Recherche scientifique et bien commun
Upcoming SlideShare
Loading in...5
×
 

Recherche scientifique et bien commun

on

  • 977 views

Présentation powerpoint auto-narrée, Colloque La science que nous voulons, congrès de l'ACFAS, Montréal, 10 mai 2012

Présentation powerpoint auto-narrée, Colloque La science que nous voulons, congrès de l'ACFAS, Montréal, 10 mai 2012

Statistics

Views

Total Views
977
Slideshare-icon Views on SlideShare
977
Embed Views
0

Actions

Likes
1
Downloads
21
Comments
0

0 Embeds 0

No embeds

Accessibility

Categories

Upload Details

Uploaded via as Microsoft PowerPoint

Usage Rights

© All Rights Reserved

Report content

Flagged as inappropriate Flag as inappropriate
Flag as inappropriate

Select your reason for flagging this presentation as inappropriate.

Cancel
  • Full Name Full Name Comment goes here.
    Are you sure you want to
    Your message goes here
    Processing…
Post Comment
Edit your comment

    Recherche scientifique et bien commun Recherche scientifique et bien commun Presentation Transcript

    • La science, l’éthique et le bien commun Présentation de l’enjeu et discussion
    • Deux questions de délibération auxquelles tous sont invités à répondreQuestion 1 : Comment la recherche scientifiquepourrait-elle bien ou mieux répondre auxpréoccupations et aux valeurs des citoyens de votrerégion ?Question 2 : Si on définit le bien commun comme cequi est souhaitable du point de vue de l’intérêt de lacollectivité, comment lÉtat pourrait-il organiser etorienter la recherche scientifique pour quelle y soitliée, sans nuire à la liberté des chercheurs ?
    • Deux questions en amont• Pourquoi la recherche scientifique devrait-elle être liée au bien commun?• À quelle conception du bien commun la recherche scientifique devrait-elle être liée?Pour y répondre, une exploration sous différentsangles, en commençant par l’évocation de ladoctrine conventionnelle de la neutralitéscientifique, encore très vivante dans nosuniversités.
    • 1. La doctrine : La science est et doit rester hors de la Cité• La science doit se développer hors de la Cité, car cette distance est ce qui garantit l’absence d’ingérence externe dans le mouvement autonome de développement de la science, fondé sur la rationalité scientifique, un langage épuré et des méthodes spécifiques.• La science n’a pas de compte à rendre en dehors de ceux prévus par ses critères internes. La soif de connaissance, une meilleure compréhension de la pensée et du monde sont ses seules raisons d’être.• La science est universelle et a-locale, elle transcende les sociétés, les époques et les cultures.• Elle n’est pas concernée par les débats politiques sur le bien commun, ni par les usages que font d’elle les citoyens, l’État, les élus, l’industrie, la société civile, etc.
    • Pas de fenêtre…
    • 2. Le réalisme. Un contrat social entre l’État et la science• Quand même, la science ne vit pas de rêve et d’eau fraîche. Il lui faut des ressources financières pour se développer. En 1945, en pleine reconstruction post-conflit, c’est l’État qui, seul, pouvait offrir ces ressources. D’où le contrat social de la science, rédigé par Vannevar Bush après la Seconde Guerre mondiale et qui a donné lieu à la National Science Foundation et au concept de science publique, d’organismes subventionnaires, etc. : l’État finance le développement de la science sans trop s’en mêler en échange de quoi les scientifiques s’engagent à faire des recherches qui, en tout ou en partie, répondent aux désirs de l’État, assimilés au bien commun.• La National Science Foundation (NSF) se proposait ainsi de « promouvoir l’avancement de la science, faire évoluer la santé, la prospérité et le bien-être national et sécuriser la Défense nationale » en subventionnant des travaux scientifiques.• Elle voulait mettre la science au service du bien commun défini ici comme l’ensemble des intérêts de l’État, le grand responsable de la protection et du développement de l’intérêt général et des ressources collectives.• Bien commun = intérêts et décisions de l’État
    • Vannevar Bush,General of Physics,Mai 1944
    • 3. Fin du contrat social ?• Ce contrat social, repris dans bien d’autres pays, était en fait une conscription de la science. Il garantissait aux chercheurs des fonds de recherche qu’ils n’auraient pas obtenu de l’État autrement, en échange de travaux scientifiques utiles aux projets de l’État (notamment l’armée).• Ce contrat a duré longtemps, au point de paraître « naturel » à plusieurs générations de chercheurs.• Mais il est actuellement menacé par la transformation de l’État en État néo- libéral. Cette transformation impose une réduction des dépenses publiques et la recherche de partenariats avec le secteur privé, notamment la grande industrie, pour compenser. En échange de ce transfert de responsabilités au secteur privé, ce dernier doit recevoir des avantages. L’innovation commercialisable est un de ces avantages que la science peut offrir.• Une nouvelle forme de conscription de la science s’est mise en place depuis 1995 dans les États néolibéraux : le capitalisme cognitif ou l’économie du savoir qui demande à la science de générer des brevets ou des inventions susceptibles d’aider l’industrie, notamment pharmaceutique ou agro- alimentaire.• Cette « nouvelle alliance » entre l’État et l’industrie autour de l’innovation s’est incarnée dans les dernières politiques scientifiques des États néo- libéraux.
    • Qu’est-ce qu’une politique publique scientifique ?• Une politique publique scientifique est un outil d’action qu’une équipe élue (un gouvernement) se donne et implante pour faire valoir sa conception de la contribution de la science à sa vision du bien commun.• Elle comporte des instances de décision et de reddition de comptes, des budgets, des institutions (universités, centres de recherche, centre de transfert, etc.) qui ont pour but d’orienter la science afin de la modeler sur sa vision du bien commun.
    • Les politiques publiques scientifiques au Canada• La Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation (Gouvernement du Québec, 2006) fait la promotion d’un « environnement qui valorise la recherche et l’innovation » dans le but d’instaurer une réelle « économie du savoir : son objectif est de « valoriser l’innovation, augmenter le nombre d’entreprises qui investissent dans l’innovation et améliorer l’efficacité de ces corridors où une avancée scientifique se transforme en produits commercialisables, en emplois et en richesse nouvelle » (ibid. : 5).• En 2007, le gouvernement fédéral canadien publia sa propre stratégie en la matière, Réaliser le potentiel des sciences et des technologies au profit du Canada (Gouvernement du Canada, 2007). Cette politique publique vise à « créer une économie plus compétitive, *…+, plus concurrentielle et plus durable, grâce aux sciences et à la technologie » (ibid.), en impliquant davantage le secteur privé. Cela passe d’abord par la création d’« un marché concurrentiel et d’un climat d’investissement qui encourage le secteur privé à faire concurrence au monde entier avec ses technologies, produits et services innovateurs. Le Canada doit maximiser la liberté des scientifiques de mener des recherches et la liberté des entrepreneurs d’innover ».• Le bien commun = la prospérité économique d’une élite industrielle et politique, dont on espère vaguement qu’elle profitera ensuite au reste des citoyens. Ce n’est plus l’intérêt général de tous les citoyens médiatisé par l’État.
    • La science est politique• Ces politiques scientifiques, même si elles sont mal connues des chercheurs, affectent directement leur quotidien : elles touchent leur salaire, leurs conditions de travail, les critères de promotion, les programmes de subvention, les budgets, les lieux de diffusion et de publication.• Cet impact touche même le choix des sujets de recherche et des méthodes, soit le cœur de la pratique scientifique : – des programmes particuliers de subvention peuvent encourager tel ou tel sujet de recherche et, par contrecoup, en décourager – la composition des comités de pairs qui évaluent les demandes de subvention peut privilégier telle ou telle méthode – les programmes qui exigent la recherche en équipe sur une problématique unique nuisent à la diversité des approches d’une même question de recherche, etc. – la performance calculée sur le nombre de publications encourage la quantité et non pas nécessairement la qualité – l’expertise pointue peut être préférée à la culture générale scientifique nécessaire à la synthèse• La science est modelée par les politiques publiques de l’État. Elle est politique et, à ce titre, devrait être débattue dans les institutions démocratiques.
    • 4. Résister et revendiquer• Plusieurs chercheurs et de nombreux autres citoyens s’inquiètent de plus en plus des conséquences des dernières politiques scientifiques orientées vers l’innovation et la marchandisation du savoir et le disent dans l’espace public.• Mais il est difficile aux chercheurs professionnalisés et formés à la neutralité politique, c’est-à-dire dépolitisés, de trouver les arguments politiques efficaces et légitimes pour revendiquer une autre politique scientifique.• Ce n’est possible qu’à la condition de sortir du déni et de reconnaître pleinement le caractère politique de la science : elle n’appartient ni à l’État qui veut de moins en moins la financer, ni à l’industrie dont on sollicite les investissements, ni aux seuls chercheurs qui dépendent des autres pour leurs moyens d’action, mais à la cité, à l’ensemble de la société : la science est au cœur du bien commun, d’un bien commun démocratique, qui se discute et se réinvente à chaque débat public.• L’appui des citoyens au support par l’État de la recherche scientifique sera d’autant plus grand qu’il y aura régulièrement des débats ou des réflexions collectives sur les projets de recherche possibles, les avenues à explorer ou à ignorer, les priorités gouvernementales en science, les universités, etc.• Ce dialogue sur la science peut aussi ouvrir de nouvelles voies à la recherche, contre la réduction que lui impose léconomie du savoir. Il peut aussi nourrir la réflexion éthique en science.
    • Une science dans la citéRappelons-nous le projet de solidarité intellectuelle et morale de lhumanité, inclus dans lActeconstitutif de lUnesco (16 novembre 1945). Au nom de leurs peuples, les gouvernements desÉtats déclaraient alors: Quune paix fondée sur les seuls accords économiques et politiques ne saurait entraîner ladhésion unanime, durable et sincère des peuples et que, par conséquent, cette paix doit être établie sur le fondement de la solidarité intellectuelle et morale de lhumanité.La science pourrait être au cœur de cette solidarité intellectuelle et morale, mais à la conditionde rejeter le mythe de la neutralité et de s’inscrire explicitement dans une société du savoirplutôt que dans une économie du savoir. Voici quelques traits d’une pratique scientifiquefavorable à l’avènement d’une société du savoir : Partage du savoir, des données, au lieu de compétition entre équipes, universités, etc. Accessibilité complète des publications scientifiques financées par les fonds publics Recherche collaborative qui valorise la diversité des savoirs et des horizons de sens Multiplication des approches et des manières de créer de la connaissance Débats publics sur les grands investissements publics éventuels Enquêtes sur les préoccupations de la société civile Forums scientifiques hybrides Formation en éthique et sociologie des sciences pour tous les apprentis chercheursCe sont des aspects de la pratique scientifique qu’une politique scientifique en dehors de lasphère de l’économie du savoir pourrait davantage appuyer et encourager à partir des fondspublics, à côté d’une stratégie d’innovation appelée par le secteur industriel.
    • Le bien commun comme inspiration pour la scienceDans la lignée des critiques du néolibéralisme et de sa vision rétrécie du bien commun commeprospérité économique de l’élite, voici donc une autre vision du bien commun, celle qui peutinspirer les chercheurs, sans déni et sans conscription.Le bien commun d’une société est constitué de:• La richesse collective, les ressources publiques, le travail accompli par tous au quotidien• Le patrimoine culturel matériel et immatériel qui inclut tous les textes, littéraires, journalistiques, mais aussi scientifiques, écrits et lus par les citoyens : la science fait partie du bien commun, même dans ses démarches les plus audacieuses• Les ressources naturelles, la terre, l’eau, l’air, la faune, la flore• Les valeurs collectives de la culture publique commune et les institutions éducatives et démocratiques qui les incarnent• La diversité des visions d’avenir et des savoirs qui co-existent• Des services publics accessibles à tous, en toute égalité• Des citoyens soucieux du bien commun et qui ne délèguent plus son entretien à l’État• Une société civile active et vigilante• Une industrie socialement responsable et ancrée dans une communauté• Des espaces de débat public intègres et indépendants
    • La science au cœur du bien commun• L’Association science et bien commun, le projet La science que nous voulons et les deux questions de délibération proposent un double virage, sur la notion de bien commun et sur le rapport entre la science et la cité: – Le bien commun ne peut plus se limiter à ce qu’en dit ou fait l’État qui, dans l’idéologie néo-libérale désormais dominante (bien que contestée), se rapproche de plus en plus des intérêts économiques. La société civile doit prendre le relais pour exprimer son refus de réduire le bien commun aux intérêts économiques. Les étudiants nous le montrent! – Loin du mythe de la neutralité et des pièges de la conscription, les chercheurs doivent redécouvrir une éthique de la concitoyenneté où le souci du bien commun n’est pas un assujettissement à des intérêts quelconques ni une entrave aux joies de la connaissance, mais le fondement d’un dialogue avec leurs concitoyens, les autres membres de la cité, pour créer une science nécessaire et bénéfique à l’ensemble de la société, ne serait-ce que parce qu’elle nourrit l’esprit critique et l’ouverture sur le monde. Le mur doit être transpercé de multiples fenêtres! Une autre science est possible, disions-nous l’an dernier. Une autre politique scientifique est possible.
    • Quelques suggestions recueillies dans les délibérations• LÉtat devrait mettre en place un organisme indépendant représentant équitablement toutes les disciplines scientifiques et responsable détablir les priorités scientifiques du Québec en prenant compte des facteurs économiques ainsi que du bien commun.• Des consultations publiques ouvertes, conviant autant la communauté scientifique, la direction des universités, les acteurs économiques que le grand public, devraient être organisés en aval de la mise en place des politiques scientifiques québécoises.• Le gouvernement du Québec (comme celui du Canada) devrait accroître significativement le financement de la recherche fondamentale, tout en intégrant le critère dintérêt collectif (et non de pertinence économique) dans lévaluation des projets.• Le gouvernement du Québec devrait accroître significativement le financement de la recherche dans le domaine des sciences sociales.• Un organisme indépendant composé de chercheurs et professeurs de toutes les disciplines et champs interdisciplinaires devrait avoir la responsabilité évaluer les besoins en recherche de la société pour faire face aux défis à venir, dévaluer en quoi la recherche réalisée au Québec correspond aux besoins et formuler des recommandations quant aux lacunes à combler.ENTREZ DANS LE DIALOGUE!