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La faiblesse de l'Analyse dans la culture française de l'information.

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  • 1. VeilleRôle et faiblesse de l’analysedans la culture françaisede l’information L’histoire montre par ailleurs que la faiblesse ou l’absence de processus d’exploitation d’information, notamment au niveau de l’analyse, est à l’origineQu’entend-on par “exploitation de l’information” ? Quel sont les enjeux, d’erreurs stratégiques et de défaitesles méthodes, les techniques et les outils, mais également les limites de ce politiques, économiques ou militairesrouage essentiel de l’intelligence économique ? La faiblesse française constatée retentissantes.dans ce domaine est-elle irréversible ? Pour répondre à ces questions, l’auteur En France, cette faiblesse fut soulignéenous propose une visite dans le petit monde des analystes. en son temps au sein des services de ren- seignement(1) et il est dommage de la voirAujourd’hui la collecte d’information L’exploitation de l’information ressurgir dans notre culture émergenten’est plus véritablement un problème, si d’intelligence économique.ce n’est la gestion de l’abondance qui Pour bien comprendre l’utilité de l’exploi-nécessite des méthodes et des outils de tation de l’information, il faut d’abord se Le processus d’exploitationtraitement toujours plus performants. poser la question de son utilité : d’où celaGlobalement le sentiment des entreprises vient-il et à quoi cela sert-il ? L’exploitation de l’information est uneest que l’information ne manque pas. Au étape clé du processus de veille tel quecontraire, les veilleurs auraient tendance à D’un point de vue historique, l’exploita- le conçoit le cycle de l’information.submerger les décideurs de dossiers tion s’inscrit dans le cycle de l’informa- Au cœur du processus on distinguequ’ils n’ont pas le temps de lire. Ainsi le tion, lequel trouve son origine dans la plusieurs étapes : l’évaluation, le traite-“numéro deux” d’une grande entreprise méthodologie des services de rensei- ment, l’analyse, la synthèse et l’inter-pharmaceutique se plaint de recevoir gnement : toute information collectée prétation.quantité d’informations brutes dont il ne doit être exploitée avant d’être diffusée auxpeut, faute de temps, exploiter le contenu, décideurs sous forme de connaissance L’évaluation consiste à assurer la qualitédéplorant l’absence d’analystes au sein de opérationnelle. et la fiabilité des informations collectéesson équipe de veille. L’exploitation est donc au cœur du en fonction de leur source et de leurEn France, depuis dix ans, l’intelligence processus de transformation de l’infor- contenu. Il s’agit d’une étape majeureéconomique s’est développée de manière mation en connaissance. Pour reprendre mais néanmoins complexe.inégale. Le savoir-faire technologique la terminologie minière couramment Elle repose dans un premier temps surdans le domaine de la recherche et du employée dans la veille, elle représente, l’expérience du veilleur qui seul peuttraitement de données a pris le pas sur après l’extraction, l’étape de transfor- juger de la qualité de ses sources enune approche plus humaine de l’informa- mation du minerai en métal puis en fonction des informations déjà obtenues.tion. L’expérience montre pourtant que le alliage. Dans un deuxième temps l’évaluationtropisme technologique et la négligence Sans elle, l’information reste à l’état du contenu est faite en collaborationdu facteur humain conduisent à des brut et perd rapidement sa valeur jus- avec l’analyste ainsi qu’un ou plusieursimpasses dramatiques dès lors qu’il s’agit qu’à devenir rédhibitoire au regard du experts qui croisent leurs connaissancesd’exploiter l’information. coût de sa recherche. et recoupent les informations. APRIE60 regards sur l’IE - N°5 - Septembre/Octobre 2004
  • 2. Le traitement est une phase technique - la logique de situation qui consiste àintermédiaire au terme de laquelle l’infor- analyser le problème dans son contextemation brute est formatée et stockée de et à en identifier les causes et les effets;manière thématique et chronologique en - la comparaison du problème à unvue de son analyse. Ici interviennent modèle théorique de situation ou dedes outils informatiques tels que la comportement déduit de l’observation ;cartographie qui permet de générer des - la comparaison avec des précédentsreprésentations spatiales de l’information historiques qui opèrent comme desaprès traitement statistique ou relationnel. calques de situation ;L’outil informatique devient prépondérant - l’immersion dans les données quidès lors que des routines doivent être consiste à faire émerger du sens à partir TWSexécutées de manière répétitive, apportant d’un corpus informationnel disponible.un gain de temps considérable par rapportau traitement humain. Ces approches peuvent être envisagées séparément ou conjointement en fonction du problème donné. Mais l’analyse ne se limite pas à l’application de schémas et de recettes puisés dans la littérature. Elle fait appel à des heuristiques originales qui sont autant de cheminements intellectuels représentatifs de la personnalité et de l’expérience propres à chaque analyste. Par ailleurs la psychologie cognitive montre que l’analyste doit avant tout se méfier de lui-même. Le processus deLe cycle de l’information construction de connaissances est en(d’après un graphisme original d’Eric Boutin, effet sujet à des biais cognitifs qui sontlaboratoire Lepont) autant d’heuristiques générées par des erreurs de perception, de jugement etL’art de l’analyse d’interprétation. Le tableau ci-après dresse une liste des biais cognitifs et deA ce stade du processus l’analyste dispose leurs conséquences dans le processusde données brutes à la fois propres, d’analyse.fiables et techniquement exploitables. Ilva dès lors les décomposer, les relier, les L’analyse pourrait être comparée à un artcomparer et les mélanger entre elles, qui demande, non seulement des compé-jusqu’à obtenir des représentations tences méthodologiques et techniques,intelligibles et porteuses de sens qu’il mais également un sens créatif ainsiidentifie comme autant d’hypothèses qu’une bonne connaissance de soi.de situation, signaux faibles ou indicesd’alerte. Ces estimations sont ensuite De l’information à la connaissancepassées au crible de l’argumentationcontradictoire, notamment au moyen La synthèse est l’opération inverse dede grilles d’analyse. En procédant par l’analyse puisqu’elle consiste à remonterélimination, l’analyste tente de réduire le puzzle informationnel à partir d’une ouses choix optionnels jusqu’à obtenir plusieurs hypothèses retenues. Elle traduitl’hypothèse la plus vraisemblable. la représentation mentale que l’analyste a construite à partir d’une condensation desD’un point de vue méthodologique, il informations et des connaissances déjàexiste diverses manières d’aborder un pro- présentes dans sa mémoire. A noter queblème d’analyse. On distingue notamment, l’intuition, bien que subjective, intervientpour les approches classiques(2) : immanquablement dans cette construction 61regards sur l’IE - N°5 - Septembre/Octobre 2004
  • 3. Veille Rôle et faiblesse de l’analyse dans la culture française de l’information (suite) de technologies d’information et de communication renforce ce sentiment de déconnexion des acteurs. - L’utilisation d’informations brutes augmente le risque d’erreurs graves dans le pro- cessus décisionnel. Dans un contexte d’hyper-compéti- tivité, l’absence d’analyse structurée entretient notam- ment un risque très élevé de désinformation. -L ’illusion du contrôle de l’in- formation qui peut être renfor- cée par l’impression d’une expertise, alors que le décideur se contente d’opérer des choix arbitraires et non fondés surTableau d’identification des biais cognitifs en situation d’analyse d’information des connaissances véritables.de la connaissance. Ainsi, si la synthèse L’absence de maîtrise et ses consé- Le temps et la confiance, les deuxrepose majoritairement sur des logiques quences facteurs clés de l’analyseobjectives et rationnelles, elle ne peutexclure une part d’irrationnel générée par En France, cette phase essentielle du cycle Comment expliquer cette faiblessel’inconscient de l’analyste. Cela ne remet de l’information n’est pas couramment nationale alors que l’exploitation de l’in-pas en question la fiabilité de son travail, mise en œuvre et maîtrisée. Cela a pour formation apparaît comme une nécessitémais il convient de garder à l’esprit et conséquence de réduire l’exploitation à évidente ? Loin d’être réfractaires oud’accepter qu’il ne puisse être totalement sa portion congrue en ne retenant que ignorants, les décideurs sont confrontés àobjectif. des phases sommaires de traitement, deux problèmes face à l’analyse : le temps d’analyse et d’interprétation qui se et la confiance.Enfin l’interprétation est la phase ultime retrouvent dilués à différents niveaux dede l’exploitation de l’information. Après l’organisation. Or l’absence d’exploitation Le facteur temps est un obstacle sérieuxla phase de synthèse, l’information de l’information est un cercle vicieux à à la prise en compte d’une analyse. Ledevenue connaissance fait l’objet d’une l’origine d’au moins trois problèmes processus d’exploitation s’inscrit enmise en perspective au terme de laquelle susceptibles de discréditer un système effet dans la durée et requiert des délaison peut décliner deux approches : la d’IE : de traitement qui ne sont pas toujoursprévision et la prospective. - la déconnexion du système de veille compatibles avec l’urgence des besoinsLa prévision représente l’approche au niveau décisionnel. Les synthèses d’information exprimés ou non parprobabiliste et rationnelle de l’exploita- d’informations brutes élaborées par les les décideurs.tion. Loin d’être une science exacte, veilleurs sont éliminées du processus Il s’agit par conséquent d’optimiser leselle permet d’élaborer des indicateurs de décision faute de temps pour les délais de traitement tout en acceptantde situation et d’alerte et d’envisager des exploiter. L ’absence de retour d’expé- une prise de recul - souvent salutaire -réponses opérationnelles. La prospective, rience crée un processus de démotivation face à l’information. Seules une bonnedans une approche plus humaine, fait puis de rupture dans la chaîne infor- formation et une pratique permanente,appel à la scénarisation d’événements mationnelle. D’un côté le veilleur par l’entraînement et l’expérience qu’ellegénérant des options stratégiques antici- souffre du désintérêt de sa hiérarchie et procure aux analystes et aux décideurs,patives auxquelles elle tente d’apporter de l’autre, les responsables se plaignent peuvent contribuer à cette amélioration.des modèles de réponse. du manque d’adéquation avec leurs Quant au recul, il ne peut venir que besoins propres. La déshumanisation d’une meilleure gestion en amont de des rapports entraînée par l’utilisation l’information.62 regards sur l’IE - N°5 - Septembre/Octobre 2004
  • 4. Biais cognitifs et décideurs politiques : Interprétations possibles :l’attentat de Madrid – 11 mars 2003 - H 2.1 : les SR espagnols ont annoncé limminence dun attentat dETA, 500 kg dexplosif ayant été interceptés dansL’information et son évaluation : attaques simultanées de la les derniers jours. Le niveau dalerte est maximal et induit unpopulation civile au moyen de bombes placées dans les risque de « focalisation et ancrage », biais cognitif renforcétrains (sources multiples recoupées). Explosion prévue à par les attaques régulières d’ETA. Lorsque lattentat se pro-l’arrivée en gare (source policière, fiable). Détonateurs “de type duit, la pression électorale aidant, le gouvernement réagitETA” (source presse indéterminée, non retenue) retrouvés dans sur la base des renseignements habituellement disponiblesun véhicule volé contenant des pages écrites en arabe (source (et dûment validés) accusant ETA, ce qui le conduit à igno-policière, fiable). Pas de revendication (sources multiples rer la menace bien réelle dAl Qaida.recoupées). - H 2.2 : le gouvernement saute sur loccasion pour accuserJusquau 12/03 lEspagne accuse officiellement lETA. ETA dans une stratégie du quitte ou double électoral. CetteParallèlement le gouvernement demande à ses ambassades option est stratégiquement suicidaire : en 24 heures H2 a étéde relayer l’information. Il obtient à l’ONU l’adoption de la éliminée... Si lon ne peut exclure une réaction irrationnellerésolution 1530 à lunanimité malgré une réaction de prudence de la part du pouvoir politique, il paraît néanmoins difficilede la part des Américains. de retenir cette éventualité.Voici un exemple simplifié de travail prospectif auquel les Remarque :analystes des services de renseignement espagnol n’auront Les instructions du gouvernement aux ambassades et lorien-pas manqué de se livrer sur la base des renseignements tation de la résolution de lONU sexpliquent dans les deuxcollectés en amont : cas : avec H 2.1 le gouvernement est convaincu et croit pouvoir disposer de preuves Scénarios Origine Probabilité Cible Moyens via ses SR ; avec H2.2 1 ETA 99 % Politique/Militaire Voiture piégée il sagirait en revanche dune tentative grossiè- 2 ETA 99 % Politique/Militaire Assassinat re de manipulation. 3 Islamisme maghrébin 30 % Civile Bombe artisanale 4 Al Qaida 80 % Civile Massive Attaques simultanées y compris NBC 5 Iraq 50 % Politique/Militaire Voiture piégée Explosif militaire … … … … … Synthèse : il semble plus probable que le Non retenu Al Qaida+ETA … … … Premier ministre et sonEstimation de la menace terroriste en Espagne avant le 11/3 : gouvernement aient(les chiffres sont vraisemblables mais purement imaginaires) été victimes d’une erreur d’analyse due àAnalyse : la pression électorale et il serait hasardeux Hypothèses retenues Probabilité Analyse primaire de mettre en doute la sincérité du pouvoir H1 : Al Qaida > 90 % Objectif et mode opératoire cohérents politique. Néanmoins, H2 : ETA < 10 % Objectif et mode incohérents dans ce contexte, Autres hypothèses avancées dans la presse l’erreur s’avère dans tous les cas fatale. H3 : Al Qaida + ETA <1% Objectifs et mobiles incompatiblesHypothèses retenues suite à l’attentat Cet exemple montre le décalage qu’il peut y avoir entre l’analyseProblème : En supposant que les services de renseignement des services de renseignement et la réaction à chaud desespagnols aient fait leur travail, comment expliquer l’erreur décideurs politiques.du gouvernement espagnol qui ne retient que lhypothèsen°2 avec les risques sévères quelle comporte ? 63regards sur l’IE - N°5 - Septembre/Octobre 2004
  • 5. VeilleRôle et faiblesse de l’analysedans la culture françaisede l’information (suite)L’autre facteur essentiel est la confiance est nécessairement interdisciplinaire, le nous voulons, à terme, ne plus avoir àsur laquelle reposent la pratique de l’ana- programme portant non seulement sur rougir de notre culture d’intelligencelyse et son appropriation par le décideur. le transfert des savoirs (méthodologie, économique face à nos amis anglo-Or l’exploitation de l’information est un techniques et outils) mais également sur le saxons. De fait, la nomination d’Alainprocessus complexe qui, de ce fait, n’est développement des qualités individuelles Juillet apparaît comme une véritablepas infaillible. Ainsi, face à un enjeu indispensables telles que la logique et le opportunité : en tant que précédentdécisionnel important, un manageur raisonnement, la perception et la mémori- directeur du renseignement de la DGSE,peut légitimement hésiter à suivre les sation, ou encore la connaissance de soi. n’est-il pas le mieux placé pour com-conclusions d’une personne dont la Dans cette perspective, et à la lumière prendre et réduire notre retard dans cefonction, la compétence ou le position- des recherches développées au sein de domaine ?nement hiérarchique ne seraient pas l’université du Sud Toulon Var(3), on peutclairement identifiés. d’ores et déjà envisager à court terme En paraphrasant les analystes, je des modules de formation adaptés aux conclurai par un clin d’œil en disant queIl est donc nécessaire pour les décideurs exigences et aux contraintes opération- “dans ce contexte particulièrementde reconnaître et d’accepter l’analyse nelles des entreprises, tant en formation favorable, et compte tenu des informa-comme une fonction clé du management. initiale que continue. tions dont nous disposons, nous pouvonsCela suppose une évolution des mentalités, retenir, d’après l’analyse des estimationsnotamment sur la notion d’information- Soyons optimistes possibles, un scénario prospectif plutôtpouvoir, ainsi que des modèles organi- optimiste…”sationnels de gestion de l’information. L’avenir du système français d’intelligenceMais cela suppose également de garantir économique repose sur la prise en comptela compétence et la fiabilité des analystes de nos faiblesses culturelles et sur l’apportgrâce à une formation adaptée qui de solutions collectives dans le cadre d’un Franck BULINGEconduirait, pourquoi pas, à l’émergence projet national. Dans cette perspective, Maître de conférencesd’un véritable métier. Docteur en sciences l’exploitation de l’information doit devenir de l’information et un axe central de la formation en intelli- de la communicationVers une formation adaptée gence économique, laquelle s’inscrit déjà Université du Sud Toulon-Var concrètement dans la politique publique bulinge@univ-tln.frLa formation des analystes peut ainsi être que coordonne M. Alain Juillet auprès http://www.epices.infoenvisagée en troisième cycle universitaire de l’ensemble des ministères concernés.et dans les grandes écoles, afin de s’inté- (1) Melnik C., Un espion dans le siècle, Plon, 1994 (2) Heuer R., Psychology of Intelligence Analysis, Center forgrer dans la culture informationnelle des La maîtrise de l’information est l’un des Study of Intelligence, Central Intelligence Agency, 1999futurs manageurs. Une telle formation défis majeurs que nous devons relever si (3) Cellule Epices, laboratoire Lepont - http://www.epices.info TROOVER64 regards sur l’IE - N°5 - Septembre/Octobre 2004
  • 6. La guerre du Kippour ou les limites de l’analyseDans son ouvrage “Philosophie du renseignement” paru en 2004 aux éditions del’Eclat, Isaac Ben Israël dénonce le fiasco des services de renseignement israéliensqui n’ont su prévoir la guerre du Kippour.Contexte : En 1973, à la veille du Yom Kippour, un exercice des forces égyptiennesse déroule comme chaque année à la frontière israélo-égyptienne. Les responsablesdes services israéliens estiment alors que “la probabilité d’une guerre est faible(voire infime)”. Il s’avère qu’au terme de son déroulement, l’exercice couvre uneattaque réelle de l’Egypte contre Israël.Problème : Sur la base des informations avancés par Ben Israël, peut-on effectivementparler de fiasco des SR ?Renseignements disponibles (donnés par l’auteur et considérés comme fiables dans ISCle cadre de l’étude) :1- Situation internationale stable2- Annonce d’un exercice annuel égypto-syrien3- Messages interceptés confortant l’exercice Tahrir 41, numéro d’exercice conforme à la série annuelle4- Plans de manœuvres similaires aux précédents OPE5- Schéma de progression conforme6- Exercices fréquents reproduisant le même enchaînement tactique7- Exercice routinier bien connu des services israéliens8- Mouvement prévisible et vérifié de la 4ème division blindée vers Qutmia et Jennifa9- Rapports d’exercices réguliers10- Capacité militaire égyptienne inférieure, situation inchangée11- Mouvements repérés le long de la frontière12- Dépassement de la durée de l’exercice13- La rupture du jeûne de Ramadan aurait été autorisée durant l’exerciceAnalysons a posteriori la situation à travers une matrice d’analyse comparée.Chaque hypothèse est confrontée aux renseignements qui peuvent la confirmer(+), l’infirmer (-) ou ne pas l’exclure (=) Renseignements 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 H1 - Exercice + + + + + + + + + + + = + H2 - Guerre = = = = = = = = = = = + +Analyse : Les Israéliens, se référant à une situation connue, optent pour l’hypothèseH1, écartant le scénario de guerre qui justifierait l’hypothèse H2, ce qui peutparaître étonnant de la part d’un pays se sentant constamment menacé. Cela dit, lasituation internationale est jugée stable, elle n’appelle pas de mesures telles que lamise en alerte des forces armées. Ainsi, même en retenant l’hypothèse H2, lesrenseignements ne laissent aucun doute sur la probabilité d’un exercice et rien nepermet ici de prévoir une attaque.Synthèse : Le système de renseignement fonctionne correctement puisque lesinformations sont collectées puis exploitées normalement. L’analyse ne fait pasressortir d’indice d’alerte excepté le jour même de l’attaque. On ne peut doncretenir la responsabilité des SR dans la non prévision de cette attaque. On note enrevanche que la posture défensive est inappropriée en temps de paix et qu’elleconduit à une mobilisation tardive des forces armées. En se focalisant ainsi sur la failli-te des SR, l’auteur occulte, volontairement ou non, deux évidences : tout d’abord legénie tactique des Egyptiens et par suite la fragilité du système de défense israélien.Cet exemple montre que le renseignement n’est pas infaillible au sens où l’absenced’indices ne permet pas de prévoir certaines situations. On retiendra qu’une bonneopération de déception peut réduire à néant le travail des services de renseignementet prendre l’adversaire au dépourvu. Nous touchons la limite du système, certes,mais faut-il pour autant le remettre en cause ? 65regards sur l’IE - N°5 - Septembre/Octobre 2004

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