PRÉPOSITIONS ET RECTION VERBALE                                                                                           ...
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Denis PAILLARD                                                                                                         pré...
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  1. 1. PRÉPOSITIONS ET RECTION VERBALE Denis Paillard De Boeck Université | Travaux de linguistique 2002/1 - no44 pages 51 à 67 ISSN 0082-6049 Article disponible en ligne à ladresse: -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- http://www.cairn.info/revue-travaux-de-linguistique-2002-1-page-51.htm --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université Pour citer cet article : -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Paillard Denis , « Prépositions et rection verbale » , Travaux de linguistique, 2002/1 no44, p. 51-67. DOI : 10.3917/tl.044.0051 -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Distribution électronique Cairn.info pour De Boeck Université. © De Boeck Université. Tous droits réservés pour tous pays. La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, nest autorisée que dans les limites des conditions générales dutilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de léditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit.
  2. 2. Prépositions et rection verbale PRÉPOSITIONS ET RECTION VERBALE Denis PAILLARD* Laboratoire de linguistique formelle. Université Paris 7 1. État des lieux Les études consacrées aux prépositions peuvent être regroupées en deux grandes classes1 : – les études qui privilégient les emplois dits spatiaux2 des prépositions. Dans ce cas il s’agit en premier lieu de proposer une caractérisation sémantique des prépositions : cette caractérisation peut déboucherDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université soit sur la mise en évidence d’un invariant sémantique, soit sur la Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université constitution d’un réseau structuré de valeurs. – les études consacrées au statut des compléments prépositionnels dans le cadre de la rection verbale. Les problèmes discutés sont de deux ordres : a. quels sont les critères qui permettent de distinguer les compléments prépositionnels argumentaux des compléments circonstanciels ? ; b. dans le cas des compléments prépositionnels argumentaux, y a-t-il ou non désémantisation des prépositions3 ? Notre approche des prépositions s’attache à définir une problématique qui permette de décrire les prépositions à la fois du point de vue de la diversité de leurs valeurs (spatiales, temporelles, figurées) sans privilégier un type de valeurs (en particulier, nous récusons la primauté du spatial), et du point de vue du statut du complément prépositionnel dans la proposition. Cette entreprise se situe en rupture avec un certain nombre de postulats et hypothèses largement présents dans la littérature. Nous définissons une préposition comme un mot relateur R mettant en rapport deux termes X et Y. Cette définition est retenue par de nombreux auteurs, mais en fait elle est appliquée essentiellement à la description des valeurs spatiales et temporelles. Cela tient, selon nous, à la difficulté qu’il y a à définir le terme correspondant à X 4 dans le cas où le syntagme * Laboratoire de linguistique formelle – Tour Centrale pièce 707 – Université Denis Diderot, 2, place Jussieu, 75005 PARIS – email : denis.paillard@linguist.jussieu.fr Tél. +33 1 44 27 56 85 – Domicile : 156, rue Oberkampf, 75011 PARIS – Tél. +33 1 40 21 65 87. 51
  3. 3. Denis PAILLARD prépositionnel a, pour un verbe donné, le statut de complément argumental : de fait, il semble que pour la majorité des auteurs, X corresponde au verbe lui-même, position qui nous paraît difficile à tenir (nous y reviendrons). Plus généralement, comme le montre la terminologie la plus répandue, la description des prépositions privilégie le plus souvent la préposition elle- même et le terme correspondant à Y (cf. les notions de « compléments prépositionnels » ou encore de « syntagmes prépositionnels »), ce qui repose sur la visibilité de Y. Dans cet article, par simple commodité, nous conservons cette terminologie (notamment le terme « complément prépositionnel »), mais nous chercherons à chaque fois à identifier le terme correspondant à X dans le cadre du schéma X R Y. Cette caractérisation de la préposition comme relateur est neutre pour ce qui est des différentes valeurs : spatiales, temporelles et figurées. Nous pensons qu’il est difficile de défendre la thèse de la primauté des valeurs spatiales sur les autres valeurs, et cela d’autant plus qu’il n’existe pas de critères opératoires permettant de distinguer les valeurs spatiales ou temporelles. Très souvent, une valeur est déclarée spatiale (ou temporelle) uniquement parce que le N correspondant à Y a une dimension spatiale (ouDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université temporelle), ce qui revient à projeter les propriétés sémantiques du N sur la préposition. De plus, le fait que le N correspondant à Y ait une dimension spatiale (ou temporelle) ne suffit pas à définir la valeur comme spatiale (ou temporelle) ; cf. l’ambiguïté de Paul travaille sur Paris, ou encore le statut variable du syntagme contre le mur dans se dresser contre le mur, se tenir contre le mur, s’appuyer contre le mur, lancer quelque chose contre le mur, rebondir contre le mur etc. Les discussions autour du statut syntaxique des Cprép soulèvent une série de questions. La première concerne les critères permettant de distinguer les différents statuts du Cprép dans la proposition. Plusieurs auteurs (notamment D. Leeman (1998) et O. Bonami (1999)) ont montré qu’il n’était pas possible de fonder la distinction Cprép argumentaux / Cprép circonstants. O. Bonami, prolongeant les travaux de J.M. Gawron (1986), a mis en évidence des cas où le syntagme prépositionnel a un statut de « co- prédicateur » ; il s’agit des cas où le verbe et la préposition (ayant une fonction prédicative) ont un argument commun ; par exemple : les pêcheurs ont tiré le bateau sur la plage où bateau est à la fois argument du verbe tirer et correspond au X de la préposition sur (la plage s’interprétant comme le Y). Le second problème concerne le contenu sémantique de la préposition dans le cas des Cprép argumentaux. Certains auteurs défendent la thèse selon laquelle la préposition est désémantisée lorsqu’elle introduit un argument du verbe : elle ne serait que le support fonctionnel de l’introduction d’un argument du verbe. Une telle approche ne permet pas de rendre compte des cas où un même argument est introduit par deux (ou plus de deux) 52
  4. 4. Prépositions et rection verbale prépositions : cf. comparer à / avec, parler à / avec, s’appuyer sur /contre, tirer dans / sur la foule. Dans tous ces exemples, l’emploi de chaque préposition est soumis à des contraintes et produit des effets de sens particuliers5. En même temps, considérer que la préposition garde sa sémantique dans le cas des Cprép argumentaux revient à multiplier les arguments pour un verbe (chaque préposition introduisant un argument particulier en accord avec sa sémantique). La notion de Cprép coprédicateur est une première tentative pour dépasser cette contradiction, en conservant à la préposition sa valeur sémantique, sans pour autant multiplier les arguments. Mais elle ne permet pas, nous semble-t-il, de rendre compte de façon satisfaisante des cas où la construction avec un Cprép est en concurrence avec une construction transitive : cf. tirer les rideaux / tirer sur les rideaux, tirer un lapin / sur un lapin, passer une bosse / passer sur une bosse, je vous passe les détails, je passe sur les détails : dans ce cas on ne peut pas donner le statut de co-prédicateur au syntagme prépositionnel introduit par sur. Plus généralement, si l’on adopte la définition d’une préposition comme relateur de la forme XRY, une difficulté importante réside dans l’identification de X (le N introduit par la préposition étant Y).Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université Nous présenterons notre approche en étudiant les Cprép introduits par la préposition sur avec le verbe tirer. L’hétérogénéité des emplois et des valeurs supportées par tirer sur permet d’aborder une série de questions d’ordre théorique, sur lesquelles nous reviendrons en conclusion. Le corpus ci-dessous est représentatif des emplois et valeurs de tirer sur : [1] Les pêcheurs ont tiré le bateau sur la plage [2] Le chasseur a tiré sur un lapin [3] Paul a tiré sur le frein [4] Il tire sur sa cigarette comme un fou [5] Ce rouge tire sur le violet [6] Il a tiré le tract sur une offset [7] Il a tiré le tract sur du papier recyclé [8] Il a tiré de l’argent sur son compte [9] Il a tiré un trait sur son passé / sur cette histoire L’exemple [1] a une double interprétation directement liée au Cprép : (a) le bateau est déjà sur la plage, et tirer s’interprète comme « traîner » ; (b) le procès désigné par tirer consiste à amener sur la plage le bateau qui au départ est dans la mer. Dans les exemples [2] et [3] la construction en Cprép est en concurrence avec la construction transitive de tirer : [2a] Le chasseur a tiré un lapin, [3a] Paul a tiré le frein. Par ailleurs, on notera que la présence d’un Cprép avec sur intervient avec des valeurs très différentes de tirer. Ci-dessous, nous montrerons que les Cprép correspondent à différents degrés d’intrication entre le verbe et le complément prépositionnel. Mais 53
  5. 5. Denis PAILLARD dans un premier temps, il nous faut proposer une caractérisation de tirer d’une part, de sur d’autre part. 2. Le verbe tirer : forme schématique et structure argumentale Le verbe tirer est un verbe fortement polysémique. Dans Paillard (1999) nous avons proposé une caractérisation unitaire de la sémantique de tirer, définie comme sa forme schématique (ci-dessous FS). La forme schématique, en tant que définissant l’identité sémantique du lexème verbal tirer, ne correspond à aucune valeur particulière du verbe, que l’on pourrait considérer comme première ou encore comme prototypique. Les valeurs particulières sont analysées comme le produit de l’interaction de la FS avec des éléments du co-texte, cette interaction étant décrite sur différents plans régis par des principes généraux6. La forme schématique de tirer est la suivante : « Un terme a est pris dans une variation téléonomique régulée par un repère Z ». Nous nous limiterons à quelques remarques sur la FS de tirerDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université (complétées dans le cadre de la discussion de tirer sur), à propos des valeurs Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université illustrées par [2a] et [3a]. [2a] peut être glosé de la manière suivante : « le chasseur a envoyé un projectile sur une cible correspondant au lapin ; le projectile a atteint la cible ». Le projectile correspond à a dans la FS et le lapin pris comme cible correspond au repère Z régulant la variation du projectile (= a). [3a] peut être glosé de la manière suivante : « le frein est pris dans une variation consistant à passer d’une position (frein non serré) à une autre position (frein serré ) ». Le frein correspond à a ; la variation de a est régulée par la position visée « frein serré » correspondant à Z. Comme le montre la discussion de ces deux exemples, les éléments de la FS n’ont pas nécessairement de réalisation lexicale (dans [2a] seul Z est réalisé par une unité lexicale correspondant au C1, dans [3a] seul a est réalisé par une unité lexicale correspondant également au C1) mais tous les éléments de la forme schématique sont convoqués pour rendre compte des différentes valeurs7. La FS associée à tirer vise à définir la spécificité de tirer en tant que lexème et les éléments a et Z ne sont pas des arguments. On notera également que le terme qui est le sujet de tirer dans [2a] et [3a] ne correspond pas à un élément de la FS. En même temps, tirer en tant que verbe est un prédicat, et à ce titre il possède une structure argumentale. Cette structure argumentale est définie de façon générale, chaque argument ayant un contenu sémantique régulier. Sous sa forme minimale, elle se présente comme un schéma de lexis à deux places, où la première place correspond à l’argument « source » et la seconde à l’argument « but » de la relation prédicative notée π, ce qui s’écrit8 : 54
  6. 6. Prépositions et rection verbale < ( )source π ( )but> Il n’y a pas de correspondance simple entre les éléments de la FS et les places d’arguments définies par le schéma de lexis. En [2a] et [3a], seule la place d’argument « but » est associée à un élément de la FS (Z pour [2a], a pour [3a]). Cette autonomie du schéma de lexis par rapport à la forme schématique permet de prendre en compte des arguments qui ne correspondent pas à des éléments de la FS du verbe mais qui sont réalisés lexicalement par un GN : cela concerne, en particulier, l’argument « source » qui, très souvent, correspond à l’agent du procès. C’est vrai de tirer où le GN en position de sujet s’interprète comme l’agent du procès (« le déclencheur de la variation ») dans les exemples [1] - [4] et [6] - [9] bien qu’il ne corresponde pas à un élément de la FS9. Cette représentation du verbe comme associant une FS au schéma de lexis (simple ou élargi) est complétée par un schéma syntaxique noté Co V C1 ...Cn (où Co, C1, Cn désignent les compléments syntaxiques du verbe, qu’il s’agisse d’arguments ou encore de Cprép (de fait, la notion de Cprép est pour nous une notion purement syntaxique). Entre FS, schéma de lexisDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université et schéma syntaxique se met en place un jeu complexe de correspondances. Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université La préposition (et les termes X et Y qu’elle met en relation) est extérieure à cette représentation du verbe par sa FS et le schéma de lexis. Elle est prise en compte dans le cadre d’une combinatoire mettant en jeu d’un côté le verbe (plus exactement sa représentation complexe) de l’autre le schéma prépositionnel où R met en relation deux places correspondant respectivement à X et à Y, en fonction de la sémantique de la préposition définie par sa FS (pour la FS de sur cf. ci-dessous). Cette combinatoire a la forme générale suivante : FS V FS Prép < ( )source π ( )but> ε < ( )x R ( )y >10 Cette combinatoire verbe / préposition permet de dépasser deux des problèmes mentionnés ci-dessus à propos du traitement des Cprép. D’un côté, la préposition n’est pas désémantisée : elle intervient avec sa sémantique propre. De l’autre, les termes correspondant à X et à Y ne sont pas considérés comme des arguments du verbe (il n’y a donc pas de prolifération d’arguments lorsque plusieurs prépositions introduisent les Cprép d’un verbe donné). Ci-dessus nous avons posé que dans le cadre de la combinatoire Verbe / Préposition il est possible de distinguer différents degrés d’intrication entre le V (plus exactement sa représentation) et la Prép en tant que schéma de la forme XRY. Trois configurations ont été mises en évidence selon la 55
  7. 7. Denis PAILLARD plus ou moins grande extériorité des termes correspondant à X et à Y par rapport à la FS du V (plus exactement aux éléments qui la constituent). Configuration A Cette configuration correspond à un cas d’extériorité maximale de la préposition par rapport au verbe. Par extériorité, il faut entendre le fait que les termes X et Y mis en relation par la préposition ne correspondent pas à des éléments de la FS du verbe. [10] Un livre sur Freud ce syntagme complexe peut être un des arguments d’une relation prédicative, mais la relation établie entre livre et Freud est indépendante de la sémantique du verbe, ce qui est confirmé par le fait que un livre sur Freud peut apparaître avec des verbes très différents : un livre sur Freud est paru récemment, a fait scandale, Paul a lu / écrit / présenté / acheté un livre sur Freud, il a fait un exposé à propos d’un livre sur Freud, etc.Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université [11] Paul lit un livre sur la terrasse Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université dans ce cas, c’est l’événement Paul lit un livre qui est mis en relation avec le localisateur défini par la terrasse ; on notera que la classe des événements susceptibles d’être mis en relation avec sur la terrasse n’est pas limitée a priori. Configuration B Cette configuration correspond à une intrication maximale V - Prép : les termes X et Y mis en relation par la préposition correspondent à des éléments de la FS du verbe. Cela signifie que les termes qui ont les propriétés sémantiques que leur confère leur statut d’éléments de la FS du V acquièrent celles que leur confère leur statut de X et de Y dans X R Y. [2] Le chasseur a tiré sur un lapin (a : le projectile non réalisé lexicalement correspond à X, Z : le lapin pris comme cible, correspond à Y) [3] Paul a tiré sur le frein (a ( = le frein) correspond à X, Z (= la position serrée) correspond à Y, Z n’est pas réalisé lexicalement) 56
  8. 8. Prépositions et rection verbale Configuration C Cette configuration correspond à une intrication partielle par le biais d’un terme qui a un statut comme élément de la FS du verbe et un statut comme X (ou comme Y) dans le schéma prépositionnel. On a un « dédoublement » du statut du terme du fait de son inscription dans deux relations distinctes : d’un côté, celle définie par la FS du V, de l’autre, celle définie par la préposition, ce qui produit une relation complexe, obtenue par raboutage de deux relations. [1] Les pêcheurs ont tiré le bateau sur la plage. Le bateau s’interprète à la fois comme le a de la FS de tirer et comme le X de X sur Y. En tant que a il est en relation avec un Z non explicité mais récupérable comme l’objectif « mettre le bateau au sec » ou encore « à l’abri de la tempête », en tant que X il est en relation avec la plage défini comme Y. Il s’établit une relation indirecte entre l’objectif Z et la plage localisant le bateau. Cette dernière configuration correspond aux cas où pour GawronDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université (1986) le syntagme prépositionnel a le statut de co-prédicateur. La première configuration correspond notamment aux cas où le Cprép est un circonstant. La seconde configuration, par contre, propose un traitement original du Cprép. Pour un auteur comme Gawron, dans de tels cas la préposition introduit un terme qui a le statut d’argument du verbe, ce qui revient à postuler une affinité sémantique (difficile à justifier dans la majorité des cas) entre la préposition et le verbe, alors que, de notre point de vue, la préposition reconstruit la relation entre deux éléments de la forme schématique, entraînant des effets de sens particuliers (nous reviendrons en détail sur ce point dans la discussion des exemples avec tirer sur). 3. À propos de la préposition sur11 Nous ne proposerons pas ici une étude détaillée de sur. Nous reprendrons brièvement la FS que nous avons proposée dans l’article cité en note. Comme nous l’avons indiqué au départ, l’identité sémantique de sur, telle qu’elle est donnée par sa FS, est neutre pour ce qui est de la distinction entre valeurs spatiales, temporelles et figurées. Conformément à notre hypothèse générale sur les prépositions, sur est défini comme un relateur R mettant en rapport deux termes X et Y. La relation établie entre X et Y est une relation non symétrique, Y servant de repère à X (autrement dit, Y est la source de déterminations pour X). 57
  9. 9. Denis PAILLARD Forme schématique de sur X est repéré par Y, correspondant à un domaine structuré topologiquement; Sur munit le domaine de Y d’une frontière ; X est rattaché à la frontière du domaine de Y. Selon le mode de constitution de la relation entre X et Y, la sémantique de sur varie. Nous distinguons trois cas12. – Contact. La relation entre X et Y est une relation qui peut être définie indépendamment de sur. Cette relation « primitive » est inférable des propriétés sémantiques respectives des termes pris comme X et comme Y. Un critère permettant de montrer que la relation entre X et Y est indépendante de la préposition sur est que cette relation peut être spécifiée par d’autres prépositions que sur (chaque préposition intervenant avec sa sémantique propre) : [12] Le livre est sur (sous, près de) la table.Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université la relation entre livre (X) et table (Y) est une relation générale de localisation fondée sur les propriétés respectives de livre et de table, chaque préposition définissant un mode spécifique de localisation entre livre et table. [13] Sur (vers) le matin il sombra dans un sommeil profond. Comme dans le cas précédent, la relation première est une relation de localisation entre un événement et un intervalle temporel. Autres exemples : [14] Je vais sur (à) Paris / Paul travaille sur (à) Paris. [15] Il pleut sur Brest (à Brest). – Interface. X et Y ne sont en relation que par le biais de la préposition sur. Cela signifie que leurs propriétés sémantiques respectives ne fondent pas une relation primitive (dans le cadre de la proposition), qui serait spécifiée par sur. [16] Paul dort sur le dos, est tombé sur la tête. La relation entre dos et Paul (dormant) ou entre tête et Paul (tombant) repose entièrement sur la sémantique de sur qui définit le dos / la tête comme la partie du corps de Paul prise comme interface entre Paul dormant et le lieu de son sommeil / entre Paul tombant et le sol. Cf. également, [17] Pierre porte Marie sur son dos / sur ses épaules. [18] Marie n’est plus un enfant. Elle va sur ses quinze ans. 58
  10. 10. Prépositions et rection verbale Le cas « interface » est celui où la sémantique de la frontière informe les termes correspondant à X et à Y. – Accès. X et Y, de par leurs propriétés sémantiques respectives, sont en relation indépendamment de sur mais, en même temps, cette relation ne peut être spécifiée que par sur. [19] Un passager est tombé du train, il est mort sur le coup. Coup reprend l’événement « tomber du train » qui est présenté comme ayant déclenché la mort. En même temps, c’est l’événement déclenché qui donne accès (dans le temps) à l’événement en le constituant comme déclencheur. [20] Arrêt sur demande Ici encore, il y a une relation entre demande et arrêt : si un passager souhaite que le bus s’arrête, il doit en faire la demande au conducteur. Comme dans le cas précédent, sur signifie que c’est l’arrêt qui donne accès à la demande qui fait que le bus s’arrête.Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université [21] L’ennemi marche sur Rome. Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université Ennemi est par définition un terme relationnel : c’est en tant qu’ennemi de Rome que l’ennemi marche sur Rome. Comme on le voit, les valeurs tant spatiales que temporelles de sur se retrouvent dans les trois cas. Ci-dessous, nous reviendrons sur la pertinence de ces trois cas pour rendre compte des valeurs et emplois de tirer sur. 4. Tirer sur Les valeurs et emplois de tirer sur illustrés par les exemples [1] – [9] sont analysés d’un double point de vue : du point de vue de la combinatoire entre tirer et sur avec les trois configurations A, B et C dégagées ci-dessus d’une part, du point de vue de la sémantique de sur telle qu’elle est définie par sa FS en relation avec la distinction entre contact, interface et accès d’autre part. Nous commencerons par les deux exemples où la construction en sur est en concurrence avec la construction transitive. 4.1. Le chasseur a tiré sur un lapin / le chasseur a tiré un lapin Lorsque nous avons présenté la combinatoire V / Prép, nous avons rattaché ce type d’exemples à la configuration B : les termes X et Y correspondent à des éléments de la FS de tirer. Ces termes combinent les propriétés qui sont les leurs en tant que a et Z, et celles que leur confère leur statut de X et de Y. Ce cumul de propriétés permet d’analyser une série de différences entre la 59
  11. 11. Denis PAILLARD construction transitive et la construction prépositionnelle. Ces différences sont de deux ordres : la classe des N correspondant à Z n’est pas la même, l’interprétation de l’événement désigné par tirer est différente. Le passage de SN tirer SN à SN tirer sur SN entraîne un élargissement de la classe des N interprétés comme la cible du procès. Avec la construction transitive, Z correspond à des N désignant essentiellement du gibier : lapin, sanglier, faisan etc. (avec une extension à des N /humain/ lorsque ceux-ci sont assimilés à du vulgaire gibier : il a tiré Paul comme un lapin). Avec la construction en sur, il n’existe a priori aucune contrainte spécifique sur les N correspondant à Z : lapin, sanglier, faisan mais aussi pianiste, ombre, linguiste, foule, château, etc. Dans la construction transitive, tirer s’interprète comme « abattre », ce qui signifie que le tir est un tir réussi : le lapin que le chasseur a tiré est un lapin mort (le passé composé a une valeur résultative). Dans la construction avec sur, rien n’est dit de la réussite du tir13 qui contextuellement peut être spécifié comme un tir réussi ou non : le chasseur a tiré sur un lapin et l’a abattu, le chasseur a tiré sur un lapin mais l’a raté / sans l’atteindre ; et dans Paul a tiré sur une ombre, il est difficile de formuler une problématiqueDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université de la réussite (à moins que l’ombre ne soit pas qu’une ombre ...). Cette double différence entre la construction transitive et la construction avec sur s’explique par les propriétés que confère à Z et à a leur statut de Y et de X dans le schéma X sur Y. X ( = a interprété comme le projectile) est rattaché à la frontière du domaine de Y (= Z c.-à.-d. la cible), ce qui signifie que a n’est pas centré sur Z : on est donc en deçà de la problématique d’un tir réussi. En ce qui concerne la déformabilité interne de sur, ce type d’exemples correspond au premier cas, celui du contact : l’existence de la construction transitive montre que les termes correspondant à X = a et à Y = Z sont dans une relation qui n’exige pas la présence de sur. Sur spécifie de façon particulière cette relation. Enfin, l’élargissement de la classe des N dans le cadre de la construction en sur est lié à cette « problématisation » de la relation entre a et Z : un N comme ombre n’est possible que si tirer (= envoyer un projectile sur une cible) ne signifie plus « abattre ». 4.2. Paul a tiré sur le frein / Paul a tiré le frein Ce cas est du même ordre que le cas précédent. On observe également une double différence entre la construction transitive et la construction prépositionnelle. La construction prépositionnelle signifie un élargissement du champ lexical des N correspondant à a dans la FS de tirer. Avec la construction transitive, on a uniquement des N « fonctionnels » dont la sémantique permet 60
  12. 12. Prépositions et rection verbale d’inférer l’objectif poursuivi : ficelle, corde, cordon, fil, verrou, palonnier, rideaux, frein, poignée, cheveux, langue, porte, chasse, etc. Avec la construction prépositionnelle, on retrouve ces N mais aussi un grand nombre de N incompatibles avec la construction transitive : pantalon, lacet, roues, tissu, col, piston, membre (fracturé), laisse, cigarette, etc. Très souvent, avec les N incompatibles avec la construction transitive, l’objectif poursuivi doit être explicité contextuellement ou situationnellement. Sur le plan interprétatif, on observe également des différences nettes entre les deux constructions. Dans la construction transitive, la traction opérée est réussie pour ce qui est de l’objectif poursuivi (et au passé composé on a une valeur résultative14). Dans la construction prépositionnelle on se situe en deçà d’une problématique de la traction réussie (au sens d’une atteinte de l’objectif poursuivi). Il peut y avoir aussi bien réussite (exprimée contextuellement): Il tira sur le cordon et la porte s’ouvrit, que simple conation : arcbouté, il tira sur le corps, il tira violemment sur la porte qui résistait ou encore échec : tirez sur le noeud, vous ne ferez que le serrer encore plus, vous avez tellement tiré sur la corde que vous avez fini par la casser. De plus, avec les N compatibles avec la construction transitive, laDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université construction en sur signifie la prise en compte d’un nouvel objectif. Comparer : tirer les rideaux (il s’agit de les fermer), tirer sur les rideaux (pour vérifier s’ils sont bien accrochés, pour les arracher), tirer un fil (qui dépasse), tirer sur un fil (pour défaire un écheveau ou encore un pull-over). La différence d’interprétation entre les deux constructions, comme dans le cas précédent, tient à ce que dans la construction en sur la relation entre Y (= a) et X (= Z) est reconstruite : le rattachement de Z à la frontière de a problématise le rapport qu’il y a entre la traction de a (la variation qui affecte a) et l’atteinte de l’objectif poursuivi dans le cadre de cette traction. Cette problématisation de la relation entre a et Z permet de comprendre l’élargissement de la classe des N observé avec la construction en sur. Enfin, l’existence de la construction transitive à côté de la construction en sur signifie que les exemples de ce type relèvent du cas « contact » (la relation entre a Y et Z X existe indépendamment de sa spécification par sur). 4.3. Ce rouge tire sur le violet Ce type d’exemples est attesté uniquement avec la construction prépositionnelle (cf. *Ce rouge tire le violet). Il diffère également des exemples discutés ci-dessus par le fait que les deux éléments a et Z de la FS sont réalisés lexicalement : a correspond à le rouge en position de sujet, et Z à le violet. On peut associer à cet exemple la glose suivante : « le rouge en tant que rouge particulier fait l’objet d’une altération (variation) définie par une autre couleur, le violet, prise comme couleur de référence : le rouge, en 61
  13. 13. Denis PAILLARD tant que rouge particulier, relève de la frontière du violet ». Comme pour les deux exemples précédents, cet exemple correspond à la configuration B où les termes correspondant à a et Z se voient conférer les propriétés qui sont celles de X et de Y dans X sur Y. De plus, cette altération d’une couleur définie par sa relation à une autre couleur telle qu’elle est exprimée par tirer exige sur15. Dans la mesure où la relation entre les deux couleurs, en tant qu’éléments de la FS de tirer, repose exclusivement sur celle que met en place sur, elle relève, du point de vue de la variation de la sémantique de sur, du cas « interface » : la variation de rouge telle qu’elle est régulée par violet est conçue comme le rattachement de rouge (= X) à la frontière de Y. 4.4. Les pêcheurs ont tiré le bateau sur la plage Ce type d’exemples peut recevoir deux interprétations : dans la première, le bateau est sur la plage et le procès consiste à le déplacer, en relation à un objectif donné (sémantique de tirer oblige16). La seconde interprétation signifie que le procès consiste à sortir le bateau de l’eau. Ces deux interprétations relèvent de deux configurations distinctes, mais elles relèventDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université toutes deux du cas « contact », comme en témoigne la possibilité de remplacer sur par une autre préposition (ou locution prépositionnelle) : les pêcheurs ont tiré le bateau (tout) le long de la plage, les pêcheurs ont tiré le bateau jusqu’à la plage. La relation première entre bateau et plage (c’est- à-dire indépendamment de la préposition qui la spécifie) est une relation de localisation au sens large. Dans la première interprétation, nous avons la configuration A où ni X ni Y ne correspondent à des éléments de la forme schématique de tirer. En fait, c’est l’événement « tirer le bateau (en fonction d’un objectif déterminé) » qui est localisé par la plage. Cela revient à poser que, dans ce cas, X correspond à l’événement exprimé par la relation prédicative : les pêcheurs ont tiré le bateau. La seconde interprétation a fait l’objet d’une première discussion en rapport avec la configuration C : le bateau correspond à a de la FS de tirer et à X dans X sur Y, et à ce titre il est pris dans deux relations qui, tout en ayant chacune leur autonomie, donnent naissance à une relation complexe. A la différence des exemples de la configuration B où les éléments de la forme schématique de tirer sont sémantiquement redéfinis par les propriétés que leur attribue leur statut respectif de X et de Y, dans le cas de C, bateau a un double statut : en tant que a de la FS de tirer d’une part, en tant que X d’autre part. Nous proposons de parler de « dédoublement » du statut de bateau dans la relation prédicative. 62
  14. 14. Prépositions et rection verbale 4.5. Il a tiré de l’argent sur son compte Ce type d’exemples relève également de la configuration C : de l’argent correspond à la fois à l’élément a de la FS de tirer, et à X dans X sur Y : comme pour l’exemple précédent avec bateau, on a un dédoublement du statut de de l’argent. Par contre, son compte a uniquement le statut de Y. Entre de l’argent et son compte il existe une relation sémantique première au sens où un compte bancaire est le lieu où un particulier gère « son » argent (relation téléonomique). Avec un verbe comme tirer cette relation première entre de l’argent et son compte ne peut être spécifiée que par sur17, ce qui correspond au cas « accès ». 4.6. Il a tiré un trait sur son passé / sur cette histoire Ici encore, il s’agit de la configuration C : un trait a un double statut : il correspond à a dans la FS de tirer et à X dans X sur Y. Par contre, son passé et cette histoire (= Y) ne correspondent pas à un élément de la FS du verbe. Le relation entre un trait et son passé (cette histoire) repose entièrement surDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université la préposition sur dont la sémantique informe les deux termes : on est dans Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h15. © De Boeck Université le cas « interface »18. 4.7. Paul a tiré ce tract sur du papier recyclé19 Ce type d’exemples relève aussi de la configuration C avec un dédoublement du statut de tract à la fois a dans la FS de tirer et X. Entre tract et papier recyclé il existe une relation sémantique au sens où le papier est le support d’existence du tract comme texte (en vue de sa diffusion) et cette relation sémantique ne peut être spécifiée que par la préposition sur. Ce point est confirmé par le fait qu’avec d’autres verbes (cf. imprimer) on a également la préposition sur. On est dans le cas « accès ». 5. Conclusions Dans cet article, à travers le cas de tirer sur, nous avons exposé une approche des Cprép (cette approche, sur de nombreux points, est en fait un programme de travail en cours). Elle propose des solutions à une série de problèmes qui sont au cœur des discussions passées et présentes sur le statut de ces compléments. Elle articule une réflexion sur le lexique (qu’il s’agisse du verbe ou des N qui, dans le cadre de la combinatoire instancient les différentes places20), la sémantique et la syntaxe. La thèse centrale qui est avancée est que les Cprép (lorsqu’ils ne sont pas des circonstants) ne peuvent pas être traités comme de simples arguments du verbe. Ils doivent être analysés dans le cadre d’une combinatoire Verbe 63

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