Etude culture

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Etude culture

  1. 1. Culture & EconomieEnjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique
  2. 2. RemerciementsNous tenons à remercier les 213 personnes qui n  ric E LOWIE, directeur, Green l.f.ant Music Companyont accepté de répondre à l’enquête entre juillet n  urélio A MATTERN, chanteur dans le groupe deet septembre 2011. Par ailleurs, nous remercions musique Lucy Lucy !chaleureusement les personnes suivantes qui ontaccepté de répondre à nos questions lors des entretiens n  livier O MAETERLINCK, directeur, Belgianindividuels : Entertainment Association (BEA)n Julian ALVAREZ, consultant en serious game n  atacha N MALOU, galeriste, Art Temptationn  hibault T ANDERLIN, directeur marketing, Forest n  rédéric F MESEEUW, conseiller institutionnel, BOZAR National n  n A MOONS, chercheuse au CultuurLab, IBBT/SMITn Delphine BEKAERT, galeriste, Hoet-Bekaert n  ean-François J NIVART, Fondateur d’intoPIXn  ernard B BOON-FALLEUR, président du Réseau des n  e M Philippe PETERS/Me Patrice VANDERBEEKEN, arts, Bruxelles avocats spécialisés dans la propriété intellectuelle,n  ylvie S BOUFFA, CEO Talking French Flemish, Inc., NautaDutilh New York n  arie M POK, coordinatrice Design September etn  ulie J BRUNEL et Jean-Louis DE RIDDER, président rédactrice en chef à La Libre essentielle Focus de l’Union des Designers belges (UDB) n  arie-Chantal M REGOUT, fondatrice, Rue Blanchen  uzana S CAMPO-GRANDE, conseillère en innovation, n  aren K RENDERS, directrice, Art Brussels Fedustria n  avid D ROULIN, associé, architecte, Art Buildn  irginie V CIVRAIS, directrice, fonds ST’ART Invest n sabelle I SCHMITT, directrice des relationsn  uc L COLLIN (BATEM), dessinateur de la BD Marsupilami institutionnelles ; Dirk VAN SOOM, directeur opérationnel perceptions et répartitions individuelles ;n  ulie J CONSTANT, Fair Manager, Affordable Art Fair Saldavor FERREIRA, account manager arts plastiquesn  ierre P COLLIN, administrateur-gérant, cluster TWIST et littérature, SABAM n  enoit B SIMON, fondateur, Vivanovan  aul P CORTHOUTS, directeur, Overleg Kunstenorganisaties n  irk D SNAUWAERT, directeur, centre d’art WIELSn  eorges G DANTINE, architecte d’intérieur et fondateur n  enis D STEISEL, CEO, Emakina de RAVIK Design n  nya E VANDENHENDE, créatrice de moden  iet P DE KONINCK, directeur artistique, Studio 100 n  ony R VANDERMEERSCH, directeur, atelier den  arie-Laure M DELABY, coordinatrice, iMAL (center for confection Celesta digital cultures technologies) n  aul P VAN HAVER (Stromae), auteur-compositeurn  hilippe P DELABY, dessinateur de la BD Murena n  an J VAN LOOY, senior researcher, IBBTn  rançois F DELPIERRE, directeur artistique, et Marc MEURISSE, CEO, Belle Productions n  an J VAN MOL, Fondateur, Addict Labn  ik R DE NOLF, CEO groupe Media Roularta n  eert G VAN DER HASSELT et Katya VAN DER HASSELT, manager et chanteusen  rnaud A DE PARTZ, co-fondateur de Banque dessinée n  annes H VAN SEVEREN, artiste contemporainn  uc L DESHAYES, créateur de lingerie de luxe n  armelo C VIRONE, directeur, bureau d’études SmartBen  ominique D DE VILLEGAS, directeur de la maison Horta n  arlo C VUIJLSTEKE, directeur de projet sur les industries créatives, Flanders DCn  éborah D DRION et Cédric LEGEIN, CEO, Cook Book n  livier O WILLOCX, administrateur-délégué, BECIn  elphine D DUPONT et Flore VAN RYN, administratrices, Face to Face design Nous remercions aussi les structures de soutien aux industries créatives et culturelles qui nous ont aidé dansn  regory G GOEMAERE, fondateur, AKA music la diffusion de notre enquête en ligne :n  aurent L GRUMIAUX, directeur, Fishing Cactus n  WIST, T Modo Brussels, WCC-BF, ASBL artistesn  rançoise F GUERIN et Monika RAHMAN, fondatrices, contemporains, réseau Artistes Belges, Point Contact Cookie Therapy Culture, WBI (musique, image, architecture, théâtre/ danse, mode/design), l’AEB, l’UDB, Mowda, Den  e M Michel GYORY, avocat, professeur HEC Liège, Invasie, Pepibru, Mowda, CEBEDEM, BUP, ACC, IAB, membre du collège d’autorisation et de contrôle au FEBELMA, AZIMUT, Cinergie.be, FAB, Creative Club, CSA SmartBe, Codefrisko, Artistproject, Rydesigners,n  aniel D HANSSENS, comédien, directeur de la SABAM... Comédie de Bruxellesn  odolphe R JANSSEN, galeriste, Galerie Rodolphe Ainsi que : Janssen n  lain A HEUREUX, Managing Director, The Eggn  lexandra A LAMBERT, directrice du Centre du Design et de la Mode, Bruxelles Les auteurs de l’étude KURT SALMON :n  enny L LELEU, créatrice de mode n  nne A MAGNUS, Alexandre MOENS, Adeline d’URSEL,n  icholas N LEWIS, éditeur en chef, The WORD Vincent Fosty et Luc Moeremans
  3. 3. Avant-proposLa culture, économie ancienne, est entrée depuis10 ans dans un nouveau paradigme, qui l’oblige àse réinventer rapidement.D’abord, la culture est devenue globale.L’économie de marché marque toujours plusfortement son empreinte sur la culture. Le bienculturel reste un bien différent mais il change denature : l’œuvre artistique devient aussi com-merciale avec des logiques inspirées du secteurprivé (ROI, investissement, positionnement mar-keting…). La nature des biens et services cultu- Table basse magnétique « Belgique », ©Raphaël Charles,rels est double : culturelle et économique. L’art collection privée du Prince Philippe de Belgique.contemporain par exemple, est devenu un art enquête constante de singularité dans un mondesans frontières, et un objet de spéculation finan-cière dans une économie turbulente. n’est pas suffisant. Les conditions-cadre de l’épa-Ensuite, la révolution numérique : avec 1,6 milliard nouissement de l’écosystème créatif doivent êtred’abonnés à Internet à travers le monde, un mil- en place. En clair, les politiques publiques qui tou-liard de GSM, et toujours plus de smartphones, chent au secteur culturel (culture, enseignement,elle affecte la manière dont nous produisons et économie, tourisme, commerce international)consommons la culture. Internet permet certes sont à coordonner et adapter aux besoins de cesd’acheter en ligne un infini de biens culturels entrepreneurs.(musique, livre…), mais aussi d’interagir et de L’heure est à l’action. 75  % des entrepreneursfinancer les créateurs de leur choix. créatifs en Belgique que nous avons interrogés,Enfin, les révolutions arabes, les crises financières, pensent que l’industrie culturelle et créative estsociales, institutionnelles impactent la culture. un secteur d’avenir, mais tout juste 51  % d’entreJamais en Europe la culture n’a tant été sous eux pensent que la Belgique est un très bon paystension, menacée de coupes budgétaires sévères. pour entreprendre dans ce secteur.Jamais la culture n’a tant été au centre des En 2009 et 2010, Kurt Salmon avait choisiespoirs d’une nouvelle Renaissance de l’Europe. d’étudier pour le Forum d’Avignon les liensLes industries culturelles et créatives offrent une entre culture et attractivité des territoires dansréponse à la crise, parce qu’elles permettent de 50  villes des 5  continents. En 2011, nous avionsstimuler la créativité, les savoir-faire, l’innovation choisi d’investiguer les modèles de décision liésdans toute l’économie, de créer des emplois, d’ali- à l’investissement dans un projet culturel sur lamenter la rénovation urbaine, le « place-making », base d’entretiens de près de soixante décideurset le lien social. publics et privés, de porteurs de projet, d’artistesDans ce contexte complexe, fluctuant, fluide, et de créateurs, mais aussi d’experts, mobiliséscomment pouvons-nous mieux aider les indus- autour d’un investissement de nature «  cultu-tries culturelles et créatives (ICC) en Belgique  ? relle » (infrastructure, événements industries…) etAvec le souci de l’accès à la culture au plus grand confrontés à un moment ou un autre à cette prisenombre et le respect de la diversité culturelle  ? de décision en Belgique et à travers le monde.Quelles sont les responsabilités du secteur public, En complément de ces travaux, la présente étudedes associations professionnelles, du secteur se propose de mettre en exergue les défis quo-privé, et des publics pour soutenir l’économie tidiens et les besoins des entrepreneurs belgesmauve ? des industries culturelles et créatives, au-delàEn commençant peut être par mieux reconnaître de leurs différences sur quatre volets  : l’acquisi-la nécessaire dimension entrepreneuriale des tion des compétences entrepreneuriales, l’accèsmétiers de la création. Entreprendre en culture au financement, l’innovation et sa protection, etest une aventure merveilleuse qui nécessite du l’internationalisation.talent d’abord, de la chance ensuite. Mais cela Bonne lecture.Crédits photos : © Fotolia. 3
  4. 4. SommaireL’économie mauve : vers unereconnaissance des industriesculturelles et créativesLa culture est au cœur du développementdurable. Elle est source de cohésion socialeet territoriale. Plus encore, elle contribue audéveloppement économique, à l’innovation 6et à l’emploi. Les industries culturelles etcréatives alimentent et régénèrent desindustries traditionnelles et de pointe, dansla création de contenus, de produits et deservices à forte intensité de connaissances.7 Que sont les industries culturelles et créatives ?8 La culture, arme anticrise ?9 Objectifs de l’étude9 Méthodologie et partis pris de l’étude Les industries culturelles et créatives belges : les entrepreneurs témoignent Quelles sont les forces et les faiblesses des industries créatives et culturelles belges? Si l’avenir est à l’optimisme, les défis rencontrés par les entrepreneurs sont nombreux et partagés quelque soit le secteur. 12 Constats généraux 14 Made in Belgium : la Belgique, un vivier de talents et de créativité 16 Formation à l’entrepreneuriat culturel 12 19 L’accès au financement 22 Innovation 27 Les industries créatives et culturelles à l’international 4
  5. 5. Nouveau monde, nouvelles idéesLes pistes de réflexion de Kurt Salmonpour ouvrir le débat.30 Mieux connaître l’économie créative et 30 culturelle et évaluer en continu les actions de soutien31 Rassembler les forces vives des industries créatives et culturelles 33 Annexes Trois focus sur les industries créatives et culturelles belges : 34 Le marché de l’art : un marché qui traverse la crise 36 L’industrie du gaming en Belgique : un secteur créatif émergent aux opportunités à objectiver 38 L’industrie de la mode en Belgique : un atout fragilisé 5
  6. 6. Culture EconomieEnjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en BelgiqueL’économie mauve : vers unereconnaissance des industriesculturelles et créativesLa culture n’est pas une bulle à part. Jusqu’il ya 10 ans, le secteur artistique et culturel était The concept of creative entrepreneurshipperçu comme une partie de la politique sociale, goes far beyond a CEO running to the opera,secondaire en termes d’économie et de marché visiting a coincidental art exhibition, or pain-de l’emploi. La culture relevait de l’exception, ting a sunset over the weekend. Not thatincompatible à l’analyse des critères économiques that won’t help, since running a business requires eye openers all the time.standards. Creativity is not about art. It’s about human-Désormais, on parle d’économisation de la kind finding solutions that weren’t there atculture et d’esthétisation des biens de l’économie first sight. Hence, creativity can be found intraditionnelle. Cette perméabilité, poussée par le all human activities. We just have to identifydéveloppement rapide de la numérisation et la what created the mental spark that made itforte progression de la demande des ménages et the right idea for that specific target.des sociétés en produits et services culturels, a In times of economical turmoil, standing stillfait émerger les industries culturelles et créatives is just not an option. It’s in those circums-(ICC). tances the industry needs to think out of the box, and look for unexpected answers. That is why a direct link between culture and commerce is so much needed. Since we should learn from each other, creative thin- king can lead to art. But it can also lead to innovation. One can’t change the world while being an artist sitting on a cloud. Together with entre- preneurs, new ideas can turn into vision, and once implemented, to sustainable change. That is how we move forward. Jan Van Mol, CEO Addict Lab 6
  7. 7. l ue sont les industries culturelles et créatives ? QLa culture est une matière vivante en constanteréinvention. Sans renier l’importance des dis-ciplines classiques (peinture, musique, littéra-ture, théâtre…), tous les experts notent que denouvelles disciplines se voient régulièrementintégrées au champ des ICC. Une définitiondes ICC peut être trouvée dans une étude réa-lisée en 2006 pour le compte de la Commissioneuropéenne :n es industries culturelles : pour ces industries, L la culture constitue le produit final qui peut être consommé sur place (ex. : un concert, une exposition d’art) ou destiné à la reproduction/ consommation de masse (ex. : un livre, un film). Dans notre étude, les segments «  culturels  » retenus sont les suivants  : presse écrite (livre presse), les arts du spectacle, les arts visuels artisanat d’art, l’audiovisuel, la musique, et le patrimoine.n es industries créatives  : pour ces industries, L la culture (les traditions, les symboles, les textes, etc. d’un groupe socioéconomique) ali- 2000. La consécration est venue en 2009, mente le processus de production d’un produit lorsque l’UNESCO a inscrit cette activité dans « créatif ». Dans notre étude, nous retiendrons le périmètre de ses statistiques culturelles. le design, l’architecture, la mode, la publicité, les nouveaux médias, et les jeux vidéo. n ne révolution technologique  : les nou- u velles possibilités technologiques (animationLes produits dits de l’économie mauve se dif- 3D, réalité augmentée, motion capture, slowférentient par leur valeur symbolique, esthé- motion, NFC…) ouvrent des terrains d’expé-tique, et communautaire. Les smartphones ou rimentation aux créatifs, pour répondre à latablettes incarnent à merveille la rencontre demande en contenus de plus en plus interac-entre une technologie avancée, dont le coût de tifs et personnalisés ou aux nouveaux usagesproduction est désormais relativement faible, liés par exemple à la mobilité (avec les smart-et du design épuré. Ce design créé de la valeur phones, par exemple).ajoutée économique et une expérience – clientaffirmée comme un accessoire de mode, un n ne révolution financière : les modèles écono- ustyle de vie. miques traditionnels des ICC sont bousculés par l’essor du téléchargement légal et illégalL’essor du numérique a déplacé les frontières de qui annonce la disparition possible des sup-la culture en ouvrant la voie à trois révolutions : ports physiques et doivent se réinventer pourn ne révolution artistique  : de nouveaux u capter de nouvelles sources de financement. champs de création (jeux vidéo, cinéma 3D, De nombreuses politiques nationales et régio- arts numériques, web design…) sont nés avec nales en faveur de l’économie créative ont vu l’avènement du numérique. Par conséquent, le jour depuis une dizaine d’années à travers de nouveaux emplois se développent croisant le monde. Mais l’évaluation de leurs impacts les savoir-faire artistiques et informatiques. Le qualitatifs et quantitatifs (en termes d’emplois, secteur du jeu vidéo est passé du statut d’in- de créations d’entreprises et de contribution dustrie du divertissement à un statut d’indus- au PIB) reste délicate. La délinéation statis- trie culturelle, à partir de la moitié des années tique des activités économiques et de l’emploi 7
  8. 8. Culture EconomieEnjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgiqueculturel varie selon les définitions retenues Nonobstant ces difficultés méthodologiques,par les pays, les métropoles ou les organismes les ICC sont auscultées avec de plus en plussupranationaux. L’absence de mise en œuvre d’intérêt en Grande-Bretagne, en Allemagne, end’un schéma de comparabilité internationale en région Ile-de-France, en Flandre, en Chine, auest la cause. Danemark, en Australie, etc.l a culture, arme anticrise ? LEconomiquement, l’empreinte de la culture fondée sur la connaissance et l’innovation. Less’amplifie en Europe ICC sont identifiées comme un secteur capable de rencontrer cet objectif car elles représententLa culture est au cœur du développement une grande source de créativité et d’innovation,durable. La culture est source de beauté, de dia- dans toutes ses formes. Les ICC alimentent etlogue. L’économie créative crée et enrichit, de régénèrent des industries traditionnelles et demanière non quantifiable, le lien social, l’identité pointe, dans la création de contenus, de produits,et l’attractivité des territoires qui les accueillent. et de services à forte intensité de connaissances.Elle est écologique au sens où elle consomme Les ICC ouvrent de nouveaux horizons sur depeu de matières premières. Enfin, elle contribue nouveaux biens et services ou transforment desau développement économique, à l’innovation, produits mâtures plus beaux, plus intelligents,et à l’emploi, de l’artisanat d’art à la culture parfois plus chers.numérique.Le rapport sur les industries créatives 2010 publié Les huit filières du secteur culturel et leurspar la Conférence des Nations Unies sur le com- liens et capilarité avec les autres secteursmerce et le développement évalue la croissance économiquesannuelle mondiale dans ce secteur à 14  % entre2002 et 2008. En 2008, le secteur employait3,8 % de la population active totale de l’UE soit Bâtiment Urbanismeenviron 8,5 millions de personnes, c’est-à-dire plus Hôtellerieque les populations actives réunies de la Grèce et Génie civil Restaurationde l’Irlande ! La valeur ajoutée du secteur prend Patrimoine Architectureaussi de l’ampleur  : il représente 4,5  % du PIB Automobile Architecture, Archéologie, musées, Croisièrisme paysagismede l’UE. C’est plus que l’industrie des produits … monuments, restaurationchimiques, du caoutchouc et du plastique (2,3 %). Design et services … Spectacle vivant Emballage TransportEntre 2002 et 2008, l’Europe a été le plus gros créatifs Concert, festival, Stylisme, graphisme… danse, cirque…exportateur de produits culturels et créatifs, et laBelgique s’est placée dans le Top  10 des expor- Audiovisuel et médias Arts visuels Cinéma, vidéo, radio, Sculpture,tateurs de produits créatifs et culturels des pays télévision, disques, photographie, Publicité jeux vidéo… Joallerie,développés. En Flandre, près de 70  000  per- Télécom Livres, orphèvrerie, peinture… bibliothèque, haute couture,sonnes sont actives dans les ICC, ce qui repré- archivage… maroquinerie, Communi- ébénisterie… cationsente près de 3 % de son PIB. Edition et livres Métiers d’artsLa culture engendre aussi des effets de levier Prêt-à-porterconsidérables sur les territoires. C’est ce que Educationsouligne, par exemple, l’analyse économétrique Ameublementmenée en 2011 pour le Forum d’Avignon par lecabinet Tera Consultants à partir de la base dedonnées constituée en 2009 et 2010 par KurtSalmon pour un panel international de 47  villes Pour maximiser ce potentiel, le Livre Vert « Libérerde 21  pays. Cette analyse démontre qu’une le potentiel des industries culturelles et créatives »augmentation de 10  % de dépense culturelle publié par la Commission européenne en avrilpar habitant de la ville, soit 18,6  €, génère une 2010, précise qu’il est indispensable de renforcer,augmentation de PIB par habitant de 1,7  %, soit à tous les niveaux de pouvoir, l’appui à l’économie625,4 €. culturelle en tissant les liens entre culture, éco- nomie, monde académique, recherche, tourisme,Institutionnellement, les politiques city-marketing, et secteurs publics.culturelles et économiques doivent Cependant, la réalité du budget européen 2007-se rapprocher pour innover davantage 2013 est là : 0,04 % budget européen est allouéLa culture pense l’impensé, le monde de demain. à la culture. A cela s’ajoute 1,6 % des fonds struc-La Stratégie Europe 2020, feuille de route de turels qui sont destinés à des projets culturels.l’UE pour la décennie en cours qui vise à engen- Pour ce qui concerne l’audiovisuel : 750 millionsdrer une croissance intelligente, durable et inclu- sont prévus pour le programme Media et 15 mil-sive dans l’UE, entend développer une économie lions pour le programme Mundus. 8
  9. 9. L’un des grands objectifs du prochain pro- entendent bien conquérir ce champ aussi en segramme cadre « L’Europe créative » (2014-2020) professionnalisant et en se diversifiant rapide-de la Commission européenne sera précisé- ment (cinéma, mode, animation, gaming…).ment de convaincre les Etats membres d’adop- Dans ce contexte porteur mais incertain, later une augmentation de + 37 % pour la culture culture voit apparaître de nouveaux investisseurs,et l’audiovisuel par rapport à la période 2007- de nouveaux types de projets de territoire, des2013 (soit 1,6  milliard d’euros du budget de la partenariats public-privé d’une ampleur inédite,Commission) et de renforcer la compétitivité des des politiques culturelles nationales redéfiniessecteurs culturels et créatifs. Le but : mieux aider malgré des budgets sous tension…les entreprises de ces secteurs à affronter laconcurrence internationale et être plus présentes Concrètement, travailler et investir dans lesur la scène mondiale. Si l’Europe a un avantage domaine culturel et créatif devient une affaireconcurrentiel fort dans les ICC par rapport au de professionnels en Europe. Qu’en est-il enBrésil, à la Russie, l’Inde ou la Chine, ces derniers Belgique ?l bjectifs de l’étude OLa présente étude vise à offrir une meilleure défis se posent à eux  : les compétences encompréhension du fonctionnement et des termes de création d’entreprises, l’accès aubesoins des entreprises du secteur culturel et financement, l’innovation et sa protection, etcréatif en Belgique. L’intention n’est pas de pré- l’internationalisation des activités ;senter un panorama exhaustif des filières ou une n llustrer les enjeux belges par des regards inter- ianalyse statistique des ICC belges. nationaux et formuler des pistes de réflexions visant à renforcer les industries créatives cultu-Concrètement, l’étude entend : relles dans leur ensemble ;n pporter un nouveau regard sur les défis trans- a n tudier de manière plus approfondie les dyna- é versaux, récurrents, et communs à tous les miques de trois segments de l’économie cultu- entrepreneurs créatifs et culturels en Belgique, relle belge  : le marché de l’art, les jeux vidéo en allant à leur rencontre, sur le terrain. Quatre (serious game), et la mode.l éthodologie et partis pris de l’étude ML’étude s’appuie sur une démarche méthodolo-gique en deux volets :n ne analyse quantitative grâce à une enquête u en ligne ouverte de juillet à mi-octobre 2011. Au total, 213  entrepreneurs (129  hommes et 84  femmes) issus des 12  segments des indus- tries culturelles et créatives en Belgique y ont répondu. Les deux tiers de ces entreprises ont été créés après l’an 2000 ;n ne analyse qualitative menée auprès d’une u soixantaine d’entrepreneurs des ICC des 3  régions de Belgique (des artistes, des employés de sociétés de protection de droits d’auteur, des directeurs de musées, des investisseurs privés, des indépendants, des entrepreneurs ICC…) et une revue de la biblio- graphie internationale sur l’économie culturelle. Vous trouverez la liste des entretiens à la page statistique claire des industries culturelles des remerciements et une bibliographie des et créatives dans leur ensemble. Il n’y a pas sources utilisées en fin d’étude. de chiffres officiels concernant le poids de l’économie créative en termes d’entreprises,Précisément, les partis pris de l’étude Kurt d’emplois, de contribution au PIB. Le systèmeSalmon sont les suivants : statistique existant ne prend pas objectivementn ’analyse statistique a été écartée par précau- L en compte un périmètre des ICC pertinent, qui tion intellectuelle. A ce jour, la Belgique n’a doit inclure le système de l’intermittence et du pas de définition nationale, ni de nomenclature poly-emploi, et résoudre des incohérences du 9
  10. 10. Culture EconomieEnjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique• Les partis pris métodologiques Entrepreneurs belges Champ culturel et créatif • ndépendants/artistes I • esign D • ouveaux médias N • icro entreprises M • rchitecture A • resse écrite P • ME P • rts du spectacle A • ode M • ublicité et communication P • udiovisuel A • randes entreprises G • atrimoine P • aming G • rts visuels et artisanat d’art A • usique M Défis communs Approche bottom-up • E ntreprenariat • Enquête en ligne bilingue destinée aux entrepreneurs • inancement F • Interviews avec entrepreneurs et experts • nnovation I • Etude documentaire et benchmarking • nternational I • Focus sur l’art contemporain, la mode, le gaming droit. La nomenclature NACEBEL de l’ONSS intercommunautaire. Les politiques de soutien est très peu adaptée aux « réalités du terrain » aux ICC spécifiques à chacune des régions des différents segments des ICC. et communautés linguistiques ont été prises en compte pour les variables explicatives, si De plus, quand les données statistiques sur besoin. un secteur existent, elles datent souvent de 2007/2008 (avant la crise), avec un décalage n e périmètre retenu des industries culturelles L temporel parfois différent par code NACEBEL. et créatives (ICC) s’inscrivant dans la lignée Dans la mode, par exemple, si l’on prend en des dernières études internationales (Unesco, compte tous les codes NACEBEL qui se rap- Commission européenne, Grande-Bretagne, portent à la création, la production et la distri- Allemagne, Flanders DC…), nous parlerons bution de produits de mode au sens large, on délibérément des «  industries culturelles et constate que le périmètre de la mode défini par créatives  ». Les ICC comprennent les seg- les codes NACEBEL englobe des « segments » ments suivants  : design, architecture, arts du non créatifs ou culturels, en l’occurrence la spectacle, publicité, musique, patrimoine, arts « préparation de fibres textiles et filature » ou visuels et artisanat d’art, nouveaux médias, des succursales assez éloignées de la création presse écrite (livre et presse), mode, audiovi- (HM, Inno…). L’ONSS retient 46  170  emplois suel et jeux vidéo. Ces activités reposent sur plein temps dans la mode belge en 2010, alors des valeurs culturelles et/ou des expressions que l’association professionnelle belge Crea artistiques et créatives, et font potentiellement Moda n’en retient que 15 000. appel à la propriété intellectuelle. La Belgique illustre donc parfaitement la diffi- Les activités des entreprises des ICC retenues culté que représente l’objectivation du poids dans l’étude ont une valeur marchande et sont socio-économique de la culture. Le fait de positionnées dans la chaîne de valeur du cycle considérer les activités culturelles et créatives culturel  : la création, la production, la diffu- comme un secteur économique à part entière, sion ou la préservation de biens et de services a longtemps fait l’objet d’un tabou (« l’art pour incorporant des expressions culturelles, artis- l’art  »). La culture et l’économie fonctionnent tiques ou créatives. encore largement en silos, et la coordination A l’heure actuelle, la gastronomie est exclue du des priorités et actions politiques de soutien champ, même si elle comporte une dimension en faveur des ICC entre les régions est quasi créative reconnue à travers le monde et tout inexistante. Rien qu’en Région de Bruxelles- à l’honneur de la Belgique (chocolats «  haute Capitale, 42  responsables politiques gèrent couture  » de Pierre Marcolini, les biscuits de des lignes budgétaires dédiées à la culture. La Stephen Destrée, ou encore l’art de la fête du culture est une compétence des communautés, traiteur Lauriers…). des régions, des communes, sans compter le n ne démarche de terrain à la rencontre de U Ministre en charge des affaires économiques. Toutes ces instances opèrent sans cellule de l’entrepreneur créatif et culturel  : pendant coordination entre la communauté flamande et 4 mois, Kurt Salmon a fait le choix de rencon- française. trer, d’écouter les entrepreneurs eux-mêmes, de comprendre leur quotidien, et de travaillern ’échelle de la Belgique : indépendante, l’étude L sur la base de leurs témoignages. En complé- Kurt Salmon prend le parti pris de couvrir les ment, des associations professionnelles, des trois régions belges, nonobstant le contexte experts et acteurs de l’écosystème des ICC ont politique et la concurrence/l’émulation été interviewés. 10
  11. 11. Quelle est votre activité principale ? Arts visuels Artisanat d’art Audiovisuel Publicité Communication Architecture Arts du spectacle Nouveaux médias Mode Design Presse écrite (livre presse) Musique Gaming Patrimoine 0 2,5 5 7,5 10 12,5 15 17,5 20 %L’année fiscale précédente, quel était le chiffre d’affaires de votre entreprise ? à 50 000 € de 50 000 à 500 000 € de 1 000 001 à € 5 000 000 € de 500 001 à € 1 000 000 € de 5 000 001 à € 50 000 000 à 50 000 000 € 0 10 20 30 40 50 %Nous reconnaissons que le terme d’entrepre- Où se situe votre siège social ?neur est parfois mal accepté par certains, réti-cents à parler de la dimension économique et 3%commerciale de l’organisation ou gestion deleurs activités créatives. Un entrepreneur est 21 % Bruxellesune « personne qui veut et qui est capable de 42 % Flandretransformer une idée ou une invention en inno-vation réussie » (J. Schumpeter), car ce dernier Wallonieest guidé par son enthousiasme, par sa capacité 34 % Internationalà avoir une vision, en prenant des risques. Plusprécisément, un entrepreneur créatif et culturel« créé ou commercialise un produit ou un serviceculturel ou créatif et qui utilise des principesentrepreneuriaux pour organiser ou gérer son de soutien à la culture (Star’t, Culturinvest…),activité créative d’une manière commerciale ».1 les organismes de redistribution/régulateurs, les associations professionnelles, ou les structuresLe panel de l’enquête en ligne couvre les trois étant subventionnées à plus de 50 % (musées,régions, à proportions comparables. Les entre- RTBF/VRT, certains théâtres…).prises retenues, au-delà des différences destatut juridique, ont une activité commercialedéclarée, et intègrent à la fois des entreprisesunipersonnelles (statut d’artistes, d’indépen-dant), des micro-entreprises (2-5  employés),des PME ou des grandes entreprises. Le principea été pris de ne retenir que celles qui ont plus 1- Etude The entrepreneurial dimension of the cultu-de 50  % de capitaux privés. Sont écartés les ral and creative industries, Utrecht School of Arts entités culturelles publiques ou parapubliques Eurokleis, 2010. 11
  12. 12. Culture EconomieEnjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en BelgiqueLes industries culturelleset créatives belges :les entrepreneurs témoignentPour répondre à la question « Comment n les compétences en termes de créationconstruire des ponts entre économie, culture, d’entreprises,secteur public et l’enseignement pour inspirer n l’accès au financement,l’économie culturelle de demain, à côtés desindustries vertes, des biotechnologies… ? », n l’innovation et sa protection,Kurt Salmon a analysé des défis communs aux n et l’internationalisation des activités.entrepreneurs créatifs et culturels. Quatre défis Chacun de ces points est nourri par l’analysecommuns se posent aux entrepreneurs des ICC croisée de la littérature spécialisée, de l’actualitéen Belgique, au-delà de sensibilités propres à belge et internationale, de l’enquête en ligne Kurtchacune des filières : Salmon, et des entretiens individuels. l Constats généraux Une majorité d’indépendants et de PME Le secteur de la culture reste très atomisé en Belgique : les petites et moyennes entre- prises y sont surreprésentées. Dans le panel des 213 entreprises de notre enquête en ligne, 76 % des entreprises répondantes ont moins de 5 employés et 6 % ont plus de 50 employés. Seule une minorité de grandes entreprises réalise la plus grande part du chiffre d’affaires total du secteur. 12
  13. 13. Ces tendances sont en ligne avec la réalité euro- 1 et 3 salariés) ou des entrepreneurs individuels.péenne  : 80  % des entreprises ICC de l’UE sont Les grandes entreprises (plus de 50  salariés), sides PME, des micro-entreprises (surtout entre elles représentent moins de 1  % des entreprises des ICC du panel, génèrent plus de 40  % du Quelle est la taille de votre entreprise ? chiffre d’affaire total des ICC. Enfin, dans notre panel, 50  % des répondants 6% disent ne pas avoir subi l’impact de la crise de Grande 10 % ( à 50 employés) 2008. L’avenir est même à l’optimisme : 75 % des répondants considèrent que l’industrie cultu- 8% Moyenne (13-50 employés) relle et créative est un secteur porteur dans le futur en Belgique. 63 % attendent une hausse de 76 % Petite (6-12 employés) revenus dans les années à venir et 30 % pensent recruter de nouveaux employés. Max 5 employés Certains secteurs souffrent plus de la crise, i.e. de la baisse de consommation de biens créa- tifs  : mode, arts du spectacle, presse édition, labels indépendants de musique… D’autres sec- Part du chiffre d’affaire global du panel teurs profitent mieux de la révolution numérique en fonction du nombre d’employés (médias sociaux, réalité augmentée, smart- phones et tablettes…), comme les entreprises 7% 4% Grande des nouveaux medias (web design, applications ( à 50 employés) design…). Moyenne Si la diffusion de contenus numériques a permis 30 % (13-50 employés) d’éviter le coût de la production de supports 59 % Petite physiques, elle ne compense qu’en partie la des- (6-12 employés) truction d’emploi engendrée par la crise, la dis- Max 5 employés parition des supports physiques (DVD, CD) et les pertes de revenus générées par le piratage (par exemple de la musique). Quel(s) type(s) d’évolution(s) prévoyez-vous dans les années à venir au sein de votre entreprise ? Croissance des revenus Recrutement de nouveaux employés Recherche de financements publics Ouverture à linternational Recherche de financements privés Intégrer un cluster créatif Créer une startup en Belgique Partenariat avec entreprises ICC Partenariat avec entreprises non-ICC Investir dans une autre entreprise ICC Me faire racheter par un concurrent 0 10 20 30 40 50 60 70 % Arts visuels Artisanat d’art 13 Audiovisuel
  14. 14. Culture EconomieEnjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en BelgiqueDe nouvelles professions créatives émergent en commerce, juristes, financiers et comptableslien avec la maîtrise de langages numériques et sont de plus en plus sollicités. Les juristes, pardu design pour répondre aux nouveaux besoins exemple, sont de plus en plus sollicités pourmatériels et émotionnels des consommateurs. aider les créatifs à résoudre les litiges concer-Les métiers dits de « back office » et de gestion nant la protection des revenus générés par lane sont pas en reste  : les représentants de propriété intellectuelle.l ade in Belgium : la Belgique, un vivier de talents M et de créativitéLa Belgique est un petit pays au carrefour del’Europe qui carbure à la diversité et au libéra-lisme culturel. Au XIXe et XXe siècles, Bruxellesa accueilli des penseurs de tous les horizonscomme Victor Hugo, Emily Brontë, Karl Marx… Lesicônes belges n’ont pas à faire rougir  : un patri-moine architectural éclectique et relativementpréservé (gothique, classique, art nouveau, artdéco…), des peintres de renom international (fla-mands primitifs, le mouvement Cobra, Magritte…),des écrivains (Hugo Claus, Hendrik Conscience,Guido Gezelle…), le berceau de la bande-dessinéeeuropéenne (Hergé, Franquin, Van Hamme…), deschanteurs (Brel, Adamo, Axelle Red, Arno…).Quel est le portefeuille culturel belgeactuel visible à l’international ? s’exportent, sans qu’ils ne soient néanmoins as- sociés à l’une ou l’autre région, ni même à la Bel-La concurrence intercommunautaire stimulerait gique : dEUS, K’s Choice, Selah Sue, Hooverphonic,l’émulation dans la création, avec deux pôles Axelle Red, Arno ou encore Stromae. Sur le grandforts dans le secteur de la mode : écran, citons les frères Dardenne et Jaco Van Dor-n nvers, qui est devenue depuis la fin des A mael, Bouli Lanners, Cécile de France, Benoît Poel- années 1980, l’une des places fortes de la voorde, Michaël R.Roskam… A la plume : Amélie mode européenne, grâce au 6 d’Anvers (Ann Nothomb, Xavier Deutsch, Dimitri Verhulst, Tom Demeulemeester, Dries Van Noten, Walter Van Lanoye… Enfin, certains artistes contemporains Beirendonck, Dirk Van Saene, Dirk Bikkembergs ont révolutionné l’art – Alechinsky, Francys Alys, et Marina Yee) et à son école l’Académie Chris Martin, Marcel Broodthaers, Wim Delvoye, d’Anvers (le département mode de Hogeschool Luc Tuymans… – sans parler du rayonnement in- Antwerpen), vivier de talents et de marques ternational de la bande dessinée belge. (Martin Margiela, Essentiel…). Parmi toutes ces disciplines, il semble qu’il y aitn ruxelles, avec son école de La Cambre Mode/s/ B une « Belgian touch » distinctive des autres pays. et le quartier Dansaert n’est plus en reste. La ville « This is so Belgium ! ». De nos entretiens, il sem- a vu son nombre de magasins indépendants de blerait que les observateurs étrangers perçoivent créateurs de mode augmenter fortement ces de la création belge, un goût du « surréalisme », dernières années. du hors normes, un «  humour décalé  » voire Les créateurs bel­ trash, un sens de l’absurde, une capacité à rire ges débutants et de soi. Aujourd’hui, à tort ou à raison, Bruxelles confirmés s’y re- devient depuis 3-4  ans pour les artistes the trouvent de plus «  next place to be  » en Europe, en particulier en plus. dans l’art contemporain. La Belgique est Le New York Times parle même d’une «  Belge également de- Epoque », et plus précisément d’une « Renaissance venue un centre créative de Bruxelles  »2. Précisément, Bruxelles européen de la dispose d’un environnement très attractif pour danse contempo- les créatifs, forte de la qualité de certaines raine grâce aux écoles artistiques (mode, cinéma, architecture, célèbres choré- dessin), la qualité de l’événementiel et le prestige graphies de Anne de certaines institutions culturelles (Europalia, Teresa De Keers- maeker. Quelques 2- Monica Khemsurov, (21 septembre 2011), Belge épo­ musiciens belges que, New York Times. 14
  15. 15. concours Reine Elisabeth, la Monnaie…), la vie Un autre regard nocturne insolite (soirées High needs Low…).Citons aussi l’extrême cosmopolitisme des expa-triés autour des institutions européennes (l’an-glais est pratiqué quotidiennement par près de15  % de la population ; 27 % de la populationbruxelloise est d’origine étrangère dont plus de60 % sont de l’UE), les dessertes Eurostar etThalys qui permettent de fluidifier les échangesd’idées et d’artistes, les lieux de référence(Recyclart, WIELS, Bozar, Botanique, AncienneBelgique…), les concept stores hôtels (Haleluja,MAPP, Hunting and collecting, White hotel,Bloom…), et le prix de l’immobilier y est relative-ment abordable comparé à Londres et Paris.Enfin, la Belgique perd beaucoup de talents quipréfèrent vendre ou entreprendre à l’étranger.Chez les artistes-plasticiens et stylistes de renom, La naissance d’une vitrineLuc Tuymans a sa galerie à New York, Chris « made in Belgium » à ManhattanMartin en Allemagne, Francis Alys est au Mexique, Les entrepreneurs créatifs belges ne man-Laetitia Crahay travaille à Paris pour la Maison quent pas d’ambition comme en témoigneMichel et Chanel, Olivier Theyskens vit et travaille l’aventure de Sylvie Bouffa, fondatrice deà New York… Talking French Flemish Inc. Initiative pure- ment privée, développée sans aides finan-La Belgique recèle de formations artistiques cière publiques, cette structure de 3 500 mexcellentes et très reconnues à l’international : La sera une vitrine de la créativité belge àCambre, Saint-Luc, la Kask et l’Académie Royale Manhattan, New York.d’Anvers, écoles ultra-sélectives et attirant desétudiants des 4 coins du monde mettent l’accent Sylvie est partie du constat que les Améri­sur la créativité. Les étudiants fraîchement diplô- cains adoraient le design belge quand ilsmés rêvent souvent d’une carrière internationale, le voyaient, et étaient prêts à payer unevoir d’être repérés en fin d’étude pour travailler à fortune pour l’avoir, mais peu en connais-l’étranger (Paris, Londres, Milan, New York). Deux saient l’origine.raisons sont mentionnées pour expliquer cette Elle a donc décidé d’ouvrir un magasinfuite des talents : exposant tout ce que la Belgique propose den e manque de grands donneurs d’ordres belges l meilleur  : les Carrières du Hainaut, les cho- en Belgique, ce qui implique la nécessité de colats Marcolini, les baignoires Aquamass, le s’expatrier pour trouver de l’emploi et/ou pour design XVL, une galerie d’art contemporain, se faire un nom ; les montres Raidillon, un restaurant « bistro- nomique », et bien d’autres encore…n e marché de consommateurs n’atteint pas une l taille critique suffisante pour absorber l’offre Si cette première vitrine belge est un succès, de produit et services culturels et créatifs. Sylvie compte bien dupliquer le concept ailleurs sur le «  Nouveau Continent  » maisL’e-commerce créatif : de nouvelles également en Chine, au Brésil et en Inde.stratégies web L’ouverture de Talking French Flemish Inc. New York est prévue pour le printemps 2012.Seuls 11  % des sondés vendent leurs produitsculturels en ligne (eBay, Amazon…). Cela n’estpas dû au manque de présence par les entre- méthode la plus efficace et fiable de publicité.prises sur le web (84  %), mais bien à la faible D’ailleurs, les entreprises de publicité se sontdemande des Belges pour l’achat en ligne ou tournées vers l’activation de marque sur inter-la méconnaissance de certaines plateformes net. C’est une nouvelle niche publicitaire qui adédiées aux ICC (99design, behance, mondres- permis au secteur de la publicité de se réinventersing.be…). en temps de crise. Cette nouvelle manière de67  % des entreprises sondées sont présentes communiquer, associée à une logique de socialsur les réseaux sociaux, principalement CRM /brandwatching, permet de communiquer àFacebook, LinkedIn et Twitter. Les effets pro- une cible très précise et d’entretenir une relationduits par cette présence sont, par ordre d’im- d’échange avec les consom’acteurs, qui influen-portance, l’amélioration du networking, du cent en retour le produit/le marché...branding et des ventes. Seuls 3  % des répondants ne sont en aucuneLe «  bouche à oreille  », la prescription par des façon connectés, souvent par défaut de maîtrisetiers ambassadeurs d’une marque, devient la des outils. 15
  16. 16. Culture EconomieEnjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgiquel ormation à l’entrepreneuriat culturel FEntreprendre et réussir dans la culture, c’est être compétences en administration/finance (38  %)en capacité de réconcilier deux logiques encore sont considérées comme les plus essentielles.fortement ressenties comme antagonistes  :d’une part, la dimension de création (l’art pour Or seulement 34  % des répondants résidant enl’art) et d’autre part, la dimension économique Wallonie, 18  % en Flandres et 13  % à Bruxelles(vivre de son art). C’est tout l’enjeu de la for- estiment avoir été bien préparés aux compé-mation initiale et continue adaptée à l’entre- tences managériales, pourtant ressenties commepreneuriat culturel et créatif. L’icône de l’artiste fondamentales.«  complet  » reste Léonard de Vinci. Peintre et Si l’on distingue les entrepreneurs des ICC quihomme d’esprit universel, à la fois artiste, scien- ont suivi une formation supérieure de type cultu-tifique, ingénieur, inventeur, anatomiste, peintre, relle ou créative (60  % des répondants), dessculpteur, architecte, urbaniste, botaniste, musi- entrepreneurs des ICC qui ont suivi uniquementcien, poète, philosophe et écrivain, il n’en fut pas une formation supérieure de type économie oumoins « commerçant  » en attirant l’attention de gestion ou autre (40  %), un constat se pose  :mécènes pour vivre de ses arts. l’étudiant dans un cursus créatif « pur » rencon- trera tendanciellement plus de difficultés sur leDe l’idée créative à l’entreprise marché du travail sur la dimension économiqueSi un certain nombre d’écoles supérieures belges de son activité professionnelle. Par exemple, ildédiées aux ICC sont reconnues pour leurs exi- ressort des entretiens que le « créatif pur » auragences de travail et l’extrême qualité du transfert tendance à sous-estimer la valeur de ses œuvres/de savoir-faire créatifs, des marges de progrès services, il aura des difficultés à monter sonsont possibles. business plan, à réfléchir en termes de stratégies financières, commerciales et marketing. CertainsEn effet, dans le panel de répondants à notre témoignent avoir été sollicités par des intermé-enquête en ligne, seuls 17 % des actifs travaillant diaires peu scrupuleux exploitant une certainedans les ICC estiment avoir été bien préparés à candeur des jeunes diplômés.l’entreprenariat culturel et créatif. Précisément,hormis les compétences artistiques incontour- Il semblerait donc que les compétences entre-nables, les compétences managériales (73 %), les preneuriales ne soient pas assez bien transmisesrelations publiques et presse (61 %) ainsi que les dans les formations de type créatif et culturel. Hormis la créativité, quelles sont les compétences les plus importantes pour les entrepreneurs créatifs et culturels ? Managériales (vision business plan, gestion de risques…) Relations publiques presse Administration/finance Langues Connaissances IT/social media Juridiques (législation sociale, droit d’auteur, contrats…) 0 10 20 30 40 50 60 70 80 % Auxquelles de ces compétences estimez-vous avoir été bien préparé lors de votre formation en Belgique ? Langues Managériales (vision business plan, gestion de risques…) Relations publiques presse Administration/finance Juridiques (législation sociale, droit d’auteur, contrats…) Connaissances IT/social media 0 10 20 30 40 50 60 70 80 % 16
  17. 17. Le recours au système DPour palier au manque de compétences « entre-preneuriales  », les créatifs belges sondés ontrecours au «  système D  » (amis, famille, entre-prises privées). Les entreprises privées sontmajoritairement consultées pour les matièrescomptables, administratives, financières etinformatiques. Les amis et la famille sont plutôtconsultés sur les sujets en lien avec les médiassociaux et le networking.Les structures d’aides publiques ou associa-tions professionnelles sont moins consultées.D’ailleurs, 72  % des répondants de notre panelpensent que les entreprises culturelles et créa-tives ne sont pas suffisamment bien épaulées parleurs associations professionnelles. Variant del’une à l’autre, elles ont pour mission d’assurer la été transmises dans leur formation supérieure. Lereprésentation des intérêts du secteur aux déci- talent et la culture générale ne suffisent pas pourdeurs publics, la promotion du secteur, le conseil s’improviser du jour au lendemain entrepreneuren affaires, l’information sur les financements culturel. Celui-ci doit être capable de se financer,disponibles, développer le networking, diffuser de protéger ses créations, et de convaincre deles appels à projets, des propositions de travail la valeur ajoutée symbolique de son produit oucollaboratif sur projets… Mais les entreprises ne service. Dès lors, une réflexion s’impose sur lesse retrouvent plus dans cette profusion de struc- compétences idéales de l’entrepreneur cultureltures et d’aides disponibles. Une simple carto- et/ou créatif.graphie de structures publiques et associations Pendant les études dédiées à la création, ilprofessionnelles belges dédiées aux ICC permet conviendrait de renforcer substantiellementde recenser plus d’une quarantaine de structures l’apprentissage de l’anglais, des bases du droiten Belgique ! Pour aider le design par exemple, il de la propriété intellectuelle, de la comptabi-n’y a pas moins d’une vingtaine de structures en lité/finance (i.e. savoir faire un business plan),Wallonie. du marketing/PR (savoir communiquer), et desOutre l’illisibilité, une autre critique se dégage de logiques des chaînes de valeur du secteur. Lenos entretiens : les activités créatives englobant stage en entreprise est un exercice désormaisplusieurs secteurs ICC, ou celles, plus récentes incontournable. De plus, des interventions des(webdesign), ne se retrouvent pas forcément structures de soutien du secteur (associationdans ce paysage foisonnant de structures inter- professionnelle, entités en charge de l’interna-médiaires fonctionnant souvent en silos. La tional/export, sociétés de gestion des droitsgestion segmentée de ces différents secteurs d’auteur…), des interventions de professionnelsentrave le développement de la pensée latérale étrangers, d’alumni, des visites d’entreprises…et de l’innovation. seraient à encourager tout au long du cursus. Il est important d’ouvrir l’enseignement créatifRevoir les cursus dédié à l’entrepreneuriat aux autres économies. Citons par exemple lecréatif Programme d’entrepreneuriat créatif Goldsmith de l’Université de Londres, destinés aux étu-De plus en plus d’entrepreneurs culturels et créa- diants voulant entreprendre dans le secteur de latifs vivent de leur art (Stromae, Francys Alys, création. Cette formation enseigne les pré-requisJean-Claude Van Damme, les frères d’Ardenne nécessaires à l’entreprenariat ainsi que les attri-ou encore Amélie Nothomb). Pas étonnant que buts nécessaires à la commercialisation de leurles étudiants des filières artistiques soient aussi produits/service créatif et/ou culturel. L’objectifdésireux de faire carrière et espèrent pouvoir est de former les étudiants à l’économie cultu-vivre de leur capital culturel et créatif. La clef du relle, à innover par rapport aux différentssuccès, selon le chanteur Stromae, «  c’est 40  % business model possibles et de développer leursde chance, 40 % de travail et 20 % de talent. L’art compétences entrepreneuriales (finance, chaînepour l’art, c’est bien, mais il faut tenir compte de de valeurs…), de communication (leadership,la réalité du marché ». marketing…) légales (propriété intellectuelle…).A contrario, les histoires de « galères », d’incom- Des opportunités de networking, de cours oupréhension des règles du jeu, de petits revenus, d’expériences communes pendant les étudessont nombreuses. sont à imaginer pour faire se rencontrer lesPour pallier à ces problèmes, les entrepreneurs profils de créatifs avec les profils de gestion-des ICC de l’enquête en ligne ayant suivis des naire d’entreprise ICC. L’objectif  : encouragercursus purement créatifs regrettent que les les projets multidisciplinaires entre le monde denotions de base de l’entrepreneuriat n’aient pas l’entreprise et les créatifs pour casser les clichés. 17
  18. 18. Culture EconomieEnjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en BelgiqueL’intermédiaire de l’artiste est une nouvelle pro- Master en production de projets artistiques.fession qui vient en soutien des artistes pour leur Ce nouveau Master inclurait un certain nombrepermettre de trouver leur «  marché  », en par- de cours ou de modules de formation destinésticulier en assurant le PR, marketing, CRM… Si à familiariser les étudiants avec des conceptsce type d’entrepreneur culturel a toujours existé et des outils utiles à la production de projets  :d’une façon ou d’une autre dans l’histoire de la aspects juridiques et institutionnels, notions deculture (ex. : le marchand de tableaux, l’agent…), comptabilité, outils de communication, etc. Unnous avons la conviction qu’il devient aujourd’hui cycle de rencontres – 2  rencontres par mois-essentiel de crédibiliser leur formation et leur permettrait d’alimenter les étudiants (et leursmise en contact avec les créatifs. projets) par l’expérience de professionnels.Le système éducatif francophone commence Un débat plus large se développe en Europe enà bouger pour concilier la création et l’esprit faveur d’une meilleure prise en compte des coursd’entreprise. ARTES, une plate-forme trans- se basant sur la créativité au cœur de l’enseigne-disciplinaire de 3  écoles supérieures des arts ment dès le plus jeune âge, pour forger les talentsde la Communauté Française à Bruxelles (le et alimenter l’innovation de demain. Les écolesConservatoire, La Cambre et l’INSAS) vient de de Singapour généralisent déjà les cours de créa-solliciter une habilitation nouvelle, commune, tivité tout au long de l’enseignement primaire ettrans-domaines, pour la création d’un nouveau secondaire afin de booster l’innovation du futur. Compétences idéales à l’entreprenariat culturel et créatif• Talent créatif Communication Entreprenariat • P ensée latérale • eadership L • Compétences managériale • C réativité • arketing M • Compétences informatiques • E xcellence • elations publiques et presse R • Compétences juridiques • Social CRM • Compétences économiques • I nnovation • Langues • Administration… Un autre regard  Polimoda Polimoda est l’exemple d’une école d’entrepre- neurs de la mode à Florence, ville historique de la mode italienne. Elle est née du besoin de l’industrie florentine du luxe de s’adap- ter au marché global de la mode, de plus en plus concurrentiel. L’école est une initiative publique/privée lancée en 1986 et financée par les villes de Florence et Prato, les associa- tions professionnelles, la région Toscane, et les encouragés en lien avec les districts industriels fonds sociaux européens. Présidée et dirigée et les maisons de mode. par deux noms de la mode internationale Francesco Ferragamo et Linda Loppa, l’école – Les projets des élèves sont régulièrement se veut ancrée dans les réalités du marché de présentés devant la presse, les décideurs la mode. Elle associe les professionnels locaux publics, le secteur privé, dans le cadre de dans la construction des cursus pédagogiques foires et galas locaux et dans les vitrines com- (Chambre de commerce, filière de la chaus- merçantes de la ville. sure, filière de la mode…). – Au sein de l’école, une spin-off, présidée par – En réponse aux besoins du marché ont le Président de la marque Versace, offre des été créés les Masters «  Fashion Stylists  », prestations de conseil en stratégie marketing «  Fashion Brand  », 25  Masters en anglais, et auprès de 35 entreprises de mode (Ferragamo, des Summer school en chinois. Gucci, Tod’s, au Quatar, en Inde…). Cette filiale capte les tendances des marchés et facilite le – Les étudiants sont formés sur toute la chaîne placement des étudiants. de valeur de la mode, de la création de col- lections haute couture, jusqu’à la commercia- – 94 % des diplômés trouvent un emploi dans lisation (achat/vente, relation client, art de la les 6 mois, dans les grandes maisons de mode mise en vitrine…). Les stages et projets sont du monde. 18
  19. 19. l ’accès au financement LUn des obstacles les plus importants rencon- que les entreprises du domaine de la publicité),trés par les professionnels des secteurs cultu- du stade de développement des entreprisesrels et créatifs est l’accès au financement dont (phase d’amorçage, phase de croissance, phaseils ont besoin pour mener à bien leurs activités. de transformation, etc.).En Europe, 85  % des entreprises des industriesICC éprouvent des difficultés à trouver des finan- Le recours principal aux « friends, familycements3. D’autant plus qu’en temps de crise, and fools »la culture est souvent la première victime des En Belgique, selon notre enquête en ligne, lescoupes budgétaires. La recherche de finance- entreprises ICC sont d’abord financées en fondsments mixtes (public-privé) s’accélère, tant pour propres (76  %), grâce à des économies person-les institutions culturelles que pour les entre- nelles ou des sources «  FFF  » («  friends, familyprises créatives. Internet, source fantastique and… fools »).d’opportunités pour la culture, a aussi mis à mal 46  % des répondants ont déjà fait appel à descertaines entreprises créatives qui voient leurs sources de financements externes (prêt, sub-sources de revenus traditionnels s’éroder à cause sides publiques, sponsoring, business angels…).de la disparition des supports physiques, du télé- Ces sources externes sont difficiles d’accès pourchargement illégal de contenus. Les entreprises près de 88 % des répondants, et ce, d’autant plusse voient alors obligés de penser de nouveaux lorsqu’elles relèvent du secteur privé.modèles économiques.Les besoins de financements diffèrent en fonc-tion des secteurs ICC (par exemple, les arts du 3- Commission européenne, (2011), Livre Vert - « Libérerspectacle sont typiquement plus subventionnés le potentiel des industries culturelles et créatives ». Quelles sont les sources de financement les plus importantes pour votre entreprise ? Fonds propres Prêt bancaire Bourses publiques/ financement public Sponsoring Incitation fiscale Capital risque Financement viral Financement damorçage Business Angels Donation Introduction en bourse 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 % Comment qualifiez-vous l’accès aux sources de financement externes suivantes ? Prêt bancaire Financement viral Bourses privées Bourses publiques Sponsoring Business Angels Donation Financement damorçage Capital risque 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 % Facile Difficile 19
  20. 20. Culture EconomieEnjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en BelgiqueLes bourses publiques sont utilisées dans 21,6 % n es fonds publics alloués aux ICC, quelles Ldes cas. que soient les régions, feraient l’objet de vifsLa principale forme de soutien émanant du débats. Les interviewés (bénéficiaires ou non)secteur privé est le sponsoring avec 8,1  % des admettent que les subsides publics peuventréponses. avoir un effet salutaire dans le soutien de choix créatifs risqués. Néanmoins, il est admisLe recours au crowdfunding, modèle de finance- qu’une certaine dépendance aux subsides peutment où une multitude d’internautes financent «  endormir  » la créativité et n’exclue pas undes projets créatifs en achetant des «  parts  » interventionnisme politique dans la program-via un site internet, est récent et encore mar- mation. Les subsides devraient être alloués deginal car ces plateformes web sont rares et manière prioritaire à des projets expérimen-doivent encore faire leur preuve (Aka music, taux pour permettre le développement de nou-Mymajorcompany…). veaux produits culturels et créatifs. Néanmoins,Les soutiens financiers publics apportés aux les organes publics en charge des soutiensICC rencontrent des avis mitigés. Une majo- financiers aux ICC devraient régulièrementrité des répondants et interviewés n’ont jamais évaluer la pertinence, les résultats qualitatifsdemandé de subsides. Ceux qui ont introduit une et quantitatifs, l’efficience des subsides alloués.première demande de soutien financier publicsont généralement déçus du résultat obtenu par Le secteur privé frileux dans le soutienrapport aux efforts fournis et n’ont plus retenté aux ICC, par méconnaissance et méfiancel’expérience. réciproque L’enquête en ligne indique que le prêt bancaire Ces 12 derniers mois, avez-vous fait appel est considéré comme la source de financement à une source de financement externe ? la plus accessible. Cependant il ressort de nos entretiens que les banques restent frileuses pour investir dans les ICC. Pour arriver à rapprocher le secteur privé et les ICC, il faut leur apprendre à parler un langage commun, à se départir de Au moins une fois clichés qui prévalent tant chez les investisseurs 54 % 46 % privés que chez les créatifs. Non n a méfiance des investisseurs privés s’expli- L querait par le fait que l’industrie créative est considérée comme un secteur à risque. Les ICC sont une économie singulière qui se base sur des concepts certes peu quantifiables tels que la beauté artistique ou la valeur symbo-Les raisons évoquées sont diverses et multiples : lique des produits, dont le « hype » auprès de la demande est imprévisible. Dans la plupartn es entretiens précisent que la distribution L des cas, les entreprises des ICC utilisent des des bourses ne fait pas toujours l’objet d’une biens immatériels (des idées, des brevets, etc.), grille de décision transparente poussant ainsi garantie souvent considérée comme insuffi- les créatifs à devoir faire du lobbying politique. sante par les investisseurs privés. Certains secteurs semblent plus soutenus que Or, contrairement à cette idée reçue, investir d’autres, soutien variant au gré des intérêts dans des entreprises créatives n’est pas plus des décideurs politiques, et moins dans une risqué que dans les autres pans de l’écono- logique de stratégie avec des priorités claires, mie4. Dans une étude menée en Angleterre, il a objectivées, ou au regard de potentiels de été démontré que le taux de survie des entre- développement à long terme. prises ICC après 5 années d’existence est plusn e paysage des structures d’aides et de soutien L élevé que celui des entreprises traditionnelles publiques aux filières est particulièrement illi- (49,7  % contre 46,6  %). Il est même suggéré sible, au-delà des différences régionales. Aussi, que les ICC ont plus de facilités à traverser des un nombre croissant d’entreprises multidisci- périodes difficiles en se « serrant la ceinture » plinaires dans leurs activités, en particulier sur que les autres entreprises. le champ numérique, se voit refuser l’accès aux secteur privé est une source complémen- Le financements publics soumis à une segmenta- taire aux subsides publics. En effet, grâce à ses tion ressentie comme trop stricte. outils, son savoir-faire, ses carnets d’adressesn es entretiens menés mettent en exergue une L internationaux…, le secteur privé est parfois tendance au « saupoudrage » des aides finan- cières par les institutions publiques. De ce fait, les montants octroyés sont faibles et ne 4- Helen Burrows and Kitty Ussher, (October 2011), The permettent pas aux entrepreneurs ICC de se lazy assumption that the creative industries are inhe- lancer dans des projets ambitieux. rently risky is harming Britain’s path to growth…, DEMOS 20

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