La stylistique 2ème partie

1,214 views
1,150 views

Published on

0 Comments
0 Likes
Statistics
Notes
  • Be the first to comment

  • Be the first to like this

No Downloads
Views
Total views
1,214
On SlideShare
0
From Embeds
0
Number of Embeds
1
Actions
Shares
0
Downloads
12
Comments
0
Likes
0
Embeds 0
No embeds

No notes for slide

La stylistique 2ème partie

  1. 1. Sergio POLI Cours de linguistique française .12. La sémantique .12. QUATRIEME PARTIE : LE STYLE LA STYLISTIQUE. 2. Les théories du styleLa rhétorique se préoccupe d’analyser les figures, et son but est essentiellement «pragmatique » : elle veut analyser le discours pour montrer concrètement « comment »on doit écrire et « pourquoi » (dans quel but : émouvoir, convaincre, etc.) on le fait. Lastylistique génétique (voir leçon précédente, par. 2) se demandait au contraire «pourquoi » , en général (quelles forces les poussent ? quels buts généraux peuvent lesmotiver ?), les auteurs écrivent. Mais la stylistique, se pose, comme on l’a vu, d’autresquestions, dont la plus essentielle est : qu’est-ce que « le style » ? Ou bien : « quandest-ce qu’on peut parler de style » ? Pour répondre de façon « scientifique », on acherché surtout en trois directions différentes, en élaborant différentes théories.1. Le style comme écartSaussure avait parlé de langue et de parole : la langue, c’est le système dont nous nousservons pour communiquer, la parole c’est notre réalisation concrète (notre « production» de messages). Entre la langue et la parole s’insère donc notre individualité, avec tousles « choix », conscients ou inconscients, qui la caractérisent : pour bien des critiques, le« style » est donc la marque de notre personnalité, et la stylistique, qui s’occupe dustyle, devra donc dégager les raisons, la typologies et les composantes des choix dulocuteur, ou, plus souvent, de l’auteur à travers ses textes (la stylistique, malgré lesacquis de la linguistique qui part toujours d’une conception « orale » de la langue, tend às’occuper préférablement des textes, et surtout des textes littéraires).Cette conception du style est assez ancienne. En effet :1. « Le mot style provient dune réfection savante (fin XIVe) et erronée de stile (XIVe), ley étant issu dun rapprochement abusif avec le grec stulos « colonne ». Mais il est apparupremièrement au XIIIe s. sous la forme estile, pour désigner une façon personnelle dagirjaugée selon des jugements de valeur. De cette acception, nous avons conservé le motdans des expressions telles que « style de vie », « avoir du style », et même à partir du
  2. 2. XIXe s. pour parler dune manière personnelle de pratiquer un sport ».http://www.ditl.info/art/definition.php?term=42302. Buffon, dans son Discours sur le style, prononcé lors de sa réception à lAcadémieFrançaise (1753), affirme que « Le style nest que lordre et le mouvement quon metdans ses pensées ;3. et Mounin dans ses Clefs pour la linguistique nomme toute une série de spécialistesqui ont défini tour à tour le style comme l’étude des préférences de l’écrivain (Von derGabelenz, 1875), comme le résultat de choix produisant un écart par rapport à un état «neutre » de la langue (Marouzeau, 1931, Spitzer 1948, Guiraud, 1954, Riffaterre, 1961),comme une « surprise » que provoque cet écart (Kibédi-Varga, 1963) ou comme une «attente déçue (Jakobson, 1958).De toutes ces définitions, il ressort une conception du style comme écart . Cetteconception oriente les réflexions autour de deux pôles possibles :1. celui de la « forme ». Cet écart est un écart surtout formel, qui reflète les choix «techniques » de l’écrivain aussi bien que ses préférences linguistiques ; des choixpouvant renvoyer à l’une des trois grandes typologies du style, selon la classificationcicéronienne de l’ « oratio » :a. celle de l’ « oratio humilis » (qui au Moyen Age devient le « style simple » à employerpour écrire des bergers et de la nature), simple et pleine de grâce naïve (sur le modèledes «Bucoliques » de Virgile) ;b. celle de l’ « oratio mediocris», le « style tempéré » qui dans les traités médiévauxdevait servir pour chanter les paysans et la campagne (modèle : les Georgiques), et quise distingue par sa vivacité, sa richesse, son énergie ;c. celle de l’ « oratio gravis», le « style sublime » réservé aux grands personnages et auxgrandes actions, se distinguant par la magnificence de l’expression, la profondeur et lahardiesse de la pensée et des images (modèle : l’Enéide).C’est le modèle de « la roue de Virgile », élaboré par les rhétoriciens du Moyen Age ; ilne s’agit que de l’une parmi une multiplicité de classifications du style, mais qui al’avantage d’être schématique et claire. Ce modèle est aussi à l’origine d’une conceptionqu’on n’a jamais abandonnée complètement : elle lie la forme à la matière (chaquedomaine, et chaque couche sociale, considère la rhétorique comme un « ornement »nécessaire qui se superpose, comme un habit, à la pensée.
  3. 3. 2. Celui du style comme donnée fondamentale des idées. C’est une conception qui partde Mme de Staël (« le style ne consiste point seulement dans les tournuresgrammaticales : il tient au fond des idées, à la nature des esprits ; il nest point simpleforme ») pour arriver à une dimension esthétique où il n’y a pas de beaux styles sans debelles idées (Flaubert) et finalement aux analyses des linguistes et de Jakobson : le stylefait partie de la fonction poétique du langage, et se lie à des choix de genre de la partdes écrivains (et non à une typologie de sujet, comme au Moyen Age).On voit bien comment la théorie du « style comme écart » peut renvoyer à la rhétoriqueet à ses formes. Cette théorie a donné lieu à d’intéressantes analyses de textes, mais seheurte à un important problème théorique : comment est-il possible, en effet, demesurer de façon rigoureuse un écart ne pouvant se définir que par rapport à une «norme » ou à un état « neutre » qui restent vagues, difficiles à établir ? Sans possibilitéde mesure, aucune possibilité de rigueur « scientifique ». Les solutions proposées ont éténombreuses. On a essayé, comme on l’a vu plus haut :a. de se fonder sur la fréquence des mots (Guiraud, 1954) : les mots dont la fréquenceest « anormale » (par rapport aux moyennes établies pour les auteurs contemporains)seraient les mots-clés caractérisant le style d’un écrivain ;b. sur la probabilité d’apparition d’une forme (Riffaterre, 1961): une faible probabilitéd’apparition qui pourtant se réalise constituerait l’écart stylistique (la notion de « faibleprobabilité » permettrait de ne pas avoir -formellement- recours aux concepts –problématiques- de « norme » et d’état « neutre » de la langue) ;c. sur les idées de surprise (Kibédi-Varga) et d’attente déçue (Jakobson), qui dériventdes précédentes.Toutes ces variations sur le même thème impliquent le recours à des statistiques ; maisle style, et les traits esthétiques, peuvent-ils se réduire à une question de mots?Ces théories sont synthétisées par Martinet, qui observe le problème sous l’angle de lathéorie de l’information(http://fr.wikipedia.org/wiki/Théorie_de_linformation#Quantit.C3.A9_d.27information_:_cas_.C3.A9l.C3.A9mentaire).Pour lui, en effet :a. le style serait un choix original d’éléments linguistiques destinés à élever le contenuinformationnel du message ;b. l’information qu’apporte l’unité linguistique est inversement proportionnelle à laprobabilité d’apparition dans le discours (plus elle est imprévisible, plus elle « informe »).
  4. 4. Ce point de vue laisse en tout cas des problèmes irrésolus (et Martinet le souligne) :1. tout écart ne fait pas « style » (exemple : des fautes grossières ) ;2. au-delà de certaines limites, si le taux d’information s’élève, on risque de dépasser leseuil de la compréhensibilité, et la réception du message en serait affectée (problème del’obscurité...mais sur lequel, par exemple, prospèrent l’ « hermétisme »...[http://www.franc-maconnerie.org/web-pages/hermetisme/hermetisme.htm], touteforme d’élitarisme (v. p. ex. , la préciosité, mais aussi le symbolisme, etc.[http://membres.lycos.fr/barpreciosite/ );3. le « seuil de compréhensibilité » est difficile à établir. Probablement devrait-on parlerde « seuil de compatibilité » : le « taux d’information » ne devrait pas dépasser, selonMartinet, l’ intérêt que le message présente. Tous les écarts que je peux fabriquer, sansl’intervention de la « fonction poétique » ne resteraient, dans la meilleure hypothèse, quedes « jeux » plus que des faits de style (mais comment établir l’ « intérêt » du message ?Y a–t-il, en outre, un égal intérêt pour tout le monde ?).http://www.ditl.info/art/definition.php?term=4230http://www.unibuc.ro/eBooks/lls/RaduToma-PourCoconIdiotiseanul/ChapitreII.htmhttp://www.cafe.umontreal.ca/~sr/ur/fr302/c-sty.htmhttp://www.hatt.nom.fr/rhetorique/art12c2.htmhttp://hypermedia.univ-paris8.fr/jean/infolit/cours/infolit4.htmlhttp://www.cisi.unito.it/arachne/num2/lana2.html#som5http://www.bmanuel.org/courses/corling1-3.html2. Le style comme élaborationLe point de vue de Martinet, quand il parle de « taux d’information » élevé du messagerejoint celui de Jakobson, lorsqu’il définit la fonction poétique en l’attribuant à unmessage dont le contenu informationnel ne concerne pas seulement le contenusémantique, mais attire l’attention sur la structure du message lui-même (ce n’est,au fond, qu’ un surplus d’information...).Cette mise en relief de l’importance de l’élaboration du message qui aboutit à uneforme particulière est typique de bien des réflexions sur le style. C’est une théorieancienne, liée à la précédente (dont elle ne constitue qu’ une sorte de variation) et à larhétorique. Valéry la condensait déjà en une affirmation célèbre : la poésie serait « l’artde changer ce qui passe en ce qui subsiste » . De transformer, donc le message «transitif », oublié tout de suite après qu’il a joué son rôle] en un message résistant autemps grâce à sa forme, et à l’alliance entre sa forme et son contenu.
  5. 5. Si « élaboration » prend un sens non seulement d’ « élaboration consciente », mais aussid’ « élaboration émotive, affective » on retombe presque entièrement dans le modèle del’ « écart », et, de ce fait, on retrouve les mêmes obstacles et les mêmes critiques (où sesitue la différence entre l’élaboration « esthétique » et la versification habile ? où setrouve le « style » ? Comment l’analyser de façon rigoureuse ?).3. Le style comme connotationSi l’ « écart » et l’ « élaboration » sont des choix individuels, si le style lui-même n’estque l’expression de la « parole », et donc de ce qui, dans un écrivain, le rend différent etunique, c’est peut être alors non pas vers le code et la forme qu’il faut se tourner, pourcerner le style, mais vers tout ce qui compose cette individualité d’où le style émane, etqui peut se condenser dans une seule notion : celle de connotation.La notion de connotation met en jeu, justement, tout ce qui n’appartient pas à tous lesutilisateurs d’une langue, et s’oppose à tout ce qui est général dans le temps ou dansl’espace :1. quand on parle de connotations individuelles, en effet, on désigne ce qu’il y a deplus personnel : la formation, le milieu, les expériences, les voyages, les circonstancesqui nous ont fait tels que nous sommes et qui nous distinguent de tout autre ;2. quand on parle de connotations partagées on met en jeu des valeurs, desstéréotypes et des interprétations culturelles transitoires dans le temps (elles changentd’époque en époque) ou dans l’espace (elles sont le fait d’un groupe social et/ou d’unezone culturelle particulière) ;Si on considère le style comme un fait de connotation, les conséquences sontnombreuses :1. l’attention se déplace vers un terrain où le signifié augmente son importancerelative par rapport au signifiant : les connotations sont en effet des « signifiéssecondaires » ou « sens figurés »se greffant sur la dénotation, qui constitue le « signifiéuniversel » ;2. il est possible de résoudre certains problèmes qu’on n’arrivait pas à éliminerauparavant : par exemple celui de la différence insaisissable entre un texte et lautre. Il ya des textes aux connotations très riches qui sont reconnues par le lecteur, et acceptéespar lui ; ou bien des textes devant lesquels certains lecteurs sont insensibles ;
  6. 6. 3. on peut passer du niveau du style à celui de la langue, et montrer comment la «parole » du poète enrichit la « langue » de tous justement grâce au bagage de sesconnotations individuelles ;4. on peut expliquer la relation entre le poète et le simple rhétoricien : une fois lelangage enrichi et « agrandi » par des formes nouvelles grâce à la poésie et à l’art, larhétorique peut s’emparer des formes élaborées et les appliquer avec méthode.Finalement, la théorie du « style comme connotation » met en relief la difficulté d’étudierde façon « scientifique » un phénomène très complexe. Pour l’analyser avec quelquesespoirs de succès, il faut avoir recours à toute une série de disciplines qui possèdentleurs instruments de d’investigations spécifiques: linguistique, psychanalyse,psychologie, histoire, sociologie, littérature...C’est qu’avec le style on sort en réalité du domaine de la langue, pour entrer dans celuidu texte et de la production du sens, où la linguistique peut offrir des moyens d’analyseutiles, mais sûrement non exhaustifs.

×