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  • 1. SPÉCIAL DÉVELOPPEMENT DURABLE SOMMAIRE Jocelyn Blériot : « Il faut passer d’une économie de la possession à un modèle de service » PAGE 35 Repenser dans la durée la relation client-fournisseur PAGE 36 France Télécom développe son écosystème en Afrique PAGE 36 Philippe Vasseur : « La RSE ne s’octroie pas, elle se partage » PAGE 37ENJEUX Comment intégrer la responsabilitédans le pilotage stratégique des entreprisesL’un des principaux défis en matière de responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises est de créer de la valeursans creuser les inégalités. Comment prendre les bonnes décisions ? De quels outils de prévisions et de suivi se doter ? Retour sur la réflexionet les premières conclusions d’un groupe d’experts mobilisé par le World Forum de Lille, dont l’édition 2011 débute le 15 novembre.L es entreprises ont de plus en de bilan carbone. Chaque service TROIS JOURNÉES plus de comptes à rendre sur dispose d’un quota carbone annuel leurs actions et leurs straté- et les collaborateurs remplissent D’ÉCHANGES À LILLE gies. Comme le souligne Eli- une« notedefraisCO2 »,afindesui- Pour sa cinquième édition, sabeth Laville, présidente vre les émissions liées aux déplace- le World Forum de Lille, s’estd’Utopies, agence de conseil en ments. Les fournisseurs sont égale- donné pour thème « Oser ladéveloppement durable : « Nous ment accompagnés dans cette richesse ». Les participants,sommes passés d’une logique du démarche via une interface Inter- représentants des entreprises,“trust me” (“tu peux me croire”) à net.Enfin,IDGroupetravaillesurles des collectivités et de laune logique du “prove me” (“prou- notions de plaisir et de déplaisir liés société civile notamment,ve-le”). Les parties prenantes jugent au travail et fonde sa réflexion aborderont la création deles intentions affichées à l’aune de la autour d’indicateurs tels que la richesses dans une logiqueperformance constatée et comparée : clarté du système de rémunération d’économie responsable sous90 % des Français pensent que les ou le sentiment d’un traitement les angles les plus divers,entreprises ne s’engagent sur l’envi- équitable des collaborateurs. à travers une série deronnement que pour des raisons conférences, débats et ateliers.commerciales, alors que ce chiffre GETTY IMAGES/DESIGN PICS RF Utiliser les bons indicateursn’est que de 40 % au Japon. » De fait, chaque entreprise a intérêt à Les 15, 16 et 17 novembre, Dececonstatdécoulentdeuxten- se concentrer sur un nombre limité à Lille (Grand Palais).dances essentielles, mises en avant d’indicateurs. Selon les membres www.worldforum-lille.orgpar le think tank du World Forum du think tank, il y en a environ uneLille Institute : tout d’abord, la quinzaine, certains universels (con- RSE Management. Cela ne doit pasnécessité de modifier la présenta- sommations d’eau et d’énergie, seulementserviràvoiroùl’entreprisetion des indicateurs de performan- émissions de CO2), d’autres plus sesitueàuninstantT,maisàconnaî-ces pour se diriger vers un « repor- Les entreprises doivent désormais intégrer leurs performances en matière de développement durable sectoriels. D’après Claude Lenglet, tre sa marge de progression et à fixerting » 360 degrés et permettre ainsi à leur « reporting » financier pour les transformer en outil de création de valeur. copilote du World Forum Lille Insti- de nouveaux objectifs. Trois typesde mieux coller aux attentes de cha- tute, « ces indicateurs ont un rôle d’indicateurs sont alors essentielsque partie prenante ; par ailleurs, le FARID BADDACHE « UN NOUVEL ENJEU, MESURER LA CRÉATION DE VALEUR » dans le pilotage de la démarche, en dansle“reporting”:lesindicateursdebesoin d’intégrer le « reporting » lien avec la stratégie globale de conformité (NRE, Grenelle II), lesdéveloppement durable au « repor- « Avec une palette de 100 indica- les données de manière dynami- gets alloués à une activité RSE l’entreprise. Ce travail de “reporting” indicateurs d’engagement et les indi-ting » financier, pour le transformer teurs concernant la RSE, on ne que, d’analyser plus finement les particulière, taux de formation à doit pouvoir servir les objectifs cateurs de management. Il faut aussien outil de création de valeur. mesure rien. Il faut identifier les impacts financiers et de modifier un outil de devoir de diligence sur d’innovations d’une entreprise. Il savoir aller à l’essentiel. La transpa- Dans ce cadre, trois cas d’école leviers sur lesquels l’entreprise a les allocations de ressources en les droits de l’homme, etc. Les peut influencer ses actions futures, rence pour la transparence n’est pasviennent étayer la réflexion du le plus d’influence. La RSE doit conséquence. La capacité à combi- indicateurs de résultat permettent faire évoluer ses pratiques et pour- utile, certaines entreprises ont ten-groupe d’experts. Par exemple, la être connectée à la stratégie et au ner des indicateurs de moyens et de mesurer l’impact des actions quoi pas son offre. » dance à rapporter trop d’informa-mise en place d’une comptabilité métier, affirme Farid Baddache, de résultats permet de définir une entreprises : amélioration de La bonne mesure de la responsa- tions qui ne sont pas pertinentes. »verte chez McDonald’s a permis au directeur Europe de BSR. Le approche aussi solide que possible, conditions de travail dans une bilité sociale et environnementale C’estenseconcentrantsurcequiestgroupe de restauration d’intégrer “reporting” intégré est un espace mobilisant d’une part les systèmes usine, réduction des risques de (RSE) est aussi la meilleure manière stratégiquequelaréflexionpeutêtredans sa comptabilité classique le en plein développement. Contrai- de management en place, tout en non-respect des droits de l’homme. de s’inscrire dans une logique suivie d’effet. « Aujourd’hui, analysecoût des émissions de CO2 émises rement à il y a quelques années où mesurant l’impact des actions Ces indicateurs doivent démontrer pérenne. « Le “reporting” doit per- Patrick d’Humières, 20 % des entre-par ses restaurants, mais aussi sur la récolte des données était fasti- entreprises afin de rendre compte. de la création de valeur sur diffé- mettre aux entreprises de mettre en prises peuvent être considéréesun périmètre qui intègre toute la dieuse, nous disposons Les indicateurs de moyens permet- rents fronts, par exemple économi- relationlesenjeuxRSEetleurmodèle comme pionnières sur ces questions.filière en amont et en aval. De son aujourd’hui de processus plus tent de mesurer les moyens alloués ques et sociétaux. » économique, explique Patrick 30 % sont clairement en retard et lecôté, Nature et Découvertes a lancé, robustes. Ils permettent de collecter à un effort RSE particulier : bud- PROPOS RECUEILLIS PAR J. R. d’Humières, conseil stratégique en reste est au fil de l’eau. »dès 2005, une ambitieuse politique développement durable à l’Institut JÉRÉMY REBOUL A Madagascar, Air France tente de conjuguerENVIRONNEMENTlutte contre la déforestation et aide au développementLa compagnie aérienne finance sur trois ans, à hauteur de 5 millions d’euros, un projet du WWF et de l’ONG Good Planet.A Durban, dans un peu plus de période de soudure où les greniers prêt de 3 poules à des familles qui lière (aviculture, maraîchage, éle- trois semaines, les négocia- sont vides et où il faut demander de font grandir les poussins et doivent vage), avec l’idée qu’ils seront tions internationales sur la l’aide au Programme alimentaire en échange en rendre 6 à la com- rejoints par d’autres lorsque les pre-lutte contre le changement climati- mondial. munauté. « Aujourd’hui, nous som- miers résultats sont obtenus »,que reprendront dans une atmos- Depuis 2008, cette expérience, mes en mesure de réparer le toit de raconte Maminiaina Rasamoelina,phère morose. La crise économi- financée à hauteur de 5 millions nos maisons », affirme-t-elle, tandis responsable du projet pour leque et la réticence américaine ont d’euros par Air France et mise en que les hommes ont commencé à WWF. Depuis 2008, l’ONG affirmemis un frein au volontarisme des œuvre par WWF international et apprendre les techniques d’utilisa- avoir sensibilisé 9.400 ménagesEtats qui devait permettre de pren- l’ONG française Good Planet, vise à tion de nouvelles ruches plus – notamment par des films – etdre le relais du protocole de Kyoto. créer un nouvel équilibre en per- productives. formé 900 familles volontaires, tan-Mais l’enlisement des discussions suadant les villageois de cesser de dis que 250 autres ont déjà mis ensur le financement des politiques couper la forêt et de développer de Contrat moral œuvre des projets. L’ensemble dude réduction des émissions de CO2 nouvelles activités agricoles géné- A la clef, une sorte de contrat moral pays porte sur 140.000 hectares,et de lutte contre la déforestation ratrices de revenus. Sans oublier de avec le village membre de la com- auquel il faut ajouter la création de BERTHOLD STEINHILBER/LAIF-REAn’a pas fait disparaître les problè- replanter des arbres pouvant servir munauté de base qui s’engage à ne 350.000 hectares d’aires protégées,mes. Non loin de là, au sud de de bois de construction à l’avenir et, plus déforester. Non loin de là, la 20.000 hectares de paysages dégra-Madagascar, près de Fort Dauphin, enfin, de financer sur le long terme fourniture de pompes à pied a per- dés à restaurer et 5.000 autres àune expérience tente de rompre le le reboisement d’espèces locales : misdefaireremonterl’eaudusous- reboiser.cercle vicieux de la déforestation. 70 % de la faune et de la végétation sol pour cultiver des légumes non A plus long terme, les scientifi-Une agriculture de subsistance où de la forêt malgache sont endémi- périssables (oignons, carottes, ques de Good Planet ont mené deles villageois sont contraints, tout ques, avec par exemple l’Alluaudia courgettes) qui sont ensuite trans- nombreuses études sur le terrainles deux ou trois ans, de défricher ascendens, un arbre qui ressemble Depuis 2008, environ 10.000 ménages ont été sensibilisés à la lutte portés par carriole à 70 kilomètres, pour calculer le contenu CO2 de laune nouvelle parcelle de forêt, de à un gigantesque cactus et dont les contre la déforestation et à de nouvelles activités agricoles. au marché de la petite ville voisine. forêt malgache. Ils croisent lesbrûler les arbres pour fertiliser la branches sans feuilles servent à De quoi rapporter dix fois plus sur doigts pour que les négociations deterre ainsi dégagée. Un mode de vie construire les maisons. l’Androy, où plus de 80 % de la récapitulant les 60 volailles don- un petit espace que les plantations Durban soient un succès et que lequi conduit les familles à dépendre Les habitants vivent dans une population vit en dessous du seuil nées par les ONG aux foyers volon- de manioc et de maïs traditionnel- mécanisme de financement de laexclusivement du bois de la forêt misère absolue. Ni eau, ni électri- de pauvreté, sont plus gros qu’un taires réunis en association. Ils sont les. « Nous travaillons avec les lutte contre la déforestationpour cuisiner, construire les mai- cité, ni meubles dans les maisons. 4×4 ! Dans le village de Bebadzi, aujourd’hui à la tête de 250 ani- ménages volontaires en leur propo- (REDD) commence enfin à portersons et espérer, sans y parvenir la Les trous sur la piste menant aux une jeune femme d’une trentaine maux, vendent les œufs et ont sant de se regrouper autour d’une ses fruits.plupart du temps, à éviter la villages éloignés de l’Anosy et de d’années tient un cahier d’écolier inventé un nouveau concept, le association sur une activité particu- JULIE CHAUVEAU
  • 2. SPÉCIAL DÉVELOPPEMENT DURABLE 35 JEUDI 3 NOVEMBRE 2011 LES ECHOS Jocelyn Blériot « Il faut passer d’une économie de la possession à un modèle de service » L a coopération des différents ble qui permette de conserver la sens. De la même façon, l’écono- Pour parvenir à organiser un cycle, acteurs économiques est déter- maîtrise de l’écosystème. On mie circulaire impose d’aller vers il faut que les produits soient pen- minante pour faire émerger des connaît déjà le mouvement bio INTERVIEW les énergies renouvelables pour sés et conçus pour être réutilisa- solutions innovantes permettant mimétique qui s’inspire de la JOCELYN BLÉRIOT faire l’économie des matières fos- bles. S’ils sont faits de métal, il faut de mieux concilier croissance éco- nature pour en copier des fonc- DIRECTEUR ÉDITORIAL siles autant que des matières pre- des alliages faciles à séparer. Les nomique et responsabilité sociale tions. L’économie circulaire va mières. Volkswagen a donné un plastiques doivent pouvoir être DE LA FONDATION ELLEN et environnementale. Le directeur plus loin en imitant la gestion signe fort dans cette voie en éditorial de la Fondation Ellen naturelle de la fin de vie et son MACARTHUR annonçant un investissement de MacArthur analyse en particulier réemploi dans un nouveau cycle, 2 milliards d’euros dans les éner- « L’économie les vertus des écosystèmes indus- triels circulaires. à l’image du bois mort qui nourrit le sol d’une forêt. gies éoliennes offshore. circulaire impose Des secteurs sont plus d’aller vers Qu’entend-on par économie Comment organiser ce cycle facilement convertibles les énergies circulaire ? vertueux ? que d’autres ? Avec ce concept, on est à l’opposé Il faut passer d’une économie de Disons que certains sont plus sen- renouvelables pour du système linéaire de nos socié- la possession à un modèle de ser- sibles : l’électronique grand public, faire l’économie tés de consommation qui conduit vice : acheter un nombre de lava- « Notre rapport à l’objet doit changer avec en qui utilise beaucoup de terres rares, des matières fossiles en masse des produits de l’usine à la décharge. Contrairement à ce ges plutôt que la machine qui les réalise, échanger sa batterie en fin point de mire une plus grande proximité avec et l’industrie textile, qui peut y trou- ver une double approche, biologi- autant que des tapis roulant, l’économie circu- de course contre une réserve le consommateur et des productions que (travailler avec de nouvelles matières premières. » laire veut rapprocher l’écosys- pleine d’énergie, louer son revête- plus solides et plus fiables. » fibres issues de la nature) et techni- tème industriel du fonctionne- ment de sol pour un usage déter- que (recycler les membranes à ment cyclique naturel. Il n’est pas miné, troquer ses vieux vêtements l’infini). L’industrie automobile dépolymérisés puis polymérisés simplement question de recy- contre des bons d’achat pour de réfléchit également à des modèles pour regagner leurs propriétés ini- clage, ce qui est une façon de nouveau… Notre rapport à l’objet vertueux à base de carrosseries tiales, mais sans peser sur l’envi- retarder une inéluctable mise au doit changer avec en point de modulables permettant de suivre ronnement. La recherche chimi- rebut. Il s’agit d’organiser les flux mire une plus grande proximité les modes sans changer tout son que mondiale est déjà mobilisée de matières – biologiques et tech- avec le consommateur et des pro- véhicule. Les premières applica- sur le sujet et elle compte ses pion- niques – pour les réemployer ductions plus solides et plus fia- tions commerciales viables démar- niers, comme le Britannique James totalement dans une nouvelle bles. Ce cycle vertueux prône la rent, par exemple en Hollande avec Clark du laboratoire de chimie production. fin de l’obsolescence program- la société Desso, leader des indus- verte de l’université de York. Il pro- mée et le retour du progrès au ser- tries de dalle moquette, qui a déve- pose d’éliminer la notion mentale Pourquoi changer un modèle vice de la qualité. loppé une chaîne logistique inverse même de déchets en considérant qui a fait ses preuves ? comprenant la reprise des revête- que tout, comme dans la nature, Avec la raréfaction des ressources On suppose que la chaîne ments usagés pour en faire de nou- peut trouver une valorisation opti- naturelles, minières et fossiles, logistique est également veaux grâce à un procédé qu’elle a male. Il vient, par exemple, de trou- les matières premières doivent impactée. Quoi d’autre ? mis au point pour réutiliser totale- ver le moyen pour l’industrie TH.MARTINEZ/SEA&CO être considérées comme un capi- Ces cycles sont des outils de relo- mentlesfibresetlesupportdansun agroalimentaire de transformer en tal pour les entreprises qui les uti- calisation car ils réinstaurent des process de fabrication. revêtement de papier ciré pourTH. MARTINEZ/SEA & CO lisent. La question est de savoir notions de proximité entre les l’emballage alimentaire les monta- comment conserver et valoriser lieux de production et de consom- Cela signifie que la recherche gnes de peaux d’orange que génère ce patrimoine de matière pre- mation. Faire voyager sur 10.000 aussi doit s’impliquer ? la fabrication de jus. mière. La solution la plus évi- kilomètres un produit manufac- Jocelyn Blériot analyse en particulier les vertus des écosystèmes Et pas qu’à moitié, car les sujets PROPOS RECUEILLIS PAR dente est de tracer un cycle visi- turé qui doit être repris n’a pas de industriels circulaires. sont extrêmement complexes. PAUL MOLGA Un écoétiquetage •I M P L A N T E Z votre projet dans ce terreau fertile où les entreprises I M P L A N T É E S créent lénergie dun Parc pleine vitalité qui offre 300 ha disponibles pour vous IMPL ANTER . Okto Novo - images: S. Rambaud CAS D’ÉCOLE pour l’industrie textile Les fondateurs de Rapanui, la marque écolo chic de Portsmouth, veulent faire réglementer une notation par Bruxelles pour identifier visuellement sur son cintre la valeur écologique d’un vêtement. OSCAR MAY Martin et Rob Drake-Knight, les fondateurs de Rapanui. le champ des possibles… F ibres bio, responsabilité éthique prendre une décision éclairée sur les engagements d’une marque sera et compensation carbone n’ont produits qu’ils achètent. » bientôt un préalable, et pas seule- pas suffi à l’exigence écologique ment comme aujourd’hui un avan- desfondateursdelamarquebritan- Un standard à l’étude tage concurrentiel », estime Rob. nique Rapanui, Rob et Martin Dra- Un clic, et direction les champs de Pour évangéliser ses convictions ke-Knight, à peine cinquante ans à coton bio de la ferme indienne auprès de l’ensemble de l’industrie eux deux. « La mode est un média à d’Ahmedebad, puis le transport par textile, Rapanui a également mis en 300 hectares encore disponibles part entière qui permet à chacun route des ballots à Coimbatore, où la place un système indépendant d’exprimer ses valeurs à travers sa ouate est séchée, coupée et filée d’écoétiquetage des vêtements cal- contact 04 74 61 53 78 • + de 450 000 arbres et arbustes plantés • 1 station-service, 1 garage mécanique certifié ISO 14001 et enregistré EMAS façon d’être. Nous voulons utiliser avant d’être transformée dans une qué sur le label énergétique de • + de 125 entreprises déjà implantées • une fiscalité et un prix attractifs cette formidable puissance pour usine approuvée par la Fair Wear l’électroménager avec une notation • une équipe pleine d’attentions • 1 station lavage poids-lourds passer le message qu’une autre Foundation et acheminée par de A (pour 100 % bio) à G. Poussée • une position géostratégique • 200 hectares d’espaces verts • 1er Parc industriel européen • 1 parc au cœur d’un bassin industrie est possible », explique bateaujusqu’auRoyaume-Uni.« Les par le gouvernement britannique, de vie de 130000 habitants • + de 4500 emplois créés Rob, le cadet des deux frères. consommateurs vont demander de l’initiative sera bientôt examinée • 1 Club des Entreprises entre Lyon et Genève • 4 bâtiments locatifs • à 35 minutes de Lyon Leur credo : tracer précisément le plus en plus de comptes écologiques par la Commission européenne • 1 centre nautique parcours de leurs vêtements « de la aux distributeurs de mode et imposer pour devenir un standard légal.« La • 2 restaurants • 1 club de polo graine au magasin ». En plus des plus de transparence dans les chaines multitude de labels plus ou moins www.plainedelain.fr • 1 Bio-Motel données de composition et de pro- logistiques. Lui offrir la possibilité de opportunistes présents sur le marché venance, chaque étiquette com- visualiser en direct la pertinence des brouille les pistes, poursuit Rob. Il prend un QR code, qui peut être faut un étiquetage précis, objectif et scanné comme un code-barres réglementé qui affiche l’impact éco- pour visualiser sur un smartphone « LE CONSOMMATEUR logique et social du produit pour des cartes interactives et des infor- VA DEMANDER encourager le consommateur vers mations sur la logistique accompa- des achats durables et tirer l’indus- gnant le produit. « Les consomma- AUX DISTRIBUTEURS trie vers ses responsabilités. » Dans teurs sont curieux de l’engagement DE RENDRE les couloirs de la Commission, le des fabricants. Les informations que DES COMPTES. » travail des lobbyistes de tout bord a nous leur donnons leur permet de ROB DRAKE-KNIGHT déjà commencé. P. M.
  • 3. SPÉCIAL DÉVELOPPEMENT DURABLE36 JEUDI 3 NOVEMBRE 2011 LES ECHOSSOLUTIONSRepenser dans la durée Novo Nordisk chiffre sa responsabilitéla relation client-fournisseur La société danoise, leader dans le traitement du diabète, a mis en placeLa coopération avec des fournisseurs étrangers doit s’inscrire dans une démarche de qualité. des indicateurs socio-économiques.P D endant longtemps la rela- indéniables :unturnoverplusfaible, ans le monde, près de durable, le tableau de bord pros- tion entre les entreprises et des employés mieux formés et 285 millions de personnes pectif et des facilitateurs. Le TBL leurs fournisseurs étrangers moins d’absentéisme conduisent à sont atteintes de diabète, permet, quant à lui, de répartir s’est construite sur une une augmentation de la producti- soit 6,6 % de la population les objectifs financiers et RSE à approche dite « défensive ». vité.Lesnormesenvironnementales adulte mondiale. Une per- tous les niveaux. Ce tableau deIl s’agissait de rédiger un code de peuvent également être facteurs de sonne meurt toutes les bord comporte 24 objectifs divi-conduite essentiellement basé sur le développement économique. Ces dix secondes de cette maladie sés en quatre points essentiels :respect du Code du travail, puis de payslecomprennentdeplusenplus et de ses complications. En tant les clients et la société civile, lessimplement vérifier, par des audits et la tendance est très forte. « En que leader dans le traitement finances, les process et, enfin, lesrelativement irréguliers, que la moins de deux ans, d’importants du diabète, avec près de 51 % de gens et les associations.charte était respectée. La coopéra- efforts ont été faits en matière de RSE part de marché en 2010, lationn’étaitpasvraimentdemise.Pis, dans les pays en voie de développe- société danoise Novo Nordisk a Equilibre à maintenirle non-respect des règles imposées ment, passant d’un modèle orienté dû très tôt prendre en compte Les indicateurs sociaux et envi- GETTY IMAGES/BRAND Xpouvait conduire au déréférence- très “charity” à une RSE mieux inté- les enjeux sociaux et environ- ronnementaux ont été définiti-ment d’un fournisseur avec des grée. Il ne faut pas oublier que ces nementaux liés à son activité. vement intégrés aux rapportsconséquences encore plus dramati- pays doivent se développer sur tous La société, qui emploie 30.000 de performance financière enques sur le marché local de l’emploi, les fronts en même temps ! » personnes dans 74 pays, investit 2004. Selon les dirigeants desur l’économie locale et les habi- La coopération pour améliorer donc dans des programmes Novo Nordisk, il s’agit de « tou-tants, comme ce fut le cas pour la Une gestion difficile à mettre en œuvre par peur de coûts supplémentaires. les performances des fournisseurs d’accès au soin et dans la forma- jours de faire en sorte que lessociété britannique Primark, qui, n’est pourtant pas encore la règle. tion directement ou à travers ses décisions stratégiques maintien-interdisant dans sa charte le travail à sa réputation a ses limites. » En 2001, logue social font aussi partie des prio- Selon une étude de UN Global Con- fondations d’entreprise. C’est nent l’équilibre entre la rentabi-domicile dans ses pays fournisseurs, sous l’impulsion du Bureau interna- rités. » Aider les fournisseurs à com- tact parue en 2010, 93 % des PDG danssonorganisationqueréside lité et les intérêts sociétaux ».a provoqué la mise au chômage de tional du travail, le programme Bet- prendre notamment comment une pensent que la durabilité est cru- l’originalité du géant pharma- Au fil des années, Novo Nor-nombreuses femmes travaillant ter Factory Cambodia jette les bases bonne gestion des ressources cialepourlefuturdeleurentreprise, ceutique. Sa structure, déjà, disk a donc mis en place unpour de petites sociétés textile habi- d’une méthodologie pour l’amélio- humainespeutservirleurentreprise et 88 % estiment que la RSE doit puisque le laboratoire, fondé en grand nombre d’indicateurstuéesàcemodedefonctionnement. ration des normes sociales des reste une tâche difficile. « De même, s’intégrer dans la chaîne d’approvi- 1923, est contrôlé financière- socio-économiques afin d’éva- entreprises fournisseuses. Ce pro- la démarche qualité fait peur à cer- sionnement. Pourtant, 54 % appli- ment par la Fondation Novo luer l’impact de ses activités surEffets positifs indéniables grammes’estdepuisélargiauniveau tains fournisseurs qui craignent les quent réellement ce principe, et Nordisk qui possède une vaste les différents acteurs impliqués« Un changement s’opère depuis une mondial.« Ilresteévidemmentbeau- surcoûts et la diminution des com- seuls 39 % coopèrent directement majorité des voix à travers son dans son secteur d’activité. Ladizaine d’années », rapporte cepen- coup de travail, explique Joëlle Bro- mandes, note Joëlle Brohier. Jus- avec leurs fournisseurs. « C’est le holding Novo A/S. Dans le société reconnaît cependantdant Joëlle Brohier, directrice et fon- hier.Maisdeseffortsontétéfaitssurla qu’en 2005, la RSE était perçue néga- “business as usual” Tant que les . reporting ensuite. Dès 1996, une que, même si à long terme ledatrice d’Anakout CSR Consulting et formation employeur-employés. En tivement dans certains pays, en Asie méthodes d’achat ne changent pas, approche de Triple Bottom Line retour sur investissement estde RSE & Développement, basée à termes de management et de RH notamment, comme autant de con- que les critères se basent sur des prix (TBL), ou triple bilan, a été mise positif, il est extrêmement diffi-Singapour. « Les entreprises ont pris pour les premiers, et en termes traintes imposées par les pays occi- bas et des délais très courts, il y aura en place en même temps qu’une cile d’intégrer les effets à courtconscience qu’il fallait travailler d’informations sur les droits pour les dentaux, de barrières commerciales toujours un risque. » méthodologie de management terme dans les calculs financiersautrement et que la simple gestion de seconds. La santé, la sécurité et le dia- cachées. » Mais les effets positifs sont JÉRÉMY REBOUL (Novo Nordisk Way of Manage- internes et que de telles mesures ment) avec pour but d’équilibrer ne sont pas forcément utilisées les conflits d’intérêt entre les dif- pour rééquilibrer les problèmes Les fondations d’entreprise au service des partenariats férents niveaux décisionnaires. Cela s’organise autour de trois et les différences qui peuvent se poser entre les différentes parties outils managériaux : le reporting prenantes. J. R.En 2010, 350.000 entreprises d’Admical, association spécialisée décernant un Big Society Award. Les Uni en 2008, et depuis peu enfrançaises ont pratiqué le mécé- dans le mécénat d’entreprise. 58 % Big Society Awards ont été instaurés France. Plus près de chez nous, lenat. Un chiffre en hausse de 17 % des actions se sont orientées vers le par le cabinet du Premier ministre ministère du Développement dura-par rapport à 2008. Le budget totalatteint 2 milliards d’euros. C’est social, l’éducation et la santé, 37 % vers la culture, 19 % vers la solidarité en novembre 2010 pour récompen- ser individus et organisations qui ble récompense les entreprises depuis deux ans par les Trophées du Orsa veut monter un laboratoire mondialmoins qu’en 2008 mais beaucoup internationale, alors que seulement œuvrent au Royaume-Uni pour la mécénat, afin de les encourager àplus qu’en 2002, où le budget 12 % concernaient l’environnement création d’une société plus grande et s’investir dans des actions auprès den’était que de 343 millions . avec de 220 millions d’euros investis généreuse. porteursdeprojet.Parmileslauréats l’année dernière. On est encore loin 2010, on trouve la Fondation Proc-Le principe des fondations d’entre-prise est né dans les années 1990, des chiffres des Etats-Unis, par exemple, où les fondations et les Trophées du mécénat RockCorps a été créé en 2003 aux ter & Gamble France pour la protec- tion du littoral et son kit pédagogi- L’entreprise brésilienne tente d’alliermais a encore du mal à se dévelop- entreprises ont contribué à la géné- Etats-Unis pour organiser un pont que de sensibilisation à l’attention le bien-être du personnel, les profits, entre les associations et ceux quiper dans l’Hexagone. 85 % desmécènes sont, en effet, des PME qui rosité à hauteur de 56 milliards de dollars. En Grande-Bretagne, le Pre- peuvent les aider. Depuis 2005, des collèges et des écoles primaires. La fondation d’entreprise Eiffage et la préservation de la planète.ne possèdent pas toujours de fonda- mier ministre britannique, David RockCorps offre des places de pour la création de 13 logements Stion mais font partie de clubs ou Cameron, vient de reconnaître la concert en échange de quatre heu- passerelles avec accompagnement ergio Amoroso, le présidentd’associations. Les fondations res- contribution du projet Orange Rock- res de bénévolat au profit d’associa- de locataires en Ile-de-France ou la fondateur du groupe Orsa,tent donc l’apanage des grandes Corps à la collectivité en récompen- tions locales partenaires. Un pre- société des eaux de Volvic pour son ambitionne ni plus nientreprises avec tout de même 63 % sant son engagement et celui de tous mier programme Orange programmedesauvegardedumilan moins de monter « le plus granddubudget,selonladernièreenquête les bénévoles impliqués en lui RockCorps a été créé au Royaume- royal dans le Massif central. J. R. laboratoire socio-environnemen- tal de la planète ». De la pâte à papier à l’emballage cartonné à São Paulo, en passant par l’huile France Télécom développeCAS D’ÉCOLE d’olive en Amazonie, le groupe Orsa a largement déployé ses activités sur le territoire brésilienson écosystème en Afrique e n t r e n t e a n s . Av e c u n e constante : une vision qui tente MILTON MANSILHA / LUZ de marier les affaires, le social et l’environnement. En 1994, coupL’opérateur télécoms finance des actions sociales multiples dans l’éducation ou la santé. d’accélérateur. Amoroso met sur pied une fondation chargéePar son activité et le déploiement de son réseau, il participe au développement économique. d’appliquer la formule des « 3 P » : allier le bien être du per- Sergio Amoroso, présidentP résent dans 17 pays africains, sociaux sont immenses. D’abord, « en négociation » avec d’autres opé- sonnel, les profits et la préserva- fondateur du groupe Orsa. France Télécom mise beau- pour les opérateurs télécoms, rateurs dans plusieurs pays. tion de la planète. Amoroso coup sur le continent pour l’objectif premier est de déployer un Au-delàdel’activitéclassiqued’un impose donc une règle d’or : 1 % le but de « transformer l’agricul-assurer une croissance de son chif- réseau mobile. Pas toujours facile opérateur de télécommunications, duchiffred’affairesestdestinéau ture de subsistance, souvent asso-fre d’affaires. Mais investir dans des dans des pays où les infrastructures, le groupe français a créé une fonda- financement de la fondation. Un ciée aux conditions de semi-es-pays aussi pauvres que le Mali, le notamment électriques, sont défi- tion, dotée d’un budget de 18 mil- chiffre d’affaires qui atteint clavageenAmazonie »grâce à saNiger ou la République démocrati- cientes, voire inexistantes dans cer- lions d’euros, dont un tiers est investi au j ou rd’ hu i 6 0 0 m i l l i o n s dimension sociale. Adopter uneque du Congo – l’Institut internatio- taines régions. Orange a ainsi ins- en Afrique. A travers la Fondation d’euros, selon Sergio Amoroso. « vision commerciale » tout ennal de recherche sur les politiques tallé plus d’un millier d’antennes en Orange, l’opérateur finance des pro- laissant « de l’argent dans laalimentaires (Ifpri) considère que le Afrique et au Moyen-Orient fonc- jets liés à l’éducation, la santé et Un pari fou main du producteur de noix,niveau de la faim dans ce dernier tionnant à l’énergie solaire. l’insertion sociale. A Madagascar, Résultats : tous les projets afin qu’il ait une vie décente »,pays est « extrêmement alar- par exemple, la fondation finance le sociaux de la fondation ont à la explique Sergio Amoroso.mant » –, et en recueillir les fruits Partager les investissements fonctionnement de 722 classes, fois un aspect développement Mais cet entrepreneur n’a paséconomiques, impose certains Le coût de tels équipements est plus représentant 12.000 élèves et économique et un volet protec- encore gagné son pari le plusdevoirs… Même si « l’activité d’opé- élevé mais cela permet d’amener la 575 postes d’enseignants, en payant tion de l’environnement. C’est le fou. En l’an 2000, le groupe Orsarateur de télécommunications est téléphonie mobile à des villages. les salaires, la rénovation des salles… cas en zone urbaine. Plutôt que a repris pour un franc (1 real)intrinsèquement porteuse de progrès Dans ce cas, souvent, l’installation Dans la santé, Orange a créé le pre- devouloirtravaillerdanslesfave- symbolique le projet Jari aupour les populations concernées », est gardée, les habitants peuvent mier centre de dialyse pour enfants las comme la plupart des ONG, milieu de l’Amazonie. Il s’agissaitcomme l’explique Mireille Le Van, venir recharger leur téléphone pen- de l’Afrique de l’Ouest, à Abidjan. Orsa préfère les petites commu- d’un projet d’usine de cellulosesecrétaire générale de la fondation dant quelques heures à l’énergie « Nous essayons de nous appuyer le nautés agricoles proches des vil- imaginé par un milliardaireOrange. En soi, connecter les gens solaire et, parfois, « le surplus d’éner- plus possible sur les équipes locales les, pour endiguer l’exode rural. américain dans les années 1960,entre eux et au reste du monde per- gie capté par les panneaux solaires d’Orange, notamment pour évaluer « La solution, c’est de trouver un un projet grandiose vite voué àmet de développer des activités éco- estutilisépouralimenterenélectricité lesprojets »,expliqueMireilleLeVan. moyen d’éviter cela »,affirme Ser- l’échec (Ludwig avait importénomiques nouvelles. Depuis la fin une école ou d’autres locaux commu- Et « nous avons créé 6 fondations au gio Amoroso. Des prêts sont une usine du Japon et planté de N. BAKER / ABACA /ORANGE2010, plus de 500 millions d’Afri- nautaire. C’est le cas au Niger, où une niveau local pour nous aider dans les accordés aux agriculteurs pour l’eucalyptus dans la forêt tropi-cains ont un téléphone mobile et ils case de santé est alimentée en électri- évaluations », poursuit-elle. L’opéra- planter des arbres (sur la moitié cale). L’an dernier, Sergio Amo-seront 860 millions fin 2015. Selon le cité par la station solaire », confirme teur s’appuie aussi sur des parte- de leurs petites propriétés, les roso est parvenu à éponger lescabinet Informa, à cette date, Mireille Le Van. L’autre possibilité, naire, tels que Planet Finance, l’orga- 30 % restants étant destinés à dettes de Jari auprès des ban-265 millions s’échangeront de pour rentabiliser les investisse- nisme fondé et présidé par Jacques l’agriculture et 20 % à l’élevage). ques. Mais il se donne encorel’argent par téléphone mobile, soit ments, est de les partager avec Attali, spécialisé dans le microcrédit. Il y a trois ans, le groupe Orsa a trois ou quatre ans pour queplus que le nombre de comptes d’autres opérateurs. Elie Girard, Orange a installé plus d’un millier Orange participe ainsi au soutien de racheté l’entreprise Ouro Verde l’opération devienne rentable.bancaires ouverts sur le continent. directeurexécutifdelastratégiechez d’antennes en Afrique et au Moyen- 800 artisans à Madagascar. (l’or vert), qui produit de l’huile THIERRY OGIERMais les défis économiques et France Télécom, confirme ainsi être Orient fonctionnant à l’énergie solaire. GILLAUME DE CALIGNON d’olive, des noix et de l’açaï, dans CORRESPONDANT À SÃO PAULO
  • 4. SPÉCIAL DÉVELOPPEMENT DURABLE 37 JEUDI 3 NOVEMBRE 2011 LES ECHOSPhilippe Vasseur « La RSE ne s’octroie pas,elle se partage »La responsabilité sociale et Ce sont souvent de grands portéparlessyndicats,mêmesicer-environnementale (RSE) groupes qui affichent tains le défendent. Ils vont plutôtdes entreprises peut-elle rester des démarches de RSE. évoquer des revendications sur laune priorité face à la crise ? Comment intégrer les PME ? INTERVIEW garantie de l’emploi, la progressionSilesbonnespratiquesavaientétéun Ce qui est terrible, et les médias en PHILIPPE VASSEUR du pouvoir d’achat, les conditionspeu plus généralisées et la RSE un sont partiellement responsables, PRÉSIDENT DU CRÉDIT MUTUEL de travail… La RSE ne s’octroie pas,peu plus répandue, on n’aurait pas la c’est qu’on voit tout à travers les NORD EUROPE ET DU RÉSEAU ellesepartage.Onaméliorenosper-crise qu’on a aujourd’hui. Cette crise grands groupes. Un grand groupe, ALLIANCES, FONDATEUR formances économiques tout enn’estpastechniquemêmesiellevient c’est spectaculaire, c’est beaucoup respectant plus et mieux les person- DU WORLD FORUM DE LILLEdel’endettement,elleestd’abordune d’emplois, de chiffre d’affaires, de nes et l’environnement, dans l’inté-crise d’une civilisation qui s’estimait résultat,dedividende…AvecAllian- rêt de toutes les parties prenantes.dominante, qui s’est lancée avec ces, nous travaillons énormémenttriomphalisme dans une financiari- avec des PME, en leur dédiant des Le développement durable estsation de l’économie. Si on rêve du diagnostics ou des opérations devenu très médiatisé. Sur quoimonde demain en disant « business d’accompagnement, et cette année le besoin de pédagogie reste-t-ilas usual », les mêmes causes produi- leWorldForummetvolontairement le plus fort ?ront les mêmes effets. La RSE est un l’accent sur les PME. Nous en avons « Une opération de RSE suppose que les salariés Souvent, on n’en voit que la partieconcept au contraire extrêmementmoderne, malheureusement de toute taille, dont les dirigeants s’interrogent sur leur façon de faire, se l’approprient, sans s’estimer prisonniers environnementale, la plus facile, la plus spectaculaire, la plus simplistedevenu un peu à la mode. surladifférenciationparrapportàla de la politique à laquelle ils ont contribué. » aussi.Surlaresponsabilitésociale,la concurrence et qui trouvent dans la démonstration peut être faite aussiLa RSE n’est-elle pas parfois RSE le moyen de conquérir ou de facilement. Si vous prenez les entre-un simple habillage marketing ? maintenir des parts de marché. la même au Danemark ou en Afri- relèvent du capitalisme familial. Ils prises classées dans le « best placesBien sûr. Il suffit de voir le nombre de que. Le monde est fait de diversité. possèdent leur entreprise, ils y tra- to work », ce ne sont pas celles quiprix citoyens ou autres qui fleuris- Pourquoi votre démarche vaillent et ne dépendent pas de fonds ontlesmoinsbonnesperformancessent. Et les banques ne sont pas les n’est-elle que régionale ? Depuis qu’Alliances essaie de pension situés à des dizaines de économiques ! Jean-Marie Descar-dernières à créer ce genre de prix ! Penser hexagonal n’a aucun intérêt. de diffuser cette « bonne parole », milliers de kilomètres. Et cela change pentries le dit dans son dernierNotre réseau Alliances existe depuis Il faut penser là où on est, où on peut voyez-vous les pratiques évoluer ? tout ! Ces gens se voient, se croisent, livre : les salariés heureux font lesdix-septans.Certes,ceteffetdemode agir sur un territoire. Je me suis tou- Dans la région, oui, incontestable- c’estlaforced’unterritoire. entreprises qui gagnent. Une bonnenous donne raison, mais la démar- jours refusé à porter Alliances au ment. C’est une région très particu- gestion sociale de l’entreprise, uneche mérite une réflexion en profon- niveau national. On deviendrait un lière avec un terreau fertile et le lan- Que peuvent des dirigeants bonne motivation des salariés sontdeur.Lanotionderesponsabilitédoit « machin »commeunautre,passant gage est entendu. Ce n’est pas un mobilisés sans leurs salariés ? des gages de performance. Il ne fautêtre centrale dans l’économie. plus de temps en structure qu’en hasardsidesprésidentsnationauxdu C’est plus dur ! Une opération de jamais dissocier l’économie, leL’urgence est une chose, la première opérationnel. Mais aller regarder ce CJD,commeGontrandLejeune,sont RSE suppose que les salariés se social et l’environnemental. La RSE,responsabilitéd’unchefd’entreprise, qui se passe ailleurs dans le monde, issus du Nord-Pas-de-Calais. C’est ici l’approprient, sans s’estimer prison- c’est un tout que nous appelons NICOLAS TAVERNIER/RÉAc’est faire du profit, ce n’est pas hon- oui, et ça rend modeste. En Indoné- quesontnéesdanslepatronatdesini- niers de la politique à laquelle ils ont chez Alliances « la performance parteux ! Le profit c’est le progrès, qui sie, au Bangladesh, au Chili, il existe tiatives qui montraient une préoccu- contribué. Il y a beaucoup de péda- la responsabilité ». C’est nécessaire-garantit la viabilité d’une entreprise, des pratiques extrêmement intéres- pation autre que le seul enrichisse- gogie à faire. Et la RSE ne dispense ment du moyen ou du long terme.sa capacité à se pérenniser, investir, santes qui peuvent servir de leçons, ment :lesallocationsfamiliales,le1 % pas des conflits sociaux ! Le thème PROPOS RECUEILLIS PARdistribuer du pouvoir d’achat. mêmesilaresponsabiliténeserapas patronal… Beaucoup d’entreprises de la diversité n’est pas fortement OLIVIER DUCUING Uniforja, un modèle CAS D’ÉCOLE Martha Tilaar fait bouger les lignescoopératif pour l’industrie en Indonésie Avec plus de 4.000 employés, le groupeDans la banlieue de São Paulo, une coopérative ouvrière a réussi à faire revivre est l’un des plus importants fournisseursune entreprise spécialisée dans les forges. Jusqu’à devenir un exemple de réussite nationale. de produits de beauté en Indonésie.S E igne des temps. En face du n Indonésie, les femmes syndicat des ouvriers de représentent 66 % de la l’industrie métallurgiste population en âge de tra- dans la banlieue grise de vailler. Pourtant, les efforts du São Paulo, un hypermar- gouvernement, appuyés par lesché Wal-Mart a été érigé sur le ter- organisations féministes, pourrain jadis occupé par l’usine Villa- favoriser le travail des femmes etres,celle-làmêmeoùagissaitenson l’égalité des chances entre lestemps un certain Luiz Inácio da sexes ne sont toujours pas vrai-Silva, qui deviendra plus tard, au fil ment suivis d’effets. Les Indoné-des luttes syndicales et politiques, siennes sont encore maltout simplement Lula. Cette ban- employées et participent peu aulieue ouvrière a subi de plein fouet développement économiqueles effets de la restructuration au d’un pays où 14 % de la popula-cours des vingt dernières années. A tion vit sous le seuil de pauvreté,quelques kilomètres de Villares, avecuntauxdechômagedeplus MAISANT LUDOVIC / HEMIS.FRUniforja a elle aussi bien failli boire de 8 %. Des études ont cepen-le bouillon dans les années 1990. dant prouvé que les mieux édu- A deux pas de l’autoroute qui relie quées et formées avaient plus de DRSão Paulo à la plage, une ancienne chances de trouver un travail Martha Tilaar a lancéentreprise familiale spécialisée dans dans de bonnes conditions. un programme pour former deslesforgesapurenaîtredesescendres adolescentes aux métiers de lail y a une douzaine d’années. Elle Uniforja compte parmi ses clients une partie de l’industrie automobile installée dans la banlieue de São Paulo. Programme d’éducation beauté, celles-ci ayant ensuitecroulait alors sous les dettes. Pour C’est notamment à partir de ce l’assurance de travailler danssauver la société au bord de la faillite, « Nous avons été les pionniers en la dans ce bastion de la lutte syndicale. nationale de développement constat que le groupe Martha un des centres du groupe.un groupe d’ouvriers a repris l’affaire matièredanslesecteurindustrielet,en Durant la campagne électorale de (BNDES), ce qui ne s’était pas avéré Tilaar, qui emploie majoritaire-en main. Ils mettent alors sur pied la plus, on est un exemple de réussite », 2002, il avait tenu à visiter Uniforja possible sous le précédent gouver- ment des femmes, a lancé dès Mar tha Tilaar ont recr utécoopérative Uniforja. Son président, explique le responsable de la coopé- en compagnie d’un patron du sec- nement. En évoquant Uniforja, Lula 1990unprogrammed’éducation 2.120 adolescentes. L’implanta-José Luiz Trofino, se dit fièrement rative, dont le chiffre d’affaires est de teur textile, José Alencar Gomes da retrouve son âme d’ouvrier autoges- pour des centaines de jeunes tion du programme bénéficiemembrefondateurdelacoopérative, l’ordre de 200 millions de reals Silva, qui deviendra peu après son tionnaire. « Tout le monde com- filles originaires des régions pau- plus largement à toute la société.qui n’emploie toutefois aujourd’hui (80 millions d’euros). vice-président. Avec la conviction mande, tout le monde obéit et tout le vres d’Indonésie. Le programme AJakarta,lerevenumoyend’unequ’un quart des effectifs d’antan qu’« il y a une alternative à la désin- monde travaille, parce que la coopé- consiste principalement en une employée de spa se situe entre(2.000 ouvriers à la belle époque). Salué par Lula dustrialisationetauchômage ».Huit rative est un état d’esprit », indique formation aux métiers de la 150et250euros,soitplusdedeuxMais la grande victoire, c’était de Petrobras, le géant du pétrole, est ans plus tard, en fin de mandat, Lula celui qui, après deux mandats prési- beauté et du spa. Elles sont foisetdemielesalaireminimum.montrer, alors que la plupart des l’un de ses grands clients. Une réunit un Conseil national de l’éco- dentiels, est retourné vivre dans son logées pendant toute la durée de Un revenu qui peut suffire à faireéquipementiers de l’industrie auto- bonne partie de l’industrie automo- nomie solidaire et cite en exemple appartement de banlieue, non loin leur stage puis placées dans un vivre toute une famille et à payermobiledisparaissaientousefaisaient bileinstalléedanslabanlieuedeSão Uniforja, qui « a le vent en poupe ». du syndicat des métallos. des centres de soin du groupe. des études aux enfants.racheter par des groupes étrangers, Paulo également. Lula, ancien Surtout depuis qu’elle a obtenu des THIERRY OGIER Créée en 1970 dans le garage de MarthaTilaarestmembrefon-que l’économie solidaire, ça marche. métallo, n’a pas manqué de revenir prêts à taux bonifiés de la Banque CORRESPONDANT À SÃO PAULO ses parents, la société de Martha dateur du Global Contact des Tilaar réalise aujourd’hui un Nations unies et mène des chiffred’affairesde75millionsde actions en faveur de l’environne- dollars à travers le monde. ment, de l’agriculture biologique Cette démarche sociale s’intè- et du développement local en gredansledéveloppementcom- favorisant notamment les coo- mercial de la société, qui pour- pérativesagricolesetl’autoentre- COUPS DE PROJECTEURS SUR D’AUTRES CAS D’ÉCOLE D’ENTREPRISES EN POINTE SUR LES QUESTIONS suit son expansion avec la vente prise. Cependant, sur ce dernier DE RESPONSABILITÉ SOCIALE ET ENVIRONNEMENTALE, ET QUI ONT PLACÉ CELLE-CI AU CŒUR DE LEUR STRATÉGIE de franchises et l’ouverture de point, des experts soulignent le SUR lesechos.fr centresdespaenAsieduSud-Est risque à faire reposer la respon- mais aussi en Europe et aux sabilité sociale et environne- h VEJA, MARQUE FRANÇAISE DE BASKETS « COMMERCE ÉQUITABLE » Etats-Unis, offrant ainsi l’assu- mentale sur des sous-traitants h DESSO, PRODUCTEUR DE MOQUETTE NÉERLANDAIS, PIONNIER DE L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE rance aux diplômées d’obtenir autonomes, plus difficiles à con- un emploi et à ses centres la trôler et beaucoup moins sensi- garantie d’un personnel parfai- bilisés à ces questions. tementformé.En2009,lesécoles JÉRÉMY REBOUL