Université Paris IV – Sorbonne        LA POLICE BRITANNIQUE :      MODÈLE OU CONTRE-MODÈLEDES POLICES NATIONALES EUROPÉENN...
« L’Angleterre est le pays qui est le moinsfacile à voir en courant, car les ressorts dela société ne sont pas à la surfac...
Remerciements       À première vue, la rédaction d’un mémoire universitaire est un travail très solitaire,celui-ci ne l’a ...
Introduction         Le 14 décembre 2004, le commissioner Sir Ian Blair, qui est amené à prendre la têtede Scotland Yard l...
évidence plusieurs points très représentatifs de la principale force de police londonienne en cedébut de vingt-et-unième s...
Pour les historiens et les sociologues, cette volonté de communiquer s’est traduite parune plus grande ouverture de l’inst...
révisionniste »14. Nous avons pris dans ce mémoire le parti de briser le mythe du Bobby pourlui reconnaître ses véritables...
Première partie                           La fabrication du modèle          Sans doute faut-il, avant de prétendre reconst...
Chapitre I                  La « nouvelle police » de Robert Peel         L’histoire du système policier professionnel en ...
A- La police anglaise avant 1829         Héritier du Moyen-Âge, le système britannique de police résiste à toute tentative...
Pendant de nombreuses décennies, les nobles participent activement au Guet, commetous les autres citoyens. Cependant, à pa...
manne financière est constituée par le partage des récompenses pour les captures descriminels, ce qui peut représenter une...
légitime »22. L’utilisation de la « Clémence » et du « Pardon » avait mis, selon lui, « lesinstruments principaux de la te...
3- Le refus des réformes       Alors que l’Angleterre en entame sa révolution industrielle, des voix s’élèvent pourréforme...
Dans son essai controversé, Douglas Hay soutient que, par l’utilisation de la« délicatesse » et de la « circonspection »30...
gouvernement se trouve obligé d’agir. Il faut d’ailleurs noter que les paroisses elles-mêmesn’hésitent pas de leur côté à ...
B- L’hostilité face à la « nouvelle police »         En 1829, la création de la Metropolitan Police change considérablemen...
système du Guet, qui n’avait été que peu critiqué, ont été incorporés dans la police de la ville – un élément de continuit...
Frileuse aux changements, la population britannique a donc bien du mal à accepter lamise en place de la « nouvelle police ...
sont des professionnels, et sont donc plus regardants sur les différentes lois, notamment ducommerce ou de la vente de boi...
police en 1829, qui est un vétéran de Waterloo48. Les policiers vivent de plus dans descasernes, ont une hiérarchie proche...
3- La « nouvelle police », inefficace et coûteuse         Dès la création de la Metropolitan Police, les contribuables lon...
Se référant à Clive Emsley, Robert Reiner explique en partie cette inefficacité par la« radinerie fiscale ». Les contribua...
C- L’œuvre de Robert Peel         L’hostilité envers la « nouvelle police » explose de manière si forte et si soudaine, et...
La réforme est si lente qu’en 1856, treize boroughs60 refusent toujours de se mettreen conformité avec les lois précédente...
Le rejet du jacobinisme a une conséquence directe sur la police britannique. LaMetropolitan Police est la seule force de G...
association, créée en juin 1836. Le mouvement chartiste se donne pour mission de porter lesrevendications du monde ouvrier...
ensuite de « missionnaire laïc », qui donne une véritable aura de moralité à la profession. Lepolicier est par ailleurs te...
Napoléon, a pour ambition d’être aussi pour le reste de monde un modèle démocratiquejusque dans sa police . Dans un second...
Chapitre II                           La Belle Époque de la police           Pendant plusieurs dizaines d’années, dans le ...
A- Le déclin de l’hostilité         Les historiens s’accordent aujourd’hui à dater de la fin des années 1870 le déclin del...
Notons que les ouvriers voient également s’élever leur niveau de vie. Si nousmettons de côté le problème irlandais, nous p...
L’historienne Barbara Weinberger traduit la chute du nombre d’attaques contre lapolice par l’amélioration des relations en...
Selon Robert Reiner, « D’une institution grandement haïe et crainte, la police eu àreprésenter la législation au nom de la...
L’idée de « présence de routine » est également très intéressante, car elle pourraitexpliquer pourquoi l’hostilité à la « ...
B- L’intégration du Bobby dans la société         L’institution policière cherche, dès 1829, à construire un travail de co...
précédent, que les policiers anglais ne sont pas imperméables au problème de l’alcool :« L’alcoolisme policier [est] un pr...
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Mémoire de DEA d'histoire contemporaine sur la police anglaise comme modèle ou contre modèle des polices nationales européennes, Jean-Noël LUC (dir.), Université de la Sorbonne Paris IV, 2005, 186 p. Droits réservés. Citations académiques de rigueur.

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  1. 1. Université Paris IV – Sorbonne LA POLICE BRITANNIQUE : MODÈLE OU CONTRE-MODÈLEDES POLICES NATIONALES EUROPÉENNES ? Corentin SEGALEN DEA d’histoire contemporaine sous la direction du professeur Jean-Noël LUC Année universitaire 2004-2005
  2. 2. « L’Angleterre est le pays qui est le moinsfacile à voir en courant, car les ressorts dela société ne sont pas à la surface du sol ;ils sont profondément enracinés dans lesein de la nation, et pour les découvrir, ilfaut de longues et pénibles recherches ».Lettre du Comte de Cavour à Paul Emile Maurice (1835)
  3. 3. Remerciements À première vue, la rédaction d’un mémoire universitaire est un travail très solitaire,celui-ci ne l’a pas été. Je tiens d’abord à remercier le professeur Jean-Noël Luc, pour avoirsoutenu ma candidature à l’University College of London, puis à celle de la London School ofEconomics, et pour m’avoir, malgré l’éloignement géographique, orienté, conseillé etencouragé. Mes remerciements vont ensuite à ma famille, à Esther et sa famille, et à mesamis, Français, Anglais ou Scandinaves. Tous ont toujours su m’orienter, me soutenir, ou toutsimplement m’écouter. Je tiens bien sûr, à remercier Nils et Harriet Groten, qui m’ont permisde vivre dans de très bonnes conditions dans la ville la plus chère d’Europe. Je souhaite, enfin,remercier mes trois correcteurs, Nathalie Delanoë, Julien Cros et Mathias Gavarry, pour letemps qu’ils ont bien voulu consacrer à la correction et à la relecture de mon travail.
  4. 4. Introduction Le 14 décembre 2004, le commissioner Sir Ian Blair, qui est amené à prendre la têtede Scotland Yard le mois suivant, est interviewé sur les ondes de la BBC 4 1. Dans undiscours de grand communiquant, il affirme vouloir « faire passer [Scotland Yard] du dix-neuvième siècle au vingt-et-unième »2. Clarifiant son propos, il poursuit, « nous devonsmoderniser la gestion de la Met. Quand le commissioner et moi-même sommes arrivés, il y acinq ans, nous nous sommes donnés un certain nombre de tâches. La première était deréhabiliter la réputation de la Met. La deuxième, de réduire la criminalité, ce que nous avonsfait avec succès, et la troisième, de moderniser la culture [de la Metropolitan Police] »3.Ancien adjoint du chef de la Metropolitan Police, il reconnaît ainsi implicitement que sonprédécesseur et lui-même ont échoué dans la modernisation culturelle de la principale force depolice britannique. Il faut dire que Scotland Yard est alors touchée par plusieurs affaires deracisme et de sexisme dans ses rangs, qui sont immédiatement relayées par la presse. Balayanttout début de polémique avec l’action de son ancien supérieur hiérarchique en affirmant qu’ilsne sont « pas intéressés par qui a fait quoi » 4, il ajoute ensuite se sentir « plus concerné parce qui a été fait et par ce que nous pourrons faire différemment » 5. Ces propos, assez réalistes vis-à-vis de l’institution, peuvent être mis en parallèleavec l’une des plus récentes campagnes de recrutement de la « Met » 6 : « La MetropolitanPolice est une des polices les plus célèbres du monde. Notre but est de faire de Londres lagrande ville la plus sûre du monde » 7. Ces deux exemples nous permettent de mettre en1 Rebecca MOWLING (Crime reporter), édition gratuite de l’Evening Standard, 14 décembre 2004,« New Met chief pledges reform on race and sex », p.4.2 “Sir Ian, the deputy commissioner who takes on the top job next month, said he would drag the forceout of the 19th century and into the 21st ”.3 “ We need to modernise the managment style of the Met. When the commissioner and I came intooffice five years ago we set ourselves a number of tasks. One was the rehabilitation of the Met’sreputation. Second, reducing crime, which we have done successfully, and third to modernise theculture”.4 “ We are not interested in whodunit”. Le mot whodunit est un mot familier pour roman-policier. Ils’agit donc d’un jeu de mots qui redonne au mot « polar » son sens premier : « qui a fait quoi ».5 “ We are more concerned about what has been done and what we can do differently”.6 The Guardian, 24 novembre 2004, p. 18.7 “ The Metropolitan Police Service is one of the world’s famous police services. Our aim is to makeLondon the safest major city in the world ”.
  5. 5. évidence plusieurs points très représentatifs de la principale force de police londonienne en cedébut de vingt-et-unième siècle. En effet, en se référant au dix-neuvième siècle, Sir Ian Blair rappelle implicitementque la Metropolitan Police a été créée par Sir Robert Peel en 1829. Il sous-entend également,en le regrettant, que l’organisation, les structures et les méthodes de la Met n’ont que peuchangé en cent soixante-quinze années. Nous pèserons le pour et le contre de cetteaffirmation en dressant de manière panoramique le tableau de l’évolution des forces policièresbritanniques depuis 1829 - en l’élargissant aux autres polices anglaises, organisées, nous leverrons, plus ou moins sur le modèle de la « Met » 8. En effet, il n’y a pas une policebritannique, mais cinquante-cinq, comme le rappelle Jean-Claude Monet. « Le nombre de corpspoliciers distincts [dans les îles britanniques] dépasse la cinquantaine, puisqu’aux 43 policesd’Angleterre et du Pays de Galles s’ajoutent les 8 polices d’Ecosse, la police d’Irlande du Nord – laRoyal Ulster Constabulary -, enfin les polices des îles de Man, de Jersey et de Guernesey, qui, toutes,ont un régime ou des formes d’organisation assez différents des polices anglaises et galloises »9. La deuxième caractéristique mise en évidence par ces deux exemples réside dans laprésence, on voudrait dire l’omniprésence, de la police dans les médias. Cette présence estdouble. Les différentes polices anglaises ont une politique de communication très importante,et achètent fréquemment des espaces et - dans la presse écrite - des encarts publicitaires, quece soit pour recruter, pour informer, ou simplement pour rassurer le public. On trouve ainsitrès fréquemment des offres d’emploi publiées par la hiérarchie policière dans les différentsjournaux. Mais on relève ensuite, la présence quasi journalière de la police, que ce soit dansles rubriques des faits-divers ou simplement dans des articles sur son organisation, dans lapresse « tabloïd », ce qui ne surprend pas, mais également dans la presse dite « sérieuse ». Cesdifférents articles ne ménagent d’ailleurs pas la police. Cette profusion d’informations setraduit par l’existence, dans les journaux anglais, mais aussi à la radio et à la télévision, de« crime reporter », sorte de spécialistes de la police et des affaires en cours. Cet intérêt desmédias pour la police a obligé l’institution à prendre soin de son image médiatique et à sedoter d’une politique de communication qui n’a pas son égal en Europe.8 Lire à ce propos Claude JOURNÈS, « La police en Grande-Bretagne », pp. 214-215 in IHESI,Polices d’Europe, L’Harmattan, Paris, 1992, 266 p.9 Jean-Claude MONET, Polices et Sociétés en Europe, Institut international d’AdministrationPublique, La Documentation Française, Paris, 1993, p.79.
  6. 6. Pour les historiens et les sociologues, cette volonté de communiquer s’est traduite parune plus grande ouverture de l’institution policière en Grande-Bretagne, comparée aux autrespolices européennes confrontées à ce que Jean-Louis Loubet del Bayle appelle « la traditionde secret ». « Ce souci, sinon cette obsession, du secret a d’ailleurs été relevé par tous leschercheurs qui se sont intéressés à la « culture policière » ou ont tenté de décrire “lapersonnalité de travail” des policiers »10. Pour Claude Journès, cette ouverture de la policebritannique s’explique notamment par « la décentralisation de principe de son organisation »,qui, selon lui, « favorise l’obtention d’autorisations d’enquête »11. En 1990, il note: « Alorsqu’il y a vingt ans, on ne comptait sur ce thème qu’une poignée de chercheurs, la Fondationde la police a pu recenser deux cents projets de recherche pour les années 1985-1986 (ThePolice Foundation, 1987) »12. La police anglaise n’est pas un objet historique non identifié.Les travaux de Clive Emsley ou de Robert Reiner, pour ne citer qu’eux, ont grandementamélioré la connaissance de l’institution policière britannique, souvent par une remise encause profonde de la vision policière des forces de l’ordre britanniques. De manière assezsurprenante, les chercheurs Français se montrent parfois plus indulgents avec les Bobbies queleurs confrères d’Outre-Manche. La création de la « nouvelle police », sous la direction du Home Secretary Sir RobertPeel, a lieu à Londres en 1829. L’histoire de la Metropolitan Police, dont le quartier généralest basé dans une rue du quartier de Westminster, le Great Scotland Yard, bénéficie pendantenviron un siècle et demi, d’un traitement particulièrement positif de la part des historiens. Leplus connu, Charles Reith publie de la fin des années trente jusqu’aux années cinquante « desouvrages qui exaltent la police anglaise issue de la communauté, garante de la liberté, enl’opposant à la police française »13. À partir du milieu des années soixante-dix, une nouvellegénération d’historiens remet en cause cette histoire idéalisée, faisant preuve de bien moinsd’indulgence envers celle qui se prétend « la meilleure police du monde ». Robert Reinerappelle ces deux écoles historiques opposées « l’histoire orthodoxe » et « le compte10 Jean-Louis LOUBET DEL BAYLE, « Unité et diversité dans l’histoire des polices européennes »,CSI, n°7, novembre 1991-janvier 1992, p. 167.11 Claude JOURNÈS, « La police en Grande-Bretagne », in ERBES Jean-Marc et al., Policesd’Europe, IHESI - L’Harmattan, 1992, p. 211.12 Idem, « La recherche en sciences sociales sur la police en Grande-Bretagne : esquisse d’un bilan »,CSI, n°10, janvier 1990, p. 262.13 Claude JOURNÈS, « La police en Grande-Bretagne », p. 212.
  7. 7. révisionniste »14. Nous avons pris dans ce mémoire le parti de briser le mythe du Bobby pourlui reconnaître ses véritables qualités. Nous montrerons alors en quoi le modèle de policebritannique représente ou non une exception réelle au regard des autres polices du continenteuropéen. En étudiant la construction du modèle policier britannique depuis la naissance de laMetropolitan Police jusqu’à la première moitié du vingtième siècle, nous montrerons quel’image consensuelle du Bobby est littéralement façonnée par Robert Peel et ses successeurs.À la fin du dix-neuvième siècle, leurs efforts sont finalement récompensés. Les policiersbritanniques deviennent un symbole à part entière de la Grande-Bretagne, faisant la fierté dela population et suscitant l’admiration des visiteurs étrangers. Cependant, le modèle policier, intimement lié à l’époque victorienne, est ébranlé, àpartir des années cinquante, par la modernisation rapide de la société. Une période de crises’ouvre. L’augmentation de la délinquance et l’impression de déphasage entre les policiers etla population entraîne de profonds changements dans la manière de faire la police, qui,toujours plus répressive, abandonne son caractère consensuel. Le retour, depuis les années quatre-vingt-dix, au modèle de police consensuel s’avèreplus rhétorique que réel. Nous verrons qu’au début du vingtième et unième siècle, la situationnationale britannique oblige la hiérarchie policière à se diriger vers un abandon progressif dumodèle britannique de police, qui s’aligne de façon inexorable sur celui de l’Europe et desEtats-Unis. Si la police britannique a pu réellement constituer un modèle pour les autrespolices européennes, il s’avère que le Royaume-Uni cherche aujourd’hui simplement à être àl’avant-garde mondiale de la militarisation et du contrôle de la population.14 Robert REINER, The politics of the Police, pp. 16 et 24. « Orthodoxy history », « Revisionistaccount ».
  8. 8. Première partie La fabrication du modèle Sans doute faut-il, avant de prétendre reconstituer l’évolution du modèle de policebritannique de la fin du vingtième siècle à nos jours, s’attarder sur son invention et sa mise enplace. Reconstituer l’histoire de la police britannique de 1829 à 1950, c’est aussi tenter deretrouver les fondements, les caractéristiques, et la singularité de la police britannique tellequ’elle apparaît aujourd’hui. En 1829, Sir Robert Peel crée la Metropolitan Police. Il met un terme au système quiprévallait jusqu’alors, et qui s’appuyait sur une conception bipolaire de sa mission : d’un côtéune justice implacable de notables, et de l’autre une police locale, citoyenne et bénévole. Lacréation de ce que les contemporains appellent alors la « nouvelle police » rencontre unehostilité farouche et immédiate, qui ne semble décroître qu’à partir des années 1870. Cetaccouchement dans la douleur de la police professionnelle est fondamental dans laconstruction du modèle policier britannique. L’institution policière est en effet modelée par lerejet initial de la population. Mais, à la fin du dix-neuvième siècle, la police semble avoir pris ses marques et avoirfinalement réussi à s’intégrer dans la population. La Belle époque, comme on l’appelle enFrance, est une époque où l’attachement de la population au Bobby devient réalité. C’est aussià ce moment que naît la figure mythique du policier désarmé, disponible et débonnaire. Nousverrons que si cette image est en grande partie fabriquée de toutes pièces, elle a desconséquences très positives, à la fois sur les conditions de travail et sur le comportement despoliciers, mais également sur les relations que la population britannique entretient avec sapolice. La première moitié du vingtième siècle voit une véritable unification du pays par lespoliciers, qui deviennent un lien de toute importance, presque incontournable, entre lesdifférentes classes sociales. La figure du policier symbolise la culture britannique. Et si lemodèle policier, qui a fait ses preuves, se modernise, il ne connaît pas de changementsmajeurs. Le comportement des policiers sous les bombardements allemands de la SecondeGuerre mondiale apparaît comme le point d’orgue du modèle policier britannique et del’image héroïque du Bobby.
  9. 9. Chapitre I La « nouvelle police » de Robert Peel L’histoire du système policier professionnel en Grande-Bretagne commence en 1829avec la création de la Metropolitan police. Sir Robert Peel, son créateur, est le tout nouveauSecrétaire du Home Office, équivalent britannique du ministre de l’Intérieur français. Créateurde la Police Royale d’Irlande, Royal Irish Constabulary, son objectif est de donner àl’ensemble du Royaume-Uni une police professionnelle et nationale. Il considère en effetqu’un système hérité du Moyen-Âge n’est pas digne d’un pays en pleine modernisation. Ilappelle de ses vœux une police nationale, placée sous le contrôle de l’État. A ses yeux, cettepolice devra être formée, commandée et donc contrôlée par le gouvernement : une police, ensomme, à l’image de ce qui existe dans la plupart des pays du continent européen. La création de la « nouvelle police » à Londres, a pour conséquence de mettre unterme au vieux système des Watchmen, en français, « les hommes du Guet ». L’ensemble dela population voit pourtant d’un mauvais œil la suppression d’un système plusieurs foisséculaire. Ce système, beaucoup d’hommes politiques désirent le réformer à partir de la fin dudix-huitième siècle. Ils sont systématiquement obligés de battre en retraite devant la défenseacharnée de ceux qui craignent de voir le pouvoir de l’État supplanter celui des collectivitéslocales. Dans toutes les couches de la population, l’hostilité à la « nouvelle police » estparticulièrement forte dans les premières années de sa création. Luttant contre vents etmarées, Robert Peel réussit finalement à l’imposer, au prix, il est vrai, d’un certain nombre decompromis qui dénaturent quelque peu son projet originel. Nous allons voir dans une première partie à quoi ressemble la police britannique avantRobert Peel, ce qui la caractérise. Dans une deuxième partie, nous nous demanderonspourquoi l’hostilité à la nouvelle police est aussi forte et si largement partagée au Royaume-Uni. Enfin, nous verrons comment Robert Peel réussit à faire accepter sa police, en tenantcompte notamment des appréhensions de l’aristocratie et de la bourgeoisie.
  10. 10. A- La police anglaise avant 1829 Héritier du Moyen-Âge, le système britannique de police résiste à toute tentative deréforme jusqu’en 1829. La force de police, qui réunit les Watchmen et les Parish constablesest composée de citoyens élus ou bénévoles. La justice, de son côté, rendue pas les « juges depaix », dépend de la Criminal Law, garante de l’Habeas Corpus contre l’absolutisme royal. Etmême si, à partir de la fin du dix-huitième siècle, plusieurs hommes politiques tententsuccessivement de réformer le système, ils se voient obligés de renoncer devant les levées deboucliers qu’entraîne systématiquement toute tentative de réforme. 1- Les Watchmen et les Parish constables Au début du dix-neuvième siècle, les missions de police sont accomplies par lesWatchmen. Ces hommes sont généralement volontaires et travaillent à temps partiel 15. Ils sont,dans la plupart des cas, très mal payés par leurs paroisses. Le système du Guet diffèrecependant selon les villes et les régions de Grande-Bretagne. Ainsi, à Norwich, tout hommeâgé de plus de seize ans se doit d’accomplir deux nuits de garde chaque année 16. Le fait quechaque homme soit, deux fois l’an, garant de la sécurité de ses voisins, est particulièrementremarquable : il permet un contrôle plutôt efficace des maisons la nuit, à l’heure où lescriminels de l’époque sévissent. On imagine en effet qu’un homme a à cœur de surveiller sespropres biens et ceux de ses parents ou de ses proches. Le fait que l’on doive deux nuits à lacollectivité renforce le sentiment d’appartenance à un groupe, à un village ou à un quartier.L’intégration de jeunes hommes dans ces tournées permet aussi de responsabiliser les futursmembres de cette communauté et relève donc quelque part d’un rôle éducatif. Le système estappelé « hue and cry ». Il est assez révélateur du genre de méthodes des hommes du Guet.L’expression est traduisible en Français par « crier haro » sur les criminels, il s’agit donc deprendre le voleur ou le criminel en flagrant délit avant de le mener devant la justice, puis enprison et, parfois, à la potence.15 Philippe CHASSAIGNE, « Du ‘‘travailleur en manteau bleu” au gardien de la loi et de l’ordre :professionnalisation et statut des policiers en Angleterre au XIXe siècle », in Pierre GUILLAUME(dir.), La professionnalisation des classes moyennes, Zalence, MSHA, 1996, p. 170 .16 Entrevue avec M. Simon RENTON, professeur à l’University College of London.
  11. 11. Pendant de nombreuses décennies, les nobles participent activement au Guet, commetous les autres citoyens. Cependant, à partir de la fin du dix-septième siècle, ceux-ci refusentces missions qu’ils jugent fatigantes, contraignantes, parfois dangereuses mais surtout bientrop indignes de leurs statuts de gentlemen. Ils payent donc des remplaçants, un peu à lamanière des conscrits des armées de la République. On comprend que cela n’est pas dénué desens en lisant le portrait, dressé par Ruth Paley, du watchman londonien du début du dix-neuvième siècle : « Sa première tâche était de patrouiller la nuit dans les rues et de se débrouiller avec les ivrognes, les prostituées et les bagarreurs. Il était mal payé et augmentait ses rentrées d’argent en rendant différents services aux riverains comme celui de servir de réveil le matin de bonne heure. Selon les opportunités présentées par la structure économique et sociale de son voisinage, il pouvait ou ne pouvait pas être dans la position de recevoir des “cadeaux” des patrons de pubs, des prostituées ou d’autres, inquiets de s’assurer de sa bienveillance »17. Le Guet vérifie que les portes ne sont pas fracturées et contrôle l’identité despersonnes suspectes. Mais si les tâches sont ingrates, elles attirent cependant un très grandnombre de candidats. Chaque candidat doit apporter des preuves de bonne morale. Une limited’âge est par ailleurs établie, à quarante ou quarante-cinq ans selon les régions18. Cette vision,assez récente, est venue contrebalancer la thèse des historiens dits « légitimistes ». Jusqu’auxannées quatre-vingt, ces derniers soutenaient en effet que les constables et les watchmen« venaient généralement des rangs des insolvables, sinon des séniles et alcooliques »19.Robert Reiner a d’ailleurs démontré que « ni les anciens constables, ni les watchmen n’étaientaussi inefficaces ou corrompus que ne les dépeignait l’orthodoxie »20. À la différence des Watchmen, les Parish constables, ou connétables paroissiaux,sont élus par un groupe de représentants paroissiaux. Ils ne sont pas rémunérés. Au tournantdu seizième et du dix-septième siècle, la paroisse leur rembourse cependant quelquesdépenses comme l’avoine pour les chevaux ou l’huile pour les lampes. Mais la principale17 Ruth PALEY, Criminal Justice History, p. 114. « His primary task was to patrol the streets at nightand cope with drunks, prostitutes, and brawlers. He was poorly paid and augmented his income byperforming various services for local inhabitants such as providing early morning alarm calls.Depending on the opportunities presented by the economic and social structure of his neighbourhood,he may or may not have been in position to receive “gifts” from publicans, prostitutes, and othersanxious to secure his goodwill ».18 Ibid., p. 104.19 Sally MITCHEL, Victorian Britain, an encyclopedia, St James Press, Londres, 1988, p. 436.« Constables and their watchmen generally came from the ranks of the insolvent, if not the senile andalcoholic ».20 Robert REINER, The politics of the police, p. 35. « Neither the old constables nor the watchmenwere as ineffective or corrupt as painted by orthodoxy ».
  12. 12. manne financière est constituée par le partage des récompenses pour les captures descriminels, ce qui peut représenter une confortable entrée d’argent. Les récompenses sontparticulièrement élevées pour les meurtriers, les voleurs de chevaux ou les bandits de grandschemins. Certes fragmenté, le système des Watchmen et des Parish constables est pourtantloin d’être inefficace, puisqu’il est organisé par les gouvernements locaux, pour de petiteszones bien connues, et présentant chacune leurs problèmes propres. Cependant, ses principauxinconvénients résident dans les différences d’effectifs d’une paroisse à une autre, dans ladifficulté pour appréhender les bandits de grands chemins et enfin, dans le manque decontrôle de l’État sur la formation et le commandement de la police. Et c’est ce dernier pointqui pose sans doute le plus de problèmes à Robert Peel. 2- La Criminal Law Si l’on veut comprendre l’histoire de la police avant 1829, il est utile de se penchersur l’histoire de la Criminal Law, l’histoire du droit pénal anglais. La fonction de Justice ofthe peace est créée en 1361. Ces « juges de paix » sont au cours des siècles dotés d’un nombrecroissant de pouvoirs. Ils ont en effet la possibilité, au début du dix-neuvième siècle, d’arrêterdes suspects, de mener des interrogatoires, de témoigner à charge et, bien sûr, de rendrejustice. Les juges exercent donc aussi une fonction de police. Pour Douglas Hay, dans sonpamphlet à la fois révolutionnaire et controversé, Albion’s fatal Tree - l’arbre mortel d’Albion-, le rituel observé par les juges de paix de l’époque tend à donner en représentation unejustice à la fois pleine de « paternalisme » et d’ « autorité divine ». Pour cela, les jugesrevêtent des costumes d’apparat : « le bonnet noir dont ils se revêtaient pour prononcer lapeine de mort, et les gants blancs impeccables portés à la fin d’un procès dit “assises dejeune fille”, quand aucun prisonnier n’était emmené pour être exécuté »21. Ces rituels, dontnous laissons la précise description à Douglas Hay, n’ont donc pas qu’un intérêt traditionnel: « le but était d’émouvoir le tribunal, d’impressionner les badauds par la parole et le geste,de lier, dans leurs esprits, terreur et pouvoir du Verbe aux caractères de l’autorité21 Douglas HAY, Albion’s fatal Tree, p. 21. « The black cap which was donned to pronounce sentenceof death, and the spotless white gloves worn at the end of a “maiden assize” when no prisoners wereto be left for execution ».
  13. 13. légitime »22. L’utilisation de la « Clémence » et du « Pardon » avait mis, selon lui, « lesinstruments principaux de la terreur légale – les gibets – directement dans les mains de ceuxqui détenaient le pouvoir »23. Plus que des Watchmen ou des Parish constables, il faut donc bien noter que c’estdes juges eux-mêmes que dépend la sécurité des Anglais du début du dix-neuvième siècle.Selon les détracteurs marxistes de cette Criminal Law, elle ne prend d’ailleurs principalementen compte que la protection des intérêts des plus riches, c’est-à-dire, à l’époque, despropriétaires. John H. Langbein , un historien américain, s’est insurgé contre la thèse deDouglas Hay, dans une réponse appelée Albion’s Fatal Flaw, la Faille Fatale d’Albion. Pourlui, en effet, « La Criminal Law et ses procédures existaient pour servir et protéger lesintérêts des gens qui souffraient en tant que victimes de la criminalité, des gens quin’appartenaient massivement pas à l’élite »24. Honnissant ce qui, pour lui, n’est qu’un« travail marxiste », il affirme que les délinquants, « pour sûr, étaient pauvres pour laplupart, comme les criminels ont tendance à l’être »25, ce qui peut être discuté ; mais concèdele fait que « les élites victimes devaient être certainement traitées avec plus de courtoisie »26.Ainsi, toujours pour Douglas Hay, la peine de mort pour atteinte à la propriété n’est quel’instrument de la classe dirigeante pour se protéger des classes laborieuses. La plupart deshistoriens s’accordent aujourd’hui sur le fait que « la petite classe dirigeante, définie par Haycomme englobant la petite noblesse, l’aristocratie et peut-être les grands marchands, créal’idée qu’une police régulière ou une armée de métier étaient répugnantes et qu’ilsdépendaient par conséquent de la Criminal Law, aussi bien comme instrument d’autorité, quecomme principale arme idéologique »27.22 Ibid., p. 29. « The aim was to move the court, to impress the onlookers by word and gesture, to fuseterror and argument into the amalgam of legitimate power in their minds ».23 Ibid., p. 48. « [Mercy and Pardon] put the principal instrument of legal terror – the gallows –directly in the hands of those who held power ».24 John H. LANGBEIN, « Albion’s Fatal Flaws », in Past and Present, n°98, Oxford, 1983, p. 96.« The criminal law and its procedures existed to serve and protect the interests of the people whosuffured as victims of crime, people who were overwhelmingly non-élite ».25 Ibid. p. 98. « To be sure, most of them were poor, as criminal tend to be ».26 Ibid. p. 99. « élite victims must have been treated with greater courtesy ».27 Peter KING, « Decisions-makers and decision making in the English Criminal Law, 1750-1800 »,The Historical Journal, 27, p. 26. « This small ruling class, defined by Hay as encompassing thegentry, the aristocracy and possibly the great merchants, found the idea of regular police or astanding army repugnant and was therefore reliant on the criminal law as both its main instrument ofauthority and its chief ideological weapon ».
  14. 14. 3- Le refus des réformes Alors que l’Angleterre en entame sa révolution industrielle, des voix s’élèvent pourréformer, moderniser et professionnaliser le système judiciaire et policier. Mais dans les deuxcas, les conservateurs font bloc contre les réformateurs et reportent sine die la transformationdu système judiciaire britannique, garant, selon eux, du bon fonctionnement de la monarchieparlementaire. Nous allons voir dans un premier temps comment s’organise la riposte desconservateurs face à ceux qui veulent remettre en question la Criminal Law, puis quels sontles arguments pour garder le vieux système des Watchmen et des Parish constables. Douglas Hay se rend bien compte que « la longue résistance aux réformes de la loicriminelle a rendu perplexes les écrivains postérieurs ». Pour lui, elle s’explique facilementpar la vision marxiste de la lutte des classes. Les parlementaires étant généralement desgrands propriétaires terriens, ils craignent avec raison qu’une réforme aux objectifshumanistes ou centralisateurs ne remette en question leur pouvoir local. Ils pensent que leurspropriétés et leurs biens seraient mis en danger par de telles réformes. En 1808, unparlementaire, Samuel Romilly, se fait le chantre de la réforme de la Criminal Law enproposant l’abolition de la peine capitale pour les atteintes à la propriété privée. Jugeant,d’après Randall McGowen, « le procédé judiciaire existant » à la fois « incertain, injuste,inefficace et potentiellement tyrannique »28, puisque le non recours à la peine de mort est alorslaissé à la seule clémence des juges. La réponse des conservateurs ne se fait pas attendre.Aidés des juges et des agents de la loi de la Couronne, les Tories contre-attaquent. WilliamWindham, éternel défenseur des institutions anglaises, s’attaque violemment à la propositionde Romilly en utilisant l’exemple français comme repoussoir : « La Révolution française n’a-t-elle pas commencée avec l’abolition de la peine capitale pour tous les cas de figure; maispas avant d’avoir sacrifié leur souverain, dont l’exécution passe pour l’apothéose dugenre »29.28 Randall McGOWEN, « The image of Justice and Reform of the criminal Law in early nineteenth-century England », Buffalo Law review, vol. 32, 1983, p. 100. « The existing judicial process wasuncertain, unjust, inefficient, and potentially tyrannical ».29 Ibid, p. 102. « Had not the French Revolution begun with the abolition of capital punishments inevery case; but not till they had sacrificed their sovereign, whom they had thus made the grand finaleto this species of punishment ».
  15. 15. Dans son essai controversé, Douglas Hay soutient que, par l’utilisation de la« délicatesse » et de la « circonspection »30 au cours des jugements, « la petite noblessearriva à maintenir l’ordre sans faire quoi que ce soit de ressemblant à la police politiqueutilisée par les Français, mais c’était un ordre qui semblait souvent reposer sur desfondations précaires »31. Ces fondations sont en effet précaires, puisqu’en 1819, les Whigstentent d’établir un comité pour enquêter sur le fonctionnement des lois criminelles32. LesTories, défenseurs du système, rejettent la proposition. A partir de ce moment, la réforme dela Criminal Law s’affirme alors comme un enjeu politique majeur : « Les arguments en faveurde l’atténuation du code criminel offrirent une manière de critiquer le gouvernement »33. Laseule réforme importante a lieu en 1751.Le résumé officiel de la loi est limpide : « une loipour donner plus de sécurité aux Juges de Paix dans l’exécution de leurs fonctions »34. En ce qui concerne la police, le clivage entre les réformateurs et les conservateursn’est pas autant politisé. Le prédécesseur de Robert Peel au Home Office, Lord Shelbruneestime que le système policier britannique est « imparfait, inadéquat et atroce »35. PremierHome Secretary à critiquer le système, il ne cherche pourtant pas à le réformer. Quelquestentatives ont lieu, généralement après de tristes faits-divers, pour améliorer le système desWatchmen. mais toute tentative de nationalisation du problème semble condamnée à l’échec.Ainsi, en 1762, les magistrats de Bow Street – où se trouve le Home Office – organisent despatrouilles à cheval pour surveiller les routes et arrêter les bandits de grands chemins. Dès1764, des critiques se font entendre. Un des détracteurs « ne voit simplement pas pourquoiquelqu’un devrait attendre du roi d’Angleterre qu’il paye pour un Guet concernant le comtédu Middlesex »36. En 1780, l’expérience est renouvelée. Mais ce type d’opération est toujourséphémère, rendu possible par un moment de crise ou de peur collective face auxquelles le30 « Delicacy and circumspection ».31 Douglas HAY, Albion’s Fatal Tree, p. 49. « To maintain order without anything resembling thepolitical police used by the French ».32 Randall McGOWEN, p. 106. « Establishing a committee to investigate the operation of the criminallaws in 1819 ».33 Ibid. « The arguments for mitigation of the criminal code provided a way to criticize thegovernment ».34 Ruth PALEY, Criminal Justice History, p. 107. « An Act for Rendering Justices of the Peace MoreSafe in the Execution of their Office » (les majuscules sont d’origine).35 Ruth PALEY, Criminal Justice History, (OU IBID ?)p. 95. « An imperfect, inadequate andwretched system ».36 Ibid., p. 105. « He complained that he simply could not see why anyone should expect the king ofEngland to pay for a watch for the county of Middlesex ».
  16. 16. gouvernement se trouve obligé d’agir. Il faut d’ailleurs noter que les paroisses elles-mêmesn’hésitent pas de leur côté à apporter des améliorations significatives. The Middlesex Justices Bill, ou projet de loi sur les juges de paix du Middlesex, meten place une première organisation professionnelle de police dans la capitale anglaise. Larégion de Londres est partagée en sept quartiers, excluant la City, dont les représentants,influents, sont extrêmement attachés à leur indépendance en matière de police. Chaquequartier dispose d’un poste de police, qui accueille trois magistrats aidés de quelquespoliciers. Un de ces magistrats, dénommé Patrick Colquhoun, publie en 1792 un Traité sur lapolice de la Métropole qui est réédité, revu et corrigé sept fois, jusqu’en 1806. Il est considérépar les premiers historiens de la police anglaise comme « l’architecte qui conçut notre policemoderne »37. Chantre de la prévention et de la séparation des fonctions de policier et de jugeilpropose, dans sa dernière version, la création d’un comité de commissioners pourvu depouvoirs importants et placé sous la responsabilité du Home Office. Il ne parvient cependantqu’à créer une police pour la Tamise en 1798, qui devient le fer de lance des réformistesutilitaristes, dont la principale figure demeure le philosophe Jeremy Bentham. En 1811, le Home Office tente encore de changer la législation concernant lesWatchmen pour forcer les paroisses à définir une norme uniquepour les différentesorganisation du Guet, et à améliorer la coopération entre les Watchmen, « en transférantprobablement au moins une partie de la responsabilité du Guet des responsables paroissiauxaux fonctionnaires »38. L’idée n’est pas neuve puisque ces mêmes fonctionnaires proposentdéjà la réforme en 1802. Le fait que la tentative de réforme n’arrive que dix ans plus tardtraduit « la réticence d’un ministère relativement instable à se laisser entraîner dans ce qui nepourrait devenir qu’une initiative controversée »39. Le Trésor s’oppose d’ailleurs à cetteréforme, car l’Angleterre, en pleine guerre contre la France napoléonienne, ne peut sepermettre d’augmenter ses dépenses. Il faut attendre 1822, pour que Robert Peel, HomeSecretary pour la première fois, mette en place les premières patrouilles en uniforme àLondres. Retournant au Home Office en 1828, il décide de créer la Metropolitan Police. Laproposition rencontre une très forte hostilité.37 LEE, History of Police, p. 209. « The architect who designed our modern police ». In Ruth PALEY,p. 96.38 Ruth PALEY, Criminal Justice History, p. 111. « Probably by transferring at least part of theresponsibility for supervising the watch from the vestries to the stipendiaries ».39 Ibid. « The reluctance of a relatively unstable ministry to become embroiled in what was bound tobe a controversial initiative ».
  17. 17. B- L’hostilité face à la « nouvelle police » En 1829, la création de la Metropolitan Police change considérablementl’organisation de la police à Londres. Robert Peel donne à la métropole sa première force depolice moderne et professionnelle. La métropole londonienne est divisée en dix-septcirconscriptions, chacune pourvue d’un superintendent commandant quatre inspectors et seizesergeants. Chaque sergeant est responsable de neuf constables. Huit hommes patrouillentdans le quartier, tandis que le dernier reste en réserve au poste. Les effectifs s’élèvent donc àun peu moins de trois mille hommes. Les deux commissioners d’origine et leurs conseillerssont installés dans la circonscription de Whitehall, dans une zone appelée Great ScotlandYard, qui devient le second nom de la Metropolitan Police. Mais cette magnifiqueorganisation, loin de transporter les foules, reçoit un accueil glacial. Suscitée par la créationde ce que les Anglais appellent alors la « nouvelle police », l’hostilité s’étend sur tout leterritoire à toutes les classes sociales. Elle est particulièrement forte dans les débatsparlementaires, mais aussi dans les journaux et dans les rues où le nombre d’attaques contreles policiers augmente de manière vertigineuse. C’est que les causes de cette hostilité sontnombreuses. 1- La peur du changement La cause la plus simple de l’étonnante hostilité qui parcourt toutes les classessociales de la société britannique dans la première moitié du dix-neuvième siècle, est sansdoute la peur du changement, de l’inconnu. La création de la « nouvelle police » remplace lesanciens constables par des policiers totalement inconnus. Alors que le Watchman ou le Parishconstable est l’ancien camarade, le voisin, l’ami, un homme en qui la population peut faireconfiance, le nouveau police constable est un inconnu, né dans une autre paroisse, voire dansune autre ville. Il parle l’anglais avec un accent généralement différent, ce qui souligne sasupposée incapacité à comprendre les problèmes locaux. Dans certains cas, les nouveaux policiers sont même Irlandais. Ce qui, pour unAnglais, peut poser de graves problèmes, puisqu’il voue souvent une haine viscérale auxIrlandais. Dans les villes où les watchmen sont intégrés à la « nouvelle police », l’hostilitésuscitée par la réforme n’est pas si forte. Victor Bailey donne ainsi l’exemple de Portsmouth,sur la côte Sud de l’Angleterre : « Quand la réforme arriva en 1835, les hommes du vieux
  18. 18. système du Guet, qui n’avait été que peu critiqué, ont été incorporés dans la police de la ville – un élément de continuité qui peut expliquer en partie l’absence de résistance populaire à la nouvelle force »40. Dans les campagnes, la population ne comprend pas que des étrangers, souvent citadins, remplacent des hommes qui ont vécu toute leur vie à cet endroit. Vingt-cinq ans après la création de la « nouvelle police », si la population anglaise conçoit le besoin d’une police professionnelle dans les villes, la campagne, à leurs yeux, n’en a nulle utilité : « Les troubles et les émeutes de Blackburn et Wigan en 1853 reçurent beaucoup de publicité nationale (The Times, 25 mars, 5 novembre 1853), et, dans bien des cas, on voyait comme cause de ces troubles une force de police numériquement inadéquate, “l’intérêt” du contribuable étant à l’origine de cette parcimonie numérique. La campagne pour une police professionnelle en uniforme obtient des soutiens à cause de ces émeutes du Nord. Toutes deux alimentèrent la croyance de l’époque selon laquelle les villes seules, non les campagnes, requerraient un meilleur système de police»41. Le système des Watchmen et des Parish constables semble en effet plus efficace auxyeux de la plupart des sujets britanniques. La surveillance des biens et des propriétés, nousl’avons noté dans la première partie de ce chapitre, est relativement bien effectué. À ladifférence d’autres pays d’Europe, dont la France, il n’y a alors que peu de déplacements depopulations, donc peu de nouveaux visages. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : « À la veille dupremier conflit mondial, sur cent citadins des villes anglaises, à peine plus de dix pour cent deshabitants ne sont pas des citadins de souche alors que, dans les villes françaises, ils sont plusde quatre-vingt pour cent à être des citadins de fraîche date »42. Les nouveaux policiers,recrutés à dessein dans d’autres villes, connaissent des difficultés pour s’intégrer auxcommunautés qu’ils doivent protéger. 40 Victor BAILEY, Policing and Punishment in nineteenth Century Britain, Croom Helm, Londres, 1981, p. 19. « When reform came in 1835, the men of the old watch system, about whom little criticism had ever been voiced, were drafted into the town police – an element of continuity, which in part, explains the absence of popular resistance to the new force ». 41 Carolyn STEEDMAN, Policing in the Victorian Communauty, the formation of English provincial police forces, 1856-80, Routledge and Kegan Paul PLC, Londres, 1984, p. 23. « The disturbances and riots in Blackburn and Wigan in 1853 had received a good deal of national publicity (The Times, 25 March, 5 November 1853), and in many ways a numerically inadequate police force in those towns was seen as the cause of disturbance, with ratepayer ‘interest’ at the root of numerical parsimony. The campaigned for a uniform and professional police gained support because of the northern riots, and they both reflected and intensified a contemporary belief that it was the urban situation, not the rural, that demanded a better police system ». 42 Jean-Luc PINOL (dir.), Histoire de l’Europe urbaine, De l’Ancien Régime à nos jours, expansion et limite d’un modèle (Vol. 2), Seuil, 2003, p. 77.
  19. 19. Frileuse aux changements, la population britannique a donc bien du mal à accepter lamise en place de la « nouvelle police ». Les Anglais voient d’un mauvais œil qu’on lesremplace par des étrangers pour faire la police. Ne voyant pas l’utilité d’une telle réforme, ilsy décèlent, sans doute à raison, une volonté du gouvernement pour imposer ses règles à toutesles régions du Royaume-Uni et enlever par là même tout pouvoir aux gouvernements locaux.L’opposition se mobilise donc contre une tentative de centralisation jacobine. 2- Le rejet du jacobinisme Pendant la Révolution française, les membres de la Société des amis de laConstitution se réunissaient au couvent des religieux dominicains “jacobins”, situé rue Saint-Honoré à Paris. Le Jacobinisme entend faire assumer par l’État « l’essentiel des missionsadministratives sans partage avec les pouvoirs locaux »43. Pour les Britanniques, il estsynonyme de perte du pouvoir local au profit du centralisme, de l’autoritarisme dugouvernement, mais surtout, ce qui est sans doute son plus grand défaut, d’établissement d’unrégime politique de type français. Pour chacun de ses aspects, l’hostilité à la « nouvellepolice » grandit. Le declin du pouvoir local est une réalité. La Metropolitan Police dépend en effetdirectement du Home Office, et tout laisse à penser que Robert Peel a le désir de développerune police nationale sur tout le territoire de la Couronne britannique. Les gouvernementslocaux de Londres n’ont plus leur mot à dire sur le recrutement, sur les missions et lesobjectifs de la police. Ils ont, en somme, perdu « leur » police. L’hostilité à l’égard de lanouvelle police dans les conseils locaux, composés de notables, s’explique donc par cettedisparition de pouvoir. Dans les classes moyennes, l’hostilité est tout aussi forte, puisque lesanciens constables en étaient issus : « Les constables étaient choisis à l’aide de nombreuxmoyens différents parmi les membres respectables des communautés locales. Ils étaientgénéralement censés servir une année ; les tâches n’étaient ni permanentes, ni à plein tempset les constables continuaient leurs affaires tandis qu’ils servaient »44. Les nouveaux policiers43 Thomas FERENCZI (dir.), La politique en France, dictionnaire historique de 1870 à nos jours,Larousse, 2004, p. 192.44 Clive EMSLEY, « The History of crime and crime control institutions », in Mike MAGUIRE, RodMORGAN, Robert REINER, The Oxford book of criminology, p. 211. « Constables were chosen in avariety of different ways from among the respectable members of the local communities. Usually theywere expected to serve a year ; the tasks were neither permanent nor full-time and constablescontinued their trade of profession while they served ».
  20. 20. sont des professionnels, et sont donc plus regardants sur les différentes lois, notamment ducommerce ou de la vente de boissons. Sans être aussi corrompus que les historiens orthodoxesne le disent, les anciens constables étaient sans nul doute moins stricts avec leurs amis et leursconnaissances qu’un policier professionnel. La constitution de la « nouvelle police » metégalement fin au système du patronage, remplacé par une manière plus répressive de faire lapolice. La peur de l’autoritarisme est une constante dans la vie politique anglaise. Elle estprésente dans toutes les couches de la population. Le premier signe de l’évolution autoritaristeest l’élargissement des missions policières à des situations qui relèvent jusqu’alors de la vieprivée. Les nouveaux constables s’attirent les foudres du public quand ils s’attaquent aux jeuxde hasard et aux paris, extrêmement développés en Angleterre. Barbara Weinberger notequ’ils sont « utilisés par le gouvernement comme bras de la bureaucratie, en intervenant avecdes personnes contre lesquelles ils n’avaient pas l’habitude d’intervenir précédemment,spécialement en ce qui concerne les licences de pubs et le vagabondage »45. Le vagabondageest en effet développé depuis la fin des guerres napoléoniennes et le retour aux pays de soldatsdémobilisés et parfois invalides de guerre. Dans de nombreux cas, les interventions s’accompagnent de violences, en particulierparce que la population ne comprend pas pourquoi certaines habitudes anciennes sont soudainconsidérées comme illégales. Commentant une caricature de l’époque, sur laquelle on voittrois policiers matraquer allègrement des passants, Ruth Paley nous apprend que « lesallégations de brutalité policière étaient largement publiées – et crues »46. Les policiers sonten effet entraînés à remplacer les militaires pour les opérations de maintien de l’ordre,utilisant des matraques plutôt que des sabres. Le caractère militaire des policiers est bien réel.Pour la population britannique de l’époque, très peu militarisée, c’est une marqued’autoritarisme. Pour les contemporains de la création de la nouvelle police, « à bien desniveaux d’observation, il était impossible d’ignorer les liens entre la nouvelle police de 1857et le souvenir d’une armée nationale »47. La plupart des chefs de la police sont issus del’armée, comme le premier d’entre eux, Charles Rowan, placé à la tête de la Metropolitan45 Barbara WEINBERGER, in Victor BAILEY, p. 75.46 Ruth PALEY, Criminal Justice History, « “An Imperfect, Inadequate and Wretched System” ?Policing London Before Peel », in Criminal Justice History, vol.10, 1989, p. 120. « Allegations ofpolice brutality were widely publicized – and believed ».47 Carolyn STEEDMAN, p. 24.
  21. 21. police en 1829, qui est un vétéran de Waterloo48. Les policiers vivent de plus dans descasernes, ont une hiérarchie proche de celle d’une armée, participent à des défilés militaires etportent l’uniforme. Ces uniformes sont d’ailleurs bleus, la couleur des uniformes de l’ennemide toujours, la couleur des Français. La France fait alors office, comme souvent, d’épouvantail. Particulièrement en ce quiconcerne l’organisation policière. La police française est vue par les Britanniques comme unepolice politique, véritable bras armé de l’État centralisateur et alors faiblement parlementaire.Les policiers sont appelés par le Blackwood’s Magazine, les « espions généraux »49. D’aprèsBarbara Weinberger, « dans les années 1830 et 1840, l’opposition à la nouvelle police faitpartie d’un front “du rejet”, allant de la petite noblesse Tory aux radicaux de la classeouvrière, contre un nombre croissant de mesures gouvernementales qui cherchent à réguler età contrôler de plus en plus d’aspects de la production et de la vie sociale »50. On peutd’ailleurs supposer que si l’exemple de la France est utilisé, notamment par la petite noblesse,pour rejeter la réforme, c’est comme repoussoir, à des fins politiques. Il s’agit en faitd’empêcher l’intervention du gouvernement dans les affaires locales : « Les raisons de l’opposition des classes supérieures et moyennes englobent des peurs pour les libertés publiques traditionnelles, une appréhension d’un empiétement du gouvernement central dans les affaires locales, et un ressentiment pour les dépenses des contribuables. L’hostilité des classes laborieuses a été augmentée par l’intervention de la police dans les activités des loisirs, et par l’utilisation de la police pour contrôler l’organisation de la réforme industrielle et politique »51. L’opposition à la « nouvelle police » n’a donc généralement pas les mêmes causes.Cependant, toutes les classes sociales s’accordent pour dénoncer unanimementl’augmentation des impôts créée par l’abandon d’un système reposant essentiellement sur lescitoyens, pour payer des policiers professionnels. Ces derniers sont par ailleurs attaqués surleur inefficacité réelle ou supposée, causée en partie par la diminution importante des effectifsde policiers.48 Sally MITCHEL, Victorian Britain, an encyclopedia, p.436.49 Ruth PALEY, p. 121. « General spies ».50 Barbara WEINBERGER, p. 66. « In the 1830s and the 1840s opposition to the new police was partof a “rejectionist” front ranging from Tory gentry to working-class radicals against an increasingnumber of government measures seeking to regulate and control more and more aspects of productiveand social life ».51 Robert REINER, Politics of the police, p. 39. « The reasons for upper- and middle-class oppositionencompassed fears for traditional civil liberties, apprehension about central governmentencroachment in local affairs, and resentment at the expense of ratepayers. Working-class hostilitywas roused by police intervention in recreational activities, and the use of the police to controlindustrial and political reform organisation ».
  22. 22. 3- La « nouvelle police », inefficace et coûteuse Dès la création de la Metropolitan Police, les contribuables londoniens se rendentcompte du coût important d’une police professionnelle. Une caricature représente, dès 1830,John Bull, le symbole de l’Anglais moyen, littéralement écrasé par les taxes, qu’il porte sur satête, et par la dette, qu’il porte autour du cou. Deux chiens féroces, habillés en policiers, lemenacent : « - Personne ne te touchera si tu portes ça en silence. Mais… - Tu ferais mieux de le porter droit. Sinon !!! »52. Cette caricature représente assez bien l’état d’esprit des Londoniens, mais aussi detous les Britanniques, qui sont forcés de payer une police professionnelle, sans avoirpréalablement leur mot à dire. Dans les campagnes, les contribuables participent aussi à lapaie des policiers des villes. Ruth Paley nous apprend ainsi qu’en 1830 les habitants de laparoisse d’Ealing - qui, à l’époque, n’est qu’un village -, s’inquiètent de payer huit centquatre-vingts livres par an pour la « nouvelle police » alors que le coût de l’ancienne police« n’avait jamais, dans les vingt années précédentes, excédé cent livres par an »53. Le gouvernement cite l’exemple d’Hackney, dans l’Est de Londres, pour montrer quel’augmentation des dépenses n’est pas prohibitive. Les contribuables ne payent en effet quedeux cents livres de plus par an. Mais le choix de ce quartier n’est pas non plus innocent,puisque « Hackney avait la réputation de maintenir un niveau de service du Guet supérieur àtoutes les autres paroisses de Londres »54. La paroisse de Saint Luke estime quant à ellequ’elle « paye plus de mille deux cents livres de plus avec le nouveau système ». La critiquene s’arrête cependant pas là, puisque, du point de vue de la même paroisse, le service reçu est« si pauvre » que vingt de ses anciens Watchmen sont réembauchés grâce à une « cotisationvolontaire »55.52 Ruth PALEY Criminal Justice History, p. 122. « -Nobody shall touch you if you carry it quiet.But… - You’d better carry it steady. Or !!! ».53 Ibid., p. 117. « The average cost of depredations had not exceeded £100 per annum at any time inthe previous twenty years ».54 Ibid., p. 116. « Hackney had had the reputation of maintaining a higher level of watch service thanany other London parish ».55 Ibid. « St. Luke estimated that it was paying some £1200 extra under the new system, and that theservice received was so poor that twenty of its former watchmen were being employed by means of avoluntary subscription ».
  23. 23. Se référant à Clive Emsley, Robert Reiner explique en partie cette inefficacité par la« radinerie fiscale ». Les contribuables estiment souvent que les policiers sont « suffisammentnombreux pour parvenir à une surveillance étroite de toutes les zones »56. La mise en placed’une police professionnelle lie la politique fiscale à l’efficacité de la police. L’opposition àl’augmentation des taxes se ressent automatiquement dans le nombre de policiers mobilisés,même si ceux-ci reçoivent de très bas salaires. Les policiers sont effectivement peu nombreux.Quand mille sept cent Watchmen patrouillent dans le seul quartier de Westminster avant1829, trois mille policiers surveillent ensuite toute l’agglomération de Londres, c’est-à-dire,toute la zone, dans un rayon de douze miles57 autour de Charing Cross. Entre la nouvelle et l’ancienne police, la différence est nette. Au sens propre del’expression, c’est le jour et la nuit. En effet, on a vu précédemment que les Watchmentravaillaient principalement de nuit. De leur côté, les policiers en uniforme patrouillentbeaucoup plus de jour. Ceux qui travaillent de nuit sont par ailleurs sévèrement critiqués. En1830, une paroisse rapporte que « les hommes détachés à la police », l’expression montre toutle mépris envers les nouveaux policiers, « ont été vus fréquemment en état d’ébriété dansl’exercice de leurs fonctions, s’associant et fréquentant ouvertement les public houses (NdT :pubs) avec des prostituées et d’autres individus suspects »58. Les paroissiens estiment doncque les impôts servent à payer des hommes de petite vertu. L’accusation de proxénétismeapparaît d’ailleurs en filigrane. Contrairement à ce que professent les historiens légitimistes jusque dans les annéessoixante-dix, la police de Robert Peel connaît une longue période de forte hostilité à sa miseen place, qui se traduit dans le nombre croissant d’attaques verbales ou physiques contre lespoliciers. Cette hostilité n’est cependant pas ignorée par les responsables policiers et a doncune très grande importance dans l’élaboration du système policier britannique.56 Robert REINER, Politics of the Police, p. 41. « Fiscal tightfistedness often vitiated the possibilitythat the police could be numerous enough to achieve close surveillance of any area ».57 Un peu plus de dix-neuf kilomètres.58 Ruth PALEY, Criminal Justice History, p. 116. « “The men attached to the police”, reported oneparish, “have frequently been seen drunk upon duty and openly to associate and to frequent publichouses with prostitutes and other suspicious characters” ».
  24. 24. C- L’œuvre de Robert Peel L’hostilité envers la « nouvelle police » explose de manière si forte et si soudaine, etce dès sa proposition, qu’elle oblige Robert Peel à revenir sur certains des objectifs initiaux desa réforme. Son œuvre dépend en grande partie du rejet initial que suscite la mise en placed’une force de police professionnelle. Tandis que l’exportation du modèle au reste de laGrande-Bretagne est longue et difficile, nous verrons que la fondation de la MetropolitanPolice repose sur un véritable compromis. Enfin, nous verrons que l’impopularité de la« nouvelle police » a comme conséquence de mettre en évidence l’importance l’image de lapolice et la nécessité pour les pouvoirs publics de contrôler cette image. 1 - La difficile exportation du modèle Le modèle de police de Sir Robert Peel sert au développement de toutes les policeslocales britanniques. D’abord simplement conseillée, la mise en conformité à ce modèledevient ensuite obligatoire. Il est vraisemblable que Robert Peel ait toujours pensé étendre cemodèle et créer une police nationale. Pourtant, ce ne sont que quelques rares structurespolicières nationales qui voient le jour, sous le contrôle de Scotland Yard, et, hormis laMetropolitan police, la police britannique reste indépendante du Home Office. Cela entraîneun morcellement de structures policières qui foisonnent de particularismes locaux et dontnous montrerons, dans un troisième temps, quelques exemples frappants. La réforme générale du système policier britannique commence six ans après lacréation de la Metropolitan Police. En 1835, le Municipal Corporations Act permet auxboroughs, les conseils municipaux, de créer des forces de police professionnelles dans lesvilles. Il est suivi en 1839 par le Rural Constabulary Police Act, qui veut convaincre les jugesde paix des comtés ruraux de réformer également le système policier. Ces dispositions ne sontque « très imparfaitement suivies »59, sans doute, nous l’avons vu, à cause de l’hostilitéengendrée par toute idée de réforme du système policier.59 Philippe CHASSAIGNE, Villes et violences, Tensions et conflits dans la Grande-Bretagnevictorienne (1840-1914), Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2005, p. 48.
  25. 25. La réforme est si lente qu’en 1856, treize boroughs60 refusent toujours de se mettreen conformité avec les lois précédentes, une nouvelle loi rend alors obligatoire l’existenced’une force de police professionnelle. Celle-ci doit être gérée par un comité de surveillance,« watch committee », et financée par les impôts locaux, les « rates », appropriés. Cela entraînede nouvelles difficultés de financement de la police dans certaines localités, où lesresponsables locaux sont frileux à l’idée d’augmenter les impôts. Mais le caractère local de la police anglaise permet également aux policiers de mieuxs’intégrer à l’identité de la population dont ils ont la charge. La police d’Édimbourg, parexemple, intègre dans ses insignes les armoiries de la ville. Les particularités localesfleurissent, comme, par exemple, pour la taille minimale des policiers, qui oblige les recruespotentielles à choisir leur constabulary de rattachement selon ce seul critère. L’organisation,notamment hiérarchique, n’est pas la même. Ainsi, le grade de lieutenant n’existe que dans laMetropolitan Police, d’où il disparaît en 194761. Cet exemple, à première vue anodin, montreles réticences des polices locales face à la militarisation. Loin d’en adopter la hierarchie, ellespréfèrent souvent s’en tenir au grade d’inspector. La défense de l’identité locale empêche toutdéveloppement d’organisation nationale. Pour accomplir certaines missions, et dansl’intention de capturer les délinquants itinérants, le gouvernement donne à Scotland Yardtoutes les missions nationales, en les gardant donc sous le contrôle du Home office. 2 - Le compromis de la Metropolitan Police En s’inspirant de son expérience irlandaise, où il était alors Chief Secretary forIreland, Robert Peel tente de doter la Grande-Bretagne d’une police professionnelle aucaractère militaire très marqué, du même type que la gendarmerie nationale. Mais, devantl’hostilité suscitée par sa réforme, lui et ses successeurs sont obligés d’abandonner l’idéed’une police nationale, et de donner un certain nombre de garanties aux gouvernementslocaux pour faire accepter l’idée d’une force de police professionnelle. C’est ce compromisqui donne à la police britannique son caractère si particulier comparé aux autres policesnationales européennes.60 Le borough est une circonscription électorale urbaine (NdT).61 Rencontre avec l’ex-inspector Mc Millan, policier pendant trente années, aujourd’hui responsablebénévole de l’accueil au petit musée de la police écossaise à Édimbourg.
  26. 26. Le rejet du jacobinisme a une conséquence directe sur la police britannique. LaMetropolitan Police est la seule force de Grande-Bretagne que le Home Office commandedirectement. La chose est possible en 1829, parce que la ville de Londres ne dispose alors pasd’un gouvernement local. Mais, quand le Conseil du Comté de Londres est créé en 1888, etqu’il demande que lui soit transféré le contrôle de la police, cela lui est refusé sous prétexteque la zone sous le contrôle de la Met est bien plus grande que la zone du Conseil 62.Cependant, l’intérêt politique de Scotland Yard est très clair. S’il est impossible de créer uneforce de police nationale, la police de Londres dispose de la possibilité d’intervenir enprovince, où elle demeure aux ordres du gouvernement. Dès 1829, il est clair que la Met acette fonction : « Les hommes de la Metropolitan police étaient communément déployés dansles provinces comme une sorte de police nationale anti-émeute »63. Si le contrôle du Home Office sur la police se restreint à Londres, « il est loin d’êtreclair que c’était le résultat que Peel escomptait »64. Pour lui, la Metropolitan Police n’estqu’un essai pour la création d’une police nationale qui serait fermement sous le contrôle dugouvernement central. Dans ses quelques interventions qui précèdent la réforme, il affirme eneffet que « le pays tout entier a des institutions policières complètement dépassées »65. Enconcédant que Scotland Yard soit la seule force de police contrôlée directement par legouvernement, Robert Peel diminue de fait la portée du front anti-jacobin. Contre les craintesde la formation d’une police politique, les policiers sont radiés des listes électorales. Lesattaques contre la brutalité de policiers étrangers entraînent quant à elles, selon les termes deRuth Paley, « une retraite à grande échelle de la position autoritaire et agressive adoptéeinitialement »66. La retenue légendaire du Bobby naît donc aussi de cette hostilité. Pourtant, la noblesse et une partie des classes moyennes reconnaissent très vitel’utilité de la Metropolitan Police comme force anti-émeute, notamment contre le mouvementchartiste. Ce mouvement - qui tire son nom de la « Charte du peuple » qui défend, entreautres, le suffrage universel, le vote à bulletin secret, l’indemnisation des membres duParlement et la suppression des obligations de propriété - est lancé par la London Working62 Teresa Thornill, « Police Accountability », in Christian DUNHILL (dir.), The Boys in Blue,women’s challenge to the police, Virago, 1989, p. 306.63 Clive EMSLEY, « The history of crime and crime control », p. 213.64 Ruth PALEY, Criminal Justice History, p. 114. « It is far from clear that this was the result Peelintended ».65 Ibid. « The whole country which had entirely outgrown its Police institutions ».66 Ibid., p. 122. « A wholesale retreat from the aggressively authoritarian stance initially adopted ».
  27. 27. association, créée en juin 1836. Le mouvement chartiste se donne pour mission de porter lesrevendications du monde ouvrier, qu’il juge en mal de représentation démocratique. Mais, auxyeux des pouvoirs publics et de la presse, les grandes manifestations chartistes des années1837 et 1847 sont de véritables menaces révolutionnaires.. Philippe Chassaigne souligned’ailleurs que la crainte du chartisme s’avère être aussi « une incitation beaucoup plusefficace que la loi de 1835 pour que les grandes villes [réforment] leurs forces de police ». Lefossé entre la police de Robert Peel et le monde ouvrier s’en trouve élargi d’autant plus queles mouvements des uns provoquent l’extension et la professionnalisation des autres. 3- Le soin de l’image Le mécontentement croissant contre l’inefficacité et le financement de la « nouvellepolice » apparaît longtemps un problème insoluble : comment en effet embaucher plus depoliciers en limitant la pression fiscale, synonyme d’impopularité ? Ce problème, trèscomplexe, est résolu par la mise sur pied d’une véritable politique de communication dontl’objectif avoué est de faire accepter la police par la population. L’image publique de la police est aussi ancienne que la police elle-même. Mais lapolice fondée par Robert Peel est à l’avant-garde de la communication. C’est même là l’unedes caractéristique les plus remarquables de la Metropolitan Police. Cette communications’organise en trois temps. Elle s’adresse d’abord aux policiers, pour qu’ils aient une bonneimage de leur profession et de leur statut. , Ellecherche ensuite à améliorer l’image du policierdans la population., Elle s’intéresse enfin de près à la vision que les pays étrangers peuventavoir de la police britannique. Le policier londonien est « rémunéré, à peu de choses près, comme un travailleurfaiblement qualifié »67. Mais la hiérarchie tâche rapidement d’intégrer les policiers, par leurcomportement, dans les classes moyennes. « L’insistance mise sur la nécessaire sobriété despoliciers, l’interdiction faite d’accepter tout “cadeau” »68, forment des signes qui permettentà Philippe Chassaigne de déceler un « embourgeoisement » du policier professionnel, qualifié67 Philippe CHASSAIGNE, « Du “travailleur en manteau bleu” au gardien de la loi et de l’ordre :professionnalisation et statut des policiers en Angleterre au XIXe siècle », in Pierre GUILLAUME(dir.), La professionnalisation des classes moyennes, Zalence, MSHA, 1996, p. 168.68 Ibid., p
  28. 28. ensuite de « missionnaire laïc », qui donne une véritable aura de moralité à la profession. Lepolicier est par ailleurs tenu de rester en uniforme, même en dehors du service, un peu à lamanière des ecclésiastiques. La fonction est sacralisée dès la formation du policier. Ainsi, unenouvelle recrue s’engage, lorsqu’ prête serment, « à servir le souverain, protéger la paix,empêcher les vols et les crimes, et, enfin, appréhender les criminels “au mieux de [ses]capacités et de [sa] connaissance” »69. Le policier prend ainsi conscience de sa fonction degardien de la loi et de la Couronne, ce qui n’est pas rien dans l’Angleterre pré-victorienne. Les fondateurs de la « nouvelle police » distribuent « Les Neufs Principes de laPolice », sorte de vade-mecum du policier. Le mot « public » y apparaît de nombreuses fois :« approbation publique », « approbation du public », « coopération du public », « chercher etpréserver la faveur du public », « obtenir la coopération publique », « maintenir en touttemps une relation avec le public »70. Plus que de former un véritable service public, il s’agitsurtout de rendre populaire le policier et de soigner sa « publicité ». Les ordres concernantl’accueil des citoyens sont très clairs : « l’attention est portée sur l’importance de traiter lesvisiteurs des postes de police avec “civilité et attention” »71. Les policiers sont par ailleursofficiellement sommés d’agir « autant que faire se peut, avec tempérance et abnégation » et« avec bonne humeur et civilité »72. Le policier doit également parler convenablement pour nepas envenimer les situations difficiles et préserver la paix publique. L’intérêt porté au langageest sans aucun doute aussi une manière de faire apprécier les policiers par la bourgeoisie et lanoblesse. Le travail sur l’image de la police britannique à l’étranger a une double finalité. Ils’agit d’abord de montrer aux pays du continent, que, malgré le retard pris dans la formationd’une police professionnelle, non seulement celle-ci rivalise avec les autres polices, mais lessurpasse en efficacité. La Grande-Bretagne, dont la puissance a grandi avec la victoire sur69 Ibid. pp 170-171.70 Charles REITH, A new study of police history, Oliver and Boyd, Édimbourg, 1956, pp. 287-288.« public approval », « approval of the public », « co-operation of the public », « to seek and preservepublic favour », « to obtain public co-operation », « to maintain at all times a relationship with thepublic ».71 « Metropolitan Police Orders », 6 août 1830, p. 66, in Rob C. MAWBY, Policing images, Policingcommunication and legitimacy, Willan Publishing, Cullompton, Devon, 2002, p. 9. « Attention isdrawn to the importance of treating visitors to police stations with ‘civility and attention’ ».72 « Metropolitan Police Orders », 26 octobre et 1er novembre 1830, p. 71, in Rob C. MAWBY,Policing images, p. 9. « They should act with ‘… utmost temperand forbearance… with good humourand civility ».
  29. 29. Napoléon, a pour ambition d’être aussi pour le reste de monde un modèle démocratiquejusque dans sa police . Dans un second temps, le but est de faire de la police une fierténationale : « En contraste avec les organisations de police européenne, elle étaitgénéralement non armée, non militaire, et non politique ; cela convenait parfaitement à lanotion libérale de l’Anglais que le succès de son pays découlait des institutions, des idées etdes pratiques qui offraient des modèles au reste du Monde »73. Dans les trois cas, l’efficacité est érigée en doctrine, et parfois d’une manière prochede l’obsession. Les responsables de la « nouvelle police » ont conscience d’avoir beaucoup àfaire pour gagner la confiance de la population. Ils s’adressent en ces termes à leurs hommes :« L’absence de crime sera considérée comme la meilleure preuve de l’efficacité complète dela police »74. Les policiers sont, en théorie, supposés connaître les criminels et les empêcherd’agir, en effectuant la surveillance continuelle des rues et des quartiers. En poussant lathéorie jusqu’au bout, il arrive que des agents, en patrouille dans la même zone et au mêmemoment d’un cambriolage, se retrouvent suspendus pour quelques jours et parfois même sefassent exclure des rangs de la police75. Ceci prouve que les responsables ne badinent pas avecl’efficacité de leurs policiers. Pourtant, malgré les efforts fournis pour gagner la confiance et le cœur de lapopulation, le nouveau policier semble toujours connaître bien des difficultés pour êtreapprécié au sein de la classe ouvrière.73 Clive EMSLEY, « The English bobby, an indulgent tradition », p. 118. In Robert PORTER (dir.),Myths of the English, Cambridge, Polity Press, pp. 114-135. « In contrast to European policeorganisations, it was generally unarmed, non-miilitary, and non political; it suited well the liberalEnglishman’s notion that his country’s success derived from institutions, ideas and practices whichprovided models for the world ».74 Ruth PALEY, Criminal Justice History, p. 121. « The absence of crime will be considered the bestproof of the complete efficiency of the police ».75 Ibid.
  30. 30. Chapitre II La Belle Époque de la police Pendant plusieurs dizaines d’années, dans le monde ouvrier, l’hostilité à la« nouvelle police » ne décline pas. Robert Reiner, spécialiste de la police fait ce rappel : « Les polices britanniques ont été établies face à une opposition massive rassemblant une grande variété d’intérêts politiques et de philosophies. Tandis que les soupçons des classes moyennes et de l’aristocratie se dissipaient rapidement, le ressentiment des ouvriers perdurait, exprimé dans des violences physiques sporadiques et symbolisé par un flot d’épithètes désobligeants envers la nouvelle police »76.Robert Reiner en dresse ensuite la liste. Il y a d’abord les « Crushers » littéralement, les« étouffeurs », c’est-à-dire ceux qui répriment. Ensuite, le « Peel’s Bloody Gang », « Le gangsanglant de Peel », qui sous-entend que les policiers sont des malfrats et des brutes. Puis, dansun registre un peu plus animalier, on retrouve les qualificatifs de « Blue locusts », « Lessauterelles bleues », de « Raw lobsters », « les homards récents », et de « Blue Drones », « lesfaux-bourdons bleus ». Ultime qualificatif, et sans doute le plus révélateur de l’animosité desouvriers envers la police, le terme de « Jenny Darbies » provient d’une anglicisation parhomophonie et féminisation des « gendarmes » français. Pourtant, cinquante ans après la création de la Metropolitan police, ces « épithètesdésobligeants » sont moins utilisés que les termes de Bobby ou Peeler, qui découlentdirectement du prénom et du nom de l’ancien Home Secretary. Robert Reiner qualifie cettepériode de « légitimation » de la police. Se référant à l’article du sociologue Ian Loader, ilexplique la généralisation de l’usage de cette expression : « la police était non seulementacceptée mais portée aux nues par le large spectre de l’opinion. La police n’était devenue,dans nul autre pays, un tel symbole de fierté nationale »77. Dans la première partie, nousverrons pourquoi l’hostilité envers la « nouvelle police » décline. Puis, nous expliqueronscomment le Bobby s’intégre dans la société. Enfin, nous verrons la construction et le succèsd’une « culture de l’exception » qui a donné aux Britanniques une police dont ils sontsouvent, aujourd’hui encore, extrêmement fiers.76 Robert REINER, Politics of the police, p. 47. « The British police were established in the face ofmassive opposition from a wide range of political interests and philosophies. While middle- andupper-class suspicions were rapidly allayed, working-class resentment lived on, expressed in sporadicphysical violence and symbolized by a stream of derogatory epithets for the new police.77 Ian LOADER, ‘Policing and the Social: Questions of Symbolic Power’, British Journal ofSociology, 48/1: 1-18, 1997, in Robert REINER, Politics of the police, p. 48. « The police had becomeno merely accepted but lionized by the broad spectrum of opinion. In no other country has the policeforce been so much a symbol of national pride ».
  31. 31. A- Le déclin de l’hostilité Les historiens s’accordent aujourd’hui à dater de la fin des années 1870 le déclin del’hostilité envers la « nouvelle police ». La progression de la popularité peut s’expliquer deplusieurs façons. En tentant de les synthétiser, nous allons voir qu’elles apportent unéclairage instructif sur le modèle même de la police britannique. À partir des années soixante-dix, des recherches tendent à montrer que, contrairement à la vision des historiens orthodoxes(ES-TU certain de pouvoir utiliser cet adjectif ?), l’acceptation des policiers par la populationn’est pas qu’une conséquence de la magnifique ( ???) organisation créée par Robert Peel, maisavant tout le signe d’un apaisement des tensions sociales en Grande-Bretagne. Ceci étant dit,il faut reconnaître que, à titre posthume ( ??? pas compris), le modèle défendu par Robert Peelporte aussi ses fruits. Enfin, le policier est aussi accepté grâce à la politique de préventiondéveloppée par les responsables de la police et symbolisée par la « présence de routine » (dequi est cette expression ? de toi ?) du policier. 1- L’apaisement des tensions sociales L’acceptation des policiers découle en grande partie d’un contexte politique et socialfavorable. À partir de 1870, le Royaume-Uni est plus pacifié que dans les annéesprécédentes : « Les ouvriers, qui formaient le foyer de l’opposition la plus enracinée à lapolice, de manière graduelle, irrégulière et incomplète ont été incorporés en tant que citoyensaux institutions politiques de la société britannique »78, explique Robert Reiner. En effet, c’estsous le règne de la reine Victoria que les ouvriers sont dotés de leurs premiers représentants,grâce à la formation des premiers syndicats, bien sûr, mais aussi grâce à l’ouverture du de laChambre des Communes à toutes les classes de la société. La possibilité pour les ouvriers dese faire élire également dans les Parlements locaux, leur permet de mieux constater l’utilitédes policiers, et par conséquent, de travailler conjointement avec eux. Le temps n’est alorsplus au rejet systématique des policiers, considérés comme les ennemis de la classelaborieuse.78 Robert REINER, Politics of the police, p. 58. « The working class, the main structurally rootedsource of opposition to the police, gradually, unevenly and incompletely came to be incorporated ascitizens into the political institutions of British Society ».
  32. 32. Notons que les ouvriers voient également s’élever leur niveau de vie. Si nousmettons de côté le problème irlandais, nous pouvons constater qu’à cette époque, les ouvriersbritanniques ne meurent plus de faim. Leurs enfants commencent à rejoindre les bancs del’école, ce qui a une conséquence sur les comportements violents, et qui laisse entrevoir lapossibilité d’une amélioration des conditions sociales à une génération de distance. Lestensions avec la police décroissent automatiquement. L’Angleterre de l’époque n’estcependant pas à l’abri des violences, mais il faut noter tout de même l’enrichissement globalde la société et les retombées économiques de l’Empire colonial britannique en pleineexpansion. Il serait néanmoins insuffisant de borner au plan politique et social l’explication de lachute des tensions entre ouvriers et policiers. Le modèle, défini, mis en pratique, et, nousl’avons vu, repensé par Robert Peel, est lui-même pour beaucoup dans l’amélioration desrelations entre la population et la police la police. 2- La réussite posthume de Robert Peel Sir Robert Peel meurt en 1850. À l’annonce de son décès, le gouvernementbritannique lance un avant-projet de construction d’un monument à la mémoire du créateur dela Metropolitan Police. Ce monument verra le jour sur le pont de Vauxhall, qui enjambe laTamise au Sud de Westminster, non loin de Scotland Yard79. L’œuvre de Robert Peel,commence, à partir de cette date, à être véritablement acclamée dans les coulisses du pouvoir.On salue l’esprit organisationnel et le professionnalisme de la Metropolitan Police. Cetteorganisation, qui est encore durement critiquée par une grande partie de la population, apourtant au moins trois conséquences immédiatement bénéfiques. D’abord, laprofessionnalisation et l’uniformisation donnent à la police un esprit de corps. Ensuite, leprofessionnalisme et l’intérêt porté aux relations avec le public commencent réellement àporter leurs fruits. Enfin, la dépolitisation de la police explique que les ouvriers ne voient plusdans les policiers un simple outil répressif de l’État.79 L’architecte français Hector Horeau participe au concours, il propose une immense statue de RobertPeel, reposant sur un piédestal métallique, assez ressemblant à la Tour Eiffel. Son projet est rejeté.
  33. 33. L’historienne Barbara Weinberger traduit la chute du nombre d’attaques contre lapolice par l’amélioration des relations entre institution policière et classes laborieuses 80. Cettenette diminution du nombre des agressions se produit dans les années 1870. Tout enadmettant que les sentiments anti-policiers faiblissent à cette époque, nous devons noter quela professionnalisation, œuvre de Robert Peel, a des effets bénéfiques sur le métier de policier.Le nombre d’attaques contre les policiers n’est en effet pas intimement ou automatiquementlié à la popularité de l’institution. Cette chute peut en effet s’expliquer d’au moins deuxmanières différentes. D’une part, les poursuites contre ceux qui se sont attaqués aux policierssont devenues très importantes : « En 1870, le rapport annuel du Commissaire en chef de lapolice londonienne fait état, pour l’année précédente, de 2858 personnes arrêtées pouragression contre un policier, soit 3,9% du total des personnes arrêtées »81. De plus en plusprofessionnels, et donc, animés par un fort esprit de corps, les policiers font sans aucun doutepreuve de beaucoup de zèle pour retrouver les agresseurs de leurs collègues. Cela laissesupposer qu’un attaquant potentiel y réfléchisse à deux fois avant de s’en prendre à unpolicier. D’autre part, les policiers eux-mêmes sont mieux préparés à réagir face auxagressions ou face aux missions les plus délicates Nous avons noté dès notre chapitre l’intérêt porté aux relations avec le public par lapolice telle que la conçoit Robert Peel. Au cours du dix-neuvième siècle, la police devient unvéritable service public, au service du public. Il est tout à fait évident que la publication desNeuf Principes de la Police a un impact sur les relations entre la police et le public. Lamission, telle qu’elle est définie pour les policiers, nous pouvons la rappeler brièvement, estde « chercher et préserver la faveur du public », « obtenir la coopération publique »,« maintenir en tout temps une relation avec le public »82. Il va sans dire qu’une telle répétitiondes termes n’est pas seulement un effet d’annonce, mais bien un principe, celui, si cher à lapolice britannique, du community policing. Il est évident que ce principe est très positif surl’image des policiers dans la population.80 Barbara WEINBERGER, « The Police and the Public in the Mid-nineteenth-centuryWarwickshire », in Victor BAILEY (dir), Policing and Punishment in Nineteenth Century Britain,Croom Helm, Londres, 1981, pp. 65-93.81 Philippe CHASSAIGNE, « Les policiers britanniques à la recherche de la considération sociale », inJosette PONTET (dir.), À la recherche de la considération sociale, Zalence, MSHA, 1999, p. 163.82 Robert REINER, Politics of the police, op. cit. « to seek and to preserve public favour », « to obtainpublic co-operation », « to maintain all times a relationship with the public ».
  34. 34. Selon Robert Reiner, « D’une institution grandement haïe et crainte, la police eu àreprésenter la législation au nom de la majorité de la société plus qu’à celle des intérêtspartisans »83. Alors que la société britannique se politise, la police reste en dehors des débatset des combats politiques, donc à l’abri des critiques de tel ou tel camp. Pour soulignerl’aspect apolitique du policier britannique, sans doute faut-il rappeler qu’ils sont privés dudroit de vote jusqu’en 188784. Le fondateur de la police professionnelle avait donc comprisque les Anglais craignaient la dictature et la mise en place d’un état policier, et qu’ilspréféraient avoir une police bénévole et locale à une police nationale. 3- La « présence de routine » du policier Pour Shani D’Cruze, qui s’appuie sur les travaux de Vic Gatrell85, « Les jeux dehasard, la boisson, et l’occasionnelle violence de rue » ne disparaissent pas grâce à la mise enplace de la « nouvelle police », mais au contraire, subsistent « dans de nombreux quartiersouvriers ». « Les policiers », ajoute-t-elle, ont « simplement établi leur présence de routine »et en sont venus « à délimiter les arènes dans lesquelles ces activités pourraient êtrelégalement exercées et supervisées »86. Les policiers passent ainsi du statut de censeurs desloisirs à celui, plus acceptable, de simples contrôleurs ou régulateurs. Il n’est plus questionalors d’interdire irrémédiablement les jeux de hasard, les beuveries dans les pubs, ou encoreles combats d’animaux, mais simplement de légiférer pour qu’ils restent sous contrôle. Lesloisirs réprimandés passent donc du domaine public au domaine privé, dans lequel lespoliciers ne viennent que peu s’interposer. L’atteinte aux libertés individuelles, si chères auxbritanniques ne souffre donc que peu de l’installation de la « nouvelle police ».83 Robert REINER, The politics of the police, Oxford, troisième édition, 2000, p. 59. « From a widelyhated and feared institution, the police had come to be regarded as the legislation on behalf of thebroad mass of society rather than any partisan interest ».84 Ibid, p. 55.85 V.A.C GATRELL, « Crime, authority and the policeman-state » in F.M .L Thompson (dir.), theCambridge Social History of Britain, 1750-1950, vol. 3, Social Agencies and Institutions, 1990, pp.290-295.86 Shani D’CRUZE, every day violence in Britain, 1850-1950, p. 8. « Gambling, drink, and occasionalstreet violence remained of many working class neighbourhoods. The police had simply establishedtheir routine presence and had come to ”delineate the physical arenas in which those activities mightbe legally pursued and supervised ».
  35. 35. L’idée de « présence de routine » est également très intéressante, car elle pourraitexpliquer pourquoi l’hostilité à la « nouvelle police » met tant d’années à décroître. Quaranteans après la création de la nouvelle police, il n’y a en effet plus qu’une minorité de lapopulation à avoir connu l’ancien système policier. Cinquante ans plus tard, cette minorité estencore plus petite, et plus âgée. Pour les nouvelles générations, l’ancien système de police estprécisément ancien, vieux, appartenant au passé. La nostalgie des watchmen des parishconstables, très forte dans les premières années de la « nouvelle police », s’estompe demanière progressive et automatique. Ainsi, nous pouvons supposer que si l’hostilité à la« nouvelle police » décline au fur et à mesure des années, c’est bien parce qu’elle n’est,justement, plus « nouvelle ». Cette explication générationnelle n’a, d’après nos recherches,que peu été défendue par les chercheurs ; cependant elle nous paraît en grande part logique,ou du moins vraisemblable. Il reste au demeurant que les habitants des quartiers ouvriers font alors de plus enplus appel aux policiers : « À la fin du dix-neuvième siècle, les émeutes à grande échellecontre la police avaient largement baissé, et dans la majorité des cas, le peuple ouvrier vivaitavec la présence de la police, et, de manière occasionnelle, faisait usage de la police pourrégler ses problèmes, incluant ceux de violence »87. Les causes du déclin de l’hostilité sont donc multiples. La pacification etl’enrichissement de la société britannique n’auraient pas les mêmes effets, sans la philosophiedéfendue dans le modèle de Robert Peel. Ce sont l’agencement de ces caractéristiques, et lerenouvellement des générations, qui permettent à la police de gagner progressivement laconfiance de la classe ouvrière. Mais, plus qu’une relation de confiance, débute alors un réellien d’affection entre le peuple et sa police.87 Shani D’CRUZE, p. 7. « By the close of the Nineteenth Century, large-scale, anti-policedisturbances had largely ebbed away, and for the most part working people lived with the policepresence and occasionally made use of the police to settle problems, including those of violence ».
  36. 36. B- L’intégration du Bobby dans la société L’institution policière cherche, dès 1829, à construire un travail de coopération entrele public et la police. À la fin du dix-neuvième siècle, le résultat est probant. Non seulement lapolice est acceptée, mais elle est intégrée dans la population, et notamment les classespopulaires. Elle l’est si bien que, contrairement à l’image véhiculée pendant des années, lespoliciers semblent adopter certains réflexes du monde ouvrier. Ils font même preuved’indulgence dans certains cas de violence. Les gains en autonomie, concédés aux chiefsconstables et aux policiers, ont comme conséquence directe de permettre l’intégration de lapolice à un niveau local. Enfin, la mise en place d’un culte du Bobby, notamment dans lapresse populaire, parachève l’édifice d’intégration du policier dans la représentation nationale. 1- Le rapprochement avec les classes populaires Plusieurs signes illustrent ce rapprochement des policiers et des classes populaires.Dans bien des cas, les policiers semblent fermer les yeux sur les petits délits commis dans lesclasses populaires. Le fait qu’ils fassent preuve de compréhension traduit un rapprochementculturel entre policiers et ouvriers. Cela se fait d’ailleurs dans les deux sens, puisque la basede la police n’est pas sourde aux revendications syndicales du monde ouvrier. La surconsommation d’alcool est l’un des problèmes récurrents de la sociétébritannique. Il est particulièrement important au dix-neuvième siècle. L’alcool est une descauses les plus fréquentes de violence : « La plupart des délits de violence d’homme à hommeétaient attisés par l’alcool et, comme il a été montré, plusieurs vols avec violence étaientcommis dans le but d’avoir plus d’argent pour boire »88. Le gouvernement, débordé par lasituation, essaie donc de limiter le phénomène en légiférant : « Avec les Lois sur les Licencesde 1872 et 1874, les pubs fermèrent à dix heures du soir les dimanches et à onze heures lesautres jours de la semaine »89. Cependant, il faut rappeler, comme nous l’avons vu au chapitre88 Shani D’CRUZE, Everyday violence in Britain, 1850-1950, p. 49. « Most male-on-male crimes ofviolence were alcohol fuelled and, as has been shown, many robberies with violence were undertakenwith a view to getting more drinking money ».89 Brian HARRISON, Drink and the Victorians: The Temperance question in England, 1815-1872, pp.328-329. Cité par Shani D’CRUZE, op. cit., p. 33. « Under the Licensing Acts of 1872 and 1874, pubsclosed at 10.00 pm on Sundays and by 11.00 pm on other days ».
  37. 37. précédent, que les policiers anglais ne sont pas imperméables au problème de l’alcool :« L’alcoolisme policier [est] un problème constant dès les premiers jours de la police. Lesindulgences des policiers sur la question de l’alcoolisme et dans les affaires sexuelles, sont unrésultat à la fois de la culture masculine de la police et de la tension accumulée par letravail »90. Le constat dressé par un commissioner en 1879 nous permet d’entrevoir une descauses probables de l’intégration de la police dans la population : « Le délit d’ivresse est traitémoins sévèrement qu’il ne l’a été »91. Nous ne pouvons oublier que les policiers sont en majorité d’origine ouvrière. Ilssont donc aptes à comprendre et à être compris de la classe dont ils sont issus. Par conséquent,il n’est pas surprenant de déceler une certaine tendance à l’alcoolisme dans la police. Dans lesseules deux premières années de la Metropolitan police, près de deux mille hommes sontrenvoyés. Dans quatre-vingts pour cent des cas, ils sont surpris en état d’ivresse92.L’institution est rapidement confrontée à un épineux problème de recrutement, notamment àcause de ces licenciements massifs. Les responsables policiers sont alors forcés de fermer deplus en plus les yeux sur les problèmes de boisson de certains policiers. Cette image dupolicier alcoolique se retrouve dans l’imagerie populaire de l’époque, on en retrouve ainsi desexemples dans les premiers music-halls93. Cette caricature ne doit pas forcément être perçuecomme une critique de la part de la population, puisque les relations sociales de l’époques’articulent en grande partie autour des pubs. Peut-être n’est-ce pas qu’une coïncidence si la première grève de la MetropolitanPolice se déroule l’année de la promulgation de la loi sur la fermeture à onze heures des pubs.« En 1872, la première grève des policiers [est] organisée à Londres », et même si celle-ci est« aisément matée par des punitions exemplaires »94, ce phénomène traduit un rapprochementidéologique entre les policiers et les ouvriers, qui, dans les deux cas, n’hésitent pas à arrêter90 Robert REINER, Politics of the Police, p. 98. « Police alcoholism has been a perennial problemsince the early days of the force. The alcoholic and sexual indulgences of police are a product both ofthe masculine ethos of the force and of the tension built up by the work ».91 Ibid. « The offence of drunkennes is less severely dealt than it used to be ».92 Ruth PALEY, « “An imperfect, Inadequate and Wretched System” ? Policing London Before Peel »,in Criminal Justice History, Vol. 10, 1989, p. 116.93 Rob C. MAWBY, Policing images, Policing communication and legitimacy, Willan Publishing,Cullompton, Devon, 2002, p. 10.94 Charles REITH, A new study of police history, Oliver and Boyd, Edimbourg, 1956, p. 275. « In 1872the first police strike was staged in London, but it was easily crushed by punishments which weremade exemplary ».

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