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Les opérations du siège à Caluire et à la Croix-Rousse
d’après l’Histoire de Caluire et Cuire de Martin Basse
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La chapelle Ste Croix et sa crypte transformée en ossuaire
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Histoire des raisons et des conséquences de la rébellion de la ville de Lyon en 1793 contre la Convention

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1793 à Lyon, l'année terrible

  1. 1. 1 1793 à Lyon, l’année terrible par Jean-Jacques TIJET “…nous ferons un cimetière de la France, plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière…” Jean-Baptiste Carrier (1756-1794) député montagnard de la Convention « A la fin de la décennie révolutionnaire Lyon est une cité traumatisée, humiliée et martyrisée » Cette réflexion de Ronald Zins, première phrase de la préface de son livre prestigieux Lyon et Napoléon, a excité ma curiosité ! J’ai voulu reconstituer les faits saillants qui se sont déroulés dans notre ville durant cette période si particulière et surtout ceux de 1793, année du fameux siège ; quelles sont les circonstances et les conséquences de celui-ci ? Pourquoi la ville a subi la vindicte de la Convention ? Lyon, une autre Vendée ? Pour essayer de comprendre il nous faut remonter le temps et revenir au commencement de cette époque trouble, étrange et compliquée, en particulier à l’année 1789. Chacun sait qu’à Versailles le 5 mai, sur la convocation du roi Louis XVI, les 1139 représentants de la population française (270 de la noblesse, 291 du clergé et 578 du tiers état) se réunissent en « Etats généraux1 » dans un contexte politique particulier caractérisé par de profondes difficultés financières, économiques et sociales. Elles peuvent se résumer à l’impossibilité d’effectuer des réformes structurelles (le système judiciaire reste plus ou moins féodal et le système politique - une monarchie absolue - ne répond pas aux désirs d’une certaine bourgeoisie cultivée impatiente à assumer des fonctions de responsabilité) dans un pays en pleine détresse due aux mauvaises récoltes (inondations en 1787, sécheresse l’année suivante et hiver 88-89 des plus rigoureux) et au marasme de l’économie (Lyon est fortement touchée, la plupart des filatures et des moulinages sont arrêtés et la ville compte près de 22 000 chômeurs2 pour une population d’environ 150 000 habitants3 ). En outre la société est profondément inégalitaire (la fiscalité accable le tiers état et de nombreux privilèges sont accordés à la noblesse et au haut-clergé) ; elle est également ébranlée par une remises en cause des croyances religieuses (le catholicisme est l’un des piliers fondamentaux de la société française depuis plus de 1000 ans) due, très certainement, à la lecture des écrits des philosophes du XVIIIe (Voltaire et Rousseau en particulier)4 et… de libellistes experts en diffamation. Cela fait beaucoup5 ! Les représentants du tiers état se proclament Assemblée nationale le 17 juin, jurent de ne se séparer qu’après avoir obtenu une constitution, abolissent les privilèges de la noblesse le 4 août déclarent les droits de l’homme et du citoyen le 26. Le roi et sa famille, ramenés de force aux Tuileries début octobre, deviennent l’otage de la population parisienne. L’été 89 est un été de troubles, d’émeutes, de violences et de panique6 . Des bandes de vagabonds affamés hantent les campagnes et répandent le mythe d’un complot aristocratique. En Dauphiné et en Mâconnais une soixantaine de châteaux seigneuriaux sont dévastés, pillés et 1 C’était la seule institution représentative de notre régime monarchique ; les élites y étaient attachées comme moyen d’adresser au roi leurs doléances et de tempérer le pouvoir royal. Les derniers avaient eu lieu en 1614-1615. 2 D’après Louis Trenard (1914-1994) dans La Révolution française dans la région Rhône-Alpes 3 Louis Trenard cite plusieurs estimations de contemporains : 115 800, 120 000, entre 150 et 170 000 et 200 000 4 M.-C. Chénier déclare à la Convention en octobre 1793 « Il est impossible que les représentants du peuple ne soient pas convaincus que c’est aux livres que nous devons la Révolution » 5 Appréciation toute personnelle de l’auteur… 6 H. Taine recense près de 300 émeutes en France durant le printemps 1789 (Les origines de la France contemporaine)
  2. 2. 2 même brûlés pour certains comme celui de Jons (dans l’Est lyonnais, au bord du Rhône) dont le propriétaire est le comte de Saint-Priest, alors ministre et secrétaire d’Etat. Le 12 juillet 1790 l’assemblée vote la constitution civile du clergé qui permet la vente des biens de l’Eglise et de gager l’émission des « assignats » qui deviennent une véritable monnaie. Durant l’année 1790 commencent à se dessiner les 2 tendances de l’assemblée (qui reflètent d’ailleurs très certainement celles de l’ensemble de la population), certains veulent aller plus loin dans le processus révolutionnaire, d’autres considèrent que la Révolution est terminée. Le 30 septembre 1791 la première assemblée laisse la place à une assemblée législative comme l’a prévu la constitution, ultime travail des députés. L’année 1791 est marquée par les tergiversations, les sottises (son essai manqué de fuite à l’étranger) et les indécisions du roi qui manque d’une vision précise de la situation et d’une ligne politique ferme et constante (il n’aura jamais à ses côtés une « tête pensante » énergique comme Richelieu ou Mazarin…). L’année 1792 est celle d’une certaine radicalisation et du clivage de plus en plus marqué entre « Girondins » et « Montagnards7 » c'est-à-dire entre modérés mais idéalistes et extrémistes, ces derniers soutenus par les trop fameux sans-culottes. Aujourd’hui on peut plus ou moins sourire de cette appellation mais, n’oublions pas que ce terme est représentatif d’un modèle de citoyen, appartenant au petit peuple, poussé à la révolution par la misère : ils réclament, en définitive, du pain et un nouvel ordre social pour un monde meilleur. Comment rester insensible à de telles revendications mais, comme dans toutes les révolutions, ils seront manipulés par des extrémistes et par des jusqu’au-boutistes dénués de scrupules, intransigeants et violents dans leur langage comme dans leurs actes qui les discréditeront, tels Chalier et Collot d’Herbois que nous verrons intervenir à Lyon. L’assemblée déclare la guerre à l’Autriche en avril 1792 ; la Prusse s’associe à cette dernière en juillet. La patrie est déclarée en danger et le manifeste de Brunswick8 enflamme et exaspère la population parisienne qui envahit les Tuileries de 10 août ! Les armées ennemies pénètrent en France provoquant la panique du peuple parisien qui se venge en massacrant des milliers de prisonniers déclarés contre-révolutionnaires (début septembre). La Convention remplace la précédente assemblée et vote, dès sa première séance le 21 septembre, la déchéance du roi et l’instauration de la République. Mais le fait marquant pour notre histoire - c'est-à-dire celle de Lyon - est la création de la commune insurrectionnelle de Paris qui va devenir un des organes principaux de gouvernement (avec le Comité de salut public créé en avril 1793 qui, lui, est l’émanation de la Convention) et qui veut imposer son pouvoir à la province… A Lyon il y a aussi confrontation entre modérés ou girondins et extrémistes ou chalier c’est ainsi que l’on désigne les révolutionnaires les plus durs du nom de leur chef, Joseph Chalier, fanatique imitateur de Marat et tribun préféré des jacobins lyonnais qui demande... de rendre grâce aux Dieux de la mort du tyran Capet9 . Toujours est-il qu’à partir du 8 mars 1793 la municipalité lyonnaise est dirigée par un ami de Chalier, Bertrand. Elle instaure un Comité de salut public lyonnais, la permanence de la guillotine, des assemblées populaires, un tribunal révolutionnaire mais c’est la décision de créer une armée révolutionnaire – entretenue avec un impôt payé uniquement par les « riches »10 - qui déclenche la rébellion. La majorité des 32 7 Groupes politiques issus de la Révolution ; les Girondins sont, à l’origine, des députés natifs de la Gironde, plutôt de tendance modérée, appelés parfois Brissotins de Jacques-Pierre Brissot de Warville (1754-1793) un de leurs chefs de file… même s’il est né à Chartres ; ils s’opposeront aux Montagnards (qui siègent sur les bancs les plus hauts de l’assemblée) plutôt de tendance radicale. 8 Suggéré par le roi et la reine, rédigé par un émigré et signé par le duc de Brunswick général en chef des armées prussiennes et autrichiennes, il menace le peuple de Paris de représailles s’il était fait le moindre outrage à la famille royale. 9 Le 23 mars 1793 il déclare … Les sans-culottes iront verser leur sang, dit-on. C’est bien là le langage des aristocrates. Est-ce qu’un sans-culotte peut être atteint ? N’est-il pas invulnérable comme les dieux qu’il remplace sur la terre ? (cité par H. Taine) 10 La vindicte contre les « riches » est de toutes les époques, comme celle contre les juifs… et aussi bête. Le 10 septembre 2010 JL Mélanchon lors d’une interview diffusée sur le journal de FR3Soir (à l’occasion de la Fête de l’Humanité) déclare que « les riches n’ont qu’à bien se tenir » si jamais son parti politique vient au pouvoir ! Il ne lui vient pas à l’esprit que la plupart des riches le sont par leur travail ou par leur réussite professionnelle.
  3. 3. 3 sections lyonnaises (créées en 1790 par des patriotes11 ) se révolte contre la municipalité, la renverse (29 mai) à la suite de combats meurtriers près des Terreaux (45 morts et 115 blessés12 - la garde nationale et quelques bataillons d’infanterie de l’armée protègent l’accès à l’hôtel de ville) et libère la ville de l’oppression jacobine. A partir de cette date Lyon s’oppose à Paris d’autant plus qu’à partir du 2 juin les extrémistes les plus radicaux gouvernent la France (les principaux chefs girondins sont arrêtés puis guillotinés). Lyon dénonce « l’illégalité du pouvoir en place » juge et guillotine Chalier13 le 17 juillet (c’est une erreur, il me semble, car les modérés utilisent les mêmes procédés que les extrémistes). Comme la Convention ne pouvait se sauver qu’à force d’audace14 , Lyon est décrétée hors la loi par celle-ci qui demande à l’armée des Alpes15 d’y rétablir les lois de la République (14 juillet). La rupture est consommée malgré les nombreux appels de Lyon afin de prouver son soutien à la République. Lyon considère que Paris est une cité vouée au désordre qui influence les décisions de la Convention et celle-ci ne peut être libre dans l’atmosphère lourde et menaçante de la capitale et de ses faubourgs ; pour se justifier elle n’hésite pas à citer la Déclaration des droits de l’homme : Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. En réalité la dissidence lyonnaise est un problème national car elle conteste la légitimité du gouvernement qu’elle estime – à juste titre - dominé par une poignée de révolutionnaires radicaux et violents… obligé de se soumettre à la tyrannie criarde d’une bande de coquins qui, dans les tribunes, usurpent le nom et les fonctions du peuple souverain et qui, dirigés secrètement par un petit nombre de démagogues, gouvernent cette malheureuse nation… (d’après John Moore, médecin et littérateur anglais (1730-1802) cité par Taine). Des historiens très républicains (ou plutôt antimonarchiques) tel Michelet ont vu dans l’insurrection lyonnaise « la main des royalistes » ! Pour ma part je partagerais plutôt l’avis de Louis Trenard : …le coup de force du 29 mai n’est pas d’essence monarchique malgré la participation de nombreux royalistes, c’est le principe de « la résistance à l’oppression » qui a mobilisé les sections lyonnaises… Antoine Grand ne dit pas autre chose – en s’appuyant sur un procès verbal d’une séance de la Commission populaire de salut public du Rhône-et-Loire - lorsqu’il invoque les motifs de ce soulèvement … les taxes et les emprisonnements arbitraires, les menaces de massacres, les vexations sans nombre d’une municipalité vouée au parti de la violence… et puis n’est-ce pas la première preuve que Lyon est une cité qui se gouverne au centre ! Peut-être aussi peut-on faire confiance au bon sens des ouvriers lyonnais qui, comme le cite Mignet dans son Histoire de la Révolution française, pouvaient penser que Lyon se devait être « attaché à l’ancien ordre des choses » car « son commerce de luxe, ses manufactures de soie et de broderies en or la rendaient dépendante de l’aristocratie ; elle devait donc se déclarer contre un changement social qui ruinait son industrie en abaissant la noblesse et le clergé ». Le siège de Lyon commence le 8 août avec l’arrivée de Kellermann et de ses forces, composées de 12 bataillons de l’armée des Alpes, 2 escadrons de l’armée du Rhin et de 13 000 gardes nationaux (dont la valeur militaire n’est pas brillante… ce contingent a été demandé par la Convention aux villes avoisinantes comme Mâcon, Bourg, Gex, etc.) soit au maximum 20 000 hommes. En face l’armée lyonnaise commandée par un ancien commandant de l’éphémère garde 11 Elles ont pour origine la Société populaire des amis de la constitution fondée en août qui donne naissance ensuite à des clubs de quartiers (ou sections) dont les séances sont prétexte à commenter l’actualité et à déterminer la conduite à tenir. 12 Louis Trenard 13 D’après l’éminent historien lyonnais Antoine Grand (1856-1923) dans son étonnant La Croix-Rousse sous la Révolution, Chalier aurait été arrêté dans sa maison de campagne située à l’angle de la rue Coste et de la rue Pierre Brunier à Caluire aujourd’hui mais à l’époque elle se situait dans la commune de Cuire-la-Croix-Rousse, distincte de celle de Lyon et de celle de Caluire. C’est la raison pour laquelle, après la victoire des Jacobins conventionnels en octobre 1793, elle prendra le nom de Commune Chalier ! 14 F.-A. Mignet (1796-1884) dans son Histoire de la Révolution française 15 Créée en octobre 1792 après l’annexion de la Savoie ; elle a pour mission de tenir les cols alpins afin de repousser les armées sardes et/ou autrichiennes (les Autrichiens occupent le Milanais)
  4. 4. 4 constitutionnelle de Louis XVI16 , Perrin de Précy, ne peut compter que sur 6 000 hommes environ mais peu de soldats de métier. Même si les Lyonnais fortifient les points stratégiques de la ville par des redoutes en terre (les anciennes murailles sont trop vétustes, seules celles de la Croix-Rousse sont encore « en service ») et barrent avec des madriers le pont Saint-Clair (Morand aujourd’hui) et celui de la Guillotière, assiégeants et assiégés hésitent à déclencher les hostilités (les uns attendent des renforts, les autres une éventuelle offensive sarde…). Le général Doppet17 (qui a remplacé Kellermann parti combattre les Austro-sardes dans les Alpes ; ces derniers ont contre-attaqué en Maurienne et Tarentaise et sont sur le point de chasser les troupes révolutionnaires de la Savoie) et le représentant de la Convention Dubois-Crancé s’installent dans le château de la Pape à Rillieux et leur poste de commandement sur le plateau de Montessuy à Caluire tandis que les autres généraux s’établissent à Bron et Limonest. Les premiers combats, plutôt des escarmouches, ont lieu sur la ligne de front de Cuire et Caluire milieu août. Le bombardement à boulets incendiaires de la ville commence le soir du 22 août à partir de canons et mortiers placés dans la plaine de la Guillotière et provoque de catastrophiques incendies (que l’état-major républicain peut contempler des hauteurs de Montessuy…). Le 17 septembre la ville est complètement cernée : des unités de gardes nationaux venus d’Auvergne occupent le plateau de Craponne. Fin septembre les défenses de la Croix-Rousse craquent (en particulier la fameuse redoute Gingenne – du nom de son chef – installée à l’emplacement actuel de l’hôpital de La Croix Rousse ; des combats acharnés ont lieu près du cimetière de Cuire où se trouve aujourd’hui l’église St Romain de Caluire ; la résistance lyonnaise a été tellement glorieuse que le général Doppet a voulu rendre hommage à la bravoure de ses ennemis en déclarant : l’héroïsme doit être admiré partout où il se trouve), le château de la Duchère et Ecully sont occupés par les troupes conventionnelles. Les combats du 29 septembre sont décisifs même si beaucoup de Lyonnais héroïques se défendent avec le courage du désespoir. Pour la petite histoire, c’est dans la nuit du 29 au 30 septembre qu’un boulet – tiré, paraît-il, des Brotteaux - tue dans son lit le prêtre constitutionnel de l’église paroissiale Saint Polycarpe, l’abbé Rozier connu également comme agronome, botaniste et… franc-maçon18 ! (c’est l’ancienne église des Oratoriens construite au XVIIe siècle, elle est située sur les pentes de la Croix-Rousse et sa façade conserve encore des traces d’impacts !). D’après les comptes d’un capitaine du Génie de l’armée des Alpes, il a été consommé, par les assiégeants, près de 44 000 boulets, bombes et autre obus (en d’autre terme il est tombé sur Lyon environ 1000 de ces « gentils projectiles » par jour) ! Les bombardements de Lyon vus de la Croix-Rousse 16 Cette unité chargée de veiller à la sécurité du roi et de sa famille a été créée le 3 septembre 1791 et dissoute le 29 mai 1792 17 Il est né à Chambéry en mars 1753 et prénommé François-Amédée. Etabli à Paris en 1791, membre important du Club des Patriotes étrangers et artisan du rattachement de la Savoie à la France. Il a été tour à tour – sans éclat et sans envergure - médecin, écrivain, homme politique et militaire. Il meurt à Grenoble en avril 1799. 18 Il y avait à la veille de la Révolution à Lyon, 27 ecclésiastiques adhérents d’une loge maçonnique
  5. 5. 5 La disette sévit, l’agonie commence. Le 7 octobre la municipalité accepte les conditions de reddition proposées par l’envoyé de la Convention, Couthon19 … bien que la ville ne soit pas prise complètement. Précy n’arrive pas à convaincre ses compagnons de continuer la lutte et réussit sa fuite par Vaise et la vallée de la Saône (le 8) mais François-Henri de Virieu20 , un de ses lieutenants, est frappé d’une balle au cœur, à l’embranchement des chemins de Collonges et de St Cyr-au-Mont d’Or. Le 9 octobre le général Doppet et les « représentants du peuple » entrent dans Lyon et prennent possession de la cité, la revanche jacobine par la répression peut commencer… « Les Lyonnais se mêlèrent avec confiance aux Républicains qui leur offraient de se rendre et furent presque tous traîtreusement massacrés21 ». Pendant six mois consécutifs ce sera le règne de la terreur dans sa cruauté la plus hideuse22 . La Convention décrète que « Lyon sera détruite. Tout ce qui fut habité par le riche [encore et déjà…] sera démoli, il ne restera que la maison du pauvre, les habitations des patriotes égarés ou proscrits, les édifices spécialement employés à l'industrie et les monuments consacrés à l'humanité et à l'instruction publique. La réunion des maisons conservées portera désormais le nom de Ville-Affranchie. Il sera élevé sur les ruines de Lyon une colonne qui attestera à la postérité les crimes et la punition des royalistes de cette ville avec cette inscription : Lyon fit la guerre à la liberté ; Lyon n'est plus ». D’octobre 1793 jusqu’à début août 1794 la ville rebelle subit les pires représailles. L’infernale Convention23 instaure un régime de terreur, rempli de haine et de sauvagerie. C’est d’abord Couthon qui officie et préside la Commission de justice populaire chargée d’interroger et de condamner les accusés en bloc en provoquant la délation …la dénonciation est une vertu ; apprenez frères et amis qu’on accorde le vingtième de tout ce que votre vigilance reconquerra à la République, des trésors enfouis par les scélérats et les contre-révolutionnaires… Symboliquement il commence l’œuvre de destruction le 26 octobre en frappant à l’aide d‘un marteau les façades de la place Bellecour mais il est rappelé24 par la Convention (le 3 novembre) et remplacé par 2 sinistres personnages, Collot d’Herbois et Fouché. (La Convention a pris l’habitude de déléguer ses responsabilités en province à des « représentants du peuple en mission », députés zélés à qui est confiée une mission temporaire ; en réalité ils ont pratiquement tous les pouvoirs. Lamartine dans ses Confidences, publiées au milieu du XIXe siècle, les évoque « C’était le temps où les proconsuls de la Convention se partageaient les provinces de la France et y exerçaient, au nom du salut public, un pouvoir absolu et souvent sanguinaire… »). Ils vont mener une répression sanglante et se faire remarquer par leur excès antireligieux… mais, il est vrai que c’est « très tendance » puisque, ne l’oublions pas, la République a remplacé le culte catholique par celui de la Raison mais comme celui-ci est trop difficile à observer… il cède la place à celui de l’Être suprême ! Prenons comme exemple Collot qui, le 20 brumaire an II, dans une cérémonie en l’honneur du « martyr » Chalier, déguise un âne en évêque et brule des « guenilles sacerdotales »25 ! D’une extrême vanité, on dit qu’il aurait exercé une vengeance aux dépens des Lyonnais qui l’avaient sifflé autrefois lorsqu’il dirigeait une troupe de comédiens ! La cathédrale St Jean n’est pas épargnée et on mutile allégrement tout ce qui évoque la royauté. C’est ainsi que l’horloge astronomique est endommagée (les aiguilles, écussons et couronnes en forme de fleurs de lys en particulier) pour devenir un monument sans vie durant de longues années. 19 Il est arrivé à Lyon fin août (il semble avoir remplacé Dubois-Crancé qui, accusé de modérantisme, sera arrêté le 12 octobre et ramené à Paris sous escorte ; il se justifiera et sera libéré...) 20 Représentant de la noblesse du Dauphiné aux Etats généraux de 1789, c’est un aïeul en ligne directe du célèbre journaliste décédé en 1997 et qui portait exactement le même nom ; sa femme, la marquise Elisabeth, récupère en 1797 la propriété familiale (ce qu’il reste du château de Pupetières…) situé près de Virieu-sur-Bourbre en nord Isère qui sera, plus tard, restauré par Viollet le Duc. 21 André Steyert (1830-1904) dans sa Nouvelle Histoire de Lyon 22 Antoine Grand 23 Le terme est attribué à Joseph de Maistre (1753-1821) philosophe, écrivain et diplomate savoyard… très réactionnaire 24 Couthon, paralytique, mourra sur l’échafaud avec son ami Robespierre à la suite du 9 thermidor. D’après G. Lenotre il aurait perdu l’usage de ses membres inférieurs à la suite d’une équipée galante : dérangé par un mari jaloux il se cache toute une nuit dans un puisard rempli d’eau froide pour ne pas compromettre la femme qu’il aimait ! 25 D’après Jean Tulard dans son livre Les Thermidoriens
  6. 6. 6 Lorsque Fouché est rappelé par Robespierre - en avril 1794 - le bilan authentiquement constaté est de 1940 exécutions (820 guillotinés et 1120 fusillés). La guillotine est placée place des Terreaux et les corps des victimes sont jetés dans le Rhône du pont des Victoires (ex Saint- Clair devenu Morand). Les fusillades ont lieu trop souvent dans d’atroces conditions (en existe t-il de bonnes ?) comme celle du 5 décembre où, dans la plaine des Brotteaux, 209 condamnés sont enchaînés et tués par des canons chargés à mitraille puis achevés à coup de sabre26 … Il ne faut pas croire que les victimes étaient tous des militaires ou des aristocrates ou des prêtres (seulement 15%) car près de 40% provenaient de catégories humbles comme des ouvriers en soierie, domestiques ou cultivateurs27 ! Comme le constate André Steyert « … ils [les révolutionnaires jacobins] se croyaient modèles de toutes les vertus humaines, se posaient en protecteurs du pauvre et prêchaient l’humanité mais ils ont fait périr plus de pauvres et de roturiers que de riches et de nobles ». Au 147 rue de Créqui une chapelle expiatoire commémore cet épisode tragique de la vie de Lyon dénommée chapelle des Brotteaux ou Ste Croix ; sur les murs sont inscrits les noms des victimes et dans la crypte est conservée une partie de leurs os à côté de la tombe de leur commandant Perrin de Précy – voir photos à la fin du texte (le transfert de sa dépouille a eu lieu fin septembre 1820 après une cérémonie émouvante à la cathédrale). Quant à la destruction de Lyon, pardon de Ville-Affranchie, elle ne fut pas réalisée – Dieu merci – mais on ne reconnaît plus celle qui fut « la plus belle ville d’Europe ». Un visiteur écrit « Le superbe quai du Rhône, criblé de boulets dans la partie la plus épargnée, offre dans le reste, des maisons éboulées, des murailles chancelantes, des décombres et des ruines ». Les principaux édifices publics comme l’Hôtel de ville, l’Hôtel-Dieu sont endommagés, de nombreux quartiers sont dévastés où des maisons à demi écroulées sont dangereuses pour les passants et, bien entendu, les façades de la place Bellecour – devenue un marais fangeux - ont été rasées. Le pont Serin sur la Saône vers les années 1780 avec le château Pierre-Scize La seule destruction d’envergure décidée en début d’année 1794 sera celle des maisons situées sur les 2 côtés de la Saône, du pont de Pierre (il n’existe plus – c’était le plus ancien pont de Lyon, construit à partir de pierres – d’où son nom - en provenance de monuments romains – entre les ponts actuels de la Feuillée et du Maréchal Juin) jusqu’au niveau de l’ancien pont Serin (emporté par une crue de la Saône début 1789, à l’emplacement du pont Koenig aujourd’hui) c'est-à-dire tout le quartier appelé à l’époque « Bourgneuf » et sera réalisée très lentement puisque terminée en... 1808 ! (mais, en définitive, cette opération a été d’utilité publique car ces maisons, baignant dans l’eau, étaient devenues insalubres et les rues y étaient étroites et tortueuses). Fin 1795 un étranger de passage dans la cité se lamente… « Je quitterai Lyon le cœur gros de soupirs et les yeux remplis 26 D’après André Steyert 27 D’après Louis Trenard qui rapporte une étude réalisée en 1911
  7. 7. 7 de larmes28 ». Tout est dit ! Le jeune officier de la Garde Jean-Baptiste Barrès (le grand-père de Maurice) relate, dans ses Souvenirs d’un officier de la Grande Armée, que le 5 février 1805 la place Bellecour était encore encombrée des décombres qu’avaient faits le marteau révolutionnaire. Pour terminer, il nous faut citer aussi les quelques vexations infligées à Lyon par ces « bons représentants de la Convention en mission » comme celle qui scinde en 2 le département de Rhône-et-Loire pour former celui de la Loire et celle qui retire le quartier de la Guillotière du département du Rhône pour l’insérer dans celui de l’Isère. Ces 2 arrêtés ont pour objectif d’isoler le département et de le rendre le moins prestigieux possible… aujourd’hui encore c’est le plus petit - en superficie - des départements français29 ! Chacun sait que le régime de la Terreur a pris fin avec la chute de Robespierre début août 1794. Débute alors le temps des représailles antijacobines (comme dans toutes les révolutions, au flux succède le reflux…) Lyon n’a pas encore fini de souffrir. J’hésite à évoquer les fameux Compagnons de Jésus (ou Jéhu) car j’avoue ne pas avoir une opinion bien tranchée, mythe (né du roman d’Alexandre Dumas édité en 1857 qui a amplifié la rumeur des contemporains) ou réalité ? Il est sûr que des bandes d’individus portant chapeau à ailes retroussées, la cravate verte, armés de bâtons noueux et de pistolets (d’après Sébastien Charléty dans son Histoire de Lyon) et qui s’étaient assigné une mission de vengeances directes sur les anciens terroristes (Antoine Grand), ont été maîtres, parfois, des rues de Lyon en 1795 mais ont-ils agi dans le cadre d’une organisation royaliste, structurée et secrète ? Cela n’est pas sûr et en tous les cas ce n’est pas l’avis d’André Steyert qui considère ces manifestations antirévolutionnaires comme des excès spontanés de la foule. Louis Trenard, quant à lui, ne fait que citer cette société comme la mystérieuse Compagnie de Jésus sans donner son avis. Cependant il est prouvé que la Convention s’en est inquiétée puisque M.-J. Chénier – chargé d’un rapport sur l’état d’esprit des Lyonnais - la considère comme une association de scélérats ligués pour le meurtre … cette compagnie, mêlant les idées religieuses au massacre, le cri du royaliste aux mots de justice et d’humanité, se fait appeler la Compagnie de Jésus. Le 7 octobre 1794 Ville-Affranchie est autorisée à reprendre son ancien nom… cependant elle est toujours en ruines et durant de longues années elle restera effectivement « traumatisée, humiliée et martyrisée » par des séquelles autant « morales » que matérielles (la dégradation des édifices). Pour les premières il faut signaler que, durant tout le XIXe siècle, le pouvoir central s’inquiètera de l’esprit municipal de la ville de Lyon, soupçonnera « l’âme lyonnaise » de liberté et la suspectera de recherche atavique d’autonomie. Pour les secondes il faut évoquer la cathédrale ou plutôt « la ci-devant église métropolitaine » puis « le temple de la Raison » qui, même sans être la cible de bombardements, a été endommagée : sa toiture est percée et la plupart de ses vitraux sont brisés. Elle avait été, durant le siège, transformée en grenier à blé … [les céréales] battues à même le sol de la nef pour fabriquer le pain destiné aux combattants. Adrien Lamourette, l’évêque constitutionnel élu par les citoyens en mars 1791, en se ralliant aux modérés lyonnais, sera arrêté, transféré à Paris et guillotiné en janvier 1794. Quelques travaux permirent sa « réouverture » le jour de la Pentecôte 1802 (6 juin) mais il faudra attendre la venue du pape Pie VII fin 1804 puis celle de l’empereur Napoléon Bonaparte à Pâques 1805 pour que de sérieux travaux de réhabilitation soient entrepris afin d’effacer toutes traces d’impiété30 . Par contre le soulèvement de Lyon n’est pas comparable à celui de la Vendée, l’un se situe dans le cadre de la République, l’autre délibérément contre celle-ci puisque les Chouans se 28 Cité par Louis Trenard d’après Lyon en 1795 de A. Metzger et J. Vaesen 29 En excluant les départements de la région parisienne créés en 1964 pour des raisons démographiques et celui du Territoire de Belfort… à l’histoire bien particulière. 30 Source : La grâce d’une cathédrale. Lyon, primatiale des Gaules
  8. 8. 8 battent pour le rétablissement de la monarchie et pour celui du culte catholique. En terme de victimes aussi ils sont vraiment différents, près de 2 000 d’un côté et entre 200 et 600 000 de l’autre ! Il faut attendre le début de l’Empire pour que l’agglomération lyonnaise retrouve une certaine prospérité et un semblant d’éclat. Epilogue Une autre ville de la région lyonnaise a subi, elle aussi, la vindicte de la Convention, Montbrison. Elle avait pris fait et cause pour la fronde lyonnaise et refusé d’envoyer un contingent d’hommes à Kellermann durant l’été 1793. Elle a même eu son « Chalier » : Claude Javogues, natif de Bellegarde-en-Forez (près de Montrond-les-Bains), délégué de la Convention dans le tout nouveau département de la Loire et « républicain » pour le moins extrémisme puisqu’il n’hésite pas à promettre aux habitants de Montbrison que « le sang coulerait comme l’eau dans les rues » et à décréter que leur cité s’appellerait dorénavant « Montbrisé » ! Selon les Mémoires de l’abbé Aimé Guillon de Montléon il aurait déclaré à la Société populaire de Bourg-en-Bresse que « la République ne pourrait s’établir que sur le cadavre du dernier des honnêtes gens ». Il opère ensuite à Feurs, ville devenue chef-lieu du département et, en présidant le tribunal révolutionnaire, envoie quelques centaines de personnes à l’échafaud. Je suppose que c’est à cette époque qu’il a été surnommé le Néron du Forez ! Il termine sa vie assez misérablement puisqu’il fut exécuté en octobre 1796 après avoir pris part à la Conjuration des Egaux menée par Gracchus Babeuf, visant à renverser le Directoire afin de poursuivre la révolution et d'aboutir à la collectivisation des terres et des moyens de production. Cela prouve au moins que la recherche de l’égalité réelle – premier objectif du Manifeste écrit par les conjurés - est valable à toutes les époques et n’est pas facile à mettre en œuvre… Sur le fanatisme des uns et des autres durant cette période de notre Histoire, concluons par cette constatation d’un observateur de la Révolution – qui ose comparer celle-ci à l’invasion de l’Empire romain au Ve siècle - le Suisse Jacques Mallet du Pan (1749-1800) : « Les Huns, les Hérules, les Vandales et les Goths ne viennent ni du Nord ni de la mer Noire : ils sont au milieu de nous ». Pour modérer cette appréciation il nous faut penser qu’avant la Révolution, durant le XVIIIe siècle donc, les privilèges des aristocrates étaient devenus des abus de plus en plus insupportables au petit peuple qui, opprimé par toute sorte de vexations séculaires et écrasé par les impôts seigneuriaux et royaux, vivait dans des conditions des plus misérables. La violence des plus exaltés peut être comprise comme une réaction à la résignation des petites gens d’autrefois. En d’autre terme, la France de cette époque est une des premières nations – mais ne sera pas la dernière malheureusement – a être précipitée d’un extrême à l’autre à cause d’un manque de culture démocratique de sa population.
  9. 9. 9 Les opérations du siège à Caluire et à la Croix-Rousse d’après l’Histoire de Caluire et Cuire de Martin Basse
  10. 10. 10 La chapelle Ste Croix et sa crypte transformée en ossuaire (Photos de l’auteur)

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