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Le Monde - 040112 - La Grande Malbouffe (US)
 

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    Le Monde - 040112 - La Grande Malbouffe (US) Le Monde - 040112 - La Grande Malbouffe (US) Document Transcript

    • 0123Mercredi 4 janvier 2012 décryptages ENQUÊTE 17 Dans un restaurant McDonald’s, à Del Rio (Texas), en juin 2010. Aux Etats-Unis, les fast-foods sont cinq fois plus nombreux que les supermarchés. HECTOR MEDIAVILLA/PICTURETANK En novembre 2011, une commission composée de sénateurs et de représen- tants a censuré un projet de l’USDA desti- né à limiter la ration de pommes de terre servie aux écoliers. Les élus ont même décidé de considérer les pizzas comme… des légumes, sous prétexte qu’elles contiennent de la purée de tomates. Entre- temps, les industriels étaient montés au créneau, arguant du surcoût de ces mesu- res et de leur impopularité auprès des enfants. Les jeunes Américains d’aujourd’hui pourraient appartenir à la première génération dont la durée de vie sera plus courte que celle de la précédente Quelques mois plus tôt, des recom- mandations fédérales tendant à limiter sucre et graisse dans les céréales pour Lagrande enfants avaient été qualifiées de « tueu- ses d’emplois » par les fabricants, moyen- nant une campagne de communication de 37 millions de dollars (plus de 28 mil- lions d’euros). Début décembre 2011, une fondation a révélé que Jo Ann Emerson, une élue républicaine du Missouri, arden- malbouffe te opposante aux recommandations dié- tétiques, comptait PepsiCo, le syndicat des fabricants de boissons et celui des res- taurateurs, parmi les financeurs de sa campagne électorale. Pour lutter efficacement contre l’obési- té, « il faudrait commencer par changer les règles du financement de la vie politique », lançait Marion Nestle, professeur de santé publique à l’université de New York, inter- rogée dans un récent reportage de la chaî- ne Al-Jazeera English. Une émission qui a révélé la dernière fonction exercée par Catherine Woteki, juste avant que Barack Obama la nomme sous-secrétaire d’Etat à Alors que deux l’agriculture : directrice scientifique char- gée de la santé pour la firme Mars.Philippe Bernard tiers des adultes « S’il y a tant d’obèses, ce n’est pas la fau- pour les enfants : parmi ceux qui sont nés 23 millions d’Américains vivent dans un te des sociétés de l’agroalimentaire !, plai- américains souffrent depuis 2000, 30 % développeront un dia- « food desert » (« désert alimentaire »), de le docteur Caroline Apovian, qui assu-Boston (Etats-Unis) bète contre 7 % actuellement. » Les jeunes autrement dit un lieu éloigné de plus d’un me son siège de conseiller pour la nutri-Envoyé spécial de surpoids, la lutte Américains d’aujourd’hui pourraient mile (1,6 km) d’un commerce alimentaire tionchez Dunkin Donuts et d’autres indus-P appartenir à la première génération dont abordable. Mais pas nécessairement d’un triels de la malbouffe. Elles voudraient our une fois, Cheri Ruane a fer- contre l’obésité la durée de vie sera plus courte que celle fast-food, dont les succursales sont cinq bien fabriquer des aliments sains, mais mé les yeux : pour avoir quel- de la précédente. fois plus nombreuses que les supermar- elles veulent d’abord vendre. Alors elles pro- ques instants de paix, elle a devient un enjeu Star de l’amaigrissement par la chirur- chés. La carte de ces zones « désertiques » duisent ce que veulent les gens. » laissé Kacie, sa remuante fillet- gie, Caroline Apovian voit défiler, avec ses correspond largement à celle de la pauvre- Mais qui fabrique les goûts du public ? te, dévorer un cornet de pop- politique et financier quatre confrères du service, 450 patients té et de l’obésité. Leur éradication est deve- « Les individus doivent définir leurs corn, symbole de cette « nour- chaque mois. « Des femmes surtout, car nue une grande cause nationale. L’ouver- besoins en toute liberté, plutôt que de lais-riture malsaine » qu’elle entend dénoncer. aux Etats-Unis. elles sont plus enclines que les hommes à ture d’un commerce alimentaire peut ser le marketing les façonner. C’est unLa cause vaut bien cette concession admettre leur situation et à chercher de donner droit désormais à des déductions enjeu essentiel pour la démocratie, ripos-sucrée : « Ici, nous luttons pour que chacun Mais les lobbies l’aide. Elles ont longtemps pensé que leur fiscales. De grandes chaînes de magasins te le docteur John Abramson, professeurait accès à une nourriture saine ! Nous refu- volonté suffirait, mais elles souffrent, ne se sont engagées à ouvrir des « food à Harvard et auteur d’un best-seller sursons cette fatalité qui fait que la nourriture de l’industrie peuvent plus marcher, développent des oasis ». Reste le problème du coût de la l’emprise des compagnies pharmaceuti-bon marché, facile à trouver et à avaler, est affections cardiaques et du diabète. Ce sont nourriture saine. ques. Or l’intérêt des firmes de l’agroali-généralement mauvaise pour la santé. » agroalimentaire les dernières victimes de discrimination « Les prix des produits frais ont aug- mentaire est totalement déconnecté de Jeune mère de famille, elle est fière d’ha- pour l’accès à l’emploi. » Fièrement enca- menté de 40 % alors que ceux des boissons l’intérêt des gens. »biter Somerville, une banlieue de Boston à résistent drée face à son bureau, une coupure du gazeuses et de la nourriture industrielle Dans ces conditions, qu’est-ce qui arrê-la population bigarrée qui a développé Boston Globe relate un exploit du docteur ont baissé de 30 % pendant ces dernières tera la course folle des Américains vers leune politique exemplaire de lutte contre Apovian : en 2002, grâce à un régime et à décennies, hors inflation », souligne Marc XXL ? L’apprentissage du plaisir de cuisi-l’obésité : cookies, chips, pizzas, nuggets et un anneau gastrique, Peter Kefalides, Bittman, chroniqueur spécialisé au ner, avance Marc Bittman. Selon lui,sodas, qui font l’ordinaire des écoliers tés veulent aussi vivre mieux, faire leurs 41 ans, a fondu de 476 à 209 kg. Il avait fallu New York Times. Pendant la même pério- même si les emplois du temps sontaméricains, ont été bannis des cantines courses sans devoir traverser des autorou- sixpompierspourle porter jusqu’àl’avion- de, le volume de chaque portion servie a contraignants, la junk food demeure unscolaires. Légumes, céréales complètes, tes à six voies et prendre le temps de man- cargoqui l’avait transportéde Seattleà Bos- décuplé. choix. Le chroniqueur démontre qu’unfruits et… eau les ont remplacés. Des mar- ger. A Somerville, nous allons créer un indi- ton. Aujourd’hui, il tient debout. poulet rôti aux légumes coûte deux fois Lchés fermiers subventionnés, dont les pro- ce du bonheur. Comme en France ! » « Dans notre clinique, précise Mitali a politique fédérale de subvention moins cher que des Chicken Mc Nuggetsduits sont payables avec des bons alimen- L’engagement de la première dame Shah, diététicienne, les fauteuils ne com- aux producteurs de maïs et de soja, pour nourrir une famille. « Le problèmetaires de l’aide sociale,ont étécréés à proxi- américaine dans la guerre contre l’obésité portent pas de bras : la plupart de nos principaux ingrédients de la « junk central, écrit-il, est que cuisiner est consi-mité des immeubles de logement social traduit une prise de conscience de plus en patients ne pourraient pas s’y asseoir. Ils food » (« malbouffe ») explique ces phéno- déré comme un travail alors qu’aller aules plus enclavés. plus large des ravagesde ce fléau, et de l’en- mènent une lutte très dure. Nous devons mènes. Depuis les années 1970, l’utilisa- fast-food est vu comme un plaisir et un Sans son programme municipal jeu politique et financier qu’il constitue tout faire pour les mettre à l’aise. » tion massive du sirop de maïs comme soulagement. »« Somerville en forme », la localité et ses désormais. Deux Américains adultes sur Sur un mur de la salle d’attente, une agent sucrant bon marché a permis Les arguments économiques, à com-78 000 habitants, ses alignements de mai- trois souffrent de surpoids et 32 %, soit sérigraphie des « 32 boîtes de soupe Camp- d’éponger les surplus agricoles. Mais c’est mencer par l’immense coût budgétaire desons bardées de bois aux teintes pastel, ses 70 millions, sont considérés comme obè- bell » d’Andy Warhol désigne l’ennemi. l’un des principaux agents de l’épidémie l’obésité, pourraient aussi accélérer lavoies rapides bordées d’immeubles collec- ses. Le taux a triplé en un demi-siècle. Un Plus des deux tiers des patients sont noirs d’obésité. riposte. Selon une étude du cabinet Pri-tifs végéteraient dans l’anonymat. Michel- enfant sur trois est obèse ou en surpoids. ou latinos. « Plus vous êtes pauvre, plus Le ministère de l’agriculture (United cewaterhouseCoopers, les soins quileObamal’arenduecélèbreen 2010en invi- En 2008, la plateforme électorale du Parti vous risquez le surpoids, insiste le docteur States Department of Agriculture, USDA) auraient pu être évités par une luttetantàWashingtonson maire,JosephCurta- démocrate a qualifié pour la première fois Apovian. Parce que la nourriture la se trouve au centre de cette contradiction : contre l’obésité coûtent 200 milliards detone, pour le lancement de « Remuons- l’obésité d’« épidémie », n’hésitant pas à y meilleur marché est aussi la plus malsai- il est censé promouvoir à la fois les indus- dollars par an aux Etats-Unis. A Somer-nous ! » (« Let’s move ! »), son programme voir une « nouvelle menace, au même titre ne. » triesagroalimentaires et une saine alimen- ville, une nouvelle recette de salade auxnational de lutte contre l’obésité des jeu- que le bioterrorisme ». Ainsi va le paradoxe américain : un tation. Dotés d’une force de frappe finan- épinards vient d’être testée auprès des élè-nes et pour une nourriture saine. « Et ce n’est pas fini, s’inquiète le doc- paquet de chips ou une pizza reviennent cière et de plantureux budgets de marke- ves. Ils l’ont trouvée, paraît-il, « accepta- « L’aspiration à manger bien et à être en teur Caroline Apovian, directrice du cen- moins cher que des légumes ou des fruits, ting, les lobbies des boissons sucrées, des ble ». pforme ne mobilise pas seulement les clas- tre de nutrition et de contrôle du poids d’ailleurs introuvables dans la plupart burgers et des céréales ont souvent le der-ses moyennes, assure le bouillant élu du Boston Medical Center. Le phénomène des commerces d’alimentation de proxi- nier mot, notamment auprès des élus f Sur Lemonde.frdémocrate qui a fait du sujet un tremplin a atteint un seuil pour les femmes, mais mité. Tandis que les magasins « bio » fleu- dont ils financent les campagnes électora- « Une année en Amérique », cinq blogs animéspolitique. Les gens défavorisés, les minori- pas pour les hommes et encore moins rissent dans les beaux quartiers, plus de les. par les journalistes du « Monde ».