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Un jour, un territoire - Conseil de développement de Loire-Atlantique
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Un jour, un territoire - Conseil de développement de Loire-Atlantique

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« Un jour, un territoire ». Publication annuelle du Conseil de développement de Loire-Atlantique …

« Un jour, un territoire ». Publication annuelle du Conseil de développement de Loire-Atlantique
Cette publication offre un survol des activités et des thèmes de débat couverts cette année 2013-2014. Elle permet également de dévoiler les propositions des groupes de réflexion Passerelle. Les diffuser le plus largement possible sur le territoire est l’affaire de toutes et tous.

Pour illustrer et vous faire découvrir l’intelligence collective née de l’ensemble des six groupes, le CDLA vous propose de parcourir cinq circuits sous le signe des “Excursions Hors piste“.
Circuit Découverte pour le groupe "innovation et développement durable : paradoxe ou opportunités pour la cohésion du territoire ?"
Circuit panoramique pour le groupe " expérimentation sociale en Loire-Atlantique"
Itinéraire exploratoire - compétences, levier d’une intelligence collective de territoire
Évasion aérienne - urbanisme collaboratif : quelle prise en compte du regard du citoyen dans l’aménagement de son territoire, particulièrement en milieu rural ?
Régate, toutes voiles dehors – comment favoriser l’autonomie de la jeunesse en Loire-Atlantique ?

cdla.loire-atlantique.fr
pour commander un exemplaire papier : https://docs.google.com/forms/d/1nrxOxvzjTY6HuFcw0Tww2sB9TqzFbii6L_wv_sPsVPI/edit#

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  • 1. ©CreativeI Nouvelle VAGUECes conférenciers qui ont le vent en poupe ! EXCURSIONS HORS-PISTES ça valait LE DÉTOURSortez des sentiers battus ! Carnet de VOYAGE Restez groupés ! Les Passerelles exploratoires bouillonne de créativité, et vous ? “La Loire-Atlantique ” De la Loire-Atlantique créative, visite guidée en démocratie collaborative Retour sur une année riche en découverte
  • 2. 4 6 14 Par Patrick MARESCHAL & Emmanuelle GELEBART SOUILAH ÉDITORIAL Retour sur l’année 2013 CARNET DE VOYAGE Ces conférenciers qui ont le vent en poupe ! NOUVELLE VAGUEINNOVATION • La consommation collaborative Anne-Sophie NOVEL • L’impression 3D Bertier LUYT • L’entrepreneuriat social Arnaud MOUROT JEUNESSE • L’avenir de la jeunesse rurale Édith HEURGON • Engagement citoyen des jeunes Monique DAGNAUD • L’école 2.0 Dominique OTTAVI • La pédiatrie sociale Dr Gilles JULIEN • Alimentation & surpoids Mohamed MERDJI • C’était il y a un an : bilan d’activité, thématiques jeu- nesse & innovation • Mosaïque des talents • Ça s’est passé cette année : l'agenda 2Un jour, un territoire LE SOMMAIRE 112 60 116 R e s t e z g r o u p é s   ! EXCURSIONS HORS-PISTE • Circuit Découverte : Innovation et développement durable • Circuit Panoramique : Expérimen- tation sociale en Loire-Atlantique • Itinéraire Exploratoire : Compé- tences : levier pour une intelligence collective de territoire ? • Évasion aérienne : Quelle prise en compte du regard du citoyen dans l’aménagement de son territoire, particulièrement en milieu rural ? • Régate : toutes voiles dehors ! Les jeunes en vulnérabilité • Le Rallye des entrepreneurs : Parenthèse matinale • Le Québec, en visite ! Sortez des sentiers battus ! ÇA VALAIT LE DÉTOUR • L'innovation est dans le pré • Ancenis, terre de liens • Symbiose, incubateur de talents • Le bonheur est au Sablier RÉSERVEZ VOS BILLETSP o u r l ’ a n n é e p r o c h a i n e
  • 3. ©PaulPascal ©PaulPascal 3 4Un jour, un territoire « De n’importe quel pays, de n'importe quelle couleur, la musique est un cri qui vient de l’intérieur. » Ce que dit Bernard Lavilliers pour la musique, je le crois profondément vrai pour le développement d’un pays, d’un groupe humain, d’un territoire. Un apport extérieur, un investissement proposé ou imposé, l’exploitation par d’autres d’une richesse naturelle,peuvent apporter temporairement une richesse économique. Mais sans la mise en mouvement des femmes et des hommes du territoire,il n’y aura pas de développement humain durable,c’est-à-dire à la fois économique, social et culturel. C’est cette mise en éveil et en mouvement des citoyens à laquelle le Conseil de Développement veut contribuer, modestement, et parmi d’autres, pour le déve- loppement humain de notre territoire de Loire-Atlantique. S’informer mutuellement des rapides évolutions technologiques,mais aussi des pratiques sociales émergentes, des modes de vie et des formes d’action nou- velles, en bref, développer notre intelligence collective sur l’évolution de la société pour en mesurer les risques et en saisir les opportunités : c’est à quoi ont participé cette année,d’une façon ou d’une autre,plus d’un millier d’acteurs de notre territoire. Qu’ils en soient remerciés Des graines sont ainsi semées.Nous ne savons combien germeront et se trans- formeront en projets et en actions,ni où,ni comment.Mais nous avons ensemble une conviction : l’avenir ne se prédit pas, il se construit. L’ ÉDITORIAL PATRICK MARESCHAL Directeur de la publication Président du Conseil de développement de Loire-Atlantique L’ ÉDITORIAL Nous voilà arrivés à destination. Un an de pérégrination aux pays de la jeu- nesse et de l’innovation. Vous nous avez joyeusement rejoints dans cette aventure humaine, êtes arri- vés fin prêts, l’esprit ouvert, dans le respect et l’écoute des opinions diver- gentes, condition sine qua non à la véritable rencontre de l’autre. Cette année de découverte et d’expérimentation aura marqué un tournant. Nous avons voulu rester fidèles à notre volonté d’offrir un espace de liberté de parole, d’échanges et de mutualisation des connaissances. Nous avons ainsi ouvert nos activités à tout citoyen s’intéressant aux sujets qui condi- tionnent à moyen ou long terme l’avenir de notre territoire. Cette ouverture aura eu un écho retentissant. L’assemblée a ainsi connu une augmentation de 35 % de ses membres : amplitude des âges élargies, provenance géographique diversifiée et renouvellement des méthodes de collaboration proposées, vent de renouveau sur les thématiques que vous nous avez soumises. Au nom de toute l’équipe du CDLA, je vous invite donc à parcourir cette rétrospective de l’année 2013-2014. Laissez-vous guider par votre goût de la découverte, que vous suiviez le long fleuve tranquille des chapitres ou que vous vous permettiez une lecture au gré de vos envies. En prenant de la hauteur, vous pourrez apprécier l'itinéraire ainsi parcou- ru, découvrir les détours spontanés et les chemins de traverse qui ont été empruntés. Revivez en différé les conférences, rendez-vous mensuel incon- tournable, ainsi que les excursions puis rejoignez les groupes de réflexion en pleine discussion. Vous trouverez sûrement chaussure… de marche à votre pied ! Emmanuelle GELEBART SOUILAH Rédactrice en chef Directrice du Conseil de développement de Loire-Atlantique
  • 4. 5 6Un jour, un territoire ©Fotolia CARNETDE VOYAGEAprès trois années de survol de l’ave- nir de la Loire-Atlantique en 2030, nombreuses étaient les destinations qui s’offraient à nous. Nous avons ainsi décidé de faire un vol piqué sur la jeunesse et l’innovation. La jeunesse, car elle est rassembleuse, c’est la seule tranche d’âge commune à toutes les générations, que l’on soit parent, grand-parent ou jeune, sur le papier ou dans la tête. Nous sommes tous passés par là et tout citoyen aura le privilège d’expérimenter cette jeu- nesse. D’une part, s’intéresser à la jeunesse donne cet espace-temps nécessaire aux jeunes générations pour s’interro- ger, rêver leur avenir, découvrir les possibilités existantes et surtout imagi- ner celles à construire. Inviter à la réflexion prospective les jeunes leur permet de déposer leurs bagages durant quelques moments privilégiés ; pour expérimenter un temps-long en résonance avec l’embouteillage des temps-courts qui jalonnent la vie, telles les valses imprévisibles des scooters, vélos et autres tuk-tuk dans les rues d’Hanoi ou de Mumbai. Et de facto, s’intéresser à la jeunesse, c’est s’inté- resser à demain. D’autre part, inviter les générations qui les ont précédés les jeunes d’au- jourd’hui à s’interroger sur les enjeux de notre avenir collectif permet cette mise en perspective temporelle, néces- saire à une réflexion éclairée. Regarder d’où l’on vient nous évite sûrement de nous engouffrer tête baissée dans quelques ruelles sans issue. Cette occasion permet aussi d’embarquer les participants vers un exercice d’ouver- ture, d’imagination, en tentant d’envi- sager quel jeune nous aurions été, si, par un coup d’accélérateur spatio-tem- porel, nous nous étions retrouvés pro- jetés à quelques décennies d’ici, dans une vidéo de fiction design. Cet aller-retour intergénérationnel contribue à la construction d’une vision prospective, partagée, à 360 degrés. Et c’est ainsi, intuitivement, naturelle- ment, que l’innovation s’est imposée comme second thème complémentaire à celui de la jeunesse… En effet, une fois la distribution des rôles arrêtée, il ne nous restait qu’à imaginer l’histoire et les décors. En cela, l’innovation sus- cite le prototypage, autorise l’explora- tion nécessaire pour se projeter ensemble dans l’avenir. L’innovation au sens large : l’innovation technologique, l’innovation sociale concourant à l’inno- vation sociétale. S’intéresser aux avan- cées d’aujourd’hui permet de dessiner une ébauche de la réalité de demain, tout au moins de pister quelques signaux faibles, qui se révèleront être pour certains des éclaireurs des modi- fications de fonds de notre société, telle qu’on la connaît aujourd’hui.
  • 5. ©travnikovstudio 7 8Un jour, un territoire Au sortir de cette assemblée plénière de 2013, de nombreux membres du CDLA nous avaient exprimé le souhait de voir nos démarches de réflexion prospective s’ouvrir à toutes et à tous, sans critère particulier, si ce n’est l’at- tachement des participants à notre territoire. Comme l’année de l’innovation et de la jeunesse s’y prêtait tout particulière- ment, nous nous sommes lancés dans l’aventure de la démocratie participa- tive, à notre échelle. En mode exploratoire, nous nous sommes mis en chemin sans guide de poche, mais avec deux volontés fortes : celle de préserver la diversité des acteurs de Loire-Atlantique impliqués, et celle d’accompagner la montée en puissance de la prise en compte de l’expertise citoyenne dans les débats publics. 1re étape, demandons l’avis de nos membres : quid de ce supposé désen- gagement citoyen ? Y aurait-il du monde sur la ligne de départ ? À l’au- tomne 2013, nous avons ainsi lancé une campagne de consultation, en deux temps auprès des 2 000 membres du CDLA, sans pouvoir réellement prédire où tout cela nous mènerait. Nous leur avons demandé de nous soumettre des questions, qu’il leur tenait à cœur de creuser, de partager avec des gens venus d’univers différents, qu’il n’aurait pas eu l’occasion de croiser. Une seule consigne : les axes de discussion devraient graviter autour de la jeunesse et l’innovation. Une trentaine de sujets nous ont été soumis ! Après un recoupement, nous avons ainsi pu constituer six théma- tiques de travail, que vous retrouverez dans la section Excursions Hors-piste. La République donne des droits, et des obligations, il faut toujours un équilibre entre les deux “ ”Nous avions amerri à Préfailles en juin 2013 pour clôturer l’exploration de trois ans de Loire-Atlantique 2030. Nous nous étions intéressés à plusieurs thématiques, telles l’équilibre des ter- ritoires, l’économie et l’emploi, la gou- vernance et le vivre-ensemble. À ce sujet, Kofi Yamgnane était venu nous parler de sa trajectoire de vie et ainsi illustrer la façon dont, selon lui, notre identité, notre lien à notre territoire de vie, se façonne. Il a rappelé l’importance de construire et de préserver les occa- sions de vivre ensemble, de trouver sa place dans notre société en constante évolution, et de définir son rôle en tant que « citoyen volant », pour une partie de plus en plus importante de la popu- lation. C’ÉTAITILYA UNAN // La religion, le sacré, la conception de la vie, de la mort, du destin, la guerre, le pouvoir…, toutes les civilisations parlent de ça. C’est à partir de ça que l’on va pouvoir créer un mieux vivre ensemble et trouver des axes pour améliorer les poli- tiques locales et nationales. Aujourd’hui, grâce à Internet, les gens se choisissent, se rassemblent, peu importe où ils se trouvent. Si aujourd’hui Facebook devait être une nation, ce serait la deuxième ou la troisième, ce sont de nouvelles cultures qui se créent, déconnectées de la géogra- phie. Comment susciter leur intérêt ? Les citoyens volants se comportent comme des consommateurs, ils veulent du logement, de la garde…, mais il faut aussi qu’ils participent, et il faut les faire participer. C’est un nouveau défi pour les élus, qui nécessite de changer les méthodes de démocratie locale et partici- pative. Il faut comprendre que l’échelle a changé. L’échelle n’est plus Saint-Coulitz. Conquérir, retenir, intéresser, impliquer pour que chacun prenne part à la chose commune // Kofi YAMGNANE, plénière 2013 2e étape : réservez vos billets ! Nous avons lancé une invitation au voyage autour des six thématiques. Cette recherche d’ouverture et cet atta- chement à la représentation large des acteurs de Loire-Atlantique ont été couronnés par une réponse en nombre. Les billets se sont vite envolés et nous avons dû afficher complet : 100 réser- vations ont ainsi été enregistrées, réparties sur six quais d’embarque- ment distincts. Les Passerelle étaient nées. Non contents de lancer ce marathon de l’exploration, nous avons proposé aux participants de sortir de leur zone de confort, en leur faisant expérimenter un mode « autogérés » de groupes qui se réuniraient 4 ou 5 demi-journées au cours des six mois suivants. Nous sommes conscients que cela a pu déconcerter ou déstabiliser certains, habitués à des modes de fonctionne- ment plus traditionnels, mais c’est en se permettant des déviations, des parenthèses, des allers-retours que l’on se dessine un espace de liberté propice à un réel cheminement de construction collective. Nous n’avons volontairement pas invité d’experts reconnus sur le sujet pour laisser par- ler l’expertise d’usage. Le parcours est aussi important que la destination. C’est le propre de l’aventure humaine, la réflexion partagée, l’appropriation d’une thématique invite ensuite à l’ac- tion commune. En termes d’architecture, ces groupes Passerelle ont été pensés comme des espaces de réflexion, d’échange d’idées et de liberté de pensée. Le point com- mun qui allait constituer le point de ralliement de ces explorateurs : adhé- rer aux valeurs des groupes Passerelle, qui garantiraient une co-construction riche et partagée. Respect Coopération Égalité Décalage Échanges ouverts Liberté de propos Transversalité des profils Solutions partagées Évolution des idées Passerelle, au-delà des groupes de réflexion, des valeurs :
  • 6. 9
  • 7. 11 12Un jour, un territoire Le financement participatif L’engagement citoyen des jeunes La consommation collaborative L’impression 3D 20 septembre 2013 8 octobre 2013 19 novembre 2013 La visite du Sablier Le Québec, en visite ! 10 décembre 2013 Symbiose, incubateur de talents 18 avril 201416 avril 2014 16 avril 2014 2013 La pédiatrie sociale en communauté 17 avril 2014 Un jour, un territoire ÇA S’EST PASSÉ CETTE ANNÉE L’avenir de la jeunesse rurale L'innovation est dans le pré L’école est finie : vive l’école 2.0 L’entrepreneuriat social Pays d’Ancenis, terre de liens 23 janvier 2014 20 Février 2014 24 février 2014 25 mars 2014 6 mai 2014 Alimentation & surpoids L’assemblée plénière Un jour, un territoire 27 mai 2014 13 juin 2014 2014
  • 8. 13 14Un jour, un territoire ©Epicstockmedia NOUVELLE VAGUECes conférenciers qui ont le vent en poupe !
  • 9. 15 16Un jour, un territoire 2013 ÉDITH HEURGON est intervenue au cours de la table ronde : L’avenir de la jeunesse rurale Prospectiviste du présent, ancienne responsable de la mission « Prospective » de la RATP et directrice du Centre culturel international de Cerisy-la-Salle, elle est éga- lement co-auteur du livre : Aménagement du territoire : changement de temps, chan- gement d'espace. n° 27  février 2014 Jeunesse Tendances ©AndreyKiselev « Le “rural”, c’est dépassé ! Il y a encore des choses à faire, là-bas, pour les jeunes ? Et au fait, c’est où ? » Cela ressemble à un cliché, mais le fait est que le milieu rural est encore aujourd’hui victime de stéréotypes d’un autre âge. Comme si nos campagnes étaient restées figées dans le temps. Pourtant, ces territoires et les jeunesses qui les habitent entrent dans une nouvelle ère, pleine de défis. Un défi identitaire : comment conserver son « AOC » rurale quand les frontières entre villes et campagnes sont de plus en plus poreuses ? Un défi pro- fessionnel également : hormis l’agriculture, quels métiers pour les jeunes ruraux qui ont la volonté de rester sur leur territoire d’origine ? Enfin, la question de la mobilité se pose, entre des parents-taxis et des jeunes qui souhaitent se dépla- cer en toute autonomie. Un équilibre reste à trouver, mais, comme l’ont souligné les jeunes participants à la table ronde organisée par le Conseil de développe- ment de Loire-Atlantique, le milieu rural offre un formidable creuset d’innovation pour les jeunes qui y vivent, qui y ont grandi ou qui souhaitent s’y installer. L’avenir de la jeunesse rurale Jeunes des villes et jeunes des champs : une question d’environnement ? Les jeunes ruraux seraient-ils si éloi- gnés de leurs pairs urbains ? Si les modes de vie étaient auparavant com- plètement différents, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le développement des transports et l’avènement des nouvelles technologies ont largement participé au désenclavement des zones rurales. Les populations sont également de plus en plus mobiles et les jeunes ruraux n’échappent pas à cette règle. Nombre d’entre eux rejoignent les centres urbains pour leurs études et ils y amorcent souvent leur activité profes- sionnelle. Parallèlement à ce phéno- mène, la périurbanisation contreba- lance ce flux migratoire par l’arrivée des rurbains dans nos campagnes. Les échanges sont donc de plus en plus nombreux, les frontières de moins en moins définies. Cela pourrait être considéré comme une uniformisation progressive de la population d’un terri- toire, mais, selon les témoignages des jeunes participants à la table ronde, il s’agit plutôt d’un enrichissement. Loin de perdre leur identité rurale, les jeunes qui partent s’enrichissent d’autres cultures et quand ils reviennent, ils portent un regard neuf sur leur terri- toire. Marius CHAUVIN 20 ans, permanent et administrateur du MRJC Loire-Atlantique Édith HEURGON Sociologue et prospectiviste du présent Réjane PELLETIER 29 ans, agricultrice à Sainte-Pazanne Gilles PHILIPPOT Vice-Président du Conseil général de Loire-Atlantique - Sports et jeunesse Damien ZAWADKA 16ans,lycéen,administrateurduMRJC Loire-Atlantique Les participants à la table ronde
  • 10. 17 18Un jour, un territoire L’emploi en milieu rural : place aux jeunes pousses ! Certains vous diront qu’en milieu rural chercher du travail, c’est chercher une aiguille dans une botte de foin. La ville, par son rayonnement économique important, offre en effet plus de pers- pectives en termes d’emplois que la campagne. C’est la raison de nombreux départs de jeunes qui auraient peut- être souhaité rester travailler sur leur territoire d’origine. Un secteur agricole tradition- nel en jachère… Aujourd’hui, en milieu rural, quelles sont les perspectives ? Que peut offrir la campagne à ses jeunes ? Le secteur agricole dit « traditionnel » est en perte de vitesse, les exploitations s’agran- dissent et le nombre d’exploitants dimi- nue, laissant pour compte quantité de jeunes qui souhaiteraient s’installer. Ce constat, Réjane, jeune agricultrice de 29 ans résidant à Sainte-Pazanne, nous en fait part lors de la table ronde : « Même en étant issue du milieu rural et en ayant une formation agricole, tra- vailler en milieu rural et reprendre une exploitation agricole relève un peu du parcours du combattant. Le premier problème est l’accès au foncier, car ce n’est pas le nombre de fermes à reprendre qui manque, ni le nombre de jeunes qui ont des projets d’installa- tions. » Les opportunités ne sont pas beaucoup plus nombreuses dans le secteur tertiaire, la plupart des emplois de services ou dans l’administration ne sont accessibles qu’avec une formation qui est très souvent dispensée… en ville. Quand l’innovation ouvre le champ des possibles Malgré les difficultés rencontrées par les jeunes pour s’installer, le secteur agricole est loin d’être moribond, à condition de sortir des sentiers battus. Ces dernières années, des marchés de niches apparaissent ici et là, jusqu’à créer une nouvelle économie investie en majorité par la jeune génération. Qu’il s’agisse du bio, des AMAPs, des circuits courts…, une chose est sure : local et durable ont la cote ! Dans ce secteur, il reste encore beaucoup à inventer et c’est certainement ce qui plaît aux jeunes ruraux : la possibilité de créer leur propre projet et non de reprendre simplement celui d’un autre, comme c’est souvent le cas dans le milieu agricole. Sur ce point, c’est aux politiques publiques qu’il incombe d’arbitrer ces différentes activités agri- coles pour parvenir à un équilibre. Encourager les initiatives et la produc- tion locale est un enjeu fort pour l’ave- nir de notre département. En plus d’être créatrice d’emplois, la diversité agricole permet par ailleurs de créer une alliance entre ville et campagne à une époque où le consommateur est de plus en plus soucieux de la provenance de ses aliments. Des associations sont également présentes sur le territoire pour aider les jeunes porteurs de pro- jets qui souhaitent s’installer et investir dans du foncier. La CIAP1 est une struc- ture qui permet à des jeunes d’avoir le droit à l’erreur : les jeunes s’installent avec l’aide d’une coopérative et si le projet ne fonctionne pas, le jeune ne passera pas sa vie à le payer. Cela laisse aux débutants la possibilité de lancer des projets, de s’essayer, sans courir à la catastrophe financière. Gilles Philippot // La Loire-Atlantique encourage les initiatives innovantes. Récemment le Département a accompagné une filière viande et un atelier de découpe au sein duquel les porteurs de projets pourront trouver la logistique de transformation qui leur est nécessaire afin de diffuser leurs produits à une clientèle de proximité // 1 Coopérative d’installation en agriculture paysanne Des MRJC qui dynamisent les campagnes Le Mouvement rural de jeunesse chrétienne est une association d’éducation de jeunesse populaire. Son objectif est d’aider les jeunes à avoir une vision plus large de leur environnement et de devenir acteurs du monde rural dans lequel ils évoluent. En Loire-Atlantique, les jeunes du MRJC forment des équipes, choisissent un projet et se donnent les moyens de le réussir. Les MRJC sont particulièrement actifs sur l’emploi, l’éducation et l’agriculture. + d’infos : http://paysdelaloire.mrjc.org/ Le point de vue d’Édith Heurgon Une campagne qui bouge 50 cm3 ou le moteur de la liberté Souvent réclamé dès l’âge fatidique de 14 ans, le scooter est un facteur d’indé- pendance très important pour les jeunes ruraux. Que ce soit pour rejoindre le club de sport, aller chez des copains ou simplement effectuer les trajets vers le collège, être motorisé facilite grandement la vie des ados… et des parents-taxis. Car si le jeune urbain a une multitude de possibilités pour se rendre à ses différentes activités, les choses se corsent pour le jeune rural. En campagne, les transports publics répondent principalement aux besoins des déplacements pendulaires, mais ne sont pas forcément en adéquation avec les besoins des jeunes, qui s’appa- renteraient plus à des déplacements de proximité ou des déplacements trans- versaux. Un département qui roule pour le covoiturage Toutefois, il faut bien comprendre que les solutions de transports collectifs de la ville ne peuvent pas s’appliquer en territoire rural et ceux qui ont essayé de dupliquer ce modèle avec des liaisons transversales ont échoué, à cause de la difficulté à concilier rotations fré- quentes et réalité financière d’exploita- tion. Il y a donc là un champ d’invention et d’innovation radicale qui est rendu possible du fait de l’utilisation crois- sante des TICs. Le partage et l’usage collectif de véhicules individuels sont déjà en pleine expansion et la Loire- Atlantique peut se targuer d’être un des départements qui encouragent le plus le covoiturage. Selon Édith Heurgon, sociologue et prospectiviste du présent, les solutions sont peut-être plus dans le partage entre citoyens que dans le développement des transports collec- tifs : « Dans le rural, il n’y a pas de culture des transports collectifs. De plus, la mobilité, ça s’apprend, il faut informer, mais aussi former. à Paris, à Nantes, le vélo en libre-service, ça a marché, car il y en a eu beaucoup, tout de suite. Proposer quatre vélos à la sortie de la gare n’aurait pas suffi. Il faut mettre le paquet et une nouvelle habitude se crée. La mobilité, ce n’est pas que le transport et le déplacement. C’est aussi dans la tête. » Sortir de son pré carré Faire voyager les jeunes, c’est donc une idée séduisante, mais pas forcé- ment évidente à mettre en œuvre. Certains jeunes ne conçoivent même pas d’aller chercher un stage ailleurs que dans leur commune. Il ne s’agit pas là d’un comportement inhérent à la ruralité, mais bien d’une histoire d’espace vécu. En effet, dans de nom- breuses villes, certains jeunes ne sortent pas de leur quartier et ne se rendent même pas au centre-ville. Être mobile, c’est donc la résul­tante d’un apprentissage. Être mobile en milieu rural et être mobile en milieu urbain, ce sont deux choses diffé­rentes. Si pour le modèle urbain un système de transport est déjà bien installé et a fait ses preuves, pour le milieu rural, tout reste encore à inventer. Réjane Pelletier // Je suis née à Sainte- Pazanne. Au départ cette commune était vraiment rurale. Aujourd’hui, entre piscine, train, associations… le paysage a beaucoup changé à tous points de vue. Alors ruraux, oui, dans le cœur, mais les avantages urbains se sont propagés jusqu’à nous // ©MARIDAV ©FRANCKREPORTER Marius Chauvin // L’agriculture, ça m’attire, c’est dans mes projets. Mais il y a des difficultés pour s’installer, sans parler de l’investissement. Vivre à la campagne pour survivre, ça ne m’intéresse pas. C’est dur de penser à s’installer sans prendre en compte les risques // // Pour apprécier les qualités d’un territoire, il faut en avoir vu d’autres, c’est pourquoi il faut encourager les jeunes à quitter leur territoire et à voir d’autres horizons. Il faut créer une culture du nomadisme //
  • 11. 19 20Un jour, un territoire Envie de réagir ? Retrouvez-nous sur notre blog : http://conseil-developpement.loire- atlantique.fr Mais aussi sur Facebook et Twitter ! Damien Zawadka // Je fais du sport tous les samedis. Je fais du roller et je vois des amis, des personnes que je n’aurais pas rencontrées au collège et que maintenant je vois même en dehors du roller. Les associations sportives, c’est une opportunité de plus pour rencontrer du monde // ©BRADDY 2 Creuset, mélange de populations Semer les graines du changement… En bref // Rural, urbain ? Nous assistons plutôt à une interpénétration de ces deux milieux. Pour autant, ne prenons pas le pire de chacun des deux, mais tirons-en plutôt la quintessence ! L’important est d’équiper le territoire pour que tout le monde y soit bien. En milieu rural, les gens se connaissent quand même mieux qu’en milieu urbain et il faut jouer sur cette force. On a bien compris que le grand enjeu, c’est comment proposer des choses qui fassent des jeunes des acteurs de leur avenir // Se questionner sur ce que peut appor- ter la campagne aux jeunes est tout à fait légitime. Mais pourquoi tout attendre du territoire ? Les TICs repré- sentent un outil de développement formidable pour le milieu rural, les possibilités d’inventer, de réinventer, sont infinies. Il faut maintenant amener ces jeunes à mettre leurs connais- sances de ces outils au service de leur espace. … pour faire germer des voca- tions Car c’est un peu ça, le nerf de la guerre  : comment amener les jeunes à participer et à monter des projets ? La plupart ne s’intéressent pas aux démarches institutionnelles mises à leur disposition, car celles-ci ne leur correspondent pas. Pourtant, les jeunes se mobilisent autant que les générations précédentes, simplement leur façon de s’engager est différente. Leur intérêt est souvent corrélé à la rapidité de concrétisation des projets. Les jeunes veulent se sentir acteurs, pas assistés, c’est donc en amont qu’il faut les solliciter. Une commune sou- haite créer une maison des jeunes ? Eh bien que ces jeunes soient associés aux réunions, qu’ils donnent leur avis, qu’ils suivent le chantier… Et que les réunions ne se passent pas toujours dans les lieux institutionnels. Impliquer les jeunes dans de tels engagements ne peut que les responsabiliser et leur donner envie de promouvoir ce type de démarche dans leur communauté. Le milieu associatif, véritable « melting-potes » Dans cette logique participative, les associations ont véritablement une carte à jouer. Ces lieux sont d’une grande importance, particulièrement en milieu rural, car ce sont des vec- teurs de rencontres indispensables aux jeunes en dehors des établissements scolaires. Les associations, notamment sportives, permettent de faire des ren- contres parfois improbables et de créer un « melting pot2  » entre différentes classes sociales. Selon Gilles Philippot  : « C’est un creuset d’actions sociales, où l’on peut assumer ses pre- mières responsabilités. Cela peut faire l’effet d’un révélateur sur certaines personnes. Ce sont des codes qui peuvent compter, même à postériori, et peuvent influencer des choix que l’on aura à faire plus tard. » Pourtant, ces associations sont de moins en moins fréquentées, elles ne sont peut-être plus adaptées à la nouvelle façon de vivre des jeunes. Une présence accrue des associations et des animateurs socioculturels sur les réseaux sociaux pourrait être une bonne piste. Une jeunesse en mode projet Lajeunegénérationrépondàunelogique d’immédiateté et a surtout besoin de résultats concrets dans ce qu’elle entre- prend. C’est pourquoi les associations commelesinstitutionsdevraientprendre cela en compte et proposer dans un pre- mier temps des actions qui peuvent aboutir dans un délai court. Cela per- mettraitauxjeunesdedécouvrirlemode projet et leur donnerait envie de s’enga- ger sur du plus long terme. Cela peut commencer par la création de lieux qui leur seraient dédiés. Même si, à priori, lescompétencesnesontpastoujoursau rendez-vous,cequicomptec’estqueces jeunessoientsollicités,carilsaimentles défis et bénéficieront ainsi d’une expé- rience formatrice et certainement révé- latrice de talents. Rencontreavec RéjanePELLETIER DamienZAWADKA &MariusCHAUVIN J’aimerais aussi donner l’envie, pas forcément à mes enfants, mais l’envie aux générations qui suivent, et surtout le choix de pouvoir devenir paysan un jour. Les rurbains, qu’en pensez- vous ? Réjane : Eh bien, pour moi ce sont des copains, des parents d’élèves comme nous. Ils sont intéressés par la vente directe de nos produits, ils sont très demandeurs. Après, sur les 5 000 habitants de la commune, il y en a toujours un qui va critiquer parce que ça sent le fumier, mais on ne retient pas celui-là, on retient les autres. C’est avant tout des copains, et on est bien contents qu’ils viennent quand même ! Votre vie dans vingt ans, comment la voyez-vous ? Marius : Moi, je me vois agricul- teur, avec un élevage de poules pondeuses ; j’aimerais créer éga- lement un lieu d’échange de savoirs entre les personnes pour recréer une dynamique dans les villages. Damien : Dans vingt ans, je me vois bien animateur, dans le milieu rural, mais pas dans la campagne profonde, hein ! (rire) Réjane : Dans vingt ans, j’espère que je serai toujours paysanne à Sainte-Pazanne, j’espère qu’on aura réussi à faire de notre ferme ce qu’on avait envie d’en faire quand on s’est installés, c’est à dire valoriser au mieux nos pro- duits et pouvoir créer de l’emploi. “Donnerl’envieetlechoixà nosenfantsdepouvoirdevenir agriculteurs”
  • 12. 21 22Un jour, un territoire ANNE-SOPHIE NOVEL 2013 a présenté la conférence inti- tulée : La consommation collaborative Docteur en économie et experte auprès du Conseil Economique et Social Européen, elle exerce en tant que journaliste pour le quoti- dien Le Monde et blogueuse spécialisée dans l’innovation sociale, l’économie collabo- rative, l’écologie et les alter- natives durables. Conférencière reconnue, Anne-Sophie Novel est inter- venue pour : Les Ateliers de la Terre, la Conférence sur le Climat de Copenhague, le Forum mondial Convergences, etc. Elle intervient également aux assises nationales de la finance participative. // Cette conférence fut un échange très riche et très participatif, l’intérêt de l’assistance était vif, les échanges nombreux et j’ai eu un grand plaisir à débattre avec elle et les équipes du conseil de développement ! La Loire Atlantique est un territoire dynamique pour accueillir ces initia- tives. De nombreuses start-up s’y sont implantées et cela en fait donc une antenne française non négligeable dans le domaine de l’économie collaborative. Je pense notamment à GreenRaid, Troovon, Talentroc, B2Biz, les Disco Soupe ou encore le travail mené par l’association PING. Si je devais conseiller une lecture, ce serait le prochain ouvrage de Jeremy Rifkin qui sera consacré à cette économie, il se met lui aussi à la CoRévolution ! // n° 29  AVRIL 2014 Trop de produits, trop de services, trop de tout, dont au final nous n’avons pas vraiment besoin. Notre société a poussé la consommation à son paroxysme. À force de possession boulimique, certains d’entre nous en arrivent à l’écœurement. Pouvoir d’achat en berne, refus de jeter à tout va ou encore vrai ras-le-bol du système, autant de raisons qui font de la consommation collabo- rative une tendance essentielle. Signe d’une remise en question plus profonde, le terme « économie collabora- tive » est de plus en plus employé. Jusqu’à quel point cette alternative influencera-t-elle notre avenir ? Les impacts sociaux et financiers de ces innovations sociales sont encore flous, mais les adeptes, de plus en plus nombreux. En novembre dernier, l’économiste blogueuse Anne-Sophie Novel est venue nous éclairer sur cette tendance. Innovation La consommation collaborative La conférencière Anne-Sophie NOVEL Docteur en économie et experte auprès du Conseil économique et social européen. Journaliste, conférencière et blogueuse spécialisée dans l’innovation sociale, l’économie collaborative et les alternatives durables. Sur fond de crise et de défiance géné- ralisée, la consommation collaborative s’immisce dans notre quotidien grâce à la démultiplication des services favori- sant l’usage et le partage de biens plutôt que leur possession… Mais cette tendance n’en est pas à son coup d’es- sai. Coup d’œil dans le rétroviseur Le nom de Napster vous rappelle-t-il quelque chose ? C’est l’un des premiers sites web grâce auxquels l’échange de pairs à pairs (Peer-to-Peer) a été démocratisé. Napster, dans sa 1re ver- sion, en 1999, était dédié à l’échange de fichiers musicaux, et ce… gratuitement ! Cela n’a d’ailleurs pas été sans déclen- cher des poursuites en justice intentées par l’industrie musicale. Le succès de cette plateforme avant-gardiste repo- sait déjà sur deux fondements de la consommation collaborative : le par- tage et l’usage de données, objets, etc. La porte d’entrée n’est pas exclusive- ment technologique, mais l’explosion du web a largement contribué à remettre au goût du jour le troc. Mieux utiliser plutôt que posséder Tendances
  • 13. Décryptage. Un vent qui souffle un Français sur deux vers la sobriété volontaire Financier, humaniste ou écologique, l’intérêt pour ce mode alternatif diffère d’une personne à l’autre. Face au sys- tème généralisé de possession à outrance, l’apparition de la consomma- tion collaborative peut s’apparenter au combat de David contre Goliath. Pourtant, pas de quoi faire monter la cote d’alerte en vigilance rouge pour cette crue exceptionnelle de nouvelles pratiques, qui pour certaines remettent en avant des coutumes plus anciennes. Attention aux coups de vent tout de même, certaines pratiques risquent de bouger dans notre société ! Coups de vent en rafales L’ampleur grandissante de ce mode de partage provient de l’imbrication de plusieurs facteurs tantôt sociétaux, tantôt économiques ou encore techno- logiques. Pour n’en citer que quelques exemples : la démographie et la mobi- lité croissantes des individus sur leur territoire, le déploiement de nouvelles technologies décuplant les possibilités d’échanges d’information, et bien sûr, la prise de conscience que les res- sources de notre planète ne sont pas infinies. Avis de tempête sur notre société de consommation En cette période de grands change- ments, nos concitoyens se questionnent et se tournent vers un mode de vie où la recherche de sens est au cœur de leurs actions. Ils regagnent leur autonomie de jugement, se révèlent être des usa- gers du territoire plus responsables, des consommateurs plus actifs, plus citoyens. Les valeurs plébiscitées par ces consommateurs, souvent connec- tés, sont la confiance, l’ouverture, la reconnaissance et, de plus en plus le lien social réinventé. C’est aussi cela qui conduit la moitié des Français à penser différemment, qu’ils soient dans leurs rôles de consommateur, d’actif ou, plus généralement de citoyen. // Si le xxe siècle était celui de la possession, le xxie siècle est sans conteste celui du partage // // La confiance avant tout pour passer du moins au mieux ! // Consommer autrement, est- ce vraiment possible ? Bien sûr ! Posséder ensemble ou ne plus posséder du tout, c’est l’esprit de la consommation collaborative. Les solutions varient selon deux axes : le partage avec d’autres, grâce à des échanges directs, et le choix de l’usage plutôt que de la propriété. Le tout est donc de savoir si vous êtes prêt à posséder un bien ou un service avec d’autres per- sonnes, ou si vous voulez seulement en avoir l’usage selon vos besoins. De fait, les idées ne manquent pas : vide-placard, covoiturage, finance- ment participatif ou encore habitat partagé sont autant de solutions de la vie share1 , si différentes soient- elles. ©montiannoowong 1 Share = partagé Du partage de notre monde à un monde de partage Non, ce n’est pas du groupe de musique électro nantais (C2C) que nous parlons ici, mais de ce mouvement de Consommateur à Consommateur par opposition au BtoB ou au BtoC2 . Donner une deuxième vie aux objets en les revendant à d’autres est l’exemple parfait du CtoC. Le CtoB aussi prend son envol, mais plus doucement. La fidélisation par l’image de marque serait-elle dépassée ? Pas forcé- ment, mais elle prend une nouvelle tour- nure. Certains fabricants s’emparent de cette idée en donnant la liberté et les moyens à leurs clients d’apporter eux- mêmes de la valeur ajoutée à leur marque. En externalisant de la sorte, le consommateur est plus qu’acteur : il devient créateur. En savoir plus : fr.eyeka.com Du troc, bien sûr, mais pas seulement Pas toujours facile de s’y retrouver parmi les initiatives qui foisonnent ces derniers mois sur nos territoires. Certaines remettent au goût du jour des pratiques anciennes, d’autres sortent complètement des sentiers battus. La plupart utilisent les plate- formes web comme outil d’intermédia- tion. Les possibilités de classer les ini- tiatives sont nombreuses, c’est pourquoi Anne-Sophie Novel nous propose de les regrouper en quatre catégories : • Le troc : c’est l’idée de donner une deuxième vie aux objets, mais c’est aussi échanger ses savoirs, son temps… • Le partage d’un usage : l’autopartage, comme Marguerite, ou les vélos en libre-service, comme les Bicloos nan- tais, sont des exemples types. Le couchsurfing3 en est un autre, qui remet l’hospitalité au goût du jour. • La consomm’action : les projets naissent d’un élan collectif et les actions peuvent intervenir à différents niveaux (crowdsourcing4 ) : de l’idée du produit, de la validation du concept ou du financement du projet, les porteurs de projets en appellent à la commu- nauté d’usagers pour supporter des projets variés. • Le savoir-vivre ensemble renouvelé : au-delà de l’habitat partagé, ou de la mixité intergénérationnelle, des initia- tives toutes simples, telles que les « biens suspendus », se développent un peu partout. Le concept : vous payez un café ou une baguette en plus, qui sera offert par le commerçant à une per- sonne qui n’en a pas les moyens. L’avenir de la consommation sera-t-il majoritairement col- laboratif ? La consommation collaborative est-elle une vague en passe de changer le monde ? Les trois quarts de ceux qui ont modifié leurs comportements déclarent qu’ils ne feraient pas machine arrière. Et vous ? Globalement, les acteurs socio-économiques s’ouvrent de plus en plus à la coopération. La donne change sur la place occupée par le consommateur, particulièrement au sein de l’économie. Mais, ne nous le cachons pas, les Français ont toujours ce rapport ambigu à la consommation. Elle relève souvent de l’achat plaisir et 85 % d’entre eux estiment même qu’elle est vitale à la croissance de notre pays. L’envol de cette économie de la contribution soulève tout de même quelques questionnements pour l’ave- nir. Une pratique permise unique- ment sur le net ? Si la plupart des initiatives de partage se font via internet, de parfaits inconnus se rencontrent toujours dans la vie réelle pour partager et échanger. Le téléphone peut également tirer son épingle du jeu (par exemple : « Alter- Ego.cc » (service d’écoute), ou encore « j’aime Belleville » (entraide de quar- tier). Avez-vous la confiance 2.0 ? Dans la consommation collaborative, le baromètre de confiance des plate- formes web, c’est avant tout l’avis de la communauté. La pérennité des initia- tives est conditionnée par la construc- tion rapide et durable de la réputation que vous lui donnerez. Et sur ce terrain, rien n’est laissé au hasard. S’il existe encore quelques lacunes pour garantir l’indice de confiance des sites, des ini- tiatives sont menées pour les sécuri- ser, mais aussi pour renforcer le sys- tème d’authentification de l’identité numérique de chacun. Concurrence déloyale ou rup- ture des usages ? Plusieurs acteurs traditionnels du mar- ché, hôteliers, taxis…, brandissent le bouclier. Les services communautaires, portés par des start-up, qui parfois adoptent une posture bon enfant, dés- tabilisent un système économique qui peine à retrouver son équilibre. Par manque de recul, le doute plane sur le potentiel de ce nouveau modèle à générer des emplois durables. Là encore, cette économie collaborative suggère l’adaptation de nos indicateurs de richesse et de valeurs, allant au- delà du PIB, indicateur phare du sys- tème actuel. Le bonheur intérieur brut, vous y croyez ? ©ImageegamI 2 C = Consommateur, B = Professionnel (business) 3 Couchsurfing = littéralement, surfer sur les canapés (loger chez différentes personnes inconnues pendant un voyage) 4 Crowdsourcing = littéralement, qui émane de la foule (interaction avec une communauté de consommateurs / usagers) Prévisions « consommatologiques » CtoC, vous connaissez ? 23 24Un jour, un territoire
  • 14. // Au cours de sa vie de perceuse, celle- ci ne sera utilisée que douze minutes. Votre véhicule est à l’arrêt plus de 90 % du temps.13 % des espaces de travail sont libres en permanence… Alors, pourquoi ne pas les partager ? // Tendances n°18, à redécouvrir ! … bon plan ou mouvement de destruc- tion créatrice ? Bien que certains contours, notamment réglementaires, soient encore flous, la vie share a le vent en poupe. Son essor, lié à internet et aux réseaux sociaux, bouscule le modèle économique traditionnel. Quant aux entreprises, elles s’inquiètent à tel point que, pour survivre, elles devront faire avec les valeurs de l’économie collaborative. Avis de tempête, ce mou- vement risque d’en décoiffer plus d’un ! ©HSVRS Karine Niego Greenraid Partager, commenter, éva- luer les lieux « verts » de la Loire-Atlantique, voilà ce que propose l’application Green Raid. Un outil parti- cipatif au service du partage d’informa- tion de proximité. www.greenraid.fr Gaëlle Le Rezollier Nous&Co Agir et mieux vivre ensemble grâce à un support local interactif( 20kmmax.autourdeNantes ) d’échanges et de services collaboratifs, avec la plateforme monecocity. www.monecocity.fr Maude Frachon Disco Soupe Sensibiliser au gaspillage alimentaire en s’appropriant de manière festive et solidaire l’espace public et le rebut alimentaire. Élan international avec une équipe dyna- mique sur Nantes. https://www.facebook.com/DiscoSoupe Thomas Derosne MyNewStartup S’adresser aux petits et grands investisseurs et facili- ter la mise en œuvre de projets grâce à cette plateforme de finance participa- tive. Vivre une création d’entreprise par procuration. www.mynewstartup.fr Alexandre Heuzé Talentroc Favoriser l’échange de com- pétences en troquant sa matière grise - langues, informatique, culture, bricolage, loisirs… www.talentroc.com La consommation collaborative… Envie de réagir ? Retrouvez-nous sur notre blog : http://conseil-developpement.loire-atlantique.fr Initiativesà l’honneur en Loire-Atlantique 25 26Un jour, un territoire Rencontreavec Anne-Sophie NOVEL alternative que ça. La consommation collaborative s’ancre dans les mœurs, les gens considèrent de plus en plus que le don, le troc ou l’échange entre particuliers est un mode de consom- mation comme un autre. Trois quarts de ces nouveaux adeptes resteraient dans ce type de pratiques même si la situation économique devait s’amélio- rer dans les années qui viennent. C’est pour ça qu’aux États-Unis on observe de gros mouvements d’investisse- ments sur des start-up qui sont finan- cées par des fonds très importants. Des sommes d’argent considérables La consommation collabora- tive, de quoi s’agit-il ? Anne-Sophie NOVEL : La consomma- tion collaborative, c’est un terme qui est apparu au début des années 2000 et qui s’est démocratisé à partir de 2006-2007. Il qualifie tous les services qui permettent de favoriser l’usage sur la propriété. C’est-à-dire tout ce qui concerne le don, le troc, l’échange, et surtout les échanges entre particu- liers. C’est ce que l’on appelle le peer- to-peer et qui fait qu’aujourd’hui, en France, plus de 500 jeunes start-up proposent à des particuliers de s’auto- organiser pour consommer différem- ment et trouver des solutions en temps de crises. Ce mode de consommation, effet de mode ou tendance lourde ? On est plutôt sur une tendance de fond, une tendance lourde et de long terme. Nous sommes dans une crise qui n’en est pas vraiment une, car nous sommes dans une période de transition. Certains parleront de renaissance. Les dernières études auxquelles j’ai pu avoir accès, faites par des instituts de sondage, comme IPSOS ou l’OBSCOCO (Observatoire Société et Consommation), montrent que ce qui peut passer pour une consommation alternative n’est plus si “Nous sommesdans unepériode detransi- tion,voirede renaissance” sont misées sur ces nouveaux ser- vices. Économie traditionnelle et consommation collaborative, vers une vision commune ? Ce qui se passe, c’est que l’économie traditionnelle est en train, petit à petit, de s’adapter. Elle intègre progressive- ment les logiques collaboratives. On le voit notamment avec la multiplication des communautés internet que les marques de l’économie traditionnelle utilisent et avec lesquelles elles peuvent cocréer du contenu ou des produits. Si on va plus loin, ça va tou- cher aussi le management des organi- sations. D’un autre côté, les nouveaux services d’organisation entre pairs vont pousser les services traditionnels à revoir la façon dont ils vont concevoir un produit. L’économie sera peut-être plus servicielle. Plutôt que de voir ça comme une menace, par exemple comme l’arrivée du mail avec le cour- rier, l’économie traditionnelle se dit qu’elle n’a peut-être pas le choix que d’embrasser ce type de nouvelles pra- tiques. Pour bien s’adapter, rien de mieux que d’anticiper.
  • 15. 27 28Un jour, un territoire BERTIER LUYT 2013 a présenté la conférence inti- tulée : L’impression 3D Entrepreneur malouin de 38 ans, Bertier Luyt se lance dans la création d’entre- prises (fondateur du Fabshop) après un parcours réussi dans la musique. Mordu d’artisanat et de nou- velles technologies, il est à l’initiative en octobre 2013 de la première Maker Faire en France, foire de l’artisanat futuriste et ode à la créativité citoyenne ! Il vit aujourd’hui de ses deux passions. Tour d’horizon d’un parcours aty- pique. // La Loire-Atlantique est incontestablement une terre d'innovation pour tous. Nous avons retiré de cette participation un échange réelle- ment enrichissant, des personnes intéressées, une envie commune. Les Nantais ont été à la hauteur de leur réputation. Ce département nous a démontré qu'il était un terreau fertile pour l'impression 3D et le Maker Mouvement. Que se soit sur les chantiers navals ou au FabLab de Nantes, ces personnes n'ont rien à prouver au Maker movement. Il y a parfois juste des Makers qui s'ignorent // n° 28  FéVRIER 2014 Imprimer en 3D… La simple expression peut laisser perplexe, car, dans un premier temps, nous tentons tous d’imaginer comment notre imprimante de bureau pourrait fabriquer des objets. Afin de démystifier le phénomène, Bertier Luyt est venu nous présenter ce qu’est vraiment l’impression 3D. Bien au-delà du simple prototypage rapide, ces machines sont en réalité le symbole d’une révolution industrielle beaucoup plus large. Basée sur une culture créatrice prônant coproduction, partage et réflexion ouverte, cette révolution se tient à la croisée des savoir-faire traditionnels en matière de bricolage et d’ l’utilisation de machines digitales à la pointe de la technologie. En effet, c’est tout un monde qui est à l’origine de l’impression 3D et qui l’accompagne aujourd’hui. Un monde composé de Makers, de Hackers, de Fablabs et autres Techshops (dico p. 4). Bienvenue dans l’univers un peu étrange des bidouilleurs futuristes qui vont changer notre économie. Innovation L’impression 3D Emblèmed’unerévolutionindustrielle Fais-le toi-même ! Si aux États-Unis on parle du « Maker Movement », en France il s’agira plutôt du mouvement « Do It Yourself » (faites- le vous-même). Ce mouvement de création ne date pas d’hier, mais il s’est considérablement accéléré avec l’appa- rition et la démocratisation d’internet. Tout a commencé au Massachusetts, où un enseignant a observé que ses étudiants revenaient après les cours dans les ateliers du MIT1 pour y conce- voir leurs propres créations. Ce constat l’a amené à créer le premier Fablab, un laboratoire de fabrication collectif, en 2003. Les élèves avaient accès à ce laboratoire, à la seule condition de documenter les projets qui y étaient Le conférencier Bertier LUYT Fondateur du « Fabshop » et coauteur du livre L’impression 3D. Il a également organisé la 1re « Mini Maker Faire » de France, à Saint-Malo, en 2013. menés et de partager leurs créations avec les autres étudiants. C’était la naissance du « Do it with Others ». Et partage-le ! L’arrivée du web 2.0 marque un tour- nant dans l’histoire du Maker Movement. Les bricoleurs s’appro- prient les moyens de communication de ce nouveau web. Les forums, blogues, sites communautaires et sites spéciali- sés fleurissent et décuplent les possi- bilités des bricoleurs tant en termes de création qu’en termes de conseil et de dépannage. En 2004, l’expression «  Maker Movement » est employée pour la première fois, elle 1 MIT : Massachusetts Institute of Technology Tendances Le Maker movement
  • 16. 29 30Un jour, un territoire Les Fablabs donnent vie aux idées Traductible par « laboratoire de fabrica- tion », il y en a aujourd’hui 120 dans le monde. Ces ateliers se trouvent encore pour la plupart au sein des grandes universités américaines, même s’ils ont de plus en plus tendance à s’affranchir des structures éducatives. Ces espaces sont ouverts à tous, que l’on soit en recherche d’inspiration ou que l’on ait déjà un projet en tête. La seule condi- tion d’accès est le partage de la connaissance avec autrui. Autrement dit, si vous souhaitez développer un projet ultra secret, passez votre che- min. Par contre, si vous avez dans l’idée de reconstruire la poignée de votre réfrigérateur introuvable dans le com- merce, vous êtes au bon endroit ! Des logiciels de modélisation 3D aux machines à commandes numériques, en passant par des machines-outils, de l’électronique ou du petit outillage, tout est là pour favoriser la création. Vous souhaitez des équipements plus lourds, car vous avez vu les choses en grand ? Le Techshop sera dans ce cas plus adapté. Munies d’outils industriels, ces structures beaucoup plus grandes sont équipées comme de véritables usines. Dans ces endroits se croisent toutes sortes de populations qui ont un point commun : la passion de la création. Autant dire qu’il s’agit de véritables incubateurs qui peuvent donner nais- sance aussi bien à un tout petit produit qu’à une grosse société. Quand l’usine est à portée de clic Mais comment faire si on a l’âme d’un Maker, mais qu’il n’y a pas de Fablab ou de Techshop dans les environs ? Pas de panique, avec internet aujourd’hui, l’usine est à portée de clic. N’importe quel Maker, quelle que soit sa localisa- tion, peut passer d’une idée au projet, et du projet au produit. Découper au laser, faire de l’usinage numérique ou imprimer en 3D est désormais possible depuis son canapé. Des sociétés comme Ponoko ou Sculpteo2 proposent ces services sur internet. Avec ces usines en ligne, le privilège de l’utilisa- tion des machines de prototypage rapide est accessible à tous, de n’im- porte où. Tout comme l’avènement du blogue a fait perdre le privilège de l’in- formation à la presse, les outils de prototypage rapide que l’on trouve dans les Fablabs, dans les Techshops ou tout simplement sur internet vont sans doute à terme capter une partie du pri- vilège de l’innovation aux industriels. Ces machines offrent la possibilité de produire de petites séries, mais aussi des pièces uniques de haute technolo- gie.Unautreatout,etpasdesmoindres, c’est qu’elles permettent de multiplier inspirera le titre de la revue spécialisée du genre en 2005 : Make Magazine. En dix ans, le Maker Movement a pris une ampleur considérable outre-Atlantique. En 2006, les États-Unis voient naître le premier Techshop : 3 000 m2 de machines industrielles mises à la dis- position du public. Principalement fré- quenté par les ingénieurs de la Silicon Valley, le Techshop le Techshop assiste à l’éclosion des idées et des projets qui peuvent prendre forme très rapide- ment. Il y a fort à parier que dans les années à venir, de grandes compagnies et de grands projets y verront le jour. 2 Ponoko : www.ponoko.com - Sculpteo : http://www.sculpteo.com/fr/ C’est beau, c’est ludique et sympa, OK. Mais l’impression 3D, c’est souvent générateur de déchets plastiques. C’est ce constat qui a poussé le Fabshop à élaborer le premier filament de plastique à base d’algues pour l’impression 3D, une innovation en la matière. La foire du faire faire faire ! La troisième révolution industrielle ? Le magazine Make organise tous les ans un salon destiné aux Makers : la « Maker Faire ». La Makerquoi ? La Maker Faire, c’est un salon où les Makers du monde entier se retrouvent pour partager leurs créations, bricolages ou projets avec leurs pairs. Le but du jeu consiste à montrer son travail, à recueillir l’avis d’autres participants et, pourquoi pas, à trouver des collaborateurs pour monter d’autres projets. Ces manifestations sont des références, elles accueillent 90 000 personnes et plus de 1 000 exposants sur un week-end. À côté des grosses éditions américaines fleurissent ici et là des Maker Faires de plus petite envergure, on les appelle les mini Maker Faires. Rien qu’en 2013, il y en a eu une centaine dans le monde, dont une en France, la première, à Saint-Malo ! Des déchets pas très verts ©Makerbot® les centres de production et de les rap- procher des consommateurs. Dans les années à venir, les initiatives des Makers vont se multiplier, les fabri- cants de pièces en local seront de plus en plus nombreux, entraînant une nou- velle économie. Il s’agit bien là d’une révolution des usages, de la pratique et de la façon de générer des flux finan- ciers. Des millions en 3D La révolution a aussi ses héros. Le mouvement des Makers ne serait pas ce qu’il est sans des personnalités comme Dale Dougherty, le Steve Jobs du mouvement des Makers. C’est d’ail- leurs lui qui est à l’origine de l’expres- sion « Maker Movement », mais égale- ment de la progression du web vers le 2.0. L’autre personne emblématique du mouvement n’est autre que l’inventeur de l’imprimante 3D : Bre Pettis. Ce blogueur a fondé en 2008 le New York City Resistor Club : un Hackerspace où des passionnés détournent des objets électroniques de leur usage premier. Par exemple, l’un des membres du NYCRC a fabriqué une veste de course à pied couverte de LEDs fluorescentes qui s’allument au rythme de l’activité car- diaque. Pour ce faire, le Maker a détour- né l’usage de son cardiofréquence- mètre. Des multiples projets et expériences qui y ont été menés est née la première machine à prototypage rapide que l’on appelle aujourd’hui l’imprimante 3D. Accompagné de deux collègues, Bre Pettis monte alors en 2009 une société : Makerbot®. Cette marque est devenue leader sur le seg- ment de l’impression 3D en commercia- lisant plus du quart de la production mondiale. En juin 2013, Makerbot® a été rachetée pour 403 millions de dol- lars, la firme emploie 600 personnes et appartient désormais au plus gros groupe industriel de prototypage rapide au monde. Imprimer en 3D ! Bertier LUYT // L’un des secteurs les plus porteurs est sans doute celui de la santé. L’imagerie médicale attend beaucoup de l’impression 3D. Préparer des opérations en amont ou fabriquer des pièces de remplacement (des prothèses par exemple) sur mesure est en passe de devenir une réalité. Dans quelques années, le bio-printing et l’impression d’organes à partir de ses propres cellules seront des procédés courants // Une publicité un peu menson- gère Maintenant que tout le monde est au point sur les Fablabs, Makers et Hackerspace (si ce n’est pas le cas, rendez-vous en page 4 pour une séance de rattrapage), il est temps de com- prendre le fonctionnement de cette curieuse machine. Le procédé n’est pas si complexe puisqu’il consiste à super- poser de fines couches de filaments pour fabriquer des objets en 3 dimen- sions. Jusque-là, tout va bien. Sauf que, à en croire les médias, ce procédé permettrait à n’importe qui de fabri- quer tout et n’importe quoi à domicile. Malheureusement (ou heureusement), la réalité de l’impression 3D n’est pas vraiment la même que celle qui est vantée dans la presse ou sur internet. Cette technologie se voit en effet sou- vent octroyer des propriétés qu’elle n’a pas. Bien que le nom d’origine soit « prototypage rapide », imprimer en 3D est en fait… très lent ! Et la lenteur s’accroît proportionnellement à la taille et à la précision du modèle à fabriquer. Pour fabriquer un objet 3D rapidement, il faut un objet aux contours peu précis et petit. Autre point d’amélioration : le coût. Le plastique utilisé par ces machines a un coût, et pas des moindres : 50 € le kilo. Les échecs d’impression sont courants et il n’est pas rare de devoir recommencer la fabrication d’une pièce plusieurs fois. Les objets imprimés en 3D ont égale- ment souvent besoin d’un post traite- ment afin de lisser leur surface. Enfin, la composition de l’objet sera le plus souvent en plastique, les machines d’entrée de gamme ne proposant pas la possibilité d’utiliser d’autres matériaux pour le moment. Il y a aujourd’hui, sur ce marché, de tout. Des machines à quelques centaines d’euros, à monter soi-même. Et des machines qui vont coûter des centaines de milliers d’eu- ros, mais plutôt à usage industriel. Même si, à l’heure actuelle, l’impres- sion 3D est une technologie devenue abordable pour de nombreuses entre- prises et certains particuliers, elle va bientôt s’installer dans le paysage comme un outil de fabrication, mais qui serait plutôt destiné aux entreprises. Car ce qui est souvent omis, c’est qu’avant d’imprimer en 3D il faut modéliser l’objet, ce qui demande d’acquérir des compétences qui ne sont pas innées. Les particuliers béné- ficieront bien sûr de la technologie, // Une variante du Fablab est à l’origine de la naissance de la première imprimante 3D, il s’agit du HackerClub du New York City Resistor. Ce lieu est emblématique puisque c’est à cet endroit que sera inventée, en 2009, l’une des imprimantes 3D les plus populaires aujourd’hui //
  • 17. 31 32Un jour, un territoire mais davantage par le biais des profes- sionnels. à l’avenir, l’impression 3D serait donc un outil destiné prioritaire- ment aux professionnels. à l’aube d’un nouveau modèle d’affaires Se procurer un modèle prêt à imprimer peut se faire de différentes manières. La source la plus courante étant l’usage d’un logiciel de modélisation (type Sketchup), mais d’autres moyens sont disponibles. Le scanner 3D est, par exemple, une alternative intéressante : l’objet est scanné sous toutes ses dimensions, il est ensuite possible de le recréer en 3D sur l’imprimante. Enfin, la dernière possibilité, c’est évidem- ment la communauté. Celle-ci va pro- poser des milliers de modèles scannés ou modélisés aux internautes. Des catalogues sont téléchargeables dans tous les domaines (déco, techno…). De nombreuses options de personnalisa- tion sont également disponibles (cou- leur, matière, etc.). Ces possibilités prennent toute leur importance, car c’est là que se trouve la révolution des flux financiers. Pour un artiste, plus besoin de produire ses pièces à l’avance pour les exposer et les vendre, il suffit de les mettre en ligne. La fabrication n’en sera lancée qu’une fois le paie- ment effectué. Cela va changer la façon de faire du commerce pour les artisans et les fabricants de petites séries. Plastique, métal, bois… tout est bon dans l’impression Du plastique, oui, mais pas que. Si le Fuse Deposition Modeling (dépôt de filament chaud) reste la technologie la plus utilisée aujourd’hui, il est égale- ment possible d’imprimer en utilisant le Selective Laser Sintering : on ne parle alors plus de plastique, mais de couches de poudre métallique soudées entre elles par un laser. Enfin, l’impres- sion peut se faire aussi en utilisant des matières minérales ou encore du bois. Chacune de ces technologies est adap- tée à des marchés et des besoins diffé- rents. Du styliste au prothésiste, un outil transversal Aujourd’hui,lesapplicationsdel’impres- sion 3D couvrent un nombre de métiers extrêmement divers. Les activités direc- tement utilisatrices, comme l’architec- ture, le modelage, le dentaire, l’archéo- logie ou la santé, côtoient des secteurs qui s’intéressent de près à cette techno- logie, comme la mode, la topographie, l’agroalimentaire, la recherche… Un quart des clients sont des industriels. Les utilisateurs sont, quant à eux, sou- ventingénieursoudesigners.Unechose est sûre, l’impression 3D va connaître d’importantes évolutions dans les années à venir et ses applications vont certainement nous surprendre. Le dico de la techno // Le Fabshop3 de Bertier Luyt, c’est pour l’instant un atelier de fabrication exclusivement digitale, avec des machines de découpe laser et des imprimantes 3D. Ces équipements sont de qualité professionnelle, mais ne sont pas destinés à grossir à la façon d’un Techshop // Ci-contre : un Fablab américain Maker : inventif et manuel, il s’agit d’un bricoleur qui fabrique lui-même ses objets. Il fait le plus souvent partie du mouvement du DIY. DIY / Do It Yourself : fais-le toi-même. Cette philosophie prône la fabrication artisanale de toutes sortes d’objets, qu’ils soient artistiques, technologiques… ou même complètement inutiles ! Fablab : laboratoire de création équipé de machines de prototypage où les bricoleurs ingénieux se retrouvent pour travailler ensemble sur leurs projets. Techshop : Il s’agit d’un lieu plus grand qu’un Fablab. Les machines sont de type industriel et occupent des centaines de mètres carrés. Hackerspace : lieux fréquentés par des communautés (souvent férues d’informatique et de technologie) où elles peuvent s’échanger leurs savoirs sous forme d’ateliers, de conférences ou de soirées. Sketchup : logiciel de modélisation 3D très répandu et édité par Google. Makerbot® : fabricant d’imprimantes 3D, leader sur le marché mondial actuellement. 3 Fabshop : www.lefabshop.fr Rencontreavec BertierLUYT Vous êtes à l’origine de la mini Maker Faire de Saint-Malo, pouvez-vous nous expliquer le principe d’une Maker Faire ? Maker Faire, c’est un évènement qui a lieu aux Etats-Unis, à New-York et à San Francisco. La mini Maker Faire est sous licence Maker Faire, et doit respecter quelques codes. Il s’agit d’une exposition de savoir-faire. C’est un salon, ou plutôt un show où les expérimentations les plus folles des makers sont exposées. Ces salons sont ouverts à tous, des plus jeunes aux plus âgés. Ce sont des salons dits « interactifs », car les visiteurs sont Comment les industries peuvent-elles faire face et s’adapter à la captation du chiffre d’affaires que pourrait engendrer la généralisation de l’impression 3D ? Bertier LUYT : Les industries devraient s’équiper d’imprimantes 3D et capter elles-mêmes ce chiffre d’affaires. Il correspond à la demande des consom- mateurs d’objets personnalisés, uniques et fabriqués pour eux. On a évolué d’un modèle de production de masse à un modèle de production per- sonnalisé. Ce sont les industriels qui doivent s’équiper d’imprimantes 3D, car aujourd’hui ce sont des machines qui ont vocation à être utilisées par des professionnels. Les makers, qui sont-ils ? Tout le monde peut-il devenir un ambassadeur du Do It Yourself ? Maker, c’est le mot anglais qui désigne un bricoleur ingénieux , un faiseur, en quelque sorte, même si ce mot n’est pas très correct en français ! Pour être un maker, il faut faire, et partager son savoir-faire avec une communauté, qui est souvent sur internet. Pourquoi internet, car sur internet, on a accès à une communauté internationale. Pour les francophones, on peut parler avec des Québécois, des Africains, des Laotiens, des Belges, des Suisses ou des habitants du Maghreb. Quant à ceux qui parlent anglais, le monde entier leur est ouvert, que ce soit sur des blogs, des réseaux sociaux, des sites web ou des plateformes commu- nautaires qui présentent des projets. “LaMaker Faire,c’estun endroitsûr pourdesgens bizarres” amenés à pratiquer, à jouer, à tester et interagir avec les exposants. S’il y a beaucoup d’ateliers lors des Maker Faire, un seul est obligatoire, c’est un atelier de soudure et d’électronique pour apprendre à fabriquer un petit objet avec une batterie et une LED. à la Mini Maker Faire de Saint-Malo, que nous avons organisée en octobre 2013, les visiteurs ont pu participer à des ateliers de création de robots, de monstres en carton, de chimie et, bien sûr, d’impression 3D. Il y avait aussi des cours de modélisation 3D, la pos- sibilité de jouer avec des drones. C’est également un lieu qui provoque des rencontres, je pense notamment à ce fabricant de kayaks artisanaux qui tra- vaillait dans son garage et qui a pu montrer ce qu’il faisait. Il a rencontré des partenaires potentiels qui lui ont proposé de venir dans un atelier plus grand pour commencer une petite série. Pour conclure, la Maker Faire c’est un endroit où être un peu geek et même brillant (rire), ce n’est pas un pro- blème ! Quand les enfants arrivent à la Maker Faire, on leur dit : ne vous ennuyez pas et ne soyez pas ennuyeux.
  • 18. 33 34Un jour, un territoire ARNAUD MOUROT 2014 a présenté la conférence inti- tulée : L’entrepreneuriat social Arnaud Mourot est le pré- sident fondateur de l’ONG « Sport sans frontières » depuis 1999. Il a également été membre de l’équipe de France de Lutte libre pendant dix ans. Désirant contribuer à bâtir un monde écono- mique et social plus juste, il inaugure en 2006 l’antenne France d’Ashoka. Il devient ainsi directeur général d’As- hoka France, Belgique et Suisse et co-directeur d’As- hoka Europe. Peut-on faire du « business » pour répondre à des problèmes de société ? La question interpelle. Le pari est osé, mais la réponse, de plus en plus crédible. Les entrepreneurs sociaux sont la preuve vivante qu’une voie plus humaine est en cours de construction. Alors que 31 % seulement des Francais ont entendu parler de ce terme, comment ces entrepreneurs vont- ils réussir à s’imposer durablement dans notre paysage écono- mique ? La Loire-Atlantique participe déjà à cet élan de solida- rité par la forte présence de l’ESS1 . Sera-t-elle un territoire prêt à renforcer l’ancrage de ces mouvements hybrides ? En février dernier, Arnaud Mourot, directeur général d’Ashoka France, est venu témoigner de sa conviction de pouvoir trouver des réponses innovantes pour pouvoir donner un nouveau souffle à notre société. Un message d’espoir fort pour une transition devenue incontournable. Plusieurs porteurs de projet et cataly- seurs de Loire-Atlantique étaient également présents lors de cette conférence pour témoigner de la diversité des courants. L’entrepreneur social accélérateur du changement 1 Innovation L’entrepreneur social est à l’économie ce que l’invention est à l’innovation L’innovation sociale englobe les expéri- mentations répondant à un besoin de société qui ne trouve peu ou pas de réponse par les collectivités ou le mar- ché. Qu’elles fassent appel au bon sens ou à une ingéniosité incroyable, elles s’attaquent à la racine des problèmes et améliorent le fonctionnement de notre sociétéenreplaçantl’usageraucœurde la solution. De ces innovations naissent différentes formes d’organisations ou de partenariats sur les territoires, des modèles hybrides de plus en plus diffi- ciles à catégoriser sous une seule et même définition, qui briderait leur origi- nalité. C’est dans ce contexte que les entrepreneurs sociaux (ES) français se frayent une place. Ils créent du change- mentsocialens’appuyantsurunmodèle économiqueviable.Pouryvoirplusclair, notre conférencier pose le 1er jalon. ©kantver 1 ESS : économie sociale et solidaire // Il n’y a rien de plus puis- sant qu’une idée très inno- vante quand elle naît dans les mains de vrais entrepre- neurs. Une belle idée chez un « non-entrepreneur » ne va pas loin. Un entrepreneur sans idée ira plus loin, mais pas beaucoup plus // Le conférencier Arnaud MOUROT Directeur général d’ASHOKA France, Belgique, Suisse Président fondateur de l’ONG Sports sans frontières ASHOKA Premier réseau mondial d’entrepreneurs sociaux TENDANCES n° 32  MAI 2014 Innovation Tendances
  • 19. 35 36Un jour, un territoire 2 EMES : Emergence of Social Enterprises, littéralement « émergence des entreprises sociales » http://www.iap-socent.be 2 AVISE : Portail pour développer l’économie sociale et solidaire. http://www.avise.org/ 3 MOUVES : mouvement des entrepreneurs sociaux : http://mouves.org/ 4 ESS : économie sociale et solidaire 5 IAE : Insertion par l’activité économique. // Un entrepreneur social voit des solutions alternatives à un pro- blème d’intérêt général, accepte d’aller au-delà des idées reçues, accepte de se prendre des coups ! // // Plusieurs modèles d’entre- prises adaptés à des personnes mal servies par la société sont envisageables. S’il en existe aujourd’hui très peu, le poten- tiel de développement est bien réel. Les personnes sous le seuil de pauvreté repré- sentent 16 % de la population sur sept pays européens étu- diés, et une enveloppe de 220 milliards d’euros de dépenses en Europe. Pour cela, sortir des cases est une urgence. La forme juri- dique ne fait pas notre vertu, mais l’intérêt général est l’affaire de tous // Pays du Sud : gisements importants d’entrepreneurs sociaux. Pourquoi ? Arnaud Mourot est formel. Le poten- tiel est d’un entrepreneur pour dix millions d’habitants par année…, soit pour la France un espoir de décou- verte de huit ES par an. Les pays du Sud, peu structurés, sont des terri- toires extrêmement fertiles. Les popu- lations ont un besoin criant de réponses à des problèmes fondamen- taux. Parmi ces entrepreneurs sociaux figure Muhammad Yunus, pionnier du microcrédit et Prix Nobel de la paix en 2006. Il n’existait pas de professeurs de sport pour personnes âgées jusqu’en 1997. Jean- Michel Ricard et Jean-Daniel Muller ont développé un protocole de prévention santé et bien-être en mettant autour de la table des médecins, des ergothérapeutes et d’autres professionnels du monde gériatre. De cette idée est née l’Activité Physique Adaptée et le groupe associatif SIEL bleu. C.Q.F.D : en meilleur état de forme, les pratiquants voient leur nombre de fractures divisé par trois. Changement d’échelle réussi : cette bonne idée, soutenue par Ashoka depuis 2006, a fait son chemin puisqu’aujourd’hui ces activités sont en partie remboursées par la sécurité sociale. Ils ont remis mamie au vélo… Et ça marche ! Les Pôles territoriaux de coopération économique (PTCE) ©Photobank • 4 962 établissements employeurs, dont 4 174 associations • 57 800 salariés, dont 74 % au sein des associations • 1,2 milliard d’euros de masse salariale • Un emploi sur sept provient des structures de l’ESS Ces indicateurs représentent environ 40 % des indicateurs régionaux. La place de l’ESS en Loire-Atlantique. Chiffres clés 2012 Pour plus de données, visitez le site de la CRESS Pays de Loire : http://www.cress-pdl.org/ Le principe est simple : mutualiser des moyens au service de projets innovants et porteurs d’un développement local, et ainsi renforcer les partenariats de structures et organismes de tous horizons. Ainsi, depuis 2012, les Écossolies, sur l’île de Nantes, représentent un pôle témoin et poursuivent leurs actions avec l’ouverture du Solilab depuis début 2014. Également depuis 2014, le Comité de bassin d’Ancenis déploie le PTCE du Pays d’Ancenis. + http://www.lelabo-ess.org/?-Poles-territo- riaux-de-cooperation- + Retrouvez le texte complet (nov. 2013) du projet de loi sur l’ESS à cette adresse : www.economie.gouv.fr/files/pjl-ess- dp.pdf + Du réseau de recherche européen EMES2 au réseau Ashoka, en passant par la plateforme Convergences, l’agence Avise3 ou l’organisation Mouves4 , les définitions de l’entrepre- neur social sur le sol français sont diverses. Inventer des modèles hybrides semble aujourd’hui une nécessité, tout comme établir des bases communes de dialogue pour le plus grand nombre d’acteurs sur les territoires. L’objectif est d’élargir le champ des possibles par des réponses complémentaires. Priorité absolue à l’utilité sociale Les ES excellent dans la priorisation des intérêts de la population et des préoccupations environnementales. C’est l’essence même de leur exis- tence. Pour autant, la portée de l’impact est soumise au débat. Par exemple, l’organisation Ashoka, née dans la tête de l’américain Bill Drayton, se concentre souvent sur des projets à destination de publics vulnérables, notamment en situation de pauvreté. Du côté de l’ESS, l’utilité sociale englobe plus largement la mise en œuvre de missions participant à la cohésion territoriale, ou alors contri- buant au développement durable des territoires. « Une personne, une voix », ou la voix d’une seule per- sonne ? Ce que recherchent les prospecteurs d’Ashoka, ce sont des pépites d’or. L’organisation met l’accent sur le profil et le tempérament des individus ren- contrés, en plus d’une fouille très rigoureuse d’indices, qui jalonnent le processus de sélection. L’échantillonnage collecté des Fellows (compagnons) Ashoka est donc res- treint et il est souvent le fait d’entrepre- neurs individuels. À l’inverse, pour les chambres régionales d’ESS ou encore le réseau de recherche EMES, le mon- tage collectif à la genèse des projets est une des portes d’entrée incontour- nables. Pour l’intérêt général et par le collectif. Statut ou vertu ? Le constat est rude. Les modèles de prises en charge fortement subvention- nées ou les modèles de philanthropie sont des filons qui se tarissent depuis quelques années. Si l’entrepreneuriat social est un concept qui résonne encore mal dans l’esprit de bon nombre d’Occidentaux, c’est précisément sur cette originalité que misent les détec- tives d’Ashoka pour identifier leurs protégés. Ainsi, la question de l’entrepreneuriat social parmi les activités de l’ESS reste encore floue pour de nombreux acteurs. Si servir l’intérêt général demeure un des piliers, le périmètre historique des statuts inclus (associations, coopéra- tives, mutuelles, structures IAE5 et fondations) est en train d’évoluer. Plusieurs questions sous-jacentes à ce débat franco-français existent. L’une d’entre elles revient à se demander si les associations n’auraient pas intérêt à se recentrer sur leur vocation d’origine, en évitant d’associer des démarches entrepreneuriales à ce statut. Pourtant, au regard de l’ancrage territorial fort qu’elles apportent et du nombre d’em- plois créés, notamment en Loire- Atlantique, ces structures doivent déployer des réflexes de gestion d’en- treprises pour pérenniser des emplois délocalisables. Le projet de loi-cadre sur l’ESS, adopté par le Sénat en novembre 2013, semble apporter des éléments de réponse en prévoyant de donner plus de visibilité à cette écono- mie. Il reconnaît la diversité des acteurs œuvrant dans le respect de trois prin- cipes essentiels que sont la perfor- mance économique, l’innovation et l’utilité sociale. Territoire et changement d’échelle. Enfin, un consensus Pour compléter le portrait, l’ES se doit d’apporter une modification en profon- deur aux pratiques sur son territoire. D’un périmètre local au départ, l’impact de l’activité doit se démultiplier au fil du temps. Ce changement d’échelle est un point de vigilance de 1er ordre pour Ashoka, mais aussi pour bien d’autres. Pour permettre cette démultiplication des effets, le travail en partenariat prend tout son sens. Que l’initiative soit à l’origine le fait d’une personne ou bien d’un projet collectif, l’entrepreneur bâtit et travaille en toute transversalité. Il œuvre pour plus de décloisonnement des ressources et des compétences sur les territoires et doit être soutenu dans ce sens par des réseaux structurés et autres plateformes. La Loire-Atlantique est plutôt active à ce niveau-là. Entrepreneur social : manuel d’exploration
  • 20. 37 38Un jour, un territoire ©sbrozova // Les enjeux sont tellement importants, il faut que ça évolue encore et que tout le monde s’y mette ensemble si on veut vérita- blement y faire face // Avoir des objectifs communs sur le long terme Famille « Catalyseurs » Famille « Financeurs » Marc Richard Directeur de l’association des Écossolies www.ecossolies.fr Jean-Loïc SOREL Délégué régional Pays de Loire des Cigales cigales.des.pays.de.la. loire.over-blog.fr Céline Durand Déléguée générale de la CRESS Pays de Loire www.cress-pdl.org Placer l’efficacité économique au service de l’intérêt général est la première règle d’or des entrepreneurs sociaux. Ne pas avoir peur de sortir des sentiers battus et le faire avec d’autres pourraient bien être les suivantes. Les solutions qu’ils amènent bousculent les équilibres territoriaux en place. Seuls ou en collectif, ces innovateurs œuvrent avec une approche de marché directement pour le bien commun des populations les plus vulnérables ou à des fins environnementales. Inspirant et persévérant, l’entrepreneur social est perçu comme un éclaireur sus- ceptible d’enrichir et de décloisonner les positions des différents acteurs. Cette qua- lité requise révèle aussi la nécessité de développer des partenariats pour transfor- mer en profondeur les pratiques. Un des défis d’avenir sera de déployer un réseau de soutien bâti sur la finalité et l’approche innovante des actions, plus que sur leur forme juridique. En bref, s’engager dans une économie plus inclusive, c’est l’avenir ! Olivier VAUDOUR Fondateur de Lilokawa & Co SARL www.lilokawa.com Marianne YOU Présidente de l’association Anim’Toit animtoit.jimdo.com Serge BOUREAU Macoretz, président des Ecossolies macoretz-scop.maco-scop.fr Famille « Entrepreneurs» + Six voix de l’écosystème en Loire-Atlantique Si vous pensez être le prochain Fellow Ashoka de Loire-Atlantique, n’atten- dez plus, faites-vous connaître ! Rencontreavec ArnaudMOUROT L’avenir, c’est du business pour du social ? C’est déjà certainement plus de visibi- lité pour les entrepreneurs sociaux, de façon qu’ils soient plus inspirants, notamment pour la prochaine généra- tion qui a envie d’entreprendre autre- ment. L’avenir, ça va être aussi la nécessité de repenser les modèles économiques : les subventions publiques, c’est terminé. Il faut inven- ter des modèles indépendants et sans doute imaginer des alliances avec des acteurs parfois un peu contre nature, Quels sont les grands prin- cipes de l’entrepreneuriat social ? Arnaud MOUROT : Pour Ashoka, un entrepreneur social, c’est un homme ou une femme qui entreprend au ser- vice de la société. Il développe une innovation, quelle qu’elle soit, dans le champ de l’éducation, de l’environne- ment, de la santé… Il a le potentiel de résoudre le problème à la racine, et son projet a un potentiel de duplication important. Ashoka se concentre pour identifier ces entrepreneurs sociaux assez atypiques et relativement peu nombreux. Comment détectez-vous ces entrepreneurs pas comme les autres ? Pour détecter les entrepreneurs sociaux que nous soutenons, nous avons mis en place un système d’iden- tification très poussé qui s’appuie sur cinq grands critères qui sont : le carac- tère innovant du projet, les qualités entrepreneuriales et la créativité du porteur, le potentiel d’impact du projet et enfin, la fibre éthique de l’entrepre- neur. C’est un processus qui prend entre six et huit mois pour être com- plètement abouti et qui passe par dif- férentes étapes au travers desquelles on évalue à la fois le potentiel du projet et le potentiel de l’homme ou de la femme qui le porte. C’est vraiment la combinaison des deux qui nous inté- resse. “L’économie dedemainsera porteused’im- pactsocial,mais aussiviableet performante ” je pense par exemple à l’économie commerciale traditionnelle à laquelle on ne pense pas nécessairement quand on parle de la résolution de grands enjeux. Les problèmes sont si importants que si les entrepreneurs sociaux restent dans leurs toutes petites cases, il y a de grandes chances qu’ils ne puissent pas avoir l’impact qu’ils attendent. C’est dom- mage, car ce sont de formidables forces d’innovation, ils ont une très bonne approche des besoins des populations les plus vulnérables que n’ont pas les autres acteurs écono- miques. C’est sans doute en travail- lant ainsi, main dans la main, qu’on va pouvoir travailler à la fois sur l’utilisa- tion de cette compréhension des besoins des plus pauvres, et en même temps sur le savoir-faire de produc- tion à grande échelle des grands groupes. C’est très certainement cette hybridation qui, demain, amènera une économie d’un nouveau type : à la fois porteuse d’impact social, performante économiquement et qui globalement donnera du sens à tous ceux qui y par- ticipent.
  • 21. 39 40Un jour, un territoire MONIQUE DAGNAUD a présenté la conférence inti- tulée : L’engagement citoyen des jeunes Sociologue, directrice de recherche CNRS-EHESS et contributrice à de nombreux sites, dont Slate.fr. et Telos. Ses recherches portent sur la régulation des médias, mais aussi sur la culture des adolescents et postadoles- cents dans l’univers des loi- sirs. Elle est notamment auteure de La Teuf, essai sur le désordre des générations (Le Seuil, 2008), et Génération Y- Les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion (Presses de Sciences PO). // Les jeunes sont loin d'être repliés sur leur "petit monde" ou enfermés dans des réseaux numériques. L'idée du narcissisme ou de l'isolement constitue à bien des égards un cliché, car adolescents et jeunes adultes sont adeptes du partage et de l'échange : de surcroit, ils manifestent une ouverture d'esprit souvent supérieure à celle des personnes plus âgées. Par contre leur engagement se dirige surtout vers le social et l'humani- taire et peu vers les partis politiques qui font l'objet d'une vive méfiance. L'engagement citoyen en Loire Atlantique est conforme, semble-t-il, à cette image. Je leur conseille de lire : Jeunes européens : quelles valeurs en partage ? Revue Agora numéro 67, 2014 (2), Presses de Sciences-Po. // Ils like, tweet et post 1 . Ils peuvent zapper sur des centaines de chaînes depuis leur canapé et se retrouver en groupe sans se voir ni même se toucher. Vous l’aurez compris, « ils », ce sont nos jeunes, ceux qui feront la société de demain, ceux qui aujourd’hui pensent ne pas vraiment compter, mais avec lesquels il faudra pourtant compter. Paradoxalement, la jeunesse est régulièrement au cœur du débat public, mais la plupart du temps, la chaise reste vide ! Au-delà des apparences et des faux-semblants, quelle place tiennent vraiment les jeunes dans le débat public ? Souvent absents des élections ou des partis, quel est leur rôle dans le milieu associatif ? Sont-ils réellement désengagés ? Pas sûr, il se pourrait bien qu’ils soient en train de réinventer le concept même du citoyen, sous des formes qui, pour l’instant, échappent aux capteurs traditionnels. L’engagement du xxie siècle est et sera considérablement transformé. Alors, à qui de s’adapter ?  TENDANCES n° 30  AVRIL 2014 Jeunesse citoyenne : désengagée ou des engagés ? Les participants à la table ronde Monique DAGNAUD Sociologue, directrice de recherche CNRS-EHESS et contributrice à de nombreux sites, dont Slate et Telos. Stéphanie TOTAL Directrice régionale de la délégation Pays de la Loire d’Unis-Cité (service civique). Bastien KERSPERN Designer d’interaction et créateur de la plate-forme Influents, consacrée à la mobilisation citoyenne. Aurélie Auguin & Maëlenn Bernard Deux jeunes femmes qui ont fait ou font un service civique. Jeunesse L es jeunes, cette espèce hybride quelque part entre l’enfant et l’adulte, font l’objet de nom- breuses attentions, analyses et études. Mais peut-on parler d’une jeunesse ? Il semblerait que, mis à part quelques facteurs communs comme la maîtrise des technologies, la jeunesse soit en réalité complètement hétérogène. Pour Monique Dagnaud, la classification par le niveau d’études est l’une des plus pertinentes : ce sont les diplômes qui, bien souvent, vont déterminer la capa- cité qu’aura un jeune à se projeter dans l’avenir. Pour les diplômés de l’univer- sité ou des grandes écoles (42 % d’une classe d’âge), pas de problème, ils seront quasiment tous en emploi dans les quatre ans suivant la fin de leurs études. L’autre moitié concerne les jeunes peu diplômés (42 %). Pour eux, l’avenir est plus incertain, car leurs opportunités professionnelles sont beaucoup moins nombreuses. Quant aux 16 % restants, ce sont les jeunes sans aucun diplôme. Ces derniers, les ni-ni4 , sont au chômage pour plus de 60 % d’entre eux, ils sont bien souvent exclus de l’univers professionnel avant même d’y être entrés. Cette hétérogé- néité au sein d’une même classe d’âge n’est pas sans conséquence. Selon leurs histoires respectives, ces jeunes s’engageront plus ou moins, arrivés à l’âge adulte, avec un risque de clivage bien réel. ©SYDAPRODUCTIONS 1 Like = Bouton utilisé sur Facebook pour indiquer que l’on a apprécié quelque chose 2 Tweet = Message sur Twitter (site de microblogage de 140 caractères) - 3 Post = Message envoyé sur un réseau social - 4 Ni-ni : ni travail ni études Tendances
  • 22. 41 42Un jour, un territoire S’engager pour toute la vie, supporter un parti politique vaille que vaille ? Has been5 , vous diront-ils. Au-delà d’un simple désintéressement pour les par- tis traditionnels, nous assistons presque à un rejet des modes de gou- vernance actuels. Comment un tel fossé a-t-il pu se creuser ? Action, réaction ! Évoluant dans un monde d’immédia- teté, les jeunes sont habitués à un fonctionnement de type action-réac- tion : ils savent tout de suite et très concrètement quelles vont être les conséquences de leurs actes. Et sur ce point, le moins que l’on puisse dire, c’est que la démocratie, si participative soit-elle, a encore des efforts à faire. Tout sauf cognitive, cette pratique citoyenne ne permet pas de retour per- sonnalisé, et encore moins immédiat à ses contributeurs. À cela s’ajoute un système technocratique qui ne parle pas à la jeune génération. Le fonction- nement en silo des principaux partis, les différents scandales ou encore la difficulté qu’auraient à leurs yeux les pouvoirs publics à régler les problèmes de notre société, tout cela contribue au désintérêt des jeunes pour la politique traditionnelle. D’ailleurs, ce désamour pour le militantisme n’est pas leur apa- nage. Le déficit démocratique concerne une grande majorité de Français. Du sens, pas du vent La lourdeur et le sentiment d’enferme- ment — imposition de la ligne du parti — sont en outre un frein à l’enga- gement des jeunes, particulièrement dans les partis politiques traditionnels. Mais ces derniers ont-ils encore un avenir ? Au vu des pratiques émer- gentes, le citoyen de demain ne sera plus le même qu’aujourd’hui et sa façon de s’engager se fera également diffé- remment. Les autres formes d’engage- ment se transformeront aussi, mais peut-être de façon moins radicale. Qu’il s’agisse du milieu associatif ou syndi- cal, les jeunes sont beaucoup plus ouverts à l’engagement, car certaine- ment moins désabusés. Il semblerait que leur implication soit facilitée dès lors que les actions qu’ils mènent sont concrètes, porteuses de sens et de valeurs. Porter des projets, même s’ils sont éphémères, leur convient tout à fait. Ils veulent sentir l’utilité sociale de leur engagement et pouvoir la mesurer rapidement. De l’engagement désenchanté  à l’engagement désencarté // Loin de manquer d’esprit critique, les jeunes sont extrêmement méfiants vis- à-vis des sources d’informations qui leur parviennent // Témoignage de Maëlenn « Participer à des débats, être écoutée, c’est très bien, mais que se passe-t-il après ? On n’en sait rien. Je ne m’enga- gerai pas dans un parti, car je trouve qu’il y a un cruel manque de représen- tativité et que je ne m’y reconnais pas. Par contre, m’engager dans une asso- ciation et y consacrer du temps n’est pas un problème. Au contraire, si je dois défendre des valeurs qui, pour moi, ont du sens, il faut que j’y consacre du temps pour savoir de quoi je parle. » Si, il y a trente ans, l’engagement citoyen se forgeait durant la jeunesse grâce au milieu associatif ou aux mouvements de jeunesse populaire, ce n’est plus vrai- ment le cas aujourd’hui. En clair, ce n’est pas parce que vous avez fait partie des éclaireurs de France ou que vous avez été délégué de classe que vous pourrez prétendre à une carrière politique. Aujourd’hui, la recette du succès, c’est plutôt : grandes écoles, encartement dès l’adolescence et relations bien placées. Mais la politique peut-elle être un métier comme un autre ? Si oui, quelle place pour l’intérêt général ? Ces questions se posent d’autant plus qu’un clivage impor- tant s’opère peu à peu entre une minorité de jeunes déterminés à faire de la poli- tique leur métier et une majorité qui ne se sent pas du tout en phase avec la démocratie telle qu’elle est pratiquée actuellement. Quand je serai grand, je serai président ! 5 Has been = passé de mode grande vitesse. Sa capacité de mobili- sation est impressionnante tant elle est rapide et organisée. Jouer sur les codes Et si votre ado en pleine partie de jeu en réseau, avec son casque chevillé aux oreilles, était en réalité en train de se former à l’engagement ? 92 % des jeunes de 18 à 24 ans jouent : fabuleux dénominateur commun, non ? Le jeu serait un puissant levier pour intéres- ser les jeunes à la participation citoyenne. Les codes utilisés par les joueurs se basent sur le registre de la confiance, de la stimulation et de la construction de quelque chose d’épique. Ce dernier point est particu- lièrement vrai pour les jeux en réseau : les joueurs vont produire pour la com- munauté, pour quelque chose qui dépasse leur propre personne. La ludi- fication peut être utilisée dans des programmes d’engagement citoyen. D’ailleurs, la production virtuelle com- mence à sortir de l’écran, c’est notam- ment le cas pour les Fablabs, labora- toires de coconstruction entre internautes passionnés. Génération swag6 cherche engagement hashtag7 La collaboration : une démocratie 2.0 Après la démocratie représentative et participative, voici la démocratie colla- borative. Donner son avis, c’est bien, faire, c’est mieux ! Même s’il est vrai que nous aurons toujours besoin de représentation et de participation, la notion de faire ensemble est de plus en plus présente et semble mieux corres- pondre aux attentes des jeunes en matière de démocratie et particulière- ment à la fameuse génération Y. Génération Y : ces jeunes qui « crack8  » Vous connaissez peut-être la généra- tion Y, qui se lit why9 en anglais. Baignés dans un monde de plus en plus anxiogène, ces jeunes se ques- tionnent énormément sur leur avenir. Hyper connectée et maîtrisant parfai- tement tous les outils technologiques de son environnement, cette généra- tion poste, tweete et photographie à tour de bras. La génération Y connaît l’écosystème du web et tous les codes qui l’accompagnent, elle sait mettre en place des systèmes de veille, recouper et vérifier des informations, et ce à très // Fred, 25 ans : « Quand on veut s’engager en poli- tique, il faut un nom, un CV et des relations si on ne veut pas être can- tonné à distribuer des tracts. » // //Aujourd’hui, on ne s’engage plus seule- ment pour être utile, on s’engage aussi pour créer un réseau et du lien social, mais également pour acquérir des compétences // 20 000 jeunes de 16 à 25 ans ont effectué un service civique en 2013 en France. Les mis- sions proposées sont ouvertes à tous, sans conditions de diplômes ou de qualifications. Seul critère de sélection : la motivation ! Ce sont donc des jeunes de tous horizons qui y participent. Certains viennent pour se sentir utiles ou retrouver confiance, d’autres pour réapprendre à se lever le matin ou évoluer dans un cadre. L’objectif est, bien sûr de leur mettre ou remettre le pied à l’étrier pour une insertion dans le monde professionnel, mais c’est aussi de développer chez eux une appé- tence pour l’engagement. Service civique : au rapport ! ©STURTI 6 Swag = cool et populaire - 7 Hashtag = symbole dièse (#) utilisé pour référencer les mots-clés sur Twitter, site de microblogage 8 Cracker = casser les codes, décoder des programmes informatiques - 9 Why = pourquoi +À Washington, les citoyens peuvent adopter les arbres de la ville en scannant un code-barres placé sur le tronc. Ils s’engagent ainsi à l’entretenir. Grâce à ce projet- pilote, la ville souhaite faciliter l’implica- tion des citoyens au sein de leur com- munauté. À ce jour, quelque 2 400 arbres ont été adoptés. ©EduardoLuzzatti
  • 23. 43 44Un jour, un territoire Un oiseau bleu a fait le printemps Les événements géopolitiques récents nous ont montré le pouvoir très concret que pouvaient prendre les mobilisations sur les réseaux sociaux, particulièrement sur Facebook et Twitter. Les conséquences sont souvent directes, immédiates et de grande ampleur. Au départ, il peut ne s’agir que d’un détail, quelqu’un qui remarque quelque chose quelque part et qui le partage. Ensuite, la viralité propre au monde du net fait son œuvre et l’on peut alors assister à la naissance d’un mouvement sans précédent. C’est exactement ce qui s’est passé en Tunisie et qui est à l’origine du prin- temps arabe. C’est aussi grâce aux réseaux sociaux que se sont rassem- blés les Indignés de la Puerta del Sol, en Espagne. En donnant à chacun la possibilité de devenir producteur et diffuseur de l’information nécessaire à la mobilisation, Internet a cassé le monopole des médias officiels. L’instantanéité et l’horizontalité du web sont donc des facilitateurs sans précé- dent dans l’histoire des conflits poli- tiques et sociaux, avec lesquels les partis devront compter à l’avenir. Sur Internet : interdit d’interdir ! À l’inverse du monde réel, sur Internet, pas de leader ! Cette culture under- ground10 met tout le monde sur un pied d’égalité. Sur le web peuvent naître toutes formes d’actions, quelles soient ludiques, politiques, symboliques… Leur point commun est souvent l’aspect éphémère qu’elles peuvent revêtir. Les actions menées par les réseaux sociaux se présentent la plupart du temps en contrepoint de la politique tradition- nelle et poussent les jeunes à s’enga- ger. Souvent moqueur et ironique à l’encontre des puissants, des politiques ou des médias, Internet fait et défait les réputations en quelques heures. Au-delà de l’aspect « rebelle », le web, c’est aussi la culture de la débrouille. Plutôt que d’en référer à l’État, les internautes (surtout la jeune généra- tion) s’organisent, se fédèrent et bien souvent s’engagent pour des actions collectives concrètes. La montée en puissance de la consommation collabo- rative en est d’ailleurs un très bel exemple (Cf. Tendances n° 29). Sous les pavés, l’écran ! D’après un récent sondage Audirep, la poli- tique est considérée comme importante par plus de la moitié des jeunes de 15 à 30 ans. Pourtant, ceux-ci boudent les partis tradition- nels et s’orientent davantage vers des formes d’engagement telles que la signature de péti- tions ou les manifestations. Ils sont de plus très à l’aise quand il s’agit de relayer des cam- pagnes via les réseaux sociaux. Le rôle d’inter- net dans l’information lue par les jeunes est également majeur : 33 % d’entre eux le font par les réseaux sociaux et 36 % en lisant la presse sur internet. L’engagement politique de demain se fera en ligne // La culture internet change déjà profondément la façon de faire de la politique // ©IEDUARDOLUZZATTI Mouvement des Anonymous, Madrid, mai 2011 10 Underground = souterrain Rencontreavec MoniqueDAGNAUD espace public qui est permis par inter- net, qui est un espace d’échanges, de réflexions, pas toujours sérieux d’ail- leurs ! C’est tout un état d’esprit sur le web, souvent critique et ironique, mais cela reste de l’espace public, numé- rique ! Pour autant, ils ne se can- tonnent pas à l’espace numérique, ils peuvent se retrouver dans l’espace réel, physique. Le point de départ de la mobilisation se fera par contre sur internet, et particulièrement via les réseaux sociaux. Cette capacité d’ex- pression permise par les réseaux sociaux autorise de nouvelles formes d’expression dans l’espace public. Ça peut être des flashmobs, des manifes- tations traditionnelles, des manifesta- tions devant ou dans des bâtiments publics, des campements, comme pour les indignés, ou bien une occupa- tion très importante de l’espace phy- L’activisme numérique est-il en train de supplanter les par- tis politiques traditionnels ? Monique DAGNAUD : L’activisme numérique, c’est plutôt un outil. C’est- à-dire que les jeunes utilisent les réseaux sociaux, les blogs et toutes les possibilités d’expression via internet pour partager des informations, faire connaître des injustices ou des situa- tions qui les choquent. C’est une façon d’informer, de mobiliser et de coor- donner d’autres jeunes. Ça donne sou- vent lieu à des retombées dans l’es- pace public. Cela peut prendre la forme de manifestations, de campe- ments, de rassemblements… C’est donc un outil supplémentaire qui per- met d’amplifier les phénomènes de mobilisation. Pour revenir à votre question, les jeunes ont aujourd’hui tendance à s’engager en dehors des partis traditionnels. Les institutions n’ont pas forcément très bonne presse auprès d’eux. Ils préfèrent que les mobilisations partent d’eux-mêmes, à partir de leurs propres observations, plutôt que cela émane d’un parti poli- tique ou même de grandes associa- tions. Les jeunes ont-ils réellement déserté l’espace public ? Y a- t-il un transfert vers l’espace numérique ? Les jeunes n’ont pas du tout délaissé l’espace public, ils l’occupent juste de façon très différente. D’abord, il y a un “L’espacenu- mériqueestun outilquipermet d’amplifierles mobilisations” sique dans un lieu symbolique, je ne dirais vraiment pas que les jeunes ont déserté l’espace public, ils l’occupent de toutes les manières possibles au contraire. Y a-t-il certains jeunes plus susceptibles de s’engager, comment les y encourager ? Les jeunes fonctionnent tous de manière différente, la jeunesse n’est pas du tout homogène, il y a différents groupes sociaux. Les grandes mani- festations de ces dernières années, c’est plutôt les étudiants. À côté de ça, il y a aussi une jeunesse qui s’exprime peu, qui souvent est en échec ou en difficulté scolaire, elle se terre plutôt qu’elle n’occupe l’espace public et quand elle l’occupe, c’est plutôt par des actes violents, des émeutes, des détériorations de bâtiments publics… Il faut trouver une façon de donner la parole à ces jeunes. Dans les quar- tiers, il y a sans doute tout un travail à faire, par les associations, en donnant à ces jeunes, notamment dans l’es- pace numérique qu’ils connaissent par cœur, des opportunités d’expres- sion, sous toutes les formes, y com- pris les blogs, les forums, et en les incitant à organiser eux-mêmes des manifestations dans l’espace phy- sique, mais en utilisant les réseaux sociaux, par exemple.
  • 24. 45 46Un jour, un territoire DOMINIQUE OTTAVI 2014 a présenté la conférence inti- tulée : L’école est finie : vive l’école 2.0 Philosophe de formation, Dominique Ottavi est profes- seure en sciences de l’édu- cation à l’Université de Paris Ouest Nanterre La Défense. Elle est rédactrice en chef de la revue de philosophie de l’éducation le Télémaque et a notamment publié en 2009 le livre De Darwin à Piaget (CNRS). Chercheure associée au Groupe Paidéia de l’uni- versité de Paris 8, elle pour- suit des recherches sur les philosophies modernes et contemporaines dans leur rapport à l’éducation. // Mon intervention sur l’école 2.0 m’a permis d’échanger avec d’autres personnes concernées par l’usage des technologies de l’information et de la communication à l’école en Loire Atlan- tique, très avancées dans leur réflexion. Ces échanges sont une condition pour entretenir un débat public au bon niveau, loin des stéréotypes dans un domaine qui change sans cesse. J’insiste sur une chose : les jeunes experts en technologies ne constituent pas un monde à part, inaccessible à leurs aînés ; les TIC accentuent la nécessité de transmettre et d’apprendre pour toutes les générations. Un conseil de lecture : Denis Kambouchner, Philippe Meirieu, Bernard Stiegler, L’école, le numérique et la société qui vient, Mille et une nuits, 2012 // Plus de six Francais sur dix pensent que l’enseignement fonctionne mal aujourd’hui dans notre pays. Un constat qui corrobore la quinzième position de la France en ce qui concerne le bien-être éducationnel des enfants. Alors, avec 50 000 jeunes de moins de 20 ans en plus d’ici à 2040 en Loire-Atlantique, quel apprentissage leur sera proposé ? La connaissance se détache de plus en plus du papier et les pédagogues doivent revoir leurs copies, souvent sans trop de repères. Comment s’y prendre pour accompagner cette jeunesse de l’instantanéité vers l’autonomie ? Est-ce cela la fina- lité de l’éducation scolaire ? Plusieurs pistes sont envisagées pour réinventer la trans- mission des savoirs à l’école de demain. Dominique Ottavi, professeure en sciences de l’éducation, nous en a proposé un apercu en mars dernier. Découvrez trois scena- rii aux traits volontairement forcés et forgez-vous votre propre vision de l’école 2.0. TENDANCES n° 31  MAI 2014 L’école est finie : vive l’école 2.0 ! La conférencière Dominique OTTAVI Philosophe, professeure en sciences de l’éducation. Rédactrice en chef de la revue de philosophie de l’éducation Le Télémaque. Hélène ERNOUL Professeure d’anglais, créatrice et webmestre du site du collège Salvador-Allende (Rezé) dans le cadre du projet E-Lyco1 . Laurent NEYSSENSAS Designer, enseignant-ingénieur de recherche au READi Design Lab, école de design Nantes- Atlantique. Jeunesse P assivité et inappétence aux apprentissages sont des images qui collent à la peau de la jeunesse. « Et assistés tant qu’on y est ? » Ces clichés détonent de l’attitude connectée, créative et collabo- rative de la génération montante. Alors, comment s’y prendre pour transmettre des savoirs ? L’enseignement n’a jamais été chose facile, mais, à l’heure actuelle, nous nous trouvons dans un contexte où desformespédagogiquesinéditessontà construire. Le rapport authentique au savoir est perturbé par deux choses : notre propre culture et les technologies. Notre système occidental de valeurs imposequel’individusoitresponsablede lui-même, de son évolution et de la valo- risation de l’instruction qu’il reçoit. Les technologies, quant à elles, métamor- phosent nos façons de penser. Oui, mais ce n’est pourtant pas la 1re révolution à laquelle l’éducation doit faire face. L’invention de l’écriture en a été une. Platon y voyait d’ailleurs à l’époque une double menace, celle de l’oubli et de la destruction de la mémoire et de l’oralité. 1 E-Lyco : Environnement numérique de travail commun à tous les lycéens et collégiens des Pays de la Loire - http://www.e-lyco.fr/ Tendances Les acteurs de Loire-Atlantique Redouté des élèves et exercice difficile pour les enseignants, le bulletin est aussi le reflet de notre inconscient scolaire tant il traduit la manière dont on construit l’éva- luation et la notation dans notre société. « Viens t’asseoir, ton bulletin est arrivé… » ©karelnoppe
  • 25. 47 48Un jour, un territoire « Des capacités certaines, mais Jules est un élève peu scolaire » Que ceux qui n’ont jamais eu l’occasion de lire une telle appréciation dans un bulletin scolaire lèvent le doigt ! Pas besoin de faire preuve de grande créa- tivité, ce scénario ressemble à ce que nous avons connu : une transmission descendante des savoirs et un ensei- gnant autoritaire. « Lily pourrait mieux faire en étant incollable sur les ques- tions de cours » Envisager l’éducation, la scolarité en fait, comme un puissant levier de « mise aux normes » des nouvelles générations, est-ce cela l’école de demain ? Si l’interdiction de penser persistait pour les élèves, il y aurait fort Scenario I les fondamentaux // J’organise mes cours en séquences d’une demi-heure de théorie suivie d’un atelier de production et de mise en pratique. Je propose cer- tains cours en binôme avec un autre enseignant pour mettre l’accent sur les fondamentaux de la relation humaine // à parier que peu se sentiraient impli- qués dans l’évolution de leur propre société. Sortir l’enfant de la « machine à classer » anxiogène ne devrait-il pas être une priorité pour l’école de demain ? « Une année bien terne pour Timéo. Il n’a pas trouvé le bon rythme » Sans rentrer dans le débat des rythmes scolaires, la question du temps, des temps en fait, est fondamentale. Les Grecs ont deux mots pour cela : chro- nos – le temps qui limite et quantifie – et kairos – le bon moment, l’opportu- nité. Les préférences de notre société ne commenceraient-elles pas à glisser du premier vers le second ? Et si, sur les bancs de l’école 2.0, on transmettait aux enfants en tenant compte de leur rythme d’apprentissage. Dominique Ottavi rend sa copie « Se recentrer sur les fondamentaux ne signifie pas conserver en tous points les héritages du passé avec un enseignant, figure d’autorité incontestable. Lorsque le rapport au savoir est caractérisé par la crainte, par le devoir de se fondre dans un niveau moyen, nos jeunes si curieux de nature ne peuvent trouver d’intérêt aux contenus pourtant fonda- mentaux qui leur sont transmis, ce qui provoque de l’ennui. L’enseignant doit rester le vecteur de transmission prin- cipal des savoirs. » ©Luckat Laisser nos enfants devenir ce qu’ils sont au lieu d’en faire ce que nous voudrions qu’ils soient. Plus à l’écoute du rythme de l’enfant, l’éducation lente autorise des moments de « vide », durant lesquels il peut laisser aller son imagination. L’enfant se découvre aussi en prenant des risques. Cette philosophie est pratiquée en France dans certains établissements, tels que Montessori ou Freinet. Alternatives… Éducation lente ! +Silence n° 382. Septembre 2010. www.revuesilence.net/ Scenario II société sans école Doit-on déscolariser notre société ? Ce scenario ressemble à l’utopie d’Ivan Illich2 qui anticipait en son temps le développement des réseaux. En 2040, serons-nous plus intelligents ou plus assistés ? Imaginez que les TICE3 supplantent nos enseignants et que le savoir provienne des machines. L’enseignant deviendrait pourvoyeur de moyens, une simple personne res- source ni en position d’autorité, ni en position d’éducateur. À l’ère du Big Data, des questions persistent autour des nouveaux médias : celles de l’or- ganisation du savoir, de l’agilité dans les recherches documentaires et du sens critique à acquérir de plus en plus tôt. Oui, la planète entière pour- rait avoir accès aux meilleurs cours du monde sans se retrouver face à un enseignant. Si cette éducation pour tous est confortée par le bouillonne- ment des MOOC4 , elle n’enlève rien à la nécessité d’échanger en face à face. Il reste fondamental qu’une maîtrise du langage et de certaines compé- tences méthodologiques soit requise pour que l’utilisation de ces connais- sances reste pertinente. Mauvaise nouvelle pour les autodidactes de // éduquer les jeunes aux TICE et avec les TICE. Des apprentissages variés sont permis grâce aux TICE : - discerner, structurer l’information pour mieux se documenter, - préparer un exposé, parler en public, susciter de l’échange et pro- duire du contenu, - prendre du recul face aux images qui nous entourent en demandant aux élèves de produire eux-mêmes des vidéos. La littéracie6 aussi a un mode 2.0. C’est écrit, donc c’est vrai… un mythe à casser. De même que l’on apprend à lire des textes, il faut apprendre à lire les médias dès le plus jeune âge // Le dernier scenario se fait l’éloge de la fonction émancipatrice de l’école. Les enseignements prodigués veillent à l’autonomisation des jeunes par la confiance et le renforcement positif. Trois voies visant les valeurs émer- gentes de notre société peuvent y concourir : miser sur le réseau, déve- lopper l’esprit critique, libérer la créa- tivité des enfants et des jeunes. Scenario III l’école « Jugaad5  » « Alix passe plus de temps à bavarder qu’à travailler, on voit le résultat… » Et si le bavardage devenait du temps éducatif ? Non, non, pas celui où l’on chuchote au creux de l’oreille de son voisin, mais celui qui profite à toute la classe, celui qui crée des liens et de l’intelligence collective. Du bavar- dage 2.0 ! Par exemple, produire en classe un compte-rendu collaboratif en ligne. 2040 : l’enseignant aurait encore un rôle à jouer. Comme le rappelle Hélène Ernoul, les nouveaux médias ne sont pas une fin en soi, mais plutôt sources de motivation et d’innovation dans l’accompagnement des élèves. // Pour pouvoir les emmener en confiance et les rassurer, il y a, au préalable, un contrat moral à passer avec les étudiants // ©Mediaphotos 2 Ivan IIllich : penseur de l’écologie politique, figure de la critique de la société industrielle. 3 TICE : technologies de l’information et des communications pour l’enseignement. 4 MOOC : Massive Open On-line Course. 5 Jugaad : état d’esprit en provenance de l’Inde traduisant la débrouille. 6 Littéracie : aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante.
  • 26. 49 50Un jour, un territoire « Louis a fait preuve d’un bon esprit critique » « On ne va jamais y arriver ! » Ce décou- ragement, Hélène Ernoul l’entend régulièrement. Notre « English tea- cher7  » met un point d’honneur à démontrer à ses élèves le contraire grâce à différents projets de groupe. Des travaux et résultats que ces der- niers apprécieront eux-mêmes. Analyser, débattre, évaluer de façon constructive… en bref, rendre actifs les élèves en classe, c’est aussi cela l’ap- prentissage de demain. « Nina est une élève à haut potentiel inventif, mais refuse les règles » Certains pédagogues se tournent vers la créativité pour renouveler le désir ©squaredpixels // Apprendre à chaque élève à s’apprécier avec son savoir, ses ignorances et ses certitudes. Dans cette construction de l’en- fant, la transmission du savoir est aussi importante que l’ap- prentissage du débat. Le recul critique permettra à l’élève de s’orienter et de faire de l’expérience parfois désordonnée dans la société quelque chose d’intelligible // Quel équilibre choisirons-nous entre les héritages du passé, l’usage de la raison ou l’émancipation pour nos 393 000 jeunes de moins de 20 ans en 2040 en Loire- Atlantique ? Cahier de leçons ou tablette d’apprentissage ? Au-delà des savoirs fon- damentaux, de l’utilisation des technolo- gies dans les modes d’éducation, l’école prépare également les citoyens de demain à intégrer une société en constante muta- tion, une société résolument apprenante. Des parcours diversifiés combinant méthodes innovantes ou traditionnelles permettront d’accroitre la flexibilité et l’autonomie des futures générations tout en s’assurant que les fondamentaux soient acquis. L’école 2.0 n’existera que par une prise de conscience généralisée (ensei- gnants, animateurs, parents…) de ce qu’impliquent les changements néces- saires. En effet, contribuer à améliorer l’offre éducative n’est pas qu’une histoire d’enseignement. Le bien-être de l’enfant par la bienveillance, la solidarité et le décloisonnement entre les acteurs appa- raissent aujourd’hui comme des priorités. Appréciation générale : « En nette progres- sion… vers la porte »… ou pas. épreuve terminée, madame Ottavi, posez votre stylo. d’apprendre des élèves et raviver leur curiosité. Les méthodes d’apprentis- sage jouent un rôle dans le niveau de créativité des élèves. Aujourd’hui, le système classique semble inhiber l’enfant par la peur de l’échec. « On attend uniquement de l’élève qu’il donne la bonne réponse. » 7 English teacher = professeur d’anglais Rencontreavec DominiqueOTTAVI taux, ça n’est pas absolument certain. Pour être aujourd’hui apte à se servir des nouvelles technologies, il faut s’ai- der de savoirs qui sont après tout assez traditionnels. Il faut par exemple posséder très bien la lecture, et savoir se repérer dans des textes, mais aussi dans des typographies différentes et ce sont des apprentissages assez tra- ditionnels qui sont requis. Sur quelles forces de la nou- velle génération peut-on s’ap- puyer pour leur transmettre des savoirs ? Les nouvelles générations possèdent certainement des forces insoupçon- nées puisqu’aujourd’hui, on a ten- dance à focaliser l’attention sur les Quel est le rôle de l’enseignant dans la construction de l’en- fant aujourd’hui ? Et demain ? Dominique OTTAVI : Étant donné que l’on parle beaucoup de crise de l’auto- rité aujourd’hui, on peut se demander quel est le rôle de l’enseignant dans la construction de l’enfant. Contrairement à ce que l’on peut entendre, le rôle de l’enseignant est très important et le restera, car, au- delà des transmissions de savoirs et de la partie proprement pédagogique du métier, les enseignants repré- sentent un adulte qui n’est pas les parents, ce qui permet à l’enfant de se distancier de sa famille. Par ce fait, cela participe à la construction de son autonomie. C’est un rôle finalement assez traditionnel et il est probable que les changements de la société et l’irruption de nouvelles technologies ne le changeront pas. Il me semble que, sur le plan de la conquête de l’au- tonomie et du développement, cet appui que l’enfant trouve avec des adultes extérieurs à sa famille reste quelque chose de fondamental. Que remettent en cause les outils numériques dans le fonctionnement pédagogique de l’école ? Ces outils changent la donne pour ce qui est de la partie proprement péda- gogique. Par contre, concernant la transmission des savoirs fondamen- “L’écoled’au- jourd’huiest tropanxiogène etcentréesur lessavoirsutili- taires” problèmes, et quelquefois quand on parle des jeunes, c’est surtout pour évoquer des problèmes de délin- quance. C’est un raccourci qui dévalo- rise la jeunesse. Il serait important de prendre conscience que les jeunes ont eu dans le passé souvent des rôles essentiels, qu’ils ont fait preuve de maturité, sur le plan politique et sur le plan intellectuel. Il y a chez les jeunes des ressources qui ne sont pas suffi- samment exploitées. Il faudrait se donner les moyens de les entendre davantage, de les écouter et aussi d’accueillir leurs propositions et facili- ter la réalisation de leurs envies. À quoi ressemblera l’école de demain ? C’est difficile aujourd’hui d’imaginer l’école de demain, mais on peut espé- rer que ce sera une école un peu moins centrée sur les savoirs utili- taires et l’application à court terme des connaissances que l’on a acquises, et avec un allègement des évaluations. Je crois qu’aujourd’hui l’école est trop anxiogène, elle met les parents et les enfants sous pression, ce qui est tout à fait contraire à un bon développement.
  • 27. 51 52Un jour, un territoire GILLES JULIEN 2014 a présenté la conférence inti- tulée : La pédiatrie sociale en communauté Pédiatre social québécois reconnu, le Dr Gilles Julien a suivi un parcours atypique le conduisant à occuper différentes fonctions en santé communautaire et en santé publique, jusqu’à déployer une approche nova- trice de la pédiatrie sociale pour guider les enfants en situation de vulnérabilité vers l’épanouissement. Il est aussi PDG de la Fondation Dr Julien qui chapeaute les deux plus gros centres de pédiatrie sociale du Québec. ©GrabillCreative La pédiatrie sociale en communauté (PSC), vous connaissez ? Développée au Québec il y a une vingtaine d’années, cette approche du bien-être de l’enfant n’en est en France qu’à ses premiers pas. À l’origine de cette pratique, la prise de conscience d’un homme, le Dr Gilles Julien. Pratiquer une médecine où les petits patients sont des « cas » ou des nos de dossiers ? Pour lui, non merci. Au-delà du bobo, du bouton ou du vaccin, il y a une vie et un être humain parfois en détresse. Par manque de temps, de moyens, les pédiatres n’ont pas toujours la possibilité de chercher plus loin que les symptômes purement médicaux. C’est pourquoi le Dr Gilles Julien a pris un jour son bâton de pèlerin et est parti dans les quartiers à la rencontre des familles. Son objectif  : remettre l’enfant au centre dans le respect de ses droits fondamentaux et ainsi trouver une facon de redonner une chance aux laissés-pour-compte. Sa solution : rechercher la transversalité, rassembler des professionnels de tous horizons et provoquer des dis- cussions entre les différents piliers nécessaires à l’épanouissement d’un enfant, de la naissance à sa vie d’adulte. Loin de l’angélisme, le Dr Gilles Julien propose des solu- tions très concrètes qui ont fait leurs preuves au Québec. En route pour un voyage au pays de l’enfance où égalité, santé, éducation et protection ne sont pas des chimères. TENDANCES n° 33  MAI 2014 La pédiatrie sociale en communauté voyage collectif au pays de l’enfance Jeunesse Dr Julien, vous êtes le père de la PSC, quel en est le prin- cipe ? Dans la vie, nous partons tous avec un potentiel de base. L’objectif de la PSC est de permettre à chaque enfant de développer son potentiel au maximum, tout en respectant la convention des droits de l’enfant à laquelle je suis très attaché. Différentes barrières peuvent freiner le développement de l’enfant, qu’elles soient familiales, sociétales ou encore environnementales. La pédia- trie sociale est là pour les faire dispa- Tendances Le conférencier Docteur Gilles Julien Pédiatre québécois, père de la pédiatrie sociale en communauté. Président et directeur de la Fondation Dr Julien (qui chapeaute les deux centres référents de pédiatrie sociale en communauté) raître ou tout au moins en minimiser l’impact. Vous savez, au Québec, un enfant sur trois passe au travers des mailles du système traditionnel. Notre objectif, c’est de mettre l’enfant au centre, de travailler avec les parents, le cercle proche et les intervenants de tous horizons pour créer une commu- nauté de soutien propice à l’épanouis- sement de l’enfant. Tisser un second filet pour capter les enfants laissés- pour-compte et rétablir une équité est notre priorité.
  • 28. 53 54Un jour, un territoire // On ne gaspille pas un enfant, c’est trop précieux // ©nik_toff +www.fondationdrjulien.org La guignolée, c’est un moment fort, précieux et attendu par tous les membres de la commu- nauté. Pour l’occasion, ils sont nombreux à se mobi- liser pour recueillir des fonds destinés à la Fondation du Dr Julien. Les parents, les béné- voles, les professionnels de la communauté, mais aussi les artistes ou les personnalités donnent de leur temps pour cet évè- nement. En décembre 2013, lors de la dernière guignolée, près de 1 350 000 $ (environ 910 000 €) ont été récol- tés par la fondation. Une guignolée pour les oubliés souhaitent la présence. Sont assis éga- lement un médecin, un travailleur social, un avocat ou tout professionnel pertinent, de nombreuses spécialités sont représentées et directement accessibles au centre. À plusieurs, les forces et les facultés se décuplent. Je ne crois pas au fonctionnement en silo qui manque cruellement d’efficacité et nous prive d’éléments pouvant parfois être des clés. En pédiatrie sociale, la parole du stagiaire a autant d’impor- tance que celle du médecin et il n’y a pas d’observateurs, seulement des acteurs impliqués. Donc, une fois que tout le monde est autour de la table, nous élaborons ce que nous appelons Dessine-moi un pédiatre Concrètement, que mettez- vous en place pour venir en aide à ces enfants ? Nous utilisons le processus de diagnos- tic interdisciplinaire APCA : accueil, partage, compréhension , action. Quand nous recevons un enfant, la première chose que nous faisons, c’est de le mettre à l’aise. On s’adresse à lui et on lui demande, dès qu’il parle, de nous présenter ses parents. La qualité de l’accueil et l’environnement sont des éléments primordiaux. Ensuite, tout le monde se met autour de la table. Quand je dis tout, c’est vraiment tout le monde. L’enfant est présent bien sûr, accompa- gné de sa famille, des amis, voisins ou toute autre personne dont les parents La pédiatrie sociale, c’est une vocation pour vous ? On peut dire ça ! J’ai eu la chance d’avoir une tante qui a été bénévole toute sa vie. La veille de son décès, elle m’a demandé de continuer sa mission. Depuis ce jour, tout s’est fait naturelle- ment. Je me suis impliqué dans de nombreux projets, et au moment d’en- trer à l’université, la médecine s’est imposée à moi comme une évidence. Une fois mon diplôme en poche, j’ai exercé dans de nombreux pays où j’ai beaucoup appris. Mais ce qui m’a le plus marqué, ce sont les années que j’ai passées auprès des Inuits, les peuples autochtones du Grand Nord québécois. J’y suis resté presque dix ans et c’est là que j’ai appris ce qui m’a servi plus tard de fondements pour la pédiatrie sociale : l’importance de la commu- nauté. Pour les Inuits, régler les choses collectivement est naturel et fait partie de leur culture. Après cette expérience, je suis revenu à Montréal et j’ai accepté un poste, dans le quartier Hochelaga. Là, je me suis rendu compte en voyant la détresse des enfants de ce quartier, qu’il n’y avait pas forcément besoin d’aller loin pour pouvoir aider des familles en grande vulnérabilité. Alors, avec rien d’autre que mon bâton de pèlerin et l’aide d’une infirmière, j’ai commencé à frapper à toutes les portes pour proposer mon aide aux familles et aux enfants. C’est au sein de ce quartier que j’ai créé le premier centre de pédia- trie sociale en communauté (CPS). un plan d’action intégré qui compren- dra tous les domaines qui gravitent autour de l’enfant : la santé, l’école, le droit… La famille, comme elle est pré- sente et participe, aura plus de facilité à appliquer ce plan une fois retournée à la maison. Comment fonctionne cette fameuse communauté ? La communauté fonctionne comme une deuxième famille pour l’enfant, et le centre c’est un peu une deuxième maison. La communauté en pédiatrie sociale rassemble en fait tous les acteurs du bien-être de l’enfant, de ses proches aux professionnels. Il ne faut // Il y a quelques années, l’idée de pouvoir récupérer les 30 % d’enfants qui échappent au sys- tème traditionnel était uto- pique. Aujourd’hui, avec les centres de pédiatrie sociale, c’est devenu un objectif attei- gnable // 2 CPS : centre de pédiatrie sociale en communauté 3 DPJ : service québécois dédié à la protection de la jeunesse ©petrograd99 // Il n’y a pas forcément besoin d’aller loin pour pouvoir aider des familles en grande vulnérabilité // Plusieurs éléments peuvent représen- ter des sources de mal-être chez les enfants. De la violence à l’insécurité en passant par l’exclusion ou le manque d’éducation, les stress auxquels ils peuvent être soumis sont nombreux. La durée et l’intensité de ces stress toxiques sont également des indices très importants qui vont permettre à la communauté d’élaborer le plan d’ac- tion. Par exemple, un stress qui perdure et qui est lié aux conditions de vie diffi- ciles d’un enfant aura pour consé- quences des lacunes dans son dévelop- pement global. Et cela concerne tout le monde, car un enfant en difficulté, c’est aussi un coût à long terme pour la société. Pour pallier ces difficultés, nous pouvons compter sur un réseau important de donateurs. Ainsi, le fait d’offrir, de façon anodine, une paire de baskets à un enfant pour qu’il puisse faire du vélo est grandement facilité. Intervenez-vous dans le domaine judiciaire ? Oui, nous avons développé une procé- dure : « le cercle de l’enfant ». Il s’agit d’une grande médiation qui est là pour éviter au maximum le placement des Le premier CPS2 en Loire-Atlantique ? surtout pas oublier les 400 bénévoles sans qui nous ne pourrions pas fonc- tionner. Ils accompagnent les enfants, les initient à différentes activités. Ces bénévoles sont extrêmement impor- tants, car ils font partie à part entière du plan d’action intégré. En fonction des besoins de l’enfant, nous faisons appel à différents talents pouvant par- ticiper à l’épanouissement des petits. Par exemple, nous jumellerons un enfant introverti avec un passionné de théâtre ou un mordu de pêche à la ligne avec un jeune en quête d’air pur… Quels sont les facteurs de vul- nérabilité qui touchent les enfants ? enfants. Cette solution ultime, hormis bien sûr les cas d’abus ou de maltrai- tance, est souvent catastrophique pour les petits. En cas de litige, si nous suivons ou avons suivi la famille qui passe en jugement, nous produisons notre propre rapport. Les juges font souvent appel à nous pour pouvoir prononcer un juge- ment éclairé en redonnant en quelque sorte la parole à la famille ; ce rapport sera examiné par le juge, au même titre que celui de la DPJ3. . Dans un système communau- taire, quelle place pour la confidentialité ? Laconfidentialitéresteindispensabledans de nombreux domaines, mais l’instaurer enpédiatriesocialeencommunautéserait un non-sens. Dès lors que le secret pro- fessionnel est invoqué par un intervenant, lesbouchessefermentetlessituationsse bloquent. Lorsque nous sommes tous autour de la table pour aider un enfant, l’avocat explique aux parents qu’ils sont les propriétaires de l’information et lorsqu’ils donnent leur accord de partage, lesecretprofessionnelestdefactolevé,ce qui garantit la collégialité de la solution. À partir de là, les langues se délient et les forces se démultiplient. Dr Gilles Julien : « Lors de ma visite en Loire-Atlantique, j’ai été surpris par l’accueil qui m’a été offert. Il y avait une grande ouverture, et une forte volonté de la part de nombreux acteurs de lancer des projets de pédiatrie sociale en communauté. Le département est, à mon sens, prêt à démarrer cette approche, les milieux poli- tique, judiciaire et social sont très intéressés, je pense donc que pour la Loire- Atlantique, c’est le moment d’y aller ! »
  • 29. 55 56Un jour, un territoire ©SolStock Le Sablier suspend le temps Le Sablier, c’est un lieu d’accueil implanté dans le quartier des Dervallières, à Nantes depuis juin 1992. Dans les années 80, ce quartier souffrait particulièrement du chô- mage et les familles, de l’isolement. Les parents, par méconnaissance ou peur du jugement, ne fréquentaient pas les profes- sionnels susceptibles de les accompagner. Comment, dans ce cas, leur procurer aide et soins ? La création du Sablier a apporté la réponse. Ce lieu est ouvert à tous, les familles viennent sans formalité et sans inscription et peuvent y redécouvrir les plaisirs de la parentalité. Sont présentes une quinzaine de personnes du milieu médical, paramédical, éducatif… et égale- ment deux accueillants chargés de mettre parents et enfants à l’aise. Cette structure est portée par le Conseil général de Loire- Atlantique. Lors de sa venue à Nantes, le Dr Gilles Julien a visité Le Sablier. Pour lui cet espace pourrait tout à fait évoluer vers un centre de pédiatrie sociale, car les bases sont présentes et la population est réceptive. Quand l’enfant est au centre La fondation gère les deux centres « référents » histo- riques de pédiatrie sociale, comment fonctionnent-ils ? Nous gérons en effet directement deux centres de pédiatrie sociale en commu- nauté. Ces centres prennent en charge des nourrissons comme de jeunes adolescents qui font face à des pro- blèmes de pauvreté chronique, d’inté- gration, etc. Au sein de ces centres, les enfants les moins choyés ont accès à un suivi médical, psychosocial, psychoé- ducatif… Ils sont stimulés par différents ateliers, comme de l’art-thérapie, de l’ergothérapie, des activités sportives et culturelles. L’un des axes que nous développons le plus, car très efficace, c’est la musicothérapie. La pratique et l’accès à la musique pour tous les enfants, de tous les âges, et toutes musiques confondues, avec différents instruments est également une priori- té. À Hochelaga, ça se passe dans un garage rénové. C’est un lieu aujourd’hui fréquenté par plus de 300 enfants par semaine. La musique fait beaucoup de bien aux enfants, même aux bébés. On offre aussi du soutien scolaire par la musique, et ça marche ! On en ramène un certain nombre qui seraient sans doute tombés dans le décrochage. Quels sont les facteurs de réussite pour implanter un centre ? La condition sine qua non : la volonté de créer le centre doit émerger de la communauté. Il faut que ça vienne des gens, ensuite nous donnons les étapes à suivre, les formations… L’idéal, c’est de commencer petit. Faire du porte-à- porte et proposer aux gens du quartier un café peut paraître anodin, mais c’est souvent la clé d’entrée dans les familles. Une fois le lien de confiance créé, nous pouvons commencer à les informer des services offerts. Je ne peux pas livrer de « recette », car il n’y a pas un modèle unique. En tout cas, pas besoin d’être cinquante dès le début, un pédiatre et une infirmière peuvent commencer le travail ! Il ne faut pas non plus être pressé, le déve- loppement de ce type de projet est lent, car, pour aider la société, c’est un enfant à la fois. // Plus de 2 000 enfants sont vus chaque année dans les CPS. Ces enfants vulnérables n’ont pas accès aux soins. Non pas parce que ceux- ci n’existent pas, mais plutôt parce que les familles manquent de confiance dans le sys- tème traditionnel et craignent le jugement // +www.fondationdrjulien.org dmena@pediatriesociale.org rgauthier@pediatriesociale.org Rencontreavec DrGillesJULIEN d’un intervenant social, souvent aussi d’un avocat. Ce sont vraiment les trois piliers de la pédiatrie sociale. Avant toute chose, il faut que l’envie soit issue de la communauté, le projet ne doit pas être imposé. Il faut qu’il y ait une demande, un besoin dans une communauté vulnérable pour faire les choses différemment avec les enfants. Il faut s’assurer de la participation de la communauté, de la famille, de la famille élargie, de tous les interve- nants qui tournent autour de l’enfant. Il y a des étapes à réaliser avant de construire un centre de pédiatrie sociale en communauté. Tout d’abord, comme je viens de vous le dire, une demande de la communauté, ensuite il y a une formation importante pour bien pratiquer, créer des réseaux, créer de l’empowerment pour les enfants et les familles. On devient une espèce d’avocat pour les enfants qui promeut et applique la convention des droits de l’enfant. Qu’est-ce que la pédiatrie sociale en communauté ? Dr Gilles JULIEN : La pédiatrie sociale en communauté, c’est une approche de proximité avec une clientèle qui est souvent en grande difficulté et exclue. Ce qui nous amène à nous rapprocher de cette clientèle-là, c’est la volonté de leur rendre leur pouvoir, leur pouvoir d’amener ou de ramener leur enfant sur une trajectoire de vie positive. C’est une approche préventive, avec des aspects curatifs et cliniques. Elle permet à différents intervenants de différentes professions d’agir ensemble. Tout se fait en présence de l’enfant et de la famille. C’est le prin- cipe du village qui s’occupe de ses enfants, et de l’enfant qui n’appartient pas exclusivement aux parents : la communauté a un rôle à jouer. Cette mobilisation de la communauté fait partie intégrante de l’approche en pédiatrie sociale. Cette approche s’éloigne beaucoup de l’approche tra- ditionnelle de pédiatrie qui se fait dans des établissements, parce qu’elle est axée sur cette proximité-là. Elle est intégratrice et empêche de travailler en silo auprès des enfants, ce qui est souvent un gage de succès, plus rapide, plus efficace et plus durable. Ce modèle est-il réplicable ? Oui, ce modèle peut se répliquer. Au Québec, nous avons quinze exemples, quinze nouveaux centres de pédiatrie sociale, depuis trois ou quatre ans, qui se sont organisés. Nécessairement, il y a besoin de l’implication d’un médecin, “LaLoire- Atlantiqueest prête,c’estle bonmoment pourchanger leschoses ” Comment s’est passée votre visite à Nantes ? Y voyez-vous un centre de pédiatrie sociale en communauté ? Depuis deux jours, j’ai rencontré beau- coup de gens. C’était très intéressant, car je m’attendais à beaucoup plus de résistance. En effet, c’est une approche assez novatrice qui fait tom- ber beaucoup de barrières, comme les combats interprofessionnels, la confi- dentialité, des cadres rigides… Ce que j’ai senti dans ces deux jours, c’est une grande ouverture sur une approche qui fait sens. Beaucoup d’in- tervenants nous ont dit : « Nous, on voudrait faire ça depuis longtemps, mais les barrières sont trop grandes. » Avec les organismes que j’ai visités, notamment le Sablier, on est assez proche de ce que l’on fait en pédiatrie sociale en communauté, je pense que le département est prêt. Les personnalités politiques, mais également celles du milieu judiciaire ont semblé aussi très intéressées. En Loire-Atlantique, je pense que c’est le bon moment.
  • 30. 57 58Un jour, un territoire MOHAMED MERDJI 2014 a présenté la conférence inti- tulée : Alimentation et surpoids Professeur à Audencia et Directeur du Laboratoire d’Etudes et de recherche en Stratégie et Marchés Agro-alimentaires, le Docteur Mohamed Merdji est titulaire de deux Doctorats : un en Économie et un en Gestion. Ses travaux de recherche portent aujourd’hui sur l’analyse des mécanismes psychosociolo- giques de formation et d’évo- lution des goûts et des habi- tudes alimentaires Rencontreavec MohamedMerdji connaissance des aliments plutôt que sur la nutrition. D’où viennent les ali- ments que l’on mange ? Comment poussent-ils, comment les cuisine-t- on ? Toutes ces questions sont abor- dées dans les phases pédagogiques. Ensuite, il y a toute une série d’activité de type « main à la pâte » au cours desquelles on emmène les enfants sur les sites de production pour qu’ils puissent voir comment les aliments dont on a parlé en classe sont produits et poussent. Les élèves discutent éga- lement avec les maraîchers, se pro- mènent au marché… Parallèlement, nous avons mis en place des ateliers cuisine durant lesquels les enfants sont amenés à confectionner eux- Quel rôle la culture alimen- taire peut-elle jouer dans la prévention de l’obésité ? Mohame MERDJI : Certaines façons de manger sont favorables à la santé, d’autres le sont beaucoup moins. En France nous avons la chance d’avoir un modèle alimentaire qui présente toutes les caractéristiques d’un modèle vertueux pour la santé. En effet, nous mangeons ensemble, des repas qui sont cuisinés et nous pre- nons le temps de manger. La France est l’un des pays au monde où le temps passé à table est le plus long. Les Français ont également un atta- chement tout particulier pour les bons aliments, les aliments qui ont du goût, mais aussi pour la notion de plaisir et la convivialité. Ce sont autant de fac- teurs psychologiques qui contribuent à la santé. Pouvez-vous nous parler de votre programme Educ’Alim ? Il s’agit d’un programme d’éducation alimentaire que nous avons mis en place, financé par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, des villes de Nantes et Angers, ainsi que du rectorat de Nantes. Ce programme a été mis en place dans un groupe d’écoles, une vingtaine au total, à Angers et à Nantes. Le programme se base d’abord sur un volet pédagogique avec un ensemble de modules de cours que nous avons conçus avec le concours de l’inspection académique. Ce programme s’est déroulé sur trois ans, 500 élèves y ont participé. Les cours se basent principalement sur la “Lescoursse basentsurla connaissance desaliments plutôtquesurla nutrition ” mêmes des recettes. Nous avons éga- lement lancé des ateliers d’éveil sen- soriel, l’objectif est de les faire goûter des aliments et les faire s’exprimer sur leurs sensations, leurs émotions, etc. Comment ce programme a-t-il été accueilli chez les ensei- gnants et chez les enfants pilotes ? Les enfants étaient ravis ! Enfiler des blouses, mettre des toques et cuisiner avec des cuisiniers professionnels, ils adorent. Les enfants ne passent pas à côté de l’engouement que suscite la cuisine actuellement. Ils se sont mon- trés également très curieux lors de nos visites sur les marchés, et les ren- contres qu’ils ont pu y faire. Les cours les ont également fortement intéres- sés, ce qui est une bonne chose, car c’était la première fois que l’Éducation nationale intégrait dans le programme des cours dédiés à l’alimentation, alors que jusqu’à présent, il n’y avait que quelques heures dégagées pour parler aux élèves de nutrition, ce qui est complètement différent. Les enseignants se sont montrés aussi très motivés. Ils ont eu un grand rôle à jouer, car nous avons coconstruit les cours avec eux, ils se sont appropriés et ont adapté ces cours aux différents niveaux des classes dont ils avaient la charge. ©kali9
  • 31. 59 60Un jour, un territoire ©Viappy EXCURSIONS HORS-PISTESRestez groupés ! Comment ne pas céder à la tentation de s’aventurer sur des voies hors-pistes qui nous conduisent à l’avenir que l’on souhaite pour la Loire-Atlantique ? À la croisée des chemins citoyens et au fil des mois, une compétence collective a émergé de ces ren- contres entre designers, médecins, professionnels de l’insertion professionnelle, prési- dents d’association, chefs d’entreprise, référents jeunesse ou autres acteurs de notre territoire. Les participants aux groupes de réflexion 2013-2014 vous dévoilent désor- mais leurs travaux. Choisissez, dans ce chapitre, parmi sept circuits ou parcourez-les tous ! Franchissez tour à tour les passerelles qui vous mèneront aux expérimentations sociales de demain, aux compétences collectives, à un aménagement partagé de terri- toire ou encore à une jeunesse outillée sur la voie de l’autonomie. Et des propositions, les participants des groupes n’en manquent pas ! Sur terre, en mer ou en vol, il y en a pour tous types d'aventuriers. • Circuit Découverte - innovation et développement durable : paradoxe ou opportu- nités pour la cohésion du territoire ? • Circuit panoramique - expérimentation sociale en Loire-Atlantique • Itinéraire exploratoire - compétences, levier d’une intelligence collective de ter- ritoire • Évasion aérienne - urbanisme collaboratif : quelle prise en compte du regard du citoyen dans l’aménagement de son territoire, particulièrement en milieu rural ? • Régate, toutes voiles dehors – comment favoriser l’autonomie de la jeunesse en Loire-Atlantique ? • Rallye des entrepreneurs – sur la voie du financement participatif • Le Québec, en visite – un vol direct entre Québec et Nantes pour découvrir une expérimentation sociale en pédiatrie
  • 32. Ce premier groupe Passerelle s’est donné une mission : baliser un chemin de randonnée pour le grand public, sur un terrain déjà défriché par la plupart des professionnels. Les participants se sont rencontrés au camp de base pour y définir en détail leur mission et choisir l’équipement nécessaire. Ils ont alors établi le manuel du parfait guide accompagnateur de l’itinéraire du GR-IDD (Grande Randonnée de l’Inno- vation et du Développement Durable). La philosophie qu’ils ont adoptée est simple. Elle s’inspire de la vocation même d’un développement intégré de territoire durable : mieux-être et vivre ensemble, plutôt qu’avoir toujours plus au détriment des liens sociaux et de l’environnement. Et pour y parvenir, l’innovation, quelle qu’elle soit, est pen- sée comme un équipement incontour- nable pour favoriser l’ancrage des pratiques. Munis de cet équipement, les participants ont tracé, le temps de cinq demi-journées d’échanges, l’itiné- raire en y plantant des balises du scé- nario d’un avenir « merveilleux ». Ils se sont alors projetés dans une Loire- Atlantique, repartant de principes ins- pirés d’une économie bleue ou encore d’une économie circulaire (voir enca- dré : Une économie qui annonce la couleur). Le scénario propose ainsi différentes pistes pour bâtir la Loire- Atlantique rêvée de demain. L’innovation induit une évolution plus ou moins importante dans les pra- tiques et les relations entre territoires. À ce titre, elle peut se révéler utile pour ancrer les pratiques de développement durable dans le quotidien des acteurs et apporter de la plus-value sociétale. La notion de progrès est essentielle, mais encore faut-il ne plus la réduire uniquement à l’innovation technolo- gique. L’équilibre entre différentes formes d’innovation vient renforcer les possibilités de changement en répon- dant à des besoins de société (loge- ment, santé, pauvreté…). Si le dévelop- pement durable peut être un levier pour favoriser l’innovation sur les ter- ritoires, la réciproque est également vraie. C’est sous ce second angle que le groupe a choisi de définir son ordre de mission pour baliser le sentier. Le manuel du guide accompagnateur, telle une boussole, s’appuie sur quatre règles essentielles : 1. Mettre en confiance les randon- neurs, ou comment déployer un pro- cessus ouvert et transversal d’innova- tion pour un territoire équitable et éco-conçu. 2. Assurer le mieux-être du randon- neur, ou comment satisfaire les besoins en innovation pour parvenir à déployer ce processus. 3. Découvrir le parcours du GR-IDD et ses balises, ou comment illustrer l’idée d’espaces de fertilisations croisées. 4. Éclairer le GR-IDD ou comment accroitre la visibilité des innovations pour en favoriser l’appropriation et l’essaimage. // Si l’environnement constitue la racine du développement durable, le social en est le pivot // Bleue ! Grise, rouge, verte…puis bleue, dernière couleur à la mode pour désigner une économie s’inspirant du fonctionnement des écosystèmes naturels pour parvenir notamment à une gestion des déchets évitant des pollutions irréversibles. Circulaire ! Découpler la croissance économique de l’épuisement des ressources naturelles, c’est ce que cherche à faire l’économie circulaire. Par quels moyens ? La décar- bonation, la dématérialisation, l’optimisa- tion des flux d’énergie et de matière, de nouvelles logiques de coopération et de consommation… Collaborative ! Et puis, enfin l’économie collaborative, c’est celle qui repose sur des principes de production de valeurs en commun et de nouvelles formes d’organisation des relations entre acteurs. En savoir plus dans le Tendances n°29 sur la consommation collaborative p. 22. L’innovation devrait-elle à tout prix se concentrer sur des besoins physiologiques ou de sécurité plutôt que proposer des solutions améliorant l’épanouissement personnel des individus ? Maslow a hiérarchisé les besoins des individus sur une pyramide de cinq niveaux (de la survie à l’accomplissement) en précisant que les niveaux supérieurs ne seraient ressentis que lorsque ceux d’ordre inférieur seront satisfaits. Une socialisation et une estime de soi renforcée, ou encore un sentiment d’accomplissement plus important des individus pourraient participer au mieux-être de tous en Loire-Atlantique. Face à la diversité des citoyens de notre territoire, faut-il n’encourager l’innovation que pour des besoins de base ? En direct des débats : l’innovation face à une pyramide territoriale des besoins Une économie qui annonce la couleur 61 62Un jour, un territoire CIRCUIT DÉCOUVERTE La prise en compte de l’environnement dans les sphères économique et sociétale s’opère maintenant depuis plusieurs années. Les démarches pour prévenir les conflits d’usages, qu’ils soient spatiaux, sociaux ou politiques entraînent pourtant des incompréhensions. En parallèle, technologie et progrès qui en découlent (biomatériaux, nanotechnologies, énergies renouvelables… ) rendent possible la mise en œuvre de nouvelles solutions en faveur d’une économie intégrant le bien-être des populations (sobriété énergétique, décarbonation, bioéconomie, solidarités…). Le poids accordé à l’innovation pour favoriser, à long terme, le développement durable du territoire s’en trouve renforcé. Et c’est cette idée-là qu’a souhaité explorer le groupe Passerelle. Demain, l’attractivité de notre terri- toire ne dépendrait-elle pas de la manière dont les acteurs auront su déployer une démarche intégrée ? Celle-ci fait appel à une plus large appropriation collective des enjeux environnementaux, ainsi qu’à des arbitrages en matière de politiques publiques. Innovation et développement durable sont deux termes qui reflètent des réalités, des acteurs, des projets et des sensibilités parfois très différentes selon les territoires. L’articulation entre les deux notions est-elle, à ce point, paradoxale sur notre territoire, ou, au contraire, source d’opportunités ? C'est ce que vous propose de découvrir le groupe. Innovation et développement durable : paradoxe ou opportunités pour la cohésion du territoire ? E N D I R E C T D U G R O U P E BIENVENUE AU CAMP DE BASE ©JensOttoson
  • 33. Repères : Le citoyen, activateur des principes d’innovation et de développement durable Mettre en confiance le groupe de randonneurs Ou comment déployer un processus d’innovation, ouvert et transversal ? Repères : 63 64Un jour, un territoire Le fait d’élargir l’innovation à un ensemble de progrès ou de ruptures de natures différentes et en provenance d’acteurs variés n’est pas neutre. Cela sous-entend que le phénomène de concentration spatiale des activités innovantes sur un territoire plutôt urbain, particulièrement observé dans le cadre de l’innovation technologique, ne se vérifiera pas systématiquement dans le cas d’innovations sociales. Après tout, l’innovation se trouve là où est le citoyen donc sur l’ensemble des 221 communes de Loire-Atlantique. Le groupe écarte ainsi l’idée qu’innova- tion et développement durable soient deux notions paradoxales pour la cohé- sion de la Loire-Atlantique et préfère aborder l’interaction entre ces deux concepts comme une source d’opportu- nités, de fertilisations croisées pour notre territoire. Soutenabilité C’est tout faire pour léguer aux généra- tions suivantes suffisamment de res- sources pour leur assurer un niveau de bien-être au moins équivalent au nôtre. Décarbonation C’est l’ensemble des techniques et mesures permettant de réduire la teneur en carbone du système économique, particulièrement du côté des énergies. On y recherche des alternatives moins émet- trices de dioxyde de carbone CO2 (énergie CO2 renouvelable, nucléaire, gaz naturel), des processus moins énergivores, des modes de production plus sobres (télétra- vail, services). Bioéconomie Néologisme qui désigne les relations entre économie et écologie. En 2013, la Commission européenne a mis en place un « observatoire de la bioéconomie ». Innovation Développement durable Besoin, Nécessité Envie Anticipation Volonté Invention et ruptures Progrès Incrémentation d’idées Diffusion et transfert Mutualisation et synergies Réseau Gommage des frontières de la confidentialité Activités métropolisées Bon sens Cycle de vie des produits Essaimage Soutenabilité Solidarité / Cohésion / Social / Pensée globale / Transversalité Mailliage cohérent Espace de fertilisations croisées Consommateur Usager Citoyen acteur Conception&réalisation :CDLA ©DudanevMikhail Co-opétition La co-opétition entre acteurs d’un territoire se traduit par la mutualisation des besoins, des compétences et le partage d’actions et d’outils entre acteurs différents ou concurrents. Diversité Ce terme est employé à diverses reprises dans les propos du groupe dans l’idée d’encourager une diversité à tout point de vue comme valeur sûre de la Loire- Atlantique 2040 : biodiversité, diversité culturelle, sociale, alimentaire… En général, quand on parle d’innova- tion technologique, l’objectif premier est celui de la performance écono- mique ou de la rentabilité plutôt que du bien-être commun. Selon le groupe, pour conduire une innovation, qui serait un levier de territoire durable, deux éléments globaux sont à instaurer pour mettre en confiance les porteurs de projets : • l’innovation doit être issue, le plus souvent, d’une combinaison d’in- novations de différentes natures : innovation des usages, technolo- gique ou encore organisationnelle • Le processus doit être ouvert à la co-opétition : son efficacité dépen- dra de la diversité des acteurs qui mettront leurs compétences en commun autour de l’usager, qui lui-même sera plus acteur de son territoire. En découvrir davantage sur l’innovation sociale en Loire-Atlantique : RDV au Circuit panoramique p. 71. À ces principes, s’ajoute le souhait d’un processus ouvert d’innovation, décom- posé en six étapes : • identification des besoins de terri- toires, • émergence des idées, • création, • expérimentation, • mise en œuvre, • appropriation et essaimage (de la proximité à une diffusion plus large). Dans les pratiques, deux voies incitent à l’émergence d’idées : - en analysant les besoins spécifiques du territoire, - en créant un produit ou un service en rupture et déconnecté de ses besoins, Durant les dernières années, nous avons pu constater que de nombreuses innovations technologiques emprun- taient cette 2e voie, qui a le bénéfice de libérer la créativité. Est-il souhaitable pour la Loire-Atlantique 2040 de ne soutenir que les innovations issues du premier procédé, comme cela est recommandé par le groupe ?
  • 34. 65 66Un jour, un territoire En direct des débats : Le terme « attractivité de territoire » doit-il être perpétué dans le modèle de Loire- Atlantique durable ? Fortement utilisé en marketing territorial, il sous-entend que notre territoire fait tout pour être le meilleur… au détriment des voisins. Le mieux-vivre ensemble, c’est aussi faire progresser notre territoire sans malmener les autres Du PIB au BIB*. Comment détrôner le PIB, indicateur de richesse par excellence ? Des démarches sont en cours un peu partout pour basculer d’une évaluation basée sur une valeur ajoutée purement économique à une plus-value englobant ce qui a trait au bien- être de la population, son niveau de satisfac- tion, son équilibre émotionnel… Le saviez-vous ? En Loire-Atlantique, la chaire développement durable humain et territoire, dirigée par Hélène Combes (École des Mines de Nantes) propose une recherche action « Nouveaux indicateurs de richesse » pour développer un cadre collaboratif d’évaluation et d’usage En savoir plus : http://www.chaire-dhd-territoires.org/ Conseil de groupe Attention à ne pas évaluer ni trop vite, ni trop souvent. * PIB : Produit Intérieur Brut ; BIB : Bonheur Intérieur brut Question de temps Le temps contraint ne cesse d’augmen- ter. Faut-il freiner la course à la rapidité et adopter les modes de fonctionne- ment des Cittaslow ? L’équilibre entre temps passé au travail, vie privée et temps public est en pleine mutation, et demande de plus en plus de flexibilité au citoyen. Mais, une flexibilité totale des individus contribue-t-elle à leur bien-être ? Jusqu’à quel point doit-on pousser l’idée de flexibilité comme valeur de la Loire-Atlantique 2040 ? Certains pays, notamment scandinaves, proposent plus de souplesse en repen- sant les temps sociaux. Le temps civique a été institué, par exemple en Suède, pour expérimenter des projets personnels en faveur de l’intérêt géné- ral. éléments de réflexion supplémen- taires dans le Tendance n°31 sur l’École 2.0. Organisation décloisonnée La soutenabilité du territoire sera tra- duite par une organisation territoriale renouvelée propice à la libération de l’innovation sous toutes ses formes grâce à un décloisonnement de ses composantes. Elle aura été repensée dans sa globalité pour tenir compte de chacune et en comprendre les évolu- tions. De nouveaux modes d’habiter les bassins de vie de notre territoire auront émergé en Loire-Atlantique, condui- sant à la multiplication et le maillage de plus petits pôles de proximité concentrant services, commerces, espaces de travail et habitat. L’organisation sera aussi liée à des déplacements multimodaux et une nouvelle économie plus performante : fonctionnelle, collaborative, circulaire… Alors exit le « chacun chez soi », la voiture et la compétition, et place à l’innovation comme fondement d’une Loire-Atlantique en mode durable. Cette deuxième règle du guide permet d’identifier de nouveaux critères d’attractivité pour la Loire-Atlantique de demain, considérés et reconnus par ses usagers. Pour illustrer pleinement les principes de développement durable, que doit-on attendre de la notion de valeur ajoutée et de richesse de territoire ? Comment l’imagine-t-on ? Elle reposerait sur la manière dont les usagers satisferont, au nom de l’intérêt général, leurs besoins sans malmener leurs voisins et de fait vivront mieux ensemble. Le groupe propose de s’appuyer sur un précis de développement territorial tel qu’il sera enseigné en 2040. Comme une grille de lecture faite par l’usager, vous y découvrirez les valeurs fondamentales véhiculées par la société grâce à des clés de cette « attrac- tivité  » revisitée qui pourront être traduites en indicateurs de mesure. Assurer le mieux-être du randonneur Comment satisfaire les besoins en innovation pour parvenir à déployer ce processus ? // Levez le pied avec Cittaslow ! Cittaslow est un réseau international de villes qui s’engagent à ralentir le rythme de vie de leurs habitants // PRÉCIS DE DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL, ÉDITION 2040 Ancrer les principes de développement durable dans la réalité des relations sociales, des organisations et des territoires • Simplicité • Diversité • Autonomie • Proximité • Solidarité • Mobilité • Flexibilité • Évolutivité • Transversalité • Décloisonnement • Collaboratif • Expérimentation • Souplesse et décloisonne- ment des temps • Transition énergétique réussie • Place élargie à l’expression citoyenne • Co-opétition entre acteurs • Système d’apprentissage : vitrine de territoire • Compétences individuelles et collectives valorisées • Identité numérique maîtrisée • Montages financiers diversifiés • Identité culturelle partagée basée sur des valeurs permise par des clés d’attractivité traduite par une organisation territoriale renouvelée et décloisonnée Formes urbaines évolutives et adaptées aux spécificités de terri- toire : fin du règne du « chacun chez soi » • Équilibre des espaces : collectif renforcé • Mixité fonctionnelle adaptée aux besoins • Habitat évolutif : diversité des formes d’habitat et bâtiments positifs • Equipements et services minimum pour chaque bassin de vie • Villes intelligentes / réseaux Déplacements multimodaux : fin du règne de l’automobile • Structures et réseaux intégrés • Offres de transports en commun optimisant au maximum l’utilisation des voies existantes • Pratiques de mobilité collaborative adoptées • Services dédiés aux modes doux Économie circulaire performante : fin de la suprématie carbone • Troisième révolution industrielle et agricole • Economie ancrée dans les bassins de vie • Achats et consommation responsables de proximité • Épargne solidaire pour des actions locales • Entrepreneuriat aux multiples facettes : économie tradition- nelle, ESS… • Modèles hybrides et complémentaires Mieux vivre ensemble pour les usagers : une forte soutenabilité de territoire favorisée par l’innovation Nouvelle approche de l’organisation territoriale en images SouhaitéeActuelle ©AlexSava Conception :SarahBlondé,Réalisation :CDLA
  • 35. Consommation Plutôt mieux que plus et ancrée dans les lieux de vie, fin de l’obsolescence program- mée, produits éco-conçus Énergie Énergies propres, boucles énergétiques, stockage de l’électricité, villes intelligentes Finance Lien humain plus fort dans ces circuits : finance- ments complémentaires, épargne solidaire, inves- tissements de proximité, financement participatif Mobilité Plan intégré multimodal, logistique optimi- sée du dernier kilomètre, cabotage sur la Loire, offre de transport collectif élargie, sortie des centres-villes facilitée Découvrir l’itinéraire du GR-IDD et ses balises Habitat /équipements / infrastructuresEspaces publics multifonctionnels, des lieux construits en fonction et en concertation avec les usagers, favoriser les espaces collectifs comme relaisà la multiplication de certains espaces privatisés, immeuble à énergie positive Santé Meilleure qualité d’alimentation et baisse des maladies, pollution limitée Sécurité Gestion des risques Culture Accessible à toutes et à tous, transmission des traditions (ex : jeux traditionnels), nouvelles formes de participation artistique Education Enjeu central pour tous Agriculture Agriculture raisonnée, périurbaine, de précision… Circuits de proximité, rémunération plus juste des agriculteurs 67 68Un jour, un territoire Pour que cet itinéraire de GR-IDD ne reste pas à l’état d’esquisse, le groupe a souhaité concentrer ce parcours de découverte sur quelques repères d’avenir et illustrer les espaces de fertilisations croisées émergents. Pour guider les futurs accompagnateurs de cette randonnée, des idées ou expériences possibles ont ainsi été mises en lumière pour passer d’un modèle de réduction d’impact à un modèle de création de valeur positive sociale, économique et environnementale. Retrouvez sur le sentier les différents thèmes au croisement des chemins pour une transition réussie. ©Vagabondo Pistes à creuser Idées de fertilisations croisées et signaux faibles repérés sur le GR-IDD • Davantage de « territoires de com- merces équitables 2030 » • Écoquartier maritime à Nantes ? • Des espaces de coworking en milieu rural • Du photovoltaïque sur les immeubles collectifs • Conception de projets urbains adap- tée à la hauteur des enfants • Voies réservées aux bus et taxis, ouvertes aux véhicules de covoitu- rage • Transport de marchandises à bord de navires à voile, autoconstruction associative de bateaux de voile aviron • Transport LILA avec vélos embar- qués " Il faut intégrer quatre espoirs tech- nologiques ou grandes bifurcations qui subsistent : • La « technologie au service de la morale» • le stockage de l’électricité • la séquestration du carbone • le vecteur hydrogène " Pierre Radanne Président de l’association 4D (Dossiers et Débats pour le Développement Durable). Ancien président de l’ADEME1 . Septembre 2012. Extrait –CGDD2 2013, Études et documents n°93, Territoire durable 2030, septembre 2013 Technologies et sciences Identité numérique protégée, plateformes collaboratives, centralisation des services sur un minimum d’outils par foyer Repères 1 ADEME : Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie 2 CGDD : Commission Générale au développement durable
  • 36. Insuffler • Mettre en place une cellule de veille et réflexion pour détecter des besoins spécifiques au territoire • Aller voir ailleurs pour mieux cerner sur ce qui donne la volonté de créer • Interroger les territoires voisins, éviter de débattre des mêmes sujets • Apporter des idées nouvelles et les essaimer en Loire-Atlantique • Mettre à jour une banque de données, d’idées, de bonnes pratiques • Avoir des ambassadeurs de proximité, des relais sur les terri- toires Inciter • Casser les idées reçues • Proposer au citoyen des principes de trocs non financiers pour récompenser après des bonnes actions. Par exemple, des travaux d’économies d’énergies pour son logement contre des titres de transport en commun • Puiser dans les méthodes d’éducation populaire pour traduire les valeurs en comportements individuels • Proposer aux citoyens une grille de lecture et d’évaluation du territoire en fonction d’indicateurs présents sur leurs lieux de vie en fonction du niveau de service, équipements de proximité, employabilité… une grille évidemment évolutive Accompagner • Mettre en place un guichet pour centraliser les multiples sources de financement sur les territoires pour guider les porteurs de projet dans leurs recherches de financement • Faire circuler l’information entre les porteurs de projets • Développer des activités de réseautage • Proposer un kit d’implantation d’espaces collectifs de travail dans les espaces ruraux, incluant des conseils sur les conditions favorables d’implantation, notamment géographique Mesurer et valoriser les changements • Déployer le baromètre du développement durable des communes des Pays de la Loire (CIVAM* Pays de la Loire) ou tout autre outil de mesure du changement en traduisant les clés d’attractivité en indicateurs *CIVAM : Centre d’Initiative et de Valorisation de l’Agriculture et du Milieu rural 69 70Un jour, un territoire Éclairer le GR-IDD Comment accroître la visibilité des innovations pour en favoriser l’appropriation et l’essaimage ? Laissons un peu d’autonomie aux randonneurs innovateurs ! Facilitons la tâche du guide accompagnateur et concentrons- nous sur l’appropriation des initiatives pour le territoire. ©Givaga Le groupe s’est finalement penché sur la manière d’accroitre la visibilité des expériences innovantes. Que l’on en parle pour susciter l’envie d’innover ou pour s’approprier des pratiques issues des expérimentations précédentes, parlons-en ! Une réflexion sur la manière d’aborder la communication pour conduire des changements tan- gibles est nécessaire. Peu importe les choix qui seront faits, le randonneur devra observer deux règles d’or : • transmettre le plus simplement possible les connaissances et les bonnes pratiques • inclure les usagers du territoire au cœur des solutions Les objectifs de communication pour- ront être les suivants : • Décloisonner les modes de pen- sées  • Agir ensemble pour une transfor- mation sociale et solidaire de notre territoire  • Valoriser plus que culpabiliser • Diffuser les connaissances et bonnes pratiques
  • 37. DESIGN FICTION La fiction design est un moyen de se projeter dans un futur proche en utilisant comme support des posters, des articles ou des affiches. Ils permettent ainsi de visualiser concrètement les enjeux captés. La présentation de ces artefacts fictifs sert de point de départ à la réflexion. C’est une provocation qui permet de générer de la discussion au cours d’ateliers. Les participants disposent également d'une fiche explica- tive reprenant de manière factuelle les principaux points ou signaux faibles qui ont permis la construction de ces posters, articles ou autres affiches. 71 72Un jour, un territoire
  • 38. 73 74Un jour, un territoire CIRCUITPANORAMIQUE Les innovations sociales font référence aux initiatives répondant à un besoin de société pour lequel aucune solu- tion n’a été proposée par les collectivités ou l’économie traditionnelle de marché. C’est en apportant de nouvelles idées que les innovations sociales participent à la soutenabilité de notre territoire. Bon nombre de ces solutions font appel au bon sens et à la créativité, elles replacent l’usager au cœur de son territoire, mais aussi le salarié au cœur de l’entreprise. L’innovation sociale n’est donc pas en soi un nouvel eldorado. Des initiatives instaurant de nouvelles pratiques existent depuis longtemps et fort heureusement ! Il y a encore quelques années, elles étaient pour la plupart éparpillées et méconnues, puisque les innovations de rupture, celles qui bénéficient du plus de visibilité, restent marginales. L’innovation sociale connaît un nouvel élan lui permettant ainsi de se structurer pour être plus visible et soutenir le territoire dans sa volonté d’être plus « durable ». Mais il semble que pour pouvoir sortir de l’anecdote, certains modes de fonctionnement de notre système actuel ne soient pas compatibles avec une innovation sociale libérée. Avant de découvrir leur carnet de voyage, un éclaircissement s’impose : le groupe préfère parler d’expérimentation sociale. Découvrez sans plus attendre pourquoi ! Expérimentation sociale en Loire-Atlantique Des idées reçues, l’innovation sociale en regorge ! Pour faire connaissance et s’approprier les concepts, les partici- pants à ce groupe Passerelle ont choisi d’en casser certaines. Puis, ils ont organisé, au fil des ateliers, un circuit panoramique d’initiatives de Loire- Atlantique répondant à différents besoins de notre territoire. Pourquoi ce parcours ? Un projet de groupe : celui d’éclairer un chemin dédié à notre ter- ritoire et y proposer collectivement des jalons pour faciliter le déploiement des innovations sociales en Loire- Atlantique. Principal étonnement du groupe : la manière dont ils y sont arri- vés. Dès leur première rencontre, les participants ont eu le réflexe de poser trois axes de réflexion. • Comment sortir définitivement l’ESS de l’anecdote ? • Comment accroître et valoriser la participation des jeunes en milieu associatif ? • Comment prévenir les effets néga- tifs des initiatives difficiles à antici- per ? À mi-parcours, leur démarche en trois points leur a semblé se profiler comme un chemin balisé et cloisonné. Or, le décloisonnement entre les idées, les acteurs et les territoires est de mise lorsque l’on parle d’innovation sociale. Changement de cap : pour repartir vers une aventure hors-piste comme envi- sagé au départ ; sans pour autant faire table rase des étapes précédentes. Les exemples d’initiatives détectées et les discussions déjà amorcées ont permis d’établir une vision globale. Le groupe Passerelle revient de son voyage avec des propositions pour pérenniser les innovations sociales, démultiplier le nombre d’innovateurs et les aider à changer d’échelle en Loire-Atlantique et ailleurs pour passer de micro- actions à un effet de grappe. Nos objectifs partagés Les échanges au sein du groupe Passerelle ont été l’occasion de pous- ser plus loin nos réflexions individuelles et de dépasser collectivement certaines contradictions dans nos discours res- pectifs. Cela nous a amenés, à l’image de notre sujet, à décloisonner certaines thématiques pour mieux les redéfinir. Concernant la définition d’« expéri- mentation sociale », nous nous accor- dons sur les grandes idées suivantes : • L’humain au centre, et considéré dans sa globalité • La recherche d’un bien-être indivi- duel et collectif • Une société intégrative, où chacun trouve sa place • Un épanouissement possible dans tous les domaines de la vie • Une société qui repose sur un modèle de développement plus soutenable et auquel chacun peut contribuer • Une société qui donne le droit à l’expérimentation E N D I R E C T D U G R O U P E // L’innovation sociale : une étiquette différente pour désigner des choses qui se faisaient déjà ? // ©Lunamarina Expérimentation sociale en Loire-Atlantique UTILITé SOCIALE ENGAGEMENT MOBILISATION DES RESSOURCES Diversité Créativité Recherche / Action Partage Ouverture Cheminement Transferts de savoirs le territoire de Loire Atlantique, un terrain favorable à l'expérimentation pour plus de « soutenabilité » porosité avec d’autres territoires Anne GIRAUD, designer pour le groupe Passerelle 2014 COLLECTIF
  • 39. Voici quelques exemples d’expérimentations sociales en Loire-Atlantique dé- tectées par le groupe. Présentées ensemble, elles contribuent à illustrer les types de changement souhaités par le groupe de travail : 75 76Un jour, un territoire La définition proposée par le Conseil Supérieur de l'Économie Sociale et Solidaire fait écho à nos échanges, mais préférons néanmoins parler d’expérimentation sociale. Pour mémoire, rappe- lons cette définition : « L’innovation sociale consiste à élaborer des réponses nouvelles à des besoins sociaux nouveaux ou mal satisfaits dans les conditions actuelles du marché et des politiques sociales, en impliquant la participation et la coopération des acteurs concernés, notamment des utilisateurs et usagers. Ces innovations concernent aussi bien le produit ou service, que le mode d’organisation, de distribution, dans des domaines comme le vieillissement, la petite enfance, le logement, la santé, la lutte contre la pauvreté, l’exclusion, les discriminations… » L’innovation sociale en définition Prêts pour une chasse aux trésors ? Circuits de proximité • En direct des éleveurs, microlaite- rie (Montbert) • Accueil Paysan 44 • Les Ekovores • Association Ecos • Éoliennes citoyennes en Pays d’Ancenis • AMAP alimentaires • Laboratoires culturels APO33 • Librairie l’Embarcadère (Saint- Nazaire) • Service Libellule (expérimenta- tion en cours) : transport solidaire à la demande (Nantes métropole, SEMITAN, CCAS d’Orvault) • Titifloris, transport de personnes à mobilité réduite en petits véhi- cules de 4 à 9 places Des lieux de vie renouvelés • Quartier intégré – projet immobi- lier de l’Île-Pad (Nantes) • Cité radieuse (Rezé) • Habitat partagé Les Petits Moulins (Rezé) • Le Potager associatif (Saint- Julien-de-Concelles) • Maison d’accueil des Fontenelles (Saint-Vincent-des-Landes). Construction BBC, isolation exté- rieure, géothermie, solaire… • Jardin partagé : le collectif Idéelles, quartier de Malakoff à Nantes Une place pour chacun ! • Association Stop Routine • Collectif « Tout en attente » • Tiers-lieu « la Nizanerie » (collectif Fil) • la Plateforme C, 1er FabLab de Nantes, par l’association Ping • Talentroc « le savoir de tous à la disposition de chacun » • Clisson Passion (transfert et échange de savoirs) • Du design de services dans les centres médico-sociaux au service PMI (Protection Maternelle et Infantile) • L’Écocyclerie de la Mée, Asso ADAPEI44 (Châteaubriant) Soutien à l’émergence des expérimentations sociales • Ouvre-Boîtes44, Coopérative d’activités et d’emploi • Les Écossolies, Association • Les Cigales (Pays de la Loire) D’autres initiatives à repérer sur Social Planet, réseau social pour les initiatives sociales et solidaires. Pas forcément initiées par le citoyen… … les initiatives sont avant tout portées par un niveau d’engagement élevé de ce dernier. Le citoyen, usager du territoire et de ses services peut revêtir différents visages (habitants, salariés, agents de la fonction publique, entreprises et entrepreneurs, institutions, élus, associations…) Un entrepreneur social est-il forcément vert ? Il y aurait probablement un décalage si on y asso- ciait des structures peu attentives aux questions environnementales. Après tout, l’entrepreneur social n’est-il pas l’icône de l’entrepreneur dans une économie de développement durable ? En savoir plus : Tendances n°32 sur l’entrepre- neuriat social. Une innovation n’est pas nécessairement technologique. L’innovation sociale s’inscrit dans une volonté de progrès. La technologie n’est pas une finalité, mais est plutôt perçue comme un facilitateur. Il n’y a qu’à observer le nombre de plateformes collaboratives qui émergent sur le web pour s’en convaincre. Une innovation sociale n’est pas portée unique- ment par des structures de l’Économie Sociale et Solidaire L’IS n’est pas liée uniquement à des démarches économiques, puisque de nombreux bénévoles y contribuent. Casser les idées reçues Expérimentation sociale : l’humain pris dans sa globalité À la bifurcation… prenez le chemin de l’expérimentation sociale Le terme d’innovation sociale : • A une forte connotation technolo- gique et économique qui peut faus- ser les interprétations • Sous-entend trop souvent une « garantie de résultat » et un « retour sur investissement » obli- gatoires • N’est pas suffisamment lié à la notion d’utilité sociale et environne- mentale, qui est l’un des piliers de nos débats • Peut conduire à vouloir « faire de l’innovation pour le simple plaisir d’innover », et faire oublier les fina- lités ultimes visées, voire générer des effets pervers Priorité n°1 : l’humain au centre ! L’expérimentation sociale est associée pour le groupe aux critères suivants : • Le collectif - L’union fait la force : que ce soit plusieurs porteurs de projets réunis autour d’une même préoccupation, ou un porteur princi- pal qui fédère une multiplicité d’ac- teurs autour de son action, la confiance et l’empathie sont de mise pour mettre en œuvre collective- ment ces expérimentations • L’utilité sociale - Contribuer au bien-être individuel et collectif, et à une soutenabilité forte, au sein d’un territoire. Cela concerne tous les grands thèmes de société (éduca- tion, santé, environnement, habitat, culture…) • L’engagement - Chacun, s’il le sou- haite, a la possibilité d’expérimenter à son échelle de nouvelles solutions qui contribuent à améliorer la société dans laquelle il évolue (exer- cice démocratique) • La mobilisation des ressources liées à un territoire – Ressources humaines, naturelles, culturelles, techniques, technologiques, finan- cières… On retrouve également, en plus ou moins grande proportion, les valeurs suivantes : • Diversité des acteurs • Créativité • Principe de recherche/action (droit à l’essai) • Partage • Logique d’ouverture aux citoyens • Transfert des savoirs • Cheminement (le parcours est au moins aussi important que la desti- nation) Le sujet initial du groupe Passerelle portait sur « L’innovation sociale en Loire-Atlantique ». Au fur et à mesure des échanges revenait souvent l’idée que le titre ne reflétait pas suffisamment les propos tenus. Après quelques tâtonnements, le consensus s’est établi sur un titre « Expérimentation so- ciale en Loire-Atlantique ». Voici leurs explications… ©fredFroese
  • 40. 77 78Un jour, un territoire Au détour d’un sentier, un point de vue… enfin,plusieurs ! Quels enjeux pour demain entre expérimentation sociale et statut associatif ? Une des réponses juridiques au portage collectif de projet est le statut associa- tif. Le terme et le statut recoupent des réalités très différentes. Comment dissocier les associations totalement bénévoles des collectifs utilisant ce statut pour être reconnus et expéri- menter leurs idées et créer des emplois ? Le modèle associatif fonc- tionne pour mettre en œuvre une expé- rimentation sociale. Mais s’il présente l’avantage d’être facile à mettre en œuvre à la création, il connaît dans la pratique quelques difficultés ou limites. Un porteur d’association est difficile- ment reconnu parmi certains acteurs de territoire comme pourvoyeur d’em- ploi - ni de son propre emploi, ni de celui des autres. Il doit alors justifier d’une recherche d’emploi auprès de Pôle emploi s’il veut continuer de béné- ficier des allocations, limitant son temps pour expérimenter ses idées. Dans certains cas, la bonne volonté des membres de l’association atteint ses limites et ne remplace pas tout le temps les compétences requises pour mener le projet à bien. Certaines idées ne rentrent pas dans les cases prévues des appels à projets. Par principe, elles sont novatrices et en rupture avec les modèles existants. N’ayant pas d’éléments de comparai- son, les acteurs susceptibles d’encou- rager le projet et d’en subventionner le démarrage encouragent par là même, plus difficilement ces collectifs à tester leur idée. L’association n’acquiert de légitimité sur le territoire qu’au bout de quelques années d’existence. Comment assurer, dans ces conditions, la pérennité des initiatives, le passage de l’émergence de l’idée à l’expérimen- tation, cette période où le temps paraît improductif aux yeux de nombreux acteurs ? Faut-il inventer un modèle hybride, une forme plus adaptée aux évolutions de la société ? Ne manque- rait-il pas une carte à la collection des statuts ? Est-il judicieux de songer à en créer un ? Table d’orientation Suivre le sentier jusqu’au belvédère Comment prévenir les effets pervers des expérimentations sociales ? Le lien entre initiatives d’utilité sociale et financement de l’innovation techno- logique est une exploration, parmi d’autres, à mener pour prévenir des effets non désirés dans la société d’expérimentation sociale. La lucrativité des associations ou des entrepreneurs sociaux qui portent les innovations sociales est limitée. L’innovation a pourtant besoin de marges pour financer le droit à l’expé- rimentation, mais aussi la recherche et le développement d’innovations tech- nologiques. Pérenniser l’expérimentation sociale, c’est aussi lui donner les moyens dans le temps d’innover technologiquement. Dans la logique de mobilisation des ressources du territoire, les labora- toires de recherche et de développe- ment figureraient parmi les premiers partenaires à associer à l’échelle de la Loire-Atlantique. Pour mener certaines actions sociale- ment indispensables, supprimer les marges dans la distribution de certains produits, pour atteindre les populations ciblées, est indispensable. Si l’on prend l’exemple de la santé, plusieurs ques- tions sont posées autour : • des brevets, • du financement des technologies pour la santé de demain, • du financement plus important de produits non standardisés (réser- vés à des maladies rares). Quelle est l’ampleur des changements souhaités pour demain en Loire-Atlan- tique ? Durant son exploration, le groupe a fait émerger certains dénominateurs communs autour de l’idée d’expérimentation sociale sur notre territoire. La question de l’ampleur des changements visés par la société civile et les institutions reste malgré tout un débat ouvert. Jusqu’où bouge-t-on le curseur concernant l’évolution : • Du modèle économique ? • Du système de solidarité ? • Du mode de gouvernance (place de la société civile dans les politiques publiques) ? • De la prise en compte de la rareté des ressources naturelles ? • De la place accordée aux richesses des ressources des territoires ? • Des liens intergénérationnels ? ©Atypeek Après la clairière, une cave souterraine // Une innovation, ça bouscule ! //
  • 41. 79 80Un jour, un territoire Organiser sur le territoire une tournée de débats dédiés aux changements rêvés par le citoyen : « Ampleur des changements souhaités pour les terri- toires » Organiser les « journées de l’expéri- mentation sociale » • Déployer, mettre en lien, irriguer les jeunes pousses de l’expéri- mentation sociale en Loire- Atlantique. • Proposer un événement en deux temps : • Un circuit de repérage des expérimentations sociales dans tout le département. • Un « temps fort » d’une journée pour valoriser des porteurs de projet sur plusieurs lieux d’accueil répartis sur le territoire. Ce temps d’échange permettrait de découvrir les initiatives porteuses de transformation sur le territoire et de faire connaissance avec les relais de notre territoire. Mettre en place un système de parrai- nage sur le territoire : inciter à l’expé- rimentation par l’accompagnement individualisé et personnalisé. Le parrain mettra en confiance le por- teur de projet. Il contribuera à transfor- mer l’idée de ce dernier en expérimen- tation. Le parrain peut être un professionnel, un particulier, un retraité, une association, une institu- tion… Chacun peut être potentiellement parrain et/ou parrainé (expertise d’usage, expertise professionnelle, bonne connaissance d’un territoire ou d’un sujet spécifique…) Ce parrainage et ces échanges de savoirs pourront être valorisés par la mise en place d’une « bourse » sous forme de crédit temps dédié au porteur de projet ou une allocation « temps à vocation d’utilité sociale ». D’autres pistes sont proposées par le groupe : • Soutenir le pouvoir d’agir de tous, y compris des plus vulnérables : Rencontre entre un engagement personnel et un terrain favorable et des collectivités facilitatrices de l’expérimentation sociale et de l’engagement citoyen. • Conforter et développer l’écono- mie sociale et solidaire pour appuyer les activités à forte utilité sociale. • Mettre en lien, en lumière et en mouvement les ressources (humaines, naturelles, culturelles, techniques, technologiques, finan- cières…), richesses de notre terri- toire. • Mener une campagne de sensibi- lisation auprès des acteurs insti- tutionnels  : écoles, maison des jeunes, associations, Pôle emploi, missions locales, CCI, collectivités (communes, EPCI, département, Région). Comment faire pour passer des micro-actions en faveur du mieux-vivre ensemble à des effets de grappe ? C’est ce que vous propose de découvrir le groupe, par des préconisations concrètes qui permettront à la fois de démystifier le concept et les pratiques d’expérimentation sociale et d'en favoriser l’appropriation par tous les acteurs de Loire- Atlantique. Fin du parcours : bienvenue en Loire-Atlantique 2040 Territoire d’expérimentation sociale ©Toflocoste 10ÈME TOURNÉE DE L’EXPÉRIMENTATION SOCIALE EN JUIN 2025, NE MANQUEZ PAS NOTRE PASSAGE SUR LE TERRITOIRE : LE 2 À LA FABRIQUE SOCIALE, PÉPINIÈRE D’ENTREPRISES SOCIALES, REZÉ LE 3 AU FESTI’SHARE, TRIGNAC (CO-TRANSPORT PROPOSÉ PAR OTTO PARTAGE) LE 4 À L’ESPACE QUO-WORKING, CHÂTEAUBRIANT LE 5 POUR L’INAUGURATION DU MICRO-LAB DE L’INNOVATION PUBLIQUE, CLISSON ACCOMPAGNER CONFÉRENCE / 15H - 16H INCUBATEUR D’INNOVATION TERRITORIALE Retour d’expérience sur un an passé au sein de l’incubateur d’innovation territoriale. Avec Marie Carré - Les Rurbanistes, start-up dédiée à l’urbanisme participatif rural TOUTE LA SEMAINE RECENSEZ AVEC NOUS LES EXPÉRIMENTATIONS SOCIALES SUR VOTRE TERRITOIRE PROFITEZ DES PORTES OUVERTES DES STRUCTURES D’EXPÉRIMENTATION LOCALES RÉFLÉCHIR TABLE RONDE / 16H - 17H EMPOWERMENT À LA FRANÇAISE Adapter les logiques d’empowerment anglo-saxonnes à la culture française. Animée par Jean Bonin, professeur d’innovation publique à l’Université de Nantes Plus d’informations sur www.experimentons.44.fr Une initiative du collectif expérimentons44 Avec le soutien du Conseil général SE LANCER ATELIER / 15H - 17H KIT DE DÉTECTION DE L’INNOVATION Identifier les opportunités d’expérimentation sociale au sein de son organisation. Avec Nathalie Mirand et Benoît Fréré - La boîte à savoir, excubateur d’innovation sociale L’INNOVATION SOCIALE À L’ABORDAGE DE L’INDUSTRIE ! L’HABITAT COLLABORATIF FLOTTANT PAR SDX : UN LOGEMENT VERT ET SOLIDAIRE LES PROCÉDÉS D’INNOVATION SOCIALE AU SEIN D’UN GRAND GROUPE › PATRICE DUCARD, PDG DE SDX GRAND OUEST › HAMID BOUHARAM, DIRECTION DU LOGEMENT COLLABORATIF, MAIRIE DE COUËRON › JULIETTE BOCÉ, RIVERAINE DU CLOS BLEU-VERT, HABITAT PARTAGÉ FLOTTANT TABLE RONDE / 14H - 15H DESIGN FICTIONLa fiction design est un moyen de se projeter dans un futur proche en utilisant comme support des posters, des articles ou des affiches. Ils permettent ainsi de visualiser concrètement les enjeux captés. La présentation de ces artefacts fictifs sert de point de départ à la réflexion. C’est une provocation qui permet de générer de la discussion au cours d’ateliers. Les participants disposent également d'une fiche explicative reprenant de manière factuelle les principaux points ou signaux faibles qui ont permis la construction de ces posters, articles ou autres affiches.
  • 42. // Faire émerger les com- pétences collectives d’un territoire, c’est un peu comme apprendre à lire // 81 82Un jour, un territoire Pour mieux comprendre les méca- nismes liés à la compétence collective du territoire, les participants ont mis le doigt dans l’engrenage. Se plaçant eux- mêmes en situation d’apprentissage collectif, ils ont adopté une démarche exploratoire pour construire une vision partagée de transversalité des acteurs. Unefoislaproblématiqueetlesconcepts appropriés, le groupe a préparé ses bagages en rédigeant collectivement une grille d’entretien, petit mémo de voyage. Les participants ont alterné entretémoignagesetateliersdediscus- sion, prise de recul, leur permettant de construire une vision d’avenir et plu- sieurs préconisations. Trois ateliers ont ainsi été consacrés à des rencontres avec six porteurs de projets au cœur de l’innovation et du développement durable du département. Un atelier a permis, le temps d’une séance de créa- tivité, de dégager les grands principes d’une solution répondant à l’ensemble des critères qu’ils jugeaient incontour- nables. En souvenir de cette expédition, ils nous reviennent avec des préconisa- tions et une idée inspirante, celle d’un incubateur d’innovations territoriales. L’émergence de la compétence collec- tive est à l’image d’une boîte noire. Le groupe s’est donné comme objectif d’en percer les mystères. ITINÉRAIRE EXPLORATOIRE // Il ne suffit pas de réunir un groupe d’individualités pour faire naître l’intelli- gence collective // Le niveau global d’information de la population a largement augmenté dans les dernières années. Les pratiques des citoyens changent beaucoup, ils osent interpeller les professionnels sur leurs terrains de prédilection en revendiquant de nouvelles connaissances. Deuxième constat : d’ici à 2040, nous serons 334 000 habitants de plus qu’aujourd’hui en Loire-Atlantique1 . L’attractivité de notre territoire et sa capacité à faire face rapidement aux enjeux de société seront liées, demain plus encore qu’aujourd’hui, à sa capacité à mobiliser les compétences. Or, si nous en avons toutes et tous, diplômés ou non, que se cache-t-il vraiment derrière ce terme clé de compétences ? Comprendre les dynamiques de compétences sur un territoire est essentiel pour miser sur les forces vives de ce dernier et relever les défis qui jusque-là n’étaient pas ou mal pris en compte. La problématique se vérifie un peu plus chaque jour, dans un contexte de transition sociétale plus urgente, qui se heurte à des difficultés d’élaboration et de mise en œuvre de politiques publiques en faveur du développement durable. Comment révéler les talents et valoriser des compétences acquises sur le terrain par les citoyens ? Quid de l’expertise d’usage ? Quelles pistes d’avenir permettraient de consolider l’intelligence collective autour du développement durable ? Ce sont les questions qui ont guidé l’exploration de ce groupe. Si les compétences individuelles étaient des mots, alors… Les organisations et les conditions… seraient des règles de grammaire Les combinaisons de compétences indivi- duelles… seraient des phrases Les compétences collectives dans l’organisa- tion… seraient le sens des phrases La combinaison des compétences collec- tives…  serait le texte Les compétences collectives replacées dans l’organisation… seraient le sens du texte Ainsi, que seraient les compétences collec- tives pour la Loire-Atlantique ? Un roman ? Comment et où ? Il faut commencer par avoir une lecture partagée de notre territoire à dix ans. Mais qui est en capacité de lire ? L’intelligence collective s’apparente à un style d’écriture ou encore une véritable signature de territoire ; le sens du texte que l’on écrit pour notre territoire. Mais, qui écrit ? Le réseau : l’écriture collaborative revient à monter un projet collectif. Petite mise en garde toutefois : attention aux règles de grammaire et à l’autocensure. Nul n’est tenu de tout connaître pour exprimer son point de vue sur l’avenir de son territoire. Faisons un peu de grammaire ! Compétences, levier pour une intelligence collective de territoire ? 1 Source : INSEE ENDIRECTDUGROUPE La première, une fois détectée et alliée à d’autres, permet de faire émerger la seconde au sein d’une organisation ou d’un territoire. Le groupe adhère pleinement à l’idée d’une compétence, combinant plusieurs éléments allant au-delà des seules connaissances académiques, validées par un diplôme, plus qu’à une seule progres- sion linéaire reliant la potentialité à la performance. Le groupe retient les éléments suivants : • les connaissances académiques, • les compétences techniques, • les habiletés relationnelles, • les aptitudes physiques, • et les « savoir y faire ». Autres caractéristiques fondamentales, la compétence ne se révèle que dans le cadre d’un projet d’intérêt général, porteur de sens et qui ne peut émerger que dans l’action. Connaissez-vous la différence entre compétence individuelle et collective ? Comment un territoire peut-il puiser dans ses ressources pour les transfor- mer en intelligence collective ? De nombreux écrits ont été publiés dans les dernières années, mais ces notions évoluent en fonction des besoins de la société. Dans le cadre précis des com- pétences, les mécanismes permettant de révéler aux acteurs les compé- tences propres à leur territoire semblent encore enfermés dans une boîte noire. À l’écoute des six témoi- gnages, le groupe a eu l’occasion de découvrir un large spectre d’expé- riences en faveur d’un développement de la Loire-Atlantique, recoupant d’ail- leurs les valeurs énoncées dans le Précis de développement territorial 2040 du groupe Innovation et Développement durable. Les méthodes pour baliser ces sentiers sont multiples. De la même façon, la découverte des initiatives sur un terri- toire peut provenir de différentes ori- gines : • soit, les idées sont en train de ger- mer, et le territoire doit veiller à créer les conditions propices à l’innovation ouverte ; • soit elles existent déjà sur notre territoire et celui-ci doit être en mesure de les détecter et les accompagner ; • soit elles existent ailleurs, mais il faut être en capacité d’adapter le projet aux spécificités et aux besoins propres à la Loire- Atlantique pour que le transfert soit réussi. Compétences & intelligence Feuille de route collaborative Les participants Passerelle ont élaboré collectivement une grille d’entretien. Voici quelques balises pour débuter l’exploration : • Quelles ont été les étapes clés depuisl’idéejusqu’àl’expérimenta- tion du projet ? • Quel a été l’élément déclencheur de la mise en route du projet ? • Surquelsélémentslavisioncollec- tive s’est-elle construite ? • Avez-vouseurecoursàdescompé- tences particulières pour franchir chacune de ces étapes ? • Quelles sont les compétences clés pour mettre en route un projet ? • Quelles sont les compétences nécessaires pour envisager un transfert, un essaimage du projet ? • L’expérience est-elle transférable, sioui,sousquellesconditions ?Est- elleelle-mêmeissued’expériences existantes ? • Commentsefaitlaprisededécision dans le groupe ? • Quels sont les prérequis en termes de partenariat et de réseau, selon vous,pourdesprojetsdeterritoire ? // L’intelligence collective : on ne la recherche pas, on la trouve ! Elle naît des compétences collectives qui se fédèrent dans l’action. Soit, mais que peut-elle changer sur nos territoires pour que l’on s’y intéresse tant ? Elle pourrait permettre de décloisonner les politiques trop sectorisées, à moins que ce ne soient les politiques elles-mêmes qui soient une condition pour libérer l’intelligence collective sur les territoires. Il y a d’emblée une remise en question du fonctionnement actuel pour accroître le collectif et la transversalité // ©Grapio
  • 43. Des référentiels de compétences pour baliser le chemin. Différents outils ont été développés pour repérer et valo- riser les compétences des individus dans les organisa- tions et les territoires. Selon l’idéologie dominante de la société dans laquelle ils ont émergé, les logiques d’uti- lisation sont différentes. Sont-ils là pour que l’individu repère ses compétences pour s’adapter au système en place ou l’inverse ? En Europe, l’outil des « compétences clés » du programme DeSeCo de l’OCDE est celui qui est le plus reconnu. En savoir plus : www.oecd.org/ 83 84Un jour, un territoire • Comment capitaliser et valoriser cette intelligence collective sur les territoires ? Lever de rideau : le mystère de la boîte noire L’exploration par les retours d’expé- rience a permis au groupe d’extraire, malgré les échelles variées de terri- toire, plusieurs éléments communs, des facteurs invariants. Si aucun projet entendu ne réunit l’ensemble de ces conditions, les participants soulignent l’importance de les réunir pour aug- menter les chances de changements significatifs sur le territoire. Les témoignages ont également per- mis de soulever quelques enjeux autour de l’émergence même de l’intelligence collective sur les territoires et des caractéristiques de projet à accompa- gner. Il retient enfin qu’en matière de compétences, il n’est pas toujours évident de percer les secrets de la boite noire. Elle enregistre les progrès d’un territoire apprenant en continu et per- Reportage : au cœur de la boite noire En direct des éleveurs… Fabrice Hégron est un producteur passionné à la tête d’un collectif de compétences que vous pourrez rencontrer dans le sud de la Loire- Atlantique. Ce groupe est constitué de trois GAEC, soit six personnes. Extrêmement convaincant, Fabrice Hégron a présenté les tenants et les aboutissants du projet collectif de laiterie nouvelle génération. Un nouveau souffle étroitement lié à la survie des producteurs laitiers et de leur profession, la microlaiterie devrait voir le jour d’ici à la fin de l’année 2014. Quel a été le point de départ de votre projet ? Être libre de choisir sur quoi et avec qui l’on souhaite travailler. Faire en sorte que tous les acteurs au projet s’y retrouvent. Mieux maîtriser la chaîne de production de l’élevage à la transfor- mation des produits, c’est notre solu- tion pour sortir d’un système qui n’est ni voulu par le producteur ni par le consommateur. Si ça continue ainsi, nous n’existerons plus d’ici quelques années. Nous n’avons rien à perdre, nous avons donc pris le pari de nous lancer. Dès le départ, un climat de confiance entre les six partenaires exis- tait. Il s’est forgé avant même le démar- rage du projet sur une même vision de l’avenir de notre métier et une même éthique environnementale. De l’idée au projet, comment cela s’est-il passé ? Notre projet s’est construit en partant d’une vision parta- gée et d’une connaissance solide du marché. Mais comme l’innovation appelle l’innovation, pour sortir notre gamme de produits, il y a eu de mul- tiples rebondissements. Nous avons mis en commun les spécialités de cha- cun pour compléter nos acquis d’éle- veurs. Parmi celles-ci, on retrouve les techniques commerciales, la nutrition animale, la mécanique agricole, les ressources humaines. Puis nous avons frappé aux portes pour compléter l’éventail de compétences par le réseau. De nombreuses personnes se sont mobilisées autour de nous, ce qui nous a permis de passer d’une idée à un véritable projet d’entreprise. L’économie collaborative au service de la montée en com- pétences et du lien social Diplômé de l’école Audencia, Alexandre Heuzé, participant au groupe Passerelle, a dévoilé au reste du groupe le fonction- nement de sa plateforme collaborative. Initialement pour le grand public, cet outil de troc de savoirs citoyens est aujourd’hui en cours de test avec un modèle dédié aux organisations. Quel est le principe de Talentroc ? C’est dans les microsujets qu’une structure devient plus intelligente. Grâce à cette plateforme, l’usage de l’échange de savoirs dans une organi- sation est dévoilé au grand jour et peut ainsi être reconnu grâce à un système de crédit temps. La formation en interne se voit accélérée avec une for- mation adaptée et en Juste-à-Temps. Autre bénéfice connu de la démarche : créer du lien social et apprendre à connaître ses collègues sous un nou- // En savoir plus sur le projet : http://conseil-developpement.loire-atlantique.fr/categorie/excursions-de-linnovation // met d’en comprendre les fonctionne- ments une fois le vol terminé. Pour autant, essayer de le faire a posteriori accroît la prise de conscience de la part des acteurs des compétences qu’ils ont développées : révélation par la réappro- priation rétrospective du projet. Voir aussi Tendances n°32 - Entrepreneuriat social veau jour. La latitude laissée au sys- tème permet de découvrir des usages que l’on n’avait pas imaginés à l’ori- gine ! Quelle est la principale condition d’appropriation d’un tel outil dans une organisation ? Sans aucun doute, une forte volonté de la direction… et du temps pour casser les idées reçues. L’outil bouscule les modes de manage- ment traditionnel à la française. Il faut que salariés et managers acceptent d’être surpris. Vous souhaiteriez rendre les échanges de savoir éligibles au CPF1 . Y a-t-il un risque de perdre la philosophie initiale du projet ? Le risque est là, mais quand on a des doutes, notre devise est de tester. Notre système est agile et flexible. Le risque, en positionnant Talentroc sur le créneau de la forma- tion réglementée, c’est la reprise en main par les ressources humaines d’un système à la base très ouvert. Du Pays de Vilaine (35) au Pays d’Ancenis (44) : un trans- fert réussi de compétences citoyennes au service de la transition énergétique Née en 2010, l’asso- ciation « Éoliennes en Pays d’Ance- nis », présidée par Jean Rabian, compte douze bénévoles avec comme but de développer trois ou quatre parcs éoliens citoyens. L’objectif est de couvrir les besoins des 60 000 habitants du Pays d’Ancenis. Le pre- mier projet est celui du parc Éolandes à Teillé. Comment avez-vous pu bénéficier de l’expérience des Éoliennes en Pays de Vilaine ? L’équipe de Redon nous a beaucoup aidés. Elle est plus avancée que nous, puisque leurs éoliennes sont sorties de terre à Béganne en avril der- nier. Nous sommes de plus épaulés par le bureau d’études Site à Watts, créé pour valoriser les compétences collec- tives nées de l’aventure de Béganne (35). Quel est dans votre cas l’intérêt d’une SAS (Société par Actions Simplifiées) ? La SAS Eola Développement a été créée pour porter et financer le développe- ment des projets de l’association. Avec une SAS, nous avons opté pour une plus grande latitude dans la gouver- nance du projet. Elle n’empêche en aucun cas le mode collaboratif. Actuellement, nous avons 150 sous- cripteurs pour financer le développe- ment, ce qui va au-delà de nos besoins. Si vous deviez retenir une seule com- pétence collective pour qu’un tel pro- jet réussisse ? La force de conviction pour mobiliser le citoyen. C’est l’affaire de tous ! C’est la première fois sur notre territoire que des habitants financent directement leurs propres besoins en électricité. Pour y parvenir, c’est un travail de longue haleine, celui de la sensibilisation pour réduire les réti- cences et convaincre autant les habi- tants, les exploitants agricoles que les élus locaux, qui ont l’autorité concé- dante en matière de distribution d’énergie. // En savoir plus sur l’implication citoyenne pour la transi- tion énergétique : www.energie-partagee.org // 1 CPF : Compte Personnel de Formation, ancien DIF (Droit Individuel à la Formation) ©Blas
  • 44. 85 86Un jour, un territoire Un réseau de proximité pour les entreprises en Pays d’An- cenis : ETAP ETAP propose une mutualisation des compétences des demandeurs d’emploi en insertion profes- sionnelle sur le Pays d’Ancenis. Présentation par Guy Guérin, président d’ELI (Erdre et Loire Initiatives). Qu’est-ce qui fait l’originalité d’ETAP ? Sa composition ! Il n’existe aucun autre collectif en France qui implique des associations et une mission locale. Sa participation permet d’inclure les jeunes de moins de 26 ans. Les quatre associations sont ELI et APTE (Association Portage Travail Emploi), deux associations intermédiaires qui sont des structures d’insertion par l’activité économique, l’écocyclerie Trocantons et l’association maraîchère Vital. Quel est actuellement le principal frein à la démarche ? Le collectif ETAP est très sollicité, notamment par Terrena (acteur déclencheur du parte- nariat) et la Laiterie du Val d’Ancenis. Malgré cela, le fait qu’il ne rentre pas dans les cases juridiques pose question chaque année quant à sa pérennité face à l’octroi de subventions (COMPA1 et Conseil général). À quoi tient un tel partenariat ? Pourquoi le Pays d’Ancenis ? Il existe depuis de nombreuses années une coutume de solidarité dans le milieu agricole, renforcée par la pré- sence de Terrena, coopérative dont le siège est à Ancenis. De là est né un maillage fort entre les acteurs, peu importe leur taille et leur statut, à l’échelle de ce bassin de 60 000 habi- tants. Les élus font le lien et renforcent l’identité et l’unité du territoire. Un réseau dédié au service de l’écoconstruction depuis 2010 Retour d’expérience avec Laurent Bouyer, directeur d’Échobat Quel a été l’élément déclencheur de cette initiative ? Dans le cadre de sa mission de veille, le Comité du Bassin d’Emploi d’Ancenis a réalisé une étude sur le bâtiment et sur le positionnement que le territoire pourrait avoir sur la niche de l’éco- Pour mobiliser des compétences issues de projets fédérateurs pour la Loire-Atlantique, le groupe a pris le parti de s’interroger sur la manière de faire, et non sur ce qu’il serait souhaitable de développer en termes de projets.Voici quelques ingrédients du mécanisme élaboré par le groupe. L’intelligence d’un territoire est renforcée dès lors qu’une idée répondant à un besoin spécifique du territoire est développée par les compétences d’un collectif dans le cadre d’un projet d’intérêt général. De cette idée naît une expérimentation qui fera émerger la compétence collective. D’après le groupe, ce processus est caractéristique des territoires apprenants. Chaque composante évolue dans le temps. Cela concerne aussi bien les relations sur le territoire et les besoins et oppor- tunités (émergeant du croisement ou de la contradiction entre intérêt général, enjeux globaux de territoires et caractéristiques locales du territoire en question), que les compétences des individus et des collectifs qui com- posent ce processus. L’implantation du projet aura réussi lorsque des compétences collectives auront émergé et pourront être valorisées, puis adaptées dans le temps aux évolutions du territoire. émergence de la compétence collective sur un territoire : l’engrenage décrypté 1 COMPA : Communauté de communes du Pays d’Ancenis 2 SIAE : Structures d’Insertion par l’Activité Economique construction. La rencontre entre une fine connaissance des spécificités du territoire et ce marché émergent a donné naissance à une opportunité. À partir de là, deux options : la sensibili- sation ou la professionnalisation des artisans. C’est la seconde qui a été retenue. Quel est l’atout majeur de ce réseau économique ? Sa dynamique partenariale et solidaire : le maillage pluridisciplinaire des adhé- rents (artisans et SIAE2 ), un tuilage avec d’autres entités implantées en Loire- Atlantique, telles que Novabuild, la Plateforme régionale d’innovation (PRI), dédiée à la construction durable, ou encore l’association interprofession- nelle de la filière bois, Atlanbois. Quels marchés visez-vous plus préci- sément ? Nous souhaitons accompagner la mon- tée en compétences dans l’éco- construction pour des offres en loge- ment social (Ex : Barbechat) et aux primo-accédants, et apporter notre soutien au développement de l’habitat partagé. Écologie industrielle Stéphanie Romanet, fondatrice du bureau d'études Innovaterre. Quelle est la condition majeure pour d é p loye r d e s démarches d'écologie industrielle sur toute la Loire-Atlantique ? Au-delà de l'identification des intérêts communs et des contraintes, l’écologie industrielle aborde l’organisation de zones d’activités de manière systé- mique. Ainsi, fédérer les acteurs autour de projets de mutualisation de res- sources reste complexe, mais indispen- sable. Un animateur pourrait mettre en réseau les compétences du territoire, entre établissements de formation, de recherche et développement et les entreprises. Il susciterait plus de dis- cussions pour développer des modèles adaptés à la Loire-Atlantique en s'ins- pirant de modèles de cogénération comme celui de Kalundborg (Danemark). ©Dziewl Les six témoignages ont permis au groupe de dresser une liste de problématiques propres au développement de projets en développement durable des territoires. Les réponses per- mettront d’accroître à l’avenir l’articulation entre, d'une part, l'élaboration et la mise en oeuvre des politiques publiques et, d'autre part, l'émergence d'initiatives citoyennes. Comment favorise-t-on une bonne lecture du territoire et de ses besoins et opportunités? Comment la retraduit-on dans un appel à projets qui permettra de faire émerger des projets innovants ? Comment définit-on l’ancrage territorial d’un projet ? Qu’est-ce qui prévaut : • le soutien du réseau local • la pérennité du financement • la place que l’on fait aux usagers dans la création du projet ? Si l’évaluation par des processus qualité permet d’appréhender statistiquement l’appropria- tion d’un outil sur un territoire, comment mettre en place une traçabilité qui permettrait de démontrer comment les liens sociaux ont évolué dans le temps ? Un porteur de projet permet d’accélérer l’acceptabilité sociale de l’idée auprès des riverains lorsqu’il en est proche. Malgré cela, le projet est susceptible de rencontrer quelques difficul- tés lors de son implantation « physique » sur le territoire. Comment prévenir cette réticence ? (Éoliennes) Comment accroit-on une solidarité forte entre les acteurs sur les territoires de Loire-Atlan- tique (à l’image du Pays d’Ancenis, Presqu’île guérandaise ou encore Cœur Pays de Retz) ? Comment tisse-t-on des liens entre ceux qui ont le pouvoir de rendre possible et ceux qui demandent à participer davantage à la vie du territoire ? QUESTIONS OUVERTES Une idée qui fait sens pour tous ! Le projet doit être le fruit d’une convergence et répondre à une vision partagée dans la finalité comme dans la gouvernance imaginée. Des connaissances de fond poussées du marché visé ou à développer. Une capacité à innover : créer, expérimenter et apprendre de ses essais et erreurs sont des valeurs à partager par les membres du groupe. Des compétences incontournables : capacités de persuasion, persévérance et adaptation de la part des principaux porteurs de projet Besoins de territoire et intérêt général : une bonne connaissance des spécificités du territoire pour répondre à l’intérêt général et au mieux vivre ensemble. Parties prenantes et solidarité : un tissu de partenariats déjà établis sur le territoire et une bonne aptitude de gestion des acteurs. Le milieu d’incubation du projet a son importance. Soutien politique et organisationnel : les pouvoirs poli- tiques ont aussi un droit à l’expérimentation et ne reprodui- sant pas d’avance des outils trop cadrés de développement local. Ils proposent des appels à projets cohérents avec le développement durable. Compétences collectives Intelligence territoriale renforcée Intelligence territoriale à un instant T Compétences du collectif (portage partagé) Conception & réalisation : CDLA
  • 45. 87 88Un jour, un territoire Parmi les leviers à actionner pour répondre aux défis de demain en Loire- Atlantique et accroître ainsi l’intelli- gence collective, le groupe pense à la démocratie délibérative (plus poussée que la démocratie participative), à l’in- novation sociale et à la croissance des compétences individuelles et collec- tives sur le territoire. Savoir identifier les compétences, les valoriser, déceler les facteurs indépendants des projets et tout contexte pour faciliter l’émer- gence des compétences collectives et les transférer sera un atout majeur dans l’attractivité de la Loire-Atlantique demain. Aussi, deux grandes pistes d’avenir ont été évoquées pour baliser le chemin vers cette vision. Les partici- pants proposent à l’ensemble des acteurs des territoires, qu’ils soient citoyens, acteurs publics ou privés, une course d’orientation pour réunir les conditions favorables à l’innovation par les compétences collectives sur notre territoire, cela vous mènera aux portes d’un dispositif d’incubation des compé- tences collectives ! Course d’orientation : réunis- sons les conditions favorables Première étape : le repérage des compétences du groupe de projet • Promouvoir la notion de compé- tences collectives sur le territoire. • Savoir évaluer individuellement ses propres compétences. Être en capacité de les repérer, se les approprier et les valoriser auprès des autres en fonction du moment et du lieu où le groupe se trouvera. • Être en mesure de les combiner avec les compétences des autres membres du groupe, ensemble, dans l’intérêt général du territoire pour franchir les balises. Deuxième étape : le choix de l’iti- néraire. Pour rejoindre le poste de contrôle n° 1 • Mettre en place un outil de pré- diagnostic pour mettre en valeur les opportunités de développe- ment de nouveaux services selon les spécificités des bassins de vie. • Révéler les besoins des territoires de Loire-Atlantique en capitalisant sur les expériences des usagers du territoire et en valorisant l’ex- pertise d’usage existante. • Encourager l’engagement sur le territoire. Pour rejoindre le poste de contrôle n° 2 • Modifier la posture de l’action publique face à ces expérimenta- tions. • Déployer les compétences des services publics concourant au MARCHONS GROUPÉS bénéfice des porteurs de projet (et non l’inverse). • Diminuer la lourdeur administra- tive et juridique, notamment les statuts qui freinent les capacités d’innovation. Pour rejoindre le poste de contrôle n° 3 Rédiger des appels à projets cohérents avec une vision de l’innovation au ser- vice du développement durable en Loire-Atlantique. Les projets devront être montés dans une dynamique col- lective. Ils devront impliquer un déca- lage important par rapport au fonction- nement actuel et avoir des répercussions positives pour le terri- toire, l’intérêt général et le bien com- mun. Troisième étape : la réalisation de l’itinéraire choisi collectivement Diffuser une démarche globale de société permettant de développer les idées, les tester à petite échelle, accompagner le changement d’échelle. Le test permettra de confronter les initiatives aux besoins du terrain. ©lassedesignen Raid terminé : Félicitations ! Découvrez l’incubateur d’innovation territoriale Poussez la porte de ce lieu ! Cet espace d’innovation publique et citoyenne rejoint dans sa philosophie de fonc- tionnement les principes acquis durant votre course d’orientation. Nouvelle méthode d’accompagnement et d’ani- mation des territoires apprenants, cet outil de développement local est bien plus qu’un outil économique. Il permet l’émergence de compétences collec- tives autour de projets répondant aux enjeux de demain. Les projets y sont forcément collectifs et menés dans l’intérêt général du territoire. L’incu- bateur n’a pas pour vocation à peser dans le débat politique. Ses missions, à la croisée de l’innovation publique et de l’initiative citoyenne, sont elles- mêmes d’intérêt général : • Valoriser la transversalité pour accroître la solidarité sur le terri- toire ; • Renouveler les interactions entre les parties prenantes sur des modes d’organisation plus adap- tés à l’innovation ouverte, pour permettre une montée collective en compétences ; • Ancrer l’expertise d’usage appro- priée au territoire. Autres pistes à mettre en débat pour la mise en place d’un tel dispositif : • Adopter un mode délibératif dès la définition opérationnelle, c’est la première étape d’appropriation de l’outil par les parties prenantes du territoire • Choisir un lieu différent selon les besoins des territoires (un lieu mobile ?). Est-ce un bureau d’ac- cueil dans les collectivités, une association ou simplement et uni- quement une plateforme numé- rique ? Écha nges Communi cation Partage de veille et de connaissa nces FABRIQUE DE COMPÉTENCES COLLECTIVES • Accompagner les porteurs de projets • Repérer les qualifications et les compé- tences • Faire prendre conscience de ses besoins pour se donner les chances de réussir • Proposer un référentiel de formation (gestion de projet, animation de réu- nions…) • Stabiliser les compétences collectives développées • Mettre en place une traçabilité tout au long des projets • Orienter les porteurs de projets sur la «  carte » de territoire Élus Usagers Experts «officiels» Professionnels reconnus Collectif Riverains Collectivités Citoyens en action • Créer un dispositif/outil pour valo- riser la compétence collective acquise durant les projets • Proposer un outil, type plateforme collaborative d’échanges de savoirs, pour faciliter les échanges et les retours d’expérience. Incubateur d'innovation territoriale Pour y parvenir, ce lieu possède deux principales fonctions : une fabrique de compétences collectives et une montée en compétences des acteurs par la mise en réseau et en commun de leurs compétences. Conception&réalisation :CDLA
  • 46. LE GRAND PORTRAIT LE GRAND PORTRAIT : MARIE CARRÉ L’ENTREPRENEUSE / N°298 – Mai 2024 L’ENTREPRENEUSE / N°298 – Mai 202442 43 “ L’important pour moi, c’était de ne pas construire dans mon coin, mais bien de partager mes compétences et mon aventure ! „ NOTRE ENTRETIEN AVEC MARIE CARRÉ › LE PARCOURS DE MARIE CARRÉ AU SEIN DE L’INCUBATEUR EN 5 ÉTAPES L’ENTREPRISE DE MARIE CARRÉ fait partie de ces entreprises atypiques que l’on a pu voir naître sur nos territoires verts au cours de ces dernières années. Les Rurbanistes, structure fondée en 2023 par Marie Carré et Paul Rubi, est une entreprise qui adapte les méthodes et les outils de l’urbanisme participatif au contexte et aux enjeux du milieu rural. Cette entreprise n’aurait pas pu voir le jour sans les apports ni le soutien de l’incubateur d’innovation territoriale. Retour sur cette success-story qui fleure bon l’intelligence collective. 3 1 2 4 5 L’impuLsion poLitique Marie a bénéficié d’une prise de risque des élus locaux. Elle a su s’inscrire dans la vision des politiques quant au développement durable de la Loire-Atlantique. Son projet validé, Marie a pu entrer dans la phase de fabrication de compétences collectives. Elle a alors construit son équipe grâce au réseau local, incluant des associations de riverains Marie a aidé les membres de l’incubateur à documenter sa démarche et à communiquer les bénéfices de son innovation afin que d’autres porteurs de projet s’en emparent et essaiment sur leur territoire. Marie a commencé par évaluer la portée de son idée pour l’intérêt général. Son idée une fois structurée en projet, l’incubateur de nouveau a évalué la pertinence de son projet. Marie a pu profiter d’un droit à l’essai pour expérimenter son projet sur le territoire sans peur de l’échec. Les ressources disponibles en juste à temps lui ont permis d’ajuster le déploiement de son projet. Le projet Les compétences La transmission L’expérimentation Marie Carré Rurbaniste Le point de vue de Patrick Dian Professeur ès expérimentations sociales “ Ces incubateurs sont des lieux d’assistance à maitrise d’ouvrage pour des projets et des initiatives citoyennes. Ils sont devenus indispensables pour partager, fédérer, et capitaliser sur les expériences de chacun. „© bst2012 - Fotolia.com © Sylvie Bouchard -Fotolia.com 89 90Un jour, un territoire DESIGN FICTION La fiction design est un moyen de se projeter dans un futur proche en utilisant comme support des posters, des articles ou des affiches. Ils permettent ainsi de visualiser concrètement les enjeux captés. La présentation de ces artefacts fictifs sert de point de départ à la réflexion. C’est une provoca- tion qui permet de générer de la discussion au cours d’ateliers. Les participants disposent également d'une fiche explicative reprenant de manière factuelle les principaux points ou signaux faibles qui ont permis la construction de ces posters, articles ou autres affiches.
  • 47. ©IgorMojzes Un citoyen porte-parole reconnu de l’intérêt général Des espaces pensés collectivement Des pratiques transver- sales de planification De nouvelles formes d'habitat (sociales, intergénération- nelles) intégrant la mixité Bien vivre ensemble en Loire-Atlantique De nouveaux besoins individuels et collectifs en termes d’habitat et de services propres à chaque bassin de vie Une consomma- tion d’espace maîtrisée dif- féremment Des liens de solidarité ren- forcés Repères en mutation Enjeux Des réponses Vouloir vivre ensemble en Loire-Atlantique 2040 : un aménagement pensé différemment 91 92Un jour, un territoire Plus de 330 000 habitants devraient rejoindre notre territoire d’ici 2040. Leur arrivée, les mouvements de population à l’intérieur même du département, le vieillissement de la population ou encore la tendance croissante à la décohabi- tation sont des facteurs qui modifient la demande en logements et en équipements. Ils conduisent aussi à un dévelop- pement inégal entre les espaces variés de Loire-Atlantique et à un clivage social parfois important.Avec 167 habitants en moyenne au km² (densité supérieure à la moyenne nationale) et une surface artificialisée occupée à seulement 1,7 % par du bâti, comment maintenir la qualité de vie qui fait le renom de la Loire-Atlantique ? La consommation d’espace est un enjeu de taille qu’il nous faut apprendre à maîtriser collectivement et différemment. Le citoyen a un rôle central à jouer dans ce débat. Quelle place lui céder pour qu'il puisse prendre la parole ? Comment faire en sorte que les pouvoirs publics s'ouvrent à son expertise d'usage ? Entre élus et bureaux d’études experts, le citoyen se perd et perd confiance. Il se recentre sur sa vie quotidienne en perdant de vue l’intérêt général. Ces ques- tions recoupent les réflexions des autres groupes Passerelle, mais sont appliquées ici à l’aménagement des espaces. L’actualisation des pratiques de développement local semble un incontournable. Urbanisme collaboratif, quelle prise en compte du regard du citoyen dans l'aménagement de son territoire, en particulier en milieu rural ? Embarquement immédiat pour une vue du ciel de la démocratie participative dédiée à l’aménagement des espaces ruraux en Loire- Atlantique. Évasion aérienneUrbanisme collaboratif Le sujet de l’urbanisme collaboratif a suscité un large engouement se tra- duisant par l’ouverture de deux groupes. Les participants ont souhaité apporter un éclairage à la question de l’aménagement durable de demain, particulièrement dans les espaces ruraux de Loire-Atlantique. Deux points de départ identiques animent les deux groupes : • Les projets de territoire arrivent peu à fédérer les multiples usa- gers, alors qu’ils devraient per- mettre de renforcer la solidarité et le « mieux-vivre ensemble » • La participation citoyenne est bal- butiante dans l’aménagement de notre territoire À partir de là, les membres ont emprunté deux lignes aériennes diffé- rentes et se sont rejoints pour un der- nier atelier dans l’idée de vous propo- ser collectivement une trame de pistes d’avenir en faveur d’une association étroite du citoyen à la construction de son territoire. Préparez votre évasion aérienne grâce au plan de vol que ces préparateurs de bord ont déposé. Prenez de l’altitude en toute confiance : conditions (tendances et constats) et manuel de vol (enjeux principaux), ainsi que carnet de vol avec escales sont à votre disposition. Ligne Nantes-Sud-Loire : vol intérieur Plusieurs documents de planification territoriale vont être révisés en Loire- Atlantique dans les prochaines années. Les membres souhaitent porter plu- sieurs messages afin de relancer les débats en amont des démarches et établir des projets de territoire sous le signe du vivre ensemble. Ils ont construit ces propositions en explorant plusieurs expériences de Loire- Atlantique (SCOT du Vignoble) ou d’ail- leurs. Leur philosophie : donner un sens partagé aux projets de territoire ! Ligne Nord-Loire : vol long- courrier Pour pouvoir « mieux vivre ensemble » sur un territoire, il faut être en capacité de se l’approprier. Pour cela, le citoyen a besoin de pouvoir s’y projeter en l’imaginant par lui-même et avec les autres. Mais dans une société où l’on change plusieurs fois d’habitat, cela complique les choses. Ce second groupe ne conçoit l’urbanisme de projet et la construction même des lieux de vie qu’en y impliquant les riverains. Les participants ont exploré les différents visages de la durabilité, de la tempora- lité et de la propriété, ainsi que quelques exemples de formes d’habi- tat. ENDIRECTDUGROUPE // Un territoire pour tous : c’est permettre aux idées de prendre leur envol pour faire naître une vision collective de notre lieu de vie // Desserrement* des ménages Arrivée de nouveaux habitants Population vieillissante Déplacements quotidiens nombreux sur le territoire *Desserrement : Ce terme carac- térise un nombre de ménages et un besoin en logements en augmentation… Ce phénomène est mesuré par l’évolution de la taille moyenne des ménages, qui diminue depuis plusieurs années. Les facteurs qui y concourent sont les suivants : séparations, familles monoparentales, jeunes quittant le domicile parental, vieillissement de la population. // Le saviez-vous ? Sept habitants de Loire-Atlantique sur dix résident sur moins d'un tiers du territoire //
  • 48. Décryptons ensemble les sigles énigma- tiques de la planification territoriale Assis face au tableau de bord, la chaîne de compatibilité des documents. La loi d’orientation établit une chaîne de compatibilité entre les lois nationales d’amé- nagement et d’urbanisme, les Directives Territoriale d’Aménagement, (DTA), et les documents d’urbanisme locaux. Cette chaîne est fondée sur le principe de subsidiarité, selon lequel un document d’urbanisme ne doit être compatible qu’avec le document ou la norme qui lui est immédiatement supé- rieur. À vos gyroscopes pour garder le cap ! Des lois nationales : • SRU : Solidarité et Renouvellement Urbain. Loi du 13 décembre 2000 • ENE : Engagement National pour l’Envi- ronnement. Loi du 12 juillet 2010. Loi Grenelle II • ALUR : Accès au Logement et un Urba- nisme Rénové. Loi du 26 mars 2014 À vos altimètres pour déterminer votre hauteur de vol ! Différents documents, différentes échelles : • DTA : Directive territoriale d’aménage- ment. Élaborée sous la responsabilité de l’État, elle instaure un cadre supra-ré- gional de planification territoriale autour des métropoles (aménagement et environnement) • SCOT : Schéma de Cohérence Territo- riale. Instauré par la loi SRU, il détermine un projet de territoire visant à mettre en cohérence l’ensemble des politiques sectorielles (urbanisme, habitat, dépla- cements, équipements commerciaux) • PLU : Plan Local d’Urbanisme. Instauré par la loi SRU, et remplaçant des POS (Plan d’Occupation des Sols), il établit l’aménagement global d’une commune (ou d’une intercommunalité, dans le cas d’un PLUi - depuis la loi ENE) et en définit les droits à construire de chaque parcelle • PADD : Projet d’aménagement et de développement durable • Agenda 21 : Projet concret rassemblant les démarches locales de développe- ment durable d’une collectivité Conditions de vol Prévoyez quelques turbu- lences au décollage, repères en mutation Durabilité, temporalité et propriété sont des paramètres d’entrée sur la question d’aménagement du territoire. Ces facteurs qui connaissent de pro- fondes mutations se révèlent être des sources d’incompréhension entre acteurs dans les débats de territoire. Ils se traduisent différemment selon l’usage que les habitants, profession- nels ou élus ont du territoire. En ima- ginant collectivement les représenta- tions de différents usagers, le groupe « Nord-Loire » a établi une liste des critères sur lesquels un consensus sera plus ou moins simple à établir. Ces éléments peuvent être réutilisés comme base de dialogue. Durabilité Construire un lieu de vie durable doit refléter simplicité, adaptabilité et mobi- lité des habitants. Temporalité Construire un lieu de vie est un proces- sus long et prend en compte plusieurs temps : • Celui des différents interlocuteurs à un moment T • Celui du quotidien d’un individu qui se répartit entre vie privée, temps public, travail et temps citoyen • Celui des étapes de vie d’un indi- vidu Propriété Même ce droit fondamental à construire chez soi et pour soi devrait connaître des ajustements quant à l'usage qu'il en est fait. L'organisation des espaces privés et collectifs pourrait être revu et suivre une tendance de consommation collaborative. Les notions et critères susceptibles de fédérer plus facilement les usagers du territoire sont les suivantes : • La souplesse dans les choix d’ha- bitat en fonction des différentes échelles de temps • L'accessibilité, mobilité et trans- port • La proximité • La diversité et la complémentarité • La responsabilisation de chacun • La mutualisation et optimisation de l’existant • L'ancrage des activités écono- miques comme des services sur les bassins de vie pour une meil- leure répartition des richesses et le maintien et le développement de l’emploi local À contrario, des divergences apparaî- tront plus fortement sur les points suivants : • la répartition des espaces (conflits d’usages et d’intérêts financiers à court terme) Vos instruments de vol ©extreme-photographer Destination Pays-Bas : Quand des habitants auto- gèrent leur espace de vie et de travail ©IgorMojzes 93 94Un jour, un territoire Le groupe Nord-Loire vous souhaite la bienvenue à bord et demande toute votre attention quelques instants.Vous trouverez ci-contre vos instruments de bord. Quant aux conditions de vol, nous connaîtrons dès le décollage quelques turbulences dûes à des repères en mutation. Plus tard, nous profiterons de courants ascendants pour le bénéfice de l'intérêt général et nous survolerons par l'exemple la question des formes d'habitat partagé. • les envies et besoins de chacun : quelle adaptabilité des logements pour pouvoir être modifiés en fonction des périodes de vie ? • le mode de gouvernance publique appelant plus de réflexion, voire plus de décisions participatives • la notion de « densité » • le choix des techniques préconi- sées pour l’isolation des bâtiments ou l’utilisation et la réutilisation de matériaux de construction • le dosage entre mixité des loge- ments ou spécialisation (notam- ment par rapport aux seniors) Profitez des courants ascen- dants, initiatives citoyennes dans leurs lieux de vie Véritable richesse pour notre territoire, les initiatives citoyennes, nombreuses en Loire-Atlantique, naissent parfois du flou de certaines règles (ex. phytoépu- ration). Mais ces projets, si nombreux soient-ils, émergent de façon un peu déconnectée les uns des autres. Ils sont noyés dans les grands ensembles immobiliers, bâtis en réponse à des normes ou quotas à respecter. Donner de la visibilité à ces expériences est un véritable enjeu. Des réponses sont à construire pour les accompagner, les amplifier, leur donner une visibilité pour une diffusion à plus grande échelle tout en s’assurant qu’elles répondent aux besoins du territoire. Voir aussi les exemples du groupe « Expérimentation sociale » p. 72. Dans tous les cas, ce phénomène de montée en puissance citoyenne pour- rait bien remettre en question la manière d’aménager et de « possé- der » notre territoire, en donnant un sens concret à l’idée de mutualisation des espaces et des équipements. Une modification du système semble être amorcée. Elle est basée sur les piliers suivants : la confiance, l’esprit de com- munauté, la reconnaissance, l’ouver- ture et le partage. Lotissement Les Courtils (Bazouges-sous-Hédé, 35) 1er lotissement écologique français Les Petits Moulins (Rezé) Eco-hameau « Le Clos d’Emile » (Bouvron) Eco-hameau « Chemin au Pré aux Graines » (Nort-sur-Erdre) Des exemples d’habitat groupé participatif Prenons l’exemple de la Fondation De Refter. En opposition au projet d’un promoteur immobilier, des habitants ont initié un projet pour sauvegar- der l’immeuble dans lequel ils habitaient. Ils ont constitué un groupe d’une centaine de personnes, d’origines et d’âges divers. Ils se sont regroupés dans ce même lieu pour y habiter, travailler et se cultiver ensemble. Le lieu est autogéré par ses habitants et est ouvert à l’extérieur. Aux Pays-Bas, de nouvelles façons d’habiter sont ainsi expéri- mentées depuis les années 60. En France, les exemples d’habitats en autogestion concernent en moyenne une quinzaine de personnes par projet. En Allemagne, l’échelle est plus large : une cinquantaine de personnes en moyenne par projet. Les outils juridiques existaient déjà, mais la loi ALUR va permettre de renforcer cette typologie d’habitat. Penser différemment l’habitat permet aux habi- tants de partager des espaces collectifs et ainsi de ne pas avoir à rentrer toutes les fonctions dans leurs espaces privés. Cela leur permettrait de faire évoluer leurs lieux de vie selon l’appropriation qu’ils souhaitent en faire. La création d’espaces communs soulève évidemment des interrogations quant à la gestion. Il faut réussir à dépasser les intérêts privés de chacun au service d’un intérêt collectif (mais pour autant pas général) tout en évitant d’en arriver au communautarisme. Le groupe a pu ainsi ouvrir le débat sur deux autres points de vigilance : est-ce que l’exemple hollandais d’habitat autogéré avec autant de participants (95) est à généraliser ? Il semble que cet exemple atypique aille au final à l’encontre des valeurs prônées du « vivre ensemble » du fait de l'indépendance totale du lieu vis-à-vis du reste de la commune. Comment se passe l’arrivée de nouveaux habitants ? Quels sont les moyens de sélection ? Il y a un risque d’homogénéité dans le profil des personnes qui viennent y vivre, ce qui irait à l’encontre de la philosophie initiale de mixité et de solidarité. Destination Pays-Bas : quand des habitants auto- gèrent leur espace de vie et de travail Venez découvrir une maison de retraite tournée vers l’avenir. La maison d’accueil des Fontenelles a été reconstruite en 2013 (construction de 1970). Elle est désormais l’une des premières maisons de retraite du département répondant aux dernières normes environnementales. Une gouvernance partagée : la gestion est assurée par une association de loi 1901, composée d’élus locaux, de la société civile « Vincentaise » et de communes limi- trophes. Une maison écologique : C'est aussi un Bâtiment Basse Consommation, isolation thermique par l’extérieur, géothermie verticale et chauffe-eaux solaires, récupération des eaux de pluie. Une dernière astuce sera bientôt mise en place : le partage de véhicules avec d’autres structures du territoire. Survolez Saint-Vincent-des-Landes
  • 49. ©photlook 95 96Un jour, un territoire Citoyenneté et intérêt général • Une perte de culture politique et administrative de la population • Une éducation civique en perte de vitesse auprès des enfants et des jeunes • Des moyens de dialogue avec le citoyen ne tenant pas suffisam- ment compte des nouveaux modes de communication • Des prises de décisions qui se font par défaut, et non par adhésion (on demande qui est contre, qui s’abs- tient, au lieu de demander qui s’affirme pour), ou pire, on a cou- tume d’utiliser l’accord tacite • Une expertise d’usage des citoyens de Loire-Atlantique faiblement valorisée • Des outils ayant perdu de leur sens politique. Il y a peu de débats sur l’avenir des territoires et les conseils municipaux s’apparentent à des chambres d’enregistrement des nouvelles réglementations, en matière d’urbanisme Des démarches d’aménage- ment inaccessibles au citoyen • Des textes génériques de lois ne tenant pas compte des spécificités du territoire (exemple des hameaux) • Un langage de techniciens employé lors des réunions publiques • Un héritage de la culture liée au fonctionnement des services de l’État avant la décentralisation des compétences urbanistiques (avant que les collectivités n’aient la compétence pour élaborer leurs documents d’urbanisme) • Une planification territoriale orien- tée par la sécurisation juridique des documents • Un PADD rédigé par des bureaux d’études, et peu utilisé pour ras- sembler les acteurs du territoire : il devrait refléter une stratégie partagée collectivement de déve- loppement spatial et d’anticipation • Une dilution des responsabilités dès que l’on parle de permis de construire. Comment le citoyen peut-il s’y retrouver si tout le monde se renvoie la balle (mairie, DDTM, ABF*…) ? • Une présentation des projets et documents par les bureaux d’études et non par les élus • Une participation limitée des citoyens à ces réunions • Des étapes de concertation qui sont vécues comme des présenta- tions de projets ficelés. Les citoyens ne se sentent pas écoutés • Un nombre limité de réunions publiques et semble-t-il, sans effet sur des projets déjà écrits • Des bilans de concertation qui encouragent l'expression citoyenne à titre individuel et non collectif • Une DTA en Loire-Atlantique ne couvrant pas l’ensemble du terri- toire : quelle cohérence ? • Des SCOT aux périmètres peu per- tinents et insuffisamment coor- donnés. • Les maires n’expliquent pas assez les différences entre POS et PLU. • La planification est systématique, pas la programmation MANUEL DE VOL Comprendre pourquoi les projets d’urbanisme divisent au lieu de rassembler Ce premier constat, posé sur la table, va au-delà des considérations spécifiques à l’aménage- ment, mais le résoudre est un préalable incontournable. Dans tous les cas, ces constats ne sont énoncés ici que dans un seul but : rebondir par des propositions constructives et adaptées au fonctionnement propre à la Loire-Atlantique. *Direction Départementale des Territoires et de la Mer, Architecte des Bâtiments de France Le groupe Nantes Sud-Loire joue cartes sur table et vous dévoile une perception collec- tive des mécanismes de la planification territoriale. Trois constats principaux émergent : • le citoyen s’éloigne des préoccupations d’intérêt général, • les pratiques liées à la conduite de l’urbanisme rendent les projets inaccessibles au citoyen, • plusieurs mythes biaisent l’élaboration de solutions adaptées. Certaines représentations et certains mythes semblent se perpétuer dès lors que l’on tente de faire progresser les façons de faire. ll faut arrêter de croire que… … le citoyen idéal existe L’usager n’a un intérêt que lorsque cela le concerne directement. Il faut donc partir du point où les gens se sentent concernés. … la participation citoyenne vaut représentativité Il faut arrêter de vouloir à tout prix récupérer les 95 % de la population qui ne participent pas aux débats. Les organisations de démocratie participative ne doivent pas être assimilées à des instances représentatives de citoyens. Cela ne veut pas dire pour autant que la qualité et la diversité ne doivent pas être des atouts de ces groupes. … les élus vont arrêter de défendre les intérêts de leurs territoires C’est dans leur mandat de défendre leur territoire, de faire venir plus d’habitants, surtout dans un département en forte croissance. Il en va du prestige et de l’attractivité de leur commune. … il existe un périmètre, une organisation idéale Les périmètres de SCOT sont souvent dessinés sur des décisions politiques et d’ego. Dans tous les cas, il faut des limites, et l’important, c’est l’articulation entre ces périmètres d'une part, et d'autre part, la cohérence entre échelles de territoires différents. … tous les acteurs de territoires se sentent concernés par la planification territoriale … qu’un projet de territoire peut être dupliqué indéfiniment d’un territoire à l’autre Sans avoir appris à lire au préalable les spécificités du territoire et sans adapter les projets aux modes de fonctionnement propres à chaque territoire, l’appropriation des projets par les usagers du territoire est compromise. Le vrai du faux
  • 50. ©1971yes // Peu importe les réponses qui seront retenues à l’avenir, elles devront être choisies après une analyse des situations du territoire d’incubation, en fonction des besoins de proximité et des réalités de ce territoire // Le jeu des différences 97 98Un jour, un territoire Le citoyen, au cœur des pro- cessus À la question « comment voyez-vous votre territoire demain ? », difficile de sortir tout un chacun, qu'il soit élu ou citoyen des lieux communs. Peu d'entre eux vous répondront du tac au tac sur une vision globale de leur territoire. La majorité aura une réponse relative aux besoins de sa vie quotidienne, « man- ger, boire, dormir… ». L’urbanisme collaboratif constitue pourtant un sujet idéal de débat démocratique pour la Loire-Atlantique de demain. La diversité des thèmes abordés est grande et l’échelle de temps longue. Pour autant, l’idée d’impliquer le citoyen dans ces démarches ne correspond pas à une volonté, ni de la majorité d’entre eux, ni des élus. Avant même de penser à l’urbanisme sur un territoire, établir une vision partagée du territoire et de son aménagement futur est incon- tournable pour sortir de la confronta- tion. L’usager du territoire, le citoyen, doit pouvoir trouver une place au cœur des processus, et ce, à tous les niveaux d’aménagement territorial : réflexion, planification, concrétisation de projets. Le PADD, un outil de démocra- tie participative dédié à l’amé- nagement Le PADD (Projet d’aménagement et de développement durable) est le 1er niveau de concertation en amont, avec le citoyen, sur le volet aménagement. La rédaction de ce document est fonda- mentale dans l’élaboration d’un SCOT ou d’un PLU. En pratique, le PADD est aujourd’hui peu co-construit avec l’ensemble des usagers du territoire. La philosophie de développement dura- ble du territoire, le vouloir-vivre en col- lectif doit être réellement partagé, dans un premier temps, par l’ensemble des élus du territoire pour pouvoir se retrouver dans un projet de PADD à proposer aux citoyens. De véritables discussions avec ces derniers doivent nourrir l’écriture de ce projet pour accroître l’appropriation future des tex- Les grandes lignes du manuel de vol tes. Les élus devront alors témoigner d’une réelle ouverture à élaborer un projet collectif avec le citoyen. Trop souvent, le citoyen ne découvre les aménagements proposés qu’une fois construits. Quel environnement « réal- iste » génère-t-on pour les gens ? Comment mieux leur faire prendre conscience des impacts de fonctionne- ment, visuels, sonores qu’auront les planifications, les zonages, les projets d’aménagements ? Quels outils privilégier à la place des plans en deux dimensions ? La question des hameaux La Loire-Atlantique présente une spé- cificité d’habitat dispersé dans ses campagnes. L’habitat ne se retrouve pas seulement dans les bourgs, mais est fortement présent dans les hameaux et villages. Il est possible d’avoir un débat sur l’urbanisme dans les hameaux, les villages, mais il faut sortir de la logique individualiste de spéculation foncière et réfléchir à une organisation du territoire de demain avec une vision plus large, plus collective. Dans l’état actuel de fonctionnement de nos territoires, l’accroissement de population dans les hameaux aug- mente les charges pour la collectivité (transport en commun, assainisse- ment, eau potable et déchets…). En parallèle, dans les bourgs, les pro- cédures pour construire dans les dents creuses sont encore trop longues. Les élus ont un droit de préemption qu’ils n’exercent pas facilement et qui pour- rait leur permettre de « verticaliser », densifier leurs bourgs, sans pour autant léser les propriétaires vendeurs. Alors, comment concilier la conserva- tion du patrimoine propre à notre ter- ritoire tout en ayant en tête l’économie dans la consommation d’espaces ? Faut-il renoncer à la vie dans nos hameaux ? Le groupe s'y oppose. Alors, pourquoi systématiquement interdire la construction en fond de jardin en appli- cation d’un héritage des POS ? Connaissez-vous la différence entre hameau, village et bourg ? Hameau : petit groupe d’habitations (une dizaine ou une quinzaine de constructions au maxi- mum) pouvant comprendre également d’autres constructions telles que des bâtiments d’exploi- tation agricole isolés et distincts du bourg ou du village. Village : petite agglomération rurale, plus impor- tante que le hameau qui comprend ou a compris des équipements ou lieux collectifs administratifs, culturels ou commerciaux. Bourg : agglomération rurale moins importante qu’une ville. Le bourg est suffisamment grand pour constituer un centre administratif, qui a une fonction sociale et économique.
  • 51. Carnet de vol Manifeste pour bâtir une vision prospective partagée sur notre territoire Pour répondre aux enjeux posés, les participants des groupes Passerelle vous proposent un carnet de vol en quatre escales : 1. Diversifions l’engagement citoyen au sein de la population 2. Déployons une prospective de terri- toire cohérente, lisible et compréhen- sible 3. Donnons à la rédaction du PADD l’envergure d’un outil de démocratie participative dédié à l’aménagement 4. Penser l’espace rural collectivement et rendre désirables des formes diffé- rentes d’habitat, moins consomma- trices d’espace Ces escales vous conduiront progres- sivement à la Loire-Atlantique que les participants souhaitent laisser aux générations futures. Escale 1. Diversifions l’engagement citoyen au sein de la population Porte 1 : mieux sensibiliser et éduquer à la citoyenneté et aux territoires De manière générale, réintroduire une instruction civique pour tous est une piste à privilégier. Agir directement auprès des citoyens en devenir, enfants et jeunes, est une priorité. En appre- nant aux jeunes le fonctionnement du système, ainsi que les règles d’un débat constructif, des idées pourront être essaimées auprès des parents et des grands-parents. Voici quelques pistes pour y parvenir : • Déployer des « conseils de jeunes » pour choisir certains aménagements publics • Profiter des temps périscolaires, sensibiliser les animateurs, pro- poser des jeux de rôles (jeu service civique FAL44), s’inspirer de la méthode Freinet • Promouvoir les « bonnes pra- tiques » sur la Loire-Atlantique • Apprendre des expérimentations qui n’ont pas abouti à des résultats satisfaisants, avant de les enterrer • Réintégrer ces apprentissages dans les programmes pédago- giques, plutôt que de ne compter que sur des actions parallèles Porte 2 : recréer une dyna- mique de débat… … à l’intérieur même des assemblées de collectivités territoriales (conseil municipal…) Voici d'autres pistes dans le même ordre d’idées : • Promouvoir l’idée d’équipes muni- cipales constituées sur un projet partagé (collectif pour Transition en pays viganais) • Mettre en place tout au long du mandat un comité de vigilance (mais bienveillant) de citoyens pour réagir aux différentes idées des élus Porte 3 : renouveler le débat démocratique… …en construisant une place pour la démocratie collaborative aux côtés de la démocratie représentative. • Ouvrir les réflexions à des groupes de citoyens dans les démarches de planification territoriale, en s’ins- pirant du concept de conférences de citoyens • Introduire des pratiques participa- tives de prise de décision. Ex : au niveau des budgets, pour inciter les usagers à s’impliquer davan- tage // Apprendre aux jeunes à débattre : messages clés ! • chacun peut être porte- parole de quelqu’un d’autre, • un débat n’est pas une confrontation, • ce n’est pas parce que l’on s’exprime que les idées seront forcément retenues // ©huePhotography Escale 2. Déployons une prospective de territoire cohérente, lisible et compréhensible Pour rassurer et mettre en confiance le citoyen, il faut trouver un équilibre, un référentiel entre les différents docu- ments : un document de planification à long terme qui plante le décor pour les vingt prochaines années et un docu- ment d’urbanisme vivant, en révision constante, et adapté aux évolutions de son territoire. Il faut pouvoir prendre acte de l’évolution du terrain tout en assurant la pérennité de projets struc- turants pour le territoire. Porte 4 : articuler et utiliser les projets de territoire, tels que l’Agenda 21, comme levier indi- rect des démarches d’aménagement de territoire. S’appuyer sur les travaux de l’Agenda 21 et l’élan de démocratie insufflé pour bâtir le projet d’avenir (PADD) du terri- toire. Il servira alors de socle à des applications plus réglementaires. Pourquoi l’Agenda 21 ? La démarche rejoint plus de citoyens. Exercice pros- pectif, elle aborde la question d’une gestion plus durable de territoires par le biais d’outils quotidiens. Porte 5 : éclaircir l’articula- tion entre les propositions de PADD de SCOT, PLU ou PLUi • Se rappeler et respecter le péri- mètre de compétences de chaque document : le SCOT se positionne à un niveau prospectif et global de territoire ; les PLUi/PLU dans le détail, au niveau de la parcelle et de l’urbanisme règlementaire. • Intégrer dans les pratiques d'éla- boration des PADD les prescrip- tions obligatoires et permises (respectivement articles L122-1-4 et L122-1-5 du code de l'urba- nisme). Par exemple, attribuer dans un SCOT un nombre de loge- ments par commune va trop loin. Porte 6 : développer la com- pétence « urbanisme  » des élus et la valoriser auprès des citoyens Même s’ils ne sont pas tous «  sachants  » en début de mandat, les élus peuvent et doivent se mettre en posture d’apprenants sur la question « urbanisme ». • Composer son équipe municipale au plus près des compétences et des personnalités requises et affi- cher la liste en fonction de ces compétencespourdémontrerobjec- tivement les qualités de l’équipe ou sa capacité à acquérir les compé- tences en cours de mandat. • Élargir les possibilités de forma- tions pour les élus : ouvrir les formations CNFPT aux élus, pro- poser des formations-actions par les bureaux d’études, développer un MOOC* « urbanisme pour élus », interpeller l’association des maires de France pour contribuer à renforcer ces pistes et mettre en place un programme. • Stimuler les transferts de compé- tences sur les territoires : mettre en place d’un réseau d’adjoints à l’urbanisme en Loire-Atlantique (outil ouvert à tous les conseillers municipaux) ; des actions à diffé- rentes échelles (intercommunales, pays…) possibles pour mutualiser les connaissances et les expé- riences. Essaimer par exemple l’initiative de Conseil en urbanisme partagé du pays Grandlieu, Machecoul, Logne en Loire- Atlantique pour accompagner les projets. 99 100Un jour, un territoire *Massive Open Online Courses - Cours en ligne ouverts à tous
  • 52. Une implication du citoyen dès le départ par une sensibilisation renforcée au projet Une valorisation de l'expertise d’usage accrue sur le territoire Une implication toujours plus large dans les réunions Intérêt général Un élu, moteur dans l’écriture collaborative Escale 3. Donnons à la rédaction du PADD l’envergure d’un outil de démocratie participative dédié à l’aménagement Le PADD doit être conçu comme un projet d’avenir fédérateur issu d’une écriture collective conduite par les élus. Pour cela, l’ensemble des parties prenantes, y compris les citoyens, doit être représenté dès le départ. Porte 7 : avant d’entamer la rédaction du PADD : comment ouvrir le débat ? Les « sachants » ont une obligation de s’expliquer auprès de la population, de trouver les éléments de langage appro- priés. Sinon les citoyens ne ressentent pas l’urgence de changer la situation, ils n’y verront aucun intérêt. • Clarifier les rôles des élus, des consultants et des citoyens pour que ces derniers se sentent asso- ciés, reconnus et en confiance • Penser aux élus de quartiers ou de sections pour qu’ils tendent à faire converger la collection d’intérêts individuels vers un projet collectif • Envisager une préparation de l’équipe municipale (formation, appropriation des clés de l’urba- nisme pour une transmission adaptée des éléments de contexte à la population) et si besoin est, faire intervenir des experts en prospective ou en communication pour accompagner les élus au démarrage de la démarche • Constituer un panel de citoyens • Proposer une première réunion d’information, élus et citoyens uniquement (aborder les notions de vision citoyenne de territoire, d’intérêt général, de PADD comme outil de diffusion des idées collec- tives, en clarifier les périmètres (territoire, problématique, niveau de précision) Porte 8 : phase d’écriture Quel équilibre entre traduction prag- matique des enjeux et portée prospec- tive des débats ? • Valoriser l’expertise d’usage des citoyens et augmenter la connais- sance terrain de tous, dans une optique d’intérêt général • Détecter les citoyens qui veulent participer, mais qui ne peuvent pas se rendre aux débats publics • Puiser dans un panel d’outils ori- ginaux et simples de communica- tion pour rendre le citoyen-acteur : Idées : espace de rédaction collec- tive, type « WikiPADD », carte interactive collaborative, boîte à idées en mairie et dans plusieurs endroits clés de la commune • Prévoir des temps d’échanges physiques réguliers et diversifiés entre élus et citoyens : retourner régulièrement au contact des citoyens sont des préalables, envi- sager plus de réunions intermé- diaires avec des rapports et resti- tutions d’étapes, proposer des sorties randonnées avec photos et prises de notes, associer les enfants et les jeunes à la démarche (ex : temps dans les programmes de collèges ou échanges sur le temps périscolaire) • Présenter le projet différemment lors des réunions en salle • Envisager la rédaction d’un mani- feste : valoriser l’implication active des citoyens dans la rédaction en évitant notamment d’utiliser des infinitifs et des passifs. Proposer un questionnaire pour avoir un retour de l’appréciation des propo- sitions ©piccaya Escale 4. Penser l’espace rural collectivement et rendre désirables des formes différentes d’habitat, moins consommatrices d’espace *Clause de revoyure : engagement qui fixe le motif ou le délai avant une prochaine rencontre entre les parties. 101 102Un jour, un territoire Quel type de densification les habi- tants souhaitent-ils privilégier ? Quelle répartition des surfaces privatives, collectives et publiques souhaitent-ils mettre en place ? Ou encore, quelle répartition des activités et des fonc- tions à l’intérieur de ces aires ? Les questions de conflits d’usage entre habitat et fonctions économiques du territoire, la qualité de la mixité inter- générationnelle envisagée, ou encore la vision projetée pour l’avenir des hameaux sont des questions devenues incontournables. Les liens de territoires ne se créeront qu’en fonction des liens de solidarité que les usagers seront en mesure de tisser. La mixité intergénérationnelle ne se mettra, par exemple, en place que si elle provient d’une volonté forte des habitants. Voici la dernière série de propositions destinées à promouvoir des formes différentes d’habitat pour maintenir et développer des cellules de solidarité, qu’elles soient familiales, de voisinage, ou d’autre nature, sur nos territoires. Porte 10 : travailler sur une vision urbanistique partagée des aires constructibles (bourgs, hameaux…) avec les habitants : penser les projets de lieux de vie collective- ment • Envisager un accompagnement social des familles qui viennent s’installer dans les logements sociaux proposés en hameaux • Repenser les lotissements avec espaces collectifs et fonctions mutualisées (équipements, jar- din…) Porte 11 : encourager les habitants à privilégier de nou- velles formes d’usages des bâtiments. Les sensibiliser : • Aux possibilités de formes archi- tecturales autres • Aux modes de gestions alterna- tives (habitat participatif, parta- gé…) • À la nécessaire adaptation de solu- tions globales aux espaces ruraux. Porte 12 : créer des solutions juridiques aux modes inno- vants de gestion Le développement d’habitat intergéné- rationnel, particulièrement dans les hameaux, est une solution que le groupe trouve intéressante pour tisser des liens de solidarité sur les terri- toires. Comment adapter les règle- ments pour pouvoir y implanter ces formes d’habitat ? Porte 13 : faciliter l’appro- priation des initiatives exis- tantes… … sur d’autres territoires et l’émer- gence de nouvelles idées. Habitat autogéré, phytoépuration, réno- vation de bâtiment, développer les compétences des « architecteurs ». Porte 9 : validation du projet : que se passe-t-il après ? • Prévoir une clause de revoyure* généralisée (pas seulement économique par exemple) et incontournable qui impliquera de nouveau le citoyen. Tous les cinq ans, semble être une bonne récur- rence pour les PADD de SCOT • Prévoir des enquêtes afin de pour- suivre l’imagination de solutions pour l’avenir • Permettre au citoyen de continuer à s’exprimer et à faire un suivi au quotidien (rapports d’étonnements par exemple) • Les découpages, zonages et tra- duction en possibilités et con- traintes réglementaires, impli- quant l’intervention d’experts en urbanisme réglementaire doivent être faits le plus tard possible. Cette traduction nécessitera, à certains moments, une adaptation du projet initial • Proposer la possibilité d’imaginer collectivement l’emplacement de la signalisation dans la commune Propositions complémentaires : parcourez le circuit panoramique du groupe « expérimentation sociale », p. 72 et l’itinéraire exploratoire du groupe « compétences collectives », p. 80.
  • 53. Jeunesse ciblée par les travaux Début : à partir de 16 ans (fin de la scola- rité obligatoire). Fin : lorsqu’il y a indépendance financière et résidentielle. La 25e année est utilisée comme âge butoir par de nombreux acteurs. Autonome et indépendant Passer de « pris en charge » à « se prendre en main », pour prendre et assu- mer ses décisions et gérer soi-même son quotidien. Subvenir matériellement à ses besoins et disposer ou posséder des biens qui en témoignent (signe d’indépendance). Quitter l’insouciance de l’enfance, se préparer à davantage de responsabilités. Vulnérabilité De l’instabilité à l’exclusion, différents degrés sont possibles selon les facteurs d’autonomie auxquels le jeune aura accès ou pas. Au-delà des aspects économiques, cette vulnérabilité est souvent liée au niveau de protection que nous offre notre environnement : famille, réseau, accom- pagnement… Sans les repères affectifs et sociaux nécessaires à la construction d'un jeune, l’isolement relationnel peut vite le rendre vulnérable. Repères Le passage de l’enfance à l’âge adulte est une période de fragilité semée d’embûches et de décrochage pour certains jeunes. Chaque individu est censé trouver sa place dans la société, tout en apprenant à se connaître. Le jeune se cherche, s’affirme et après tout, il n’y a rien d’anormal à cela. Mais certains sont plus vulnérables que d’autres, face aux inégalités constatées. Acquérir autonomie et indépendance relève- rait donc à la fois d’un parcours du combattant et d’une course contre la montre, où le minimalisme expérimental semble de mise. Bon nombre de jeunes qui s’écartent momentanément des voies toutes tracées sont stigmatisés. Ne pourrions-nous pas entourer nos jeunes d’un peu plus de bienveillance et d’espoir pour libérer leur créa- tivité et leur capacité à s’adapter ? La Loire-Atlantique accueillera 46 000 jeunes de 15 à 29 ans d’ici 2040. Ils sont notre avenir. De multiples acteurs sont prêts à mettre à profit leurs compétences pour aider cette jeunesse à prendre son envol tout autant que ses responsabilités. Encore faut-il se mettre en phase, tous autour d’une même table pour mieux l’accompagner. Quelle réponse englobant le maximum d’éléments déterminants à la construction de la jeunesse peut-on proposer et imaginer avec elle ? Le groupe Passerelle est monté sur le pont pour s'y atteler. Êtes-vous prêts à franchir les premières bouées de balisage de cette véritable course contre la montre ? RÉGATE :TOUTESVOILESDEHORS ! Un vent de liberté souffle sur les côtes de Loire-Atlantique ! Ce groupe aux expériences variées vous propose une régate pour jeunes en quête d’autono- mie. Le principe de la course est le suivant : mettre en lumière suffisam- ment de cartes que les jeunes de Loire- Atlantique ont à leur portée, ou devraient avoir, pour avancer sereine- ment vers l’âge adulte, tout en réagis- sant eux-mêmes aux effets du courant et des vents qu’ils rencontreront sur le parcours. Le temps de six rencontres, les participants ont navigué sur les plans de l’autonomie et de la vulnérabi- lité : définition des repères des jeunes, cartographie des facteurs d’accès à l’autonomie ou encore analyse de quatre situations réelles ou fictives de jeunes du département au regard de cette grille de lecture partagée. Après avoir identifié les freins d’accès à leur autonomie, ils ont identifié les principes incontournables pour une réponse glo- bale. Grâce au livre de bord que ce groupe Passerelle vous propose, découvrez comment la solution de l’autodiagnostic, réponse préventive, s’est dessinée au fil des ateliers. Progressive, elle permet un suivi durant toute la régate. Et, comme dans toute course, une préparation est nécessaire, alors le groupe suggère de la mettre en place en amont de la fin de période de scolarité obligatoire, avant l’étape des 16 ans. E N D I R E C T D U G R O U P E Réponses globales pour favoriser l'autonomie de la jeunesse Navigation côtière à vue Facteurs d’accès à l’autonomie Toutes et tous à vos compas de relève- ment pour une navigation entre amers sociétaux et balises personnelles. Hissez les voiles vers un parcours diffi- cile et non linéaire ! Il revient à chacun d’entre vous de définir l’ordre de pas- sage des balises et le nombre de fois qu’il faudra les atteindre. Entre indé- pendance et autonomie, difficile de savoir quel critère les facilitant est à viser en premier. Il est certain, que durant ces louvoiements, votre embar- cation sera mise à rude épreuve et que vous serez plus vulnérables, surtout si une tempête vient fragiliser ces repères. Indications de courses L’indépendance répond aux premiers besoins contribuant à une certaine sta- bilité. Pour l’autonomie, on se réfèrera aux éléments qui conduisent le jeune à avoir confiance en lui, à se déplacer, à faire ses choix et à en assumer les conséquences. À ce stade, sa vision de sa propre capacité à accomplir des choses sera tout aussi importante que la capacité des parents à voir leur enfant autonome. Conserver un espace d’insouciance et de liberté, s’identifier à un groupe autre que la sphère fami- liale, ou encore développer un senti- ment d’appartenance à un territoire, sont aussi des besoins à prendre en compte. Louvoyer tout en gardant le cap : laissons de la latitude aux chemins de traverse ! Manœuvre complexe de la course : le jeune doit faire des choix de vie alors que son entourage n’est pas forcément prêt à les entendre, notamment sur la question du métier et de la formation. Un moment crucial pour des choix dif- ficiles à modifier au cours de sa vie d’adulte ! N’est-ce pas aussi cela la Loire-Atlantique en 2040, un territoire qui reconnaît des trajectoires de vie non linéaires ? Les adultes insécurisent les jeunes : ils transposent la situation qu'ils ont vécue quelques décennies plus tôt sur celle vécue par les jeunes en projetant en plus leur pression quo- tidienne et leurs peurs. Même si plu- sieurs jeunes osent faire des détours, la société tolère ces essais, quelques erreurs, mais ne reconnaît pas encore complètement ce « droit à l'expérimen- tation », ni les habiletés qu’ils ont pu développer ce faisant. Ces expériences et rencontres aident pourtant les jeunes à mieux se connaître et à se projeter. Tout ceci prend du temps, le temps d’être curieux, de construire sa confiance en soi, celui d’essayer aussi. Bref, le temps de se construire ! Lui laisse-t-on suffisamment de temps et d'espace ? Se nourrir, s’habiller, se loger Se déplacer Insertion professionnelle Se former, être qualifié Savoir s’entouré, être soutenu Avoir accès à l’information Education sociale, physique… Du temps pour : Choisir une direction, prendre du recul, avoir confiance, expérimenter, prendre conscience Besoins primaires Déterminants d’épanouissement Cartographie des facteurs d’accès à l’autonomie Avoir accès aux soins 103 104Un jour, un territoire
  • 54. 7° de gîte à bâbord Déterminants en mouvement // On peut essayer, sortir des sentiers battus… et y parvenir // // A tout vouloir penser pour quelqu’un on ne l’aide pas à être autonome // ©mbbirdy // Les élèves décrocheurs passent 80 % de leur temps à s’ennuyer// 105 106Un jour, un territoire Au détour de sa construction person- nelle, le jeune attend de la société qu’elle croie en lui. Il a des choses à dire, mais aujourd’hui, il doit faire ses preuves pour être identifié comme un interlocuteur pertinent. Il a tout intérêt à acquérir une compréhension rapide du fonctionnement de la société, alors même que celle-ci est en pleine mutation et qu’elle lui occasionne de multiples raisons de décrocher, sans parler du dédale des inégalités. Com- ment peut-il adapter son langage à ses interlocuteurs pour obtenir des réponses ? Pourquoi lui seul devrait- il faire cet effort ? Comment ce jeune différent des autres générations peut- il réussir son intégration sociale tan- dis que les repères qui la favorisent, famille, école, acteurs de soutien, sont eux-mêmes en mutation et que l’équi- libre entre eux s'en trouve déstabilisé ? Avant de prendre le large, révisons quelques manœuvres. Choquons la grand-voile… en famille Enfants et parents cohabitent plus longtemps dans le foyer familial. L’expression des jeunes y est plus facile qu'il y a quelques décennies. Les dis- cussions y sont paradoxalement moins fréquentes. Les enfants se sentent bien dans le cocon familial, mais sont connectés en permanence avec l’exté- rieur, devant leur écran à discuter avec des personnes à des milliers de kilo- mètres. Ces personnes ont une éduca- tion différente, une culture et des valeurs parfois différentes de celles que veulent leur transmettre leurs parents. Rien d’étonnant que le fossé enfants- parents perdure, voire s’accentue ! Autre tendance de fond, le nombre croissant de familles monoparentales. Le temps et l’énergie qui restent après une journée de travail (quand ce n’est pas une nuit) ne sont pas forcément optimum pour aider l’enfant et le jeune à faire ses devoirs, à prendre le temps de l’échange sur toutes sortes de sujets. Les jeunes d’aujourd’hui sont les parents de demain. Leurs choix auront été suffisamment critiqués par leurs parents, par peur qu’ils ne soient sans issue professionnelle, ils auront sans doute à leur tour le recul nécessaire sur ces moments de tâtonnements. Plus à l’écoute de leurs enfants, ils les laisse- ront se chercher, dériver, apprendre par l’échec tout en s’enrichissant de leurs victoires sur l’inconnu. À l’avenir, les parents, acteurs majeurs pour les jeunes, maintiendront leur rôle fonda- mental de guide, mais différemment. Le groupe est de l’avis suivant : les parents accompagneront le jeune dans sa construction : ils introduiront des repères et des valeurs aux jeunes, tout en le laissant expérimenter – donner un cap sans les enfermer dans un cadre anxiogène. Maintenez la bôme à bonne hauteur Quelle école pour demain ? La conférence du mois de mars dernier nous a éclairés sur les pistes d’évolu- tion de l’école. Redonner envie d’ap- prendre aux jeunes passera par quelques changements pédagogiques, parmi les suivants : • les outils à utiliser : ordinateurs, et désormais tablettes et même Twitter ! • des modes d’apprentissage : répartition différente entre cours magistraux, en ligne, espaces de débats et d’expérimentation, avec notamment des conditions favo- rables pour développer une cer- taine créativité tout autant que des capacités à vivre et travailler en collectif Les équipes enseignantes doivent faire face à un réel défi d’adaptation pour prendre en compte ces changements qui amènent par ailleurs davantage le jeune à explorer de nouvelles voies. Le questionnement entre, petit à petit, au cœur de la scolarité et de la formation. Le droit à l’essai et la construction col- lective d’idées entreraient-ils eux aussi dans les mœurs scolaires ? Voir Tendances n°32 sur l'école 2.0 p. 46. Larguez la prise de ris Libérons l’espace public Les lieux extérieurs à la sphère familiale et à la formation sont des espaces structurants pour les jeunes. Ils seront d’autant mieux reconnus par ces derniers qu’ils seront des endroits informels, non identifiés officiellement par la société comme lieux d’échange. Un exemple parfait : l’aubette de bus. Répartissez bien les tâches à bord, il y en a pour tout l’équi- page Quelles actions de soutien en Loire- Atlantique demain ? La Loire- Atlantique est un territoire qui a le vent On ne paie pas pour apprendre à lire, ni à écrire. Pourquoi devrait-on payer pour apprendre à conduire ? La mobilité des jeunes est un passeport d’entrée à l’indépendance, et ne pas pouvoir se déplacer, une inégalité. Que pensez-vous de valori- ser la conduite comme une compétence à acquérir au cours de la scolarité du jeune et inscrite dans son parcours ? en poupe. Avec 46 000 jeunes supplé- mentaires d’ici à 2040, les défis priori- taires de la Loire-Atlantique seront principalement situés autour du loge- ment et de l’emploi. Sur la question du logement par exem- ple, la problématique ne se situe pas tant dans l’offre qui est proposée, mais plutôt dans son accessibilité. Les foyers pour jeunes travailleurs sont nombreux en Loire-Atlantique, mais la répartition et l’adéquation avec les bassins de for- mation et d’emploi ne sont pas toujours apparentes. Quant à l’organisation générale des intervenants autour de la jeunesse sur le territoire, la cartographie semble être complexe à construire. Les collec- tivités doivent-elles soutenir l’indépendance, l’autonomie, la grande vulnérabilité ? Toujours est-il que la complexité des relations avec les insti- tutions a créé au fil des années une inversion des postures où le jeune doit sans cesse se justifier d’être jeune, en gaspillant dans le processus son éner- gie. Par ailleurs, certains programmes tendent à générer une dépendance du jeune face au système, accrue par leur compréhension difficile de l’organisation publique. La logique de dépendance financière dans laquelle s’est installée cette relation pouvoirs publics / jeunes semble propice à pérenniser cette dépendance. Enfin, chacun des outils pris indépendam- ment offre une solution partielle, ni transversale ni partagée par les profes- sionnels concernés par la situation du jeune. Vous êtes prêts à prendre le large et lofer jusqu’à l’allure souhaitée ! Demain, devrions-nous proposer un projet pour ou avec les jeunes ? Que voudra dire demain « s’insérer dans la société » ? Entre accompagnement et injonction : quel équilibre à trouver ? Doit-on proposer aux jeunes des choix raisonnables, des projets dont ils ne rêvent pas, mais qui répondent aux besoins et au marché de l’emploi de notre territoire ? Doit-on au contraire les laisser se construire au travers de leur projet avec leur créativité, leurs talents, leurs appétences et participer autrement à l’innovation sur nos territoires ? La vulnérabilité nait aussi de la façon dont la société met les jeunes de 16 à 25 ans dans cette injonction paradoxale. Pour vous aider à plonger dans le débat, voici un exemple. Les pouvoirs publics ont pensé et proposé un pro- jet en apprentissage en mécanique agricole à un jeune nazairien en décrochage. Au bout d’un an de suivi par un employeur, maître d’apprentissage, le jeune a repris confiance en lui et dans le système. Il a décidé de se réorienter vers un projet pour lui. Il a abandonné la mécanique agricole pour s’orienter vers une qualification en mécanique générale. Est-ce pour autant un échec pour notre territoire ? En direct des débats Un permis pour tous ?
  • 55. Guichet, référence, lieu ? Un espace unique ouvert en cas de vulnérabilité qui pourrait répondre aux critères suivants : • un contact privilégié de proximité • une personne référence de confiance pour le jeune • plusieurs disciplines autour de la table • un lieu pour recevoir le jeune, son entourage selon le contexte, en présence de plusieurs professionnels • un lieu d’échanges et de rencontres entre jeunes (parrainage ?) La mission locale pourrait-elle jouer ce rôle ? Au cœur des débats Hissons le pavillon Jeunesse 2040 La solution miracle n’existe pas ! La solution unique non plus, d’ail- leurs. Comment se fait-il qu’autant de jeunes passent entre les mailles du filet ? La maille est trop grosse et coûte cher alors que nous sommes bardés d’outils. Le filet est tissé par les parents, les enseignants, les associations et les institutions. Ce soutien autour des jeunes peut permettre de réduire la maille. Après tout, ne devrait-on pas mettre à l’avenir l’emphase sur une plus large prévention de ces difficultés en optimisant les conditions de navigation et en apportant une solution préventive plus que réparatrice ? Petite maison pour une grande chance à Sainte-Luce-sur-Loire. Ouvert par la Fondation « la Vie au Grand Air » à 8 jeunes déscolarisés depuis novembre 2013 Semaine de prévention au décrochage au lycée Brossaut-Blancho de Saint-Nazaire en janvier 2014. Neuf volontaires pour apprendre à gérer leurs émotions Dispositif d’accompagnement individualisé au lycée Aristide Briand de Saint-Nazaire. Deux heures d’accompagnement en continu pour sortir 15 jeunes décrocheurs de la peur de l'échec Salon de l'emploi sur mesure à Bellevue (Nantes) en février 2014. 200 jeunes au rendez-vous proposé par la CFDT Opération transition positive avec Open Odyssey : De la fourche à la fourchette ! De janvier à mai 2014, une centaine d’étudiants (master 2 ScienceCom) ont endossé le rôle de colporteurs de bonnes pratiques en matière d’alimentation en mettant en valeur des initiatives de chez nous Réseau régional Habitat Jeunes 23 foyers jeunes travailleurs répartis en Loire-Atlantique permettant aux jeunes de 16 à 30 ans, en situation précaire, de devenir autonomes en simplifiant l’accès au logement Expériences de chez nous ©mrPliskin // Répartissez bien les tâches à bord, il y en a pour tout l’équi- page ! Ne croyez pas que seul, vous allez pouvoir assumer la barre, les réglages, l’observa- tion du plan d’eau, le temps qu’il reste au chrono et la distance qui vous sépare de la ligne. Pas de régate sans tac- tique, et sans bonne tactique, pas de bons résultats ! // // Ceux qui peuvent tirer le monde vers des lendemains meilleurs, ce sont les jeunes ! // 107 108Un jour, un territoire Faciliter la navigation dans le réseau de soutien Cette étape induit une meilleure con- naissance par le jeune des individus qui l’entourent et la manière dont il peut échanger avec eux et les solliciter en cas de besoin. Ainsi le groupe propose  : • Augmenter la mobilisation collec- tive des partenaires • Apprendre aux jeunes à s’entourer • Leur apprendre à se repérer dans les réseaux d’acteurs de leur ter- ritoire • Augmenter les apprentissages autour des savoirs-être (autant que les savoir-faire), de la coopé- ration et du travail dynamique • Ouvrir les écoles aux autres struc- tures dédiées à la jeunesse • Favoriser les liens entre la « sphère jeunesse » et les autres sphères (intergénérationnel, économique…) Déjaugeage en vue. Préparons l'équipage ! Favoriser les initiatives et expérimenta- tions en amont des difficultés. Le groupe propose un outil de navigation personnelle. Voir page 108. Attention dessalage ! À situa- tion urgente, solution réactive Le groupe suggère une ligne de conduite en cas de difficultés et de décrochage. L’approche globale d'une réponse à construire avec le jeune lui permettant de redresser la barre pren- dra les formes suivantes : • Partagée avec le jeune, son entou- rage et les intervenants • Transversale : elle prend en compte tous les facteurs d’accès à l’autonomie, les habiletés et les potentiels du jeune, ses acquis… • Adaptée : au niveau de vulnérabi- lité de l’individu, après en avoir établi une lecture partagée en fonction du territoire et de l‘envi- ronnement familial de chaque individu • Égalitaire : sans condition de milieux de vie : territoire, statut des parents… • Croisée : la réponse peut s’inscrire dans le parcours de vie d’une autre personne (exemple : mixité inter- générationnelle) • Valorisante : elle aidera le jeune à prendre conscience des aptitudes développées durant la période difficile. Quelle réponse imaginer ? Le groupe suggère de rester vigilant quant à la création de nouveaux outils ou de nouveaux services. Le territoire regorge de dispositifs en faveur des jeunes. L’avenir réside-t-il dans la créa- tion de nouvelles instances dédiées, de l’imbrication de plusieurs outils existants ou bien dans une communica- tion efficace pour les orienter vers les structures déjà établies ? Quelle que soit la démarche qui sera privilégiée par notre territoire, placer les jeunes au cœur de la réponse semble incontournable sans pour autant tra- duire celle-ci par du sur-mesure en tout temps. La démarche qui consiste à les rendre acteurs dès l’esquisse d’une réponse est tout aussi importante. Elle participe à la reconnaissance qu’ils attendent de leur environnement. Virement de bord : sortir de la déconsidération Cette étape suppose un changement de posture générale de la société envers les jeunes. Arrêter de les présumer coupables et de les mettre « en attente » peut passer par plusieurs pistes : • Leur laisser du temps pour expé- rimenter des idées ou des activités (en faveur de l’intérêt général) • Leur faire prendre conscience de leurs compétences et habiletés • Les accompagner dans leurs choix, autrement que par des moyens financiers, avec des conseils, un soutien psychologique personnalisé, lorsque nécessaire. • Valoriser leurs réussites, les aider à apprendre de leurs erreurs • Donner plus de crédit à une année de césure • Les responsabiliser en les sensibi- lisant à leurs droits, mais aussi à leurs obligations comme n’importe quel citoyen • Aider les jeunes à identifier des manquements à leurs droits : défi- nir quels indicateurs s’applique- raient particulièrement à eux.
  • 56. Compas Jeunesse Imaginons un outil de navigation personnelle Ils sont multiples et transversaux. Il amènera le jeune : • à apprendre à verbaliser ses besoins pour cheminer sur la voie de la vulné- rabilité vers l’autonomie • à mieux se connaître, à tout point de vue : acquis, capacités à faire, points faibles, potentiels et habiletés, éléments de « stress » (toujours selon sa propre définition) dans son environnement • à construire et à expérimenter ses propres réponses, ainsi qu’à les faire évoluer dans le temps • à identifier un accompagnant de proximité pour l’épauler dans son chemi- nement • à accéder aux bonnes ressources sur son territoire Il permettra aux intervenants jeunesse : • d’avoir une grille de lecture partagée avec les jeunes • de les aider à formuler leurs propres réponses • de donner aux intervenants une visibilité auprès des jeunes de Loire-Atlan- tique (et des familles) • de leur apporter une meilleure connaissance des jeunes • de leur donner une vue globale de l’évolution de la jeunesse dans le dépar- tement L’outil doit permettre au territoire : • de mieux cerner les multiples représentations de la vulnérabilité propres aux jeunes du département • de faire émerger une intelligence collective au service de la jeunesse de Loire-Atlantique, en fédérant les acteurs autour du jeune Besoin d’un guide pour faire émerger l’intelligence collective ? Rendez-vous page 80 sur l’itinéraire exploratoire du groupe « compétences collectives ». Quels intérêts à mettre en place cet outil ? ©travenian PRENDS LE TEMPS DE LA RÉFLEXION Ne laisse personne décider à ta place si tu as besoin d’aide ou non. Oui, je m’autoévalue en ligne avec diagnOS ! CAMPAGNE 2024 DU COLLECTIF Pause-toi AVEC LE SOUTIEN DE Application gratuite et respectueuse de votre vie privée. Compatible avec l’ensemble des miroirs connectés du marché. Parcours Compétences Famille Sentiments Santé Mobilité RÉSERVER MON RDV DE SUIVI 109 Qu’est-ce que le compas jeu- nesse ? Cet outil de navigation place le jeune au cœur du processus puisqu’il permet d’établir un autodiagnostic évolutif. Il en est le principal acteur à partir de ses 14 ans. Cet outil peut se présenter sous la forme d’un livret numérique accessible par carte à puce ou sa descendante de 2040 (est-ce que des cartes, comme les cartes vitales existeront toujours à cette date ?). Il comprend une cartographie de son parcours, l’évolution des apprentissages de vie de l’individu à partir de ses 14 ans. Ce dernier renseigne lui-même les informations en remplissant chaque année le questionnaire d’autodiagnostic. C’est donc un : • outil de prévention de la vulnérabi- lité • outil complémentaire au système en place • outil ludique, intuitif et évolutif selon l’âge du jeune Comment ça marche ? Cet outil couvre l’ensemble des fac- teurs d’accès à l’autonomie ainsi que les compétences clés à développer. • Un outil accessible pour n’importe quel jeune – en tout cas la grande majorité • Une étape obligée pour le jeune au moins jusqu’à ses 16 ans • Un réflexe acquis par le jeune d’y avoir recours après 16 ans pour le guider, avoir accès à l’information et les conseils dont il a besoin • Des questions formulées de façon simple et positive Dans la mesure où l’utilisation de cet outil est obligatoire pour les jeunes de 14 à 16 ans, l’outil sera accessible dans les centres de Documentation et d’Information des établissements sco- laires. Ce passage obligé invite le jeune sur convocation. L’élève se rend seul dans son CDI pour répondre au ques- tionnaire. Dans la foulée, un 2e temps est à prévoir pour un moment d’échange avec son conseiller d’orientation psychologue. // C’est un outil au service des nombreux acteurs de la thématique jeunesse du territoire : du jeune lui- même et des intervenants susceptibles de l’accom- pagner // DESIGN FICTION La fiction design est un moyen de se projeter dans un futur proche en utilisant comme support des posters, des articles ou des affiches. Ils permettent ainsi de visualiser concrètement les enjeux captés. La présentation de ces artefacts fictifs sert de point de départ à la réflexion. C’est une provocation qui permet de générer de la discussion au cours d’ateliers. Les participants disposent également d'une fiche explicative reprenant de manière factuelle les principaux points ou signaux faibles qui ont permis la construction de ces posters, articles ou autres affiches.
  • 57. * L’appropriation de responsabilité, l’autonomisation 111 112Un jour, un territoire Lors de cette matinée, Thomas Derosne, fondateur de My New Startup, plateforme nantaise de financement participatif, est venu présenter les nou- velles opportunités de financement qui s’offrent tant aux entreprises en amor- çage qu’à celles établies, en recherche de financement complémentaire. Quels en sont les avantages, les freins, le cadre légal, les garanties apportées, les candidats potentiels ? Beaucoup de questions et rien de mieux pour y répondre que de présenter un cas pra- tique ! Pour cela, Thomas Derosne était accompagné par le porteur du projet « De Nous à Vous », Fabrice Hégron que My New Start-up guide dans sa levée de fonds. L’ancrage territorial, la création d’emplois et le portage de valeurs humaines, qui font écho aux préoccu- pations actuelles de notre société, font de ce projet de micro-laiterie une can- didature idéale pour ce type de finance- ment. Permettre la rencontre de citoyens cherchant un sens à leur épargne et des projets d’entreprises Le rallye des entrepreneurs : la Parenthèse Matinale implantés dans nos milieux de vie, voici une troisième voix prometteuse qui s’ouvre. Les participants se sont beaucoup interrogés sur la difficulté que pour- raient rencontrer les entreprises du B to B* en mettant en place cette nouvelle forme de financement. La participation au capital, oui ils ont compris, mais quid de l’achat par anticipation pour une scierie ou un fabricant de clôtures ? Thomas Derosne a pu leur démontrer la faisabilité du projet, les retombées positives en termes d’image, de consti- tution d’une communauté d’ambassa- deurs et même de la validation en temps réel d’une nouvelle idée ou d’un nouveau concept. Bref, une étude de marché réactive et qui peut rapporter gros ! Loin d’être réservé à l’industrie musicale ou plus globalement à la sphère culturelle, le financement parti- cipatif peut être une réponse adaptée à tous. En effet, si elle s’applique au domaine de l’agriculture, cette pratique est à la portée de nombreux autres Le 20 septembre dernier, le financement partici- patif* au service de l’ancrage territorial était au menu de la Parenthèse Matinale. Ces petits-dé- jeuners décontractés de réflexion et d’échange sur les enjeux de demain de la Loire-Atlantique sont un rendez-vous qui regroupe des dirigeantes et des dirigeants d’entreprises implantées en Loire-Atlantique. Il s'agit d'un moment off dans leurs emplois du temps bien chargés, donnant l’occasion aux participants de faire valoir, outre leur vision, les défis qu’ils anticipent ainsi que les grandes mutations qu’ils pressentent. Cette thématique a suscité l’intérêt de la ving- taine de dirigeantes et dirigeants du département présents à ce petit-déjeuner. Un peu de café ? secteurs d’activité. Le financement participatif donne ainsi la possibilité aux entreprises d’impliquer les consommateurs dans un projet de développement économique. Faire appel à un sentiment de proximité des citoyens permet de répondre à leur volonté de se réapproprier une partie de la dynamique économique de leur territoire de vie, en contribuant à la création d’emplois ou à son maintien. Si certains des participants ont vu dans ce financement alternatif un nouveau modèle de redistribution du pouvoir, d’autres y ont vu un signe d’espoir. De nouveaux modèles sont possibles, et en plus, ils font sens. Enfin, une volonté de voir un rééquilibrage entre le poids pris par la finance dans le développement d’affaires et le produit final a été expri- mée. Un film sur cette matinée est dispo- nible sur notre blog.(cdla.loire-atlan- tique.fr) * Crowd Funding : littéralement, le financement par la foule * B to B : Business to business (de professionnels à professionnels) Le Québec,en visite Vol direct de YQB à NTE Au Conseil de développement, nous lançons le plus souvent à nos groupes de réflexion une invitation au voyage dans le temps, le futur, espace de prédilec- tion de la prospective, mais il y a également d’autres beaux voyages qui s’offrent à nous. Comme il serait quelque peu compliqué de transporter à l’autre bout du monde nos membres, nous leur offrons parfois l’occasion d’échanger avec des visiteurs, porteurs d’innovation, venus d’autres continents. En avril dernier, nous avons ainsi invité à notre table de réflexion, le pédiatre québécois, Docteur Gilles Julien, père fondateur de la pédiatrie sociale en communauté, pour une demi-journée d’échanges de bonnes pratiques avec une vingtaine de profes- sionnels de la petite enfance de notre territoire. La pratique de la pédiatrie sociale en communauté a la première particula- rité de miser, à la fois, sur l'intégration sociale, le respect des droits des enfants et la réduction des impacts liés aux conditions de vie difficiles. Pour cela sont réunis les principaux interve- nants et professionnels offrant habi- tuellement des services de manière fragmentée (petite enfance, centres de santé et services sociaux, écoles, centres jeunesse, hôpitaux, justice). Ce décloisonnement permet de traiter les sources des maladies et les causes des difficultés dont souffrent les enfants. Il permet également d’apporter une réponse globale structurée par des actions cohérentes personnalisées et plus efficaces pour le développement de l’enfant suivi. La seconde particularité est de miser sur un modèle s'éloignant de la notion de « prise en charge » en se tournant vers l'empowerment* et l'engagement de l'enfant, de sa famille et de la com- munauté. L'objectif est de redonner le pouvoir à l'enfant et à sa famille pour qu'ils reprennent le contrôle de leur vie, tout en étant accompagnés. Cet aspect de collaboration étroite entre les différentes sphères de com- pétences permet de faire tomber des barrières et ainsi de contribuer à l’épa- nouissement de l’enfant. Cette approche novatrice interprofession- nelle à susciter beaucoup de questions de la part des pédiatres, puéricultrices et intervenants sociaux participants à cet échange de bonnes pratiques. La question du respect de la confidentia- lité a également nourri beaucoup de discussions. Comprendre comment les deux systèmes fonctionnent et trouver les points de consonance a permis un enrichissement respectif ouvrant la porte à une possible collaboration dans un avenir proche. Comme a pu en témoigner le Dr. Julien, il s’attendait à trouver plus de résistance dans un sys- tème de santé français réputé rigide. Il a été heureux de trouver en Loire- Atlantique une terre d’ouverture à une approche qui fait sens pour beaucoup d’intervenants témoignant qu’intuitive- ment, ils veulent oser ce virage de la pédiatrie sociale en communauté, car ils portent la conviction que cela peut fonctionner. Voir aussi Tendances n°33 sur la pédia- trie sociale en communauté p. 52.
  • 58. ©DreanA 113 114Un jour, un territoire Un bon bol d’air n’a jamais fait de mal à personne ! Ce n’est pas le Conseil de Développe- ment qui vous dira le contraire ! Quand on a la chance de vivre sur un territoire aussi inventif et bouillonnant d’idées nouvelles, il serait vraiment dommage de ne pas aller y regarder de plus près. Durant l’année qui vient de s’écouler, le CDLA vous a donné la possibilité d’ex- plorer des univers très différents, néanmoins reliés par un trait commun : l’envie. L’envie d’entreprendre, l’envie d’innover, l’envie de donner un sens à son projet ! En janvier, c’est à Montbert que nous avions rendez-vous pour la visite du GAEC Hégron et la présentation du projet de laiterie innovante « De Nous à Vous ». En février, c’était à Ancenis qu’il fallait se trouver pour poser toutes sortes de questions à des entrepreneurs, porteurs de projets et créateurs d’associations. En avril, le Conseil de développement vous a fait découvrir en petit groupe et en exclusivité l’incubateur Symbiose, et dans un tout autre genre, la structure d’accueil familial Le Sablier. De Montbert à Ancenis, en passant par Nantes, retour sur une année de pérégrinations qui a peut-être réveillé en vous l’envie de « donner du sens » à votre territoire. çavalaitle détour !
  • 59. ©IstockPhotor ©CEfFutcher 115 116Un jour, un territoire L’INNOVATION EST DANS LE PRé… À la rencontre d'entrepreneurs sociaux ruraux 23 janvier 2014, 14h. C’est l’heure du départ, direction Montbert pour visiter une ferme pas comme les autres. Malgré des conditions météorologiques capricieuses, plus d’une centaine de visiteurs ont fait le déplacement dans le sud du département. Les participants enthousiastes ont fait la connaissance de l’enthousiasmant Fabrice Hégron (cf. p. 82). Cet agriculteur passionné et ses cinq associés, de véritables entrepre- neurs sociaux ruraux, portent un projet novateur en passe de se réaliser. Il s'agit d'un nouveau modèle d’affaires qui consiste à créer des micro-laiteries indépendantes permettant aux produc- teurs laitiers de transformer eux- mêmes leur lait, yaourt et autre beurre, garantissant aux consommateurs, un produit de grande qualité nutritive, res- pectueuse de l’environnement et à juste prix. Leur leitmotiv : redonner du contrôle à ces chefs d’entreprises sur le devenir de leur secteur pour pouvoir grandir, développer des produits de SYMBIOSE,incubateur de talents À la rencontre de jeunes pousses ! Ingénieurs et managers, deux métiers qui ne se comprennent pas toujours… Mais pour se comprendre, il faut se parler ! À Nantes, ce mélange des genres est expérimenté par l’École Centrale et Audencia. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat est des plus positifs. La rencontre entre ces pointures, dans leur domaine respectif, a donné naissance à Symbiose. Rien que le nom est évocateur des attentes de cet incubateur. En effet, selon le Larousse, une symbiose est une « association constante, obligatoire et spécifique entre deux organismes ne pouvant vivre l’un sans l’autre, chacun d’eux tirant un bénéfice de cette asso- ciation ». Et des bénéfices, il y en a déjà beaucoup ! La structure accueille plu- sieurs start-up, dont certaines se sont déjà fait un nom. Peut-être avez-vous entendu parler d'Intuiti (conseil en tac- tique digitale) ou de Kosmopolead (réseau social professionnel), ces deux start-up sortent tout droit de Symbiose et il y a fort à parier que ce ne seront pas les dernières à se développer dans un futur proche. De l’innovation ? Du mélange de compétences ? Il n’en fal- lait pas moins au groupe Passerelle " compétences collectives "pour aller y voir d’un peu plus près. Au programme qualité supérieure en adéquation avec leurs inspirations et créer localement des emplois durables.. Au cours de la visite, les participants ont eu l’opportu- nité de découvrir les infrastructures dernier cri de la ferme : traite automa- tisée, gestion des déchets in situ, mais aussi la philosophie des propriétaires concernant le bien-être animal. Au cours de cet après-midi, les porteurs de projet de la laiterie (le GAEC Hégron ainsi que les deux autres GAEC) ont eu l’opportunité d’exposer l’histoire et le montage de leur (future) entreprise. La notion de financement participatif a été l’un des aspects les plus commentés. Le dernier temps fort s’est déroulé en fin d’après-midi autour d’une dégusta- tion des produits de la ferme. Entre yaourt et crème au chocolat, ce moment de convivialité des plus appré- ciés a été une nouvelle occasion d’échanger entre les membres du CDLA et les porteurs de projets. de cet atelier du 10 avril dernier, le témoignage d’Alexandre Heuzé, cofon- dateur de Talentroc, et la visite de l’in- cubateur. Les participants ont égale- ment eu la possibilité d’aller poser leurs questions à des créateurs de start-up, notamment 10-vins (créateurs d’échantillons de vin) et Bouger en famille (site internet spécialisé dans les vacances et sorties avec les enfants). Ces rencontres ont permis au groupe Passerelle d’enrichir ses propo- sitions que vous retrouverez dans le chapitre "Itinéraires exploratoires" p 80. Retrouvez le reportage vidéo de cette journée sur le blog du CDLA : http://cdla.loire-atlantique.fr …Le bonheur EST au sablier L’innovation sociale au coin du quartier Le Sablier, vous connaissez ? Peut-être avez-vous déjà aperçu une affichette chez votre médecin ou à la PMI* ? Le Sablier n’est ni un multi-accueil, ni un café-parents. En fait, c’est beaucoup plus que ça. Comme on l’entend par- fois, on ne naît pas parent, on le devient. Le Sablier est là pour ça, pour redonner confiance aux familles, en leur capacité à élever leurs enfants. Depuis vingt ans déjà, cet espace situé aux Dervallières à Nantes a vu passer dans ses murs des centaines de familles. Dans ce quartier qui a longtemps souffert du chômage et de l’exclusion, ces familles fréquentaient peu les établissements de soins traditionnels, peut-être par manque d’informations, mais surtout par peur du jugement. Au Sablier, pas de jugement, pas de paperasse, comme dirait une célèbre enseigne de fast- food : venez comme vous êtes ! Les parents viennent avec leurs enfants pour passer un moment convivial, ren- contrer d’autres familles et, s’ils le souhaitent, parler à des professionnels de santé. En avril dernier, le Conseil de développement de Loire-Atlantique a organisé une visite de cet espace aty- pique. Et à espace atypique invité aty- pique. En effet, les participants ont eu le plaisir d’effectuer cette découverte en présence du Dr Gilles Julien. Ce célèbre pédiatre québécois, père de la pédiatrie sociale en communauté (cf . Tendances n°33 p. 52) était présent à Nantes, invité par le CDLA à tenir une conférence sur cette nouvelle approche de la pédiatrie. Les partici- pants sont ressortis ravis. Quant au Dr Gilles Julien, après avoir eu l’occa- sion d’échanger avec de nombreux professionnels du département, il voit dans Le Sablier une excellente base pour lancer le premier centre de pédiatrie sociale en communauté de France, car, comme il l’a dit : « le momentum est là ». À bon entendeur… pays D’ancenis,terre de liens Rendez-vous avec des porteurs de projets du territoire Vous avez l’âme d’entreprendre, l’idée de créer une association vous démange ? Vous n’êtes pas seul(e)… Qui ne s’est imaginé un jour monter son projet, reprendre une structure exis- tante ou créer une association ? En 2013, pas moins de 30 % des Français ont déclaré avoir envie de créer ou de reprendre un jour une entreprise1 . Pourtant, le passage à l’acte est encore rare. Beaucoup de barrières se dressent lors du montage de ce type de projets et la crainte de l’échec est tou- jours très prégnante en France. Les porteurs de projets qu’ont rencontrés les participants de l'ensemble des groupes Passerelle, lors de cette jour- née organisée à la COMPA* en partena- riat avec le conseil de développement du pays d’Ancenis, se sont lancés. Pour ces acteurs, la création de projets doit avoir du sens et être porteuse pour le territoire. Leurs idées, bien que com- plètement différentes, ont pour traits communs le maillage de territoire, le réseau local, le respect de l’humain et de son environnement. De l’éco- construction à l’écologie industrielle en passant par les parcs éoliens et le par- tage de compétences, les différents témoins présents se sont prêtés au jeu des questions-réponses. Et des ques- tions, il y en avait, les participants des Passerelle se sont montrés curieux, particulièrement sur l’expérience et le montage, mais aussi à propos des fac- teurs de réussite. Les différents obs- tacles ont également été abordés. Retrouvez des extraits de témoignages de ces porteurs de projets pas comme les autres p. 82 à p. 85. 1 Source : institut Think *Protection Maternelle Infantile *Communauté de Communes du Pays d'Ancenis
  • 60. 117 118Un jour, un territoire RÉSERVEZ VOS BILLETS !La citoyenneté, sujet passionnant souvent saisi par des passion- nés. Pourtant l’année qui vient de s’écouler nous a prouvé que nul besoin d’être un expert pour contribuer significativement au débat. C’est pourquoi nous comptons à nouveau sur vous pour continuer ce chemin vers une citoyenneté augmentée. À partir de septembre 2014, commencera un nouveau cycle pour le Conseil de développement. Nous pousserons encore un peu plus loin les expériences ci- toyennes, la démocratie collaborative laissera-t-elle sa place à la démocratie contributive ? Les conférences, tables rondes et débats auxquels vous vous ren- dez toujours plus nombreux se poursuivront au sein d’une assem- blée en constante bonification. Cet enrichissement de l’assem- blée est une priorité, car, comme nous l’expérimentons depuis quelques années, la diversité des profils et des parcours est un véritable gage de qualité des travaux. La qualité, c’est aussi ce que vous venez chercher au CDLA. Une chose est sûre : l’année qui va suivre n’en sera pas dépourvue ! Nous explorerons des thèmes plus que jamais d’actualité, notamment la question de la citoyenneté numérique et les multiples enjeux qui l’accom- pagnent, en restant toujours à votre écoute. Le programme vous fait envie ? Alors, prenez vos billets sans plus tarder : l’année 2014-2015 risque de se jouer à guichet fermé !
  • 61. Conseil de développement de Loire-Atlantique Codirecteurs de la publication : Patrick Mareschal, Emmanuelle Gélébart Souilah Rédaction : Jessica Beauguitte, Emmanuelle Gélébart Souilah, Céline Lopes l Mise en page et illustrations : Céline Lopes l Crédits photos : Istock Photo , Fotolia, Paul Pascal l Impression : Conseil général de Loire-Atlantique l Date de sortie : juin 2014 Adresse : Conseil de développement de Loire-Atlantique - 21 bd Gaston Doumergue - 44200 Nantes - Tél : 02 40 99 60 70 - Courriel : cdla@loire-atlantique.fr Site internet : http://conseil-developpement.loire-atlantique.fr  EchangeR / partager / s’informer ! http://conseil-developpement.loire-atlantique.fr

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