Roms et Tsiganes, une culture européenne

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Les Roms dans la Capitale européenne de la culture

Présentes dans toute l’Europe depuis des siècles, et en Provence depuis le XVe siècle, les cultures Roms et Tsiganes, expression de la plus importante minorité européenne, représentent un patrimoine commun historique complexe et vivant. Pour l’année Capitale européenne de la culture, Marseille-Provence 2013 a souhaité, d’une part, mettre en lumière (sans prétendre à l’exhaustivité) les manifestations culturelles, portées parles acteurs du territoire, qui donnent à découvrir des artistes roms ou des propositions d’artistes interrogeant notre regard sur la vie des Roms en Europe.

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Roms et Tsiganes, une culture européenne

  1. 1. COUVRoms et Tsiganes, une culture européenneRoma and Gypsies, A European Culture
  2. 2. Le thème retenu pour illustrer cette brochure estLe portrait.Les photographies ont été aimablement offertes pardes photographes qui participent aux activités duvolet rom et tsigane de la Capitale européenne dela culture : Jean-Michel Delage, Laurence Janner,Jean-Pierre Liégeois, Laurent Malone, MathieuPernot, Éric Roset.Photo de couverture © Éric RosetThe theme of images selected to illustrate thisbrochure is the portrait.The photographs in this brochure have beenkindly contributed by photographers taking part inthe European Capital of Culture’s Roma and Gypsyprogramme: Jean-Michel Delage, Laurence Janner,Jean-Pierre Liégeois, Laurent Malone, Mathieu Pernotand Eric Roset.Cover photo © Eric RosetRoms et Tsiganes, une culture européenneRoma and Gypsies, A European CultureJean-Pierre Liégeois© 2013 / Marseille-Provence 2013 Capitale européenne de la culture European capital of cultureGraphisme : Soizic Legrand sous la direction de Thomas Serrière, studio graphique Marseille-Provence 2013 / Traduction : Rhonda Campbell / Corrections : Élodie Quaranta
  3. 3. 5Les Roms dans la Capitale européennede la culturePrésentes dans toute l’Europe depuis des siècles, et en Provencedepuis le XVesiècle, les cultures roms et tsiganes, expression de laplus importante minorité européenne, représentent un patrimoinecommun historique complexe et vivant.Pour l’année Capitale européenne de la culture, Marseille-Pro-vence 2013 a souhaité, d’une part, mettre en lumière (sans pré-tendre à l’exhaustivité) les manifestations culturelles, portées parles acteurs du territoire, qui donnent à découvrir des artistes romsou des propositions d’artistes interrogeant notre regard sur la viedes Roms en Europe.D’autre part, afin de développer échanges et réflexions à l’échelleeuropéenne sur les enjeux de la culture vis-à-vis des populationsroms, Marseille-Provence 2013 accueillera le Conseil de l’Europeet la Commission Européenne pour des rendez-vous publics orga-nisés à l’automne 2013, avec le soutien du Conseil Régional Pro-vence-Alpes-Côte d’Azur.Cette mise en perspective d’expériences et de rencontres à vivretout au long de l’année 2013 sur le territoire de la Capitale, le par-tage d’une réflexion avec des acteurs venus de toute l’Europe surles cultures roms, est une première dans l’histoire des Capitaleseuropéennes de la culture.Cette approche a été rendue possible grâce au précieux accom-pagnement de Jean-Pierre Liégeois, qui s’est également vu confierla rédaction de cette brochure.Bernard LatarjetConseiller auprès du Président et du Directeur Général de Marseille-Provence 2013Advisor to the president and managing director of Marseille-Provence 2013Roma in the European Capital of CultureRoma and Gypsies have been present in Europe for centuries, andin Provence since the fifteenth century. As the largest European mino-rity, their culture represents a shared heritage that is both complexand dynamic.For the European Capital of Culture year, Marseille-Provence 2013wants to increase the overall visibility (without claiming to provideexhaustive coverage) of cultural events run by local organisations thatshowcase Roma artists or projects by artists on Roma lifestyles inEurope.In addition, in order to encourage dialogue and debate in Europe onthe importance of culture and Roma groups, Marseille-Provence 2013will welcome the Council of Europe and the European Commission forpublic meetings held in autumn 2013, with support from the ConseilRégional Provence-Alpes-Côte d’Azur.This focus on experiences and meetings taking place throughout2013 in the Marseille Provence region, bringing together participantsfrom all over Europe to discuss Roma culture, is a first in the history ofEuropean Capitals of Culture.The project was made possible through the unfailing support ofJean-Pierre Liégeois, who also wrote this brochure.
  4. 4. 6 7Avec l’UE, plus d’efforts pour l’intégrationdes RomsUn grand nombre de Roms en Europe sont victimes dexclusionet de discrimination. Face à cette situation inacceptable, lUnioneuropéenne a adopté en 2011 un cadre européen pour des straté-gies nationales d’intégration des Roms demandant à tous les Étatsmembres de prendre des mesures dans léducation, lemploi, lelogement et la santé dici 2020. Celles-ci ne visent pas un traite-ment privilégié des Roms, mais une réponse adéquate et équitableà leur situation dexclusion. Naturellement, ceci nempêche pas lesÉtats membres d’ajouter de leur propre gré dans leurs politiquesle domaine de la culture, avec trois objectifs : soutenir laccès etla participation des Roms aux activités culturelles et artistiques ;préserver et promouvoir les multiples facettes des cultures roms ;et encourager le dialogue interculturel pour améliorer les connais-sances et changer le regard porté sur ces populations, un complé-ment naturel à la lutte contre les discriminations et les stéréotypes.Car là où les stéréotypes radicalisent les différences et provo-quent rejet et repli identitaires, la diversité culturelle doit êtrepromue comme source d’échanges fructueux en lieu et place desfractures sociales. C’est ce à quoi s’emploient les initiatives euro-péennes en matière de dialogue interculturel et de lutte contre lesdiscriminations.En effet, parvenir à lintégration des Roms ne sera possible quenvenant à bout des clichés et des préjugés. Ce travail de longuehaleine, dans lequel les médias ont un rôle essentiel à jouer, com-mence dès l’école et se poursuit tout au long de la vie. Il consisteà rappeler que la participation des Roms à la société européenneprofite à tous et que les Roms ont depuis longtemps fait partie de ceque l’Europe avait de meilleur : son âme, sa culture et son histoire.La Commission européenne salue donc l’initiative de Marseille-Provence 2013 Capitale européenne de la culture qui donne dans saprogrammation une place significative et positive à la culture desRoms.Aurel Ciobanu-DordeaDirecteur en charge de l’Égalité, Direction Générale JusticeDirector for Equality, Directorate General for JusticeWith the EU, more efforts for RomaintegrationMany Roma in Europe suffer from exclusion and discrimination.Faced with this unacceptable situation, the European Union adoptedin 2011 a European Framework for National Roma Integration Strate-gies requiring all EU Member States to take measures in the fields ofeducation, employment, health and housing by 2020. The aim of thesemeasures is not to give preferential treatment to the Roma but to pro-vide an adequate and equitable answer to their exclusion. Naturally,Member States may also add actions in the field of culture to theirpolicy measures with 3 objectives in mind: to support the access andparticipation of Roma in cultural activities and arts; to protect and pro-mote the multiple facets of Roma culture; and to encourage intercultu-ral dialogue to improve knowledge and change attitudes towards thesepopulations, a natural complement to the fight against discriminationand stereotypes.Stereotypes radicalise differences and create rejection and with-drawal of identity. Cultural diversity should therefore be promoted asa source of fruitful exchanges instead of social divisions. This is whatEuropean initiatives on intercultural dialogue and the fight against dis-criminations are aiming at.Achieving Roma integration will only be possible by overcoming pre-judices and stereotypes. This long process in which the media have acrucial role to play starts at school and continues throughout life. Itreminds us that the participation of Roma in European society bene-fits everyone and that Roma have for a long time been a part of whatEurope has best: its soul, its culture and its history.The European Commission therefore welcomes Marseille-ProvenceEuropean Capital 2013 for its initiative to give a significant and positiveplace to Roma culture in its programme.Message du Conseil de lEuropeLa culture romani fait partie intégrante du patrimoine cultureleuropéen et ce depuis des siècles. Les Roms ont parcouru l’Europede part en part, enrichissant leur culture de celles des pays d’ac-cueil et fécondant en retour le patrimoine culturel et l’histoire despays dans lesquels ils se sont installés. Pourtant, la culture et l’his-toire des Roms restent méconnues. Le Conseil de l’Europe constatepartout un défaut de diversité culturelle dans le système éducatif.La culture et l’histoire des Roms ne sont, au mieux, que très mar-ginalement abordées dans les manuels scolaires. Le système édu-catif, les médias et les discours politiques véhiculent souvent uneimage fausse, stéréotypée et négative des Roms, ignorant complè-tement leur rôle dans l’histoire et l’apport bénéfique de leur cultureet de leurs traditions : sens de la communauté et de la famille (paropposition à l’individualisme croissant de nos sociétés), respect desanciens, sens de la liberté. Alors que les pays européens célèbrentla diversité culturelle, la tenue traditionnelle de certains Romscrée encore le malaise. Les gadgé (non-Roms) sont souvent prisde méfiance, voire de crainte ou de dégoût, face à la présence d’un« Tsigane » à leurs côtés. Derrière la notion d’ « adaptation » qu’onleur impose, se cachent l’ignorance de leurs valeurs culturelleset une fâcheuse tendance à l’assimilation et à lhomogénéisation.Certes, les Roms partagent des traits culturels communs mais il vasans dire qu’il existe des spécificités culturelles entre un Manouchefrançais, un Gitan espagnol et un Rom des Balkans.Le temps est venu de reconnaître l’apport culturel des Roms,non pas comme simple « folklore », mais dans toute sa complexi-té et sa diversité. Le Conseil de lEurope, depuis plus de quaranteans, à travers des activités telle que l’adoption de standards com-muns pour ses 47 États membres, ses programmes de formation,son Alliance européenne des villes et des régions pour l’inclusionsociale des Roms ou encore sa campagne Dosta ! contre les préju-gés sefforce de promouvoir des politiques nationales, régionaleset locales visant une meilleure intégration des Roms. Une politiquequi se fonde sur le respect des droits de l’homme tout en favori-sant la participation active des Roms à ce processus ainsi que laconnaissance de leur culture et de leur histoire.Je me réjouis de la programmation de plusieurs activités de ré-flexion et d’action culturelle concernant les Roms dans le cadre deMarseille-Provence 2013 Capitale européenne de la culture.Jeroen SchokkenbroekReprésentant Spécial du Secrétaire Général pour les questions relatives aux RomsSpecial Representative of the Secretary General for Roma IssuesConseil de lEurope Council of Europewww.coe.int/RomaMessage from the Council of EuropeRomani culture is an integral part of European cultural heritage,and has been for centuries. Roma have travelled all over Europe, adop-ting elements of host countries’ cultures and contributing to culturalheritage and history in countries they make their own. Nevertheless,Roma culture and history are not well known. The Council of Europenotes a lack of cultural diversity in school systems everywhere. At best,Roma culture and history are briefly dealt with in textbooks. Schoolsystems, media organisations and political discourses often conveya false, stereotypical and negative image of the Roma, completelyignoring their role in history and positive contributions made by theirculture and traditions. These include the importance of communityand family (as opposed to the growing individualism of our societies),respect for elders and the importance of freedom. Even as Europeancountries celebrate cultural diversity, traditional Roma dress can stillcause uneasiness. Gadže (non-Roma) are often suspicious, fearful ordisgusted faced with a “Gypsy” in close quarters. Behind the idea of“adaptation” that is forced upon Roma is an ignorance of their culturalvalues and a disturbing tendency towards assimilation and homoge-nisation. While Roma do share cultural traits, there are obvious diffe-rences between a French Manush, Spanish Gypsy and Balkan Roma.The time has come to recognise cultural contributions made byRoma, not just in terms of “folklore” but in all their complexity anddiversity. For over forty years, the Council of Europe has worked topromote national, regional and local policies encouraging the betterintegration of Roma people, through activities such as adopting sharedstandards for its 47 member states, training programmes, the Euro-pean Alliance of Cities and Regions for Roma Inclusion and the Dosta!campaign fighting prejudices. These policies are based on respect forhuman rights while encouraging the active participation of Roma in thisprocess, as well as knowledge of their culture and history.I am delighted that several activities encouraging reflection andcultural action concerning Roma have been programmed as part ofMarseille-Provence 2013, European Capital of Culture.
  5. 5. 8 9A centuries-old presenceThe ancestors of the Roma are from India,as attested to by their language, which isderived from Sanskrit. The first migratorygroups discovered Europe, in a westerlysweep, in the fourteenth and fifteenth cen-turies. Some families put down roots, whileothers kept moving. They were met with withastonishment, unease and incomprehension.Attitudes and policies rejecting, extermi-nating and assimilating them were imple-mented and developed. These policies of de-nial were based on ignorance and fuelled byprejudices and stereotypes that had formedover the centuries, making them very difficultto deconstruct.Leaving well-known events (such as theannual pilgrimage to Saintes-Maries-de-la-Mer) and popular traditions (such as theBohemian santon or clay figurine in traditio-nal Provence nativity scenes) aside, Gypsyfamilies have been present in Provence sincethe fifteenth century. As early as 1419, thetown of Sisteron decreed that they could setup at the pré de la Baume (La Baume field),where they and their horses were given food.Documents in the Arles archives mention thearrival of a duc de Petite Egypte (Duke ofLittle Egypt), an ancestor of the Gypsies, in1438. Local and regional archives containrecords of Gypsy groups visiting, settling andbecoming part of Provence society over thecourse of centuries. They were called Egyp-tians, Bohemians, Boumians, Sarrasins andCaraques.Today, Boumian descendants are a part ofProvence and the city of Marseille. Over theyears, they were joined by new groups ofRoma migrants seeking to escape violentand unstable situations – such as the RussianRevolution in 1917 and the fall of the BerlinWall in 1989.Since the late Middle Ages, Roma and Gyp-sies have helped make Marseille the cross-roads of peoples it is often called today.Roma and Gypsies, who have been true Eu-ropean citizens for centuries, represent Eu-rope’s largest minority with a population of12 million people. It is therefore logical forthem to feature in the European Capital ofCulture programme. It is difficult to imagineMarseille-Provence 2013 without Roma andGypsy culture and creativity forming a signifi-cant and symbolic part of it.Une présence séculaireLes ancêtres des Roms viennent de l’Inde,comme l’atteste leur langue, dérivéedu sanskrit. Les premiers groupes enmigration découvrent l’Europe, de l’està l’ouest, essentiellement aux XIVeetXVesiècles. Certaines familles se fixent,d’autres poursuivent le voyage. Et l’Europeles découvre avec étonnement, inquié-tude et incompréhension. Des attitudeset des politiques de rejet, d’extermina-tion, d’assimilation se mettent en placeet se développent, politiques de négationfondées sur la méconnaissance et ali-mentées par des préjugés et stéréotypescristallisés au cours des siècles et qu’ilest, dès lors, très difficile de déstructurer.Au-delà d’événements bien connus, com-me le pèlerinage annuel des Saintes-Ma-ries-de-la-Mer, ou des traditions popu-laires, comme la figure du Bohémien par-mi les santons de la crêche provençale,les familles tsiganes sont présentes enProvence depuis le XVesiècle. Dès 1419,la ville de Sisteron désigne le pré dit de laBaume pour que s’y installent les familles,et leur apporte de la nourriture ainsi quepour leurs chevaux. En 1438, les archivesd’Arles mentionnent l’arrivée d’un ducde Petite Égypte, ancêtre des Gitans. Lesarchives départementales et communalestémoignent de nombreux passages desgroupes tsiganes au cours des siècles, puisde leur installation et de leur intégrationdans l’univers provençal. On les appelaitÉgyptiens, Boêmes, Boumians, Sarrasins,Caraques...Au XXIesiècle, les descendants des Bou-mians font partie de la population de la Pro-vence et de la ville de Marseille. Ils ont étérejoints par d’autres, lors de vagues migra-toires successives, par exemple avant laRévolution russe de 1917, ou après la chutedu mur de Berlin en 1989, fuyant les condi-tions de violence et de précarité dans les-quelles ils se sont trouvés.Les Roms et Tsiganes contribuent depuisla fin du Moyen-Âge à faire de Marseillece carrefour des peuples souvent évoqué.À l’échelle de l’Europe, citoyens européensdepuis des siècles, Roms et Tsiganes repré-sentent, avec environ 12 millions de per-sonnes, la plus importante des minorités.Leur présence dans la Capitale européennede la culture est donc une évidence. Ainsi,il est difficile d’imaginer que l’expressionculturelle et la créativité artistique desRoms et Tsiganes ne soient pas une compo-sante, significative et même emblématique,des activités de Marseille-Provence 2013.01© Mathieu Pernot
  6. 6. 11Au-delà des textes, les activités relativesaux Roms et Tsiganes menées depuis plu-sieurs décennies à l’initiative des institu-tions européennes apportent beaucoup àla réflexion dans des domaines tels quel’éducation, la langue, le développementculturel... Ces activités ont une légitimi-té démographique : les douze millions deTsiganes forment en Europe une popula-tion supérieure à celle de nombreux États,mais sans avoir de représentation politiqueconsolidée ni d’institutions culturelles ouéducatives. Elles ont aussi une légitimi-té géographique par une dispersion danstoute l’Europe, et une légitimité historique,en raison de la marginalisation séculairedont ces communautés ont été les objets.Le volet de l’expression culturelle et ar-tistique des Roms et Tsiganes de Mar-seille-Provence 2013 ouvre des perspec-tives de valorisation d’une culture riche,dynamique et méconnue. Il permet d’entreren synergie avec les projets européens ini-tiés en la matière, en vue d’une articulationet d’un enrichissement mutuel des diffé-rentes actions menées.A European profileRoma and Gypsy culture developed in com-munities that lived as Europeans beforeEurope even existed. As underlined by seve-ral key figures (including Vaclav Havel andGünter Grass), Gypsies are European citizenspar excellence.This international dimension constitutesan approach to the Roma and Gypsy issue thatcannot be ignored. In other words, as a mino-rity present in all states without a state of re-ference or origin, they have a clearly discer-nible European dimension. This dimension isthe starting point for all considerations andactions, and does not need to be constructedto create an international perspective.The first text adopted by European Unionmember states was a resolution on schoolprovision for Gypsy and Traveller childrenin 1989. The text explicitly states that Gypsyand Traveller “culture and language haveformed part of the Communitys cultural andlinguistic heritage for over 500 years.” Thedocument can be described as historic, inthat it recognises this culture and languageas having formed part of Europe for severalcenturies. It therefore battles practices ofdenial, and paves the way for respectful po-licies that provide support and encouragedevelopment. In several texts passed by theCouncil of Europe’s Committee of Ministers,representatives of member states have adop-ted positions along the same lines.In addition to texts, European institutionshave implemented activities targeting Romaand Gypsies that have contributed to reflec-tion in fields such as education, languageand cultural development over the last fewdecades. These activities are legitimate fromthe demographic, geographical and historicalpoints of view. At 12 million, the number ofGypsies in Europe is larger than the popula-tion of several member states, yet they haveno strong political representation, culturalor educational institutions. Geographicallyspeaking, these communities are presentthroughout Europe and they have been histo-rically marginalised.Marseille-Provence 2013’s focus on thecultural and artistic expressions of Roma andGypsies creates new ways of highlighting thisrich, dynamic and misunderstood culture.This programme works in synergy with Eu-ropean projects addressing the issue, thusensuring these activities are linked and feedinto each other.Un profil européenLa culture est ici portée par des commu-nautés qui ont vécu l’Europe avant qu’ellene se construise. Plusieurs personnalitésont souligné le fait que les Tsiganes sonteuropéens par excellence (Vaclav Havel,Günter Grass, entre autres).Pour les Roms et Tsiganes, la dimensioninternationale est en effet constitutive del’approche qu’on peut avoir. Autrement dit,dans leur cas, minorité présente dans tousles États sans avoir d’État de référence oud’origine, la dimension européenne estimmédiatement palpable. Elle est un pointde départ de toute réflexion et de touteaction, sans avoir à être construite pourentrer dans une perspective internationale.Le premier texte adopté par les Étatsdans le cadre de l’Union européenne datede 1989. Il s’agit d’une résolution concer-nant la scolarisation des enfants roms ettsiganes. Le texte reconnaît explicitement« que leur culture et leur langue font partie,depuis plus d’un demi-millénaire, du patri-moine culturel et linguistique » de l’Unioneuropéenne. On peut qualifier ce documentd’historique, en ce sens qu’il reconnaît laculture et la langue en tant que compo-sante européenne depuis plusieurs siècles.Il s’oppose ainsi aux pratiques de négation,et ouvre la voie à des politiques de prise encompte, de valorisation et de développe-ment. Dans plusieurs textes adoptés parle Comité des Ministres du Conseil de l’Eu-rope, les représentants des États membresvont dans le même sens.02© Mathieu Pernot
  7. 7. 13A paradigmRoma and Gypsies can be considered ex-amples. They represent a paradigm in today’sEurope. This region is affected by increasingmobility in what seeks to be a borderless eco-nomy, and by the emergence of multicultu-ralism, which all member states must learnto manage. The idea is to move from multi-culturalism (which is merely juxtaposition) tointercultural approaches (which seek to com-bine). In this respect, programmes targetingRoma as part of European Union and Councilof Europe activities are important examples.By recognising and conveying the fact thatRoma groups are drivers of dynamics and ac-tivities that concern them, their presence ishighlighted and their existence seen in a po-sitive light – instead of being minimised. Thisin turn highlights and gives a positive spinto the stereotypically negative image othershave of them. They become examples, for thebetter instead of for worse. In this way, thedevelopment of European education projectsfor Roma children can have a pilot effect,for example in qualifying and hiring schoolmediators or providing distance training forteachers.Consequently, the steering committee ofthe Council of Europe’s Education of Romachildren project has underlined the impor-tance of its impacts on education in general:“The education of Roma, in the Europeancontext, must be recognised as the sourceof necessary renewal in the domain of Edu-cation. A renewal of teaching approaches canand should be one of the effects of the Pro-ject, at a time when education is running outof steam.”The marginal becomes central. We movefrom an example of stigmatisation to a modelof co-existence. This change in perspectiveshould be highlighted to show how the para-digmatic effect of Roma and Gypsies can helpfurther democracy in Europe. These commu-nities are the forerunners of a new movementand a challenge for managing new legal, so-cial and migratory areas. They help definenew concepts and encourage new ways ofthinking. They help demonstrate that cultu-ral diversity is a source of enrichment for allEuropean society.Un paradigmeLes Roms et Tsiganes ont une qualitéd’exemplarité. Ils représentent un para-digme au cœur d’une Europe marquéeaujourd’hui par le développement de lamobilité dans un contexte économique quise veut sans frontières, et par l’émergencedes minorités, donc par une situation demulticulturalité que tous les États doiventapprendre à gérer. Il s’agit de passer de lamulticulturalité qui n’est que juxtaposi-tion, à une démarche interculturelle qui estconjugaison. À cet égard, des programmesconcernant les Roms ont une valeur exem-plaire, dans le cadre d’activités de l’Unioneuropéenne et du Conseil de l’Europe.Reconnaître et faire savoir que les Romsont, dans leurs dynamismes et dans le déve-loppement d’activités qui les concernent,un effet moteur, c’est valoriser leur pré-sence et positiver leur existence, au lieu desouhaiter la réduire. C’est donc valoriser etpositiver l’image encore trop souvent néga-tive et stéréotypée que les autres se fontd’eux. Ils deviennent exemplaires, pour lemeilleur et non plus pour le pire. Ainsi dansle développement de projets européenspour l’éducation, les activités concernantles enfants roms peuvent avoir un effetpilote, par exemple pour la qualification etl’emploi des médiateurs scolaires, ou pourla formation à distance des enseignants.Dans cette optique, le Comité de pilotagedu Projet L’Éducation des enfants roms enEurope développé par le Conseil de l’Eu-rope, souligne l’importance des retombées,pour l’éducation en général de ce projet :« L’éducation des Roms, dans le contexteeuropéen, doit être reconnue comme lasource d’un renouveau nécessaire dans ledomaine de l’Éducation. Un renouvellementdes approches pédagogiques peut et doitêtre un des effets du Projet, au moment oùl’éducation s’essouffle. »Le marginal devient central. On passed’un exemple de stigmatisation à un mo-dèle de cœxistence. C’est là un change-ment de perspective qu’il convient de souli-gner pour mettre en évidence ce caractèreparadigmatique, utile au développementde la démocratie européenne. Les Romsanticipent un mouvement qui s’amorce etlancent un défi à la gestion de nouveauxespaces, juridiques, sociaux, migratoires.Ils aident à la définition de nouveauxconcepts et à l’ouverture de réflexionsnouvelles. Ils contribuent à la démons-tration que la diversité culturelle est unesource d’enrichissement pour l’ensemblede la société européenne.03Giovanni 1997 – Giovanni 2012.Les deux photos /Both photos © Mathieu Pernot
  8. 8. 15Les Roms, Gitans, Manouches... font par-tie, avec d’autres, d’un vaste ensemblequ’on peut nommer tsigane, ou en anglaisGypsy car il n’y a pas de terme issu de lalangue, le romani, pour désigner l’en-semble de la mosaïque. On peut donc direqu’il y a une légitimité sociologique pourl’emploi du terme Tsiganes qui regroupel’ensemble en respectant sa diversité.Par exemple, la fédération qui regroupeen France plus de trente associations dontchacune est formée de Gitans, Roms, Ma-nouches, etc. a choisi de s’appeler l’UnionFrançaise des Associations Tsiganes.Ici sont employés les termes Roms et Tsi-ganes, qui respectent à la fois la diversitésociale et la volonté politique des intéres-sés.A mosaicRoma and Gypsies are parts of a wholemade up of very diverse communities, whichhave many names: Gypsies, Roma, Manush,Sinti, etc. There are several reasons for thisdiversity. Historically speaking, these groupsleft from India around one thousand yearsago and each travelled to different regionsand continents over centuries, sometimesputting down roots. This led to a wide rangeof linguistic and cultural practices. The waysin which families were treated by their envi-ronment also created differences. Some wereforbidden from speaking their language be-cause of assimilation policies. Others brokeup as a result of slavery, being sent to thegalleys, prohibitions on gatherings, deporta-tions, extermination during the Nazi period,etc.Two images can be used to describe thissocial organisation, which remains strongdespite differences between groups. The firstis the image of a mosaic: each element is ori-ginal, but can only be understood through itsplace in the whole. Isolated parts lose theirmeaning and their absence detracts from thewhole. There is therefore unity in diversity.The second is the image of a kaleidoscope:each element is part of an overall movement,but maintains relations with other elements.The Roma community is the largest Gypsygroup in Europe and the world. At the firstWorld Congress in 1971 bringing togetherRoma, Gypsy, Sinti, Manush, Traveller andother communities, participants agreed topresent themselves as Roma in Europe andworldwide for political and practical reasons,including lobbying. This led to the creation ofthe International Romani Union. It is the-refore legitimate from a political point ofview to use the term Roma to describe thesegroups, while remaining aware of their diver-sity.Roma, Gypsies, Manush and other commu-nities are part of a vast whole that can becalled Tsiganes in French or Gypsies in Engli-sh. There is no term in the Romani languageto describe the entire mosaic. It is thereforelegitimate from a sociological point of view touse the term Gypsy to describe these com-munities, while respecting their diversity. Forexample, for a long time, one of the most im-portant British organisations in this field hasbeen the Gypsy Council. It deals with issuesrelating to Gypsies, Travellers and Roma.Here, we have chosen to use the termsRoma and Gypsies. This respects the poli-tical decisions and social diversity of thoseconcerned.Une mosaïqueLes Roms et Tsiganes forment un en-semble de populations très diversifiées, quise nomment Tsiganes, Roms, Manouches,Gitans, Sintis, etc. Les raisons de cettediversité sont multiples : il s’agit du vécuhistorique qui, à travers des migrationsayant l’Inde comme origine il y a milleans, a amené des groupes à parcourir desrégions et des continents différents, à sefixer parfois, depuis des siècles, ce qui aentraîné une diversification des pratiqueslinguistiques et culturelles. La façon dontles familles ont été traitées par leur envi-ronnement a aussi induit des différences :interdiction de la langue par les politiquesd’assimilation, éclatement des familleslors de périodes d’esclavage, d’envoi dansles galères, d’interdiction de regroupe-ments, de déportations, d’exterminationlors de la période nazie, etc.On peut employer deux images pour fairecomprendre une organisation sociale quireste forte par-delà les différences. D’a-bord l’image d’une mosaïque, qui signifieque chaque élément de l’ensemble est ori-ginal, différent des éléments voisins, maisque chaque élément ne peut être comprisque par sa place dans un ensemble. Iso-lé, on ne le comprend pas et on appauvritl’ensemble. Il y a donc unité dans la diver-sité. La seconde image est celle d’un kaléi-doscope : les éléments bougent dans uneconfiguration d’ensemble, mais les rela-tions entre eux demeurent.Les Roms sont les plus nombreux en Eu-rope et dans le monde. Mais surtout, en1971 lors du premier Congrès mondial, quia réuni des représentants Roms, Gitans,Sintis, Manouches, Voyageurs, etc., il a étédécidé, pour des raisons politiques et pra-tiques, pour faire du lobby, que tous lesgroupes se présenteraient, au niveau euro-péen et mondial, comme faisant partie desRoms, et l’Union romani internationale aété créée. On peut dire qu’il y a une légiti-mité politique pour employer le terme Rompour l’ensemble des groupes, sans oublierqu’il existe une grande diversité.04Mari et femme, 1972 et 2012. Les deux photos /Husband and wife, 1972 and 2012. Both photos© Jean-Pierre Liégeois
  9. 9. 17Cultural dynamicsThe preceding remarks show the widescope of Roma and Gypsy cultural projects.They are not examples of exceptional andcostly support for a marginalised social grouplosing its cultural identity, but a profitableand lasting investment in a dynamic culturalminority, which can be an example for manyothers.Over and above the mosaic image, we shouldspeak of the binding factors that contributeto the unity in this diversity. Each element ofthe society is linked to others by a feeling ofbelonging and shared values. Otherwise, itwould not be possible for there to be lastingsocial and cultural ties. It should be men-tioned that the Roma do not have geogra-phical boundaries or a territory of reference.The binding factors are therefore social andlinguistic, and the borders are psychological.This requires strong values that are flexibleenough to adapt to changing conditions.If we look at the question from a differentangle, how could a cultural group spreadacross the world and face harmful policiesyet continue to exist for over a thousand yearswithout strong solidarity, shared culture anda collective desire for permanence? MostRoma communities do share a culture and afeeling of belonging, which is proof – if suchis required – of their energy and adaptability.This is an example of intangible culturalheritage, the importance of which has beenrecognised by UNESCO and other institu-tions. Roma and Gypsy history is more abouta journey than leaving traces. What emergesis the essence of culture itself, as seen in so-cial relations, language and other practices,as well as aspects perceived by outsiderssuch as music, dance and lifestyles. BecauseGypsy culture is about movement, they do notbuild sites, cities or monuments, unlike otherpeoples. As providers of services to those thatsurround them, they do not leave behind ob-jects that clearly tell their stories. Becausethey have an essentially oral culture, they donot have archives they can call their own.Une dynamique culturelleLes réflexions qui précèdent montrentque les projets culturels roms et tsiganesont une large portée. Ils ne sont pas syno-nymes de soutien dérogatoire et coûteuxà un groupe social marginalisé en voie dedéculturation, mais au contraire, ils sont uninvestissement rentable et durable auprèsd’une minorité culturelle dynamique, ca-pable d’être un exemple pour beaucoupd’autres.Au-delà de l’image de la mosaïque, il con-vient de mentionner les liants qui parti-cipent à l’unité dans la diversité. Chaqueélément de la société est lié aux autres, parun sentiment d’appartenance commune,par le respect de valeurs partagées, sinonil n’y aurait pas d’existence ni de perma-nence sociales et culturelles possibles. Ilfaut rappeler que les Roms n’ont pas defrontières géographiques, de territoire deréférence. Les déterminants sont sociauxet linguistiques, et les frontières psycho-logiques. Il y a donc nécessité de valeursfortes, dans une flexibilité qui permet uneadaptation nécessaire face à des circons-tances d’existence changeantes.En prenant la question autrement, si lasolidarité, le partage culturel, une volon-té collective de permanence n’étaient pasassez forts, comment un tel ensembleculturel qui s’inscrit dans mille ans d’his-toire aurait pu exister, par-delà une disper-sion dans le monde entier, et malgré lespolitiques négatives menées à son égard ?Or la quasi totalité des groupes ont en par-tage une culture et un sentiment d’appar-tenance, preuve s’il en était besoin de leurdynamisme et de leur adaptabilité.Nous sommes dans le domaine d’uneculture immatérielle, dont l’importance estreconnue par l’Unesco et d’autres institu-tions. L’histoire des Roms et Tsiganes estfaite de parcours plus que de traces, etce qui en émerge est l’essence-même duculturel, à travers les relations sociales, lalangue et d’autres pratiques, et à travers cequ’en perçoivent de l’extérieur les autres,comme la musique, la danse, un style devie. Par le fait que les Tsiganes portentune culture du mouvement, ils n’ont pas,comme d’autres communautés, été desbâtisseurs de sites, de cités ou de monu-ments ; ils n’ont guère non plus, en tantque prestataires de services pour ceux quiles entourent, laissé derrière eux des pro-duits permettant aisément de retracer unehistoire, ni même, en tant que culture d’ex-pression essentiellement orale jusqu’à nosjours, d’archives qui soient les leurs.05Portrait de femme, 1968 et 2012. Les deux photos /Portrait of a woman, 1968 and 2012. Both photos© Jean-Pierre Liégeois
  10. 10. 18Portrait de femme, 1972 et 2012. Les deux photos /Portrait of a woman, 1972 and 2012. Both photos© Jean-Pierre LiégeoisLa culture pour la survieLa majeure partie de la population romest en situation de détresse face auxquestions fondamentales de l´existence.La survie au jour le jour est devenue uneculture de la vie tout court. Alors il ne fautpas s´étonner si, du moins dans la repré-sentation intellectuelle, parfois politique,nous sentons chez les Roms souvent uneréticence, voire un refus à se positionnerd´une manière non équivoque par rapportà la culture, au culturel. Bien sûr, le clichéromantique du Tsigane artiste a fait sontemps, et ne peut plus servir de référenceà un discours intellectuel un tant soit peucohérent. Mais il y aussi, et dans plus d´uncas, une distance, sinon un rejet de sespropres origines sociales.Qu´en est-il sur le terrain ? En nous ré-férant aux localités fréquentées au coursde nos tournées (camps des migrants romsroumains de la région parisienne, terrainsdes gens du voyage à travers la France, vil-lages roms en Roumanie) et bien sûr, aveccomme référence quotidienne les osadaslovaques, où vivent tous les enfants et lesjeunes des Kesaj Tchave, nous ne pouvonsque constater que la culture est vitale, fon-damentale, ce « quelque chose » qui restequand il n´y a plus rien, et en ces endroits,c´est le constat de l´évidence, il n´y a plusrien...Surviving through cultureMost of the Roma population is sufferingwith respect to issues of basic existence. Sur-vival on a daily basis has become a culture initself. As a result, it is not surprising, at leastin intellectual and sometimes political repre-sentations, that the Roma appear reticent orrefuse to adopt clear positions on culture orcultural issues. The romantic vision of theGypsy artist has had its day. It can no longerbe used as a reference in intellectual dis-course that seeks to be coherent. However, inseveral cases, Roma and Gypsy groups havecreated distance from or rejected their ownsocial origins.What is the situation in the field? Our vi-sion is based on the places we visit on ourtours (camps of Romanian Roma migrants inthe Paris region, Traveller sites throughoutFrance and Roma villages in Romania), aswell as Slovak osadas (Gypsy settlements)where the children in Kesaj Tchave live. Thisexperience has shown us that culture is vi-tal and fundamental – what remains whennothing else remains. This is the obviousconclusion when visiting these places – thatnothing else remains.Whether we are talking manele – critic-ised by purist fans of real, true Romanianfolklore – or Slovak rom-pop – ridiculed by allself-respecting Slovakian musicians – thesesupposedly simple ways of creating musicare a form of popular culture in every senseof the term. For all those living in dilapidatedcaravans or osadas, playing this music athigh volume is a form of sustenance for themind and for the soul. Without this suste-nance, it would be impossible to survive –especially when the battle to survive takesplace every day.Yes, culture – music and dance – is the pieceof wood we cling to when the ship sinks. It’sthe song we sing as we leave for the front. It’swhat helps us live and exist. In the Gypsy uni-verse to which the children of Kesaj Tchavebelong, this is a big help as they wait for bet-ter days – when they will have finished school,high school or university. All this is possiblebecause, after ten years on stage, membersof Kesaj Tchave have opened a Roma school.If we manage to hold on, resist and survive,we will go to university, even if we do comefrom osadas, colonies or shantytowns andeven if we do get there through music.This text was written for the brochure by Kesaj Tchave, aRoma music and dance group made up of children and youngpeople from Slovakia. The group will take part in severalperformances as part of the European Capital of Cultureprogramme.Alors que ce soit le manélé, décrié parles puristes, adorateurs du seul, vrai folk-lore roumain, que ce soit le disco-romslovaque, risée de tout musicien sérieuxslovaque, ces courants, ou disons juste cesmanières soi-disant simplistes de faire dela musique de consommation, eh bien pourtous ceux qui les vivent au fond de leurscaravanes délabrées éparpillées au jourle jour, qui les écoutent dans nos osadas,à grand renfort de décibels débridés, c´estune culture populaire dans tous les sensdu terme, et en premier lieu, dans le sensde la nourriture non seulement de l´es-prit, mais aussi celle de l´âme, nourrituresans laquelle il ne serait pas possible desurvivre, même, et avant tout, quand on sebat pour survivre tout simplement, au jourle jour.Oui, la culture, la musique, la danse, estce brin de paille auquel on se raccrochequand on coule, c´est la mélodie du départau front, c´est ce qui nous fait vivre, exister,et dans l´univers tsigane, qui est celui desgosses de Kesaj Tchave, cela aide énormé-ment, au jour le jour. En attendant les joursmeilleurs lorsqu´ils auront fini l´école, lelycée, la fac... tout cela est envisageablepuisquau terme de plus de dix ans descène, les Kesaj Tchave, nous avons ouvertun collège rom, et si nous arrivons à durer,à résister, à survivre, eh bien nous ironsjusqu´à l´université, même en sortant del´osada, de la colonie, du bidonville, etmême si c´est en musique, s´il vous plaît...Texte rédigé pour cette brochure par Kesaj tchavé,groupede musique et de danses roms formé de jeunes et den-fants issus de bidonvilles de Slovaquie. Le groupe est pro-grammé à plusieurs reprises dans le cadre de la Capitaleeuropéenne de la Culture.
  11. 11. 21Dealing with stereotypesThe prejudices and stereotypes held aboutthe Roma people are of primary importancebecause they play a key role in determiningthe attitudes and behaviour that Roma face.These views are the most influential and of-ten the only vector of knowledge linking thisgroup to their environment. People knowof the Roma: when asked, they are able toexpress opinions – generally categorical –about the community. However, the Romaalso face ignorance, because their reality ishidden behind a fiction.Opinion polls show that stereotypes centralto representations of Roma are omnipresent.There is the constant and repulsive carica-ture of the threatening nomad or migrant,or the ambiguous and sometime attractivemyth of the Gypsy of folklore. Gypsies areappreciated when bordering on the mythical.They are seen as artists who live life withoutconstraints – a symbol of freedom. They areaccepted in established fields to do with folk-lore or performance: music, dance, circus,song or living in caravans. Good Gypsies arethose who, as myths, do not exist. There istherefore little risk in giving them attractivequalities.For hundreds of years, this set of imageshas formed a collection of fixed represen-tations, where everyone can find somethingto justify their positions or actions. In thisway, the Roma environment has developedover the centuries to highlight the group’sotherness, based on stereotypes. Romaare never defined as they are, but how theyshould be for political reasons. This imagehas many components. It is composite, poly-morphous, adaptable and hard to grasp. Du-ring times of personal or social difficulties,conflicts or crises, elements of this image areused to designate scapegoats.Today, the Roma want to ensure that thisenvironment is not used to construct or in-fer a unilaterally developed and temporaryidentity based on political eventualities orneeds. However, the implementation of newmeasures, including against discrimination,clashes with the existing system of repre-sentations. For there to be respect, thesecenturies-old representations blocking un-derstanding and communication betweenthe Roma and their environment need to bedeconstructed.Le poids des stéréotypesLes représentations à base de préjugéset stéréotypes que se font des Roms ceuxqui les entourent sont de la premièreimportance : ce sont elles qui pour unebonne part déterminent les attitudes et lescomportements à leur égard. Ces repré-sentations sont le vecteur de connaissancele plus influent, souvent le seul, entre lesRoms et leur environnement. Les Roms nesont pas des inconnus : n’importe quellepersonne interrogée exprime une opinion,souvent catégorique, sur eux. En fait, ilssont méconnus, car la réalité est largementrecouverte par l’imaginaire.Les enquêtes d’opinion montrent que lesstéréotypes qui forment le noyau desreprésentations sont omniprésents, cari-cature constante et répulsive du nomadeou du migrant menaçant, mêlée au mytheambigu, quelquefois attirant, du Tsiganede folklore. Le Tsigane est apprécié quandil confine au mythe : il est artiste et mèneune vie sans contraintes, symbole de laliberté, accepté s’il est situé dans unemarge connue qui est celle du folklore oudu spectacle : musique et danse, cirque,chanson, vie en roulotte. Le Tsigane valo-risé est celui, mythique, qui n’existe pas. Ilest donc peu risqué de le créditer de quali-tés attractives.Depuis des siècles, cet ensemble d’ima-ges a constitué un réservoir de repré-sentations sédimentées, dans lequel cha-cun trouve de quoi alimenter son discourset de quoi justifier son action. C’est ainsiqu’au cours des siècles, l’environnementdes Roms n’a pas cessé de construire leuraltérité, fondée sur des stéréotypes, etque le Rom n’est jamais défini tel qu’il est,mais tel qu’il est nécessaire qu’il soit pourdes raisons politiques. L’image possèdede multiples facettes, elle est composite,polymorphe et adaptable, difficilement sai-sissable. En période de difficultés person-nelles ou sociales, de conflits, de crise, deséléments en sont saisis pour désigner lesboucs émissaires qui serviront d’exutoire.Les Roms veulent éviter le risque qu’au-jourd’hui le même environnement cons-truise ou induise de l’extérieur, et de façonunilatérale, une identité conjoncturelle liéeà ses propres contingences et à ses propresbesoins politiques. Mais la mise en placede nouvelles mesures, par exemple delutte contre la discrimination, se heurte ausystème des représentations. Pour qu’unrespect puisse se confirmer, il est indis-pensable que soient décristallisées cesreprésentations séculaires qui bloquenttoute compréhension et perturbent toutecommunication entre les Roms et leurenvironnement.06Père et fils. À la recherche des ancêtres, 1972 et2012. Lensemble des photos / Father and son. Insearch of ancestors, 1972 and 2012. All photos© Jean-Pierre Liégeois
  12. 12. 23The self and othersThe analysis of imagery teaches us a greatdeal about the beliefs of its authors, but not alot about their object. Gypsies hold up mirrorsto those who look at, but do not see, them. Allthat they expose to view is a reflective sur-face, which bounces back whatever is alreadyin the eye of the beholder. The image of thestranger, and of the strange, reconstructedin every era, is an illustrative anti-model ex-posing the tensions of those constructing it,by giving form to the “opposite” of the groupwhich projects the image in order to exorciseit, which needs a counterbalance in order tostand upright. Hence the reflective nature ofthe preoccupations of any given period.But the objects of this imagery are not un-aware of it. This is a two-way mirror, throughwhich the other’s gaze passes. Playing atappearances, which Gypsies do in order todemarcate themselves from each other andfrom surrounding society, can become a trapfrom which it is impossible to escape. On-going contact at close quarters (with thoseliving near shanty towns or caravan sites,school staff or business people, for example)accentuates the weight of the image for thoseburdened with it. Between the swarthy vaga-bond and the operetta Gypsy, there is littleroom for reality. Legislation, the media, ad-ministrators, police, peasant and city-dwellercombine to weave a web of words entanglingthe Gypsy just as attitudes towards him do. Itbecomes easier to simply give in to expecta-tions than to fight them: people objectivisedin this way run the risk of acting exactly asthose around them insist that they will, andof becoming what they are assumed to be.And so reality sometimes dissolves under thepressure of appearances.Roma do not dare to declare themselvesRoma. They have had to adopt a strategy ofinvisibility, which was a condition for survivalover the centuries. This has had psychologi-cal and cultural consequences – a permanentrejection of their culture with devastating ef-fects.In this suffocating environment, any actiondeveloped by Gypsies to adapt to their envi-ronment requires considerable efforts to beappreciated or even accepted. As the proverbsays, “If a Roma wants to achieve the sameresult as a non-Roma, he has to work onehundred and twenty times harder.”Soi et les autresAu bout du compte, l’analyse de l’imageest pleine d’enseignements sur l’imagi-naire de ceux qui en sont les auteurs, maisn’apprend rien sur ceux qui en sont lesobjets. Les Tsiganes promènent un miroirdevant ceux qui les regardent sans les voir.Ce qui est donné à voir n’est que surfaceréfléchissante dans laquelle se mirent lesregards extérieurs. L’image de l’étrangeret de l’étrange construite à chaque époqueoffre l’illustration d’un contretype révéla-teur des tensions de ceux qui l’élaborent,elle met en exergue le contraire du groupequi la projette pour l’exorciser, qui a besoinde s’opposer pour se poser, d’où cet effetde reflet des préoccupations d’un temps.Mais les objets de l’image n’y sont pasinsensibles. Le miroir est sans tain et laissepasser le regard de l’autre. Le paraître quis’exprime, dont les Tsiganes doivent jouervis-à-vis de l’entourage, peut devenir unpiège quand le recul n’est plus possible.Les situations de proximité, vis-à-vis desriverains d’un bidonville ou d’un terrain oùsont installées des caravanes, ou encoredans le contexte scolaire ou lors de rela-tions commerciales, en resserrant lescontacts, peuvent accentuer le poids del’image pour celui qui la porte. Sa réalitémanque de place entre le nomade mena-çant et le Tsigane d’opérette. Les textes deloi, les textes de presse, l’administrateuret le policier, le citadin ou le rural tissentun discours qui enferme celui qui en estl’objet, comme l’enferment les attitudes àson égard. Se conformer aux attentes desautres devient plus aisé que de lutter, et lespersonnes ainsi objectivées risquent de secomporter comme ceux qui les entourentpensent qu’elles doivent se comporter, pardevenir ce que l’on pense qu’elles sont.Ainsi l’être tend-il parfois à se fondre dansle paraître.Les Roms n’osent pas se proclamerRoms et ont dû s’inscrire dans une straté-gie d’invisibilité qui fut au cours des sièclesune condition de survie. Les conséquencesen sont psychologiques, mais aussi cultu-relles – un déni de culture permanent quifinit par être destructeur.Dans cet univers étouffant, toute actiondéveloppée par les Tsiganes pour s’adap-ter à leur environnement nécessite la miseen œuvre d’efforts considérables, pourparvenir à être appréciée, ou tout simple-ment acceptée. Comme le dit un proverbe :« si un Rom veut parvenir au même résultatqu’un non-Rom, il doit pour cela travaillercent vingt fois plus que le non-Rom ».07Manitas de Plata, guitariste gitan, 1971. MatéoMaximoff, écrivain rom, 1972. Torino Zigler, peintremanouche, 1971. Les trois photos / Manitas de Plata,Gypsy guitarist, 1971. Matéo Maximoff, Roma author,1972. Torino Zigler, Manush painter, 1971. All threephotos © Jean-Pierre Liégeois
  13. 13. ENCART 2NOTRE PREMIÈRE REPRÉSENTATION24© Laurence JannerNotre premièrereprésentationJallais trouver le directeur de lécolepour lui demander de nous prêter uneclasse. Il biaisait, il cherchait des pré-textes, il ne voulait pas sengager. Puis illâcha : « Si tu me donnes la garantie quevous ne casserez rien, que vous nabîme-rez rien et que vous ne volerez rien... »Mon sang tsigane était sur le point debouillir, mais je me ressaisis. (...) Un soiron venait de terminer et on sapprêtait àrentrer chez nous lorsque le directeur sex-tirpa de derrière le poêle. « Merci, cama-rade Lacková, » dit-il, « jai vécu grâce àvous un très beau moment. » Il était émuet serra la main à tout le monde. Depuislors, il ma toujours vouvoyée. Ce nest pastout, il entreprit lui-même de nous aider.Il nous donna du papier, il nous prêta despeintures, il nous prêta aussi linstituteurpour peindre des affiches : « Le Camp tsi-gane en flammes – une pièce dIlona Lac-ková, théâtre tsigane. » On parcourut toutle village avec cette affiche, en chantantnos chansons tsiganes. Les paysans sor-taient de leurs cours et hochaient la tête :« Les Tsiganes vont jouer du théâtre ! Lemonde na jamais vu ça ! »Our first performanceI went to see [the school director] and ex-plained what the situation was, and asked himto lend us a classroom. He winced and madeexcuses; he didn’t want to. Finally he said: “Ifyou guarantee me that you won’t break any-thing, damage anything or steal anything…”Inside me, my Gypsy blood started to boil, butI got a hold of myself […] Once when we’d fi-nished and were ready to go home, the schooldirector crept out from behind the stove.“Thank you, comrade Lacko, you’ve given mea beautiful experience to remember.” He hadbeen moved by our performance, shook eachof our hands, and from that day on used theformal pronoun with me. And not only that– he even began to help us. He gave us pa-per, lent us paint along with a teacher, whopainted signs for us: “The Burning GypsyCamp – a play by Elena Lacko, a Gypsy thea-trical presentation.” With these posters inhand, we walked through the village singingRomani songs. The peasants came walkingout of their yards and shook their heads: “TheGypsies are going to put on a play! Will won-ders never cease!”We had our first performance in Šariš inthe hall of culture. That afternoon Romastarted coming in from Prešov, Stulan, Sabi-nov, and all the surrounding villages. An hourbefore the presentation the hall was packedso full you couldn’t breathe. Only now did thegadže [non-Roma] start to arrive. Our peoplestood up and made room for them. First in thefront rows, then in the ones behind it, and soon until all the chairs were occupied by pea-sant farmers. The Roma stood underneaththe windows, in the aisles, and behind thestage. […]In the second act, when they kill the oldman, Mika, and his daughter Angela criesout, “Dear father, don’t die!” there wasn’t adry eye in the house. Even the peasants who’djoined the Hlinka Guards during the war werewiping their tears away. Only the parish priestwas dissatisfied. He had a message sent tome that after the times changed, there wouldbe people who’d settle scores with me.After the presentation there was greatapplause. The actors applauded as well,because they didn’t know what they weresupposed to do. They didn’t know they weresupposed to bow. Then the audience calledme to the stage. I made a short speech. Thefirst speech I‘d made in my whole life. I saidthat we were human beings like anyone else,and that we wanted to live like human beings.Then we sang the “Gypsy wail.” The audienceapplauded so much I can’t even tell you. Andfor the first time in my life I felt that the gadžewere looking at us like people.Excerpt from Ilona Lacková’s book A False Dawn: My Lifeas a Gypsy Woman in Slovakia, Interface Collection, GypsyResearch Centre, Université René Descartes – University ofHertfordshire Press, Hertfordshire, 1999.Notre première représentation eut lieudans la salle des fêtes de Šariš. Dès laprès-midi, on vit arriver des Roms de Prešov,de Stulany, de Sabikov et de tous les vil-lages aux alentours. Une heure avant lespectacle, la salle était déjà pleine à cra-quer. Ce fut alors au tour des gadjé (non-Roms) daffluer. Nos gens se levèrent pourleur céder leurs places. Tout dabord auxpremiers rangs, puis progressivement derangée en rangée jusquà ce que toutes leschaises fussent occupées par des paysans.Les Roms se tenaient debout dans les al-lées, derrière la scène, sous les fenêtres.(...) Quand, au deuxième acte, le vieuxMika fut assassiné et que sa fille Ange-la sécria : « Père, ne meurs pas ! », toutela salle sanglotait. Même les paysans quiavaient rejoint la Garde pendant la guerreavaient lœil humide. Seul le curé nétaitpas content. Il ma laissé entendre quequand le pays aura changé de camp, il y ades gens qui me le feront payer.À la fin du spectacle, il y eut un formi-dable applaudissement. Les acteurs applau-dissaient aussi parce quils ne savaient pasce quils devaient faire. Ils ignoraient quilleur fallait saluer. Puis les spectateursmappelèrent sur scène. Je fis un petit dis-cours. Le premier discours de ma vie. Jedis que nous étions des gens comme lesautres et que nous voulions vivre commeles autres. Puis on entonna le Pleur tsi-gane. Les spectateurs applaudissaient àtout rompre, cétait indescriptible. Et pourla première fois de ma vie, je sentis que lesgadgé nous considéraient comme des gensnormaux.Extrait du livre de Ilona Lacková, Je suis née sous unebonne étoile..., Collection Interface, Centre de recherchestsiganes, Université Paris-Descartes - Éditions LHarmat-tan, Paris, 2000.
  14. 14. 27More than folkloreThe public often expects Roma and Gyp-sies to engage in certain forms of artistic ex-pression. For the reasons mentioned above,the artists tend to satisfy the public’s expec-tations in this respect. Here, artistic creationshould not be confused with an often folkloricveneer. The public and observers can mis-take this veneer for what it protects, withoutlooking beneath, when really it is a defenceagainst an uncertain environment. Risk existsand it is important to take this into accountwhen programming activities. However, it canbe minimised by directly involving Roma. Thisgrowing involvement makes it possible topresent a new view of the situation, which isless influenced by outsiders and takes a moreoriginal approach to the issue.There is still a major lack of knowledgeconcerning the Roma and artistic activities,which are seen in a positive light, lead to morerecognition and respect. Art is a vector or in-terface encouraging mutual understandingbetween different population groups. Usingart to further understanding is an excellentoption, and contemporary Roma creation iscrying out for more more visibility.In addition, artistic activities make it pos-sible to move away from the field of socialassistance and towards the field of culturaldevelopment. This means taking a step backfrom a sordid or problematic view of Gypsycommunities and giving them the positiverecognition they have the right to expect. Inan intolerant environment, these activitieshelp further reflection and actions that provi-de hope for the future. They make it possibleto think in terms of progress rather than interms of problems. Most programmes targe-ting Roma in Europe as a whole and in everystate are “reactive” and seek to address dif-ficult issues such as employment, accom-modation, health and education. Promotingcultural activities is a “proactive” initiative,creating a vital force and a resource encou-raging integration. For Gypsies themselves, itis an opportunity to promote their culture andtake pride in this culture, which is importantfrom a symbolic point of view.Au-delà du folkloreSouvent le public attend des Roms et Tsi-ganes un certain type d’expression artis-tique, et les artistes, pour les raisonsévoquées précédemment, peuvent avoirtendance à répondre aux attentes que lepublic entretient à leur égard. Il ne fautpas confondre la création artistique avecun vernis souvent folkloristique. Le publicet les observateurs peuvent prendre le ver-nis pour ce qu’il protège, sans aller voir cequ’il y a dessous, alors que le vernis n’estqu’une protection face à un environnementincertain. Le risque existe et il est impor-tant d’y être attentif au moment de la pro-grammation des activités, mais il peut êtreaujourd’hui relativisé par la participationdirecte des Roms, qui s’affirme et per-met de présenter une nouvelle vision deschoses, moins influencée de l’extérieur,et sortant des chemins balisés par desattentes contraignantes.Il existe encore un déficit profond enmatière de connaissance des Roms et lesactivités artistiques, auxquelles se rattacheune image positive, permettent une meil-leure reconnaissance et, au-delà, un res-pect consolidé. L’art est un vecteur ou uneinterface de compréhension mutuelle entrediverses parties de la population. Utiliserl’art pour mieux faire connaître est une voieprivilégiée, et la création artistique romcontemporaine ne demande qu’à s’expri-mer davantage.Par ailleurs, les activités artistiques per-mettent de se dégager du champ de l’assis-tance sociale pour se situer dans celui dudéveloppement culturel, de se démarquerd’une vision misérabiliste ou probléma-tique des communautés tsiganes, pour lescréditer des dynamismes et de la recon-naissance positive auxquels elles sont endroit de prétendre. Dans un univers faitd’intolérance, elles ouvrent une réflexionet une action en termes porteurs d’espoir.Elles permettent de raisonner en termesde progrès plutôt qu’en termes de pro-blèmes. Alors que la quasi totalité des pro-grammes concernant les Roms en Europeet dans les différents États sont de typeréactif, visant à améliorer une situation dif-ficile en matière d’emploi, de logement, desanté, d’éducation, la promotion d’activi-tés culturelles se présente comme de type«proactif», comme force vitale et ressourced’intégration. Elle est également, pour lesTsiganes eux-mêmes, un vecteur porteurde valorisation de leur culture, synonymede fierté d’appartenir à cette culture,action à haute valeur symbolique.08© Éric Roset
  15. 15. 29An educational approachInformation is an important factor in pre-venting conflicts between societies. It allowsus to move from objections on principle toa better understanding of differences. Euro-pean Capital of Culture activities must makeit possible to move beyond the prejudices andstereotypes that affect forms of cultural ex-pression by Roma and Gypsies.Stereotypes are learned. It is thereforepossible for them to be learned in differentways, especially by young people. However,care must be taken when new knowledgeconflicts with strong prejudices. Instead ofputting into perspective, modifying and de-constructing stereotypes, new knowledge canbe reinterpreted to fit old stereotypes.The importance of navigating this narrowand uncertain path as part of an interculturaleducational initiative should therefore be un-derlined. It is essential to develop appropriateinformation.This is a world of navigation by hypertext,the association of unsorted data and theinflation of information, in which it is increa-singly impossible to organise ideas and facts,or even evaluate their validity, relevance, ac-curacy and reality. We know how to sell ideasand images like any other product. Today’smeans of communication focus on visibility –a fashionable term that is rarely a synonymfor legibility or understanding.It is therefore necessary, if we do not wishto be taken in, to be able to evaluate state-ments in the light of acquired references,to know how to transform information intoknowledge and to make legible that which ismerely visible. This increases our chances ofdeveloping suitable activities that are basedon elements of analysis.Although briefly described, all of the aboveconsiderations are extremely important. Theydefine the 2013 Roma programme:- A centuries-old presence surrounded byother communities.- An intense multicultural experience.- Policies of denial.- A dynamic culture, language and social or-ganisation, which have resisted erosion forhundreds of years.- Stereotypes anchored in mentalities, lea-ding to profound misunderstandings betweencommunities that rub shoulders with eachother but are unable to appreciate, let aloneunderstand, each other.Une démarche éducativeDans les rapports entre sociétés, l’infor-mation est un important facteur de préven-tion des conflits. Elle permet de transfor-mer des oppositions de principe en diffé-rences mieux comprises. Les actions de laCapitale européenne de la culture doiventpermettre de dépasser les préjugés etstéréotypes qui existent dans le domainede l’expression culturelle des Roms et Tsi-ganes.Il y a un apprentissage des stéréotypes,et donc des apprentissages différents sontpossibles, surtout chez les jeunes. On doitcependant rester prudent, quand on saitque l’apport de connaissances nouvellesvient se heurter à des préjugés très forts,et que cet apport, au lieu de relativiser, demodifier, de déstructurer les stéréotypes,est au contraire réinterprété par ces der-niers.Il convient donc de souligner l’importancede suivre cette voie étroite et pleine d’aléasdans une démarche éducative et dans uneperspective interculturelle, et soulignerl’importance du développement d’une infor-mation qualifiée.Dans le monde de la circulation hyper-textuelle, d’association de données non hié-rarchisées, d’inflation de l’information, on ade moins en moins la possibilité d’organi-ser les idées et les faits, ou tout simplementd’en mesurer la validité, la pertinence, lafiabilité, ou même la simple réalité. On saitvendre des idées et des images commen’importe quel autre produit. La communi-cation par les moyens actuels met l’accentsur la visibilité, autre terme de mode, maiselle n’est que rarement synonyme de lisibi-lité et de compréhension.Il est donc nécessaire, si l’on ne veut passe laisser abuser, de pouvoir mesurer cer-taines propositions à l’aune de référencesacquises, de savoir transformer l’infor-mation en connaissance, de rendre lisiblece qui n’est que visible. Cela renforceles chances de développer des activitésadaptées s’appuyant sur des éléments deréflexion.L’ensemble des considérations qui pré-cèdent, dont la brièveté ne doit pas mini-miser l’importance, définissent le profil del’année 2013 concernant les Roms :- une présence séculaire en immersionparmi d’autres communautés ;- un vécu multiculturel intense ;- des politiques de négation ;- une culture, une langue, une organisationsociale, présentes et dynamiques, ayantrésisté pendant des siècles à plusieursformes d’érosion ;- des stéréotypes ancrés dans les menta-lités, menant à une incompréhension pro-fonde entre des communautés qui secôtoient sans être en mesure de s’appré-cier et a fortiori de se comprendre.09© Jean-Pierre Liégeois
  16. 16. ENCART 3DE GÉNÉRATION EN GÉNÉRATION...30© Laurent MaloneDe générationen générationMoi, je me souviens de cette époque-làoù on était enfant, pour moi, c’était un régalparce que j’aimais bien ça, l’été quand il fai-sait chaud, on se mettait ensemble sur ledevant de la porte, on était à plusieurs etles plus anciens nous racontaient des his-toires. Et tu nentendais pas une mouchevoler tellement on était tous attentifs.Bon, c’est vrai que le temps s’y prêtait,y’avait pas d’internet, comme maintenant,y’avait pas d’ordinateur, y’avait pas de télénon plus, alors ça fait que, comment dire,y’avait plus de rapprochement des uns,des autres, tu vois, ça nous laissait plus letemps de nous côtoyer. Ils nous racontaientsouvent des anecdotes de leur vie à eux,et puis ils nous racontaient des histoiresqu’eux-mêmes avaient entendu de leursparents, voilà, et puis, ça sest répété degénération en génération.Est-ce que vous, vous avez raconté deshistoires à vos enfants ?Quelques-unes, en tous les cas mes petitesfilles, quand elles sont toutes petites, parceque les grandes, elles sont plus tellementattentives maintenant, elles ont autrechose à faire, mais les petites, elles medemandent, souvent, souvent, les pluspetites, de leur raconter, mais après, quandelles prennent un certain âge, après c’estfini, elles sont attirées par d’autres chosesplus modernes quoi. (...)Entre une journée que vous passiez à votreépoque et une journée que passent lesjeunes filles aujourd’hui, qu’est-ce qui estdifférent ?Ben, cest-à-dire que maintenant, avecl’évolution du temps, admettons, une fille,avant, elle n’avait pas de portable, ça luivenait même pas à l’idée d’en avoir un,parce que c’était pas l’époque. Tandis quemaintenant, bon, ça a commencé peut-être par quelqu’un puis après, commentdire, de notre temps à nous, on apprenaitles choses qui nous intéressaient, qu’onvoyait sur les plus aînées ou sur la mêmegénération parce que dans ma générationà moi, ce que moi je faisais, presque toutesles filles faisaient pareil. Tandis que main-tenant y’a les portables, y’a la télévision,y’a les ordinateurs, alors ça fait que voilà,de notre temps à nous, on avait des loisirs,moi j’aimais bien lire. Alors ce que je fai-sais quand j’avais du temps libre parce quej’aimais bien être tranquille, je prenais unbouquin et je lisais. Je passais des heuresà lire, ça me plaisait beaucoup la lecture.Voilà, mais maintenant, c’est plus pareilles jeunes de maintenant, ils ont d’autresloisirs.Témoignage de Jacqueline, 66 ans, collecté par une jeunefille lors du projet Partage de mémoires gitanes. Ce projetdu Museon Arlaten, musée départemental d’ethnogra-phie, assisté de l’association Petit à Petit, a pour objectifd’initier des jeunes et des femmes, Gitans et non-Gitans,à la collecte ethnographique. Participatif, ce projet a étéanimé, tout au long des deux années de médiation cultu-relle, par un comité de concertation composé de repré-sentants des établissements scolaires, du musée, duCNRS ou encore du milieu associatif, mais également dela communauté gitane. L’ensemble du projet est à retrou-ver sur www.museonarlaten.fr, rubrique « la rénovation ».From generation to generationI remember when we were children, for meit was fantastic because I loved it in summerwhen it was warm and a group of us sat onthe front steps and the elders told us stories.You could hear a pin drop, we were so quiet.It’s true that it was the right time for it – theinternet didn’t exist like it does today, thereweren’t any computers, there was no TV. So,how shall I put it, that meant we were closerto each other, we had more time to spendwith each other. They often told us thingsabout their lives, and they told us stories thatthey had heard from their parents, and so itwent, from generation to generation.And did you tell stories to your children?A few, to my granddaughters at least, whenthey were very small, because the big girls,they don’t listen as much anymore, they haveother things to do. The smaller girls, theyoften ask me to tell them things, but thenwhen they get a bit older, then it’s finished,they start being interested in more modernthings (…).What’s different between a day in your lifeback then and a day in young girls’ lives to-day?Well, now, times have changed. For example,before, a girl didn’t have a mobile phone, shedidn’t even think about having one, becausetimes were different. Whereas now, well, per-haps one person got one, then it continued.Back in my day, we learned about thingswe were interested in that we saw from theelders or other people from our generationbecause in my generation, what I did, practi-cally all the other girls did too. Now there aremobile phones, the television and computers,but in my time we had leisure activities. I likedreading. So when I had free time, I took a bookand I read because I liked being peaceful. Ispent hours reading, I loved reading. Thingsaren’t the same anymore because youngpeople have other leisure activities.Jacqueline, 66 years old. Statement collected by a young girlas part of the Partage de mémoires gitanes (sharing Gypsymemories) project. This project, run by the Museon Arlaten,a regional ethnological museum, with assistance from thePetit à Petit association, aims to introduce women and youngpeople (whether Gypsies or non-Gypsies) to ethnologicalfieldwork. This participative project was run over a two-yearcultural outreach period by a consultative committee madeup of representatives from schools, the museum, the CNRS,non-profit organisations and Gypsy communities. For more in-formation on the project, please visit www.museonarlaten.fr,under the “renovation” heading (website in French).
  17. 17. 33Cette valorisation de l’expression cultu-relle permet d’entrer dans une dynamiquede construction identitaire choisie par lesintéressés et non plus subie. Un événementcomme celui de Capitale européenne de laculture est à même de donner une visibilitéà des dynamiques de création qui n’en bé-néficient que rarement, à leur donner unereconnaissance et une légitimité, à créditerles Roms et Tsiganes de valeurs culturellesqui ne leur sont généralement pas recon-nues.L’histoire de négation subie au cours dessiècles a fini par leur inculquer le senti-ment de vivre et de présenter une cultureillégitime. Marseille-Provence 2013 agitcomme un catalyseur permettant aux ac-teurs culturels roms et tsiganes de dépas-ser les craintes qu’ils éprouvent quand ils’agit de se rendre visibles et de s’exposeraux regards d’un environnement mena-çant.Culture and societyCulture is fundamental. As stated by Fede-rico Mayor Zaragoza, formerly Director-Ge-neral of UNESCO, “Culture was the flower. Itbecame the tree. Now it is the fruit. Yester-day, it was a simple ornament; today it is thefoundation and the substance of the humanexperience. We thought it was an accesso-ry, we have discovered that it is the heartof the essential. This is why we need a newapproach to development, that finally givesculture its rightful place.”The seriousness of different acts, mentionedin this document, makes it impossible to for-get the terrible situation facing Gypsy com-munities in many areas throughout Europe.However, these areas are also birthplaces forsome of the most important cultural projects.This is evidence that, even in the most serioussituations, culture is a point of reference,a source of dynamism and a vector for hope.The idea is to support an initiative promo-ting the culture of a community that haswaited for this initiative for centuries. This iswhat being a European Capital of Culture isall about: providing an opportunity for cultu-ral recognition, respect and development;encouraging mutual understanding betweencommunities that are too often in conflict;and playing a role in improving the situation.In doing so, Marseille-Provence 2013 is hel-ping a culture that is part of our shared he-ritage take its place in the European context,and encouraging discussion by strengtheningintercultural dialogue on a European scale.Art clearly becomes a vector for mutual un-derstanding between different populationgroups.Promoting cultural expression is a way ofengaging in an identity construction processthat communities have chosen rather thanbeen subjected to. An event like the EuropeanCapital of Culture is able to give visibility, re-cognition and legitimacy to creative processesthat rarely benefit from this, and credit Romaand Gypsies with cultural values that they aregenerally not recognised as having.Roma and Gypsies have been subjectedto a history of denial, which has made themfeel their culture is illegitimate. Mars-eille-Provence 2013 is a catalyst, which willallow Roma and Gypsy cultural organisationsto overcome the fears they feel when por-traying themselves before a threatening en-vironment.La culture et la sociétéLa référence à la culture est fondamen-tale. Comme le rappelait Federico MayorZaragoza, alors Directeur général del’Unesco, « La culture était la fleur. Elleest devenue l’arbre. Elle est désormais lefruit. Hier encore simple ornement, elleest aujourd’hui le fond et la substance del’aventure humaine. On la prenait pour l’ac-cessoire, il s’avère qu’elle est sans doute aucœur de l’essentiel. D’où la nécessité d’unenouvelle approche du développement, quidonne enfin à la culture sa place détermi-nante ».La gravité de certains faits, évoqués dansces pages, oblige certes à ne pas oublierl’aspect dramatique de la situation descommunautés tsiganes dans de nombreuxlieux dEurope. Mais on constate aussi quedans ces lieux peuvent naître des projetsculturels parmi les plus importants, dé-monstration du fait que même dans les si-tuations les plus graves, la culture reste unpoint de repère, synonyme de dynamisme,vecteur d’espoir.Il s’agit de contribuer à une action devalorisation culturelle d’une communautéqui l’attend depuis des siècles. C’est réa-liser pleinement la vocation d’une Capitaleeuropéenne de la culture : donner l’oppor-tunité d’une reconnaissance, d’un respectet d’un développement culturels, favoriserla connaissance mutuelle entre des com-munautés qui trop souvent s’opposent, etparticiper ainsi à une amélioration de lasituation. Ce faisant, Marseille-Provence2013 contribue à l’émergence sur la scèneeuropéenne d’une culture qui fait partiedu patrimoine commun, et favorise leséchanges en renforçant le dialogue inter-culturel à l’échelle de l’ensemble de l’Eu-rope. L’art devient clairement un vecteurde compréhension mutuelle entre diversesparties de la population.10© Jean-Pierre Liégeois
  18. 18. ENCART 4RÉFLEXIONS SUR LA CULTURE34© Jean-Pierre LiégeoisRéflexions sur la cultureLa culture est toujours en constanteévolution. Elle est ce quen font ses ar-tisans. Elle est changeante car elle doitrépondre à des temps changeants, parcequelle est un instrument de vie et non pasun objet de vénération dans la vitrine dunmusée. La culture se vit et pour autant peutêtre corrompue, modelée, perturbée, êtreutilisée selon la façon dont on la vit pourcontribuer à la vie elle-même. La cultureest un complice, non un juge ; un soutien,non une norme ; un territoire par lequeltransiter, non un chemin balisé. (...)Nous avons peut-être un jour été les filsdun livre indou, mais cela fait bien dessiècles que, sur le chemin nous menant àlEurope, nous sommes devenus orphelins.Nous avons donc une mémoire longue etune mémoire courte, familière et chan-geante. (...)La culture orale gitane, riche de sièclesdexpérience, a marqué dune profondeempreinte la culture occidentale, tant laculture au sens anthropologique que laculture au sens livresque. Mais ici, jintro-duirai une nuance douloureuse, du moinspour moi : nous les Gitans, nous avonscontribué à la culture du livre commepersonnages, comme objets sur lequelun créateur porte son regard, et non pascomme sujets actifs qui exercent leur re-gard de façon consciente, créatrice, sur lemonde qui les entoure. À part dans le do-maine de la musique, qui mérite une consi-dération particulière, il ny a pas eu, jusquàla fin du XXesiècle, un artiste, un scienti-fique, un philosophe, un écrivain ou unpeintre que lon ait considéré comme ayantapporté une contribution décisive au patri-moine intellectuel de lOccident. Cest là unchemin nécessaire quen tant que Gitansnous devons suivre : notre participation à laculture écrite.Un partie de mon engagement littéraire– une partie, pas la totalité – a été de contri-buer, modestement, au fait que parmi lesGitans – en tous cas pour le Gitan dont jeparle – se produise ce dialogue entre laculture orale et la culture livresque, lahaute culture. Pourquoi ? Parce quil sagitlà du territoire incontournable par lequeldoit transiter la culture gitane pour conti-nuer dêtre un instrument de vie, adapté etefficace pour le développement des Gitanset leur relation au monde.Dans ce monde complexe, si nous ne sa-vons pas dominer la lettre, nous ne par-viendrons pas à être, de façon consciente,maîtres de notre destin.José Heredia Maya, « Palabras en agradecimiento a laconcesión del Premio a la Cultura Gitana 8 de abril 2008 »,Revista de la Asociación de enseñantes con gitanos, n° 27,Madrid, 2009.Reflections on cultureCulture is always constantly evolving. It iswhat its authors make of it. It changes be-cause it adapts to changing times, becauseit is an instrument of life – not an object tobe revered in museum display cases. Cultureis lived, but can also be corrupted, moulded,played with and used, depending on how welive, to contribute to life itself. Culture is anaccomplice, not a judge; a prop, not a rule; aregion we pass through, not a well-markedpath […].Perhaps one day we were sons of a Hindubook, but on the path to Europe we have beenorphans for centuries. Consequently, we havea long and short memory, a memory that isfamiliar and changing […].Gypsy oral culture, rich with centuries ofexperience, has left a major imprint on Wes-tern culture, from the anthropological andliterary points of view. But here I would men-tion something that left a painful mark, atleast on me: we Gypsies have contributed toliterary culture as characters, as objects thatcreators gaze upon, but not as active subjectsthat consciously let their creative gaze restupon the world that surrounds them. Apartfrom music, which deserves special conside-ration, there was not an artist, scientist, phi-losopher, author or painter who was conside-red to have made a considerable contributionto Western intellectual heritage until the endof the 20th century. This is a path that Gypsiesmust tread: taking part in written culture.Part of my literary determination – part ofit, not all – has been to help ensure that theGypsy people – or at least this Gypsy speakingto you – engages in the dialogue between oraland literary or highbrow culture. Why? Be-cause this is the unavoidable territory Gypsyculture must pass through if it is to continuebeing an appropriate and efficient instrumentof life supporting the development of Gypsiesand their relationship with the world.In this complex world, if we are not able todominate the written word, we will neverconsciously become the masters of our owndestiny.José Heredia Maya, "Palabras en agradecimiento a laconcesión del Premio a la Cultura Gitana 8 de abril 2008,"Revista de la Asociación de enseñantes con gitanos, n° 27,Madrid, 2009.
  19. 19. 37de consolider, en les reliant et en les valo-risant, des activités isolées. Cette perspec-tive laisse augurer un développement dansde bonnes conditions : il ne s’agit pas deplaquer une idée puis d’aller chercher lescomposants d’un programme, mais de fa-voriser la rencontre entre des composantset le programme à même de les réunir.Les illustrations pouvant accompagnerle texte de cette brochure sont potentielle-ment très nombreuses : photos d’expres-sions artistiques telles que la danse ou lamusique, ou moins fréquentes de théâtrerom, photos de lieux de vie, ou moins ha-bituelles de peintures ou sculptures d’ar-tistes roms, ou encore photos extraites defilms réalisés par les Roms... Tous ces élé-ments sont présents dans les activités. Leparti pris est, pour cette brochure, celui duportrait, offert par des photographes im-pliqués dans le programme : reflets d’unediversité mais aussi marque de ressem-blance, regard intérieur qui voit et donne àvoir, accès à une intimité qui donne à com-prendre, portrait intemporel et universel,qui n’a pas à être nécessairement daté oulocalisé.The meaning behindthe initiativeThis brochure sets out the context in whichthe European Capital of Culture’s Roma pro-gramme takes place. The idea is not to provi-de exhaustive documentation, but to highlightsome essential and interconnected elementsthat allow us to better explore a little-knownreality. These include Gypsies’ centuries-oldpresence, images on this subject, their im-portance in terms of our shared heritage andthe need to improve understanding as part ofeducational initiatives.This document outlines the philosophy andmeaning behind the European Capital ofCulture’s Roma and Gypsy programme. It isabout using different forms of culture (he-ritage and creation) to improve knowledgeof diverse and unique Roma communities,highlighting European heritage and the Ro-ma’s regional ties and promoting Europe’spolitical role with respect to the largest Eu-ropean minority group. This will be achievedthrough original, innovative and challengingevents.Here, the priorities established and inter-connected productions pre-exist the pro-gramme itself. In other words, the pro-gramme is a response designed to satisfy anexisting need and an initiative that can givestructure to and group isolated activities bylinking and promoting them. This approachpromises development in positive conditions:it is not about tacking together an idea andthen attempting to identify the elements ofa programme. Instead, it brings togetherdifferent elements as part of a unifying pro-gramme.Many illustrations could have been usedto accompany the text of this document: pho-tos of different forms of artistic expressionsuch as Roma dance, music and (less fre-quently) theatre, photos of places they livein, photos of Roma painting or sculpture, orphotos taken from films directed by Roma.All these elements are present in activities.However, we have decided to use portraits byphotographers involved in the programme.These images show diversity but also simi-larities, an inside vision that observes andencourages observation, an intimacy that en-courages understanding, a timeless and uni-versal portrait that needs no indications as todate or location.Le sens de la propositionCette brochure définit le contexte danslequel prend place la programmation duvolet rom dans le cadre de la Capitale euro-péenne de la culture. Il ne s’agit pas d’unechronique documentaire, mais de quelquescoups de projecteur sur des éléments es-sentiels, liés les uns aux autres, qui per-mettent de mieux approcher une réalitéméconnue : son existence séculaire, lesimages qui s’y attachent, son importancepour soi et les autres en tant que patri-moine commun, l’urgence de la mieux fairecomprendre dans une dynamique pédago-gique.Ce fascicule met en évidence la philoso-phie et le sens de la proposition « rom ettsigane » de la Capitale européenne de laculture : utiliser la culture sous ses diffé-rents aspects (patrimoine et création) pourune meilleure connaissance des commu-nautés roms, dans leur diversité et leursingularité, mettre en évidence l’héritageeuropéen et l’ancrage régional des Roms,valoriser le rôle politique de l’Europe vis-à-vis de la plus grande minorité européenne.Cela à travers des événements originaux,novateurs et interrogateurs.Dans le cas de ce programme, les prio-rités établies, de même que les réalisa-tions qui peuvent être reliées entre elles,préexistent à la proposition qui est faite. End’autres termes, le programme est à la foisune réponse adaptée à un besoin existant,et une proposition à même de structurer et11© Jean-Pierre Liégeois
  20. 20. 39L’approche européenne est tout autant pri-vilégiée, avec le Conseil de l’Europe etl’Union européenne, qui depuis plusieursdécennies développent des activités en di-rection des Roms. Plusieurs temps fortssont prévus, autour d’une réflexion sur laculture menée notamment dans le cadred’un réseau européen de chercheurs, dudéveloppement d’un itinéraire culturel eu-ropéen rom, des activités de lutte contre lespréjugés et stéréotypes à l’égard des Roms.Dans un souci d’articulation et d’économieglobale des activités programmées dans lecadre de projets européens en cours, desréunions, tables rondes, conférences etexpositions sont organisées à Marseille en2013, créant ainsi une synergie entre lesactions et consolidant des retombées du-rables.A wide partnershipTo ensure we are in the best position toattain the ambitious goals mentioned here,the programme is based on a solid foundationof cooperation, where all participants havean essential role to play. Those in charge ofand involved in activities are the vectors forthis success. They feel a strong sense of res-ponsibility to show that these projects have afuture – or are the future – for an entire com-munity. From the outset, the force they havegiven to these activities has helped create alasting movement.European institutions, public authorities,artists, cultural organisations, non-profit or-ganisations and citizens involved in encoura-ging the recognition and promotion of livingRoma and Gypsy culture are invited to discussthe issues affecting and conditions required todevelop intercultural dialogue, an essentialtool for fighting preconceived ideas.This partnership includes Roma and Gypsyartists, families and cultural NGOs, as well asnon-Roma NGOs, local, regional and nationalorganisations and institutions, and Europeaninstitutions. Seminars, conferences and pu-blic debates involving European representa-tives and figures from the Roma communitywill help develop tools to better approach aculture that is part of shared European heri-tage.Marseille and the Provence region haveexperience in the field of Gypsy artisticexpression. Festivals, symposiums, confe-rences, exhibitions and other events havebeen held here, in fields that include photo-graphy (in Arles) and remembrance (at theSaliers internment camp, where Gypsy fami-lies were held during the Second World War).Non-profit organisations run by or focusingon Roma and Gypsies are active in the region,which has led to a large number of events.Emphasis is also given to the Europeanapproach, thanks to the Council of Europeand the European Union, which have imple-mented activities targeting Roma over thelast few decades. Several key events havebeen planned to explore the cultural fieldas part of a European academic network, aRoma cultural route in Europe and activitiesattacking prejudices and stereotypes facingRoma. To link activities and avoid overlap,activities held as part of different Europeanprojects currently underway will take placein Marseille in 2013, thus creating synergybetween initiatives and ensuring they havelasting impacts.Un large partenariatPour se donner les meilleures chancesd’aboutir aux objectifs ambitieux qui ont étémentionnés, le programme est construitsur une solide assise, dans une coopéra-tion où tous les acteurs ont un rôle essen-tiel à jouer. Les responsables des actions,et tous ceux qui en font partie, sont les vec-teurs actifs de ce succès. Se sentant inves-tis d’une forte responsabilité, celle de fairela démonstration que les projets lancés ontun avenir – ou plus encore sont un avenir– pour toute une communauté, ils ont, dèsleur engagement, donné à ces actions uneforce qui induit une dynamique durable.Institutions européennes, collectivitéspubliques, artistes et opérateurs culturels,associations et citoyens, engagés dans lareconnaissance et la valorisation d’uneculture rom et tsigane vivante, sont ainsiinvités à échanger et à s’exprimer sur lesenjeux et les conditions de développementd’un dialogue interculturel, outil précieuxde lutte contre les idées reçues.Le partenariat implique les créateursroms et tsiganes, les familles, les ONG àvocation culturelle, mais aussi des ONG,institutions et acteurs non-roms, locaux,régionaux et nationaux, ainsi que les ins-titutions européennes. Des séminaires,conférences et débats publics impliquantdes acteurs européens et des personna-lités roms offrent des outils pour mieuxappréhender une culture qui fait partie dupatrimoine commun européen.Marseille et la Provence ont une expé-rience dans le domaine de l’expression ar-tistique des Tsiganes. Des festivals y ontété organisés, de même que des colloques,conférences, expositions ou manifestationsdiverses, que ce soit autour de la photo,comme à Arles, ou en relation avec un de-voir de mémoire, comme la présence ducamp d’internement de Saliers, où ont étéinternées des familles tsiganes pendantla Seconde Guerre mondiale. Dans la ré-gion, les dynamiques associatives roms ouconcernées par les Roms et Tsiganes sontactives, ayant produit nombre de manifes-tations.Les deux photos à gauche Both photos on left© Éric Roset / Photo à droite Photo on right© Laurence Janner12

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