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Années 1967 - 1976 de Code source, le petit journal réalisé en 2007 à l'occasion des 40 ans d'Inria. 40 années en 40 numéros et 40 semaines pour retracer l'histoire de l'Institut.

Années 1967 - 1976 de Code source, le petit journal réalisé en 2007 à l'occasion des 40 ans d'Inria. 40 années en 40 numéros et 40 semaines pour retracer l'histoire de l'Institut.

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    • ANNÉE No 1 1967 8 janvier 2007 L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA I.R.I.A. Et pendant ce temps là...Une naissance aux forceps Le professeur Christian Bernard et son équipe réalisent la première public parmi lesquels, outre les domaines spatial ou nucléaire, greffe du cœur – « La figuraient en bonne place l’élec- planète des singes » sort tronique et les grands calcula- sur les écrans – La teurs. Pour aboutir dans ces guerre des six jours domaines de pointe, était-il sti- éclate – Les Beatles pulé, la recherche est indispen- chantent « All you need sable. is love » – L’Agence Aucun consensus ne se déga- Nationale pour l’Emploi geait cependant sur la forme que prendrait un tel institut. Tout le est créée en France – monde s’accordait sur les rela- Charles De Gaulle lance tions privilégiées que l’institut à Montréal « Vive le devrait tisser avec l’industrie. Québec libre ! » - Mort Mais fallait-il l’intégrer dans le de Che Guevara. Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), créer un L’OTAN au centre des débats à l’Assemblée Nationale en1966 © Keystone France Centre National de l’Informati- valorisation de la recherche et le que et de l’Automatique C.N.E.X.O. pour l’exploitationLe 3 janvier 1967 – Le nouvel Ce vote clos le long débat qui a (C.N.I.A.) à l’image du Cnes des océans, et a mené au voteInstitut de recherche en informa- accompagné la genèse du pro- pour le spatial ? Après de lon- du 2 décembre. La Commissiontique et automatique, l’I.R.I.A., jet. La question de la création gues hésitations, il fut décidé des affaires culturelles et socia-voit enfin le jour ! Officiellement d’un Institut de recherche en que le futur I.R.I.A. devrait être les souligne l’originalité des nou-créé ce 3 janvier, le projet d’insti- informatique et automatique a un organisme d’un genre nou- veaux instituts comme l’I.R.I.A.tut était discuté depuis le été évoquée pour la première veau. L’indépendance d’un insti- qui se situent à proximité du30 novembre dernier à l’Assem- fois par le Conseil consultatif de tut public est, dans la tradition privé et préfigurent de nouvellesblée nationale, avant d’être la recherche scientifique et tech- française, assez limitée dans les relations entre secteur public etadopté à main levée à 1 h 50 du nique (C.C.R.S.T.) le 12 février faits. D’où, sans doute, un pro- industrie. Les rapports parlemen-matin le 2 décembre. Le projet a 1966, reprenant en cela certai- jet de dépenses internes assez taires insistent de leur côté sur lesuscité une large approbation, nes des idées lancées l’année limité, destiné à conjurer le sort. retard français et donnent quel-même si François Mitterrand, précédente par la commission À l’automne, la nomination d’un ques pistes de recherche,pour l’opposition, et Alain Peyre- des sages dirigée par Jean Saint- Délégué à l’informatique a com- comme l’informatique médicalefitte, pour la majorité, ont Geours, directeur de la Prévision plété le nouveau paysage institu- à propos de laquelle est citééchangé quelques arguments au Ministère des Finances, pour tionnel. La phase parlementaire Michel Laudet qui pourrait, desur la nécessité de créer un Cen- faciliter et accélérer la recherche a alors débuté par un projet de source bien informée, se voirtre national d’informatique et industrielle en France. Le loi, le 16 novembre 1966, por- confier la direction du tout jeuned’automatique plutôt qu’un sim- C.C.R.S.T. énonçait alors les tant sur les fonts baptismaux I.R.I.A. ■ AB & PGple institut. sujets devant mobiliser l’effort l’I.R.I.A., l’A.N.V.A.R. pour la Un réformateur à la tête du Conseil Scientifique de l’I.R.I.A.C ’est à André Lichnero- wicz, grand savant etorganisateur de la recher- causa de nombreuses uni- versités étrangères. Il prend ses nouvelles fonctions au fossé qui s’est creusé entre l’évolution de la dis- cipline et son enseigne- « club » afin que la France puisse affirmer sa présence dans l’informatique mon-che, qu’a été confiée la pré- après avoir assuré la direc- ment, André Lichnerowicz diale. À cet effet, le jeunesidence du Conseil scien- tion de la Commission entend mettre en avant à institut doit être doté detifique du tout jeune d’enseignement des mathé- l’I.R.I.A. la formation des moyens suffisants, insiste leI.R.I.A. Cet homme de 52 matiques de l’Union hommes, plus complexe et Professeur au Collège deans affiche simplicité et Mathématique Internatio- plus urgente, selon lui, que France, visiblement inquietfranc-parler, bien qu’il soit nale de 1962 à 1966 et la les seuls enjeux matériels des moyens modestes dévo-normalien, membre de direction de la Commission liés au Plan Calcul. Pour lus à l’institut pour sa pre-l’Académie des Sciences, sur la réforme de l’ensei- cela, l’I.R.I.A doit accueillir mière année de fonctionne-professeur au Collège de gnement des mathémati- des personnes d’horizons ment. ■ AB & PGFrance et docteur honoris ques en 1966. Très sensible divers à la façon d’un
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA « Il n’y avait qu’un seul téléphone « J’ai pour 25 chercheurs. » réalisé LE SAVIEZ-VOUS? Pierre Népomiastchy, responsable Asie à la direction Je me souviens être arrivé en voi- fournitures, pas de secrétaires ! Pas grand chose en fait, excepté le premier 1962 : En France, Philippe Dreyfus invente le mot informa- des relations internationales. ture, l’été 1967, avec Claude Lemaréchal qui travaille aujour- les locaux qui avaient servi aux Américains lorsque Rocquen- contrat tique pour désigner la science du traitement de l’information d’hui à Grenoble. Fraîchement diplômé de l’ENSEEIHT (École court abritait les forces armées de l’Otan : gymnase, piscine, tennis, industriel » et des ordinateurs. ■ 1964 : Création du code ASCII, nor- nationale supérieure électronique squash, terrain de football. Il n’y Americo Marrocco chercheur dans le projet Bang malisé en 1966 par l’ISO, pour informatique et ingénierie avait pas non plus de cantine — à l‘INRIA Rocquencourt simplifier l’échange de don- hydraulique de Toulouse), je nous déjeunions à la cantine nées entre ordinateurs. IBM venais pour effectuer ma thèse Thomson CSF occupée aujour- J’ai effectué mon DEA de maintient sa propre norme pro- sous la direction de Michel Laudet d’hui par l’entreprise Mercedes — mathématiques appliquées priétaire EBCDIC — Lance- qui était aussi le directeur général et on voyait encore des images de sous la direction de J.-L. Lions ment du super ordinateur CDC de l’IRIA. Bien qu’arrivé parmi les cowboy et de Mickey dans les sal- en 1968 avant d’être stagiaire 6 600 développé par Seymour tout premiers, je n’étais pas les de bain et toilettes, avec le de recherche puis chercheur Cray — IBM inaugure, avec le encore considéré comme un papier hygiénique américain IRIA. J’étudiais à l’époque des lancement de la série des ordi- chercheur officiel de l’institut, car dont chaque feuille était estam- problèmes liés à l’électro- nateurs IBM 360, le concept je n’étais pas payé par l’IRIA ! Je pillée Property of the US govern- technique, ce qui m’a amené d’une lignée d’ordinateurs bénéficiais d’une bourse de la ment. à réaliser, en 1971, le premier compatibles entre eux. Cette Délégation générale à la recher- Nous étions proches de nos direc- partenariat industriel avec série eut un grand succès che scientifique et technique teurs qui étaient nos anciens pro- SEV – Marchal, l’ancêtre de commercial. ■ 1965 : Premier (DGRST). Ce n’est qu’après une fesseurs à l’université. Il faut dire Valeo. Ce contrat industriel super ordinateur à architecture escale d’un an à Moscou, que je que nous n’étions pas très nom- portait sur la simulation de vectorielle : l’ILLIAC IV de Bur- suis devenu, en 1970, chercheur à breux à faire de la recherche infor- machines tournantes et s’est rough — Digital présente le l’IRIA. matique à l’époque. Seulement concrétisé grâce au beau- PDP 8, le premier mini ordina- Ma thèse portait sur la résolution deux écoles préparaient à l’ingé- frère d’Alain Bensoussan qui teur. ■ 1966 : Création de la des équations aux dérivées par- nierie informatique : les écoles était directeur de recherche première console de jeu vidéo, tielles. Nous avions peu de supérieures de Grenoble et de dans cette société et travail- la Magnavox Odyssey ■ moyens pour travailler : il n’y avait Toulouse. Et nous étions aussi un lait à la conception de telles 1967 : Débuts de la télévision qu’un seul téléphone — celui de peu privilégiés parce que le gou- machines. On avait pour en couleurs en France — IBM Jacques Louis Lions — pour l’en- vernement souhaitait ardemment objectif d’analyser, par la construit le premier lecteur de semble des 25 chercheurs pré- que l’informatique se développe simulation numérique, le sents à Rocquencourt, pas d’ordi- et que la France puisse y jouer un comportement du champ disquettes — Le département nateurs (évidemment), pas de grand rôle. ■ JG magnétique à l’intérieur d’un informatique de l’université de© INRIA / Photo Alexandre Eidelman alternateur et d’en tirer des l’Utah, numérise la Coccinelle d’Ivan Sutherland pour une« C’était une grande famille » fonctions annexes utiles à la vie de l’institut. Le mercredi, il m’est informations pour en amé- liorer le rendement. imagerie informatique en 3Françoise Feneck, arrivé de m’occuper une partie de De manière générale, je tra- dimensions.responsable du service RH de l’unité de recherche de Rocquencourt la journée des enfants du person- vaillais sur des ordinateurs Les chercheurs, quant à eux, nel à la « garderie de l’IRIA ». J’ai mono utilisateurs appelés étaient recrutés par les responsa- aussi vendu des tickets pour la C.I.I 90-80 et C.I.I 10 070 installés au centre de calcul. On était bles scientifiques. Leurs contrats cantine. J’ai même, avec d’autres, une dizaine à perforer des cartes pour ces ordinateurs. Ces der- étaient de courte durée et renou- repeint les barrières entourant la niers exécutaient les codes que nous développions pour effec- velés en fonction de leurs travaux, piscine où le personnel se réunis- tuer les simulations numériques, mais ils ne pouvaient pas mais très rapidement ils ont été sait le week-end. Tout cela contri- interpréter graphiquement les résultats. L’arrivée de l’ordina- remplacés par des contrats de buait à renforcer les liens entre les teur graphique Apollo en 1983 a changé beaucoup de choses, © INRIA / Photo Véronique Debry longue durée comme le reste du gens. ■ JG notamment l’interprétation graphique ! ■ JG personnel. À l’époque, un contrat de travail était une simple lettre d’engagement avec le nom, le sta-Je suis arrivée à l’IRIA en décem- tut, la durée et c’est à peu près tout. IL Y A UN MARCHÉ MONDIAL POUR PEUT-ÊTRE 5 ORDINATEURS Thomas Watson, patron d’IBM, 1943bre 1967 comme secrétaire de En 1968 on était une centaineHenri Gautier, le chef du person- environ, dont 60 chercheurs :nel. Au début, je m’occupais du tout le monde se connaissait !secrétariat et de l’exécution des L’estafette qui nous emmenaitcontrats de travail. L’IRIA avait depuis la gare de Versailles Rivevocation à recruter, et tout était à Droite était conduite par Marcelconstruire. On recrutait sur CV ou Thibaut qui travaillait égalementpar connaissance ; la décision aux services généraux. Plusieursfinale était prise par le chef du familles étaient logées sur le site, àpersonnel ou le responsable du l’endroit de l’actuel bâtiment 27 : L’ENIAC est l’ordinateur de réfé-service administratif et financier. les Thibault, les Simian, les rence des années 1940. Ses 17468 Righetti, etc. Certains de leurs tubes remplissaient une salle de 170 m2 ce qui aurait fait dire auDirecteur de la publication : M. Cosnard. Rédacteur en chef : enfants sont d’ailleurs nés sur le patron d’IBM, Thomas Watson,S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard,C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisation : campus ! Travailler à l’IRIA, en 1943: « il y a un marché mon-Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Lau- dial pour peut-être 5 ordina-rent, iconographie : L. Calderan)-Technoscope (F. Breton). c’était un peu comme se retrouver teurs»Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Griset (Histoirede l’INRIA à paraître chez EDP Sciences), J. Gramage. en famille. Certains exerçaient des © US Army photo
    • ANNÉE No 2 1968 15 janvier 2007 L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA Polémiqueautour de l’installation de l’I.R.I.A. dans la capitaleLe 8 janvier 1968 — Voici trois nagé sans se préoccuper demois maintenant que les pion- l’état des lieux qu’elles laissaientniers de l’I.R.I.A. ont pris posses- derrière elles. Il n’existe pas desion de leurs locaux au camp de plan exact du site. Les installa-Voluceau. Convoquée pour une tions sont toutes à revoir : lepremière visite, la presse décou- chauffage est obsolète, levre des baraquements peu adap- réseau d’eau fuit, l’assainisse-tés à un centre de recherche ! En ment est à refaire, le réseau télé-effet, cet ancien camp militaire phonique intérieur a disparu etqui servait de base à l’O.T.A.N. le réseau électrique comprenddepuis juillet 1951 n’a été libéré trois voltages dont aucun n’estque très récemment après la aux normes françaises. Dans cesdécision du général de Gaulle de conditions, on peut se poser laquitter le Commandement inté- question de l’utilité des dépen-gré de l’organisation en 1966. ses engagées pour un ensemble © O.T.A.N.Un certain nombre de bases un si peu fonctionnel et d’entretienpeu partout en France (Evreux, Le S.H.A.P.E. quitte la France : descente des drapeaux des 15 pays membres de lO.T.A.N. (30 mars 1967) si onéreux. ■ AB & PGChaumont, Villefranche-sur-Mer, etc.) ont pu ainsi être réem- d’autant que le nouveau Prési- est vitale pour l’économie fran-ployées à partir d’avril 1967, le dent de l’I.R.I.A. vient de la cité çaise. Rocquencourt fut doncplus souvent à usage militaire rose. Le fait que la C.I.I., clé de adopté en attendant une autre Et pendantmais aussi quelquefois civil. Roc- voûte du plan calcul, doive s’im- solution… par exemple dans lequencourt, bien situé d’un point planter dans l’ouest parisien et sud-ouest. ce temps là...de vue automobile sur l’auto- que l’I.R.I.A ne saurait être trop L’emplacement suscite quelquesroute de l’ouest, était occupé par éloigné des ressources et des convoitises et l’I.R.I.A. n’a Jean-Claude Killy rem-le S.H.A.P.E. (Supreme Head- centres de décision de la capi- obtenu que les deux tiers de la porte 3 médailles d’orquarters Allied Powers in tale ont finalement eu gain de superficie du camp militaire aux JO d’hiver en skiEurope), le quartier général des cause. Une implantation à Orsay visité par la presse ce 8 janvier. alpin – Martin Lutherforces alliées en Europe. avec d’autres instituts d’infor- Une partie est occupée par les King est assassiné – LesC’est après un combat de haute matique a été envisagée mais en sapeurs-pompiers de Paris et Shadoks entrent à lalutte que l’I.R.I.A. a obtenu ces fin de compte le camp de Volu- une autre par l’école allemandelocaux. La Délégation à l’Amé- ceau, à Rocquencourt, a été de Saint-Cloud. Développer l’ins- télévision – Les événe-nagement du territoire, la Datar, retenu. Le Comité de décentrali- titut ici ne sera pas simple. Pour ments de mai 1968créée en 1963, était tout à fait sation a jugé ce choix « regretta- ceux qui utilisent les transports éclatent – « 2001 l’odys-opposée à une implantation en ble eu égard à la politique en commun, les gares de Versail- sée de l’espace » sortrégion parisienne et souhaitait d’aménagement du territoire » les sont éloignées. Surtout, les sur les écrans français.une installation sur Toulouse, mais il a considéré que l’affaire troupes de l’O.T.A.N. ont démé- Robert Galley quitte la Délégation à l’Informatique L e départ annoncé de Robert Galley est devenu bien réel avec son l’homme idéal pour diriger la nouvelle institution. Robert Galley avait aupa- formatique n’a que de loin- tains rapports avec le domaine nucléaire qu’il scientifique et des ques- tions atomiques et spatia- les. Alors que l’on dit remplacement à la tête de ravant largement contribué connaissait si bien. Robert Galley proche de la Délégation à l’informati- à la réussite du programme Élu député de l’Aube puis Michel Laudet, certains se que par Maurice Allègre ce nucléaire français avec la nommé Ministre de l’Équi- demandent si le départ de 30 septembre 1968. Ce fils construction de Marcoule pement et du Logement en celui qui l’avait nommé et de médecin né en 1921 à et de Pierrelatte de 1958 à juillet dernier, c’est tout dirigeait son conseil d’ad- Paris, avait été nommé en 1966. Promu à la tête de la naturellement que l’on ministration ne risque pas octobre 1966 à ce poste où Délégation à l’Informati- pense à lui pour la charge de fragiliser la position per- son parcours exceptionnel que, Robert Galley mettra de Ministre délégué auprès sonnelle du directeur de de scientifique et de en œuvre le Plan calcul du Premier ministre, l’I.R.I.A. ■ AB & PG Image extraite d’une interview de Robert Galley par patriote faisait de lui avec vigueur, même si l’in- chargé de la Recherche François de Closets en 1968 / © Ina - Archives pour tousArchives Ina 1968.
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA « Nous allions chercher LE SAVIEZ-VOUS? les listings en voiture 1968 — Aux États-Unis, le pro- jet Arpanet est créé. Les solu- à Saclay » tions techniques proposées (une communication décentra- par Michel Martin informaticien au centre de documentation lisée par paquet) permettent de l’INRIA Sophia Antipolis de concevoir un système J’ai intégré l’équipe de Daniel confiées aux pupitreurs pour met- d’échange des données par Beaulieu au centre de calcul de tre au point les programmes. C’est l’emploi d’un réseau tissé. l’institut en novembre 1969 et, au centre de calcul également Réaction d’AT & T : « c’est croyez-moi, il fallait avoir la foi, qu’étaient traitées les payes du aussi stupide que de mettre le parce que mon salaire se voyait personnel (en langage Cobol). pétrole dans des tasses à café diviser par deux par rapport à la Au milieu des années 1970, nous pour le transporter dans un banque américaine pour laquelle avons travaillé pour la première pipeline ». Anecdote rapportée je travaillais alors comme pupi- par Katie Hafner et Matthew treur place Vendôme ! Mais j’avais Lyon dans leur livre Where envie de progresser dans le milieu Wizars stay up late. de l’informatique. N’ayant que le certificat d’études, j’avais suivi des cours du soir au CNAM pour m’assurer une formation plus solide en informatique et c’est à l’IRIA que se faisaient les travaux« Cette époque a été pratiques de programmation enune des plus grisantes Fortran. Quand je suis arrivé, il n’y avait fois sur du matériel à distancede ma carrière » « Vos enfants que deux ordinateurs 10 070 mis au point par la CII et on peut dire (IBM 2780), appelé à l’époque le « remote batch », en liaison avecpar Sacha Krakowiak, vivront entourés que leur fonctionnement pendant le centre de calcul du CEA à Saclayprofesseur à l’UJF à Grenoble et membre du projet Sardes , de machines ; plus d’un an a été très aléatoire ! qui disposait d’un IBM 360-91. il faut En fait, l’IRIA servait de banc d’es- Lorsque nous avions besoin d’uneJ’ai vu mon intégration à l’IRIA en période de cogitation d’autant qu’ils les comprennent sai à la CII qui y testait son maté- grosse puissance de calcul, nousmai 1968 comme une occasion de plus intense que l’ordinateur de riel. Ce fut le cas ensuite des soumettions les programmes à et soientchanger d’orientation profession- développement d’Esope – un CII machines IRIS 50 et IRIS 80. Ce cet ordinateur et nous allions avec elles familiers.nelle. Ingénieur du génie mari- 10 070 de 512 K de mémoire cen- matériel était impressionnant : chercher en voiture les listingstime depuis cinq ou six ans, j’uti- trale et 10 Mo de disque ! – ne pou- Les machines traitent l’unité centrale du calculateur sortis de l’imprimante !lisais les ordinateurs pour le vait être livré par la CII, au mieux, très mal ceux 98/80 pesait environ 2, 5 tonnes Nous n’avons disposé d’un sys-dépouillement d’essais et la com- que 18 mois plus tard. Dans l’at- qui ne les aiment pas.» pour une puissance inférieure à tème Multics (Honeywell Bull)mande de systèmes. Le projet de tente de la machine, l’équipe s’est un PC de bureau actuel. qu’au tournant des années 1980. Extrait de Lettres à l’inconnue, 1936,développer un système en temps formée à son nouveau domaine, a André Maurois. Les chercheurs écrivaient des C’était le début du « time sharing »partagé baptisé Esope (système travaillé à la conception rigou- programmes en Fortran sur et de l’installation de consoles –opérationnel qui serait capable de reuse du système en prenant soin papier qui étaient ensuite repris en nombre limité encore – dans legérer 20 terminaux ou périphéri- de tout noter par écrit et a posé et par des perforatrices sur des car- bureau des chercheurs. ■ RMCques en parallèle) était un vérita- formalisé tous les concepts du tes perforées. Ces cartes étaientble défi. Je me suis lancé dans système d’exploitation. Soudésl’aventure avec Claude Bétourné,Jean Ferrié, Claude Kaiser et Jac- et motivés, nous travaillions concentrés sur nos objectifs LA SOURIS EN BOIS En décembre 1968, 18 chercheurs ont présenté lorsques Mossière, sous la responsa- scientifiques. Chacun contribuait d’une conférence des sociétés d’informatique à l’uni-bilité de Henri Boucher qui cha- aussi bien à la conception qu’à la formatique auprès des politiques versité de Stanford en Californie un « indicateur depeautait la direction de recherche programmation pour assurer le n’était pas très bonne et l’IRIA position X-Y pour système d’affichage ». La démons-structure et programmation des suivi et la compréhension du sys- n’avait pas encore le statut et la tration dura 90 minutes devant un public de 1 000calculateurs à l’IRIA. tème par toute l’équipe – ce qu’on crédibilité qu’il a acquis par la personnes. Cet ancêtre de la souris était en bois etNotre toute nouvelle et jeune a appelé plus tard le mode « ego- suite. Et il n’y avait pas de transfert possédait deux roues : l’une pour se déplacer hori-équipe s’est installée dans le bâti- less programming ». Même sans technologique vers la CII tel que le zontalement et l’autre verticalement. Doug Engelbartment 8 de Rocquencourt qui implémentation matérielle, l’arti- prévoyait le Plan calcul. En juillet est l’inventeur de cette souris.n’était pas encore aménagé. Il y cle sur les concepts d’Esope a été 1972, la délégation à l’informati-avait toujours le bar des GI améri- accepté au second symposium que a décidé d’arrêter le projetcains et la secrétaire s’était instal- international sur les systèmes Esope alors que le système étaitlée derrière le comptoir. Partant d’exploitation, à Princeton en opérationnel. Deux équipesde zéro, l’été 1968 a été une octobre 1969. À l’arrivée de la (compilateur PL/1 interactif et machine, en février 1970, la ver- systèmes graphiques) l’utilisaient sion 0 du système a été implé- comme support. Dix ans plus mentée et opérationnelle en un tard, nous avons retrouvé dans Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédacteur en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.- mois. Cette époque a été l’une des VAX VMS (l’un des meilleurs sys- A. Enard, C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisation : Direction de la communica- plus intenses et grisantes de ma tèmes des années 80) les princi- tion/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconogra- phie : L. Calderan)-Technoscope (F. Breton). Ont carrière. pes d’allocation de ressources collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Griset (His- Malgré la renommée grandis- développés dans Esope, ce qui toire de l’INRIA à paraître chez EDP Sciences), M. Collin, R.-M.Cornus. sante de l’équipe, l’image de l’in- montre leur pertinence ! ■ MC DR
    • ANNÉE No 3 1969 22 janvier 2007 L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIALe Plan calcul sormais la majorité des partici- pations. La C.G.E., dirigée par Ambroise Roux, recentre ses efforts dans le domaine du télé- phone, que l’on devine très pro- réussite ou illusion ? metteur, mais conservera un œil attentif sur ce qui se passe dans l’informatique. Les adversaires d’un plan jugéLe 16 décembre 1969 — Trois fréquemment trop étatique neans après la création en décem- sont pas convaincus par ce nou-bre 1966 de la Compagnie Inter- veau dispositif et restent trèsnationale pour l’Informatique sceptiques quant à la réelle(C.I.I.), le bras armé du Plan cal- capacité de la C.G.E. et decul, les résultats sont-ils à la hau- Thomson de coopérer loyale-teur des espérances ? La gamme ment. D’autres en revanche sou-d’ordinateurs développée par haitent donner du temps à unl’entreprise nationale, de la projet ambitieux alors que lespetite machine P1 au puissant premiers signes d’une véritablecalculateur P4, a pris un réussite semblent apparaître.immense retard. En voulant éla- Maurice Allègre, successeur deborer des matériels en rupture Robert Galley à la tête de laavec la technologie américaine, Délégation à l’informatique, sou- l’Iris 80 ©Bulltout en occupant le plus rapide- tient la jeune entreprise et la jugement possible le terrain pour évi- sur la bonne voie. Les résultats Le premier ordinateur Iris 80 (programme P3 du Plan Calcul) est présenté à la Délégation informatiqueter qu’I.B.M., faute de concur- le 30 décembre 1969 avec un an de retard. sont cependant modestes. Avecrent, n’établisse une position à peine 10 % du marché natio-commerciale inexpugnable, la çaises du secteur électronique se Le « Yalta » de l’électronique nal et 1 % du marché européen,C.I.I. se serait-t-elle épuisée ? penchaient sur son berceau. La intervenu cet été, devrait apaiser il reste une longue route à par-Pourtant, les efforts déployés par Compagnie Générale d’Electri- les affrontements entre les deux courir avant que la C.I.I. ne soitla Délégation à l’informatique cité et la C.S.F. sont, avec rivales. Thomson-C.S.F., présidé en mesure de rivaliser avecpour permettre à l’industrie fran- Schneider, ses principaux action- par André Danzin, détient dé- I.B.M. ■ AB & PGçaise de rivaliser avec les entre- naires. Si les jeunes mariés ne seprises américaines de ce secteur sont engagés que modestementsemblaient avoir porté leurs (66 millions de francs), l’État, Et pendant ce temps-là...fruits. Le projet d’entreprise artisan des épousailles, les a Georges Pompidou succède au général De Gaullenationale, adopté en conseil des dotés généreusement et a démissionnaire – Le 21 juillet à 3 h 56 (heure française)ministres en juillet 1966 à l’insti- avancé plus de 500 millions de l’homme pose pour la première fois le pied sur la lune –gation du Commissaire au Plan francs pour lancer les activités. Premier vol aux États-Unis d’un Boeing 747, le plusFrançois-Xavier Ortoli, devait Aujourd’hui, nombre d’observa- grand avion de ligne du monde – Naissance du Jazz-s’appuyer sur le potentiel indus- teurs s’accordent cependant Rock avec comme figure emblématique Miles Davis –triel existant en l’organisant pour juger le bilan décevant. Il se Premier vol du supersonique franco-britanniquedans le cadre d’une politique murmure que l’entreprise seraitnationale cohérente. Tout por- rongée par des querelles internes Concorde 001 en France – Première implantation d’untait à l’optimisme puisque les et que ses principaux actionnai- cœur artificiel aux États-Unis – Ouverture du 1er festivalplus grandes entreprises fran- res auraient du mal à s’entendre. hippie à Woodstock aux États-Unis. Un médecin mathématicien à la tête de l’IRIA L e nouveau président de l’I.R.I.A. est enfin connu. Il se nomme Michel four promise à un grand avenir. Diplômé de l’École Nationale Supérieure de titulaire de la chaire d’hé- matologie, déterminera le choix de sa thèse de méde- départ de Robert Galley, peu de temps après la nomination de M. Laudet à Laudet et vient de Tou- l’Enseignement Techni- cine en bio-anthropologie la tête de l’I.R.I.A., l’am- louse où il est né en 1921. que(1), Michel Laudet est « Contribution à l’étude pleur des tâches et leur Remarqué par le Délégué professeur à l’université de des méthodes de calcul des diversité, la présence de à l’informatique, Robert Toulouse depuis 1960 après fréquences géniques ». Ins- personnalités scientifiques Galley, du fait de sa dou- avoir soutenu une thèse sur tallé à Rocquencourt, au caractère bien trempé ble formation en mathéma- le calcul numérique appli- Michel Laudet souhaite sont autant de circonstan- tique et en médecine, il qué à l’optique électroni- logiquement que la méde- ces qui risquent de compli- s’intéresse tout particuliè- que. Sa rencontre avec le cine ait une place de choix quer la tâche du médecin rement à l’informatique professeur Jacques Ruffié, parmi les recherches pluri- mathématicien toulousain. médicale, discipline carre- (1) ENSET, aujourd’hui ENS Cachan. disciplinaires. Toutefois, le ■ AB & PGPhoto INRIA
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA« Miria a validé « Je faisais les poubelles des chantiersl’ordinateur personnel pour récupérer quelques clous et vis... »avant qu’IBM par Pierre Châtelet, ancien chef des services généraux de l’INRIA, Rennesne le découvre » J’étais chargé de recherche et du mal à condenser le fréon. Pour sants. De plus, les marchés avecpar Alice Recoque, développement de tubes à ondes éviter une baisse de rendement les entreprises ne pouvant toutancienne responsable des architectures de machines à la SEA progressives chez Thomson- des climatiseurs, il fallait pulvéri- prévoir et les contraintes admi-et du projet Mitra15 à la CII. Varian à Paris lorsque j’ai été ser de l’eau sur les échangeurs, ce nistratives étant importantes niers, heureux de la grande liberté contacté par l’IRIA au printemps (passage obligatoire par le dont ils jouissaient pour conti- 1969 pour mettre en place les ins- contrôle financier du CNRS à nuer à inventer, sans les contrain- tallations techniques du centre de Paris même pour les commandes tes qu’imposait l’industrie nais- calcul au Bâtiment 7. Comme le de petits consommables), j’étais sante. centre de calcul devait héberger obligé de faire les poubelles des Robert Flexer, polytechnicien des ordinateurs français de chantiers pour récupérer quel- musicien plein de fougue, réalisa grande puissance pour l’époque, ques clous et vis nécessaires pour avec ardeur la partie matérielle de cela demandait des moyens tech- les petits travaux annexes ! Les la machine. Toute la logique était niques importants : courants sta- bâtiments, distribués en cham- réalisée avec des diodes au ger- bilisés et climatisations devaient brées pour les troupes du Shape, manium, le silicium n’ayant pas fonctionner 24 heures sur 24 et étaient dans un état pitoyable : ali-Je connaissais bien Paul Gloess. encore totalement convaincu. 365 jours sur 365. Une surveil- mentations et distribution électri-Nous avions travaillé plus de 10 Claude Masson, Françoise Bec- lance permanente était néces- qui avait permis la pousse de cres- que, sanitaires, chauffage, liaisonsans ensemble à la SEA (Société quet, Lucien Censier y travaillè- saire car tout arrêt intempestif son sur la terrasse... téléphoniques et informatiquesd’électronique et d’automa- rent. Christian Riguet, câbleur aurait provoqué des pertes de Je me suis également occupé, avec le centre de calcul, solstisme), où sous la direction de émérite, réalisa les prototypes de programmes et des pannes du sous la direction de l’architecte dégradés, plafonds qui s’effon-François Henri Raymond nous ce qui devait devenir des circuits matériel informatique. Les M. Temporel, des installations draient, peintures, mobiliers, etc.,faisions avancer l’informatique imprimés, si l’on dépassait machines étaient arrêtées un jour techniques du domaine, puis, tout était à refaire sans parler defrançaise. Paul Gloess inventait l’unité... La maquette de Miria a par an pour la maintenance et sous la direction du chef des servi- la nécessaire reconfiguration desans cesse, il débordait d’idées fonctionné. Elle a préfiguré l’in- c’était difficile à programmer car ces généraux M. Dubois que j’ai l’espace. Le manque de plans etqu’il nous soumettait en perma- formatique personnelle et les réa- il y avait toujours un besoin remplacé à son départ à la retraite de schémas fiables des installa-nence, créant ainsi une émulation lisations futures dans le domaine urgent de l’ordinateur ce jour là ! en 1975, des travaux de bâtiment. tions existantes nous a valu quel-salutaire. Lorsque la SEA fusionna du temps réel. Elle a inventé l’or- En été, les aérocondenseurs de la Vu l’état de délabrement de cer- ques surprises lors des recherchesavec la CAE pour devenir la CII, il dinateur personnel avant qu’IBM climatisation installés sur la ter- taines installations, les crédits de câbles électriques souterrainsfut nommé directeur de recher- ne le découvre. ■ A-M. M rasse du centre de calcul avaient d’investissement étaient insuffi- défectueux ! ■ CSches au tout nouvel IRIA. Il me fitl’amitié de me consulter sur ses « Je n’ai pas peur des ordinateurs.projets. Il souhaitait tout d’abordque l’IRIA s’implique dans le J’ai peur qu’ils viennent à nous manquer. » LE SAVIEZ-VOUS?hardware en réalisant des Isaac Asimov, scientifique et écrivain américain ■ avril 1969 – La mise en placemaquettes probatoires. Par ail- des normes qui régiront Internetleurs, le Plan calcul ne soutenant s’amorce avec la toute premièrepas les petits ordinateurs, il fallaitpoursuivre ailleurs la voie ouverte Le premier Mitra Request for Comments (RFC) émise par Steve Crocket. Unepar le CAB 500 de la SEA, à savoir est né en 1971 à la CII. Il était conçu pour remplacer le petit ordinateur CII 10 010. RFC est un document public quil’intérêt d’une petite machine Après labsorption de la CII par Honeywell-Bull en 1975, le Mitra a été produit par la permet d’établir les normes etconversationnelle, préfiguration Société européenne de mini-informatique et de systèmes (SEMS) jusquen 1982. Sa standards des réseaux et d’In- fabrication se faisait à Crolles (Isère). ternet. Écrite par un spécialiste,de l’informatique personnelle.L’IRIA était pour cela la structure elle est ensuite validée par unidéale. L’accent fut donc mis sur ensemble d’experts. Ce premier document illustre l’aspect colla-l’environnement périphérique boratif qui préside au dévelop-associé à un tel concept : console pement d’Internet et en consti-de visualisation, machine à écrire tuera l’esprit. ■ septembreélectrique, light pen, etc. Et l’ar- 1969 – Le premier nœud de rac-chitecture fut adaptée à ce type de cordement d’Arpanet est ins-fonctionnement. tallé dans l’université de Colum-J’ai suivi le projet depuis la CII, où bia (état de New-York. Lesje menais une réflexion sur les premières données sont échan-architectures de machines. J’ai gées à une vitesse de 50kbits/s,même rejoint l’équipe pendant le réseau est composé de 4quelques mois, avant d’être rap- ordinateurs.pelée à la CII, pour mettre enœuvre le projet Q0 qui devintensuite MITRA 15. Directeur de la publication : M. Cosnard. RédacteurTout naturellement, ce sont des en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.- A. Enard, C. Genest, J. Gramage, A. Garot.membres de la SEA qui ont rejoint Conception-réalisation : Direction de la communica- tion/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconogra-cette équipe, soucieux de pour- phie : L. Calderan)-Technoscope (F. Breton). Ontsuivre l’œuvre accomplie dans un collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Griset (Histoire de l’INRIA à paraître chez EDP Sciences),domaine dont ils étaient les pion- A.-M. Militan, C. Sortais. DR
    • ANNÉE No 4 1970 29 janvier 2007 L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIAÉlectrochoc pour l’I.R.I.A.Le 7 décembre 1970 — Après réalisations. « Le but de cette l’émergence d’un Bonaparte ? – expérimenter le fonctionnementmoins de quatre années d’exis- nouvelle organisation », a expli- provoque en effet quelques trou- de cette nouvelle organisation. »tence, l’I.R.I.A. redéfinit ses qué André Lichnerowicz, « est bles. Une trop forte concentra- Si les avis semblent donc parta-modalités de fonctionnement. d’éviter l’installation d’une struc- tion du pouvoir est d’évidence gés quant à la viabilité à longLes nouvelles structures de terme de cette réforme, tout lerecherche de l’institut ont été monde en revanche s’accordeprésentées au Conseil Scientifi- pour l’interpréter comme uneque de l’I.R.I.A de ce 7 décem- marque de défiance à l’égard dubre. « Il est apparu que la struc- directeur Michel Laudet. Malgréture en départements, adaptée à ses qualités, le directeur dela phase de démarrage, ne l’I.R.I.A. s’est sans doute montréconvenait plus à un effectif du insuffisamment présent et n’apersonnel de recherche attei- pu, faute de poids scientifique etgnant 150 personnes », a déclaré institutionnel, peser réellementAndré Lichnerowicz, le président face aux personnalités majeuresdu Conseil Scientifique. Mais de l’institut. Le fait de n’être nicette décision pourrait égale- grand mathématicien ni informa-ment viser à faire taire les criti- ticien, gage d’impartialité faceques qui soulignent le manque aux rivalités que certains s’in-de réactivité de la structure et quiétaient de voir poindre entres’inquiètent du manque d’homo- les deux communautés, l’a affai- © INRIAgénéité d’un trop grand nombre bli et isolé. Si l’on peut prédire à La nouvelle crise qui secoue l’I.R.I.A. n’empêche pas les délégations étrangères de se succéder à l’institut,d’équipes de recherche. comme celle des Japonais (ci-dessus) au centre de calcul de Rocquencourt. l’organisation en projet, adoptéeLe dispositif proposé porte une par les plus grandes institutionsvision plus moderne de la recher- ture pyramidale fixe, de permet- crainte ici ou là, notamment pour de recherche américaines, unche qui sera désormais organisée tre une structure légère et plus la répartition du budget. Finale- avenir certain, le Directoire nesur la base d’unités appelées souple, et de prévenir l’instaura- ment un échelon intermédiaire a semble pas, en revanche, appelé« projets ». À chaque projet tion de chapelles ». La nouvelle été introduit avec les Directeurs à perdurer. Il pourrait bien prépa-seront rattachés un objectif pré- organisation, qui supprime Scientifiques et semble avoir été rer un changement à la tête decis, une équipe travaillant à l’échelon intermédiaire des res- décidé pour calmer ces inquiétu- l’institut, changement appelé detemps plein ou à temps partiel, ponsables de département, a des. Se voulant rassurant, André leurs vœux par un nombre crois-un chef de projet responsable, suscité quelques remous. L’idée Lichnerowicz conclut, non sans sant de personnalités proches dudes moyens, un échéancier de d’un Directoire – craindrait-t-on sagesse : « Il reste, bien sûr, à dossier. ■ AB & PG Marcel-Paul Schutzenberger Et pendant nommé au Directoire de l’I.R.I.A. ce temps- là... M arcel-Paul Schutzen- berger a été nommé, avec Messieurs Boucher, free language. En algèbre, il influence profondément la théorie des semi-groupes et son goût pour une certaine ironie et pour les paradoxes. Très critique à l’égard du Ionesco est élu à Lichnerowicz et Lions, au collabore avec S. Eilenberg concept d’intelligence artifi- l’Académie fran- directoire qui assistera le sur une théorie des variétés. cielle, prompt à engager le çaise – Salvador Directeur de l’I.R.I.A. dans À l’I.R.I.A., il dirige le débat et ne détestant pas la Allende est élu la période difficile que département Logique et polémique, c’est donc une président du Chili traverse l’institut. Mathé- théorie des automates où il personnalité au charisme maticien de talent et méde- explore avec Maurice Nivat indéniable, mais peu portée – Mission spa- cin, Marcel-Paul Schutzen- des domaines qui peuvent sur les problèmes adminis- tiale Apollo 13 – berger écrit, en 1955, un apparaître très abstraits, tratifs et le protocole, qui Naissance du article très remarqué Une comme celui des monoïdes, contribuera désormais, au MLF en France – théorie algébrique du mais qui n’en contribuent sein du nouveau Directoire, codage puis publie avec pas moins à des avancées à la définition des grandes Mort de Jimmy Noam Chomsky, en 1963, le fondamentales pour la pro- orientations de l’I.R.I.A. ■ Hendrix et Janis théorème essentiel du nou- grammation des ordina- AB & PG Joplin veau domaine du Context teurs. Ses élèves soulignent© INRIA / Photo Studio 9
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA« Tout le monde avons acheté des IRIS 80 puis en 1980 des Multics. Un jour, j’ai « Ce fut une rupturemettait la main à la pâte » même été chargée de trouver « un tambour dans un tiroir » (supplé- technologique pourpar Anne-Marie Laroche,direction des affaires financières de Rocquencourt ment de mémoire) ! C’est en 1972, avec l’arrivée d’An- l’analyse fréquentielle » dré Laguionie — ancien chef de par Michel Depeyrot, service aux P&T et organisateur PDG de Dolphin integration à Grenoble hors pair — au poste de secrétaire général que l’embryon de struc- l’automatique était vue comme ture administrative, mise en place une discipline théorique et l’in- dans l’urgence en 1968, s’est ratio- formatique, orientée programma- nalisé. Chaque semaine, nous tion, comme l’affaire des indus- avions une réunion avec un triels. contrôleur financier et un agent La mission de mon équipe était de comptable très pédagogues. Nous développer l’architecture des apprenions avec eux comment ordinateurs et un noyau de sys- monter les gros dossiers qui pas- tème d’exploitation pour le temps saient devant la Commission de réel. Il fallait faire émerger une l’informatique, organisme de qualité théorique suffisante pour contrôle des choix budgétaires. que l’informatique ne soit plus du De 1980 à 1986, en tant que chef bricolage et y appliquer l’automa- du service juridique et statistique, tique. Nous avions acheté un ordi- André Laguionie a également jeté nateur 22 bits de Télémécanique, les bases d’une comptabilité ana- J’étais ingénieur à la Compagnie conçu à Crolles (Isère), pour le lytique (l’actuelle comptabilité internationale pour l’informati- contrôle en temps réel. La lenteur fonctionnelle). que (CII, qui deviendra Bull par la des ordinateurs imposait un tra- Grâce aux réunions générales suite) lorsque Pierre Faurre, fon- vail théorique approfondi sur les hebdomadaires avec la direction dateur du Centre d’automatique algorithmes de base avant de lan- générale, nous étions au courant de l’École des mines de Fontaine- cer une expérimentation sur lesJe travaillais au service conten- formatique et de l’automatique), de tous les dossiers en cours et bleau, me propose, en 1970, de le ordinateurs. En première applica-tieux d’une grande compagnie les anciens militaires étaient très tout le monde mettait la main à la rejoindre pour constituer son tion, l’équipe a développé le pre-d’assurance où tout était bien présents : le chef du personnel pâte. C’est seulement en 1987, équipe à l’IRIA. Il entendait déve- mier programme français deréglé. Un jour, j’ai répondu à une était par exemple un ancien capi- quand le siège a été séparé des lopper, à la demande de Jacques transformation de Fourier rapide,petite annonce de l’IRIA dans le taine d’aviation. Un peu plus âgés UR, que nous avons cessé de faire Louis Lions, le volet automatique généralisé à la décomposition enFigaro, et je suis arrivée le 1er que nous, les militaires appor- tout dans tous les services.■ CA de l’IRIA et faire le lien avec le puissance de n’importe quelmars 1970. J’ai été surprise de taient des méthodes et une cer- volet informatique. J.-L. Lions nombre entier pour EDF à Cla-découvrir un vrai campus améri- taine aura à l’institut. C’était dans avait en effet une vision fédéra- mart ; ce fut une rupture techno-cain où les tongs et les chemises la logique du plan calcul. Le « bug » trice des domaines et des cultures logique pour l’analyse fréquen-indiennes étaient de mise. Au SAJ, nous nous occupions de informatique scientifiques et industrielles. Mais tielle.Nous étions une petite vingtaine négocier, rédiger et conclure les ce n’était pas gagné d’avance ! Les notions de temps réel discon- se réfèredans les services administratifs marchés publics pour un budget Pierre Faurre a constitué une tinu, cest-à-dire d’automatique aux insectes qui,dont trois au service des marchés de 13,5 millions de francs. Je suis équipe de cinq automaticiens, discrète, ont donné naissance àet des affaires juridiques (SAJ) arrivée à l’époque où l’IRIA s’équi- dans les années 1940, dont Erol Gelenbe, un américain l’architecture des ordinateurs et àsous la direction de Françoise pait en gros calculateurs. Jusqu’à provoquaient spécialiste des modèles par files l’électronique d’aujourd’hui. EnBaquiast. L’ambiance « PME » m’a la création du site de Sophia, cela des pannes d’attente ; j’y contribuais comme définitive ce n’est que par lestout de suite plu : nous avions a constitué le plus gros poste d’in- en venant s’immoler directeur de recherche une jour- applications et les besoins destous entre 25 et 35 ans et tout le vestissements. Mon premier dos- sur les tubes née par semaine tout en restant industriels que la convergencemonde touchait un peu à tout. sier a été l’achat à la CII — notre lumineux employé de la CII. L’ambiance de entre automatique et informati-C’était un drôle de bazar ! Il fallait principal interlocuteur — d’un des premiers départ n’était pas très chaleureuse que a pu se réaliser, essentielle-mettre en place les cadres de tra- ordinateur 10 070 pour les quatre du fait de la différence de cultures ment en microélectronique. Et je ordinateurs.vail. À l’IRIA et au CEPIA (centre départements de recherche de entre informaticiens et automati- suis toujours resté fidèle à cetted’étude et de promotion de l’in- Rocquencourt. En 1978, nous ciens. On avait du mal à se parler : mixité ! ■ MC Le C10070 était une machine orientée calcul scientifique. Elle dispo- LE SAVIEZ-VOUS? ■ 1970 : Intel lance la première puce ; elle sait de mots de 32 bits, d’un contient léquivalent de 1024 tores de ferrite adressage par octets, et de 7 très encombrants sur un carré de 0.5 mm de registres d’index. Il s’agissait côté (capacité : 1kBit soit 128 octets) — le en fait d’un ordinateur SDS parc informatique français dépasse les 4 500 (Scientifc Data Systems) unités – Digital Equipment Corporation lance Sigma 7 qui est devenu, la ligne de mini-ordinateurs PDP-11 après son rachat par Xerox, le XDS (Xerox Data Systems) Sigma 7, mais munie d’un système d’exploitation totale- Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédacteur en chef : S. Casade- mont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, C. Genest, J. Gramage, ment remanié par les équipes A. Garot. Conception-réalisation : Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Technoscope (F. de l’I.R.I.A. Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Griset (Histoire de l’INRIA à paraître chez EDP Sciences), C. Acharian, M. Collin.
    • ANNÉE No 5 1971 5 février 2007 L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIASecond Plan calcul : insensible à l’idée d’indépen- dance informatique européenne, elle se retrouve en effet « lâchée » par son allié américaince sera l’alliance allemande ! Radio Corporation of America (R.C.A.) et redécouvre de la sorte les charmes d’une solida-Le 3 décembre 1971 — La nou- rité au sein de la C.E.E. Malgrévelle n’est encore qu’officieuse. les doutes de ceux qui, enIl est cependant désormais France, s’inquiètent de voir uneacquis qu’en janvier prochain la société de taille assez réduiteC.I.I. signera un accord de par- s’allier à un géant comme Sie-tenariat très étroit avec le géant mens, les négociations s’accélè-allemand de l’électricité et de rent. Elles aboutissent à unl’électronique Siemens. On se accord de partenariat Siemens-souvient que Maurice Allègre, C.I.I. qui sera signé en janvierDélégué à l’informatique, avait prochain. Celui-ci intègre lesdû batailler ferme pour obtenir domaines techniques et com-un renouvellement du Plan cal- merciaux et ouvre de larges pers-cul. La première convention pectives pour des entreprises qui photo © Bullavait, il est vrai, suscité de nom- se sont entendues pour fabriquerbreuses critiques. Les doutes une gamme homogène d’ordina- Le 4 juillet 1973 seront signés les accords C.I.I., Siemens et Philips. De gauche à droite à la table de confé-exprimés étaient largement ins- rence : B. Plettner (président du directoire de Siemens A.G.), P.H. Le Clercq, H.A.C. Van Riemsdijk et Ir. A.E. teurs. La mise en œuvre de l’ac- Pannenborg (vice-président, président et membre du conseil de direction de N.V. Philips Glœilampenfabrieken),pirés par une vision plus « libé- J. Gaudfernau, M. Barré et R. Gest (DGA, PDG et directeur général de la CII) et P. Richard (PDG de Thomson). cord ne sera sans doute pasrale » qui militait pour que l’État aisée pour autant. La secondes’engage de manière moins pro- convention du Plan calcul pré-noncée dans l’économie du la Grande-Bretagne dispose Il fallait donc, après des mois cise en effet que la C.I.I. devra,pays. Moins de grands projets et d’une entreprise de haut niveau, d’efforts, chercher une autre en tout état de cause, rester maî-plus d’Europe, telle semblait être fortement soutenue par la puis- solution. Faute d’Anglais, l’hypo- tresse de la conception, de lala doctrine qui devait condam- sance publique, les administra- thèse Siemens est dès lors consi- production et de la commerciali-ner le dispositif. tions et les firmes nationalisées dérée comme correspondant le sation de produits suffisammentAu printemps, Georges Pompi- achetant systématiquement ses mieux aux objectifs du Plan cal- représentatifs de la totalité de ladou a finalement arbitré en matériels. Au cœur de l’été les cul. L’entreprise est européenne, gamme pour que la France soitfaveur d’un second Plan calcul négociations s’étaient intensi- elle est massivement soutenue dotée d’une véritable entreprisecouvrant la période de 1971 à fiées et les épousailles sem- par son gouvernement et sa soli- nationale d’informatique. Nul1974, à la condition expresse blaient en bonne voie. La farou- dité financière, adossée à un doute que l’accomplissementque celui-ci s’internationalise au che volonté des Britanniques de grand groupe ne peut susciter d’une telle ambition relèvera, àplus vite. L’option britannique a conserver le leadership techni- aucune inquiétude. L’entreprise un moment ou à un autre, dedans cette perspective tenu que dans la future alliance fit allemande est de surcroît deve- l’équilibrisme… ■ AB & PGlongtemps la corde. Avec Inter- cependant capoter l’affaire l’au- nue depuis peu très ouverte ànational Computers Ltd. (I.C.L.) tomne venu. l’idée d’une alliance. Jusqu’alors Et pendant Maurice Allègre, ce temps-là... Création d’un ministère délégué à l’informatique de l’Environnement en France – Indépendance M aurice Allègre, 38 ans, aurait pu faire une carrière dans le l’indépendance de l’Al- gérie en 1962 remit les compteurs à zéro. Mau- est donc placé sous sa tutelle. Maurice Allègre est aussi président de la du Bangladesh – L’URSS lance la première station pétrole. Diplômé de rice Allègre entreprit de commission permanente spatiale habitée – Mort l’École polytechnique changer le cours de sa de l’électronique du d’un des pères fonda- puis de l’École nationale carrière en entrant en Plan. Homme de carac- teurs du jazz Louis supérieure des pétroles 1964 dans le cabinet tère, il a ses idées sur et des moteurs, il a en ministériel de Valéry le destin de l’I.R.I.A. Armstrong – Le Congo effet commencé sa car- Giscard d’Estaing puis et souhaite orienter le est rebaptisé Zaïre – Le rière dans un « fief » du de Michel Debré, tous Plan calcul vers des film de Stanley Kubrick Corps des Mines : la deux ministres des actions opérationnelles « Orange Mécanique » direction des carburants Finances ayant aussi en et des coopérations euro- du Ministère de l’indus- charge les affaires écono- péennes. Michel Laudet est projeté pour la pre- trie. C’était une époque miques. Puis, en 1968, il devra désormais en tenir mière fois à New-York et où la France se voyait devient Délégué à l’in- compte. ■ AB & PG déchaîne les passions. puissance pétrolière mais formatique et l’I.R.I.A.Photo YAN
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA« André Danzin tenta son d’hôtes (l’actuel bâtiment « Nous avionsde me convaincre 20), etc. Il fallait assumer le poids du passé et, notamment, gérer le une vue sur toutesd’acheter un billard bon fonctionnement pompe à essence de l’armée d’une les offres nouvelles » américaine (située sur l’emplace- par Jacques Cessens,français » ment actuel des navettes), en parfait état de marche à condi- direction des systèmes informatiques à l’Unedic, ancien directeur du CTIpar Guy Fayolle, tion de disposer d’un stock suffi-projet Preval, INRIA Rocquencourt sant de pièces de 5 francs ! de communication et les proto- © INRIA / Photo A. Eidelman Une mission traditionnelle coles d’échange de données. La essentielle : l’organisation de l’ar- recherche la plus en amont était bre de noël ! Cet événement ras- susceptible d’avoir un impact sur sembleur par excellence repré- le marché trois à quatre ans plus sentait pour moi le discours le tard… À l’époque, il n’y avait pas plus stressant de l’année : cette de standard de marché ; il fallait foule d’enfants, yeux grand faire de vrais choix politiques et ouverts, exerçait une pression l’IRIA travaillait beaucoup à la particulièrement intense, plus standardisation internationale. forte en tout cas que celle que je DR Nous avons travaillé de concert pouvais ressentir dans les confé- Le Centre technique de l’infor- sur les protocoles de transport de rences scientifiques devant des matique (CTI) était hébergé par données publiques, avec Trans- pairs... L’Agos apportait égale- l’IRIA ; nous étions salariés de pac, la filiale de France Telecom ment des solutions efficaces et l’IRIA mais nous étions directe- dédiée au transport de données. sérieuses au traitement des ment sous la responsabilité de la Quand j’ai pris la tête du CTI en demandes sociales, avec un volet direction des industries électro- 1978, il y avait une cinquantaine comptabilité particulièrement niques (DIELI) du Ministère de de personnes, et seulement trois délicat à gérer. l’industrie. Le CTI était un outil femmes. Nous partions en mis- En contact permanent avec le du Plan calcul, le relais d’une sion de six mois à un an chez lesLe 15 mars 1973, la liste des can- Dans cette période active de la vie directeur André Danzin, nous politique d’informatisation très grands comptes publics : ANPE,didats présentée par l’intersyndi- politique française, les syndicats avons souvent fait l’expérience volontariste… L’État passait des douanes et ministères. Notrecale CGT-FEN est élue pour for- de l’IRIA affichaient une belle de sa volonté de faciliter la convi- commandes de matériel à la méthode d’analyse et de concep-mer le nouveau CA de l’Agos. Il vitalité et les échanges idéologi- vialité entre les membres de société française Bull, pour accé- tion de systèmes d’information an’est pas exagéré de parler de ques y étaient passionnants. Un l’IRIA. Un jour, au cours d’une lérer l’informatisation des gran- été plébiscitée par la professionmini-séisme car les équipes pré- temps fort fut l’embauche de entrevue à caractère a priori très des administrations publiques et a formé des générations d’in-cédentes avaient eu la réputation Madame Cristallin en 1974, col- technique, il tenta de me tout en soutenant l’industrie formaticiens. Il s’agit de(peut-être exagérée) d’être une laboratrice compétente avec convaincre d’acquérir un outil française. En 1977, ce marché MERISE©, dont j’ai déposé lasimple émanation de la direction laquelle nous eûmes moult susceptible de créer des liens préférentiel s’est traduit par un marque en 1978. Nous faisionsgénérale. Je me souviens d’ail- conversations philosophico- entre les personnes et qu’il avait engagement d’achat de cinq mil- également l’évaluation des pro-leurs que la direction du person- politiques épicées… lui-même expérimenté avec cer- liards de francs de matériel infor- positions techniques d’appelsnel avait même discuté (à tort !) Le travail ne manquait pas puis- tains de ses collègues de la matique à la société Honeywell- d’offres nationaux, comme celuila validité de certaines procura- que, outre la gestion des œuvres DGRST de l’époque : un billard Bull sur cinq ans. En contrepartie de l’Éducation nationale concer-tions (dont celles de Gérard Huet sociales, l’Agos s’occupait de français ! En fait, au-delà de l’ap- de cette contrainte, l’État comp- nant l’installation de 10 000et de Jean Vuillemin !), puis tout l’ensemble de la chaîne de res- parent côté bourgeois de l’usten- tait sur le CTI pour accompagner microordinateurs dans les lycées.était rentré dans l’ordre. Le len- tauration (avec son gérant histo- sile, c’était une excellente idée ces administrations dans le déve- C’était intéressant, parce quedemain, j’étais élu président, rique M. Plantadis), de certains qui malheureusement ne vit loppement ou la refonte de leur nous avions une vue sur toutesGeorges Ouanounou vice-prési- personnels qu’elle rémunérait jamais le jour... ■ VC système d’information. C’était les offres nouvelles, alors que ledent, et Paule Touzeau secrétaire. directement, de l’ancienne mai- une société de services qui offrait marché de l’informatique n’en ses prestations gratuitement aux était qu’à ses balbutiements. En services publics. 1980, le CTI a disparu avec la Le succès du réseau expérimental Arpanet a presque aussitôt Ceci ne nous empêchait pas création de l’Agence de l’infor- entraîné la création des listes de diffusion. Lune des premières avec d’entretenir des relations suivies matique. Beaucoup de mes collè- un volume de messages très importants fut SF-LOVERS, dédiée à la avec les chercheurs de Rocquen- gues ont monté par la suite leur discussion entre fans de science fiction. court qui analysaient les réseaux société de services. ■ CA L’Intel 4004 LE SAVIEZ-VOUS? Création des langages PASCAL et C – Lancement de la première version d’Unix – À En novembre 1971, Intel met en vente le premier micropro- l’IRIA, L. Pouzin contribue à l’invention du datagramme, pièce essentielle de la trans- cesseur conçu par Marcian mission par paquet qui ne nécessite plus l’immobilisation d’une voie de communica- Hoff. Baptisé Intel 4004, c’est tion comme le protocole américain (Host-Host) de l’époque – Le journaliste Don Hoe- un circuit à 16 pattes qui intè- fler parle pour la première fois de la Silicon Valley dans une série d’articles dans la gre 2 300 transistors et fonc- revue Electronic News – Le réseau Arpanet est constitué de 23 ordinateurs sur 15 tionne sur 4 bits à la cadence sites différents reliés par des liaisons à 50 kbits/s. de 108 kHz. Il est capable de gérer 60 000 opérations à la Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédacteur, en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, C. Genest, J. Gra- seconde et coûte 200 dollars. mage, A. Garot. Conception-réalisation : Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconographie : L. Calderan)- Technoscope (F. Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Griset (Histoire de l’INRIA à paraître chez EDP Sciences),© 2007 Intel Corporation C. Acharian, V. Coronini.
    • ANNÉE No 6 1972 12 février 2007 L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIANouveau départ pour l’I.R.I.A.! tion et d’Information (SEFI), doi- vent être renforcées dans la limite des moyens octroyés. Voilà donc le jeune institut parti sur de nouvelles bases et avecLe 25 février 1972 – L’I.R.I.A., des missions plus explicites. Sondont on avait craint un moment nouveau président André Danzinla disparition, est bien présent a repris le triptyque de base quidans le nouveau dispositif pro- définit l’originalité de l’institut :posé par le conseil interministé- recherche, diffusion et forma-riel de ce 25 février, et son instal- tion. « Il n’existe pas d’expé-lation à Voluceau n’est plus de rience semblable en France ou àl’ordre du provisoire. Depuis l’étranger », assure-t-il, « et, parquelques temps déjà, l’I.R.I.A., conséquent, pas de modèle surcherchait un équilibre entre ses l’expérience duquel l’entreprisemissions liées au Plan calcul et pourrait s’appuyer. » Mais il luisa propension à développer une faudra aussi faire comprendrerecherche de valeur. On ne pou- aux chercheurs que les nouvel-vait parler de contradictions les missions de l’I.R.I.A. aurontmais d’un système complexe à un caractère moins universitairegérer qui était voué à se réfor- et plus tourné vers le monde © INRIA / Photo Studio 9mer après quelques années industriel, économique et social.d’existence. Le conseil intermi- La question des moyens, si sou-nistériel, suite aux réflexions vent évoquée par le passé, risqueentamées l’année dernière, La passation de pouvoir de Michel Laudet à André Danzin se passe dans la bonne humeur de se poser à nouveau. Aucune à la cafétéria de l’I.R.I.A., à Rocquencourt, le 1er juin 1972charge un Comité Consultatif de assurance en effet n’a été don-la Recherche en Informatique Michel Laudet prend une signifi- Jacques-Louis Lions, et la liaison née quant au montant des cré-(C.C.R.I.) de dessiner les grands cation évidente. L’I.R.I.A. doit avec les activités du Plan calcul dits destinés au « faire-faire » ettraits de la politique nationale mieux collaborer avec les entre- relève du S.E.S.O.R.I. (Service de à l’assistance extérieure et quidans ce domaine et confie à prises et ne pas essayer de se Synthèse et d’Orientation de la ont toutes les chances de sel’I.R.I.A., l’exécutif du C.C.R.I., la substituer à ce qu’elles font Recherche en Informatique) révéler insuffisants. Aucune cer-mission de soutenir et dévelop- (l’I.R.I.A. doit faire faire). Les dont la direction est confiée à titude non plus concernant leper les projets pilotes. nouvelles structures de l’institut Michel Monpetit, l’homme de moment où les décrets d’appli-L’I.R.I.A. est reconduit mais avec sont là pour le confirmer. La confiance du nouveau président cation sortiront. Pour certains, ilun état-major totalement renou- recherche doit désormais se et du délégué à l’informatique. faudra très certainement atten-velé. La nomination d’un indus- concentrer au L.A.B.O.R.I.A., D’autres entités, comme le Ser- dre l’année prochaine. Signe quetriel, André Danzin, à la tête de dont la direction est confiée vice Technique Informatique toutes les questions pendantesl’institut en remplacement de à un éminent mathématicien, (S.T.I.) ou le Service de Forma- ne sont pas réglées ? ■ AB & PG Et pendant André Danzin : ce temps-là… un industriel à la tête de l’I.R.I.A. Le premier sommet de la Terre s’ouvre à C ’est à André Danzin que Maurice Allègre a confié les rênes d’un ins- calcul. Il prend ses fonc- tions à la tête de l’I.R.I.A. le 28 juin après avoir Lions (L.A.B.O.R.I.A.) : les deux équipes s’alimen- teront de leurs succès Stockholm – L’affaire du Watergate éclate titut quelque peu chahuté quitté la C.S.F. (qui a respectifs, explique-t-il aux États-Unis sous la par les critiques. Ce poly- fusionné avec Thomson) à qui veut l’entendre. présidence de Richard technicien âgé de 53 ans a suite à son désaccord per- Dans cette perspective, il Nixon – 11 athlètes isra- effectué la plus grande sistant avec le nouveau s’attachera à maintenir partie de sa carrière au président, Paul Richard. l’I.R.I.A. à une taille « rai- éliens sont abattus pen- sein de la C.S.F. (Compa- Pour relancer la dynami- sonnable » et favorisera la dant les Jeux Olympi- gnie générale de télépho- que de l’I.R.I.A. et privilé- mobilité des chercheurs. ques de Münich – Les nie sans fil) qu’il a inté- gier les recherches « uti- En tout état de cause, il lui États-Unis et l’URSS grée en 1943. Il a joué, à les », André Danzin faudra trouver les ajuste- partir de la fin des années dispose d’une grande ments adéquats car les signent les accords Salt 1950, un rôle crucial dans expérience industrielle équilibres au sein de la – Lancement en France les dossiers les plus impor- tout en étant proche du jeune institution restent de la troisième chaîne tants de l’industrie fran- monde de la recherche. quelque peu instables. de télévision – Sortie de çaise, participant notam- Il entend s’appuyer sur ■ AB & PG ment à l’élaboration et à Michel Monpetit (S.E.S. la Renault 5. la mise en œuvre du Plan O.R.I.) et Jacques-Louis© INRIA
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA « Avant 1972, « Michel Laudet faisait l’informatique pratique s’opposait la navette pour aller aux mathématiques appliquées » quai Anatole France » par Jean-Jacques Lévy par Yvette Allenté, chef du service budget à l’INRIA jusqu’en 1993 Manna ou D. E. Knuth, l’école vement. Au début, seuls les d’informatique théorique est mathématiciens, théoriciens de de faire des journées de douze arrivée en Europe vers 1971-1972 l’informatique, nous rejoi- heures. par le biais des étudiants qui fai- gnaient. Petit à petit, nous avons En février 1968, le chef du person- saient leur PhD aux États-Unis : vu arriver de vrais informaticiens. nel (M. Gauthier), le chef du ser- Jean-Marie Cadiou, Jean Vuille- Vers 1976-1977, la petite commu- vice financier (M. Colin) et le min, Gilles Kahn. Il y a eu aussi le nauté de l’informatique théori- secrétaire général (M. Siriex) ont rapprochement avec l’école des que s’est de nouveau scindée : été grièvement blessés dans un langages formels de Paris VII une partie s’est consacrée à la accident de voiture devant Parly créée par Marcel-Paul Schutzen- logique, aux schémas de pro- II. Pendant six mois, l’institut a dû berger, dont le fils spirituel était grammation récursifs, au lambda fonctionner sans eux. M. Laudet Maurice Nivat. calcul, à la vérification ; une autre nous a alors incités à rencontrer © INRIA / Photo J. Wallace Deux mouvements se sont créés : (Philippe Flajolet, Jean Vuillemin les contrôleurs financiers (M. Je suis arrivé en même temps que l’un sous la houlette de Jean- qui est ensuite parti à Orsay fon- Magnol, M. Bouchard et leur Francis Prusker et Jean Vuillemin, Marie Cadiou (dont je faisais par- der le LRI) s’est intéressée aux adjointe Mlle Bascle), les contacts en 1969, à la suite d’un « amphi tie), l’autre sous celle de Maurice algorithmes et à l’analyse de la DR dans les ministères et à prendre retape ». La SNCF, EDF, tout le Nivat avec, notamment, Philippe complexité. Dans mon domaine des responsabilités. Tous ces gens monde défilait à l’X en promet- Flajolet, Gérard Huet et Jean- (le lambda-calcul), peu de Je suis arrivée à l’IRIA, de retour étaient prêts à nous aider et nous tant des gros salaires. Pas l’IRIA. Marc Steyaert. On passait notre monde s’intéressait à la question. du Sahara où mon mari, officier, ont beaucoup appris. Le premier Jacques-Louis Lions avait fait un temps à se contrer au cours des Dans les conférences, il y avait dix avait été affecté jusqu’en 1967. La budget réel a été celui de 1968 cours et j’en étais resté bouche colloques et à se regarder en personnes là où aujourd’hui on route qui menait au camp était mais nous n’avons commencé à y bée. Avec Pierre Faurre, ils avaient chiens de faïence dans le bâti- en réunirait deux cent cinquante. toute petite, les pompiers étaient voir clair qu’en 1970. J’ai tenu les parlé du premier avion spatial X- ment. Vers 1974, avec l’arrivée de Du point de vue de Jacques Louis à la porte et faisaient le gardien- comptes au petit poil et en 1970 15, nous avions visité l’IRIA et, à Gérard Berry, Bernard Lang, Lions, il y avait « trop de géné- nage des grands bâtiments. j’ai été nommée chef de section, la suite de la visite, nous étions Bruno Courcelle, et Véronique raux » dans le bâtiment 8. Pour- C’était plutôt sinistre mais on puis, en 1980, chef du service embauchés. Tout le monde s’est Donzeau-Gouge, et grâce à la tant, il y a eu surtout de belles sentait que c’était le début de budget. Quand François Mitter- précipité pour me dire que c’était volonté fédératrice de Gilles réussites. Jean Marie Cadiou est quelque chose et que tout était à rand est arrivé au pouvoir et a une bêtise. Kahn, nous nous sommes rap- parti chez IBM San José. Jean- construire. Tout le monde se demandé un état des finances de À mon arrivée, je n’avais même prochés. Marie Hulot a été débauché par connaissait et il y avait une vraie la France (rapport Bloch-Laisné), pas ma thèse (je l’ai passée en Nous étions un petit groupe Steve Jobs (un des fondateurs connivence entre nous. Le direc- j’ai été chargée par Jacques-Louis 1978). Après 3 ans au projet d’une quinzaine de personnes à d’Apple) pour développer Nexts- teur, Michel Laudet, faisait lui- Lions de fournir ce rapport pour Esope (systèmes d’exploitation), travailler sur la sémantique des tep, la future interface de Mac OS même la navette pour aller à l’IRIA en consolidant les comptes je suis arrivé au bâtiment 8 pour langages de programmation. Les X. Louis Mounier a créé Alta Vista Paris, quai Anatole France, faire sur la période 1967-1981. assister à la naissance de l’école deux centres européens dans la et c’est du bâtiment 8 qu’Ilog est signer les bordereaux au contrô- Petit à petit, l’institut a pris de française d’informatique théori- discipline — plus performants parti. C’est encore dans ces murs leur financier. En 1973, mon mari l’ampleur, les différents services que. Avant 1972, l’informatique même que Stanford — étaient que nous avons créé Caml et a pris la tête des services géné- ont pris de l’importance et se sont pratique s’opposait aux mathé- Edimbourg et Rocquencourt. réparé Ariane 5 en 1996 (avec raux et nous avons emménagé scindés. Les repères se sont matiques appliquées. Suite à Manna et d’autres Edimbour- Alain Deutsch qui a ensuite co- dans le bâtiment de l’entrée (bâti- déplacés et la ferveur du début l’impulsion de théoriciens améri- geois venaient nous rendre visite. fondé Polyspace Technologies). ment du courrier). Habitant sur s’est peut-être un peu diluée… cains, comme R. Floyd et Z. Nous faisions rayonner ce mou- ■ CA place, il m’arrivait régulièrement ■ CA Loin du contenu solennel des premiers messages télégraphiques ou téléphoniques, le premier message envoyé dun ordinateur à un autre n’aurait eu pour texte que la première ligne d’un clavier LE SAVIEZ-VOUS? Invention de la messagerie électronique : Lawrence Roberts décide de QWERTY… creuser l’idée de message électronique initiée par Ray Tomlinson quel- ques mois auparavant. Pour ce faire, il conçoit un système qui permet© Photo NASA de trier les messages, d’y répondre, de les transférer. Les principales fonctions de la messagerie sont alors fixées. — Création du premier langage orienté objet, SmallTalk par Alan Kay au Xerox PARC. — Nolan Bushnell crée avec un ami l’entreprise Atari avec comme objectif de développer des jeux vidéos. Il veut développer un jeu de conduite, mais face à la complexité de la tâche, il lance finalement le développe- ment de « Pong ». Le X15 En 10 ans, de 1958 à 1968, le X-15 établit en fait le trait d’union entre l’air et l’es- Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, C. Genest, pace et accumula les données scientifiques nécessaires à la réalisation de la J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisation : Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Technoscope (F. Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Griset (Histoire de l’INRIA à paraître chez Navette Spatiale. Le X-15 fut le premier avion spatial. EDP Sciences), C. Acharian.
    • ANNÉE No 7 1973 19 février 2007 L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIALe L.A.B.O.R.I.A.: un État dans l’État ?Le 3 décembre 1973 – La créa- sions qui lui conviennent plustion du L.A.B.O.R.I.A. et la nomi- directement. On isole ainsi lenation de Jacques-Louis Lions germe d’une recherche définieà sa tête ont marqué, l’an der- par ses détracteurs comme tropnier, l’affirmation d’une entité fondamentale et qui risquerait,« Recherche » bien identifiée au avec un leader comme Lions, desein de l’I.R.I.A. L’organigramme contaminer à terme l’ensemblequi inclut le L.A.B.O.R.I.A. dans de l’institut.l’I.R.I.A. et subordonne Jacques- Si une telle interprétation ne peutLouis Lions à André Danzin, relever que de l’hypothèse, le faitle président de l’institut, ne doit qu’aucune perspective d’accrois-cependant pas faire illusion : sement des moyens n’ait étéJ.-L. Lions a rapidement pris donnée aux activités dirigées par © INRIAune très large indépendance et Jacques-Louis Lions est enn’est rien d’autre, aujourd’hui, Jacques-Louis Lions (à gauche) en grande discussion scientifique avec son proche collaborateur revanche une réalité. Pour cette Alain Bensoussan (au centre) et Erol Gelenbe (à droite)que le véritable patron de son année, aucun accroissement dulaboratoire. personnel n’est envisagé et tousCe grand mathématicien a déjà ment la réalisation du pro- qui, après avoir soutenu leur les projets voient leurs effectifsprofondément imprimé sa mar- gramme. Il a privilégié de la sorte thèse aux États-Unis, apportent stagner ou même régresser. Laque à « son » laboratoire. Aux un modèle d’organisation à plat des concepts nouveaux autant création de nouveaux projets estmultiples départements peuplés lui permettant de superviser qu’une réactivité et une exigence à l’heure actuelle impossible.d’un directeur et de un ou deux directement l’ensemble des équi- scientifiques sans pareilles, Avec un effectif de 80 cher-chercheurs, Jacques-Louis Lions pes de recherche. Les collabora- contribuant au rayonnement du cheurs, le L.A.B.O.R.I.A. est ainsia substitué des équipes de taille tions, les synergies et les redé- laboratoire. très loin des objectifs évoquéséquivalente et organisées autour ploiements rapides en sont On peut cependant se demander par le ministère du développe-d’un projet. Chacun des qua- favorisés. si cette autonomie n’est pas un ment industriel et scientifique quitorze projets actuels est mené Ce dispositif lui a également per- véritable cadeau empoisonné. En évalue à 100 chercheurs l’effectifpar un binôme composé d’un mis de placer rapidement aux concédant à J.-L. Lions la créa- souhaitable pour le laboratoire.responsable scientifique, person- responsabilités des chercheurs tion d’un laboratoire doté d’une Ce chiffre, bien que modeste – ilnalité extérieure à l’I.R.I.A. qui jeunes et talentueux. Au-delà autonomie indéniable, la déléga- est estimé à 10 % du total fran-oriente et contrôle, et d’un res- des numériciens qu’il connaît tion à l’informatique peut se sen- çais par le syndicat S.N.C.S. –ponsable permanent, salarié de bien, Jacques-Louis Lions pousse tir désormais plus libre de guider semble rester inaccessible.l’institut qui conduit effective- une génération d’informaticiens à sa guise l’I.R.I.A. vers les mis- ■ AB & PG Jacques-Louis Lions : un chercheur dans son siècleL a réussite de Jacques-Louis Lions au L.A.B.O.R.I.A. n’a passurpris ceux qui ont suivi la carrière mathématiques « pures » et « appli- quées » est dénuée de sens. Il prend de la sorte une direction originale professeur à la faculté des sciences de Paris en 1963. Il pose alors les bases d’une véritable école de étroit avec l’industrie. Ces principes prévalent aujourd’hui au sein du L.A.B.O.R.I.A. ■ AB & PGextrêmement brillante de ce norma- en rupture avec l’École bourbakiste mathématiques appliquées danslien, élève de Laurent Schwartz. pourtant dominante à Normale sup. le cadre d’un séminaire d’analyseDès le milieu des années 1950, il Théoricien majeur des équations numérique abrité dans les sous-sols Et pendanttémoigne que la séparation entre aux dérivées partielles, il devient de l’institut Henri Poincaré puis à l’institut Blaise Pascal. Avec une ce temps-là… exigence constante : revenir vers Vietnam : signature des la théorie, tirer de l’action les élé- ments qui, par la recherche la plus accords de Paris pour fondamentale, permettront de faire un cessez-le-feu – Mort évoluer les concepts et de marquer de Pablo Picasso – des avancées réelles pour les mathé- Inauguration du péri- matiques. Son engagement dans l’I.R.I.A., dès phérique de Paris – Le les premiers jours d’existence de Général Pinochet prend l’institut, s’inscrit dans cette logique. le pouvoir par la force Il a alors quarante ans et prend la au Chili – La guerre du direction du département d’infor- matique numérique en veillant à ce Kippour : l’Égypte et la que ses recherches se développent à Syrie attaquent Israël. partir de problèmes réels en lien© INRIA
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA (no 7 - 19 février 2007)« Je voulais décloisonner « Nous travaillions surle monde de l’informatique » des fiches cartonnées »par Marie-Thérèse Bertini par Josette Ginzac,présidente de la SSII MTB, ingénierie générative attachée d’administration à l’agence comptable de l’INRIAJ’ai rejoint l’IRIA pour deux ans en 1973, à une épo- modèles de pensée que cette discipline offrait. La J’ai été engagée comme agentque où l’institut bénéficiait encore de l’enthou- plus grande difficulté de ce projet était, par exem- contractuel administratif au ser-siasme des débuts. Dès mon arrivée, j’ai constaté ple, de convaincre un grand médecin d’accepter un vice de l’agence comptable enque les sujets de recherches étaient particulière- entretien téléphonique avec une « informaticienne » juillet 1971. Je travaillais commement pointus et pas encore ouverts aux autres disci- dans un agenda plein à craquer ; l’interview acquise, aide-comptable sous la direc-plines. Comme je m’intéressais au traitement de ma jeunesse et mon énergie me dotaient des atouts tion de M. Etianvre, avecl’information, à la linguistique et à la programma- nécessaires pour obtenir un accord définitif à son Mme Rouxel, embauchée ention structurée, j’ai très vite eu envie de mélanger allocution ! 1968, et Marie Claire Guimard,les genres et de créer des ponts entre les disciplines Ces cycles de conférences pluridisciplinaires ont arrivée en même temps queextérieures à l’institut et l’informatique ! duré plus de deux ans et ont permis de faire venir moi. J’étais chargée de l’encais-Pour que l’opération séduise, j’ai imaginé inviter une cinquantaine de sommités qui se sont passion- sement des chèques, des écritu-régulièrement sur le site de Rocquencourt des per- nées pour notre discipline et en furent les meilleurs res comptables, du contrôle dessonnalités importantes issues du monde de la ambassadeurs. L’éminent professeur Jean Bernard mandats et de la paie. Je m’oc- DRmédecine, du droit, de la musique ou de maisons (hématologue) me confiait n’avoir jamais eu l’esprit cupais également du paiementdont les activités semblaient éloignées de notre acti- aussi clair qu’après avoir compris la notion d’algo- des professeurs invités. J’assistais aux congrès et aux colloques pourvité, comme le Conseil d’État. Soutenue entre autres rithme et son rapport à la pensée humaine. payer en espèces les scientifiques et il n’était pas rare que j’ai alors depar Jacques-Louis Lions, Jean Donio, Christian Bor- Lorsque j’ai quitté l’IRIA, personne n’a porté le pro- fortes sommes d’argent en liquide sur moi !nes et Georges Nissen, j’ai entrepris de décloisonner jet sur le long terme. Quarante ans plus tard, toutes J’arrivais du privé où l’on travaillait déjà avec du matériel sophistiqué.le monde de l’informatique et de susciter un débat les décisions politiques l’indiquent : croiser les Quelle ne fut pas ma surprise ! Mise à part une machine mécano comp-entre les chercheurs de l’IRIA et des experts utilisant points de vue et les disciplines elles-mêmes a tou- table (ADO) que Mme Rouxel réussit, après beaucoup d’efforts, à nousl’outil informatique ou ayant un point de vue sur les jours autant de sens. ■ VC faire acheter, nous travaillions sur fiches cartonnées pour les paies, les mandats, etc. Nous fabriquions les factures manuellement dans des grands livres de compte de couleur jaune, sorte d’« Exacompta ».« J’ai fait partie du BG4P » Au début des années quatre-vingt, Daniel Beaulieu a développé un outil maison de gestion de la paie en Cobol. Il permettait d’effectuerpar Marie-Odile Bristeau,chercheuse dans le projet Bang, INRIA Rocquencourt des sorties de fiches de paies, de données sociales, administratives et comptables. Ce logiciel servait aussi à gérer la saisie et le contrôle des© INRIA/Christian Tourniaire mois sous la direction de Roland dont l’application en mécanique salaires, la paie des agents, bref un grand nombre de fonctionnalités. Glowinski. J’ai enchaîné par un des fluides était nouvelle – pour Les fichiers étaient centralisés et indexés ce qui permettait d’aller très DEA et une thèse sur les inéqua- prendre en compte des géomé- vite. Nos demandes étaient centralisées par Daniel Beaulieu qui redis- tions variationnelles et, dès 1975, tries compliquées comme un tribuait les tâches à son équipe informatique composée, entre autres, j’ai participé, toujours avec avion complet. Ce travail, repris de Florence Codet, de Catherine Biseaux et de Danielle Croisy. C’était R. Glowinski, à la collaboration par la suite par Dassault, a la première étape de l’informatisation de la paie. ■ JG avec la société Avions Marcel conduit à une première interna- Dassault-Bréguet Aviation. tionale : le calcul d’un écoule- Nous avons travaillé sur les ment transsonique autour d’un rier. On nous appelait les méthodes de résolution numéri- avion. « BG4P ». Par la suite, j’ai partagé que des équations aux dérivées Nous étions une équipe très le prix « Science et Défense » enJe suis arrivée à l’INRIA en 1972 à partielles issues de la mécanique motivée avec Roland Glowinski, 1993, avec Jacques Périaux quil’issue de ma maîtrise (Paris VI) des fluides. L’idée était d’utiliser Jacques Périaux, Olivier Piron- était chez Dassault lors de notrepour faire un stage d’été de deux la méthode des éléments finis – neau, Gérard Poirier et Pierre Per- collaboration. ■ JG « Les ordinateurs sont inutiles,LE SAVIEZ-VOUS? IBM invente le disque dur de type ils ne savent que donner Winchester 3 340. Sa particula- des réponses. » rité : sa tête de lecture était sou- levée par un film d’air d’une Pablo Picasso épaisseur de seulement 0,43 μm. Sa capacité de 30 Mo lui vaut le surnom de 30-30, d’où le nom de Winchester la fameuse cara- bine 30-30. – Le noyau du sys- tème d’exploitation Unix est entièrement réécrit en langage C par Ken Thompson. Vu la qualité du résultat, tous les autres outils Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. utilisés sous Unix vont être Enard, C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception- réalisation : Direction de la communication/INRIA (mise réécrits en C. Cette version est en page : P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Tech- noscope (F. Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Bel- connue sous le nom Unix Time- tran et P. Griset (Histoire de l’INRIA à paraître chez EDP Des enfants jouent avec le premier prototype de la station de travail Xerox Alto. Sciences), V. Coronini et J. Gramage. Sharing System V4. © Courtesy of Xerox Corporation
    • ANNÉE No 8 1974 26 février 2007 L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA vités en 1968, le C.E.P.I.A. multi- Une «business school» à la française? plie les stages et les cours qui vont de l’initiation à des forma- tions particulières. On pouvait lui internationales sur des sujets créditer 5 000 heures de cours d’actualité où étaient invités les dès la première année de son noms qui comptent dans les existence. domaines de l’informatique et L’année dernière, les différentes des mathématiques appliquées. activités ayant trait à la collecte, En 1967, ce fut le cas avec le au stockage et à la diffusion de Professeur Lavrentiev – mais on l’information scientifique et pourrait citer aussi d’éminents technique ainsi qu’à la formation savants venus des États-Unis et ont été regroupées au sein d’un de différents pays européens service formation-information que ce soit de l’ouest ou de l’est unique, le S.E.F.I., qui englobe – et l’on ne saurait trop rappeler désormais le Centre d’informa- le succès des journées consa- tion sur les carrières liées à l’in- crées à l’informatique médicale formatique, les publications, la tenues à Toulouse en 1968. documentation et la formation.© INRIA / Photo Studio 9 Les écoles d’été, mises en place Pour un meilleur suivi, l’I.R.I.A. a avec le Commissariat à l’énergie créé un Comité consultatif de la atomique et Électricité de formation et de l’information Maurice Nivat, Marcel-Paul Schützenberger et Samuel Eilenberg (Columbia university, New-York) en grande France, ont d’ores et déjà ren- (C.O.C.O.F.I.) sous la direction discussion scientifique à la première conférence ICALP (International colloquium on automata, languages and programming) à l’IRIA. contré leur public. Mais l’un des du professeur Mercouroff, direc- symboles les plus forts de l’enga- teur scientifique du C.N.R.S.. Le 3 janvier 1974 – Si les esprits « business school » à la fran- gement de l’I.R.I.A. dans la voie L’activité du S.E.F.I. occupe les mieux à même de compren- çaise. L’objectif initial était ambi- de l’enseignement est le Centre maintenant environ 45 agents dre les évolutions de la science tieux : donner à la France un lieu d’études pratiques en informati- contre 31 avant la création du sont tous d’accord pour prédire où les meilleurs cerveaux pour- que et en automatique nouveau service. Autant dire que un bel avenir à l’informatique et raient recevoir un enseignement (C.E.P.I.A.). Cette association loi les comparaisons qui ne man- l’automatique, encore faut-il en de pointe qui, jusqu’alors, était 1901 compte dans son conseil quent pas d’apparaître avec assurer l’enseignement et la dif- l’apanage des grandes universi- d’administration des entreprises Princeton ou Standford ont quel- fusion. C’est clairement une des tés américaines. Où en est-on et des membres du Conseil que chose à voir avec cette acti- missions de l’Institut de recher- aujourd’hui ? national du patronat français, et vité florissante qui font de che en informatique et en auto- L’I.R.I.A. a sans aucun doute l’essentiel des élèves vient de la l’I.R.I.A. un organisme incon- matique créé il y a maintenant réussi, dès l’origine, à organiser fonction publique et, plus rare- tournable en France et reconnu sept ans et que certains vou- de nombreux colloques, des ment, de la haute administra- à l’étranger. laient pouvoir comparer à une conférences et des réunions tion. Depuis le début de ses acti- ■ AB & PG Rocquencourt, entre forêt royale et haute technologie Et pendant L e village de Rocquencourt est situé dans une zone peu aména- gée de l’ouest parisien et ne comp- Chèvreloup qui a succédé en 1927 à des plantations anciennes où l’on trouve le nom de Jussieu. La relle. Rocquencourt est relié par une autoroute à Paris ce qui est sans doute capital pour l’avenir de l’ins- ce temps là... tait pas un millier d’habitants dans seconde guerre mondiale a sérieu- titut puisque la circulation automo- Valéry Giscard d’Estaing les années 1960. Le site longe la sement fait souffrir le parc qui bile se développe à un rythme sou- est élu Président de la forêt de Marly, une plaine dite renaît progressivement grâce aux tenu. Il est d’ailleurs plus simple de « Trou d’Enfer », et l’arboretum de efforts du Muséum d’Histoire Natu- venir en automobile que par les République Française – transports en commun car les gares La majorité civile passe les plus proches sont à Versailles. de 21 à 18 ans – Alors que la Direction à l’aménage- Inauguration de l’aéro- ment du territoire avait protesté contre cette implantation trop pari- port Charles-de-Gaulle – sienne de l’I.R.I.A., la voici entéri- La révolution des œillets née depuis deux ans. Quand on a lieu au Portugal – entre dans l’espace dédié à la Gérald Ford succède à recherche, on retrouve l’alignement des baraquements militaires et l’ob- Richard Nixon suite au servateur attentif trouvera des tra- Watergate – L’ONU ces de l’occupation par le reconnaît l’OLP comme S.H.A.P.E. comme une étoile sur le représentant officiel du sol symbolisant l’OTAN ou un mur rappelant que se trouvait là une peuple palestinien. armurerie.■ AB & PG © INRIA
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA (no 8 - 26 février 2007)« J’ai commencé « Nous avons fabriquépar réunir des activités éparses » notre propre aiguillage » par Yves Bekkers,par Christian Bornes, professeur à l’université de Rennes 1, projet Siames, INRIA Rennes/Irisaancien responsable du Sefi à l’INRIA Rocquencourt « Mathématiques et informati- que ». Jean-Pierre Verjus et son sion, la documentation et les bri- à l’étranger, de l’organisation d’un proche collaborateur Laurent Tril- bes d’édition existantes, c’est-à- séminaire de recherche annuel ling arrivaient du Canada et for- dire ce qui, dans la philosophie avec le centre de recherche de maient un tandem moteur dans d’André Danzin, correspondait au l’EDF et du CEA (DAM), et nous des domaines complémentaires. « faire-savoir ». Cela signifiait avions un œil sur les organismes Ils suscitaient l’émulation. Le communiquer vers la commu- de formation en informatique groupe de L. Trilling, avec Fran- nauté scientifique, bien sûr, mais qu’ils s’adressent au grand public çoise André et Jean-Pierre Banâ- aussi tisser des liens entre les ou à l’administration. Deux per- DR tre, s’intéressait aux langages. Le laboratoires d’informatique de la sonnes du service étaient char- groupe de J.-P. Verjus, avec Michel métropole en proposant notam- gées de tester la qualité des for- Je suis très attaché à ma région et, Raynal, Daniel Herman et moi- ment de la formation. C’est ainsi mations et d’éditer un annuaire quand Jean-Pierre Verjus m’a pro- même, visait les systèmes. Ces que le Sefi (service de formation et raisonné. Nous avons par ailleurs posé en 1974 un contrat de deux facettes sont restées long- d’information) est né en 1974, un développé le centre de documen- recherche Sesori qu’il avait temps très fortes au sein de l’IN- service d’une quarantaine de per- tation et créé un centre d’édition obtenu pour son laboratoire, je RIA Rennes. Très rapidement les sonnes aux beaux jours. Nous et de diffusion des publications de n’ai pas hésité. J’ai été ainsi l’un relations internationales se sont dépendions du Cocofi, le Comité l’institut. Nous éditions notam- des premiers informaticiens IRIA multipliées avec les Américains consultatif de la formation et de ment les rapports de recherche et recruté sur Rennes avec Raymond mais aussi avec les Japonais, lesJe connaissais peu l’IRIA lorsque l’information présidé par le direc- un bulletin mensuel de liaison — Trepos, Gérard Le Lann et Hervé Portugais, les Anglais.je suis arrivé en 1971. Recruté par teur scientifique du CNRS, également distribué dans certains Le Goff. Je revenais de Belfast où, Après un passage à Grenoble —André Danzin via les petites M. Mercouroff. Le Cocofi avait un laboratoires étrangers — qui a grâce à une bourse IRIA, j’avais toujours sur les aspects langagesannonces, je venais du CEA où œil sur toute notre activité ainsi vécu jusqu’en 1996. travaillé avec Tony Hoare, un et générateurs de code — je suisj’étais chargé, auprès du Haut que sur l’activité de nombreux Le Sefi était très envié car, dans un expert des systèmes et outils de revenu à Rennes comme respon-Commissaire, de la réorganisation laboratoires, publics ou privés. milieu où tout ce qui n’était pas synchronisation. La situation sable de l’atelier informatique.et de la modernisation, pour Une de nos premières missions recherche était plutôt déprécié, politique était tendue et marquée L’Irisa avait grossi mais il n’occu-35 000 personnes, des tâches était de former à la recherche. nous pouvions nous vanter d’une par de nombreux attentats. Cela pait encore que deux étages deadministratives et financières. Nous avons créé l’École de l’IRIA, intégration verticale (conception- dit, il y avait une très bonne l’ancien bâtiment que nous par-L’IRIA m’a paru vraiment tout à laquelle pouvaient participer diffusion) qui permettait d’éditer ambiance au sein du laboratoire tagions avec le centre de calcul depetit. Mais alors que le CEA enta- des chercheurs extérieurs à l’insti- en un temps record des docu- et les chercheurs catholiques et l’université. Au tournant desmait son étiage — les piles pas- tut. Les cours étaient mis en place ments sensibles. Nous avons éga- protestants cohabitaient sans années 1980, sont apparus lessaient dans le giron d’EDF et à l’initiative d’un chef de projet et lement entamé une réflexion sur problème. consoles et les répartiteurs etd’autres activités étaient filialisées visaient une mise à niveau des l’information scientifique et tech- L’informatique était déjà très nous avons commencé à installer— l’IRIA était en pleine crois- chercheurs sur un sujet spécifi- nique en créant un séminaire dynamique à Rennes. J’y avais été des terminaux. Nous avons fabri-sance, même si l’on sait qu’elle fut que. Nous nous occupions égale- international dont la première étudiant au moment où Jean- qué notre propre aiguillage : deschaotique. ment des bourses accordées à des édition fut financée par la CEE et Pierre Verjus avait été recruté pour échangeurs de lignes. Un réseauJ’ai commencé par réunir des chercheurs de laboratoires fran- dont le succès immédiat assura la lancer la filière informatique dont avant la lettre qui a servi pendantactivités éparses comme l’impres- çais pour poursuivre leurs travaux pérennité. ■ CA la première année était intitulée au moins 10 ans ! ■ J.-M. P Roland Moreno invente le paiement par carte à mémoire multizones LE SAVIEZ-VOUS? La Datar préconise la constitu- Dans une première version la puce était fixée sur une bague mais les brevets porteront finalement sur un objet fait d’une lame de plastique standardisée sur laquelle est déposée une puce. Cette carte à puce est bap- tion dun réseau public de tisée TMR pour Take the communication de paquets – money and run (« Prends Apparition de la première revue l’oseille et tire toi », par réfé- consacrée à la micro : The rence au titre d’un film de Computer Hobbyist magazine Woody Allen). Il lui faudra – La commission Informatique onze ans pour s’imposer et des Libertés est constituée chez les banquiers. – Six mois après sa création, Unidata annonce son premier La carte à puce elle-même a matériel européen, le système en fait été inventée en 1967 7720. par les allemands Jürgen Dethloff et Helmut Gröttrup Photo © 2007 Karel Kurzweil et presque simultanément par le japonais Kunitaka Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, Arimura puis par un améri- C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisa- tion : Direction de la communication/INRIA (mise en page : cain de chez IBM, Paul P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Technoscope (F. Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Gri- set (Histoire de l’INRIA à paraître chez EDP Sciences), C. Castrucci. Acharian et Jean-Michel Prima. Prototype de carte à puce construit par Honeywell-Bull dans ses labos de Saint-Ouen pour Roland Moreno en 1974.
    • ANNÉE No 9 1975 5 mars 2007 L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIALa France lâche l’Allemagnepour les États-Unis dans le dossier CIILe 23 décembre 1975 – La sup- réussite à U.N.I.D.A.T.A. Com-pression de la Délégation à l’in- ment prétendre en effet bâtirformatique en octobre 1974 l’Europe de l’informatique alorslaissait augurer des change- que les actionnaires français dements importants dans la politi- la C.I.I. (Thomson et la Compa-que informatique de la France. gnie Générale d’Electricité) neCeux-ci se concrétisent avec la parvenaient pas à s’entendredissolution d’U.N.I.D.A.T.A. le malgré l’énergie déployée par la19 décembre et la signature d’un Délégation à l’informatique ?accord définissant l’actionnariat Dommageable pour la C.I.I.,du nouvel ensemble franco-amé- cette mésentente fut rédhibitoirericain C.I.I.-Honeywell-Bull ce lorsqu’il s’est agit de passer à la Photos © Keystone France23 décembre. Ces décisions dimension européenne. Plusrefondent entièrement la carte encore, « l’internationalisation »de l’industrie informatique euro- semble bien avoir surtout étépéenne et concluent un dossier Le nouveau ministre de l’Industrie, Michel d’Ornano (à gauche), que l’on voit ici avec son prédécesseur entendue par les acteurs du Planmarqué par les passions et les Yves Guena lors de la passation de pouvoir l’année dernière, se fait le pourfendeur d’U.N.I.D.A.T.A. calcul comme un point d’appuinégociations secrètes. La C.I.I. pour la mise en œuvre d’un pro-était en effet soumise depuis de 1974. Dès lors, préserver la cré- dans les rapports franco-alle- jet qui restait d’essence et d’am-longs mois au feu des critiques, dibilité d’U.N.I.D.A.T.A. pourrait mands en matière de coopéra- bition nationale.y compris de la part du ministre avoir eu pour seul objectif de tion industrielle. Difficile de pen- Moins de dix ans après le lance-de l’Industrie Michel d’Ornano à maintenir une pression sur les ser en effet que le ministre ment du Plan calcul, l’I.R.I.A.la tribune même de l’Assemblée négociateurs américains. allemand Hans Mathauffer qui est, d’une certaine manière, leNationale. Son directeur de cabi- Les actionnaires américains ne avait interdit à Telefunken de seul élément encore actif du dis-net Jacques Darmon ne cachait possèdent plus que 47 % du céder certains de ses actifs à positif. Il lui faut maintenantpas son désir de rompre avec la capital de la nouvelle société Honeywell jugera avec bienveil- redéfinir ses modalités de coopé-logique d’U.N.I.D.A.T.A. Il sem- contre 66 % dans Honeywell- lance l’initiative française. Il ration avec la nouvelle grandeble bien que la décision de rap- Bull. Cette « francisation » met reste cependant que les princi- entreprise « française » d’ordina-procher la C.I.I. et l’entreprise un terme au projet européen pales parties engagées dans teurs, C.I.I.-Honeywell-Bull.franco-américaine Honeywell- U.N.I.D.A.T.A. et laissera sans cette aventure n’ont jamais ■ AB & PGBull fut prise dès l’automne aucun doute des traces durables donné de réelles chances de La Compagnie Générale d’Électricité aux commandes ? Et pendant ce temps là...L a politique industrielle de la France se fait-elle au ministère, rue de Grenelle, ou bien au siège de lapuissante Compagnie Générale d’Electricité, rue de La phone, Ambroise Roux a été sévèrement contré par le nouveau Président. Les esprits chagrins murmurent même qu’il serait devenu persona non grata à l’Élysée. Les chaînes de l’ORTFBoétie ? Certains n’hésitent pas à s’inter- © Alcatel L’abandon d’U.N.I.D.A.T.A. et la créa- (Office de la radiodiffu-roger tant le poids de la C.G.E. semble tion de C.I.I.-Honeywell-Bull, semblent sion-télévision française)prépondérant depuis plus d’une dizaine marquer une nouvelle inflexion, plus sont réorganisées end’années pour tout ce qui concerne les favorable à la C.G.E., dans ce jeu subtil. sept sociétés autono-industries de haute technologie et leur Les proches du dossier n’en concluentdéveloppement en France. Cette préémi- pas pour autant à un retour en grâce mes – Vote de la loi Veilnence était liée pensait-on à l’influence d’Ambroise Roux. Ils préfèrent souligner autorisant l’avortementde son président Ambroise Roux. Se pré- le rôle déterminant de son bras droit – Habib Bourguiba élusentant comme un proche de Georges Georges Pébereau, à l’origine du plan président à vie enPompidou, cet X-Pont fut même décrit ayant abouti à ce redéploiement des inté-par certains comme le véritable ministre rêts français dans l’industrie informati- Tunisie – Prix Nobel dede l’Industrie de ce pays. Les choses ont que. Si la C.G.E. reste actionnaire de la la Paix pour Andreïbien changé depuis l’accession de Valery nouvelle entreprise, il est très vraisembla- Sakharov – Juan CarlosGiscard d’Estaing à la Présidence de la ble que ce nouvel épisode annonce son proclamé roi d’Espagne.République. Sur de nombreux dossiers stratégiques retrait, rapide et à très bon compte, d’un secteur qu’ellepour son entreprise, comme le nucléaire ou le télé- n’avait jamais considéré comme essentiel. ■ AB & PG
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA (no 9 - 5 mars 2007)« Un nuage de poussières a recouvert « Un jour,la salle des machines… » Jacques-Louis Lionspar Bernard Nivelet,responsable du centre de calcul de septembre 73 à août 81 m’a abordé à la cantine » par André Bisseret, directeur de recherche émérite de l’INRIA Rhône-Alpes.DR climatiseurs, les dépôts salins accumulés dans les gaines ont DR provoqué un nuage de poussières pris comme contractuels en 1969 qui a recouvert la salle des machi- moins par intérêt pour cette nes ! L’Iris 80 devait être entière- recherche que parce qu’« on ne ment démonté et nettoyé. Ce fut refuse pas un contrat ». Malgré fait par l’équipe de maintenance tout, nous restions marginaux. CII assistée par les opérateurs du Lorsque André Danzin est centre de calcul qui ont fait devenu président de l’institut, il preuve d’une belle solidarité. a passé une journée avec l’équipe Pendant cette longue interrup- pour comprendre ce que nous tion de fonctionnement (6 mois), faisions et décider s’il pouvait le service a été assuré par un Iris nous garder dans le giron de 80 de la CII situé à Louveciennes. l’IRIA. Il a apprécié puisqu’il nous L’existence de câbles téléphoni- a gardé ! Puis en 1976, il m’a ques sous l’autoroute reliant Roc- confié un poste en disant « qu’il quencourt à Louveciennes nous J’ai commencé mes recherches était pour que l’on se préoccupe a permis d’y accéder directement. en 1962 sur l’activité cognitive des de l’humain dans l’informati- Ce réseau était l’un des nombreux aiguilleurs du ciel. À Orly, Jacques que ». L’intérêt pour l’ergonomie restes de la période Otan durant Villiers, qui dirigeait le Cena grandissait en effet avec l’arrivée laquelle les deux sites ne for- (Centre d’étude de la navigation de l’informatique grand public et maient qu’un seul et même terri- aérienne), voulait introduire l’or- de la bureautique. J’étais embau- toire. dinateur dans le contrôle aérien. ché au Sesori car le Laboria étaitC’est en septembre 1973 qu’An- tats des calculs lancés la veille. Le centre de calcul a activement Il s’était vite aperçu qu’il ne fallait contingenté à 80 chercheurs et nedré Danzin, directeur de l’insti- Comme nous n’étions qu’une participé au développement des pas remplacer les opérateurs voulait pas consacrer un postetut, m’a demandé de prendre la vingtaine, j’ai ensuite remplacé réseaux informatiques : dès 1974 mais les assister. Pour cela, il fal- pour un non informaticien. J’aidirection du centre de calcul. À les trois machines par un seul CII comme correspondant français lait connaître comment ils raison- donc eu un budget à gérer pourmon arrivée, le parc informatique Iris 80, ce qui a permis de consti- du réseau européen COST11 naient – ce qui était très original à financer des recherches de labo-de l’IRIA se composait de trois tuer une bonne équipe d’ingé- (Michel Gien) puis comme acteur l’époque – et il a donc eu recours ratoires en sciences humaines surmachines CII : 9080, Iris 50 et nieurs système en support et de opérationnel du réseau Cyclades à des psychologues. Je travaillais l’adaptation de l’informatique10070. Ma première préoccupa- concentrer nos efforts sur une (Ki Dang Quoc). Le centre assu- sur ce contrat avec Jacques Leplat aux utilisateurs… tout en conti-tion a été d’assurer une conti- seule machine. rait l’opération et l’administra- au centre d’étude et de recher- nuant à animer une équipe denuité de service pour les cher- L’été 1976, en voyage d’étude tion du réseau expérimental ches psychotechniques (Cerp). recherche. J’ai obtenu facilementcheurs : ceci a impliqué un pour Cyclades aux États-Unis, j’ai interconnectant les universités Lorsque ces travaux ont été remis de nouveaux contrats, avec lapassage aux trois-huit sur 10070 été rappelé en catastrophe car un de Rennes, Toulouse et Grenoble en cause pour des raisons admi- RATP, Navigation Pas-de-Calais,pour assurer les batch de nuit. grave accident de climatisation ainsi que les passerelles vers nistratives, j’ai cherché une autre la Direction générale desAinsi les chercheurs pouvaient était survenu lors de la révision COST11 et la documentation uni- structure. Le tout jeune IRIA me Impôts, etc.récupérer chaque matin les résul- de l’Iris 80. Au redémarrage des versitaire de Rome. ■ Y. L. T. parut idéal pour s’ouvrir à d’au- Lorsqu’au tournant des années tres domaines. L’institut nous a 1980 une réforme a rattaché le Sesori au ministère et que l’insti- tut est devenu INRIA, j’étais LE SAVIEZ-VOUS? William H. Gates et Paul Allen Les premières calculatrices disponibles sur le marché ne proposent que les 4 opérations. inquiet pour nos recherches. Mais un jour, Jacques-Louis Lions m’a abordé à la cantine et m’a dit : renomment leur compagnie HP sort la première machine scientifique en « J’ai pris mes renseignements à Traf-O-Data en Micro-Soft ; son 1970 (HP35) et la première machine pro- l’extérieur, vous serez un projet à activité consiste à développer grammable en 1974 (HP65). Elle est part entière ». J’étais ravi, sachant des systèmes d’exploitation et suivie lannée suivante par la TI son exigence d’excellence. Malgré des logiciels pour ordinateurs cela, il a toujours été difficile par SR52, première programma- — Ouverture du premier maga- la suite de défendre notre disci- ble de Texas Instruments sin consacré à la micro-infor- pline auprès des commissions : le matique : Byte Shop à Mountain (ci-contre) qui compte dernier recrutement sur poste View en Californie — IBM lance 224 pas de pro- date de 1989 ! ■ BGT en France le système 32 à dis- gramme, 20 mémoires Les et un lecteur enregis- o inf quette — Pioneer lance le tout lc. -ca treur de cartes ma- premier produit dont l’écran, à premières ge ta Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en vin matrice passive, fonctionne gnétiques. Son prix chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, w. calculatrices w C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisa- w grâce à des diodes électrolumi- est de 395$. :// tion : Direction de la communication/INRIA (mise en page : ttp P. Laurent, iconographie : L. Calderan)-Technoscope (F. :h nescentes : il s’agit tout simple- programmables Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Gri- t en set (Histoire de l’INRIA à paraître chez EDP Sciences), m ment d’un autoradio. cu Y. Le Thiec et Benjamin G. Thierry (Centre de recher- Do che en histoire de l’innovation).
    • ANNÉE No 10 1976 12 mars 2007 L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIALe S.E.S.O.R.I. et les projets pilotes Et pendanttrouvent leur rythme de croisière ce temps là... Réunification du Viet- nam – Le Ministère desLe 27 décembre 1976 — L’an- Transports donne nais-née 1976 a été marquée par de sance à Bison Futé –nombreuses réussites pour le Mort de RaymondService de Synthèse et d’Orien- Queneau – Lancementtation de la Recherche en Infor- national du jeu de loto –matique (S.E.S.O.R.I.). Créée en1972, cette composante de Première cérémonie desl’I.R.I.A. dirigée par Michel Mon- Césars du cinéma fran-petit était considérée comme çais – « L’aile ou lal’instrument du faire-faire, élé- cuisse » de Claude Zidiment essentiel du dispositif mis sort dans les salles –en place par André Danzin. Elle Premier concert duétait également considérée groupe rock françaiscomme le relais le plus efficace Téléphone – Jacques © INRIApour les initiatives de la Déléga-tion à l’informatique en matière Le Sesori est l’une des deux composantes de la recherche de l’IRIA avec le Laboria depuis 1972. Sur la photo, Maillol atteint la profon-d’irrigation de la recherche. le président de l’IRIA André Danzin (à droite) présentant la nouvelle organisation de l’institut, avec le respon- sable du Laboria, Jacques-Louis Lions, assis devant le tableau de papier. deur de 100 m en apnée.Si la disparition de la Délégationn’a pas entraîné l’effacement du (Rhône-Alpes, Paris, Midi-Pyré- Cette initiative doit pallier l’insuf- abouti à la fourniture de pro-S.E.S.O.R.I. c’est sans doute nées et Bretagne), le S.E.S.O.R.I. fisance des moyens disponibles duits. Depuis cette année, laparce que la réussite des projets a joué un rôle structurant pour la dans le domaine de l’usage du Mission pour la Conceptionpilotes lui confère une véritable recherche française. Compte parc d’ordinateurs des centres Assistée et le Dessin par Ordina-visibilité. Ces projets doivent tenu de l’enveloppe budgétaire français appliqués à la recherche teur (M.I.C.A.D.O.), créée avecdéboucher sur des produits limitée, il s’agit cependant plus ou à l’enseignement en informa- l’appui du ministère de l’Indus-directement utilisables par l’in- d’actions d’incitation que d’une tique tout en stimulant le déve- trie, permet au S.E.S.O.R.I. dedustrie et faire prendre politique de financement à part loppement des compétences coordonner la recherche et leconscience aux utilisateurs des entière. nationales. Elle a permis de développement en CAO. Sonpossibilités nouvelles qu’apporte Le projet Software Fondamental réaliser des éléments logiciels engagement en lien avec lela recherche. Dans ce but, le pour l’Enseignement et la facilitant l’utilisation des équipe- LABORIA dans le développe-S.E.S.O.R.I. a passé des contrats Recherche (S.F.E.R.) reflète par- ments haut de gamme commer- ment du langage PASCAL laisseavec les industriels. En concen- faitement cette volonté et l’esprit cialisés par la C.I.I. L’an dernier augurer de nouveaux résultatstrant 85 % du montant des de renouveau qui prévaut dans dix sept actions étaient lancées, significatifs malgré le manque decontrats sur quatre régions la mise en action du S.E.S.O.R.I. six d’entre elles ayant déjà moyens qui rendent certaines missions délicates à mettre en œuvre.© INRIA Ces actions ont été complétées Michel Monpetit : par un effort considérable de coordination à l’échelon natio- disparition d’un pilier de l’I.R.I.A. nal. Les huit journées de travail d’envergure nationale organi- M ichel Monpetit s’est tué acci- dentellement en voiture alors qu’il se rendait à une réunion en avec la Direction de l’Électronique étaient moins consensuelles. Michel Monpetit défendait en effet la façon sées en 1974 sur des thèmes variés allant de la robotique à la province. La nouvelle est un coup de faire de l’I.R.I.A. qu’il jugeait prévention des pannes dans les dur pour l’I.R.I.A. Ce polytechni- suffisamment tourné vers les indus- systèmes logiques, en passant cien appartenant au corps de l’aé- triels et les applications pratiques, par la reconnaissance des for- ronautique avait été remarqué par ce dont n’était pas persuadé la mes, le traitement numérique André Danzin qui en fit son adjoint tutelle. Michel Monpetit avait éga- des images, ou bien encore l’ar- pour réussir le second départ de lement apporté son soutien à chitecture des grands systèmes l’I.R.I.A. en 1972. Michel Monpetit l’I.R.I.S.A. de Rennes – il était à la ont été en cela très positives. dirigeait aussi le S.E.S.O.R.I. et tête du comité de direction de l’an- Entre coordination et orienta- avait ainsi la délicate mission de tenne bretonne de l’I.R.I.A. – où il gérer les activités qui relèvent du voyait une expérience intéressante tion, le S.E.S.O.R.I. a donc per- Plan Calcul dans les tâches de l’ins- pour l’institut. Le nom de Michel mis à l’I.R.I.A. de participer à des titut. Il avait pour cela la confiance Monpetit restera sans aucun doute niveaux très complémentaires au de Maurice Allègre, le Délégué à attaché à l’histoire de l’I.R.I.A. développement de l’informati- l’informatique mais ses relations ■ AB & PG que française. ■ AB & PG
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA (no 10 — 12 mars 2007)« Nous demandions « La philosophie de l’équipeaux chercheurs était la circulation horizontalede ne pas piquer une tête des idées »pendant les réunions » par François Levieux, actuellement directeur des processus techniques du groupe Thalespar Jacques Gualino, J’ai travaillé à l’IRIA dès 1969 à des recherches du Laboria en curiosité intellectuelle. Il faut direingénieur général de l’armement (2è S), ancien responsableinformatique et télécommunications à la Préfecture de Police, temps partiel. J’étais chercheur au 1977. aussi que la visibilité internatio-auteur en 2006 du « Dictionnaire Pratique Informatique » Centre d’Automatique des Mines Dès le démarrage, nous avons eu nale des équipes de l’institut étaitDR de Paris, qui était jumelé avec le de très bonnes relations avec le très bonne, en particulier aux tion vraiment motivant et notre laboratoire de l’IRIA, le Laboria. Je États-Unis. Dès la première équipe était très soudée : il y avait me rendais régulièrement à Roc- année, nous avons réalisé un chif- Gérard Courtieux, Pierre Kalfon, quencourt ou j’avais un petit fre d’affaires honorable avec les Jean-Claude Rault, André Bisse- bureau au bâtiment 13 : je faisais premiers contrats de recherches ; ret, Laurent Hyafil, Dominique partie de ceux que l’on appelait ces contrats marquent le début Potier, Nelly Deshors et moi- « l’équipe du bâtiment 13 ». Mon des ressources propres de l’insti- même. Nous étions dans le bâti- patron de thèse, Pierre Faurre tut. ment 11 avec le directeur André m’avait proposé un sujet de Nous étions une toute petite Danzin. J’ai gardé de cette époque recherche ouvert, ce qui pour un équipe, notre force était collec- mes meilleurs amis, dont certains jeune comme moi était très inté- tive. Je recevais des notes manus- sont encore chercheurs à l’INRIA. ressant. À partir de 1972, je suis crites de Jacques-Louis Lions tous La politique de recherche natio- devenu chercheur permanent. les trois ou quatre jours, comme DR nale en informatique se décidait à Rapidement, « pour rendre ser- tout le monde : c’est comme cela Rocquencourt, dans le bâtiment 1 vice à la communauté » comme monde industriel, spécialement qu’il coordonnait l’activité de sesLe Service de synthèse et d’orien- qui donnait sur la piscine. Par disait Jacques-Louis Lions, j’ai avec des groupes comme Das- collaborateurs. L’efficacité étaittation de la recherche en informa- souci de sérieux, nous avions pris la double casquette de cher- sault Aviation ou Thomson CSF. exceptionnelle, la qualité detique (Sesori) existait depuis deux demandé aux chercheurs de ne cheur et de responsable des rela- Les collaborations commençaient l’équipe aussi. Il valait mieux avoirans quand je suis arrivé : il avait pas venir piquer une tête pendant tions industrielles, une fonction souvent par un contact de per- préparé ses arguments avant deété fondé par Michel Monpetit en les réunions du Comité consulta- nouvelle à l’institut. Après avoir sonne à personne : d’un ingénieur prendre la parole sur des sujets1972 pour gérer la somme d’envi- tif de recherche en informatique fait le tour des organismes qui fai- de l’industrie avec un chercheur. scientifiques ou d’organisation !ron 10 millions de francs destinée qui rassemblait les responsables saient de la valorisation, notam- Les grosses entreprises ont fait La philosophie de l’équipe était laà financer la recherche française de tous les grands laboratoires de ment l’institut Pasteur, j’ai mis en preuve d’une grande ouverture ; circulation horizontale des idées.en informatique. Bien que placés recherche (Imag, UPS Toulouse, place la fonction de valorisation c’était facile car il y avait une vraie ■ Y. L. T.sous la même direction, le Laboria Crin Nancy, Supelec, Cnet).et le Sesori avaient des budgets À partir de 1976, il y eut deuxséparés. Le Sesori était un outil duPlan calcul dont la mission étaitde soutenir l’industrie informati- modes de financement : les pro- jets pilotes, comme Cyclades, et l’aide à la recherche dont j’ai eu la LE SAVIEZ-VOUS? Les laboratoires Bell d’AT&T développent UUCP (Unix to Unix Copy Program, le premier protocole d’échangesque et son objectif essentiel était responsabilité jusqu’en 1979. de données largement disponible et qui sera énormément utilisé avant l’avènement de TCP/IP et d’Internet —de faire travailler de concert les Quand la CII s’est transformée en Steve Jobs (21 ans, travaillant chez Atari) et Steve Wozniak (26 ans, travaillant chez Hewlett-Packard) termi-chercheurs et les industriels. Les multinationale, l’État s’est pro- nent leur ordinateur qu’ils baptisent Apple Computer. Ils fondent la société Apple le 1er avril 1976. L’ordinateurplus gros contrats étaient passés gressivement désengagé. Le délé- sera vendu au Byte Shop pour 666,66 $ avec 256 octets de ROM, 8 K octets de RAM et une sortie vidéo suravec la CII, mais nous avons éga- gué à l’informatique a disparu téléviseur. Il fera exploser le marché de la micro-informatique — Sesa l’emporte pour la réalisation du réseaulement soutenu des petites struc- et l’IRIA a été supprimé pour public de transmission de données Transpac.tures. En 1974, nous avons parti- devenir l’INRIA, institut nationalcipé, contre l’avis du ministère de certes mais n’ayant plus de mis-l’Industrie, à la mise au point du sion de coordination globale. La Micado, un projet grenoblois soutenu par l’IRIApremier micro-ordinateur à la politique de soutien public s’estR2E (Réalisation d’études électro- orientée vers les applications de La mission de Micado est de valoriser laniques). En évitant le saupou- l’informatique (logiciels métiers), recherche universitaire dans l’industrie,drage, nous avons fait émerger de avec la création de l’Agence de de promouvoir l’utilisation de la CAO dansgros pôles à Grenoble, Rennes, l’informatique en 1980 et du Cen- tous les domaines et de coordonner laToulouse ou Nancy, notamment tre mondial de l’informatique de recherche et le développement en CAO.en leur attribuant de nombreux Jean-Jacques Servan-Schreiber en Créée en 1975 et soutenu de manièrepostes. Nous gérions l’équivalent 1982. Le Sesori était la grande constante par le Sesori, Micado a conquisdes salaires d’une centaine de époque du Plan calcul avant une certaine autonomie et multiplié seschercheurs par an. Nous organi- qu’une autre organisation vers contacts avec les moyennes et petitessions des journées d’études, puis 1986 ne supprime l’Agence de industries qui avaient, jusqu’alors, peupubliions des actes et faisions en l’informatique et redonne au accès aux résultats de recherche. Ci-sorte que les gens se rencontrent. ministère de la Recherche son rôle contre, « des tracés manuels réalisés parNous avions un rôle de coordina- de coordination. ■ C. A. l’utilisateur avec la tablette graphique (en haut) étaient ensuite interprétés par le logiciel de dessin 2D développé dans le Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, cadre de Micado (en bas) », nous explique C. Genest, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisation : Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Lau- rent, iconographie : L. Calderan)-Technoscope (F. Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Griset (Histoire Christian Laugier (INRIA Rhône-Alpes). de l’INRIA à paraître chez EDP Sciences), Céline Acharian et Y. Le Thiec.
    • ANNÉE No 11 1977 19 mars 2007 L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIALe projet Cyclades sacrifiéaux intérêts de l’industrie des télécommunicationsDécembre 1977 — Le finance- que cette réussite ait inquiétément du projet de réseau d’ordi- d’autres acteurs, au premier rangnateurs Cyclades cessera pro- desquels l’administration deschainement. Ainsi en a-t-il été PTT. Bienveillante dans un pre-décidé à la suite de contacts pris mier temps, elle n’a pas ménagéavec la CII-HB et le Ministère de par la suite ses critiques envers unl’Industrie, scellant définitivement concept qui s’éloigne radicale-le sort d’un dispositif qui promet- ment de sa propre philosophietait pourtant de constituer la base des réseaux. Au CNET on défendd’un véritable réseau d’ordina- en effet, avec une vigueur crois-teurs européen. sante et la force d’une institutionLancé en 1972 sous la direction qui vient de construire le premierde Louis Pouzin – l’année même commutateur temporel duoù ARPANET remportait un suc- monde, la supériorité du conceptcès outre-atlantique –, le projet de circuit virtuel. Le datagramme, © INRIApilote de l’IRIA Cyclades a exploré défendu par l’équipe de Cyclades, Présentation de Cyclades par Louis Pouzin et Jean-Louis Grangé à un colloque sur l’informatique répartiedes solutions innovantes pour à l’université de Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne en 1976. © INRIA est dévalorisé par ses détracteursréaliser un réseau d’ordinateurs. qui le jugent « trop instable ».Celles-ci se sont rapidement concrétisées sur public, de se roder à un domaine nouveau en Au delà de cette querelle scientifique, les diri-la base du réseau de commutation de grandeur réelle. Dès 1973 la France était en geants de l’avenue de Ségur ont réalisé qu’unpaquets, Cigales, constitué d’ordinateurs mesure de jouer un rôle pionnier en Europe réseau ouvert, géré par ses utilisateurs, n’estMitra 15 de la CII. Universités, grandes écoles, pour développer ce domaine. La première pré- guère compatible avec le monopole des PTTcentres de recherche de l’administration ou sentation de Cyclades à Infotech à Londres en et pose bien trop de problèmes de facturation.de la CII, sociétés de service comme la SESA février 1973 a frappé les esprits. Vinrent Les hommes des télécommunications se pré-ou la SOGETI se sont pressés pour en être. ensuite les présentations à Brighton en sep- parent également à défendre pied à pied lesAu-delà de ses apports technologiques, nom- tembre, à Venise en octobre et aux États-Unis intérêts français lors des choix de normalisa-bre d’observateurs ont souligné la capacité en novembre qui donnèrent à Cyclades sa tion qui s’annoncent en Europe. Cyclades nede Cyclades à orienter l’évolution de réputation internationale et placèrent l’IRIA peut être, de ce point de vue, toléré et vientl’informatique française. Le projet a notam- au premier rang européen devant les Alle- donc d’être sacrifié sur l’autel d’une forme dement permis à un groupe important d’ingé- mands et les Britanniques. réalisme.nieurs et de techniciens, du privé comme du Pourquoi alors suspendre ce projet ? Il semble ■ AB & PG Louis Pouzin : le cœur de Cyclades Et pendant de la Délégation à l’Informatique, temps partagé très diverses, allant ce temps là... de quitter Chrysler pour développer des systèmes de gestion à la réalisa- le plus rapidement possible un tion d’un réseau pour la Météorolo- Inauguration du Centre réseau d’ordinateurs français. Car gie Nationale. C’est donc un ingé- national dart et de cul- Pouzin est sans conteste l’homme de nieur très au fait de ce qui se fait aux ture Georges Pompidou la situation. Il a été au cœur du déve- États-Unis et en phase avec les Beaubourg – Le film de loppement d’un domaine révolu- besoins réels des utilisateurs qui tionnaire, le temps partagé, lors de mène la conception et la réalisation Georges Lucas « La son séjour aux États-Unis entre jan- du premier réseau français d’ordi- Guerre des Étoiles » sort vier 1963 et avril 1965 au sein du nateurs : Cyclades. Le succès de en salle – Mort dElvis Computation Center du MIT puis cette entreprise doit beaucoup aux du Project MAC (Man and Compu- qualités du chercheur mais égale- Presley dit The King – ter ou Machine-Aided Cognition) ment à sa manière de créer autour Dernière exécution capitale en France –L ouis Pouzin a trop d’élégance pour laisser paraître de manièrevisible la déception que constitue soutenu par l’ARPA. Cette expé- rience lui a ouvert les portes de Bull-General Electric à son retour de lui la dynamique indispensable pour un projet associant des acteurs venus d’horizons différents. Toutes Mort de la cantatricepour lui l’abandon de Cyclades. en France. Il a rejoint ensuite la qualités qui ne le préserveront tou- américaine dorigineCette décision peut apparaître d’au- Société dÉconomie et de Mathé- tefois pas des volontés hégémoni- grecque Maria Callas.tant plus cruelle que c’est dans l’ur- matiques Appliquées (SEMA) où il ques de la Direction Générale desgence qu’il a accepté, à la demande a développé des applications en Télécommunications. ■ AB & PG
    • L’HEBDOMADAIRE DES 40 ANS DE L’INRIA (no 11 — 19 mars 2007)« Nous aurions pu être « La maison d’hôteles inventeurs d’Internet » occupait le bâtiment 20par Louis Pouzin,ancien responsable du projet Cyclades. de l’IRIA... » Martine Le Corre, chargée de mission Sécurité et Défense, INRIA RocquencourtUne chose est sûre : ces années sites. Nous travaillions avec pas- seur en France. Il était fondé suront été parmi les plus grisantes de sion, au besoin la nuit et les week- une technique de commutationma carrière, une période vraiment ends, et fin 1973, nous avons fait de paquets – un concept baptisé Je suis arrivée à l’INRIA en 1972 deux par chambre à cause de laeuphorique. En octobre 1971, la une première démonstration de datagramme – qui avait été ima- comme chargée de relations exté- fermeture intempestive de l’undélégation à l’informatique – réseau – baptisé Cyclades – devant giné à la fin des années 1960. Tou- rieures sous la houlette de Thérèse des hôtels le jour même ! Unecréée dans le cadre du Plan calcul les ministres de l’industrie et des tefois, ce concept n’avait donné Bricheteau. Il s’agissait d’organi- autre fois, à un séminaire Cyclades– m’a demandé de concevoir le lieu à aucune réalisation. Nous ser les premiers contacts entre les prévu à Saint Maximin, il avaitpremier réseau informatique par- avons été les premiers à le mettre chercheurs de l’IRIA et leurstagé français à l’image d’Arpanet, en œuvre. Comment cela fonc- homologues à travers le monde. Ille réseau de l’agence américaine tionnait-il ? L’information à trans- convenait d’accueillir les visiteurspour la défense que la délégation mettre était découpée en petits étrangers. Les seniors étaientvenait de découvrir. Elle se propo- paquets acheminés indépendam- logés à l’Hôtel du Palais Bourbon,sait de m’embaucher et de me ment dans le réseau et recompo- rue de Bourgogne à Paris, et lesconfier un budget considérable sés à la réception. Cela évitait de juniors logeaient sur le site. Unepour un projet de recherche sur créer un lien direct entre émetteur Maison d’hôte était située au Bâti-quatre ans. et récepteur. Les cheminements ment 20 jusqu’en 1982. Elle comp-Arpanet était un réseau partagé – étaient multiples, évolutifs et le tait une dizaine de chambres etconcept très innovant pour l’épo- réseau était plus fiable. était tenue par Mme Righetti.que – qui devait permettre à Cyclades fonctionnait très bien, et Ces contacts se matérialisaientplusieurs utilisateurs d’exploiter a été utilisé entre autres par aussi par l’organisation de collo-des ordinateurs simultanément. PTT. Cyclades comportait alors un l’équipe de Jean Ichbiah, décédé ques. L’un des tout premiers à êtreJ’avais travaillé sur ce sujet au MIT ordinateur à l’IRIA, un à la CII le 26 janvier dernier, pour déve- mis en place se passait à Toulouse, fallu que j’emporte moi-même ledans les années 1960 pour déve- (Compagnie internationale pour lopper le langage ADA. Ses sous la direction de Michel Lau- rétroprojecteur et le tableau delopper le CTSS (Compatible time l’informatique) et un à Grenoble ! concepts ont surtout inspiré les det, et portait sur l’informatique papier par le train. Il fallut égale-sharing system), l’un des premiers Deux ans plus tard, le réseau protocoles de communication médicale. Puis de nombreuses ment que j’établisse les facturessystèmes d’exploitation en temps connectait 25 ordinateurs en TCP/IP (Transfer control proto- autres rencontres eurent lieu sous sur place — avec l’aide departagé. Sans hésiter, j’ai quitté France, à Londres et Rome, col/Internet protocol) du réseau la direction scientifique de J.- Madame Rouxel, l’agent compta-mon emploi chez Simca-Chrysler comme prévu, dans les délais et le Internet. Les datagrammes se L. Lions, A. Bensoussan, R. Glo- ble, par téléphone — car c’était laet je me suis installé sur le site de budget. sont imposés en 1983 dans le winski, M. Nivat, G. Kahn, G. Huet, première fois que les moinesl’IRIA, à Rocquencourt. J’ai Malgré ce succès, le projet a cessé réseau Arpanet, puis dans son J. Vuillemin, P. Faurre, etc. et se ouvraient leurs cellules à des visi-recruté une équipe d’emblée aty- d’être financé pour soutenir une successeur, Internet. Ce qui fait déroulaient pour la plupart au teurs ; ils furent très heureux d’ap-pique associant chercheurs et autre technologie, celle du réseau dire à certains que nous aurions Palais des congrès de Versailles. prendre à faire une facture. Pouringénieurs. Au plus fort de l’acti- Transpac des PTT, sur laquelle pu être les inventeurs d’Internet… Traditionnellement, un cocktail clore le tout, le remboursement duvité, nous devions être environ 70, sera conçu le Minitel. Je suppose Qui sait ? clôturait les colloques au premier concert du soir n’était pas prévupartie à l’IRIA, partie sur d’autres que Cyclades était trop précur- ■ I. B. étage de la Tour Eiffel. par les textes et je fus amenée à Plus tard, les séminaires du Sesori, « faire la quête » pour payer les organisés par Michel Monpetit, places des invités. « Il n’y a aucune raison de vouloir un ordinateur chez soi » nous emmenaient aux quatre Ces contacts souvent personnels coins de la France, non sans péri- et amicaux entre les scientifiques Ken Olson, fondateur de Digital Equipment. péties… À Saint Pierre de Char- du monde entier ont contribué à treuse, par exemple, j’ai dû créer le riche tissu de collabora- annoncer aux participants à notre tions internationales de l’INRIA. arrivée à minuit qu’ils seraient ■ J. G. LE SAVIEZ-VOUS? Inauguration à Bruxelles du réseau interbancaire Swift — Le parc infor- matique public dépasse le tiers du parc national — Première expérience de portage d’Unix sur un autre type d’ordinateur, l’Interdata 8/32, par Ken Thompson, Dennis Ritchie et Steve Johnson. À cette date, envi- ron 600 machines tournent sous Unix — Le code-barre est adopté en Europe, dans une version internationale de l’UPC (Universal Product Code). L’UPC a été inventé en 1970 aux États-Unis par George Laurer, ingénieur chez IBM. Directeur de la publication : M. Cosnard. Rédactrice en chef : S. Casademont. Comité de rédaction : M.-A. Enard, C. Genest, Présentation de Cyclades à Toronto en 1973. On voit Martine Le Corre, J. Gramage, A. Garot. Conception-réalisation : Direction de la communication/INRIA (mise en page : P. Laurent, iconogra- phie : L. Calderan)-Technoscope (F. Breton). Ont collaboré à ce numéro : A. Beltran et P. Griset (Histoire de l’INRIA à paraî- des relations extérieures, et Ky Danquoc, ingénieur de l’équipe Cyclades. tre chez EDP Sciences), Isabelle Bellin et J. Gramage.