Les batailles près de Lyon
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Histoire de la plupart des batailles qui se sont déroulées en région Rhône-Alpes et Bourgogne, de l'époque romaine à 1814

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Les batailles près de Lyon Les batailles près de Lyon Document Transcript

  • 1 Les batailles près de LYON par Jean-Jacques TIJET C’est bien connu, Auvergnats, Bourguignons, Savoyards, Dauphinois et autres Lyonnais sont gens paisibles, n’empêche que leurs territoires ont été bien souvent le théâtre de rudes batailles ! Elles commencent durant l’Antiquité lorsque, vers les années 150 av. J.-C., les riches négociants de la cité phocéenne de Massalia demandent de l’aide aux Romains pour contenir les attaques et les razzias de plus en plus fréquentes des peuples « celto-ligures » comme les Salyens qui occupaient le large plateau situé, aujourd’hui, au nord d’Aix-en-Provence et jusqu’à la vallée de la Durance. Ceux-ci sont défaits en -123 : c’est le début de l’occupation romaine du sud de la Gaule. Comme les chefs Salyens se sont réfugiés en Allobrogie, les Romains « montent » vers le nord en suivant la vallée du Rhône et écrasent en août -121 les Allobroges et leurs alliés les Arvernes lors d’une bataille appelée la bataille du confluent car, selon les écrits de Strabon1 , située proche du confluent du Rhône et de l’Isère (donc entre Tournon et Valence ?). Elle aurait mis aux prises 30 mille légionnaires romains accompagnés de leurs éléphants de guerre à 100 mille Gaulois. Cette victoire des Romains est considérée comme le début de la conquête de la Gaule puisqu’elle est à l’origine de la constitution d’une province de la République romaine, effective vers 70 av. J.-C. (que l’on dénomme tout simplement la Province) et qui sera appelée plus tard la Narbonnaise. C’est un évènement vital : Rome contrôle ainsi la totalité des côtes méditerranéennes de la Sicile au sud de l’Hispanie. La Guerre des Gaules, entreprise par Jules César entre les années -60 et -50, dont les principales batailles ont lieu dans notre région, est sujette à deux interprétations, est-elle une guerre préventive contre les remuants et menaçants barbares gaulois2 ou une guerre impérialiste de conquête de territoires ? Le débat dure depuis 2000 ans…En réalité les historiens pensent aujourd’hui que les Romains voulaient créer une zone romanisée, sorte de zone-tampon protectrice entre Rome - et sa civilisation - et le monde barbare incarné par les Germains. Ils avaient encore en mémoire la terrible invasion de la Gaule par les Cimbres (en provenance du Jutland) et Teutons (du Mecklembourg) des années 110 à 100 av. J.-C. qui mit Rome en danger ; elle fut sauvée in-extremis par le génie militaire de Caius Marius (oncle de César) lors de ses victoires près d’Aix-en-Provence et de Verceil. Et puis il y a aussi les raisons personnelles de César : un besoin de gloire militaire pour contrebalancer le récent triomphe – en Orient - de son rival Pompée. Nommé par le Sénat, proconsul des Gaules – cisalpine et transalpine - César défait d’abord une troupe gauloise composée majoritairement d’Helvètes – en cours de migration vers l’ouest de la Gaule3 - à Montmort au sud d’Autun en juin -58 dans une bataille passée à la postérité sous le nom de bataille de Bibracte. Des 370 mille émigrants, il n’en resta que 110 mille renvoyés dans leur pays d’après André Steyert dans sa Nouvelle histoire de Lyon. En effet elle fut particulièrement sauvage car, d’après Plutarque4 …ce fut autour des chariots et du retranchement qu’il [César] eut le plus de mal car là, les hommes ne furent pas seuls à lutter : les enfants et les 1 Historien et géographe grec du début de notre ère. D’après D. et Y. Roman dans leur Histoire de la Gaule, elle aurait eu lieu plus au sud dans – ce qu’on dénomme aujourd’hui - le Comtat Venaissin. 2 Il ne faut surtout pas oublier la fantastique épopée de Brennus qui, à la tête d’une horde de Sénons (Sens) et de Tricasses (Troyes) pille et rançonne Rome en 390 av. J.-C.. Elle est, dit-on, restée vive dans la mémoire collective des Romains car ils ont subi une humiliation avec la réplique fameuse du chef gaulois « Malheur aux vaincus »! Sachons aussi que des Gaulois accompagnaient le Carthaginois Hannibal dans ses combats contre Rome (2e guerre punique). 3 Pour quelles raisons ? Soit une pénurie alimentaire soit sous la « pression » de peuples d’Europe centrale. 4 … ne croyez surtout pas que j’ai l’habitude de lire ce philosophe grec du Ier siècle, c’est un extrait du livre de Paul M. Martin Vercingétorix !
  • 2 femmes s’y défendirent jusqu’à la mort et se firent tous tailler en pièces, si bien que le combat ne prit fin qu’au milieu de la nuit. C’est seulement durant l’année -52 (7e année de la guerre) qu’intervient Vercingétorix ! Après le massacre de commerçants romains dans la capitale des Carnutes, Cenabum (Orléans) en janvier qui entraîne une répression terrible de César5 , il réussit à réunir, sous son autorité, une armée de quelques « peuples » gaulois6 - essentiellement du centre de la France actuelle - fédérés autour de celui des Arvernes qui vient de le proclamer roi ; ceux du nord, de l’est et de l’ouest comme les Vénètes restent alliés de Rome ou neutres comme les Rèmes, Tricasses, Lingons et Allobroges ; quant aux Héduens, alliés traditionnels des Romains et ennemis héréditaires des Arvernes ils ont longtemps tergiversé pour se mettre, au dernier moment, dans le camp gaulois entraînant les Ségusiaves - Lyon et Forez – qui leur sont plus ou moins dépendants. A Gergovie (les éminents spécialistes de la Gaule ne s’accordent pas sur l’emplacement exact de ce lieu, ô combien historique, pour les uns il se situerait au nord de Clermont-Ferrand – les côtes de Clermont – pour les autres, au sud – Merdogne) il obtient un demi-succès puisque César se retire après 2 mois infructueux de siège (mai et juin) mais avec une armée éprouvée. Après avoir récupéré son principal lieutenant Labiénus et ses 4 légions chez les Sénons (près de Sens), César fait retraite, en bon ordre, par le territoire sûr des Lingons, en direction de la plaine de la Saône puis vers le Sud. Il subit alors une attaque des cavaliers gaulois (10 à 15 mille) et faillit même être enlevé mais il est sauvé par ses cavaliers germains qui mettent en fuite les escadrons gaulois. Vercingétorix décroche puis se retranche dans l’oppidum d’Alésia, capitale des Mandubiens… et chacun connaît la suite ! Mais où se situe Alésia ? Le site traditionnel et officiel depuis Napoléon III, celui d’Alise-Sainte- Reine près de Montbard en Côte-d’Or (où sera ouvert en 2012 un MuséoParc original) ou celui de Chaux-des-Crotenay près de Syam (au sud de Champagnole) dans le Jura ? C’est, pour certains historiens qui conservent leur humour, la deuxième bataille d’Alésia ! J’ose à peine vous signaler un 3e site, celui proche de Novalaise en Savoie, dans l’Avant-pays savoyard pour être plus exact ! C’est la thèse développée par un dénommé Théodore Fivel dans son livre L’Alésia de César paru en 1866, basée essentiellement sur la toponymie car de nombreux hameaux portent des noms qui, en patois, signifient « la bataille ». J’ai réussi à me procurer quelques extraits et j’ai pu examiner la carte du Plan général du blocus d’Alésia selon l’auteur. L’oppidum se situerait sur le plateau de la Crusille mais, sans être spécialiste des affaires militaires, on s’aperçoit rapidement que les fameuses contrevallations et circonvallations que César a fait construire pour cerner et entourer l’oppidum ne sont pas « fermées » à l’est et au nord, elles « s’appuieraient » seulement sur du relief… si on a bien compris ! Je ne vois pas alors la raison de la reddition du chef gaulois 5 La cité est brûlée et ses habitants ont été soit massacrés soit jetés dans la Loire soit réduits en esclavage 6 La Gaule est une mosaïque de peuples ou tribus (60 environ) indépendants les uns des autres et turbulents au point qu’ils se querellaient et s’étripaient volontiers pour la suprématie de telle ou telle zone géographique !
  • 3 car il aurait pu descendre la montagne de la Crusille, à l’est soit à l’opposé de l’armée romaine puis s’enfuir par le nord en laissant au sud le lac d’Aiguebelette. Cette thèse du site controversé du fameux et célèbre siège n’est, bien sûr, pas valable (mais après tout on n’a jamais fouillé…) mais par contre les 2 autres le sont et laissons s’étriper, en joutes oratoires, passionnées et passionnelles, les partisans érudits de l’une ou de l’autre Alésia ! Les plans du blocus d’Alésia selon Fivel et à Alise en Côte d’Or
  • 4 En février 197 des batailles terribles ont eu lieu sous les murs de la cité de Lyon, ou plutôt de Lugdunum, à la suite desquelles elle connaîtra un destin bien funeste. Elles opposent les armées des 2 « empereurs » romains Septime Sévère7 et Albin et auraient rassemblé près de 300 mille combattants. A la disparition du dernier empereur de la dynastie antonine, le mégalomane Commode, empereur de 180 à 192 (étranglé dans son bain par un gladiateur) l’empire est livré à l’anarchie. Un brillant général (devenu sénateur et préfet de la ville) Helvius Pertinax accède au trône mais il est lui- même assassiné par sa garde prétorienne en juillet 193 ! Ensuite c’est le désordre puisque 4 empereurs sont « plus ou moins élus ou désignés » Didius Julianus à Rome, Pescinius Niger en Orient, Septime Sévère par ses légions du Danube (cantonnées dans la Hongrie actuelle appelée, à l’époque, la Pannonie) et Claude Albin (Clodius Albinus) par ses troupes de Bretagne (la Grande- Bretagne aujourd’hui). Le premier est vite « éliminé » après quelques semaines d’un semblant de règne, le second trouve la mort chez les Parthes (qui occupent la Perse, l’Iran actuel), restent donc les 2 derniers… qui règnent ensemble durant l’année 194. Mais Septime Sévère réussit à convaincre le Sénat de rejeter son associé… qui s’enfuit en Gaule, s’installe à Lugdunum et prend le titre d’Auguste. Seul un affrontement peut résoudre cette situation. Septime Sévère et ses légions, ayant contourné les Alpes, arrivent sur la cité par le Nord, des 2 côtés de la Saône, après avoir bousculé une avant-garde d’Albin près de Tournus. Une bataille aurait eu lieu, rive droite, près de Vaise et La Duchère aujourd’hui et une autre, la plus importante, rive gauche, entre Rochetaillée, Caluire et Neyron. La fortune sourit dans un premier temps à Albin qui finalement est largement défait ; il se donne la mort laissant ses partisans à la merci de l’armée de Septime Sévère… d’autant plus animée de fureur qu’elle avait failli être complètement battue ; elle se livre à un carnage, non seulement aux dépens des légionnaires d’Albin mais aussi sur la population lyonnaise (par représailles puisqu’elle avait soutenu son rival) pillant, tuant, laissant une grande partie de la ville en cendres8 . Partout l’incendie, le pillage, la débauche et la mort changèrent la grande et heureuse cité en un champ désolé de meurtres et de dévastation d’après André Steyert et selon Sébastien Charléty Lyon perdit en une journée malheureuse sa beauté, sa richesse et sa suprématie politique. La capitale des Gaules, si active et si riche jadis, perd de son aura et est peu à peu délaissée : elle n’aura connu en définitive que 2 siècles de prospérité durant l’occupation romaine. Qui connaît Vézeronce… ? C’est pourtant un village situé à 75 km de Lyon dans le Nord-Isère au sud de Morestel. A proximité eut lieu, le 21 juin 524, une bataille entre Francs et Burgondes, pour le moins étrange car elle n’eut ni vainqueur ni vaincu ! Les Burgondes, peuple germanique originaire du nord de l’Europe, s’installent au nord-est de la Gaule au début du Ve siècle ; battus sévèrement par les Romains en 436, ils sont ensuite intégrés à l’Empire mais, lorsque celui-ci s’effondre au milieu du siècle, ils se constituent peu à peu un royaume dont le territoire, plus ou moins fluctuant, s’étendra de Nevers au Valais et à la Savoie et de Langres à Arles. Gondebaud, son roi vers 5009 , se fixe à Lyon qui devient ainsi la capitale de la Burgondie. Tous les historiens reconnaissent aujourd’hui que ce sont des luttes fratricides qui mirent fin à cet éphémère royaume burgonde : Gondebaud assassine son frère Chilpéric II (le père de Clotilde qui sera mariée à Clovis Ier roi des Francs) et, son fils et successeur 7 Il est natif de Leptis Magna (aujourd’hui sur la côte libyenne) d’où son appellation de Septime Sévère l’Africain 8 Et pourtant Septime Sévère avait vécu à Lyon en tant que gouverneur de la Lyonnaise et son fils Caracalla y est né en 188 9 Il serait à l’origine de la fameuse « loi Gombette », ensemble de textes régissant la vie à cette époque
  • 5 Sigismond assassine Sigéric, son propre fils de sa première femme ; il y a aussi la puissance du royaume franc au nord dont les rois, alliés dans un premier temps aux rois burgondes (ils battent ensemble les Wisigoths à Vouillé en 507 qu’ils rejettent en Hispanie) vont s’apercevoir de la faiblesse de leur voisin pour s’agrandir à leurs dépens. Le roi franc d’Orléans Clodomir Ier – fils aîné de Clovis et de Clotilde – attaque son cousin le roi burgonde Sigismond et le tue en 523. Ce dernier est remplacé par son frère Gondemar qui subit, lui aussi, les foudres de Clodomir au printemps 524. Ce dernier s’empare de Lyon tandis que Gondemar s’enfuit ou regroupe son armée vers l’est. Les 2 armées10 se rencontrent dans la plaine de Vézeronce et les Burgondes, encore une fois, sont battus ! Mais le fougueux Clodomir en poursuivant un groupe de fuyards se fait tuer. Il est décapité, sa tête est fichée sur une lance et exposée aux soldats francs qui, horrifiés arrêtent le combat. Il semblerait qu’un accord ait été conclu permettant aux Francs d’évacuer Lyon et de rentrer dans leur pays sans être inquiétés… c’est la raison pour laquelle on considère que cette bataille s’est terminée par un « match nul » ! En 1879 un casque franc a été déterré sur le présumé champ de bataille et attribué au roi Clodomir ; il est exposé au musée départemental de Grenoble. Le royaume burgonde survit encore quelques années. Ce n’est qu’en 534 qu’il sera définitivement absorbé par la dynastie mérovingienne représentée par les 2 derniers fils de Clovis, les féroces Childebert et Clotaire. Mais si la Burgondie n’existe plus, son particularisme renaîtra avec la formation de la Bourgogne. Alors que le XIIe siècle est – relativement - un siècle paisible, la région lyonnaise a connu quelques turbulences ! Tout commence lorsque l’empereur germanique Frédéric Ier Barberousse, le 18 novembre 1157 à Arbois, dans un diplôme scellé solennellement « d’une bulle d’or » (cela signifie que le sceau est constitué de 2 feuilles d’or ; il souligne l’importance de l’édit) accorde à l’archevêque de Lyon tous les droits souverains dans la ville de Lyon et dans la partie du diocèse à l’est de la Saône. Or ces droits, qui représentent en réalité le pouvoir temporel (péages, chasse, monnaie, justice, etc.) appartenaient par moitié - depuis les années 860, par l’autorité du comte Gérard qui avait extorqué ce partage à l’archevêque d’alors Rémy Ier - à un comte qui s’intitulait, depuis la fin du Xe siècle, comte de Lyon et de Forez (le premier aurait été Artaud Ier mort en 999 qui aurait réuni les domaines lyonnais de son père, Gérard à ceux foréziens de sa mère, Gimberge). Cette espèce de copropriété était source de conflit quasi permanent entre les 2 autorités. Et en plus, une partie du diocèse dépendait de l’empire (l’est, rive gauche de la Saône et du Rhône) et l’autre de la France… état de fait, d’ailleurs, reconnu et entériné implicitement par la bulle impériale. Bien que frustré de ses droits séculaires dans la ville de Lyon ce n’est pas le comte Guy II qui lance les hostilités mais l’archevêque Héracle de Montboissier (frère de Pierre de Montboissier connu sous le vocable de Pierre le Vénérable, célèbre abbé de Cluny de 1122 à 1156). En réalité on pense aujourd’hui qu’il a été poussé par les bourgeois lyonnais, très vindicatifs à l’époque qui, en favorisant la tutelle pacifique de l’archevêque sur leur cité (avec celle lointaine et plus ou moins illusoire de l’empereur germanique) voulait éloigner celle du comte qui sous entendait la suzeraineté autoritaire du roi de France. Outrepassant leurs droits ils – l’Eglise et les bourgeois de Lyon – décident d’expulser le comte Guy II de la partie du comté comprise entre la Saône et les montagnes du Lyonnais ! Pour cela ils s’en vont faire le siège de la forteresse d’Yzeron, perchée à 750 m d’altitude, position redoutable et stratégique qui commandait la route de Lyon à Montbrison, alors capitale et lieu de résidence attitré du comte de Forez. Nous sommes en 1158, très certainement dans l’été11 . On ne connait pas les forces militaires de l’une et de l’autre partie. Si les bourgeois ne savaient pas combattre à cheval, ils étaient, paraît-il, habiles en arc et arbalète (la corde est tendue à la main 10 Aucun historien, à ma connaissance, ne donne des chiffres sur leur importance 11 Je n’ai trouvé nulle part la date exacte de la bataille… qui n’est même pas évoquée dans le site de la ville d’Yzeron !
  • 6 pour l’un et à l’aide d’un étrier pour l’autre) car ils étaient tenus, dans le cadre de la défense de leur cité, de s’y exercer régulièrement ; ils étaient accompagnés de leurs domestiques et ouvriers armés de longues piques et d’épieux qui constituaient une infanterie peut-être imposante mais peu expérimentée. Les seuls renforts de véritables militaires (troupe aguerrie pais peu nombreuse) venaient du comte de Mâcon, adversaire historique de celui de Forez. Ainsi constituée « l’armée lyonnaise » essaya plusieurs fois de s’emparer de la forteresse. En vain. Guy II, avec le renfort du comte d’Albon, surprit les assiégeants dans leur camp et par une brusque attaque les défit complètement. Magnanime il ne poursuit pas les battus et consent à un armistice. Cependant la guerre s’étend dans le Lyonnais avec le sire de Beaujeu, allié de l’Eglise qui bat en 1160 le sire de Bâgé et le sire de Coligny alliés, eux, de Guy ! A la révolte des bourgeois lyonnais se superposent de vieilles querelles de voisinage entre seigneurs et « petits barons ». En mars 1162, Guy II attaque Lyon sans ménagement et s’en empare. Cette fois il traite durement la cité en incendiant les maisons des clercs et quelques édifices religieux. Le comte de Forez reste maître de la ville jusqu’en… octobre 1167, date à laquelle il signe un accord avec le nouvel archevêque Guichard qui lui permet de récupérer la moitié de tous ses droits souverains12 . Mais il faut attendre 1173 (durant une réconciliation provisoire de l’empereur Frédéric Ier et du pape Alexandre III) pour que cette longue lutte se termine par un traité de partage (appelé dans les livres d’histoire, « Permutatio ») qui attribue exclusivement le comté de Lyon à l’Eglise (dans le cadre de l’empire germanique ; cette autorité temporelle sera partagée entre l’archevêque et les 32 chanoines de la cathédrale qui forment le Chapitre… qui se fera dénommé jusqu’à la Révolution, comte de Lyon) et le comté de Forez au comte (vassal du roi de France)… même si Guy II a tenu à conserver son titre de comte de Lyon (qu’il avait reconquis victorieusement les armes à la main) d’une façon purement honorifique jusqu’à sa mort en 1210 ! Varey, aujourd’hui un hameau de St-Jean-le-Vieux au sud-est de Pont-d’Ain, a été, le 7 août 1325, le lieu d’un épisode de la guerre séculaire que se livraient les comtes de Savoie et d’Albon (appelé dauphin de Viennois depuis le XIIe ). Plus ou moins continuelle depuis le début du 2e millénaire (par exemple Guigues IV, le premier comte d’Albon à se faire appeler dauphin, trouve la mort – en 1142 - devant le château de La Buissière dans le Grésivaudan attaqué par son gendre le comte de Savoie Amédée III) elle était caractérisée par des affrontements faits de chevauchées et de cavalcades, de pillages et de sièges de maisons-fortes ou de forteresses plutôt que par des batailles… comme c’est le cas durant tout le Moyen Âge. Elle avait pour origine la lutte pour acquérir la suprématie dans cet espace des Alpes occidentales et l’enchevêtrement complexe des possessions territoriales de ces 2 principautés entre Rhône et Alpes. Les chroniqueurs du siècle suivant et Guillaume Paradin en particulier résument joliment le problème des dauphins de Viennois… [qui attaquaient le comté de Savoie] par jalousie qu’ils avaient de sa prospérité et …parce qu’ils étaient trop voisins ! Varey en 1325 et Les Abrets en 1354 seront, en définitive, les 2 seules véritables batailles entre les 2 comtes ! En ce début du XIVe siècle la seigneurie de Varey appartient, par héritage, à Hugues de Genève, oncle du jeune comte de Genève Amédée III. C’est un personnage, qui semble avoir été fougueux et peu avisé, que l’on retrouvera systématiquement à la tête de toutes les coalitions anti- savoyardes de cette époque même si, par son mariage, il est cousin de la famille de Savoie. Il en prend possession officiellement en 1323 en rendant hommage à son suzerain, le dauphin de Viennois Guigues VIII. Mais cet héritage est contesté par Guichard VI sire de Beaujeu13 qui s’estime lésé puisque Varey faisait partie de la dot de sa femme Jeanne de Genève (décédée en 12 La raison de cette durée est à mettre sur le compte des désordres engendrés par un conflit entre l’empereur Frédéric Barberousse et la papauté : en 1160 il avait déposé Alexandre III qui ne lui était pas favorable et fait élire un antipape. 13 La famille de Beaujeu est possessionnée à l’est de la Saône depuis le mariage de Marguerite de Bâgé avec Humbert V de Beaujeu en 1218
  • 7 1303) ! Dans le Moyen Âge féodal cette situation est banale et fréquente et se règle par une décision du seigneur-suzerain après quelques chevauchées et affrontements de cavaliers qui leur permettaient de se défouler ! Pourquoi celle-ci a déclenché une bataille rangée ? Pour 2 raisons. Guichard va se plaindre auprès d’Edouard, récent comte de Savoie depuis la mort de son père Amédée V en octobre 1323 qui, trop content de « ferrailler » contre son « vieil » ennemi le dauphin, rassemble une armée. En 1324 il s’empare ou détruit quelques châteaux en Faucigny, province dauphinoise et en juillet de l’année suivante se dirige vers Varey. Le dauphin, lui, veut arrêter cette série de succès savoyards. D’autre part cette petite cité, dotée d’une enceinte imposante flanquée de 5 tours qui protège quelques maisons et un château fort d’importance est, avec sa campagne environnante, considérée par le comte de Savoie comme une enclave puisque c’est une « terre ennemie » à proximité d’une voie qui relie deux territoires lui appartenant ; non seulement il veut en découdre avec son éternel adversaire mais il veut, en s’emparant de cette place forte, relier deux de ses terres aujourd’hui dispersées. En résumé le dauphin veut, par une « bonne bataille » faire échec au comte de Savoie trop souvent victorieux ces dernières année ; quant à ce dernier, en prenant prétexte d’aller secourir un vassal, il veut annexer une seigneurie. L’armée savoyarde commence le siège de Varey mi-juillet 1325. Elle est commandée par son comte Edouard, chef de guerre aguerri (il a 44 ans), armé chevalier par le roi de France Philippe IV le Bel après la campagne victorieuse menée en Flandre durant l’été 1304 ; durant le règne de son père Amédée V il prend part à de nombreuses opérations militaires en s’emparant de moult forteresses et châteaux soit dauphinois soit genevois ; il est réputé courageux, brave et généreux… n’est-il pas surnommé le Libéral ? Il a à ses côtés, le « plaignant » Guichard VI de Beaujeu et des Bourguignons qui lui sont apparentés comme le comte d’Auxerre Jean II de Châlon et le comte de Tonnerre Robert de Bourgogne fils et frère de ducs de Bourgogne. Fin juillet les assiégés, constatant leur impuissance à résister aux pilonnages des engins de siège savoyards (comme les mangonneaux, antiques catapultes avec contrepoids qui fonctionnent selon le principe du balancier et propulsent des pierres de quelques dizaines de kilogrammes) demandent une trêve de 10 jours (ou 15 c’est selon) au terme de laquelle ils se rendront si ils ne sont pas secourus par leur seigneur ! Il ne faut pas s’étonner, c’est l’usage – chevaleresque - de l’époque. L’armée dauphinoise arrive devant Varey et, il semble qu’elle surprend les Savoyards alors que ceux-ci avaient aménagé un ensemble de bastides ou fortins en bois susceptibles d’apercevoir les mouvements des troupes ennemies et de prévenir leurs incursions. Alors, négligence ou trop grande confiance d’Edouard ? Elle est emmenée par le jeune dauphin de Viennois Guigues VIII (16 ans), le seigneur de Faucigny Hugues de la Tour du Pin marié avec Marie de Savoie sœur d’Edouard, Amédée III comte de Genève, neveu d’Edouard, Hugues de Genève et Aymar IV de Poitiers, comte de Valentinois. La bataille s’engage dans la plaine de Varey le 7 août 1325. C’est une bataille de cavaliers essentiellement sans tir préalable d’arbalètes et sans « piétailles » (ou celles-ci ont été reléguées à l’arrière). Les Bourguignons d’Edouard enfoncent dans un premier temps l’avant-garde dauphinoise et mettent en fuite les Genevois du dauphin mais les troupes de celui-ci submergent peu à peu les hommes du comte de Savoie et finalement c’est la garnison de Varey qui, du haut du rempart, voyant la « bonne tournure de la bataille », parachève la déroute des Savoyards en attaquant leur arrière-garde. Edouard a même été capturé un moment mais réussit à s’échapper soit avec la complicité d’un seigneur dauphinois qui avait une dette envers lui soit grâce à un petit groupe de cavaliers qui arrivent à le libérer (c’est selon les chroniqueurs) ! Cette rare victoire14 des Dauphinois, mal exploitée, n’entraîne pas l’arrêt des affrontements… même avec la médiation de Jean XXII le pape d’Avignon ! Des armistices et traités entrecoupés de cavalcades et d’attaques de châteaux vont encore se succéder durant quelques années ! La seule trêve en définitive respectée sera, lorsque Edouard, Guigues et Guichard se réuniront sous l’ost du roi de France Philippe VI de Valois pour combattre et réprimer les Flamands révoltés 14 Il est très difficile d’établir les forces en présence (2000 hommes ?) et le nombre de victimes ; la précision n’est pas une qualité des chroniqueurs de l’époque, ils évoquent… une multitude de gens, cavaliers et fantassins !!
  • 8 contre l’autorité de leur seigneur (et donc du roi, suzerain de celui-ci) ; ils participeront ensemble à la victoire française de Cassel le 23 août 1328 ! Edouard meurt le 4 novembre 1329 à Gentilly ; c’est son frère Aymon qui lui succède. Le dauphin Guigues VIII est mortellement blessé d’une flèche d’arbalète le 23 juillet 1333 lors d’un assaut durant le siège du château savoyard de La Perrière situé près du col stratégique de La Placette en haut de Voreppe ; lui succède son frère Humbert II, jugé très sévèrement par l’Histoire comme un incapable ! Quant à Guichard VI, il décède en 1331 après avoir été prisonnier et obligé de signer une paix avec le dauphin peu avantageuse. C’est « le début de la fin » de la lignée prestigieuse des sires de Beaujeu ! Illustration en provenance de Varey - Philippe Gaillard et Hervé Tardy
  • 9 La bataille de la Bâtie les Abrets au hameau des Vignes en avril 1354 est le dernier épisode de la lutte ancestrale entre le Dauphiné et la Savoie. Et pourtant le Dauphiné était « français » depuis le 16 juillet 1349 date à laquelle le comte et dauphin Humbert II, endetté et sans héritier, se dessaisit solennellement du Dauphiné et des attributs de sa souveraineté au couvent des Cordeliers de Lyon au profit de l’aîné des petits-fils du roi de France Philippe VI, Charles le futur Charles V. A cette époque le Faucigny (Bonneville, Sallanches,…) et le pays de Gex (Ferney, Gex,…) étaient des territoires qui faisaient partie du Dauphiné. Pierre II, comte de Savoie de 1263 à 1268, avait acquis la seigneurie de Faucigny en se mariant avec son héritière Agnès mais la lègue à sa fille Béatrice qui l’apporte en dot au dauphin Guigues VII en 1253 ! Quant au pays de Gex il avait comme seigneur, depuis 1350, Hugues de Genève, un lointain cousin par alliance de la famille savoyarde puisqu’il était marié à Eléonore, petite-fille de Louis Ier de Vaud, frère d’Amédée V ; Hugues rendait hommage au dauphin Charles, non seulement pour le pays de Gex mais également pour le Faucigny dont il était lieutenant général. Personnage belliqueux il a toujours fait partie des adversaires acharnés de la Savoie (à Varey en particulier et à Monthoux en 1332) et s’était mis au service de l’Angleterre en 1339. Pour des raisons obscures il attaque, à l’automne 1352, les terres de la Savoie dont le comte est le jeune – 18 ans - Amédée VI, le futur Comte Vert, lequel s’empresse d’aller mettre le siège devant la ville de Gex qui se rend en novembre ! L’année suivante est une année d’hostilités faites de chevauchées et de guérillas menées par Hugues de Genève sur les terres savoyardes. En 1354 Amédée, qui veut en finir, réunit une armée d’importance dirigée par lui-même et son maréchal, Etienne de la Baume : elle bat sévèrement les troupes dauphinoises commandées par Hugues à proximité des Abrets en avril (au hameau des Vignes qui n’existe plus aujourd’hui ; il devait se situer à proximité de la rue actuelle des vignettes soit à l’est du bourg). Une trêve est conclue en juillet. Une solution durable et définitive s’impose à l’éternel conflit delphino-savoyard ! Elle sera élaborée en 2 temps. D’abord un traité est signé en octobre 1354 à Grenoble entre Amédée VI et le lieutenant général du Dauphiné, Aymard VI de Poitiers, comte de Valentinois (il appartient à l’une des plus anciennes familles du Dauphiné qui descendrait de Guillaume IX dit le Troubadour, comte de Poitiers et duc d’Aquitaine ; elle n’acceptait, autrefois, que la suzeraineté de l’empereur germanique…) : le comte de Savoie cède ses possessions en Viennois (territoires à proximité de Lyon en particulier comme Fallavier, Jonage, La Verpillière,…) et récupère, en échange le Faucigny et le pays de Gex. Ensuite par le traité de Paris signé en janvier 1355 par le roi de France Jean II le Bon, le dauphin Charles et Amédée, le problème délicat des frontières entre Savoie et Dauphiné est réglé définitivement en supprimant l’enchevêtrement des enclaves et en délimitant clairement les territoires15 ; c’est ainsi que le Guiers devient frontière entre Savoie et Dauphiné et le restera jusqu’en 1860. La guerre de Cent Ans n’a pas duré 100 ans car il y a eu des périodes de paix (le terme suspensions d’armes me semble plus adéquat !) mais cela ne veut pas dire que cités et campagnes retrouvaient une vie paisible. Bien au contraire car elles étaient alors la proie de mercenaires, soldats professionnels sans employeurs (et donc sans solde) qui se regroupaient en bandes appelées grandes compagnies et qui, en parcourant les routes (d’où leur désignation de routiers) dévastaient et pillaient nos provinces en vivant sur leurs populations. Il en est ainsi après le traité de Brétigny signé le 8 mai 1360 (mettant un terme à la captivité du roi de France à Londres contre le paiement de 3 millions d’écus d’or) puis ratifié par le roi libéré Jean II et le roi d’Angleterre Edouard III à Calais en octobre suivant qui prévoit une trêve entre la France et l’Angleterre de 9 ans. Il fait suite aux désastres français de Crécy (1346) et de Poitiers (1356). 15 Il y aura bien entendu des contestations de part et d’autre ; par exemple, le bourg d’Entre-Deux-Guiers sera revendiqué par les 2 Etats jusqu’en 1760 !
  • 10 C’est presque une armée qui se constitue à la suite de cette pause dans les hostilités, composée d’hommes d’armes licenciés, d’aventuriers (… ramassis d’aventuriers de toute forme et de tout poil16 …), de gentilshommes ruinés par la guerre et de mercenaires italiens, navarrais, gascons et germaniques. On les appelle à cette époque les Tard-Venus c'est-à-dire « venus après les autres à la curée de la France ». Une bande de ceux-ci en provenance d’Auvergne et du Velay, dévaste le Forez, s’empare de Rive-de-Gier et s’arrête à Brignais qui devient leur base opérationnelle. Ce village, à moins de 20 km de Lyon, est alors une petite place forte – sur la rive droite du Garon - avec une enceinte circulaire construite au XIIe siècle dont le seigneur est le chapitre de Saint-Just. Ces braves chanoines et les bourgeois lyonnais prennent peur, réclament du secours et font appel au roi qui envoie une armée commandée par le connétable Jacques de Bourbon comte de la Marche à laquelle se joignent les milices de Lyon. Celle-ci vient mettre le siège devant Brignais défendu par 300 hommes de la bande qui courait le Forez mais en se divisant en 2 parties, l’une prenant position rive gauche et l’autre rive droite de la petite rivière. Bien entendu les chefs de l’armée, imbus de leur supériorité, pensent que la petite garnison des brigands à l’intérieur de la cité ne pourra pas offrir une longue résistance ! Mais évidemment celle-ci réussit à avertir ses « amis » qui rôdaient à proximité ! Arrivant, les uns du Forez soit de l’ouest, les autres du Velay soit du sud-est mais tous par la rive droite du Garon, ils surprennent les assiégeants (…qui se gardaient avec leur insouciance habituelle17 …) à l’aube du mercredi avant les Rameaux, 6 avril 1362. C’est une véritable déroute car les 2000 cavaliers et fantassins, à demi réveillés et n’ayant pas eu le temps de s’équiper, sont assaillis de toute part, la garnison de Brignais achevant d’envelopper les soldats royaux. La chevalerie française connaît encore une nouvelle défaite, cuisante elle aussi d’autant plus qu’elle l’est face à des « rustres » ! La plupart de ses chefs furent tués ou pris (puis libérés moyennant une rançon) comme Jacques de Bourbon et son fils Pierre, le comte de Forez Louis et son frère et son oncle, le comte de Tancarville, Robert de Beaujeu, le sénéchal de Lyon Jean de Grôlée, etc.. A la suite de ce désastre, la panique fut grande à Lyon mais les routiers n’osèrent pas attaquer la cité. Cependant un de leurs chefs, le redoutable Séguin de Badefol s’établit à Anse et, de là répandit la terreur, torturant, massacrant et ravageant. Il partit après avoir reçu une forte somme et… épuisé le pays. Il faudra attendre Du Guesclin en 1367 pour que notre région soit délivrée de cette plaie en emmenant ces terribles bandes au-delà des Pyrénées. La noblesse qui, d’après les « règles » de la féodalité est le protecteur de « ceux qui travaillent » et des plus faibles, ne sortira pas grandie de cet épisode d’après le continuateur de Nangis18 « … En 1363 on ne voyait qu’oppression du peuple non seulement par les brigands, mais par les lourdes impositions et exactions. Que de meurtres dans les villages et dans les bois ! Le peuple ne trouvait nul défenseur. Bien au contraire, à l’abondance de ces maux paraissait se plaire l’aristocratie, qui aurait dû y porter remède d’une main diligente ». Tout est dit. 16 D’après F. Funck-Brentano dans son livre Le Moyen Âge 17 André Steyert 18 Guillaume de Nangis, moine à St Denis, est un chroniqueur de la fin du XIIIe siècle. Son œuvre a été poursuivie par Jean de Venette au XIVe siècle d’où sa dénomination de continuateur de Nangis. Texte rapporté par F. Funck-Brentano
  • 11 Carte en provenance de La nouvelle histoire de Lyon d‘André Steyert La bataille dite d’Anthon, qui a eu lieu sur la commune de Janneyrias le 11 juin 1430, est une des rares batailles qui fait l’objet d’une stèle commémorative19 ! Le Dauphiné, bien que français depuis 1349, a failli devenir bourguignon en 1430. Encore un épisode de la déplorable et interminable guerre de Cent Ans. Il débute à la mort de Bernard de Saluces, seigneur d’Anthon, lors de la bataille de Verneuil en Normandie le 17 août 1424 au cours de laquelle, encore une fois, l’armée française (avec un fort contingent d’Ecossais) est battue par son homologue anglaise ! Anthon (qui se situe rive gauche du Rhône à hauteur de sa confluence avec l’Ain) est, à l’époque la capitale d’une seigneurie dauphinoise qui comprend les domaines et châteaux de Colombier, Pusignan et Azieu (inclus dans Genas aujourd’hui) entre autres. Elle a une certaine valeur stratégique car sa petite forteresse domine et commande le port et les rives du Rhône, véritable route commerciale entre Genève et Lyon20 . Ce Bernard de Saluces (dont l’arrière-grand-père était – pour la petite histoire - le « fameux » Hugues de Genève, évoqué lors des batailles de Varey et des Abrets, personnage vindicatif, adversaire acharné de la Savoie et qui s’était battu au côté de l’Angleterre à la fin de sa vie) avait fait un testament pour transmettre sa seigneurie à son cousin (car il n’avait pas d’héritier direct) Louis de Saluces mais après la disparition de sa femme Anne de La Chambre. Bien évidemment ledit cousin Louis ne veut pas attendre, intente un procès à sa cousine qui, de dépit, vend tous ses droits sur la seigneurie d’Anthon à Louis de Chalon-Arlay, prince d’Orange et lointain descendant d’Amédée III comte de Genève… par la fille de celui-ci Jeanne qui avait épousé Raymond V des Baux prince d’Orange. Belle occasion pour cet autre Louis de venger sa grand-mère de la perte du comté de Genève vendu – en 1401 contre son gré - à Amédée VIII comte de Savoie ! Cette querelle sur fond d’héritage est à l’origine de la bataille d’Anthon. Elle oppose 2 Louis, l’un dauphinois et donc français et l’autre bourguignon car seigneur d’Arlay dans le Jura, territoire 19 Elle se situe sur l’ancienne route nationale Lyon-Crémieu par Meyzieu et Pont de Chéruy, aujourd’hui départementale 517 20 En vérité on ne connait pas avec exactitude l’activité du trafic fluvial sur le Rhône durant le Moyen Âge
  • 12 du comté de Bourgogne réuni au duché par le mariage de Marguerite de Flandre avec Philippe le Hardi en 1369. Or le royaume de France est ravagé par la lutte d’une rare violence entre les Armagnacs et les Bourguignons c'est-à-dire entre les partisans du dauphin Charles21 et ceux du duc de Bourgogne : à un problème familial s’ajoute un problème national ! En 1428 Louis de Chalon s’empare par la force des châteaux de la seigneurie et ses gens d’armes se rendent coupables d’exactions vis-à-vis de la population en incendiant des fermes, molestant des marchands et emprisonnant des notables. C’est alors que les 2 parties demandent l’arbitrage… du duc de Savoie, Amédée VIII. Celui-ci jouissait d’un prestige considérable pendant cette période calamiteuse du XVe siècle durant laquelle - et c’est le moins que l’on puisse dire - les individus ne maîtrisaient guère leurs passions ; il était respecté pour sa sagesse et son intégrité morale comme le prouve ce jugement de Silvio Piccolomini (qui deviendra le pape Pie II) « …Amédée, régnant dans les montagnes, loin des armées, était élu comme arbitre, tantôt par les uns, tantôt par les autres, et l’on estimait qu’il était le seul dont les conseils fussent désintéressés. Longtemps l’on recourut à lui dans les affaires difficiles, comme à un second Salomon, tant en France qu’en Italie ». Etrange décision quand même car ce prince avait toujours été impliqué dans les affaires du Dauphiné (les luttes ancestrales entre Savoie et Dauphiné ne sont pas encore complètement oubliées) et avait été opposé au prince d’Orange lors de sa prise de possession du comté de Genève. Mais contre toute attente – dû à l’entregent remarquable du duc ? – Louis de Chalon et Amédée s’accordent et certains prétendent même qu’ils auraient signé un traité secret pour se partager le Dauphiné22 ! Ainsi Amédée tarde à départager les plaignants et fait traîner l’affaire. Pendant ce temps (durant la fin de l’année 1429 et le printemps 1430) les 2 armées préparent leur affrontement qui devient de plus en plus inévitable ! L’armée dauphinoise (1500 à 2000 hommes) est commandée par le gouverneur du Dauphiné, Raoul de Gaucourt : âgé d’une soixantaine d’années c’est un homme de guerre aguerri qui a participé, entre autres batailles, à la délivrance d’Orléans en mai 1429 ; il est secondé par le sénéchal de Lyon Humbert de Grôlée. Constatant la faiblesse de leurs troupes ils enrôlent un routier de renom – avec l’accord du roi – Rodrigue de Villandrando. L’armée bourguignonne, quant à elle, est plus importante, 3500 à 4000 hommes dont 1500 chevaliers ; elle est commandée par Louis de Chalon lui-même accompagné par plusieurs de ses seigneurs comme Jean de Montaigu-Neuchâstel, qui a été nommé chevalier de l’ordre de la Toison d’or créé par le duc de Bourgogne Philippe le Bon en janvier 143023 . Elle comprend aussi un contingent de Savoyards emmené par François de La Palud, seigneur de Varambon. Les 7,8 et 9 juin 1430 les Dauphinois libèrent Pusignan puis Azieu et enfin Colombier en s’emparant de leurs châteaux. Le 10 lors d’un conseil de guerre ils décident de ne pas livrer une bataille rangée, se sachant en infériorité numérique, mais de tendre une embuscade en profitant de l’effet de surprise. Le 11 Louis de Chalon et son armée quittent Anthon en direction de Colombier afin de délivrer la cité de ses assiégeants… qui a capitulé le 9 ! Vers 13 heures à proximité de Janneyrias, à la sortie d’un petit bois l’avant-garde orangiste est attaquée de face par la troupe de Villandrando ; peu après c’est toute l’armée qui est cernée, par la gauche et par la droite, par les fantassins et chevaliers de Raucourt et Grolée sortis du bois. Enfin les Orangistes qui essaient de s’enfuir par l’arrière sont « accueillis » par des cavaliers embusqués à proximité d’un marais. Ce ne fut pas un combat mais une déroute et tout ce qui essaya de résister fut tué ou pris24 . On raconte que Louis de Chalon ne dut la vie sauve qu’à la vigueur de son cheval qui, tout armé, réussit à traverser le Rhône – à proximité d’Anthon - en entrainant son cavalier qui, dans sa joie et sa reconnaissance, baisa le noble animal sur la bouche25 … et peu lui importaient les 500 21 Il ne deviendra Charles VII qu’après son couronnement à Reims en juillet 1429 22 Amédée récupèrerait le pays de Viennois (cédé au Dauphiné par le traité de 1355) et le prince d’Orange, le pays de Grenoble et les montagnes. 23 … mais qui en sera exclu après la défaite d’Anthon. En effet on lui reproche tout simplement d’avoir fui durant la bataille puisqu’il n’a été ni prisonnier ni occis ! 24 André Steyert dans sa Nouvelle histoire de Lyon 25 Selon André Steyert mais pour Chorier, chroniqueur du XVIIe … il lui baisa les pieds.
  • 13 hommes morts et les 600 prisonniers de son armée26 . Ces nombres sont approximatifs et, en réalité, les seuls chiffres attestés sont les 1200 chevaux harnachés qui ont été vendus sous les halles de Crémieu le 13 juin ! Louis de Saluces a pu ainsi récupérer son héritage et fut nommé, par le roi Charles VII en 1434, baron d’Anthon. Cette bataille n’a pas eu le retentissement qu’elle méritait car elle a été éclipsée par la capture de Jeanne d’Arc près de Compiègne, quelques jours auparavant le 23 mai. On suppose que c’est par vengeance qu’en mars 1431 le sire de La Palud, seigneur de Varambon (fief bressan de la Savoie) - qui, à Anthon, a eu le nez coupé (l’obligeant à porter un nez coulé en argent) et a été fait prisonnier (il a, pour sa libération, payé une forte rançon) - saccage Trévoux avec un groupe de nobliaux régionaux et moleste quelques familles juives. Comme la cité fait partie du duché de Bourbon depuis le début du siècle (avec un régime spécial cependant car elle est, théoriquement du moins, « terre d’empire » : c’est l’origine de l’Etat souverain de la principauté de Dombes) Amédée VIII reçoit les protestations du comte de Clermont, fils du duc Jean Ier de Bourbon prisonnier à Londres depuis Azincourt. Pour démontrer qu’il n’est pas l’instigateur de cet acte de vandalisme Amédée est obligé de composer. Par un traité signé à Lyon il s’engage à verser une forte indemnité à la cité pour réparer les dommages et à saisir les terres et châteaux de La Palud (Varambon en particulier). Quant à sa promesse d’arrêter et de punir le coupable, il ne pourra la tenir car…celui-ci s’était déjà réfugié chez le duc de Bourgogne ! Cet épisode de la lutte franco-bourguignonne, dans laquelle Amédée VIII s’était engagé en tant que « juge et partie » (certes « sur la pointe des pieds » mais cela montre aussi une certaine duplicité) avec l’espoir de s’approprier une partie du Dauphiné, n’est pas à mettre à son actif, lui qui passe pour un « apôtre de la paix » ! Passons sous silence qu’avant la fin de l’année 1431 il fera alliance avec… Rodrigue de Villandrando, reconnu comme le véritable vainqueur d’Anthon ! A la fin du XIXe siècle un historien régional, Jean-François Payet, a établi un plan des charniers qu’il avait découverts à proximité du champ de bataille. En 1954 des habitants ont encore mis à jour une dague avec un pommeau fleurdelisé près de laquelle gisait un squelette… 26 En vérité ce « prince » d’Orange a été un « triste sire » et s’est comporté d’une manière ignoble car il a augmenté de façon excessive la taille seigneuriale sur ses sujets… pour se dédommager de sa cuisante et honteuse défaite ? Je m’étonne que le duc Amédée VIII connu pour sa sagesse et sa pondération se soit accordé avec un tel personnage !
  • 14 Illustration en provenance de Anthon de Philippe Gaillard En cette fin de XVIe siècle le royaume de France et le duché de Savoie sont en guerre. Faisant valoir des droits d’héritage très anciens27 les rois Charles VIII, Louis XII et François Ier n’ont pas hésité à envahir et même occuper le territoire du duché pour déferler sur la péninsule italienne à la 27 Louis XI avait hérité des droits de la Maison d’Anjou sur Naples et la Sicile ; l’arrière-grand-mère de François Ier est Valentine Visconti, héritière du duché de Milan… qui est aussi la grand-mère de Louis XII !
  • 15 reconquête, pour les premiers du royaume de Naples et pour le dernier, du duché de Milan, faisant fi des bonnes relations d’antan entre les 2 pays ! Le duc Emmanuel-Philibert (de 1553 à 1580) se range ainsi dans le camp espagnol de son oncle Charles-Quint28 puis du fils de celui-ci Philippe II. En août 1557 devant Saint-Quentin il commande les troupes espagnoles qui déciment l’armée française emmenée par le connétable de Montmorency. Le traité de Cateau-Cambrésis de 1559 lui restitue son duché et lui donne une épouse, Marguerite de Valois la sœur du roi de France Henri II ! Il se marie (juin 1559) à Paris en même temps que Philippe II (c’est son 3e mariage et il a 32 ans) qui convole avec Elisabeth de France (14 ans) la fille d’Henri II ; c’est l’occasion de fêtes grandioses pendant lesquelles le roi de France sera blessé mortellement à l’œil lors d’une joute avec le comte de Montgomery, capitaine de sa garde écossaise. Charles-Emmanuel, son fils qui lui succède en 1580, se marie en 1590 avec Catherine une fille de Philippe II et d’Elisabeth et devient ainsi petit-fils et de François Ier et de Henri II dont il est aussi le neveu ! A la mort d’Henri III (sans héritiers directs) assassiné par le moine fanatique Jacques Clément en août 1589 il pourrait prétendre au trône de France puisque la désignation d’Henri de Navarre, prince de Bourbon à la fois, « très lointain cousin du dernier roi29 » et « appartenant à la religion réformée » est contestée. Malgré le soutien d’une poignée de Ligueurs (catholiques ultra) du sud- est de la France sa candidature ne sera jamais envisagée sérieusement en tant que « prince étranger » d’une part mais aussi en tant que descendant des rois de France « par les femmes », d’autre part (la fameuse et prétendue loi salique) ! Dès 1590 il profite de la faiblesse de la France – la légitimité d’Henri IV ne sera reconnue qu’en juillet 1593 après son abjuration solennelle du protestantisme à St Denis – pour s’emparer sans combat du Dauphiné (dont quelques représentants issus du Parlement déclarent vouloir obéir uniquement « à un roi catholique qui serait sacré et élu par les princes catholiques et états généraux… ») et de la Provence où le Parlement d’Aix le reconnaît comme comte de Provence ! Cette dernière tentative d’acquisition, de la part d’un prince savoyard, du Dauphiné et de territoires au sud de la France sera brisée assez facilement l’année suivante par François de Bonne, seigneur de Lesdiguières qui obligera Charles-Emmanuel à retourner à Nice c’est à dire… d’où il était venu ! C’est le début des affrontements – qui vont durer 9 ans - entre un duc vaillant, un des plus braves capitaines de son temps mais d’une certaine tendance à la débauche (c’est le sang d’Emmanuel- Philibert et de François Ier : les vices et les vertus d’après Armand Le Gallais) et d’un gentilhomme natif 28 Sa mère Béatrice du Portugal est la sœur d’Isabelle, épouse de Charles-Quint 29 La famille de Bourbon « descend » du dernier fils de Louis IX, Robert de Clermont devenu sire de Bourbon par mariage
  • 16 du Champsaur, autrefois meneur de bandes huguenotes puis homme de guerre brillant mais qui saura, par son intelligence et par amitié pour son roi Henri IV, « mettre de côté son sectarisme religieux » de sa jeunesse pour devenir un des plus grands administrateurs qu’eut jamais le Dauphiné. Ce sont les Alpes – de Chambéry à la Méditerranée - qui « accueilleront » leurs guerres d’escarmouches et de harcèlements avec de rares batailles rangées ; l’une d’elles cependant est passée à la postérité par le nombre de victimes, 4500 ; elle a eu lieu à Pontcharra le 17 septembre 1591 et fut une victoire française (6000 Français contre 15000 Savoyards, Milanais et Espagnols commandés par Amédée, le frère bâtard du duc). En 1595 Henri IV déclare la guerre à l’Espagne. En 1597 il nomme Lesdiguières lieutenant général du Dauphiné avec la mission d’empêcher les renforts espagnols – réunis dans le Milanais30 – de passer les Alpes en direction de la Picardie, lieu des affrontements franco-espagnols… quitte à envahir le territoire du duché de Savoie qui n’est pas officiellement en guerre contre la France ! Lesdiguières réunit son armée à Grenoble, 6000 fantassins et quelques centaines de cavaliers (5 à 6) et prend la direction de la vallée de la Maurienne par le col du Glandon en culbutant la maigre garnison savoyarde qui était sensée garder le passage au dessus de St-Sorlin-d’Arves. Il se rend maître de la haute vallée de la Maurienne jusqu’à Modane et Lanslebourg puis se retourne et se dirige vers la Combe de Savoie (début juillet 1597). Il entreprend le siège du château de Charbonnières au dessus d’Aiguebelle (un des premiers lieux de séjour des comtes de Maurienne devenus comte de Savoie, à l’époque plus ou moins devenu forteresse) en y laissant une troupe sous les ordres de son adjoint Créquy puis s’empare du bourg de la Rochette et obtient la capitulation de la place forte de Montmélian (mi-juillet). Une partie de son armée (l’autre, on vient de le voir, est encore déployée de Montmélian à Aiguebelle) campe le 18 juillet près de Chamoux-sur-Gelon. Pendant ce temps (lorsque les Français dévastaient la Maurienne) les forces espagnoles ont eu le temps de passer les Alpes par le val d’Aoste, le col du Petit-Saint-Bernard, la vallée de la Tarentaise et rejoindre – par Genève - la Franche-Comté alors territoire espagnol… l’objectif fixé par Henri IV n’a pas été atteint par Lesdiguières ! Quant au duc Charles-Emmanuel il quitte le Piémont le 4 juillet et, arrivé par la vallée de la Tarentaise, concentre ses forces (9000 fantassins et 800 cavaliers) face à Miolans, rive droite de l’Isère proche de son confluent avec l’Arc et le Gélon31 . En face, l’antique château de Chamousset situé rive gauche est encore tenu par les Savoyards. Les 2 armées sont réunies l’une en face de l’autre mais sur les 2 rives de l’Isère. Au matin du 19 juillet 1597 le duc ordonne à son armée de traverser la rivière. Quelques boulets des 2 seuls canons français placés sur l’autre rive puis un assaut de quelques centaines de fantassins des régiments de Créquy et de Verdun (un autre adjoint de Lesdiguières) suivi par une charge de cavalerie obligent les Savoyards à rebrousser chemin plus ou moins en désordre et à se regrouper tant bien que mal sur la rive nord de l’Isère ! Cette victoire française, qui a fait environ 400 victimes dans l’armée adverse, n’est cependant pas décisive même si Lesdiguières – par vengeance dit-on, car il aurait essuyé, le matin même de la bataille, un coup d’arquebuse tiré du château qui perça son chapeau… – pille puis détruit non seulement la forteresse mais également les quelques masures qui l’entouraient et qui constituaient alors le petit village de Chamousset. Le 21 juillet le fort d’Aiguebelle (Charbonnières) est pris ainsi que celui de La Rochette (dit de l’Huile) le 5 août ; la vallée de la Maurienne est sous le contrôle de Lesdiguières qui ordonne alors à ses troupes de se diriger vers Montmélian à proximité du grand carrefour que forment la Combe de Savoie, la cluse de Chambéry et la vallée du Grésivaudan. Son armée prend place, au sud- ouest du petit lac de Sainte-Hélène entre les villages de Les Mollettes, de La Chapelle-Blanche, de Laissaud et de Villaroux, sur des hauteurs car les berges de la petite rivière Coisetan sont marécageuses. Le duc a réussi à faire franchir l’Isère à ses troupes qui campent sur les hauteurs du lac de Sainte-Hélène. Les 9000 fantassins et 2000 cavaliers « savoyards » (en réalité ce sont des Suisses, 30 Le duché de Milan est, depuis le traité de Cateau-Cambrésis, territoire espagnol 31 Le site de la bataille est aujourd’hui complètement défiguré : il se situe presque exactement au carrefour des autoroutes A43 et A430, l’une allant vers la Maurienne, l’autre vers la Tarentaise
  • 17 Milanais, Napolitains et Espagnols) commandés par le duc Charles-Emmanuel font face aux 7000 fantassins et 700 cavaliers français commandés par Lesdiguières. L’assaut est donné par le duc le 14 août 1597 après 2 heures de tirs d’artillerie sur les lignes françaises. Celles-ci résistent plutôt bien à cette attaque qui devient de plus en plus une multitude de combats au corps-à-corps. Cependant le flanc droit français est en difficulté ; il est secouru victorieusement par une charge de cavalerie… ce qui permet à un chroniqueur (Louis Videl) très attaché à Lesdiguières d’écrire « …Lesdiguières accourt avec ses gens à cheval, charge si courageusement l’ennemi qu’il le met en déroute, une partie se jette dans les vignes, l’autre dans le bois et l’autre dans les marais où l’on les poursuivit et tua la plupart à coups d’épée ». Ce coup d’éclat français semble démoraliser les Savoyards, incapables d’autre part à faire plier la défense ennemie. Ils ne tardent pas à reculer et à revenir sur leurs positions matinales c'est-à-dire les coteaux de Sainte-Hélène laissant quelques centaines d’hommes tués ou blessés sur le champ de bataille. Encore une fois c’est un échec pour notre duc. Cette guerre dans les massifs alpins n’est malheureusement pas terminée. Charles-Emmanuel entreprend la restauration du fort de Barraux, au sud de Montmélian, sensé défendre l’entrée de la vallée du Grésivaudan. Mais Lesdiguières s’en empare dans la nuit du 15 au 16 mars 1598. La paix de Vervins signée en mai 1598 entre l’Espagne et la France ne met pas un terme au conflit franco-savoyard. Il faudra l’intervention d’Henri IV lui-même en 1600 qui occupe la Savoie (tout le monde sait qu’il est passé par Aix-les-Bains où il aurait pris, dans les vestiges des thermes romains, un des rares bains de sa vie…) après les redditions des principales villes ducales comme Bourg-en-Bresse, Chambéry et Montmélian pour qu’un traité de paix soit signé à Lyon en janvier 1601. La Savoie cède à la France le Bugey, la Bresse, le Valromey et le pays de Gex et récupère, en échange, le territoire du fameux marquisat de Saluces ! On ne peut pas dire que les initiatives belliqueuses du duc Charles-Emmanuel ont été couronnées de succès ; quant à Lesdiguières il sera nommé Connétable de France en 1622… après s’être converti à la religion catholique. Il sera le dernier à porter ce titre prestigieux, héritage des temps médiévaux.
  • 18 Illustration en provenance de Chamousset-Les Mollettes de Jean-Pierre Gomane J’ai développé l’ensemble des évènements liés au déplorable siège de Lyon de l’automne 1793 dans un article intitulé « 1793 à Lyon, l’année terrible » à voir sur mon site http://jjtijet.perso.neuf.fr/le_siege_de_lyon__164.htm A la suite de sa défaite près de Leipzig en octobre 1813 face à une coalition « prusso-austro- russo-suédoise » Napoléon affronte au début de l’année suivante ses ennemis sur le sol français :
  • 19 au nord le feld-maréchal prussien Blücher envahit la France et atteint la Champagne, au sud le général anglais Wellington traverse les Pyrénées et à l’est, fin décembre, c’est le corps d’armée du feld-maréchal lieutenant comte autrichien Bubna qui, après s’être emparé de Genève, menace la région lyonnaise. Début janvier Napoléon nomme le maréchal Augereau, commandant en chef de l’armée de Lyon avec mission de conserver ce nœud de communication entre les Alpes, le midi et le reste de la France, de refouler les Autrichiens venus de l’est puis, en cas de victoire, de le rejoindre en Champagne où devraient se dérouler les batailles décisives. Lorsqu’Augereau arrive dans la cité le 14 janvier au soir, il s’aperçoit que l’armée dont il doit prendre le commandement est presque inexistante : quelques 1100 hommes à Lyon même et 4000 hommes au total répartis dans la région alors qu’il doit faire face aux 16 000 hommes de Bubna ! Ce dernier occupe déjà Mâcon, Bourg et après avoir investi Meximieux, s’approche de la capitale des Gaules en installant une avant-garde dans le château de la Pape près de Rillieux ; il s’empare le 20 janvier de Chambéry. Il semble cependant qu’il hésite à attaquer Lyon, pour quelles raisons ? Son attitude pour le moins timorée est certainement due à la crainte de la Grande Armée impériale tant de fois victorieuse depuis une décennie mais aussi à la trop grande répartition de ses troupes, de la Saône au Léman et la Savoie. Augereau en profite et se rend à Valence pour récupérer le maximum de troupes stationnées dans le midi. C’est chose faite dès le 21 janvier où l’arrivée d’une armée de secours redonne espoir à la population lyonnaise. Mi-février disposant d’une armée de près 28 000 hommes Augereau prend l’offensive, reconquiert Mâcon, Bourg et Chambéry et s’installe à Lons-le-Saunier (2 mars) afin d’assiéger Genève. Mais il est informé qu’une importante armée autrichienne (plus de 40 000 hommes), sous les ordres du prince héritier de Hesse-Hombourg32 , en provenance de Dijon descend la vallée de la Saône. Il est obligé de revenir sur Lyon (9 mars) afin de concentrer ses troupes pour contenir la progression ennemie. Les premiers combats ont lieu près de Saint-Georges-de-Rheneins le 18 mars mais les 14 000 hommes engagés par Augereau sont vite débordés par les 50 000 alliés. Le dimanche 20 mars 1814 les troupes françaises sont déployées en arc de cercle autour de Limonest, de Couzon rive droite de la Saône jusqu’aux hauteurs de Tassin (aujourd’hui place de l’Horloge, autrefois quartier appelé Grange-Blanche) en passant par Dardilly afin de protéger Lyon (voir la carte jointe). Sous les yeux de nombreux Lyonnais venus assister à la bataille (comme à une parade ? la bêtise humaine est immense… et on comprend le succès des émissions de « téléréalités ») les affrontements entre Français et Autrichiens sont extrêmement violents sur toute la longueur du front. Ce sont à peu près 24 000 combattants français (20 000 fantassins, 2000 cavaliers et 2000 artilleurs servant une trentaine de canons à feu) qui s’opposent à 43 000 fantassins, 5 000 cavaliers et plus de 100 bouches à feu ! Près de Dardilly le flanc gauche français subit de fortes attaques et le village change plusieurs fois « de mains » ; à 13 heures il est occupé définitivement par les Autrichiens. Sur le flanc droit, près de Couzon, St Romain et des hauteurs des monts Thou et Cindre, les forces françaises sont repoussées et les Autrichiens occupent une bonne partie des Monts d’Or. Se voyant débordé à gauche et à droite le général Musnier (qui se tenait au centre du front) se dirige vers Ecully et la Duchère. Malgré des diversions et contre-attaques, en particulier sur la Tour-de-Salvagny, les Français affluent dans les faubourgs de Vaise. Augereau se rendant compte de la situation rameute quelques troupes et lance une contre-offense en direction de la Duchère. La nuit suspend les hostilités et l’armée française se réfugie à Lyon mais sa puissance n’est pas détruite entièrement. Entre Saône et Rhône le général Bardet se replie également sur Lyon après s’être maintenu toute la journée à Miribel et Caluire. Au soir du 20 mars l’armée de Lyon a perdu la bataille de Limonest33 mais, aussi étrange que cela paraît, ses pertes (1000 hommes) sont moins importantes que celles des Autrichiens (3000 hommes). A l’hôtel de ville, Augereau rend compte de la situation militaire aux autorités civiles c'est-à-dire au maire accompagné de 2 de ses adjoints, au préfet du Rhône, au commissaire extraordinaire de l’Empereur et au commissaire général de la police. Il propose de résister et de défendre la ville mais le maire (le comte d’Albon) n’accepte pas arguant que les Lyonnais sont 32 Ancien Etat du Saint-Empire germanique au nord de Francfort sur la rive droite du Rhin 33 Cité par Ronald Zins dans Lyon et Napoléon dont je m’inspire pour écrire ce chapitre
  • 20 épuisés et que la cité n’a plus que 4 jours de subsistance et comme l’ennemi est maître de la Bresse et du Mâconnais… Il est préférable, dit-il, que la ville soit occupée par l’étranger plutôt qu’elle subisse une attaque qui provoquerait – à coup sûr - la mort de milliers de citoyens, le pillage et la dévastation des propriétés et la ruine de nombreuses manufactures… En plus, rétorque t-il à juste titre, quelles sont les chances de succès ? Augereau comprend et donne l’ordre du repli général de son armée. Le 21 mars, à 6 heures du matin, toutes les troupes ont traversé, en bon ordre, le Rhône par le pont de la Guillotière et se dirigent vers Vienne. La bataille de Limonest selon Lyon et Napoléon de Ronald Zins Le même jour la défaite de Napoléon à Arcis-sur-Aube clôt la campagne de France. L’Empereur abdique le 4 avril. Le 12 c’est Augereau qui signe une suspension d’armes avec le prince de Hesse-Combourg34 . 34 Nonobstant son courage et sa bravoure Charles Augereau, fils d’un domestique et d’une fruitière, fait duc de Castiglione par Napoléon, a la réputation d’avoir été une « grande girouette ». Dès le 16 avril 1814 il adresse cet ordre du jour à son armée « Soldats ! Le Sénat, interprète de la volonté nationale, lassé du joug tyrannique de Napoléon Bonaparte a prononcé le 2 avril sa déchéance. Une nouvelle Constitution monarchique, forte et libérale, et un descendant de nos anciens rois remplacent
  • 21 Les troupes étrangères ont fait leur entrée dans Lyon dès le 21 mars dans la matinée. Elles y resteront jusqu’au 8 juin non sans avoir commis quelques dégradations et pillages. La Restauration déçoit assez rapidement les Lyonnais… qui acclament avec enthousiasme Napoléon, le 10 mars 1815, de retour de l’île d’Elbe et sur la route de Paris durant le fameux vol de l’Aigle. Mais les hostilités reprennent et Lyon, placé sous le commandement d’un de ses concitoyens - le maréchal Suchet35 – et toujours considéré par Napoléon comme une place stratégique, est contraint d’effectuer d’énormes et gigantesques travaux de fortification afin de protéger les rives du Rhône et de la Saône et le plateau de la Croix-Rousse. 3 à 4 mille ouvriers y seront journellement employés… pour rien puisque, après la nouvelle abdication de Napoléon, Suchet signe le 12 juillet une suspension d’armes avec le commandant de l’armée austro- piémontaise. Il semble qu’une grande partie de la population lyonnaise n’ait pas accepté cette capitulation et se soit révoltée, en vain. Une nouvelle occupation de la ville par une armée étrangère commence et finira en décembre. Après la terrible année 1793, la capitale des Gaules a encore bien souffert durant ces deux années, 1814 et 1815, témoins de l’agonie glorieuse du Premier Empire. Lyon et ses environs en 1815 (Lyon et Napoléon de Ronald Zins) Bonaparte et son despotisme ». A la suite de quoi il est fait pair de France et chevalier de Saint-Louis par Louis XVIII. Au retour de Napoléon en mars 1815 il déclare « Soldats ! L’Empereur est dans sa capitale. Ce nom, si longtemps le gage de la victoire, a suffi pour dissiper devant lui ses ennemis. Ses droits sont imprescriptibles. Jamais ils ne furent plus sacrés pour nous… Jetez les yeux sur l’Empereur. A ses côtés brillent d’un certain éclat ses aigles immortelles… Elles seules conduisent à l’honneur et à la victoire » ! Napoléon le déclare « traitre à la France » et ne le réintègrera pas dans son armée. Il meurt en juin 1816. 35 Il est né rue Pizay le 2 mars 1770 d’un fabricant de soieries…selon Alain Pigeard dans son étonnant L’armée de Napoléon
  • 22 La dernière bataille de l’Empire s’est déroulée 10 jours exactement après Waterloo, le 28 juin 1815 à Conflans-L’Hôpital (aujourd’hui Albertville) ; c’est l’ultime victoire de l’épopée napoléonienne. Le combat a opposé 1 800 hommes (puis 2 300 en fin de journée après l’arrivée de renforts en provenance d’Ugine et de Montmélian) commandés par le colonel Bugeaud à 4 000 austro-sardes dirigés par le Major-Général autrichien baron von Trenk. Les bataillons français faisaient partie de l’armée des Alpes confiée au maréchal Suchet et constituée par l’empereur afin de contenir l’Italie où Murat avait été battu. Albertville est une cité d’importance stratégique puisque au « carrefour des 4 vallées » (Combe de Savoie, Tarentaise, Val Arly et Beaufortin). Le 27 juin Suchet prévient Bugeaud qu’il sera attaqué le lendemain par des forces sardes commandées par le comte d’Andezeno en provenance de Beaufort et par des forces autrichiennes sous les ordres de von Trenk en provenance de Moutiers. Vers 7 heures les bataillons sardes, arrivant de la rive gauche de l’Arly pénètrent facilement dans L’Hôpital mais sont repoussés par la suite par Bugeaud qui a harangué ses troupes en leur annonçant la défaite de leur empereur de telle sorte qu’elles soient non pas abattues mais déterminées. En fin de matinée les troupes commandées par Trenk arrivent et positionnent leur artillerie sur les hauteurs obligeant les soldats de Bugeaud - qui se battent vaillamment mais sont « en manque » de cartouches - à se replier en bon ordre sur la route de Montmélian. L’arrivée de renforts permet à Bugeaud de repousser finalement l’ennemi qui s’enfuie piteusement. Cependant un message de Suchet oblige le commandant français à arrêter le combat : un armistice vient d’être conclu entre le maréchal et le commandant du corps d’armée autrichien, le comte von Bubna. Ce combat - pour la gloire - a mis, une nouvelle et dernière fois, en exergue la haute valeur des armées impériales – enfin… ce qu’il en restait - à la tête desquelles un chef exceptionnel évoluait. Celui-ci sera écarté par les frères de Louis XVI mais reprendra du « service » sous Louis- Philippe. Nommé gouverneur général de l’Algérie en 1841 puis maréchal de France en 1843, Bugeaud surprend et bat les troupes marocaines du sultan Moulay Abd al-Rahman, sur l’oued Isly en août 1844… ce qui oblige ce dernier a modifié sa politique de soutien à l’émir algérien Abd el- Kader qui, ainsi, se rendra en 1847. Chacun sait qu’il est passé à la postérité par une chanson militaire… La casquette du père Bugeaud ! (Sources : Les mystères de L’Hôpital de Diégo Mané)