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COMMENT LES MEDIAS UTILISENT LA TECHNOLOGIE ET LA LOI POUR CONFISQUER LA CULTURE ET CONTROLER LA CREATIVITE
PAR LAWRENCE LESSIG

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  1. 1. Free Culture / Culture Libre // Lawrence LessigCULTURE LIBRE FREE CULTURE / ÉDITION FRANÇAISECOMMENT LES MEDIA UTILISENT LA TECHNOLOGIE ET LA LOIPOUR CONFISQUER LA CULTURE ET CONTROLER LA CREATIVITELAWRENCE LESSIG 1
  2. 2. Free Culture / Culture Libre // Lawrence Lessig Ce livre est sous licence Creative Commons Attribution-Non Commercial 2.0. Vous êtes libres : de reproduire, distribuer et communiquer cette création au public de modifier cette création Selon les conditions suivantes : Paternité. Vous devez citer le nom de lauteur original de la manière indiquée par lauteur de loeuvre ou le titulaire des droits qui vous confère cette autorisation (mais pas dune manière qui suggérerait quils vous soutiennent ou approuvent votre utilisation de loeuvre). Pas dUtilisation Commerciale. Vous navez pas le droit dutiliser cette création à des fins commerciales.• A chaque réutilisation ou distribution de cette création, vous devez faire apparaître clairement au public les conditions contractuelles de sa mise à disposition. La meilleure manière de les indiquer est un lien vers cette page web : http ://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/deed.fr• Chacune de ces conditions peut être levée si vous obtenez lautorisation du titulaire des droits sur cette oeuvre.• Rien dans ce contrat ne diminue ou ne restreint le droit moral de lauteur ou des auteurs.Traduction : Wikisource. Cette traduction est un travail collaboratif utilisant un wiki. N’importe qui peut y participer, encorrigeant les fautes et contresens, et en améliorant le style. La traduction en français a commencé en avril 2004.Pour d’autres formats, parmi lesquels enregistrements sonores et PDF en anglais, veuillez visiter le site officielwww.free-culture.cc 2
  3. 3. Free Culture / Culture Libre // Lawrence LessigTable des matières Préface à l’édition Française 4 Notes à propos de l’édition Française 5Préface 6Introduction 8Piratage 13 Introduction 13 Créateurs 15 Simples copistes 19 Catalogues 26 Pirates 28 Cinéma 28 Musique enregistrée 28 Radio 29 Télévision par câble 30 Piratage 31 Piratage I 31 Piratage II 32Propriété 38 Introduction 38 Fondateurs 39 Enregistreurs 43 Transformateurs 45 Collectionneurs 48 Propriété 51 Pourquoi Hollywood a raison 54 Débuts 56 Loi : durée 57 Loi : étendue 58 Loi et Architecture : Atteinte 59 Architecture et Loi : Force 62 Marché : Concentration 68 Ensemble 70Casse-têtes 73 Chimères 73 Dommages 75 Contraindre les créateurs 75 Contraindre les innovateurs 76 Corrompre les citoyens 81Équilibres 85 Introduction 85 Eldred 86 Eldred II 100Conclusion 104Postface 110Nous, maintenant 111 Reconstruire les libertés autrefois présumées acquises :exemples 111 Reconstruire la culture libre : une idée 113Eux, bientôt 115 1. Davantage de formalités 115 Enregistrement et renouvellement 115 Marquage 116 2. Une durée plus courte 116 3. Usage libre contre usage loyal 117 4. Libérer la musique, à nouveau 118 5. Virer beaucoup d’avocats 121 Remerciements 123 À propos de l’auteur 124 Notes 125 3
  4. 4. Free Culture / Culture Libre // Lawrence LessigPréface long de sa campagne, il est probable qu’ils fassent à nouveau ce pas dans les années à venir. La France, elle,à l’édition Française reste délibérément à la traîne. Alors que l’Assemblée Nationale s’apprête à voter, dans Ecrit par Fabrice Epelboin, le 5 février 2009 les mois qui viennent, une loi stupide qui sera dépassée à peine son décret d’application promulgué, le véritable enjeu est ailleurs, infiniment plus important que la mise auLe copyright (ou le droit d’auteur, les subtiles différences pas de vilains « pirates » (dont le tord qu’ils sont censésentre ces deux régimes juridiques n’ont pas la moindre causer à l’industrie n’est toujours pas démontré à ce jour).importance ici), est entré avec fracas dans l’ère du Le véritable enjeu est de savoir quelles nations écrirontnumérique. Aujourd’hui, il est devenu une menace majeure demain la Culture du XXIe siècle, rien de moins, ceci enpour la Culture. Pas pour l’industrie de la Culture, mais se libérant de la prison construite par ceux qui ontpour la Culture, une distinction qui, en France, a disparu. industrialisé la Culture du XXe siècle.Ce n’est pas la première fois qu’une loi que l’on pensait Ce livre est la pierre fondatrice du mouvement « Cultureéternelle se heurte de façon violente à un changement Libre », aucun juriste, aucun politique, et au final, aucunmajeur de son environnement technologique. Dans ce citoyen soucieux des enjeux de politique culturelle ne peutlivre, Lawrence Lessig nous raconte comment, en son faire l’impasse sur sa lecture.temps, le droit de propriété terrien s’est lui aussi heurté àune invention, l’aviation, et a été, lui, révisé pour faire Pour les geeks, c’est une occasion de prendre conscience,place au progrès. si ce n’est déjà fait, de la place centrale qu’est appelée à prendre la technologie dans la construction de la société deL’interaction entre la technologie et le droit, dans laquelle demain. Place qu’elle a déjà prise depuis longtemps dansle politique joue un rôle majeur, est l’un des grands enjeux leurs vies, et qu’elle a déjà largement structuré, dans leursde notre époque. Ne nous y trompons pas, la crise interactions sociales, dans leur modes d’accès et deéconomique actuelle n’y changera rien, pas plus qu’elle participation aux connaissances et - plus largement - à laneffacera d’autres enjeux majeurs comme le Culture.réchauffement climatique. Ce n’est qu’au prix d’unerévision des lois régulant la propriété sur les oeuvres de Pour un député, par les temps qui courent, négliger unel’esprit que nous pourront pleinement entrer dans la telle lecture, c’est faire l’aveux, au pire, d’une influenceculture du XXIe siècle, et cette bataille est loin d’être coupable, au mieux, d’un volonté farouche de retarder legagnée. progrès et l’avenir, par peur, par manque de courage, ou par stupidité, au même titre que les initiatives pourCette bataille a un nom, la Culture Libre, un s’attaquer aux problèmes posés par le réchauffementenvironnement culturel qui était, il y a à peine quelques climatique ont été, par le passé, repoussées, encore etgénérations, la norme, et qui est à l’origine de la Culture encore.dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Mais notre Culture,suite à quelques habiles modifications des lois obtenues Mais tout comme l’écologie est devenu - enfin - un enjeupar les lobbys, et surtout à travers sa collision avec les de société, et donc un argument électoral, la Culture Libre,technologies numériques, est devenue une Culture féodale, à laquelle toute une génération est largement sensibiliséeoù un petit groupe possède un contrôle total et despotique (même si elle ne lappelle pas nécessairement ainsi),sur la façon dont elle doit s’exprimer, et sur le chemin deviendra elle aussi un enjeu de société dans les années àqu’elle doit prendre. venir, au risque de provoquer une rupture profonde au sein de cette société.Il est temps de libérer la Culture. Ce livre est indispensable pour quiconque souhaiteCette lutte sera longue, mais elle ne peut aboutir qu’à une comprendre les enjeux de cette rupture à venir, etissue qui soit favorable aux partisans de la Culture Libre. comprendre comment la Culture au XXIe siècle peutLa seule véritable question est de savoir combien de temps redevenir libre.nous perdrons en chemin, et, d’un point de vue plus local,quel sera le pays qui, conscient de la place dominante àprendre au XXIe siècle, fera le premier pas, s’assurant vous pouvez faire un commentaire à propos de cette préface ou du livre à l’adresse suivante : http://fr.readwriteweb.com/2009/02/05/a-la-ainsi la part du lion, demain. une/culture-libre-free-culture-lawrence-lessig-ebookComme nous l’explique Lessig, au début du XXe siècle, cesont les américains qui ont fait ce premier pas. Hollywood,ainsi que la radio et bien d’autres formes que prend notreCulture contemporaine, sont nés d’une pratique qui étaitalors qualifiée de ‘pirate’, et qui les a mené à unedomination culturelle sans partage qui dure encoreaujourd’hui.Avec l’arrivée de Barack Obama au pouvoir, dontLawrence Lessig est très proche et qu’il a soutenu tout au 4
  5. 5. Free Culture / Culture Libre // Lawrence LessigNotes à proposde l’édition Française Edition au format eBook en Français v1.0.0Ce livre a une histoire particulière, en tant que livre.Disponible en anglais sous licence Creative Commons, quipermet à quiconque d’en faire (pour cette licenceparticulière), a peu près n’importe quoi, il a été mis àdisposition du public gratuitement dans sa version anglaise(ce qui ne l’a pas empêché dêtre un best-seller enlibrairie). Sa traduction en Français a été assurée grâce àl’effort collaboratif de dizaines, voire de centaines devolontaires, utilisant un wiki comme outil de travail.La mise en page, elle, répond à une exigence d’ordreécologique : sa forme originale aurait nécessité plus de 350pages imprimées, nous ne vous en feront consommer que130 à peine. Le caractère d’imprimerie, Times NewRoman, occupe une surface relativement réduite parrapport à de nombreuses autres formes typographiques,réduisant d’autant le besoin en encre pour l’impression, lesmarges généreuses, elles, vous permettrons de le reliersans soucis.Le résultat, il faut l’avouer, est encore loin des standardsdu monde de l’édition. La traduction est parfois brillante,et parfois très mauvaise. Au final, la moitié du texte quivous est proposé aujourd’hui n’a nécessité que desembellissements d’ordre cosmétique, un chapitre(Eldred 1) est de fort mal traduit - il n’est heureusementpas bien important au regard du message porté par ce livre,et sa lecture n’est pas indispensable ; le reste a nécessité untravail de fond pour le rendre lisible.J’ai été éditeur au début des années 90, et si uncollaborateur m’avait fourni une telle traduction, je nel’aurai pas accepté. Ici, la situation est différente. A partird’un premier jet de traduction, dont la plus large partieétait tout à fait correcte, rappelons le, un travail a étéeffectué sur le reste pour donner, au final, un texteparfaitement lisible, même s’il subsiste quelqueslourdeurs, et qu’une unification du style et du vocabulaireaurait été nécessaires, du fait même des multiples voix detraducteurs, anglophones et francophones, quitransparaissent ça et là.Un véritable travail d’éditeur aurait nécessité encoreplusieurs relectures, ainsi qu’une traduction exhaustive desnotes de bas de page, mais voilà, tout ce travail, de latraduction à la mise ne page, de sa distribution à sapromotion, a été ou sera fait de façon bénévole, et il vouspermet d’avoir accès à un texte fondamental, qu’aucunéditeur Français ne s’est donné la peine de traduire et depublier. Qui plus est, tout cela vous est donné,gratuitement, grâce au travail de centaines d’internautesqui ne se connaissent pas, mais qui partagent un idéalcommun, celui de véhiculer des idées auxquelles ilscroient.Merci a eux. 5
  6. 6. Free Culture / Culture Libre // Lawrence Lessig « vous » à droite, mais nous tous qui ne sommes pasPréface actionnaires de ces industries de la culture qui ont caractérisé le vingtième siècle. Que vous soyez de gauche ou de droite, si vous êtes, en ce sens, désintéressés, alors l’histoire que je raconte ici va vous toucher. Car lesÀ la fin de sa critique de mon premier livre, Code : And changements que je décris touchent à des valeurs que lesOther Laws of Cyberspace, David Pogue, un brillant deux bords de notre culture politique tiennent pourauteur de nombreux textes informatiques et techniques, fondamentales.écrivait : Nous avons entrevu cette union sacrée au début de l’été« Contrairement à la loi véritable, Internet n’a pas la 2003. Lorsque la FCC3 envisagea d’assouplir lacapacité de punir. Il ne touche pas les gens qui ne sont pas réglementation qui limite la concentration des médias, uneen ligne (et seule une petite minorité de la population coalition extraordinaire se mit alors en place, et la FCCmondiale l’est). Et si vous n’aimez pas Internet, vous reçut plus de 700.000 lettres de protestation contre cepouvez toujours éteindre le modem.1 » changement. Lorsque William Safire se décrivit défilantPogue était sceptique vis-à-vis de l’argument principal du « mal à l’aise, au côté du mouvement des Femmes en Roselivre, à savoir que le logiciel, ou le « code », fonctionne pour la Paix et de la National Rifle Association, entre lacomme une sorte de loi. Sa critique suggérait l’heureuse libérale Olympia Snowe et le conservateur Ted Stevens »,idée que si la vie dans le cyberespace tournait mal, nous il eut une formule simple pour décrire ce qui était en jeu :pouvions toujours actionner l’interrupteur, et abracadabra ! la concentration du pouvoir. Il demanda alors :être de retour à la maison. Coupons le modem, « Ceci vous paraît anti-conservateur ? Pas à moi. Lesdébranchons l’ordinateur, et tout problème existant dans conservateurs devraient jeter l’anathème sur lacet espace cesse de nous toucher. concentration du pouvoir, qu’il soit politique, capitaliste,Pogue avait peut-être raison en 1999. Je suis sceptique, médiatique ou culturel. La diffusion du pouvoir jusqu’àmais peut-être. Mais quand bien même il aurait eu raison à l’échelon local, encourageant ainsi la participationl’époque, ce n’est plus le cas aujourd’hui : Culture Libre individuelle, est l’essence même du fédéralisme et de latraite des problèmes causés par Internet, même quand le plus grande expression de la démocratie4. »modem est éteint. Ce livre démontre comment les batailles Cette idée est l’un des éléments de l’argumentation dequi font rage aujourd’hui concernant la vie en ligne, Culture Libre. Cependant, mon sujet ne se résume pas à laaffectent fondamentalement ceux « qui ne sont pas en concentration du pouvoir qui résulte d’une concentrationligne ». Il n’y a plus d’interrupteur pour nous isoler des de la propriété, mais plutôt, peut-être parce que c’esteffets d’Internet. moins visible, la concentration du pouvoir qui résulte d’unMais contrairement à Code, le sujet de ce livre n’est pas changement radical dans la portée pratique de la loi. La loiInternet en soi. Le sujet en est plutôt ses effets sur l’une de est en train de changer, et ce changement modifie la façonnos traditions, ce qui est bien plus fondamental et plus dont notre culture est créée. Ce changement devrait vousdifficile à comprendre, que ce soit pour les passionnés inquiéter, que vous vous intéressiez à Internet ou non, etd’informatique et de technologies que pour les autres, car que vous soyez de droite ou de gauche.bien plus importants. Le titre ainsi que la plus grande partie de monCette tradition, c’est la manière dont notre culture est argumentation sont inspirés du travail de Richard Stallmancréée. Comme je l’explique dans les pages qui suivent, et de la Free Software Foundation. A vrai dire, quand jenous venons d’une tradition de « culture libre » : non pas relis le travail de Stallman, et plus particulièrement leslibre au sens de gratuit, pour reprendre la phrase du essais publiés dans Free Software, Free Society, je mefondateur du logiciel libre2, mais libre comme dans rends compte que toutes les idées théoriques que je« expression libre », « marchés libres », « commerce développe ici sont des idées que Stallman a décrites voilàlibre », « libre entreprise », « libre volonté », et « élections des décennies. Il serait donc légitime d’affirmer que celibres ». Une culture libre protège et soutient les créateurs travail est un « simple » travail dérivé.et les innovateurs. Elle le fait d’une manière directe, en J’accepte cette critique, si vraiment c’en est une. Le travailaccordant des droits de propriété intellectuelle. Mais elle le d’un juriste est toujours un travail dérivé, et je ne veux rienfait aussi indirectement, en limitant la portée de ces droits, faire d’autre dans ce livre que de rappeler à une culturepour garantir que les nouveaux créateurs restent aussi une tradition qui a toujours été la sienne. Commelibres que possible d’un contrôle du passé. Une culture Stallman, je défends cette tradition sur la base de valeurs.libre n’est pas une culture sans aucune propriété, pas plus Comme Stallman, je crois que ces valeurs sont celles de laqu’un marché libre n’est un marché dans lequel tout est liberté. Et comme Stallman, je crois que ces valeurs,gratuit. Le contraire d’une culture libre est une « culture de héritées de notre passé, vont avoir besoin d’être défenduespermissions » : une culture au sein de laquelle les créateurs à l’avenir. Notre passé a connu une culture libre ; notrepeuvent créer uniquement avec la permission des avenir n’en connaîtra une que si nous changeons le cheminpuissants, ou des créateurs du passé. que nous sommes en train d’emprunter aujourd’hui.Si nous comprenions tous ce changement, je pense que Comme les arguments de Stallman pour le logiciel libre, lenous nous y opposerions. Non pas « nous » à gauche, ou plaidoyer pour une culture libre achoppe sur une confusion 6
  7. 7. Free Culture / Culture Libre // Lawrence Lessigqui est difficile à éviter, et encore plus difficile àcomprendre. Une culture libre n’est pas une culture sanspropriété ; ce n’est pas une culture dans laquelle lesartistes ne sont pas payés. Une culture sans propriété, oudans laquelle les créateurs ne pourraient pas être payés, ceserait l’anarchie, et non pas la liberté. Et mon propos n’estpas de plaider pour l’anarchie.Au contraire, la culture libre que je défends dans ce livreest un équilibre entre anarchie et contrôle. Une culturelibre, comme un marché libre, est pleine de propriété. Elleest pleine de règles de propriété et de contrats, que lespouvoirs publics doivent faire respecter. Mais tout commeun marché libre est perverti quand sa propriété devientféodale, une culture libre peut être dévoyée par unextrémisme des règles de propriété qui la régissent. C’estce que je crains pour notre culture aujourd’hui. C’estcontre cet extrémisme que ce livre est écrit. 7
  8. 8. Free Culture / Culture Libre // Lawrence Lessig « [La] doctrine n’a pas sa place dans le monde moderne.Introduction L’espace aérien est public, comme l’a déclaré le Congrès. Si ce n’était pas vrai, n’importe quel opérateur de vol transcontinentaux serait exposé à des plaintes sans nombre pour violation de propriété. Le sens commun se révolte àLe 17 décembre 1903, sur une plage venteuse de Caroline cette idée. Donner raison à des revendications privées surdu Nord, en un peu moins de cent secondes, les frères l’espace aérien entraînerait une paralysie des lignesWright démontrèrent qu’un véhicule autopropulsé plus aériennes, compromettrait profondément leurlourd que l’air pouvait voler. Le moment fut électrique et développement et leur contrôle dans l’intérêt public, etson importance largement comprise. Presque reviendrait à privatiser un bien qui a vocation à êtreimmédiatement, cette technologie nouvelle du vol habité public 6. »suscita une explosion d’intérêt, et une nuée d’innovateursse mirent à l’améliorer. « Le sens commun se révolte à cette idée. »A l’époque où les frères Wright inventaient l’avion, la loi C’est comme cela que la loi fonctionne, en général. Pasaméricaine stipulait que le propriétaire d’un terrain était toujours de façon aussi abrupte et rapide, mais au final,non seulement propriétaire de la surface de son terrain, c’est comme cela qu’elle fonctionne. Le juge Douglasmais de tout le sous-sol, jusqu’au centre de la terre, et de n’avait pas pour habitude de tergiverser. D’autres auraienttout l’espace au-dessus, « jusqu’à l’infini. ».5 Depuis des noirci des pages et des pages pour arriver à la mêmeannées, les érudits s’étaient demandé comment interpréter conclusion, qu’il fit tenir en une seule ligne : « le sensau mieux l’idée que des droits de propriété terrestres commun se révolte à cette idée ». Mais qu’elle tienne enpuissent monter jusqu’aux cieux. Cela signifiait-il que quelques mots ou en plusieurs pages, le génie particuliervous possédiez les étoiles ? Pouviez vous poursuivre les d’un système juridique comme le nôtre est que la loioies en justice, pour violations de propriété volontaires et s’adapte aux technologies de son époque. Et en s’adaptant,répétées ? elle change. Des idées qui un jour semblent solides comme le roc sont friables le lendemain.Puis vinrent les avions, et pour la première fois, ceprincipe de la loi américaine - profondément ancré dans En tout cas, c’est ainsi que les choses se passent quand ilnotre tradition, et reconnu par les plus importants juristes n’y a pas de puissants pour s’opposer au changement. Lesde notre passé - prenait de l’importance. Si ma terre Causby n’étaient que des fermiers.s’étend jusqu’aux cieux, qu’advient-il quand un avion Bien qu’il y eut sans doute beaucoup de gens fâchésd’United Airlines survole mon champ ? Ai-je le droit de lui comme eux par le trafic aérien naissant, tous les Causby duinterdire ma propriété ? Ai-je le droit de mettre en place un monde auraient eu beaucoup de mal à s’unir et à arrêteraccord d’autorisation exclusive au profit de Delta l’idée, et la technique, que les frères Wright avaient faitAirlines ? Pouvons nous organiser des enchères pour naître. Les frères Wright avaient ajouté l’avion au potdéterminer la valeur de ces droits ? commun technologique ; le concept se répandit comme unEn 1945, ces questions donnèrent lieu à un procès fédéral. virus dans un poulailler ; les fermiers comme Causby seQuand des fermiers de Caroline du Nord, Thomas Lee et trouvèrent brutalement confrontés à « ce qui semblaitTinie Causby commencèrent à perdre des poulets à cause raisonnable » étant donné la technologie inventée par lesd’avions militaires volant à basse altitude (apparemment Wright. Ils pouvaient à loisir, debout dans leurs fermes,les poulets terrorisés se jetaient contre les murs du poulets morts à la main, menacer du poing ces nouvellespoulailler et en mouraient), ils portèrent plainte au motif technologies. Ils pouvaient alerter leurs élus, ou mêmeque le gouvernement violait leur propriété. Bien entendu, aller en justice. Mais en fin de compte, la force deles avions n’avaient jamais touché la surface du terrain des l’évidence - le pouvoir du « bon sens » - l’emporterait. IlCausby. Mais si, comme l’avaient déclaré en leur temps n’était pas possible de permettre que leur intérêt « privé »Blackstone, Kent et Coke, leur terrain s’étendait « vers le nuise à un intérêt public évident.haut jusqu’à l’infini », alors le gouvernement commettait Edwin Howard Armstrong est l’un des inventeurs géniauxune violation de propriété, et les Causby voulaient que cela oubliés de l’Amérique. Il entra sur la scène des grandscesse. inventeurs américains juste après des géants commeLa Cour suprême accepta d’entendre le cas des Causby. Le Thomas Edison et Alexandre Graham Bell. Mais sonCongrès avait déclaré les voies aériennes publiques. Mais travail dans le domaine de la technique radiophonique futsi le droit de propriété s’étendait réellement jusqu’aux peut être, de celle de tous les inventeurs individuels, laespaces célestes, alors la déclaration du Congrès pouvait plus importante des cinquante premières années de latrès bien être anticonstitutionnelle, car elle constituait une radio. Il avait reçu une meilleure éducation que Michaelexpropriation sans dédommagement. La Cour reconnut Faraday – qui avait découvert en 1831 l’inductionque « selon l’ancienne doctrine, les droits de propriété électrique alors qu’il était apprenti-relieur – et il avait lafoncière s’étendent jusqu’à la périphérie de l’univers. » même intuition au sujet de la manière dont les ondes radioMais le Juge Douglas n’avait pas la patience d’écouter fonctionnaient. En trois occasions au moins, Armstrongl’ancienne doctrine. En un simple paragraphe adressé à la inventa des technologies extrêmement importantes quiCour, il annula des centaines d’années de droit foncier : firent avancer notre compréhension de la radio. 8
  9. 9. Free Culture / Culture Libre // Lawrence LessigAu lendemain de Noël 1933, quatre brevets furent être une technologie supérieure, mais Sarnoff était unaccordés à Armstrong pour son invention la plus tacticien supérieur.importante : la radio FM. Jusque là, les radios grand public Comme le décrit un auteur, « les atouts de la FM,émettaient en modulation d’amplitude (AM). Les essentiellement d’ordre techniques, ne faisaient pas lethéoriciens de l’époque avaient déclaré que la radio en poids face aux efforts des marchands, bureaux de brevetsmodulation de fréquence (FM) ne pourrait jamais et cabinets d’avocats, pour éloigner cette menace contrefonctionner. Ils avaient raison pour la radio FM dans une l’industrie dominante. Car la FM, si on la laissait sebande étroite de fréquences. Mais Armstrong découvrit développer librement, impliquait (...) un bouleversementque la radio à modulation de fréquence dans une large des rapports de force au sein de la radio (...) et à longbande de spectre délivrait un son d’une fidélité étonnante, terme l’abandon du système soigneusement contrôlé deavec beaucoup moins de parasites, et nécessitant bien radio AM, grâce auquel la RCA avait bâti son empire9 .»moins de puissance d’émission. Au début, la RCA confina la technologie au sein deIl fit une démonstration de cette technologie le 5 novembre l’entreprise, en insistant sur le fait qu’il était nécessaire de1935, au cours d’une réunion de l’Institut des Ingénieurs faire des expériences supplémentaires. Quand, après deuxRadio, à l’Empire State Building de New York. Il tourna le ans de tests, Armstrong s’impatienta, la RCA commença àbouton de réglage de la radio, captant au passage une utiliser son pouvoir auprès du gouvernement pour bloquermultitude d’émission AM, jusqu’à ce qu’il trouve le déploiement de la radio FM dans son ensemble. Enl’émission qu’il avait préparée, l’émetteur étant situé à 1936, la RCA engagea l’ancien directeur de la FCC, avecvingt-sept kilomètres de là. La radio se fit tout à fait pour mission de faire en sorte que la FCC attribuerait lessilencieuse, comme si le poste était mort, et soudain, avec fréquences de manière à castrer la FM, essentiellement enune clarté que personne dans la pièce n’avait jamais déplaçant la radio FM vers une différente bande duentendue venant d’un appareil électrique, le poste spectre. Au début, ces efforts échouèrent. Mais quandreproduisit la voix d’un animateur : « Ici la radio amateur l’attention d’Armstrong et de la nation furent détournéeW2AG à Yonkers, New York, émettant en modulation de par la seconde guerre mondiale, le travail de la RCAfréquence à deux mètres cinquante. » commença à porter des fruits. Peu après la fin de la guerre,L’auditoire entendit alors ce que personne n’avait cru la FCC annonça un ensemble de mesures clairementpossible : destinées à paralyser la radio FM.On versa un verre d’eau à Yonkers, devant le microphone : « La série de coups qu’a reçu la radio FM juste après lale bruit ressemblait à celui de l’eau qui coule... On froissa guerre, sous forme de règlements dictés, à travers la FCC,et déchira une feuille de papier : le bruit fut celui du par les intérêts des grandes maisons de radio, étaient d’unepapier, et non le grésillement d’un feu de forêt... On passa force et d’un caractère retors incroyables 10. »un disque des marches de Sousa, et on joua un solo de Afin de faire libérer des fréquences pour le dernier pari depiano et un air de guitare... La musique se répandit avec la RCA, la télévision, les utilisateurs de la radio FMune clarté rarement, voire jamais entendue venant d’une allaient être déplacés vers une bande de fréquences« boîte à musique » radiophonique7. totalement nouvelle. Il fallut aussi diminuer la puissanceComme nous le suggère notre bon sens, Armstrong avait des émetteurs radio FM, ce qui signifiait qu’on ne pouvaitdécouvert une technologie de radio très supérieure. Mais à plus utiliser la FM pour radiodiffuser d’un bout à l’autrel’époque de son invention, Armstrong travaillait pour la du pays. (Ce changement fut très fortement soutenu parRCA. La RCA était alors l’acteur dominant du marché AT&T, car la perte d’émetteurs relais FM impliquait quealors dominant de la radios AM. Vers 1935, il existait un les stations radios auraient à acheter des liaisons filaires àmillier de stations de radio à travers les Etats-Unis, mais AT&T.) La progression de la radio FM fut ainsi étouffée,les stations des grandes villes appartenaient toutes à une du moins provisoirement.poignée de réseaux. Armstrong résista aux attaques de la RCA. En réponse, laLe directeur de la RCA, David Sarnoff, un ami RCA résista aux brevets d’Armstrong. Après avoird’Armstrong, voulait qu’Armstrong trouve un moyen de incorporé la technologie FM dans les standards émergentssupprimer les parasites de la radio AM. Il fut donc fort de la télévision, la RCA déclara les brevets invalides, sansenthousiasmé quand celui-ci lui annonça qu’il avait un raison, et presque quinze ans après leur dépôt. L’entreprisesystème pour supprimer les parasites de la « radio ». Mais refusa donc de lui payer des royalties. Pendant six ans,quand Armstrong lui montra son invention, Sarnoff ne fut Armstrong livra une coûteuse guerre légale pour défendrepas content. ses brevets. Finalement, juste au moment où les brevets expiraient, la RCA proposa de transiger pour une somme si« Je pensais qu’Armstrong allait inventer une sorte de faible qu’elle ne couvrait même pas les frais d’avocatsfiltre pour enlever les parasites de notre radio AM. Je ne d’Armstrong.pensais pas qu’il allait lancer une révolution : démarrerune fichue nouvelle industrie qui entrerait en compétition Défait, brisé, et désormais ruiné, Armstrong écrivit enavec la RCA. » 8 1954 un court billet à sa femme, et se donna la mort en se jetant par la fenêtre du treizième étage.L’invention d’Armstrong menaçait l’empire de la RCA, etla firme entreprit d’étouffer la radio FM. La FM était peut- 9
  10. 10. Free Culture / Culture Libre // Lawrence LessigC’est ainsi que la loi fonctionne parfois. Pas toujours de Au début de notre histoire, et pour l’essentiel de notremanière aussi tragique, et rarement accompagnée tradition, la culture non commerciale a été nond’histoires héroïques, mais parfois, c’est ainsi qu’elle réglementée. Bien sûr, si vos histoires étaient obscènes, oufonctionne. Depuis toujours, le gouvernement et ses si votre chanson troublait l’ordre public, il était possibleagences ont fait l’objet de détournements. Ceci a plus de que la loi intervienne. Mais la loi laissait cette culturechance de se produire si des intérêts puissants se trouvent libre, et n’intervenait jamais directement dans sa créationmenacés par des changements légaux ou techniques. Ces ou sa diffusion. Les moyens habituels par lesquels lesintérêts puissants, trop souvent, exercent leur influence au citoyens ordinaires partageaient et transformaient leursein du gouvernement pour obtenir sa protection. Bien sûr, culture (raconter des histoires, rejouer des scènes dela rhétorique excusant cette protection est toujours inspirée théâtre ou de télévision, participer à des club d’amateurs,par la défense de l’intérêt public ; la réalité est quelque peu partager de la musique, enregistrer des cassettes) n’étaientdifférente. Des idées qui un jour semblent solides comme pas réglementés.le roc, mais qui laissées à elles-mêmes se seraient effritées La loi régulait seulement la création commerciale. Aule lendemain, se maintiennent grâce à cette corruption début légèrement, puis d’une façon assez exhaustive, la loisubtile de notre processus politique. La RCA avait ce que a protégé les intérêts des créateurs, en leur accordant desles Causby n’avaient pas : le pouvoir de confisquer les droits exclusifs sur leurs créations, de façon à ce qu’ilseffets du progrès technique. puissent vendre ces droits sur un marché commercial 12.Internet n’a pas été inventé par une seule personne. On ne Bien sûr, ceci représente aussi une partie importante de lapeut pas non plus lui attribuer une date de naissance création culturelle, et cette partie est devenue de plus enprécise. Cependant, en très peu de temps, Internet est entré plus importante en Amérique. Mais en aucun cas elle n’adans les mœurs américaines. D’après le « Pew Internet and été un élément dominant de notre tradition. Au contraire,American Life Project », 58 pour cent des Américains ça n’était qu’une partie de notre culture, sous contrôle, etavaient accès à Internet en 2002, contre 49 pour cent deux équilibrée par la partie libre.ans auparavant 11. Ce nombre a atteint 74 pour cent en Aujourd’hui, cette démarcation nette entre le libre et le2007. « contrôlé » a disparu13. Internet a préparé le terrain à cetteAu fur et à mesure qu’Internet s’est intégré à la vie disparition, et avec l’appui des médias, la loi y a contribué.ordinaire, il a changé certaines choses. Certains de ces Pour la première fois dans notre tradition, les moyenschangements sont d’ordre technique : Internet a rendu les habituels par lesquels les individus créent et partagent leurcommunications plus rapides, rassembler des données est culture tombent sous le coup de la loi, qui a étendu sondevenu moins coûteux, et ainsi de suite. Ces changements emprise à des pans entiers de la culture jusqu’ici libres detechniques ne sont pas le sujet de ce livre. Certes, ils sont tout contrôle. La technologie, qui jusqu’ici avait préservéimportants. Certes, ils ne sont pas bien compris. Mais ils l’équilibre historique entre la culture libre et la culturefont partie des choses qui disparaîtraient si nous arrêtions nécessitant une « permission », a été défaite. Latout à coup d’utiliser Internet. Ils ne touchent pas les gens conséquence est que notre culture est de moins en moinsqui n’utilisent pas Internet, ou du moins, ils ne les touchent libre, et de plus en plus une culture de permissions.pas directement. Ils pourraient faire le sujet d’un livre sur On nous justifie ce changement comme nécessaire à laInternet. Mais ceci n’est pas un livre sur Internet. protection de la création commerciale. Et en effet, saCe livre traite plutot de l’un des effets d’Internet, mais qui motivation est précisément le protectionnisme. Mais leva au-delà d’Internet : un effet sur la façon dont la culture protectionnisme qui justifie le changement que je décrisest élaborée. Ma thèse est qu’Internet a introduit dans ce plus loin n’est pas d’un genre limité et équilibré, commeprocessus un changement important, et dont nous n’avons celui qui caractérisait la loi dans le passé. Il ne s’agit paspas encore pris conscience. Ce changement va transformer d’un protectionnisme qui protège les artistes. C’est plutôtradicalement une tradition qui est aussi ancienne que notre un protectionnisme qui permet de protéger certainsRépublique. La plupart des gens, s’ils avaient conscience secteurs d’activité. Certaines corporations, menacées par lede ce changement, le refuseraient. Cependant, la plupart ne potentiel qu’a Internet de changer la manière dont lavoient même pas ce qu’Internet a changé. culture, commerciale ou non, est produite et partagée, se sont unies pour inciter le législateur à les protéger. C’estNous pouvons percevoir ce changement en distinguant l’histoire de la RCA et Armstrong ; c’est le rêve desculture commerciale et culture non commerciale, et en Causby.comparant les aspects légaux de chacune. Par « culturecommerciale », j’entends cette partie de la culture qui est Car pour beaucoup de gens, Internet a libéré uneproduite et vendue, ou qui est produite pour être vendue. possibilité extraordinaire, celle de participer à la créationPar « culture non commerciale », j’entends tout le reste. et à l’élaboration d’une certaine culture, qui rayonne bienQuand un vieil homme s’asseyait autrefois dans un parc ou au-delà des frontières locales. Cette possibilité a changéà un coin de rue pour raconter des histoires que les enfants les conditions de création et d’élaboration de la culture en(ou les adultes) consommaient, c’était de la culture non général, et ce changement menace les industries établiescommerciale. Quand Noah Webster faisait publier son du contenu. Ainsi, Internet est aux fabricants et« Reader », ou Joel Barlow sa poésie, c’était de la culture distributeurs de contenu du vingtième siècle ce que lacommerciale. radio FM fut à la radio AM, ou ce que le camion fût au chemin de fer du XIX siècle : le début de la fin, ou du 10
  11. 11. Free Culture / Culture Libre // Lawrence Lessigmoins une transformation substantielle. Les technologies contraire, elle a délimité un large espace au sein duquel lesnumériques, liées à Internet, pourraient générer un marché créateurs ont pu élaborer et étendre notre culture.de la culture plus concurrentiel et plus dynamique ; ce Cependant, la loi, en cherchant à réguler les changementsmarché pourrait accueillir des créateurs plus variés et plus technologiques liés à Internet, a répondu par unenombreux. Ces créateurs pourraient proposer et distribuer augmentation massive de la réglementation sur la créationdes créations plus variées et plus nombreuses ; et, en en Amérique. Pour nous inspirer d’œuvres existantes, oufonction de quelques facteurs importants, ces créateurs bien pour les critiquer, nous devons d’abord demander lapourraient, en moyenne, mieux gagner leur vie dans ce permission, à la manière d’Oliver Twist. Bien sûr, lasystème qu’ils ne le font aujourd’hui - du moins si les permission est souvent accordée. Mais elle n’est pasRCA de notre temps n’utilisent pas la loi pour se protéger souvent accordée à un indépendant, ou à qui veut critiquer.de cette concurrence. Nous avons créé une sorte de noblesse culturelle. Ceux quiCependant, comme je le montre dans les pages qui suivent, sont dans la classe noble ont la vie facile, ceux qui n’y sontc’est exactement ce qui est en train de se produire dans pas ne l’ont pas. Mais c’est une noblesse, sous toutes sesnotre culture aujourd’hui. Ces équivalents actuels des formes, qui est étrangère à notre tradition.radios du début du vingtième siècle ou des chemins de fer L’histoire qui suit a pour sujet cette guerre. Mon sujet n’estdu dix-neuvième siècle usent de leur influence pour que la pas la « place centrale de la technologie » dans notre vieloi les protège contre ces moyens nouveaux, plus efficaces, quotidienne. Je ne crois pas aux dieux, numériques ouet plus dynamiques, de fabriquer la culture. Il sont en train autres. Il ne s’agit pas non plus d’une tentative dede réussir à transformer Internet avant qu’Internet ne les diaboliser un individu ou un groupe, car je ne crois pastransforme. non plus au diable, qu’il soit capitaliste ou autre. Il neBeaucoup de gens ne voient pas les choses de cette s’agit ni d’un conte moral, ni d’un appel au jihad contremanière. Les batailles au sujet du copyright et d’Internet une industrie.leur semblent éloignées. Pour les rares personnes qui y Il s’agit plutôt d’un effort pour comprendre une guerre,prêtent attention, elles semblent surtout se résumer à de désespérément destructrice, inspirée par les technologiessimples interrogations, à savoir : le « piratage » va-t-il être d’Internet, mais qui s’étend bien au-delà du codeautorisé, et la « propriété » va-t-elle être protégée. La informatique. En expliquant cette guerre, nous oeuvrons« guerre » qui a été engagée contre les technologies de pour la paix. La dispute en cours autour des technologiesl’Internet, et que Jack Valenti, le président de la Motion Internet n’a aucune raison valable de continuer. NotrePicture Association of America (MPAA) appelle sa tradition et notre culture souffriront beaucoup si cette« guerre anti-terroriste personnelle » 14 a été présentée guerre se prolonge de façon injustifiée. Nous devonscomme une bataille pour faire régner la loi et pour faire comprendre les racines du conflit, et nous devons lerespecter la propriété. Pour savoir de quel côté se ranger résoudre au plus vite.dans cette guerre, il suffirait simplement de décider si noussommes pour ou contre la propriété. Comme la bataille des fermiers Causby, l’objet du conflit est, en partie, la « propriété ». La propriété dans cetteSi c’était vraiment là l’alternative, alors je serais du côté guerre n’est pas aussi palpable que celle des Causby, etde Jack Valenti et de l’industrie du contenu. Moi aussi, je aucun poulet innocent n’y a perdu la vie. Pourtant, pourcrois en la propriété, et particulièrement en l’importance une majorité de gens, les idées qui accompagnent cettede ce que M. Valenti appelle poétiquement la « propriété notion de « propriété » sont aussi évidentes quecréatrice ». Je crois que le « piratage » est mauvais, et que l’inviolabilité de leur ferme ne l’était aux yeux desla loi, intelligemment écrite, devrait punir le « piratage », Causby. Nous sommes comme les Causby. Ainsi, laque ce soit sur Internet ou ailleurs. plupart d’entre nous tiennent pour acquis lesMais ces idées simples cachent une question bien plus extraordinaires revendications faites de nos jours par lesfondamentale et un changement bien plus important. Ma détenteurs de « propriété intellectuelle ». La plupartcrainte est que, à moins que nous n’arrivions à comprendre d’entre nous, comme les Causby, considérons que cesce changement, la guerre pour débarrasser le monde des revendications sont évidentes. Et par conséquent, comme« pirates » d’Internet ne débarrasse aussi notre culture de les Causby, nous protestons quand une nouvellecertaines valeurs qui ont fondé notre société depuis ses technologie interfère avec cette propriété. Tout commedébuts. pour eux, il nous semble clair que ces nouvelles technologies Internet violent une revendication légitime deCes valeurs ont fondé une tradition qui, pendant les 180 « propriété ». Tout comme pour eux, il nous semble clairpremières années de notre République au moins, a garanti que la loi doit intervenir pour faire cesser cette violation.aux créateurs le droit de s’inspirer librement du passé, et aprotégé créateurs et innovateurs du contrôle de l’État ou Par conséquent, quand des passionnés d’informatique oud’un contrôle privé. Le Premier Amendement (NdT : de la de technologie veulent défendre ce qu’ils appellent desConstitution Américaine) protège les créateurs du contrôle technologies à la Armstrong ou à la façon des frèresde l’État. Et comme le démontre avec force le professeur Wright, nous restons indifférents. Le sens commun ne seNeil Netanel15, la loi sur le copyright, bien équilibrée, révolte pas. Contrairement au cas des malheureux Causby,protège les créateurs du contrôle privé. Notre tradition le sens commun est du côté des propriétaires dans cetten’est donc ni soviétique, ni une tradition de patrons. Au 11
  12. 12. Free Culture / Culture Libre // Lawrence Lessigguerre. Contrairement aux heureux frères Wright, Internet Ces deux parties présentent l’idée centrale de ce livre :n’a pas inspiré de révolution en sa faveur. alors qu’Internet a engendré quelque chose de nouveau et de fantastique, notre gouvernement, poussé par les médiasMon souhait est de faire évoluer ce sens commun. Je à répondre à cette « chose nouvelle », est en train dem’étonne de plus en plus du pouvoir de cette idée de détruire quelque chose de très ancien. Plutôt quepropriété intellectuelle, et surtout de sa capacité à comprendre les changements que permet Internet, et auhandicaper le sens critique des hommes politiques et des lieu de laisser au « sens commun » le temps de trouver lacitoyens. Jamais dans notre histoire la partie « possédée » meilleure réponse possible, nous laissons ceux qui sont lede notre « culture » n’a été aussi importante plus menacés par ces changements user de leur influencequ’aujourd’hui. Et pourtant, la concentration du pouvoir pour changer la loi. Et bien plus grave, pour changerqui contrôle les usages de cette culture n’a jamais été aussi quelque chose de fondamental concernant notre identité.largement acceptée. Nous les laissons faire, je pense, non pas parce qu’ils ontLe mystère se résume en un mot : pourquoi ? raison, ou parce qu’une majorité d’entre nous croitAurions-nous enfin compris une vérité concernant la réellement en ces changements. Nous les laissons fairevaleur et l’importance d’une propriété absolue sur les idées parce que les intérêts les plus menacés comptent parmi leset la culture ? Aurions-nous découvert que notre tradition a plus puissants acteurs dans notre système législatifeu tort de rejeter une revendication aussi absolue ? désespérément corrompu. Ce livre est l’histoire d’uneOu bien est-ce parce que l’idée d’une propriété absolue des conséquence de plus de cette corruption ; une conséquenceidées et de la culture bénéficie aux RCA de notre époque, dont pour la plupart nous n’avons pas conscience.et ne nous choque pas à première vue ?Cette dérive brutale par rapport à notre tradition de libreculture est-elle le fait d’une Amérique corrigeant uneerreur de son passé, comme elle l’a fait après une guerresanglante contre l’esclavage, et comme elle le fait encoreavec les inégalités ? Ou bien n’est-elle qu’unemanifestation de plus d’un système politique détourné parune poignée d’intérêts particuliers puissants ?Si le sens commun conduit à l’extrémisme sur cesquestions, est-ce vraiment parce qu’il croit à cetextrémisme ? Ou alors, est-ce que le sens commun cèdedevant l’extrémisme parce que, comme dans le casd’Armstrong contre la RCA, le côté le plus puissant s’estarrangé pour imposer ses vues ?Je ne cherche pas à être mystérieux. Mon opinionpersonnelle est faite. Je crois qu’il était juste que le senscommun se révolte contre l’extrémisme des Causby. Jecrois qu’il serait juste que le sens commun se révoltecontre les revendications extrêmes faites aujourd’hui aunom de la « propriété intellectuelle ». Ce que la loi exigeaujourd’hui est de plus en plus stupide, un peu comme unpolicier qui arrêterait un avion pour violation de propriété.Cependant les conséquences de cette stupidité sont bienplus profondes.La bataille qui fait rage actuellement est centrée autour dedeux idées : le « piratage » et la « propriété ». Mon butdans les deux prochaines parties de ce livre est d’explorerces deux idées.Ma méthode n’est pas la méthode habituelle d’ununiversitaire. Je ne souhaite pas vous plonger dans desargumentations complexes, mâtinées de références àd’obscurs théoriciens français [sic], aussi naturel que cesoit pour les individus bizarres que nous sommes devenus,nous autres universitaires. Au contraire, je commencechaque partie par quelques histoires, afin d’établir uncontexte dans lequel ces idées apparemment simplespeuvent être mieux appréhendées. 12
  13. 13. Free Culture / Culture Libre // Lawrence Lessig quelqu’un sans avoir sa permission. C’est une forme dePiratage piratage. Ce point de vue sous-tend les débats en cours. C’est ce que Rochelle Dreyfuss, professeur en droit à l’université de New York, appelle la théorie « valeur implique droits » deIntroduction la propriété des créations 17 : s’il y a de la valeur, alors quelqu’un doit avoir un droit sur cette valeur. C’est ceLa guerre contre le « piratage » est née en même temps raisonnement qui a amené l’ASCAP (ndT : équivalentque les lois qui réglementent la propriété des créations. américain de la SACEM française) à intenter un procèsLes contours précis de ce concept de « piratage » sont aux Girl-Scouts, pour non-paiement des chansons que lesdifficiles à cerner, mais il est facile de comprendre les filles chantaient autour de leurs feux de camp 18. Il y avaitinjustices qu’il entraîne. Au cours d’un procès qui étendit de la « valeur » (les chansons), donc il devait y avoir unle champ d’application du droit d’auteur anglais aux « droit », quand bien même ce droit allait contre les Girl-partitions musicales, Lord Mansfield écrivit : Scouts.« Une personne peut utiliser la copie en interprétant la Cette idée est sans nul doute une interprétation possible demusique, mais elle n’a pas le droit de priver l’auteur de ses la façon dont la propriété des créations devrait fonctionner.profits en multipliant les copies et en les écoulant pour son Elle pourrait très bien servir de cadre à un système légalpropre compte. » 16 protégeant la propriété des créations. Cependant, la théorie « valeur implique droit » n’a jamais été la théorieAujourd’hui, nous sommes au milieu d’une autre américaine de la propriété des créations. Cette théorie n’a« guerre » contre le « piratage ». Internet a provoqué cette jamais eu sa place dans notre droit.guerre. Internet a permis la diffusion efficace des contenus.Le partage des fichiers en peer-to-peer (p2p) est l’une des Au contraire, dans notre tradition, la propriététechnologies les plus efficaces qu’Internet a rendues intellectuelle est un moyen. C’est un moyen de favoriserpossibles. Grâce à un système d’information réparti, les l’épanouissement de la création dans la société, mais quisystèmes p2p facilitent la diffusion rapide de contenus, reste subordonné à la valeur de la créativité. Le débatd’une manière inconcevable il y a seulement une actuel constitue un revirement de cette tradition. Nousgénération. sommes devenus si préoccupés de protéger l’instrument que nous perdons de vue l’objectif.Cette efficacité ne tient pas compte des contraintestraditionnellement imposées par le droit d’auteur. Le À l’origine de cette confusion, il y a une différence que laréseau ne fait pas de différence entre le partage de contenu loi ne prend plus la peine de faire : la différence entre,sous copyright ou non. De ce fait, de grandes quantités de d’une part, le fait de republier le travail de quelqu’uncontenus sous copyright ont été échangés. En retour, ces d’autre, et d’autre part, le fait de transformer ce travail, ouéchanges ont provoqué une guerre, les détenteurs de de se fonder sur ce travail. Au départ, les lois sur lecopyright craignant qu’ils ne « privent l’auteur de ses copyright ne concernaient que la publication, aujourd’huiprofits ». elles réglementent les deux aspects.Les guerriers du copyright se sont tournés vers les Ce regroupement n’avait pas beaucoup d’importance avanttribunaux, vers les législateurs, et, de plus en plus, vers la l’apparition d’Internet. Les procédés de publication étaienttechnologie, pour défendre leur « propriété » contre le coûteux, et par conséquent la grande majorité de l’édition« piratage ». Une génération d’Américains, nous mettent- était commerciale. Les organisations commercialesils en garde, est élevée dans l’idée que la « propriété » pouvaient se permettre de se conformer à la loi - mêmedevrait être « gratuite ». Oubliez les tatouages, aux lois d’une complexité byzantine qu’étaient devenuesqu’importent les piercings, nos enfants sont en train de les lois sur le copyright. Ce n’était qu’une dépensedevenir des voleurs ! supplémentaire nécessaire pour faire des affaires.Il ne fait aucun doute que le « piratage » est quelque chose Mais depuis l’apparition d’Internet, cette limite naturellede mauvais, et que les pirates devraient être punis. Mais au champ d’application de la loi a disparu. La loi neavant de convoquer les bourreaux, nous devrions replacer contrôle plus seulement la créativité des créateurscette notion de « piratage » dans un certain contexte. Car si commerciaux, mais celle de tout le monde. Cette extensionle concept est de plus en plus utilisé, on trouve, à son cœur serait peut-être anodine si les lois sur le copyright nemême, une idée assez extraordinaire qui est, presque réglementaient que la « copie ». Cependant, vu la largessecertainement, erronée. et le flou avec lesquels s’applique la loi actuelle, cette extension prend beaucoup d’importance.Cette idée est à peu près la suivante : Les inconvénients de cette loi dépassent maintenant deLe travail créatif a de la valeur. Dès que j’utilise le travail beaucoup ses avantages initiaux : elle affecte la créativitécréatif d’autre personnes, ou que je fonde mon travail sur non commerciale, et, de plus en plus, aussi, la créativitéle leur, je leur prends quelque chose qui a de la valeur. Dès commerciale. Comme nous le verrons plus clairement danslors que je prends quelque chose qui a de la valeur à les chapitres suivants, le rôle de la loi est de moins enquelqu’un d’autre, je devrais avoir son autorisation. Il est moins de soutenir la créativité, et de plus en plus deinjuste de prendre quelque chose qui a de la valeur à 13
  14. 14. Free Culture / Culture Libre // Lawrence Lessigprotéger certaines industries de la compétition. Juste aumoment où les technologies numériques auraient pu libérerun flot extraordinaire de créativité, commerciale et noncommerciale, la loi entrave cette énergie par desrèglements vagues d’une complexité insensée, et enmenaçant de peines d’une sévérité déraisonnable. Nousallons peut-être assister, comme l’écrit Richard Florida, àl’« Essor de la classe créative. » 19 (NdT : "Rise of theCreative Class", titre d’un livre de Richard Florida).Malheureusement, nous sommes aussi en train d’assister àune augmentation extraordinaire de la réglementation decette « classe créative ».Ces fardeaux réglementaires n’ont aucun sens dans notretradition. Nous devrions commencer par comprendre cettetradition un peu mieux, et par placer dans leur vraicontexte les batailles en cours contre le comportementétiqueté « piratage ». 14
  15. 15. Free Culture / Culture Libre // Lawrence LessigCréateurs cinéphiles passionnés pour ses cascades incroyables. Le film était typique de Keaton : très populaire, et parmi les meilleurs du genre.En 1928 est né un personnage de dessin animé. Mickey Steamboat Bill, Jr. est antérieur au dessin animé de DisneyMouse, première version, fit ses débuts en mai de cette Steamboat Willie. La similitude des titres nest pas uneannée là dans Plane Crazy, un flop retentissant. En coïncidence. Steamboat Willie est une parodie en dessinnovembre, au « Colony Theater » de New York, dans le animé de Steamboat Bill 21, et tous les deux sont construitspremier dessin animé avec son synchronisé largement autour dune musique commune. Ce nest pas seulement àdistribué, le personnage qui allait devenir Mickey Mouse linvention du son synchronisé dans The Jazz Singer queprit vie dans Steamboat Willie. nous devons Steamboat Willie. Cest aussi de linvention deLe son synchronisé était apparu un an plus tôt au cinéma Steamboat Bill, Jr. par Buster Keaton, lui même inspiré pardans le film The Jazz Singer. Devant ce succès, Walt la chanson « Steamboat Bill », quest né Steamboat Willie,Disney copia la technique et introduisit le son dans les et, de Steamboat Willie, Mickey Mouse.dessins animés. Personne ne savait si cela allait marcher, Cet « emprunt » navait rien dexceptionnel, ni pourou, si ça marchait, si cela plairait au public. Mais après un Disney, ni pour lindustrie dalors. Disney parodiaitpremier essai durant lété 1928, les résultats furent sans toujours les longs métrages de son époque22. Beaucoupéquivoque. Laissons Disney décrire cette première dautres en faisaient autant. Les premiers dessins animésexpérience : sont truffés dimitations, de légères variations de thèmes« Deux de mes employés pouvaient lire la musique, et lun populaires, de nouvelles versions danciens contes. Cestdeux jouait de lharmonica. Nous les avons placés dans léclat des différences qui est la clef du succès. Chezune pièce doù ils ne pouvaient pas voir lécran, et nous Disney, cétait le son qui donnait à ses dessins animés cetnous sommes débrouillés pour diffuser le son dans la pièce éclat. Plus tard, ce fut la qualité de son travail par rapport àoù nos épouses et nos amis sapprêtaient à regarder le film. celui de la concurrence, qui fabriquait à la chaîne. Ces additions se fondaient cependant sur un socle emprunté.Les garçons travaillaient avec une partition indiquant la Disney enrichissait le travail dautres avant lui, créant dumusique et les effets sonores. Après plusieurs faux départs, neuf avec de là peine vieux.nous réussîmes à accorder le son avec laction. Lhomme àlharmonica jouait lair, nous autres du bruitage donnions Lemprunt était parfois léger. Dautre fois, il étaitdes coups de sifflet et des coups de casserole, dans le important. Pensez aux contes de fées des frères Grimm. Sirythme. La synchronisation était presque bonne. vous êtes aussi distraits que moi, vous pensez sans doute que ces contes sont joyeux, gentils, quils conviennent àNotre assistance fut transportée. Les gens réagirent tous les enfants au moment de les mettre au lit. En réalité,dinstinct à cette union du son et du mouvement. Je pensais les contes de Grimm sont effrayants. Les parents quiquils me faisaient marcher. Du coup, ils me placèrent dans oseraient lire ces histoires sanglantes et moralisatrices àlassistance, et recommencèrent laction. Cétait leurs enfants sont rares, et peut être excessivementépouvantable, mais aussi, merveilleux ! Et cétait ambitieux.nouveau !20 » Disney reprit ces contes et les raconta à nouveau duneUb Iwerks, un des plus talentueux professionnel du dessin façon qui les projeta dans une ère nouvelle. Il anima lesanimé, alors associé de Disney, lexprima plus contes avec de la lumière et des personnages. Sansvigoureusement : « Je nai jamais été aussi excité de ma complètement supprimer les touches dangoisse et devie. Rien depuis na jamais égalé ça. » danger, il rendit drôle ce qui était sinistre et insufflaDisney avait créé quelque chose de très nouveau, fondé sur émotion et compassion là où auparavant on trouvait de laquelque chose dassez nouveau. Le son synchronisé peur. Et pas seulement à partir de loeuvre des frèresdonnait vie à une forme de créativité qui avait rarement, Grimm. En réalité, en reconstituant le catalogue dessauf dans les mains de Disney, été autre chose quune oeuvres où Disney utilise des créations antérieures, ontechnique de remplissage dans dautres films. Dans les obtient un ensemble étonnant : Blanche Neige (1937),premiers temps de lhistoire du dessin animé, linvention de Fantasia (1940), Pinocchio (1940), Dumbo (1941), BambiDisney définit le standard que les autres allaient peiner à (1942), Mélodie du Sud (1946), Cendrillon (1950), Alicesuivre. Et très souvent, le génie de Disney, ses éclairs de au Pays des Merveilles (1951), Robin des Bois (1952),créativité, furent fondés sur des travaux dautres personnes. Peter Pan (1953), La Belle et le Clochard (1955), MulanTout ceci est familier. Ce que vous ignorez peut-être, cest (1998), La Belle au Bois Dormant (1959), Les 101quune autre importante transition marque aussi 1928. Dalmatiens (1961), Merlin l’Enchanteur (1963), et LeCette année là, un génie comique créait son dernier film Livre de la Jungle (1967). Mentionnons encore unmuet produit dune façon indépendante. Ce génie était exemple plus récent, quil faudrait peut-être mieuxBuster Keaton. Le film était Steamboat Bill, Jr. oublier : Treasure Planet (2003). Dans tous ces cas, Disney (ou Disney, Inc.) a extrait linventivité de la cultureKeaton est né en 1895 dans une famille dartistes de music- qui lentourait, combiné cette inventivité avec sonhall. Il fut un maître du film muet, usant du genre extraordinaire talent personnel, et fondu ce mélange pourburlesque pour provoquer le fou rire du public. Steamboat former lâme de ses créations. Extraire, combiner, etBill, Jr. est un classique de ce genre, apprécié des fondre. 15
  16. 16. Free Culture / Culture Libre // Lawrence LessigCeci est une forme de créativité. Cest une forme de Les Américains ont tendance à faire peu de cas de cettecréativité dont nous devons nous souvenir et nous réjouir. forme culturelle. La bande dessinée est une caractéristiqueCertains diront quil nexiste de créativité que de cette peu attrayante de notre culture. Nous avons peu de chancesorte. Il nest pas nécessaire daller si loin pour en de bien comprendre les mangas, parce que nous sommesreconnaître limportance. Nous pourrions lappeler « la peu nombreux a avoir déjà lu quelque chose qui ressemblecréativité Disney », quoique ce serait un peu fallacieux. à ces authentiques « nouvelles graphiques ». Pour lesCest, plus précisément, « la créativité Walt Disney » : une Japonais, les mangas embrassent tous les aspects de la vieforme dexpression et de génie qui utilise et transforme la sociale. Pour nous, la bande dessinée évoque des hommesculture qui nous entoure. en collants ridicules. Et de toute façon, ce nest pas comme si le métro de New York était rempli de lecteurs de JoyceEn 1928, Disney était libre de fonder ses oeuvres sur une ou même dHemingway. Des gens de différentes culturesculture relativement récente. Les travaux du domaine se distraient de façons différentes; les Japonais le font depublic en 1928 nétaient pas très anciens et par conséquent cette curieuse et intéressante façon.encore très vivants. La durée moyenne du copyright étaitdenviron trente ans, pour cette minorité de travaux qui Mais mon but nest pas ici de comprendre les mangas. Ilétaient effectivement sous copyright 23. Cela voulait dire est de décrire un phénomène à propos des mangas, tout àque pour trente ans, en moyenne, les auteurs ou les fait étrange du point de vue dun juriste, mais tout à faitdétenteurs du copyright dune oeuvre de lesprit avait un familier analysé dans une perspective « Disney ».« droit exclusif » à contrôler certains usages de leurs Cest le phénomène des doujinshis. Les doujinshis sontoeuvres. Il fallait la permission du détenteur du copyright aussi des bandes dessinées, mais une sorte de copie despour utiliser, dune façon limitée, les oeuvres sous mangas. La création des doujinshis obéit à des règlescopyright. strictes. Une copie conforme nest pas un doujinshi;Au terme du copyright, une oeuvre entre dans le domaine lartiste doit apporter une contribution à lart quil copie,public. Il nest plus nécessaire davoir une permission pour par des transformations légères et subtiles, ou alors pluslutiliser ou fonder un autre travail sur elle. Pas de sensibles. Un doujinshi peut ainsi utiliser une bandepermission, et, par conséquent, pas de juristes. Le domaine dessinée traditionnelle répandue, et la reprendre enpublic est un « terrain sans juristes ». Cest ainsi que la changeant le scénario. Ou garder tout le caractère dunplupart des travaux du dix-neuvième siècle purent être personnage, mais changer légèrement son aspect. Ilutilisés librement par Disney en 1928. Puissant ou nexiste pas de formule qui définit ce qui fait quunmisérable, autorisé ou non, tout un chacun était libre doujinshi est suffisamment "différent". Mais la différencedutiliser ces travaux à sa guise. doit exister pour caractériser un vrai doujinshi. Il existe des commissions qui rejettent les vulgaires copies, etCest ainsi que les choses se déroulaient depuis toujours. autorisent les authentiques doujinshis à participer à desJusquà une période récente, le domaine public na jamais expositions spécialisées.été bien loin à lhorizon. De 1790 jusquà 1978, la duréemoyenne du copyright na jamais été supérieure à trente Ces bandes dessinées inspirées par dautres représententdeux ans. En dautres termes, toutes les créations vieilles une grosse part du marché des mangas. De tout le Japon,dune génération et demi étaient librement à la disposition plus de 33 000 groupes de créateurs réalisent cesde tous sans avoir besoin de la permission de personne. fragments de « créativité Walt Disney ». Deux fois par an,Pour donner une équivalence actuelle, les oeuvres des plus de 450 000 Japonais se rassemblent dans de grandesannées 1960 et 1970 seraient actuellement librement à la manifestations pour les échanger et les vendre. Ce marchédisposition dun nouveau Walt Disney. En réalité, de nos existe parallèlement au courant principal, commercial, dujours, on ne peut présumer quune oeuvre fait partie du marché des mangas. Il est à lévidence, dune certainedomaine public que si elle date davant la grande crise de façon, en compétition avec ce marché. Mais les personnes1929. qui contrôlent le marché commercial des mangas nentreprennent pas daction soutenue pour fermer leBien entendu, Walt Disney ne détenait pas de monopole marché des doujinshis. Il prospère, malgré la compétitionsur la « créativité Disney ». LAmérique non plus. En et malgré la loi.dehors des pays totalitaires, la culture libre, jusquàrécemment, est une norme universelle, et amplement Pour les spécialistes du droit, la caractéristique la plusappliquée. curieuse du marché des doujinshis est simplement quil lui soit permis dexister. Daprès la loi japonaise sur leConsidérons par exemple une forme de créativité que de copyright, qui reflète, au moins sur le papier, la loinombreux Américains tiennent pour bizarre, mais qui est américaine, le marché des doujinshis est illégal. Lesprofondément ancrée dans la culture japonaise : les doujinshis sont clairement des « travaux dérivés ». Il nestmangas, un genre de bandes dessinées. Les Japonais sont pas dusage pour les créateurs de doujinshi dobtenir lapassionnés de bande dessinée. Près de 40 pour cent des permission des auteurs de mangas. En pratique,publications Japonaises sont des bandes dessinées, et 30 simplement, ils utilisent et modifient les créations despour cent des revenus de lédition en provient. Les mangas autres, comme le fit Walt Disney avec Steamboat Bill, Jr.sont partout dans la société japonaise, dans tous les Cette appropriation, sans permission du détenteur originalkiosques; dans les transports publics, on les aperçoit dans du copyright, est illégale daprès la loi japonaise, commede nombreuses mains. daprès la loi américaine. 16

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