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Années 1978 - 1987 de Code source, le petit journal réalisé en 2007 à l'occasion des 40 ans d'Inria. 40 années en 40 numéros et 40 semaines pour retracer l'histoire de l'Institut.

Années 1978 - 1987 de Code source, le petit journal réalisé en 2007 à l'occasion des 40 ans d'Inria. 40 années en 40 numéros et 40 semaines pour retracer l'histoire de l'Institut.

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    • ANNÉE No 12 1978 26 mars 2007 L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA La renommée de l’IRIA s’étend de Chicago à Novossibirsk ! Le 13 décembre 1978 – C’est encore Sergei Sobolev et Nicolay aujourd’hui que prend fin dans la Nicolayevich Yanenko font la bonne humeur le colloque inter- gloire de ce que l’on peut appe- national sur les méthodes numé- ler l’école sibérienne. riques qui s’est tenu cette année Depuis le milieu des années exceptionnellement à Rocquen- 1970, l’idée d’une coopération court. Dans les allées des ex- internationale centrée sur l’Eu- baraquements de l’OTAN, on rope se fait jour et l’IRIA se rap- entend à nouveau parler des lan- proche des chercheurs ouest- gues diverses comme aux plus allemands – en dépit de l’échec belles heures du SHAPE, avec encore frais d’UNIDATA –, des une grande différence cepen- Italiens et même des Britanni- dant : les échanges avec les pays ques dont l’entrée dans le Mar- communistes sont importants. ché Commun a dû attendre la En effet, depuis le voyage du disparition du général de Gaulle. général de Gaulle en URSS, les Les Japonais, qui misent sur l’in- chercheurs de l’IRIA ont pu met- formatique appliquée, sont aussi tre en place des relations réguliè- de plus en plus souvent invités. © INRIA res avec les mathématiciens Le célèbre mathématicien russe Guri Marchuk a assisté au colloque sur les perspectives de la recherche Quant aux pays en voie de déve- soviétiques ou d’Europe de l’Est en automatique et informatique qui s’est déroulé les 7 et 8 juin 1978 à l’Unesco (Paris) à l’occasion du 10e anniversaire de l’IRIA. À sa droite, on voit Pierre Népomiastchy. loppement, ils ne sont pas dont la réputation déborde les oubliés même si, ici, la coopéra- frontières. Les deux communau- cheurs de l’IRIA se rendent à d’habitants mais possède surtout tion s’exprime différemment. tés scientifiques partagent cer- Novossibirsk dans le cadre de la une université, fondée en 1959, Dans un monde qui reste divisé, il taines façons de faire, une com- coopération franco-soviétique en dont la réputation en mathéma- n’est pas faux d’affirmer que la mune chaleur et une passion informatique. Cette lointaine ville tiques est devenue internatio- recherche internationale dessine partagée des algorithmes. C’est de Sibérie, située sur le trajet du nale. De grands savants comme les alliances de demain, en éclai- donc en nombre que les cher- trans-sibérien, dépasse le million le professeur Guri Marchuk ou reur. ■ AB & PG SPARTACUS, Et pendant le pionnier de la robotique ce temps là... Trois ans plus tard, un peu plus de pareil a également donné lieu à la cinq millions de francs ont été enga- conception de prototypes extrême- Naufrage de l’Amoco gés et le bilan de cette opération ment innovants fondés sur l’utilisa- s’avère mitigé. Les chercheurs ont tion du souffle ou de la succion. Un Cadiz dans le Nord- exploré des options très innovantes système recevant les mouvements Finistère – Naissance de pour piloter le bras manipulateur : de la glotte et les convertissant en Louise Brown, le premier la SAGEM et l’IRISA ont déve- un signal électrique a même été bébé éprouvette, à loppé des techniques infrarouges testé. Il permet à l’utilisateur d’agir Cambridge – Signature pour les capteurs de proximité alors sur le bras mécanique grâce à un des accords de Camp©INRIA Le MAT-1 développé par le CEA que le LAAS explorait les possibili- ordinateur capable d’interpréter ses David entre Israël et dans le cadre de Spartacus. tés offertes par les ultrasons. Des ordres. l’Égypte – Mort du chan- avancées très significatives ont éga- « Le robot “sensible” viendra à teur et compositeur D epuis la fin de l’année 1975, l’IRIA a piloté SPARTACUS, cet ambitieux programme de lement été réalisées en matière de détermination de la position d’un objet grâce à l’emploi de capteurs l’aide des grands handicapés » titraient nos confrères de France Soir au début de l’année 1976. Mais belge Jacques Brel – Première édition du recherche qui devait mettre au de vision globale. Plus étonnant le système est trop cher, trop lourd Paris-Dakar – Le film de point un dispositif (orthèse) per- encore, la réalisation d’une peau et trop volumineux pour être opé- Patrice Leconte « Les mettant aux tétraplégiques de artificielle pour la pince et des avan- rationnel. Le robot peut toutefois Bronzés » sort en salle – recouvrer une certaine autonomie. cées notables dans le domaine du être déjà utilisé dans d’autres Première diffusion en L’INSERM, le CNRS et le CEA se retour sur effort laissent entrevoir domaines, à commencer par l’indus- France du dessin animé sont associés à cette initiative qui de réelles potentialités dans un trie où encombrement et coûts sont Goldorak. regroupait plus d’une dizaine de domaine encore très peu développé. des paramètres moins cruciaux. partenaires scientifiques. L’interface entre l’utilisateur et l’ap- ■ AB & PG
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA (no 12 – 26 mars 2007)« Au mois de mai, les chercheurs « J’ai passé des nuitsdu Laboria allaient en Sibérie » entières à travaillerpar Georges Nissenancien directeur des relations internationales de l’INRIA. sur Spartacus » datait d’une mission officielle en d’informatique et de mathémati- par Bernard Espiau directeur scientifique adjoint de la direction du développement Russie en 1964 au cours de ques appliquées. Pierre Nepo- technologique laquelle les deux hommes sympa- miastchy en a été le directeur et © INRIA - Photo R. Lamoureux thisèrent et se découvrirent des j’ai fait partie du conseil scientifi- nement. Je me souviens avoir intérêts communs. Dès 1966 Mar- que et du comité de gestion. Lors passé des nuits entières à travail- chuk et son équipe effectuèrent de nos collaborations avec les ler avec Pierre André qui venait de un voyage en France. J’étais un Russes, nous évitions de parler Besançon et qui faisait de la com- étudiant de Lions et, comme je des sujets militaires pour des rai- mande par glottométrie. À Ren- parlais le russe, j’étais son inter- sons évidentes. Il était question de nes, j’étais logé dans la Tour des prète. Par la suite, j’ai souvent sujets fondamentaux concernant Maths qui, comme son nom ne accompagné Lions lors de ses visi- des applications civiles de la l’indique pas, avait été occupée tes régulières en URSS, à Moscou mécanique des fluides, les calculs, par des chimistes ! Dans mon© INRIA - Photo A. Eidelman ou dans la cité scientifique d’Aka- la résolution des grands systèmes bureau, il y avait encore les pail-La coopération scientifique avec demgorodok, et, de façon plus ou l’étude de systèmes hiérarchi- lasses avec des robinets et d’au-les Russes s’inscrivait dans la poli- générale, je le représentais sou- sés. tres matériels de chimie.tique étrangère de la France qui vent en tant qu’adjoint. Contrastant avec le cadre formel J’ai quitté le service technique La commande référencée cap-visait l’équilibrage entre les super- Au mois de décembre, se tenait le des relations avec l’URSS, les informatique de l’IRIA à Rocquen- teurs sur laquelle j’ai travaillé apuissances. Pour l’IRIA, les rela- traditionnel colloque sur les échanges avec le reste du monde court en 1976 pour aller à l’Irisa été implantée sur un manipula-tions avec la Russie étaient avant méthodes numériques au Palais et en particulier les États-Unis se (Rennes) travailler dans le projet teur nucléaire MA23. Ensuite letout l’histoire d’une rencontre des congrès de Versailles où nous sont développés de façon infor- Spartacus. Ce projet pilote venait prototype MAT1 a été réalisé parentre deux hommes : Jacques accueillions les équipes du centre melle. Vers le milieu des années d’être créé et était dirigé par un le CEA et a eu un grand retentisse-Louis Lions, qui dirigeait le Labo- de calcul et d’autres instituts de 1980, les directeurs de la NSF champion d’escrime, Jack Guittet. ment médiatique. Les perspecti-ria, et Guri Marchuk, le directeur recherche de Akademgorodok. En (National Science Foundation) et J’avais l’ambition de développer ves ouvertes par ce projet ont étédu centre de calcul d’Akademgo- retour, au mois de mai, les cher- de l’INRIA – respectivement Eric une activité robotique : je voulais nombreuses. Spartacus a marquérodok – l’équivalent du centre de cheurs du Laboria allaient en Bloch et Alain Bensoussan – se faire de l’automatique pour la le début de la recherche en robo-calcul en France, et également Sibérie. À partir de 1972, des sémi- sont entendus pour formaliser le robotique. Le sujet n’était pas tique au service des personnescentre de recherche – qui devint naires ont été régulièrement orga- réseau franco-américain devenu facile, c’était donc d’autant plus handicapées. Il a d’autre part faci-par la suite le ministre de la nisés et ces échanges aboutiront, très dense en finançant des intéressant ! lité la rencontre de personnesScience et Technique (GKNT) et au tout début des années 1990, à actions de recherche réunissant À l’époque, la robotique en était à venant d’horizons différents quivice-premier ministre, puis prési- la création, dans les locaux de des équipes INRIA et des équipes ses débuts et on la considérait ont constitué la première com-dent de l’Académie des sciences l’université de Moscou, du labora- universitaires américaines. plutôt comme manufacturière, munauté robotique française. Pard’URSS. Leur première rencontre toire franco-russe A.M Liapunov ■ J. G. ayant comme seule application ailleurs, la télé-opération a eu des l’automatisation des lignes de applications intéressantes dans production dans les usines. Dans le domaine du nucléaire, par ce contexte Spartacus était très exemple pour des manipulations Le robot MA23 a été conçu par novateur : c’était le premier projet en zones à hautes radiations. Le Jean Vertut et réalisé par le de robotique avec application CEA a beaucoup travaillé dans ce CEA. Trois capteurs de proxi- médicale. Spartacus était un robot domaine. mité infrarouge à fibres opti- d’assistance pour des personnes La communauté créée autour de tétraplégiques. Mon sujet de Spartacus a servi à la création ques (réalisation Sagem) ont recherche consistait à utiliser des ultérieure du projet ARA (Auto- été intégrés sur une pince bidi- capteurs infrarouges réalisés par matique et robotique avancées) gitale et utilisés dans la com- la Sagem, implantés dans les lancé par Georges Giralt. L’activité mande référencée capteurs du doigts du robot, et à transmettre robotique à l’IRIA s’est amplifiée, robot pour la saisie automati- l’information ainsi obtenue aux surtout à Rocquencourt. En ce qui commandes du robot. Ce dernier me concerne, la participation à que dobjets. était guidé dans des tâches de sai- ce projet a clairement influencé Une manipulation totalement sie grâce à ces capteurs d’environ- toute ma carrière. ■ A.-M. M. automatique a été montée dans la vitrine dun grand magasin parisien pour Noël 1977 ou 1978 (ci contre). Les comman- LE SAVIEZ-VOUS? La Sems annonce le Mitra 15 – Le rapport Nora-Minc sur l’informatisa- des développées sur le MA23 tion de la société française est publié – La société Transpac est créée ont ensuite été transférées sur – Apple présente son premier lecteur de disquette à Las Vegas – Intel le robot MAT1, longtemps uti- lance la production de son processeur 16 bits 8086. Il est composé de 29000 transistors en technologie 3 microns et peut accéder 1 Mo de lisé à lhôpital de Garches. Ram. Sa puissance est de 0.33 MIPS et il coûte 360 $. Le MA23 développé par le CEA dans le cadre de Spartacus Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisation : Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconogra- phie : L. Calderan)-Technoscope (F. Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Griset (« Histoire d’un pionnier de l’informatique » paru chez EDP Sciences), J. Gramage et A.-M. Militan. © Michel Parent
    • ANNÉE No 13 1979 2 avril 2007 L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIADes menaces persistantes pèsent sur l’IRIALe 20 novembre 1979 – Les bou- centre », Michel Durafour posaitleversements du secteur de l’in- la candidature de Saint-Étiennedustrie informatique menacent pour l’implantation de l’IRIA. Àdésormais directement l’IRIA. l’automne, la presse annonçaitCertes, un certain nombre de que le CNRS allait désormaisdéclarations semblaient l’an der- accueillir une partie des fonc-nier rassurantes quant à l’avenir tions de l’IRIA. La fin de l’annéede l’institut. Mais en réalité des approchant, les rumeurs se fontdysfonctionnements continus plus précises. L’informatisationperturbent, pour ne pas dire de la société reste d’actualitéparalysent, l’essor de l’IRIA mal- mais l’IRIA serait réformé. Ungré la réforme de 1972. Il serait nom a déjà été avancé pour lalong de pointer les multiples cau- direction de la nouvelle structureses qui ont débouché à la fois sur et ferait l’unanimité dans lesl’inquiétude des personnels et sur sphères dirigeantes. Les fonc-des formes de désenchantement tions de l’institut seraient parta-tant de la direction que des tutel- gées avec l’Agence nouvelle- Photo ©INRIAles. On peut souligner toutefois ment créée, qui s’appelleque le statut administratif de désormais l’Agence de l’informa-l’institut ne lui permet pas d’avoir Le personnel de l’IRIA s’est mis en grève ce 20 novembre tique. Certains spécialistes font à l’appel des syndicats SNTRS-CGT, SGEN-CFDT et SNCS-FEN.la souplesse et la réactivité savoir que, dans ces conditions,nécessaires quand il s’agit d’ou- ils préféreraient poursuivre leursvrir des voies nouvelles. Dans un d’Estaing ne regarde plus l’IRIA particulièrement du sort du Labo- recherches hors de France. Latel contexte, certains pensent avec le même œil. ria. Le 16 mai dernier, le journal nouvelle de la suppression immi-qu’une nouvelle réforme ne serait Faut-il alors évoquer un démem- « Le Monde », qui passe pour nente de l’IRIA inquiète le per-pas suffisante et qu’une solution brement ? Avec le peu d’informa- généralement bien informé, pré- sonnel d’autant qu’aucune expli-plus radicale s’impose. De ce tions dont nous disposons, les cisait que le Laboria serait cation n’a été fournie sur lepoint de vue, la création, l’année craintes les plus diverses s’expri- décentralisé vraisemblablement partage des rôles entre l’Agencedernière, de l’Agence pour le ment aujourd’hui par la voix des à Rennes ou à Valbonne, dans de l’informatique et le succes-développement des applications syndicats qui sont unis devant les Alpes-Maritimes, où il est seur de l’institut. Bien que per-de l’informatique pourrait bien cette menace persistante de question de développer un centre ceptible, l’angoisse reste teintéeêtre le signe que le gouverne- démantèlement. Ils parlent de technologies de pointe. Deux de la volonté de réussir un nou-ment du Président Valéry Giscard d’éclatement et s’inquiètent tout jours plus tard, dans « l’Éclair du veau départ. ■ AB & PG Une décentralisation de l’IRIA à Rennes ? Et pendantL ’IRIA sera-t-il dé- localisé à Rennes ?C’est l’une des possibi- l’IRIA ne serait que la poursuite et l’accéléra- tion des moyens dont ce temps là...lités évoquées actuelle- Rennes bénéficie ou va Le Conseil Européenment avec Nice et Gre- bénéficier : l’université,noble qui présentent bien entendu, l’Institut décide de créer un sys-également des atouts national des sciences tème monétaire euro-importants. Mais le appliquées, l’École péen baptisé Ecu – Ledéveloppement de la supérieure d’électricité, premier restaurant McBretagne est une prio- le Centre communrité depuis les années d’études de télédiffu- Donald’s ouvre en1950 et l’IRIA a contri- sion et de télécommu- France – Mère Thérésabué depuis près de 10 nication et le Centre reçoit le prix Nobel de laans au développement électronique de l’arme- Paix – La première fuséede l’informatique dans ment. Aujourd’hui, lecette région. En parti- succès est patent puis- Ariane est réalisée – DRculier, il a réussi, avec que la Bretagne se Saint Gobain rachète lal’université et le CNRS, à créer l’Institut de recherche classe en quatrième position pour la recherche en infor- participation de la CGEsur l’informatique et les systèmes aléatoires (IRISA) matique et en automatique, presque à égalité avec Midi- dans la CII.en 1975. L’installation d’un pôle consacré à la recherche Pyrénées et proche de Rhône-Alpes. Elle possède doncen informatique et en automatique qui absorberait tous les atouts pour accueillir l’IRIA. ■ AB & PG
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA (no 13 – 2 avril 2007)« Le protocole d’accord avait « L’institut existera-t-ill’avantage d’être à peu près vide » après les fêtespar Jean-Yves Violle,ancien secrétaire général de l’Irisa de Noël ? » par Danièle Steer,© INRIA - Photo A. Eidelman secrétaire de la section INRIA du syndicat SNTRS/CGT ration menée conjointement avec Le premier travail que me le CNRS, l’université de Rennes 1 demanda le comité de direction © INRIA - Photo J.-M. Ramès et l’Insa de Rennes aboutit néan- devant lequel le directeur de agents. Le personnel du Laboria moins à la création d’un labora- l’Irisa était responsable fut de qui s’était fortement opposé à toire universitaire associé au rédiger un protocole d’accord quitter Rocquencourt ne savait CNRS (LA 227) et soutenu par concrétisant la volonté des quatre pas de quoi l’avenir serait fait. À la l’IRIA qui mettait à sa disposition établissements partenaires d’œu- veille des fêtes de Noël et des cinq des personnels de recherche et vrer à l’existence et au bon fonc- jours de congés octroyés à cette des crédits. tionnement de l’Irisa. Ce proto- occasion, aucune décision offi- Ce laboratoire prit le nom d’Irisa cole, qui fut rédigé sur les cielle n’était parue et nous guet- et je fus mis à la disposition de directives du Président de l’INRIA tions chaque numéro du Journal son directeur Michel Métivier et avec la collaboration d’Anne- Officiel avec une inquiétude gran- sous le titre pompeux de secré- Marie Laroche du service juridi- dissante. Nous sommes tous par-Avant de rejoindre Rennes, je tra- taire général à partir du 1er sep- que de l’institut, avait l’avantage tis avec en tête la question : « L’ins-vaillais au service administratif de tembre 1974. Concrètement, je d’être à peu près vide. Dans son titut existera-t-il après les fêtes deRocquencourt en qualité de chef m’occupais de la gestion des cré- article premier, les signataires Noël ? ». L’INRIA a finalement étédu personnel. Dès 1969, alors dits, de la rédaction des contrats s’engageaient « à maintenir les À la fin des années 1970, la Délé- créé par décret le 27 décembrequ’il était question de vagues pro- de recherche, du suivi des per- moyens mis à la disposition de gation à l’aménagement du terri- 1979, sans création d’emplois etjets de création d’un laboratoire à sonnels – notamment des per- l’Irisa » et – plus important –il toire et à l’action régionale plus d’un an après l’annonce de laRennes – on parlait à l’époque de sonnels rémunérés sur contrats était mentionné que la direction (DATAR) ne voulait plus créer réorganisation de l’IRIA et de ladécentraliser l’IRIA –, j’avais indi- de recherche – et du suivi des mis- de l’Irisa était assurée par un d’emplois en région parisienne ; le décentralisation du Laboria et duqué à Alain Serieyx (alors secré- sions, sans oublier l’interface directeur nommé par le comité Laboria était bloqué à 80 postes. centre de calcul. Restait la ques-taire général de l’IRIA) que j’étais avec les services administratifs de de direction de l’Irisa. L’Irisa fonc- Dès l’été 1978 se répandirent des tion des personnels : pour lesintéressé par cette perspective. Le l’IRIA, du CNRS et de l’université tionna pendant près de 15 ans en bruits sur la volonté de la DATAR chercheurs, dont le statut étaitprojet initial tourna court devant de Rennes 1. Ma tâche fut facilitée se fondant sur un protocole d’ac- de délocaliser le centre de calcul précaire, comme pour les ITA, ill’impossibilité pour le ministère par la confiance que m’accordè- cord d’une très grande souplesse. et le Laboria à Sophia Antipolis n’y avait aucune garantie que lade tutelle de s’engager financiè- rent par la suite le président de Comme l’avait dit Bonaparte, pour y créer une Silicon Valley à la décentralisation ou le refus d’allerrement pour les dépenses de l’IRIA (INRIA à partir de 1980), « une bonne constitution doit être française et de transférer les acti- à l’Agence n’entraîneraient pas lefonctionnement induites par Jacques-Louis Lions, et son secré- courte et obscure » vités du Sesori à la nouvelle licenciement. Notre action a portécette décentralisation. Une opé- taire général, Vincent George. ■ C. S. Agence de l’informatique. La nou- sur la dévolution des emplois velle ne fut officielle qu’en entre l’Agence et l’INRIA ; nous février 1979. Je me souviens qu’il avons défendu ceux qui ne vou- n’a cependant jamais été envisagé laient pas aller à l’Agence. « Les ordinateurs sont comme les Dieux de consulter le personnel alors Grâce à l’action conjointe des per- de l’Ancien Testament : que nous nous battions déjà pour sonnels et des organisations syn- beaucoup de règles et aucune pitié » plus de démocratie au sein de dicales ainsi à celle du professeur l’institut. Lions, l’INRIA est resté à Roc- Joseph Campbell, mythologiste américain. Si les décrets de création de quencourt. In fine, la décentrali- l’Agence et de suppression de sation s’est traduite par la créa- l’IRIA étaient parus, la création de tion d’une unité de recherche à l’INRIA ne faisait que l’objet d’an- Sophia-Antipolis. Nous avons nonces. Il semblait y avoir des dif- obtenu que les départs se fassent ficultés pour définir le statut du sur la base du volontariat avec des nouvel institut et celui de ses indemnités conséquentes. ■ J. P. LE SAVIEZ-VOUS? CII-HB sort le DPS 7 — Sony lance le walkman — Philips, Sony et Hitachi sortent le CD audio — Début de la radiotéléphonie cellulaire — Sortie du jeu Space Invaders de Toshihiro Nishikado chez Taito — Pre- mier SPAM envoyé sur Arpanet à plus de 400 personnes par un res- ponsable marketing de Digital Equipement Corporation. SPAM (en fran-© Photo France Telecom çais pourriel — contraction de poubelle et de courriel) fait référence à un sketch des Monty Python et vient de la marque américaine du même La naissance du Minitel nom (Shoulder of Pork and hAM) qui vend de la viande en conserve bon marché. En France, la Direction Générale des Télécommunications lance une expérience à grande échelle de son terminal télématique Minitel à Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisation : Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconogra- Vélizy, Versailles et Val de Bièvre. phie : L. Calderan)-Technoscope (F. Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Griset (« Histoire d’un pionnier de l’informatique » paru chez EDP Sciences), J. Paul et C. Sortais.
    • ANNÉE No 14 1980 10 avril 2007 L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA Dès sa naissance l’INRIA fait face à de grands défis Le 10 avril 1980 – Moins de souvent par le passé des bud- quatre mois après le décret de gets maigres ou de rattrapage création de l’INRIA le se sont succédé et ont ralenti la 27 décembre dernier, où en est croissance légitime de l’IRIA. Il le nouvel institut d’informatique faut aussi se poser la question et d’automatique ? Même si son de l’évolution des formes de statut d’établissement adminis- coopération avec le monde tratif rompt avec le passé, l’IN- extérieur. Certains parlent de RIA doit continuer de tendre filiales, d’autres espèrent que la vers les applications industrielles législation ouvrira la voie de de la science et de la technique l’entreprise aux instituts publics. et assurer une large diffusion du © INRIA Enfin, les syndicats, fortement savoir et du savoir-faire de l’ins- L’IRIA ajoute un N à son nom, et inaugure un nouveau logo émus par les derniers événe- dont la légende dit qu’il fut conçu par Jacques-Louis Lions lui-même. titut. Son président, Jacques- ments, attendent du nouveau Louis Lions a ainsi affirmé que les contrats d’une unité à Sophia Antipolis pourrait ouvrir président un dialogue concret pour ne pas favorisent la connaissance des besoins des la voie à de nouvelles implantations régiona- avoir l’impression de subir des décisions industriels tout en faisant progresser la les, ce qui serait dans la logique d’un institut venues d’un ministère ou d’un cabinet. Des science fondamentale. d’envergure nationale. Ensuite, il s’agit de chantiers complexes et quelquefois redouta- De nombreuses questions restent cependant convaincre les tutelles que l’institut a besoin bles mais l’histoire récente du défunt IRIA en suspens. Le premier défi à relever est de de ressources suffisantes et surtout d’une montre que la ressource humaine existe et réussir la décentralisation. L’établissement certaine continuité dans les moyens. Trop qu’elle se plaît aux grands défis. ■ AB & PG Jacques-Louis Lions, l’homme de la situation a fait des mathématiques appliquées une discipline respectée dans l’uni- versité et courtisée au-dehors. Il grand mathématicien ont très large- teur, Jacques-Louis Lions est égale- n’en est pas moins resté accessible. ment contribué à surmonter ces dif- ment un homme de communication. En renvoyant dos-à-dos, comme il ficultés. Le cap est en effet fixé très Fort de son expérience à la tête du l’a toujours fait, les fanatiques de clairement avec pour priorité l’ex- Laboria, il entend bien rassurer les l’art pour l’art et les inconditionnels cellence scientifique et le transfert autorités extérieures – qui compren- de l’utilitaire, il entend faire de l’IN- de technologie. Jacques-Louis Lions nent avec quelques difficultés la RIA une institution de recherche de a précisé sa doctrine lors du récent nature exacte des recherches premier rang, inscrite dans son siè- conseil scientifique du mois de mars. menées à l’INRIA – tout en préser- cle. Sa stature apparaît donc comme « Les projets de recherches seront vant en interne les équilibres entre l’un des atouts majeurs de l’INRIA extrêmement souples, laissant à cha- spécialités, localisations et commu- au point que certains s’interrogent : cun une très grande initiative indi- nautés de recherche. le pouvoir politique aurait-t-il viduelle, aucune idée ne sera jamais Académicien des sciences, profes- donné cette nouvelle chance à l’ins-© INRIA refusée au départ, mais soumise à seur au Collège de France, secré- titut sans l’énergie et la caution un examen collectif, afin d’en véri- taire de l’Union mathématique intellectuelle de celui qui en prend cette année les rênes ? ■ AB & PG L’ avenir de l’INRIA repose très largement sur les épaules de son premier Président-directeur fier et d’en approfondir l’intérêt. » Au-delà de l’homme c’est en effet un collectif qui monte en ligne. Jac- internationale, Jacques-Louis Lions général Jacques-Louis Lions. ques-Louis Lions s’appuie sur un Et pendant ce temps là... Nommé pour trois ans, Jacques- premier cercle de disciples surnom- Louis Lions apparaît tout à la fois més les Lionceaux mais il sait égale- Marguerite Yourcenar est la première femme élue à comme le président du renouveau ment pouvoir compter sur une l’Académie française – Éruption du Mont Saint-Hélens et l’homme de la continuité. La génération de chercheurs qu’il a aux États-Unis – Lancement de la première chaîne d’in- grève des 7 et 8 janvier dernier choisis et qui ont désormais l’expé- formation en continu CNN – L’Irak envahit l’Iran – En aurait pourtant pu placer ce nou- rience et la surface internationale France, le comique Coluche est candidat à la présiden- veau départ sous de bien mauvais nécessaires pour donner à l’institut tielle – John Lennon est assassiné à New York. auspices. L’énergie et le charisme du les cadres indispensables. Organisa-
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA (no 14 – 10 avril 2007)« Tout le monde défilait à Rocquencourt Jacques-Louis Lions m’apour voir le buroviseur » dit « une page se tourne »par Najah Naffah, par Antoinette Theis,ancien responsable du projet Kayak ancienne secrétaire de Jacques-Louis Lions.© Najah Naffah tute et au laboratoire de Xerox. évoluée, de la reconnaissance et © INRIA - Photo Studio 9 Nous avons d’emblée été inspirés synthèse vocale, d’une connexion les groupes de recherche de Gre- par l’ordinateur personnel inter- en réseau local, d’un traitement noble, de Toulouse et de la Lor- actif Alto, développé par Xerox de texte, d’un écran graphique et raine. Mais le cœur de l’INR1A sous la direction d’Alan Kay et d’un éditeur comparable à l’ac- était maintenu à Rocquencourt, dédié à la programmation. En tuel Powerpoint (mais avec 15 ans préservant ainsi le savoir-faire rentrant, j’ai lancé Kayak qui a d’avance). Universitaires, étu- patiemment élaboré depuis tant rapidement mobilisé une quaran- diants et délégations étrangères d’années et le réseau de relations taine de chercheurs (dont une défilaient à Rocquencourt pour le avec les grands organismes et les dizaine sur postes IRIA). Nous voir et le tester. Malheureusement autorités de tutelle. avons conçu le buroviseur en six les tentatives d’industrialisation Pragmatique autant que vision- mois, avec un processeur Intel de n’ont pas abouti : le marché n’était naire, J.-L. Lions, réfléchissant àAujourd’hui, quoi de plus com-© INRIA - Photo A. Eidelman 8 bits et des mémoires et cartes pas prêt à adopter une solution Je suis arrivée en 1971 pour être l’organigramme de 1’INRIA, memun qu’un PC multimédia ? C’est banalisées. Nous y avons ajouté le aussi évoluée ! Bull, qui était au secrétaire de J.-L. Lions et je l’ai dit aussitôt « Dessinez-moi unen quelque sorte ce que nous traitement de la voix et des appli- conseil d’administration de l’IRIA, accompagné durant la majeure camembert », montrant ainsi sonavons inventé au début des cations bureautiques interactives. a décidé d’exploiter notre savoir- partie de sa carrière. En 1979, en souhait de définir une directionannées 1980 avec notre « burovi- En le voyant, Alan Kay et ses collè- faire. J’ai rejoint le groupe avec pleine turbulence de décentrali- collégiale dans le droit-fil de ceseur », dans le cadre du projet gues ont été bluffés. Professeurs et une grande partie de mon équipe sation, de nombreuses rumeurs qui était déjà la méthode Lions :pilote Kayak. L’histoire remonte à chercheurs américains et cana- et nous avons pu faire aboutir plu- circulaient sur l’avenir de l’insti- déléguer, faire confiance en susci-1978, quand nous avons réfléchi diens sont vite devenus des visi- sieurs projets industriels comme tut, notamment sur le sort du tant chez chacun le meilleur deavec Louis Pouzin – l’homme du teurs permanents de l’IRIA et des ImageWorks et FlowPath mais volet « recherche » qu’il était ques- ses possibilités, faire circuler l’in-réseau Cyclades – à ce que serait centres de recherche français. aucune solution complète grand tion de rattacher au CNRS et formation, écouter puis déciderun terminal de bureautique Une thèse du MIT a même été public. Seuls quelques burovi- d’installer en province. Ne tari- en ponctuant d’un « ne perdonsmoderne adapté aux besoins menée dans notre équipe. En 1981 seurs ont été distribués aux uni- rait-on pas les échanges privilé- pas de temps ! ». Et cela toujoursd’une secrétaire ou d’un cadre. nous avons fait un véritable show versités, et des grands comptes giés avec le tissu universitaire, avec enthousiasme, droiture,Rien de ce genre n’existait en devant 800 personnes et la presse : comme le ministère des finances industriel et scientifique desquels modestie et avec le souci très vifFrance mais nous sommes allés le buroviseur disposait d’un écran s’en sont inspirés pour bâtir leurs le Laboria tirait sa substance, sa de contribuer à un rayonnement :voir les développements en cours à plusieurs fenêtres, d’une souris modèles de bureautique. Dom- raison d’être et sa notoriété ? « c’est bon pour la science et c’estaux États-Unis et puiser des idées à trois touches fonctions, d’une mage tout de même que l’on n’ait La création envisagée d’un nou- bon pour la France ». Où s’instal-au MIT, au Stanford research insti- interface homme-machine très pas plus breveté ! ■ I. B. veau pôle « high-tech » à Sophia- ler ? Autre question dont le sym-© Photo INRIA Antipolis, fut une occasion extra- bolisme ne lui échappa pas. Le ordinaire de justifier une choix se porta finalement sur les Le buroviseur décentralisation et de créer I’IN- bâtiments du centre de calcul qui RIA dans une perspective hardie lui permettaient de quitter ceux et habile de vocation nationale. de la recherche sans pour autant En effet, J.-L. Lions, nommé pré- intégrer ceux de l’ancienne direc- sident du nouvel institut en 1980, tion. Le jour de la transition, il y associait dans un même orga- avait à peine une dizaine de nisme l’Irisa de Rennes, sous la mètres à parcourir, du bâtiment houlette de J.-P. Verjus, et le nou- 16 au 8, et aussi une nouvelle voie veau centre de Sophia-Antipolis, où s’engager, peut-être semée confié à P. Bernhard et dont les d’embûches. D’une voix rendue plans déployés sur la table de mon sourde par l’émotion, J.-L. Lions bureau furent discutés et réalisés me dit alors « une page se en un temps record. S’y ajoutaient tourne ». ■ J. G. LE SAVIEZ-VOUS? Inauguration par le parlement européen du réseau public Euronet — Pacman envahit les bornes arcades — L’industrie s’empare de la tech- nologie de la mémoire flash pour conserver sans alimentation les don- nées utilisées par les systèmes intelligents embarqués dans les avions ou les voitures — IBM (international business machines) lance le pre- mier micro-ordinateur grand public baptisé IBM PC (personal compu- « En 1980, près de six millions de personnes étaient concernées en France par le travail de ter). Il est commercialisé avec le système d’exploitation MS-DOS de bureau, soit 950 000 secrétaires et dactylos, 1 650 000 cadres administratifs et 3 000 000 Microsoft ; il est doté de 16 à 64 Ko de mémoire vive et fonctionne d’employés de bureau. Cette population met en circulation 250 milliards de pages par an, avec un processeur 8088 Intel. émet et reçoit 10 milliards d’appels téléphoniques. Comment, avec l’aide de l’informati- que, pourra-t-on à terme simplifier ces activités ? La réponse s’appelle bureautique, c’est- à-dire l’automatisation des fonctions d’information et de communication. » Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisation : Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconogra- Dossier Le bureau de demain, La Recherche, no 136, 1982. phie : L. Calderan)-Technoscope (F. Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Griset (« Histoire d’un pionnier de l’informatique » paru chez EDP Sciences), I. Belin et J. Gramage.
    • ANNÉE No 15 1981 16 avril 2007 L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIAQuestions sociales récurrentes à l’INRIALe 11 mai 1981 — L’élection de de salaires entre hommes et fem-François Mitterrand saura-t-elle mes, en particulier pour le per-apaiser le climat social délétère sonnel administratif le moinsrégnant à l’INRIA ? Après la qualifié, est régulièrementgrève du 20 novembre 1979 liée dénoncée. L’association qui gèreà la disparition de l’IRIA, puis les œuvres sociales (comme lecelle des 7 et 8 janvier 1980 à restaurant) figure égalementpropos de la séparation des biens parmi les revendications du per-entre le nouvel INRIA et l’Agence sonnel car il est souhaité qu’ellepour l’informatique, c’est soit aidée et encouragée. Toute-aujourd’hui le sort des person- fois, la nécessaire mobilité desnels hors-statuts qui inquiètent personnels dans un secteur deles personnels de l’INRIA ainsi pointe suppose que des solutionsque des problèmes d’avance- originales soient trouvées avecment de carrière, de revalorisa- les représentants du personneltions de salaire, de primes, etc. pour ne pas figer la situation.Pour lutter contre l’inflation, le Établissement de taille moyenne,gouvernement a mené durant les encore peu dispersé d’un pointannées 1970 une politique de © Ina de vue régional, l’INRIA bénéfi-défense du franc et de gel des cie néanmoins d’un présidentsalaires qui a irrité de nombreu- ble des organismes de recherche du nouvel institut. Le personnel apte au dialogue social. Les pre-ses catégories sociales. Un cer- avec, en tête, le CNRS qui repré- administratif attend des recrute- miers résultats sont encoura-tain nombre de fois le « pot » de sente les bataillons les plus ments et des revalorisations tan- geants et l’atmosphère devientla direction pour la nouvelle importants de chercheurs et ITA, dis que les chercheurs réclament d’autant moins lourde que leannée a été boycotté en faveur suivi de l’INRA et de l’INSERM. des ouvertures de poste et la fin nouveau gouvernement souhaitedu « pot » des syndicats. Nom- Mais elles sont exacerbées à l’IN- des blocages statutaires. Il est à apporter une solution définitive àbre de ces revendications sont RIA par les incertitudes et les noter également que pendant les la question récurrente de l’avenird’ailleurs communes à l’ensem- craintes associées à la naissance années 1970, la discrimination des hors-statuts. ■ AB & PG Voluceau :la destination de curieux touristes étrangers... Et pendant ce temps là...W here is the Hut ? Telle pourrait avec le désir d’explorer de nouveaux être la question posée par un territoires.improbable touriste britannique se Gilles Kahn et Gérard Huet furent à s’engager de manière consistante dans le domaine du Lambda Calcul. Jean Vuillemin, Philippe Flajolet et François Mitterrand est élu président de la répu-présentant pour visiter Voluceau. Au Jean-Jacques Lévy ont réalisé en une blique française – Lasein des constructions anonymes dizaine d’années des avancées déci- série américaine Dallas théritées de la rationalité améri- pe Ja cq ue sives dans le domaine des langages arrive sur les écrans fran- lipcaine, le bâtiment 8 est en hi de programmation. çais – Mort du plus grand P ©effet devenu un lieu quasi Ces réussites n’ont pas chanteur de reggaemythique pour un nombre changé l’état d’esprit d’un jamaïcain Bob Marley –croissant d’informaticiens à lieu où les sympathies Les premiers cas detravers le monde. Les anglo- dépassent largement lesaxons l’ont baptisé la cadre professionnel et où les SIDA sont déclarés –« hutte ». L’identité du lieu échanges internationaux Mariage du Princes’affirme en fait à travers ses sont plus que jamais privilé- Charles et de Lady Dianaoccupants, un groupe de cher- giés. Profitant de la fusion – Lancement de la pre-cheurs – que d’aucuns comparent entre CII et Honeywell-Bull, miere chaîne musicaleà une tribu d’irréductibles gaulois – Gilles Kahn a obtenu l’attribution MTV – Les députés fran-qui s’est formé il y a quelques années d’une machine américaine le GE 645 çais votent le projet de loisous la protection bienveillante de ainsi à l’origine du premier projet de General Electric. Faute des VAX de Robert Badinter abo-Jacques-Louis Lions soucieux de dirigé par cette nouvelle génération. dont ils rêvent, les hommes du Bâti-faciliter l’émergence de thématiques Sur les pas de Dana Scott, père de ment 8 s’adonnent grâce à elle à lissant la peine de mort –réellement neuves en informatique. la sémantique des langages de pro- une nouvelle forme de communica- Mise en circulation duIl fit ainsi confiance à de jeunes doc- grammation, l’IRIA, maintenant tion aux formes curieuses et à l’ave- premier Train à Grandeteurs ayant soutenu leur thèse aux INRIA, est devenue dans leur sillage nir incertain : le « courrier électro- Vitesse (TGV).États-Unis et revenant en France l’une des rares institutions mondiales nique ». ■ AB & PG
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA (no 15 – 16 avril 2007)« Nous nous éloignions « Retranscrire les brouillonsinconsciemment du service des chercheurs relevaitdes perforatrices » de méthodes extra-terrestres ! »par Thierry Despeyroux,© Najah Naffah par Martine Verneuille,projet Axis, INRIA Rocquencourt assistante des projets Mathfi et Sosso2 Versaillaise mais encore insensi- que, ou semi-électrique, un peu vail est toujours restée très agréa-© INRIA / Photo Véronique Debry taux intolérables aujourd’hui, ble au charme de l’IRIA, je me pré- mutante puisqu’elle disposait de ble avec mes collègues, Martine nous avions pour mission de faci- sente en décembre 1978 dans le petits emplacements carrés, Cornélis, Chantal Delebarre, liter le travail des programmeurs. bureau de Monsieur Claudine Lucas, Domi- © INRIA / Photo Jonathan Dumont Le symbole de ces recherches était Guannel pour un nique Poulicet, et les le programme Mentor développé poste de secrétaire. Il équipes de recherche sur l’Iris 80 à partir de 1975. Écrit me propose d’occu- dont celle d’Alain Ben- en Pascal, il permettait d’optimi- per le poste d’assis- soussan, le métier a ser la manipulation des program- tante de projet au inexorablement suivi mes et d’en améliorer la visualisa- Laboria étant donné l’évolution de nos tion. Ce faisant, ces recherches mes références en outils de travail. Des nous éloignaient tout doucement langue anglaise. Et machines IBM à boules des éditeurs ligne à ligne et, cela tombait bien ! Ce aux machines ETAP à inconsciemment, du service des poste m’offrait une mémoire et enfin aux perforatrices chargées, via le cour- nouvelle approche du Les bâtonnets « Typit » dans leur coffret. premiers Macintosh,Un heureux concours de circons- rier interne, de transmettre aux métier même si 99% les membres detances m’a amené dans le bureau chercheurs leurs programmes de mon temps de travail restait situés près des ballets chargés de l’équipe devenaient de plus ende Gilles Kahn en 1980. Imposant transformés en cartes perforées... consacré à la frappe d’articles ou frapper la lettre sur le ruban plus indépendants. Notre activitéet pédagogue, il m’a chaleureuse- Qu’il s’agisse des appels d’offre du de thèses. La frappe, dans l’uni- encreur. Ces emplacements nous était volée par la technologie et,ment accueilli et a commencé à département de la défense améri- vers de l’informatique, c’était permettaient d’insérer des bâton- en même temps, nous conduisaitm’expliquer le travail qu’il souhai- caine (DOD) ou simplement des séduisant. Je découvrais un nets « Typit » affublés de π, de ζ ou à découvrir de nouvelles métho-tait me confier. Au bout de quel- jeux-concours que nous enga- monde avec des signes, des for- de Σ , qui à la place d’une lettre, des d’édition : le latex, le web, etc.ques minutes, il s’est interrompu gions par défi à la cafétéria, nous mules, des dessins, un ensemble allait frapper à leur tour le ruban. Bien qu’aujourd’hui l’idée d’avoirpar un « ça ne peut pas continuer travaillions avec le même matériel de caractères extra-terrestres mais Si on y ajoute la manipulation des les doigts musclés pour taper uncomme ça ! » et a poursuivi, en me et les mêmes courtes sessions sur très esthétiques. Seul bémol, repères du papier glacé permet- article semble insensée, un pointtutoyant cette fois. L’échange a le système d’exploitation Multics ; retranscrire les brouillons des tant une bonne disposition des reste inchangé : celui de resterduré toute l’après-midi. il y en avait cinquante seulement chercheurs et les mettre en forme mots, notre travail ne se conten- plusieurs heures par jour assiseJ’ai donc démarré au sein de dans le monde. En repensant à relevait également de méthodes tait pas de retranscrire l’article du face à une machine, comme dés-l’équipe Croap où Gilles Kahn, cette époque, ce qui me semble le extra-terrestres ! Notre outil de chercheur mais il lui donnait réel- ormais tout le monde à l’INRIA.Bernard Lang et Véronique Don- plus incroyable est le décalage travail était une machine mécani- lement vie. Si l’ambiance de tra- ■ V. C.zeau-Gouge travaillaient déjà qu’il y avait entre la qualité des Nombre de machines connectées sur internet en 1981 : 213depuis des années. Il y avait aussi idées que mes collègues chevron-Bertrand Mélèse et Elham Morcos, nés faisaient émerger et les faiblessans oublier les autres membres performances du matériel. À l’is-du célèbre bâtiment 8 : Jean-Jac-ques Levy, Gérard Huet, Jean Vuil- sue de ma thèse, l’expérimenta- teur né qu’était Gilles Kahn a « Je ne crois pas que ce soient LE SAVIEZ-VOUS?lemin, Jean-Marie Hullot, Jérome amorcé la délocalisation du projet les ordinateurs eux-mêmes qu’il faille IBM (international busi-Chailloux, Philippe Flajolet... et Croap vers les cieux sophipolitains redouter, mais bien plutôt la façon dont ness machines) lance leLydia Paganini qui choyait tout ce avec toujours ce même objectif : premier micro-ordinateur la culture digèrera leur présence » grand public baptisé IBMpetit monde. Dans une ambiance observer, comprendre le mondeoù défis et débats s’invitaient tous de l’informatique et l’aider à gran- Seymour Papert, MIT Lab, PC (personal computer) -les jours, dans des bureaux où la dir dans la bonne direction Jaillissement de l’esprit, 1981. Xerox commercialise ledensité humaine atteignait des ■ V. C. Star 8010, une machine évoluée qui est dotée dune interface entière- Les perforatrices de l’IRIA « En 1970, lIRIA comptait sept perforatrices qui tapaient les programmes - principalement en For- ment graphique utilisant le copier-coller et les menus tran et en Cobol - sur des cartes perforées. Ces dernières étaient ensuite reprises par la vérifica- contextuels. Trop chère trice qui retapait sans perforer le même pro- (17000 $) et trop en gramme afin de détecter des erreurs éventuelles. avance sur son temps, Les pupitreurs ajoutaient ensuite des commandes elle naura aucun succès avec les cartes JOB et le tout était transmis aux commercial. chercheurs dans des grands bacs. À partir de 1975, des consoles ont été connectées directe- ment sur lordinateur 10070 en time sharing et les cartes perforées ont progressivement disparu. Les Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. perforatrices sont devenues pupitreur sur le mini Enard, C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Concep- tion-réalisation : Direction de la communication/INRIA réseau Cyclades ou techniciennes réseau sur (mise en page : P. Laurent, iconographie : L. Calde- ran)-Technoscope (F. Breton). Ont collaboré à ce Mitra et le Mini 6 ou bien assistantes de projet. » numéro : A. Beltran et P. Griset (« Histoire d’un pion- nier de l’informatique » paru chez EDP Sciences), V. Service des perforatrices en 1971, de gauche à droite et de lavant à larrière : Michèle Verrier, Maïté Augier, Françoise Richard, Laure Martin, INRIA Sophia-Antipolis Coronini. Marie-Thérèse Freret, Hortense Hammel ( ?), Suzanne Ferrand, Laure Martin (photo fournie par Laure Martin).
    • 1982 ANNÉE L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA - N O 16 - 23 AVRIL 2OO7© INRIA / Photo A. Eidelman « Une forte représentation syndicale » Devant les grandes ques- André Lichnerowicz, une tions qui se posent ou se personnalité bien connue sont posées à l’institut ces de l’Inria, qui a joué un rôle dernières années, il est fré- essentiel dans son déve- quent de voir les syndicats loppement. Le Syndicat de chercheurs s’unir pour national des travailleurs de faire front. Leur la recherche scien- première tâche, et tifique (SNTRS- non des moin- CGT) a longtemps dres, est d’es- eu l’oreille des sayer de faire personnels techni- La bibliothèque de Modulef permet, par exemple, de réaliser des simulations en aérodynamique externe, entendre la voix ques. Il faut de ici, une carte des pressions sur un véhicule. de l’institut face plus ajouter à ce Jérôme Jaffré, au CNRS qui a représentant du SNCS en 1982. tableau les syndi- fatalement plus cats généraux deModulef, un exemple de poids vu l’importance l’Éducation de son personnel et dont (SGEN-CFDT) et le syndi- nationaleà suivre pour la filière la préoccupation majeure cat national de l’enseigne- actuelle se concentre sur ment supérieur (SNESUP). la question du statut de Les demandes syndicalesélectronique ? rattachement pour ses comportent donc des chercheurs. Pourtant, en revendications générales dehors de l’unanimité sur mais aussi des attentesLe 8 novembre 1982 – La Laboria, le club réunit depuis dination gérant et optimisant les questions fondamenta- spécifiques à l’institut. Tou-montée en puissance du 1975 un ensemble de labora- la mise en commun des contri- les, il existe bien une tefois, si la petite taille deplan filière électronique toires de pointe, tant universi- butions des membres. Le prin- variété de syndicats à l’In- l’Inria ne supprime pas lesrelance le débat sur les taires qu’industriels, qui met- cipe coopératif respecte bien ria. De même que pour le conflits, elle rend lesformes de coopération en- tent en commun leurs évidemment les droits des uns syndicalisme ouvrier, l’his- contacts plus simples avectre recherche publique et compétences pour alimenter et des autres. Ainsi, si les logi- toire récente du syndica- la direction. Une culturerecherche privée. Certains une bibliothèque de sous-pro- ciels sont à la disposition des lisme des chercheurs n’est commune (mathémati-échecs spectaculaires et coû- grammes à usages multiples, membres à des fins de recher- pas sans présenter des ques, projets) rapprocheteux ont démontré par le passé utilisables sur toutes les machi- che, leur propriété reste de tensions et des reposition- les dirigeants de leur per-que les projets les plus visibles nes. La méthode des éléments plein droit au membre ayant nements. Parmi les plus sonnel d’autant plus queet les plus ambitieux ne don- finis présente l’avantage d’être écrit le programme concerné. actifs on peut citer le l’on trouve aujourd’hui à lanaient pas toujours toutes les capable de traiter des problè- Depuis peu néanmoins, il est Syndicat national des tête de l’institut un cher-garanties du succès et ponc- mes à géométrie très complexe question de transférer les droits chercheurs scientifiques cheur de renom qui a faittionnaient, sans véritable re- et de calculer des fonctions dis- patrimoniaux des contributeurs (SNCS) qui a vu le jour en une bonne partie de sa car-tour sur investissement, les continues. Des partenaires à l’Inria afin d’en permettre la 1956 lors d’un congrès de rière à Rocquencourt.fonds publics. venus d’horizons très différents distribution libre et gratuite. la Fédération de l’Éduca- ■ AB & PGModeste, pragmatique et per- ont rapidement été séduits par Au fil des adhésions et des tion nationale (FEN) etformant, le club Modulef (Mo- ce concept de club où chacun synergies, les domaines d’ap-dules Éléments Finis) consti- met ses avancées à la disposi- plication se sont multipliéstue à cet égard une sorte de tion des membres tout en pro- amenant la création de clubscontre modèle dont la perti- fitant des recherches de tous. orientés vers des domaines Et pendant ce temps là...nence semble plus que jamais Dès 1976, le CEBTP, l’EDF, plus spécifiques. Modulecod’actualité. Débuté au milieu Thomson-CSF, l’Insa de Lyon, pour la modélisation économi- Instauration en France de la semaine des 39 heuresdes années 1970, ce sont au- les universités de Paris VI, que et Modulopt pour l’opti- pour les salariés et généralisation de la cinquièmejourd’hui 75 équipes universi- Jérusalem, Pavie, Montréal, se misation ont ainsi démarré en semaine de congés payés – La guerre des Malouinestaires, dont certaines du MIT, sont ainsi montrés très actifs, 1977. Il n’est pas interdit d’es- qui oppose la Grande-Bretagne à l’Argentineet un grand nombre d’indus- créant des modules qui contri- pérer qu’un tel exemple puisse s’achève après trois mois de conflits – Israël restituetriels qui contribuent à Modu- buent à la richesse de la biblio- inspirer les équipes de la rue de le Sinaï à l’Égypte – Les premières machines d’ima-lef et tirent le meilleur parti de thèque. Très rapidement, le Grenelle à l’heure où le Gou- gerie du corps humain fonctionnant sur le principel’extraordinaire bibliothèque succès de Modulef est devenu vernement souhaite relancerde logiciels dont ils peuvent tel que le Laboria a dû mobili- la recherche industrielle dans de l’IRM sont mises en vente – Steven Spielberg pré-ainsi disposer. ser quatre personnes pour les hautes technologies. sente son dernier film « E.T. », l’extra-terrestre.Constitué à l’initiative du constituer une équipe de coor- ■ AB & PG
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA (no 16 – 23 avril 2007)« Nous avons créé une des premières « Il fallait préparerstart-up de lINRIA » 100 bandes magnétiquespar Michel Gien,co-fondateur de Chorus Systems, Jaluna et VirtualLogix pour la réunion annuelle » par Dominique Bégis, directeur adjoint de lINRIA Rocquencourt© 2005 Stanley Rowin service et installé Unix sur des et j’étais responsable de la straté- machines françaises dont la gie technique. © INRIA / Photo Véronique Debry SM90, tout juste conçue au Cnet. Nous avons développé notre sys- ques-Louis Lions, Modulef est Nous avons créé la culture Unix en tème d’exploitation pour des devenu en 1978 un projet de France et formé beaucoup d’ingé- super calculateurs (Cray, ICL, Uni- recherche dont j’ai assuré la direc- nieurs système. sys) et pour AT & T Unix System tion. Durant ces années, Danièle Parallèlement, nous travaillions Laboratories, l’inventeur d’Unix. Steer et Marina Vidrascu ont avec le projet de recherche Chorus Nous avons ensuite orienté notre connu les nuits courtes qui précé- lancé par Hubert Zimmermann activité vers le support des systè- daient les assemblées générales avec Jean-Serge Banino et Marc mes de télécommunication pour annuelles : il s’agissait de mettre Guillemont. Chorus visait à inven- des clients comme Alcatel, Nortel, au point la nouvelle version et deC’est avant tout une belle aven- ter un nouveau modèle de sys- Lucent, Nokia ou Fujitsu. Nous préparer la centaine de bandesture humaine. D’ailleurs, malgré tème d’exploitation dit réparti, avons ensuite été rachetés par Sun magnétiques et les documentsquatre changements de cap en 20 capable de gérer plusieurs ordina- Microsystems en 1997 mais, ré- Le Club Modulef est né en 1974 de d’accompagnement qui seraientans, le noyau dur des années 1980, teurs connectés entre eux par un cession oblige, la société s’est la volonté de l’IRIA et du labora- distribués aux membres du club àconstitué autour de l’équipe de réseau. Comme certains d’entre séparée de notre activité en 2002. toire d’analyse numérique de cette occasion. Internet n’existaitLouis Pouzin, de Hubert Zimmer- nous avaient rejoint le Cnet tout J’ai alors créé Jaluna avec 35 Paris VI, en particulier celle pas et les rencontres étaient cru-mann et du projet Cyclades, est en continuant des recherches à anciens de Chorus Systems et d’Alain Perronnet. L’idée était de ciales pour la vie de la commu-toujours là. l’INRIA, nous avons décidé de nous avons repris nos anciens créer et d’entretenir collective- nauté. Elles fédéraient les cher-Dès 1979, nous nous sommes combiner les innovations de Cho- contrats et fait évoluer notre tech- ment une bibliothèque de pro- cheurs de la communautéintéressés à Unix (l’ancêtre de rus avec le système Unix de Sol, le nologie vers la virtualisation du grammes cohérente et normali- d’analyse numérique mais égale-Linux) qui venait d’apparaître aux tout sur la SM90 du Cnet. La réa- matériel, afin de faire tourner plu- sée, fondée sur la théorie des ment des industriels comme Das-États-Unis. Nous n’avions pas le lisation du premier prototype, sieurs systèmes d’exploitation sur éléments finis et destinée à la sault Aviation, l’Aérospatiale,droit d’importer le mini calcula- baptisé ChorusOS, nous a amené un même équipement de télé- modélisation de phénomènes Renault ou Thomson CSF. Sur ceteur DEC sur lequel il tournait. à fonder, en 1986, une des premiè- communication. Aujourd’hui, physiques divers. C’était un club même modèle, le club a d’ailleursAlors nous avons lancé le projet res start-up issues de l’INRIA : Jaluna est devenue VirtualLogix, au sens anglais, sans échange eu des petits frères : Moduleco etpilote Sol pour créer une version Chorus Systems. Nous étions une plus évocateur, et bon nombre des financier : contre une contribution Modulad.française d’Unix, en Pascal. Nous petite dizaine de chercheurs de anciens des projets Sol et Chorus scientifique, les membres, cher- La promotion de la bibliothèqueavons développé des compila- l’INRIA, du Cnet et du projet Sol ; sont toujours là. cheurs et industriels, recevaient et du Club Modulef nous ontteurs avec plusieurs sociétés de Hubert Zimmermann était le PDG ■ I. B. une fois par an l’intégralité de la conduits de Rome à Saint Jacques bibliothèque. C’était un précur- de Compostelle et jusqu’en URSS seur de l’actuelle communauté du ou aux États-Unis. Cette activité libre. de valorisation, très prenante, Je suis arrivé à l’IRIA en 1970 pour était difficilement conciliable avec faire ma thèse avec Jacques-Louis la recherche. L’INRIA a décidé de Lions puis pour mener des recher- créer, début 84, la filiale Simulog ches en simulation et optimisa- pour réaliser en particulier cette tion numérique avec Roland Glo- tâche et je me suis lancé dans winski. Nous nous chargions cette aventure avec Christian également de récupérer les contri- Saguez. La recherche s’est pour- butions des membres du club, de suivie dans les projets de recher- les valider, de les agréger pour for- che Gamma et Macs. Quant au mer les versions nouvelles de la club Modulef, il est toujours actif bibliothèque Modulef et de pro- et connaît un réel succès dont poser de nouveaux développe- témoignent de nombreux télé- ments. Sous l’impulsion de Jac- chargements. ■ C. A. Nombre LE SAVIEZ-VOUS? de machines connectées Les PTT lancent le Minitel – Sony et Philips lancent le Com- sur internet pact Disc Digital Audio (CD- en 1982 : DA) capable de stocker une 235 heure de son stéréo de très haute qualité – L’icône Smiley fait son apparition – « Tron » Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. (Walt Disney) est le premier film Enard, C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception- réalisation : Direction de la communication/INRIA (mise utilisant massivement des en page : P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Tech- noscope (F. Breton). Ont collaboré à ce numéro : © INRIA / Photo R.Rajaonarivelo effets spéciaux créés par ordi- A. Beltran et P. Griset (« Histoire d’un pionnier de l’in- formatique » paru chez EDP Sciences), C. Acharian et Alain Caristan, du projet Chorus, devant le SM90 nateur. I. Bellin.
    • 1983 ANNÉE L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA - N O 17 - 2 MAI 2OO7© INRIA / Photo R. Rajaonarivelo Et pendant ce temps là... La retraite passe à 60 ans en France – Accord de paix Israélo-libanais – L’homme d’état et écrivain sénégalais Léopold Sédar Senghor est élu à l’Académie française – Luc Montagnier découvre le virus du Sida, HIV, à l’institut Pasteur – La sonde américaine Pioneer 10 est le premier objet terrestre©? à quitter le système solaire – Victoire de Yannick Noah au tournoi de tennis de Roland Garros. À Rocquencourt, le GIP SM90 et la machine SM90 connectée au système graphique Colorix Une unité de recherche réalisé par Louis Audoire. à partir de rien DRSM90 ou la fin dela disette en équipementpour les chercheursde l’Inria ! Le plateau de Valbonne où sera implantée l’unité de Sophia Antipolis L’Inria inaugurera bientôt de ce pari, mais l’obstina-Le 30 juin 1983 – On n’est française lui donnera enfin tiennent directement cette les nouveaux locaux de tion, les relations et l’ambi-jamais aussi bien servis que l’occasion d’acquérir des politique d‘équipement à hau- son unité de Sophia Anti- tion de Pierre Laffittepar soi-même. Ce vieil adage machines plus proches de teur de 25 millions de francs polis. Certes, le plateau de furent tout autant néces-évoque, sans le résumer, le suc- ses besoins. En effet, ses équi- par an pour les quatre années Valbonne où se trouve saires. Sa qualité de poly-cès de la machine SM90 qui pes de recherche, contraintes à venir. Fort de ces premiers Sophia a une longue his- technicien membre ducommence à équiper les équi- jusqu’alors « d’acheter fran- succès, le projet SM90 devrait toire qui remonte au Corps des mines a pu faci-pes de recherche de l’Inria. çais », ont longtemps été han- permettre de relancer la poli- Moyen-Âge, mais c’est liter l’installation de l’InriaLe projet SM90 est né à Lan- dicapées faute de pouvoir dis- tique industrielle de la France en 1969 que le sénateur sur le site car Pierre Bern-nion dans les laboratoires du poser des meilleurs matériels dans le domaine du matériel des Alpes-Maritimes Pierre hard, qui a pris la tête deCentre national d’études des disponibles aux États-Unis. informatique. Il est pour cela Laffitte a engagé la com- l’antenne sophipolitaine detélécommunications (Cnet). Grâce à cette double motiva- d’ores et déjà envisagé d’instal- mune dans une grande l’Inria, est aussi membreLes recherches ont été menées tion que l’Inria a apporté une ler à Rocquencourt un Grou- mutation en affichant sa de ce corps d’élite. Làentre 1980 et 1981 avec la col- contribution importante dans pement d’intérêt public scien- volonté d’installer sur cette encore l’Inria fait figure delaboration de la Société euro- la conception du système d’ex- tifique et informatique (Gipsi) zone pratiquement vierge pionnier : quand l’institutpéenne de mini-informatique ploitation et du compilateur du regroupant les moyens et un espace dédié aux tech- est arrivé à Valbonne, rienet de systèmes (Sems) et ont SM90. La licence de l’ensem- savoir faire de Bull-Sems, du nologies de pointe. À ou presque n’existait.abouti, l’année dernière, à la ble est offerte aux fabricants Cnet et de l’Inria. Il réalisera l’image de ce qui se fait Cette démarche nouvelle aconstruction d’un premier pro- français (Bull, Thomson Télé- autour du SM90 des produits, assez couramment aux d’ailleurs surpris et les pre-totype de machine Unix phone, TRT, CSEE, ESD, tant matériel que logiciels, per- États-Unis, il s’agissait de miers volontaires n’étaientconçue en France autour d’un SMT-Goupil, Telmat) par le mettant de réaliser des postes réunir dans un même lieu pas légion. Aujourd’hui, lesprocesseur 68 000 de Motorola. Cnet. L’Agence de l’informati- scientifiques et des stations de des centres de recherche, esprits semblent avoirSollicité pour apporter ses que finance vigoureusement travail pour des environne- des entreprises et des changé. Il le faudra biencompétences au développe- l’opération en annonçant une ments temps-réel. Le travail entités d’enseignement car l’Inria semble avoirment du projet, l’Inria s’est commande de 50 machines réalisé dans ce cadre placera les afin de développer un site pour ambition d’ouvrir demontré doublement intéressé. pour différents laboratoires. Les équipes de l’Inria dans l’évolu- d’excellence offrant les nouveaux espaces deLe projet lui a permis de parti- projets CAO-VLSI, Sabre, tion fondamentale que connaît meilleures conditions de recherche dans des lieuxciper à un projet stimulant Verso, Ergonomie, Réseau, Sol à l’heure actuelle l’univers travail. La Côte d’Azur et la qui eux-mêmes sont àpour l’industrie française tout et Chorus de l’Inria seront les informatique avec le dévelop- proximité de l’aéroport de l’avant-garde de ce qui seen valorisant ses propres com- bénéficiaires des vingt premiè- pement d’Unix. Nice étaient des facteurs fait habituellementpétences. De surcroît, la réali- res livraisons. Les crédits ■ AB & PG importants de la réussite ■ AB & PGsation d’une station de travail ministériels de recherche sou-
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA (no 17 – 2 mai 2007)« Je troquais le costume cravate pourle pull et le col de chemise ouvert... » LE SAVIEZ-VOUS? Bjarne Stroustrup développe une extension orientée objet au langage C :par Pierre Bernhard, le C++ – Le réseau Arpanet adopte définitivement le TCP/IP à la place deprofesseur à l’université de Nice Sophia Antipolis et premier directeur de l’INRIA Sophia Antipolis NCP et devient un projet avant tout universitaire nommé Arpa-Internet ; le volet militaire est désormais indépendant et nommé Milnet – Apple sort© INRIA / Photo J.M. Ramès Lisa, le premier micro-ordinateur à disposer d’une interface graphique. Laffitte, qui m’avait chargé, en début avec nous et contribué au 1976-1977, de constituer le labo- succès de la technopole. Mais il ratoire de mathématiques appli- quées de l’École des Mines à était parfois difficile de se faire accepter car nous étions sur la rive « J’ai gardé le casque Sophia ! Deux ans plus tard, après la droite du Var et donc considérés comme des étrangers ! Nous en souvenir... » décentralisation partielle de l’IRIA entretenions des contacts régu- par Guy Sergeant, décidée par le cabinet du Premier liers avec l’université : j’étais moi- adjoint au directeur de lINRIA Sophia Antipolis ministre Raymond Barre, j’étais même enseignant à l’université de nommé directeur du centre de Nice dès mon arrivée et J.L. Lions En quittant mon bureau de lImag management Ceram – L’UR se l’INRIA Sophia Antipolis (on ne venait régulièrement rencontrer en novembre 1982, javais soi- résumait à l’époque à une dizaine parlait pas encore d’unité de les universitaires pour compren- gneusement mis dans ma sacoche de personnes dispersées entre les recherche). Nous avons convaincu dre comment nous pouvions tra- les deux premiers chapitres de la locaux du Centre de mathémati- des chercheurs d’autres sites — vailler ensemble. Lorsque j’allais à thèse dÉtat sur les réseaux que ques appliquées, place Sophie Rocquencourt notamment — de l’université, je troquais le costume jespérais terminer tranquillement Laffitte, et le Ceram – il m’a donné venir s’installer à Sophia mais cravate arboré habituellement par © INRIA / Photo A. Eidelman la clé de contact de la Renault 4L aussi des scientifiques de la région les dirigeants de l’IRIA pour la de service et m’a dit : « Tu es comme Gérard Berry. Des axes de tenue plus décontractée des uni- chargé de suivre le chantier desC’est dans la perspective d’une recherche se sont très rapidement versitaires : pull et col de chemise nouveaux bâtiments ». Et la mis-décentralisation de l’IRIA deman- dégagés, notamment autour des ouvert... sion s’est révélée tellement inté-dée par la Datar, qu’en 1978 André réseaux avec des gens comme Gilles Kahn a été le principal ressante que je n’ai jamais écrit leDanzin, conseillé par Jacques- Christian Huitema, François Bac- architecte du succès scientifique chapitre 3 de ma thèse !Louis lions, m’avait chargé de sui- celli et plus tard Philippe Nain. Au de l’opération et Guy Sergeant a Lorsque nos bâtiments ont étévre ce dossier pour une installa- début, les pouvoirs publics été l’artisan de son succès maté- livrés en 1983, nous étions unetion éventuelle à Sophia Antipolis. (CCI, etc.) nous reprochaient de riel. Marc Berthod a créé le pre- quarantaine avec les collègues quiJ’étais à l’époque directeur du ne pas recruter de niçois ! Et là, mier projet de l’UR, Pastis, sur le nous avaient rejoints de Rocquen-Centre d’automatique et informa- Gilles Kahn a eu une idée de génie traitement d’images. Ce projet court et quelques nouvelles têtes.tique de l’École des Mines de Paris en expliquant qu’à défaut, nous nécessitait l’acquisition d’un gros Nous étions si peu nombreux que,(à Fontainebleau) et également avions contribué à ramener des disque pour l’époque (80 Mo). pour la première visite officielle,professeur à l’université Paris élites niçois à Sophia (A. Dervieux, Cela représentait un investisse- nous avons dû déménager dansDauphine. Ma situation était assez A. Desideri, A. Michard, etc.). ment très important pour un les bureaux du rez-de-chausséepittoresque car j’étais à la fois le Les universitaires ne voyaient pas laboratoire mais le conseil scienti- Lagrange pour donner l’impres-conseiller d’André Danzin qui dis- tous d’un bon œil la création de la fique, constitué en majorité de sion que tous les bureaux étaientcutait avec Pierre Laffitte sur l’op- technopole de Sophia Antipolis. professeurs de l’université, a occupés. L’une des principalesportunité de créer une unité de Certains, dont Jean Céa et Jacques d’emblée soutenu cet achat. en attendant louverture de nos inquiétudes de Pierre Bernhardl’IRIA à Sophia, et celui de Pierre Morgenstern, ont travaillé dès le ■ R-M. C. locaux prévus en 1983. En effet, était alors de savoir si nous arrive- seul chercheur Inria décentralisé rions à remplir les 7 000 m2© INRIA / Photo A. Eidelman depuis Grenoble (bien avant la construits. En 2007, nous aurons création de lUR Rhône-Alpes), je 18 000 m2 et la pression ne dimi- débarquais à Sophia en accord nue pas. C’est vraiment une avec son directeur pour monter le décentralisation réussie ! Quant à service chargé de la gestion des moi, j’ai gardé le casque et les télécoms des nouveaux bâti- deux chapitres de la thèse en sou- ments. Mais lorsque j’ai retrouvé venir, et depuis mon job navigue Pierre Bernhard dans son bureau toujours entre les deux… à l’École de commerce et de ■ R-M. C. « J’ai toujours rêvé Nombre d’un ordinateur de machines qui soit aussi facile connectées à utiliser sur internet qu’un téléphone. en 1983 : 562 Mon rêve s’est réalisé. Je ne sais plus comment Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. utiliser mon Enard, C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception- réalisation : Direction de la communication/INRIA (mise téléphone. » en page : P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Tech- noscope (F. Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Griset (« Histoire d’un pionnier de l’in- Bjarne Stroustrup formatique » paru chez EDP Sciences), Rose-Marie L’unité de Sophia Antipolis en 1991, avec Pierre Bernhard devant le plan d’eau. (Texas A&M University) Cornus.
    • 1984 ANNÉE L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA - N O 18 - 7 MAI 2OO7© Laurent Francez Et pendant ce temps là... Première sortie dans l’espace de deux astronautes américains sans être reliés physiquement à une navette – Début de l’affaire Gregory en France – Lancement de la première chaîne à péage française Canal + – Catastrophe chimique à Bhopal en Inde – Assassinat d’Indira Gandhi par deux sikhs de sa©? garde personnelle – Les soviétiques boycottent les JO de Los Angeles – Assassinat du prêtre polonais Jerzy Popieluszko à Varsovie. Le nouveau président Les fondateurs de Simulog devant le gâteau d’anniversaire des cinq ans de l’entreprise. De gauche à droite : Christian Saguez, Duc Duong et Dominique Bégis. de l’Inria est un ancien de l’IriaL’Inria lance © INRIA / Photo A. Eidelmanla première filialede l’institut : SimulogLe 6 janvier 1984 – C’est lopper et commercialiser les Le premier projet que consti-aujourd’hui qu’est créée innovations issues de ces tue Simulog a rapidement prisofficiellement la première recherches. Alors que le simple forme autour de Christianentreprise issue de l’Inria, fait d’accoler les termes d’en- Saguez, entré comme cher- C’est un quadragénaire qui rieures et de recherchesSimulog. Son directeur géné- treprise et de recherche publi- cheur à l’Iria en 1972 et occu- vient de prendre la tête de en management, à Bruxel-ral Christian Saguez, épaulé que dans une même phrase pant depuis deux ans le poste l’Inria en remplacement de les. Connu pour être unpar Dominique Bégis qui diri- relève déjà du blasphème pour de délégué aux relations indus- Jacques-Louis Lions. Alain proche de Jacques-Louisgeait le célèbre club Modulef, certains, on imagine à quel trielles et internationales. Un Bensoussan, né à Tunis, Lions, il y a fort à parierparie sur le fait que les hommes point l’idée qu’un organisme repas suffit aux deux hommes est un produit des forma- que le nouveau directeursont le meilleur vecteur de de recherche public puisse pour se mettre d’accord sur tions d’élite de la Nation, continuera sur la lancée étant sorti du prestigieux de son prédécesseur ettransfert de savoir et que l’es- devenir entrepreneur ne pou- l’idée d’une entreprise dévelop- lycée du quartier latin tâchera d’accroître les coo-prit d’innovation des cher- vait que relever du tabou. pant des logiciels de simulation Louis-le-Grand pour inté- pérations européennescheurs pourra s’exprimer plei- La loi du 15 juillet 1982 créant et d’optimisation scientifique. grer l’École polytechnique avec des instituts denement dans un contexte les EPST (établissements pu- Jacques-Louis Lions sollicite et l’École nationale niveau comparable. Alainconcurrentiel. blics à caractère scientifique et les partenaires de l’Inria et, de statistique et de l’ad- Bensoussan est par ail-Les transferts de technologie technologique) a facilité le le domaine étant reconnu ministration économique leurs bien connu aux États-sont souvent décevants et il mouvement d’une recherche comme l’un des points forts de (ENSAE). Il connaît bien Unis puisqu’il est membres’avère très difficile de conser- plus tournée vers la « réalité » sa recherche, il les convainc l’Inria puisqu’il a com- de nombreuses associa- mencé sa carrière à l’insti- tions de mathématiciensver la dynamique d’une équipe économique et a considérable- sans trop de difficulté d’entrer tut, l’année même de sa prestigieuses et qu’il y ade recherche en se contentant ment changé la donne en dans le capital de la future création en 1967 Après un . reçu plusieurs prix. Le nou-de transférer ses résultats à une ouvrant la possibilité, pour ces entreprise. C’est ainsi que Fra- détour par l’enseignement veau directeur se trouveentreprise qui les appliquerait. acteurs essentiels de la politi- matome et Serete participent – dans des écoles tout donc en territoire connu etLa création de clubs comme que d’innovation, de créer des pour 22,5 % alors que l’institut aussi prestigieuses : uni- ce sera, sans aucun doute,Modulef a permis à l’Inria de filiales. Le président de l’Inria mise quant à lui 1,275 million versité de Dauphine, Poly- un atout pour continuer etfaciliter l’apparition de telles Jacques-Louis Lions, qui a de francs dans l’aventure. Le technique et l’École nor- amplifier les mutations que male supérieure – il a l’Inria doit envisager et quidynamiques. Cette solution beaucoup contribué à cet logiciel de CAO Blaise, conçu repris le chemin de Roc- sont déjà entamées. Nulreste cependant limitée aspect de la loi en tant que à l’Inria, sera le premier pro- quencourt en 1973 avant doute que ce fort enlorsqu’il s’agit de porter un pro- conseiller du Premier ministre duit commercialisé par Simu- de s’engager dans une thème saura résoudre lesjet réellement innovant impli- Laurent Fabius, s’est rapide- log sous le nom de Basile. Si le expérience européenne équations complexes quequant fortement les acteurs sur ment employé depuis à concré- succès est au rendez-vous, nul qui l’a amené à diriger pen- l’institut ne manquera pasun objectif précis. Aller plus tiser sa volonté d’inscrire son doute que d’autres rejetons de dant deux ans l’Institut de lui poserloin nécessite de créer des institut dans une dynamique l’Inria verront bientôt le jour ! européen d’études supé- ■ AB & PGentreprises chargées de déve- de création d’entreprise. ■ AB & PG
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA (no 18 – 6 mai 2007)« Vous êtes de Nice ? « Pour que l’INRIA investisse,Candidatez ! » il fallait un arrêté interministériel ! »par Alain Dervieux, Laure Reinhart,directeur de recherche, projet Tropics, INRIA Sophia Antipolis directrice de la stratégie à la direction générale de la recherche et de linnovation (DGRI)© INRIA / Photo A. Eidelman Par un hasard malicieux, le projet Ce qui m’a frappée lorsque je suis arrivée à Rocquen- envie de sortir de mon domaine de recherche. Il était d’une équipe de calcul scientifi- court à la fin des années 70, c’est l’ouverture inter- par ailleurs plus facile de concilier sa vie profession- que commence à se former lors nationale de l’IRIA. Au départ j’ai partagé mon nelle avec une vie de famille. d’un voyage de Roland Glowinski bureau avec trois indiens puis ensuite avec deux C’était une époque clé pour les relations industriel- à Stanford. Il est abordé par un les. Dans les statuts de l’institut, le transfert tenait la © L.R. Français, Jean-Antoine Desideri, même place que l’excellence scientifique et cela ryth- un SupAero passé à la Nasa et qui mait toute la vie de l’organisme. Un des premiers y a déjà acquis des lettres de chantiers a été de régulariser les « doubles casquet- noblesse en aérodynamique tes » car beaucoup de gens passaient par l’INRIA puis numérique. « Vous êtes de Nice ? allaient et venaient dans l’industrie. En particulier, il justement nous allons ouvrir un a fallu définir un cadre légal à un essaimage déjà centre à Sophia Antipolis, Candi- important et demander aux chercheurs de se posi- datez ! », lui répond Roland. Un tionner : institut ou industrie. jeune major de l’X, Bernard Lar- Nous avons également cherché à favoriser la créationEn 1980, une des vitrines de l’IN- routurou, veut lui aussi faire de la d’entreprise en proposant aux chercheurs/entrepre-RIA est sa collaboration en calcul mécanique des fluides numérique neurs d’être hébergés à l’INRIA. La création du clubscientifique pour l’aérodynami- dans le Sud et reçoit la même des start-up date de cette époque également toutque avec les Avions Marcel Das- réponse de Jacques-Louis Lions : comme le démarrage des groupements d’intérêtsault, animée par Roland Glo- « Candidatez ! ». À la même épo- public (GIP). Ces collaborations entre partenaireswinski et Olivier Pironneau côté que, je fais part à Pierre Bernhard publics et privés permettaient la mise en commun deINRIA et Jacques Périaux côté de mon souhait de partir dans le moyens sur des problématiques ciblées pour uneDassault. L’une des percées futur centre de Sophia pour y faire durée limitée. Par exemple, le GIP SM90, créé enremarquée du tandem INRIA- de l’aérodynamique appliquée. Je 1983, a rassemblé autour du développement de sta-Dassault concerne l’adaptation lui donne un exemplaire de ma tions de travail graphiques une grande variété d’ac-des nouvelles méthodes des élé- récente thèse d’état, pavé théori- teurs : BULL, France Telecom/CNET et lINRIA. Sonments finis au calcul aérodynami- que indigeste, dont l’examen ne ambition était de créer un poste de travail à la fran-que autour d’un avion complet. Il manquera pas de l’inquiéter forte- çaise, ce qui, à l’époque des gros ordinateurs de typereste à passer à l’aérodynamique ment quant à mon intérêt pour les Multics, était une idée novatrice. Une de nos préoc-complexe et notamment à la com- applications. Il me l’avouera plus cupations était de trouver des capitaux pour les start-bustion. Mais Roland Glowinski tard… quand il sera rassuré sur ce espagnols ! Cet environnement très stimulant m’a tel- up issues de l’INRIA car, à l’époque, il y avait peu d’ai-pense à une carrière américaine et péril ! Parallèlement, Roland Glo- lement séduite que j’ai passé les vingt premières des et pas d’incubateurs. Pour que l’INRIA investisse,réfléchit à la relève. Jacques-Louis winski et moi rendons visite à une années de ma carrière à l’institut. Vers le milieu des il fallait un arrêté interministériel ! Enfin, nous avonsLions se débat avec les projets célébrité de la spécialité, Roger années 1980, je me suis occupée, aux côtés d’Anne déployé beaucoup d’effort pour instaurer un climatgouvernementaux de décentrali- Peyret du CNRS à Paris VI, qui Schroeder, des relations industrielles de l’institut. J’ai de confiance et de compétence avec les entreprises,sation de l’institut et négocie – à la quitte Paris pour Nice et est ensuite dirigé l’UR de Rocquencourt durant plus de arriver à faire du gagnant-gagnant sur la propriétéplace, finalement – la création du engagé comme conseiller scienti- 6 ans, jusqu’en 1999. Les relations industrielles m’ont industrielle et intellectuelle. Cela a bien fonctionnépôle de Sophia Antipolis. Choisi fique de la future équipe. Une très vite attirée. Travailler dans le concret convenait avec Renault par exemple.pour lancer ce nouveau pôle, retouche de dernière minute va parfaitement à ma nature pragmatique et à mon ■ Y. L. T.Pierre Bernhard est obligé de tra- mettre un ancien lionceau, Jeanverser régulièrement mon bâti- Cea, professeur à Nice, à la tête dement, ce qu’il fait à une tellevitesse que mon étudiant de l’épo-que tente de me persuader que cette équipe. Début 83, les cinq membres de l’équipe se rencon- trent à Sophia Antipolis pour un LE SAVIEZ-VOUS? Mise en place du DNS (Domain Name Server) sur Internet. Jusque-là, il fallait connaître l’adresse numériquependant ces courses effrénées des premier séminaire – certains pour de la machine recherchée ou tenir à jour un unique fichier texte contenant le nom et ladresse numériquezones d’écoulement supersonique la première fois ! L’aventure com- correspondante de toutes les machines de lInternet, ce qui est rapidement devenu impossible — Hewlettse développent derrière les oreil- mence. Packard commercialise la première imprimante laser : la HP Laserjet. Elle a une résolution de 300 dpi etles de Pierre… ■ R.-M. C. coûte 3600 $ — Philips et Sony sortent le CD-Rom. Nombre « L’innovation, de machines Le fondateur d’Apple, Steve Jobs, c’est une connectées présente l’Apple Macintosh situation que sur internet au public en 1984. en 1984 :1024 l’on choisit parce L’ordinateur possède une interface graphique et se présente qu’on a une lui-même en disant passion brûlante Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en « Hello, I am Macintosh and I am glad pour quelque chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception- réalisation : Direction de la communication/INRIA (mise to be out of that bag » chose ». en page : P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Tech- noscope (F. Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Griset (« Histoire d’un pionnier de l’in- Paul Stevens Job formatique » paru chez EDP Sciences), Rose-Marie Cornus, Yannick Le Thiec.
    • 1985 ANNÉE L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA - N O 19 - 14 MAI 2OO7© Ministère de la recherche © Minéfi / Sircom Deux tutelles pour une politique Désormais, l’Inria est sous d’État à la recherche scien- une double tutelle, celle tifique et au progrès techni- du ministère de l’Industrie que apparaît. Son action est et celle du ministère de relayée par le colloque de la Recherche, ce qui marque Caen en 1956. La Ve républi- un certain retour à une poli- que gaullienne crée de tique industrielle, même si nombreuses entités pour l’histoire de ces deux minis- développer la recherche et tères est remarquablement l’on sait que l’Inria en est un imbriquée. Le ministère de célèbre exemple. L ’arrivée la Production industrielle, de Valéry Giscard d’Estaing Le décret n°85-831 du 2 août 1985 fait de l’Inria un établissement public national à caractère scientifique et technologique (EPST) placé sous la double tutelle du ministre chargé de la recherche, Hubert Curien apparu peu avant la guerre, aux fonctions de président (à gauche), et du ministre chargé de l’industrie, Édith Cresson (à droite). réunissait certaines fonc- de la république unit pour la tions des ministères du première fois l’industrie et Commerce, des Travaux la recherche sous la hou-L’Inria, avant-dernier publics et de l’Industrie dont le rôle a été fondamental au lette de Michel d’Ornano. En 1981, recherche et tech-établissement moment des pénuries puis surtout du dirigisme indus- triel qui marqua l’après- nologie – puis recherche et industrie en 1982 – passent sous la responsabilité deà devenir un EPST guerre et les années 1960. Avec l’arrivée de la gauche Jean-Pierre Chevènement qui sera à l’origine de la poli- au pouvoir en 1981, le projet tique de la filière électroni-Le 2 août 1985 – La modi- pays. Pour nos lecteurs qui ne sances, la valorisation des ré- industriel reprend vigueur, que et de la loi d’orientationfication de statut de l’Inria sont pas accoutumés à la lec- sultats de la recherche, la dif- avec en particulier la créa- de la recherche. Toutefois,est enfin consommée. ture du Journal officiel, il n’est fusion de l’information scien- tion d’un grand ministère de après juillet 1984 et suite àDepuis ce 2 août, l’institut a pas inutile de rappeler que ce tifique et technique et la pro- l’Industrie, de la Recherche un retournement de politi-rejoint la liste des autres éta- texte, émanation de la volonté motion du français comme et de la Technologie en que, industrie et rechercheblissements publics à caractère de la nouvelle majorité politi- langue scientifique ». Élément 1982. ne sont plus placées sous lascientifique et technologique que, se veut une rupture et un fondamental pour l’avenir, l’ar- Les racines du ministère de même autorité, même si les(EPST). Dès 1982, il apparais- nouvel élan pour promouvoir ticle 19 stipule que les EPST la Recherche remontent passerelles existent tou-sait en effet que le CNRS et une grande politique de re- sont autorisés à prendre des quant à elles à l’époque du jours comme en témoignel’Inserm ne bénéficiaient pas cherche et d’essor industriel participations ou à constituer Front populaire, en 1936, le fait que l’Inria soit désor-d’un statut adapté à leurs be- dans notre pays. Dès son arti- des filiales. Enfin, elle a égale- avec la création d’un sous- mais sous les auspices –soins. Le statut d’EPST, c’est- cle 1er, il est en effet déclaré : ment mis en avant des pro- secrétariat à la recherche que d’aucun espère favora-à-dire une personne morale de « La recherche scientifique et grammes mobilisateurs dont scientifique confié à Irène bles – de la rue de Grenelledroit public dotée de l’autono- le développement technologi- certains, comme la maîtrise de Joliot-Curie puis à Jean Per- et de la rue Descartes.mie financière, fut donc appli- que sont des priorités nationa- la filière électronique, concer- rin. En 1954, sous la IVe ■ AB & PGqué d’abord au CNRS, puis à les. » Certains commentateurs nent directement l’informati- république, un secrétariatl’Inserm, à l’Inra, etc. et finale- ont vu dans ces affirmations un que : matériaux et composants,ment à l’Inria cette année. retour à la politique gaullienne électronique professionnelleCertains établissements n’ont des années 1960 qui a mis l’ac- (télécommunications, spatial,qu’une seule tutelle (pour le cent sur des secteurs de pointe médical), électronique grand Et pendant ce temps là...CNRS, le ministère de la Re- comme le nucléaire, l’espace public (audiovisuel, automo-cherche), d’autres deux tutel- et, bien entendu, « le Plan bile...), infor-matique (micro- Mikhaïl Gorbatchev devient secrétaire général du partiles (l’Inserm par exemple avec calcul ». Vingt ans plus tard, informatique, bureautique et communiste de l’URSS – Signature des accords dela Recherche et le ministère de cette inflexion volontariste gros calculateurs, logiciel), au- Schengen abolissant les contrôles aux frontières com-la Santé). Toujours est-il que marque encore la physionomie tomatisation et banques de munes entre les états signataires – Drame au stade duce changement attendu de- de notre recherche publique. données. Un programme des- Heysel (Bruxelles) pour la finale de la coupe d’Europevrait donner à l’Inria des possi- La loi de 1982 va plus loin par tiné à créer un mouvement vi- des clubs champions – En France, première campa-bilités nouvelles tant de déve- certains aspects puisqu’elle a goureux dans l’ensemble de la gne pour les restos du cœur lancée par le comiqueloppement que de valorisation inscrit noir sur blanc un filière et dans lequel l’Inria Coluche – le Général Audran, responsable des affai-de ses recherches. niveau de dépenses de recher- pourra donner sa pleine res internationales du ministère de la Défense, estLa loi 82/610 du 15 juillet che, soit 2,5 % du produit in- mesure. abattu par Action directe.1982 a changé profondément térieur brut, afin de « favoriser ■ AB & PGle paysage scientifique de notre l’accroissement des connais-
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA (no 19 – 14 mai 2007)« La transformationde l’institut n’a pas été LE SAVIEZ-VOUS? Commodore présente l’Amiga 1000, une machine multitâches, munie d’une interface graphique (le Workbench)un long fleuve tranquille » capable d’afficher des images en 4096 couleurs, d’afficher plusieurs résolutions différentes sur des parties de l’écran et de jouer du son digitalisé en stéréo sur 4 canaux — Microsoft lance son logiciel de traitement de textepar Vincent George, Word et la première version du tableur graphique Excel pour Macintosh — Lancement du CDRom.secrétaire général de l’INRIA de 1980 à 1996© INRIA / Photo A. Eidelman contrôler, on ne contrôlait rien ! En homme avisé, il avait donné de « Les discussions, voire les disputes, larges délégations à l’agent comp- table et à l’ordonnateur. En deve- n’étaient pas rares lorsqu’il fallait nant EPST, nous avons bénéficié attribuer des connexions » de nombreuses facilités de ges- tion, notamment la globalisation par Alain Caristan, directeur technique de l’Afnic des crédits des unités de recher- che et une responsabilisation © INRIA / Photo J. Wallace accrue des directeurs d’UR. Précé- J’ai rejoint le projet Cyclades en d’émergence mondiale des tech- demment, les comptes étaient très septembre 1975 comme scientifi- nologies de l’information et de la cloisonnés, chaque transfert d’un que du contingent. Suite à l’inci- communication a été activement compte vers un autre nécessitait dent qui avait immobilisé le calcu- vécue par l’INRIA, par ses recher- une validation en conseil d’admi- lateur central de Rocquencourt ches mais également par ses expé-Dès l’été 1979, Jacques-Louis nistration : environ 500 décisions pour plusieurs mois (voir Code rimentations, améliorations, vali-Lions, futur président de l’INRIA, modificatives provisoires du bud- source n° 9), l’équipe Cyclades dations, recommandations etm’a demandé de devenir secré- get étaient ainsi signées chaque mettait en place un service d’ac- utilisations des nouvelles techno-taire général de l’institut. Se qua- année ! Le gain de souplesse a été cès à distance au centre de calcul logies !lifiant lui-même de « fanatique considérable. de Grenoble qui disposait aussi C’est également au cours de cetted’organisation », son idée était de Mais la transformation de l’insti- d’un Iris 80. Mon premier travail décennie que le projet d’informa-mettre en place une gestion effi- tut n’a pas été un long fleuve tran- a consisté à développer un sys- tisation des services, lancé dèscace sans pour autant renoncer à quille. Nous avons dû faire face à tème d’analyse et de visualisation 1986 suite à une première expé-la « hiérarchie souriante » qui de nombreuses situations de crise des flux d’activité de ce service. rience réussie au sein du servicecaractérisait l’organigramme de la avec les personnels. Je me sou- L’Iris 80 a très vite été remplacé des relations extérieures par Phi-direction. Cette époque a été mar- viens même avoir été (gentiment) par un calculateur Multics suffi- tivité. Les discussions, voire les lippe Le Puil, a permis de rattraperquée par des événements séquestré une soirée dans mon samment puissant pour offrir un disputes, n’étaient pas rares entre le décalage visible avec les envi-majeurs : la dissolution de l’IRIA, bureau par des représentants syn- accès en temps partagé à un grand utilisateurs lorsqu’il fallait attri- ronnements de travail de lala décentralisation de l’institut dicaux réclamant le retour à Roc- nombre d’utilisateurs simultané- buer des connexions en fonction recherche.avec la création des unités de Ren- quencourt d’une personne ment. À la même époque, la direc- du déploiement envisagé (bâti- Basculer vers les réseaux a été pas-nes et de Sophia, le passage au malencontreusement affectée tion des moyens informatiques, ment, projet, bureau, etc.) ! sionnant. Cela a aussi ouvert lastatut d’EPST, les plans successifs auprès de l’Adi, au 37e étage de la nouvellement créée par Jacques- Tout au long des années 1980 les voie aux créations d’entreprisesde fonctionnarisation, etc. Tour Fiat à La Défense alors Louis Lions, s’est engagée dans le équipes des moyens informati- issues de l’INRIA. Par exemple,C’est un décret en Conseil d’État qu’elle était sujette au vertige ! De développement de systèmes indi- ques ont mis en œuvre des systè- Chorus, le projet sur les systèmesqui a transformé l’INRIA en EPST même, les premiers conseils d’ad- viduels et d’une infrastructure de mes de communication en réseau opératoires répartis animé paren 1985. Le changement de statut ministration se sont déroulés dans communication pour l’accès et le permettant de mailler finement Jean-Serge Banino, Hubert Zim-s’est matérialisé tardivement car des lieux tenus secrets jusqu’à la partage des moyens de traite- les bâtiments et de fournir le haut mermann, Marc Guillemont,les ministères ont commencé par dernière minute afin d’éviter l’en- ment. Son travail s’appuyait sur la débit. En particulier le remplace- Gérard Morisset et moi-même, ales plus gros établissements, vahissement de la salle par des concertation avec les projets et ment, dès 1982, des boîtiers de donné naissance à Chorus Sys-CNRS en tête, avant de s’intéresser manifestants qui, il est vrai, man- services, et c’est en tant que cor- connexion télématique par le tems avec le renfort de Michelà l’INRIA. Mais dès le début des quaient alors de visibilité sur leur respondant du projet Chorus que réseau X25 privé de Ouest stan- Gien (projet pilote Sol). Mais voilàannées 1980, nous avions adopté avenir. Mais au-delà des difficul- j’ai participé aux travaux de spéci- dard télématique (OST) simplifia qui mène à l’aventure Unix, linuxun protocole de gestion moins tés rencontrées, je retiens finale- fication des systèmes de connec- la connexion filaire. Cette période et du logiciel libre... ■ V.C.lourd, qui préfigurait les statuts à ment, qu’ensemble, nous avonsvenir. Le contrôleur financier de réussi la mutation de l’INRIA. « Essayez mon logiciel, diffusez-le librement. »l’époque estimait qu’à trop ■ Y. L. T. A. Fluegelman, programmateur de San Francisco, invente le freeware.© INRIA / Photo R. Rajaonarivelo Le robot V80 de Renault pouvait soulever 80 kg avec une accélération de 2 G ! Nombre Il était très dangereux et donc en cage (il avait transpercé une cloison au bâtiment 13 de machines avant d’être déplacé au 24). Il s’agissait pour les équipes de François Germain – à l’ori- connectées gine de l’achat du robot – et d’Olivier Faugeras de rendre ces robots capables de s’adap- sur internet ter à un environnement variable. Les logiciels de Nicholas Ayache (à droite) réalisaient la en 1985 :1961 reconnaissance d’objets disposés en vrac grâce à une caméra (image 2D sur l’écran) et les logiciels de Jean-Daniel Boissonnat (à gauche) pilotaient le robot pour qu’il saisisse délicatement ces pièces. Tout était automatique mais il n’était pas question de rester dans Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en la cage pour corriger les derniers bugs : Nicholas a le doigt sur le bouton d’arrêt d’ur- chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception- gence ! La démo a eu beaucoup de succès et est même passée au JT. François Germain réalisation : Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Tech- et George Kryze ont aussi développé le capteur 3D qui a joué par la suite un rôle clé dans noscope (F. Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Griset (« Histoire d’un pionnier de l’in- l’approche géométrique de la vision par ordinateur du projet Robotvis. formatique » paru chez EDP Sciences), Vincent Coro- nini, Yannick Le Thiec.
    • 1986 ANNÉE L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA - N O 20 - 21 MAI 2OO7© INRIA Le pirate informatique, un nouvel acteur incontournable ? La création du Chaos Com- trusion se multiplient et puter Club en Allemagne ont même entraîné l’arrêt au début de cette décennie du Cray, perturbant de la avait montré que les sorte très gravement le tra- réseaux pouvaient être la vail des chercheurs. cible d’actions inamicales. Les responsables du cen- Les événements Le Multics en proie tre de calcul ont dont l’Inria est la aux attaques des pirates rappelé que le victime depuis respect scrupu- quelques mois leux des procé- en est une illus- dures de sécu- Dans le cadre du projet Eureka Prometheus, des techniques d’interprétation routières tration. Tout a rité est seul à sont à l’étude à l’INRIA Sophia Antipolis, en collaboration avec l’INRIA Rennes et les universités de Compiègne et de Clermont-Ferrand. commencé à la même de pro- fin du mois de téger les utilisa- mars dernier avec la pre- teurs. Les caractéristiques mière intrusion réalisée par techniques des comptesEurêka pour dépasser des inconnus – Hackers, doivent rester strictement crackers, pirates selon le confidentielles et les motsles égoïsmes nationaux nom qu’on leur donne – de passe, qui ne doivent sur l’ordinateur Multics du pas rester en mémoire sur centre de calcul vectoriel les ordinateurs, doiventLe 3 janvier 1986 – Le pro- même temps que la Commu- domaines particuliers : les pour la recherche à l’Inria. être changés régulière-jet Eurêka, proposé par la nauté européenne et qui devait matériaux nouveaux, les lasers Dès le lendemain, l’ordina- ment. Par mesure de pré-France, a été lancé au cours permettre à l’Europe des Six de de puissance, l’opto-électroni- teur Cray était piraté à son caution, le Cray a étéde la conférence intergou- se doter de l’énergie nucléaire que et surtout la micro-électro- tour, suscitant une inquié- arrêté le week-end dernier.vernementale qui s’est pacifique n’a pas donné les nique rapide, les supercalcula- tude tempérée par les Ce type d’affaire s’esttenue le 5 novembre der- mêmes satisfactions. Le bilan teurs et l’intelligence artificielle résultats de l’enquête généralisé comme l’a sou-nier à Hanovre, en Alle- d’un quart de siècle d’activité qui intéressent directement révélant que rien n’était ligné, il y a trois ans, l’ar-magne, et qui réunissait est bien faible car le « chacun l’Inria même si le handicap par endommagé. La volonté restation aux États-Unis dudix-neuf participants : la pour soi » a dominé, sauf peut- rapport aux États-Unis est de se faire remarquer sem- pirate Kevin Poulsen,Commission et les représen- être dans le domaine de la devenu important. Un pro- ble en effet être le principal connu sous le pseudo-tants de 18 états européens fusion qui reste de la recherche gramme dont le délégué luxem- ressort des pirates qui nyme de Dark Dante, etdont la Turquie qui siégeait à très long terme. bourgeois qui se fait l’interprète trouvèrent alors spirituel de l’apparition des premierspour la première fois dans Le projet Esprit, lancé en 1984 de tous affirme qu’il demande laisser pour tout message : virus sur les PC en 1984.ce genre d’assemblée. La et financé pour moitié par la de dépasser les « frontières « Le Cray est momentané- Ce phénomène ne doit pascrainte d’un fossé technologi- Communauté européenne, mentales » pour penser euro- ment remplacé par un Sin- être pris à la légère. Il n’y aque croissant avec les États- voulait déjà lancer l’Europe péen. Pour un institut comme clair ZX 81 » !!! là rien de folklorique pourUnis et le Japon est en effet au dans la construction des ordi- l’Inria, penser européen est La révélation par la presse la direction de l’INRIA qui acentre des préoccupations et le nateurs de la cinquième géné- sans doute une nécessité mais de ces incidents a malheu- d’ailleurs décidé de pren-projet Eurêka incarne la ration (il existe des projets aussi une pratique. Il est clair reusement encouragé les dre les dernières intrusionsvolonté de l’Europe d’agir en identiques pour les télécommu- en tout cas que le nouveau pré- imitateurs qui ont ensuite très au sérieux, en dépo-commun pour renforcer sa nications) mais il ne vise pas sident de l’institut, Alain Ben- chercher à s’introduire sur sant plainte contre X au tri-capacité industrielle et s’impo- directement le marché. Sur ce soussan, insistera dans les mois le réseau de l’institut via bunal de grande instanceser sur le marché face aux plan, Euréka affiche donc une qui viennent sur toutes les for- Transpac. Depuis le début d’Evry. ■ AB & PGautres grandes puissances. grande ambition technologique mes de coopération euro- de l’été, les tentatives d’in-Une telle politique de coopéra- en ayant pour objectif d’accroî- péenne. À commencer, biention scientifique et technologi- tre la productivité et la compé- entendu, par les programmesque a déjà été amorcée par la titivité des industries et des Eurêka qui sont du ressort decréation de structures intergou- économies nationales euro- l’institut, comme Prometheus Et pendant ce temps là...vernementales comme le Cern, péennes par le renforcement de qui devrait réunir dès cette Lancement de la première chaîne généraliste privée française La Cinq – La station orbitale russe MIR (paix en russe) s’installe dansà Genève, et l’agence spatiale la coopération entre les entre- année un gigantesque consor- l’espace – Après la victoire de la droite aux élections législativeseuropéenne qui sont indénia- prises et les instituts de recher- tium sur le thème du véhicule le 16 mars, le président François Mitterrand nomme Jacquesblement des réussites. Mais un che en hautes technologies. Ce « intelligent ». Chirac Premier ministre.projet comme l’Euratom, né en plan met l’accent sur six ■ AB & PG
    • LE SAVIEZ-VOUS? L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA La société Thinking Machines commercialise le premier super ordinateur massivement parallèle, la Connection (no 20 – 21 mai 2007) Machine CM-1, pouvant comporter jusqu’à 65 536 processeurs ! La machine reconfigure les connexions inter- nes entre les processeurs pour résoudre un problème donné. L’inconvénient de cette architecture est, bien« J.-L. Lions voulait sûr, l’extrême complexité de la programmation et de l’optimisation — Lancement du Radio Data System (RDS qui permet de transmettre des données numériques via les ondes radio ; il est en particulier utilisé par les pos-contribuer au plan Fabius tes radiophoniques des véhicules.en créant une nouvelleunité de recherche Les personnels étaient contentsen Lorraine » d’intégrer la fonction publique par Chantal Le Tonquèze,par Jean-Paul Haton, relations industrielles, INRIA/Irisa Rennes.professeur à l’université Henri Poincaréet à l’institut universitaire de France Le 2 août 1985 le statut de l’INRIA « Macintosh ». Avant cela, nous ques. Exercice, néanmoins fasti-© INRIA / Photo C. Lebedinsky montés par la suite et qui étaient évolue, il devient un EPST. C’était travaillions sur les machines IBM dieux, puisqu’il fallait changer de issus en quasi-totalité du Crin. Les le résultat d’un long travail en à boules – les premières machines boule très souvent, selon que l’on six équipes Maia, Parole, Cortex, amont et cela a créé une véritable tapait du texte ou des formules © INRIA / Photo J. Wallace Orpailleur, Merlin et Langue et dia- effervescence au sein de l’établis- mathématiques, mais c’était déjà logue sont nées de l’équipe Recon- sement. Une des conséquences un réel progrès. L’arrivée des pre- naissance des formes et intelli- importantes de ce changement de miers micro-ordinateurs a été éga- gence artificielle (RFIA) que j’avais statut fut l’intégration des person- lement l’occasion de nous former créée à l’université. L’intelligence nels contractuels dans les grilles sur de nouveaux outils, tels que le artificielle représente aujourd’hui de la fonction publique sans avoir traitement de texte, tableur, mais environ la moitié des thématiques à passer un concours au préalable. aussi d’apprivoiser une souris que de recherche du Loria, tout ce qui Bien que délicat à gérer, ce glisse- l’on n’arrivait pas toujours à maî- touche à l’imagerie, la fouille de ment s’est plutôt bien passé. Les triser. données, etc. ! personnels étaient contents d’in- En 1986, Maurice Robin estJe suis devenu en 1974 le deuxième L’UR a emménagé dans les locaux tégrer la fonction publique. nommé directeur adjoint de l’IN-professeur d’informatique de la du château du Montet. La co- J’étais à cette époque l’assistante RIA. Il fut remplacé par Annefaculté des sciences avec Jean- direction par le Crin et l’INRIA n’a de Maurice Robin qui, de respon- Schroeder à la tête de l’UR deClaude Derniame qui fut ensuite le pas été facile car nous avions des sable du service des relations Rocquencourt qui connaissaitdirecteur du Centre de recherche activités très proches et toutes les internationales, fut nommé direc- alors une très forte croissance enen informatique de Nancy (Crin). équipes – comme aujourd’hui – teur de l’unité de recherche de termes d’effectifs. Une dizaineCe laboratoire, commun aux trois étaient des projets mixtes. Nous Rocquencourt. électriques – amélioration ma- d’années plus tard, j’ai rejoint lenouvelles universités de la ville et avons bénéficié de l’image d’excel- Pendant ce temps, le travail des jeure pour les assistantes qui sai- service des relations industriellesreconnu Laboratoire associé par le lence ainsi que de la structure et du assistantes de services ou de sissaient les manuscrits scientifi- de l’unité de recherche de Rennes,CNRS, regroupait les enseignants- mode d’organisation de l’INRIA, projets évoluait avec l’arrivée ques qui comportaient de qui était alors dirigée par Jean-chercheurs de cette discipline. Il mais l’institut est arrivé avec très des premiers micro-ordinateurs nombreuses formules mathémati- Pierre Banâtre. ■ C.S.n’avait pas de locaux propres et peu de forces vives : Jean-Mariefondait son unité sur un séminaire Proth puis François Charpillet etqui avait lieu tous les jeudis après- Michael Rusinowitch. Les moyens « Pour 1,265 millions de francs HT, vous disposezmidi sous la direction de Claude financiers sont venus ensuite.Pair, son premier directeur. Il n’en C’était bizarre car nous débau- d’une unité centrale avec 512 Ko de mémoireétait pas moins l’un des grands chions l’industrie (Sollac, IRSID) et d’une unité de disque de 67 Mo »laboratoires français en informati- tout en conservant de bonnes rela- Publicité de Digital parue dans Le Monde informatique en 1982.que. tions avec nos partenaires…En 1981, dans le cadre du plan Un moment important a été laFabius destiné à développer les construction de la tranche B deshautes technologies en Lorraine bâtiments car, jusque là, nouspour sauver la sidérurgie, j’ai reçu étions entassés dans les bâtimentsun coup de fil de J.-L. Lions : il vou- du 1er cycle de la faculté des scien-lait contribuer à ce plan en créant ces. RFIA était dans une partie duune nouvelle unité de recherche en 5e étage, en vase clos. Nous avonsLorraine adossée au Crin. L’année eu la chance, contrairement àsuivante, Jean-Marie Proth s’est vu d’autres laboratoires, de ne pasconfier la direction de l’unité, avec éclater. Nous y avons gagné en visi-comme assistante Brigitte Pierrard, bilité. ■ V. P.et je suis devenu le premier prési-dent du comité des projets. J’ai été,en quelque sorte, la cheville Nombreouvrière des projets qui se sont de machines connectées Gaston est arrivé au Loria grâce à Jean-Paul sur le pré-internet Haton. Ce robot Nomad 200 était utilisé comme Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en en février 1986 : plateforme expérimentale pour tester les modèles chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception- 2308 développés au sein du projet Syco : fusion de cap- réalisation : Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Tech- en novembre 1986 : teurs, raisonnement temporel et temps réel, pla- noscope (F. Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Griset (« Histoire d’un pionnier de l’in- 5089 nification d’actions, apprentissage et réseaux formatique » paru chez EDP Sciences), Véronique Poi- rel, Céline Sortais. neuro-mimétiques. © INRIA / Photo A. Eidelman
    • 1987 ANNÉE L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA - N O 21 - 28 MAI 2OO7© Ilog Deux pointures à la tête d’Ilog Pierre Haren agé de 34 ans dement dans un projet est le numéro un de l’en- visant à développer un sys- treprise. X-Pont, il a débuté tème Lisp opérationnel sa carrière au ministère destiné au monde de la français de la Mer où il recherche. Le langage Le- a contribué à la création Lisp est ainsi à la fois de l’Ifremer. On dit qu’il un outil de travail et un n’hésitait pas à tester lui- outil de recherche. Bien même certains équipe- que très sollicité par les ments scientifiques en entreprises américaines, plongée sous-marine… Il Jérome Chailloux a désiré rejoint l’Inria en 1983 après rester en France. Grâce à un doctorat passé au MIT. Usenet, il reste néanmoins L’équipe d’Ilog dans leurs locaux de l’avenue Galliéni à Gentilly, avec Jérôme Chailloux, Catherine Granger, Matthieu Devin, Manuel Montalban, Antoine de Montgareuil, Pierre Haren et Odile Chénetier Il y dirige le projet Smeci connecté en permanence comme anciens de l’Inria. consacré aux systèmes à une communauté de multi-experts. Ce sont ses recherche très internatio- qualités de gestionnaire de nalisée et il avoue passer la recherche associées à sa deux heures chez lui cha-L’Inria se lance sur le parfaite connaissance de l’informatique telle qu’on la pratique dans le domaine que soir sur son ordinateur personnel pour répondre à son courrier électronique.marché via sa filiale Ilog de l’intelligence artificielle qui ont amené Alain Ben- Nul doute que les qualités complémentaires des soussan, président de la deux chercheurs mettrontLe 7 avril 1987 – Tournant de l’intelligence logicielle en les synergies qui en résulteront nouvelle filiale, à lui confier Ilog sur la voie du succès.important pour l’informa- pleine croissance mais large- seront précieuses pour la la direction d’Ilog. La démarche des deuxtique française, l’institut ment dominé par des sociétés France qui doit rester vigilante À ses côtés, Jérôme Chail- hommes souligne bien lanational de recherche en nées sur les campus américains. en matière de normalisation. loux, le père du langage de capacité d’adaptation desinformatique et en automati- L’Inria est l’actionnaire majori- On estime en effet que la programmation Le-Lisp, le chercheurs de l’Inria et leurque (Inria) crée sa première taire de la jeune entreprise norme Common Lisp acceptée produit phare d’Ilog, est disponibilité lorsqu’il s’agitfiliale Ilog. Cette jeune entre- dotée d’un capital d’un million par les industriels américains entré à l’Inria sur les traces de s’investir dans desprise pénètre un marché radi- et demi de francs. Dirigée par n’a pas la précision sémantique du projet de conception aventures industrielles. Sicalement neuf – celui de l’in- Pierre Haren et Jérome Chail- suffisante et l’Inria entend agir automatique de circuits toutefois celles-ci restenttelligence logicielle dont elle loux, elle orientera ses activités de manière décidée pour que VLSI dirigé par Jean Vuille- en prise directe avec latire d’ailleurs son nom – grâce vers le conseil et la formation, Lisp conserve à l’avenir une min. Il s’investit très rapi- recherche ■ AB & PGà des années d’investissement et commercialisera des langa- véritable qualité scientifique.de l’Inria dans le domaine des ges et des environnements spé- Pour cela la collaboration aveclangages. Le lancement du pro- cialisés ainsi que des outils de Ilog sera précieuse car ellegramme Formel par Gérard développement de systèmes apportera à l’institut la vision Et pendant ce temps là...Huet au début de cette décen- experts. Cinq départements des industriels clients de sa Mort de l’artiste Andy Warhol – Premier vol de l’Airbusnie avait fait de l’Inria un assureront le développement filiale sur ces questions.acteur majeur dans ce domaine de l’activité : langages (Greg La création d’Ilog est ainsi A320 – Perpétuité pour l’ancien chef de la Gestapo deà l’échelle internationale. La Nuyens), environnements Lisp l’aboutissement d’une logique Lyon Klaus Barbie – Le projet de tunnel ferroviaire sousréalisation du langage Caml en (Mathieu Devin), générateurs de recherche fondamentale la Manche démarre – Suite au référendum organisé sura été un premier aboutisse- de systèmes experts (Patrick permettant la création d’une l’île, la Nouvelle-Calédonie reste française – Signaturement. Dès lors les industriels Albert et Catherine Granger), entreprise capable de commer- du protocole de Montréal de 29 pays pour la réductionréclamèrent à l’institut d’in- conseil (Manuel Montalban) cialiser des produits parfaite- de la production de gaz nocifs pour la couche dozonedustrialiser les logiciels issus de et simulation (Patrice Poyet). ment placés sur le marché – Les pays du « G6 » signent à Paris les Accords duces programmes de recherche. Renault, Aérospatiale, EDF- international. Si de surcroît, Louvre, destinés à enrayer la baisse du dollar US et àCette pression s’est récemment GDF, Bull et Thomson sont comme on l’espère, Ilog verse stabiliser les taux de change – La commission desaccentuée en raison de la noto- particulièrement intéressés par quelques dividendes permet-riété mondiale acquise par le ces nouveaux produits et tant d’améliorer un peu un Nations Unies sur l’environnement et le développementlangage Le-Lisp élaboré par seront les premiers clients budget toujours chiche, la publie le rapport Brundtland intitulé « Our commonJérome Chailloux. Alain Ben- d’Ilog. recherche française sera alors future » qui propose la définition du développementsoussan a jugé qu’il était temps Ilog restera néanmoins en gagnante sur les deux durable.de prendre place sur ce marché étroite relation avec l’Inria et tableaux ! ■ AB & PG
    • LE SAVIEZ-VOUS? L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA Microsoft lance Windows 2.0, la deuxième version de son interface graphique — Apple tente un procès contre (no 21 – 28 mai 2007) Microsoft pour avoir copié en grande partie linterface graphique du Macintosh. Mais Microsoft gagne le pro- cès car auparavant Apple avait copié les idées du PARC —L’US National Science Foundation démarre NSFnet,« Chaque mois, qui deviendra une partie de l’Internet actuel — IBM présente ses PS/2 pour casser le standard du PC et reconquérir des parts de marché : le nouveau bus de données 32 bits, baptisé MCA, est très performant, maisnous réunissions surtout protégé par des droits d’auteur — Apple présente une nouvelle gamme au format desktop, les Mac II, qui offre 6 slots d’extension.chercheurset industriels « Il a fallu de longues discussionspour des conférences pour faire adopter le bioinspiré »sur Le-Lisp » Par Frédéric Alexandre, projet Cortex, INRIA LorraineJérôme Chailloux,cofondateur dIlog Issu d’une formation d’ingénieur nue par ces deux PDG de l’insti- années 1990. Ces travaux conti- en Informatique Industrielle, j’ai tut qui étaient alors respective- nuent aujourd’hui dans l’équipe découvert l’intelligence artificielle ment président de la commission Cortex avec Laurent Bougrain :© Ercim Antipolis. De nombreuses person- et l’informatique théorique grâce Comment mêler le calcul neuro- © INRIA / Photo J. Wallace nes prirent part au développe- aux cours de DEA de Jean-Paul nal avec des manipulations de ment (Jean-Marie Hullot, Mat- Haton et de Jean-Pierre Finance. connaissances explicites ? thieu Devin, Jean Vuillemin, Je souhaitais travailler sur le rai- Ces thématiques sont peu explo- Bernard Serpette, Bertrand Serlet, sonnement et je me suis donc rées et attirent des chercheurs etc.) et Le-Lisp devint un système lancé avec J.-P. Haton en 1987 d’autres horizons comme Domi- à base d’objets, intégrant des dans une thèse qui avait le cer- nique Martinez ou Thomas Voegt- bibliothèques graphiques, très en veau comme objet de recherche. lin. Je m’appuie beaucoup sur la avance sur son temps. Je souhaitais travailler avec les transversalité et j’ai même passé Dès 1984, les centres de recherche biologistes ce qui m’a entraîné sur une maîtrise de psychologie et de industriels se sont montrés inté- des chemins jamais parcourus physiologie afin de pouvoir com- ressés pour acquérir des licences auparavant ; c’est ainsi que je me muniquer aisément avec les spé- d’exploitation et de portage. Face suis intéressé aux approches sym- cialistes de ces disciplines. Cela à ce succès, en 1985, nous avons boliques et à leur lien avec les est indispensable pour pouvoir, créé « Les mardis du Lisp » qui approches numériques. par exemple, innover dans le per- réunissaient chercheurs et indus- Mais les recherches en sciences fectionnement des machines deJ’ai rejoint l’INRIA fin 80, après la triels autour de conférences sur du vivant n’étaient pas encore à calculs parallèles en s’inspirant dudélocalisation de l’université Le-Lisp. Fin 85, plusieurs centai- l’ordre du jour. C’était un sujet vivant. Il faut travailler sur le cal-expérimentale de Vincennes où je nes de licences avaient été émergent à l’époque ; nous étions d’évaluation et directeur scientifi- cul distribué pour faire évoluer lesmenais des recherches en intelli- octroyées. Pierre Haren a été un précurseurs et souvent nous fai- que. Les discussions étaient d’ail- processus et les limites physiquesgence artificielle, notamment sur des premiers à avoir l’idée de sions figure de gens pas très leurs très enrichissantes car Ber- de miniaturisation. Aujourd’hui,des outils de programmation sym- créer une filiale de l’INRIA dédiée sérieux. Il a fallu de longues dis- nard Larouturrou venait du calcul nous travaillons à l’échelle dubolique appliqués aux arts plasti- au calcul symbolique, idée d’em- cussions avec Bernard Laroutur- scientifique et Gilles Kahn du cal- neurone et nous cherchons àques et à la musique. J’ai été cha- blée soutenue par la direction de rou et Gilles Kahn pour les cul formel et de la théorie. comprendre comment cette entitéleureusement accueilli au l’Institut. Reconnaissons-le, nous convaincre de la nécessité de Bien qu’a priori très fondamenta- de base du cerveau s’organisebâtiment 8. J’étais chargé de n’étions néanmoins pas très sûrs s’orienter vers le « bioinspiré ». les, ces recherches ont par exem- pour communiquer, travailler,concevoir une variante du langage de nous. Il nous a fallu toute l’an- Grâce à plusieurs autres jeunes ple eu des applications dans calculer avec les autres neurones.de programmation Lisp (le lan- née 1986 pour préciser notre pro- chercheurs de l’INRIA engagés le domaine de la sidérurgie en Sciences du vivant, calcul numé-gage symbolique réservé à l’épo- jet de filiale, que nous avons bap- dans la même démarche, cette appliquant les réseaux de neuro- rique et robotique sont étroite-que aux grosses machines) pour tisée Ilog (Intelligence logicielle). thématique a finalement été rete- nes aux laminoirs à la fin des ment liés. ■ S.K.qu’il puisse être porté sur une A la fin de l’année, il ne nous man- © INRIAgrande variété de stations de tra- quait plus que la signature du Jérôme Chailloux et Jean-Marie Hullot testent sur l’ordina-vail. Nous l’avons baptisé « Le- ministre de l’éducation nationale, teur Lisa d’Apple la version de Le-Lisp portée par la sociétéLisp ». Il a rapidement été utilisé à Alain Devaquet. Sa démission, ACT Informatique (1985). J.-M. Hullot a créé par ailleurs leRocquencourt dans le projet de suite à la mort de l’étudiant Malik programme SOS Interface, écrit en Lisp. Les droits sur ceconception de circuits intégrés Oussekine, a retardé notre lance- logiciel ont été rachetés en 1987 par la société NeXTVLSI de Jean Vuillemin, dans les ment de quelques mois, jusqu’au Computer pour laquelle J.-M. Hullot travaillera ensuite etoutils d’aide à la programmation 7 avril 1987. Ilog s’est ensuite créera notamment Interface Builder.du projet Croap de Gilles Kahn, développé très vite. Le mois der-dans les premières versions du nier, Pierre Haren, toujours à lalangage Caml développé par tête d’Ilog a même eu l’honneurGérard Huet et sur beaucoup de de sonner la cloche du Nasdaq àsites de l’INRIA, en particulier New-York pour le vingtième anni-dans le projet sur les systèmes à versaire de l’entreprise et lebase de connaissances (Smeci) dixième anniversaire de son intro-dirigé par Pierre Haren à Sophia duction au Nasdaq. ■ I. B. Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisation : Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Technoscope (F. Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Griset (« Histoire d’un pionnier de l’informatique » paru chez EDP Sciences), Isabelle Bellin, Sabah Khalfa.