PAYS RÊVÉ
un film de Jihane Chouaib
une production Iskra - Orjouane productions
Iskra et Orjouane productions présentent
PAYS RÊVÉ
un film de Jihane Chouaib
90 mn - vidéo
Ce projet a reçu le soutien du Conseil Général du Val de Marne
et de la bourse Brouillon d’un rêve de la Scam
Iskra - www.iskra.fr iskra@iskra.fr
18, rue Henri Barbusse BP24 94111 Arcueil cedex
tél : +33 (0)141 240 220 fax : +33 (0)141 240 777
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« Parce que trop de siècles de puzzle m’entourent et quelque chose en moi (serait-ce la
tristesse que je devine au fond des yeux de mon père ?) m’oblige à reconstituer l’image
originelle (…) Comment reconstituer l’image alors que celle-ci, depuis longtemps, est une
blessure oubliée au fond de ma mémoire ».
Wajdi Mouawad, présentation de Forêts
SYNOPSIS 5
INTENTION : FACE AU LIBAN 7
PERSONNAGES : LIBANAIS DE L’ETRANGER 13
TRAITEMENT : UNE QUÊTE 25
NARRATION 31
ANNEXES 57
Repères politiques 58
Filmer dans un pays en crise 59
Parcours artistiques des personnages 60
Jihane Chouaib 66
ISkRA 68
Ce film est une quête, au Liban, du « pays rêvé ».
Enfermée hors de mon identité d’origine par toute une vie en exil, je ne sais plus comment regarder le
Liban, comment y trouver ma place, comment rentrer « chez moi ». Pour affronter ce qui fût notre pays,
j’emmène avec moi d’autres « Libanais de l’étranger », qui vont me prêter leurs yeux, m’ouvrir leur imaginaire
et, j’espère, me faire découvrir la possibilité d’une identité redéfinie.
Wajdi Mouawad, Katia Jarjoura, Patric Chiha et Nada Chouaib. Ce sont quatre artistes qui ont chacun en
tête un territoire appelé « Liban », une fiction personnelle qui les construit, les engage, et oriente leurs chemins.
Une fois sur place, leur pays intérieur se confronte à un autre pays, au Liban tel qu’il est.
Nous allons arpenter ensemble des lieux défigurés, disparus ou réinventés par quinze ans de guerre civile,
quinze autres années de (re)constructions fébriles, un mois de bombardements aériens quotidiens… Dans ce
réel en crise, sous tension, au bord de l’éclatement, je veux faire résonner leurs émotions, leur mémoire, leurs
fantômes, leurs fantasmes. Je vais les écouter réagir à l’étrange et au familier. Je vais les regarder regarder. Je vais
filmer ce qu’ils voient. Mais surtout, je vais chercher à filmer ce qu’ils imaginent – pour faire apparaître un pays
auparavant invisible, un rêve de pays, un pays rêvé.
Ce projet - qui s’appuie sur des racines intimes – est porté par une visée universelle. Je souhaite montrer
comment l’identité, l’appartenance, les origines, sont des choses qui, en fait, s’inventent.
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FACE AU LIbAn
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Origines
J’avais trois ans lorsque j’ai quitté Beyrouth. Nous fuyions la guerre. Depuis, je n’ai plus jamais vraiment vécu dans mon pays natal.
Et ainsi, je ne parle presque pas l’arabe. J’ai la nationalité française. Je vis et je travaille à Paris. C’est là que j’ai étudié. Et surtout, je
pense en français. Donc, je suis française, je suppose. Et puis, peut-être que je suis un peu mexicaine, aussi, puisque j’ai été élevée au
Mexique, j’y ai passé toute mon enfance, c’est le lieu, sinon de mes premiers souvenirs, du moins de mes premières pensées
conscientes...
Et pourtant, c’est au Liban que, spontanément, je me sens appartenir.
A l’aéroport de Beyrouth, je suis partagée entre un sentiment de familiarité intense, presque déroutante, et l’impression d’arriver
dans un pays inconnu. Ce paradoxe est tranché par le douanier qui, invariablement, raye « libanaise » et souligne « française » sur la
fiche de renseignements. Le geste de cet homme qui garde les frontières du pays dont je suis exilée résonne comme une sentence qui
m’exclut de mon identité.
Est-ce que j’ai quand même le droit de me dire libanaise ? Qu’est-ce qu’une identité qui ne s’appuie ni sur l’expérience d’une terre,
ni sur la pratique d’une langue ?
Au fil de mes retours, je me retrouve régulièrement sommée de décliner mon identité dans un tout autre sens, celui de l’appartenance
à une communauté religieuse. Dans ces moments-là, il semble que le Liban n’existe pas en soi, que plusieurs pays cohabitent sur une
même terre. Comment puis-je être libanaise si, par exemple, les figures du paysan druze et du combattant palestinien ont autant
d’importance pour moi que les rites et les mythes de ma famille chrétienne ? Aussi souvent, on m’informe que je ne peux pas comprendre
le Liban parce que je n’ai pas vécu la guerre civile de l’intérieur. Comment puis-je être libanaise alors que je n’ai pas vécu quinze ans
sous les bombes ?
Pourtant, je suis sûre d’une chose : quelque part, au fond de moi, il y a un lieu que je rêve, et que j’appelle “Liban, mon pays”.
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L’objet de ce film est de faire exister ce lieu imaginaire en filmant le Liban réel. En partant, par le cinéma documentaire, à la
recherche de ce lieu, je cherche à trouver une réponse à ma propre quête identitaire. Mais aussi, et surtout, je propose une manière
d’envisager la notion d’identité qui permettrait d’inclure l’expérience de l’exil. Une identité qui intègrerait la diversité, voire l’incohérence,
dans un monde où il est devenu très commun de ne pas rester chez soi, et où prolifèrent différentes formes de crises identitaires.
En sillonnant le Liban avec d’autres exilés en quête de leur pays, je vais tenter de me ressaisir d’une « libanité » qui ne cesse de nous
échapper. A travers eux, en filmant leurs tentatives pour trouver leur « pays rêvé », je chercherai à comprendre comment nous nous
construisons une identité.
Identité en exil
Patric est né en Autriche, Katia a grandi au Canada, Wajdi y a fait ses études, Nada vit entre Paris et Rome. Chacun est largement
influencé par les images et les symboles produits dans les pays d’adoption. Ils n’ont pas grandi sur la terre, dans la langue, avec la
religion de leurs origines. De prime abord, leur identité semble surtout constituée par l’exil et non par le Liban. Qu’ont-ils en commun,
à part un sentiment de coupure au centre de leur être, un désir de retrouver leur identité déviée ?
Ils n’ont pas choisi leur exil. Ils ont été élevés à l’étranger, et reviennent au Liban. Ils ont tous un rapport intime, intérieur, à ce
pays, mais ils ne savent pas s’ils ont le droit de se dire Libanais. Pour eux comme pour moi, comme pour toute personne émigrée, d’où
qu’elle soit, l’identité ne peut être une évidence, elle est un problème, ou du moins, une question. Que reste-t-il de l’origine lorsqu’on
a vécu toute sa vie ailleurs - dans un autre pays, dans une autre langue ? Comment retourner dans un pays qui a changé en notre
absence ? (ou qui n’est pas ce que la famille nous en avait raconté ?) Et lorsque l’on se sent étranger même dans son pays d’origine, peut-
on encore s’en réclamer ?
Ces questions sont propres à l’exil, à tout exil. Mais elles ne concernent pas que les exilés. Dans une époque où les déplacements de
population sont devenus si fréquents, les bases de l’identité sont en question partout. Simplement, le cas des exilés libanais de ma
génération est particulièrement fertile, car chez eux, la fragilisation identitaire née de l’exil croise la fragmentation identitaire interne au
pays qu’ils ont quitté.
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La diaspora libanaise est très nombreuse et très diverse. Il y a au moins trois fois plus de personnes d’origine libanaise éparpillées
dans le monde qu’il n’y a de Libanais au Liban. Aujourd’hui, chaque famille a son exilé. Et chacun peut se poser la question de s’exiler
un jour. L’exil est donc intégré comme une question qui concerne tous les Libanais, et l’identité libanaise elle-même.
D’autant plus que cette position d’exil n’est finalement pas propre aux expatriés. A l’intérieur même du Liban, beaucoup de gens se
sentent exclus par la revendication identitaire « des autres », de tel ou tel groupe. Et ils ne se reconnaissent pas dans les possibilités
d’avenir qui semblent s’offrir au pays. Ils ressentent une nostalgie du Liban « pays rêvé ». Et ils peuvent se percevoir comme des exilés de
l’intérieur.
Le Liban est un concentré de contradictions identitaires, et en cela il se présente comme le laboratoire extrême d’une certaine
tendance du monde moderne, comme l’expérience limite, la preuve même, de la nature imaginaire de l’identité. C’est un pays qui
pousse à repenser la notion même de pays.
Ce territoire a été si souvent envahi, détruit, reconstruit, remodelé, pour être à nouveau détruit… L’apparence des lieux ne peut
plus être un ancrage. Comment choisir, parmi les strates historiques successives - les strates successives de destruction - celle sur laquelle
pourrait s’appuyer notre identité? A quoi retourne-t-on, lorsque tout a changé ?
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Territoires imaginaires
Dans un contexte où les bases objectives de l’identité semblent si fragiles, si friables, une autre possibilité de définition émerge,
fondée sur la subjectivité. Le sentiment d’appartenance au Liban est très particulier chez les Libanais qui vivent à l’étranger. Moins
prisonniers des divisions communautaires, ils ne peuvent s’identifier à des modèles collectifs. Et surtout, n’étant pas entourés par leur
pays, celui-ci est inclus en eux, construit par eux, indissociable de leur imaginaire. Regarder le Liban à travers la multiplicité de leurs
regards – entre extérieur et intérieur – permet d’interroger l’identité « en soi », par-delà le cas du Liban.
Ce projet est né d’une conviction profonde : cette coupure, cette torsion spatiale et temporelle que vivent les Libanais de l’étranger
confrontés à leur pays d’origine, rejoint une expérience intérieure que tout le monde peut ressentir. Cet exil-là, le nôtre, est simplement
une forme plus extérieure et plus aiguë d’une perturbation identitaire qui concerne chacun. Ainsi, en explorant une possibilité d’identité
libanaise qui ne serait plus liée à la terre, à la langue ou à la religion, on pourrait trouver une manière de repenser autrement la notion
d’identité, une manière de la libérer.
Les pays rêvés que j’explore sont portés par des artistes, car je fais confiance à la démarche poétique pour creuser là où les autres
discours s’arrêtent. Leurs points de vue ne deviennent pas des raisonnements, mais des histoires, des images et des gestes. Ils se déploient
pour former des possibilités de pays. En observant le Liban en eux et à travers eux, j’espère faire partager le travail d’un imaginaire à
l’œuvre.
J’envisage ce film comme une expérience en mouvement, en train de se faire. Pour éprouver le chemin d’obstacles que constitue la
quête identitaire, il faut pouvoir rentrer dans la tête de ceux qui la vivent. Le territoire de cette quête se situe alors autant dans les
frontières objectives d’un pays que dans les sensations, les souvenirs, les fantasmes et les œuvres des exilés avec qui je chemine.
Concrètement, il s’agit de regarder des gens rêver un lieu, et il s’agit de rêver ce lieu avec eux. Enfin, il s’agit de révéler quelque chose d’a
priori invisible : un lieu sous sa forme rêvée.
Au fur et à mesure que les pays rêvés des personnages s’affirmeront, le Liban s’effacera comme lieu physique à sillonner, éprouver,
baliser. Il s’ouvrira sur une autre réalité. Mon objectif est d’aller au-delà du « Liban rêvé », de détacher l’identité du territoire, pour
accéder finalement au « rêve comme pays ».
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LIbAnAIS DE L’ETRAnGER
« Mon pays » est quelque chose que je n’arrive pas à attraper, à regarder en face. Il se cache de l’autre côté d’un écran d’images de
guerre et de cauchemars. J’en suis séparée par un exil qui ne peut être effacé. Face au Liban, tiraillée entre ma fiction intérieure et le
chaos du réel, attirée par un sentiment d’appartenance, repoussée par un ensemble de caractéristiques auxquelles je ne peux m’identifier,
je me tourne vers mes compagnons d’exil pour chercher une porte d’entrée. Je reviens au Liban avec eux, espérant que leur retour
permettra le mien, espérant m’engouffrer dans la brèche ouverte par leur présence, espérant mettre mes pas dans le sillon tracé par leurs
pas. En regardant le Liban en eux et à travers eux, j’espère revoir mon pays interdit, disparu, invisible… J’espère surtout donner une
existence – par l’image et le son – à une strate de réel qui rend nos identités possibles autrement qu’en termes d’exclusion, d’étrangeté.
Retours
Wajdi Mouawad, Nada Chouaib, Patric Chiha, Katia Jarjoura.
Les quatre personnes à qui je propose l’aventure sont comme mes doubles. « Libanais de l’étranger », ils appartiennent à la même
génération, celle dont l’enfance a été rythmée par la guerre civile. Ils ont appris leur pays en regardant cette guerre à la télévision, dans
d’autres pays. Chacun à sa manière, ils mettent la question de l’identité non seulement au centre de leur vie, mais au centre de leur
travail. C’est le moment, pour eux, de se confronter à leurs origines. Chacun d’eux considère ce voyage au Liban comme un moment
charnière dans sa propre quête identitaire, un moyen de renouer un lien défait, une manière de chercher à comprendre la place de leur
pays en eux.
J’observe leur relation avec le Liban, dans ce moment de vulnérabilité et de perturbation dans lequel nous place cet « état des
lieux ». Je les vois découvrir ou redécouvrir leur pays, à travers leur sensibilité particulière. Et j’essaye de comprendre de quoi est fait leur
pays rêvé, le pays qu’ils ont inventé en exil. Chacun porte en lui un Liban imaginaire fort, personnel et différent. Comme artistes, ils en
donnent des représentations. Leurs œuvres et leurs pratiques m’ouvrent donc un accès supplémentaire, par-delà leurs paroles, pour
explorer le lien entre identité et imaginaire. Ils donnent eux-mêmes une forme à chacun de leurs chemins. Ils m’emmènent quelque
part.
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Wajdi Mouawad
Wajdi a quitté le Liban à huit ans. Puis il a passé plusieurs années en France avant de s’installer au Québec. Il a maintenant 38 ans
et c’est un des dramaturges les plus importants de sa génération. De son premier roman, Le Visage retrouvé, à sa dernière pièce, Seuls, il
s’est jeté à corps perdu dans les émotions explosives liées à l’ambivalence du rapport aux origines. Avec, au centre, la guerre civile, qui
lui a fait une enfance « comme un couteau, qui [nous] est resté dans la gorge ».
Pour moi, Wajdi est comme un frère d’âme. Il est celui qui a donné une voix, des mots, un corps agissant, à toute la génération
errante et muette des exilés de la guerre. Mais lorsque je me trouve entourée par les spectateurs bouleversés de ses spectacles, je me rend
compte que cette fracture intime qu’il met en scène appartient à tout le monde, résonne au-delà des exilés, convoquant tout simplement
la difficulté de grandir, d’être soi et de se situer dans le monde…
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Wajdi est en tournée en ce moment avec son spectacle solo, Seuls, né d’un travail sur la langue maternelle, cet arabe « cassé », perdu,
où son enfance survit par bribes. Il me dit qu’il était temps qu’il ose le faire. Pourtant, il a toujours du mal à revenir au Liban, il résiste.
Pour lui, le mot « patrie » a perdu son sens. Quand on lui demande de choisir son identité, Wajdi se définit comme fils de Zeus. Son
Liban est mythique, territoire de tragédie. Mais c’est aussi le monde de l’enfance, à la fois douce et ravagée, où un petit garçon rêvait de
devenir un super héros pour sauver sa maman et arrêter la guerre.
L’aventure que je lui propose permet à Wajdi de réaliser un retour qu’il sait nécessaire mais repousse depuis des années. Il doit se
rendre dans son village natal, où il n’est jamais revenu depuis l’enfance, pour demander l’extrait de naissance qui lui permettra d’obtenir
une carte d’identité libanaise. Il souhaite traîner en chemin, se lançant à la poursuite des traces invisibles de l’enlèvement d’Europe par
Zeus à Sidon/Saïda. Pour trouver une manière « concrète » de mettre à l’épreuve sa revendication osée d’être « fils de Zeus ». Je me
demande si finalement il acceptera sa carte ou s’il la verra comme une entrave à son imaginaire.
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nada Chouaib
Nada est ma sœur. Elle a quitté le Liban à deux ans. Ce choc lui a fait perdre l’usage de la parole pendant plusieurs mois. A 34 ans,
elle est ingénieur en océanographie pendant les heures de bureau et danseuse orientale le reste du temps. Quand elle était plus jeune et
chanteuse punk en banlieue parisienne, elle ne se sentait pas du tout libanaise. Elle refusait d’y penser. Apprendre à danser a été sa voie
pour redécouvrir ses racines. Même si ce n’est pas au Liban qu’elle s’est formée, mais au Caire, à Rome, à New-York…
Nada participe au développement d’une danse orientale contemporaine, bien au-delà des numéros de cabaret. Sa dernière création,
Traversées, aborde de front le thème de l’exil comme aventure initiatique, mais sans un regard en arrière, sans parler du retour. Au Liban,
l’image de la « danse du ventre » - ou « danse arabe » - est souvent négative, liée à l’image des prostituées venues d’Europe de l’Est. La
famille, sur place, ne comprend pas la vocation de Nada.
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Ma sœur est attirée au Liban par ses idéaux et elle y retourne régulièrement pour voir nos parents. Mais elle se sent également
rejetée par la réalité du pays. Lorsque je lui propose ce voyage dans les replis de notre identité, elle l’accepte fermement. Elle sait qu’il est
temps d’essayer de comprendre quel est notre pays, comment nous pouvons dire que ce pays est le nôtre. Elle me prévient seulement
qu’une loyauté mystérieuse l’empêchera d’exprimer sa douleur et sa colère. Et puis, elle n’est pas une fille qui parle. Son pays rêvé, elle
veut le vivre et le raconter par ses gestes, son corps, sa danse. Je crois pourtant que la parole, même difficile, douloureuse, empêchée,
aura une place. Enfin, le fait de filmer ma sœur nous confronte chacune au fait que – alors même que nous venons du même lieu, de la
même famille et du même exil – nous n’avons pas le même pays.
Sur place, j’accompagnerai Nada de cabaret en cabaret. Elle cherche la danseuse qui pourrait lui permettre de pousser plus loin sa
propre pratique, ou simplement partager sa recherche. Elle risque de se trouver confrontée à de pauvres parodies de cette danse qu’elle
respecte tant. Mais peut-être aussi découvrira-t-elle autre chose. Car le Liban auquel elle accède, par le chemin de la danse, est comme
un empilement coloré et capiteux d’images de la féminité avec lesquelles elle entretient un rapport contradictoire, comme avec le Liban,
oscillant entre fascination et répulsion. Régulièrement, elle reviendra « à la maison », dans les intérieurs de famille, pour tenter de faire
résonner l’extérieur en elle-même, pour chercher une voie de réconciliation entre son Liban et celui des autres.
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Patric Chiha
Patric a aussi 34 ans. Il est né en Autriche, a étudié au Lycée Français de Vienne, puis à Bruxelles, et travaille maintenant à Paris. Il
est cinéaste. En Août 2005, il est retourné au Liban pour la première fois depuis le début des années 80. Il a logé chez mes parents et je
pensais lui servir de guide. Pourtant, c’est lui qui finissait par me guider : en me mettant à l’écoute de sa manière de réagir, en
accompagnant un ami qui semblait marcher au milieu d’un rêve, je découvrais un autre pays que celui que je croyais connaître.
Pour Patric, le Liban est un monde lointain et légendaire, tissé de ses fantasmes d’adolescent, nourris des histoires d’une grand-mère
hongroise et danseuse, amoureuse d’un « prince » libanais dans le Beyrouth mythique des années 50 et 60. Son film Home, qui se
déroule dans les Alpes autrichiennes, ne parle que du Liban. Mais un Liban invisible, niché dans des souvenirs de souvenirs, raconté par
un homme peut-être mythomane, perdu loin de son pays devenu fictionnel...
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Patric considère notre aventure en Pays Rêvé comme une initiation et une mise à l’épreuve. Il compte sur mon regard pour accueillir
ses fantasmes et l’aider à les confronter à la réalité libanaise. Je compte sur son regard pour faire ressurgir un monde englouti, un pays
disparu sous les horreurs de la guerre. Ensemble, nous jouons à prendre la fiction au sérieux. Il a un film en tête, dont l’essentiel se
déroule dans une forêt de pins au cœur de la montagne libanaise et le reste dans un Beyrouth nostalgique et abstrait, dont l’élément
principal est le casino. Il va rechercher certains lieux, décrits par son père et sa grand-mère qui ont quitté le pays au début des années
70. Il se peut que ces lieux s’avèrent, souvent, disparus ou fictifs… Que va-t-il faire, alors, des scènes qu’il nous raconte ? Et quelles
autres scène surgiront des sensations provoquées par sa confrontation physique, sensuelle avec son pays inconnu ?
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Katia Jarjoura
Katia est née en 1975, l’année du déclenchement de la guerre civile. Elle a été élevée au Canada, loin des hostilités, par un père
libanais et une mère québécoise. Très jeune, elle est devenue reporter et a couvert les pires conflits, de Tchétchénie en Palestine, en
passant par l’Irak et l’Afghanistan. Comme pour y vivre les échos de l’horreur à laquelle elle a échappé. Comme pour expier la fuite de
son père. Jusqu’à cette blessure par balle reçue à la frontière entre le Liban et Israël, qui lui fait une ligne de partage sur le ventre, un
symbole, dit-elle, de sa double identité.
Lorsque, il y a quelques années, Katia a décidé brusquement de s’installer au Liban, elle est d’abord allée au Sud, zone récemment
libérée, vivant encore au rythme de la résistance. Ce Liban-là n’est pas celui de sa famille orthodoxe du Nord. Mais elle, la jolie fille
« libérée », d’éducation occidentale, n’est vraiment à l’aise qu’avec les combattants, en plein « Hezbollah-land », où pourtant elle ne
pourra jamais vraiment s’intégrer.
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L’été 2006, Katia a vécu la guerre au Liban. Comme reporter, mais, cette fois, aussi comme libanaise. Cependant, malgré cette
expérience vécue en commun, elle reste une étrangère. Elle continue de fréquenter le même milieu de journalistes internationaux que
lors de ses déplacements à travers le monde. Ce qui a changé, c’est qu’elle est passée du documentaire à la fiction en réalisant un film sur
la transmission du désir de guerre, de père en fils. Elle dit vouloir abandonner « le news ». Et pourtant, à chaque nouvelle violence, elle
empoigne sa carte de presse et y retourne…
Katia va d’abord m’emmener dans la banlieue en ruines de Beyrouth. Parmi les petits voyous et les militants du Hezbollah, elle va
faire l’état des lieux des amitiés qui l’amarraient à ce qu’elle voyait comme une strate plus profonde et plus authentique du pays. En a-t-
elle toujours besoin pour se sentir « légitimement » libanaise ? Aujourd’hui désabusée, elle tourne quand même autour d’une image
romantique et ténébreuse de l’homme combattant qui, par-delà les discours politiques, garde une place dans son cœur. Une figure qu’il
faudra peut-être aller chercher ailleurs ? Katia se demande souvent pourquoi elle ne repart pas. Malgré sa fatigue, son découragement, sa
colère, elle se sent indéfectiblement liée à ce pays, revendiquant ses déchirures, s’identifiant à elles.
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Quatre personnages, cinq points de vue
Le regard de chacun de ces personnages est certainement en décalage par rapport à une réalité objective vue « ici et maintenant » par
ceux qui sont restés au Liban. Pourtant, lorsqu’elles se combinent et se confrontent, ces représentations ont l’avantage d’être dégagées
des mille tabous qui recouvrent la réalité libanaise - une réalité pleine d’ellipses et de zones muettes, de rumeurs, de mythes ou de
mensonges. Car, au Liban, parler de l’identité, c’est prendre le risque d’ouvrir la boîte de Pandore des divisions.
Wajdi, Nada, Patric et Katia ne seront en rien des modèles sociologiquement identifiables des différentes communautés libanaises.
Je refuse le principe de représentativité. Je me concentre au contraire sur la particularité, l’irréductible individualité de leurs regards.
Chacun porte avec lui son histoire, son enfance, sa famille, son intimité… Mais leur subjectivité est aussi en lien avec des mondes
plus collectifs. Les formules magiques de Wajdi ouvrent sur la matrice, la Méditerranée antique, l’imagerie de Patric convoque l’univers
doré des années 60, les histoires de Katia plongent dans la noire fascination de la guerre. Le corps de Nada propose une lecture plus
sensitive, à la recherche d’une part d’Orient restée silencieuse.
En explorant la multiplicité de leur pays rêvé, en suivant le fil de leur quête identitaire, je suis moi-même en quête. Ce film est ma
quête. Dans le présent même du documentaire, en le faisant, je me retrouve dans la même position que ceux que je filme. Et c’est à ce
titre que je deviens moi-même l’un des personnages du film, même si je ne suis pas présente à l’image. Ma voix intervient régulièrement
et cherche à dire mon propre pays rêvé, comme une sensation qui me glisse entre les doigts, une nostalgie de quelque chose qui n’est pas
le passé, des images invisibles qui demandent à exister.
Cette quête me confrontera directement à ma position de compatriote-étrangère, position que l’on pare de fierté et de honte
successivement, et qui, surtout, est censée enlever le droit d’avoir un point de vue. Ce point de vue sur mon pays, je le réclame et je
l’affirme, dans toute sa subjectivité et sa difficulté, aux côtés de la diversité des autres points de vue parcellaires, imaginaires et
contradictoires qui constituent ce pays.
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UnE QUÊTE
Chemins
En filmant des Libanais qui sont aussi Français, Canadiens, Autrichiens, en passant par l’intimité de leur regard pour aborder le
Liban, je propose au spectateur une possibilité d’identification plus accueillante. Il ne s’agit pas d’aller voir l’autre, de l’autre côté des
barbelés de la « guerre des civilisations ». Il s’agit de découvrir le Liban avec les personnages, il s’agit de pouvoir ressentir et comprendre
à leur manière, à leur rythme.
Je les regarde pendant qu’ils regardent. Les émotions sur leur visage, leur manière de réagir physiquement, de se placer dans les
espaces.
Je veux ensuite tenter de voir à travers leurs yeux. Nous mettre à leur place, cadrer comme je sens qu’ils regardent. Les écouter
détailler ces images, les décrire à leur façon.
Enfin, je vais confronter mon regard à leurs regards. Nous regardons le même objet, le Liban. Et pourtant, nous voyons tous des
choses différentes.
Les entretiens se déroulent dans les lieux. Peu à peu, leurs mots nous racontent, entre souvenirs et fantasmes, leur pays intérieur, ce
qu’ils voient et que la caméra, « objective » dans un premier temps, ne voit pas.
Je ne suis pas dans le champ, mais c’est bien à moi que ces personnages parlent, je ne cherche pas à déguiser mes liens avec eux. Au
contraire, j’utilise cette proximité pour capter la personnalité intime de chacune de leurs voix. Et pour modeler mon questionnement
sur leur sensibilité.
Je les interroge sur ce qu’ils connaissent du Liban, sur ce qu’ils ne comprennent pas, sur leurs origines religieuses, sur le Liban
raconté par leurs familles, sur leur rapport à la guerre civile, à la nouvelle guerre, je leur demande pourquoi et comment ils se sentent
Libanais ou étrangers… Les réponses sont à trouver non pas dans un discours très organisé mais dans la fragilité des « madeleine de
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Proust », la naïveté des impressions enfantines, la confusion des espoirs et des déceptions, la particularité des fantasmes, la prédominance
des sensations.
Pourquoi Nada a-t-elle systématiquement les larmes aux yeux quand elle entend Fayrouz chanter « Loubnân » (Liban) ? Pourquoi
s’en défend-elle?
Pourquoi Katia regarde-t-elle particulièrement les hommes barbus ? Pourquoi cette belle jeune femme se sent-elle moins séduisante,
moins féminine, que les « vraies » Libanaises ?
Comment Patric, après une journée à se sentir touriste sous la chaleur, touriste qui parle anglais avec les taxis, trouve le réconfort
parfait dans un plat de yaourt séché à l’huile d’olive ?
Qu’évoque donc de si fort, pour Wajdi, l’odeur des figuiers ? Et comment se fait-il que nous partagions cet attachement pour une
sensation apparemment minuscule ?
Régulièrement, certaines questions sont communes à tous.
Quelle est la première image qui leur vient à l’esprit, quand on prononce « Liban » ? La mer vue de la montagne, un paysage de
mythes grecs. Un canevas, une toile presque noire, et dans le noir parfois des feux d’artifices, parfois des visages qui crient. Le jardin
d’une grand-mère, un figuier, l’appel à la prière dans un petit porte-voix. Un casino, avec des femmes très élégantes, les années cinquante,
des boutons de manchette. La télé dans les années 80, quelques images de guerre, entraperçues avant d’aller se coucher de force…
Je cherche à « attraper » les images qu’ils ont en tête. Puis je m’attelle à retrouver ces images, à les montrer, en filmant, autrement, le
Liban.
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Filmer l’imaginaire
En écho et en réponse aux paroles, aux trajets et aux œuvres de ces artistes, je mets progressivement en place un filmage parallèle,
qui s’appuie sur la subjectivité, la métaphore et la sensation. En ce sens, mon travail de cinéaste sur ce documentaire est le même que
lorsque je réalise des films de fiction : j’explore comment des regards se posent sur le monde, et la manière dont le monde est construit
par ces regards.
Je commence, par touches, un travail empathique où mes cadres s’efforcent de capturer la manière particulière dont chaque
personnage regarde. Puis, me dissociant de leur regard, mais m’appuyant sur ce que leurs paroles et leur œuvres révèlent de leur
imaginaire, je crée des images dont l’ambition est de reconstituer leur univers mental, leur monde intérieur.
Ainsi, par exemple, les mots de Wajdi sur les mythes antiques s’incarnent progressivement dans une recherche de paysages de
montagne, secs, pierreux, écrasés de soleil, où il déambule tel un personnage tragique. Ou encore, la nostalgie de Patric trouve échos
dans des gros plans très focalisés, qui nient le contexte, construisant des réminiscences, des traces d’un glamour 60 aujourd’hui disparu,
mais qui reste une référence forte pour beaucoup de Libanais.
Mes images déforment et réinventent ce pays, reconstruisent autrement la géographie objective des lieux. Plusieurs « Liban »
surgissent. En se juxtaposant, ils dessinent, dans leur diversité même, une nouvelle carte – imaginaire – de ce pays. Par un montage
privilégiant les résonances entre différents imaginaires, je propose un autre chemin d’interprétation pour accéder à l’identité libanaise.
Un portrait du Liban se forme, un autre pays apparaît, comme un territoire inventé. Un pays fait du dialogue entre différents rêves
de pays. Un pays auquel il est enfin possible d’avoir accès, d’appartenir, et que l’on peut emmener partout avec soi.
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Circulation
Ce film revendique l’esthétique du fragment, intégrant dans sa forme même l’identité fragmentée. Le sens se forge progressivement,
à partir d’une matière multiple – cette multiplicité est nécessaire à ma recherche, elle est intrinsèque au sujet. Mon chemin de recherche
est fait de correspondances, d’échos, d’associations libres… Et je souhaite que ce principe reste visible dans la construction du film.
Le fil dramatique suit plusieurs tentatives parallèles pour retrouver dans le Liban réel des parcelles du pays rêvé par les personnages.
En petite équipe, nous les accompagnons dans leurs déambulations, à la recherche de lieux choisis en fonction de l’importance
symbolique qu’ils ont pour eux. Nous circulons d’une quête à l’autre, par un jeu de correspondances, mais surtout en respectant la
dramaturgie d’une évolution, d’étapes clefs. Ces parcours montrent l’identité comme faite de bric et broc et fragments, ordonnés par un
récit, par ce qu’on se raconte.
Ponctuellement, les quatre personnages se rencontrent sans se rencontrer. Lorsque je réunis leurs voix, en off, autour de la même
question, et sur des images pour une fois les moins subjectives possibles. Et lorsque certains se retrouvent confrontés aux mêmes lieux,
qu’ils perçoivent différemment.
Au fur et à mesure que les parcours se développent, plusieurs esthétiques s’affirment. A chacun des personnages correspondra un
traitement, en fonction de sa quête, en fonction de la manière dont se déploie son imaginaire. Je réalise alors un travail esthétique de
cadre, de lumière, de composition, de son… qui quitte l’observation du réel pour se rapprocher de la mise en scène de l’imaginaire.
Mon objectif est de finir chaque parcours par une scène de fiction où les personnages deviennent les héros de leurs propres rêves.
En parallèle au tournage centré autour des personnages, je développe également un tournage en solitaire, plus « libre ». Je filme
alors moi-même, « caméra-stylo » en main, sur un support vidéo plus fruste. Je réalise des images qui construisent mon propre parcours
dans le film. Des plans « vides », parfois des plans très rapprochés, interrogeant des objets, des escaliers, des photos, des couloirs, le
visage de mon père, les mains de ma mère, des reflets, des balcons… Enfermée dans les espaces intérieurs qui appartiennent à mon
enfance et ma famille, je cherche à entrer en contact avec mon pays.
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Ma voix sert de guide. Elle pose des jalons narratifs. Réagissant aux trajets et aux propos des personnages. Racontant, questionnant,
nommant leurs quêtes. Et poursuivant, en pointillé, ma propre quête. Cette voix ne doit surtout pas être omniprésente. Elle ne doit pas
non plus donner une impression d’omniscience. C’est «ma» voix, une voix subjective, une voix de personnage. Presque une voix
intérieure. Elle est chargée de mes sensations, de mes souvenirs, de mes émotions.
A travers toutes les images récoltées au long du « voyage », c’est mon propre regard qui s’affirme et qui donne sens à l’association des
autres regards. Multiplicité et fragmentation s’organisent alors, en se développant autour de lignes de force : la forme de la quête et le
leitmotiv du questionnement de l’identité.
nA R R AT I O n
Janvier 2009, gare d’Austerlitz, café de la gare.
Comme souvent, je vois Wajdi entre deux portes, deux avions, ou plutôt, cette fois-ci, deux trains.
Il me parle de l’inquiétude dans laquelle le plonge notre prochain voyage.
« En fait j’ai vraiment peur de perdre quelque chose…
Un espace… Mais pas un espace géographique.
La première fois que des amis intimes qui n’étaient pas des Libanais ont fait un voyage pour aller au
Liban ça m’avait profondément inquiété. J’avais l’impression qu’ils allaient voir une partie de ce que
j’étais mais que je ne voulais précisément pas qu’ils voient.
J’ai compris que ce n’était pas un espace géographique, mais un autre espace - un espace poétique ?
Et c’est ça que malgré moi je cherche à protéger, à préserver, en n’allant pas au Liban. Dans l’exil, la
distance, l’absence… il y a une spécificité qui est la mienne et qui fait que je peux dire « je ».
On dit toujours que, dans la création, il faut enlever des filets. Est-ce que c’est le dernier filet qui me
reste à enlever ? »
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Actualités
La guerre dans les archives télévisuelles. Explosions et ruines fumantes. Des civils, comme des fantômes,
errent dans les décombres de leur quartier rasé.
Les images se superposent les unes aux autres, sans jamais s’effacer, jusqu’à ce que l’écran devienne
illisible.
Voix-off :
Le bruit du vent dans les peupliers, à l’heure de la sieste. Le marbre froid sous les pieds. Les
cigarettes à filtres blancs. L’odeur camphrée d’un détergent pour laver les escaliers et l’odeur
du maïs grillé. La goutte de lait qui coule lorsqu’on arrache une figue verte à son figuier.
PAYS R Ê V É
Exercices
Au milieu d’un salon, une jeune femme (Nada) exécute machinalement des exercices de danse orientale,
les yeux fermés.
Tandis qu’elle fait vibrer ses jambes, puis ses hanches, puis son buste, puis ses épaules, une cassette débite
des phrases simples en français puis en arabe.
Nada répète à mi-voix les mots de la leçon.
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Itinéraire
Dans une chambre d’hôtel, un homme (Wajdi) est allongé sur un lit, en pleine conversation téléphonique
avec son père.
D’une voix douce mais tendue, il lui demande de lui expliquer précisément comment faire pour retrouver
un certain lieu. Wajdi ne se souvient que d’une étendue de maquis sec, en pente, et des aboiements d’un
chien…
Et après le champ de mûriers? Jusqu’au grand arbre ? Mais lequel ?
Et comment tu sais que le champ de mûrier est toujours là ?
Préparatifs
Face à un miroir, une jeune femme aux yeux sombres (Katia) finit de brosser ses cheveux.
Elle ferme son gilet jusqu’au cou, puis défait un bouton, hésite, demande un avis, ne prend pas le temps
d’écouter la réponse, marmonne « il vaut mieux », et referme le gilet.
Voyage
Dans un avion, un homme (Patric) boit lentement du whisky. C’est un vol de nuit. Il a les yeux fixés sur
le hublot noir à côté de lui. Que regarde-t-il ?
Dans le brouhaha des passagers (invisibles), la voix d’une hôtesse de l’air annonce en français, anglais, et
arabe, que l’avion fait un trajet « Paris-Beyrouth ».
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Souvenirs d’enfance
Une télévision des années 80, dans un salon plongé dans la pénombre, en silence.
A l’image : la guerre civile filmée pendant 15 ans
Tirs dans la nuit. Avenues désertes.
Des familles fuient sur des barques. Des miliciens cagoulés, en jean pattes d’éléphant, posent fièrement,
se déhanchant sous le poids de leur kalachnikov.
Les portraits des otages français, avec le décompte des jours de captivité.
Bombardements. Cris, enterrements, pleurs.
Les dernières images sont une série de prises de vue de la place des Martyrs, au centre-ville de Beyrouth,
de 1975 à 1992. A la fin, la place est rasée. Il ne reste qu’un étrange bâtiment en forme de bunker sur
pilotis, un ancien cinéma.
Au son : les uns après les autres, les personnages racontent un moment de leur enfance
Wajdi : Non, moi je suis né bien avant toi, en 68, j’ai eu le temps de voir autre chose. En 75 j’allais à
l’école, déjà. Tout d’un coup, le trajet de tous les jours, le trajet pour aller à Notre Dame des Anges, c’était
devenu le front. On est montés au village. On a tenu deux ans, je crois ; et puis on est partis.
Quand la guerre a commencé, Nada se cachait aussi dans la maison de la montagne.
Elle me dit : « Tu te souviens sûrement mieux que moi ? »
Quand la guerre a rattrapé la montagne, nous sommes partis en France, et Nada a perdu l’usage de la
parole pendant six mois. Quand elle a parlé de nouveau, c’était en français.
Patric est né en Autriche un peu avant la guerre et Katia au Canada un peu après.
Je leur demande quand et comment ils ont entendu parler du Liban pour la première fois. Savaient-ils
que c’était leur pays qui brûlait tous les jours pendant qu’ils grandissaient ailleurs ?
A la fin, la caméra se recule très lentement et dévoile, dans la pénombre du salon, un enfant dont on ne
distingue pas le visage. Caché derrière le canapé, il regarde la télévision.
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Deux photos dans un avion
Avec une petite caméra amateur, je filme, l’une après l’autre, deux photos posées sur une petite tablette
repliable en plastique. Seul le son indique que je suis dans un avion.
La première photo : une maison de montagne en ruine. Impacts de balles sur le petit mur d’enceinte,
volets arrachés, sacs d’ordures dans la cour. Je m’approche d’une fenêtre : à l’intérieur, on entrevoit les
murs souillés, couverts de graffitis. Entre pixels et grains, on peut deviner des phrases en arabe et quelques
dessins obscènes.
L’année où la guerre a commencé, ma mère me racontait que si les hommes portaient des
masques et des fusils, et si on entendait des pétards si souvent, et si on avait mis des sacs de
sucre devant les fenêtres, c’est parce que c’était le carnaval.
On est partis sans rien, comme on part en week-end. Mon père disait qu’on allait juste
attendre un peu que ça se calme. Dix-sept ans. Quand ça a été fini, on est resté dehors.
Dans la deuxième photo, cette même maison, vingt ans plus tôt, pimpante. Dans la cour, sous la treille,
une petite fille rigole, bien assise sur les épaules d’un homme à moustache, le cou entouré d’un keffieh.
J’ai laissé derrière moi une petite fille libanaise.
Si nous n’étions pas partis, qui serait-elle devenue ?
Lorsque je reviens, je suis une autre, je suis étrangère.
Ma main rentre dans le champ et soulève la photo. La petite caméra amateur que je tiens pointée sur elle
met un moment à retrouver la netteté.
Et chaque fois que j’atterris à Beyrouth, je me demande qui, de la fillette ou de moi, existe
vraiment.
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Aéroport de beyrouth,
plans instables en longue focale
Silence.
Derrière de grandes vitres, les avions posés sur la piste presque déserte : Air France, Iran Air, Cyprus… Au
loin, dans la distorsion de chaleur, on aperçoit des palmiers. Plus près, le drapeau libanais dessiné sur les
avions de la Middle-East Airlines.
A l’aéroport, pendant quelques instants, je me sens chez moi.
À la douane, la réalité me remet à ma place.
Les files de passagers qui attendent devant les guichets où les douaniers contrôlent leurs papiers. Ma petite
caméra passe de visage en visage, certains me regardent.
Je n’ai pas de passeport libanais. J’ai un passeport français. Mais c’est ma vieille carte
d’identité libanaise qui me sert de visa.
Le douanier regarde directement dans la caméra, méfiant. Il fait un geste nonchalant m’indiquant de
couper.
Invariablement, le douanier me reproche de ne pas parler avec aisance la langue de mes
ancêtres. Sur la fiche de police, il raye « libanaise » et entoure « française ».
Dans le noir, on entend le douanier me parler en arabe. Je réponds dans un mélange hésitant entre arabe,
français et anglais.
Pourtant, quelque part, au fond de moi, il y a un lieu que je rêve, et que j’appelle “Liban,
mon pays”.
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Enfermée chez mes parents
Série de prises de vue de l’intérieur de l’appartement de mes parents, dans un quartier périphérique de
Beyrouth, en face d’une caserne et de l’hôpital militaire.
Le Liban pour moi c’est surtout des choses qui n’arrivent pas à devenir des images.
Je filme mon père en train de regarder la télévision où des politiciens s’insultent en hurlant. Il hoche la
tête, marmonne que ce pays va disparaître d’un jour à l’autre, mais garde les yeux bien fixés sur l’écran.
L’odeur du Vap anti-moustiques et du gardénia, des mots de grand-mère (benté, banouté, ça
veut dire ma fille, ma fifille), le goût acide des tiges de pâquerettes
Je filme à travers les fenêtres, à travers la balustrade du balcon… toujours cachée, derrière des obstacles
qui m’empêchent d’avoir un accès direct à ce que je filme. Les tanks et les infirmiers restent flous, derrière
les fleurs rouges.
Tout ce que je n’ose pas filmer, les peaux et les cils des militaires, les visages de femmes tout
juste démaquillés. Tout ces gens que je ne regarde qu’à la dérobée, dont j’évite le regard,
parce que je n’ose pas parler. Que ressentent-ils lorsqu’ils entendent l’accent français sur ma
langue ? Est-ce aussi repoussant que la ventriloquie ?
Quatre fois l’aéroport
Nada débarque, sa grande chevelure en désordre, plusieurs valises sur son chariot. Elle passe devant la
grande affiche où un jeune homme fend les flots sur son scooter des mers. Puis elle s’arrête devant une
affiche du port de Byblos.
Wajdi est assis sur son petit sac de voyage, sous une grande affiche touristique qui montre les ruines de
Baalbek dans le coucher de soleil.
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Patric attend, debout, légèrement appuyé sur sa petite valise, devant une affiche à la gloire des cèdres sous
la neige. Lorsqu’il m’aperçoit, il fait sans doute une grimace comique en désignant le cliché devant lequel
je lui ai donné rendez-vous.
Katia est déjà là. Elle est assise sur le capot de sa voiture, dans le parking désert en face de l’aéroport. De
l’autre côté de la route, c’est l’effervescence des arrivées et des départs. Des familles s’agglutinent, des
porteurs s’activent, des amis s’embrassent, des avions décollent ou atterrissent.
Portraits de Libanais de l’étranger
Sur la table lumineuse du bureau de la Fondation Arabe pour l’Image de Beyrouth, je découvre des négatifs
et des diapos :
Photos de familles libanaises portant casques coloniaux, au Sénégal dans les années 30. Cartes postales du
publicitaire Yasbek, dans des décors mexicains très 50’s.
Que regardez-vous en premier lorsque vous sortez de
l’aéroport ?
Chacun son tour, à l’arrière de la voiture. Ils regardent et nous suivons leurs regards. Que regardent-ils ?
Les palmiers, floutés par la chaleur ? Les voitures, la pollution, les embouteillages, les queues-de-poisson ?
Pour certains, c’est la reconstruction des dix dernières années, qui a tant effacé, qui rend tout propre et
sans vie, comme un free-shop. Pour d’autres, c’est les portraits des Imams, cartons découpés, peints,
colorés, plus grands que nature, au bord de l’autostrade. L’un regarde les gens, les garçons surtout, les
grands yeux noirs, les sourcils de miniature persane, les garçons qui se tiennent par la main. L’autre, les
gigantesques panneaux publicitaires, avec des grands yeux de femmes, des décolletés, des mannequins en
maillots de bain, des cheveux blonds. Ou encore « rien », l’intérieur de la voiture, les parents à l’avant,
fermer les yeux et écouter les informations en arabe, sur l’autoradio. Rien, ça peut être aussi les souvenirs
de la vue dans l’avion, pendant l’atterrissage : la mer, le port, les immeubles, très près.
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Portraits d’enfants
Sur une table, quatre photos sont étalées : chacun des personnages, quand ils étaient enfants. Ma main
s’en empare et les range dans un sac.
Katia nous guide : visite touristique d’un champ de ruines
Ses longs cheveux noirs dans le vent, habillée d’une robe courte et décolletée par-dessus laquelle elle a
enfilé une petite veste en laine par discrétion symbolique, Katia marche en avant, sur une avenue presque
déserte où quelques barbus déambulent sans la regarder.
Des deux côtés, elle croise des terrains vagues, là où il y avait des immeubles. Avec de grands gestes, elle
pointe et désigne. Elle monte sur les tas de gravats, se penche sur les immenses trous, par-dessus les
rambardes de fortune.
Lorsque je lui ai demandé de me montrer son Liban, Katia m’a tout de suite annoncé qu’on irait à
« Dahieh », banlieue Sud de Beyrouth, quartier chiite durement bombardé à l’été 2006 par l’aviation
israélienne. Normalement, elle n’appartient pas à ce monde, elle est de famille chrétienne orthodoxe.
Mais, pour elle, c’est là, avec les Chiites, les réfugiés du Sud, les défavorisées, que se situe le « vrai » Liban.
C’est ce monde qu’elle voulait découvrir, lorsqu’elle a décidé de s’installer dans le pays de ses ancêtres. Elle
dit qu’on ne peut pas comprendre le Liban si on ne comprend pas ça, mais peut-elle trouver une place
dans cet univers uniforme, en apparence si différent du reste de la société libanaise ?
Katia nous parle avec enthousiasme de sa Dahieh. Elle décrit un univers bien plus divers, vivant, et
complexe, que ce que l’on imagine en Occident. Avant la dernière guerre, elle a passé beaucoup de temps
dans ce quartier. En tant que journaliste, elle a appris à connaître comme sa poche les différents bureaux
du Hezbollah, le parti de Dieu. Mais son discours reste très émotionnel, fasciné, émaillé de rumeurs et de
mythes. Elle explique que le parti a des yeux et des oreilles partout. Personne ne peut rentrer dans la
Dahieh sans qu’ « ils » ne soient au courant.
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Katia remarque deux militants qui l’observent, l’air de rien, tranquillement assis sur des blocs de pierre.
Elle s’adresse à eux, leur demande d’où ils viennent. Elle connaît leur village, près de la frontière israélienne.
Elle a passé plusieurs mois dans la région. Elle échange avec eux quelques phrases nostalgiques d’usage sur
la beauté du Sud. Elle parle un arabe haché, avec un accent qui la désigne comme étrangère. Les deux
hommes lui demandent sa nationalité. Malgré son insistance, ils ont du mal à croire qu’elle est libanaise.
Suivre Patric dans les rues de beyrouth
Les klaxons sont lointains, on entend les criquets. Patric se promène dans les rues pentues du vieux quartier
Achrafieh, à l’heure vide de la sieste. Nous le suivons. Longue silhouette gracieuse, rapide, presque
dansante, tranchant l’enchevêtrement de fils électriques et de jasmin grimpant. En équilibre sur les petits
pavés disjoints, suivi un moment par des chats, croisé par deux bonnes éthiopiennes, observé par un vieux
marchand de lustres qui fume sur le pas de sa boutique…
Une limonade au café des Glaces
C’est un café d’avant la guerre, plein d’espace et de lumière. Les serveurs sont plus nombreux que les
clients et le décor est un peu kitch.
Attablé, chemise blanche et cigarette à la main, Patric à l’air très libanais. Grand yeux aux longs cils, peau
brune, nez recourbé…
Mais quand il parle, c’est avec l’accent autrichien.
Sa première phrase arrive dans un éclat de rire : « tu sais, nous, les Autrichiens … » .
Puis il explique qu’il a un nom historique. Chiha est l’inventeur de la constitution libanaise. Mais aussi
que ça n’aurait pas dû être son nom, c’était le nom du meilleur ami de son grand-père. Et Patric se lance
dans sa légende familiale, qui semble sortie d’un polar rétro et sophistiqué. Il raconte la rencontre de son
grand-père trafiquant de Tripoli avec sa grand-mère danseuse hongroise, au casino, dans le Beyrouth des
années 50. Souvenirs de souvenirs, inventions…
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Dans une salle de cinéma,
extrait du film Home
Dans une salle de cinéma décrépie et pleine de charme nostalgique, datant des années 60, Patric regarde
son film projeté sur le grand écran :
Un paysage de montagne, les Alpes autrichiennes. Un vieil homme au regard sombre et aux lèvres
sensuelles parle longuement, se reprenant plusieurs fois, comme s’il testait la meilleure manière de
raconter cette histoire qu’il veut raconter, la meilleure manière de dire la rencontre entre sa mère
danseuse et son père « prince d’Orient », de dire Beyrouth, de dire le Liban. Soudain, nous ne sommes
plus dans la montagne autrichienne mais dans la montagne libanaise : des images super 8 datant du
début des années 70, à travers la vitre d’une voiture qui longe la baie de Jounieh depuis les hauteurs.
Dans la pénombre de la salle, Patric explique en murmurant que son père a filmé ces images l’année où il
a quitté le Liban.
Route de bord de mer, casino, extérieur jour
Sur les mêmes routes en lacets que dans les images super 8, nous arrivons au casino.
Un soir au casino
Habillé d’une veste élégante sur son jean, arpentant d’un rythme nerveux les jardins et le hall, secouant sa
cigarette, Patric me raconte comment la jeunesse de cette grand-mère « de mauvaise vie » s’est installée
dans son imaginaire. Il joue avec les clichés, y prend plaisir, s’en amuse.
Nous entrons dans les salles de jeu. Je cherche à filmer, dans le casino contemporain, des traces de cette
scène fantasme qui constitue le Liban de Patric. Les cadres évitent délibérément la « réalité » contemporaine
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du lieu. Ils sont ostensiblement partiels, comme tronqués. Peu à peu, je ne montre plus que des gros
plans : escarpins, perles dans un chignon, jeux de mains, cartes et cigarettes…
Nous nous isolons finalement dans un coin près des cuisines. En arrière plan, floue, la salle de jeu révèle
pourtant son visage triste, à moitié désert, décevant…
Patric retourne alors l’imagerie, et propose un nouveau récit : la version noire, sordide, de la même
rencontre entre ses grands-parents.
Une nuit au cabaret
Une danseuse blonde, trop maquillée, se déhanche assez maladroitement sous les lumières multicolores
d’un cabaret bruyant de Jounieh, ville côtière réunissant de nombreux lieux de plaisirs. Ses yeux sont
vides, elle semble complètement détachée de ce qui se passe autour d’elle. Dans un coin, on remarque
deux Saoudiens en robe et foulard qui la regardent distraitement. L’un d’eux braque sur elle une caméra
DV miniature tandis que l’autre se gorge de rhum-coca.
Dans ce cabaret surpeuplé, je filme moi-même avec une petite caméra amateur.
Nada est avec moi. À chacun de ses passages au Liban, elle retourne dans les cabarets, comme pour prendre
le pouls, évaluer la situation de la danse orientale. Ce soir, elle rie beaucoup, mais au bout de quelques
secondes, elle a cessé de regarder la danseuse. Ma petite caméra s’attarde sur le visage de celle-ci. Le bleu
qu’elle a appliqué autour de ses yeux coule sur ses joues, entraîné par sa sueur, et la pare d’une beauté
morbide de poupée brisée.
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Salle de danse
Dans une salle de danse illuminée de soleil, dont les fenêtres donnent sur la mer, Nada travaille une
chorégraphie.
Elle semble utiliser l’alphabet de la danse orientale, mais elle en fait quelque chose de tout à fait différent
de ce que l’on a vu dans le cabaret. Une danse douloureuse et intense, très intérieure.
Sa bande-son : le bruit de la mer.
Puis elle arrête le poste à cassette. Le bruit de la rue s’infiltre peu à peu, les klaxons omniprésents.
La propriétaire du lieu, May, professeur de danse classique d’une soixantaine d’années, apporte le café.
Nous entamons alors une discussion sur la danse orientale, que May appelle « danse arabe ». Il est clair
qu’elle tient cette danse dans le mépris. Danse de cabaret. Danse vulgaire. Nada se retrouve à défendre
cette danse, alors que May est la plus « orientale » des deux, ayant toujours vécu au Liban. Nada voudrait
faire évoluer cette danse, comme la danse classique a évolué en danse contemporaine en Occident. May
rétorque qu’il s’agit là d’une vision extérieure, orientaliste et non orientale. En quelque sorte, cette danse
est vulgaire, mais les étrangers n’ont pas le droit d’y toucher ? A travers la danse, un nœud de contradictions
identitaires se révèle.
May conclut généralement ce genre de débats en expliquant que, de toute façon, Nada ne peut rien
comprendre à l’Orient, au Liban, parce qu’elle n’a pas vécu la guerre et que, de ce fait, elle est étrangère.
Le silence blessé de ma sœur témoigne alors de sa difficulté à se ressaisir de sa propre identité.
Nous passons sur le balcon et voyons l’enchevêtrement de béton qu’est devenue la côte. Souvent du vieux
béton, béton de la guerre, croulant sous les connexions électriques pirates, surplombant parfois de vieilles
maisons aux toits rouges, ou des vergers.
Une voiture passe lentement dans la rue, déversant une musique orientale sucrée très forte.
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Autostrade de bord de mer, dans la voiture
Impossible de regarder la mer sans être alpagué par une succession d’affiches aux couleurs éclatantes, du
haut desquelles une vedette de variétés très maquillée nous regarde d’un air tendre et mutin, à l’infini.
En off, je lis un extrait de Littoral, la pièce de Wajdi, où le héros est suivi partout par une équipe de
cinéma imaginaire devant qui il prend des « poses dramatiques » dans les moments difficiles de sa vie.
Dans la montagne, avec Wajdi
La voiture traverse des paysages de montagne où les maison détruites et les maisons en construction
rongent les étendues de pins parasols. Wajdi raconte comment il imagine les étapes du labyrinthe
bureaucratique qui nous attend dans son village, Der el Amar, où il doit demander son extrait de
naissance.
Puis nous arrivons au terrain légué par son père, terrain qui n’a jamais été construit, d’abord à cause de la
faillite, puis à cause de la guerre, puis à cause de l’exil. Maintenant son père le lui a légué, mais il ne sait
pas quoi en faire.
Wajdi arpente le terrain, comme pour le mesurer de ses pas.
Il dit : « une fois qu’on est parti, tous les lieux sont les mêmes, et le pays de départ, le lieu de départ, je ne sais pas
s’il a plus de sens que les autres lieux… Par contre, dans la nature, je peux toujours être chez moi, ça n’appartient
à personne. » Puis il sourit et me fait remarquer : « cette terre-là est sensée m’appartenir, pourtant… Mais je
n’en veux pas, je crois. ».
Pour alléger cette déclaration, il me demande si je veux qu’il prenne une pose dramatique.
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Avec Wajdi, dans un embouteillage
A travers la vitre, comme dans un jeu vidéo : un taxi collectif brinqueballant slalome dans un embouteillage,
entre un 4X4 flambant neuf et une Cadillac criblée de balles.
Wajdi m’explique qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Le Liban, c’est le pays de la nymphe Europe. Il
me demande alors de faire un détour pour un pique-nique à Saïda, là où la nymphe a été enlevée par Zeus
transformé en Taureau.
L’embouteillage aboutit à un barrage militaire. Wajdi sort son passeport canadien. Il me regarde sortir
mon passeport français. Nous aurons droit à un « welcome ». C’est un moment un peu douloureux.
Chez ma grand-mère
Série de prises de vue chez ma grand-mère. Le reflet des fenêtres sur le carrelage.
Le Liban, c’est la musique de la conversation en sirilankais qui se déroule sur le balcon de
ma grand-mère, entre sa bonne et celle des voisins.
Les chats qui sommeillent sur une carcasse de voiture, dans l’impasse tranquille sur laquelle donnent ses
fenêtres.
Ma grand-mère vit dans cet appartement depuis plus de quarante ans, depuis son retour du
Sénégal. Mais elle ne le reconnaît plus. Elle demande tous les jours qu’on la ramène chez
elle. Oui mais où ?
La chambre toujours vide où trône un lit de jeune fille recouvert d’un immense ouvrage en crochet.
Les bouquets de fils électriques qui se croisent devant la fenêtre de sa cuisine…
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Lorsque je dormais dans cette chambre, je restais éveillée pendant des heures à écouter les
cigales et à surveiller les ombres des arbres sur le balcon, qui étaient sûrement des hommes
armés. J’ai toujours été visitée par des hordes de fantômes. Par contre, c’est lors de mes étés
d’enfance au Liban que j’ai assisté à la disparition de toute possibilité de Lutins et autres
créatures magiques. Il n’y a pas assez d’ombres sous ce soleil.
Dans les mots, d’autres images
Au son : les paroles des personnages.
Chacun à leur tour, je les interroge. Et je réunis leurs réponses dans un espace commun.
Décris-moi une image qui représente pour toi le Liban.
Quelle image de ton pays tu avais en tête quand tu étais enfant ?
Quelle sensation reste pour toi associée au Liban ?
Ils me donnent des images, dans leurs réponses. Ils décrivent des images qu’on ne voit pas, qu’on se met à
imaginer. Ces images invisibles se superposent aux images du pays de maintenant.
A l’image : de longues prises de vues de lieux clefs qui racontent les problématiques politiques et
sociales du Liban d’aujourd’hui.
A beyrouth – panorama du centre ville
En 2008, l’ancien cinéma est intact, toujours aussi éventré, criblé de balles. A quelques mètres de là,
une gigantesque mosquée rutilante, en béton or et bleu à la turque, a été érigée à l’entrée du centre-
ville et modifie radicalement le paysage. Plus loin, derrière les minarets, on aperçoit une petite église
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ancienne. A côté de la mosquée flambant neuve, un ancien bâtiment restauré dans les mêmes tons
dorés accueille le Virgin Mégastore sur trois étages et des parasols blancs sur la terrasse. En dessous, la
place est envahie de tentes en toile brune, hérissées de drapeaux du Hezbollah, de portraits de
Nasrallah. On distingue également quelques portraits du général Aoun, deux ou trois représentations
du Che, quelques faucilles et marteaux. Une grande photo d’un inconnu assez laid portant de grandes
lunettes aux verres fumés dans le style des années 60. Quelques militants désœuvrés boivent un café,
jouent aux cartes.
Sur une route au Sud
Traversée d’un village en ruines. Entre les tas de pierres et les blocs de béton écrasés en mille-feuille.
La poussière blanche a tout envahi. Par ci par là, des couleurs émergent : une sandale en plastique,
une tête de poupée, un arrosoir…
Au centre commercial AbC
La terrasse de ce bâtiment récent et stylé accueille des bars et des restaurants « à concept ». La
décoration est raffinée, le personnel impeccable et trilingue, les cendriers changés à chaque cigarette
écrasée… - même le bruit incessant de la circulation est ici lointain, ouaté. Trois jeunes filles aux
décolletés plongeants et rebondis sont attablées autour de jus de fruits géants. Plus loin, une grosse
femme bijoutée déjeune d’un élégant club sandwich face à un jeune homme, peut-être son fils, t-shirt
rock et cheveux gominés, qui ne tient pas en place devant son café frappé. Un groupe d’hommes
d’affaires en chemises rayées et cravates dénouées discute avec animation. Un homme en short
militaire et t-shirt à slogan en anglais et lettres gothiques, portant chaînes et gourmettes, se promène
avec sa femme, voilée de noir, de la tête aux pieds. Deux enfants s’ennuient sur des rollers, tournant
autour de leur mère chargée de paquets, parlant français avec un accent libanais, très fort dans son
portable.
Je laisse ces images durer. Elles dialoguent librement avec les paroles des personnages, sans forcer un sens.
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« C’est mon village »
Série de prise de vues, de l’intérieur de la maison de ma famille dans un village de montagne. A travers les
barreaux des fenêtres, à travers les ouvertures dans les murs de pierre blonde : la rue bruyante du village, le
vieil épicier, les jeunes adolescents désœuvrés faisant des allers et retours en moto…
Le Liban c’est les picottis des moustaches des cousins de mon père, le toucher gras et lourd du
moindre billet de banque. Une maison désossée, puis reconstruite
Nada me rejoint à la fenêtre. Elle appelle l’épicier puis fait descendre un seau attaché à une corde. L’épicier
place un paquet de cigarettes et un sac de raisins dans le seau, que Nada remonte.
Elle me demande sans doute si je me rappelle de l’histoire où notre mère s’est fait insulter chez l’épicier au
début de la guerre, parce qu’elle portait une minijupe. Elle a quelques mots choisis pour l’épicier qui a
laissé faire. Ensuite elle dit sans doute que c’est très dommage tout ce béton, la vue défigurée, rien à voir
avec le Liban qu’elle imaginait quand elle était petite. A l’époque, la famille racontait toujours que c’était
le plus beau pays du monde.
Je lui demande alors qu’est-ce qu’elle imaginait. Elle répond à côté : « en même temps, peut-être qu’il faudrait
accepter ça comme le Liban, maintenant, essayer d’en trouver la beauté. »
Plages
Je demande à Wajdi de me raconter comment et pourquoi il a commencé à répondre « fils de Zeus »
lorsqu’on lui demandait de décliner son identité. Tandis qu’il me répond en m’expliquant les racines
antiques du Liban, et comment il les utilise pour se libérer des dichotomies du présent (chrétien ou
musulman, oriental ou occidentalisé…), nous essayons de trouver le lieu propice au pique-nique.
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La plage publique de Saïda est surmontée d’un immense portrait de l’ancien Premier Ministre Hariri et
envahie des bruits de la ville. Très vite, un groupe d’adolescents exubérants en maillots entoure Wajdi. Il
leur explique qu’il est à la recherche de l’endroit exact où Europe a été enlevée. L’hilarité est générale, mais
des hypothèses surgissent. Comme si nous allions résoudre une énigme, peut-être un crime…
Accompagnés par les adolescents, nous arrivons sur une autre plage urbaine où des familles se prélassent
autour de pique-niques copieux et de narguilés. Quelques enfants dansent au son d’une musique de variété
crachotante sortant d’une petite radio.
Je demande alors à Wajdi de me raconter ce qu’il voit. Arrive-t-il à voir la scène mythologique sur cette
plage bondée ?
Il me raconte la scène invisible…
Dans les pins
Patric se perd dans une forêt de pins, faite de plusieurs lieux réunis par le montage. Je le filme comme il
filme son personnage dans Home. Au centre de plans moyens et fixes, des cuisses à la tête, souvent de
profil.
Il commente les particularités de ces espaces. Trop sec, trop sombre, trop tordu. Pas assez de lignes
droites… Qu’est-ce qu’on peut faire, avec ça ? Finalement, il s’arrête dans une partie de forêt qui peut-être
lui convient mieux. Il parle avec de grands gestes, mimant des actions, situant des personnages dans
l’espace.
Il me raconte une scène qu’il imagine, où deux miliciens – un homme et une femme – se cachent dans
une forêt de pins en compagnie d’un prisonnier. Etrange ménage à trois, entourés d’une guerre qui n’est
pas nommée.
Nous discutons du niveau de réalité où se situe cette scène. S’agit-il vraiment du Liban ? En tous cas, c’est
un Liban rêvé…
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Quartier populaire
La nuit est en train de tomber. J’accompagne Katia à travers la banlieue sud animée de musiques mélangées
et de lumières colorées. Nous passons devant une petite mosquée décorée au néon vert. Les boutiques
sont ouvertes. C’est l’heure où jeunes gens et jeunes filles flânent dans la rue. Ici, pas de doute, nous
sommes bien dans une ville arabe contemporaine.
Katia trouve la maison qu’elle cherchait, dans une petite rue en pente. Elle est blanche et bleue, de
construction hétéroclite, et surchargée de cages où des oiseaux s’égosillent. Katia demande à une femme
qui est en train d’arroser le jardin si elle peut appeler son ami Wissam. Mais Wissam n’est pas là, malgré le
rendez-vous. Katia confie à la femme un paquet à lui remettre.
Katia me raconte que Wissam et elle échangent des services. Au bout d’un moment elle s’est rendu compte
qu’il n’était pas vraiment un militant mais plutôt un petit trafiquant, capable occasionnellement de fournir
même des armes légères. Est-ce à ce genre de services qu’elle a recours ? Non, ce qu’elle achète à Wissam,
ce sont des informations, et, parfois, de l’aide pour naviguer dans la bureaucratie du Parti.
brun ténébreux
Katia est installée au bar d’un Grand Hôtel International du centre de Beyrouth. Tout autour de nous, des
conversations en plusieurs langues s’entremêlent.
Katia me montre des photos de jeunes hommes, la plupart bruns et barbus, au regard intense. Ses contacts.
Ses personnages. Parfois ses amants.
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En coulisses
Dans les coulisses d’un cabaret, Nada discute avec un homme qui se maquille soigneusement devant la glace. C’est une des
petites vedettes de la saison : un homme, un Libanais, qui pratique la danse du ventre. Il rie beaucoup. Clairement, son but est
de divertir. Nada rie avec lui. Ils comparent quelques mouvements, hanches droites et hanches courbes côte à côte…
A l’aube
Nada sort de la boîte au petit matin. Elle fait quelques pas de danse, pieds nus, sur la plage.
Assise dans le sable, elle a soudain l’air très triste.
Elle me dit qu’elle en a assez, qu’elle n’y croit plus. Elle me reproche ce voyage. Chaque fois qu’elle revient au Liban, au bout de
quelques jours, elle ne supporte plus rien. Le jeu des apparences, l’argent flambé, la fausseté, la superficialité… Et puis la
consommation, l’occidentalisation, le refus de l’Orient, jusqu’à la haine de soi…
Au fond, conclut-elle avec un brin de provocation, mon Liban rêvé c’est la Syrie.
Papiers d’identité
Le soleil de midi est écrasant sur la place de Der el Amar. Assis sur le bord de la fontaine, Wajdi boit de l’eau puis asperge ses
cheveux et sa nuque. Il regarde de loin l’entrée du bâtiment officiel où il va aller demander son extrait de naissance.
Et si on ne le retrouve pas, le papier, comment on prouve qu’on est né ? Comment on prouve qu’on existe ?
Wajdi se dirige vers le bâtiment, flouté par une brume de chaleur. Il traverse la place déserte aux ombres courtes et très noires.
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Les parcours se poursuivent
Par mon traitement cinématographique, comme par ma participation à l’évolution des trajets, je ferai tout pour que ces parcours
deviennent des quêtes de plus en plus claires des « pays rêvés », construisant en cours de route une image en mosaïque du pays « réel »,
tel que nous le parcourons.
Voici des lignes possibles, telles que je les imagine aujourd’hui .
Wajdi :
Au début, il semble impossible de retrouver le monde des mythes antiques dont il parle sur les sites, dans un pays envahi de voitures,
de béton et de publicités. Il essayera alors de faire surgir son Liban rêvé par l’usage qu’il fera du verbe, de plus en plus lyrique, de plus en
plus poétique, comme si les mots pouvaient modifier la réalité.
Peu à peu, nous trouverons des lieux mieux en accords avec l’imagerie qu’il convoque. Les falaises Phéniciennes de Batroun, les
plateaux pelés au-dessus de Biqfaya. En les filmant, j’accentuerai leur côté grandiose, fatal. Je l’amènerai alors à nous parler du héros
qu’il imaginait qu’il devait être pour sauver son pays, lorsque la guerre a commencé. Sous le soleil écrasant, sur les chemins pierreux,
Wajdi devient un personnage face à son destin. Le Liban est le pays tragique de ses mythes personnels. Sa quête de papiers d’identité,
elle-même, devient une histoire héroïque.
Ainsi, par-delà la référence antique, ou peut-être au cœur de celle-ci, je veux montrer comment la guerre et l’exil ont formé son
identité et orienté son travail d’écrivain
« Comment faire, alors, pour remonter le temps ? Et comment faire pour le redescendre sans se perdre dans les
méandres du passé, dédale où traînent les monstres effrayants qui cherchent continuellement à nous soustraire du
présent et de son bonheur ».
Lorsque le pays natal est le pays des cauchemars, peut-on encore rentrer chez soi ?
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Patric :
Pour suivre le regard de Patric, je commencerai par faire des cadres très partiels, focalisés sur des détails, où l’on sent que des choses
sont évitées. Par les gros plans, nous prélèverons du réel ce qui correspond à son fantasme. Nous extrairons le glamour de décors par
ailleurs décrépis ou très vulgaires.
Mais, bien vite, il est à prévoir que Patric ne pourra plus maintenir « l’innocence » de sa vision fictionnelle du Liban. Des questions
morales vont surgir.
Je prévois de passer avec lui un moment cancanier dans l’élégant Café de l’Orient qui donne sur le port de plaisance de l’hôtel
Saint-Georges. J’imagine que le monde privilégié qui a remplacé son Beyrouth by Night doré des années 60 lui semblera insupportable.
D’autant plus si la situation sécuritaire est précaire, car dans ces cas-là, la tension est perceptible partout et le fait de s’enfermer dans des
bulles déconnectées paraît indécent.
Qu’est-ce qui le rattache encore au Liban, une fois épuisée la recherche de traces ? Est-ce que son amour immodéré de certains plats
de cuisine libanaise peut suffire ?
Nous partirons alors explorer les salles de jeu minables du quartier périphérique et morne où logent mes parents, ou tout autre lieu
qu’il voudra, pour changer de milieu, trouver un autre accès. Il deviendra alors un testeur, un goutteur d’identité. Nous accompagnerons
sa recherche à tâtons de ce qui pourrait lui faire quitter son statut de touriste, de ce qui pourrait réveiller un sentiment d’appartenance
chez quelqu’un qui a si peu eu accès au Liban.
Mais je pense que Patric tiendra à la fiction. Quoi qu’il en soit, nous prendrons celle-ci en charge en tant que telle, dans une scène
clairement mise en scène où il figurerait un personnage d’un autre temps. Vêtu d’un costume clair, une gitane aux lèvres, dans un voilier
aux voiles blanches brûlées de lumière, c’est un héros romantique de film sentimental égyptien, dans le Beyrouth moderne.
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nada :
Nada évoluera surtout dans des intérieurs : cabarets, salle de danse, maison des parents, maison de la montagne. Je vais suivre sa
création progressive de la chorégraphie. C’est à travers celle-ci qu’elle accomplit sa quête.
Sa position sur la danse – et la définition de l’Orient que cela implique – est très pensée, très argumentée. Mais chaque fois que
Nada remet le pied au Liban, elle est reprise par les contradictions d’une identité faite de lignes brisées et de transmissions de valeurs
contradictoires.
Le moyen que je choisis pour en rendre compte est la focalisation sur la féminité. Le va et vient entre attirance et répulsion pour les
modèles de féminité, mis en avant au Liban. Comment son corps, son visage, sa gestuelle, s’opposent ou se rapprochent des images de
femmes glanées sur les affiches, à la télévision, dans les cabarets, mais aussi dans la rue, au volant des voitures… A quoi faut-il ressembler,
à quoi se conformer ?
A la maison de la montagne, dans une petite télé, elle me montre une célèbre danseuse égyptienne, sur une scène montée dans un
stade. Rondeurs débordantes, maquillage très lourd dans la lumière du jour, nonchalance, rire épais… mais Nada la regarde, fascinée,
voyant en elle une beauté et une justesse qui m’échappe complètement.
Ma sœur, qui n’a jamais reçu la transmission du gynécée, qui a grandi comme un garçon manqué, qui est ingénieur de recherche en
océanographie, trouve pourtant par le corps, le rapport au corps, le moyen de se remettre en contact avec l’orient caché au cœur de son
identité.
Peu à peu, les danses de ma sœur vont sortir du studio pour s’effectuer dans les maisons, puis dans certains extérieurs liés aux autres
personnages. Elle deviendra une présence dansée sur laquelle je poserai moi-même les mots que j’ai entendus dans son silence.
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Katia :
Le temps de Katia est différent de celui des autres personnages. Elle ne réalise pas une quête extérieure. Katia habite au Liban. Elle
a eu plusieurs années d’expérience pour savoir comment elle se place dans ce pays. Elle en est au temps des bilans et des conclusions.
Une question reste ouverte : comment faire pour repartir. Nous suivons Katia le temps d’une journée et d’une action : la visite de la
Dahieh. D’abord, c’est la visite « touristique ».
Puis c’est avec elle que j’aborde les questions les plus globales, les plus politiques, celles qui nous donnent le contexte contemporain,
politique et sociologique de la vie au Liban aujourd’hui. Je lui demanderai aussi d’évoquer ce qui s’est passé pour elle depuis qu’elle est
au Liban. Comment elle se sentait complètement étrangère, encore correspondante de guerre. Comment elle ne comprenait rien et
trouvait tout insupportable, lorsqu’elle s’est installée à Beyrouth après les quelques mois d’immersion dans un village du Sud. Je pousserai
Katia à s’expliquer sur cet attachement pour le Sud et la banlieue chiite, ce monde auquel il me semble qu’elle ne pourra jamais
appartenir. Je ne crois pas que les rencontres de hasard me démentent, ni même la rencontre avec des habitants qu’elle connaît.
Katia m’explique qu’elle se sent bien avec les combattants, parmi les hommes et les armes. Même quand ça lui joue des tours, même
quand ça la rend malheureuse. Je l’encourage à parler des raisons pour lesquelles elle ne part pas, malgré sa colère, son ras-le-bol, son
constat d’échec. Au fond, pour Katia, l’identité libanaise, c’est la guerre. Les figures légendaires des combattants, la beauté dangereuse
des armes, la beauté tragique des ruines, et surtout, un sentiment : le déchirement. Elle reste au Liban parce qu’elle reconnaît dans les
contradictions de ce pays, et dans son état de crise permanente, sa propre identité déchirée d’exilée. Pour m’aider à comprendre, Katia
m’emmène enfin au Sud. Je la filme dans ces paysages arides et désolés, parmi les camions de l’ONU et les immenses affiches du
Hezbollah. Je la filme sur les ruines de la prison de Khiam, à côté de laquelle elle a vécu plusieurs mois parmi les militants qui en ont
fait une sorte de musée de la victoire. Elle y regardera sans doute tout autre chose que Wajdi qui, sans l’avoir jamais l’avoir vue, en a fait
un des lieux-clefs de sa pièce Incendies, l’antre d’un inceste archaïque et glaçant.
Et, enfin, je la filme à la frontière où elle a reçu sa blessure comme une bénédiction. C’est là, j’espère, qu’elle me parlera de l’odeur
de brûlé qu’elle a cherché toute sa vie à retrouver et qui disait pour elle le Liban. Et qu’elle pourra laisser apparaître cet alter-ego qu’elle
s’est inventé : Bent el Hawa, la fille du vent.
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Et moi
Régulièrement, je reviens dans un filmage solitaire, contemplatif et intérieur. A la recherche d’un Liban complètement intime et
presque in-filmable. A la recherche d’un lieu à habiter. De chez mes parents, à chez ma grand-mère, à la maison familiale de la montagne,
au cimetière où se trouve le caveau de la lignée de ma mère … et jusqu’à sortir, enfin, des confins et replis du connu pour m’installer
« en fraude » dans une magnifique maison ancienne restée en ruines depuis la guerre civile. Un endroit propice à l’invention d’une
nouvelle histoire.
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AnnEXES
Repères politiques
De quoi est fait le Liban ? De Chiites, de Sunnites, de Druzes, et d’une multitude de confessions chrétiennes (Maronites, Catholiques de rite grec,
arménien ou syriaque, Orthodoxes de rite grec, arménien ou syriaque, ou même Protestants...). Qu’est-ce qui peut réunir ces différents groupes
religieux ? Qu’est-ce qui peut transcender leurs différences ? Comment peut se forger une identité commune ?
Certes tout le monde partage la langue arabe. Mais, dans les lieux publics, tout est écrit également en français et en anglais. Dans certains milieux,
on se parle plus spontanément en français ou en anglais qu’en arabe. Dans certaines écoles, l’arabe est enseigné mais n’est pas la langue d’enseignement.
De même, le Liban fait partie de la Ligue Arabe, mais il n’est pas rare d’entendre que « les Chrétiens libanais ne sont pas des vrais Arabes ». Et ce,
parfois, de la part de certains chrétiens eux-mêmes, qui se prétendent Phéniciens ou qui affirment que le Liban n’est pas un pays arabe, que son
identité est « purement libanaise ».
D’autre part, le Liban a une longue histoire d’alliances extérieures qui dément l’idée d’un ancrage unique dans la sphère culturelle et géopolitique
moyen-orientale, dans l’héritage de l’empire ottoman. Ainsi, au XIXème siècle, les Maronites étaient alliés aux Français et les Druzes aux Anglais, et
même la petite communauté Grec-catholique avait son alliance avec l’empire austro-hongrois. De nos jours, les Sunnites sont alliés à l’Arabie
Saoudite et les Chiites sont alliés à l’Iran. Ces alliances ont souvent pris le pas sur les intérêts communs du pays.
Dans le Liban moderne, la division communautaire se retrouve dans le pacte national, la constitution non écrite : le Président de la République est
toujours Maronite, le Premier Ministre toujours Sunnite, le Président de la Chambre toujours Chiite. Les ministères sont également distribués en
fonction d’un équilibre d’appartenances confessionnelles. Et, dans ce pays extrêmement libéral, c’est bien plus souvent les communautés que l’Etat,
qui assurent l’éducation et la solidarité sociale. Les actes de la vie civile sont également pris en charge par les communautés : il n’y a pas de mariage
ou d’enterrement qui ne soient religieux. L’état civil se fonde sur les registres des « paroisses ». Depuis quelques années, la confession n’est plus
inscrite sur la carte d’identité, mais entre le nom de famille et le lieu de naissance, on peut toujours deviner...
La guerre civile qui a déchiré le Liban de 1975 à 1991 s’analyse évidemment comme la manifestation sanglante de l’existence de problèmes
identitaires. Elle est le symptôme de la division communautaire, du manque d’un projet collectif unique... Pendant les 15 ans d’après-guerre, ce
long conflit, dont le souvenir est pourtant martelé, comme pour justifier toutes les déceptions du présent, est resté un vrai tabou au Liban. On ne
l’analyse pas, on n’en fait pas de récit commun, on n’en tire pas de leçons, on ne l’intègre pas à l’histoire du pays – par peur de rouvrir la boîte de
Pandore.
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Et la nouvelle guerre de 2006 - bombardements et invasion par un pays voisin - révèle finalement aussi ce problème d’unité. Le Liban est un pays
très fragile, et il est aisé de compter sur le réveil de ses disputes communautaires pour l’affaiblir encore, voire le faire exploser. D’ailleurs, après la
période d’union nationale face à l’agression, les divisions ont immédiatement éclaté au grand jour.
Filmer dans un pays en crise
Ce film se fait dans la réalité d’un pays en crise. Je n’exclus pas cette réalité, elle s’infiltre partout. Présente dans les lieux (destructions, affiches,
tanks, barrages militaires), dans les médias (images télévisées, autoradio), dans les rencontres que feront les personnages… la pulsation politique et
la tension sécuritaire surgit régulièrement dans le film. Mais cette réalité n’épuise pas la réalité libanaise. Le traitement télévisuel de la guerre de l’été
2006, empêchant la compréhension comme l’empathie, a renforcé ma conviction qu’il est urgent, vital, de proposer d’autres images pour faire
exister le Liban à l’écran. Non pas comme un enfer de foules hurlantes, souffrantes – nombre de morts, chair à canon. Mais comme une construction
fragile et vivante d’individus. Comme un ensemble de regards personnels et intimes portés par des êtres humains.
Durant l’écriture de ce projet, le Liban a connu une vingtaine d’attentats politiques, un mois de bombardements aériens quotidiens, un début
d’invasion, des manifestations de masse, l’encerclement du Parlement par l’opposition, et même l’arrivée d’Al Qaeda à Tripoli et le siège d’un camp
palestinien par l’armée libanaise… Aujourd’hui, au moment où j’écris ces lignes, les tensions entre la majorité et l’opposition font craindre
régulièrement un retour de la guerre civile et la disparition du pays. Chacune des forces en présence revendique l’identité libanaise et accuse
l’adversaire d’être sous influence de l’étranger. Une attente étrange s’installe. Une attente de définition. Comme si le pays était dans un équilibrisme
de plus en plus fragile : on le regarde en attendant qu’il tombe, d’un côté ou de l’autre de la « guerre des civilisations ». Au moment où vous lisez ces
pages, la situation aura peut-être encore changé…
Je ne souhaite surtout pas courir après ces soubresauts : ce serait condamner le film à l’éphémère, le voir perdre son sens d’un jour à l’autre.
Cependant, ce documentaire, dans son principe même, ne reste pas imperméable au mouvement des évènements. Car l’identité libanaise est un
puzzle dont les pièces ne sont pas immobiles. Les crises actuelles ne font qu’attester de nouveau du problème d’identité, de l’identité introuvable,
toujours recherchée, et qui, si on la définissait de manière univoque, si on la fixait, risquerait d’annuler le Liban. Par son attachement à la multiplicité
des points de vue, par sa construction en mosaïque, par son tournage sur plusieurs périodes, je suis convaincue que ce documentaire va être au
diapason de l’instabilité libanaise. Je n’ai donc pas besoin de rechercher ce lien avec l’actualité, de réagir à chaud. Je souhaite au contraire continuer
à creuser le sillon du personnel, de l’intime, pour y chercher l’universel.
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PARCOURS ARTISTIQUES
DES PERSONNAGES
Wajdi Mouawad
Wajdi Mouawad est un auteur francophone mondialement connu et reconnu. Voici, en quelques dates, un bref aperçu de sa carrière :
En 1991, il reçoit son diplôme de l’École nationale de théâtre du Canada.
De 1990 à 1999, il codirige avec Isabelle Leblanc la compagnie Théâtre Ô Parleur.
En 1998, sa création Willy Protagoras enfermé dans les toilettes est élue meilleure production montréalaise par l’Association québécoise
des critiques de théâtre.
De 2000 à 2004, il dirige le Théâtre de Quat’Sous à Montréal et en 2005, il fonde avec Emmanuel Schwartz les compagnies de création
Abé Carré Cé Carré, et en France, Au Carré de l’Hypoténuse. Il adapte différentes œuvres pour la scène, telles que Don Quichotte de
Cervantès et Trainspotting d’Irvine Welsh.
En 2000, il reçoit le Prix littéraire du Gouverneur général du Canada.
En 2002, la France lui décerne le titre de chevalier de l’Ordre National des Arts et des Lettres pour l’ensemble de son œuvre.
Le 9 mai 2005, le Molière du meilleur auteur francophone de théâtre lui est attribué pour la pièce Littoral, mais il le refuse.
En mars 2006, à Chambéry, en France, il crée Forêts, le troisième volet d’un quatuor sur le thème de l’héritage (Littoral, Incendies,
Forêts, Ciel). Vingt et un théâtres se sont associés à cette création franco-québécoise.
À partir de septembre 2007, il occupe le poste de directeur artistique du Théâtre Français du Centre National des Arts d’Ottawa.
Durant la saison 2007-2008 il travaille en collaboration avec l’espace Malraux, de nouveau à Chambéry, où il crée notamment Seuls.
En juillet 2008, il présente cette pièce au Festival d’Avignon dont il sera l’artiste associé en 2009.
Katia Jarjoura
Katia Jarjoura a écrit de nombreux articles et réalisé de nombreux reportages, pour divers médias internationaux.
Voici un choix d’œuvres récentes qui lui tiennent particulièrement à cœur :
2008 DANS LE SANG – fiction, 30’ (en post-production)
Dans un Liban au bord de l’explosion, Farès, ancien milicien, tente d’arracher son fils Marwan à la fascination de la guerre.
2007 MEMORIAL – 5’40
Enterrement collectif dans la ville de Tyr, au Liban-Sud, pendant la guerre de l’été 2006
2006 TERMINATOR, la dernière bataille – 75’
Le combat d’un fougueux militant libanais au surnom de Terminator pendant le Printemps de Beyrouth (2005), qui a provoqué le retrait des
troupes syriennes du Liban.
• Sélectionné aux festivals : Visions du Réel (Nyon), Namur (Belgique), Beirut International film festival (Liban), Né…à Beyrouth
(Liban), Des 3 Luxembourg (Paris).
2005 AU-DELA – 16’
Dans le plus grand cimetière du monde, à Nadjaf, en Irak, des femmes lavent les corps de leurs consœurs. Un rituel mortuaire d’une grande
intensité, une réflexion sur la vie et la mort.
2004 L’APPEL DE KERBALA – 70’
En Irak, dans un climat de tension et d’occupation, la jeune réalisatrice accompagne les pèlerins chiites sur la route de Kerbala pour le rituel
annuel de deuil de l’imam Hussein.
• Diffusé sur ARTE, TSR (Suisse), RTBF (Belgique), Planète (France) et Télé-Québec
• Festivals : FIPA (Biarritz), el Popoli (Florence), Docudays (Beyrouth), Figra (France).
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Patric Chiha
Patric Chiha vient de l’univers de la Mode et pratique la photographie. Son chemin vers le cinéma passe par l’Insas et le montage.
Ses derniers films :
2008 DOMAINE
100 min., 35mm. Aurora Films (Paris) & WildArt Film (Vienne) - Avec Béatrice Dalle, Isaïe Sultan, Alain Libolt, Raphaël Bouvet…
Pierre, un adolescent, passe tout son temps avec Nadia, une femme flamboyante d’une trentaine d’années. Leur relation est amicale, presque
amoureuse. L’anarchie qui règne dans la vie de Nadia fascine ce jeune homme au seuil de l’âge adulte. Mais Nadia est une femme blessée,
dépendante de l’alcool. Petit à petit elle s’abandonne. Pierre pense pouvoir l’aider, la retenir…
2007 0ù SE TROUvE LE chEf DE LA PRISON ?
18 min., 35mm. Aurora Films (Paris) - Avec Raphaël Bouvet.
Soudainement, Roman se pose une première question, suivie d’une multitude d’autres auxquelles personne ne peut répondre.
Prix : Prix d’interprétation « Janine Bazin » - Belfort/Entrevue
Festivals : Rotterdam/IFFR, Belfort/Entrevues, Pantin/Côté Court, Nice, Ebensee/Festival des Nations, Bologne/Gender Bender
Festival, Cinémathèque française, Paris/Festival Gays et Lesbiens…
2006 hOME
50 min., 35mm. Aurora Films (Paris) & WildArt Film (Vienne) - Avec Alain Libolt, Julien Lucas, Claudia Martini et Gisèle Vienne.
Un homme d’affaires d’origine libanaise d’une soixantaine d’années voyage avec son collègue à travers la Styrie, une région autrichienne
montagneuse. En marchant sur les routes et dans les forêts, Fouad se rend compte de son profond sentiment d’étrangeté dans ces lieux qui lui
sont pourtant familiers.
Prix : Prix de la Presse & Prix Emergence - Pantin/côté court
Festivals : Pantin/Côté Court, Viennale, Belfort/Entrevues, Graz/Diagonale, Lisbonne/Indielisboa, La Rochelle , Beyrouth, Rome/
Italia Francia Nuove Generazioni, Centre Pompidou, Meuse/Vent des Forêts, Cerbère...
Sortie nationale en France: 12 mars 2008. Sortie nationale en Autriche : 18 mai 2007. Diffusion ARTE : 19 juin 2007
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nada Chouaib
Nada Chouaib affine sa technique en danse orientale auprès de Djamila Henni-Chebra à Lyon, Mahmoud Reda, Randa Kamel, Aida
Nour au Caire, Saad Ismaïl à Rome, ... A Paris, elle étudie la danse contemporaine, différentes techniques corporelles holistiques (Qi
gong, feldenkrais, taï chi chuan), et danses traditionnelles (flamenco, danses africaines) qui lui permettent de s’épanouir artistiquement
en développant une danse orientale contemporaine et métissée.
En 1998, elle fonde la Compagnie Adelante à Paris dans le but de confronter la danse orientale à d’autres univers. Elle présente la même
année sa première création longue, Orients Intimes, où elle danse en solo accompagnée d’une comédienne et de deux jongleurs.
En 1999, elle est rejointe par Annie Nganou et Hiroko Dohi au sein de la Compagnie Adelante. Toutes trois signent alors plusieurs co-
créations :
- Le Langage des Oiseaux en 1999 : danse orientale autour des contes d’Attar.
- Cité de Femmes en 2000 : La vie au harem, entre quotidien et évocations oniriques.
Premier spectacle de danse orientale où la narration est assumée entièrement par la danse, présenté notamment au Divan du
Monde à Paris, au Festival International Danse à Toulouse 2001, au festival Wild Women’s World au Portugal.
- Yalla! en 2002 : Danse orientale, japonaise et africaine se rencontrent pour une invitation à la fête et au métissage, présenté au
festival Métissage Paris 2002, au Printemps des Rues 2002 et 2003, à la Foire de Paris 2004, au festival Beyrut Street 2004
- Yalla2 en 2005 : Danse orientale, japonaise et africaine de la tradition à la modernité, présenté à la Foire de Paris 2005 à la
maison des Metallos, au studio théâtre de Montreuil.
En 2006 Nada chorégraphie et met en scène Traversées, création de danse orientale contemporaine pour six danseuses, en première au
Théâtre Royal de Marrakech, sélectionné en 2007 au festival Orient sur Danse de l’Institut de Monde Arabe et représenté en 2008 au
Théâtre de Ménilmontant.
En 2008 et 2009, elle organise le festival Nouvelle Scène Européenne en Danse orientale.
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Jihane Chouaib
276, rue des Pyrénées, 75020 PARIS Née le 07 / 03 / 72 à Beyrouth (Liban)
jihane.chouaib@noos.fr Nationalité française et libanaise
RÉALISATIONS PERSONNELLES
2006 - 2008
Réalisation de Dru, court-métrage, 13mn, 35mm, produit par Paraiso
Ecriture en cours du documentaire Le Pays Rêvé, prix Brouillon d’un Rêve (Scam)
2005
Ecriture en cours de Retour, long-métrage de fiction
Sous mon lit est récompensé par deux «Lutins du court-métrage». Il a obtenu le prix Novaïs-Texeira, décerné par le Syndicat de la
Critique et récompensant le meilleur court-métrage de l’année. Le film est également primé au Festival Côté-Court de Pantin (prix de
la Jeunesse), à Vendôme (prix de la mise en scène), Villeurbanne (prix du son), Genève Tout Ecran (prix Perspective). Il est aussi montré
en sélection à Clermont-Ferrand, à Cannes (Semaine de la Critique), à Brive, Paris Tout Court, Biennale de l’I.M.A, Né à Beyrouth,
Festival de Taipei... Et il est diffusé sur France 2.
2003 - 2004
Ecriture et réalisation de Sous mon lit, 44 mn, super 16, produit par Paraiso, avec l’aide du C.N.C., de la région PACA, du Val de
Marne, et de l’ADAMI.
2001 - 2002
Ecriture et réalisation de La fille aux petits gâteaux, vidéo, expérimental.
1999 - 2000
Ecriture et Réalisation de Otto ou des confitures, court-métrage de 30 mn, super 16, produit par Paraiso, avec l’aide sélective du C.N.C.
et une subvention de la région Pays de Loire. Le film est primé au festival d’Aigues-Mortes, puis diffusé sur France 2 et Cine Cinema.
1998
Ecriture et Réalisation de Jeanne, court-métrage de 20 mn, vidéo, autoproduit.
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AUTRES EXPÉRIENCES ARTISTIQUES
2008
Co-écriture de Léa, long-métrage à réaliser par Bruno Rolland, produit par Paraiso ( avance à la recette CNC décembre 2008)
Direction artistique du projet Cyprine (film érotique à plusieurs mains)
2007
Co-écriture avec Rima Samman de La crevette et le petit haricot, au sein de la résidence d’écriture de Côté-Court
Co-écriture de Vingt, long-métrage à réaliser par Lionel Delplanque
2000 - 2001
Co-écriture de Etrangère, moyen-métrage réalisé par Danielle Arbid et produit par Quo Vadis, diffusé sur France 2
Scénographie du spectacle de danse orientale Cité de Femmes avec la Compagnie Adelante, et réalisation de la vidéo du spectacle
1995 - 1997
Co-écriture du scénario et direction des acteurs sur Les Lustrales, moyen-métrage, 40 mn, 35 mm, réalisé par Lionel Delplanque
EXPÉRIENCES DIvERSES
2005
Direction d’un stage de « Jeu pour la caméra » au cours Florent
2003
Consultante sur le scénario de long-métrage El Patio de Atrás, de Ricardo Larrain (Chili)
2002
Animation d’un atelier d’écriture de scénario organisé à Santiago du Chili par les centres culturels européens
Voix Off du documentaire Les peintres et la Méditerranée d’Alain Bergala
2001 - 2003
Animation d’ateliers de montage, à la Cinémathèque Française
Consultante sur le scénario de long-métrage Tania, de Julie Gilbert et Fred Choffat, produit par Rita Productions (Suisse)
2000 - 2005
Lectrice pour Canal Plus (long-métrages de fiction, documentaires, animations)
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Iskra, société indépendante de production et de diffusion, fut créée sous le nom de sLON au cours de l’automne 1968 à la suite de la production de deux films: LOIN DU VIETNaM et a BIENTOT
J’EsPErE qui exprimaient une nouvelle volonté de nombreux cinéastes du moment de participer plus directement aux enjeux politiques de l’époque. son catalogue regroupe aujourd’hui plus de 160 films
dont une dizaine de films de Chris Marker.
DERNIERES PRODUCTIONS :
2008 : a COTÉ de stéphane Mercurio écrit avec anna Zisman -avec le soutien de la région Ile de France, de la région Bretagne et du Conseil Général du Val de Marne, avance sur recettes du CNC.
Iskra-.Mille et Une. films et Forum des images - 92’ - 35mm & Video
LE LaIT sUr LE FEU de raphaël Girardot et Vincent Gaultlier – Iskra - France 3 Ouest - avec le soutien des Côtes d’armor et de la région Bretagne - 92’ Vidéo
2007 : HOMO aMaPIENs de Bénédicte Mourgues - Iskra- Images Plus - 52 mn Vidéo
Pas DE QUarTIEr de Nael Marandin et Charles Daubas - Iskra- Cityzen TV - 52 mn Vidéo
2006 : IL ETaIT UNE FOIs LE saLarIaT de anne kunvari – Iskra avec la participation de France 5 - 2X52’ Vidéo
2005 : LE MEILLEUr VIN DE CHINE de Olivier Pousset - Iskra-La Luna-arTE France – 55’ Vidéo
JUsTINE de Yannick Coutheron -Iskra-Images Plus - 52’ vidéo
COLOMBIE, LEs arMEEs PrIVEEs DE L’ETaT de Nicolas Joxe - Iskra avec la participation de arTE France - 26’ vidéo
IL FaUDra raCONTEr de Daniel et Pascal Cling – Iskra-arTE France – 52’ Vidéo
LOUIsE, sEs MErEs, sON PErE, sEs sŒUrs ET sON FrErE de stéphane Mercurio et Catherine sinet- Iskra avec la participation de France 3 - 52’ Vidéo
2004 : ILs ONT FaIT TaIrE UN HOMME de Nicolas Joxe et Yves Junqua - Iskra-TV10 angers - 52’ Vidéo
NOs JOUrs a VENIr de anne kunvari - Iskra avec la participation de France 2 - 52’ Vidéo
aLGErIEs MEs FaNTOMEs de Jean-Pierre Lledo - Iskra - Naouel Films - Images Plus - Les films du soleil avec la participation de TV5 et CFI - 106’ Vidéo
HELENE aUX UrGENCEs de stéphane Mercurio - Iskra - 15’ Vidéo
2003 : HOPITaL aU BOrD DE La CrIsE DE NErFs de stéphane Mercurio - avec la participation de France 2 – 52’ Vidéo
JOUrs DE GrEVE a ParIs-NOrD de Jean-Louis Comolli et Ginette Lavigne INa-Iskra-TCC - 90’ Vidéo
CONsULTaTIONs, LE TEMPs DE L’ECOUTE de anne kunvari - 52’ Vidéo avec la participation de France 2
La CaVE - 5 MaI 2002 de Pierre Demoy et Frédéric Harlez - 30 ‘ Vidéo - La structure-Iskra
2002 : La BONNE LONGUEUr POUr LEs JaMBEs de Christian rouaud – 60’ - Iskra -TV10 angers en association avec arte France
saNs PrINCIPE NI PrECaUTION, LE DIsTILBÈNE de stéphane Mercurio – 59’- Iskra – arte France
EN PRODUCTION OU EN DEVELOPPEMENT :
IL ÉTaIT UNE FOIs LEs PaTrONs de anne kunvari - Iskra - France 5 - 2x52 mn vidéo
La FaCE CaCHÉE DE L’HOMME de Fernando Lopez - Iskra - 90 mn Vidéo
NOs VIEs sONT ENTrE NOs MaINs de Harriet Hirshorn - Iskra - 90 mn Vidéo
saNs FOI NI LOI de Luc Victot - Iskra-Box productions - 80 mn Vidéo
sINÉ, UN CraYON ENTrE LEs DENTs de stéphane Mercurio - Iskra - 52 mn Vidéo
La GUErrE DU rIF de Daniel Cling - Iskra-real Productions - Cinemaat Films - arTE France - 52 mn Vidéo
PaYs rÊVÉ de Jihane Chouaib - 90 mn Vidéo
LEs HOrIZONs de Edie Laconi - 52mn Vidéo - Iskra-TV8 Mont-Blanc
CaNDIDaTs POUr DU BEUr de samir abdallah - Iskra-L’Yeux ouvert-France Ô - 90mn - Vidéo
ET NOTrE VIE sEra DOUCE de Dominique Feret - 90 mn - Vidéo
saraJEVIENs de Damien Fritsch - Iskra-Dora Films - 90 mn - Vidéo
ET AU CATALOGUE :
a BIENTOT J’EsPErE, LE FOND DE L’aIr EsT rOUGE, sI J’aVaIs QUaTrE DrOMaDaIrEs parmi les films de Chris. Marker, LE MOINDrE GEsTE de Fernand Deligny Jo Manenti et Jean-Pierre Daniel, sOUs LEs DECOMBrEs de
Jean Chamoun ,sEPTEMBrE CHILIEN et aVEC LE saNG DEs aUTrEs de Bruno Muel, CHrONIQUE D’UNE BaNLIEUE OrDINaIrE, rEVEs DE VILLE & rEJaNE DaNs La TOUr de Dominique Cabrera et UNE POsTE a La
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COUrNEUVE écrit avec suzanne rosenberg, a BaMakO, LEs FEMMEs sONT BELLEs de Christiane succab-Goldman, CHErCHE aVENIr aVEC TOIT, ENVIE DE JUsTICE de stéphane Mercurio, MON TraVaIL C’EsT CaPITaL de
Marie-Pierre Bretas, raphaël Girardot et Laurent salters, PaYsaN ET rEBELLE, UN POrTraIT DE BErNarD LaMBErT de Christian rouaud etc…
Orjouane Productions
RCB 2010107
Cel: (961) 3 49 90 80
Tel /Fax (961) 1 33 34 32
Fax : (961) 5 92 47 49
E-mail: rshamdan@cyberia.net.lb ou orjouaneproductions@gmail.com
Adresse Postale : P.O.Box 40 042 Baabda-Liban
Créer en 2007, Orjouane productions est gérée par Sabine Sidawi Hamdan.
Sabine Sidawi Hamdan a co-produit Projets en phase de préparation
«Le Pays Rêvé » de Jihane Chouaib
“Yanoosak” de Elie Khalife Documentaire, 90 minutes, en préparation
(2006) Long métrage, 90 minutes, post-production phase.
«La dérive de l’individu » de Maher abi Samra
“Bonnes a vendre” de Dima Al Joundi Documentaire, 90 minutes, en phase de développement
(Septembre –Octobre 2005) Documentaire, 52 minutes
«Illitch : Le prix du Chacal » de Olivier Assayas
(tournage Moyen-Orient)
“Zozo” de Josef Fares Long métrage Fiction, 4h30, en phase de préparation
(2004-2005) Long métrage, 35mm, 90 minutes
Projets en phase de finalisation
“Dans les champs de bataille” de Danielle Arbid « Chaque jour est une fête » de Dima El Horr
(Avril-Mai 2003 ) Long métrage, 35mm,90 minutes (2008) Long métrage, 90 minutes, en phase de post-
Grand prix, Institut du Monde Arabe, Paris 2004
production (montage)
Prix pour la distribution, Institut du Monde Arabe, Paris 2004
Prix Europa Cinema, Quinzaine des Realisateurs, Cannes 2004
Grand Prix du festival Milan 2004 Projects Produits
Reflet d’Or pour la section Perspectives au Festival de Genève Cinéma-tout-écran « Une chanson dans la tête » de Hany Tamba
Bayard D’or pour le meilleur scenario au festival de Namur, Belgique. (2007) Long métrage, 35mm, 90 minutes
Prix José Rivero pour meilleur film au Festival Las Palmas, Espagne.
Prix du Premier Film, Festival de Tétouan, Maroc.
« Un Homme Perdu » de Danielle Arbid
Prix Special du Jury, Festival de Carthage, Tunisie.
Prix du Meilleur Premier Film, Palm Springs festival, USA. (2007), Long métrage, 35mm, 90 minutes
Quinzaine des Realisateurs, Cannes 2007
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