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Plantu, le dessinateur intouchable
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Plantu, le dessinateur intouchable

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Analyse de la chronique de Pascal Galinier, médiateur du quotidien Le Monde. Cette chronique était parue dans Le Monde daté du 1er octobre 2013

Analyse de la chronique de Pascal Galinier, médiateur du quotidien Le Monde. Cette chronique était parue dans Le Monde daté du 1er octobre 2013

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  • 1. Regard sur la chronique de Pascal Galinier, médiateur, consacrée au dessin de Plantu paru dans l’ édition datée du 1er octobre 2013 du Monde Marc Mentré - Media Trend Intouchable, paraît-il
  • 2. Plantu est-il un intouchable ? Son dessin de "une" est devenu au fil des ans une icône de ce journal. Aussi lu, commenté, interprété que l'éditorial ou la manchette."Quelle chance de pouvoir s'exprimer dans une caricature chaque jour à la "une" du Monde, et quel privilège d'être protégé par des rédacteurs en chef qui donnent leur feu vert au dessin choisi, se félicite celui qui vient tout juste d'être fait docteur honoris causa par l'université de Liège. Le dessin est un excellent moyen pour animer les débats et les opinions." En effet… Lundi, "Le regard de Plantu" sur l'ouverture des magasins le dimanche a animé les débats et les opinions chez nos lecteurs... Un dessin féroce, mettant en scène un syndicaliste de la CGT et un islamiste, jugés tout aussi rétrogrades, entre "islamorama" et "Castorama". Le secrétaire général de la centrale syndicale, Thierry Lepaon, a aussitôt demandé un droit de réponse à notre journal. Non recevable, selon la jurisprudence concernant la publication d'une photo ou d'un dessin de presse. 1. Le dessin de Plantu bénéficie d’un statut particulier car: • “c’est devenu une icône”. Le statut et l’importance du dessin est posé dès la deuxième phrase. • il a un statut privilégié. Plantu dit qu’il est “protégé”… • …mais il renvoie la responsabilité de la publication à la rédaction en chef. • Plantu n’est pas un simple dessinateur, c’est un “docteur” • Plantu peut s’exprimer longuement (la citation seule est de 265 signes dans un paragraphe qui en compte 543) Une citation aussi longue dans le premier paragraphe lui donne un poids particulier. La citation contient un message lénifiant : “le dessin un moyen pour animer les débats et les opinions” 2. Pas de droit de réponse • Thierry Lepaon a demandé un droit de réponse [prévu à l’article 13 de la loi du 29 juillet 1881], pour la CGT. Cela se comprend, puisque Pascal Galinier qualifie lui-même le dessin de “féroce” et faisant apparaître la CGT comme “rétrograde”. Mais merveille de la jurisprudence, les photos et dessins sont à l’abri de ce droit et Le Monde n’offre aucune solution alternative, sûr de son “bon droit”. Donc, voilà Thierry Lepaon réduit au silence tout comme les “Islamistes”… au fait, c’est quoi un islamiste ? L’icône un dessin féroce
  • 3. La CGT, l'islam, sujets intouchables ? Certains lecteurs n'hésitent pas à mettre Le Monde en résonance avec Présent, Rivarol, Minute et même Je suis partout, le journal collaborationniste des années 1940 ! Diantre ! Aurions-nous donc commis un dérapage digne (sic) de ceux de Valeurs actuelles ? D'aucuns le pensent parmi nos lecteurs - mais aussi parmi nos journalistes. "Le musulman haineux, le cégétiste borné, unis dans la brimade de l'innocence incarnée... Pourquoi tant de haine, sociale et religieuse ?", se demande François Toulat (Le Blanc-Mesnil, Seine-Saint- Denis). "Qu'est-ce que Plantu essaie de nous dire ? Qu'ils ont tous deux le même pouvoir de nuisance et de violence aveugle ? Talibans-CGT même combat ? Franchement...", se désole Cécile Helenbrand (Paris). "Que faut-il comprendre ? Un cégétiste, c'est un islamiste, donc un terroriste, donc un ennemi intérieur de la France ? Et pour conclusion : la France tu l'aimes ou tu la quittes ?", assène Bernard Dubois (Montmorency, Val-d'Oise). "Exagérer le trait fait partie du travail du caricaturiste. En lisant les réactions de certains lecteurs, je me dis que j'ai rempli le contrat", assume Plantu. Quant à la CGT, "quand on fait râler les cons, c'est que le dessin est bon", renchérit Xavier Gorce, autre dessinateur du Monde qui n'épargne guère lui non plus le Syndicat du Livre dans ses "Indégivrables" (Le Monde du 24 septembre). "La liberté d'expression régresse chaque jour dans notre pays, l'humour aussi, s'inquiète Stéphane Puisney (Paris) dans un courriel à Plantu. Même si je ne partage pas toujours vos points de vue, je reste profondément attaché à ce que vous puissiez les exprimer." 3. La défense c’est l’attaque Règle n°1 : montrer que les attaques sont outrancières : quoi Le Monde comparé à la presse d’ extrême-droite? Cela ne mérite que mépris, et pour cela Pascal Galinier va utiliser deux signaux: • une terme vieilli “diantre”, que l’on croirait tout droit sorti des Trois mousquetaires de Dumas, • employer “sic” qui “se met entre parenthèses à la suite d’une expression -dixit Le Grand Robert- pour souligner qu’on cite textuellement si étranges que puissent paraître les termes.” Règle n°2 : créer selon le vieux principe” du journalisme “objectif” construire une opposition entre • contre le dessin (c’est le premier paragraphe de cette page) • pour le dessin (c’est le second paragraphe de cette page) [les Américains disent : le journalisme du “he says” /”she says”] Une fausse opposition, car • d’un côté sont regroupés ceux qui critiquent le contenu du dessin (les “contre”) - tiens ! les journalistes du Monde n’ont pas droit de citation. • de l’autre sont regroupés les partisans de la “liberté d’expression”, en fait deux dessinateurs du Monde [Plantu et X. Gorce qui en rajoute une louche sur la CGT, tant qu’à faire] et un lecteur qui a écrit directement à Plantu. les “contre” les “pour”
  • 4. Un dessin peut peut-être choquer, heurter des sensibilités, reconnaît Natalie Nougayrède, la directrice du Monde. Mais sa publication relève d'un principe que nous entendons défendre avec vigueur : l'indépendance éditoriale absolue, cela passe aussi par l'humour. Il est important que Le Monde offre à ses lecteurs la liberté de ton et l'indépendance d'esprit qui sont les caractéristiques et les valeurs du dessinateur de presse." Fermez le ban ? Pas si simple, pour Matthieu Tracol, enseignant-chercheur à la Sorbonne et à l'université d'Artois (Nord - Pas-de-Calais). "Une démocratie digne de ce nom ne doit pas se soucier du talent du caricaturiste, et doit même se glorifier de laisser publier des caricatures bêtes et méchantes. Elle doit se féliciter de voir publier des dessins étant une insulte à la fois à l'intelligence et à l'humour, car c'est précisément là la condition pour que d'autres dessins puissent atteindre à l'idéal, à la drôlerie, à la finesse, et finalement toucher juste", nous dit-il dans un long courriel lyrique et charpenté. 4. La directrice du journal pour l’estocade ? Après les “pour” et les “contre”, la voix de Nathalie Nougayrède devrait clore le débat. Elle rappelle quelques principes de base, mais s’ abstient de parler précisément du dessin et de son contenu. Il ne peut donc y avoir de point final, car on ignore ce que pense la directrice du journal du Monde d’un dessin publié en une. 5. L’apparition de l’universitaire Ce ne peut-être un simple lecteur qui relance la discussion [nous sommes au Monde ne l’oublions pas], il faut un expert. Va donc pour un universitaire-chercheur. Certes Matthieu Tracol est cité hors de son champ de compétence [c’est un spécialiste des questions sociales], mais l’important est qu’il tienne le même discours que les partisans du “pour” et la directrice du Monde. Il va même plus loin : qu’importe le “talent,” qu’ importe si les “dessins sont des dessins à l’intelligence et à l’humour”, publions, publions, semble-t-il nous dire. Indépendance et liberté bêtes et méchantes
  • 5. Une liberté que ne peut pas ne pas défendre Thierry Lepaon. "Que la posture de la CGT soit remise en cause, moquée voire ridiculisée ne nous a jamais choqué, c'est la règle du jeu de la presse dans une société démocratique. Le miroir que celle-ci nous renvoie parfois peut même s'avérer salutaire. Nous le prenons comme un élément du débat, de la confrontation des idées, des points de vue et des convictions", admet-il dans sa lettre. "Eh oui, le dessinateur est un affreux jojo qui fait des choses qui ne se font pas...", raille Plantu, qui rappelle à temps et à contretemps les tracasseries que rencontrent "depuis 1945" les dessinateurs de presse avec le Syndicat du Livre CGT. "Pour défendre les vendeurs de journaux qui souhaiteraient ne pas travailler le dimanche, je propose qu'ils vendent plutôtL'Huma-Dimanche un mercredi...", ne peut-il s'empêcher d'ironiser. Tout de même, pousser la provocation jusqu'à mettre en parallèle la CGT et l'islamisme... "Je sais bien que le dessin force le trait, concède-t-il. Mais il ne s'agit pas de mettre un taliban et un syndicaliste à égalité : il s'agit d'un combat contre toutes les formes d'intolérance." Vaste programme en ces temps de montée aux extrêmes et d'islamophobie galopante... 6. De l’art de la citation tronquée avec Thierry Lepaon Thierry Lepaon n’a pas obtenu son droit de réponse, mais il pas à se plaindre, car le voilà longuement cité. Mais quel art de la citation ! Tout ce qui se rapporte au contenu du dessin est soigneusement évité. Il n’est question que du rôle de la presse dans une société démocratique. Toujours dans le principe d’une maille à l’endroit, une maille à l’envers, voici maintenant Plantu. Lui, n’est pas pas dans les généralités. Il s’en prend directement au Syndicat du Livre CGT, mais n’évoquent que de vagues “tracasseries”. Que n’a-t-il été plus explicite, comme il le fut sur Europe1, parlant de “Fatwa de la CGT” et affirmant que depuis 1945, les dessinateurs de presse n’avaient pas le droit de critiquer la CGT. [Sur le site la Filpac on est loin de la “fatwa” évoquée par Plantu] 7. Forcez le trait, il en restera toujours quelque chose Il faut donc attendre le 8e paragraphe pour que Plantu apporte des sous-titres à son dessin et nous révèle que l’islamiste est en fait un taliban. Mais disons qu’il aura du mal à entraîner les syndiqués de la CGT dans son combat. Il est des images qui restent. Quant à la dernière phrase de ce paragraphe, il semble que son auteur n’ait pas vu le dessin de Plantu avec ce vociférant Islamiste, qui participe directement à la “montée de l’islamophobie”. Un affreux jojo islamophobie
  • 6. C'est ce que constatent ces étudiants-chercheurs d'une quinzaine de nationalités, croisés en 2012 par votre médiateur dans le cadre d'un projet de "charte relative à l'éthique des médias" à destination notamment des pays de la Méditerranée. Article 28 : "Le recours à l'humour et à la caricature relève de la liberté d'expression et peut servir à illustrer le travail journalistique. Cependant, il ne peut être exercé dans un objectif d'appel à la haine, à la discrimination (...). Il devra toujours être justifié et replacé dans son contexte initial d'oeuvre journalistique." Vaste programme, vous disais-je... A l'heure de signer ses "oeuvres journalistiques", un journaliste, quelles que soient ses convictions, se doit de tenir compte de l'oeuvre collective que nous tentons, jour après jour, de bâtir pour aider nos lecteurs à décrypter une actualité complexe. "Le dessin fait dire des choses qu'on n'aurait pas dites sans avoir vu l'image, et c'est parfait pour le débat", conclut, droit dans ses bottes, notre dessinateur. Un débat intouchable ? 9. L’éthique ce sont les autres Le Monde possède une charte d’éthique et de déontologie, accessible directement sur le site. Pourtant Pascal Galinier ne s’y réfère pas. Il préfère faire référence au travail d’ étudiants “croisés”, il y a un an, sans autre référence précise. Là encore le contenu de l’article cité [le n°28] n’expose que des principes généreux et généraux. 10. L’amorce de l’amorce de l’amorce d’une critique Encore un paragraphe construit en deux temps, mais pour la première fois on décèle une opposition de la part du médiateur. Mais dieu que c’est subtil ! • Premier temps : le travail du journaliste est collectif et l’œuvre ainsi créée a pour but d’aider le lecteur à décrypter une actualité complexe [comprendre un journalisme collectif de faits et d’analyses] • Deuxième temps : Plantu. C’est lui qui a la parole [implicitement, une citation est une prise de distance avec celui que l’on cite], et il parle de débat, qui n’est pas la forme de journalisme définie dans la phrase précédente. Mais l’amorce de critique vient du dernier membre de la phrase. Il y est fait référence à Alain Juppé “droit dans ses bottes” pendant le mouvement social de 1995, où la CGT a joué un rôle important. On connaît le destin d’Alain Juppé. Ah oui, dans un article ce dernier paragraphe s’appelle “la chute”.