenus à Copenhague, à Cancun et à Durban et consistant à mobiliser 100 milliards de dollars d’ici 2020 pour le Fonds vert pour le climat, avec la moitié de ce montant destinée à l’adaptation. En attendant, il est essentiel de réapprovisionner rapidement l’Initiative pour l’alimentation en eau et l’assainissement en milieu rural (IAEAR) et la Facilité Africaine de l’Eau (FAE) de la Banque Africaine de Développement, dans la mesure où elles constituent les instruments les plus efficaces pour financer l’accès à l’eau et à l’assainissement dans les zones urbaines et les zones rurales éloignées en Afrique, et de développer des initiatives d’adaptation avant même que le Fonds vert devienne opérationnel. Le grand accaparement des terres africaines Pour les communautés à travers l’Afrique, la terre est plus qu’un simple actif économique. C’est une source de vie et une partie essentielle des moyens de subsistance, de la culture et de l’identité. Pour d’autres, situés dans les marchés mondiaux de plus en plus interconnectés du commerce et de la finance, les terres d’Afrique revêtent un autre aspect. Les gouvernements étrangers inquiets des futurs approvisionnements alimentaires, les sociétés agroalimentaires cherchant des sites de production pourlesbiocarburants,etlesmultiplesinvestisseursetspéculateurs étrangers, ont rejoint la course pour sécuriser ce qui, à leurs yeux, ressemble à la dernière grande frontière agricole non exploitée – les terres agricoles et les ressources hydriques de l’Afrique. Un rapport influent, destiné à la communauté internationale des investisseurs, a annoncé que l’Afrique recelait 600 millions d’hectares de terres arables non cultivées – 60 pour cent du total mondial51. Les investisseurs étrangers n’ont pas attendu pour agir. Les années récentes ont vu une prolifération d’opérations d’envergure sur les terres à travers le monde, nombre d’entre elles conclues dans le secret et non signalées. L’analyse récente la plus poussée indique un nombre d’opérations rapportées, conclues au niveau mondial entre 2000 et 2011, autour de 2000, couvrant 203 millions d’hectares52 . L’Afrique représente 948 acquisitions couvrant 134 millions d’hectares – une zone plus large que la France, l’Allemagne et le Royaume- Uni réunis. Comme dans d’autres parties du monde, la ruée sur la terre de l’Afrique a été déclenchée initialement par l’augmentation brutale des prix alimentaires en 2007. D’autres facteurs incluent les augmentations concernant le prix du pétrole et une demande de l’Union Européenne grandissante pour les biocarburants. La pure spéculation a également joué un rôle. La récente fragilité mondiale des marchés obligataires et de capitaux a pu encourager les gérants des fonds d’investissement à chercher des droits sur les terres africaines pour anticiper la hausse de leur valeur. Comme il est dit dans l’enquête la plus complète sur les opérations au niveau mondial portant sur la terre : « Le haut niveau d’intérêt pour l’acquisition de la terre en Afrique apparaît être conduit par une perception que de vastes étendues peuvent être acquises de la part des gouvernements, avec peu ou pas de paiement ».53 Il y a une perception parallèle selon laquelle de très hauts profits sont disponibles. L’un des fonds agricoles les plus importants opérant en Afrique a informé les investisseurs qu’il ciblait une rentabilité moyenne sur ses activités de l’ordre de 25 pour cent. Même si on met de côté son caractère exagéré, il s’agit d’une déclaration remarquable. La ruée visant à acquérir les terres africaines implique un large éventail d’intervenants, notamment les agences gouvernementales et les fonds souverains de la Chine, de l’Arabie Saoudite et du Qatar ; les sociétés privées d’Inde, de la Corée du Sud, des États-Unis et de l’Europe ; et une variété de hedge funds et d’investisseurs. La seule motivation qui fasse défaut, de la part de ces investisseurs, est la plus importante de toutes, c’est-à-dire l’impératif d’augmenter la productivité des petites exploitations agricoles, de renforcer la prospérité rurale et de développer les ressources foncières de l’Afrique pour satisfaire les besoins des peuples africains. L’accaparement des terres est devenu une industrie de croissance à l’échelle régionale. L’échelle même des opérations effectuées est une cause d’inquiétude. En l’espace de juste quatre ans, jusqu’à la fin 2010, les investisseurs étrangers ont sécurisé des droits sur 5,1 millions d’hectares de terres dans le Soudan du Sud. Selon l’Oakland Institute, parmi les investisseurs, on trouve une société d’investissement financier basée au Texas, des sociétés de capital-investissement égyptiennes et des fonds de développement associés avec les gouvernements du Royaume-Uni et de la Finlande54 . Le Mozambique a octroyé des concessions équivalant à plus de 2,5 millions d’hectares, avec les biocarburants comme activité majeure. La Tanzanie, l’Éthiopie et la Zambie ont toutes octroyé des concessions sur de larges zones de terres. Pour les Africains, les bénéfices des vastes acquisitions de terres sont discutables. Cela est tout particulièrement vrai pour les milliers de petits agriculteurs qui ont été expulsés de leur terre, parfois par la force et en général avec une compensation minimale, pour laisser la place aux investisseurs étrangers. Dans l’un des cas récents soulevés par les organisations non gouvernementales et les communautés en Ouganda, le Médiateur de la Société Financière Internationale (SFI) a décidé d’enquêter sur l’accusation d’après laquelle 20 000 agriculteurs dans l’Ouest de l’Ouganda ont été expulsés sans compensation. Dans un cas historique, le Médiateur de la SFI mène une enquête à propos d’une plainte déposée par Oxfam et l’Uganda Land Alliance contre un fonds de capital- investissement soutenu par la SFI. Le fonds a investi dans une société qui est accusée d’avoir déplacé de force des personnes de leur terre, en Ouganda, pour faire des plantations de pins et d’eucalyptus55 . De nombreux gouvernements, promouvant l’acquisition de terres, semblent voir cela comme faisant partie d’une stratégie plus large visant à encourager l’agriculture à grande échelle. Sous les bonnes conditions, il n’y a pas de doute que l’investissement étranger dans l’agriculture commerciale peut être bénéfique. Tout en liant les petits agriculteurs aux marchés régionaux et mondiaux, l’agriculture commerciale peut fournir le capital, les technologies, l’infrastructure et les connaissances nécessaires pour augmenter la production, les revenus et l’emploi. Malheureusement, l’acquisition des terres en Afrique a souvent été gérée d’une manière qui ne garantit aucun de ces bénéfices. Une analyse détaillée des contrats d’acquisition de la terre aide à expliquer pourquoi il en va ainsi. Les baux sont généralement octroyés avec des loyers très bas et avec des exonérations fiscales très larges. Il est rarement demandé aux investisseurs de fournir des opportunités d’emplois pour les communautés locales ou d’entrer en relation contractuelle avec les petits exploitants agricoles. Les contrats sont en général élaborés et négociés à huis clos, sans évaluation sociale ou environnementale, sans consultation avec les communautés affectées ou sans exigence ultérieure d’audits. Il n’y a pas de mécanisme de garantie concernant la sécurité alimentaire exigeant des locataires de vendre les produits alimentaires sur les marchés locaux pendant les périodes de prix élevés des denrées alimentaires. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que les résultats des acquisitions de terres à grande échelle aient souvent été décevants. Manquant de la capacité légale et technique pour examiner minutieusement le détail des opérations portant sur la terre, les gouvernements africains se sont souventtrouvésensituationd’otagesd’accordsinéquitables. Le manque de transparence entourant les opérations et les contrats sur la terre ouvre la voie à la corruption et aux expulsions forcées. Bien que les modèles de propriété foncière varient à travers l’Afrique, de nombreux agriculteurs en Afrique – particulièrement les femmes – manquent d’une base légale codifiée pour appuyer leurs droits à la terre, ce qui fait que les personnes riches et puissantes peuvent obtenir sans risque leur déplacement, même si leurs familles ont vécu sur la terre en question pendant des générations. Dans de nombreux cas, les investisseurs ont obtenu des baux, mais ont laissé la terre inexploitée, la possédant comme un actif spéculatif à exploiter – ou à commercialiser – dans de bonnes conditions de marché. Oxfam et d’autres organisations non gouvernementales, travaillant avec des partenaires en Afrique, ont réussi à défier des groupes d’intérêts économiques puissants et ont pu attirer l’attention des gouvernements et du public sur la menace posée par l’accaparement des terres. Plusieurs gouvernements d’Afrique ont maintenant pris des mesures courageuses pour répondre aux problèmes associés aux transactions foncières à grande échelle. À la fin de 2009, le Mozambique a déclaré un moratoire sur les nouvelles concessions à grande échelle portant sur les terres et plusieurs projets ont été annulés. Deux ans plus tard, dans le cadre d’une nouvelle politique agricole, un processus d’enregistrement communautaire des terres a été introduit, pour protéger les droits des petits agriculteurs. Le Libéria a renégocié le contrat pour une plantation de caoutchouc à grande échelle afin de garantir des revenus plus élevés et des engagements exécutoires concernant les opportunités d’emplois et de commerce pour les communautés locales. Il ne fait pas de doute que l’Afrique a besoin d’investissements – privés et publics – dans l’agriculture. Ce dont l’Afrique n’a pas besoin, et ne peut pas se permettre, c’est de politiques qui transfèrent la terre aux investisseurs motivés principalement par l’idée de nourrir des populations dans d’autres pays, de fournir les marchés de biocarburants à travers le monde, ou de garantir des profits spéculatifs.
    • 4342 AFRICA PROGRESS REPORT 2012 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociaux Encadré 5 : La ‘classe oubliée’ – les agriculteurs africains Une raison des modestes progrès de l’Afrique dans la réduction de la pauvreté et de la malnutrition est le manque d’attention portée aux petits exploitants agricoles. Cette question est étudiée en détail dans le premier rapport sur le développement humain en Afrique du PNUD56 . L’urbanisation peut s’accélérer et de nouveaux secteurs de croissance peuvent émerger dans le domaine manufacturier, minier et dans les services. Cependant, les moyens de subsistance de deux Africains sur trois continuent de dépendre de l’agriculture. L’agriculture est la principale source des moyens de subsistance et des revenus pour les femmes africaines. À part le fait de fournir des emplois et de la nourriture pour les populations rurales, l’agriculture africaine fournit également les zones urbaines en denrées alimentaires. Cependant, de nombreux agriculteurs africains sont laissés pour compte. Libérer le potentiel productif des agriculteurs africains renforcerait la reprise économique. Cela augmenterait les revenus, créerait des emplois, créerait de nouveaux marchés, ouvrirait de nouvelles opportunités pour les investissements et lierait l’agriculture et l’économie non agricole à d’autres centres de croissance. Parce que la plupart des pauvres d’Afrique vivent et travaillent dans les zones rurales, les gains de productivité renforceraient l’interaction à double sens entre la croissance et la réduction de la pauvreté. Dans des pays comme l’Éthiopie et le Kenya, chaque point de pourcentage de croissance agricole réduit l’incidence de la pauvreté avec un taux de croissance double des autres secteurs. Et à un moment où l’Afrique a la population du monde qui s’accroît le plus vite, quand davantage de personnes se dirigent vers les villes et quand il y a des inquiétudes croissantes concernant les prix mondiaux des biens agricoles, une agriculture plus vivante fournirait une base sûre pour la sécurité alimentaire. L’agriculture n’a pas été un élément central de l’histoire de la croissance africaine. Le rendement des céréales se situe juste au-dessus du tiers de la moyenne des pays en voie de développement – et a à peine augmenté en 30 ans. Les obstacles à l’augmentation de la productivité des exploitations agricoles de petites taille sont bien connus. À l’opposé de l’Asie, où l’agriculture irriguée domine, autour de 80 pour cent des exploitations agricoles africaines opèrent dans des conditions d’agriculture pluviale, souvent dans des environnements sujets à la sécheresse (l’irrigation est importante, mais son absence ne signifie pas nécessairement que la productivité ne peut pas être augmentée, comme cela a été montré au Brésil). La quantité d’engrais utilisée à l’hectare est la plus faible du monde. Manquant de semences améliorées, de nouvelles technologies et de pesticides, les agriculteurs luttent pour augmenter les productions. Le résultat final est que la plupart des petits agriculteurs ne sont pas capables de produire assez de nourriture pour satisfaire les besoins de leur foyer, sans parler de répondre aux opportunités du marché créées par une demande urbaine croissante. Plutôt que de répondre à ces problèmes directement, certains gouvernements en ont conclu que seulement des exploitations commerciales à grande échelle pouvaient atteindre une percée en termes de productivité. De telles exploitations ont un rôle essentiel à jouer, spécialement quand elles agissent comme des centres liant les producteurs à des intrants et des systèmes agricoles améliorés, à de nouveaux marchés et à des chaînes de valeur plus importantes. Cependant l’Afrique n’accroîtra pas sa production agricole, ne créera pas d’emplois ou ne réduira pas la pauvreté au niveau nécessaire sans libérer le potentiel de l’agriculture de petite taille. L’agriculture de petite taille doit être placée au centre d’une révolution verte pour l’Afrique, comme cela a été souligné dans le travail de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA). Libérer les gains de productivité nécessitera une nouvelle manière de penser, de nouvelles approches en ce qui concerne les dépenses publiques et une forte impulsion politique. Les gouvernements auront besoin d’investir dans des infrastructures qui rendent possible pour les petits exploitants agricoles d’être compétitifs sur les marchés. Ils devront investir plus dans la recherche et le développement qui soient davantage adaptés aux agriculteurs travaillant avec de bas niveaux d’intrants dans les conditions d’une agriculture pluviale, afin que les nouvelles semences, les nouveaux engrais et les nouvelles technologies deviennent disponibles. Ils devront renforcer la gestion des sols et de l’eau. Et, comme indiqué plus haut dans cette section, il est nécessaire de faire plus pour empêcher les spéculateurs d’acheter de vastes étendues de terres. On estime qu’entre 2000 et 2011, 948 contrats d’achats de terres ont été signés en Afrique, soit 134 millions d’hectares, une superficie supérieure à celle de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni réunis. The Respect for Property Rights Index assesses the protection extended to private property, including access to remedy. Jobs, Justice and Equity: Seizing Opportunites in Times of Global Change maplecroftrisk responsibility ™ reputation KEY ACTIONS recommendation recommendations recommendation LAND GRABS AND PROPERTY RIGHTS SMALL TEXT ON LAND GRABS AND HOW WEAK LEGISLATION IS A PROBLEM Extreme High Medium Low No data Data source: Maplecroft 2012 Respect for Property Rights Index INDICE DE RESPECT DES DROITS DE PROPRIÉTÉ DOMAINES D’ACTION • Protéger les agriculteurs africains des achats spéculatifs de terres à grande échelle • Évaluer avec soin les transactions foncières à grande échelle et envisager un moratoire dans l’attente de la création d’une législation protégeant les petits agriculteurs et la population locale. • Il est important que l’Union africaine définisse un cadre juridique permettant de contrôler les investissements étrangers dans le secteur agricole. • Puisque qu’il s’avère difficile pour les gouvernements africains de contrôler les investissements fonciers venus de l’étranger, la nouvelle Facilité africaine de soutien juridique de la Banque africaine de développement pourrait envisager la définition de compétences supplémentaires en matière de gestion des terres. • Strengthen legislation to give women farmers equal land rights La problématique des achats de terrains constituent un véritable défi en Afrique : • Les baux proposent généralement des loyers très faibles et sont accompagnés d’importantes exonérations fiscales. • Il est rare que les investisseurs doivent offrir des possibilités d'emplois aux communautés locales ou passer des accords avec les petits exploitants. • Les contrats sont généralement établis et négociés à huis-clos, sans possibilité d’évaluer leur impact social et environnemental, sans consultation avec les populations concernées et sans respecter les procédures en termes d’audit. • There are no food-security safeguards requiring leaseholders to sell food products in local markets during periods of high food prices. Accaparement DES TERRES ET DROITS DE PROPRIÉTÉ The Respect for Property Rights Index assesses the protection extended to private property, including access to remedy. Jobs, Justice and Equity: Seizing Opportunites in Times of Global Change maplecroftrisk responsibility ™ reputation KEY ACTIONS LAND GRABS AND PROPERTY RIGHTS SMALL TEXT ON LAND GRABS AND HOW WEAK LEGISLATION IS A PROBLEM Très élevé Elevé Moyen Faible Aucune donnée Source des données : Maplecroft 2012 Indice de respect des droits de propriété FOOD SECURITY RISK INDEX 81 Jobs, Justice and Equity: Seizing Opportunites in Times of Global Change FOOD SECURITY Food security risk is higher in Africa than in any other region. Despite differences within the region, there is not a single country with a low risk. In sub-Saharan Africa, over 200 million people are food insecure. KEY ACTION AREAS: Put smallholder agriculture productivity at the centre of national food security and nutrition strategies, with a focus on women farmers. Encourage youth engagement in agriculture throughout the value chain and work closely with the private sector. Focus on social protection by providing cash or food during periods of stress, to enable rural producers to cope without compromising their long-term productivity or withdrawing their children from school. Focus policies on household enterprises to reduce poverty and dependence on agriculture. Ensure that Africa’s land and water resources are sustainably managed to provide food and nutrition security and livelihoods. Protect Africa’s farmers against large-scale speculative land purchases. Strengthen early warning and response systems for food security crises. Renew and intensify commitment to improving food security and nutrition in Africa at the meetings of the G8 in the United States in 2012 and in the United Kingdom in 2013. Replenish the Rural Water Supply and Sanitation Initiative (RWSSI) and the African Water Facility (AWF) of the African Bank for Development. Develop risk management and adaptation systems to prepare for climate change. OECD-DAC donor countries should clarify how they will mobilize resources for the Green Climate Fund, with specific provisions for adaptation. Extreme High Medium Low No data Data source: Maplecroft 2012 Food Security Risk Index maplecroftrisk responsibility ™ reputation Figure 13 :
    • 4544 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Encadré 6 : La gouvernance économique mondiale en plein changement La montée en puissance des BRIC et des marchés émergents change fondamentalement la gouvernance économique mondiale. Ces changements sont importants pour l’Afrique parce qu’ils auront une influence sur la place de la région dans le dialogue mondial, notamment sur les questions allant de la réforme du FMI et de la Banque Mondiale au commerce et au changement climatique. En dépit des réformes récentes, les économies avancées continuent de dominer la gouvernance du FMI et de la Banque Mondiale. Le G8 fournit un forum pour le dialogue et est la principale source de l’aide internationale et ses membres sont des acteurs majeurs dans le commerce mondial, mais les sommets du G8 ont moins de poids et d’autorité qu’ils en avaient il y a dix ans. Tandis que les BRICS n’ont pas d’institution, le dialogue entre leurs gouvernements s’est intensifié et le G20 a émergé comme le forum économique mondial le plus représentatif. Ces changements n’ont pas été entièrement positifs pour l’Afrique. Quels que soient ses défauts en général, le G8 a joué un rôle dans le lancement et la mobilisation de nouvelles ressources pour les fonds mondiaux pour la santé, dans la réduction de la dette de l’Afrique et – notamment lors du sommet de Gleneagles – pour garantir une augmentation des engagements concernant l’aide. Plusieurs dirigeants africains ont joué un rôle important dans la formation d’un programme spécifique de développement du G8. En effet, on peut dire que le développement international a été le domaine dans lequel le G8 a fait une réelle différence. Tandis que le G20 est un organe plus représentatif et, aux yeux de beaucoup, un organe plus approprié, il doit encore développer un programme de développement convaincant, autonome et stratégique. L’Afrique du Sud est le seul pays africain ayant une place autour de la table. Si l’Afrique veut éviter la marginalisation dans les processus émergents du G20, les dirigeants de la région devront militer pour une large participation (plutôt que d’avoir un statut d’observateur supérieur) et développer un programme africain. Il se peut que la solution soit que l’Union Africaine se voit attribuer un rôle représentatif, selon les accords pour l’Union Européenne. Un domaine dans lequel le G20 pourrait faire une différence est celui concernant les approches relatives au financement des infrastructures à travers les partenariats public-privé. Les gouvernements africains ont besoin de revoir leurs stratégies pour s’engager dans les autres domaines de la gouvernance économique mondiale. Comme le Président Sud-Africain Jacob Zuma l’a souligné au sommet du G20 de 2011, la voix et la participation de l’Afrique dans les affaires du FMI demeurent faibles58 . C’est un sujet de grande inquiétude. À la suite de la crise financière, le FMI a étendu ses programmes dans les pays à faible revenu – les flux de ressources pourraient doubler d’ici 2014 pour atteindre 14 milliards de dollars. L’Afrique a déjà reçu des augmentations significatives de financements de la part du FMI à travers les facilités créées après la crise. Cependant, les gouvernements africains ont peu d’influence dans la formulation de ces programmes, ou pour auditer leur efficacité et leurs résultats. Les réformes ont longtemps tardé. Suivant un précédent établi par la Banque Mondiale, de nombreux gouvernements africains veulent que la région reçoive un troisième siège au Conseil d’Administration. Ils ont aussi appelé à la mise en place de mécanismes indépendants d’audit et de responsabilisation. Le système du commerce international pose une série différente de défis concernant la gouvernance. Tandis que l’OMC a une structure de gouvernance plus représentative que le FMI, de nombreux pays africains manquent de la capacité pour participer efficacement au système. Jusqu’à présent, aucun pays africain n’a eu recours au Mécanisme de Règlement des Différends de l’OMC. Le cycle de négociations sans fin de Doha a abouti, au mieux, à des bénéfices marginaux pour l’Afrique. Une partie du problème est le manque de capacités. Avec de petites missions commerciales et des accès limités aux expertises légales et techniques, les pays africains sont souvent mal placés pour faire avancer leurs intérêts commerciaux. Les négociations sur les changements climatiques représentent un autre domaine dans lequel l’équilibre émergeant des pouvoirs dans la gouvernance mondiale n’a pas apporté d’avantages évidents pour l’Afrique. Avant le dialogue de la Conférence des Parties (COP-17), à Durban, en Afrique du Sud, en décembre 2011, il y a eu peu de progrès en direction de ce que la plupart des gouvernements africains voient comme une double exigence pour tout accord significatif : un cadre juridiquement contraignant portant sur l’atténuation des changements climatiques et un financement pour l’adaptation. La réunion à Durban a galvanisé les gouvernements africains afin de développer des coalitions surpassant la traditionnelle division entre le Nord et les marchés émergents sur l’atténuation des changements climatiques. Ils ont aussi obtenu quelques succès en poussant l’adaptation vers le haut de l’agenda, bien que le résultat demeure incertain. Une manière dont l’Afrique peut renforcer sa voix pourrait être de développer des plans régionaux d’adaptation – s’appuyant sur les priorités nationales – qui puissent être soumis à des financements précoces. Au cours des deux dernières décennies, la globalisation a transformé l’équilibre du pouvoir économique. Les marchés émergents comme le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud - les BRICS – augmentent leur part dans le revenu, le commerce et l’investissement mondiaux et leur influence dans la gouvernance économique mondiale. Qu’est-ce que ces changements signifient pour l’Afrique ? La région a bénéficié de ses liens plus étroits avec les marchés émergents. Le commerce avec la Chine a aidé les pays africains à éviter de subir l’impact complet de la crise financière de 2008 et a été fondamental pour permettre une forte reprise. L’Union européenne, encore le principal marché de l’Afrique, est enfermée dans un cycle d’austérité et de croissance faible. La reprise aux États-Unis demeure fragile. Ainsi, les BRICS auront probablement une part plus importante dans la renaissance économique de l’Afrique. Une interdépendance plus importante avec les marchés émergents vient avec des risques. Les économies des marchés émergents sont elles-mêmes entrelacées avec celles de l’Europe et des États-Unis. Ainsi, l’Afrique est toujours vulnérable aux effets d’un ralentissement dans les économies avancées. Mais, par-dessus tout, les changements économiques mondiaux offrent à l’Afrique d’énormes opportunités pour une transformation économique et pour des schémas de croissance économique plus résilients, à condition que la région puisse entrer dans des domaines commerciaux à plus haute valeur ajoutée. Pour que cela advienne, les gouvernements et les sociétés d’Afrique doivent élargir et approfondir les liens de la région avec les marchés économiques au-delà de la Chine, et au-delà des minéraux à l’état brut qui dominent le commerce actuel avec les BRICS. Les gouvernements devront faire plus pour créer un environnement favorable pour les sociétés et les producteurs agricoles, en se concentrant sur les infrastructures, l’intégration régionale et la productivité. Et ils auront besoin d’encourager des formes d’investissement qui transfèrent les compétences, les technologies et le savoir-faire qui accroissent la compétitivité (Encadré 6). Les politiques commerciales des marchés émergents – y compris la Chine – peuvent renforcer la dépendance envers l’exportation de produits à faible valeur ajoutée. L’Afrique continue de faire face à des barrières tarifaires et non tarifaires significatives sur ces marchés. Le FMI évalue le tarif moyen d’importation au sein des BRICS, auquel font face les pays à bas revenus en Afrique et ailleurs, à 13 pour cent – autour de trois fois le niveau aux États- Unis et dans l’Union Européenne (qui mettent en œuvre également toute une série de barrières non tarifaires)57 . L’escalade tarifaire, qui fait que les droits augmentent en fonction du degré de transformation entrepris, est aussi une contrainte sur l’exportation des produits à plus haute valeur ajoutée vers les BRICS, notamment en ce qui concerne le café, d’autres produits agricoles, les tissus à mailles et les chaussures. C’est une pratique qui décourage activement les exportations de produits à plus haute valeur ajoutée. Réformer les préférences commerciales pour permettre des exportations globales sans tarif, des dispositions plus flexibles sur les règles d’origine, et l’élimination de l’escalade tarifaire, ainsi que des barrières non tarifaires, pourraient générer des bénéfices significatifs, ce qui soutiendrait les efforts visant à renforcer les effets générateurs d’emplois de la croissance économique. En tant que partenaire commercial principal, l’Union Européenne (UE) a un rôle essentiel à jouer pour faire du commerce une machine plus puissante de développement. Tandis qu’il y a quelques questions résiduelles à résoudre concernant l’accès au marché – notamment en ce qui concerne les dispositions compliquées de l’Europe sur les règles d’origine – il ne s’agit pas là des principaux problèmes. L’Union Européenne autorise déjà l’accès au marché libre de droits pour 33 pays, pour « tout sauf les armes » (TSA). Là où l’Europe a été moins efficace, c’est dans l’utilisation de l’aide au développement pour renforcer la capacité des producteurs africains – tout spécialement les petits agriculteurs – afin de tirer avantage des opportunités d’exportation, tout particulièrement en soutenant le développement des infrastructures de transport et de commercialisation. Une autre inquiétude est l’approche de l’Union Européenne envers les négociations concernant les ‘accords de partenariat économique’ (APE). Avec l’expiration des dérogations existantes de l’Organisation Mondiale du Commerce autorisant le commerce préférentiel, l’Union Européenne cherche à rendre l’accès préférentiel conditionnel à des mesures réciproques de libéralisation en Afrique même. Il s’agit là d’un nouveau départ – et un départ qui a le potentiel de créer des dommages considérables. Certains des domaines dans lesquels l’Union Européenne pousse à la libéralisation à travers les négociations sur les APE – notamment l’investissement, la concurrence et les marchés publics – vont au-delà des règles de l’OMC, et ont été rejetés par les pays en voie de développement lors des négociations commerciales pour le cycle de Doha. Plus généralement, il est demandé à l’Afrique d’éliminer ou de baisser ses tarifs sur 80 pour cent de ses importations venant de l’Union Européenne. Mettant de côté la question de savoir s’il faut être pour ou contre la libéralisation commerciale en général, il y a des inquiétudes légitimes de la part des gouvernements 3. Des mouvements tectoniques dans les domaines économique et politique l’ascension des puissances émergentespowers
    • 4746 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique africains d’après lesquelles la libéralisation prématurée à travers les APE pourrait avoir pour résultat que les petites entreprises et les petits agriculteurs aient à faire face à la concurrence de la part d’industries bien plus développées et d’agriculteurs lourdement subventionnés en Europe. Cela explique pourquoi seulement une dizaine de pays africains sub-sahariens sur 47 ont, jusqu’à présent, signé les APE, et pourquoi les ministres du commerce à travers la région ont pressé l’UE d’adopter une position plus flexible. Regardant au-delà des politiques des partenaires commerciaux de la région, les gouvernements africains eux-mêmes doivent accorder une priorité plus importante à la politique commerciale. Exploiter les opportunités créées par une demande accrue et des prix plus élevés concernant les produits agricoles et les minéraux non transformés, ne constitue pas une politique commerciale. Les pays en développement qui réussissent en Asie de l’Est et ailleurs ont cherché activement à promouvoir l’entrée sur des marchés d’exportation à plus haute valeur ajoutée, et à construire des liens dynamiques entre le secteur de l’exportation et les marchés domestiques. Dans le cas de l’Afrique, il y a un besoin urgent d’intégrer la politique commerciale dans des stratégies plus vastes visant à augmenter la productivité, à étendre les opportunités du marché pour les petits exploitants agricoles et pour les petits entrepreneurs et à créer des emplois. Gérer l’intégration avec les marchés émergents Les marchés émergents prennent une place plus importante dans le redressement économique de l’Afrique. La valeur du commerce Afrique-BRIC s’est multipliée par neuf au cours de la décennie écoulée. La part de la Chine dans les exportations de l’Afrique s’est accrue en passant d’un simple 1 pourcent à 15 pour cent environ en juste une décennie59 . Les derniers chiffrent montrent que le commerce entre la Chine et l’Afrique ont atteint 160 milliards de dollars US en 2011, en hausse de 28 pour cent par rapport à l’année précédente (Figure 14). En 2011, l’Afrique du Sud a exporté pour 90,2 milliards de rands vers la Chine, 42,7 milliards vers l’Allemagne, 29 milliards vers le Royaume- Uni, 12,9 milliards vers l’Italie et 6,3 milliards vers la France60 . Tandis que l’Union Européenne et les États-Unis demeurent des marchés importants, les BRICS comptent maintenant pour un pourcentage croissant des exportations de l’Afrique, avec la Chine seule comptant pour 18 pour cent. La part des exportations de la région allant vers des pays de l’OCDE est tombée de 70 à 50 pour cent au cours de la dernière décennie – une tendance qui ne montre pas de signe de ralentissement. L’Afrique a également attiré des montants significatifs d’investissements de la part des BRICS. L’essentiel provient de la Chine, bien que l’Inde ait accru son importance. Les flux d’investissements chinois ont été très volatiles, reflétant l’agenda des projets à grande échelle. Ils sont passés de près de 70 millions de dollars en 2003 à 5,5 milliards de dollars en 2008 – autour d’un tiers des flux d’investissements directs étrangers (IDE) des Chinois vers le monde au cours de cette année – avant de retomber à 1,1 milliards de dollars en 2009. L’essentiel du pic de 2008 est attribuable à l’achat d’une participation dans la Standard Bank en Afrique du Sud. Mis à part l’Afrique du Sud, dans un ordre d’échelle décroissant, les principaux récipiendaires des investissements chinois ont été le Nigeria, la Zambie, la République démocratique du Congo, le Niger, Madagascar et l’Éthiopie. Le pétrole, les minerais et les minéraux comptent pour 90 pour cent des exportations vers la Chine. Les importations sont dominées par les biens manufacturés, avec les machines et les équipements de transport en haut de la liste. La plupart des IDE chinois sont orientés vers les industries extractives, avec le secteur pétrolier comptant pour 70 pour cent des engagements cumulatifs, soit 7 milliards de dollars. Selon les données FMI-Banque Mondiale, entre 2003 et 2007 les sociétés chinoises ont été impliquées dans 81 projets dans 25 pays africains61 . Avec la montée en puissance des marchés émergents devant se poursuivre, les gouvernements et les sociétés à travers l’Afrique doivent s’interroger sur la meilleure manière de se développer à partir des fondations de ce qui a déjà été accompli. Ils doivent identifier les stratégies permettant d’accroître les bénéfices qui viennent avec une intégration plus poussée, tout en gérant les risques associés. L’un de ces risques est une simple conséquence de la plus grande interdépendance. Aujourd’hui, les perspectives de croissance de l’Afrique sont tellement corrélées avec les exportations de matières premières vers la Chine que tout ralentissement dans la demande de la part de cette source aura de fortes retombées. Car, en dépit de la force de l’économie chinoise, un ralentissement significatif ne peut pas être exclu. La dépendance de la Chine envers les exportationsfaitquesonéconomieestsensibleauxconditions existantes aux États-Unis et en Europe, qui, ensemble, comptent pour près de la moitié de ses exportations totales. La vulnérabilité de la Chine envers les chocs externes a été soulignée pendant la crise financière, quand seulement de très importantes mesures de relance du crédit et de relance budgétaire ont pu soutenir la croissance. Il n’est pas certain que les décideurs politiques chinois aient les mêmes outils à leur disposition en cas d’un nouveau ralentissement. Il ne s’agit pas de dire que l’Afrique devrait réduire ses liens avec la Chine. Mais les gouvernements devraient chercher davantage à diversifier le commerce et à valoriser la production, ainsi qu’à coopérer avec les sociétés et les investisseurs chinois, en vue d’établir des liens avec des marchés plus larges. Il y a peut-être des leçons à tirer du modèle de développement économique de la Chine (Encadré 7). Quels que soient leurs bénéfices passés pour la croissance économique et la création d’emplois, les schémas actuels du commerce pourraient enfermer l’Afrique dans des secteurs de production à faible valeur ajoutée, avec un espace limité pour des gains de productivité nécessaires afin de soutenir une forte croissance, générer des emplois et élever les niveaux de vie. Les modèles actuels des IDE sont concentrés sur les industries extractives qui génèrent des profits rapidement, tout particulièrement l’industrie pétrolière, dans des pays comme l’Angola. À moins que les IDE puissent être orientés également vers la transformation des produits primaires en biens manufacturés exportables, la persistance d’un développement enclavé que constituent les industries minières et les autres industries extractives continuera dans un avenir prévisible. Il est bien connu que les ‘activités économiques insulaires’ ont très peu de liens en amont et en aval avec le reste des secteurs économiques des pays hôtes. Les exportations vers la Chine et les autres marchés émergents sont encore plus largement dominées par les minéraux et les matières premières que les exportations vers les marchés traditionnels. L’Afrique a besoin de se développer en dehors de ce modèle d’échange. En général, la politique commerciale devrait occuper une place plus importante dans l’agenda économique de l’Afrique et faire partie d’une stratégie plus large visant à augmenter la productivité, à générer des emplois et à créer les conditions dans lesquelles les sociétés et les agriculteurs africains peuvent entrer sur les marchés à plus haute valeur ajoutée. La croissance de l’industrialisation et des activités tertiaires liées nécessitera la suppression des accords commerciaux discriminatoires au sein des Accords de Partenariat avec l’Union Européenne et de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) avec les États-Unis. En outre, une relation commerciale plus équilibrée entre les pays africains et les marchés émergents est essentielle. Encadré 7 : Est-ce que l’Afrique peut répliquer la transformation chinoise ? Quels éléments de la stratégie économique éprouvée de la Chine sur les 30 dernières années peuvent être pertinents pour le développement de l’Afrique ? C’était la principale question posée par le Groupe d’Étude Chine-CAD sur la Réduction de la pauvreté et la croissance (Study Group on Poverty Reduction and Growth) – établi en 2009 par le Centre international de réduction de la pauvreté qui se situe en Chine (International Poverty Reduction Centre) et le Comité d’aide au développement de l’OCDE – dans son rapport de 2011, Economic Transformation and Poverty Reduction: How it happened in China, Helping it happen in Africa. À la base du succès chinois, l’étude a conclu, il y a une vision de la transformation économique et sociale au sein d’une génération, appuyée par des dirigeants politiques prêts à soutenir les réformes et à prendre les décisions sur une base pragmatique et ayant pour critère la performance. La transformation économique a été poussée par des politiques progressives qui ont pris en compte les preuves de ce qui fonctionne, les capacités changeantes et les opportunités existantes dans l’économie mondiale. Le contexte africain est très différent de celui de la Chine. Le contexte mondial a également changé très profondément, notamment en raison de l’émergence de la Chine dans l’économie mondiale. Une transformation africaine au début du 21ième siècle ne ressemblera pas à la transformation chinoise. L’augmentation des prix des matières premières et des nouvelles technologies de communication abordables sont en faveur de l’Afrique, mais cela génère de nouvelles demandes pour une gouvernance responsable et des sociétés ouvertes en Afrique. En même temps, des caractéristiques générales essentielles du succès de la Chine sont répliquables en Afrique. Cela inclut une perspective pour le développement d’une vision stratégique appuyée par un leadership politique et poursuivie à travers des politiques pragmatiques. Il y a aussi des leçons à tirer de l’attention particulière portée par la Chine à l’agriculture à petite échelle et à l’entreprise rurale comme fondation permettant un processus de développement plus large. Les participants Chinois ont noté que le processus de transformation de la Chine ne devrait pas être idéalisé. De nombreux problèmes ont fait surface avec le temps, comme l’indique le besoin, maintenant reconnu, pour des rééquilibrages correctifs à travers les domaines économique, sociale et environnementale.
    • 4948 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Intégrer les financements chinois dans des objectifs de développement Le rôle des BRIC dans l’activité d’investissement et le financement du développement est un autre domaine quimérited’êtreprisencompte.Malheureusement,ledébat sur cette question est quelquefois obscurci par l’adoption de positions très polarisées, tout particulièrement en ce qui concerne le rôle du financement du développement de la part de la Chine. Les donateurs de l’OCDE soutiennent souvent que l’approche de la Chine concernant l’aide et l’investissement en Afrique est guidée seulement par son intérêt commercial propre. À la différence des donateurs traditionnels qui ont le souci de réduire la pauvreté, tel est l’argument, les financements chinois sont utilisés pour promouvoir un avantage commercial. La Chine réplique que ses politiques visent à créer de la croissance plutôt qu’à créer une dépendance vis-à-vis de l’aide – et qu’elles répondent aux priorités établies par les gouvernements africains. En effet, les États-Unis ont déclaré publiquement que l’aide était un outil de la politique étrangère. Une partie de la confusion entourant le rôle du financement chinois du développement en Afrique vient d’une mécompréhension concernant la manière dont l’aide est fournie. Les agences chinoises ne font pas de réelles distinctions entre l’aide, les prêts concessionnels et l’investissement étranger. L’essentiel de leur financement du développement en Afrique est apporté sous la forme d’un ensemble disparate, avec l’aide comme une petite composante. Par comparaison avec les donateurs CAD-OCDE, la Chine a un petit programme d’aide pour l’Afrique. La principale source de financement n’est pas constituée par les programmes de subventions et de prêts sans intérêts, mais par les sociétés et les banques chinoises, tout particulièrement la Banque d’Export-Import (EXIM) et la Banque national de Développement de la Chine (BDC) qui gère aussi le Fonds de développement Chine- Afrique (FDCA) qui appuie les sociétés chinoises faisant du commerce en Afrique. Cette architecture élaborée du financement a créé une mosaïque complexe d’accords. En Zambie, il y a 60 sociétés chinoises impliquées dans une zone économique située sur la ‘ceinture de cuivre’, appuyées par une série d’accords de financement liés au développement de nouvelles fonderies. Les prêts pour des infrastructures en faveur de l’Éthiopie et de l’Angola ont inclus des financements concessionnels garantis par les revenus des exportations futures. En République démocratique du Congo, l’aide pour des projets sociaux – tels que la construction d’écoles et d’hôpitaux – a fait partie d’un accord de financement complexe pour le développement des infrastructures et le développement des mines. Même si le financement du développement par la Chine en faveur de l’Afrique se concentre fortement sur les extractions minières, il porte également sur d’autres activités. Les infrastructures en sont un exemple. La réhabilitation de la ligne de chemin de fer Benguela par la Chine devrait faciliter le commerce entre l’Angola, la République démocratique du Congo et la Zambie. Les installations ferroviaires et portuaires au Libéria faciliteront les exportations de minerai de fer. Les routes financées par la Chine ont réduit le temps de trajet entre l’Éthiopie et le port de Djibouti, facilitant la croissance des exportations de bétails ; et elles ont réduit le temps de trajet de l’Afrique de l’Est jusqu’au port de Mombasa. Les intérêts commerciaux ont peut-être joué un rôle dans certaines décisions spécifiques de financement. En même temps, la faiblesse des infrastructures représente un goulot d’étranglement économique pour l’Afrique. Les partenaires traditionnels du développement de l’Afrique ont eu tendance à négliger le financement des infrastructures et ont trouvé difficile de développer de bons modèles d’accords de financement public-privé soutenus par l’aide. Sans sous-estimer les gains réels qui ont résulté du financement du développement par la Chine, le flot des bénéfices pourrait être accru dans plusieurs domaines en forgeant une intégration plus forte entre la finance et le développement. Par exemple, des efforts devraient être faits pour renforcer les liens entre les investisseurs chinois et les entreprises locales. Les gouvernements africains et les agences chinoises de financement pourraient créer des incitations en faveur des sociétés chinoises visant à accroître la part de biens et de services provenant de sources locales et fournir une formation et un emploi pour les travailleurs africains. Dans certains cas, cela a déjà commencé à se produire. En Zambie, il y a maintenant 300 sociétés chinoises employant 25 000 personnes. La croissance du secteur de la chaussure en Éthiopie est un autre exemple d’un investissement chinois créant des emplois et des exportations. Cependant, et en dépit de l’échelle de l’investissement, les liens entre les investissements chinois et étrangers d’un côté et les économies locales de l’autre demeurent faibles. Il s’agit d’un domaine dans lequel un dialogue constructif entre la Chine et les gouvernements africains pourrait créer de nouvelles opportunités. Comme d’autres pays en Asie de l’Est, la Chine a réussi à utiliser les investissements étrangers pour sécuriser des transferts de technologie, le développement de compétences et de forts liens en amont avec des sociétés locales. La même chose est vraie dans plusieurs pays d’Amérique Latine, notamment au Brésil et au Chili. Dans tous ces cas, les investissements étrangers ont été gérés de façon à faciliter l’entrée dans des domaines de production à plus haute valeur ajoutée, tandis qu’au même moment ils développaient l’emploi. Dans le cas de l’Afrique, il y a à peine une tentative d’intégrer les investissements étrangers dans des stratégies plus larges en faveur du développement des industries et de la fabrication de produits à plus forte valeur ajoutée. Cela est vrai également pour les politiques d’achat. Au Chili, les achats locaux par les investisseurs étrangers ont atteint presque 80 pour cent dans certaines mines. On peut comparer cela avec le Ghana, où les achats locaux représentent juste 46 pour cent – et le Ghana a un niveau d’achats locaux bien plus élevé que des pays comme le Nigeria. La gouvernance des flux financiers est un autre sujet d’inquiétude. C’est dans le meilleur intérêt des gouvernements africains et des autorités chinoises de maximiser la transparence entourant les accords sur les projets, tout particulièrement dans le secteur des minéraux, en raison des larges volumes de financement impliqués. La transparence limitée n’est en aucun cas l’apanage des sociétés chinoises et des agences travaillant dans le secteur des minéraux, mais les initiatives actuelles sur la transparence devraient bénéficier de la participation de la Chine. Tandis que la Chine a peut-être de solides antécédents dans la construction d’écoles et de centres de santé, on sait peu de chose quant au fait que ces installations soient pourvues d’enseignants compétents et de professionnels de la santé. De manière similaire, les donateurs traditionnels de l’OCDE et les institutions multilatérales ont beaucoup à apprendre de la Chine en ce qui concerne le développement et le financement des infrastructures. Dans les deux domaines, une approche conjointe apporterait des résultats plus solides. Créer les conditions générales pour la croissance L’équilibre entre opportunité et risque associés au fait d’avoir des liens avec les BRICS ne peut pas être considéré de manière isolée. Les gouvernements africains ont besoin de créer les conditions propices pour une croissance durable et pour leur entrée sur des marchés ayant une plus haute valeur ajoutée, sur lesquelles le succès dans le commerce internationale doit être basé. Il ne s’agit pas d’une simple question limitée au « choix des gagnants » entreprise par entreprise, mais il s’agit de créer les systèmes d’incitations et de soutien à travers lesquels les sociétés et les agriculteurs peuvent établir une position concurrentielle. Comme discuté en détail dans notre rapport annuel de l’année dernière62 , un faible développement des infrastructures constitue une énorme barrière et une contrainte majeure pour les investissements et la compétitivité internationale, qui sont nécessaires pour avoir une croissance économique rapide et durable et une transformation sociale équitable. Les pénuries d’électricité et les coûts de transport élevés l’emportent largement sur les effets des barrières commerciales dans les autres pays. Le déficit d’infrastructures entre l’Afrique et les marchés émergents s’accroît, ce qui crée des désavantages en matière de coûts pour les exportateurs africains et entrave le développement du marché pour les agriculteurs africains. Les coûts des transports en Afrique de l’Est sont estimés être six fois plus élevés qu’en Inde ; et presque 60 pour cent des entreprises interrogées lors d’une évaluation récente ont identifié l’approvisionnement inadéquat en électricité comme une contrainte majeure pour les activités commerciales63 . L’Afrique aura besoin d’investissements dans les infrastructures autour de 98 milliards de dollars par an au cours de la prochaine décennie. Certains pays commencent à répondre au déficit d’infrastructures. Le Sénégal modernise ses infrastructures énergétiques et routières en cherchant à devenir un pôle régional. Le gouvernement du Kenya a émis des obligations de financement d’infrastructures sur une base pilote afin de financer les coûts initiaux importants de l’investissement, tout en étalant les remboursements dans le temps. La Banque Africaine de Développement (BAD) joue un rôle plus actif pour trouver des financements pour les infrastructures. Cependant, cela demeure un domaine dans lequel des partenariats public-privé plus larges et plus profonds sont nécessaires pour mobiliser les ressources sur une échelle adéquate. Stimuler l’intégration régionale élargirait les perspectives en faveur du commerce. Des ensembles commerciaux plus vastes offrent des avantages en termes de taille de marché, de spécialisation et de liens avec des marchés plus larges. Un exemple encourageant est la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE). Les cinq pays membres - le Burundi, le Kenya, le Rwanda, la Tanzanie et l’Ouganda – représentent un marché de 135 millions de personnes, avec un PNB total de 80 milliards de dollars. Le commerce intra-régional a plus que doublé entre 2004 et 2008, atteignant 1,8 milliards de dollars64 . Les gouvernements explorent actuellement la possibilité de développer une union monétaire pour faciliter l’intégration commerciale. Il y a des plans visant à établir une Zone de Libre Échange Continentale d’ici 2017, approuvés au sommet de l’Union Africaine de janvier 2012. L’expérience de la CAE est instructive parce qu’elle souligne le potentiel pour un commerce intra-régional afin de soutenir une croissance commerciale plus large. Par contraste avec le reste de l’Afrique, où le principal moteur de la croissance des exportations a été la Chine, certains des marchés dont la croissance a été la plus rapide pour les membres de la CAE ont été situés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, avec les produits semi-finis tenant une place plus importante. Une productivité accrue est une nécessité de premier ordre pour l’entrée sur des marchés à plus haute valeur ajoutée. Investir dans une main-d’oeuvre mieux éduquée et plus compétente peut créer la base de capital humain nécessaire pour pénétrer ces marchés, attirer les bons types d’investissements étrangers et stimuler l’innovation.
    • 5150 AFRICA PROGRESS REPORT 2012 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociaux L’Afrique est de plus en plus perçue comme une nouvelle frontière pour les technologies de l’information et de la communication (TIC), tandis que la croissance exponentielle de la téléphonie mobile ouvre de nouvelles possibilités pour les entrepreneurs, donne aux citoyens plus de voix au chapitre et rend la délivrance des services publics plus réactive, améliorant la vie de millions de personnes. Parce que la technologie est associée à des investissements directs étrangers élevés, de nombreux pays la considèrent comme un élément essentiel de toute stratégie de croissance et de développement. Les TIC ont un énorme potentiel pour aider l’Afrique à surmonter les insuffisances en termes d’infrastructures et les autres barrières que les nations riches ont eu à surmonter sur la voie du développement. En même temps, le potentiel des technologies doit être remis dans le contexte des importants défis auxquels l’Afrique fait face. Cette section souligne les tendances prometteuses et les exemples d’utilisation réussie des technologies dans différents secteurs. Vers un programme africain pour la science, la technologie et l’innovation L’Afrique a besoin de définir et de poursuivre un programme afin d’exploiter le pouvoir de la science, de la technologie et de l’innovation (STI) pour transformer les sociétés et les économies. Les TIC auront une place prépondérante dans ce programme, mais ne forment en aucun cas le seul secteur dans lequel l’innovation est requise. D’autres secteurs incluent notamment : la biodiversité, les biotechnologies et le savoir autochtone ; l’énergie, l’eau et la désertification ; la science des matériaux, l’industrie manufacturière, les technologies du laser et de transformation des récoltes ; les sciences mathématiques ; les technologies de l’information, de la communication et spatiales65 . Il y a des signes qui montrent que les dirigeants africains se sont engagés à prendre à bras le corps le défi de l’innovation. En 2008, la Présidente du Libéria, Ellen Johnson Sirleaf, a dit aux délégués présents lors d’un sommet Science en Afrique : “Aucun pays sur la terre ne s’est développé sans déployer, mobiliser et utiliser les sciences et la technologie, que ce soit à travers les transferts de technologies ou des solutions locales”66 . En janvier 2007, l’Union Africaine a adopté le Plan d’Action Consolidé de l’Afrique dans le domaine de la Science et de la Technologie, tandis qu’en 2010 le Réseau d’Études sur la Politique Technologique en Afrique, un groupe d’experts, a lancé le Manifeste Africain pour la Science, la Technologie et l’Innovation. La Tanzanie a récemment annoncé qu’une nouvelle politique en matière de sciences et de technologies ferait bientôt l’objet d’une loi. Cependant, la reconnaissance du lien entre la science, la technologie et l’innovation (STI) d’un côté, et la transformation de l’Afrique de l’autre, ne s’est pas traduite par l’investissement nécessaire. En outre, les infrastructures institutionnelles nécessaires pour développer et mettre en œuvre des stratégies STI nationales demeurent extrêmement faibles. Un défi parallèle est de construire les capacités nécessaires. Comme le Président rwandais, Paul Kagamé, l’a souligné, à moins que l’Afrique investisse dans le renforcement de ses capacités de formation en matière scientifique et technologique, elle “restera un appendice pauvre de l’économie mondiale”.67 L’Afrique ne doit pas seulement répliquer les technologies développées ailleurs et espérer qu’elles fonctionneront – ou devenir la décharge pour les technologies redondantes. Les décideurs de l’Afrique doivent mettre en place des politiques qui permettront aux citoyens de surfer sur la prochaine vague du changement technologique et ne pas être submergés par elle. 4. Science, technologie et innovation stimuler la croissance et le développement CHINE-AFRIQUE Volume de transactions bilatérales La Chine a conclu des accords commerciaux bilatéraux avec 45 pays africains. Depuis juillet 2010, le nombre de produits africains exonérés de droits de douane a augmenté, passant à 4 700 produits taxables (soit 95 % du total des produits taxables mentionnés par les réglementations chinoises en matière d’importation et d’exportation). Les PMA d’Afrique ayant des relations diplomatiques avec la Chine bénéficient depuis 2005 d’une absence de droits de douane sur certains des produits qu’ils exportent vers la Chine. Le montant des échanges commerciaux entre l’Afrique et les pays du BRIC a été multiplié par neuf ces dix dernières années 120 100 milliardsdedollarsUS 80 60 40 20 0 Exportations chinoises en Afrique Importations en provenance d’Afrique Volume total des transactions entre l’Afrique et la Chine ÉCHANGES COMMERCIAUX ENTRE LA CHINE ET L’AFRIQUE Investissements chinois en Afrique IED en provenance de Chine vers l’Afrique subsaharienne RÉPARTITION PAR SECTEUR DE L’INVESTISSEMENT CHINOIS EN AFRIQUE (FIN 2009) PLUS D’INFOS 12,14m illionsdedollarsUS 100m illionsdedollarsUS 1m illiard dedollarsUS 10m illiardsdedollarsUS 115m illiardsdedollarsUS 1950 1970 1990 20101960 1980 2000 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Source : Site Internet du Ministère du Commerce (PRC), Standard Bank, et banque Standard Chartered 2012. Source : FMI, Perspectives économiques régionales 2011 Source : FMI, Perspectives économiques régionales 2011 (Données : gouvernement chinois) Note : Ces chiffres comprennent à la fois l’Afrique subsaharienne et l’Afrique du Nord. Source : Site Internet du Ministère du Commerce (PRC), Standard Bank, et banque Standard Chartered 2012. Pourcentagedel’IDE 2003 2005 2006 2007 20082004 20 15 10 5 0 Exploitation minière 29,2 % Autres 3,4 % Agriculture, foresterie, élevage et pêcherie 3,4 % Industrie 22 %Construction 15,8 % Financement 13,9 % Services commerciaux 5,4 % Vente en gros et au détail 4 % Recherche scientifique, services et prospection géologique 3,2 % 160m illiardsdedollarsUS 2011 2010 2011 140 La Chine est en passe de devenir le principal marché d’exportation de l’Afrique en 2012 L’année dernière, la Chine représentait 18 % des transactions commerciales de l’Afrique (contre 10 % en 2008). L’année dernière, près de 17 % des importations africaines provenaient de Chine (contre 4,5 % en 2002). Un partenariat renforcé entre l’Afrique et la Chine Figure 14 :
    • 5352 53 Rapport 2012 sur les progrès en Afrique Les TIC continuent à dépasser les attentes Au cours de la décennie écoulée, l’usage d’Internet en Afrique s’est accru de plus de 2000 pour cent. L’Afrique sub-saharienne a progressé en passant d’un seul câble de fibres optiques sous la mer en 2000 – connectant seulement un pays, Djibouti – à 12 aujourd’hui, avec 6 autres qui sont planifiés68 . Avec pour résultat, selon l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), que, entre 2005 et 2010, la largeur de bande Internet internationale en Afrique a été multipliée par 20, avec la plus grande poussée de croissance enregistrée entre 2009 et 2010. Encore plus impressionnant est le taux auquel les télécommunications mobiles s’accroissent. En 2011, l’Afrique est devenue le deuxième plus gros marché au monde pour la téléphonie mobile derrière l’Asie – et celui qui s’accroît le plus vite. Il y a plus de 500 millions d’abonnés aux téléphones mobiles sur le continent, plus que le double des 246 millions d’abonnés en 2008. D’ici 2015, plus de personnes en Afrique sub- saharienne auront accès aux réseaux de téléphonie mobile qu’à l’électricité dans leur maison69 . L’accès à la téléphonie mobile est particulièrement significative parce que ses avantages, en comparaison avec les lignes fixes, s’étendent aux connections à large bande. Les nouvelles technologies de quatrième génération, incluant la technologie d’évolution à long terme (Long-Term Evolution), qui fait partie de la famille GSM, peuvent transmettre beaucoup plus de données, plus rapidement, que les technologies à large bande actuelles 3G – et dépassent de nombreuses technologies fixes à large bande, avec une simple architecture qui réduit les coûts de fonctionnement70 . Étant donnée la pénétration de la téléphonie mobile en Afrique, les abonnements à large bande ont un grand espace de croissance à partir de la base basse d’aujourd’hui, ce qui signifie qu’avec les smartphones de base, de plus en plus d’Africains pourront avoir accès et utiliser un certains nombre d’applications Internet, notamment l’informatique en nuage (Encadré 8). Encadré 8 : Est-ce que l’informatique en nuage peut servir le développement ? L’informatique en nuage, qui a émergé en tant que tendance majeure dans les TIC au cours des deux dernières années, offre à l’Afrique d’importantes opportunités pour améliorer les services des entreprises, du gouvernement et les services sociaux. En particulier, cela permet un accès universel à des applications et des dispositifs Internet à bas prix. L’informatique en nuage a d’abord été destinée aux consommateurs, leur permettant d’avoir accès aux e-mails, aux images et aux réseaux sociaux à partir de n’importe quel appareil Internet. Alors que la sécurité s’améliorait, les systèmes basés sur l’informatique en nuage ont fourni de nouvelles façons de développer les affaires et les services gouvernementaux, tels que le système de services bancaires M-Pesa au Kenya. Un système basé sur l’informatique en nuage peut réduire de manière significative le coût et l’expertise technique nécessaire pour faire fonctionner un appareil Internet, dans la mesure où le logiciel et l’essentiel du matériel sont déployés et maintenus par le fournisseur de systèmes plutôt que par l’entreprise71 . L’informatique en nuage transfert également le besoin pour la puissance de calcul et la capacité de stockage de l’appareil vers le réseau, abaissant le coût des dispositifs d’accès. Par conséquent, les bénéfices des services de l’informatique en nuage peuvent être tout particulièrement prononcés lorsqu’il s’agit d’aider les pays en voie de développement à surmonter les défis liés à la connectivité. Source:APP2012. Les TIC au service du développement économique et social Figure 15: Améliorer la responsabilisation sociale et{MQ}la prestation de services En facilitant l’accès à l’information, en réduisant son coût et en améliorant sa qualité, favorisent la croissance économique et le progrès social en transformant totalement des secteurs tels la banque, l’agriculture, l’éducation et la santé. Sont également de plus en plus utilisées pour améliorer la prestation de services, la responsabilité sociale, la transparence et la gouvernance. HUDUMA Différents organismes de surveillance indépendants se sont associés à des experts en matière de afin de créer HUDUMA, une plate-forme web et mobile qui permet aux citoyens de faire pression sur les autorités afin d’obtenir une plus grande responsabilité sociale et des services de meilleure qualité en transmettant leurs doléances directement par SMS ou par messagerie vocale ou vidéo afin que des solutions soient trouvées. Ghana Decides Des élections générales doivent se tenir en décembre au Ghana et pour la première fois de son histoire, le pays a mis en place un système d’inscription biométrique des électeurs. Pour faire connaître ce système, corriger les idées fausses et augmenter l’intérêt de l’ensemble de la population pour ces élections, Ghana Decides, un projet entièrement apolitique, s’est tourné vers les médias sociaux. Développer les services bancaires mobiles En Afrique, de nombreuses personnes n’ont pas accès aux services financiers traditionnels. Mais grâce au développement rapide de la téléphonie mobile sur ce continent, la technologie mobile est considérée comme un excellent moyen de fournir ce type de services aux personnes qui n’y ont pas accès. Les services bancaires mobiles sans agence permettent aux ménages d’épargner, de payer leurs factures et transférer des fonds grâce à leur téléphone mobile. M-PESA L’une des réussites les plus commentées en matière de en Afrique est sans doute M-Pesa, le service de transfert d’argent sur mobile de Safaricom, au Kenya. En effet, en 2006, seuls 19 % des 35 millions d’habitants du Kenya disposaient d’un compte bancaire. Au cours des cinq ans qui ont suivi le lancement de M-Pesa en 2007, plus de 40 % des Kenyans ont utilisé ce service., On estime à 7 milliards (soit 20 % du PIB du Kenya) le montant des transferts réalisés en 2010 via M-Pesa. Selon le rapport 2011 de Standard Bank, les revenus des ménages ruraux du Kenya ont augmenté de 5 à 30 % depuis qu’ils utilisent les services bancaires sur mobile. Permettre aux agriculteurs d'interagir avec les informations liées au marché Les agriculteurs africains sont confrontés au quotidien à de nombreuses difficultés, dont bon nombre sont aggravées par les changements climatiques. Toujours pleins de ressources, de nombreux agriculteurs ont pris le parti d’utiliser les technologies de l'information et de la communication pour améliorer leur productivité en accédant, quand ils en ont besoin, à des informations complètes concernant l’agriculture. Indice eSoko sur le prix des récoltes L’indice eSoko sur le prix des récoltes (EGCI) est un indice indiquant en temps réel les prix du marché sur la base de données relatives aux matières premières physiques. Cet indice publié chaque semaine par la société eSoko indique les prix pratiqués sur les marchés de la vente en gros et au détail et permet aux consommateurs de connaître en temps réel les prix des produits agricoles sous forme de SMS. Améliorer l'accès à l'apprentissage Dans le secteur de l'éducation, les technologies de l'information et de la communication peuvent faciliter l'accès à l’apprentissage pour tous, favoriser l'équité, améliorer la qualité de l'apprentissage et l'enseignement, permettre le perfectionnement professionnel des enseignants et favoriser une gestion, une gouvernance et une administration plus efficaces du secteur éducatif. Les technologies de l'information et de la communication permettent également aux professionnels de l'enseignement de se mettre au niveau des établissements d'enseignement traditionnels en limitant l’impact de l’éloignement géographique tout en réduisant frais généraux et exigences logistiques, offrant ainsi un accès généralisé et peu coûteux à l’information. Le projet e-Schools du NEPAD Le projet e-Schools du NEPAD est une initiative continentale rassemblant différents pays et différents parties prenant qui vise à enseigner les technologies de l'information et de la communication aux jeunes Africains dans les écoles primaires et secondaires et à utiliser ces technologies pour améliorer l’enseignement proposé dans ces établissements. Ce projet a pour but de fournir aux jeunes diplômés des établissements scolaires africains les compétences dont ils auront besoin pour devenir de véritables acteurs au sein d’une société de l'information désormais mondialisée. Renforcer les systèmes de santé Selon la Banque mondiale, les technologies de l'information et de la communication pourraient bien « changer la donne » en matière de santé en Afrique en élargissant l’offre de fournitures et d'équipements médicaux, en augmentant le nombreux de professionnels de santé qualifiés, et en améliorant les infrastructures médicales et la communication entre zones rurale et urbaines. Les technologies de l'information et de la communication facilitent également les actions de sensibilisation menées auprès des communautés et les populations concernant la prévention et le traitement des maladies. mPedigree mPedigree est une plate-forme qui combine technologie mobile et informatique dématérialisée (cloud computing) afin de lutter contre la contrefaçon de médicaments en fournissant un accès gratuit à un système de vérification instantanée de la qualité des médicaments par SMS en Afrique et en Asie du Sud. Pesinet Pesinet est un système qui combine ressources locales et technologie mobile afin d’améliorer les soins apportés aux patients et réduire la mortalité infantile au Mali.
    • 5554 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique L’annéedernière,lemondeaététraverséparuneimmenseet très mouvante vague de protestations sociales. Notre carte, page 56-57, montre l’ampleur des causes qui poussent les gens dans la rue – mais souligne aussi ce qui unit les protestations sociales. Une colère partagée concernant les inégalités vues comme injustes, l’inquiétude concernant le chômage des jeunes, et la frustration vis-à-vis de gouvernements corrompus et passifs poussent les gens à regarder au-delà des politiques traditionnelles. Ce qui les pousse à agir est une conviction que le changement venant d’en-bas est possible. Il n’est pas clair si les protestations sociales transforment la relation entre les citoyens et les États à travers le monde. Il y a, cependant, une autre facette à cette histoire. L’action et l’engagement des citoyens peuvent promouvoir des résultats plus durables en matière de développement. À travers l’Afrique, il apparaît de plus en plus clairement que les citoyens demandent plus de comptes à leurs gouvernements72 . Dans cette section, nous examinons si les protestations sociales mondiales ont un écho en Afrique sub-saharienne et comment les citoyens participent au renforcement de la transparence et de la gouvernance démocratique. Des protestations sociales mondiales Dans le monde développé, les retombées de la crise financièreglobaleontattisélesflammesdelaprotestation sociale. Les manifestants ont puisé dans le profond réservoir de colère publique concernant les disparités de richesses, les salaires des financiers et l’échec des gouvernements à réguler le secteur financier. Aux États-Unis, le mouvement Occupy Wall Street a résumé la colère publique concernant le sauvetage des banques et la montée des inégalités avec une simple phrase : « Nous sommes les 99 pour cent ». Les jeunes Espagnols Indignés ont protesté contre les mesures d’austérité, les coupes budgétaires et le chômage des jeunes derrière des bannières ornées de ces mots : « Une Europe pour ses citoyens ». Ayant étudié pendant de nombreuses années, ils ne voient pas comment trouver des emplois enrichissants – tandis que les banquiers qui sont à l’origine de la crise bénéficient de bonus qui demeurent à des niveaux qui étaient ceux d’avant la crise. Les manifestations de l’année dernière ont souvent reflété l’importance des notions culturelles de justice et d’équité. Les manifestants de la Place Tahrir ont emprunté le slogan “du pain, des emplois et la justice sociale” de leurs homologues en Tunisie. Dans la province chinoise du sud, Guangdong, ce fut la réponse à une injustice perçue qui a amené les villageois de Wukan à manifester contre les officiels du gouvernement local qui réalisaient des vols de terres. Et ce fut la colère contre l’inaction du gouvernement face à la corruption, une source omniprésente d’injustice, qui a amené des millions de personnes à manifester en Inde. À travers le monde, les protestations sociales ont émergé dans des pays où le système politique et les processus électoraux ont été perçus comme étant au service d’intérêts particuliers plutôt qu’au service de l’intérêt public. Le Printemps arabe a changé une région. Comme Eugene Rogan l’a remarqué dans le post-scriptum de son livre de 2010, Les Arabes (The Arabs) : « Avec les révolutions de 2011, le monde Arabe est entré dans une nouvelle ère d’action citoyenne pour les droits de l’homme et les droits politiques qui a doté la région d’un nouveau sens de la dignité et d’objectifs communs. » Mais qu’est-ce que la montée en puissance des protestations citoyennes dans une ère de communication de masse signifie pour l’Afrique ? Comment les médias sociaux – messagerie texte, e-mail, réseaux sociaux, le ‘tweeting’ et la diffusion en continu – se répercuteront dans les processus politiques et la fourniture de services en Afrique ? La participation des citoyens au renforcement de la gouvernance démocratique L’Afrique ne dupliquera pas le Printemps arabe mais, au fur et à mesure que la population ayant accès au réseau s’étend, il y aura plus d’opportunités pour s’engager dans la politique, prendre part à des actions collectives et défier les gouvernements autoritaires. Les citoyens d’Afrique trouvent de nombreux moyens de se faire entendre, mais avec des résultats mitigés. Les mouvements pour une responsabilité sociale et politique gagnent du terrain à travers des demandes en faveur d’une meilleure fourniture de services et d’une gouvernance démocratique. Des éléments à travers l’Afrique montrent que l’engagement des citoyens dans la prise de décisions politiques peut amener à de meilleurs diagnostics des problèmes et peut améliorer la conception et la mise en œuvredessolutions73 . Denombreuxoutilsetméthodesexistent maintenant qui permettent aux citoyens de s’assurer que leur gouvernement rende des comptes et qui permettent aux gouvernements de faire participer les citoyens, notamment les carnets de notes des citoyens, des processus budgétaires plus transparents, le suivi communautaire de la fourniture des services et des enquêtes sur la traçabilité des dépenses. L’évolution de la gouvernance démocratique en Afrique, cependant, n’est pas toujours positive. De nouvelles initiatives concernant l’élaboration de constitutions constituent une opportunité pour corriger les systèmes électoraux et créer les fondations en faveur d’une gouvernance inclusive et démocratique, mais il y a toujours un échec dans l’identification de ce qui donne du sens à ‘l’identité nationale’ ou à la notion de ‘citoyenneté’ et d’équité (voir Partie III). Les médias sociaux, qui peuvent faciliter à la fois la responsabilisation et les manifestations, ont joué un rôle moindre en Afrique que dans d’autres régions. La population connectée est plus petite, le paysage des communications est moins dense et – en contraste avec le monde Arabe – le chômage est moins répandu parmi la jeunesse éduquée. Mais la société civile à travers l’Afrique prend la tête de la courbe d’apprentissage des médias sociaux (Encadré 9). 5. La marée montante de l’action citoyenne Encadré 9 : Les médias sociaux – les nouveaux outils de la démocratie ? Les manifestations qui ont frappé le Nigeria en janvier 2012 pourraient être le visage du futur. Un jour après que le gouvernement ait annoncé des plans visant à retirer les subventions en faveur des carburants, des groupes de jeunes de tout le Nigeria ont formé une coalition en ligne appelée Assez c’est Assez (Enough is Enough), qui a mobilisé, organisé et partagé les informations concernant les manifestations. La page Facebook du mouvement Occupy Nigeria a fourni un point central pour des milliers d’activistes utilisant Twitter et d’autres médias sociaux, avec ses ‘journalistes citoyens’ enregistrant et rapportant les faits de violations des droits de l’homme présumées. La rapidité et la spontanéité de l’émergence de l’activisme en ligne par des jeunes en réseau ont pris le gouvernement, les partis d’opposition et les syndicats par surprise. En outre, l’une des caractéristiques les plus frappantes du mouvement a été sa composition. Enough is Enough reçoit du soutien de toutes les régions, de tous les groupes linguistiques, de toutes les religions et de tous les groupes ethniques. Si Twitter est une mesure de l’ampleur du réseau, il y a des signes que l’Afrique évolue. Une étude récente a trouvé que l’Afrique sub-saharienne avait enregistré plus de 9 millions de tweets en 2011. Un peu plus de la moitié du total a été enregistrée en Afrique du Sud, mais le Kenya a enregistré 2,4 millions de tweets et le Nigeria 1,6 millions, et les tweeters ont été très actifs également au Mali, au Rwanda et au Cameroun. Les tweeters d’Afrique sont majoritairement des jeunes de la classe moyenne, avec 60 pour cent d’entre eux âgés entre 21 et 29 ans. Plus des deux tiers des Africains connectés utilisent Twitter pour suivre les nouvelles. Les deux mots clés les plus utilisés : ‘révolution’ et élections’. Dans certains cas, les groupes de jeunes ont cherché à utiliser les médias sociaux pour combattre des groupes violents. Après les élections de 2007, certains Kenyans ont utilisé la téléphonie mobile, principalement les SMS, pour répandre la peur, inciter à la violence et organiser des attaques. Sisi Ni Amani (“Nous sommes la Paix” en Swahili) a été créée en juillet 2010 pour utiliser les téléphones mobiles afin de promouvoir la paix. Les membres abonnés de la communauté reçoivent des messages sur les engagements civiques et sur la promotion de la paix. Tous les messages qui sont envoyés sont modérés et créés par des responsables civiques locaux et des groupes en faveur de la paix. Le réseau au Kenya est désormais fort de 20 000 membres. L’un de ses objectifs est de prévenir la violence lors des prochaines élections de 2013. ACTIVISME CIVIQUE, LIBERTÉS ET CORRUPTION Il existe généralement une forte corrélation entre un niveau d’activisme civique plus élevé et un meilleur contrôle de la corruption. Les pays ayant le plus haut niveau d’activisme civique sont tous considérés comme « libres » par Freedom House, ce qui signifie qu’ils disposent d’institutions démocratiques et d’une véritable protection des libertés civiles. Source:APP : donnéesprovenantdel’Institutd'étudessociales,durapport2011deFreedomHouseet durapport2011deTransparencyInternational. * L’activisme civique peut être mesuré en utilisant un indice publié par l’Institut d’études sociales (www.indsocdev.org) qui prend en compte une série d’éléments illustrant la bonne santé de la société civile, notamment : taux de participation déclaré aux boycotts, aux manifestations et aux pétitions ; diffusion des journaux ; et, adhésion aux ONG internationales. 0.35 0.4 0.45 0.5 0.55 0.6 0.65 0.7 0.75 123456789 Less corruption Non libre Partiellement libre Libre Figure 16 : Indice de perception de la corruption (IPC) Suède Suisse Canada Allemagne Pays Bas Japon Royaume-Uni France Qatar Espagne Portugal Slovénie Botswana Émirats arabes unis Pologne Afrique du Sud CapVert Oman Turquie Ghana Croatie Namibie Tunisie Jordanie Slovaquie Arabie saoudite États-Unis Belgique Norvège Danemark Nouvelle-Zélande Corée du Sud Maroc Inde Chine Rwanda Lesotho Malawi Burkina Faso Liberia Swaziland Djibouti Éthiopie Niger Érythrée Madagascar Syrie Mozambique Sierra Leone ZimbabweAlgérie Zambie Gabon SaoTomé-et-Principe Brésil Gambie Sénégal Tanzanie Bénin Mali Ouganda Russie Kenya Nigeria Irak Cameroun Comores Congo Guinée Burundi Angola Togo RDC Libye Mauritanie Tchad Birmanie Soudan Côte d’Ivoire Égypte Activismeciviqueen2010 Plus d’activisme civique Moins d’activisme civique Plus de corruption
    • 5756 ÉLÉMENTS DÉCLENCHEURS DE MOUVEMENTS SOCIAUX Mohamed Bouazizi l’homme qui a déclenché une révolution Mohamed Bouazizi est né et a grandi à Sidi Bouzid, une ville située dans le centre de la Tunisie [*]. Vivant dans des conditions précaires, il parvient avec difficulté à subvenir à ses propres besoins et à ceux de sa mère et de ses frères et sœurs en vendant les fruits et légumes qu’il transporte dans sa charrette. Comme il ne peut payer les pots de vin exigés pour obtenir l’autorisation nécessaire à la pratique de son commerce, son stock lui est confisqué le 17 décembre 2010. Comme il proteste, il est battu par les fonctionnaires municipaux et se voit refuser une audience avec le gouverneur municipal. Confronté à la corruption et à l’injustice, humilié publiquement, Mohamed Bouazizi s’immole par le feu après s’être aspergé de diluant pour peinture devant le portail du bureau du gouverneur. Son corps est brûlé à plus de 90 pour cent. Il succombe à ses blessures le 4 janvier 2011. La vague de manifestations qui suit sa mort oblige le Président Ben Ali à quitter le pouvoir dix jours plus tard et déclenche également les mouvements de protestation en Égypte. * Ces informations sur la vie et la mort de Mohamed Bouazizi ont été recueillies par le journaliste Kareem Fahim lors des nombreux entretiens qu’il a menés à Sidi Bouzid. « Slap to a Man’s Pride Set Off Tumult in Tunisia », New York Times, janvier 2011. Mouvements sociaux Source : APP : données provenant de différents sites Internet et sites d’information. Algérie Printemps arabe 28 décembre 2010-31 décembre 2011 EN COURS Occupy London – 15 octobre 2011- aujourd’hui En cours Défilés/manifestations à Londres contre les mesures d’austérité – 26 mars 2011 Terminé Norvège Mouvement d’occupation Du 15 octobre 2011 à aujourd’hui EN COURS Canada Mouvement d’occupation OccupyToronto Manifestants expulsés le 23 novembre 2011 OccupyVancouver En cours Occupy Montreal En cours Mexique Mouvement d’occupation 15 octobre 2011-? En cours Brésil Mouvement d’occupation 15 octobre 2011-? Issue inconnue Argentine Mouvement d’occupation 15 octobre 2011-? TERMINÉ Nigéria Manifestations 2 janvier 2012-13 avril 2012 En cours Tunisie Printemps arabe 18 décembre 2010-23 octobre 2011 Gouvernement renversé Gabon Manifestations 29 janvier 2011 Issue inconnue Afrique du Sud Occupy Movement ouTaking Back South Africa 15 octobre 2011 Terminé Côte d’Ivoire Manifestations 28 novembre 2010-11 avril 2011 Terminées le 11 avril 2011 Guinée équatoriale Manifestations 23 mars 2011 Interdite Chili Hiver chilien Mai 2011-aujourd’hui En cours Bolivie Manifestations Août-octobre 2011 Terminées en octobre 2011 Colombie Manifestations étudiantes 12 novembre 2011-aujourd’hui En cours Sahara occidental Printemps arabe 25 février 2011-Mai 2011 Terminé en mai 2011 Irlande Mouvement d’occupation (Occupy Dame Street) 8 octobre 2011-8 mars 2012 En cours Grèce Manifestations de la population grecque 2010-2012 5 mai 2010-aujourd’hui En cours Croatie Mouvement d’occupation Du 15 octobre 2011 à aujourd’hui En cours Autriche Mouvement d’occupation 15 octobre 2011 Terminé Arménie Manifestations 19 janvier 2011-aujourd’hui En cours Azerbaïdjan Manifestations 11 mars 2011-aujourd’hui En cours Fédération de Russie Manifestations 5 décembre 2011-aujourd’hui En cours Italie Manifestations de Rome/Mouvement d’occupation 15 octobre 2011 Terminé Danemark Mouvement d’occupation Du 15 octobre 2011 à aujourd’hui En cours Suisse Mouvement d’occupation 15 octobre-15 novembre 2011 Manifestants expulsés le 15 novembre 2011. Manifestations en cours. Jordanie Printemps arabe 14 janvier 2011-9 février 2011 Terminé le 9 février 2011 Corée du Sud Mouvement d’occupation 14 octobre 2011 Terminé Chine Révolution de jasmin/manifestations 20 février-20 mars 2011 Terminé Syrie Printemps arabe 15 mars 2011-aujourd’hui En cours Liban Printemps arabe 12 janvier 2011-aujourd’hui En cours Koweït Printemps arabe 19 février 2011-aujourd’hui En cours Hong Kong, Chine Manifestation du 1er juillet (événement annuel) 1er juillet 2011 Terminée (événement se déroulant un jour par an) Birmanie Just Do It against Military Dictatorship(Campagneenlignedesoutienàlarévolution) Mars 2011-aujourd’hui En cours Maldives Manifestations de 2011 Mai 2011 Terminées Malaisie Occupy Dataran 30 juillet 2011-aujourd’hui En cours Djibouti Manifestations 28 janvier 2011-11 mars 2011 Terminées le 11 mars 2011 Rép. du Yémen Printemps arabe 27 janvier 2011-aujourd’hui En cours Arabie saoudite Printemps arabe 21 janvier 2011-aujourd’hui En cours Zimbabwe « Million Citizen March »/Manifestations 1er mars 2011 Interdite Bahrain Printemps arabe 14 février 2011-aujourd’hui En cours République arabe d'Égypte Printemps arabe 25 janvier 2011-aujourd’hui En cours Australie Mouvement d’occupation Du 15 octobre 2011 à aujourd’hui En cours Nouvelle-Zélande Mouvement d’occupation 15 octobre-début 2012 Issue inconnue Belgique Mouvement d’occupation Du 15 octobre 2011 à aujourd’hui EN COURS Allemagne Mouvement d’occupation Du 15 octobre 2011 à aujourd’hui EN COURS États-Unis Mouvement d’occupation NewYork/Wall Street – 17 septembre 2011-aujourd’hui En cours Washington D.C. – 1er octobre 2011-aujourd’hui En cours Chicago – 23 septembre 2011-aujourd’hui En cours Boston–30septembre2011-10décembre2011Occupationterminée,manifestationsen cours Oaklet, Californie – 10 octobre 2011-aujourd’hui En cours Espagne M15/Indignados 15/05/2011 En cours Mauritanie Printemps arabe 17 janvier 2011-aujourd’hui En cours Maroc Printemps arabe 20 février 2011-aujourd’hui Maîtrisé Israël Manifestations 14 juillet 2011-aujourd’hui En cours Libye Printemps arabe/Guerre civile 15 février 2011-23 octobre 2011 Terminé le 23 octobre 2011 Manifestations – Octobre 2011 Terminé M15/Les Indignés – Mai 2011-??? Terminé France Royaume-Uni Cette carte présente certains des mouvements sociaux survenus à travers le monde en 2011 et met en avant quelques-uns des principaux éléments déclencheurs de mouvements sociaux. Mouvements Printemps arabe Manifestations étudiantes Mouvement d’occupation Révolution en ligne Manifestations M15 Causes principales Inégalités Démocratie(élections,voix,mécontentementenverslegouvernement,gouvernanceinternationale,réformeconstitutionnelle) Prix (alimentation, carburants, logement, etc.) Corruption et cupidité des entreprises Emploi Autre Nombre total approximatif de participants 0-1 000 1 000-10 000 10 000-100 000 100 000-1 000 000 1 000 000+ Ouganda Marche «Walktowork »/Manifestations 11 avril 2011 Terminée Soudan Printemps arabe 30 janvier 2011-31 décembre 2011 Terminé le 31 décembre 2011 Figure 17 : Inégalités Corruption Cupidité des entreprises Chômage Droits du travail Rémunération insuffisanteAbsence de liberté Conditions de vie précaires Violence policière Violation des droits de l’homme Qualité du système Aéducatif Réforme sociale Alimentation Inflation Non respect des droits des femmes Absence de perspectives Professionnelles Absence de droits civiques Pauvreté Monarchie absolue Gouvernement Absence de démocratie Système politique Injustice sociale Difficultés économiques
    • 58 Rapport 2012 sur les progrès en Afrique PART III UNE GOUVERNANCE POUR UN AVENIR MEILLEUR En matière de gouvernance comme en économie, l’histoire de l’Afrique pendant la dernière décennie a été marquée par des progrès réguliers. Les élections multipartites y sont désormais solidement ancrées et l’on enregistre une tendance vers davantage de transparence. Les militaires se sont tenus, pour l’essentiel, à l’écart du jeu politique. Enfin, de nombreux pays se sont apaisés. Les modèles actuels de protestation sociale en Afrique défient les classifications simplistes. Dans certains cas, des jeunes sont mobilisés pour soutenir les demandes, les revendications et contre-revendications des parties rivales. Les émeutes de jeunes qui ont suivi les élections de 2010 en Côte-d’Ivoire ont été un exemple de manifestations extrêmes. Au Ghana, au Sénégal, les politiciens ont entraîné les jeunes dans des activités politiques parfois violentes. L’Afrique du Sud a vu une montée des protestations sociales depuis 2009. Le point d’attention a été la fourniture des services, bien que les problèmes sous-jacents étaient bien plus profonds. Certains commentateurs estiment qu’une part grandissante des Sud-Africains – spécialement les jeunes – ont le sentiment que les manières habituelles de s’engager en politique ont échoué et que des alternatives peuvent être sans doute plus efficaces. Comme les révolutions arabes qui ont pris le monde par surprise en 2011, il y aura des développements inattendus et non prévisibles en Afrique. Comme les États Arabes, l’Afrique connaît une poussée démographique. Mais les différences sont aussi importantes. L’Afrique sub-saharienne n’a pas de vaste réservoir de chômeurs éduqués. Une autre différence est que l’Afrique possède des démocraties multipartites établies, quoique fragiles, avec la plupart des pays tenant régulièrement des élections depuis les années 1990. Rien de cela ne diminue le potentiel pour des manifestations. Comme la jeunesse à travers le monde, les jeunes Africains ont des espérances et des ambitions. Et comme toute jeunesse, ils répondront aux systèmes politiques qui leur refuseront une voix en trouvant d’autres modes d’expression.
    • 6160 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Malgré ces bons résultats, la complaisance n’est pas de mise. Les fondements de la démocratie doivent être défendus avec détermination ainsi que le rappellent, notamment, le coup d’État au Mali en mars 2012 et le long conflit et la violence qui ont succédé aux élections de 2010 en Côte d’Ivoire. Des poches importantes de conflits à basse intensité entretiennent l’instabilité, tandis que la région reste confrontée à la violence politique, aux conflits pour les ressources naturelles, au terrorisme, au séparatisme et à une forte criminalité, trafic de drogues et crime organisé en particulier. Enfin, les vieilles habitudes ont la vie dure en politique, comme l’ont montré les réactions au Printemps arabe, marquées par la censure des informations sur les soulèvementsoulaminimisationdeleurportéepardesmédias officiels ou influencés par l’État. Certains gouvernements ont réagi au Printemps arabe en restreignant le champ d’action des organisations de la société civile, une approche qui se révèlera probablement inefficace et contreproductive. Cette section est consacrée à quatre grandes questions de gouvernance : 1. L’acception des règles de la démocratie multipartite. 2. Le nouveau visage de l’instabilité et des conflits en Afrique. 3. L’amélioration de la gouvernance de l’activité économique. 4. La gestion des ressources naturelles pour le bien public. La démocratie multipartite est désormais solidement ancrée dans toute l’Afrique, 2011 ayant vu l’organisation d’un nombre record d’élections, dont certaines se sont révélées libres et justes. Par contre, de nombreux processus de vote et campagnes ont été entachés de violences et d’intimidations sporadiques (Encadré 10). D’autres tendances sont moins favorables. Plusieurs chefs d’États ont tenté de faire entériner, par le pouvoir législatif, des dérogations au nombre maximal de mandats autorisés par les règles constitutionnelles, certaines de ces tentatives ayant été couronnées de succès. Si le leadership politique n’est soumis à aucune limite d’âge, la réticence de certains dirigeants de longue date à quitter le pouvoir ne laisse cependant pas d’inquiéter. La région la plus jeune du globe compte parmi les dirigeants les plus vieux, aux commandes depuis, parfois, bien plus de dix ans. Ceci n’est pas un signe de bonne santé politique, surtout dans les pays où s’expriment, dans le public, des préoccupations quant au mépris de l’état de droit, à la corruption et à la gestion des richesses minières. L’infographie ci-après présente les deux visages de la démocratie émergente en Afrique. Elle situe les élections multipartites organisées en 2011 et indique quels pays sont régis par des dirigeants dont la durée des mandats serait certainement jugée trop excessive dans une démocratie fonctionnelle. Enseignements tirés des élections truquées L’organisation d’élections multipartites est un indicateur approximatif en même temps qu’une condition nécessaire de la démocratie et du respect de l’état de droit. Les citoyens africains, qui ont durement lutté pour obtenir le droit de participer à des élections multipartites libres et justes, ont de bonnes raisons de ne pas baisser la garde. Les élections organisées en Afrique en 2011 ont été de qualité variable. En Zambie, le candidat d’opposition, Michael Sata, a remporté une victoire surprise aux élections présidentielles, mettant ainsi fin à vingt ans de domination du Mouvement pour la démocratie multipartite. Les élections de 2011 au Nigeria, dont le déroulement témoigne d’une amélioration radicale par rapport au scrutin de 2007, ont été saluées comme un progrès pour la démocratie. Cependant, l’élection elle-même a été très loin de répondre aux normes internationales. De même, bien que les observateurs aient jugé le premier tour de la présidentielle au Sénégal globalement libre et équitable, les élections étaient illégitimes aux yeux de nombreuses personnes, le candidat sortant, Abdoulaye Wade, ayant ignoré les protestations contre sa volonté de briguer un troisième mandat. M. Wade a, finalement, admis sa défaite après un deuxième tour remporté de façon nette par Macky Sall, un ancien allié politique, ce qui devrait permettre au Sénégal d’engager la transition sans nouveaux épisodes de violence ni d’instabilité. En Ouganda, le président Yoweri Museveni, après avoir fait amender la Constitution, a conservé le pouvoir par une grande majorité. Cependant, la campagne a été entachée par des intimidations et par le harcèlement et l’arrestation de personnalités de l’opposition. Même au Liberia, où 1. L’acceptation des règles de la démocratie multipartite Encadré 10 : Sonder l’état de la démocratie en Afrique Au-delà des élections, plusieurs pays ont vu leur gouvernance mise à l’épreuve en 2011. Mentionnons d’abord la décision de la Cour pénale internationale (CPI) d’inculper six grandes personnalités publiques kényanes du fait de leurs responsabilités supposées dans les violences postélectorales en 2008 (y compris deux candidats potentiels à l’élection présidentielle). Indépendamment de la gravité des accusations, il est frappant de constater que, selon les sondages d’opinion, les Kényans accordent davantage de confiance aux procédures judiciaires de la CPI qu’aux tribunaux de leur propre pays. Sur une note plus positive, le Kenya s’est doté d’une nouvelle Constitution qui accorde aux citoyens un droit de parole beaucoup plus fort ainsi qu’une meilleure protection de leurs droits civils, politiques, sociaux et économiques. Les dispositions de la Constitution relatives au « partage équitable » en tant que principe de base des dépenses publiques répondent à de nombreuses préoccupations sur l’inégalité exprimées dans les premières pages de notre rapport. Elles méritent d’être étudiées par d’autres gouvernements africains. S’interrogeant sur les répercussions du Printemps arabe, Freedom House, dans son enquête annuelle, relève un recul en 2011 des droits politiques et des libertés civiles en Afrique subsaharienne, en particulier dans « les pays où des membres de l’opposition et la société civile ont demandé des changements dans le sillage des manifestations dans le monde arabe »74 . D’un autre côté, signalons que huit pays d’Afrique subsaharienne comptent parmi les 87 États considérés comme libres du point de vue des droits politiques et des libertés civiles. De même, Reporters sans Frontières suggère, dans son Classement de la liberté de la presse 2011/2012, un écart de plus en plus marqué entre « bons élèves » et « mauvais élèves » en Afrique75 . Les pays ayant réprimé des manifestations voient leur note fortement revue à la baisse, notamment le Malawi et l’Ouganda. À l’autre extrême, le Niger est crédité d’une nette amélioration de la liberté des médias, sous-tendue par une législation favorable et par l’engagement public de son Président. D’autres évaluations sont plus optimistes. USAID, dans son NGO Sustainability Index for Sub- Saharan Africa, estime que l’année 2010 (indice le plus récent) a été marquée par « davantage de progrès que de reculs » dans les sept critères évalués, en particulier le cadre juridique, les possibilités de plaidoyer et la pérennité financière76 . Par contre, l’International Center for Not-for-Profit Law (ICNL) estime, dans un rapport paru en juin 2011 consacré aux tendances générales en matière de droits des organisations non gouvernementales, que « le nombre des lois restrictives est en augmentation » .77 Ce retour de bâton contre la société civile (surtout en Éthiopie, en Zambie, en Ouganda et au Zimbabwe) est attesté par l’imposition de frais d’enregistrement très élevés, les restrictions aux activités et les limites sur le financement étranger. Ellen Johnson Sirleaf, prix Nobel, a remporté l’élection présidentielle de manière indiscutable, la campagne électorale a été marquée par la controverse, les principaux candidats de l’opposition accusant le gouvernement de fraude électorale et boycottant le deuxième tour du scrutin. L’actualité doit nous mettre en garde contre l’idée que les élections sont synonymes de stabilité politique. Dans certains cas, elles ont suscité, au contraire, une rupture des règles et processus institutionnels : en Côte d’Ivoire (2000, 2010), en RDC (2011), au Kenya (2007/2008), au Zimbabwe (2007) et en Ouganda (2011), notamment. Dans ces pays, parmi d’autres, la compétition politique s’est faite sur la base d’une mobilisation autour des clivages à l’œuvre au sein du corps social. Les systèmes politiques majoritaires, dans lesquels les perdants risquent de se sentir négligés par l’État, exacerbent les tensions sociales sous-jacentes. L’adoption d’un mécanisme de partage du pouvoir est susceptible d’exercer un effet pacificateur après une élection source de discorde. Au Kenya, la création d’un gouvernement d’unité nationale a permis, d’une part, de mettre fin rapidement à un conflit civil meurtrier et, d’autre part, l’adoption d’une nouvelle Constitution. Dans d’autres pays par contre, le partage du pouvoir est manipulé au profit de lignes dures, pour placer l’opposition dans une situation d’impasse et retarder l’éclatement de conflits inéluctables. Il y a de bonnes raisons de se préoccuper de l’impact des élections multipartites sur les pays caractérisés par la fragilité de l’État et par la diversité. Par définition, les élections augmentent le niveau d’incertitude politique. Le danger est que les candidats sortants n’admettent pas l’idée de la défaite et s’efforcent de conserver le pouvoir par tous les moyens. Dans certains pays, cette tension est à l’origine d’une forte corruption, les partis au pouvoir cherchant à générer des fonds pour leurs campagnes électorales ; dans d’autres pays, elle précipite les violences électorales et la répression des partis d’opposition et de leurs partisans. Dans la plupart des pays, les dirigeants entretiennent des relations étroites avec les militaires (Encadré 11).
    • 6362 63 Rapport 2012 sur les progrès en Afrique Les preuves qui s’accumulent confirment-elles l’opinion des pessimistes selon laquelle l’Afrique ne serait pas prête pour la démocratie multipartite ? La réponse à cette question est négative – mais il est cependant vrai que les élections à forts enjeux amplifient les tensions sociales. Les enquêtes d’opinion Afrobarometer montrent que l’identification ethnique tend à culminer à l’approche des élections, conséquences des messages à caractère identitaire et linguistique lancés pendant les campagnes78 . La compétition directe entre des partis représentant des religions, régions ou groupes particuliers avive indéniablement de nombreuses tensions sous-jacentes, des problèmes de propriété foncière jusqu’aux modalités d’expression religieuse. Mais le coût social et politique de la restriction du multipartisme dépasse de loin le risque inhérent à l’organisation d’élections. S’il était possible de tirer une leçon générale de l’expérience de l’Afrique, on dirait que les chefs de gouvernements et de partis d’opposition doivent être beaucoup plus mesurés dans leurs campagnes électorales. Les partis politiques doivent user d’arguments dépassant les identités étroites qui séparent les populations, de manière à résoudre les problèmes rencontrés par tous les citoyens et susciter un sentiment d’identité collective. La démocratie repose, au fond, sur la compétition réglementée entre des partis proposant des visions et des politiques spécifiques. C’est pourquoi la compétition joue un rôle si important pour la libéralisation politique et pour la réforme démocratique en Afrique. Dans ce contexte, il est vital de reconnaître et de protéger le statut juridique de l’opposition. Authentiquement démocrates ou non, les partis d’opposition exigeront probablement une libéralisation politique pour la bonne raison qu’un jeu politique plus égal servira leurs propres intérêts. C’est ainsi que la compétition politique peut encourager les exclus du pouvoir à s’engager en faveur des processus démocratiques, indépendamment de leurs convictions en matière normative et hors de toute considération morale. Au Ghana, par exemple, le principal parti d’opposition a fait campagne autour d’un certain nombre de questions relatives à l’organisation du système électoral et politique, obligeant le gouvernement à des concessions qui, avec le renforcement progressif de l’opposition elle-même, ont abouti à la création d’un environnement politique plus libre, plus juste et plus compétitif. Encadré 11 : Quand les militaires s’accrochent au pouvoir Dès l’indépendance du continent, les militaires ont joué un rôle central dans les perspectives de stabilité et de démocratie en Afrique. Jusqu’en 1980, plus des deux tiers des pays d’Afrique subsaharienne ont été soumis à une forme ou une autre de régime militaire. Depuis le retour du multipartisme, le rôle politique de l’armée est devenu moins évident. Presque tous les gouvernements africains sont aujourd’hui officiellement civils. Dans les années 1970, la majorité des dirigeants africains quittaient le pouvoir par la violence, suite à un coup d’État voire à un assassinat. De nos jours, la passation des pouvoirs s’opère selon des règles constitutionnelles, par des élections ou une fois atteinte la limite des mandats. Reste que les gouvernements civils de nombreux pays sont en réalité composés de militaires ayant ôté leur uniforme sans pour autant renoncer à leurs liens avec l’armée. En Angola, au Burundi, en Namibie, au Mozambique, au Rwanda, en Ouganda et au Zimbabwe, les partis au pouvoir représentent d’anciennes armées ou forces militaires de libération, comme en témoigne la répartition des ministères. Dans bien des cas, la ligne de démarcation entre forces armées et autorités civiles n’est pas encore tracée. Si certains gouvernements civils sont effectivement responsables d’un recul démocratique, les autorités dirigées par des militaires, issus d’organisations fortement hiérarchisés, sont davantage susceptibles de réagir à la critique en s’attaquant aux libertés. É thiopie Soudan Tchad Libye Égypte Algérie Niger du Congo Nigeria Mauritanie Angola Zambie Afrique du Sud Botswana Tanzanie Kenya Maroc Namibie Tunisie Érythrée Somalie Mozambique Zimbabwe Madagascar Maurice Comores Seychelles Ouganda Swaziland Lesotho Rwanda Burundi Congo Guinée équatoriale Gabon Cameroun Sahara occidental Malawi République centrafricaine Sao Tomé-et-Principe Ghana Togo Bénin Côte d’Ivoire République démocratique Liberia Sierra Leone Burkina Faso Sénégal Gambie Guinée-Bissau Guinée Cap Vert DjiboutiMali Élections parlementaires Référendum Élection sénatorialesÉlections présidentielles 0 - 8 ans 9 - 15 ans 16 - 22 ans 23 - 30 ans > 30 ans Chef d’État/de gouvernement, nombre d’années au pouvoir Sud- Soudan Source : APP : données provenant du site Internet Election Guide (www.electionguide.org) et de l’Institut électoral pour une démocratie durable en Afrique (www.eisa.org.za) Carte électorale Figure 18 :
    • 6564 65 Rapport 2012 sur les progrès en Afrique Le Printemps arabe a radicalement changé la manière dont les gouvernements, les analystes et la société civile envisagent la protestation sociale, comme nous l’avons souligné dans la Partie II ci-dessus. À cet égard, les parallèles et les différences entre l’Afrique et le monde arabe sont instructifs. Tout au long des événements du Printemps arabe, au début 2011, les médias internationaux ont à peine couvert les manifestations en Afrique subsaharienne, qui ont pourtant concerné vingt-six pays. Aucune de ces manifestations n’a entraîné de soulèvement aussi massif que dans les pays arabes, en dépit de la similarité des motifs de mécontentement : régimes répressifs tenus par des dirigeants au pouvoir depuis trop longtemps ; restriction des libertés civiles ; corruption généralisée ; niveaux élevés de pauvreté et de chômage des jeunes ; et augmentation du prix des denrées alimentaires et des carburants. Pourquoi le Printemps arabe n’a-t-il pas suscité de mouvements de révolte plus massifs au sud du Sahara ? La réponse tient en partie aux grandes différences dans les conditions politiques sous-jacentes. La démocratie, les élections multipartites et la liberté politique sont mieux ancrées en Afrique subsaharienne. En Afrique du Nord, où les élections étaient étroitement encadrées afin de garantir la réélection d’autocrates, l’absence de scrutin libre et équitable est devenue l’abcès de fixation de la mobilisation populaire. De plus, le niveau d’éducation a probablement joué un rôle important. Contrairement à la Tunisie et à l’Égypte, les pays d’Afrique subsaharienne ne comptent pas encore la masse critique de jeunes éduqués mais sans travail qui ont donné son visage au Printemps arabe – sans compter que l’utilisation des médias sociaux dans les campagnes électorales y est encore embryonnaire (voir la Partie II de notre rapport). En Afrique subsaharienne, les manifestations et les violences sociales revêtent d’autres formes. Certains conflits sont toujours imputables à des antagonismes relatifs à l’accès aux ressources. Mais on constate l’émergence d’une nouvelle tendance, préoccupante, de conflits liés à des processus électoraux (comme en Côte d’Ivoire), à l’échec de l’application d’accords de paix (notamment entre le Soudan et le Soudan du Sud) et à la violence sectaire ou ethnique (Nigeria, Somalie par exemple)79 . S’agissant des conflits, le constat est mitigé. La bonne nouvelle est que le niveau de violence armée est en recul : en 2002, 55 % de tous les conflits dans le monde se déroulaient en Afrique, une proportion tombée à 24 % en 2011. La mauvaise nouvelle est que l’Afrique abrite toujours 23 % du total mondial des réfugiés et 42 % des personnes déplacées dans leur propre pays80 . Des poches de conflits à basse intensité entretiennent l’instabilité au niveau de la région. Dans le même temps, les populations sont menacées dans leur sécurité par la violence politique et les coups d’État (Niger, Madagascar, Mali, Mauritanie, Libye, Zimbabwe), des conflits liés au contrôle des ressources naturelles (République démocratique du Congo, Éthiopie, Nigeria), la criminalité (Afrique du Sud, Égypte), le trafic de drogues et la criminalité organisée (Afrique de l’Ouest), le terrorisme (Algérie, Somalie, Kenya, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria) et le séparatisme (Somalie, Mali, République démocratique du Congo, Nigeria, Sénégal, Soudan et Ouganda). Les enfants et les femmes sont particulièrement vulnérables : deux tiers des 300 000 enfants soldats dans le monde se trouvent en Afrique, tandis que les femmes et les filles sont les premières victimes des violences sexuelles qui accompagnent les conflits armés. 2. Le nouveau visage de l’instabilité et des conflits en Afrique Conflits violents en Afrique En 2002, 55 % des conflits violents de la planète avaient lieu en Afrique subsaharienne. En 2011, ce chiffre est passé à 24 %. Les pays sortant d’un conflit violent offrent des exemples des plus encourageants en matière de développement. Un grand nombre de régions d’Afrique Subsaharienne ont été pacifiées, notamment l’Afrique occidentale et certaines zones de la région des Grands Lacs. De nombreuses régions désormais en paix sont parvenues à le rester malgré le fait qu’elles se situent au sein de pays où subsistent certains conflits violents isolés. aucun conflit violent guerrecrise guerre limitée Définition des types de conflits selon le Baromètre des conflits 2011 de l’HIIK Source : APP : données provenant du Baromètre des conflits 2011 publié par l’Heidelberg Institute for International Conflict Research (HIIK) Banque mondiale situation fragile Tunisie Sahara occidental Burkina Faso Sénégal Mozambique Zimbabwe Swaziland Lesotho Comores Malawi Érythrée Somalie Ouganda Djibouti Congo Guinée équatoriale Gabon Cameroun Sao Tomé-et-Principe Ghana Togo Bénin Liberia Sierra Leone Guinée-Bissau Guinée Cap Vert Gambie Rwanda Burundi Afrique du Sud Soudan Tchad Libye Égypte Algérie Mauritanie Maroc Mali du Congo Angola Zambie Botswana Tanzanie Namibie É thiopie Kenya Niger Nigeria Côte d’Ivoire République démocratique République centrafricaine Madagascar Maurice Seychelles Sud- Soudan CONFLITS ET FRAGILITÉS Figure 19 :
    • 6766 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Échapper au conflit Les conflits armés sont en grande partie responsables de la lenteur des progrès dans la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement. Les populations vivant dans des États fragiles et en proie à des conflits courent deux fois plus de risques de sous-alimentation que ceux d’autres pays en voie de développement, et sont moitié moins susceptibles d’avoir accès à l’eau potable. Les enfants de ces pays ont trois fois moins de chances d’être scolarisés et deux fois plus de risques de mourir avant l’âge de cinq ans. Une guerre civile coûte en moyenne plus de trente ans de croissance du PIB d’un pays en voie de développement de taille moyenne et réduit sa croissance d’environ 2,3 % par an. Il n’est donc pas surprenant que, jusqu’à présent, aucun État à bas revenu qui soit fragile ou en proie à un conflit n’ait atteint un seul des objectifs du Millénaire pour le développement81 . Le conflit et la guerre civile représentent un « développement à l’envers82 ». Les conflits appauvrissent les pays et les populations, la relation fonctionnant également dans le sens contraire : les pays au PIB par habitant modeste tendent à être confrontés aussi bien à des conflits politiques à grande échelle qu’à des taux d’homicides élevés. La faiblesse de la croissance, la stagnation ou le déclin économique rendent un pays plus vulnérable à la guerre civile. Le chômage des jeunes est régulièrement cité, dans les enquêtes de perception, comme un motif d’adhésion à des mouvements rebelles et à des gangs urbains83 . La croissance économique africaine de ces dernières années suggère que certains pays de l’Afrique briseront le cercle vicieux des conflits à partir du moment où les gouvernements et leurs partenaires de développement seront capables de relever l’un des défis les plus importants pour le continent : tirer parti des possibilités ouvertes par l’augmentation des revenus. L’expérience montre que certaines interventions post-conflit ciblées améliorent les chances de paix, surtout quand elles ont pour effet de restaurer la confiance dans les institutions d’État. Dans les situations d’après-conflit, le secteur privé n’est, en général, pas en mesure de créer rapidement des emplois : des programmes d’emplois publics pourront absorber une partie des chômeurs et rétablir les services de base. L’aide joue un rôle vital. Dans toute l’Afrique, l’aide publique au développement est un des éléments de l’équation très complexe entre revenus domestiques, investissements étrangers directs, commerce, transferts d’argent des diasporas, dépenses liées au maintien de la paix et fuite des capitaux. Or, les modalités de la fourniture de l’aide ne sont pas encore adaptées à cette réalité. L’aide reste un apport déterminant pour les pays sortant d’un conflit : elle sauve des vies, apaise les fluctuations économiques et peut contribuer à remettre un pays en proie à la crise sur le chemin de la reprise. On comprend, dans ces conditions, la déception ressentie devant l’incapacité des donateurs de saisir l’opportunité d’offrir au Soudan du Sud un « dividende de la paix » dans le domaine de l’éducation (voir Encadré 4). L’un des problèmes de l’aide au développement dans les situations de conflit et d’après-conflit réside dans sa subordination à des budgets d’aide humanitaire imprévisibles et à court terme. La traduction d’une paix fragile en réformes capables de consolider les institutions et de limiter le risque de nouvelles flambées de violence dépend d’un soutien à long terme et prévisible84 . La bonne gouvernance de l’activité économique n’est pas seulement un objectif en soi : elle est aussi un instrument de croissance économique et de création d’emplois. Pour se lancer dans des domaines de production à plus forte valeur ajoutée et créateurs d’emplois, l’Afrique a besoin d’investissements domestiques et étrangers de qualité. La mauvaise gouvernance de l’activité économique constitue un frein aux investissements à long terme. Elle alimente une culture du « court-termisme », dans laquelle les investisseurs réagissent au risque en cherchant des marges élevées tout en s’abstenant de réinvestir leurs profits dans les entreprises locales. Nombre d’observateurs jugent toujours positives les tendances dans l’environnement des affaires en Afrique. La dernière analyse Doing Business de la Banque mondiale/ SFI montre qu’en 2010/2011, 36 sur 46 gouvernements d’Afrique subsaharienne ont amélioré les conditions- cadres régissant l’activité des entreprises domestiques85 . Les indicateurs d’affaires ne doivent cependant pas être envisagés indépendamment du contexte général de gouvernance. L’Ibrahim Index of African Governance souligne la nécessité de disposer d’un ensemble plus complet d’outils de mesure et d’adopter une approche équilibrée de la gouvernance. Synthétisant les statistiques relatives aux quatre indicateurs de haut niveau constituant l’indice, les auteurs du rapport 2011 observent que « la majorité des pays ont amélioré les aspects relevant de la pérennité des opportunités économiques et du développement humain. Par contre, on ne constate pas de progrès s’agissant des critères sécurité et état de droit ni participation et droits de l’homme86 ». L’expérience montre que la pérennité des progrès en matière de gouvernance générale dépend de la réalisation de progrès égaux et équilibrés dans ces quatre catégories. 3. Améliorer la gouvernance de l’activité économique Encadré12:Initiativesrégionalesprometteusesenmatièredegouvernance Plusieurs initiatives régionales encourageantes promettent d’améliorer la gouvernance en Afrique ; en outre, un renouveau de la fierté panafricaine est perceptible à l’approche de la célébration, par l’Union africaine (UA), l’année prochaine, du cinquantième anniversaire de la création de l’Organisation de l’unité africaine. L’espoir est que ce double élan entraînera des résultats tangibles pour les populations africaines, au-delà des inévitables déclarations et communiqués. Au niveau du continent, la principale initiative de gouvernance est le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), placé désormais sous l’égide de l’UA. Le NEPAD est basé sur la Déclaration sur la gouvernance démocratique, politique, économique et des entreprises adoptée par l’UA en 2001. Le respect des dispositions de la Déclaration est contrôlé par le Mécanisme africain d’examen par les pairs, qui compte trente-trois États membres. Treize d’entre eux ont déjà été évalués par leurs pairs87 . À son sommet de janvier 2012, le Comité des chefs d’États et de gouvernements chargé de la mise en œuvre a pris plusieurs mesures pour donner un nouvel élan au Mécanisme, notamment en procédant à la nomination de plusieurs des éminentes personnalités chargées de l’examen des pays. Deux nouvelles initiatives d’institutions africaines visent l’amélioration de la gouvernance financière. La Banque africaine de développement (BAD) et la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique ont lancé l’African Governance Outlook, un outil de diagnostic de la gouvernance financière – en particulier la gestion financière – à l’échelle régionale88 . Le projet est testé dans plusieurs pays membres du Mécanisme africain d’examen par les pairs. Cependant, aucune analyse nationale n’a encore été publiée. D’autre part, en février 2012, la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique a créé le Panel de haut niveau sur les flux financiers illicites à partir de l’Afrique, dirigé par l’ancien président de l’Afrique du Sud Thabo Mbeki. Le panel est chargé de sensibiliser au problème des flux financiers illicites et de recommander des mesures pour y mettre fin. L’importance de cette action ne saurait être sous-estimée. Les flux financiers illicites ne sont pas seulement synonymes de criminalité et de violence : ils entraînent en outre l’instabilité des taux de change, l’inflation, des bulles spéculatives sur les marchés immobiliers et d’autres effets économiques contagieux plus généraux. À la fin 2010, l’Organisation pour l’harmonisation du droit des affaires en Afrique, qui regroupe seize pays d’Afrique centrale et de l’ouest, a adopté une législation commune régissant les garanties du crédit, levant ainsi un obstacle de taille à la bonne marche des affaires89 . Enfin, en 2011, la Facilité africaine de soutien juridique de la BAD a débuté ses activités avec un projet de renforcement des capacités et de conseil sur la formulation des contrats dans le secteur des ressources naturelles. Il serait bon que la Facilité envisage d’œuvrer pour le renforcement des compétences de gestion du foncier : en effet, comme nous l’avons montré dans la Partie II du Rapport, l’accaparement de terres constaté dans toute l’Afrique depuis 2007 met en relief la capacité limitée des gouvernements africains à gérer les investissements étrangers dans ce secteur crucial.
    • 6968 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique La corruption et l’opacité demeurent des phénomènes préoccupants : elles sapent les progrès sociaux, économiques et politiques à tous les niveaux. Pour les Africains moyens contraints de s’acquitter des taxes illégales pour leur éducation, leur santé ou la commercialisation de leurs marchandises, la corruption suscite une perte d’opportunités. Elle augmente d’autre part les frais d’exploitation des investisseurs, avec des conséquences néfastes en termes d’efficience économique et de création d’emplois. Enfin, la corruption a des effets ravageurs sur les systèmes politiques, en permettant à des dirigeants de profiter de leur position à des fins d’enrichissement personnel plutôt que de recherche du bien public. Le manque de transparence est synonyme, quant à lui, d’utilisation inefficace et inéquitable des ressources naturelles. En fin de compte, il revient aux citoyens et aux gouvernements africains de combattre la corruption par le biais de leurs systèmes politiques nationaux. Pour ce faire, certains outils de mesure et initiatives internationales leur seront d’un grand secours. L’Open Government Partnership (OGP) est une nouvelle initiative multilatérale prometteuse, dont l’objectif est d’obtenir des engagements concrets de la part des gouvernements en matière de promotion de la transparence, d’autonomisation des citoyens, de lutte contre la corruption et d’utilisation des nouvelles technologies pour améliorer la gouvernance90 . Créée à l’initiative conjointe des États-Unis et du Brésil et inaugurée officiellement en septembre 2011 par huit gouvernements fondateurs, dont celui de l’Afrique du Sud, l’OGP a adopté à cette occasion une Déclaration sur la gouvernance ouverte et annoncé des plans d’action nationaux. Depuis septembre 2011, quarante-trois autres gouvernements se sont engagés à s’associer au partenariat, dont le Ghana, le Kenya, le Liberia et la Tanzanie. Dans un esprit de collaboration, l’OGP est supervisée par un comité directeur composé de représentants de gouvernements et d’organisations de la société civile. Ses résultats seront évalués de manière indépendante à l’aune des engagements souscrits dans les plans d’action. Le Botswana, le Cap-Vert, Maurice et le Rwanda sont les pays africains les mieux classés par l’Indice de perception de la corruption 2011 de Transparency International (TI). Dans de nombreux autres pays, la corruption reste un obstacle aux investissements et à l’efficience. Le bilan des initiatives multilatérales de lutte contre la corruption est mitigé. La Convention des Nations Unies contre la corruption, entrée en vigueur en 2005, n’a été dotée que récemment d’un mécanisme de vérification de son application. Les termes de référence de ce mécanisme ont été adoptés en novembre 2009 : ils prévoient un mélange d’autoévaluation et d’examen par les pairs. À sa première session en juillet 2010, le mécanisme a choisi les vingt-sept États qui présenteront leurs rapports pendant la première année du cycle d’examen quinquennal. Huit pays d’Afrique font partie de ce groupe initial ; le Rwanda a présenté, le premier, son autoévaluation. Malheureusement, le règlement impose la confidentialité de l’examen des rapports nationaux. Seules quelques synthèses de rapports ont été publiées. On doit déplorer aussi le maintien de la décision prise antérieurement d’exclure les représentants de la société civile des séances d’examen, en dépit du lobbying de plusieurs gouvernements au nom de la Coalition de la société civile (UNCAC). La corruption n’est pas un problème uniquement africain. En effet, à chaque fonctionnaire ou gouvernement africain occupé à prélever une « rente » sur les contrats avec des investisseurs étrangers, correspond nécessairement un homologue parmi ces derniers. Le suivi de l’application de la Convention de l’OCDE contre la corruption (1997), qui s’attaque à la corruption sous l’angle de « l’offre », est entré dans une nouvelle phase en 2011. Alors que les Phases 1 et 2 étaient axées sur l’adéquation et la mise en œuvre effective des législations anticorruption des États signataires de la Convention, la Phase 3 porte sur l’application de l’instrument proprement dit. Reconnue par le Groupe de travail ad hoc de l’OCDE, la société civile – avec à sa tête Transparency International – a joué un rôle déterminant à cet égard. Certains dirigeants africains sont loin de répondre aux attentes. Mais l’on a de plus en plus conscience qu’ils travaillent avec des sociétés multinationales et/ou des gouvernements de pays développés qui poursuivent leurs propres objectifs géopolitiques. C’est pourquoi les instruments internationaux contre la corruption, le trafic de drogues et d’autres formes de criminalité transnationale, de même que l’opportunisme géopolitique de certains gouvernements, jouent un rôle déterminant. La bonne gouvernance des ressources naturelles est d’une importance cruciale pour le développement de l’Afrique. Les ressources minières et le pétrole représentent plus de 40 % des revenus de certains pays – voire 98 %, dans le cas du pétrole au Soudan du Sud. Dans ce secteur, la bonne gouvernance consiste à mobiliser le capital financier potentiel des ressources naturelles pour le convertir dans les infrastructures et le capital humain dont dépendent la croissance, la création d’emplois et la prospérité partagée. Judicieusement dépensés, les revenus tirés des ressources naturelles pourraient combler certaines des lacunes en termes d’égalité et de justice identifiées dans ce rapport. L’optimisation d’autres aspects du développement du secteur minier, comme par exemple la protection de l’environnement, les conditions de travail, le traitement local et d’autres liens, dépend en grande partie de la bonne gouvernance de tous les intervenants. Les gouvernements sont désormais beaucoup plus conscients des enjeux de la gestion des ressources naturelles, tandis que la société civile est de mieux en mieux organisée et capable de dénoncer les violations des bonnes pratiques. De nombreux gouvernements manquent soit de la volonté politique, soit de la compétence technique – ou, plus souvent, des deux à la fois – pour gérer les ressources naturelles dans l’intérêt public. Il n’en reste pas moins que plusieurs pays africains richement dotés en ressources naturelles ont intensifié leurs démarches pour améliorer la gouvernance de ce secteur, par le biais de programmes nationaux et de la participation à des initiatives régionales et internationales. Au niveau international, l’Initiative pour la transparence dans les industries d’extraction (ITIE) a gagné du terrain en Afrique : elle y est appliquée par vingt-deux pays, dont sept sont désormais considérés comme respectueux des normes qu’elle impose91 . L’ITIE étudie actuellement des réformes pour, d’une part, rendre plus accessibles et plus clairs les comptes relatifs aux revenus publics tirés de l’exploitation du pétrole, du gaz et des ressources minières ; et, d’autre part, pour assurer la transparence des paiements en nature et des transactions basées sur le troc. On a proposé d’autre part d’élargir le mandat de l’ITIE à d’autres éléments de la chaîne de valeur, notamment les adjudications. Le troc et les adjudications sont particulièrement pertinents pour l’Afrique, notamment dans la perspective du renforcement des capacités et du soutien juridique tels qu’offerts actuellement par la BAD (voir Encadré 12). Sous l’égide de l’ITIE, plusieurs pays ont décidé d’étendre la portée de leurs initiatives de transparence des revenus à des secteurs de ressources non traditionnels – dans le cas du Liberia, par exemple, l’exploitation forestière et l’agriculture commerciale. Le Nigeria s’est doté, pour sa part, d’une Institution de surveillance de la transparence dans le secteur pétrolier. À l’exemple du Processus de Kimberley de certification des diamants (voir ci-dessous), d’autres pays expérimentent la certification des produits de l’exploitation minière et forestière. Au niveau régional, l’adoption en 2008 de la Vision du régime minier de l’Afrique, et de son Plan d’action complémentaire en décembre 2011,est uneétape potentiellementimportantevers une exploitation profitable et durable des ressources naturelles sur le continent. Le Centre de développement minier, qui sera bientôt ouvert par l’UA et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, orientera l’application de la vision et du plan. 4. La gestion des ressources naturelles pour le bien public.
    • 7170 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique PAYS Ressource Pourcentage de la production mondiale % Pétrole Gaz OFFSHORE ou non Source des données : Base de données du Raw Materials Group, 2012 Source : Africa Mining, différents numéros Rentes provenant de l’exploitation des ressources naturelles en pourcentage du PIB 50% ou plus 5% - 9,9% 25% - 49,9% 1% - 4,9% 10% - 24,9% Aucune donnée 0% - 0,99% En gras : Ressources représentant plus de 10 % de la production mondiale Étain : Soudures et alliages Zinc : Alliages et batteries Titane : Pigments, alliages et aérospatial Bauxite : Aluminium destiné à l’emballage et aux transports (avions, voitures) Chromite : Acier inoxydable Charbon : Production d’électricité Cobalt : Batteries, alliages métalliques Coltan : Appareils électroniques, téléphones mobiles Cuivre : Fils électriques et câbles de télécommunication Diamants : Joaillerie Minerai de fer : Acier pour la construction, etc. Or : Joaillerie (et réserve de valeur) Plomb : Batteries pour l’automobile Lithium : Piles pour appareils électroniques Nickel : Acier inoxydable, aimants Niobium : Production d’acier et d’alliages Manganèse : Production d’acier Palladium : Catalyseurs, électronique Phosphorite : Engrais Platine : Pots catalytiques (automobile) Métaux du groupe du platine : Pots catalytiques (automobile) Rhodium : Catalyseurs, électronique Tungstène : Alliages et autres usages industriels Oxyde d’uranium : Production d’électricité Zirconium : Céramique L’élan suscité par l’ITIE et ses partisans dans la société civile a conduit le Congrès des États-Unis à adopter une loi imposant aux sociétés d’extraction enregistrées aux États- Unis (même si elles n’y sont pas domiciliées) à dévoiler leurs paiements faits à l’étranger, par pays et par projet. Toutefois, la Securities and Exchange Commission n’a pas encore édicté le règlement d’application de cette nouvelle exigence en matière de divulgation, et ce dans un contexte de lobbying intense de la part de partisans et adversaires de cette mesure de transparence. L’UE se trouve sensiblement au même stade dans l’imposition de règles similaires aux sociétés domiciliées en Europe communautaire. À ce niveau de détail et vu leur portée, les exigences de divulgation obligatoire pourraient bien transformer le paysage de la gouvernance des ressources en Afrique. De plus, l’OCDE a adopté il y a peu son Guide sur le devoir de diligence pour des chaînes d’approvisionnement responsables en minerais provenant de zones de conflit ou à haut risque. Il s’agit de la première série de recommandations validées par des gouvernements et destinées à aider les entreprises à respecter les droits de l’homme en évitant d’alimenter les conflits par leurs décisions et pratiques en matière d’achat de minerais. En coopération avec d’autres États partenaires de la région des Grands Lacs, la Banque mondiale et les Nations Unies, l’OCDE coordonne un projet d’application du Guide (et de son Supplément sur l’étain, le tantale et le tungstène) par les sociétés achetant des minerais extraits dans la région. À l’heure actuelle, 82 sociétés et associations sectorielles ont choisi de participer au projet. Au deuxième semestre 2012, l’OCDE lancera le programme d’application des dispositions contenues dans le Supplément sur l’or, paru récemment. Autre initiative au succès considérable, la Charte des ressources nationales (National Resource Charter, NRC) a été rédigée par un groupe d’experts indépendants dans le domaine de l’extraction durable des ressources. La Charte est articulée autour de douze principes fondamentaux en matière gestion des ressources naturelles92 . Approuvée par la BAD et le NEPAD, avec lequel elle a entamé un programme de travail prometteur au niveau national, la NRC œuvre actuellement, dans un certain nombre de pays, à la conception et au test d’une méthode d’évaluation basée sur les dispositions de la Charte. L’Institution de surveillance de la transparence dans le secteur pétrolier du Nigeria appliquera les classements de la NRC en tant qu’indicateurs de réalisation de ses propres cibles. Dans le même temps, le Processus de Kimberley, qui existe depuis maintenant dix ans, s’efforce de restaurer sa crédibilité. Le Botswana préside un Groupe de travail chargé d’évaluer l’efficacité du Processus93 . Algérie Minerai de fer Phosphorite 1,31 1,09 - Mauritanie Minerai de fer Or Cuivre 0,67 0,28 0,21 - Offshore Maroc Cobalt Phosphorite 2,76 14,85 - - Niger Oxyde d’uranium Or 6,91 0,1 - - Tanzanie Or 1,61 - Offshore Nigeria Coltan Étain Niobium Or 2,08 0,63 0,31 0,13 OFFSHORE SOUDAN Or Chromite 0,42 0,78 - - Gabon Manganèse 2 OFFSHORE Ghana Or Manganèse 3,56 2,86 - OFFSHORE TCHAD - - Congo OFFSHORE GUINÉE ÉQUATORIALE OFFSHORE Cameroun Or 0,04 - OFFSHORE RDC Cobalt Diamants Cuivre Coltan Étain 49,69 20,50 1,57 8,33 3,15 - OFFSHORE Côte d’Ivoire Or 6,9 OFFSHORE Égypte Phosphorite Minerai de fer 3,35 0,12 - Libye - Tunisie Phosphorite 4,6 République centrafricaine Diamants 0,38 ÉTHIOPIE Coltan 3,08 KENYA Or 0,02 RWANDA Coltan Tungstène Étain 10 1,79 0,95 BURKINA FASO Or 0,34 Mali Or 1,82 GUINÉE Bauxite Or Diamants 8,26 0,73 1,9 SÉNÉGAL Phosphate Or 0,59 0,23 Sierra Leone Bauxite Diamants 0,42 0,78 LIBÉRIA Diamants Or 0,03 0,03 Togo Or Phosphorite 0,5 0,45 BURUNDI Coltan Or 1,33 0,1 Angola Diamants 9,50 - OFFSHORE Namibie Oxyde d’uranium Diamants Zinc 9,85 7,21 1,65 Botswana Diamants Cuivre Charbon Or Nickel 25,71 22,4 1,04 1,63 1,48 Zambie Cobalt Cuivre 7,1 4,38 LESOTHO Diamants 1,75 ZIMABABWE Chromite Diamants Lithium Palladium Platine MGP Rhodium 1,84 0,49 2,61 2,2 2,89 2,47 1,92 Mozambique Coltan Zirconium Or 9,17 2,54 0,01 - - Malawi Oxyde d’uranium 0,21 Madagascar Chromite 0,32 Afrique du Sud Chromite Charbon Cobalt Cuivre Diamants Or Minerai de fer Plomb Manganèse Nickel Palladium Phosphate Platine MGP Rhodium Titane 40,35 3,72 1,54 0,77 7,92 9,63 2,92 1,24 17,87 2,06 38 1,39 76,92 59,57 83,33 23,64 - OFFSHORE Gisements récemment découverts Ressources naturelles Figure 20 : Utilisation des différentes ressources Gisements découverts au 1er trimestre 2011 Ressources naturelles Pays Pétrole Ghana (Ouest du Cap des Trois-Pointes) Or Tanzanie (région d’Heteni) Minerai de fer Libéria (Bopulu et Timbo) Manganèse Gabon (Ndjole) Diamants Sierra Leone (Tongo) Gaz naturel Tanzanie (offshore) Site entré en production en 2011 Ressources naturelles Pays Charbon Mozambique Pétrole Ghana Cuivre Zambie (Nord de Konkola) Manganèse Gabon
    • 72 Rapport 2012 sur les progrès en Afrique PART IV LA DOUBLE CRISE DE L’ACCES A L’EDUCATION ET DE LA QUALITE DE L’ENSEIGNEMENT L’éducation est le moteur de la croissance économique, de l’innovation et de la création d’emplois. Elle donne aux pays et aux populations les compétences indispensables pour s’extraire de la pauvreté et pour construire une prospérité commune. L’éducation autonomise les populations en leur permettant de s’assurer de moyens d’existence, de jouir d’une bonne santé et de participer aux processus politiques qui déterminent leur vie. Pour toutes ces raisons, la crise de l’éducation que traverse l’Afrique exige l’attention urgente des dirigeants politiques et des partenaires de développement.
    • 7574 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Nous n’employons pas le mot « crise » à la légère. Certes, de grands progrès ont été réalisés dans le domaine de l’éducation depuis dix ans, comme dans d’autres domaines : les taux de scolarisation ont explosé, davantage d’enfants achèventleprimaireetsontadmisdanslesecondaire,l’écart entre les garçons et les filles s’est réduit. De nombreux pays ont connu un rythme de progrès inimaginable au moment de l’adoption des OMD. Et pourtant, si les tendances actuelles devaient se maintenir, l’objectif de l’éducation primaire universelle en 2015 serait loin d’être atteint et des millions d’enfants seraient toujours exclus de l’école – et certaines indications préoccupantes montrent que la tendance est, au contraire, au ralentissement des progrès. Dans le même temps, de nombreux enfants scolarisés apprennent très peu de choses, vu la qualité désastreuse de l’enseignement qui leur est prodigué : loin d’acquérir les compétences d’apprentissage indispensables au XXIe siècle, des millions d’enfants africains sortent de l’école primaire sachant à peine lire et compter. Ce double déficit en termes d’accès à l’école et d’apprentissage a des conséquences graves. Il sape le potentiel d’une génération entière d’enfants et d’adolescents, exacerbe les divisions sociales et compromet les perspectives de croissance économique durable et partagée. Ces dix dernières années, les gouvernements africains ont beaucoup insisté – et à juste titre – sur l’adoption de politiques macroéconomiques propices à la croissance. Or, la croissance dynamique et diversifiée dont l’Afrique a besoin sera impossible à atteindre si la population ne dispose pas des compétences et des aptitudes nécessaires. Si rien n’est fait pour y remédier, ce déséquilibre dans les priorités aura des conséquences funestes pour l’avenir de l’Afrique. Dans une économie de la connaissance de plus en plus interconnectée, les disparités éducatives d’aujourd’hui feront les inégalités de demain en termes de revenus, d’échanges et d’investissements. Plus que jamais, la prospérité des nations dépend moins de ce que les pays possèdent (leur capital en ressources naturelles) que de la capacité d’apprentissage de leurs citoyens (leur capital humain). Ce qui est vrai pour les pays l’est aussi pour les personnes qui, faute d’éducation pour réaliser leur potentiel, risquent la marginalisation, la pauvreté et la précarité professionnelle. L’éducation peut transformer le développement social et économique de l’Afrique. Pour tirer parti de ce potentiel, les gouvernements doivent agir sans tarder sur trois fronts. D’abord, chaque gouvernement doit redoubler d’efforts pour scolariser tous les enfants d’ici à 2015. Ensuite, il faudra accorder une attention beaucoup plus soutenue à la qualité de l’éducation et aux résultats d’apprentissage. L’Afrique doit adopter ce que les chercheurs de la Brookings Institution qualifient de « pacte mondial pour l’apprentissage » mettant l’accent, avant tout, sur les résultats. Peu après l’indépendance de son pays, Kwame Nkrumah, premier Président du Ghana, déclara : « Nous mesurerons nos progrès au nombre d’enfants à l’école et à la qualité de leur éducation. »94 Trop de gouvernements – et de donateurs – ont fait l’impasse sur l’élément qualitatif de l’équation. La troisième priorité, enfin, va au cœur de l’agenda plus général relatif à l’emploi, à la justice et à l’équité. En termes d’accès aussi bien que de qualité de l’éducation, les Africains sont victimes d’inégalités criantes. La plupart des États ont adopté des dispositions constitutionnelles consacrant le droit de tous les citoyens à l’éducation, indépendamment de leur situation personnelle. Mais, trop souvent encore, le fait d’être né dans une famille pauvre, de vivre en milieu rural, d’être une femme ou d’être originaire d’une région en conflit entraîne un désavantage extrême en matière d’éducation. En aggravant les disparités sociales au sens large et en sapant la croissance économique, ces inégalités constituent autant d’obstacles aux progrès vers la réalisation des OMD. C’est pourquoi les gouvernements doivent mettre l’équité au cœur de leurs stratégies d’éducation. Àl’aune du nombre d’enfants assis sur les bancs de l’école, l’Afrique a enregistré des progrès remarquables. Le taux d’inscription net, soit la proportion d’enfants en âge d’aller à l’école primaire effectivement inscrits, est passé de 60 % en 2000 à 76 % en 2009. Pendant la même période, le nombre d’enfants non scolarisés est tombé de 42 millions à 30 millions95 . L’Afrique connaissant la croissance la plus rapide au monde de la population d’enfants en âge de suivre la scolarité primaire, ces résultats sont plus impressionnants encore que ne le suggèrent les statistiques. D’autre part, les disparités entre les sexes sont en recul. Enfin, on constate une augmentation marquée de la scolarisation dans le secondaire, le taux d’inscription à ce niveau ayant progressé de 24 % à 34 %. (Figure 8, déclin des effectifs déscolarisés). Au moment de l’adoption des OMD, en 2000, rares étaient les observateurs capables d’imaginer les succès qu’obtiendraient de nombreux pays africains. La Tanzanie comptait, à l’époque, trois millions d’enfants non scolarisés et un taux d’inscription en déclin. Aujourd’hui, ce pays est tout près d’atteindre la scolarisation primaire universelle. Tour à tour le Burkina Faso, l’Éthiopie, le Mozambique, le Sénégal et la Zambie ont enregistré des progrès remarquables dans leur taux d’inscription à l’école. Partant de beaucoup plus bas, le Niger a augmenté ses taux d’inscription de 50 %. Il y a six ans à peine, la région qui est devenue le Soudan du Sud sortait d’une terrible guerre civile : depuis lors, le taux d’inscription y a doublé, témoignage remarquable de l’importance que les parents attachent, dans ce nouveau pays, à l’éducation de leurs enfants. Pour impressionnante que soit cette montée de la participation scolaire, l’Afrique n’est toutefois pas sur la voie de la réalisation des OMD : si la tendance 2004-2009 devait se maintenir, le continent compterait 17 millions d’enfants non scolarisés en 2025, soit deux générations scolaires après 2015, date-butoir de la réalisation de l’objectif de l’éducation primaire universelle96 . Pour déconcertants qu’ils soient, ces chiffres ne reflètent cependant qu’une partie du problème. En effet, douze autres millions d’enfants africains abandonnent l’école primaire en cours de route, dont bon nombre dès les premières classes. Au Mali, seul un écolier sur trois atteint la dernière classe du primaire. Les raisons du taux d’abandon élevé de l’école primaire en Afrique varient entre et dans les pays. Le coût d’abord : pour les ménages pauvres, les frais formels et informels, l’achat des manuels constituent autant d’obstacles. Autre facteur, la qualité de l’éduction (voir ci-dessous). Les petites filles, quant à elles, sont confrontées à des problèmes spécifiques : nombre d’entre elles commencent l’école relativement tard, tandis que les mariages précoces réduisent bien souvent leurs années de scolarité. Au Niger et au Tchad, plus de 30 % des jeunes filles sont mariées avant l’âge de 15 ans, et plus de la moitié se marient avant 18 ans dans un nombre beaucoup plus important de pays – dont le Mali, le Mozambique, l’Éthiopie et le Burkina Faso97 . Dans la grande majorité des cas, le mariage précoce signifie la fin de la scolarité. Or, on sait que la scolarisation primaire des petites filles constitue l’un des meilleurs moyens de prévention du mariage précoce. Le déficit éducatif de l’Afrique n’est pas limité à l’éducation primaire. Le continent compte 19 millions d’adolescents non scolarisés, dont bon nombre entrent sur le marché du travail sans avoir achevé leur éducation de base98 . À titre de comparaison, les adolescents du Sud de l’Asie sont 50 % davantage susceptibles de suivre une scolarité secondaire que leurs homologues d’Afrique subsaharienne, un chiffre qui monte à 100 % chez les adolescents de l’Asie de l’Est. Pour le dire simplement : trop fragiles, les assises du capital humain de l’Afrique ne permettent ni de soutenir une croissance économique dynamique ni d’assurer une prospérité partagée. Les inégalités bloquent les progrès Les moyennes régionales masquent des inégalités sous- jacentes dans l’accès à l’éducation. Les disparités en termes de santé, de sexe, d’origine ethnique, d’écarts entre ville et campagne et d’autres marqueurs du désavantage créent des lignes de fracture sociale au sein même des systèmes d’éducation africains. La difficulté d’éliminer ces disparités apparaît au grand jour à mesure que les pays se rapprochent de l’accès universel. La poursuite des progrès en vue de la réalisation, en 2015, de l’objectif de l’éducation primaire universelle exige des interventions en faveur des exclus du système. Les inégalités entre les sexes demeurent endémiques. Même si l’on observe une certaine réduction de l’écart, les filles représentent toujours une part anormalement élevée des enfants déscolarisés : environ 3,4 millions d’entre elles « manquent » dans les écoles primaires de la région et l’on compte seulement huit filles pour dix garçons dans l’enseignement secondaire99 . De même, les écarts de richesse et les disparités régionales sont flagrants. Les enfants issus des ménages les plus pauvres ont moins de chances d’entrer à l’école ; ceux qui y parviennent courent un risque d’abandon plus élevé. Au Mali, les jeunes adultes appartenant aux 20 % de familles les plus pauvres ont suivi, en moyenne, cinq ans d’éducation de moins que ceux issus des milieux les plus riches – une situation qui n’est pas atypique. Les douze comtés de la région aride et semi-aride du nord du Kenya comptent environ 20 % de la population nationale, mais 46 % des enfants non scolarisés. Toutes ces inégalités sont liées : les désavantages en termes de richesse, de sexe et de géographie s’aggravent mutuellement. Dans son Rapport mondial de suivi sur l’Éducation pour 1. Bilan des progrès en matière d’éducation
    • 7776 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique tous, l’UNESCO propose un outil de mesure – l’indice de dénuement et marginalisation dans l’éducation – décrivant l’impact des inégalités croisées sur les possibilités de recevoir une éducation. Un exemple à cet égard est celui des femmes pauvres hausa, vivant dans le Nigeria rural et qui, âgées de 17 à 22 ans, ont suivi, en moyenne, moins d’une année de scolarité. Le chiffre comparable pour les jeunes hommes vivant en milieu urbain se situe à plus de neuf ans de scolarité (Figure 21). Les communautés pastorales africaines constituent un autre exemple des inégalités croisées à l’œuvre dans la région. Parmi les membres de ces communautés vivant au Sénégal, 57 % des femmes âgées de 17 à 22 ans indiquent avoir reçu moins de deux ans d’éducation100 , une proportion qui monte à 80 % chez les femmes peules. On observe les mêmes types de désavantage en Éthiopie, en Ouganda et au Kenya (Figure 22). L’accélération des progrès vers l’accès universel à l’éducation nécessitera d’accorder une attention beaucoup plus forte aux enfants les plus marginalisés. De très nombreux gouvernements africains sont confrontés à un même problème. La forte augmentation des inscriptions depuis dix ans témoigne du succès des politiques d’accès à l’éducation, telles l’introduction de la gratuité et la construction d’établissements scolaires à grande échelle. Mais pour scolariser les 10 % à 20 % d’exclus, des mesures complémentaires devront être prises en direction des sujets les plus défavorisés et les plus difficiles à atteindre, notamment les enfants contraints de travailler, les jeunes filles mariées trop jeunes, les enfants des bidonvilles et des régions rurales, les enfants appartenant à des groupes ethniques marginalisés et les enfants handicapés. Acquis d’apprentissage : un bilan médiocre Si la scolarisation des enfants peut être considérée comme un succès partiel, les preuves relatives à l’apprentissage proprement dit pointent dans une toute autre direction. Les éléments probants demeurent fragmentaires et partiels, en partie parce que les responsables politiques accordent trop peu d’importance à la collecte de statistiques et à l’élaboration de systèmes d’évaluation de l’enseignement. En dépit de ces lacunes, il est évident que les écoles africaines ne répondent pas aux besoins de millions d’enfants. Les programmes d’évaluation des acquis donnent une idée de l’état de l’éducation. La Zambie a réalisé des progrès rapides en matière d’inscription : plus de 90 % des enfants en âge d’aller à l’école primaire y sont aujourd’hui inscrits. Mais la moitié des enfants en dernière année du primaire n’atteignent pas les normes d’alphabétisation de base. Il faut insister sur le fait que ce résultat constitue la règle, et non l’exception. Cette situation appelle une réflexion au-delà du cercle des ministères de l’éducation. Les gouvernements de la région investissent fortement dans l’éducation. Les dépenses publiques à ce titre représentent en moyenne plus de 5 % de leurs PIB, l’un des niveaux les plus élevés au monde. Depuis 2009, les dépenses moyennes ont augmenté de 6 % par an. Pourtant, les résultats scolaires sont très loin d’atteindre le niveau nécessaire pour débloquer le potentiel de l’éducation en tant que moteur de la croissance, de l’innovation et de la réduction rapide de la pauvreté. Lacunes dans les compétences de la jeunesse africaine On recense 173 millions d’Africains âgés de 15 à 24 ans. La majorité d’entre eux a dû opérer la transition de l’enfance au monde du travail avec une éducation limitée. Seule une minorité a fréquenté l’école secondaire, la majorité n’ayant pas achevé le primaire. Ces déficits scolaires se retrouvent dans les marchés du travail. Un jeune sur cinq en Afrique subsaharienne est au chômage, seuls les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord enregistrant des taux plus mauvais. Les jeunes ayant un emploi ont généralement pour horizon une vie de travailleurs pauvres. Au Malawi, au Mozambique et en République démocratique du Congo, plus de 70 % des jeunes travailleurs vivent avec moins de 1,25 dollar par jour. Le nombre des jeunes étant appelé à augmenter de 73 millions d’ici à 2025, aucun pays ne peut s’offrir le luxe d’ignorer le défi de donner des emplois décents à cette jeunesse. Le chômage des jeunes et la pauvreté laborieuse sont deux symptômes des lacunes d’apprentissage au sens large. Vu leurs acquis scolaires limités, les jeunes qui entrent sur les marchés africains du travail ont de faibles perspectives d’acquérir de nouvelles compétences. Une enquête réalisée à Kigali, la capitale du Rwanda, montre que les jeunes eux-mêmes estiment que le principal obstacle à l’emploi et à une vie meilleure réside dans le manque d’accès à l’éducation. Faute de possibilité d’améliorer leurs compétences, les jeunes sont condamnés à se battre pour des emplois précaires et mal payés. Les ambitions déçues et le sentiment d’impuissance vécu par des millions de jeunes incapables de trouver un travail alimentent inévitablement la criminalité, la violence et l’instabilité. La relation entre éducation et emploi est bidirectionnelle. Faute de création d’emplois concomitante, l’élévation du niveau général d’instruction entraîne du chômage et une pression à la baisse sur les salaires des employés les plus qualifiés. Les ambitions déçues de la jeunesse, son mécontentement face au manque de perspectives d’emploi expliquent en grande partie les révolutions arabes. Ces dernières soulignent l’importance cruciale de la coordination entre l’amélioration de l’éducation et la création d’emplois. Dans ce contexte, l’un des défis pour l’Afrique réside dans une transition réussie vers des modèles de croissance générant davantage d’emplois. Les gouvernements africains tardent à combler les lacunes de compétences dont la jeunesse du continent pâtit. Ces lacunes entraînent des coûts énormes en termes de délitement social et de potentiel perdu de croissance économique. Rares sont les pays à s’être dotés de stratégies suffisamment ambitieuses intégrant des programmes de formation de « deuxième chance » pour les jeunes mal scolarisés, la formation professionnelle et technique et le soutien à la formation dans le secteur informel, lequel emploie la grande majorité des jeunes gens en Afrique. Faute de percée dans le domaine de l’éducation, les politiques les mieux conçues seront condamnées à n’avoir que des résultats très limités. 14 10 6 12 8 4 2 0 Nigéria, 2003 Ukraine Cuba Bolivie Honduras Cameroun Bangladesh Tchad République centrafricaine Les 20 % les plus riches Zone urbaine Zone urbaine ZONE RURALE Zone rurale (Hausa) ZONE RURALE Les 20 % les plus pauvres Indonésie Nigeria Accès limité à l’éducation Accès extrêmement limité à l’éducation Duréemoyennedesétudes Figure 21 : Les inégalités en matière d’éducation Source : UNESCO (2010), Rapport mondial de suivi sur l’EPT : Atteindre les marginalisés, UNESCO Garçons Filles
    • 7978 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique L’éducation se situe là où les bonnes pratiques économiques et les impératifs éthiques se rejoignent pour plaider résolumentenfaveurdel’actionpourl’emploietpourlajustice. Une éducation de qualité représente un investissement sûr, au rendement élevé en termes de croissance économique et de création d’emplois. L’enseignement est un droit fondamental de tous les enfants africains, indépendamment de leur statut. Les premières années La lutte contre la crise de l’éducation doit démarrer bien avant l’entrée des enfants à l’école. Une bonne santé et une bonne alimentation sont cruciales. Les résultats scolaires sont fortement dépendants de l’alimentation des enfants dans leur jeune âge, surtout pendant les deux premières années de la vie. Un enfant sur trois en Afrique étant victime de malnutrition chronique pendant ses jeunes années, on ne peut que constater l’existence d’une corrélation déplorable entre la crise de l’éducation et la faim chez les enfants. Il importe de rompre ce lien en toute priorité. La dénutrition entraîne une détérioration des fonctions cognitives par des dommages structuraux au cerveau et le retard du développement moteur. Le retard de croissance avant l’âge de deux ans – l’un des indicateurs les plus sensibles à la sous-nutrition pendant la vie fœtale et post-natale – est fortement corrélé au ralentissement du développement cognitif, surtout en combinaison avec la pauvreté au foyer. Les statistiques des pays à revenu intermédiaire indiquent que les enfants en retard de croissance perdent l’équivalent de deux classes, plus deux autres classes du fait de leurs capacités d’apprentissage diminuées. Ces chiffres expliquent en partie le taux d’abandon élevé et les acquis pédagogiques désastreux qui caractérisent les systèmes éducatifs africains. La moitié environ des enfants en Afrique de l’Est, un tiers en Afrique de l’Ouest, présentent des symptômes de retard de croissance, tandis que les niveaux de malnutrition ne reculent que très lentement : c’est pourquoi les gouvernements doivent prendre conscience du fait que la lutte contre faim relève des politiques d’éducation. Les gouvernements africains doivent absolument coordonner leurs politiques pour la petite enfance et pour l’éducation. Chaque pays doit adopter une stratégie « des mille premiers jours », de la conception à l’âge de deux ans, une période cruciale pour la formation de l’architecture du cerveau. Un effort concerté doit en outre être consenti pour la prise en charge préscolaire, avec l’ouverture de centres d’accueil prodiguant un soutien tant pédagogique que nutritionnel en association avec le système scolaire. Des preuves récentes récoltées en Afrique confirment que les mesures en direction de la petite enfance comptent parmi les investissements les plus rentables pour l’éducation. Un essai comparatif aléatoire réalisé au Mozambique a montré que les enfants suivis au niveau préscolaire ont 24 % de chances supplémentaires d’être inscrits à l’école primaire. La prise en charge préscolaire est aussi associée à des améliorations confirmées des capacités cognitives et de résolution des problèmes, de même qu’à de meilleurs résultats d’apprentissage. Accès et apprentissage : tenir la promesse des OMD Àl’approche de 2015, la plupart des pays de la région sont saisis par un sentiment regrettable de résignation. De nombreux gouvernements et donateurs semblent s’être faits à l’idée que les OMD relatifs à l’éducation ne seront pas atteints, et de loin. De fait, le débat sur ce sujet porte d’ores et déjà sur l’agenda post-2015. Sans négliger l’importance de ce débat, nous estimons toutefois que ce changement de priorités est prématuré. De nombreux pays de la région ont prouvé qu’il est possible de réaliser des progrès rapides vers la réalisation des objectifs en 2015 : entre 2000 et 2005, la Tanzanie et l’Éthiopie sont, chacune, parvenues à diminuer de plus de trois millions le nombre d’enfants non scolarisés. Dans l’immédiat, les gouvernements et leurs partenaires de développement doivent mettre au point des stratégies pour scolariser davantage d’enfants, faire diminuer le taux d’abandon et élever le niveau des acquis pédagogiques. L’adoption de politiques judicieuses permettra de lever rapidement un certain nombre d’obstacles concrets à la scolarisation : construction d’établissements scolaires à proximité des communautés ; suppression de l’obstacle des coûts par l’élimination des frais de scolarité et le ciblage des aides sur les enfants et sur les régions défavorisés ; et octroi de subventions aux parents en tant qu’incitations au maintien des filles à l’école et au renoncement aux mariages précoces. L’élimination des carences de l’enseignement exigera, par contre, l’adoption de réformes institutionnelles plus profondes. De nombreux pays sont confrontés aux classes en sureffectifs, à la pénurie de manuels et au délabrement des infrastructures scolaires – mais ces problèmes sont les plus faciles à régler. La vraie difficulté réside dans l’enseignement proprement dit. Aucun système d’enseignement n’est meilleur que les enseignants qu’il emploie. Avec un déficit d’environ un million d’enseignants, l’Afrique doit intensifier urgemment le recrutement102 . Elle doit surtout prendre des mesures drastiques pour améliorer la qualité de l’enseignement. Une bonne partie 2. Un programme pour remédier à la crise de l’éducation en Afrique Les inégalités d’éducation dans une perspective internationale L’ampleur du fossé éducatif qui sépare l’Afrique subsaharienne des autres régions n’est pas suffisamment reconnue. Aux États-Unis et dans la plupart des pays européens, un enfant atteignant l’âge de la scolarité primaire suivra, en moyenne, de 15 à 18 ans d’éducation à plein temps. Près de 70 % des jeunes suivront ensuite une formation secondaire puis tertiaire – la porte d’entrée aux niveaux supérieurs d’acquisition des connaissances. L’Afrique se situe à l’autre extrémité de la distribution mondiale. Le Rapport mondial de suivi sur l’Éducation pour tous de l’UNESCO est basé sur des statistiques relatives au nombre d’années passées à l’école par des jeunes de 20 à 24 ans dans plusieurs pays d’Afrique. Au Mozambique, 40 % des personnes interrogées indiquent avoir suivi l’école pendant moins de quatre ans ; la proportion atteint 50 % au Sénégal, en Éthiopie, au Tchad et au Mali101 . Aujourd’hui, un enfant qui commence l’école au Burkina Faso a moins de chances d’atteindre la dernière classe primaire qu’un petit condisciple européen d’entrer à l’université. Le taux d’inscription dans l’éducation tertiaire atteint tout juste 6 %, soit moitié moins qu’en Asie du Sud et un quart du niveau atteint en Asie de l’Est et en Amérique latine. Par rapport aux normes d’accès à l’éducation, les enfants et la jeunesse d’Afrique subsaharienne sont les laissés-pour-compte des nouvelles opportunités. 0 020 2040 4060 6080 80100 100 39 8860 85 929 7 51 26 9653 94 17 9133 68 43 8057 71 629 9 51 8742 35 87 8438 30 79 5340 41 50 61 9060 83 % de la population âgée de 17 à 22 ans ayant suivi moins de deux années d’études et % d’enfants en âge de suivre un enseignement primaire mais ne fréquentant pas l’école primaire, par sexe et appartenance à certaines communautés pastorales, dernière année connue. Figure 22 : Les communautés pastorales ont un accès extrêmement limité à l’éducation Moyenne du pays (hommes) Moyenne du pays (femmes) Communautés pastorales (hommes) Communautés pastorales (femmes) Accès extrêmement limité à l’éducation : population âgée de 17 à 22 ans ayant suivi moins de deux années d’études (%) % d’enfants ne fréquentant pas l’école primaire Note : On ne dispose pas actuellement de données réparties par sexe pour l’Ouganda. % d’enfants ne fréquentant pas l’école primaire : pourcentage d’enfants en âge de suivre un enseignement primaire mais ne fréquentant pas l’école primaire. Sources : UNESCO-DME (2009), sur la base des calculs d’Harttgen et Klasen (2009). Source : UNESCO, 2011. Éthiopie : Afars/groupes apparentés Kenya : Somalis Bénin : Afars/groupes apparentés Nigéria : Peuls Sénégal : Peuls
    • 8180 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Il appartient aux gouvernements africains eux-mêmes de prendre l’initiative pour surmonter la double crise de l’accès et de l’apprentissage. Dans le même temps, les OMD et le programme Éducation pour tous contiennent des engagements pour le soutien aux initiatives nationales. En signant, en 2000, le Cadre d’action de Dakar – l’Éducation pour tous, les donateurs ont promis qu’« aucun pays qui a pris un engagement sérieux en faveur de l’éducation de base ne verra ses efforts contrariés par le manque de ressources106 ». Il est difficile de concilier cette promesse avec l’aide effectivement accordée, comme il a été expliqué plus haut. Les meilleures estimations suggèrent que les pays les plus pauvres en Afrique et ailleurs ont besoin d’une aide d’environ 16 milliards de dollars par an, même compte tenu de la mobilisation de nouvelles ressources au niveau national. Or, le niveau de l’aide stagne à environ trois milliards de dollars par an. À l’exception partielle de l’Éthiopie, l’Afrique subsaharienne n’a pas profité de l’augmentation, en 2010, de l’enveloppe globale de l’aide pour l’éducation. Les donateurs qui appellent – à juste titre – les gouvernements africains à mieux soutenir le secteur de l’éducation doivent, eux aussi, tenir la promesse des OMD. La Campagne mondiale pour l’éducation appelle les donateurs à consacrer 10 % de l’aide globale à l’éducation de base dans les pays les plus pauvres. Cet objectif pourrait être atteint par la plupart des donateurs, dans certains cas (France et Allemagne) par la réaffectation au secteur de l’éducation primaire de base de l’aide actuellement consacrée aux prestataires d’éducation nationaux. La Banque mondiale s’est engagée à augmenter son aide à l’éducation de base de 750 millions de dollars d’ici à 2015. L’éducation devrait être au cœur du renouveau du pacte des OMD déjà préconisé dans notre rapport. Les gouvernements africains devraient s’engager à adopter des politiques visant explicitement l’amélioration du taux de réussite scolaire des enfants marginalisés ; les donateurs devraient s’engager à soutenir ces politiques par le biais de financements plus souples et réactifs. Enfin, la transformation du Partenariat mondial pour l’éducation en un fonds international indépendant pourrait avoir pour effet de galvaniser le soutien et de mobiliser les financements indispensables au pacte que nous envisageons. 3. Le rôle déterminant des donateurs des enseignants africains disposent de connaissances théoriques limitées. Une enquête a montré que moins de la moitié des enseignements du sixième niveau au Mozambique, en Ouganda et au Malawi obtiennent des notes les situant dans le niveau supérieur de compétences des élèves103 . L’enseignement repose généralement sur l’apprentissage par cœur, dans le cadre de systèmes de formation où « l’apprentissage centré sur l’enfant » est un concept inconnu. Les services de soutien destinés aux enseignants sont faibles. Enfin, les écoles africaines sont frappées par une épidémie d’absentéisme des enseignants qui s’explique, au choix, par un moral en berne, des salaires insuffisants ou la déresponsabilisation. En matière d’apprentissage, les gouvernements doivent fixer des objectifs beaucoup plus ambitieux. Il est possible de détecter les écoles et les élèves en situation d’échec au moyen d’outils simples d’évaluation de l’apprentissage. Le déploiement du corps enseignant et le financement de l’éducation peuvent être orientés sur les établissements les plus défavorisés plutôt que sur les mieux lotis, comme cela se pratique actuellement dans la plupart des pays. Il faut surtout veiller à ce que les programmes scolaires, les enseignants et les supports pédagogiques permettent aux enfants de maîtriser les compétences de base en lecture et en calcul dont ils ont besoin pour progresser. Il est possible que les objectifs du Millénaire pour le développement, en incitant les gouvernements et les donateurs à concentrer leurs efforts sur l’intégration scolaire, aient involontairement détourné leur attention du contenu des enseignements. Le débat consacré aux objectifs de l’après-2015 sera l’occasion de combler cette lacune. Le nouveau cadre devrait comprendre un objectif relatif à l’apprentissage scolaire et prévoir le suivi des progrès réalisés en vue de la réalisation de cet objectif. Au minimum, les ambitions pour l’après-2015 devraient être l’inscription de tous les enfants à l’école et la maîtrise des acquis fondamentaux en matière d’alphabétisation et de calcul après trois ans de scolarité. Convergence entre éducation, développement de compétences et emploi De nombreux jeunes entrent sur les marchés africains du travail sans avoir terminé leur éducation primaire. Une enquête réalisée au Sénégal, au Kenya, en Tanzanie et en Zambie a montré que plus de la moitié des travailleurs du secteur informel n’ont reçu qu’une éducation primaire, voire moins104 . Il existe fondamentalement deux moyens de renforcer les compétences de ces travailleurs : l’apprentissage traditionnel et la formation en cours d’emploi. Au Ghana, on estime que 80 % à 90 % des compétences de base sont acquises dans le cadre de l’apprentissage traditionnel, contre 5 % à 10 % dans les institutions publiques de formation. De manière générale, ces dernières ne répondent pas aux besoins des jeunes employés dans le secteur informel et n’atteignent pas la jeunesse la plus marginalisée105 . Il semble heureusement que certains gouvernements africains commencent à remédier aux déficits de compétences des jeunes. Selon la Banque africaine de développement, plusieurs pays (dont le Cameroun, l’Éthiopie, le Rwanda et le Mozambique) ont pris des mesures pour une meilleure coordination de leurs différentes institutions chargées de la formation. Les membres de l’Union africaine sont en train de mettre au point un nouveau cadre pour la formation et l’enseignement techniques et professionnels, cadre associé à un ensemble d’outils d’évaluation des compétences dont les jeunes ont besoin pour trouver un emploi. Par exemple, le gouvernement du Kenya a créé un partenariat privé-public pour la formation de 20 000 travailleurs qualifiés dans le domaine des technologies de l’information. Plusieurs donateurs, dont le Japon et l’Allemagne, ont augmenté leur aide en matière de formation professionnelle.
    • 82 Rapport 2012 sur les progrès en Afrique PART V COMMENT MOBILISER ET GÉRER LES FINANCEMENTS POUR LE DÉVELOPPEMENT Pour répondre aux aspirations de sa jeunesse à une vie meilleure, l’Afrique doit diversifier sa croissance basée sur les ressources naturelles et d’autres matières premières, poursetournerversdessecteurspotentiellementcréateurs de davantage d’emplois et de prospérité, tels le secteur manufacturier et les services. Ce programme impose de mobiliser et de renforcer les sources de financements domestiques et de mieux gérer l’aide au développement.
    • 8584 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique L’opinion publique des pays riches est persuadée que l’aide internationale constitue la principale modalité de financement du développement de l’Afrique. Cette idée est totalement fausse. L’Afrique dépend davantage de l’aide que d’autres continents, mais la mobilisation de ses propres ressources – les financements privés et publics levés au niveau national par l’impôt et l’épargne – dépasse de très loin l’aide au développement. La Partie V du rapport présente le schéma de la mobilisation des ressources en Afrique subsaharienne, en insistant sur quatre types de financement. 1. La mobilisation des ressources domestiques (ou imposition), en progression, doit cependant augmenter plus rapidement en vue de diminuer la dépendance envers l’aide. 2. Les investissements étrangers directs sont également à la hausse. 3. L’aide au développement, sous forme de dons ou de prêts soumis à des conditions très favorables, a probablement atteint un plateau après la croissance de la décennie écoulée – de fait, si l’on tient compte des distorsions dues à l’effacement de dettes, elle a même diminué en 2011, pour la première fois au cours du siècle. 4. Les prêts semi-concessionnels et le financement du marché par des sources privées ou publiques sont soumis à des conditions qui les situent à mi-chemin entre aide et flux commerciaux. Ces instruments ont un potentiel de croissance mais suscitent des préoccupations en termes d’endettement. Cette partie du rapport se conclut sur une analyse de la manière dont les pays africains et les fournisseurs de l’aide publique peuvent garantir l’utilisation rationnelle des financements. Confrontés à des salaires moyens faibles, à des taux élevés de pauvreté et à une assiette fiscale réduite, de nombreux pays africains éprouvent de grandes difficultés à augmenter la part des recettes publiques dans le produit intérieur brut (PIB). Toutefois, ce schéma est en train d’évoluer, tandis que les exportations de minerais améliorent la base des revenus. Cette tendance positive doit absolument être maintenue : c’est la condition à laquelle les pouvoirs publics seront en mesure de financer les infrastructures sociales et économiques porteuses de création d’emplois, de croissance pérenne et d’amélioration de la qualité et de la performance des services de base. Pendant la période 2004-2008, les recettes publiques en Afrique subsaharienne ont représenté en moyenne 27 % du PIB, la contribution des donateurs équivalant à 1,6 % seulement du PIB. Même dans les pays à revenu faible, les revenus domestiques sont en moyenne trois fois plus importants que la part de l’aide107 . Par conséquent, la mobilisation des ressources domestiques est la clé du financement du développement. Si les recettes fiscales de l’Afrique augmentent progressivement en tant que part de l’économie, elles y demeurent plus basses que dans d’autres régions, le taux de progression variant fortement suivant les pays. De 2004 à 2010, le Malawi a augmenté la part de ses recettes publiques de 16,8 % à 24,9 % du PIB, le Mozambique de 13,1 % à 20,3 % du PIB. En Éthiopie par contre, ce ratio est tombé de 16,1 % à 14 %, pendant la même période. Aucune règle ne définit quel serait un ratio recettes fiscales/RNB « correct ». Quoi qu’il en soit, pour être en mesure d’augmenter ses investissements, d’assurer les services de base et de faire face à l’aggravation des déficits budgétaires projetés par le Fonds monétaire international, l’Afrique devra améliorer le niveau tant de l’épargne que de ses recettes fiscales. Les ressources naturelles constituent aujourd’hui la principale source de revenus publics potentiels dans la région. Entre 2000 et 2008, les flux d’APD vers l’Afrique subsaharienne sont passés de 12 à 36 milliards de dollars par an. La valeur des ressources naturelles a, quant à elle, augmenté de 39,2 milliards à 240 milliards de dollars. En augmentant la part de la rente des industries extractives, les gouvernements pourraient réduire leur dépendance à l’aide et améliorer de manière spectaculaire la mobilisation des ressources domestiques. Un certain nombre de pays de la région s’enrichissent grâce aux nouvelles découvertes de ressources naturelles. Cette tendance devrait se maintenir compte tenu de l’augmentation des investissements dans l’exploration autour de gisements existants et dans de nouveaux secteurs. Toutefois, la transformation de cette richesse en revenus et en amélioration des conditions de vie dans les pays riches en ressources n’a pas encore donné de résultats très concluants. En 2008, sur des exportations de minerais estimées à 2 milliards de dollars, la RDC n’a prélevé que 92 millions de dollars en taxes et droits de douane108 . En 2006, le PIB de la Guinée équatoriale atteignait 15 000 dollars (comme le Portugal) alors même que 76 % de sa population vivait sous le seuil de pauvreté, soit la proportion la plus élevée enregistrée cette année-là par la Banque mondiale109 . Mais on relève aussi des progrès. La liste des pays riches en ressources naturelles ayant réussi à gérer la transition est de plus en plus étoffée, de la Norvège à la Malaisie en passant par le Brésil. En Afrique subsaharienne, le Botswana a prouvé qu’il est possible de transformer la richesse tirée des ressources naturelles en une prospérité durable. L’adoption de bonnes pratiques de gouvernance, dont témoigne une vague de révision des codes miniers, est de bon augure pour la prochaine décennie. La refonte du code minier du Ghana, par exemple, pourrait entraîner une augmentation des recettes publiques de 3,15 milliards de dollars jusqu’en 2017, à comparer aux recettes de 123 millions de dollars seulement entre 1995 et 2010. Les « pratiques optimales » intégrées au code minier commencent à se répandre à l’échelle du continent, notamment l’obligation de divulgation des renseignements relatifs aux marchés publics et la transparence des paiements à ce titre. De manière générale, comment les gouvernements devraient-ils élargir leur assiette fiscale ? Un rapport de l’Initiative africaine concertée sur la réforme budgétaire (CABRI)110 daté de mars 2011 dégage un certain nombre de priorités pour l’amélioration de la gouvernance de la fiscalité, notamment : la gestion rationnelle du système de taxation ; la renonciation aux allégements fiscaux trop importants consentis à certains investisseurs ; le renforcement des capacités en matière de négociation avec l’industrie extractive ; la lutte contre l’évasion fiscale, la corruption et les flux illicites de capitaux ; et la résolution du problème des prix de cession. Le rapport du CABRI met en garde contre les approches étroites et technocratiques de la fiscalité. Il souligne que les bonnes politiques fiscales doivent reposer sur un certain degré de consensus social. Si la société en général et les contribuables en particulier jugent le système général de financement public inefficace et injuste, l’évasion fiscale augmentera et, avec elle, les coûts de la lutte contre la fraude. De plus, les sociétés mues par des intérêts partagés et par un sentiment de responsabilité collective sont davantage susceptibles de se doter d’une fiscalité efficace et équitable. C’est pourquoi les gouvernements africains doivent non seulement mobiliser davantage de revenus mais aussi, ce faisant, prendre conscience du fait que les défauts du système de perception – évasion fiscale, corruption, abus et détournement de la loi à des fins d’exemption, interférence politique et compétence limitée des autorités fiscales – sont symptomatiques de problèmes plus vastes. Toute réforme fiscale soulève des enjeux qui la dépassent largement. La taxation est partie intégrante du contrat social entre les États et les citoyens. De fait, la dépendance envers les recettes fiscales peut servir de moyen de pression pour davantage de redevabilité de la part des gouvernements. À l’inverse, la disponibilité de sources de revenus alternatives importantes – recettes pétrolières ou aide étrangère par exemple – peut affaiblir cette redevabilité. La fiscalité stimule la demande de représentation. Une autorité fiscale efficace est l’un des piliers de la capacité étatique111 . Dans une économie mondialisée, les régions et les pays régis par des institutions faibles sont confrontés, sous une forme exacerbée, aux mêmes problèmes que les économies avancées. Pour payer moins d’impôts, les sociétés multinationales implantées dans des juridictions à forte imposition transfèrent leurs bénéfices dans des paradis fiscaux imposant plus faiblement les bénéfices, notamment par le jeu 1. Les ressources domestiques, clé de la pérennité de la croissance Figure 23 : Part du PIB constituée par les rentes provenant de l’extraction et par l’aide publique au développement, 2009 Source:CalculsAPPsurlabasedesIndicateursdudéveloppement mondial2012 pourcent 0 10 60 20 30 40 50 Guinée équatoriale Tchad Soudan équatoriale Congo Mauritanie Rép.dém.du Congo Mozambique Gabon Nigeria Cameroun Côted’Ivoire Angola Zambie Ghana Tanzanie AfriqueduSud Botswana Zimbabwe SierraLeone Volume de l’aide publique au développement par rapport au PIB Volume des rentes provenant de l’extraction par rapport au PIB
    • 8786 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique des prix de cession. Ces deux dernières décennies, la part du commerce mondial consistant en échanges entre succursales et filiales de mêmes sociétés multinationales a augmenté, donnant lieu à une survalorisation des importations par les filiales de sociétés implantées dans des pays à forte fiscalité (la diminution de leurs bénéfices entraînant la réduction des impôts à payer). Il est probable que cette pratique, qui inquiète les autorités fiscales de nombreux pays, des États-Unis à la France et au Japon, entraîne des pertes considérables pour l’Afrique. Se pose enfin le risque de versement de pots-de-vin par des sociétés étrangères pour corrompre les autorités fiscales. Tous ces problèmes rendent nécessaire l’adoption d’un système multilatéral plus robuste. Des progrès ont été réalisés à cet égard mais il reste encore beaucoup à faire. Le G20 a pris un certain nombre de mesures potentiellement utiles pour l’Afrique subsaharienne. Il a d’abord signé la Convention concernant l’assistance administrative mutuelle en matière fiscale, qui autorise les échanges de renseignements de nature fiscale et aide les pays en voie de développement à lutter contre les abus liés aux prix de cession. Le G20 a par ailleurs appelé les sociétés multinationales à respecter la législation en vigueur et à faire preuve de transparence dans leurs relations avec les pays pauvres. Il a salué l’appel de Bill Gates à l’imposition, aux sociétés minières et pétrolières, d’exigences juridiquement contraignantes en matière de transparence, telles qu’elles existent aux États-Unis au titre de la loi Dodd-Frank. Le G20 a, enfin, incité tous les États à adhérer à son Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements de nature fiscale. Ce mécanisme n’a certes pas de caractère contraignant : mais la transparence dépend fortement de la disponibilité d’informations. Pour sa part, le GAFI (Groupe d’action financière), agence internationale chargée notamment de la lutte contre le blanchiment d’argent, a entériné en février 2011 le principe de la poursuite des personnes facilitant le blanchiment d’argent issu de l’évasion fiscale. Ces initiatives doivent être appliquées de manière rigoureuse. Reste que la responsabilité de la mobilisation des ressources domestiques incombe, avant tout, aux pays africains eux-mêmes. Ils doivent encourager la constitution d’une épargne intérieure par le biais du développement des marchés financiers et des institutions de microcrédit. Le taux de recouvrement des recettes fiscales doit être amélioré, l’accent devant porter sur l’élargissement de l’assiette par l’élimination des faveurs et exemptions fiscales injustifiées. Les gouvernements doivent renforcer leur administration fiscale, s’attaquer au problème de l’évasion fiscale et obtenir une part équitable de l’exploitation des ressources naturelles. Au niveau international, les donateurs doivent renforcer leur coopération en soutien aux administrations fiscales. Les pays de l’Afrique subsaharienne et leurs principaux partenaires commerciaux doivent approfondir leurs consultations au sujet des paradis fiscaux, des prix de cession et de la transparence dans certains domaines clés, comme par exemple les industries extractives. Les grandes places financières, quant à elles, doivent prendre des mesures plus énergiques en vue de la restitution d’avoirs volés. RECOMMANDATIONS Investissement étranger direct par rapport à l’aide au développement* *Les données relatives à l’aide au développement proviennent du rapport 2011 de l’OCDE sur la prévisibilité de l’aide et portent sur l’Aide-pays programmable (APP) brute telle que définie par l’OCDE. millionsdedollarsUS 16 000 14 000 12 000 10 000 8 000 6 000 4 000 2 000 0 2000 2005 2010 2013 GÉRER L’AIDE PUBLIQUE AU DÉVELOPPEMENT Figure 24 : MOBILISATION DES RESSOURCES INTÉRIEURES AIDE ET RECETTES FISCALES PAR HABITANT (2008) Notes : (*) 2007, (**) 2006. Source : BAD/OCDE 2010 - Perspectives économiques en Afrique La mobilisation des ressources intérieures est en augmentation, mais cette hausse doit s’accélérer afin de réduire la dépendance des pays à l’égard de l’aide. 2 000 1 600 1 200 800 400 0 DollarsUS 11 725 2 865 2 648 2 317 Recettes fiscales par habitant APD par habitant Burundi Guinée-Bissau RDC SierraLeone Éthiopie Niger Républiquecentrafricaine Malawi* Liberia Madagascar Rwanda Mozambique Ouganda Guinée Tanzanie BurkinaFaso Togo Gambie Mali Comores** Ghana** Bénin S.T.-et-Principe Côted’Ivoire Mauritanie Kenya Cameroun Sénégal Zambie Djibouti Tchad Soudan Lesotho Égypte Nigeria Afrique Maroc CapVert Tunisie Swaziland Namibie Maurice Congo AfriqueduSud Botswana Angola Algérie Gabon Seychelles Guinéeéquatoriale Libye INVESTISSEMENT ÉTRANGER DIRECT L’investissement étranger direct est en hausse, mais il doit être encou- ragé en dehors du secteur des ressources naturelles. SUBVENTIONS ET PRÊTS CONSENTIS À DES CONDITIONS PRÉFÉRENTIELLES PAR LES ORGANISMES OFFICIELS L’aide au développement devrait probablement diminuer après avoir significativement augmenté ces dix dernières années. Elle a effectivement baissé en 2011, pour la première fois au cours de ce siècle. FINANCEMENT À CONDITIONS SEMI-PRÉFÉRENTIELLES ET NON PRÉFÉRENTIELLES PAR LES ORGANISMES OFFICIELS ET LES MARCHÉS Les prêts à conditions semi-préférentielles et les financements par le marché devraient augmenter mais ce phénomène soulève certaines préoccupations concernant la dette contractée. APP : données provenant de l’édition 2011 des « Perspectives économiques en Afrique » et du rapport « L'Afrique dans 50 ans », publiés par la Banque africaine de développement, du rapport « Recalibrating Development Co-operation: How Can African Countries Benefit from Emerging Partners? » publié par le Centre de développement de l’OCDE en 2011, et du rapport 2011 de la CNUCED sur l’investissement dans le monde. Afrique australe Afrique orientale Afrique occidentale Africa centrale Aide* IDE MOBILISATION DES RESSOURCES INTÉRIEURES Les États africains doivent • Encourager l’épargne intérieure et augmenter les recettes fiscales • Renforcer les efforts déployés par l’administration fiscale Aborder le problème de l’évasion fiscale et assurer un partage plus équitable de l’exploitation des ressources naturelles • Mettre d’avantage l’accent sur le renforcement de l’épargne, par exemple grâce au développement des marchés financiers et la création d’organismes de microcrédit Les partenaires du développement doivent • Renforcer le soutien apporté aux administrations fiscales • Favoriser le dialogue entre les administrations fiscales d’Afrique subsaharienne et les principaux partenaires commerciaux de cette région concernant des questions telles que les paradis fiscaux, les prix de transfert, ainsi qu’une plus grande transparence dans des domaines tels que les industries extractives Les grands centres financiers doivent • Prendre des mesures plus strictes afin de faciliter le recouvrement des avoirs volés INVESTISSEMENT ÉTRANGER DIRECT Les États africains doivent • Continuer à améliorer le cadre juridique et administratif proposé aux entreprises, qu’elles soient locales ou étrangères • Aborder les problèmes liés aux contraintes d’infrastructures et encourager la circulation transfrontalière des marchandises • Encourager l’investissement dans le secteur de la transformation et de la fabrication de produits destinés à l’exportation afin de créer des emplois • Maintenir un taux de change compétitif Les partenaires du développement doivent • Accroître le soutien au développement des infrastructures quand il n’est pas possible de recevoir un financement du secteur privé • Augmenter les mesures d’aide au commerce SUBVENTIONS ET PRÊTS CONSENTIS À DES CONDITIONS PRÉFÉRENTIELLES PAR LES ORGANISMES OFFICIELS Les donateurs traditionnels doivent • Comprendre que l’aide peut s’avérer plus efficace quand les économies africaines se développent et bénéficient d’opportunités plus nombreuses • Favoriser la « coopération triangulaire » qui consiste pour les donateurs traditionnels à fournir un financement tandis que les pays émergents proposent leur savoir-faire Les banques multilatérales de développement et les donateurs bilatéraux doivent • Prendre des mesures pour atténuer l’impact des conditions d’obtention sur les pays obtenant des fonds assortis de conditions libérales de la part des banques multilatérales de développement FINANCEMENT À CONDITIONS SEMI-PRÉFÉRENTIELLES ET NON PRÉFÉRENTIELLES PAR LES ORGANISMES OFFICIELS ET LES MARCHÉS • S’assurer que des prêts à conditions moins préférentielles sont accordés aux activités bien considérées et correctement exécutées qui améliorent la solvabilité à long terme, afin d’éviter le risque de surendettement à moyen terme
    • 8988 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Encourager les investissements hors du secteur des ressources naturelles La soif d’investissements dans le secteur africain des hydrocarbures est illustrée, depuis une dizaine d’années, par les flux en direction de l’Angola et par l’accélération du rythme des investissements de sociétés étrangères au Ghana. En termes de répartition sectorielle, les statistiques 2010 de la CNUCED montrent que le secteur primaire (avant tout charbon, pétrole et gaz) a reçu 43 % des IDE destinés à l’Afrique, le secteur manufacturier 29 % (dont près de la moitié pour l’industrie métallurgique) et les services 28 % (surtout communications et immobilier)119 . Le secteur vital des ressources naturelles, fortement dépendant des technologies, a absolument besoin d’investissements étrangers. Mais la santé économique à long terme de l’Afrique impose une diversification des flux d’investissements, en particulier en direction du secteur manufacturier, qui pourrait créer beaucoup plus d’emplois par dollar investi que les secteurs à forte intensité en capitaux que sont l’exploitation minière et les hydrocarbures. Certains observateurs estiment que le moment est particulièrement propice pour attirer des IDE de sociétés chinoises et asiatiques désireuses de délocaliser leur production, vu l’augmentation du coût du travail dans leurs propres pays120 . Il faudrait, en outre, valoriser la production agricole, comme nous le soulignons dans la Partie II de notre rapport. Compte tenu de l’exiguïté de la plupart des marchés africains, seule une industrie orientée sur l’exportation sera capable d’atteindre une taille critique au niveau de la région. L’Afrique et ses principaux marchés devront prendre des mesures en vue d’obtenir des IDE destinés aux entreprises des secteurs de la transformation et de la fabrication tournées vers l’exportation. Les gouvernements africains doivent maintenir des taux de change compétitifs (un vrai problème pour les économies riches en ressources naturelles) ; lever les contraintes liées aux infrastructures, au niveau tant national que régional121 , de même qu’aux pénuries de compétences ; et supprimer les entraves administratives telles que les limitations de mouvements transfrontaliers de marchandises et la prolifération des points de contrôle sur les axes de transport122 . Par le biais de mesures d’aide pour le commerce, les partenaires de l’Afrique doivent aider les gouvernements du continent à renforcer leurs infrastructures, à se doter de nouvelles compétences et à lever les obstacles bureaucratiques superflus. Le volume des investissements directs étrangers (IDE) en Afrique a augmenté considérablement depuis dix ans, passant d’environ 10 milliards de dollars en 2000 à plus de 50 milliards en 2006, un niveau qui s’est maintenu plus ou moins depuis cette date, avec un pic à plus de 70 milliards en 2008. Durant la même période, la part de l’Afrique dans les IDE est passée de 0,7 % à 4,5 %, l’Afrique du Nord comptant pour environ un tiers des montants. En valeur absolue, les IDE en Afrique subsaharienne dépassaient trente milliards de dollars en 2006, un niveau qui se maintient plus ou moins depuis lors112 . Pourtant, il est possible d’attirer encore davantage d’IDE. Hors Angola, qui bénéficie de niveaux d’IDE exceptionnellement élevés en raison de ses ressources en hydrocarbures, les investissements représentent en moyenne 2,6 % seulement du PIB des pays de l’Afrique subsaharienne appartenant à la catégorie « marchés frontières » du FMI, un chiffre à comparer aux 4 % du PIB atteints dans d’autres marchés frontières entre 1991 et 2009113 . Comme les années précédentes, les investissements directs en Afrique en 2010 proviennent pour l’essentiel de pays développés. Parmi les pays en développement, la Chine, l’Inde et les Émirats arabes unis étaient les principaux investisseurs en 2010. Par contraste, les investissements directs entre États d’Afrique subsaharienne en 2010 ne représentaient, selon la CNUCED, que 5 % du total en valeur absolue et 12 % en termes de nombre d’investissements114 . Mis à part les investisseurs sud-africains, l’investissement direct étranger interrégional est particulièrement sous- développé. Il n’empêche que plusieurs sociétés africaines de banque et de télécommunication ont augmenté leurs investissements sur le continent à un rythme impressionnant, partant d’une base très faible115 . Le rapport entre les montants de l’aide et les IDE varie considérablement selon les pays d’Afrique subsaharienne. En 2010, les IDE représentaient plus du double de l’aide-pays programmable dans onze pays, soit Maurice, les Seychelles et une poignée d’États continentaux riches en ressources116 . Inversement, dans 25 États à revenu intermédiaire, ni riches, ni en situation d’après-conflit, l’aide-pays programmable représentait plus de deux fois les IDE. Onze autres États se trouvaient dans une situation intermédiaire (voir Figure 24). En 2010, les IDE n’ont pas atteint le record de 2008, et l’on a même enregistré quelques cas de désinvestissement117 . Cependant, il y a tout lieu de s’attendre à une forte croissance sur le moyen terme, pour trois raisons au moins. D’abord, les gouvernements africains ont passablement amélioré le climat des affaires, même s’il leur reste beaucoup à faire. Ensuite, une demande forte va probablement attirer de nouveaux investissements étrangers dans le secteur minier et dans les hydrocarbures, voire peut-être dans certaines ressources renouvelables telles que le bois et les cultures vivrières. Enfin, la croissance africaine elle-même devrait ouvrir aux investisseurs étrangers des opportunités dans de nouveaux secteurs économiques. Dans un contexte globalement encourageant, les gouvernements pourraient augmenter les IDE en agissant dans un certain nombre de domaines clés. Dans cette section, nous en analyserons deux : l’environnement des affaires et les investissements hors du secteur des ressources naturelles. Améliorer l’environnement des affaires Les investissements directs étrangers sont vitaux à deux titres : d’une part en mettant à disposition des ressources financières, d’autre part en donnant accès à des compétences, des technologies et des marchés. Mais les investissements privés domestiques sont, eux aussi, extrêmement importants. C’est pourquoi il n’y a, en général, aucune bonne raison d’accorder aux investisseurs étrangers un traitement préférentiel par rapport aux entrepreneurs locaux : un environnement d’affaires propice aux entreprises nationales le sera également aux investisseurs étrangers. Il n’est pas non plus souhaitable d’accorder des avantages fiscaux démesurés pour encourager les investissements étrangers. Le CABRI relève que « les recettes perdues du fait des incitations fiscales à l’investissement tendent à dépasser largement les coûts en revenus estimés avant l’octroi du régime de faveur118 ». Les gouvernements africains doivent assurer la transparence, la sécurité juridique et la prévisibilité dans le traitement fiscal, avant de songer à exempter, partiellement ou en totalité, des investisseurs étrangers de leurs obligations au titre de l’impôt. 2. Susciter un climat propice aux investissements directs étrangers
    • 9190 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique part du PIB africain a augmenté de 2,1 % en 2005 à 2,4 % en 2010. Une chute à 2,3 % est attendue en 2013, tout portant à croire que cette tendance se poursuivra. Premier signal, la Commission européenne a proposé, pour la période 2014-2020, une augmentation de 13 % seulement du Fonds européen de développement (l’une des sources principales de l’aide pour l’Afrique) par rapport au septennat précédent, un taux de croissance très modeste qui ne dépassera probablement pas le niveau de l’inflation. D’un autre côté, certaines économies asiatiques florissantes ne sont plus éligibles aux prêts de l’Association internationale de développement (AID), le « guichet » de la Banque mondiale chargé d’accorder des prêts concessionnels. C’est pourquoi les pays d’Afrique subsaharienne toujours éligibles devraient se voir octroyer, par ce donateur clé, davantage de dons et de prêts à des conditions très favorables, indépendamment des contraintes budgétaires des contributeurs traditionnels. Toutefois, le Ghana, la République démocratique du Congo, le Cameroun et le Nigeria notamment pourraient également devenir inéligibles127 : le moment venu, ils devront absolument avoir accès aux prêts moins concessionnels accordés par les institutions multilatérales. Si le tassement de l’aide provenant des sources traditionnelles est regrettable, il est par contre encourageant de constater que la croissance africaine est en train de dépasser les flux entrants de financements concessionnels, le parallèle avec l’évolution de l’Asie depuis les années 1980 étant à cet égard évident128 . Reste que l’assiette fiscale des pays africains les plus pauvres ne leur permettra pas de se passer complètement de l’aide avant au moins une génération. La poursuite du progrès social et économique de l’Afrique, en particulier dans les pays pauvres confrontés à des difficultés dues au changement climatique, dépend du maintien des niveaux d’aide provenant des donateurs traditionnels. L’aide des économies émergentes Contrairement aux sources traditionnelles, on peut s’attendre, pendant la prochaine décennie, à une croissance soutenue des dons et des prêts hautement concessionnels129 accordés par des économies émergentes. L’Afrique bénéficie depuis longtemps de financements officiels d’États n’appartenant pas au cercle des donateurs bilatéraux « traditionnels », soit les membres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE et des agences multilatérales. De fait, des pays aussi divers que l’Arabie saoudite, la Libye, la Chine et la Russie financent déjà des projets en Afrique subsaharienne. Cependant, les sources de ce type d’assistance se sont multipliées depuis une décennie à peu près, les montants en jeu ayant explosé. Le Brésil, l’Inde et la Turquie, par exemple, gèrent un certain nombre de programmes d’envergure dans toute une série de pays d’Afrique. Mais c’est la Chine qui se situe, et de loin, au premier rang de ces donateurs. L’augmentation des dons et prêts hautement concessionnels constatée récemment part d’une base modeste. On estime que la Chine, par exemple, a consacré, en 2009, environ 1,4 milliards de dollars à ce type d’assistance130 . Ces contributions financent de nombreux projets d’assistance technique – reflétant la force des institutions des économies émergentes et l’adéquation de leurs compétences aux conditions africaines – de même que des projets d’infrastructures et sociaux (hôpitaux, écoles, par exemple)131 . Les flux de financement Sud-Sud sont importants et riches de potentiel pour l’Afrique, surtout dans la mesure où il est possible d’obtenir des financements récurrents cruciaux. Il existe enfin un potentiel de généralisation de la « coopération triangulaire », par laquelle la réalisation de projets en Afrique bénéficie des financements des donateurs traditionnels et de l’expertise des économies émergentes. Comme il a été noté supra, l’Afrique subsaharienne a réalisé des progrès tangibles en termes non seulement de croissance, mais aussi de réduction de la pauvreté et de développement humain en général. L’augmentation de l’aide a profité en particulier à ces secteurs, qui demeurent importants compte tenu du fait que la croissance de nombreux pays africains ne profite ni aux plus pauvres, ni aux populations marginalisées. C’est pourquoi, à l’avenir, les montants de l’aide et leur gestion rationnelle continueront de revêtir une importance déterminante pour l’Afrique subsaharienne, où de nombreux pays dépendent encore fortement de l’assistance. Au niveau mondial, la plupart des paysdépendantsdel’aidesontdesÉtatsinsulairesetdesÉtats sortant de grands conflits ; en Afrique, cependant, plusieurs pays n’appartenant à aucune de ces deux catégories recevaient encore, en 2010, une aide représentant plus de 10 % de leur PIB (Figure 25). Évolution de l’aide accordée par les donateurs traditionnels Les dernières statistiques de l’aide publique au développement concernent l’année 2011. Elles montrent un déclin de près de 3 % de l’APD octroyée par les États membres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE, par rapport à 2010 : il s’agit de la première diminution de l’APD depuis le début du siècle, compte tenu des distorsions engendrées par les mesures de réduction de la dette. L’aide bilatérale à l’Afrique subsaharienne est montée à 28 milliards de dollars, en recul de 0,9 % en termes réels, toujours par rapport à 2010. Par contre, l’aide au continent africain en général en 2011 a progressé de 0,9 % à 31,4 milliards de dollars, correspondant à l’augmentation de l’aide pour l’Afrique du Nord suite aux révolutions dans cette région. Les statistiques de l’OCDE relatives à l’aide-pays programmable123 sont, à l’heure actuelle, la seule référence permettant d’estimer les montants de l’aide à l’avenir124 (pour l’International Aid Transparency Initiative125 , les statistiques relatives aux flux prévisibles devraient devenir plus transparentes). Après une croissance relativement soutenue de l’aide-pays programmable accordée par les donateurs traditionnels (8 % par an au niveau mondial et 12 % pour l’Afrique de 2007 à 2009), l’évolution devrait être modeste de 2010 à 2013 : 2 % par an au niveau mondial, 1 % seulement pour l’Afrique, l’essentiel de l’augmentation provenant d’agences multilatérales126. Cette situation, prévisible vu les contraintes de nombreux donateurs, n’en reste pas moins regrettable. Dans la majorité des pays, l’aide représente 1 % ou moins des dépenses publiques. La Suède et le Royaume-Uni ont montré qu’il est possible de maintenir ce niveau – et même parfois de l’augmenter – en période d’austérité. Les donateurs traditionnels devraient garder à l’esprit que l’aide accordée à l’Afrique subsaharienne sera probablement plus efficace à l’avenir, étant donné la croissance des économies africaines et l’amélioration graduelle de leurs compétences. L’évolution après 2013 est évidemment incertaine. Mais l’aide bilatérale et multilatérale traditionnelle semble condamnée à un recul marqué par rapport aux recettes fiscales domestiques et à la plupart des autres flux financiers internationaux. Au niveau du continent, l’aide-pays programmable en tant que 3. Perspectives du financement concessionnel Figure 25 : Aide publique au développement en pourcentage du revenu national brut Pays 1999-2000 2004-2005 2009-2010 Mozambique 21 22 21 Malawi 26 20 19 Rwanda 19 23 18 Éthiopie 10 12 13 Burkina Faso 10 13 13 Tanzanie 8 17 12 Ouganda 13 13 12 Mali 10 17 11 Niger 12 14 11 Zambie 23 20 8 Source:OECD-CAD,2012
    • 9392 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Avec la croissance des économies africaines, on doit s’attendre à une augmentation de la part des prêts accordés aux gouvernements à des conditions semi- concessionnelles voire non-concessionnelles (c’est à dire aux conditions du marché). Ces prêts couvrent déjà certains besoins importants en financement, en particulier pour l’infrastructure économique. Les principaux types de financement à ce titre sont les crédits à l’exportation, accompagnés ou non de subventions ; les prêts accordés par les banques publiques de développement et autres institutions de financement du développement (souvent destinés au secteur privé) ; et les prêts consentis par les guichetsd’aidenonlibéraledesbanquesdedéveloppement multilatérales. De nombreuses institutions de crédit à l’exportation des pays membres du CAD ont subi de fortes pertes d’argent dans les années 1970 et 1980, suite à des prêts risqués. Aussi font-elles preuve, depuis lors, d’une très grande prudence dans leurs opérations avec l’Afrique (Figure 26). La majorité de leurs institutions de financement du développement accordent désormais des prêts modestes au secteur public, à quelques exceptions près comme la KfW allemande et la Banque européenne d’investissement. Il sera intéressant d’observer dans quelle mesure les institutions de crédit à l’exportation des pays du CAD se réengageront en Afrique subsaharienne et si, le cas échéant, elles sauront éviter de commettre les mêmes erreurs que par le passé. 4. Économies africaines en croissance et accès aux prêts à conditions moins favorables Quoi qu’il en soit, la Chine et l’Inde, pour ne citer qu’elles, sont manifestement désireuses d’accorder à l’Afrique subsaharienne des volumes plus importants de crédits à l’exportation et d’autres formes de prêt non bonifié. La Chine en particulier s’est dotée d’un important dispositif de crédit concessionnel par le biais de l’EXIMBANK, dont les crédits à l’exportation bénéficient d’une subvention du gouvernement. La Banque national de développement de la Chine est, quant à elle, chargée de la gestion du Fonds de développement Chine-Afrique, qui soutient les entreprises chinoises en Afrique, tout en accordant, pour son propre compte, des prêts non bonifiés. C’est ainsi que les pays émergents, la Chine en particulier, sont beaucoup plus importants en tant que bailleurs de fonds semi ou non- concessionnels que pourvoyeurs de dons et de financements hautement concessionnels. Il existe donc une grande complémentarité entre les donateurs traditionnels et les pays émergents. Les donateurs traditionnels affectent leurs dons et quasi-dons, en volumes relativement importants, aux secteurs sociaux, tandis que les pays Africains accèdent aux instruments moins concessionnels des économies émergentes pour financer leurs infrastructures et leur secteur productif (Figure 27). Figure 26 : Crédits à l’exportation de l’OCDE en Afrique, 1966–2009 0 500 3 000 1 000 3 500 1 500 2 000 2 500 1966 1974 1982 1990 1998 1968 1976 1984 1992 2000 1970 1978 1986 1994 2002 1972 1980 1988 1996 2004 2006 2008 Crédits à l’exportation des membres du CAD (prolongés) 2008millionsdedollarsUSconstants Source:Centrededéveloppementdel’OCDE(2011),rapport«RecalibratingDevelopment Co-operation:HowCanAfricanCountriesBenefitfromEmergingPartners?» Source:ConférencedeMyriamDahmanSaidietChristinaWolf,duCentrededéveloppementdel’OCDE,OxfordUniversityChina-AfricaNetwork(OUCAN),14 mars2011 Figure27 : Financement complémentaire provenant de l’aide et des prêts consentis à l’Afrique 0 20 % 40 % 60 % 80 % 100 % 0 20 % 40 % 60 % 80 % 100 % Établissements publics (santé, éducation, bâtiments publics, etc.) Approvisionnement en énergie/développement des ressources Infrastructure Industrie Agriculture Autres 2009 7 % 3 % 61 % 9 % 16 % 4 % Secteur social (santé, éducation, etc.) Production (agriculture, industrie, commerce, etc.) Infrastructures (routes, énergie, etc.) Multisectoriel 8 % 10 % 17 % 65 % prêts à conditions préférentielles (chine), répartition par secteur en 2009 APD en Afrique répartition par secteur 2005-2009
    • 94 Rapport 2012 sur les progrès en Afrique Lors du quatrième Forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide (Buson, République de Corée, 29 novembre – 1er décembre 2011), des représentants de gouvernements, parlements et organisations de la société civile africains ont adopté une importante déclaration relative à la collaboration de l’Afrique avec ses partenaires internationaux133 . L’adoption de cette déclaration prouve la détermination de l’Afrique à se libérer de sa dépendance envers l’aide. Les auteurs du texte y appellent les partenaires du continent à orienter leur aide sur les priorités du continent, pour qu’elle complète les financements domestiques et les sources alternatives en vue d’un développement efficace. La déclaration appelle en outre les pays africains à renforcer leurs politiques destinées à surmonter leur dépendance vis-à-vis de l’aide, par l’exploitation efficace et innovante des ressources domestiques et par le renforcement des compétences d’application appropriées, le secteur privé étantappeléàjouerunrôleclé.Ladéclarationaffirmeencore que le dialogue autour de la coopération internationale pour le développement doit porter désormais sur l’efficacité, non plus de l’aide, mais bien du développement, l’accent devant être mis sur l’inclusivité, l’équité, l’égalité entre les sexes, la pérennité de l’environnement et de meilleurs résultats en termes de développement. Depuis quelques années, l’aide internationale est abordée dans une perspective quelque peu pessimiste, voire cynique. Les préoccupations relatives à l’efficacité de l’aide sont en partie justifiées. Pourtant, l’effort sérieux du CAD pour y remédier doit être reconnu, de même que les conclusions importantes de la conférence de Busan : ses participants se sont en particulier engagés à « améliorer la disponibilité de l’information sur la coopération pour le développement et les autres ressources consacrées au développement, et à la rendre plus accessible au public ». Le respect scrupuleux des engagements pris à Busan par les donateurs améliorera radicalement la disponibilité des informations au niveau national en particulier, et permettra d’éliminer en grande partie les préoccupations exprimées relativement aux donateurs traditionnels ainsi qu’aux prestataires des économies émergentes. 5. Les gouvernements et les donateurs publics doivent mieux gérer l’aide officielle Les flux officiels des donateurs des économies émergentes ressemblent aux crédits mixtes et aux prêts non subventionnés européens de la période antérieure aux crises de la dette qui ont secoué l’Afrique, au milieu des années 1980. Les immobilisations financées par cette aide étaient souvent mal conçues et mal gérées. Les prêts destinés à ces projets ont été parmi les principales raisons de l’endettement de l’Afrique. Mais le ratio de service de la dette de la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne se situe, aujourd’hui, à un plancher historique (encore que l’encours de la dette ait beaucoup augmenté dans les années suivant l’annulation de la dette). L’emprunt constitue donc une source appropriée de financement du développement, pour autant qu’il se situe à un niveau raisonnable et qu’il soit investi dans des projets bien conçus et véritablement prioritaires. À cet égard, l’Afrique devrait profiter de la décision132 prise en février 2012 par le Président des États-Unis et le Vice- président de la Chine, Xi Jinping, de créer un groupe de travail international chargé de conclure, d’ici à 2014, un accord relatif au financement du crédit à l’exportation. Le groupe de travail sera composé des grands prestataires de garanties de crédit cautionnées par les États. Seule une poignée de pays d’Afrique subsaharienne bénéficient aujourd’hui des prêts accordés par les guichets d’aide non libérale de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement. En 2011, la Banque mondiale a pris pour 7,4 milliards de dollars de nouveaux engagements dans la région par le biais de son mécanisme de prêts assortis de conditions concessionnelles (l’AID), contre à peine 56 millions à des conditions rigoureuses. Seuls le Cap Vert, le Nigeria, les Seychelles, Maurice, le Botswana, la Namibie, l’Afrique du Sud et le Swaziland sont éligibles aux prêts accordés au secteur public aux conditions commerciales de la Banque africaine de développement. Ceci montre la solvabilité faible des débiteurs africains, dont la plupart restent extrêmement pauvres et fortement dépendants de la volatilité des prix à l’exportation des matières premières. Mais cette situation devra nécessairement évoluer en même temps que les pays d’Afrique subsaharienne améliorent leur solvabilité et perdent le droit de bénéficier des prêts concessionnels. La Banque mondiale, qui a sans doute fait preuve d’une prudence excessive dans la mise à disposition des crédits de la Banque internationale pour la reconstruction et de développement (BIRD) à d’anciens débiteurs de l’AID solvables – et même à des emprunteurs auprès de l’AID qui profiteraient d’un mix de ressources de l’AID et de la BIRD –devrait envisager sérieusement d’investir dans ces pays. L’octroi de financements moins concessionnels devrait s’accompagner de mesures visant à garantir que les crédits sont consacrés à des projets bien conçus et bien exécutés, améliorant la solvabilité à long terme. Faute de quoi, les risques de surendettement à moyen terme sont évidents. Autre risque, les contrats prévoyant un remboursement sous forme de matières premières, dont le prix ne peut être connu à l’avance : dans ces conditions, les avantages respectifs du créancier et du débiteur ne sont pas clairs. Dans la prochaine section, nous examinons donc le problème crucial de la gestion des flux entrants. PART VI RECOMMENDATIONS ET CONCLUSIONS
    • 9796 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Domaine de priorité : Respect des promesses des OMD Principes directeurs Actions politiques choisies Les gouvernements africains doivent élaborer des plans d’action pour un « coup de collier» en faveur des cibles des OMD pour 2015, notamment : • des objectifs de réduction des inégalités sociales liées aux richesses, au genre, aux différences entre zones rurales et zones urbaines, ainsi qu’à d’autres facteurs dans des domaines tels que la survie des enfants, la nutrition, la santé maternelle, l’eau et l’assainissement, et l’éducation ; • des politiques de croissance économique qui réduisent la pauvreté en réduisant les inégalités de revenus. Les systèmes de données et de rapports qui surveillent et redéfinissent les actions visant à atteindre les objectifs de développement national et les OMD doivent être renforcés, et des politiques gouvernementales et statistiques ouvertes doivent être adoptées. Les gouvernements africains et la société civile doivent prendre l’initiative de l’élaboration de l’agenda post-OMD, avec un calendrier pour l’éradication de l’extrême pauvreté. OMD 1 – Extrême pauvreté Définir une feuille de route pour éradiquer la faim et réduire l’extrême pauvreté de 10 % d’ici 2025. OMD 2 – Éducation S’appuyer sur le Partenariat mondial pour l’éducation en le transformant en un mécanisme de financement multilatéral indépendant. Cibler sa mission sur l’accélération des progrès vers les objectifs de 2015, en insistant sur l’aide aux groupes les moins favorisés et l’amélioration des réalisations en matière d’apprentissage. OMD 3 – Égalité des genres Définir des stratégies gouvernementales pour une égalité des opportunités pour les jeunes filles et les femmes. Donner des moyens d’action aux femmes en favorisant leur participation active dans les domaines social, économique et politique, en leur permettant en particulier d’accéder aux choix de planification familial. OMD 4 et 5 – Mortalité infantile et maternelle Mettre la survie de l’enfant et la mortalité maternelle au centre des plans d’action pour 2015 et inclure les interventions hors du domaine médical, comme l’accès à l’eau potable et aux services d’assainissement, l’éducation des filles et l’émancipation des femmes et des jeunes filles. Les dirigeants africains doivent davantage prendre leurs responsabilités, en tirant les leçons de l’efficacité de l’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme. Développer de nouveaux vaccins contre les souches mortelles de diarrhée et de pneumonie. OMD 6 – Maladies infectieuses Développer les systèmes de santé, soutenir les professionnels de santé (en leur fournissant des médicaments, des équipements de diagnostic et du matériel médical) et rendre les traitements accessibles et abordables. Promouvoir un financement durable et prévisible pour la santé (à partir de ressources nationales, si possible, et auprès de partenaires de développement) afin de prévenir les maladies (notamment la possible résurgence du paludisme), favoriser une utilisation efficace et effective des ressources et accroître la responsabilisation et la transparence. OMD 7 – Accès à l’eau et aux services d’assainissement Les donateurs doivent relancer rapidement l’Initiative pour l’alimentation en eau et l’assainissement en milieu rural (RWSSI) et le Fonds africain pour l’eau (FAE). OMD 8 – Partenariats internationaux Les partenaires de développement doivent agir sur les engagements en matière d’aide qu’ils ont pris depuis longtemps déjà, notamment les engagements de l’UE consistant à faire des progrès pour atteindre un objectif de 0,7 % d’aide, les engagements du G8 pris à Gleneagles en 2005, ainsi que ceux d’un groupe plus large de partenaires de développement pris à Busan en 2011. Les moyens visant à faciliter les investissements du secteur privé doivent être une priorité. L’architecture des aides doit être renforcée pour soutenir les États touchés par des conflits et fragilisés. Les Nations unies, la Banque mondiale et la Banque de développement africaine doivent mettre en place des systèmes plus efficaces pour analyser les tendances en matière de pauvreté et les autres problèmes de développement social, en insistant fortement sur la mesure de l’équité. Développer les compétences en statistiques nationales doit être une priorité absolue. Domaine de priorité : Agriculture et sécurité alimentaire Principes directeurs Actions politiques choisies Mettre les petits exploitants et la productivité agricole au centre des stratégies nationales de sécurité alimentaire et de nutrition, en ciblant en priorité les femmes exploitantes. Renforcer la protection sociale et les filets de sécurité dans le domaine alimentaire. Développer des systèmes de gestion des risques et d’adaptation pour se préparer au changement climatique. Veiller à ce que les ressources en terres et en eau de l’Afrique soient gérées durablement afin d’assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle et de fournir des moyens de subsistance. Protéger les exploitants agricoles africains contre les achats spéculatifs de grandes superficies de terres. Orienter les politiques sur les entreprises familiales pour réduire la pauvreté et la dépendance envers l’agriculture. Renforcer les systèmes d’alerte précoce et de riposte en cas de crise de sécurité alimentaire. Cibler les petits exploitants en investissant dans : • des systèmes de recherche et d’expansion qui tiennent compte des problèmes agricoles et écologiques dans plusieurs pays en même temps au lieu d’un seul, dans le but d’améliorer la rentabilité et l’intégration régionale ; • de nouvelles semences, engrais et technologies pour l’agriculture pluviale ; • les infrastructures rurales ; • des techniques post-récolte visant à minimiser le gaspillage, améliorer la qualité des produits et résoudre les problèmes de main-d’œuvre ; • l’engagement de la jeunesse dans l’agriculture tout au long de la chaîne de valeur. Terres : consolider la législation pour donner aux femmes exploitantes les mêmes droits que les hommes sur les terres. Analyser soigneusement les grands contrats d’achat de terres et envisager un moratoire en attendant l’adoption de lois afin de protéger les petits exploitants et les communautés. L’Union africaine doit élaborer un cadre pour la gestion des investissements étrangers dans l’agriculture. Gestion des risques : cibler la protection sociale en apportant de l’argent ou de la nourriture durant les périodes difficiles, afin de permettre aux producteurs ruraux de faire face sans compromettre leur productivité à long terme ou être obligés de retirer leurs enfants du système scolaire. Partenaires de développement : les réunions du G8 aux États-Unis en 2012 et au Royaume-Uni en 2013 doivent renouveler et intensifier l’engagement en faveur de l’amélioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition en Afrique. Changement climatique : les pays développés doivent intensifier leur appui au financement d’adaptation de l’Afrique, à travers la dotation « de lancement » de 30 milliards de dollars (2010-2012) et le financement global de 100 milliards de dollars convenu à Copenhague (2009) et à Durban (2011).
    • 9998 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Domaine de priorité : Éducation et apprentissage Principes directeurs Actions politiques choisies Fixer des objectifs pour l’éducation et la protection de la petite enfance d’ici 2015. Accélérer le rythme de progression vers une éducation primaire universelle en ciblant principalement les groupes marginalisés. Améliorer la qualité de l’éducation et les résultats de l’enseignement de manière à ce que tous les enfants sachent lire et écrire et aient acquis les bases de l’arithmétique au bout de trois années de scolarité. Améliorer la qualité de la formation des enseignants et de l’appui sur le lieu de travail. Renforcer l’éducation de seconde chance et les programmes de formation accélérée. Assurer une éducation après le primaire afin de transmettre les compétences requises pour des moyens de subsistance et des emplois solides. Développer des stratégies d’éducation équitables qui : • étendent l’éducation et la protection de la petite enfance dans les limites d’un cadre intégré pour la santé et l’éducation ; • accélèrent le rythme de progression vers une éducation primaire universelle d’ici 2015, avec des objectifs spécifiques pour les enfants marginalisés ; • renforcent l’équité dans les dépenses publiques en ciblant les régions, les écoles et les élèves défavorisés, notamment les filles et les groupes marginalisés ; • mettent en place un système d’évaluation de l’enseignement national, réforment la formation des enseignants et créent un cursus destiné à faciliter un enseignement efficace centré sur l’enfant. Partenaires de développement : les partenaires de développement doivent respecter leurs engagements pris en 2000 en accordant 16 milliards de dollars d’aide par an en faveur de l’éducation de base dans les pays à faible revenu. La Banque mondiale s’est engagée à augmenter les prêts de l’AID alloués à l’éducation de base de 750 millions de dollars sur la période 2011 à 2015. En créant un état de référence qui reflète le montant réel des prêts sur les 3 à 5 dernières années, cet engagement implique que les prêts de l’AID pour l’éducation de base devraient s’élever en moyenne à 1,1 - 1,3 milliard de dollars chaque année. Les partenaires de développement doivent renforcer leur soutien en faveur de l’éducation dans les pays touchés par un conflit ou engagés dans une reconstruction après un conflit, notamment les 400 millions de dollars annuels destiné à un plan de « rattrapage éducatif » au Soudan du Sud. Domaine de priorité : Bonne gouvernance et démocratie Principes directeurs Actions politiques choisies Les institutions régionales africaines doivent prendre la tête dans la consolidation de la démocratie et la promotion des principes de bonne gouvernance. Réformer le domaine de la sécurité pour faire reculer les incitations au trafic de stupéfiants et au crime organisé. Renforcer la transparence et la responsabilisation dans la politique et la gestion économique. Renforcer la gestion des ressources naturelles pour maximiser la croissance économique et l’emploi et réduire la pauvreté. Renforcer l’obligation pour les dirigeants de respecter les durées limites des mandats et accroître les investissements dans les institutions qui obligent les gouvernements à rendre des comptes (parlements, organismes d’audit, médias libres, groupes de réflexion, société civile). Promouvoir la position et la voix de l’Afrique dans le monde. Démocratie : avec l’appui de l’UA et de l’ONU, la CEDEAO doit intensifier ses efforts pour résoudre les crises au Mali et en Guinée-Bissau et éviter les effets de débordement régionaux. La communauté internationale doit financer de manière appropriée les forces en attente de la CEDEAO et soutenir les efforts diplomatiques. L’UA doit obliger les dirigeants de ses États membres à rendre des comptes, en s’inspirant des normes et standards révolutionnaires qu’elle a développés et en veillant à ce qu’ils s’accompagnent de sanctions crédibles. Gouvernance : poursuivre les entreprises pour corruption des dirigeants africains. Étendre l’application de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (par exemple en obligeant les entreprises minières à rendre les paiements publics) et de la Charte sur les ressources naturelles. L’UE doit adopter les principes de l’amendement de la loi Dodd-Frank. Présence sur la scène internationale : pour éviter la marginalisation dans les processus émergents du G20, les dirigeants africains doivent défendre l’obtention d’une participation sur une base plus large (au lieu d’un statut d’observateur supérieur) et élaborer un agenda africain.
    • 101100 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Domaine de priorité : Emploi, croissance et commerce Principes directeurs Actions politiques choisies Faire de la création d’emplois un objectif explicite de la politique économique. Développer la base de compétences pour une croissance économique soutenue grâce à la formation, l’éducation de seconde chance pour la jeunesse, et une meilleure adéquation entre éducation et emploi. Renforcer la progression vers une intégration économique régionale. Intégrer les politiques commerciales et d’investissement dans des stratégies plus larges visant à accroître la productivité, à faciliter l’entrée dans des secteurs de production à plus forte valeur ajoutée et à élargir les opportunités pour les entreprises africaines et leurs employés. Développer les infrastructures économiques pour renforcer la compétitivité et élargir les opportunités. Créer un environnement favorable pour les quatre sources majeures d’emploi : petites et moyennes entreprises, secteur informel, entreprises rurales hors exploitation et petites exploitations agricoles. Les gouvernements africains doivent : • augmenter les investissements dans le développement de compétences pour le secteur informel, avec une orientation spécifique sur les opportunités d’apprentissage pour les jeunes ; • inciter la Chine et les autres partenaires à améliorer l’accès au marché pour les produits africains et les investissements qui soutiennent les entreprises locales et l’emploi des Africains, ainsi que les transferts de technologies et de compétences ; • accélérer le rythme des plans d’intégration régionale ; • travailler collectivement au sein de l’OMC et d’autres forums pour répondre aux inquiétudes partagées dans des domaines tels que l’accès aux marchés, avec l’appui de l’Union africaine en faveur de mesures visant à renforcer la capacité à négocier avec les investisseurs étrangers. Partenaires commerciaux et d’investissement : • L’UE doit retirer ses demandes de libéralisation réciproque dans le cadre des accords de partenariat économique pour l’Afrique, et utiliser l’aide au développement pour promouvoir les capacités d’exportation de l’Afrique. • Dans un environnement post-Doha, les partenaires commerciaux de l’Afrique doivent reconsidérer la façon dont l’accès au marché peut être amélioré pour les produits agricoles, transformés et manufacturés africains, y compris en limitant/supprimant l’escalade des droits de douane. Domaine de priorité : Mobilisation des ressources Principes directeurs Actions politiques choisies Même si l’Afrique doit et va réduire progressivement la dépendance de certains pays envers l’aide extérieure, ceux qui fournissent cette aide ne doivent pas se retirer juste au moment où la productivité de l’aide à un continent en pleine croissance atteint son plus haut niveau. Tous les partenaires de développement et autres bailleurs de fonds doivent tenir leurs promesses à l’Afrique et contribuer à un « coup de collier » pour maximiser la réalisation des OMD. Les gouvernements africains doivent : • continuer d’améliorer la mobilisation des ressources nationales, si possible en élargissant la portée et en s’attaquant aux exonérations inappropriées ; • s’efforcer d’attirer les IDE, notamment pour les activités exigeant une main-d’œuvre importante, non pas en proposant des incitations spéciales inappropriées, mais en créant un environnement positif pour toutes les entreprises, à savoir des conditions nationales stables pour les investissements et une mise en œuvre transparente des contrats ; • veiller à ce que toutes les opérations financières impliquant des engagements de l’État (par ex. remboursements de prêts et garanties) soient rendues publiques, approuvées au niveau central et gérées avec prudence dans le cadre de ressources prévisibles. Tous les emprunts officiels dans des conditions semi-privilégiées ou aux conditions du marché doivent être alloués à des activités spécifiques à forte rentabilité économique. Les bailleurs de fonds doivent respecter les politiques du Consensus et la position de l’Afrique sur l’efficacité de l’aide, définies en prévision du forum de Busan. Les gouvernements africains, de même que les parlements et la société civile, doivent prendre de nouvelles mesures pour encourager l’utilisation productive et transparente de tous les apports, qu’ils soient accordés à des conditions privilégiées ou non ; de leur côté, les bailleurs de fonds doivent soutenir les progrès en matière de transparence, comme convenu à Busan et définis dans l’Initiative internationale pour la transparence de l’aide (IITA).
    • 103102 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique CONCLUSION Le présent rapport commençait par une mise en garde contre la forte polarisation des points de vue quant aux perspectives de l’Afrique. Aujourd’hui, peut-être plus qu’à tout autre moment de ces dernières années, l’optimisme prudent est de mise. La région a connu une décennie de forte croissance économique et s’est très bien remise des récessions mondiales. Le secteur privé est en passe de devenir un moteur dynamique et novateur de changement. Les investissements nationaux et étrangers augmentent. Pour la première fois depuis une génération, la pauvreté recule, et de nombreux pays ont clairement progressé en vue de la concrétisation des OMD. La démocratie s’enracine plus profondément, les élections pluralistes étant désormais la règle et non l’exception. Dans une région aussi diverse que l’Afrique, il existe inévitablement de nombreuses exceptions nationales à ce tableau général. Toutefois, une forte croissance économique, l’amélioration du développement humain et une gouvernance plus responsable sont autant de d’éléments favorables qui permettront aux dirigeants africains de planter le décor pour une avancée qui transformera la vie de la génération actuelle et les perspectives d’avenir des générations futures. Ce résultat ne va cependant pas de soi. Une tendance ne détermine pas l’avenir, et celui de l’Afrique dépend de l’efficacité avec laquelle les gouvernements de la région et les partenaires de son développement réagiront aux grands défis qui les attendent. Dans le présent rapport, nous avons identifié plusieurs préoccupations qui, à notre avis, méritent une attention urgente. Partout dans le monde, nous avons assisté à la montée des mouvements sociaux et de la contestation par le public de ce qu’il considère comme des niveaux d’inégalité inacceptables. Nous sommes persuadés que les inégalités dans une grande partie de l’Afrique sont moralement indéfendables, économiquement inefficaces et politiquement déstabilisatrices. Aussi appelons-nous les dirigeants africains à placer l’équité et la mise en place de sociétés plus inclusives au cœur de leur planification pour l’avenir. Ce message ne doit pas être interprété comme un élément d’un programme anti-croissance. Une croissance élevée et constante conditionne incontestablement la pérennité des progrès en Afrique. Pour autant, il est important que les dirigeants africains ne se laissent pas envoûter par la croissance économique en soi. Ils doivent également tenir compte de la qualité de la croissance, de la répartition des avantages découlant de la création de richesse, de l’occasion faite aux pauvres et aux femmes de participer à la croissance et de la relation entre croissance et progrès en faveur la concrétisation des OMD. Partout dans le monde, l’expérience des économies à forte croissance a clairement démontré que la croissance, à elle seule, ne fera pas automatiquement accélérer les progrès en direction des objectifs internationaux de développement en matière de santé maternelle, de survie des enfants ou d’éradication de la faim. L’échéance de 2015 pour la concrétisation des OMD offre l’occasion d’attirer l’attention nationale et internationale sur les secteurs de la société laissés pour compte. L’Africa Progress Panel se félicite de l’émergence du débat sur le cadre post-OMD. Toutefois, nous craignons que les gouvernements ne perdent de vue la promesse de 2015 inscrite dès l’origine dans les OMD. Si nous ne parvenons pas à progresser plus rapidement en direction de ces objectifs, c’est la valeur des engagements futurs qui sera remise en cause. Aussi lançons-nous un appel à donner un « coup de collier» en faveur de la concrétisation des OMD ; à charge pour les gouvernements d’énoncer la meilleure stratégie dont ils sont capables pour s’approcher le plus près possible des objectifs, et pour les bailleurs de fonds de soutenir leurs efforts en s’acquittant de leurs promesses d’aide. À notre avis, les cadres actuels et futurs des OMD devraient faire la part belle aux objectifs d’équité. La promesse des OMD concerne tout un chacun. Pourtant, dans de nombreux pays, les pauvres, les femmes et les habitants des zones rurales sont nettement désavantagés. En raison de l’iniquité des modèles de dépenses publiques, ils sont les derniers servis dans ce domaine. Nous sommes convaincus qu’il est temps d’intégrer les objectifs d’équité au cadre des OMD. Ces objectifs peuvent revêtir la forme de buts spécifiques visant à réduire, par exemple, les écarts dans la mortalité infantile, la santé maternelle et l’éducation en fonction de la richesse, du sexe, des clivages entre les zones rurales et les zones urbaines et d’autres marqueurs plus généraux de désavantage. La réduction des inégalités dans les chances de survie de base est non seulement un impératif moral, elle permettrait également de stimuler les perspectives de croissance économique et d’accélérer les progrès vers la concrétisation des OMD eux-mêmes. Pour l’avenir, les possibilités ne manquent pas. Les économies africaines sont de plus en plus intégrées à des marchés émergents à forte croissance. La grande richesse minière de la région est un moteur de croissance et attire comme un aimant les investissements étrangers. La croissance démographique et l’augmentation de la richesse suscitant une hausse de la demande alimentaire, les agriculteurs africains pourraient bénéficier de débouchés sur les marchés mondiaux. Alors que le centre de gravité de l’économie mondiale se déplace vers le Sud et vers l’Est, de nouvelles formes de gouvernance économique mondiale pourraient permettre à l’Afrique de se faire mieux entendre. Entre-temps, la révolution des technologies de l’information et des communications a permis à l’Afrique d’ignorer les anciennes technologies dépassées et de s’adapter directement aux nouvelles. Chacune de ces opportunités s’accompagne cependant d’un risque. En l’absence de stratégies visant à faciliter l’entrée dans des domaines de production à plus forte valeur ajoutée, la richesse minière de l’Afrique et son intégration aux marchés émergents risquent d’accroître sa dépendance vis-à-vis des activités d’exportation peu génératrices d’emploi, faiblement reliées aux marchés locaux et qui vulnérabilisent la région face aux évolutions défavorables des prix. La hausse de la demande mondiale de denrées alimentaires peut entraîner une nouvelle vague d’appropriation spéculative des terres, les marges bénéficiaires des fonds spéculatifs et d’autres investisseurs prenant le pas sur la sécurité alimentaire nationale et régionale. Paradoxalement, la montée en puissance des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et du G20 pourrait accroître, et certainement pas atténuer, la marginalisation de l’Afrique dans la gouvernance économique mondiale. Quant à l’impossibilité de réduire les coûts d’accès à Internet, elle pourrait entraver l’effet de démocratisation et de bond en avant technologique grâce aux TIC. Dans tous ces domaines, les gouvernements devront élaborer des politiques proactives visant à saisir les occasions et à limiter les risques. Il est peut probable que la politique du laisser-faire débouche sur des résultats. C’est pourquoi nous réclamons des politiques plus actives dans le domaine de l’agriculture, de la production et du commerce afin de renforcer la compétitivité, de soutenir l’innovation technologique et de protéger les droits fonciers des agriculteurs africains. L’avenir n’est jamais totalement prévisible, mais il y a deux domaines dans lesquels un échec politique, aujourd’hui, aura des conséquences très prévisibles, et dommageables, pour l’avenir. Le premier est l’emploi des jeunes. L’explosion de la jeunesse africaine pourrait créer un important dividende démographique. Les jeunes Africains sont extraordinairement énergiques et créatifs. Ils ont aussi des espoirs, des ambitions et des rêves. Il ne leur manque que la possibilité de développer les compétences dont ils ont besoin pour réaliser leur potentiel. En termes clairs, les systèmes d’éducation et de formation de la région ne sont actuellement pas adaptés à l’objectif consistant à dispenser une éducation de qualité décente à tous. Ne pas s’attaquer à la double crise de l’accès à l’école et de l’apprentissage à l’école ne fera pas que limiter le droit à l’éducation, compromettre les perspectives de croissance économique et gaspiller le potentiel humain. Cela rendra aussi les pays d’autant plus vulnérables aux instabilités politiques et sociales qui vont inévitablement de pair avec l’urbanisation et le chômage des jeunes. Le deuxième domaine qui exige une attention urgente est l’agriculture paysanne. On a tendance à oublier que l’agriculture est la principale source d’emploi et de sécurité alimentaire pour la plupart des Africains. Pourtant, depuis beaucoup trop longtemps, les petits agriculteurs souffrent d’un mélange d’indifférence et de politiques activement dommageables. Avec l’adoption d’incitations appropriées, de réformes institutionnelles et de politiques en matière de dépenses publiques, nous sommes convaincus qu’il est possible d’augmenter considérablement la productivité des petites exploitations agricoles, d’accroître les possibilités d’emploi rural et de renforcer l’interaction économique entre les économies urbaine et rurale. En revanche, continuer de négliger les petits exploitants agricoles minera la croissance économique, renforcera les inégalités et augmentera l’exposition de la région aux risques associés au recours excessif aux importations de produits alimentaires. L’Afrique n’a jamais été un « continent désespéré ». Elle était, et elle est toujours, une région à potentiel immense, en grande partie inexploité. Grâce à un leadership national déterminé et un appui durable de la part de ses partenaires au développement, il est désormais possible de libérer ce potentiel et de mettre le cap sur un avenir de prospérité partagée, d’égalité des chances et de stabilité politique. Le voyage s’annonce difficile. Mais la récompense en vaut la peine, et elle est à notre portée : ensemble, saisissons cette opportunité.
    • 104 Rapport 2012 sur les progrès en Afrique annexes
    • 107106 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique Liste des figures Figure 1: Africa’s Successes and Setbacks 10-11 Figure 2: Growth rates of African GDP, 2000–2013 14 Figure 3: Fastest-growing African economies in 2011 14 Figure 4: Africa’s small middle-class 17 Figure 5: Inequality: Chances to survive birth and early childhood 19 Figure 6: Income inequality 23 Figure 7: Maternal and child health at the heart of MDG progress 26 Figure 8: Water: A critical challenge not only for the MDGs 28 Figure 9: Urbanisation facts and trends 33 Figure 10: Demographics 34-35 Figure 11: Slum population in urban Africa 36 Figure 12: Food security 38 Figure 13: Land grabs and property rights 42 Figure 14: Africa and China’s growing partnership 50 Figure 15: ICTs for social and economic development 53 Figure 16: Civic activism, freedom and corruption 55 Figure 17: Social Uprising 56-57 Figure 18: Electoral Map 63 Figure 19: Conflict and fragility 65 Figure 20: Natural Resources 70-71 Figure 21: The education inequality tree 76 Figure 22: Pastoralists face extreme education deprivation 78 Figure 23: Share of GDP from extractive resource rents and official development assistance, 2009 85 Figure 24: Managing funds for development 86-87 Figure 25: Official development assistance as a share of gross national income 90 Figure 26: OECD export credits to Africa, 1966–2009 92 Figure 27: Complementary financing from aid and loans to Africa 93 Liste des encadrés BOX 1: Across Sub-Saharan Africa: strong but uneven growth 15 BOX 2: Rising slowly – an African middle class 17 BOX 3: The eurozone crisis is harming many African economies 18 BOX 4: South Sudan – still awaiting an education peace dividend 30 BOX 5: The ‘forgotten class’ – Africa’s farmers 43 BOX 6: Global economic governance in flux 45 BOX 7: Can Africa replicate China’s transformation? 47 BOX 8: Can cloud computing serve development? 52 BOX 9: Social media – the new tools of democracy? 55 BOX 10: Taking the pulse of African democracy 61 BOX 11: When military figures hold on to power 62 BOX 12: Regional governance initiatives show promise 67 liste des acronymes AGOA African Growth and Opportunity Act APD Aide publique au développement ART thérapie antirétrovirale ARVA Alliance pour une révolution verte en Afrique BAD Banque africaine de développement BIRD Banque internationale pour la reconstruction et le développement CABRI Initiative africaine concertée sur la réforme budgétaire CAD Comité d’aide au développement CADF China – Africa Development Fund CAE Communauté d’Afrique de l’Est CEPALC Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes CDB China Development Bank CNUCED Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement COP Conférence des parties CPI Cour pénale internationale EISA Electoral Institute for Sustainable Democracy in Africa IDA Association internationale de développement IDE Investissement direct étranger IFES International Foundation for Electoral Systems ITIE Initiative pour la transparence dans les industries extractives FAE Facilité africaine de l’eau FAO Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture FMI Fonds monétaire international GAVI Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation GIEC Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat GPE Partenariat mondial pour l’éducation IDH Indice de développement humain IED Indice de l’engagement pour le développement IFPRI Institut international de recherche sur les politiques alimentaires MAEP Mécanisme africain d’évaluation par les pairs NBER National Bureau of Economic Research NEPAD Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique NRC Natural Resource Charter OGP Open Government Partnership OMC Organisation mondiale du commerce OMD Objectif du millénaire pour le développement OMS Organisation mondiale de la santé OUA Organisation de l’Unité Africaine PDDAA Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine PIB Produit intérieur brut PMASA Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire PNUE Programme des Nations Unies pour l’environnement RDM Rapport sur le développement dans le monde RNB Revenu national brut RWSSI Initiative pour l’alimentation en eau et l’assainissement en milieu rural SFI Société financière internationale STI Science, Technology and Innovation TIC Technologie de l’information et de la communication UA Union africaine UE Union européenne UIT Union internationale des télécommunications UNESCO Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture USIP United States Institute of Peace Encadré 1 : Afrique sub-saharienne : une croissance soutenue mais irrégulière Encadré 2 : Lente émergence de la classe moyenne en Afrique Encadré 3 : La crise de la zone euro nuit à de nombreuses économies africaines Encadré 4 : Soudan du Sud – dans l’attente des retombées en faveur de l’éducation Encadré 5 : La ‘classe oubliée’ – les agriculteurs africains Encadré 6 : La gouvernance économique mondiale en plein changement Encadré 7 : Est-ce que l’Afrique peut répliquer la transformation chinoise ? Encadré 8 : Est-ce que l’informatique en nuage peut servir le développement ? Encadré 9 : Les médias sociaux – les nouveaux outils de la démocratie ? Encadré 10 : Sonder l’état de la démocratie en Afrique Encadré 11 : Quand les militaires s’accrochent au pouvoir Encadré 12 : Initiatives régionales prometteuses en matière de gouvernance Figure 1 : Afrique : Réussites et difficultés Figure 2 : Taux de croissance du PIB africain, 2000–2013 Figure 3 : Économies africaines ayant la plus forte croissance en 2011 Figure 4 : Une classe moyenne africaine bien modeste Figure 5 : Inégalités : Chances de survie à la naissance et durant la petite enfance Figure 6 : Inégalité de revenus Figure 7 : La santé maternelle et infantile au cœur des progrès réalisés grâce aux OMD Figure 8 : L’eau : un enjeu essentiel pour les OMD mais pas seulement Figure 9 : Urbanisation - faits et tendances Figure 10 : Données démographiques Figure 11 : Population des bidonvilles de l’Afrique urbaine Figure 12 : Sécurité alimentaire Figure 13 : Accaparement des terres et droits de propriété Figure 14 : Un partenariat renforcé entre l’Afrique et la Chine Figure 15 : Les TIC au service du développement social et économique Figure 16 : Activisme civique, libertés et corruption Figure 17 : Mouvements sociaux Figure 18 : Carte électorale Figure 19 : Conflits et fragilités Figure 20 : Ressources naturelles Figure 21 : Inégalités en matière d’éducation Figure 22 : Les communautés pastorales ont un accès extrêmement limité à l’éducation Figure 23 : Part du PIB constituée par les rentes provenant de l’extraction et par l’aide publique au développement, 2009 Figure 24 : Gérer l’aide publique au développement Figure 25 : Aide publique au développement en pourcentage du revenu national brut Figure 26 : Crédits à l’exportation de l’OCDE en Afrique, 1966–2009 Figure 27 : Financement complémentaire provenant de l’aide et des prêts consentis à l’Afrique
    • 109108 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique notes 1. The Economist. (13 May 2000). Hopeless Africa. The Economist. Accessed on 20 March, 2012. Available from http://www.economist.com/node/333429 2. The Economist. (3 December 2011). The Hopeful continent: Africa rising. The Economist. Accessed on 20 March, 2012. Available from http://www.economist.com/node/21541015 3. Roxburgh, C., et al. (June 2010). Lions on the move: The progress and potential of African economies. McKinsey Global Institute. Accessed on 20 March, 2012. Available from http://www.mckinsey.com/Insights/MGI/ Research/Productivity_Competitiveness_and_Growth/Lions_on_the_move 4. The Economist (12 May 2011). Africa’s growing middle class: pleased to be bourgeois. The Economist. Accessed on March 2012. Available from http://www.economist.com/node/18682622. See also Smith, D. (25 December 2011). 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In the spirit of multi-stakeholder collaboration, OGP is overseen by a steering committee of governments and civil society organizations (OGP website). Participating countries in Africa: South Africa (commitments delivered), Ghana, Kenya, Liberia, Tanza- nia (developing commitments). 91. Extractive Industries Transparency Initiative. n.d. 92. The Natural Resource Charter. n.d. Accessed in April 2012. Available from http://www.naturalresourcechar- ter.org/ 93. The Kimberley process . n.d. Acessed in April 2012. Available from http://www.kimberleyprocess.com/ 94. Nkrumah, K. n.d. Quotes from Kwame Nkrumah. Pan African Perspective. Accessed on 20 April, 2012. Avail- able from http://www.panafricanperspective.com/nkrumahquotes.html 95. UNESCO (2011). Regional Overview: Sub-Sahara Africa. UNESCO. Accessed on 6 April, 2012 from http://unesdoc.unesco.org/images/0019/001913/191393e.pdf 96. Africa Progress Panel (APP) calculations 97. Brown, G. (2012). Out of wedlock, into school: combatting child marriage through education. The Office of Gordon and Sarah Brown Limited. London. 98. UNESCO (2011). Out-of-school adolescents, UNESCO 99. Turney, H. (2012). Our silent education crisis. The Global Team Accessed in April 2012. Available from http://theglobalteam.org/2012/01/28/our-silent-education-crisis/ 100. UNESCO (2010). Education for All Global Monitoring Report: Reaching the Marginalized. UNESCO 101. UNESCO (2011) Education for All Global Monitoring Report. UNESCO Accessed on 20 April, 2012. Available from http://www.icde.org/UNESCO+-+Education+for+All+Global+Monitoring+Report+2011.b7C_wtbUXx.ips 102. UNESCO (2011). Sub-Sahara Africa needs more than one million teachers. UNESCO. Accessed on 6 April, 2012. Availabe from http://www.unesco.org/new/en/dakar/about-this-office/singleview/news/sub_saharan_af- rica_needs_more_than_one_million_teachers/ 103. Southern and Eastern Africa Consortium for Monitoring Education Quality (2010). Project results: Pupil achievement levels in reading and mathematics 104. Adams, Arvil V. (2008). Skills development in the Informal sector of Sub-Saharan Africa. World Bank 105. Emmanuel, J. (2007). World Development Report: Development and the next generation. World Bank 106. UNESCO (2000). Dakar Framework for Action. Education for all: meeting our collective commitments. Ac- cessed on 6 April, 2012. Available from http://unesdoc.unesco.org/images/0012/001211/121147e.pdf 107. IMF (2011). Regional Economic Outlook. IMF 108. Oxford Analytica (7 July, 2010) Relief for Congo 109. World Bank. n.d. World Bank Indicators 110. Collaborative Africa Budget Reform Initiative (2010). Good financial governance in Africa: The status report. Accessed in April 2012. Available from www.cabri-sbo.org/en/e-networking/blog/11.../145-gfgblog 111. Brautigam, D., et al. (eds) (2008). Taxation and State-Building in Developing Countries: Capacity and Con- sen. Mick Moore Institute of Development Studies 112. UNCTAD (2011). Global Investment Report. UNCTAD 113. The IMF lists Angola, Ghana, Kenya, Mauritius, Mozambique, Nigeria, Senegal, Tanzania, Uganda, Zambia and Zimbabwe as African “Frontier Markets”, and the comparator “Frontier Markets” are Bangladesh, Bulgaria, Jordan, Kazakhstan, Pakistan, Romania, Sri Lanka, Tunisia and Vietnam. 114. UNCTAD (2011). Global Investment Report. UNCTAD 115. According to Ernst and Young’s Africa Attractiveness Report, 2011, intra-regional FDI increased by 21 per cent annually from 2003 to 2010. Accessed in April 2012. Available from www.ey.com/...Africa_Attractiveness_ Survey/.../11EDA187_attractiv 116. Country Programmable Aid refers to those elements of Official Development Assistance that are pro- grammed at country level – thus omitting for example emergency and humanitarian aid, expenses incurred in the donor country (for example student subsidies) and the cost of aid administration. 117. For example, in April 2010, Shell announced its plan to withdraw from downstream oil and gas markets – considered “low-margin” – in 21 African countries. Similarly, BP announced plans to divest from five Southern African countries (UNCTAD (2011) Global Investment Report). 118. See 110 119. See114
    • 113112 Emploi, Justice, Equité: Les opportunités à saisir en période de bouleversements économiques, politiques et sociauxRapport 2012 sur les progrès en Afrique 120. Lin J. (2011). From flying geese to leading dragons: new opportunities and strategies for structural transformation in developing countries. World Bank Policy Research Working Paper No. 5702 . Accessed on 20 April, 2012 . Available from http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=1871599# 121. The World Bank/IFC Doing Business Report (2012) notes, for example, that ‘Getting an electricity connec- tion [….] costs more on average in Sub-Saharan Africa than in any other part of the world—more than 5,400% of income per capita (the average in OECD high-income economies is 93% of income per capita).’ 122. World Bank (2011) Light Manufacturing in Africa. The report addresses constraints to developing light manufacturing industries in Ethiopia, Tanzania and Zambia, and comes up with a similar list of areas to be addressed: input industries, trade logistics, access to finance, access to industrial land, worker skills, and entrepre- neurial skills. 123. Country Programmable Aid refers to those elements of Official Development Assistance that are pro- grammed at country level – thus omitting for example emergency and humanitarian aid, expenses incurred in the donor country (for example student subsidies) and the cost of aid administration. 124. These figures are gross, unlike ODA figures, which are defined as net of loan repayments. 125. International Aid Transparency Initiative. n.d. Accessed in April 2012. Available from http://www.aidtrans- parency.net 126. For Sub-Saharan Africa, the absolute amounts are: for 2010, $32.9 billion; for 2013, $34.0 billion. 127. Currently, the operational threshold for IDA eligibility is set at a GNI per capita of $1,165 in real 2009 dol- lars. See Moss, T. and Leo, B. (2011). IDA at 65: Heading Toward Retirement or a Fragile Lease on Life? Centre for Global Development. 128. As an example, Bangladesh, where aid disbursements exceeded tax revenue in 1980/91, tax revenues are now about six times their level (Flow of External Resources into Bangladesh, External Resources Division, Ministry of Finance, Table 14). 129. Defined here as loans at zero or near-zero interest. This is a more restrictive definition than applied for Of- ficial Development Assistance provided by DAC members, but in practice there is at present very little DAC aid to Africa except on very soft terms. 130. Brautigam, D. (2009). The Dragon’s gift: The Real Story of China in Africa, Oxford University Press. London 131. It is rare for these providers to fund recurrent expenditure. 132. Palmer, D. (February 2012) US, China agree to negotiate export credit deal. Accessed in April, 2012. Avail- able from http://www.reuters.com/article/2012/02/14/us-usa-china-exportcredits-idUSTRE81D1YV20120214 133. African Consensus and Position on Development Effectiveness
    • Africa Progress Panel BP 157 1211 Genève 20 Suisse info@africaprogresspanel.org +41 (0) 22 919 75 20 www.africaprogresspanel.org PANEL MEMBERS Kofi Annan Président de l’Africa Progress Panel, ancien Secrétaire général des Nations unies et lauréat du prix Nobel de la paix Michel Camdessus Ancien directeur général du Fonds monétaire international Peter Eigen Fondateur et président du Conseil consultatif, Transparency International, président de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) Bob Geldof Musicien, homme d’affaires, fondateur et coordinateur du groupe Band Aid et des concerts Live Aid et Live 8, co-fondateur de DATA, conseiller de ONE et militant Graça Machel Présidente de la Fondation pour le développement communautaire et fondatrice de New Face New Voices Linah Kelebogile Mohohlo Gouverneur de la Banque du Botswana Olusegun Obasanjo Ancien président du Nigeria Robert Rubin Co-président du conseil d’administration du Council on Foreign Relations et ancien Secrétaire au trésor des États-Unis Tidjane Thiam Directeur exécutif du groupe Prudential Plc. Muhammad Yunus Économiste, fondateur de la banque Grameen et lauréat du prix Nobel de la paix L’Africa Progress Panel cherche à promouvoir le développement de l’Afrique en évaluant ses progrès, en soulignant les opportunités présentes sur le continent et en participant à la définition d’une position africaine dans les débats internationaux. Imprimé sur du papier recyclé.