Code source 1988-1997

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Années 1988 - 1997 de Code source, le petit journal réalisé en 2007 à l'occasion des 40 ans d'Inria. 40 années en 40 numéros et 40 semaines pour retracer l'histoire de l'Institut.

Années 1988 - 1997 de Code source, le petit journal réalisé en 2007 à l'occasion des 40 ans d'Inria. 40 années en 40 numéros et 40 semaines pour retracer l'histoire de l'Institut.

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  • 1. L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA - N O 22 - 4 JUIN 2OO7 ANNÉE 1988 © INRIA / Photo A. EidelmanLueur à l’Est : l’Inria signeune convention avec la régionLorraine pour créer unenouvelle unité de recherche© INRIA / Photo F. Saur Pierre Bernhard, l’homme de Sophia La promotion de 1964 de l’école deux hommes sont membres de Polytechnique a donné une per- cette prestigieuse cohorte qui sonnalité de premier plan à l’In- récemment s’est illustrée dans ria, Pierre Bernhard. Ce nom est le domaine pétrolier ou le associé à la création puis au nucléaire. Pour Pierre Bernhard, développement de l’unité régio- venu du Centre d’automatique nale de Sophia Antipolis. Tout et d’informatique de l’école Bâtiment de lInria Lorraine, inauguré le 1er juillet 1991 par Alain Bensoussan en présence de Hubert Curien, ministre de la Recherche, et des partenaires régionaux. récemment l’unité de Sophia a des Mines de Paris et qui fut été reliée au reste du monde par ensuite professeur à l’université un nouveau moyen de commu- de Dauphine, la connaissanceLe 25 février 1988 – La les fermetures de site et l’in- pointe comme Thomson se nication baptisé Internet. C’est du monde méditerranéen n’allaitconvention qui vient d’être compréhension de la popula- sont aussi installées dans la un aboutissement mais tout pas forcément de soi. C’est pres-signée entre l’Inria et la tion. L’exaspération qui s’est région nancéenne. laisse à penser qu’il ne s’agit que seul, mais avec l’appuirégion Lorraine marque le exprimée en 1984 dans la mar- L’université, comme à Rennes, que d’un début. constant de Jacques-Louis Lions,lancement officiel de la che sur Paris a décidé le gou- joue un rôle moteur dans la Pierre Bernhard peut mesurer le qu’il a du maîtriser les aléasnouvelle unité de recherche vernement à lancer un plan constitution de cette unité. La chemin parcouru, les nombreux d’un grand chantier et vaincrede l’Inria dans la région. d’intervention. De nouvelles région a en effet acquis dès les rebondissements et difficultés les résistances d’un personnelRappelons que les premières industries ont été appelées à la années 1950 une renommée finalement surmontées. S’il faut encore peu habitué à la régiona-démarches concernant sa créa- rescousse comme l’automobile, dans le domaine des mathéma- rappeler combien il lui a fallu lisation. Tout cela paraît loin.tion remontent à quatre ans et la chimie, les industries de tiques appliquées. Le Centre de d’attention et de persévérance, Inauguré il y a quatre ans,qu’il était alors question pour le pointe ou l’informatique. C’est recherche en informatique de on ne peut oublier que Sophia le bâtiment de Sophia est déjàgouvernement de se mobiliser ainsi que l’Inria, qui pensait de Nancy (Crin), qui regroupe des Antipolis est d’abord le rêve trop petit et il faut envisager depour arrêter le déclin de la son côté à d’autres implanta- laboratoires des trois universi- du sénateur Pierre Laffitte. La l’agrandir. L’aventure continue.région et stabiliser un riche tions pour conforter sa dimen- tés, aide l’Inria à faire ses pre- proximité du Corps des Mines abassin d’emplois. En effet, si sion nationale, a vu la Lorraine miers pas dans l’Est. L’unité lor- certainement joué puisque les ■ AB & PGl’Est fut une grande région projetée en tête de liste. raine de l’Inria est d’ailleurs,industrielle assise sur le char- La mutation est importante dès ses débuts, une associationbon et le fer (les 2/3 de l’acier puisqu’il a fallu implanter des et une coopération entre l’ins- Et pendant ce temps là...français), il est aujourd’hui plus emplois tertiaires alors que le titut, les universités et leéconomique d’importer du secteur secondaire dominait CNRS. Et, comme en témoi- Libération des otages français au Liban séquestrés depuisminerai de fer – plus riche la région. Les villes de Nancy gne la convention tout juste 3 ans – François Mitterrand réélu président de la républi-en teneur que la pauvre et Metz – anciens centres signée, l’on sait que la région que française – L’Iran et l’Irak acceptent la résolution des« minette » lorraine – et d’uti- industriels – ont ainsi vu leur soutiendra financièrement la Nations Unies qui mène à un cessez-le-feu et met fin àliser d’autres formes d’énergie attractivité se renforcer. La mise en place de cette entité et huit ans de guerre – Prix Nobel d’économie pour le fran-que le charbon. La sidérurgie recherche implantée en Lor- l’encouragera dans la voie de la çais Maurice Allais – En France, la loi sur l’instauration duest concurrencée par des pays raine crée des emplois directs création d’entreprises. Pour Revenu Minimum d’Insertion (RMI) est adoptée – Suite« neufs » et le textile – autre mais aussi indirects puisque des l’Inria, cette nouvelle unité au séisme d’Erevan (25 000 morts) en URSS et à l’initia-atout de la région – souffre de établissements comme l’Inria contribue sans aucun doute à tive du président Mitterrand, l’assemblée générale desa faible compétitivité. À l’ins- ou l’École supérieure d’électri- dessiner une carte cohérente de l’ONU adopte le principe de l’ingérence humanitaire :tar du Nord-Pas de Calais, la cité (plus connue sous le nom ses implantations nationales. « assistance humanitaire aux victimes de catastrophesLorraine traverse une terrible de Supelec) sont sources d’in- naturelles et situations d’urgence du même type ».crise marquée par le chômage, novation. Des entreprises de ■ AB & PG
  • 2. « Je passais les annonces des concours dans les journaux et sur le Minitel » par Sophie Potemkine, relations internationales, siège de l’INRIA © INRIA / Photo C. Tourniaire concours externes et internes avec machines à écrire. Les annonces res de tutelle mais aussi avec dif- un ensemble d’épreuves spécifi- de concours étaient publiées dans férents services de l’INRIA et des ques pour chaque corps (une des journaux (Le Monde ou 01 URs. Bien sûr, j’ai de ce fait égale- dizaine). Informatique) mais très vite le seul ment rencontré les candidats et je Pour une non-administrative support publicitaire est devenu le reconnais volontiers « mes recru- comme moi, la lecture des textes Minitel dont s’occupaient Marie- tés » : Georges Nouvelle par exem- statutaires s’est avérée plutôt Hélène Fèvre et Marie-Laure Pré- ple, aujourd’hui au SAF, a été l’un rébarbative et, dès la première vot avant qu’il ne soit supplanté des reçus de la toute première ses- session, l’existence d’un docu- par le web et arrêté en 1997. sion ou encore Bruno Ravassa et ment d’information le plus simple Le travail était extrêmement pre- François Thaveau recrutés à des et clair possible m’est apparu nant. Je m’occupais seule de toute sessions ultérieures. indispensable. J’ai donc rédigé les la chaîne de gestion des concours Je suis restée moi-même en CDD « notices à l’usage des candidats au niveau national, la décentra- jusqu’à ce que, quatre ans plusL’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS J’ai été recrutée en février 1988 sur aux concours » contenant de lisation des épreuves n’a été tard, le contrôleur financierDE L’INRIA, n o 22 – 4 juin 2007 CDD au service du personnel et façon synthétique les éléments amorcée que quelques années impose à l’INRIA des concours des affaires sociales (SPAS) dirigé essentiels d’information relatifs plus tard : arrêtés d’ouverture des externes pour intégrer les person- par Henri-Pierre Guannel pour aux différents concours, aux car- concours, élaboration et rédaction nels non titulaires trop nombreuxDirecteur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice enchef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, mettre en place les premiers rières et à l’institut en général. des documents (dossiers d’ins- à son goût. J’ai donc été amenée,C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisa-tion : Direction de la communication/INRIA (mise en page : concours ITA (ingénieurs et per- Preuve de leur utilité : quelques cription et notices d’information), comme beaucoup d’autres collè-P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Technoscope (F.Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Gri- sonnels techniques et d’adminis- EPST s’en sont largement inspirés vérification de la recevabilité des gues à cette époque, à passer unset (« Histoire d’un pionnier de l’informatique » paru chez tration) organisés à l’INRIA, par la suite pour rédiger leur pro- candidatures, constitution des concours... Il se trouve que pourEDP Sciences), Françoise Breton, Julie Paul. devenu EPST. pre documentation ! jurys, organisation des épreuves, ma part, j’étais candidate à un Le travail était assez complexe car Lorsque je suis arrivée à l’INRIA, suivi de la réglementation, etc. concours que j’organisais sur le LE SAVIEZ-VOUS? il y avait, comme aujourd’hui, les on travaillait encore avec des J’étais en contact avec les ministè- plan administratif. ■ F.B. Creative labs lance la carte son pour PC Sound Blaster. Soutenue par les éditeurs de jeux vidéo, elle va rapidement s’imposer comme « Ces techniques d’algèbre exotiques une référence – Le RC-250 de Canon est le premier appareil se sont imposées un peu par hasard » photo numérique destiné au grand par Jean-Pierre Quadrat, projet Metalau, INRIA Rocquencourt public. À l’époque, on parle d’ap- © INRIA / Photo J. Wallace pareils magnétiques car les images certain impact au niveau interna- de façon systématique (calcul fait le lien avec ce que Jean Kuntz- sont enregistrées sur des disquet- tional dans la communauté inté- d’une valeur propre) grâce à l’ap- man appelait alors des gerbiers tes et sont codées au format NTSC ressée par les systèmes à événe- proche Maxplus qui détermine dans ses cours sur la théorie des pour pouvoir être vues sur une ments discrets à la suite d’un naturellement le goulot d’étran- graphes et avec le chapitre d’un télévision. article que nous avons publié avec glement du système. livre de Michel Gondran traitant Didier Dubois dans IEEE-AC. Il est amusant de noter que ces de l’algèbre des chemins. Cela Nous y démontrions que cette techniques d’algèbre exotiques se nous a permis de résoudre notre ILS ONT DIT... algèbre permettait de modéliser très simplement (linéairement) les sont imposées un peu par hasard en réponse à la volonté d’Alain problème et a marqué le début d’une aventure, immédiatement « Je crois qu’OS/2 est destiné à être le système d’exploitation le phénomènes de synchronisation Bensoussan d’appliquer la com- encouragée par Jacques-Louis plus important de tous les temps » propres à de nombreuses activités mande stochastique à des problè- Lions, qui se continue actuelle- Bill Gates humaines, en particulier en pro- mes d’origine économique ment dans Maxplus. PDG et fondateur de Microsoft ductique, un sujet à la mode à comme la productique. De retour Ces algèbres ont été régulièrement J’ai commencé à travailler avec l’époque. Les systèmes de produc- d’une conférence, Guy Cohen redécouvertes depuis par différen- Guy Cohen et Michel Viot en 1981 tion étaient vus alors comme des nous avait parlé de surprenants tes communautés, chacune 50000 sur l’algèbre que nous appelons aujourd’hui Maxplus, au sein du réseaux de files d’attentes avec lesquels on calculait les taux de calculs à la main qu’un orateur utilisait pour simplifier des pro- apportant sa vision propre ou de nouvelles applications. On peut personnes sont connectées au pré- Internet. projet Theosys dirigé par Alain production. Ces taux de produc- blèmes de programmation citer des algébristes, des analystes, Bensoussan. Ce travail a eu un tion pouvaient aussi être calculés linéaire. Nous avons tout de suite des géomètres, des chercheurs opérationnels, des informaticiens, © INRIA / Photo A. Eidelman des physiciens, des statisticiens ou des traiteurs du signal. À l’INRIA, nous avons tout d’abord porté un regard d’automaticien sur ces algèbres un peu exotiques. Ce n’est que plus tard que nous avons saisi toute la richesse du domaine, Le système expert Pandore était mieux identifié les contributions dédié au contrôle stochastique. Il était des différentes communautés et développé sur une machine Lisp dans le apporté d’autres points de vue et généralisations, en particulier projet Meta par Jean-Pierre Quadrat et avec François Baccelli et Geert Agnès Sulem (sur la photo). J. Olsder, Stéphane Gaubert et Marianne Akian. ■ J.P.
  • 3. L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA - N O 23 - 11 JUIN 2OO7 ANNÉE 1989 © INRIA / Photo A. EidelmanAlliance pour l’Europede la recherche© ERCIM Le prix des sphères du Mécénat 1989 Olivier Faugeras a reçu le prix du rophysiologie et à appliquer ce Mécénat 1989 de la fondation Fiat type d’approche au traitement France (institut de France) pour ses informatique, et l’école qui, de travaux sur la vision par ordinateur façon pragmatique, procède sans et la robotique. Ce polytechnicien modèle mais se guide selon le a commencé sa carrière comme degré plus ou moins grand de assistant à l’université d’Utah, véri- réussite des algorithmes utilisés », table Mecque de la synthèse expliquait à cette époque OlivierInauguration de la fondation d’Ercim à Rocquencourt, de gauche à droite : Gerhard Seegmüller (GMD), d’image où il a notamment côtoyé Faugeras. Malgré les difficultés ren- Alain Bensoussan (INRIA) et le premier président de l’Ercim, Cor Baayen (CWI). Ivan Sutherland et David C Evans. contrées pour se doter des équipe- À l’Iria, où il entre en 1976, il ren- ments les plus performants fabri-Le 30 avril 1989 – L’Europe voor Wiskunde en Informa- trois partenaires mais non le contre Bill Pratt lors d’un séjour de qués aux États-Unis, Olivierest déjà une réalité tica) et l’allemand GMD moins enthousiaste. Né en ce chercheur américain à Rocquen- Faugeras et son équipe progres-ancienne puisque les (Gesellschaft für Mathematik 1968 à Bonn, le partenaire court, ce qui l’amène à associer de sent à grands pas. Ces dernièresannées 1950 ont vu ses pre- und Datenverarbeitung). Ces allemand regroupait dès 1973 manière plus ambitieuse l’analyse années, l’Inria a acquis le statut demières réalisations avec la entités ne sont pas étrangères huit instituts basés à Sankt de l’image et la robotique autour leader européen de l’analyseCommunauté du charbon les unes aux autres : Paris et Augustin, Darmstatd et Berlin, de systèmes associant perception d’image et de la robotique. En lienet de l’acier puis la signa- Bonn participent au projet et entretenait des liens avec et bras articulé. Un logiciel Inri- avec Renault, une démonstrationture en 1957 du traité de Eureka lancé en 1987 sur le des laboratoires de la Républi- mage est réalisé, puis la maquette de faisabilité a été présentée à l’In-Rome. La technologie et la système Le-Lisp et leur der- que démocratique allemande. d’un capteur trois D utilisant une ternational symposium on roboticrecherche n’étaient pas absen- nière réunion s’est tenue à Il compte aujourd’hui 1 400 méthode de stéréoscopie active est research à Bretton Woods. La com-tes de ces premiers pas si l’on Amsterdam l’an dernier. La personnes dont environ un construite. Avec Jean-François plexité des images analysées et lesonge à l’Euratom qui a déve- forme choisie par les partenai- millier d’universitaires. Avec Abramatic et Bill Pratt, Olivier Fau- lien très efficace établi avec le gui-loppé la coopération dans le res est celle d’un consortium les 1 000 personnes avancées geras dépose en 1982 un brevet dage du robot français ont conquisdomaine nucléaire. Cette qui prend l’acronyme d’Ercim par les Français, dont environ essentiel pour l’analyse de l’image. l’assemblée. Depuis, l’équipe d’Oli-construction par le haut doit (European research consor- 600 scientifiques de l’Inria, Des pistes très novatrices sont vier Faugeras poursuit sa quêtecependant être consolidée par tium for informatics and l’union des trois instituts per- alors explorées avec des résultats dont Paul Germain, secrétaire per-des initiatives locales de taille mathematics). mettra d’atteindre la masse cri- de portée mondiale. « Nous nous pétuel de l’Académie des sciences,modeste mais qui, à la longue, Le partenaire néerlandais est tique qui fait tant défaut à situons à mi-chemin de l’école qui a comparé la difficulté « à celle deferont de l’Europe une réalité assis majoritairement sur l’Or- l’Europe de la recherche. Les s’attache à modéliser la vision sui- l’envoi d’un homme sur la Lune ».incontournable face aux Amé- ganisation néerlandaise pour trois instituts représentent vant les enseignements de la neu- ■ AB & PGricains et aux Japonais. Dans la recherche scientifique, le ensemble 2 400 personnescette optique, trois instituts reste de son financement dont 1 800 scientifiques et uneuropéens se sont associés ce venant de contrats avec les budget de l’ordre de 130 mil- Et pendant ce temps là...mois-ci pour favoriser l’avan- industriels ou de programmes lions d’Écus. La liste des pro-cement de la science informa- internationaux. Dès ses débuts jets communs est déjà longue Chute du mur de Berlin qui entraîne la démission collectivetique et automatique, et assu- en 1946 le CWI a mis l’accent et il est à parier que d’autres du gouvernement communiste – Fatwa sur l’écrivainrer le développement de sur les mathématiques appli- instituts européens rejoindront musulman britannique Salman Rushdie suite à la publica-synergies avec l’industrie euro- quées à une époque où l’infor- bientôt le trio d’origine dans la tion de son roman « Les Versets Sataniques » – Lepéenne : l’Inria, dont le prési- matique n’était pas encore réalisation de ce qui devrait « Printemps de Pékin » en faveur de la démocratie estdent Alain Bensoussan plaide une discipline individualisée. être, à l’horizon de 1993, un réprimé dans le sang place Tienanmen – En France,depuis longtemps pour des rap- Aujourd’hui, il comprend 270 marché commun de la recher- l’Opéra-Bastille est inauguré à l’occasion des commémora-prochements européens, le personnes dont 180 cher- che et de la technologie. tions du bicentenaire de la révolution françaisenéerlandais CWI (Centrum cheurs. C’est le plus petit des ■ AB & PG
  • 4. l’INRIA s’est appuyé sur une « Nos résultats ont été reconnus société israélienne, Fibronics, que nous avions rencontrée lors d’un via le prix international congrès scientifique. Cette société était la seule à réaliser des équipe- de l’innovation » ments commerciaux s’appuyant sur cette nouvelle norme. Les tests réalisés en première mon- par Georges Aziza, délégué au budget et aux affaires générales, INRIA Rocquencourt diale sur quatre de nos bâtiments ont été concluants et sonnèrent le © INRIA / Photo A. Eidelman le seconder. Quelques années d’Ethernet sur le site de Rocquen- départ d’une phase de déploie- plus tard seulement, la technolo- court. ment en 1989 sur tout le site de gie des réseaux a explosé et les Nous réalisions à notre manière Rocquencourt. débits ont commencé à croître une veille du secteur : nous nous Le pari FDDI a été gagné et nos significativement. Grâce à la déplacions assez fréquemment résultats reconnus le 14 mars norme IEEE 802.3, les premiers aux USA (MIT, universités améri- 1990 par le prix international de réseaux Ethernet se sont mis en caines, etc.) pour repérer les nou- l’innovation. Anglais, Chinois, place et nous étions parmi les velles évolutions dans ce Américains et Européens se sont premiers au monde à nous lancer domaine. Fin 1987, la norme alors succédés pendant plusieurs dans un grand plan de développe- FDDI a fait son apparition. Cette mois pour visiter la première réa-L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS ment réseau. Denis Joiret était le technologie, dite en double lisation au monde d’un réseau àDE L’INRIA, n o 23 – 11 juin 2007 responsable de l’équipe réseau anneau, présentait d’énormes 100 Mégabits/sec à l’échelle d’un La direction de l’INRIA me confia qui avait pour mission de avantages dont celui de permettre campus. Après ce succès, en la responsabilité du centre de cal- déployer les fameux câbles jaunes d’atteindre les 100 Mégabits / sec interne comme en externe, l’évo-Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice enchef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, cul suite au départ de Bernard et bleus interconnectés par des avec une très grande sécurité. lution du réseau a continué saC. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisa-tion : Direction de la communication/INRIA (mise en page : Nivelet en 1981. Cela faisait six fibres optiques permettant de Pour réaliser les tests expérimen- route vers d’autres performances.P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Technoscope (F.Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Gri- mois que j’avais été engagé pour transporter les 10 Mégabits/sec taux puis le passage à l’échelle, ■ V.C.set (« Histoire d’un pionnier de l’informatique » paru chezEDP Sciences), Vincent Coronini, Jean-Michel Prima. « Nous avons inventé LE SAVIEZ-VOUS? un nouveau langage : Signal » Tim Berners-Lee fonde le www (World Wide Web) en créant le html par Albert Benveniste, projet Distribcom, INRIA Rennes. (HyperText Markup Language), le http (HyperText Transfert Protocol) © INRIA / Photo et les url (Uniform Resource Loca- Nous avons souhaité disposer l’Irisa m’introduisit auprès de porels différents dont la manipu- tor) – Alors que Nintendo domine le d’une maquette matérielle réali- Paul Le Guernic, informaticien en lation demande assistance. Pour marché des consoles de salon et sant ce dispositif de codage et génie logiciel. Éprouvant le Paul Le Guernic, c’était un moyen produit des jeux électroniques de permettant des expérimentations besoin de nous comprendre de spécifier des systèmes repré- poche, Gunpei Yokoi, employé en temps-réel. L’algorithme était mutuellement, nous débutâmes sentant de la « concurrence », recherche et développement, rêve compliqué et décrit sous diffé- une série de séminaires : deux c’est-à-dire du parallélisme du de cumuler la puissance des unes rents formats : le brevet, la thèse, jours par semaine pendant deux signal. Le langage était vu de deux avec la portabilité des autres. C’est et le programme Fortran, spécifi- ans. J’enseignais à Paul Le Guer- façons différentes, suivant nos chose faite avec la Game Boy, pre- cations pas vraiment concordan- nic le traitement du signal et son cultures respectives. Avec d’autres mière console portable à cartouche tes ni claires. Une maquette a été algorithmique et lui m’apprenait collègues, Gérard Berry, Paul – Lotus lance 1-2-3 3.0 pour DOS effectivement réalisée, qui sem- l’informatique et la science du Caspi et Nicolas Halbwachs, nous ne pensant pas Windows comme blait réaliser la fonction attendue, logiciel. avons alors constaté une certaine un système viable à long terme. À l’origine je suis mathématicien mais je n’ai jamais su quel algo- Finalement, nous n’avons jamais identité de point de vue. Ainsi mais je me suis consacré à l’auto- rithme elle mettait réellement en créé la machine prévue. Mais prenait naissance la communauté matique et au traitement du œuvre ! nous avons fait mieux. Nous de la programmation synchrone. signal, sans avoir aucune forma- Lorsque, en 1983, le cas s’est pré- avons inventé un nouveau lan- Dès 1990, le thème de la program- INTERNET tion en informatique au départ. En 1981, j’avais, conjointement senté de nouveau pour un codeur de parole, je n’ai pas voulu ren- gage : Signal. Pour moi, c’était un moyen d’écrire des algorithmes mation synchrone émergeait comme un thème majeur en Le nombre de domaines de l’Inter- avec un collègue du CCETT, contrer le même écueil. Jean- compliqués de traitement du France, plusieurs industriels y net passe le cap des 100 000. déposé un brevet de codeur TV. Pierre Verjus, alors directeur de signal, avec plein d’indices tem- étant associés. ■ J.-M.P. © INRIA / Photo A. Eidelman Situé au bâtiment 7, dans une petite salle donnant sur la cour nord, les Circoms permettaient d’accéder à tous les ordinateurs du domaine avec des vitesses de transmission de 110 bauds à 9600 b/s. En 1985 les Circom ont été remplacés par un réseau maillé constitué de commutateurs X25, Ecom qui a nécessité de réaliser une nouvelle archi- tecture de câblage. À la fin des années 1980, une nouvelle technologie de transmission de données a été mise en service : Ethernet. L’équipe téléinformatique est devenue l’équipe réseau et les terminaux informatiques ont laissé la place aux stations de travail Unix et aux micro-ordinateurs. Il y avait 400 stations de travail, Sun pour la plupart, et 400 micro-ordi- nateurs, essentiellement Apple, et leurs périphériques. Robert Bretagne (ingénieur de recherche du centre de calcul jusqu’en 1997).
  • 5. L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA - N O 24 - 18 JUIN 2OO7 ANNÉE 1990 © INRIA / Photo A. EidelmanUne start-up Inriapour une technologieen plein essor© INRIA WWW, une invention pour faciliter les échanges Tim Berners Lee a créé une cer- abrégé en Moi, de même que taine perplexité au Cern en pro- The information mine qui, posant la mise en place d’un sys- abrégé, donne Tim, pêchent par tème permettant de relier leur égocentrisme pour des utili- l’information disponible dans les sateurs français. S’inspirant ordinateurs du monde entier. Ce d’une image souvent employée jeune physicien de 34 ans, qui a en mathématiques pour décrire travaillé chez Plessey avant de les réseaux, il vient d’adopter le devenir consultant indépendant, terme de World wide web – la avait eu pour première intention toile mondiale – ou WWW, au Le conseil d’administration du GIP Altaïr, présidé par Hubert Curien (à droite), décide la création de faciliter les échanges d’infor- grand dam de ses collègues per- de la société O2 Technology ce 2 octobre, avec le président de l’Inria, Alain Bensoussan (au centre) et le fondateur d’Altaïr, François Bancilhon (à gauche). mation entre les scientifiques suadés qu’un tel nom ne sera travaillant avec le Cern. En vou- retenu par personne. En collabo-Le 2 octobre 1990 – L’Ins- bles de la société sont d’ail- des années d’expérience en lant fournir à ces physiciens dis- ration avec Robert Cailliau dutitut national de recherche leurs connus des industriels et milieu professionnel et que persés sur la planète un outil Cern, il n’en a pas moins pour-en informatique et en auto- la société devrait pouvoir se son produit est « mûr » pour la leur permettant de collaborer à suivi le développement de cematique (Inria) vient de doter rapidement de clients grande aventure. Se lancer sur distance sur des projets de futur système en écrivant le logi-créer une nouvelle société, importants et diversifiés. Du les marchés d’Outre-Atlanti- recherche, il imagine relier les ciel permettant de créer desO2 Technology pour les côté de l’étranger, les premiers que demandera néanmoins informations stockées sur tous documents munis de liens ditssolutions de bases de don- contacts sont prometteurs en des finances solides et donc les ordinateurs du monde et hypertextes – le langage html –nées « orientées objet ». Europe occidentale aussi bien une augmentation probable identifiées par une adresse. Un et défini la procédure de trans-O2 Technology bénéficie déjà qu’au Japon ou en Australie. du capital. La réussite indus- premier projet, soumis à la hié- fert dénommée http. En novem-d’une importante notoriété Un accord commercial avec trielle ne repose pas seulement rarchie du Cern, a été refusé en bre dernier il a conçu le premierdue à la qualité de ses produits Bull est en discussion et sur l’excellence technologique mars 1989 et une seconde ver- programme serveur, un logicielmais aussi, bien entendu, à sa devrait consolider cette rapide même si celle-ci est indispen- sion a connu le même sort en qui abrite des pages sur un ordi-connaissance intime des tra- expansion vers l’étranger. sable. La connaissance des mai dernier. Obstiné, Tim Berners nateur tout en permettant auxvaux réalisés par l’équipe du Si O2 Technology est pour le marchés et le soutien financier Lee n’en a pas moins poursuivi autres d’y accéder. WWW, http,GIP Altaïr de l’Inria dans moment relativement seule sont tout aussi cruciaux. ses recherches… et réfléchi au html : quelle que soit la valeurle domaine des bases de don- sur le marché européen et Les débuts sont toutefois de nom qu’il pourrait donner à sa réelle de son projet, Tim Bernersnées. O2 Technology a en hexagonal, on ne peut oublier bon augure. La société s’est nouvelle invention. Il pense tout Lee devra sans doute oublier ceseffet transformé en une que la concurrence, essentiel- constituée avec un capital ini- d’abord à Mesh (la maille du termes obscurs pour que songamme d’outils très perfor- lement américaine, est impor- tial de sept millions de francs. filet) mais le mot ressemble trop invention ait un jour la moindremants et adaptés à de nom- tante : Versant, Objectstore, Cette somme importante lui à mess, qui signifie pagaille en chance de séduire un public unbreuses applications un sys- Object design, Ontos, Itasca permet d’avoir immédiate- anglais. Mine of information, peu plus large… ■ AB & PGtème brut fourni par Altaïr. pour ne citer que les sociétés ment les moyens nécessaires àDes actions de formation, de les plus importantes. Un jour son développement et aussi deconseil, de maintenance com- ou l’autre la société devra s’at- se doter d’une structure com- Et pendant ce temps là...plètent ces premières actions taquer au marché américain merciale importante. Le Le plus ancien prisonnier politique d’Afrique du Sud,commerciales. non seulement pour affirmer Ministère de l’industrie de son Nelson Mandela, est libéré – En France, fin de carrière pourLe produit est assis sur un mar- son chiffre d’affaires mais aussi côté lui a attribué une avance la voiture 2 CV, symbole d’un certain art de vivre –ché potentiel important et lar- pour asseoir sa crédibilité au remboursable de cinq millions Fermeture de la dernière mine de charbon du Nord-Pas degement réparti dans le monde. niveau international. de francs, et les responsables Calais – L’Irak envahit le Koweit – Réunification deLa technologie « orientée- Le succès d’O2 Technology, de la société espèrent que les l’Allemagne – L’Organisation Mondiale de la Santé sup-objet » est en effet en plein comme celui d’autres entrepri- banquiers répondront aussi à prime l’homosexualité de la liste des maladies mentales,essor et les entreprises ne s’y ses issues de l’Inria, vient du l’appel. mettant fin à plus d’un siècle d’homophobie médicale.trompent pas. Les responsa- fait que la société s’appuie sur ■ AB & PG
  • 6. « La devise préférée du directeur était ”Qui peut le plus peut le moins” ! » L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA, n o 24 – 18 juin 2007 par Anne Aubry, gestionnaire des ressources humaines, INRIA Lorraine/Loria © INRIA Nancy-Grand Est Proth. Autant dire que j’étais ame- Rambert a repris la direction de valoriser. Il avait aussi des idées Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en née à effectuer des tâches aussi l’INRIA Lorraine – qu’il conser- originales, comme celle d’instal- chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisa- diverses que celles de secrétaire vera durant 8 ans – je suis deve- ler un palmier pour personnaliser tion : Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Technoscope (F. de direction, standardiste, assis- nue son assistante. Deux ans plus le premier bâtiment… mais l’ar- Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Gri- set (« Histoire d’un pionnier de l’informatique » paru chez tante de services administratifs et tard, il a lancé la construction de bre ne vécut qu’une paire d’an- EDP Sciences), Julien Gramage, François Pellier. généraux, chauffeur ou coursier. la première tranche des locaux et nées ! L’INRIA Lorraine ne comptait je l’accompagnais dans les réu- J’ai parfois un peu de nostalgie en LE SAVIEZ-VOUS? alors qu’une douzaine de person- nes et était hébergé au Château du Montet dont il occupait un nions de chantier. L’institut n’était encore pas structuré comme aujourd’hui. Les responsables de pensant aux premiers temps du centre, où l’équipe, étant plus petite, était aussi plus soudée. Le port PCMCIA apparaît sur les étage et demi. Très rapidement services n’existaient pas et c’était Mais j’ai pu progresser dans la portables – Apple et Microsoft lan- J’ai vraiment accompagné la nais- nous nous sommes installés au donc à lui de prendre en main pratique de mon métier, tout en cent la technologie Truetype pour la sance et les mutations de l’INRIA sixième étage du bâtiment du tous les détails de fonctionne- profitant d’une ambiance stimu- gestion des polices – La norme en Lorraine. Je venais juste de ter- premier cycle de la faculté des ment. Heureusement, il était lante, notamment grâce à la pré- MPC (Multimédia PC) est publiée miner mon BTS de secrétariat de sciences. Le centre de recherche pragmatique, vif et exigeant, sans sence des chercheurs. Et j’ai la par le Multimédia PC Marketing direction lorsque j’ai été recrutée en informatique de Nancy (Crin), n’avoir rien perdu de son huma- chance de travailler dans un insti- Council composé de Microsoft, fin 1987 par Jean-Marie Proth, le tout comme l‘école supérieure nité et de sa générosité. Sa devise tut en constante évolution : les Creative Labs, Dell, Gateway, and premier directeur de l’INRIA Lor- d’informatique et applications de préférée était « Qui peut le plus chantiers ambitieux existent tou- Fujitsu. Cette norme permet de défi- raine. Je travaillais pour Sagep, Lorraine (Esial) et l’agence natio- peut le moins ! », ce qui se vérifiait jours et la politique de ressources nir les caractéristiques matérielles et l’unique équipe de recherche qui nale du logiciel (ANL) occupaient tous les jours dans sa pratique du humaines mise en place ces der- logicielles pour composer une sta- existait alors et qui était égale- les mêmes locaux. travail. S’il demandait beaucoup à nières années est particulière- tion multi-média sur PC. ment dirigée par Jean-Marie Lorsque, en janvier 1988, Patrick ses agents, il savait en retour les ment motivante. ■ F.P.« À partir de 1990, nous avons expérimenté l’usagedes nouveaux outils multimédias »par Bernard Hidoine, responsable de l’équipe multimédia de la direction de la communication© INRIA / Photo J. Wallace ce projet. Notre travail consistait à 100 heures de connexion par media. À partir d’un seul corpus Les premières icônes ont été créer les premiers contenus mois ! d’information structurée (sgbd créées à cette occasion. Dès l’ori- vidéotex pour un public extérieur : À partir de 1990, nous avons expé- O2), il était possible de publier gine, le web de l’INRIA a été à la des informations sur l’institut, rimenté l’usage des nouveaux différents produits de communi- fois un outil de communication et une présentation des recherches outils multimédias pour la com- cation comme du texte électroni- un outil de diffusion de l’informa- et le calendrier des colloques munication de l’INRIA : le sys- que (ftp et Gopher), des docu- tion scientifique. L’activité web a scientifiques. Nous avons égale- tème de base de données orienté ments imprimés et en particulier ensuite été poursuivie par le ser- ment mis en place des moyens objet O2, le système hypermédia un recueil bilingue des fiches pro- vice communication électronique techniques comme le logiciel de MultiCard, des systèmes d’infor- jets (sous forme d’un fichier animé par Jean-Claude Le Moal. composition d’écrans ou le ser- mation sur Internet comme LaTeX) et enfin des pages html. En Un autre grand fait marquant de J’ai participé à la création, en veur implanté à Nancy. L’ouver- Gopher et le World Wide Web avec septembre 1993, le site web INRIA nos actions multimédias, eut lieu novembre 1987, du projet Infotel ture officielle du service 3616 la station Next. Après la création a été ouvert en étroite collabora- quelques années plus tard en qui était rattaché à Jean-Yves INRIA eut lieu le 1er janvier 1989. Il de l’unité de communication et tion avec Luc Ottavj, le responsa- 1996 grâce à Lisette Calderan et Babonneau, directeur des moyens a évolué par la suite avec l’ajout d’information scientifique (Ucis) ble des moyens informatiques de Pierre Jancène : la création de la informatiques et des études tech- des concours externes, des bases en 1993, nous avons mis en place l’INRIA Sophia Antipolis. Le logi- photothèque de l’INRIA qui sera niques. Christine Genest, Jean- de données bibliographiques et avec Gilles Deniaud, aidés de ciel Mosaic, développé par le la première photothèque d’un Claude Le Moal, Marie-Hélène de la documentation. En 1992, le Anne Bres, un nouveau système NCSA, a été le premier navigateur EPST à être accessible sur le web. Fèvre et moi-même étions dans service minitel a compté jusqu’à d’information électronique cross multi plateformes et multimédia. ■ J.G. © INRIA / Photo A. Eidelman Gilles Deniaud avec le premier web de l’INRIA
  • 7. L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA - N O 25 - 25 JUIN 2OO7 ANNÉE 1991La simulation : le fil caché Un deuxième plandu triomphe d’Ariane pour le développement© INRIA / Photo A. Eidelman de l’Inria Le 23 novembre 1991 – Après d’information de pointe et de un premier plan d’établissement diffusion des informations et un lancé en 1987 pour l’Inria, un organisme fortement impliqué deuxième plan a été lancé l’an dans la coopération internatio- dernier pour trois ans. À mi-par- nale et les actions de développe- cours, il n’est pas inutile de mon- ment ». Un effort de recherche trer que ce plan reflète les trans- soutenu dans les technologies formations profondes que l’Inria de l’information et une coopéra- accompagne depuis des années tion de plus en plus étroite avec et devance même dans certains l’industrie apparaissent claire- cas. ment comme des voies d’avenir. Les plans d’établissement sont L’Europe est également un un des éléments de la réforme champ d’expansion essentiel. entreprise par le ministre Hubert Alors que ce continent est poten- Curien depuis son accession à la tiellement la première puissance recherche et à la technologie économique au monde, le mar- afin d’établir les interactions ché européen de l’informatique nécessaires avec les grands éta- ne représente que 29 % du mar- blissements de recherche. Le ché mondial, soit un chiffre très conseil d’administration de l’In- éloigné de celui des États-Unis ria, qui s’est tenu le 22 juin (43 %) et du Japon qui, à lui 1989, a pris acte des principales seul, totalise 18 % du marché orientations pour la période qui mondial. s’étend de 1990 à 1992, un laps Il est indispensable que l’Europe de temps que l’on a voulu adap- se dote d’une industrie informa- ter à la rapidité de l’évolution de tique puissante, essentielle pour l’informatique. l’avenir. Le gouvernement en a Le plan a été établi à partir des conscience et l’Inria entend rele- contributions du personnel et en ver ces défis à la hauteur de ses particulier de l’ensemble des moyens. La dimension euro- Alain Dervieux, responsable de l’équipe Sinus aujourd’hui récompensée pour ses travaux en simulation numérique chefs de projet de recherche. La péenne et mondiale a été renfor- synthèse a été réalisée au travers cée dans ce deuxième plan ainsi de nombreuses séances de tra- que la souplesse, la réactivité etLe premier prix du concours Seymour Cray de Nice en a été l’un des axes majeurs. Il plonge vail de plusieurs comités, conseils l’adoption d’une dynamique1991 a été attribué à l’équipe de recherche ses racines dans les travaux menés par Roland et commissions. En conclusion, similaire à celle de l’industrie.Sinus de l’Inria. Sans simulation, aucun vol de Glowinski et a permis à l’Inria de répondre à la les objectifs sont ambitieux et Un autre aspect du succès defusée ne serait en effet possible et le succès demande pressante de démarrer une filière multiples : « Être à la fois un cen- l’Inria est sans aucun doute queindustriel de la fusée Ariane s’est préparé en « combustion numérique » pour les applications tre parmi les plus avancés en le gouvernement continue de lebonne part dans les laboratoires grâce aux tra- au spatial (Ariane). L’équipe est maintenant recherche fondamentale et appli- soutenir et, en particulier, que lesvaux de cette équipe. engagée dans des domaines extrêmement variés quée, un réservoir de compéten- moyens donnés à l’institutLe prix qui récompense l’équipe Sinus est ainsi sans pour autant perdre de vue ses objectifs ces et d’innovations fortement connaissent actuellement unel’aboutissement d’une décennie de recherches ambitieux de recherche en automatique. Cette mis à contribution par l’environ- croissance régulière et forte.menées à l’Inria dans le domaine de la simula- discipline, socle de l’Iria, constitue l’axe autour nement industriel, une source ■ AB & PGtion numérique. Ce dernier est, depuis les origi- duquel se structurent trois filières à vocation plusnes, l’un des points forts de l’institut. Il s’inscrit finalisée : les modèles numériques de turbulence,dans la philosophie de la recherche dessinée par dirigée par Alain Dervieux et Bernard Larroutu- Et pendant ce temps là...Jacques-Louis Lions car tant la modélisation que rou, les écoulements internes pour l’automobile La France vote la loi Evin visant à réduire la consommation d’al-la simulation ou bien encore l’analyse et la com- grâce à l’impulsion de contrats avec Renault, cool et de cigarettes – Mort du chanteur-compositeur Sergemande des systèmes sont des domaines où la sous la direction d’Hervé Guillard, et le domaine Gainsbourg – L’affaire du sang contaminé est révélée en Francerecherche se développe en lien étroit avec des des vols hypersoniques, sous la houlette de Jean- – Edith Cresson, première femme Premier ministre dans l’his-entreprises comme Dassault Aviation. Le projet Antoine Désidéri et Loula Fezoui, domaine sti- toire de la France – Inauguration à Londres de la banque euro-Sinus, constitué en 1983 à Sophia Antipolis par mulé par le programme de recherche et dévelop- péenne pour la reconstruction et le développement, présidéeAlain Dervieux, Jean-Antoine Désidéri et Ber- pement mis en œuvre pour le projet de navette par Jacques Attali – Le gouvernement de John Major signe lesnard Larrouturou autour de Jean Céa, professeur spatiale Hermès accords de Maastricht mais rejette le chapitre social.au laboratoire de mathématiques de l’université ■ AB & PG
  • 8. « L’INRIA était un partenaire apprécié autant par les industriels L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA, n o 25 – 25 juin 2007 que par les pouvoirs publics » Patrick Rambert, délégué aux relations avec la CEE à la direction des relations industrielles entre 1985 et 1989 Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, © INRIA / Photo C. Lebedinsky C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisa- nous y avons participé de plus en ment aux travaux préparatoires de mand et l’autre hollandais, préam- tion : Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Technoscope (F. plus, au niveau financier certes définition des programmes cadres bule à l’Ercim (Groupement de Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Gri- set (« Histoire d’un pionnier de l’informatique » paru chez mais aussi en terme d’évolution en concertation avec les indus- recherche en informatique et EDP Sciences), Françoise Montfort. des méthodes de travail. Nous triels ravis que l’on envoie au front mathématiques) qui a publié en avions l’habitude de collaborer des chercheurs de haut niveau 1989 sa première newsletter en LE SAVIEZ-VOUS? avec des industriels français mais là, avec des partenaires comme Siemens en RFA ou Telecom Italia, parlant très bien anglais. Nos cher- cheurs étaient souvent la cheville ouvrière scientifique, l’industriel anglais pour exprimer sa volonté de s’affirmer en tant que commu- nauté scientifique européenne France Telecom lance le Bibop, le pre- mier téléphone mobile mais son nous avons été obligés de définir le coordinateur. Même si l’on face au concurrent américain. réseau est si réduit qu’il peut émet- un plan de travail à cinq ans au n’évoque pas cet aspect, mon sen- Cette ouverture à l’Europe a donc tre des appels mais difficilement en lieu de deux ans, ce qui est devenu timent personnel est que les colla- été très formatrice à tous points de recevoir – Le premier pare-feu com- courant aujourd’hui. Nous rencon- borations dans des contrats euro- vue. Certains chercheurs étaient mercial est livré par Digital Equip- trions très souvent les industriels péens ont souvent contribué à plus ou moins favorables au ment. Il utilise deux ordinateurs : l’un Les contrats européens étant français membres de la table soutenir le démarrage de nom- départ : ils craignaient d’avoir à considérés comme des contrats ronde Esprit – Bull, Thomson puis breuses start-up. traiter beaucoup de paperasserie pour filtrer les entrées et sorties et industriels, on lit souvent que, Alcatel – et les ministères de l’In- Nous étions en accord avec Alain pour peu de résultats. Mais les l’autre pour servir d’alerte – L’asso- dans la deuxième phase du pro- dustrie et de la Recherche et, plus Bensoussan et son « penser euro- chiffres parlent d’eux-mêmes puis- ciation PCMCIA regroupant les 200 gramme de soutien à la recherche tard, des PTT. Nous faisions notre péen ». Sur le plan scientifique, que, à la fin des années 1980, la principaux acteurs de l’industrie en technologies de l’information propre lobbying qui n’était pas du cette politique a débouché sur la part des contrats européens (envi- informatique définit un nouveau Esprit, le rôle des chercheurs a été tout organisé comme il l’est main- création d’un accord de coopéra- ron 20 % de l’ensemble en nom- standard de carte mémoire pour moins important. Mais ce n’est pas tenant par des consultants exté- tion entre l’INRIA et deux centres bre), représentaient la moitié des ordinateur portable, les PC Card. mon avis. Au contraire, à l’INRIA, rieurs. Nous participions active- européens similaires, l’un alle- ressources contractuelles. ■ F.M. © INRIA / Photo A. Eidelman« Calliope a vraiment étéun outil précurseuren assurant le passagedu papier vers l’électronique »Pascale Laurent, responsable de la documentation INRIA/Irisa Rennes© INRIA Wais (wide area information ser- d’auteur se sont présentés. En la ver), expérimenté à Sophia en matière, l’INRIA a innové en 1991, a été une grande révolution concertation avec le Centre fran- avant l’arrivée du web en ouvrant çais du droit de copie pour abou- les bibliothèques à la consultation tir à une solution allant « du de l’extérieur. Concomitamment, papier au papier ». La visualisa- l’INRIA Rhône-Alpes, à sa création, tion écran d’un article était volon- a voulu se doter d’un centre de tairement dégradée et, à aucun documentation virtuel en créant la moment, l’utilisateur final ne plateforme Calliope en partenariat récupérait le fichier, il ne pouvait avec l’Imag et Xerox. J’ai participé que l’imprimer. Il a fallu égale- à cette opération en proposant les ment recruter des agents à mi- collections de l’Irisa à Grenoble. temps mais, le travail s’effectuant Nous avons commencé par numé- sur un outil propre à nos services, riser de 200 à 250 articles par mois la formation était assurée sur extraits en majorité des LNCS (Lec- place. À partir de 1993, les biblio- Tout a commencé avec l’accessibi- ture notes in computer science, thèques virtuelles de l’INRIA ont lité au catalogue du centre de série d’actes de conférences prin- été accessibles par toute la com- La plateforme Calliope documentation de Rocquencourt cipalement publiés par Springer). munauté internaute et, depuis via Transpac en 1981 puis via le Curieusement, mon plus gros tra- 2000, nous avons accès aux minitel en 1990. Le centre de docu- vail en tant que responsable a fichiers sources chez les éditeurs. des revues qui permettait de s’inté- photocopies. L’avenir est aux mentation de Rennes a œuvré à consisté à persuader ma direction Les réactions restent paradoxales : resser à autre chose que l’article archives ouvertes dans une opti- l’une des premières actions en de suivre cette voie. Il a fallu pré- on travaille pour des chercheurs en recherché. Les étudiants, eux, ont que de ré-appropriation de la cul- réseau de l’INRIA par la mise à dis- senter un dossier carré, ce qui informatique qui, pour certains et tendance à consulter uniquement ture scientifique par le chercheur position, sur un serveur ftp, des nous a permis aussi de ne pas pas forcément les rats de bibliothè- ce qui est « cliquable », ce qui va qui, en terme de documentation, rapports de recherche de son prendre les choses à la légère. que, se montrent encore réticents obliger les professeurs à s’adapter. se retrouve aujourd’hui quasi auto- unité. Mais le nombre de titres en Une fois le principe retenu, des au virtuel. L’abandon du papier Quant à notre profession, per- nome. ■ F.M. ligne restait limité. Le passage à problèmes comme celui des droits entraîne aussi celui du feuilletage sonne ne regrette l’époque des
  • 9. L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA - N O 26 - 2 JUILLET 2OO7 ANNÉE 1992L’Inria vers les cimes : Jean-Pierre Verjus :une unité régionale des Alpes à Rennes et retouren Rhône-Alpes Le directeur de la nouvelle unité l’informatique. Ce n’est pas son© INRIA / Photo A. Eidelman régionale Rhône-Alpes installée seul atout : il est aussi un fin à Grenoble n’est © INRIA / Photo A. Eidelman connaisseur du pas un inconnu monde industriel dans la région. et des liens entre Jean-Pierre Verjus le monde scientifi- est en effet né à que et l’entreprise. Annecy et aime Il a fait profiter de sa montagne. Ce son expérience un diplômé de la certain nombre faculté des scien- de groupes de ces de Grenoble et réflexion attachés ingénieur Ensimag connaît bien à maintenir un rang d’excellence le Canada, puisqu’il y fit sa coo- à notre recherche dans le pération et y fut professeur- domaine de l’informatique. Son adjoint, mais aussi la Bretagne activité plus spécifiquement où il a enseigné avant de deve- scientifique a porté autant sur nir directeur de l’Irisa, à Rennes, les systèmes et les compilateurs entre 1978 et 1985. Il est aussi conversationnels que sur l’adres- l’auteur de rapports de mission sage et la synchronisation ou les sur l’organisation de la recher- méthodes de spécifications et de che en informatique. Il prend la preuves. Il serait long d’évoquer tête de l’Imag en janvier 1989, ses missions à l’étranger qui lui un institut réputé commun au ont fait parcourir une bonne CNRS, à l’École normale supé- partie du monde. Désormais, il rieure de Lyon, à l’Institut natio- pose ses valises dans une villeLe 3 décembre — C’est aujourd’hui offi- tiers de Jean Kuntzmann ont compris très vite nal polytechnique de Grenoble qu’il connaît bien avec pourciel : une nouvelle unité régionale de l’Inria l’intérêt des mathématiques appliquées et de et à l’université Joseph Fourier objectif de faire bénéficier l’Inrias’installe au cœur des Alpes, dans l’une des l’informatique plus particulièrement. L’institut de Grenoble. Autant dire qu’il d’un tissu scientifique et indus-agglomérations les plus dynamiques de national polytechnique de Grenoble joue un possède une bonne connais- triel de premier plan.France. Grenoble est en effet connue depuis rôle moteur dans ce redéploiement. L’industrie sance du milieu académique de ■ AB & PGlongtemps pour son dynamisme démographique, du logiciel se développe en particulier avec lesses initiatives artistiques et son ambition régio- efforts de l’institut de mathématiques appliquéesnale. Des générations d’hommes entreprenantsont voulu s’affirmer face à Lyon et, bien entendu, de Grenoble qui possède des centres de recher- che conjoints avec IBM. Avec le développement Et pendant ce temps là...face à la capitale. Grenoble, en défendant son d’activités nouvelles autour d’industries deParlement, donna le signal de la Révolution pointe comme l’électronique et l’informatique, La France vote la loi Evin visant à réduire la consom-française avec la Journée des Tuiles en 1788. Le la région grenobloise mise sur la matière grise : mation d’alcool et de cigarettes – Mort du chanteurDauphiné fit œuvre de pionnier au XIXe siècle : 15 000 chercheurs sans compter les effectifs des compositeur Serge Gainsbourg – L’affaire du sangles premières installations d’Aristide Bergès pour facultés. Cette véritable technopole permet le contaminé est révélée en France – Première femmel’industrie papetière en 1869, de grandes usines développement de petites entreprises très inno- premier ministre dans l’histoire de la France : Edithhydroélectriques, d’importants constructeurs de vantes. À la fin des années 1960, une Zirst (zone Cresson – Signature du traité de Maastricht – Lesturbines et autres matériels électriques sont nés pour l’innovation et les réalisations scientifiques troupes britanniques quittent Gibraltar – Sommetet se sont développés en Isère (Neyrpic, Merlin et techniques) a été créée, regroupant le Cnet, George Bush et Boris Eltsine sur la réduction desGérin…). Schneider Electric et de nombreuses PMI. SeuleAux côtés de Grenoble l’industrieuse (et l’indus- Sophia est aujourd’hui comparable à la Zirst de armements nucléaires – Début des émissions de latrielle), il faut faire une place à Grenoble la Meylan et Montbonnot. chaîne culturelle franco allemande Arte – Georgesscientifique. Rappelons en particulier que l’illus- L’environnement est porteur et il était plus que Charpak reçoit le prix Nobel de physique –tre physicien Louis Néel, installé dans la ville temps que Grenoble vienne s’ajouter à Roc- Dissolution de la Tchécoslovaquie, remplacée par ladès 1940, obtint en 1955 la création du centre quencourt, Rennes, Sophia Antipolis et Nancy République tchèque et la Slovaquie – Début de lad’études nucléaires de Grenoble, et que le dans le maillage national de l’Inria. Cet institut guerre en Bosnie-Herzégovine – Abolition du régimemathématicien Jean Kuntzmann, professeur à la n’est pas le seul à s’installer dans la région gre- de l’apartheid en Afrique du Sud – Élection de Billfaculté des sciences de Grenoble, a créé le pre- nobloise cette année, Xerox aussi est attiré par Clinton à la présidence des États-Unis.mier laboratoire de calcul en 1951 qui, après une les lumières de Grenoble et y implante son cen-longue histoire, a donné lieu à l’Imag. Les héri- tre de recherche. ■ AB & PG
  • 10. « L’INRIA s’implique dans le programme national génome humain » L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA, n o 26 – 2 juillet 2007 par François Rechenmann, projet Helix, INRIA Rhône-Alpes © INRIA / Photo G. Favier - Agence Vu connaissances produites. Il met morphisme Humain), la première ment Sciences de la vie du CNRS Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, ainsi sur le devant de la scène une carte génétique est calculée en et à l’université Claude Bernard C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisa- tion : Direction de la communication/INRIA (mise en page : discipline scientifique qui a mettant à contribution les temps de Lyon). Cette création marque P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Technoscope (F. Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Gri- émergé 20 ans auparavant : la libres des stations de travail de la reconnaissance de l’autonomie set (« Histoire d’un pionnier de l’informatique » paru chez EDP Sciences), S. Khalfa, F. Nervesa. bioinformatique. Rocquencourt. Pour ce travail et de la double pertinence de ce En France, les initiatives se multi- pionnier, Jean-Jacques Codani et domaine de recherche, où il s’agit plient pour favoriser le rappro- Bruno Lacroix reçoivent le prix de contribuer à la résolution de LE SAVIEZ-VOUS? chement des compétences à l’in- terface de la biologie et de IBM de calcul scientifique. En 1992, est créé le GREG, groupe- problématiques biologiques et à l’avancement de la discipline Le fabricant de souris Logitech lance l’informatique. La tâche est ambi- ment de recherches et d’études informatique : les craintes de voir le Fotoman, petit appareil numérique tieuse : pour la plupart des infor- sur les génomes, qui prend égale- la recherche en informatique à connecter sur micro-ordinateur. maticiens, dont je suis, les ment en charge le financement de asservie aux besoins des collègues L’appareil a une définition de connaissances en biologie projets bioinformatiques. biologistes se seront révélées 376 284 points, et stocke 36 photos remontent aux cours de sciences La même année est soutenue la infondées. en mémoire. C’est le premier photo- Lancé en 1990 par le DoE naturelles des classes de lycée. première thèse conjointe entre La bioinformatique dépassera scope entièrement numérique. (Department of Energy) et les Sous l’impulsion d’Alain Ben- l’équipe de Christian Gautier au très largement la seule analyse de NIH (National Institutes of soussan, l’INRIA s’est rapidement laboratoire de biométrie à Lyon et séquences génomiques. Puces à ILS ONT DIT... Health) américains, le projet Génome humain n’a pas pour seul objectif de déterminer l’inté- impliqué dans le programme national annoncé par notre ministre Hubert Curien en octo- le projet Sherpa que j’ai créé à Grenoble en 1988 sous l’impul- sion de Jean-Pierre Verjus. Guy ADN et spectromètres de masse produiront à leur tour de très grands volumes de données qu’il « Un langage de programmation est censé être une façon conventionnelle gralité de la séquence des 3,5 mil- bre 1990. L’institut s’investit en Perrière y présente la première faudra analyser et transformer en de donner des instructions à un ordi- liards de « lettres » qui codent l’in- particulier dans l’organisation base de connaissances sur le connaissances. La reconstruction nateur et doit pouvoir être écrit et formation génétique de conjointe d’un séminaire pluri- génome de la bactérie E. coli, des réseaux d’interactions molé- relu par des personnes différentes. Il l’organisme humain. Il requiert disciplinaire à Seillac près de développée à l’aide du système à culaires ainsi rendue possible n’est pas censé être obscur, bizarre et simultanément des avancées Blois, puis d’une école de prin- objets Shirka. conduira tout naturellement à la plein de pièges subtils (ça, ce sont les déterminantes dans les méthodes temps à Massy dans la région La collaboration fructueuse entre simulation de la dynamique de attributs de la magie). » d’analyse de cette « chaîne de parisienne. Les résultats ne tar- nos deux équipes aboutira en processus cellulaires. Et d’aucuns Dave Small, caractères » fondamentale et dans dent pas. En collaboration avec le 2001 à la création du projet Helix se prendront à rêver de cellules ST Magazine, novembre 1992. la gestion des données et des CEPH (Centre d’Etude du Poly- (commun à l’INRIA, au départe- virtuelles… ■ F.R. & N.F.« Il est moins difficile de convaincre les industrielsde l’intérêt de la preuve automatique»par Michael Rusinowitch, projet Cassis, INRIA Lorraine© INRIA / Photo J. Wallace sité de Nancy. Mais je faisais déjà matiques élémentaires de pro- notre première collaboration a concepts développés à lépoque partie depuis 1985 du projet grammes très simples (tris, addi- concerné des problèmes dinter- pour construire des preuves et les Eureka qui avait reçu la médaille tionneurs ...). Et cétait très labo- action de services téléphoniques techniques de réécriture se sont de bronze du CNRS et qui a été rieux ! avec France-Télécom. montrées bien adaptées pour sur- associé à lINRIA dans cette Au fil du temps, nous avons Aujourdhui, nous travaillons monter les problèmes dexplosion période. acquis une meilleure compréhen- aussi avec dautres industriels combinatoire en vérification Dès 1987, je me suis intéressé aux sion des techniques de preuves. comme Siemens ou SAP, le four- automatique. Aujourdhui, la approches formelles pour la réso- Les systèmes de preuve automati- nisseur de logiciels pour les entre- sécurité occupe une place de plus lution de problèmes informati- que sont devenus plus subtils, prises. Il est moins difficile que en plus importante dans la ques comme la vérification de plus efficaces et ont permis de par le passé de les convaincre de société de lInternet et il faudra programme et, plus tard, la détec- vérifier des protocoles compli- lintérêt des approches formelles sans aucun doute faire évoluer les tion de failles de sécurité. À lépo- qués. Quelques grandes sociétés assistées par ordinateur pour outils de vérification afin de Je suis arrivé en détachement à que, la preuve automatique en ont commencé timidement à sin- trouver les erreurs dans leurs sys- garantir aux usagers labsence de lINRIA en 1990 alors que jétais était à ses balbutiements. On téresser à nos travaux. Au début tèmes et leurs logiciels. vulnérabilité. maître de conférence à lUniver- prouvait des propriétés mathé- des années 1990 par exemple, Nous utilisons toujours les ■ S.K.© INRIA / Photo A. Eidelman Planification sensorielle de saisie basée sur la vision. Au premier plan on peut voir la reconstruction de scène pour la sai- sie dans un environnement partiellement connu, avec planification de trajectoire. Au second plan : deux robots, le robot manipulateur et le robot muni de deux caméras qui observent la scène. (Projet Sharp 1993).
  • 11. L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA - N O 27 - 3 SEPTEMBRE 2OO7 ANNÉE 1993Un français Lancement de la quatrième éditionprésident de l’Internet !!! du programme Esprit© INRIA / Photo A. Eidelman La CEE s’apprête à lancer le Les projets sont mis en concur- quatrième programme stratégi- rence et jugés par des experts que européen de recherche et internationaux indépendants. En de développement relatif aux fait, la participation au pro- technologies de l’information, gramme Esprit se décompose en Esprit, qui se déroulera de 1994 trois parties relativement éga- à 1998. L’originalité de ce pro- les : un tiers d’entreprises de gramme, dont la première édi- taille moyenne, un tiers de gran- tion avait été lancée le des entreprises, un tiers d’insti- 28 février 1984 à l’initiative de tuts de recherche et d’universi- M. Davignon alors que la France tés. Dès le premier programme prenait la présidence du Conseil de recherche Esprit de 1984 des communautés européennes, à 1988, l’Inria a participé à est d’associer des projets indus- 17 projets. Cependant, il n’y a triels avec un environnement pas totale adéquation entre l’es- scientifique favorable à l’adop- prit des programmes commu- tion de nouvelles technologies nautaires – de plus en plus axés par les différents acteurs. « Ce sur les besoins des entreprises – programme répond au besoin et la démarche d’un institut de absolu de constituer ou de recherche qui, tout en dévelop- consolider un potentiel indus- pant les contrats industriels et triel spécifiquement européen en lançant des filiales ou des dans le domaine des technolo- start-up, se doit de mener des gies concernées » considère-t- recherches fondamentales. C’est Système de Visio-conférence réalisé par les chercheurs du projet Rodeo en lien avec Bull. on à Bruxelles. Esprit fait partie ainsi que les chercheurs seront En bas à gauche, on peut voir Christian Huitema, le responsable du projet Rodeo, de la famille des programmes tentés, à la veille du démarrage qui vient tout juste d’être nommé président de l’IAB. qui définissent une aire d’action du quatrième programme Esprit, technologique. Il couvre donc de de répondre à des projetsLe 28 avril 1993 – Christian Huitema vient conférence sur réseau IP, l’IVS, basé sur le stan- nombreux domaines allant du connotés basic research quid’être nommé président de l’Internet dard H.261. L’IVS sera intégré par l’Internet logiciel aux systèmes parallèles. répondent mieux à certaines deArchitecture Board (IAB). Ce Breton de qua- Engineering Task Force dans un groupe de tra- Les propositions sont émises par leurs aspirations.rante ans tient néanmoins à écarter toute forme vail consacré au développement du protocole des consortiums de partenaires. ■ AB & PGde prééminence sur la nouvelle organisation en Real Time Transport (RTP) destiné à la trans-soulignant, par une sorte de paradoxe, le carac- mission sur Internet de données audio et vidéotère très collégial de la gestion du réseau desréseaux : « On dit que le président de l’Internet en temps réel. Dès 1988 Christian Huitema réa- lise à l’Inria Sophia Antipolis la première Et pendant ce temps là...est un chercheur français , c’est faux ! Il n’y a pas connexion Internet d’un établissement français Une convention interdisant la fabrication et le stockagede président de l’Internet. Personne ne com- avec les États-Unis en collaboration avec la des armes chimiques et prévoyant leur destruction dicimande à personne ». Cette énergie à refuser les NSF. Sa réputation ne fait que croître. Il fait 1997 est signée à Paris – Entrée en vigueur du grandhonneurs présidentiels ne surprend pas ceux qui ainsi la connaissance de Larry Landweber, pro- marché unique européen – Entrée en vigueur du traitéconnaissent bien Christian Huitema. Polytech- fesseur d’informatique à l’université du Wiscon- de Maastricht sur l’Union européenne – Prix Nobel denicien, il fut chercheur au Cnet de 1980 à 1985 sin qui est à l’origine du projet de réseau CSNetoù il travailla sur l’utilisation des satellites de en 1979. Ce dernier joue aujourd’hui un rôle la paix pour Nelson Mandela et Frederik De Klerk –télécommunications en informatique. C’est la majeur dans le développement des nouveaux Première diffusion de la série américaine X-Files – Lestation de travail SM 90 qui le rapproche de réseaux informatiques aux États-Unis et s’inves- vaisseau spatial américain Galileo découvre la premièrel’Inria. Il développe dans ce projet commun tit dans le développement d’Unix. Lorsque Larry lune d’un astéroïde – Première journée mondiale deCnet-Inria des protocoles de communication. Il Landweber est appelé à la présidence de l’Inter- l’eau – Arrestation en Sicile de Toto Riina, un des chefsdécide alors de quitter la planète des télécom- net Society, il s’appuie sur son ami français en de la Mafia – Inauguration de la ligne TGV Paris-Lille –munications pour rejoindre l’archipel Inria. Il lui confiant la présidence de cette organisation Fermeture de la dernière mine de fer de France àdirige, à partir de 1986, le projet de recherche qui supervise l’élaboration des standards Inter- Moyeuvre-Grande en Lorraine – Indépendance de laRodeo à l’Inria Sophia Antipolis qui porte sur la net. En tout état de cause, la présence d’un Fran-définition et l’expérimentation de nouveaux çais à un tel poste reflète plus le dynamisme de Banque de France – Création du Marché commun deprotocoles de communications ainsi que de nou- certains chercheurs que la place réelle d’une lAfrique orientale et australe (COMESA) par quatorzeveaux logiciels et compilateurs de protocoles. communauté de recherche française encore peu pays – Signature à Washington des accords d’OsloL’équipe Rodeo, en lien avec Bull, parviendra investie dans ce domaine. visant à établir la paix entre Israël et les Palestiniens.notamment à réaliser un système de vidéo- ■ AB & PG
  • 12. « Un message pouvait mettre une demi-journéeL’ H E B D O M A D A I R E D E S 4 0 A N SDE L’INRIA, n o 27 – 3 septembre 1993 pour arriver aux États-Unis ! » Yves Devillers, INRIA Rocquencourt Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, © INRIA / Photo C. Tourniaire C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisa- tion : Direction de la communication/INRIA (mise en page : la conférence « Spring 82 » au recherche de l’INRIA ont été inter- des réseaux IP européens à travers P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Technoscope (F. Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Gri- Cnam, le très dynamique EUUG connectées en TCP/IP par lignes l’initiative globale RIPE (Réseau IP set (« Histoire d’un pionnier de l’informatique » paru chez EDP Sciences), V. Coronini, A.-M. Militan. (European Unix User Group) spécialisées à 64 kbit/s. À la même Européen). L’idée d’un réseau aca- venait de fédérer les bonnes époque, prétextant des besoins démique français émerge et l’IN- volontés à travers un réseau pour pour développer des activités de RIA se trouve dans une situation LE SAVIEZ-VOUS? la R&D (Eunet) permettant de transmettre des messages et des recherche communes et accéder à la base de données astonomique délicate en poursuivant sa colla- boration avec NSFnet et EUnet et Marc Andreessen, étudiant au news en Europe et vers le reste du Simbad à Strasbourg, des person- en soutenant l’idée du futur réseau NCSA (université de l’Illinois), monde. En 1988, les services de nalités comme Steve Goldstein ont Renater. propose Mosaic, le premier navi- EUnet furent repris, pour la impulsé la mise en place de liai- De l’Amérique du Sud jusqu’en gateur graphique développé pour France, par mon équipe sous la sons transatlantiques, notamment Afrique en passant par l’Europe de Unix et X Windows puis rapide- houlette de Jean-Yves Babonneau entre l’université du Wisconsin l’Est, cette période connaîtra un ment disponible pour les environ- qui a toujours soutenu les activités (équipe de Larry Lanbweber) et foisonnement de techniques en nements PC et Macintosh. innovantes et atypiques de l’épo- l’INRIA Sophia Antipolis (équipe faisant du réseau avec les moyens Apparition du format DV, fruit que. Concrètement la consultation de Christian Huitema). L’INRIA du bord. Petit clin dœil de l’his- des travaux conjoints de grands de news ou l’envoi de message accède alors à NSFnet par la toire : l’INRIA aura permis à la noms de l’industrie. Avec une Ingénieur système dans le projet s’effectuait en store & forward : on connexion transatlantique TCP/IP Tunisie d’avoir Internet avant simple compression spatiale, le CAO-VLSI dès la fin 1982, j’ai été indiquait le chemin (ex : par liaison satellite à 56 kbit/s puis l’Afrique du Sud. DV permet de stocker la vidéo confronté à une demande très pré- ucbvax!philabs!mcvax!inria! sous-marine à 64 kbit/s et accède Après 1994 une partie de mon numérique sur de petites casset- cise des chercheurs concernant devill)par lequel on souhaitait à l’Europe émergente via EUnet et équipe me suit dans la création du tes – La société Apple Computer l’accès à la messagerie et à un ser- faire passer les messages et ces le CWI à Amsterdam. Entre 1990 et fournisseur d’accès EUnet-France invente Newton, le premier vice de news. La majorité de ces derniers étaient distribués de pro- 1992, l’avalanche TCP/IP emporte tandis que l’autre partie consolide assistant personnel ou PDA pour scientifiques avaient fait leur post- che en proche jusqu’au destina- avec elle les réseaux académiques les activités de coordination en Personal Digital Assistant. Arrivé doc aux États-Unis où ce type de taire final. Un message pouvait européens englués dans ISO et créant le NIC France et l’AFNIC trop tôt, celui-ci ne connaîtra service existait déjà : ils voulaient mettre une demi-journée pour Cosine. L’INRIA et EUnet partici- avec Annie Renard et Jean-Yves pas le succès escompté. bien sûr la même chose au bâti- arriver aux États-Unis ! pent à partir de 1989 aux premiè- Babonneau. ment 8 ! À l’époque, à l’occasion de Vers 1988 les cinq unités de res expériences de coordination ■ V.C. © INRIA / Photo A. Eidelman« La route s’arrêtait au milieudes champs devant le bâtimententièrement vide de l’Inria »Luc Saccavini, ingénieur au service de l’e-information scientifique et multimédia (Seism)© INRIA / Photo A. Eidelman estimer les besoins en effectifs, en les matériels, configurer les équi- locaux et en matériel. La première pements réseau et les serveurs. personne recrutée a été Isabelle Comme il n’y avait pas de tables, Allégret. Ensemble nous avons nous les avons confectionnées en conçu l’architecture du réseau, empilant les cartons dans les- l’ingénierie des serveurs et réalisé quels arrivait le matériel informa- les achats de matériel. Bruno tique ! Marmol et Didier Chassignol Grâce au partage de ressources, nous ont rejoints en 1995. Le tel le système de messagerie com- noyau du service informatique mun avec l’Imag, nous avons été était ainsi constitué. prêts à accueillir les équipes au Le bâtiment de Montbonnot a été bout d’un mois. La gestion du livré début 1996 ; nous sommes parc machines sous AFS, mutua- Je suis arrivé à la création de l’In- arrivés tout de suite, un mois lisée avec Rocquencourt, a per- ria Rhône-Alpes en janvier 1993. avant les services et les projets mis ensuite d’améliorer le sup- La dizaine d’ITA et les quatre pro- dans ces nouveaux locaux. La port aux projets de recherche. jets de recherche qui consti- route s’arrêtait au milieu des Aujourd’hui le service compte tuaient alors l’unité de recherche champs devant le bâtiment entiè- quatorze personnes. L’architec- étaient hébergés dans les locaux rement vide de l’Inria. Un élé- ture réseau et système que nous de l’INPG, au centre de Grenoble. ment de curiosité que nous avons avons conçue à l’époque a consti- Très rapidement j’ai été impliqué découvert : la source d’eau ferru- tué une bonne base pour ajouter dans le projet d’un nouveau bâti- gineuse, captée, qui coulait sous par la suite de nouveaux services Projet Vista Cellule de vision robotique constituée d’un système de vision monoculaire ment pour l’UR. J’avais été chargé le bâtiment. Nous nous sommes tels le VPN, le réseau sans fil, embarqué sur un robot portique à six degrés de liberté. Cette cellule était par le directeur de l’UR, Jean- installés dans ce que nous avons l’agenda partagé et les espaces utilisée pour valider les recherches en asservissement visuel et perception Pierre Verjus, de la mise en place appelé le « loft » et qui allait deve- partagés. active menées au sein des projets Vista puis Lagadic. du service informatique, d’en nir la salle serveurs, pour installer ■ A.-M.M.
  • 13. L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA - N O 28 - 10 SEPTEMBRE 2OO7 ANNÉE 1994Une charte sécurité Affirmermi chèvre le « modèle Inria » Le 10 mars 1994, l’Inria s’est S’appuyant sur l’organisation enmi choux… doté d’un plan stratégique. Ce mode de fonctionnement se ren- contre dans de nombreuses projets de l’institut qui le rappro- che de ses homologues améri- cains, le président de l’Inria© INRIA / Photo A. Eidelman entreprises. Il s’agit à moyen affirme en préambule que le terme de définir des axes de modèle Inria a fait, fait et fera développement privilégiés et de jeu égal avec le modèle Stan- préciser les moyens humains, ford. La force des Américains matériels et financiers pour résidant également dans une atteindre ces objectifs. L’idée de communauté scientifique sou- plan n’est pas nouvelle car elle dée par des revues et des apparaît au niveau national congrès, le plan stratégique vise dans les années 1930. Après la le développement d’une com- seconde guerre mondiale, la pla- munauté européenne de la nification bat son plein et recherche informatique tout devient presque une mystique : aussi nombreuse et de qualité. une « ardente obligation ». Dans le domaine de la création Aujourd’hui, le Plan a souffert d’entreprises, le modèle Inria est des chocs pétroliers et de la bon : la création de filiales, dont montée des incertitudes, et les certaines se portent très bien, entreprises privées aussi bien est une réalité même si l’institut que publiques ont besoin plus ne bénéficie pas de relations que jamais d’instruments de aussi étroites que le campus navigation. Il n’est donc pas illo- américain avec les capitaux à gique que l’Inria se dote d’un risque et les jeunes pousses. plan stratégique. Principal objec- Enfin, l’institut sait puiser en tif de ce plan : affirmer vis-à-vis région les compétences d’exper- des pouvoirs publics et des par- tise et de créativité. Luc Ottavj, co-auteur du rapport demandé par le Président de l’INRIA sur la sécurité informatique tenaires industriels que l’institut Une définition plus précise des a développé au cours de ses 27 axes scientifiques à privilégier années d’existence une stratégie sera fournie par les nouveauxLe 25 février 1994 – Présenté le 5 juillet sur le métier en proposant ce mois-ci un projet propre et une culture qui le dif- directeurs scientifiques. Mais lesde l’année dernière, le rapport rédigé par de « Charte d’utilisation des moyens informati- férencient des autres EPST et formes de développement issuesPatrick Cipière et Luc Ottavj à la demande ques de l’Inria ». Ce texte reprend, en huit s’articulent notamment autour des années 1980 ne seront pasd’Alain Bensoussan avait révélé à quel points soutenus par des extraits de loi, les règles du mot d’ordre de l’excellence. remises en question car elles ontpoint la situation de la sécurité informati- à suivre. Autorisation d’accès aux systèmes Certes, l’Inria n’est pas le seul porté leurs fruits. Reste unque à l’Inria restait, malgré quelques informatiques, règles de sécurité et principe du organisme de recherche dans le acteur peu mentionné : les deuxefforts, préoccupante. L’hétérogénéité des respect de la propriété intellectuelle y sont évo- monde à revendiquer l’excel- tutelles (Industrie et Recherche)2 300 machines connectées et les différentes qués. Il y est également rappelé l’interdiction de lence, mais, sans elle il n’y a pas de l’institut qui devraient assu-politiques de sécurité menées par les centres se servir des moyens de l’Inria pour mener des de réputation internationale, rer des moyens suffisants pourpesaient de façon très lourde sur la sécurité, un actions frauduleuses, les règles à suivre dans le d’attraction des meilleurs étu- éviter les « coups d’accordéon »tiers des machines s’avérant d’accès totalement cadre de la loi « Informatique et Libertés », la diants, d’accords internationaux dont il a pâti par le passé.libre depuis l’extérieur. réglementation des échanges électroniques ainsi et de contrats avec l’industrie. ■ AB & PGMalgré les mesures prises, les imprudences per- que les principes de confidentialité et de « res-durent et les responsables de centres ne peuvent pect » du matériel. Il est envisagé de subordon-que répéter les consignes de base : ne pas divul- ner la délivrance de laissez-passer à la signatureguer son mot de passe, ne pas utiliser le compte d’un document d’engagement formel au respect Et pendant ce temps là...d’un autre et ne pas prêter le sien, signaler toute des règles de sécurité. 120 pays signent les accords qui consacrent la libéra-tentative d’intrusion, assorti d’un rappel des La rédaction de la charte n’a pas clos le débat. lisation du commerce mondial sous le contrôle desanctions encourues en vertu de la loi Godfrain La méthode est contestée par ceux qui trouventpar les personnes ne respectant pas la propriété la démarche trop coercitive mais aussi par ceux lOMC (Organisation Mondiale du Commerce) –intellectuelle. Les chercheurs se montrent peu qui estiment qu’une charte n’a aucun sens dans Nelson Mandela élu président aux premières électionsréceptifs à ces problèmes de sécurité. L’Inria est le cadre d’une administration. Quel que soit le démocratiques en Afrique du Sud – Inauguration duen effet un espace très ouvert intellectuelle- dispositif retenu il semble néanmoins évident tunnel sous la Manche – Prix Nobel de la paix pourment. La recherche y est pratiquée en réseau et que l’Inria ne pourra plus vivre dans l’insou- Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Shimon Pérès –avec des partenariats souvent informels qui ne ciance qui caractérisait parfois son approche de Détournement par un groupe islamiste (GIA) dunsemblent pas appeler de mesures particulières. ce problème crucial… Airbus reliant Paris à Alger.La direction de l’institut a donc remis l’ouvrage ■ AB & PG
  • 14. « On ne parlait pas encore de grappe, mais de réseau de stations de travail » Christine Morin, équipe Paris, INRIA Rennes/Irisa © INRIA / J.-M. Prima standards interconnectés pour l’arrivée massive des PC et l’avè- génieurs experts, nous avons pu exécuter des applications gour- nement des réseaux à haute per- faire évoluer le premier démons- mandes en calcul a germé au formance. En 1998 nous avons eu trateur vers un prototype avancé cours de la première moitié des l’idée, avec Thierry Priol, de beaucoup plus complet capable années 1990. En 1995, elle a été constituer une équipe sur le d’exécuter de vraies applications. défendue dans l’article précur- thème de la programmation des Au moment où les contrats des seur The Case for NOW (Network grappes et grilles pour les applica- jeunes chercheurs qui ont conçu of Workstations) d’Anderson, tions de simulation numérique. et mis en œuvre le système Kerri- Culler et Patterson qui fera date. Cela a débouché sur le projet ghed arrivaient à échéance, nous On ne parlait pas encore de Paris qui a donné naissance à Ker- avions abouti à un prototype de grappe mais de réseau de stations righed, un système d’exploitation recherche très prometteur qui de travail. Les systèmes distribués open source pour une gestion nous permettait d’envisager uneL’ H E B D O M A D A I R E D E S 4 0 A N S intégrés, comme le système facilitée des grappes. phase d’industrialisation à condi-D E L’ I N R I A , n o 2 8 – 1 0 s e p t e m b r e 1 9 9 4 Gothic conçu à l’Irisa par le projet Le système Kerrighed est le fruit tion d’être capable de préserver LSP à la fin des années 1980, peu- des travaux de trois doctorants l’expertise et le savoir-faire vent être considérés comme des qui ont réussi à intégrer leurs acquis. C’est ce qui a motivé, Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en J’ai commencé mes recherches précurseurs des systèmes d’ex- résultats au sein d’un même pro- après mûre réflexion, la création chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisa- dans le domaine des systèmes ploitation de grappes. Nos expéri- totype et à concevoir les princi- en 2006 de la jeune pousse Ker- tion : Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Technoscope (F. distribués au sein de l’équipe LSP mentations étaient menées sur ce paux services dans un souci de labs en incubation à l’Irisa. La Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Gri- set (« Histoire d’un pionnier de l’informatique » paru chez de Jean-Pierre Banâtre mais j’ai que l’on appellerait aujourd’hui cohérence. C’est cette cohérence société, dont je suis l’une des co- EDP Sciences), J.-M. Privat, F. Monfort. rapidement évolué vers la problé- une grappe de trois machines qui distingue aujourd’hui le sys- fondatrices, offrira des services matique du calcul à haute perfor- multiprocesseurs Bull SPS7 inter- tème de ses concurrents. Grâce à associés au logiciel Kerrighed qui mance sur des grappes, puis sur connectées par un réseau Ether- un contrat de recherche financé reste un logiciel libre sous licence LE SAVIEZ-VOUS? des grilles. L’idée d’utiliser des PC net 10 Mbits/s (!). C’était avant par la DGA et le recrutement d’in- GPL. ■ J.-M.P. Deux étudiants de Stanford, David Filo et Jerry Yang, créent l’annuaire Inter- Christine Morin net Yahoo ! Celui-ci doit permettre et la grappe de PC aux internautes de trouver rapidement des sites grâce à un classement hiérar- de Rennes en 1999. chique. Tim Berners-Lee fonde le World Wide Web Consortium, égale- ment appelé W3C. Cet organisme a pour objectif d’émettre des recom- mandations afin de promouvoir et d’assurer la compatibilité des techno- logies utilisées sur le web. L’organisme est géré conjointement par des univer- sités et centres de recherche améri- cains, européens et japonais. © INRIA / Photo A. EidelmanAfrique : une coopération d’équipe à équipesans risque de piratage des ressources du pays.Bernard Philippe, projet Sage, INRIA Rennes/Irisa, et chargé des relations avec l’Afrique et le Moyen-Orient© INRIA / Photo A. Eidelman informatique (Cari) en 1992, à ouvrières de la création du dépar- Sarima en 2003, qui mettent en intervenons au travers de finance- Yaoundé. Avec Brigitte Kerhervé tement d’informatique de l’uni- réseau des équipes de recherche ments ponctuels, par exemple en et Michel Bernadou, responsable versité de Yaoundé. étudiants-enseignants Nord-Sud. contribuant à la venue des cher- des relations internationales à L’édition suivante de Ouagadou- Les équipes choisissent d’un cheurs africains à des colloques. l’époque, je faisais partie de gou en 1994 a permis d’établir de commun accord leurs sujets de On s’investit dans une coopéra- l’équipe qui a lancé l’opération véritables bases de fonctionne- recherche. Le choix du thésard tion d’équipe à équipe, sans ris- sur la base d’un accord tripartite ment, le huitième colloque s’est revient aux pays du Sud en accord que de piratage des ressources du entre l’INRIA, l’université des déroulé à Cotonou en 2006, et le avec le partenaire du Nord ; le pays. C’est dans cette optique que Nations-Unies et l’université de prochain aura lieu à Rabat en doctorant poursuit sa recherche Sarima, en collaboration avec le Yaoundé. Cette dernière est restée 2008. Aujourd’hui, la participation des deux côtés grâce à un co- Cimpa (Centre International de le creuset du dispositif d’échanges des pays s’est étendue à l’Afrique encadrement, tissant ainsi le lien Mathématiques Pures et Appli- inter-continents grâce à l’action de l’Ouest, notamment avec le entre les deux équipes qui le sou- quées), permet de développer de Maurice Tchuente, à l’origine Sénégal en mathématiques appli- tiennent. Les thésards se raréfiant également les relations entre pays de ce partenariat, qui est devenu quées et le Maghreb qui a conquis au Nord, il y a un potentiel avec du Sud. La collaboration avec les La mise en place de la collabora- ensuite ministre camerounais de une place essentielle dans Cari. les étudiants africains mais nous équipes africaines apporte aussi à tion avec les pays africains a l’Enseignement supérieur. Après Ces rencontres biennales ont insistons sur le terme d’échange celles de l’Inria de nouveaux débuté par la première édition du avoir passé sa thèse à Grenoble, il abouti à concevoir plusieurs pro- et d’équilibre. N’ayant pas voca- sujets de recherche. colloque africain sur la recherche a été en 1985 l’une des chevilles grammes de coopération tels que tion à financer des projets, nous ■ F.M.
  • 15. L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA - N O 29 - 17 SEPTEMBRE 2OO7 ANNÉE 1995Coup de théâtre : L’Inria s’engagel’Inria devient le pilier sur des objectifseuropéen du W3C L’Inria signe ce 31 janvier 1995 le premier contrat d’ob- aujourd’hui peut être compris comme un complément de© INRIA jectifs passé par un organisme cette première initiative. Ce de recherche avec l’État. contrat repose sur la mobilisa- Cette démarche volontariste tion des compétences autour répond au souhait de la tutelle d’axes stratégiques de recher- de définir des axes stratégiques che affichés (informatique dis- et de laisser aux organismes de tribuée et systèmes répartis, recherche le soin de les pilo- machines parallèles, génie ter et de les accomplir. Le logiciel, images et nouvelles contrôle de la puissance publi- formes de données, systèmes que s’exercera a posteriori afin complexes). Son originalité d’assurer à l’organisme de est de s’appuyer sur l’examen recherche la souplesse suffi- régulier d’indicateurs de suivi. sante pour être réactif dans un Ils sont assez diversifiés pour contexte de bouleversements prendre en compte la large tant technologiques qu’indus- palette des champs d’expertise triels. La question d’un de l’institut et prennent contrôle a posteriori plutôt notamment en compte les qu’a priori n’est pas neuve. À publications nationales et la fin des années 1960, le rap- internationales, un indicateur port Nora définissait déjà les fort prisé des Anglo-Saxons conditions nécessaires pour pour les classements natio- libérer les entreprises publi- naux et internationaux, qui ques d’une trop forte tutelle et répond au célèbre « publish or les faire entrer dans l’espace perish ». Les valeurs prises par de la concurrence. À l’épo- cet indicateur sur la période Lancement de la branche européenne du W3C le 2 novembre 1995 à Paris, que, des entreprises comme d’observation de 1993 à 1994 en présence de Gilles Kahn (l’orateur) et des inventeurs du web, Tim Berners Lee EDF ou la SNCF étaient les passent de 1 057 publications et Robert Caillau (assis sur la gauche). cibles concernées. Mais ce à 1 171, soit une hausse de rapport mit un an avant de 10 % environ. Pour la presqueLe 29 mars 1995 – Depuis quelques ment mais plus dynamique en termes relation- devenir public tant il déran- totalité des indicateurs, cetannées le développement international nels permettra pourtant, contre toute attente, à geait dans une période encore état des lieux souligne lad’Internet reposait sur deux acteurs princi- une contre-attaque française d’emporter la déci- marquée par un certain diri- bonne santé et le dynamismepaux : le Laboratory for Computer Science sion. Jean-François Abramatic y a joué un rôle gisme, surtout pour les sec- de l’Inria et laisse peu dedu MIT, qui est à l’origine du nouveau crucial avec l’appui politique très précoce d’Hu- teurs jugés stratégiques. doute sur les capacités deréseau et a été le fondateur en octobre 1994 bert Curien et le puissant soutien d’Alain Ben- L’Inria s’est doté l’an dernier l’institut à honorer ses enga-du Consortium du World Wide Web, et le soussan qui a mobilisé au cours de l’hiver dernier d’un plan stratégique et le gements.Cern, en tant que père du web, qui incarne les moyens nécessaires pour donner au dossier contrat d’objectifs signé ■ AB & PGla participation de l’Europe à la révolution français le poids indispensable. Les contacts per-promise, grâce à un Belge et à un Améri- sonnels des équipes de l’Inria, leurs réussitescain.Cet équilibre a été remis en cause par la volonté dans des domaines liés directement ou indirec- tement au web, contribueront très efficacement Et pendant ce temps là...du Cern de se recentrer sur ses activités princi- au succès de cette dynamique, et permettront àpales. Cette information s’est diffusée de cet institut d’imposer sa candidature auprès du Jacques Chirac devient président de la Républiquemanière informelle au cours des derniers mois de MIT. L’accord qui vient d’être signé fait donc de française – Inauguration de la bibliothèque natio-l’année passée, suscitant de nombreuses interro- l’Inria le pilier européen du développement du nale de France à Paris – La jeune société Nescapegations et faisant naître l’espoir chez certains web. Le MIT reste l’ancrage principal d’une ins- entre en bourse – Découverte de la première planètede remplacer le Cern comme coordonnateur titution dont la direction reviendra de droit à un située hors du système solaire à l’observatoire deeuropéen de l’Internet. Oxford et Darmstadt se membre du prestigieux institut de Boston. Il Haute Provence par Michel Mayor et Didier Queloz –montrèrent alors les plus actifs. Fortes de leurs n’en reste pas moins que cette position privilé- Adhésion à l’Union européenne de l’Autriche, de laéquipes de recherches et de leur poids institu- giée au sein du jeune W3C confère un rôle clef Suède et de la Finlande – Début du Mercosur (acro-tionnel, ces deux universités rivalisèrent pour à l’Inria dans le développement d’un réseau quidevenir l’interlocuteur européen du MIT en lieu devrait révolutionner le monde de l’information nyme espagnol de Marché commun de lAmériqueet place du Cern. et de la communication. du Sud).Un activisme moins puissant institutionnelle- ■ AB & PG
  • 16. « Dès le départ, l’idée a été de construire une organisationL’ H E B D O M A D A I R E D E S 4 0 A N SD E L’ I N R I A , n o 2 9 – 1 7 s e p t e m b r e 2 0 0 7 répartie sur plusieurs continents » par Vincent Quint, projet Wam, co-animateur du Technical Architecture Group du W3C Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en © INRIA / Photo A.Eidelman chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisa- chargé Jean-François Abramatic navigateur Amaya présenté lors environnement coopératif a été tion : Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Technoscope (F. d’organiser la partie européenne de la conférence. mis en place en interfaçant la Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Gri- set (« Histoire d’un pionnier de l’informatique » paru chez du W3C. C’est ainsi que le centre Léquipe qui anime le W3C messagerie instantanée, laudio EDP Sciences), M. Collin, J. Paul. de Sophia Antipolis est devenu le compte maintenant 60 à 70 per- conférence et laccès au web. premier hôte européen du W3C en sonnes, mais les recherches impli- Cest dans ce contexte que sont avril 1995. Lannée suivante, le quent également de nombreux nées depuis une douzaine dan- LE SAVIEZ-VOUS? troisième site hôte a été créé au Japon (université de Keio), com- acteurs académiques et indus- triels : environ 800 personnes par- nées quelques technologies clés, comme XML ou le web sémanti- Alta Vista, fondée par Louis Monier, plétant le dispositif pour l’Asie. ticipent à une cinquantaine de que, qui ont fortement transformé un ancien chercheur français de La forte concurrence qui existait groupes de travail pour définir le web et influencent maintenant lINRIA, devient instantanément le Fin 1993, Tim Berners Lee, le créa- dans les premières années, les spécifications qui mèneront dautres domaines des STIC. Ce plus important moteur de recher- teur du web au Cern, a souhaité notamment entre les navigateurs, aux recommandations. Chaque sont ces travaux qui mènent à un che au monde avec son indexation monter une organisation interna- a fortement stimulé la recherche. groupe de travail réunit une ving- web mobile, multimédia, accessi- gigantesque du web en texte inté- tionale pour coordonner les déve- Des conférences étaient organi- taine dexperts répartis dans le ble, internationalisé et ubiqui- gral – Lancement de windows 95 loppements du web. Dès le début, sées alternativement en Europe et monde entier. Il a donc fallu créer taire. par Microsoft – Sept entreprises il s’est agi de construire une orga- aux États-Unis tous les six mois. des moyens électroniques de par- La mise en place et la participa- jettent les bases de linterface USB : nisation répartie sur plusieurs C’est à l’occasion de la conférence tage d’information et de docu- tion au W3C a été une aventure débits maxi de12Mbits/s pour la continents. Le MIT, intéressé par de Boston, qui a réuni plus de ments, évidemment fondés sur les passionnante. C’est une organisa- version 1.1 – Sortie dinternet le projet, a créé le premier site 3 000 personnes fin 1995, que technologies web, mais aussi tion complexe mais dont les résul- Phone et Web Talk, les premiers hôte du W3C en octobre 1994 et, à l’équipe du MIT m’a incité à développer des outils permettant tats sont en prise directe avec la logiciels de téléphonie grand public la fin de l’année, Alain Bensous- rejoindre le W3C, ainsi quIrène de travailler efficacement en réalité quotidienne du web dans le sur Internet. san, alors président de l’INRIA, a Vatton qui développait léditeur- temps réel. Ainsi, un véritable monde entier. ■ M.C.Ces techniques sur les réseauxsont devenues une réalité dix ans plus tardpar François Baccelli, projet Trec, INRIA RocquencourtDR déjà saisi toute son importance. compris avant tout le monde le donc l’occasion de développer les me souviens d’avoir vécu cette Sous leur impulsion, deux projets potentiel d’Internet. Pionnier du méthodes adaptatives dont a époque comme une période de l’INRIA Sophia Antipolis streaming IP, Jean Bolot invente besoin la téléphonie sur IP. En extraordinaire. Ces travaux ont avaient pris cette orientation en 1995 le free phone permettant effet, n’ayant pas de circuit permis à l’INRIA d’avoir une posi- scientifique. Le projet Rodéo de téléphoner sur IP via Internet, réservé, la téléphonie sur IP passe tion privilégiée en Europe et de fondé par Christian Huitema, précurseur (avec 10 ans d’avance) par le réseau commun où le trafic prendre part aux décisions impor- avec Jean Bolot, Christophe Diot de Skype. Peu après nous télépho- de données est très variable. Il tantes pour la réalisation et le et Walid Dabbous, et le projet nions déjà gratuitement à nos col- faut donc tout un ensemble d’al- développement d’Internet au sein Mistral dont j’étais le responsable laborateurs aux États-Unis et gorithmes de codage et de métho- d’organismes de normalisation tel scientifique et où se trouvaient nous étions même équipés de des d’adaptation du codage aux que l’IETF. Eitan Altman, Zhen Liu et Phi- petites caméras permettant de conditions du réseau. Depuis, bien que nous nous lippe Nain, travaillaient en sy- nous voir simultanément. Au sein À l’époque, notre entourage ne soyions tous dispersés aux quatre nergie, respectivement sur les de Mistral, nous étions centrés sur comprenait pas ce que nous fai- coins du monde, le noyau quiBien que la thématique des réseaux IP et sur leur modélisa- les aspects méthodologiques, sions. C’est amusant de penser s’est formé à cette époque existeréseaux ait été très nouvelle dans tion. C’était un contexte excep- notamment de contrôle du que ces techniques que nous maî- toujours et il y a des collabora-les années 90, Gilles Kahn et tionnel. réseau, de dynamique, de recher- trisions déjà, sont devenues une tions privilégiées aujourd’huiPierre Bernhard de la direction Magiciens des réseaux, les mem- ches d’algorithmes optimaux, etc. réalité dix ans plus tard. C’est encore entre nombre d’entrescientifique de l’INRIA avaient bres de l’équipe de Rodéo avaient L’interaction avec Rodéo était peut-être aussi pour cela que je nous. ■ J.P. © INRIA / Photo I. Herlin « À cette époque nous appliquions des méthodes de vision par ordinateur à lanalyse de séquences dimages satellite. Ainsi, à partir de plusieurs acquisitions de température de surface, nous calculions le mouvement apparent, qui correspond au courant de surface, et, après modélisation, nous détections des points caractéristiques comme les centres de tourbillon. Depuis, la recherche a évolué vers une meilleure prise en compte des spécificités de lacquisition satellitaire et du mouvement fluide, et vers le couplage avec les modèles de prévision. Nous travaillons actuellement avec l’équipe-projet Moise sur la mise au point de techniques dassimilation dimage dans les modèles de prévision : les structures détectées sur les images, telles que fronts, filaments ou tourbillons, etc, servent à contraindre les modèles de circulation océanographique et donc à améliorer la prévision. Les applications essentielles concernent la météorologie, la navigation, la biologie marine, et à plus long terme la modélisation du changement climatique. » Isabelle Herlin, équipe-projet Clime.
  • 17. L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA - N O 30 - 24 SEPTEMBRE 2OO7 ANNÉE 1996Bernard Larrouturou Le rapport de la Coursuccède des comptesà Alain Bensoussan sur l’Inriaà la tête de l’Inria La Cour des comptes vient de publier un important rapport sur la question de la valorisation dans les publiés soulignent la qualité et la constance de l’action de valorisa- tion de l’Inria qui fait mieux, malgré© INRIA / Photo A.Eidelman établissements publics à caractère sa taille modeste, que des institu- scientifique et technologique tions bien plus importantes comme (EPST). Cette juridiction administra- le CNRS. La Cour a remarqué le pro- tive pluriséculaire contrôle la ges- jet de constitution d’une société tion des administrations, des orga- anonyme, Inria-Transfert. Le nou- nismes publics ou parapublics veau président de l’Inria a pu nationaux et même de certains répondre aux questions posées et organismes privés. Elle certifie les faire ses propres remarques comme comptes de l’État et assiste le Par- il est d’usage. En fin de compte, lement et le Gouvernement en c’est le Ministre de la recherche lui- matière de contrôle de l’application même qui a été interpellé par la des lois de finances de l’État et des Cour. L’évaluation de la politique à lois de financement de la sécurité long terme de valorisation de l’Inria sociale. Une telle autorité est redou- a été de nature plus comptable. tée pour la précision de ses analy- Toutefois, l’organisation des struc- ses qui dépassent le seul aspect tures de l’institut a été perçue par la comptable pour appréhender la Cour comme la volonté de l’Inria de stratégie des organismes étudiés. faire de la valorisation « un élé- En se penchant coup sur coup sur ment indissociable de son activité ». l’Inria – une fois en comparaison En fin de compte, l’action de valori- Ambiance bon enfant à Rocquencourt à l’occasion de la passation de pouvoir entre le président sortant de l’Inria, Alain Bensoussan, et le président nouvellement nommé Bernard Larrouturou. avec d’autres EPST pour les ques- sation de l’Inria semble bien com- À droite, Laurent Kott, directeur général adjoint de l’institut. tions de valorisation et une seconde prise et regardée avec bienveil- fois sur le même thème mais pour lance ; la gestion des transferts vers le seul Inria et sur une période l’industrie, quelle qu’en soit laLe 26 avril 1996 – Bernard Larrouturou que dans les sciences de l’ingénieur. Il était basé rétrospective assez longue (exerci- forme, paraît conforme aux normesest nommé président du conseil d’adminis- à Sophia Antipolis à la fin des années 1980. Il ces 1983 à 1995) — la Cour des comptables ce qui veut dire, en pra-tration de l’Inria par décret du président de fut aussi directeur pendant six ans du Centre comptes a pu évaluer de façon tique, que l’argent public est utiliséla République daté du 24 avril 1996. Il suc- d’enseignement et de recherche en modélisation détaillée la politique de valorisation pour l’intérêt de tous.cède ainsi à Alain Bensoussan, récemment informatique et calcul scientifique (Cermics), de cet institut. Les documents ■ AB & PGnommé président du Cnes (Centre national un laboratoire rattaché à l’École nationale desd’études spatiales). Le CV du cinquième prési- ponts et chaussées. On peut noter qu’il a desdent de l’institut fait partie de ceux que l’on liens étroits avec le Cnes rejoignant ainsi un iti-remarque. Passé par l’École polytechnique, Ber-nard Larrouturou, né en 1958 et dont le nom néraire déjà emprunté par deux anciens direc- teurs de l’institut. De même, il a gardé le contact Et pendant ce temps là...fleure bon le Béarn et les Pyrénées, est sorti de avec son école en étant professeur de mathéma-la « botte » de l’X ce qui signifie qu’il s’est situé tiques appliquées à Polytechnique. Il est depuis Un quota de musiques françaises est imposé surparmi les meilleurs au classement final, et même peu membre du conseil scientifique de Renault,à la plus belle place. Traditionnellement, les pre- une position stratégique car l’automobile est un les chaînes de radios – Un embargo français estmiers de Polytechnique choisissent un corps champ d’action important pour de nombreux déclaré sur les importations de viande bovine enprestigieux, comme l’École des mines, très vieille informaticiens qui nous promettent une voiture provenance du Royaume-Uni – Sortie de « Toyinstitution datant du xviiie siècle. C’est ainsi de plus en plus intelligente. Homme discret, on Story », premier long métrage en images dequ’au fil des générations, les « X-Mines » ont sait de lui qu’il aime la randonnée, synthèse 3D, par Disney et Pixar – Yahoo faitdonné à la France de hauts responsables en par- le chant choral, qu’il nourrit des convictions son entrée en bourse – Les Talibans s’emparentticulier, pour ces dernières années, dans le profondes qui l’amènent à s’intéresser aux du pouvoir à Kaboul – La France adopte lenucléaire ou le pétrole. Bernard Larrouturou a plus démunis et qu’il est à la tête d’une famille numéro de téléphone à 10 chiffres – Adhésion depréféré choisir un autre corps, tout aussi presti- nombreuse. Connaissant de l’intérieur le mondegieux, celui des Ponts, pour raisons personnelles de la recherche informatique ainsi que l’Inria, la Russie au Conseil de l’Europe – L’Espagne etmais aussi parce qu’il aime bousculer les habitu- Bernard Larrouturou pourra rapidement entrer la France entrent dans la structure militaire dedes. Côté carrière, Bernard Larrouturou est bien en action car les dossiers stratégiques ne man- l’Alliance Atlantique.connu de l’Inria puisqu’il a été directeur de quent pas.recherche au sein du projet Simulation numéri- ■ AB & PG
  • 18. nistratifs de l’INRIA. La décision « L’institut a été un pionnier d’extérioriser le NIC-France s’est imposée. La structure associative a de l’internet en France » été retenue avec un pilotage assuré à 51 % par le service public et 49 % par les utilisateurs et les opéra-L’ H E B D O M A D A I R E D E S 4 0 A N SD E L’ I N R I A , n o 3 0 – 2 4 s e p t e m b r e 2 0 0 7 par Jean-Yves Babonneau, ancien directeur de l’Afnic teurs. Le 1er janvier 1998, l’Associa- tion française pour le nommage DR laquelle l’Association française des que qui a été retenue et le service Internet en coopération (Afnic) a Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en utilisateurs de lInternet (Fnet) a NIC-France (Network Information repris cette activité. Elle s’est chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisa- développé l’Internet en France. Je Center) a vu le jour en 1994 à l’IN- ouverte plus largement aux utilisa- tion : Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Technoscope (F. me souviens de la première mon- RIA. Entre 1987 et 1997, l’institut a teurs de l’Internet afin davoir une Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Gri- set (« Histoire d’un pionnier de l’informatique » paru chez diale réalisée en 1992 avec l’asso- géré le domaine national .fr et a meilleure réactivité face aux EDP Sciences), Y. Le Thiec, F. Nervesa. ciation Aristote : l’accès interactif, assuré ce rôle pour lensemble de besoins, actuels et futurs, exprimés à partir des postes de travail de la communauté R&D française, par ses membres. Ce nouveau sta- l’INRIA, du CEA et de l’EDF, à une l’INRIA et le CNRS ayant été les tut s’accompagnait d’une sou- LE SAVIEZ-VOUS? Après douze années à faire de la formation diffusée depuis l’École polytechnique ! premiers en .fr. Au début des années 1990, on comptait trois plesse de gestion impossible au sein d’un établissement de recher- Le Conseil supérieur de l’audiovisuel recherche, je suis devenu en 1980, Une des grandes questions de cents noms de domaines en .fr et che public. autorise des essais sur le développe- à la demande de Jacques-Louis l’époque a été celle du nommage. quatre personnes suffisaient à Basée à Rocquencourt, l’Afnic a ment de la radio numérique (DAB, Lions, responsable des moyens Fallait-il externaliser le nommage gérer la zone .fr qui s’enrichissait emménagé en 2000 dans ses locaux Digital Audio Broadcasting) – Pre- informatiques de l’INRIA. Tout au des sites Internet en France ? L’in- de un à deux noms de domaines actuels à Saint-Quentin en Yveli- mier article paru dans la presse euro- long des vingt années suivantes, térêt général n’était-il pas plutôt par jour. nes, plus à même d’accueillir un péenne sur les aspects juridiques l’institut a été un pionnier de l’In- d’en faire une mission de service L’expansion commerciale de l’In- effectif qui a atteint 45 personnes associés au bogue de l’an 2000 ternet en France. En 1985 a été public ? Celui qui s’emparerait du ternet et la multiplication expo- en 2004. J’ai occupé la fonction de (Y2K). mise en place la Cedia (Cellule nommage ne s’assurerait-il pas une nentielle des opérateurs ont directeur général de l’Afnic depuis d’études et de développement en forme de contrôle sur Internet ? engendré un volume d’activité trop sa création jusqu’à mon départ à la informatique avancée) au sein de C’est finalement la solution publi- important pour les services admi- retraite en 2005. ■ Y.L.T. ILS ONT DIT... « Le logiciel, c’est comme le sexe, c’est meilleur quand c’est libre/gra- tuit. » Linus Torvalds à la conférence Le chiffre daffaire du commerce en ligne sur le minitel de la Free Software Foundation, représentait 12,6 milliards de francs février 1996. © INRIA / Photo A.Eidelman« Nous étions une équipe soudée,la tribu Apache »par Brigitte Plateau,directrice du Laboratoire d’informatique de Grenoble, projet Mescal, enseignante à l’INPG.© Marion Ponsot nateurs seulement à notre dispo- prise Hewlett-Packard nous fit sition nous bricolions sans nous don d’une grappe de 200 unités. soucier des autres courants de Nous sommes donc rapidement pensée relatifs à cette branche passés de 10 à 200 ordinateurs, de la recherche en informatique. avec notamment 200 claviers et On nous considérait d’ailleurs souris dont nous n’avions aucune comme perdus, comme des cher- utilité… Cette donation nous per- cheurs à l’opposé de la mode, des mit alors de vérifier si ce qui avait chercheurs faisant fausse route. fonctionné avec 10 ordinateurs Mais nous étions une équipe sou- pouvait fonctionner avec 200. dée et motivée, la tribu Apache – En deux jours, le matériel obtenu un projet universitaire Algorith- fut disposé sur les étagères et L’aventure du parallélisme et des mique Parallèle et pArtage de notre installation tournait. L’idée systèmes distribués a commencé CHargE –, fonctionnant à l’en- avait fleuri un peu partout en à Grenoble au début des années thousiasme pour ces machines et France mais nous étions les pre- 80, notamment sous l’impulsion pour la mise en forme de nos miers à installer une grappe d’une de Michel Cosnard. En 1995, sur idées. Dans ce projet, dont je suis aussi grande taille. Selon Hewlett- le campus universitaire de Greno- responsable et qui a été labellisé Packard, nous avions conçu la Au début des années 90, Dominique Lavenier, chercheur dans ble, théoriciens et créateurs de INRIA en 1995, nous nous intéres- machine qui avait le rapport l’équipe API (devenu projet Cosi), a développé un processeur spé- prototypes travaillaient ensemble sions à la programmation et aux coût/mégaflop le plus bas. cialisé programmable orienté « string processing ». Ce processeur pour atteindre un seul et même outils d’exploitation des machi- Cette aventure technique, mais ASIC a servi de base à la construction de plusieurs machines pro- objectif : concevoir un supercal- nes parallèles de type grappe. avant tout humaine, a donné totypes dans le domaine de la reconnaissance de texte, et en par- culateur haute fréquence sur Notre environnement de pro- suite à la plateforme expérimen- ticulier un prototype de 28 processeurs (photo) pour la grappe de PC à partir de compo- grammation prit le nom d’Atha- tale de recherche en informatique reconnaissance automatique d’adresses postales, projet mené en sants informatiques standards. À pascan, la langue des indiens GRID’5 000 qui travaille sur la partenariat avec le SRTP (Service de recherche technique de la l’époque j’étais déjà enseignante apaches. constitution d’une grille de calcul Poste). Cette recherche a permis de développer un circuit plus à l’Institut national polytechni- En 1996, ce fut le démarrage du de très grande taille (5 000 PC). performant pour la recherche en bio-informatique (Samba). Ces que de Grenoble. supercalculateur sur grappe de Beaucoup de chemin a été par- travaux ont valu à D. Lavenier de recevoir la médaille de Bronze Au départ, nous avions peu de PC. Grâce aux échos positifs sur couru depuis notre lot de 10 PC ! du CNRS en 1992 et d’être lauréat du prix Cray en 1996. moyens. Avec une dizaine d’ordi- nos travaux de recherche, l’entre- ■ N.F.
  • 19. L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA - N O 31 - 1 ER OCTOBRE 2OO7 ANNÉE 1997L’INRIA et la santé : Jean-François Abramaticretour vers le futur ?… au centre de la Toile… Jean-François Abramatic revient en qu’était élu Jean-François Abrama-DR France tout en continuant à assu- tic même si le nouveau président rer la présidence du World Wide avait dû se résoudre à s’installer Web Consortium (W3C), position à Boston pour commencer son qu’il occupe depuis son élection mandat dans les bâtiments du en septembre 1996 à la tête de la prestigieux MIT. En revenant quel- jeune institution inter- © INRIA / Photo A. Eidelman ques mois plus tard nationale. L’élection s’installer en France, le d’un Français à cette président entend sans fonction tout à la fois doute souligner que le prestigieuse et straté- W3C est pleinement gique avait été l’abou- devenu une organisa- tissement de parcours tion internationale. Un compliqués et, lorsque comité d’orientation l’Inria était devenu en réunit deux fois par an 1995 le pilier européen du W3C, les représentants des institutions certains avaient pu interpréter ce membres du consortium et les choix du MIT comme une décision trois hôtes réunissent régulière- par défaut, le partenaire français ment un comité de direction. Jean- comblant tant bien que mal le François Abramatic déclarait retrait du Cern (voir notre édition récemment : « Internet est un for- n° 29). Cette impression a depuis midable espace de créativité. Cha- Nicholas Ayache présente au ministre de la Recherche Hubert Curien les premiers résultats été démentie par les multiples ini- cun peut faire des propositions. Si du projet Épidaure en présence de Alain Bensoussan (au centre) et Grégoire Malandain (premier plan à gauche). tiatives de l’Inria : après Genève, elles sont bonnes, elles sont repri- Chicago, Darmstadt et Boston, la ses et améliorées. Nous n’avonsLe 10 avril 1997 – Depuis les premiers pas tache à un organe tout aussi vital, le cœur, dont cinquième édition du colloque, qui en aucun cas la prétention d’êtrede l’Iria dans le domaine de la santé à la fin le mouvement permanent constitue la princi- s’est déroulée en France l’année une autorité ou un décideur ». Etdes années 1960, les enjeux de cette disci- pale difficulté d’analyse. Les chercheurs s’ap- dernière, a réuni 2 300 partici- à l’évidence, héberger le W3Cpline ont considérablement évolué. La puient sur l’imagerie radiologique convention- pants venant de 50 pays diffé- Europe met l’Inria en prise directediversification des technologies d’exploration du nelle, la tomographie par émission de positron rents, Paris devenant, l’espace de avec les processus d’élaborationcorps humain, leur complexité croissante et les (PET), sur l’IRM ou bien encore sur l’imagerie quelques jours, la « capitale du des standards. Ceci constitue unelimites rencontrées par certaines technologies isotopique. Grâce aux avancées réalisées par web » comme le titrait O1 Infor- source d’information en prove-ont amené les spécialistes de l’imagerie médicale l’équipe d’Epidaure, laide au diagnostic, la simu- matique. En août 1996 le centre nance des principaux acteurs duà se tourner de manière croissante vers l’infor- lation de chirurgie ou bien encore la réalité aug- Shonan Fujisawa de l’université de domaine et un espace de diffusionmatique. Cette tendance a conduit les cher- mentée et la robotique sont devenues des élé- Keio devint le troisième hôte du ou de test pour ses propres idées.cheurs de l’Inria à réinvestir ce champ de ments à part entière du futur immédiat de la consortium pour le Japon et la Une position qu’il aura à cœur derecherche. Il s’agit essentiellement de démulti- chirurgie cardiaque. En collaboration avec Corée. C’est donc à la présidence mettre à profit.plier, par le calcul, les possibilités des équipe- General Electric Medical Systems Europe, les d’une institution moins américaine ■ AB & PGments d’imagerie médicale afin de rendre visible chercheurs de l’Inria ont réalisé cette année unet interprétable ce que l’utilisation directe de la dispositif permettant dextraire une image entechnologie n’est pas capable de mettre en trois dimensions du réseau vasculaire à partir delumière. Deux équipes sont parvenues dernière- deux images angiographiques bidimensionnelles. Et pendant ce temps là...ment à des résultats particulièrement encoura- Ce système permet par exemple de détecter cer-geants. L’équipe Vista a permis d’améliorer l’ana- taines pathologies comme la présence danévris- La brebis Dolly, premier mammifère cloné – Deeperlyse des images du cerveau obtenues par mes. L’opération est alors préparée dans de bien Blue, l’ordinateur élaboré par les ingénieurs d’IBM,imagerie par résonance magnétique (IRM) et meilleures conditions puisque la connaissance l’emporte sur le champion du monde d’échecs, Garrymagnétoencéphalographie. Les outils dévelop- de la forme de l’anévrisme est essentielle pour Kasparov – Restitution de Hong-Kong à la Chine –pés en collaboration avec le CHR de Rennes et bien déterminer le geste chirurgical. Premières élections au suffrage universel direct aule laboratoire universitaire Sim (Signaux images Les résultats de ces recherches dépassant les Maroc – Conférence des Nations unies sur l’effet deen médecine) prennent en compte la grande applications liées à ces spécialités médicales,complexité du cerveau et sa grande variabilité l’Inria s’implique également dans le groupement serre à Kyoto : 160 pays décident une réduction deinter-individuelle. Ces chercheurs ont ainsi été dintérêt scientifique Sciences de la cognition. 5,2 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2012en mesure de proposer aux médecins un modèle L’image et la modélisation semblent désormais, – Prémisses d’une nouvelle crise entre l’Irak et lesstatistique des sillons en trois dimensions qui dans leurs applications pour les sciences de la États-Unis concernant les visites des sites militaires ira-leur permettra de mieux repérer les pathologies vie, des pistes de recherche essentielles pour les kiens par les inspecteurs de l’ONU. L’Irak expulse lesde leurs patients. équipes de l’institut. membres américains de l’UNSCOM.De plus grande ampleur, le projet Epidaure s’at- ■ AB & PG
  • 20. « Nous sommes sortis de chez General Electric avec notre premier contrat en poche ! » par Nicholas Ayache, responsable du projet Asclepios, INRIA Sophia Antipolis Photo © A. Beauvais 1989 le premier projet de recher- médical et les industriels de l’ima- vante, nous lancions la première che INRIA entièrement dédié aux gerie médicale ont tout de suite revue scientifique du domaine applications médicales a été créé été bons. Nous sommes allés voir Medical Image Analysis. Ces deux à Rocquencourt sous limpulsion General Electric et nous en som- événements ont contribué à la de Anne Schroeder et d’Alain mes ressortis avec notre premier fondation de cette nouvelle disci- Bensoussan : Epidaure. contrat en poche ! C’était en 1990. pline scientifique, dont la com- Les objectifs pouvaient paraître Ensuite Digital Equipment nous a munauté des chercheurs se ambitieux à lépoque. Il s’agissait gratifiés dun très gros ERP (Exter- retrouve maintenant annuelle- de proposer des traitements nal Research Program). Notre tra- ment à la conférence Miccai. dimages médicales volumiques – vail avait également convaincu Enfin, en 1997 avait lieu la pre-L’ H E B D O M A D A I R E D E S 4 0 A N S alors que la plupart des machines Jacques Marescaux, chirurgien mière rencontre INRIA-IndustrieD E L’ I N R I A , n o 3 1 – 1e r o c t o b r e 2 0 0 7 ne faisaient encore que des acqui- visionnaire fondateur de lIRCAD consacrée à la santé. J’avais le sentiment que d’autres sitions de coupes 2D relativement à Strasbourg. L’intérêt de Gilles Kahn pour les applications – notamment médi- espacées dans lespace –, de Ce domaine d’activité a véritable- applications de l’informatique à Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, cales – pouvaient profiter de nos fusionner des examens radiologi- ment décollé peu de temps après la santé débordait largement ce C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisa- travaux sur la vision par ordina- ques impliquant plusieurs moda- notre arrivée à Sophia Antipolis thème et s’étendait à l’ensemble tion : Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Technoscope (F. teur effectués pour la robotique lités, d’étudier les problèmes de en 1992 avec le soutien de Gilles des sciences du vivant. Il fut ainsi Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Gri- set (« Histoire d’un pionnier de l’informatique » paru chez manufacturière et mobile avec guidage des robots par limagerie Kahn et de Pierre Bernhard. Nous l’un des artisans principaux de la EDP Sciences), R.-M. Cornus, Françoise Monfort. Olivier Faugeras. C’est ainsi qu’en et de simuler la chirurgie avec avons organisé la première confé- création à l’INRIA du programme retour visuel et retour deffort en rence sur la vision par ordinateur Systèmes Biologiques qui compte« Les chercheurs chinois temps réel. Le tout sur des ordina- dédiée à la santé (CVRMed) en en 2007 une vingtaine d’équipes teurs qui nétaient pas très rapi- 1995 à Nice qui a réuni plus de dont sept à Sophia Antipolis. des ! Nos contacts avec le monde 200 participants. L’année sui- ■ R.M.C.n’ont jamais boudéRocquencourt. » « Je faisais partie du premierpar André Gagalowicz, groupe d’étudiants chinois projet Mirages, INRIA Rocquencourt© INRIA / C. Tourniaire à étudier à l’étranger » image. Nous avons passé six mois là-bas, au milieu des années 80, et à notre retour, j’ai continué mon par Ma Songde, travail de recherche tandis que premier directeur chinois du Liama, professeur à l’institut d’automatique, Académie des Sciences de Chine. Ma Songde poursuivait sa thèse d’État avec moi. En 1979, je faisais partie du pre- français à venir travailler avec nois en informatique, automati- Après sept années passées mier groupe d’étudiants chinois à leurs homologues chinois. Mon que et mathématiques appliquées ensemble, nous nous entendions partir étudier à l’étranger. J’ai étu- rêve s’est bientôt réalisé. À mon (Liama) dont je suis devenu le à merveille. C’est un vrai cher- dié pendant sept ans à l’université retour en Chine en 1986, j’ai premier directeur chinois. Du Je me suis toujours intéressé à la cheur et un homme superbement de Paris 6 puis à l’INRIA où j’ai lancé, avec l’aide de mes collè- côté français, Jacques-Louis Chine au point de passer une intelligent, sans aucun doute le passé ma thèse. gues chinois, le National Labora- Lions, Olivier Monga (le premier licence de chinois tout en étant meilleur étudiant que j’ai eu dans Lors de mon séjour en France, je tory of Pattern Recognition au directeur français du Liama) et ingénieur de recherche à l’INRIA. ma vie… Mais, une fois reparti en nourrissais l’espoir de pouvoir un sein de l’Institute of Automation Philippe de Reffye (ancien direc- Avant de connaître Ma Songde, le Chine, notre collaboration a jour créer en Chine un laboratoire de l’Académie des Sciences de teur français du Liama) ont énor- professeur Simon de l’université cessé. Bien que je me consacre à de recherche de haut niveau et un Chine. Puis en 1996, dix ans après mément contribué à la réussite de Paris 6 m’avait envoyé en tant que l’informatique, je crois à la pré- laboratoire franco-chinois où je mon retour, nous avons fondé à ce projet. jeune chercheur à Hangzhou sence physique, au dialogue, à pourrais inviter mes collègues Beijing le laboratoire franco-chi- ■ F.B. (capitale de la province du Zhe- l’échange. Dans mon laboratoire, jiang) pour donner des cours de toutes les portes sont ouvertes, on © INRIA - CNRS / ISA traitement d’images à des profes- se parle à travers les couloirs. À seurs des universités du sud de la Chine. Un vrai bonheur ! Par la 40 000 km de distance, c’était impossible. LE SAVIEZ-VOUS? Philips lance le DVD, support de la suite, Ma Songde m’a contacté En ce moment, jaccueille quatre taille d’un CD capable de stocker pour faire son stage de DEA et, étudiants chinois dans mon labo- 4,7 Go de données. La fin de la cas- comme je l’avais trouvé très bon, ratoire : un couple travaillera sur sette VHS est programmée – Intro- je l’ai pris en thèse. Pendant qu’il un contrat de trois ans avec duction des têtes de lecture GMR faisait sa thèse de 3e cycle, je fai- Simulvet (essayage virtuel de par IBM. La GMR propulse la den- sais ma thèse d’État et nous avons vêtements), une jeune femme en sité de stockage des disques durs à 20 Gigabits – À l’occasion de lAs- soutenu le même jour, ce qui post-doc travaille sur Terra Data semblée générale annuelle du club nous a encore rapprochés. (simulation de plans et bâtiments, informatique des Grandes entrepri- Ensuite, je lui ai proposé de m’ac- l’équivalent d’un Google Earth en ses françaises (CIGREF), Christian compagner aux États-Unis où 3D) et un nouvel arrivant s’attelle Pierret, Secrétaire d’État à l’indus- j’étais invité par le professeur à une recherche autour des gestes trie, appelle les entreprises à se Rosenfeld de l’université du du golfeur dans le cadre d’un Modélisation de l’Illumination mobiliser pour préparer le passage Maryland, sommité mondiale en contrat Riam. ■ F.M. de la place Stanislas à Nancy, projet Isa à l’an 2000.