La campagne Apple Think Different

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Apple « think different » est l’une des campagnes institutionnelles parmi les plus célébrées. Elle constitue un véritable manifeste de la disruption. En s’appuyant sur des géants de la culture, de la musique, de la politique, en rendant hommage à leur courage, leur engagement, leur volonté de faire autrement, Apple fait en réalité, une exceptionnelle autocélébration. Celle-ci a le mérite de se dissimuler derrière cet hommage, qu’on peut qualifier de sincère tant Steve Jobs, l’âme d’Apple et de cette campagne, incarnait le « think different ».

L’exceptionnelle qualité de la démarche vient aussi de la légitimité peu contestable de l’émetteur, solidité acquise au fil des années et des innovations. Nombre d’entreprises et de marques pourraient tenter ce parallèle, mais un nombre infime bénéficierait de la crédibilité qu’elle exige. Apple en fait partie.


Ces slides ont été réalisés dans le cadre du projet IONIS Brand Culture.
Pour découvrir l'intégralité des cas étudiés, rendez-vous sur : www.ionisbrandculture.com.

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La campagne Apple Think Different

  1. 1. CAS N°25 : APPLE « THINK DIFFERENT ». 1
  2. 2. SYNTHESE Apple « think different » est l’une des campagnes institutionnelles parmi les plus célébrées. Elle constitue un véritable manifeste de la disruption. En s’appuyant sur des géants de la culture, de la musique, de la politique, en rendant hommage à leur courage, leur engagement, leur volonté de faire autrement, Apple fait en réalité, une exceptionnelle autocélébration. Celle-ci a le mérite de se dissimuler derrière cet hommage, qu’on peut qualifier de sincère tant Steve Jobs, l’âme d’Apple et de cette campagne, incarnait le « think different ». L’exceptionnelle qualité de la démarche vient aussi de la légitimité peu contestable de l’émetteur, solidité acquise au fil des années et des innovations. Nombre d’entreprises et de marques pourraient tenter ce parallèle, mais un nombre infime bénéficierait de la crédibilité qu’elle exige. Apple en fait partie. 2
  3. 3. 3
  4. 4. 1. LE CONTEXTE ET LA DEMARCHE • Dans la mémoire collective, Apple ramenait au formidable évènement de 1984 et à son film publicitaire devenu un véritable évènement. Depuis, la marque a connu des développements moins performants : le retrait de Steve Jobs et un management plus tourné sur la rentabilité que sur la valorisation permanente de la marque. Il faut dire que les erreurs se sont cumulées face à des concurrents plus créatifs, plus en phase avec les changements d’époque, qui incarnent alors, la modernité. • En 1996, le retour de Jobs aux affaires marque clairement la volonté de retrouver une dynamique minorée, oubliée, un retour à une innovation profonde et non plus à certaines stratégies de suiveurs, qui ne ressemblaient en rien à la personnalité de la marque. L’image était ternie, la marque en retrait. Pour certains Apple était dépassée. • Steve Jobs comprend dès son retour, que toute démarche destinée à redonner du leadership à Apple, aux Etats-Unis comme ailleurs, consiste en une puissante redynamisation de son image : « As Steve Jobs slowly consolidated control of the company, one of his top priorities was a rejuvenation of Apple's image. This ultimately took the form of the immensely successful (and long lived) Think Different campaign”. 4
  5. 5. 1. LE CONTEXTE ET LA DEMARCHE selon www.prodimarques.com/sagas_marques/apple • « 1997. Apple est au bord du gouffre. Steve Jobs est rappelé au poste de président intérimaire, avec, pour seul salaire, un dollar par an. Juste de quoi acheter une pomme ! Et ce dernier d'accueillir, en août 1997, comme nouvel actionnaire à hauteur de 6 %, Microsoft, alors accusé par la justice américaine pour ses tendances monopolistiques ! Coup de génie du fondateur ? L'iMac, troisième grande rupture technologique de la marque, casse, le 15 août 1998, les codes du marché avec ses rondeurs, sa coque translucide, ses couleurs vives (fraise, myrtille, raisin, mandarine et citron vert) et la suppression de l'unité centrale intégrée à l'écran. Dédié à Internet (le “i” de Mac) et conçu par Jonathan Ive, responsable du laboratoire de design industriel d'Apple depuis 1992, cette machine annonce l'avènement de l'ordinateur sympathique, “détechnicisé” et permet à Apple (4 % de part de marché) de renouer avec les profits. Sa présence au musée Guggenheim de New York le fait entrer dans l'immortalité. La campagne de communication “think different” réalisée par TBWA Chiat/Day, l'agence de publicité des débuts, met en scène ceux qui ont changé le monde, les Picasso, Martin Luther King, Einstein, la Callas, Mohammed Ali, Gandhi, Hitchkock, le dalaï-lama, Bob Dylan ou Ted Turner. “Seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu'ils peuvent changer le monde, y parviennent”, prévient la marque. Apple n'oublie pas la concurrence avec cette fameuse publicité comparative qui représente, en 1998, un requin avec pour slogan “Prédateur de Pentium”. » 5
  6. 6. Comme le souligne Nicolas Bordas, dans l’interview filmée qui accompagne ce cas, la campagne n’est pas née d’une volonté classique de mettre en avant la marque mais d’une impossibilité de reconquête par manque de produits. Steve Jobs devait gagner du temps, au moins 18 mois, pour espérer revenir à l’attaque avec de réelles innovations et réamorcer le cercle vertueux de produits révolutionnaires. Cette campagne permettra une très judicieuse « occupation du terrain ». 6
  7. 7. 2. LES CHOIX STRATEGIQUES ET CREATIFS • Sous la pression permanente et personnelle de Steve Jobs (ce qui souligne l’importance de l’implication du décideur dans les campagnes institutionnelles des entreprises et des marques), l’agence Chiat Day, l’une des plus réputées au monde, entreprend ce « retour vers le futur » en tentant de retrouver les racines culturelles et spirituelles de la marque. • Cette campagne est influencée par la vision de Jean-Marie Dru, patron des réseaux TBWA, créateur de BDDP en France et auteur de la « disruption », l’une des rares philosophies d’action qui ait passé les frontières et les époques (une philosophie parfaitement sublimée dans le texte du film repris page suivante). • L’idée peut apparaître comme simple, ce qui en fait sa force, celle de positionner l’entreprise, sans l’affirmer clairement, comme faisant partie du « clan des disrupteurs », de ceux qui pensent et qui agissent différemment. Il fallait une histoire, une personnalité, une culture, qu’Apple avait et qui fut la garantie de succès. • Le recours au noir et blanc (symboles de culture et de hauteur de vue), les références internationales, l’absence de produits et « d’acte de vente », tout confère un caractère institutionnel de haute tenue, une distance volontaire prise vis-à-vis du monde même de la communication informatique et NTIC de l’époque. Il y a Apple et il y a les autres. 7
  8. 8. 8
  9. 9. 3. LES RESULTATS (commentaires de http://lowendmac.com ) • The campaign debuted on September 28, 1997 and was remarkably popular. Unlike some of Apple's earlier major campaigns (like the "Power to be your best"), it received glowing press writeups. The new campaign was a turning point for Apple. On September 30, two days after the debut, Jobs threw a party for Apple employees at his Palo Alto home where he talked about the campaign and Apple's future in general. It began as a critique of Think Different but eventually turned into a rousing pep rally for Apple's image: "our brand is the most - or at least one of the most - valuable things we have going for us now" (DaveNet) and the company's future in general. It "only took 15 . . . 30 . . . maybe 60 seconds" to reestablish Apple's counter-culture image that it had lost during the 90’s (DaveNet). • The ads won a slew of awards and developed a cult-following. After the first campaign, Apple started sending complimentary posters to public schools across the nation featuring different celebrities (including Pablo Picasso, Jane Goodall, and Ron Howard) to hang in classrooms. The complete packets now sell for hundreds of dollars on some websites. • Apple maintained the campaign until 2002, and some of the early Apple retail stores featured Think Different tableaus and "Here's to the Crazy Ones" on the walls before Apple moved to Switch. 9
  10. 10. 3. LES RESULTATS • Cette campagne a le mérite de repositionner de manière puissante et incontestable le leadership d’Apple (et se faisant, la position centrale de Steve Jobs, longtemps écarté des centres de décision de l’entreprise). • Elle a également une puissance d’évocation et surtout des référents, qui lui permet d’aller à la conquête du monde. Elle est développée dans des dizaines de pays avec des résultats similaires. Elle permet à Apple de retrouver un enthousiasme de la part de ses fans, celles et ceux qui avaient tant fait pour sa réputation . • Enfin, et ces dimensions sont évidemment loin d’être négligeables, la visibilité et la réussite de cette campagne sont le point de départ d’un renouveau de confiance entre l’entreprise et les leaders d’opinion, les influenceurs dont les médias, les distributeurs et les détaillants. • Apple, par une campagne institutionnelle d’ampleur, d’une forte visibilité et d’une parfaite osmose entre la culture de l’entreprise et son émanation publique, a retrouvé le leadership qui va, quelques années plus tard, favoriser l’éclosion de toutes les innovations qui bouleverseront le monde. 10
  11. 11. 4. LES LENDEMAINS • 1999 : lancement de l’iBook, 2001 : lancement de l’iPod, 2002 : lancement de l’iMac écran plat, 2003 : lancement de l’iTunes Music Stores… Autant d’innovations, d’incroyables succès mondiaux qui transforment une société reconnue et réputée en l’une des premières entreprises mondiales en termes de réputation, de connaissance et de « côte d’amour » auprès de ses fans. • Pourtant, on peut légitimement considérer que ces innovations n’auraient pas été possibles ou qu’elles auraient du se confronter à plus de difficultés, si la campagne « think different » n’avait pas, au cours de plusieurs années, éclairé la route, construit une exceptionnelle caisse de résonnance et permis de gagner du temps. • Cette campagne a duré cinq ans mais surtout, elle a servi de « temps zéro » pour le renouveau de l’entreprise et la revalorisation de son image. Plus qu’une campagne institutionnelle destinée à influencer une multitude de publics intermédiaires, c’est un credo d’entreprise, qui a trouvé par la suite des traductions produits et innovations à la hauteur du « think different ». 11
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  18. 18. Film institutionnel de la campagne « think different » de 1997 : http://www.youtube.com/watch?v=nmwXdGm89Tk 18
  19. 19. Il faut noter l’importance donnée à la communication évènementielle en affichage (sous des formats très créatifs comme les murs peints dans les villes ou les bus décorés…), nouveautés destinées à renforcer le caractère exceptionnel de la campagne. 19
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  21. 21. 5. LES ENSEIGNEMENTS • Le cas « think different » est certainement l’un des meilleurs enseignements sur les ingrédients qui font les grandes communications. Il peut cependant égarer le professionnel qui imagine que ce qui vaut pour Apple, peut aller de soi pour d’autres marques. • Cette dynamique institutionnelle est « profondément Apple » : Steve Jobs ressemble à ces « troublemakers », mis en scène dans la campagne. Sa philosophie professionnelle comme personnelle est à l’unisson de cette recherche de différenciation et de disruption. Il préfère briser les règles que les respecter. • Une campagne n’est pas interchangeable. De même qu’il faut « baigner » historiquement dans une certaine naturalité pour décider du discours de Dove, de même il faut une solide preuve par l’action pour symboliser la confiance quand on est Darty. Il ne suffit donc pas de créer dans la différence, la provocation, l’interpellation politique ou sociale. Il faut un passé qui légitime et un présent qui prouve, pour prétendre au « droit de parole »… Sinon ce n’est « que de la com’ » , qui pourra effectivement faire un peu de bien sur une courte période, mais rarement mieux. 21
  22. 22. ENSEIGNEMENT POUR LE MARKETING L’une des forces de la campagne est sa puissance d’évocation, cette prise de position qui définit et reflète l’ensemble de l’entreprise, partout, pour tous, sur toute l’offre ou les points de vente. Mais ce parti pris en communication n’est pas le fruit d’un choix judicieux « parmi d’autres ». Ce qui en fait une telle acceptation parmi les publics, c’est qu’elle est une vérité reconnue depuis longtemps : Apple a toujours été une entreprise qui pense autrement. La facilité pour le marketing est de donner des valeurs aux marques et de s’inspirer des tendances, de « l’air du temps », en oubliant les réalités historiques et culturelles de la marque. 22
  23. 23. ENSEIGNEMENT POUR LA CREATION Ce qui rend cette campagne si remarquable, reconnaissable, si mémorisable, c’est aussi une vertu cardinale de la création, la simplicité. Tout comme « think small » de Volkwagen, Absolut (mais aussi les récents « buzz marketing » pour Oreo, Doritos ou le Queensland Tourism…), la création repose sur la mise en avant, magnifiquement exécutée, d’une idée simple. L’essentiel mais rien de plus. Le minimalisme (la personnalité, la valorisation par l’usage du noir et blanc, le logo et pas plus) renforce la puissance de la campagne et son impact. Rien n’est plus compliqué que de faire simple mais rien n’est plus performant que la simplicité voulue. 23
  24. 24. “Steve's charge to the agency was refreshingly optimistic. He felt that if we just told people what Apple was about, and Apple held up its end of the bargain by creating fantastic products, all the problems would go away. So we set about the task. In one sense, it wasn't difficult to put a finger on what makes Apple unique. It's a passion for creativity, design and simplicity. The hard part was finding a way to express this in the Apple way. It had to feel natural, honest and intelligent. Fortunately, when you explore a number of alternatives over a number of weeks, you can't help but notice when a similar conclusion sneaks into all of them: Apple isn't like other companies. It doesn't follow the rules. And the essence of the company isn't any more complicated than that. And so was born Think different”. Ken Segall 24
  25. 25. 6. SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE • The Apple Revolution: Steve Jobs, the Counter Culture and How the Crazy Ones Took Over the World de Luke Dormehl – Virgin Book – 2012. • Steve Jobs – Walter Isaacson – Livre de Poche – 2012. • LOW END MAC – By Tom Hormby – 09/04/2007 – « Think Different »: The Ad Campaign that restored Apple’s Reputation : http://lowendmac.com/orchard/07/apple-think-different.html • THE INSPIRATION ROOM - By Duncan – 07/10/2005 - Apple Think Different Campaign: http://theinspirationroom.com/daily/2005/apple-/think-different/ • L’AVENTURE APPLE – Par Jean Baptiste Leheup – Publicités: Campagne Think Different: http://www.aventure-apple.com/pubsapple/think.html • WIKIPEDIA – Think Different: http://en.wikipedia.org/wiki/Think_Different • CREATIVE CRIMINALS – Par Sander Janssen – Apple: Think Different : http://creativecriminals.com/print/apple-think-different/ • KEN SEGALL – CASE STUDY: The company that thought different: http://kensegall.com/branding2.html • BRANDING STRATEGY INSIDER – 06/02/2013 – The real story of Apple’s « Think different » Campaign: http://www.brandingstrategyinsider.com/2013/02/the-real-story-of-apples-think- different-campaign.html#.UaTaealOJLM 25
  26. 26. 6. SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE • Fitzsimons, G. M., Chartrand, T. L., & Fitzsimons, G. J. (2008). Automatic effects of brand exposure on motivated behavior: how apple makes you “think different”. Journal of Consumer Research, 35(1), 21-35. • Shields, R. E. (2001). The Force of Callas’ Kiss: The 1997 Apple Advertising Campaign,“Think Different”. Text and Performance Quarterly, 21(3), 202-219. • Belk, Russell W., and Gülnur Tumbat. "The cult of Macintosh." Consumption markets & culture 8.3 (2005): 205-217. • Segall, Ken. Apple, Le secret d'une incroyable réussite. First Interactive, 2012. • Disruption : Briser les conventions et redessiner le marché- Village Mondial - 1997 • Disruption live : Pour en finir avec les conventions de Jean-Marie Dru – Village Mondial – 2003 26
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  28. 28. Ces slides ont été réalisés dans le cadre du projet IONIS Brand Culture. Pour découvrir l'intégralité des cas étudiés, rendez-vous sur : www.ionisbrandculture.com.

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