Communication & influence n°39 (12/2012) -  La guerre de 1812-1814 entre Etats-Unis et Canada : l'influence géopolitique d'une guerre oubliée
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Entre 1812 et 1814, une guerre éclata entre les jeunes Etats-Unis et la province britannique appelée à devenir le Canada. Au cours de ces combats, la Maison Blanche à Washington fut incendiée par ...

Entre 1812 et 1814, une guerre éclata entre les jeunes Etats-Unis et la province britannique appelée à devenir le Canada. Au cours de ces combats, la Maison Blanche à Washington fut incendiée par les troupes anglo-canadiennes. L'Europe, plongée alors dans les guerres napoléoniennes, ignora à peu près ce conflit. Deux cents ans après, il mérite cependant d'être redécouvert, tant ses implications géopolitiques en Amérique du Nord sont importantes. Car ces affrontements constituèrent le creuset de l'identité canadienne. Leur souvenir reste encore aujourd'hui vivace et s'impose comme un paramètre à prendre en compte pour décrypter les stratégies d'influence sur la scène diplomatique nord-américaine

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Communication & influence n°39 (12/2012) -  La guerre de 1812-1814 entre Etats-Unis et Canada : l'influence géopolitique d'une guerre oubliée Communication & influence n°39 (12/2012) - La guerre de 1812-1814 entre Etats-Unis et Canada : l'influence géopolitique d'une guerre oubliée Document Transcript

  • Communication & Influence N°39 - Décembre 2012 Quand la réflexion accompagne l’action EDITORIAL Linfluence géopolitique dune guerre oubliée Saviez-vous que, de 1812 à 1814, une guerre opposa les jeunes Etats-Unis à la province britannique qui allait devenir le Canada ? Saviez-vous que si la Maison Blanche à Washington porte ce nom, cest parce que les forces anglo-canadiennes lincendièrent, obligeant les Américains à la badigeonner ensuite en blanc pour faire oublier ce raid insolent sur leur capitale ? Benoîtement, je dois avouer que, jusquà ce que nous ouvrions notre bureau de Toronto début 2008, et que nous approfondissions nos liens avec les officiers et chercheurs du Collège des Forces Canadiennes, jignorais jusquà lexistence même de ce conflit. A loccasion du bicentenaire de ces événements, il ma semblé utile décrire un article consacré à cette guerre oubliée, publié en décembre dans le mensuel Le Spectacle du Monde, qui nous a très aimablement autorisé à le reproduire dans les pages qui suivent. Comme vous le verrez, le souvenir de ces combatsPourquoi Comes ? est encore vivace. Il constitue un paramètre essentiel dans la compréhension des relationsEn latin, comes signifie compagnon bilatérales, complexes, entre le Canada et les Etats-Unis.de voyage, associé, pédagogue, De par une perception biaisée des événements historiques, centrée sur lécume des faits lespersonne de l’escorte. Société créée plus immédiats, nous avons tendance à appréhender lAmérique du Nord comme un blocen 1999, installée à Paris, Torontoet São Paulo, Comes publie chaque monolithique. Cest mal connaître lhistoire et les réalités géopolitiques. Pour nous, Européens,mois Communication & Influence. juin 1812, cest dabord Napoléon et sa Grande Armée franchissant le Niémen. Cette campagnePlate-forme de réflexion, ce vecteur de Russie va se muer en désastre et bouleverser les rapports de force géostratégiques sur leélectronique s’efforce d’ouvrir Vieux Continent. De lautre côté de lAtlantique, la guerre de 1812-1814, si elle ne modifie pasdes perspectives innovantes, à la fondamentalement la donne en matière de frontières, se révèle cependant être un élémentconfluence des problématiques constitutif essentiel de ce qui va bientôt devenir le Canada. Acte fondateur, ce conflit apparaîtde communication classique et en effet comme le creuset de lidentité canadienne. Permettant à la future nation de conserverde la mise en œuvre des stratégiesd’influence. Un tel outil s’adresse son indépendance, il constitue un élément-clé pour bien cerner les relations subtiles, etprioritairement aux managers en souvent tendues, entre Washington et Ottawa. Ici comme ailleurs, les leçons du passé sontcharge de la stratégie générale encore prégnantes et doivent impérativement être prises en compte dans la mise en œuvre dede l’entreprise, ainsi qu’aux stratégies dinfluence. Bonne lecture donc, joyeux Noël et meilleurs vœux à tous ! ncommunicants soucieux d’ouvrir denouvelles pistes d’action. Bruno Racouchot Directeur de ComesÊtre crédible exige de direclairement où l’on va, de le fairesavoir et de donner des repères. FOCUSLes intérêts qui conditionnent lesrivalités économiques d’aujourd’hui Histoire, mémoire et influencene reposent pas seulement sur desparamètres d’ordre commercial Contrairement aux apparences, linfluence ne se réduit pas à faire du "buzz" et à jouer avec leou financier. Ils doivent également numérique. Le fétichisme technologique de notre époque, notre propension à tout mettre enintégrer des variables culturelles,sociétales, bref des idées et des équation, notre croyance superstitieuse dans les pouvoirs quasi-magiques des algorithmes, toutreprésentations du monde. C’est cela est certes rassurant. Mais peu opérant. Linfluence ne peut être réduite à ces seules recettes.à ce carrefour entre élaboration Linfluence, ce sont avant tout des contenus, des messages, qui intègrent le poids des mots, desdes stratégies d’influence et idées, des symboles et des images, voire la résurgence darchétypes… Lhistoire aide à construireprise en compte des enjeux de la la mémoire, donc notre manière dêtre-au-monde, tant dans le présent que dans lavenir.compétition économique que sedéploie la démarche stratégique Elaborer une stratégie dinfluence exige davoir une perception large et surtout synoptiqueproposée par Comes. des choses. Linfluence nous invite à mobiliser la panoplie des sciences humaines et sociales, à explorer les ressources de champs détudes aussi divers que lhistoire des idées et des religions, la philosophie, lanthropologie, lépistémologie, etc. La capacité à influer sur autrui, à faire évoluer sans coercition son paradigme de pensée, réhabilite la culture générale, celle de "lhonnête homme" cher au XVIIe siècle, qui fait appel au jugement personnel, donc à lintelligence. En privilégiant le recours aux humanités, en suscitant le libre-jeu des idées et des interprétations, linfluence constitue un rempart contre la pensée convenue. Ce qui devrait légitimement contribuer à lui rendre ses lettres de noblesse. nwww.comes-communication.com
  • C U L T U R E histoire 1812-1814 La guerre oubliée Il y a deux cents ans, alors qu’en Europe, la (1783), qui compte beaucoup sur ses exportations et Grande Armée de Napoléon envahissait la se trouve de fait asphyxiée. Aux difficultés écono- miques s’ajoutent l’enrôlement forcé de matelots amé- Russie, en Amérique, les jeunes Etats-Unis ricains dans la flotte britannique et des problèmes attaquaient leurs voisins du nord. L’affronte- sérieux avec les minorités indiennes, qui se sentent ment dura jusqu’à la fin de 1814. Une guerre menacées sur leurs terres par les spéculateurs améri- cains. Les ingrédients d’un cocktail explosif sont ainsi oubliée qui, pourtant, forgea l’âme de la colo- rassemblés. En juin, le Congrès américain déclare la nie britannique appelée à devenir le Canada. guerre à la colonie britannique. Et l’ancien président des Etats-Unis, Thomas Jefferson, affirme alors de manière péremptoire : « La conquête du Canada, cette année, jusqu’aux environs de Québec, sera une simple promenade et nous donnera l’expérience pour attaquer PA R B R U N O R AC O U C H OT ensuite Halifax et, au final, expulser l’Angleterre du conti- E nent américain. » Militairement erroné – on va le N 1812, LES ETATS-UNIS COMPTENT ENVIron voir–, le propos n’en exprime pas moins les prémices 7,5 millions d’habitants contre à peine d’une vision impérialiste appelée à se développer… 500000 pour leurs voisins du nord. La guerre Concentrant ses forces en Europe, où sont déployées qui fait rage depuis des années en Europe a ses meilleures troupes pour conjurer la menace napo- des conséquences locales. Le blocus conti- léonienne, la Grande-Bretagne entretient à peine 5000 nental imposé par la France et celui imposé aux navires soldats réguliers dans sa colonie nord-américaine. neutres par le Royaume-Uni rend difficile la neutra- Certes, ceux-ci sont épaulés par de nombreuses tribus lité d’une jeune Amérique, indépendante depuis peu indiennes et diverses milices. Les affrontements vont78 L E S P E C TA C L E D U M O N D E D É C E M B R E 2 0 12 N ° 5 9 5
  • durer jusqu’à la fin de 1814 et se dérou-ler sur plusieurs théâtres : la région desGrands Lacs, l’axe du Saint-Laurent, lafaçade atlantique et les Etats du Sudaméricain. Les Britanniques et leurs alliéscanadiens vont avoir le dessus dans laplupart des cas. Mais, côté américain,cette guerre va constituer un mythe fon-dateur pour la jeune armée des Etats-Unis : elle est en effet l’épreuve du feupour les premières générations d’officierssortis de l’école de West Point, largementinspirée par le modèle français. Au début, les Américains paient auprix fort leur inexpérience. Ils connais-sent leurs premiers échecs dans larégion des Grands Lacs et vont jusqu’àperdre la ville de Detroit. En 1813, ilsparviennent cependant à s’emparer deToronto (York à l’époque) et incen-dient le Parlement. Ils doivent, enrevanche, renoncer à prendre Mont-réal, bien qu’ils soient largement supé-rieurs en nombre face aux volontairesquébécois, lors de la bataille de Châ- Un conflit doublement fondateur Ci-dessus: la bataille de Queenston- Heights (13 octobre 1812), à l’embouchure du Niagara, au cours de laquelle les Anglo-Canadiens, épaulés par les milices francophones et les Indiens Mohawks, repoussèrent la première vague d’assaut américaine. Ci-contre: le chef indien Tecmuseh (1768-1813), de la tribu des Shawnees. Sa mort, au combat de Moraviantown, le 5 octobre 1813, rompit la PHOTOGRAPHIES : DR ; RIVERBRINK ART MUSEUM ; JT LEWIS/ALAMY confédération indienne constituée contre les Etats-Unis. Page de gauche: reconstitution contemporaine au Canada. Côté canadien, du fait, notamment, de la part prise par les francophones dans la lutte contre l’envahisseur, cette guerre est à l’origine d’un sentiment national fondé sur l’union entre les deux Canadas. Considérée, côté américain, comme une « seconde guerre d’indépendance », elle constitue, malgré son échec, l’embryon de l’impérialisme futur des Etats-Unis. colonel Richard Mentor Johnson, C’est cependant dans la région de Nia- qui jouera habilement du mythe gara que vont avoir lieu les plus sévères pour devenir, quelques années plus affrontements. Aujourd’hui, Niagara tard, vice-président des Etats-Unis est universellement connu pour sesteauguay. Comme le souligne une (1837-1841). Canadiens de toutes ori- chutes. L’imaginaire romantique véhi-équipe d’historiens canadiens, « l’an- gines, Indiens, Français, Britanniques culé par le cinéma – Marilyn Monroenée se termine par deux défaites améri- se soudent ainsi peu à peu dans ce y tourne sous la direction de Henrycaines ; l’une à Châteauguay, l’autre à combat contre l’ennemi commun. Hathaway, en 1953, le fameux filmChrysler’s Farm. Les écoliers du Québec Niagara – en a fait un lieu prisé deset de l’Ontario y trouveront leurs hérosrespectifs : Charles de Salaberry et J. W.Morrison ». C’est également en 1813 Etativesguerredépit deune plus belle, 1814, en fique, la pour trouver plusieurs ten- reprend de issue paci- N amoureux. Depuis, la ville regorge d’activités ludiques du plus mauvais goût. Il est difficile, de nos jours,que le chef indien Tecumseh, rallié aux avec des effectifs accrus de part et d’imaginer qu’entre 1812 et 1814 ceBritanniques, tombe au combat face d’autre. La défaite de Napoléon sur la lieu fut le théâtre d’une intense etaux Américains, entrant ainsi au pan- scène européenne, en avril 1814, per- incessante guérilla… Il est vrai quethéon de l’imaginaire canadien met aux Britanniques d’envoyer des nombre d’habitants du Haut Canadacomme haute figure des « Natives ». renforts vers le lac Champlain, la baie (aujourd’hui l’Ontario) étaient des exi-La légende veut qu’il ait été tué par le de Chesapeake et la Nouvelle-Orléans. lés, ayant choisi de quitter les treize L E S P E C TA C L E D U M O N D E D É C E M B R E 2 0 12 N ° 5 9 5 79
  • C U L T U R E histoire SMITHSONIAN AMERICAN ART MUSEUM Ni vainqueurs ni vaincus Ci-dessus : la signature, le 24 décembre 1814, du traité de Gand (Pays-Bas) entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Il stipule un retour au statu quo ante bellum. Mais du fait de la lenteur des transmissions, la guerre ne prit fin qu’en janvier 1815, après une dernière bataille devant la Nouvelle-Orléans, où le général américain Andrew Jackson, futur président des Etats- Unis (1829-1837), repoussa une attaque britannique (page de droite). Une clause du traité demandait aux Etats- Unis de cesser leur politique de colonisation des territoires indiens. A peine deux ans plus tard, ils attaquaient les Séminoles. colonies indépendantistes par fidélité 5 juillet 1814, les Américains l’em- qu’il ne faut pas faire sur le plan tac- à la Couronne britannique. D’emblée, portent à Chippewa. Puis ce sont les tique. ces loyalistes se sont montrés hostiles batailles de Lundy’s Lane et de Fort Fort Erié est un fort à la Vauban, aux visées états-uniennes. Erié, qui ont chacune leurs particula- que les Américains vont magnifique- Cette zone de combats s’étend sur rités. Lundy’s Lane parce que c’est un ment défendre. Voulant à tout prix soixante kilomètres le long de la rivière affrontement nocturne, sans vain- emporter cette position qui verrouille Niagara, de Niagara-on-the-Lake et queur ni vaincu, où l’essentiel des vic- l’accès au lac, le commandement bri- Fort George, au nord, sur le lac Onta- times tombe sous des tirs fratricides. tannique accumule les erreurs : mau- rio, jusqu’à Fort Erié, à la pointe nord- Fort Erié parce qu’il s’agit, pour les vaise appréciation des distances, est du lac Erié. Américains et Britan- spécialistes de l’histoire militaire nord- absence de préparation, échelles trop niques s’affrontent sans relâche. Le américaine, de l’exemple type de ce courtes pour monter à l’assaut du fort, poudre des fusils humide, rendantUne hostilité à l’égard des Etats-Unis toute riposte impossible, hommes se noyant dans la rivière… Ordres etqui va perdurer longtemps contre-ordres fusent dans une totale incohérence. C’est un échec. Le fortdans l’imaginaire national canadien. ne sera pas pris. Lorsque sonnera la fin des hostilités, les Américains l’incen- dieront et se replieront en bon ordre. ■ Il sera néanmoins reconstitué et un musée tout récent dissèque minutieu- sement cette bataille, dont les ensei- gnements sont encore étudiés, aujour- d’hui, par les élèves officiers canadiens. Les Britanniques vont cependant80 L E S P E C TA C L E D U M O N D E D É C E M B R E 2 0 12 N ° 5 9 5
  • prendre leur revanche. C’est par une du 20 au 22 mai 1809, près de Vienne, qui prendrait le contrôle du Saint-Lau-opération combinée terre-mer qu’ils se solda par 45000 morts… rent. Un demi-siècle plus tard, toujoursréussissent un coup d’éclat destiné à pour barrer le chemin stratégique deentrer dans l’histoire. Redéployant unede leurs flottes libérée après la guerred’Espagne, ils attaquent de vive force Csymbolique, quedimension1812- EPENDANT la tant géopolitique de la guerre nord-américaine de Québec et sitôt achevée la sanglante guerre de Sécession (1861-1865), les Canadiens craignent que leurs voisinsWashington, en août 1814. L’assaut est 1814 ne doit pas être sous-estimée. méridionaux ne soient tentés à nouveaufulgurant, la milice américaine balayée Bien qu’ayant finalement abouti à un de les envahir. Ils s’empressent alors deet le président James Madison doit s’en- statu quo sur le plan du tracé des fron- construire les forts de Lévis (1865-fuir en toute hâte. Les Britanniques tières, cette guerre est vue par les 1872), dont les canons sont résolumentbombardent et incendient la ville, y Canadiens comme un élément clé tournés vers les Etats-Unis.compris le Capitole et la Mai- De même, le canal Rideau estson-Blanche, vengeance qui creusé après la guerre de 1812répond à la mise à sac de afin de sécuriser le transport flu-Toronto, l’année précédente. Ils vial entre Montréal et Kingstonmènent l’opération avec le via Ottawa, le Saint-Laurent seflegme qu’on leur connaît, trouvant dans cette zone à por-puisque la légende veut qu’ils tée des Américains. A l’extrêmeaient festoyé en profitant tout est du territoire canadien, le ducsimplement du repas qui avait de Wellington entreprend, enété préparé pour le président 1828, la construction de la for-Madison ! Les Canadiens teresse qui, aujourd’hui encore,aiment à rappeler avec malice surplombe le port de Halifax deque c’est à l’équipée sauvage de sa silhouette massive. L’objectifleurs aïeuxs que la Maison- est clair : sécuriser ce nœudBlanche doit son nom, préten- essentiel du trafic maritimedant que c’est pour dissimuler entre la colonie britannique du NIDAY PICTURE LIBRARY / ALAMYla trace des incendies que les Canada et l’Europe, les combatsAméricains choisirent de navals sur la façade atlantiquerepeindre en blanc le bâtiment restant fermement ancrés danslorsqu’ils le reconstruisirent. les mémoires. Un spécialiste de C’est en Europe que la guerre l’histoire militaire, enseignantse clôt, par un traité signé à au Collège des forces cana-Gand, (Pays-Bas), le 24 décembre 1814. constitutif de leur identité. En effet, diennes, souligne d’ailleurs que cetteToutefois, la lenteur des transmissions c’est véritablement à ce moment qu’ils hantise permanente de l’invasion amé-de l’époque fait qu’une dernière bataille prennent conscience de leur destinée ricaine va survivre jusqu’à l’aube de laaura néanmoins lieu à la Nouvelle- commune et commencent à se penser Seconde Guerre mondiale. A cet égard,Orléans, en janvier 1815. Une flotte bri- comme Canadiens, quelles que soient il n’est pas anodin de rappeler que letannique y est sévèrement défaite par le leurs origines. Ils ont eu peur, se savent Canada dut attendre 1931 et le statutgénéral américain Andrew Jackson. Ce désormais fragiles, mais preuve a été de Westminster pour obtenir sa pleinedernier va lui aussi profiter de cette expé- faite qu’une fois unis, ils ont su faire souveraineté, tout en gardant un lienrience pour s’attribuer une aura qui lui front. Le juriste Jonathan Sewell en symbolique, mais fortement affectif,permettra, quelques années plus tard, de vient ainsi à évoquer un projet d’union avec la Couronne britannique…devenir président des Etats-Unis (1829- reposant sur l’alliance de tous les Si la guerre de 1812-1814 est peu1837). Tirant les enseignements de cette « antiaméricains ». Les Canadiens fran- évoquée aujourd’hui côté américain, elleguerre, les Etats-Unis décident de se çais ont eux aussi compris la leçon. demeure une référence pour les Cana-doter d’une puissante marine de guerre. Mais s’ils acceptent désormais d’être diens. Une référence qui explique leurCelle-ci deviendra bientôt l’un des prin- des sujets fidèles de Sa Royale Majesté, propension, dans certaines occasions, àcipaux outils de leur impérialisme. ils n’en demandent pas moins, en marquer leur différence par rapport à Au regard des gigantesques affronte- contrepartie, à jouir de leur majorité leur puissant voisin. Comme en 2003,ments du Vieux Continent à la même dans le Bas-Canada. lorsque, au grand dam de Washington,époque, les pertes humaines ont été rela- Bien souvent, les Européens ignorent le premier ministre canadien d’alors,tivement modestes. Bien que les données également que l’hostilité du Canada à Jean Chrétien, a refusé de ranger sonsoient peu fiables, les historiens estiment l’égard des Etats-Unis va perdurer long- pays dans la coalition contre l’Irak. ■que le nombre de morts s’élève à 15000 temps encore dans son imaginairepour toute la guerre. Pour mémoire, la national. Ainsi, dès 1820, les Canadiens A consulter Site internet consacréseule bataille d’Essling, qui vit s’affron- bâtissent à Québec un fort à la Vauban, au bicentenaire de cette guerre :ter les forces françaises et autrichiennes visant à anticiper une percée américaine www.visit1812.com L E S P E C TA C L E D U M O N D E D É C E M B R E 2 0 12 N ° 5 9 5 81